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Hauts Grades

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Le sacré en loge au rite Français

26 Mai 2016 , Rédigé par A.B Publié dans #Planches

Ce soir nous allons aborder le thème du sacré en loge.

Ce morceau d’architecture est destiné plus particulièrement aux nouveaux apprentis afin qu’ils prennent conscience de la manifestation, difficile à expliquer, qu’engendre le sacré. Notre approche sera simple et axée principalement sur le rite de notre loge, le rite Français. Eh oui, nous sommes dans le sacré lorsque nos travaux sont ouverts. Le temple dans lequel nous nous trouvons lors des tenues devient un lieu consacré à la divinité. C’est la définition même du mot temple. Le sacré, en effet, constitue un domaine réservé, mystérieux, inviolable, totalement séparé du monde profane. Pour rappel le sacré est la transcendance pour l’initié, c'est-à-dire l’élévation vers Dieu. Cette transcendance éveille en nous , en fait l’homme déchu, le souvenir de notre divine origine et le désir de nous élever vers des niveaux de consciences supérieures. C’est tout un programme qu’il faut mettre en route, si nous pouvons nous exprimer ainsi. Processus qui n’est pas sans risque, pour qui rentre en contact avec lui sans avoir été préparé et sans être protégé. A titre d’exemple rappelons-nous les précautions prises le jour de notre initiation. Une main protectrice nous guide malgré les difficultés rencontrées lors des voyages. Rappelons nous notre ressenti et nos sentiments lors de ce moment combien important ! L’espace de la loge devient sacré, le temps devient lui aussi sacré. Nous pouvons logiquement nous poser la question : Quel est le processus qui permet d’accéder au sacré lors de cet instant magique qu’est la tenue ? Pour entrer en communication avec le divin créateur, il est nécessaire qu’au début de chaque tenue, le temple soit en quelque sorte opérationnel, c'est-à-dire sacralisé. C’est alors qu’entre en jeu un rituel d’ouverture des travaux. Nous allons tenter d’y répondre par cet exposé composé de 3 parties :

l’espace sacré

le temps sacré

les incidences du sacré sur les énergies en loge et sur notre propre comportement.

En remarque nous devons préciser qu’espace et temps sacrés sont étroitement liés. C’est par pure commodité que nous prenons la liberté de traiter les 2 sujets indépendamment. Nous emploierons souvent le terme d’énergie, mais malheureusement il est peut-être un mot fourre-tout. La physique moderne propose des approches très pertinentes sur ce sujet mais je voudrais, ce soir, que nous restions dans du ressenti, dans de ce qui nous semble invisible et incompréhensible. Ce ne sont que des exemples vécus qui peuvent nous amener à appréhender ce phénomène. Nous nous emploierons donc à en donner. Le rituel, souvent décrié par certains par commodité ou ce qui est plus grave par ignorance, est donc le moyen essentiel, nécessaire et suffisant, qui devient le véhicule permettant le passage du profane au sacré. Le rituel d’ouverture permettra de sacraliser le lieu et le temps. Il renforce soit l’un soit l’autre. Il y a coupure par rapport au quotidien et pénétration dans l’espace et le temps sacrés. Nous savons bien que le temps et l’espace sont en rapport avec l’existence même de l’homme, notre existence physique, En présence du sacré on est libéré de cette condition. Le sacré est la source, une porte entrouverte vers l’absolu. On entre alors dans une expérience personnelle, intime, incommunicable.

1ère partie : L’espace sacré.

L’espace est en rapport avec le lieu où l’on se trouve. Vous avez peut-être remarqué dans les planches de notre frère secrétaire qu’il parle aussi de lieu géométrique parfaitement éclairé. Ce lieu, comme le précise sa définition, est effectivement cet ensemble de points jouissant d’une même propriété déterminée ou caractéristique qui dans notre cas est la présence du sacré. La loge avec son orientation, sa forme, ses décors, ses couleurs, va permettre l’accès au lieu sacré. Le sacré a un rôle primordial car le frère se trouve dans une ambiance qui va capter son attention et le rendre ainsi réceptif. Nous reviendrons sur ces notions en fin d’exposé. Maintenant examinons comment le processus se met en place. Quand nous sommes dans le temple avant que le vénérable pénètre en loge et passe entre les 2 colonnes, symbole puissant de rupture entre l’extérieur et l’intérieur, on remarque la veilleuse rouge allumée. Elle est d’autant plus visible que la loge est alors dans la pénombre. Cette lumière rouge est allumée avant l’ouverture des travaux afin de montrer son existence et sa permanence partout en ce monde. C’est la présence immanente du Grand Architecte de l’Univers. Déjà le sacré nous fait un clin d’œil. On pourrait se poser la question : pourquoi une lumière rouge ? En fait le rouge symbolise et représente le tellurisme, le monde de la matière, l’énergie vitale, notre relation avec la terre mère. Cette lumière rouge est donc la divinité présente sur notre terre. Elle nous rappelle notre enracinement sur notre planète bleue depuis notre incarnation dans notre expérience humaine terrestre. Ce sujet est essentiel pour nous. Il est au cœur de notre vie, de son sens et de notre démarche mais ce n’est pas notre propos de ce soir. Nous remarquerons aussi la présence du delta lumineux symbole très puissant lui aussi de la révélation et de l ‘omniprésence de la divinité. Revenons à notre rituel. Les coups de maillet du vénérable suivi de ceux des 2 surveillants vont participer à la sacralisation du lieu. On commence à se déconnecter de l’espace profane. Alors le vénérable peut dire « En loge mes frères ». Le processus est lancé. Du tumulte extérieur on passe à un système organisé. L’orientation symbolique de la loge avec le vénérable à l’est, orientation d’où provient la lumière au soleil levant, va permettre la diffusion de cette dernière vers les bougies du chandelier à 3 branches que le vénérable va allumer à partir de la veilleuse rouge. Il y a donc transmission de la lumière primordiale. Celle-ci sera ensuite prise en charge par le maître des cérémonies qui va allumer les 3 autres bougies des grands chandeliers qui entourent le pavé mosaïque. Pour ce faire le maître des cérémonies exécute une déambulation dans le sens dextrogyre c'est-à-dire dans le sens des aiguilles d’une montre suivant la course du soleil. On veut ainsi reproduire ce rythme solaire d’énergies fécondantes. C’est aussi, dans la tradition, le sens de l‘évolution, de notre évolution. Là on voit la filiation qui se produit entre le lieu et le grand tout. En parallèle on ressent une montée progressive des énergies intervenant dans ce processus. Dans le même temps, le maître colonne d’harmonie éclaire progressivement la voûte étoilée. De son côté, le maître des cérémonies finit par les bougies des surveillants. A partir de ce moment il y a en loge 9 lumières provenant de la même source. Ces 9 lumières 3X3 amènent les énergies de 3 sacralisations successives, le nombre 3 étant le nombre de la sacralisation, le nombre du souffle de la création, souffle qui nous a été à nouveau donné lors de notre initiation avec le symbolisme de la pipe à lycopodes. Mais derrière le nombre des 9 lumières on peut voir aussi le symbolisme relatif au nombre 9 qui puisque nous sommes partis du 1, la veilleuse rouge, et que nous arrivons au 9, est le moment de l’extension. Extension vers les autres mais aussi vers le but à atteindre, l’aboutissement, le contact avec les connaissances universelles et les vérités éternelles. Le frère peut alors commencer à méditer, à s’ouvrir aux autres, les aider, les soulager, les enseigner. C’est bien ce qui se produit lors du travail maçonnique en loge quelque soit notre grade, notre âge maçonnique. Il est à noter que l’apprenti peut aussi grandement apporter, à tous ses frères, par son attitude, sa présence, son comportement. Le tableau de loge est, ensuite, découvert par le premier expert qui va lui aussi avec sa déambulation permettre à l’énergie de devenir de plus en plus présente. La place du tableau dans la loge n’est pas anodine. Revenons sur la notion d’orientation. Le temple est orienté suivant les orientations cardinales, le cardo du Nord au Sud et le decamanus de l’Est à l’Ouest. Au croisement de ces 2 orientations se trouve le tableau de loge. En ce point, créé symboliquement, se matérialise entre son Nadir et son Zénith, l’axe du monde : la liaison entre le ciel et la terre. Je vous rappelle, mes frères apprentis, que nous pouvons recréer notre loge en n’importe quel lieu de la terre à la condition de l’orienter de façon symbolique et d’avoir les décors de la loge. Le vénérable ouvre ensuite le volume de la sainte loi, c’est encore un rappel de la présence divine. La pratique souvent usitée de lire le prologue de St Jean va aussi ce même sens. Enfin le vénérable va lors du dialogue d’ouverture avec les surveillants, demander qu’on s’assure si la loge est couverte. Suite à une réponse positive « les travaux sont couverts extérieurement et intérieurement » la loge est totalement coupée du monde profane mais cela ne signifie pas que l’espace est clos. Nous sommes à « couvert » autrement dit protégés, à l’abri des regards mais sous la voûte étoilée. Grâce à cette ouverture sur le ciel, le frère se trouve en contact avec la création toute entière. L’axe du monde décrit ci-dessus établit le lien avec le sacré. En ce point des énergies ascendantes et descendantes vont permettre aux frères d’apprendre et de transmettre. C’est comme une respiration sacrée : un inspir et un expir de la vie spirituelle. Tout est fait, tout est organisé, le lien sacré est là. Ce sacré est l’élément créateur qui consacre tout ce qui l’entoure par un éclat absolu qui dépasse tout entendement. Grâce à cette énergie irradiante tout ce qui nous entoure est devenu divin.

2ème partie : Le temps sacré.

Qu’est-ce donc que le temps ? « Si personne ne me le demande, je le sais mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne sais plus ». Ainsi s’exprimait Saint Augustin dans les confessions. Pascal disait « l’éclaircissement que l’on pourrait en faire apporterait plus d’obscurité que d’instruction ». Nous voyons donc que le temps a passionné les hommes, bien sûr d’une façon plus ou moins métaphysique, depuis la première observation des hommes primitifs avec la clepsydre jusqu’à l’apparition de l’horloge atomique. Mais aujourd’hui ce n’est pas ce type de temps qui nous intéresse. C’est le temps sacré qui se différencie du temps profane dont nous venons de parler. Le temps profane est la durée temporelle ordinaire dans laquelle s’inscrivent des actes dénués de signification spirituelle ou religieuse. Ce temps profane est irréversible. Le temps sacré est au contraire par sa nature réversible, dans le sens qu’il est, à proprement parler, un temps mythique primordial rendu présent. Ce temps sacré est indéfiniment récupérable, infiniment répétitif. L’homme peut donc vivre dans deux espaces de temps, le temps banal profane et le temps sacré qui se présente sous un aspect paradoxal de temps circulaire, sorte d’éternel présent mythique que l’on réintègre périodiquement par le truchement du rituel. Il est à noter que l’homme connaît aussi dans le monde profane une certaine discontinuité du temps que l’on pourrait symboliser par le temps festif, jours fériés par exemple. Mais pour l’homme spirituel il existe une différence essentielle. Le temps sacré connaît des intervalles sacrés qui ne participent pas à la durée temporelle qui les précède ou qui les suit. Il a une toute autre structure et une autre origine, car il dépend d’un temps primordial. Pour l’homme profane le temps ne peut présenter ni rupture, ni mystère. Il constitue la dimension existentielle de l’homme, il est lié à sa propre existence, donc à un commencement et à une fin, qui est la mort, l’anéantissement de l’existence. Au contraire pour l’homme spirituel, la durée temporelle profane est susceptible d’être périodiquement arrêtée par l’insertion au moyen du rituel d’un temps sacré. Lors de ce processus, on peut réintégrer le temps sacré des origines, et devenir contemporain des dieux. Qu’en est-il en loge de cette question de temps ? Au début de la tenue le temps est conforme à celui dans lequel nous nous trouvons. Après que le lieu soit sacralisé par le rituel le VM demande.

« Frère premier surveillant à quelle heure les maçons ouvrent-ils leurs travaux »

« A midi »

« Quelle heure est-il frère second surveillant »

« Il est midi »

A partir de cet instant nous sommes dans le temps sacré. Le rituel a permis cette bascule. Nous sommes dans le temps mythique relatif à la construction du temple de Salomon, de notre temple intérieur, en relation avec le Grand Architecte de l’Univers. Il est midi en ce lieu sacré quand l’heure profane peut être très différente. Cet instant peut être identique pour d’autres frères sur la surface de la terre s’ils pratiquent le même rituel quelque soit l’heure profane. Alors nous pouvons travailler dans l’harmonie et la joie en communion avec le temps primordial. Maintenant avec les moyens symboliques et les rituels s’exprime toute la dimension spirituelle et sacrée du travail maçonnique réalisé à la gloire du GADLU. Sans alourdir mon propos nous pouvons prendre un exemple pour bien comprendre le processus en cours. Lors des travaux nous formons la chaîne d’union qui est un instant fort de ce temps sacré. Nous en avons pour preuve qu’à cet instant quand nous sommes autour du pavé mosaïque en face de l’axe du monde qui relie le ciel et la terre, le temps n’existe plus, il n’y a plus d’espace. Nous sommes unis à tous les frères répandus sur la terre, les frères du présent, du passé et de l’avenir. La notion de temps est perdue. Nous sommes dans une fusion que nous pouvons très bien ressentir si nous sommes dans l’énergie sacrée favorable, dans cet égrégore résultat de la pratique du rituel, des travaux et de la participation de tous les frères. Ensuite nous allons revenir dans le temps profane. Il faudra que le rituel déclenche ce retour lorsque le VM demandera :

« A quelle heure les maçons sont-ils dans l’usage de fermer les travaux »

« A minuit »

« Il est minuit très vénérable »

Alors nous revenons progressivement vers le temps profane avec la conclusion des travaux et notamment les agapes qui font partie intégrante de la tenue.

3ème partie : Incidences du sacré sur les énergies en loge et sur notre propre comportement

Tout ce qui nous entoure est de nature divine. Nous l’oublions. Le sacré est là pour nous reconnecter et mettre à l’œuvre des énergies fécondantes et vivifiantes qui vont nous permettre d’appréhender ce divin. Pour bien comprendre nous vous proposons quelques exemples du rituel. Le rythme impulsé par le VM et les surveillants avec leur coup de maillet, les musiques choisies, avec minutie et amour, du maître colonne d’harmonie vont permettre le maintien de cette énergie tout au long de la tenue. Nous faisons ici une remarque sur les loges mises en récréation. Le terme récréation doit être considéré comme un instant de préparation et d’organisation du temple si cela est nécessaire et un instant de recueillement pour les frères afin que les énergies présentes, si fragiles, ne soient pas perturbées. Ce n’est effectivement pas un moment de détente ou de chahut. De même il est favorable lors de la tenue qu’un rythme évite les temps morts, les bavardages qui sont de nature, là aussi, à briser le caractère transcendant de la tenue. Le respect de la gestuelle est aussi impératif. Les décors ainsi que les couleurs, notamment la couleur bleu au rite français apportent une touche énergétique complémentaire. Vous avez remarqué que les tapis des plateaux, les tabliers de maître et le plafond sont bleus. Cela renforce l’ambiance générale d’harmonie. Cette couleur bleue ne nous semble pas être due au hasard. Elle influence certains centres d’énergie subtile que nous avons sur notre corps, notamment le 5ème et le 6ème. . Qui n’a pas entendu parler du 3ème œil qui est la représentation de ce 6ème centre ? Effectivement dans la tradition, il est dit que le bleu, représente le calme, la sérénité et la liberté. Notamment au niveau de ce fameux 6ème centre, le bleu favorise l’intuition, la concentration, et aide à l’élévation de la conscience. On peut ainsi s’élever au-dessus des limites de l’espace et du temps. C’est bien ce qui se produit en loge. Je vous rappelle de plus que nous travaillons en « loge bleue », ce qui nous différencie des hauts grades. Est-ce un hasard ? Est-ce la confirmation de cette prise de conscience, cette recherche de notre part d’ombre, qui nous permettra de poursuivre notre chemin spirituel sous d’autres formes? L’ambiance ainsi créée, loin des fastes, sera propice au recueillement, à l’ouverture, à l’absorption de connaissances, à notre progression personnelle. Effectivement nous sommes comme sur un lieu de sacrifice : sacrifice de notre orgueil, de nos ambitions, nos préjugés, lieu où les vertus théologales trouvent leur pleine signification. Que ce sacrifice est difficile ! Nos expériences humaines et profanes nous le rappellent tous les jours.

Conclusion

« Là tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme, et volupté ». Ainsi s’exprimait Charles Beaudelaire dans l’invitation au voyage. Mes frères apprentis, je vous invite donc à ce beau voyage tous les mois lors de nos travaux maçonniques. Au moyen du rituel on quitte le monde profane et nous partons pour ce voyage magique. Il est indispensable d’ajouter, et nous insistons sur ce point : la communauté de pensée, la volonté des frères, leur adhésion, sont des forces complémentaires au rituel pour qu’une telle magie apparaisse. Alors peut naître cet autre univers ordonné où chacun d’entre nous cherche à se connaître afin de poursuivre la quête du sens de sa vie en s’extrayant du monde sensible pour accéder à l’intelligible, à l’éternel. Il m’est toujours curieux d’avoir ce désir insatiable, pour la venue de la prochaine tenue. En est-il de même pour vous ? Il n’est pas question uniquement de retrouver ses frères pour passer un bon moment de fraternité, mais d’avoir, ce qui est difficilement définissable, ce contact profond avec les autres et avec soi-même. Cet instant où l’on peut espérer côtoyer cette notion, ou cette limite mystérieuse, de passer de l’avoir à l’être.

J’ai dit.

Source : http://www.trusatiles.org/pages/Le_sacre_en_loge_au_rite_Francais-5965213.html


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Le Centre de l'Idée

12 Mai 2016 Publié dans #Planches

La formulation du sujet que vous avez bien voulu me confier peut sans doute laisser perplexe car les mots choisis pour notre réflexion commune se présentent comme une affirmation, quasiment une certitude : « le centre de l'idée ». L'expression peut sembler mystérieuse à qui voudrait analyser le sens de chaque mot. Le centre a un symbolisme qui lui est propre et, sans nous imposer une longue recherche, on peut donner un équivalent de ce mot : Le centre est le symbole du sacré peut-être même du divin. 1
L'idée est ce qui se trouve « sous le symbole » selon le Rituel. On peut donc l'élargir jusqu'à fonder l'idéal si bien que notre sujet nous place sur la voie d'un problème essentiel : si le centre de l'idée est ainsi pointé c'est probablement parce qu'il a une origine sacrée...
Or, l'idéal peut’ il avoir une origine sacrée ? 2
Pour répondre à cette question qui nous paraît fondamentale nous nous proposons d'analyser la valeur de l'idée dans le Rituel même, puis, dans le cadre de l'initiation, nous voudrions saisir la redécouverte de l'idée autrement dit la maïeutique, ensuite seulement nous évoquerons ce voyage mystique au Centre, cette assomption que vous avez nommée le Centre de l'Idée.

I ‑ La valeur de l'idée

Nous avons annoncé que pour justifier, en quelque sorte, notre recherche, nous relirions le Rituel dans lequel se trouve, à notre avis la valeur de l'idée. Le Rituel se présente comme un ouvrage à plusieurs entrées, il apparaît morcelé et fragmenté car lié aux degrés qu'il génère. Ainsi, nous disons au cours de nos échanges: Je lis le Rituel du second ou du troisième degré et en Loge de Perfection nous cherchons aussi à « ouvrir » au degré dans lequel il est convenu de travailler comme si des frontières séparaient ces écrits, comme si l'un pouvait aller sans l'autre, comme si les degrés étaient imperméables les uns aux autres. Or le Rituel est un ensemble qui de notre point de vue possède une unité. Sa pédagogie engage le néophyte sur la voie du symbole, sur le chemin du concret. Il incite à travailler à partir des deux aspects du symbole: l'aspect de l'objet, de la chose et l'aspect du sujet ‑ en d'autres termes il conduit du visible à l'invisible. Graduellement, le néophyte perçoit que toute chose a un sens latent qui requiert une interprétation mais l'insistance de la fraternité portera essentiellement au cours des trois premiers degrés sur l'analogie et les correspondances (souvent horizontales, parfois verticales). La pensée analogique développe le goût de la similitude alors que le Maître Secret est constamment invité à contempler le Saint des Saints, à réfléchir sur la signification de la caverne , à observer les neuf voûtes, nécessairement il s'interroge sur l'aporie analogique 3 : si tout est semblable à tout, tout est dans tout ...si tout est égal à tout, tout m'est égal, alors, dans le cas où l'analogie serait une frontière, un barrage, jaillirait l'indifférence voire l'indifférentisme. Le symbolisme prendrait, dans ce cas, le risque d'être un échec s'il refusait le jaillissement de l'idée. L'idée naît du dépassement de l'uniformité. Son jaillissement est une forme d'ascension. Elle est la prise de conscience que le multiple du symbole trouve son unité et sa signifiance dans l'idée. Avoir une idée, c'est rassembler ce qui est épars. L'idée du Bien est, par exemple, issue des sommes d'actes constructifs qui sont autant de créations que la Création prend en compte. Il arrive parfois que la seule majuscule confère à une chose matérielle le rang spirituel d'une idée : une bonne action peut rejoindre le Bien (entendez l'idéal). L'article indéfini devient un article défini. De la chose, on passe à l'idée. Notre conduite (nos actions) relève, à l'évidence, d'une métaphysique.

II ‑ Redécouvrir l'idée

Vient le moment de retrouver la philosophie des idées que Platon dans ses dialogues socratiques a étudiée au V° siècle avant le Christ. Prenons pour exemple l'un des dialogues les plus célèbres. Même si le Ménon reste aporétique (il n'est pas répondu à la question posée dans la phrase introductive), ce dialogue donne un cheminement qui conduit à l'idée.
On sait que Ménon se flatte d'avoir été l'élève de Gorgias, l'un des Sophistes les plus connus de la Grèce antique. Il garde de son enseignement les us et les coutumes. Ainsi, le jeune homme aborde abruptement Socrate en lui posant cette question : « Peux tu me dire... si la vertu s'enseigne ? » 4
Or, Socrate lui propose, avant d'examiner le problème, de définir les mots qu'il emploie lui-même et d'abord le mot vertu ? Pour aller vers l'idée, il convient de suivre une méthode rigoureuse. On connaît les étapes de la démarche dialectique, celle qui permet d'aller de l'image à l'idée en passant par la définition. Socrate organise au cours du dialogue un cheminement qui invite son interlocuteur à sortir du monde sensible et à se diriger vers le monde des idées pour rencontrer l'idée de la vertu. Cet éloge de l'idée et les moyens pour la trouver se répètent dans tous les écrits de Platon. Le Ménon contient en outre une séquence essentielle en ce qu'elle révèle l'origine des idées selon le philosophe.
Socrate vient de démontrer à Ménon que son impatience dans la recherche le dirige vers la stérilité : vite et bien ne vont pas ensemble dans le domaine de la pensée. Son caractère emporté conduit le jeune homme vers des pseudos ‑ arguments qui détruisent le raisonnement au lieu de construire une argumentation. C'est pourquoi Socrate fait le récit suivant : « Voilà, j'ai entendu des hommes aussi bien que des femmes, qui savent des choses divines ...Un langage vrai, à mon sens, et beau !...comme l'âme est immortelle et qu'elle renaît plusieurs fois, qu'elle a vu à la fois les choses d'ici et celles de l'Hadès (le monde de l'Invisible), c'est‑à‑dire toutes les réalités, il n'y a rien qu'elle n'ait appris... » 5
C'est donc lors de notre naissance que notre âme devient amnésique et nous devons tout réapprendre. Mais, en fait, les idées sont en nous, notre naissance (notre immersion dans le monde sensible) nous a tout fait oublier. L'enseignement devrait par conséquent se nommer réminiscence. La théorie de la réminiscence nous indique l'origine des idées, ces idées que nous reconnaissons dès lors que notre interlocuteur nous met sur la voie du savoir. La redécouverte des idées, la maïeutique est une méthode qui vaut tant dans le monde profane que dans notre communauté où la lumière progressivement parvient à ceux qui acceptent de la recevoir

III‑ Voyage au centre de l'idée

Une fois identifié le monde des idées que le Maître Secret porté par le souffle du
Rituel redécouvre en même temps que l'Invisible, il faut se demander si l'idée dans son centre peut éclairer mieux et plus que dans sa périphérie. Le langage populaire donne lui-même un exemple de ce que nous voulons démontrer puisqu'un homme se plaint de n'avoir que des bouts d'idées ou de n'avoir que le commencement d'une idée. Il existerait donc une topographie qu'il nous faut maintenant explorer. Le phénomène de la pensée est lui aussi exemplaire en ce que notre compréhension est progressive. La lumière ne jaillit pas toujours avec rapidité. Il nous arrive d'errer, de tourner autour du sujet. Longtemps nous oublions de creuser, d'approfondir et ce que nous pensons reste superficiel. L'idée se dévoile comme le jour se lève. Graduellement, l'esprit voit que le sens s'éclaire au moment de la traduction ou de l'interprétation. « Le ciel s'allume », il met le feu de l'intelligence au service de la vérité. Ainsi naît le désir du Saint des Saints devant lequel le Maître Secret scrute en vain, comme les Hébreux la Terre Promise, une plus ample vérité : « difficultés de celui qui cherche le chemin vers soi, vers le « centre » de son être etc... ». Le chemin est ardu, semé de périls, parce qu'il est, en fait, un rite de passage du profane au sacré, de l'éphémère et de l'illusoire à la réalité et à l'éternité, de la mort à la vie, de l'homme à la divinité. L'accès au centre équivaut à une consécration, à une initiation; à une existence, hier profane et illusoire, succède maintenant une nouvelle existence, réelle, durable et efficace. 6
Ce développement nous paraît juste. En effet, le Rituel est tout entier l'expression d'une psychomachie. Combat de soi contre soi pour lutter contre toutes les paresses : paresse spirituelle, paresse intellectuelle, paresse psychique, paresse physique... Il faut donc aller du symbole à l'idée, mais arrivé à l'idée il faut atteindre son centre car le centre est primordial.
La pensée est un soliloque muet de l'âme, l'âme est par elle-même un principe d'union, or, le centre de l'idée apporte la paix profonde, la paix de l'être car elle a rassemblé le proche et le lointain, elle est le siège de l'idéal. De façon succincte, j'ai essayé de répondre à la question que vous m'avez posée. L'idéal tient en son centre l'essentiel. Du centre part son énergie qui se diffuse à la périphérie et qui rayonne au delà de la périphérie. Le soleil moral est le centre de l'idée comme le soleil est dans le cosmos le premier acteur de la vie. C'est, du moins, l'image que je souhaiterais associer au sujet qui a nourri ma méditation.

J’ai dit.

1 Cf. Mircea Eliade: Images et symboles Tel Gallimard 1980 (chap. I « Symbolisme du centre » P 33 à 65 et Le mythe de l'éternel retour « archétypes et répétitions » Gallimard 1969 le symbolisme du « centre » P 23.
2 « Tout microcosme... a ce qu'on pourrait appeler un « Centre » c'est‑à‑dire un lieu sacré par excellence. C'est là dans le Centre que le sacré se manifeste d'une manière totale... »Images et symboles Mircea Eliade Tel Gallimard P 49.
3 cf. Jean Beauchard : le symbolisme de la voûte P 9 à 30 Ordo ab Chao N° 39 1er semestre 1999
4 Platon Ménon GF Flammarion N° 491 1993
5 Platon op cit P 152.
6 Mircea Eliade Le mythe de l'éternel retour idées/Gallimard N° 19 1969 P 30.

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Enfin !

10 Mai 2016 , Rédigé par T.D Publié dans #Humeur

Une décision courageuse et juste vient d’être prononcée par un Grand Maître Provincial de la Grande Loge Nationale Française à l’encontre d’un frère qui souhaitait revenir après avoir claqué la porte en 2012.http://ddata.over-blog.com/3/69/87/60//Ch.DEGNY-DAcclaration-10.09.2012.pdf

Un extrait : « Attendu que la seule présence de ce frère dans l’environnement immédiat de nos Loges est susceptible de constituer un trouble évident quant à la paix et à la sérénité de celles-ci…INTERDISONS au frère Ch D…y, la fréquentation de toute assemblée, maçonnique ou civile, se tenant sous la responsabilité directe ou indirecte de la Grande Loge Provinciale…

Commentaire : depuis plus de 12 ans, j’affirme que ce frère (avec un f et non un F) est indigne, à cause de son égo et de son intolérance, de faire partie de notre Ordre. Il a mis des Frères confiants et crédules (40) dans une situation plus que délicate, sans jamais s’excuser ni reconnaître ses fautes. Se croyant au-dessus de tous par ses « connaissances » maçonniques, limitées en fait à son Rite, il n’a eu de cesse de donner des leçons aux Apprentis, aux Compagnons et aux Maîtres. Sa vérité était la Vérité, pas de contestation possible…Du grand n’importe quoi.

Qui sème le vent, récolte la tempête… Bon vent !

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L'engagement maçonnique

21 Avril 2016 , Rédigé par Y\B\ Publié dans #Planches

Lors d'une discussion avec notre V\M\ sur la vie de notre Loge, nous en sommes venu à évoquer l'engagement et c'est à partir delà qu'il m'a demandé de plancher sur l'engagement maçonnique. Selon moi l'engagement maçonnique se décline en de nombreux engagements.
Ces engagements peuvent se classifier en deux catégories correspondant à deux plans ou deux mondes distincts et intimement liés: Le monde le monde sacré (c'est à dire dans le Temple) et par opposition le monde profane. Il est en effet un engagement bien au delà des portes du Temple . Voici en quelques mots comment je caractérise l'engagement dans le monde profane et dans le monde sacré (dans le Temple):

Engagement dans le monde sacré (dans le Temple)
Assiduité (prenez place)
Respecter et pratiquer nos rituels (les vivre)
Travailler (faire des planches, s’exprimer)
Assumer des charges (offices, représentation de la Loge, transmission…)

Engagement dans le monde profane
Répandre au dehors…
Etre dans l’action, agir
Avoir un comportement fidèle à son idéal
Travailler à son perfectionnement
En effet, le chemin sur lequel je me suis engagé à progresser implique un comportement à l'extérieur de l'espace sacré du Temple et du temps sacré des tenues.
C'est un engagement d'homme d'honneur respectueux de son idéal, de la vie et des Hommes. Pour la suite de ma planche, je vous précise que mon domaine de réflexion se limitera à l'engagement maçonnique dans le mode sacré. L'engagement du franc-maçon se traduit par de nombreux serments qui jalonnent le parcours maçonnique. Dés le premier degré, la franc-maçonnerie exige de nous un engagement. Laissez-moi-vous en rappeler l'essentiel:
1. Avant la cérémonie d'initiation - engagement de travailler – mains libres et yeux bandés
« Si vous êtes admis parmi nous, vous devrez prendre la ferme résolution de travailler sans relâche à votre perfectionnement intellectuel et moral.
Mais ce travail est pénible et demande des sacrifices. »
Persistez-vous, malgré cela, dans votre désir de vous faire recevoir Franc-maçon ?
2. Au début de la cérémonie d'initiation - engagement de garder le silence – main sur le cœur, yeux bandés
« Je m'engage sur l'honneur au silence le plus absolu sur tous les genres d'épreuves que l'on pourra me faire subir ».
3. En fin de cérémonie d'initiation - engagement de fidélité – main droite sur les trois Grandes Lumières, yeux bandés
« Moi, N…sous l'invocation du Grand Architecte de l'Univers et en présence de cette Respectable Loge de Francs-maçons régulièrement réunie et dûment consacrée.
De ma propre et libre volonté, je jure solennellement sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie de ne jamais révéler aucun des Secrets de la Franc-maçonnerie à qui n'a pas qualité pour les connaître ni de les tracer, écrire, buriner, graver ou sculpter ou les reproduire autrement. Je jure d'observer consciencieusement les principes de l'Ordre Maçonnique, de travailler à la prospérité de ma Respectable Loge, d'en suivre régulièrement les Travaux, d'aimer mes Frères et de les aider par mes conseils et mes actions. Je jure solennellement tout cela sans évasion, équivoque ou réserve mentale d'aucune sorte, sous peine, si je devais y manquer, d'avoir la langue arrachée et la gorge coupée, et d'être jugé comme un individu dépourvu de toute valeur morale et indigne d'appartenir à la Franc-maçonnerie».
4. Au terme de la cérémonie d'initiation – confirmation de l'engagement de fidélité – main droite sur les trois Grandes Lumière, sans bandeau
« Néophyte, adhérez-vous entièrement aux obligations que vous venez de contracter ? Confirmez-vous sincèrement et sans restriction le serment solennel que vous avez prêté, il y a quelques instants, sous le bandeau ?
Jurez-vous, de plus, d'obéir fidèlement aux chefs de notre Ordre en ce qu'ils vous commanderont de conforme et non contraire à nos lois ? »
5. Au terme de la tenue d'initiation – à propos des métaux – le V\M\ au nouvel initié
La charité cesse, en effet, d’être une vertu si elle est faite au préjudice de devoirs plus sacrés et plus pressants : une famille à entretenir, des enfants à élever, de vieux parents à soutenir, des engagements civils à remplir : ce sont là les premiers devoirs que la nature et la conscience nous imposent.
Voilà, j'en terminé avec le rappel de notre rituel du 1er degré, mais cela me paraissait important car tout est dit ou presque. Tous les engagements futurs contractés dans les degrés suivants, enfin, ceux que je connais à ce jour ne sont que des compléments.
Un tout dernier rappel qui concerne notre engagement relevant de nos Règlements Généraux :
Art. 135. - Tout Frère admis dans une Loge, soit par initiation, soit par affiliation, prend lʼengagement de lui payer ses cotisations et d’en rester membre actif pendant trois ans, à moins qu’il n’en soit dispensé par elle.
Maintenant, je vais rapidement vous commenter ma perception de l’engagement maçonnique qui se décline suivant deux axes : engagement vis-à-vis des Frères et de soit même

Engagement en vers soi-même:
Certains se contentent d’être des Franc-maçon, d’autres tentent de devenir des initiés.
Notre admission en Franc-maçonnerie nous ouvre des Droits mais elle nous impose surtout des Devoirs. Le Franc-maçon est avant tout un homme de Devoir - à chacun d’en définir le contour en fonction de ses capacités, de ses disponibilités, de sa sensibilité.
En homme libre – c'est-à-dire détaché des préjugés et du vulgaires – nous fixons nous même la hauteur de la barre des obligations. Bien entendu cette hauteur variera tout au long de notre parcours initiatique. Les contingences profanes auxquelles nous essayons de nous soustraire lors de nos travaux en Loge nous obligeront parfois à baisser cette barre voir à la déposer et quitter la Franc-maçonnerie quelques temps car nous ne serons plus disponible à l’ascèse indispensable. La démarche maçonnique est une chance dont seuls profitent ceux qui ont le privilège d’assurer sans trop de difficulté leurs obligations profanes (familiale et professionnel) et qui de plus bénéficient d’une santé satisfaisante. Ces prés requis ne sont pas donnés à tous le monde et leur pérennité n’est pas assurée lors de notre première entrée dans la Loge. La Franc-maçonnerie organisation philanthropique basée sur la fraternité et donc la tolérance nous permet contrairement à une organisation sectaire de décider de prendre de la distance et de nous soustraire à nos obligations dés que nous ressentons des difficultés à les honorer. A ce sujet il convient de souligner que l'engagement d'assiduité n'est pas destiné comme dans les organisations sectaires à créer une dépendance. Tel un sportif ou un musicien, chacun reste libre de définir la fréquence de ses entraînements, mais il me semble évident que la répétition des entraînements et la régularité des exercices sont la clef de la progression. Cependant, aucun maçon digne de son tablier ne portera de jugement de valeur sur la décision d’un Frère de se retiré pendant une période plus ou moins longue ou même définitivement. Je pense qu’il faut avoir de la lucidité pour demander sa mise en congé ou sa radiation quand l’équilibre de sa vie profane est mise en danger par l’activité maçonnique. L’activité maçonnique est exigeante car elle ne se pratique pas nonchalamment en dilettante – ce n’est pas un club de rencontre de joyeux illuminés, une amicale des gentils bien pensant, une association de sages bien fêtards (et non bienfaiteurs) - l’activité maçonnique requiert de l’engagement. L’art royal que la Franc-maçonnerie nous propose de pratiquer dans nos Loges requiert de la rigueur. Et si le Franc-maçon est un bon vivant en dehors de l’espace et du temps sacralisé en tenue c’est qu’il apprécie la vie et que le bonheur terrestre à un sens. L’initié que je cherche à devenir n’est ni un austère, ni un moine, ni un taciturne, c’est homme éclairé par les étoiles et ancré dans le présent. Serviteur d’un idéal qu’il défini lui-même, conscient de son inaccessibilité mais désirant dépasser sa finitude. Cet engagement désintéressé, seulement récompensé par la conquête de l'estime de soi, vise à projeter dans le monde les valeurs et idéaux qu'il s'est forgé comme des armes pour venir au secours de l'humanité. Un pied dans le sacré, un pied dans le profane le Franc-maçon est un passeur d’idéal engagé volontaire.

Engagement en vers mes Frères
En abandonnant l'assurance arrogante des certitudes que mes expériences dans le monde profane m'ont forgées, je peux entreprendre une démarche humble de reconnaissance par ceux qui deviennent mes Frères. Nous avons tous eu l’occasion d’être interloqué par une intervention que nous jugions caricaturale, outrancière, décalée,…Cependant, rendons nous à l’évidence, l’éveil de la conscience se nourri des interventions qui nous dérangent quelque peu. Il y a loin entre l’idéal commun et la pensée unique. Mais pour nous bousculer dans nos schémas de pensées engluées dans les préjugés que nous avons parfois du mal à laisser à la porte du Temple, il nous faut la participation active de nos Frères en général et de ceux qui pensent différemment en particulier. Sans eux je ne peux avancer sur mon chemin initiatique. Mon ego si prompt à prendre son indépendance dans le monde profane est démuni. Cela tombe bien, c’est justement lui que je viens chercher dans les ténèbres de mon moi – c’est lui que je viens éclairer d’une lumière intérieure pour mieux l’apprivoiser afin de mieux le maitriser. Un maçon se doit de construire sa réflexion par l’usage des outils dont il a appris le maniement. Il se doit de partager son ouvrage avec ses Frères. L'ouvrage est la résultante de l'art que chacun de nous développe dans l'utilisation des symboles et que chacun d'entre nous peut à loisir utiliser pour construire sa propre œuvre. Chacun est libre de pratiquer l'art royal avec sa sensibilité pourvu qu’il participe par son engagement à l’œuvre commune dans le respect de la Règle. En effet, la méthode maçonnique que je qualifie d’individuelle repose sur l’engagement collectif - Individuelle ne veut pas dire égoïste - Imaginez une tenue ou personne ne planche, ou personne n’exprime sa réflexion! Quel intérêt pour les participants si la pensée se meurt?! Parce que mes Frères sont nécessaires à mon propre cheminement, chacun d'eux m'est important. Dés lors l'engagement en vers mes Frères s'impose: je me dois d'assister, de défendre, d'aider autant que de besoin celui dont la présence m'est nécessaire pour progresser, et à la progression de qui, par réciprocité, je suis indispensable. N'est-ce pas aussi cela la fraternité?

Conclusion
Le respect de ses engagements introduit naturellement la définition de l'honneur. Ainsi par le respect de ces engagements le franc-maçon devient un homme d'honneur prompt à assumer ses paroles et ses actes dans le profane comme dans le sacré. Cependant, les engagements de chacun ne sont pas l'engagement de tous, car personne ne peut prétendre détenir la Vérité, il n'existe donc pas de modèle qui puisse servir de patron, de plan général ou de programme. L'engagement est et demeure personnel, singulier et sa diversité contribue également à l'enrichissement de nos différences. A chacun sa conscience dans son engagement sur le chemin périlleux et ingrat de la recherche et de l'approfondissement.
Mais attention mes Frères, il me semble que dans sa liberté éclairée, le véritable initié, se retrouve seul devant sa seule conscience jusqu'à n'avoir de comptes à rendre qu'à lui-même en étant plus intransigeant envers lui même que le plus redoutable de ses pairs ou de ses juges. Enfin, tout ceci n'engage que moi !

J'ai dit

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L'honneur du serment

16 Avril 2016 , Rédigé par Loge Laval Publié dans #Humeur

« Il n’y a pas si longtemps, l’honneur d’une parole donnée valait plus que tous les contrats notariés. L’honneur défend des actes que la loi tolère. Et il est si facile de trouver mille prétextes afin de justifier les manquements aux serments faits et les mensonges que nous nous faisons à nous mêmes.

L’honneur, c’est la conscience, mais la conscience exaltée. C’est le respect de soi-même et de la beauté de sa vie portée jusqu’à la plus pure élévation et jusqu’à la passion la plus ardente. L’honneur est un éperon pour la vertu, et non pas un étrier pour l’orgueil. Faisons en sorte de respecter nos serments et demeurons toujours des hommes d’honneurs ! »

Source : http://www.logelaval.org/spip.php?breve37

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La Parabole de l'enfant prodigue

13 Avril 2016 , Rédigé par Evangile selon St Luc Publié dans #Planches

Jésus leur dit encore : " Un homme avait deux fils, dont le plus jeune dit à son père : "Mon père, donne-moi la part du bien qui me doit échoir." Ainsi, le père leur partagea son bien. Et peu de temps après, ce plus jeune fils ayant tout amassé, s'en alla dehors dans un pays éloigné, et il y dissipa son bien en vivant dans la débauche. Après qu'il eut tout dépensé, il survint une grande famine en ce pays-là ; et il commença à être dans l'indigence. Alors il s'en alla, et se mit au service d'un des habitants de ce pays-là, qui l'envoya dans ses possessions pour paître les pourceaux. Et il eût bien voulu se rassasier des carouges que les pourceaux mangeaient ; mais personne ne lui en donnait. Etant donc rentré en lui-même, il dit : Combien y a-t-il de gens aux gages de mon père, qui ont du pain en abondance ; et moi je meurs de faim ! Je me lèverai, et m'en irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes domestiques. Il partit donc, et vint vers son père. Et comme il était encore loin, son père le vit, et fut touché de compassion ; et courant à lui, il se jeta à son cou et le baisa. Et son fils lui dit : "Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils". Mais le père dit à ses serviteurs : "Apportez la plus belle robe et l'en revêtez ; et mettez-lui un anneau au doigt et des souliers aux pieds ; et amenez un veau gras et le tuez ; mangeons et réjouissons-nous ; parce que mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, mais il est retrouvé.
Et ils commencèrent à se réjouir. Cependant son fils aîné, qui était à la campagne revint ; et comme il approchait de la maison, il entendit les chants et les danses. Et il appela un des serviteurs, à qui il demanda ce que c'était. Et le serviteur lui dit : "Ton Frère est de retour et ton père a tué un veau gras, parce qu'il l'a recouvré en bonne santé". Mais il se mit en colère, et ne voulut point entrer. Son père donc sortit, et le pria d'entrer. Mais il répondit à son père : "Voici, il y a tant d'années que je te sers, sans avoir jamais contrevenu à ton commandement, et tu ne m'as jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis. Mais quand ton fils que voici, qui a mangé tout son bien avec des femmes débauchées, est revenu, tu as fait tuer un veau gras pour lui". Et son père lui dit : "Mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi. Mais il fallait bien faire un festin et se réjouir, parce que ton Frère que voilà, était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu , et il est retrouvé."

Source : Evangile selon St Luc, 15

Commentaire : le fils prodigue ! Une bonne idée...

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Les Agapes - Paroles d’un Maître des Banquets

13 Mars 2016 , Rédigé par A\ F\ Publié dans #Planches

Nous sommes dans une loge de saint Jean qui nous dit : « Si tu dis aimer Dieu et que tu n’aimes pas ton frère, tu es un menteur ». L’enseignement de saint Jean est centré sur le mot Amour ; or l’Amour a deux formes :
EROS : Amour dont le but est partage charnel
AGAPE : dérive d’un verbe qui signifie « accueillir avec amitié », « montrer de l’affection pour quelqu’un » Cette racine renvoie à une forme d’amour singulière, distincte de l’Eros.
Il s’agit d’un amour fait de valeurs : dévouement, tendresse, bienveillance fraternelle, pouvant prendre un aspect rituel, voire liturgique. Valeurs qu’on pourrait appeler maçonniques. L’AGAPE, c’est un amour oblatif, c’est-à-dire donnant priorité aux besoins des autres, sur les siens propres. Un amour dont l’équivalent latin est Caritas, mais sans relation avec le désir de possession ou de captation charnelle de l’Eros.
Voyons pour l’histoire :
le but de cette planche est d’exposer l’importance de l’Agape rituelle dans nos travaux ; plus généralement, le repas est un rite de socialisation et peut dans certains cas devenir un moyen d’atteindre le Sacré. D’un point de vue extrêmement terre à terre l’Agape est d’abord un lieu de plaisir, de « bonne chère et large soif », permettant l’échange de potins et plaisanteries faciles. Même sous une forme aussi triviale, il s’agit d’une caractéristique propre à l’espèce humaine : Les animaux mangent côte à côte. Les Hommes mangent ensemble. Cette convivialité associée à la nourriture prise ensemble est à contrario par les troubles de l’appétit : (anorexie, boulimie/qui sont avant tout des troubles de la relation à autrui), un signe de bonne santé personnelle et sociale. On comprend donc pourquoi le repas est un rituel très ancien dans l’histoire des civilisations. Dans la société grecque, le repas familial est très important et toute occasion pour inviter parents ou amis à banqueter est bonne. Seuls les personnages de marque ont droit à des sièges et une table : Les autres sont assis par terre, sur des peaux. Les Grecs donc, aimaient la joie des banquets, à l’occasion des fêtes de famille, de la cité, ou tout autre événement sportif ou artistique. Les banquets ont même donné naissance à un genre littéraire comme l’attestent le Banquet de Platon ou de Xénophon. Comment imaginer qu’un symposium, de nos jours, réunion austère de doctes personnages scientifiques, a pour origine « sumposion » signifiant réunion de buveurs. A l’époque tout grand repas entre amis, tout banquet de confrérie ou d’association comportait deux temps successifs : le repas proprement dit et secondement – le moment le plus long, l’absorption de boissons- principalement de vin, accompagnée de toutes sortes de distractions prises en commun (conversation, jeux d’esprit, audition de musique, danses…)
La première partie n’excluait pas les boissons (on se faisait servir à boire en mangeant. Au cours de la deuxième, on continuait à grignoter des desserts (fruits frais ou secs, gâteaux, fèves…pour exciter la soif !…) Il s’agit toujours de repas d’hommes. Les femmes libres sont rigoureusement exclues des ces réunions publiques, tout comme celles de la vie politique. Mais il existe des banquets féminins. Les Romains l’appelaient Collecta, ce qui donna le mot collation. Les chevaliers de la Table Ronde se réunissaient régulièrement pour partager un repas symbolique autour d’une table où tous les convives étaient géométriquement et symboliquement égaux. Lieu de communication avec ses voisins de table, le repas possède en soi une dimension sacrée qui dépasse le simple partage de nourriture : Pour les mortels que nous sommes, manger est le seul moyen d’échapper à la mort par épuisements, en transformant la mort donnée (animal, légume, fruit) en nourriture, source de vie pour soi-même. A ce titre ce cannibalisme rituel et dûment codifié, autrefois ? pratiqué dans certaines sociétés visait soit à acquérir les vertus de son adversaire, soit à neutraliser son influence néfaste. Intégré au rite religieux, la socialisation du repas est encore plus prononcée et peut même devenir un moyen de communication avec le divin. Il devient ainsi la cérémonie du repas traditionnel, de la Pâque chez les Juifs : le Pessah (le passage de la mer rouge) repas pascal, le Seder est un moment intense de foi collective. Jésus réunit ses apôtres autour d’une table pour partager le pain et le vin. Il y ajoute une signification mystique en les assimilant à son corps et à son sang ! Cette tradition existe toujours dans l’Eucharistie catholique. James Frazer, dans une étude a montré que la doctrine de l’Absorption de Dieu : l’hostie contient toutes les vertus du Seigneur (on mange Dieu) n’est pas propre au catholicisme : c’est la trans-substanciation que beaucoup de religions ont pratiquée ou pratiquent encore par des rites analogues. On immole l’agneau lors de l’Aït el Kébir, et ce sacrifice le socialise et lui donne une dimension sacrée. Sa chair ingérée, régénère, car elle est devenue nourriture spirituelle. Le mystère de la communion a joué un rôle capital dans le Christianisme naissant, et constitue toujours un moment fort du rituel de l’Eglise. La fête du mouton constitue un ciment spirituel pour tous les Musulmans du monde, lors de sa célébration. Absorber dans le même temps la même nourriture, avoir la possibilité de mastiquer et d’ingérer au même moment est un acte naturel permettant aux convives de vivre sur le même rythme, dans un même climat de réflexion, et ainsi de participer à un mystère du clan, dans une fraternité spirituelle, voire liturgique. On connaît la force de ces rencontres sur le plan religieux. L’évocation de la Cène est omniprésente dans tous les inconscients, même profanes. On pourrait évoquer ces repas rituels dans les couvents, où présentée sur de longues tables, la frugale nourriture matérielle, est accompagnée de nourriture spirituelle (lecture de textes sacrés pendant le repas ou chacun mange en silence et avec recueillement). Que dire de cette force potentielle des repas, qu’ils soient diplomatiques, d’affaires ou de famille… ? On attend d’eux qu’ils permettent de trouver une harmonie dans des points de vue, ou des intérêts différents. Le repas pris en commun exalte des sentiments de fraternité et revêt une signification presque mystique. On prolonge ensemble la vie. On est en relation avec les forces de l’Univers. L’Agape est la manifestation spécifique de l’Unité. Si le repas fraternel qui achève les travaux de la loge est infiniment associé à la tradition maçonnique, à contrario, on ne saurait voir l’influence maçonnique derrière tout banquet républicain, ou le repas marquant la fin d’un congrès ou autres travaux profanes. Le moment festif des Agapes maçonniques, en principe obligatoires varie selon les obédiences : totalement obligatoires et rituelles au Rite Emulation où les travaux, à table sont aussi importants que les travaux sur les colonnes. Au REEA, les Agapes fraternelles, consécutives à une tenue, présidées par le V\ M\ sont simples et rapides.
La parole y est ouverte pour tous, sur tous les sujets, hormis Politique et Religion, dans leur sens étroit. On y évoque des thèmes abordés pendant les travaux dans le temple.
Les apprentis et compagnons se font préciser un certain nombre d’informations qui auraient pu leur échapper, ou peuvent donner leur point de vue sur tel ou tel sujet, au Vénérable Maître. C’est un moment très fort dans la vie maçonnique de chacun : Les Agapes permettent de doubler le temps de rencontres fraternelles, qui se limiteraient, pour certains FF\, au temps, toujours trop court, de midi et minuit, deux fois par mois, en admettant qu’ils soient présents. C’est un moment privilégié d’échanges, de découvertes, de compréhension mutuelle. On partage, le pain, le vin, les mets (quelles que soient les quantités) les contraintes du service, et, surtout, chacun peut échanger, avec ses FF\ voisins, ses joies, ses peines professionnelles, familiales, ou maçonniques. Les Agapes aident à l’intégration des FF\ apprentis et compagnons dans la loge. Ils apprennent l’humilité dans le travail que leur FF\ leurs demandent : le couvert, le service le rangement. Sans parler des règlement généraux, je me suis aperçu que chaque FF\ avait une lecture tout à fait personnelle de la planche de convocation, voire de règlements intérieurs de l’atelier… Combien serons-nous ? Question permanente, angoissante, lancinante dont la réponse n’est même pas donnée quand les FF\ entrent à 20h sur les parvis. Le Véritable Maître n’est pas toujours informé des absences possibles, et le Maître des Banquets encore moins. L’angoisse ne se lève que lorsque tous les FF\ sont assis : ou c’est bon, ou alors c’est la « cata »… Pour les grands repas consécutifs à des cérémonies importantes, il faut contacter les FF\ des ateliers voisins, quelquefois aussi rappeler un par un, ceux de l’atelier. Evidemment, pour amener des FF\ visiteurs il faut auparavant avoir eu des contacts, avoir visité, donné de sa personne, établi des relations privilégiées avec les Maîtres des Banquets des ateliers voisins. Il y a une fraternelle entre nous, une complicité, parce que nous avons à peu près tous des problèmes semblables et que chacun donne à l’autre la solution qu’il a trouvée provisoirement pour les résoudre. Il faut énormément de souplesse dans la gestion financière :
- Marges de sécurité dans les quantités apportées par le traiteur en fonction du nombre et en fonction de son bon vouloir à grossir les parts…
- Se battre pour avoir des visiteurs qui resteront après les Agapes.
Mettre au point un système efficace du ramassage des triangles (rien n’est plus dur que de faire payer un retardataire…). Un ou deux FF\ en plus de ce qui n’est prévu c’est une petite rentrée, en moins, c’est négatif. Le budget est un exercice de corde raide entre les tenues fastes, financièrement, et les vaches maigres. Il faut essayer de penser à tout, tout prévoir : mets, pain, vin, desserts, condiments, café…alcools… Chacun veut retrouver son petit confort, comme à la maison. Une fois assis, le maçon redevient le pater familias, qui se fait dorloter, aux petits soins de sa femme et de ses enfants, ou alors il devient le consommateur, ou le client du restaurant réclamant sa petite cuillère ou son cendrier…. S’il y a l’avant, il y a le pendant, où il faut tout synchroniser pour qu’il n’y ait pas de temps morts pour éviter les phrases du type: « les Agapes durent trop longtemps : je ne reste pas »
Il y a aussi l’après qui n’est toujours pas simple à gérer à distance : nettoyages et rangement.
Les Agapes ont un grand rôle pédagogique : Partager la nourriture, c’est bien, mais aussi partager les tâches, les contraintes, la vaisselle ayant été bourgeoisement supprimée de nos contraintes, à Parthenay (ce qui déclenche la jalousie des ateliers voisins). Il y a un coté formateur pour les apprentis et les compagnons qui traditionnellement assurent les taches du service, mais chacun d’entre nous reste toujours apprenti, ce ne devrait pas être seulement que des mots… Il existe des ateliers où les Agapes ont été temporairement supprimées, mais toujours rétablies à la demande générale. Comment imaginer une maçonnerie sans Agapes. Une loge où les FF\ ne partagent pas un moment de convivialité si riche, après leurs travaux, où chacun, dès la sortie des parvis, rentre dans sa Chacunière (dixit Rabelais), sèchement. Que dire de ces souvenirs où on a partagé, côtoyé, échangé, en face ou à côté, qui le Grand Maître, qui le Conseiller fédéral ou autre dignitaire. C’est par les Agapes qu’on prend conscience : Qu’une loge, où on va quelques fois contraint et forcé, tenue obligatoire au sens strict, n’est pas qu’un temple, mais tout un ensemble : une salle humide, qu’il faut entretenir, nettoyer, décorer, aménager, pour que nous soyons heureux et à l’aise, mais aussi -Une cour, un bâtiment, un jardin à la disposition de tous. Que ce n’est pas que quelques heures, si fortes soient elles dans le mois qui permettent de la faire vivre, mais que derrière, tout un travail souterrain, et coordonné, existe avant et après. Le Maçon, venant d’une Loge de Saint Jean, donc associé à la recherche symbolique de la Lumière, rythme, au REAA son année maçonnique sur les deux solstices : Le solstice d’Hiver, associé à Saint Jean l’Evangéliste marque le début de l’allongement des jours. C’est le moment choisi pour célébrer par notre banquet d’Ordre rituel et obligatoire, rythmé par un cérémonial bien précis, et qui comme toute tenue implique : -L’écoute attentive des participants -Des règles de prise de parole, dont l’interdiction de la prendre plusieurs fois sur le même sujet. -Le rôle de l’orateur dans la synthèse des travaux En outre, il utilise un vocabulaire viril, voire guerrier, souvenir des loges militaires, nombreuses sous l’Empire et dans le siècle qui lui a succédé. Exemple : « tirer une canonnée de poudre rouge ou blanche…Feu !! » La Saint Jean d’Eté, sous l’empreinte de Saint Jean le Baptiste, donne l’occasion du banquet blanc, ou familial où des profanes (famille ou amis) peuvent être invités. Au delà des grillades profanes, c’est aussi l’occasion, sous la courte nuit étoilée, de faire une forte chaîne d’union autour de ce feu sacré qui disparaît et renaît éternellement, l’image même de la vie. Sans les Agapes, il y aurait peu de différence avec le travail profane, où, après avoir œuvré avec des collègues, chacun se précipite le plus rapidement possible chez lui. Même en ajoutant un peu de spiritualité, on se retrouverait vite comme les fidèles à la sortie de l’office du dimanche !… Le banquet est l’une des plus anciennes traditions maçonniques. Les Constitutions d’Anderson de 1773 prescrivent ces moments privilégiés, et la tradition du banquet explique les nombreuses assemblées dans les restaurants, et le fait, qu’au XVIIIème siècle, on assimilait souvent la Maçonnerie aux sociétés bacchiques, nombreuses à l’époque. Souvenons-nous de la taverne : l’Oie et le Grill. Les objets de tables, décorées aux armes des Loges, que j’ai vus aux expositions maçonniques de Bordeaux et de Tours, témoignent de la vigueur de cette tradition. La charge de M\ des Banquets est à la fois prenante, contraignante, passionnante. Je me suis lancé dans cette aventure voilà plus de cinq ans, parce que j’avais conscience qu’il y avait énormément de choses à faire et que je pouvais apporter ma petite pierre. Je pensais, et je pense toujours, que je peux me rendre utile à mes FF\ et les aider, d’une modeste façon, dans leur parcours personnel. C’est aussi une façon d’affirmer mon engagement maçonnique, que d’être le garant de cette continuité, de cette tradition. Dans un Orient éloigné, un vieux frère, Maître des Banquets m’a dit un jour : « tu verras, les Vénérables passent, les Maîtres des Banquets restent » Etre le gardien de la Loge est toujours un peu vrai, même si par moments, on a envie de passer la main. A nous de faire en sorte que mon successeur, un jour, troque bien son tablier de traiteur contre un solide tablier de Franc-maçon.

J’ai dit Vénérable Maître

A\ F\

Source : www.ledifice.net

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Le Maître des Banquets

5 Mars 2016 , Rédigé par P\ L\ Publié dans #Planches


On ne peut pas dire que cet office soit issu du rituel initiatique, à proprement parler, mais je dirais qu’il nous vient des profondeurs de l’humanité ou partager un repas était et est encore un signe de convivialité, de respect et d’hospitalité. Sans entrer dans la psychanalyse, je dirais que partager les fruits de la Terre, marque et soude l’intégration et l’existence d’un groupe humain et même animal. Dans les sociétés animales structurées comme celles des Loups ou des chiens, on ne mange pas n’importe comment, il y existe une hiérarchie et un ordonnancement que l’on retrouve pendant les Agapes maçonniques.
Mais revenons à notre Maître des Banquets, qui bien souvent, pour des raisons d’opportunité est un apprenti ou un compagnon, ce qui à mon avis ne devrait pas être. Au-delà des apparences son office est plus complexe que de nous faire un repas bon et pas cher. Pour définir cet Office je vais regarder du côté de la Messe catholique et dans le déroulement de cet office, vous pourrez faire les rapprochements utiles avec la Maçonnerie. Dans la Messe, il y a donc l’entrée, la mise en place du rituel puis en allant un peu vite l’enseignement proprement christique ensuite le sermon, et à la fin la communion par les Espèces. Sans faire un gros effort, la Tenue maçonnique se déroule à peu près de la même façon, et sans dire que le Maître des Banquets s’apparente au Prêtre, il faut bien convenir qu’il procède de la même manière. Je rajoute aussi pour celles ou ceux qui vont continuer leur démarche maçonnique, que les agapes sont une préparation pour plus tard, mais ceci est une autre histoire… !
Après les travaux de Loge, le Maître des Banquets prend le relais du Vénérable, pour distribuer et donner des forces matérielles aux Frères, afin qu’ils puissent répandre à l’extérieur les Vérités acquises pendant la Tenue.
Le maître des Banquets continue sur le plan matériel, le travail initiatique commencé dans la Tenue. Il est l’alter ego du maître des cérémonies, car pendant les travaux de table, on ne mange pas, on ne boit pas goulûment, on doit avoir de la Tenue, et il y a même pour les grandes occasions un rituel stricte et précis, et aussi suivant certains rites maçonniques, la lecture d’une planche et sans faire un rapprochement exagéré, il y a une ressemblance avec les repas servis dans les monastères.
Mais si l’on comprend bien, le maître des banquets est la jonction entre le monde des Idées et celui de la Matière, il est le pont nécessaire pour nous ramener à la réalité des choses, tout comme il nous prépare à revenir dans le monde profane. Son rôle n’est pas si anodin que cela, et lui aussi s’inscrit non pas dans une structure administrative mais bel et bien dans un processus initiatique, car le maître des Banquets, ferme les parenthèses du travail maçonnique. Je dirais qu’il cumule d’autre office, comme celui d’hospitalier, en permettant éventuellement à une Sœur ou à un Frère dans le besoin de partager quand même le repas, il est aussi trésorier pour récupérer le triangle dû.
Dans une loge mixte de ma connaissance il y a une pratique qui est très intéressante : au cours du repas, le maître de cérémonies demande le silence et il interroge les Sœurs et les Frères sur les problèmes éventuels que ces derniers peuvent rencontrer dans leur vie de tous les jours. Cela permet de donner du sens aux agapes et je trouve cela très fraternelle.
Mais pour avoir été Maître des Banquets et pour avoir consulté des Sœurs et des Frères qui sont et qui ont été en charge de cet office, la réalité n’est pas idéale. Il faut savoir que la préparation des repas, demande en moyenne, une journée à deux journées de travail par repas, et comme une majorité de Loges a deux tenues par mois, il est facile d’imaginer la contrainte que cela impose aux maçons titulaires. Et après il y a la vaisselle à faire et à ranger ! Le casse tête des Maîtres des banquets, c’est le nombre de convives, et je dois dire que l’unanimité de mes correspondants déplore le manque de respect des sœurs comme des frères. On prévoit pour vingt et il n’y a que dix participants, on s’organise pour dix et c’est vingt qui se met à la table des agapes, alors dans ces conditions, difficile de prévoir non seulement le nombre de convives, mais aussi d’établir un budget stable, et dernier grief, le non respect de la nourriture, car trop souvent on jette le surplus, ce qui attriste mes Sœurs et mes Frères, de voir le peu de cas que certains font des aliments.
Je pense que cet office mérite un peu plus de respect de la part des membres d’une Loge, et que la Sœur ou le Frère, n’est pas comme dans le passé un Frère Servant, avec la connotation de l’époque, un demi-Maçon. Sans oublier que dans l’histoire de la Maçonnerie spéculative, les Loges ont pris leur essor dans des auberges et au cours de repas elles se sont construites dans la forme comme dans le fond. C’est notre alchimiste à nous, car non seulement, il nous nourrit mais il nous donne la Fraternité nécessaire à notre vie de tous les jours et nous sommes redevables, envers le maître des banquets du même respect que l’on peut avoir pour n’importe quel office, car le fonctionnement de la Loge demande et a besoin du travail de tous pour obtenir la cohésion et l’harmonie utile justement au travail initiatique. Le Maître des banquets de part son travail donne la possibilité aux apprentis de parler et de poser les questions qui les taraudent, ave lui nous sommes bien dans un espace temps différent et complémentaire.
Pour clore ce petit travail remplissons nos coupes et portons une santé en l’honneur de tous les Maîtres des Banquets qui se décarcassent à chaque Tenue, buvons ! (Avec modération !)

P\ L\

Source : www.ledifice.net

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Profès et Grands Profès

28 Février 2016 , Rédigé par G.P Publié dans #Planches

Jean-Baptiste Willermoz écrivait à la fin de l'Empire: Celui qui reçoit le sixième (Ie sixième grade, c'est-à-dire le grade de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte) apprend par l'instruction qui le termine que ce grade qui est réellement une conclusion très satisfaisante est le dernier du Régime; qu'il n'a rien de plus à lui demander ni à en attendre. Malgré cette déclaration quelques-uns, par-ci, par-là, se plaisent à penser qu'au-delà de ce 6ème, il existe encore quelque grade ou instruction d'un Ordre et d'un genre plus élevés. Mais si cette conjoncture était fondée, il n'en résulterait pas moins que ce quelque chose qui serait supposé au-delà, n'étant annoncé ni avoué par les directoires et les régences, personne n'a le droit de le leur demander, et que toute sollicitation serait inutile et déplacée. L'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, Ordre chevaleresque, est souché sur une Maçonnerie symbolique en quatre grades, le Rite Ecossais Rectifié. Mais, au-dessus du deuxième et dernier grade de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, intitulé précisément Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte et souvent nommé le 6ème grade, au-dessus de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte proprement dit, il existe une double classe secrète, celle de la Profession et de la Grande Profession.
L'histoire et la nature de cette classe ont été souvent méconnues ou défigurées. En 1969, les responsables constatèrent que des études imprimées, des rumeurs avaient excité la curiosité et causé une controverse sur la persistance de la Grande Profession. Des légendes y avaient saisi prétexte à naître ou à renaître. Une mise au point officielle fut publiée, sous le titre assez coquettement modeste A propos du Régime Ecossais Rectifié et de la Grande Profession, et la signature Maharba (anagramme d'Abraham ?), dans le Symbolisme, octobre- décembre 1969, pp. 63-67. A ce texte sans pareil, il faut nécessairement recourir. J'en reproduis donc l'essentiel mot pour mot. Or, les faits sont patents; ils composent l'histoire et manifestent la doctrine des Grands Profès. Rappelons-les.

1. La Grande Profession, en même temps que la Profession, des Collèges métropolitains a été instituée lorsque fut créé l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, au Convent national des Gaules tenu à Lyon en 1778. Au Convent de Wilhelmsbad, elle cessa d'exister of officiellement. Un demi-siècle suffit à I’ abolir, en fait, à quelques exceptions près qui étaient individuelles. Aussi, le 29 mai 1830, Joseph-Antoine Pont, Eques a Ponte alto, et dans ses propres termes. Visiteur général dépositaire de confiance de feu ab Eremo qui était dépositaire général et archiviste de la llème province, devenu depuis sa mort seul dépositaire légal du Collège métropolitain établi à Lyon ; constatant I’ inaction et la suspension indéfinie des travaux dudit Collège métropolitain ; considérant qu'il se trouve être le seul grand dignitaire de l'Ordre subsistant dudit Collège et qu'il est aussi important qu'urgent de pourvoir à l'érection d'un College vu les articles 22, 23, 24 et 25 des Statuts et Règlements de l'Ordre des Grands Profès qui prévoient un tel cas et parent au danger d'extinction; accorde une charte pour la constitution du Collège et Chapitre Provincial des Grands Profès a Genève. La Suisse, où le Régime Ecossais Rectifié et l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte continueront de s'abriter jusqu'à nos jours, devenait aussi le conservatoire de la Grande Profession.

2. La Grande Profession ne peut être confondue avec le grade maçonnique ni avec un degré chevaleresque et surtout pas avec ces grades et ces degrés qu'elle surplombe. Un but lui est assigné: veiller à l'intégrité et favoriser la culture du dépôt inhérent au Saint Ordre primitif, qui existe depuis toujours et que l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, issu d'une double tradition maçonnique et chevaleresque, incarne à présent. Car les quatre grades symboliques du Régime Ecossais Rectifié (Apprenti, Compagnon, Maître, Maître de Saint-André) et les deux degrés de l'Ordre intérieur (Ecuyer Novice et Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte) visent à former et à employer des dépositaires de confiance, chacun selon le rang et l'ouverture dont il jouit. Le Grand Profès est un dépositaire de toute confiance.

3. La Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié, classe suprême de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, est l'acte par lequel les Chevaliers et les Frères des classes inférieures du même Ordre qui en seront trouvés dignes sont initiés, après les épreuves requises, à la connaissance des mystères de l'ancienne et primitive Maçonnerie et sont reconnus propres à recevoir l'explication finale des emblèmes, symboles et allégories maçonniques. On n'entre point dans cette classe par quelque initiation cérémonielle ni par quelque nouvelle décoration. La simplicité vers quoi tend le système entier de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte y culmine dans la pure spiritualité. La Grande Profession enchâsse l'arcane de la Franc-maçonnerie et y participe, quoi qu'elle ne soit pas d'essence maçonnique. Ses secrets sont inexprimables et c'est ainsi qu'elle forme, de soi, une classe secrète.

4. Les Grands Profès, selon leurs lois, ne dissimulent pas davantage qu'ils n'exhibent leur qualité. Mais une classe ou d'ailleurs un Ordre, dont la spiritualité - mieux: I’ esprit fait le fond, saurait-il se vulgariser sans déchoir et sans perdre son honneur avec son mode et sa raison d'être ? Ainsi, par exemple, la ligne successorale des Grands Profès du Régime Ecossais Rectifié n'est ni identique, ni apparentée à la filiation initiatique d'aucune classe de l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Cohen de l'Univers, fondé par Martines de Pasqually. L'histoire, le droit et la coutume protestent contre toute confusion de ces deux descendances dont la seconde ne paraît d'ailleurs pas s'être perpétuée jusqu'à nos jours. Les Grands Profès refusent, statutairement, les candidatures, et ils se cooptent à l'unanimité obligatoire. Des Supérieurs Inconnus, au sens quasi mythologique du titre, I’ incognito leur manque, puisqu'ils sont tous Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte connus.

5. Des mêmes Supérieurs Inconnus, il manque encore aux Grands Profès le genre de supériorité que ce titre implique. Leurs statuts et règlements excluent l'intervention dans la machinerie de l'Ordre pyramidal dont ils sont la pierre à pointe, imperceptible par beaucoup.

6. De droit et de devoir, et éminemment, incombent aux Grands Profès les tâches que le soin de l'Ordre requiert avec modération de tous les Maçons Ecossais Rectifiés et de tous les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, Veilleurs et Gardiens; ils spéculent aussi, poussant aux recherches et aux réflexions sur le dépôt dont ils encouragent les partisans. Cette action des Grands Profès, quelle variété dans ses aspects contingents ! Mais jamais le Grand Architecte de l'Univers ne l'a laissé s'interrompre. Et il n'est pas de cas où elle se soit exercée - comment l'aurait-elle pu ? Comment le pourrait-elle sans se renier ? - d'autre façon qu'en esprit et en vérité, pour le meilleur du Régime Ecossais Rectifié et de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte; pour le bien de la Franc-maçonnerie; à l'aide des hommes qui, partout, prient, souvent à leur propre insu, pour que luise le soleil de justice, source unique de lumière et de chaleur, où le Seigneur a dressé sa tente et dont soumet Son Esprit. Cet essentiel du texte révélateur dit l'essentiel sur la Grande Profession. Ajoutons quelques remarques en marge.

I. Histoire.

a) la Profession et la Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié ont succédé au Chevalier Profès, grade suprême de la Stricte Observance Templière. La date d'apparition de ce grade dans la Stricte Observance Templière est discutée: entre 1763 et 1770, selon certains; à l'occasion, selon d'autres, du Convent de Kohlo (1772) et sous l'influence du Cléricat de Starck. Jean-Baptiste Willermoz et plusieurs de ses amis (mais Saint-Martin fit défaut) le reçurent à Lyon, les 11 et 13 août 1774, des mains de Weiler. Ostabat a publié et remarquablement présenté, s'agissant de ce grade: le cérémonial à observer quand un Frère fait sa dernière profession; sept articles de la Règle en usage dans l'Ordre de la Stricte Observance Templière, et qui pour le principal n'est autre que celle de l'Ordre du Temple, un court extrait de 1' Instruction pour les habits, croix et armes qui concerne directement les Chevaliers Profès. La Profession et la Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié ont été composées sous leur forme définitive, par Willermoz, pour le Convent de Lyon (1778). Iors duquel elles furent conférées à leurs premiers titulaires. C'est ainsi que le premier Collège fut constitué le 3 décembre 1778 par Gaspard de Gasparon (Président), Willermoz lui-même (dépositaire général), Jean de Turkheim, F.-R. Salzmann Paganucci (censeur) et Jean-André Périsse Duluc (substitut du dépositaire). De même Willermoz veilla à ce que des membres éminents, étrangers à la Nation française, du Convent de Wilhelmsbad (1782), les reçussent à leur tour, après être devenus, eux aussi, Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (ou plutôt Chevaliers Bienfaisants tout court). Willermoz a rédigé les textes rituels, notamment les instructions. Mais il avertit: tout ce que j'y ai inséré concernant la partie scientifique n'est point du tout de mon invention.

II. Editions de textes rituels.

Paul Vulliaud a édité l'Instruction secrète pour la réception des Profès, le Dialogue après la réception d'un Frère Grand Profès entre le Chef initiateur et le nouveau reçu, l'Instruction préliminaire et le Résumé général de la doctrine (Joseph de Maistre Franc-maçon, E. Nourry, 1926, pp. 231-257). L'Initiation secrète des Grands Profès a été publiée pour la première fois, par autorisation, voire par Ordre, dans l'étude précitée d'Ostabat, avec une excellente présentation. En 1973, la fin du texte n'avait pas encore paru. Aussi faut-il signaler une édition complète, mais postérieure et très défectueuse, du texte ap. René Le Forestier, La Franc-maçonnerie templière et occultiste aux XVIIIe et XIXe siècle, Paris, Aubier-Montaigne, et Louvain, Nauwelaerts, 1970, A plus d'une reprise, la procédure utilisée par Pont, afin de maintenir l'existence de la Grande Profession, a été appliquée entre 1830 et nos jours.
De la nature particulière de la Grande Profession, il appert qu'au cas d'une réception, toute distinction entre validité et licéité serait illégitime. Seul le Président d'un Collège régulièrement constitué, ou son délégué est capable de faire un Grand Profès, puisqu'il est seul habilité à le recevoir dans la classe que le Collège incarne. Il n'y pas de Grand Profès, ni de Collège, "irrégulier" ou "sauvage"; il peut y avoir des pseudo-Grands Profès et des pseudo-Collèges de pseudo-Grands Profès.

III. Doctrine.

L'originalité de la Profession et de la Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié par rapport au Chevalier Profès de la Stricte Observance Templière est flagrante. Il ne s'agit plus de spiritualité chevaleresque, même particulièrement templière, mais de communiquer une doctrine qui remonte à la plus haute antiquité, un extrait fidèle de cette sainte doctrine parvenue d'âge en âge par l'initiation jusqu'à nous. Or, cette doctrine, c'est, sous la forme où Willermoz l'a connue et même dans sa définition qu'il vient de résumer, le martinésisme.
Sous une réserve importante cependant: la Grande Profession n'est pas une ordination, de même que l'Ordre des C.B.C.S. n'est pas l'Ordre des Elus Cohen. Les Grands Profès ne pratiquent pas, ès qualités, la théurgie et même les textes rituels sont à dessein muets sur ce sujet. Les points capitaux de l'initiation secrète des Grands Profès sont la nature de l'initiation et celle de la Franc-maçonnerie; un précis de l'épopée martinésiste où s'articulent Dieu, les esprits émanés, le cosmos créé, I’ humanité; une interprétation du symbolisme du Temple de Jérusalem à la lumière du martinésisme et en rapport avec la Franc-maçonnerie.
Le but de Willermoz était donc de préserver la doctrine dont Martines de Pasqually avait été, selon que ce dernier le lui avait enseigné, l'un des relais seulement; maintenir, quand sombrait l'Ordre des Elus Cohen, la vraie Maçonnerie selon le modèle que Martines de Pasqually lui avait révélé comme l'archétype et que garantit une conformité doctrinale avec la doctrine de la réintégration.

IV. Maharba, au nom des siens, assure que la Grande Profession enchâsse I'arcane de la Franc-maçonnerie . Ne vaudrait-il pas mieux écrire: I'arcane du Régime Ecossais Rectifié ? Mais le Régime Ecossais Rectifié se tient et se donne pour la perfection de la Franc-maçonnerie (un peu comme les Elus Cohen jugeaient les autres Rites maçonniques apocryphes). Ainsi se dissipe l'apparente inexactitude. Maharba a-t-il raison au fond ? Le Régime Ecossais Rectifié a-t-il raison au fond ? C'est une autre affaire, hors le sujet; affaire d'opinion.

V. Enfin, voici le texte de la lettre d'envoi aux Grands Profès de Genève. Moulinié, Peschier et Aubanel, reçus antérieurement par communication et constitués le même jour en Collège métropolitain, des documents qui les habilitaient, (communication fraternelle de Maharba, à qui grand merci ). Document historique, document doctrinal d'un véritable ésotérisme.

Très chers Frères les Chevaliers et Grands Profès de Genève !
« Nous cédons à vos vœux et à notre conviction en vous envoyant la légalisation et autorisation nécessaires à la régularité et à l'extension de vos travaux.
Une seule signature accompagne ici celle du Visiteur général, mais c'est celle du neveu chéri de feu ab Eremo, de celui qui a été l'objet de toute sa tendresse, de ses sollicitations les plus secrètes, ainsi que l'écrivain de la présente en a été l'intime confident. Il le rappelle ici pour votre douce satisfaction et pour que ce nom vénéré ne reparaisse au milieu de vous que couronné par le respect de la reconnaissance qui doivent toujours l'accompagner.
Mon frère aîné est absent, le plus jeune, digne aussi de tous nos suffrages, n'a pu participer aux derniers travaux d'une manière régulière... Tout le reste a disparu.
Du sein de cette sollicitude que tant de souvenirs animent, nos cœurs ont entendu votre vœu, ils l'ont accueilli en se pénétrant de la justice, de la convenance, de l'utilité, de l'autorisation demandée, ils se sont émus de joie et de reconnaissance: Oui ! TT CC FF
Ils vous remercient avec attendrissement et gratitude d'avoir sollicité de nous cet acte de justice de devoir et ils supplient le Dieu de toute miséricorde de vous le rendre profitable et d'écarter tout ce qui pourrait en résulter de nuisible en particulier comme en général.
Point d'empressement humain, chers amis et bien-aimés Frères ! Le zèle de l'homme est loin d'être celui de la maison de Dieu ! Soyez pleins de patience, de longanimité, et surtout, Aimez-vous les uns les autres ; adorateurs et enfants de l'unité, honorez-la et soyez un comme votre rédempteur, votre Créateur (et leur amour qui sans cesse engendre, conserve, régénère) sont un. Au nom de cette unité, qui triomphera de toutes les divisions du temps, aimez-vous, supportez-vous, secourez-vous les uns et les autres ! Voilà le vrai sens de toutes nos instructions ! En voilà tout l'esprit ! Puissions-nous le sentir, le comprendre et l'expérimenter ! Nous vous serrons dans nos bras et vous demandons la bonne part dans vos souvenirs fraternels, comme nous vous assurons que vous avez dans les nôtres celle que mesure notre devoir et notre sincère affection.
A tous et à chacun de vous nous offrons le vrai salut et baiser fraternels.
Vos affectionnés Frères.
Antoine Willermoz Joseph Antoine Pont in ordine a Ponte alto .
Lyon 29 mai 1830

IV. - Confidence du passé, exhortation pour l'avenir.

"Article premier. La Grande Profession de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte est l'acte par lequel les Chevaliers et les Frères des classes inférieures du même Ordre qui en seront trouvés dignes sont initiés, après les épreuves requises, à la connaissance des mystères de l'ancienne et primitive Maçonnerie et sont reconnus propres à recevoir l'explication et le développement final des emblèmes, symboles et allégories maçonniques. " Cette définition est descriptive, d'après les statuts dont elle constitue l'article premier. (Mais rien, dans la doctrine, n'interdirait qu'un Grand Profès, de même qu'un Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, fût un profane, c'est-à-dire un non-Maçon). La Grande Profession conserve en son entier le dépôt de la doctrine de la réintégration, voilà qui la définit philosophiquement.
L'une et l'autre définition se concilient, voire s'articulent, se complètent, pourvu que soient reconnus la vraie origine et le but véritable de la Franc-maçonnerie, auxquels s'ordonnent et qu'enseignent peu à peu les grades successifs du Rite Ecossais Rectifié et que les Grands Profès cultivent, sous les espèces réelles de la réintégration.
L'essentiel du passé et du futur, Willermoz le déclare dans une lettre à Salzmann, du 3-12 mai 1812 ( inédite, fonds L.A.). Son propos demeure pour tous ceux qu'il peut concerner.
« Vous devez vous rappeler, cher ami, que, dès l'origine de la formation à Lyon de la classe des Grands Profès annexée à l'Ordre intérieur et d'un Collège métropolitain, il fut convenu entre tous ceux qui y participèrent avec connaissance de cause, que l'auteur, ou pour mieux dire le principal rédacteur, des instructions secrètes de cette classe qui furent alors produites, ne serait jamais connu:

I) Parce qu'elles ne furent livrées qu'à cette condition.

2) On reconnut que pour attirer la plupart des hommes il faut jeter un voile de mystère sur l'origine des choses qu'on leur présente à méditer.

3) Parce que nul n'étant bon prophète dans son pays, il suffit souvent que l'auteur d'une bonne chose soit connu pour que la chose même perde tout son prix. La masse juge l'homme de son gré et non plus la chose. Il fut donc convenu que tous s'accorderaient à dire que ces instructions secrètes venaient du fond de l'Allemagne; que le Frère dépositaire par de secrètes correspondances en avait heureusement découvert les possesseurs formant une classe très secrète et ignorée dans l'Ordre intérieur et qu'il en avait obtenu un dépôt central pour Lyon à l'époque du Convent National, à la condition qu'ils resteraient ignorés et que le dépositaire général correspondrait seul avec eux pour la suite et le complément des dites instructions; enfin que d'après leur autorisation, quelques Frères membres du Convent National de Lyon en avaient fait une rédaction plus correcte en langue française qui avait reçu leur approbation. Voilà ce qui fut convenu, voilà le langage que j'ai constamment tenu envers tous les autres sans exception, dont je ne me suis jamais écarté et dont je ne m'écarterai jamais quoiqu'il arrive ailleurs. J'avais tenu le même langage à mon ami a Ponte alto [sc. Joseph-Antoine Pont], et il en était persuadé lorsqu'il alla à Strasbourg ou je vous l'avais recommandé. Mais, à son retour, quel fut mon étonnement à la première occasion qui se présenta sur ce sujet de le voir informé par vous que j'étais l'auteur de ces instructions ! Je fus atterré de ce coup-là dont je sentis à l'instant toutes les conséquences présentes et futures. Je mentirais si je dissimulais que je fus extrêmement sensible à cet oubli qui, dans ce genre, était plus qu'une imprudence; d'autant plus que je dus conclure qu'elle n'était pas la première et qu'elle avait été commise vers d'autres et peut-être aussi par d'autres. Mais, ferme dans mes principes et dans mes résolutions, je lui niai le fait. Le F. ab Hedera [sc. FR.- R. Salzmann], lui dis je, s'est trompé, ou bien vous l'avez mal compris. Les choses sont comme je vous les ai dites, tenez-vous-en à cela; je dois le savoir mieux que personne, puisque le dépôt est venu par mon entremise et qu'il est resté entre mes mains. Depuis lors, il a évité de m'en reparler, et moi de même. Si je m'étais cru permis de pouvoir faire une confidence à quelqu'un, certes, c'est à lui que mon cœur l'aurait faite. Mais pouvais-je, à cause d'une indiscrétion, me soustraire à un engagement commun, lorsque tous les autres y restaient assujettis ? J'ai pu sans blesser la vérité soutenir le plan qui a été convenu, parce que, si j'ai été le principal rédacteur de ces instructions, je n'ai pas créé la doctrine qu'elles renferment et n'en suis pas l'auteur. J'en ai déguisé la source pour un plus grand bien, et voilà tout. Cependant, par ce fâcheux et imprévu événement, je me vis arrêté tout court dans mes projets de développement de doctrine que j'avais jugés nécessaires et dont j'avais depuis quelques années commencé l'exécution et je pris dès lors la ferme résolution que j'ai suivie de me concentrer désormais en moi-même sur ces matières, ce qui vous explique pourquoi, depuis cette époque, je me suis mis beaucoup moins à découvert. [...]
Vous voyez en même temps que, depuis fort longtemps, j'étais allé au-devant de vos observations sur nos instructions des G.P. et que j'avais senti la nécessité de donner plus de développement à quelques parties pour les rendre plus intelligibles, plus attrayantes, plus profitables. Quand elles furent produites, on voulait bien dire beaucoup, mais on craignait encore plus d'en dire trop. On était de plus entouré de systèmes et de censeurs et il fallait user de beaucoup de ménagements pour ne heurter personne. Les temps sont changés, trente années et plus écoulées depuis lors ont élagué les systèmes et fait disparaître bien des censeurs; on peut donc prendre un peu plus de latitude, sans dévier néanmoins des bases sur lesquelles la doctrine des G.P. est établie; et surtout ne pas imiter les auteurs que vous me citez, qui, tous, ou presque tous, à côté des vérités les plus sublimes, ont glissé des idées systématiques et disparates qui déparent tous leurs écrits: unité et simplicité de doctrine doit être le caractère de l'initiation des G.P., comme son but distinctif doit être de faire sentir la nécessité de la religion chrétienne et de la faire aimer et pratiquer, puisqu'il est hautement avoué dès le 4ème grade [Maître Ecossais de Saint-André ].
Je pense comme vous, cher Ami, que ces explications données sur les grades symboliques sont trop incomplètes et devraient être plus étendues. Lorsqu'elles furent produites, on trouvait tout trop long et il fallut trop abréger. On peut y obvier si tous ceux qui ont des idées sur ces objets veulent fournir des notes qui faciliteraient le travail. Fournissez les vôtres et promptement. De plus, les quatre rituels ont été fort embellis, surtout le quatrième, par les additions qui y ont été faites d'après les bases qui furent adoptées à Wilhelmsbad. Il faut donc aussi les expliquer. Je pense aussi avec vous qu'il faudrait y développer le but, les avantages et les rapports de l'Ordre intérieur dans l'assemblée, vu qu'il est aujourd'hui fixé sur des bases invariables. Fournissez donc vos notes et observations sur toutes les parties qui composent les instructions des G.P., pour pouvoir parvenir à les rendre plus utiles.
Relisez en critique toutes ces instructions; notez, dans quelle partie que ce soit, les lacunes, les obscurités, les besoins d'explications ou de développement qui vous frapperont; proposez vos idées sur le comment et le pourquoi. Ces choses peuvent être rendues plus claires, plus complètes, plus utiles. La réunion des idées qui viendront de vous et d'ailleurs pourra faire jaillir quelques nouveaux traits de lumière qui en prépareront le plus grand perfectionnement possible. [...]
En plusieurs lieux, dans les séances qui sont consacrées par les statuts des G.P. à l'étude et aux conférences sur leurs instructions secrètes, on y fait ces jours-là un travail mixte; on s'occupe de divers systèmes hypothétiques, souvent plus ou moins discordants; on y raisonne sur des peut-être. Je dis qu'au milieu de ces divagations scientifiques où la vérité reste encore obscure, la curiosité humaine se satisfait, mais la vraie foi n'y gagne rien. L'initiation des G.P. instruit le Maçon, éprouve l'Homme de Désir, de l'origine et formation de l'univers physique, de sa destination et de la cause occasionnelle de sa création, dans tel moment et non un autre; de l'émanation et l'émancipation de l'homme dans une forme glorieuse et de sa destination sublime au centre des choses créées; de sa prévarication, de sa chute, du bienfait et de la nécessité absolue de l'incarnation du Verbe même pour la rédemption, etc. etc. etc. Toutes ces choses desquelles dérive un sentiment profond d'amour et de confiance, de crainte et de respect et de vive reconnaissance de la créature pour son Créateur, ont hé parfaitement connues des Chefs de l'Eglise pendant les quatre ou six premiers siècles du christianisme. Mais, depuis lors, elles se sont successivement perdues et effacées à un tel point qu'aujourd'hui, chez vous comme chez nous, les ministres de la religion traitent de novateurs tous ceux qui en soutiennent la vérité. Puisque cette initiation a pour objet de rétablir, conserver et propager une doctrine si lumineuse et si utile, pourquoi ne s'occupe-t-on pas sans amalgame de ce soin dans la classe qui y est spécialement consacrée ? »

Source : http://www.hermanubis.com.br/

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Historique de l’échelle des Grades du Rite Ecossais Primitif

25 Février 2016 , Rédigé par F.O'D Publié dans #Planches

Toute société, animale ou humaine, naturelle ou volontaire, doit se hiérarchiser pour survivre et progresser. Il est donc logique que la Franc-maçonnerie – considérée sous l'angle de sa représentation sociale ou, si l'on préfère de son corpus institutionnel – ait développé une, puis des hiérarchies, articulées autour de systèmes de degrés ou grades plus ou moins complexes. Ces degrés ou grades n'ont pourtant qu'un rapport lointain et ténu avec ceux du monde profane. En effet, et cela semble parfois oublié, les grades maçonniques correspondent – ou devraient correspondre – moins à des pouvoirs allant en s'élargissant au fur et à mesure qu'est gravie l'échelle hiérarchique qu'à une succession de portes, qui s'entrouvrent au cours du parcours initiatique. Les grades maçonniques correspondent ou devraient correspondre moins à des prérogatives qu'à des devoirs. Et si des droits particuliers sont légitimement attachés à chaque grade, ces mêmes droits n'ont de valeur que pour autant qu'ils permettent l'exercice des charges correspondantes. Les grades maçonniques peuvent donc se définir comme symboliques et obligataires. Ajoutons qu'ils sont nécessairement transmissibles – faute de quoi la structure maçonnique elle-même ne pourrait durer – et réglementés, à défaut ils perdraient toute signification ; on dirait aujourd'hui toute lisibilité ou visibilité. Cette nécessaire règlementation des grades maçonniques a subi des évolutions plus ou moins heureuses, évolutions liées tant à la sociabilité du moment ou de l'époque qu'à l'enracinement géographique des Rites et des Obédiences. [...] Il y a plusieurs siècles, les systèmes dits des Hauts-Grades en Europe continentale – ou des "grades collatéraux" (side degrees) dans les îles britanniques – n'existaient pas. Et même les premiers grades différaient de ceux que nous connaissons aujourd'hui. Au XIIIe siècle, le seul grade connu de la maçonnerie opérative était celui de Compagnon, en anglais Fellow Craft, et il fallut attendre plus d'un siècle pour voir apparaître en Écosse celui d'Apprenti, en anglais Entered Apprentice. Les Compagnons n'étaient cependant pas nécessairement du même "rang", pourrait-on dire, et l'on pouvait distinguer les Compagnons installés à leur compte de ceux qui gardaient le statut de salarié. C'est dans la première catégorie que l'on choisira le Maître de Loge, mais ici le Maître n'est point un grade : il désigne une fonction de direction qui deviendra plus tard celle du Vénéralat. À noter qu'au sein de la Loge, les deux classes de Compagnons ne faisaient l'objet d'aucune distinction sociale. Il convient donc de se garder de toute confusion entre grade et fonction, du moins jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Le Maître de Loge était un Compagnon choisi parmi ses pairs installés à leur compte. Ces derniers prendront progressivement l'appellation maçonnique de Compagnons Confirmés ou de Compagnons finis. Se dessinera alors un système articulé autour de deux grades dont le deuxième est à son tour subdivisé en deux, et d'une fonction :

  • Apprenti
  • Compagnon et Compagnon confirmé
  • Maître de Loge.

Au début du XVIIIe siècle, le Maître de Loge n'est toujours pas un grade au sens propre du terme, et la Grande Loge des Moderns confirma en 1717 la seule existence des grades d'Apprenti et de Compagnon. Il est cependant vrai qu'un manuscrit du Trinity College de Dublin semblerait indiquer comme date de naissance du troisième grade l'année 1711. C'est du moins ce que rappelle Jean Ferré dans son Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie [...]. Si l'apparition de la Maîtrise comme troisième degré hiérarchique ne parait pas pouvoir être datée avec précision, il est généralement admis qu'elle se situerait entre 1718 (peut-être 1711) et 1729. En 1726, la célèbre Loge Dumbarton Kilwinning, décrit son installation en mentionnant la qualité des Frères présents, à savoir : le Grand Maître (Maître de Loge), sept Maîtres, six Compagnons et trois Apprentis. Mais la présence de ces sept Maîtres ne constitue cependant pas la preuve définitive de l'existence du troisième grade à cette date car, comme le souligne opportunément Christian Guigue « il reste très probable que les sept Maîtres évoqués soient en fait sept dirigeants de Loges venus en visiteurs ». (in "La Formation Maçonnique", page 179). Les premières Constitutions dites d'Anderson (1723) ne font pas mention du grade de Maître en tant que tel mais, remarque Jean-François Blondeau « d'un système en degrés comprenant un grade d'Apprenti Entré et un de Compagnon ou Maître », les deux derniers termes correspondant à un seul et même grade. (in "Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie", page 534). Ce n'est qu'avec la deuxième édition des mêmes Constitutions, publiées en 1738, que la maîtrise sera enfin formellement intégrée dans le système hiérarchique maçonnique. Vers 1745 apparaît un quatrième grade, le plus souvent connu comme celui de Maître Parfait ou selon les Rites, comme celui de Maître Secret. La Maçonnerie spéculative a pris le pas sur la Maçonnerie opérative et, dès lors, des systèmes de plus en plus complexes se développèrent en particulier sur le continent européen, tant au sein de ce qu'il est convenu de désigner par l'Écossisme qu'au sein de Rites plus "périphériques". Des Hauts-Grades viennent compléter une hiérarchie déjà passée de deux à trois puis à quatre degrés. Ce développement n'est pas homogène, tant s'en faut. Chaque Rite, Obédience ou Grande Loge revendique le droit souverain d'établir ou de corriger l'ordonnancement de sa propre hiérarchie. Seule semble échapper à cette effervescence la Maçonnerie jacobite introduite en France dès 1688 et surtout après 1689 à Saint-Germain-en-Laye par les Loges militaires des Régiments écossais et irlandais ayant suivi le roi Jacques II Stuart en exil, Maçonnerie demeurée peu ou prou fidèle à ce qui sera désigné par Early Grand Scottish Rite ou Rite Écossais Primitif. En 1778, une tentative de remise en ordre intervient avec l'adoption du Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées dit Code de Lyon. Ce Code, qui régira depuis lors le Rite Écossais Rectifié, ne reconnaît que quatre grades symboliques : ceux d'Apprenti, de Compagnon, et de Maître pour les loges bleues et celui de Maître Écossais pour les loges vertes. Mais à ces quatre grades symboliques, s'ajoutent les degrés chevaleresques de l'Ordre Intérieur qui utilise l'ancien Ordre du Temple comme "moyen de transcendance", pour reprendre l'expression de Hugues d'Aumont (in "Templiers et Chevalerie spirituelle des Hauts Grades maçonniques" page 16), Ecuyer-Novice et Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte. On est donc ici en présence d'un système à six degrés, auxquels s'ajoutent encore les deux degrés d'une classe secrète, dite de Profession : Profès et Grand Profès. Le Code de Lyon décrit avec précision les intervalles devant être respectés pour les passages de grades :

  • cinq mois d'assistance régulière aux travaux du grade d'Apprenti à celui de Compagnon
  • sept mois de présence régulière de celui-ci au grade de Maître Maçon ;
  • une année de présence régulière du Grade de Maître à celui-ci de Maitre Ecossais de Saint André.

En deux ans, on pouvait donc atteindre le quatrième grade, étant entendu que le même Code précise que ces intervalles peuvent être abrégés sur dispense particulière. En réalité, ainsi que le note Christian Guigue, "on était souvent Maître-Maçon dès le jour de sa réception" (in "Rite Écossais Rectifié – Manuel pour le Travail en Loge de Compagnon" page 153). En 1786, Frédéric II est supposé avoir édicté à son tour de Grandes Constitutions qui serviront de charte historique au Rite Écossais Ancien et Accepté, lequel comprend [...] 33 degrés se répartissant comme suit :

du 1er au 3ème pour les Loges bleues,

du 4ème au 18ème pour les Loges de Perfection,

du 19ème au 30ème pour le Chapitre,

le 31ème pour le Tribunal,

le 32ème pour le Consistoire,

et le 33ème pour le Conseil Suprême.

Cette hiérarchie en trente-trois degrés ne tardera pas à servir de référence mondiale et la plupart des Rites tenteront de fixer des équivalences entre leurs propres systèmes et celui du Rite Écossais Ancien et Accepté. Exercice parfois périlleux et discutable, car tendant à être oublieux des spécificités propres à chaque parcours initiatique. Toujours est-il que l'usage veut que le 4° du R\E\R\ corresponde au 18° du REAA, l'Écuyer Novice au 30° et le CBCS au 33°. On notera que la correspondance, entre les derniers degrés de CBCS et 33°, semble d'autant plus artificielle que le premier est un degré à caractère chevaleresque alors que le second est un degré administratif. Les intervalles pour les passages du grade d'Apprenti à celui de Compagnon et de Compagnon à Maître sont identiques à ceux du Rite Ecossais Rectifié, soit respectivement cinq et sept mois, mais l'Article 343 des Règlements Généraux de la Maçonnerie Écossaise, adoptés en 1880, confirme en outre que ces intervalles peuvent s'exprimer également en nombre de Tenues. La Maîtrise est ainsi accessible à l'Apprenti qui aura participé à quinze Tenues. Nous sommes fort loin des pratiques contemporaines, est-il besoin de le souligner. (voir "Règlements Généraux de la Maçonnerie Écossaise pour la France et ses Dépendances" Éd. Lacour, 1993). [...] Quant au Rite Écossais Primitif, il semblerait qu'il connut des destinées diverses selon son enracinement géographique. En Écosse, il apparaît que le Early Grand Scottish Rite ne résista pas au mouvement général qui marqua la Maçonnerie des XVIIIe et XIXe siècles. Un témoignage intéressant nous est donné par A.E. Waite dans son Journal, à la date du 8 février 1903. En effet, Waite raconte les conditions dans lesquelles il fut reçu au 44e degré du Early Grand Scottish Rite qui aurait compris 47 degrés au total (cité par R.A. Gilbert "Ars Quatuor Coronatorum", volume 99 pour l'année 1986). En France, tout porte à croire que le Rite Écossais Primitif, peut-être parce que peu pratiqué, demeura plus proche de ses origines et qu'il parvint à maintenir assez longtemps une hiérarchie de grades rappelant celle du XVIIe siècle. Mais c'est avec notre ancien Grand Maître, Robert Ambelain, et les recherches qu'il effectua, que la situation allait se clarifier pour aboutir à la mise en ordre que nous connaissons aujourd'hui. [...] Schématiquement, et sans entrer dans le détail, on peut distinguer deux temps ou deux périodes, dont 1991 sera l'année charnière. Dans un premier temps, et après quelques variations probablement consécutives à l'avancée de ses recherches, Robert Ambelain arrête la hiérarchie des grades du Rite Écossais Primitif à son cinquième grade, celui de Maître Écossais et/ouChevalier de Saint André. L'échelle hiérarchique du Rite Ecossais Primitif comprend alors les grades :

I Apprenti

II Compagnon

III Maître (ou "Compagnon confirmé")

IV Maître Installé (ou Maître de Saint Jean ou encore Maître de Loge)

V Maître Écossais et / ou Chevalier de Saint André du Chardon.

Ce schéma ressort assez clairement de deux documents ou courriers par lesquels notre ancien Grand Maître explique que le Rite Écossais Primitif arrête sa hiérarchie au 18e degré de l'Écossisme et du Rite de Perfection et donc à son grade de Chevalier de Saint André [...] et que le quatrième grade est celui de Maître Installé [...]. Pour les Frères qui désirent poursuivre leur avancée hiérarchique au-delà du grade de Chevalier de Saint André, Robert Ambelain offre la possibilité de les acquérir au sein d'un autre Rite dont il détient une patente : le Rite de Cerneau, similaire au Rite Écossais Ancien et Accepté et comportant donc 33 degrés. Quelques mois plus tard, notre Grand Maître décide d'enrichir la hiérarchie du R\E\P\ en lui adjoignant les grades d'Ecuyer-Novice et de Chevalier du Temple, semblables à ceux du Rite Écossais Rectifié. Dès lors, il n'est plus nécessaire de faire appel à ce que l'on pourrait appeler la filière Cerneau, le Rite Écossais Primitif se trouvant doté d'un système complet en sept grades. [...] À première vue, la hiérarchie des grades du Rite Écossais Primitif ne semble pas présenter de particularités notables, si ce n'est le rappel d'anciennes dénominations antérieures au XVIIIe siècle et une certaine similitude avec celle du Rite Ecossais Rectifié. Pourtant, deux grades méritent d'être quelque peu explicités, sans divulguer le moindre secret bien sûr, ceux de Maître Installé et de Chevalier de Saint André. Dans le système propre au Rite Écossais Primitif, le grade de Maître Installé est non seulement une "qualité" comme dans d'autres Rites mais bien un grade au sens strict du terme. Grade particulier car, bien que placé en quatrième position, il ne peut être conféré que si l'on possède le cinquième grade, celui de Chevalier de Saint André. Les raisons de ce particularisme – que l'on retrouve pour partie au Rite Écossais Rectifié – sont données par Robert Ambelain dans son introduction au "Rituel des Maîtres de Loge". Autre particularité du grade, celui-ci est conféré au sein d'une Loge de Maîtres Installés ou, à défaut, dans tout Temple mis à la disposition des trois Installateurs. Il n'y a aucun lien direct avec l'allumage des feux d'une nouvelle Loge et le grade qui est donné l’est ad vitam. Il permet à son titulaire de disposer de l'outil nécessaire pour créer une Loge, puis la diriger, mais l'Installation elle-même constitue une cérémonie per se. Pas plus que pour les autres grades, aucun intervalle minimal n'est fixé pour le passage au quatrième grade. De même, aucun délai n'est fixé entre l'Installation et la prise en charge d'une Loge. Est éligible au grade, écrit Robert Ambelain, « un Compagnon confirmé, ancienne dénomination de Maître Maçon, susceptible de diriger une Loge et d'y transmettre les trois grades de l'Initiation maçonnique : Apprenti, Compagnon et Compagnon confirmé ». (R. Ambelain : Rituel des Maîtres de Loge). Il ne semble pas que, dans l'esprit de Robert Ambelain, la Réception au grade de Maître Installé ou de Maître de Loge ou encore de Maître de Saint Jean constituât une étape obligatoire pour accéder aux plus Hauts-Grades du Rite et, dès lors, rien n'empêche fondamentalement un Chevalier de Saint André de passer aux grades d'Ecuyer-Novice puis de Chevalier du Temple sans être pour autant titulaire du quatrième grade. En revanche, un Chevalier de Saint André qui serait appelé à diriger une Loge devait obtenir préalablement le grade de Maître Installé. On pourrait donc qualifier ce dernier de grade "fonctionnel". Le grade de Chevalier de Saint André mérite également une mention spéciale car il résulte d'un "syncrétisme" original entre degrés purement maçonniques et filiation chevaleresque traditionnelle. Le sujet est extrêmement vaste et il est naturellement impossible de le développer ici sous tous ses aspects. Quelques extraits d'une fort intéressante note de Robert Ambelain, intitulée Les Maîtres Écossais, peuvent donner quelques indications essentielles. Il faut savoir que le grade de Maître Écossais de Saint André est demeuré longtemps secret. « Le 24 juin 1314, explique Robert Ambelain, Robert Bruce, roi d'Écosse, constitua l'Ordre de Saint André du Chardon. [...]. En 1593, Jacques VI d’Écosse constitue la Rose-Croix Royale avec trente-deux chevaliers de Saint André du Chardon. Il est alors Grand Maître des Maçons opératifs d’Écosse. Tombé dans l’oubli, faute de recrutement valable, ou raréfié dans le secret, l’Ordre de Saint André du Chardon est rouvert en 1687, avant son exil en France, par le roi Jacques II. Et là on voit apparaître au grand jour cet ordre maçonnique [...] qui a pour nom "Ordre des Maîtres Écossais de Saint André", nom qu'il ne quittera plus. Le Rituel, à double sens, évoque [...] le retour en Grande-Bretagne, après l'exil en France, avec la restauration des Stuarts. » (Robert Ambelain : "Les Maîtres Écossais"). D'autres sources donnent l'an 810 comme date de fondation de l'Ordre de Saint André du Chardon [...]. En tout état de cause, le cinquième grade du Rite Écossais Primitif est d'une exceptionnelle richesse et ne saurait être comparé aux grades – peut-être similaires dans l'apparence – d'autres Rites qui se parent de titres à connotation chevaleresque dans une perspective exclusivement symbolique et sans lien avec l'Ordre de Chevalerie, subsistant ou éteint, dont ils empruntent la dénomination (Chevaliers de la Toison d'Or, Chevaliers de Malte, etc). [...] Un dernier mot sur la question de la validité des grades et titres maçonniques. Assez curieusement, c'est un aspect du sujet qui est très rarement sinon jamais traité dans les Constitutions, Règlements et autres textes maçonniques. Ou alors de manière indirecte. [...] Une précaution liminaire s'impose : la validité d'un grade ou d'un titre maçonnique ne saurait être jugée avec des critères juridiques purement profanes. Cela n'aurait pas de sens et conduirait inévitablement à considérer nombre de grades maçonniques comme illicites ou usurpés à l’exemple des dénominations chevaleresques évoquées plus haut. La validité d'un grade maçonnique ne peut se déterminer qu'à travers la culture maçonnique elle-même : ses règles et son esprit. Ainsi, on pourra sans doute affirmer qu'un grade maçonnique sera réputé régulièrement reçu – et donc incontestablement valide – si trois conditions minimales sont réunies :

1. Régularité de l'Initiation maçonnique de l'Impétrant (on ne saurait donner d'autre grade à un Profane que celui d'Apprenti) et de ses élévations successives ;

2. Pouvoir de celui ou de ceux qui confèrent le grade : ce pouvoir doit s'analyser par référence au grade détenu par ceux-ci et, le cas échéant, par référence à la fonction règlementaire qu'ils assument au moment où le grade est conféré ;

3. Stricte observance des Rituels de Réception tels qu'approuvés et en vigueur dans le cadre du Rite au sein duquel le grade est conféré. Dans certains cas extrêmes ou d'urgence [...], les critères de validité – en particulier les critères de forme – pourront être assouplis pour tenir compte du contexte particulier.

Enfin, il ne faut pas confondre validité et reconnaissance du grade : la validité repose sur des critères objectifs alors que la reconnaissance ne relève que de celui de l'opportunité, critère subjectif s'il en est, ou d'accords inter-obédientiels révisables à tout moment.

F O’D

Source : http://www.glfriteecossaisprimitif.org/

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