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Le Rite York en Franc-maçonnerie (extrait)

6 Février 2016 , Rédigé par Cl.Pe Publié dans #Planches

…L’époque historique de la connaissance et de l’organisation maçonnique commence au début du 18ème siècle, lorsque les comptes-rendus des Loges commencèrent à être conservés. Divers documents existent qui nous fournissent une image imparfaite des pratiques maçonniques de la fin du 17ème et du début du 18ème siècle. Il s’agit de minutes, de correspondance, de chartes, de certificats, de comptabilité, ainsi que de littérature contemporaine non maçonnique. De ces rapports superficiels, les historiens maçonniques en déduisent qu’avant 1700, les Loges opératives ne devaient pas pratiquer de système avec de nombreux degrés, mais usaient plutôt de cérémonies sobres pour avancer un membre au plus haut rang de la confrérie. Les dénominations des degrés, tels ceux d’Apprenti Entré et de Compagnon, (et non de Maître), se mirent lentement en place dans la confrérie entre 1690 et 1717. Cependant, comme on l’a vu, ces titres avaient été utilisés de temps immémorial en maçonnerie opérative, mais non pour désigner des degrés cérémoniels. Les légendes et traditions maçonniques d’origine biblique apparaissent dans les écrits maçonniques au cours de la même époque. Après la formation de la première Grande Loge d’Angleterre en 1717, nombre d’anciens documents furent collectés et étudiés. Ceux-ci prirent la dénomination de « Constitutions gothiques ». Ces allégories, légendes et devoirs prenaient leur origine dans les confréries opératives du 12ème au 16ème siècle. Ces légendes sont semblables par le fait qu’elles font remonter les pratiques maçonniques à des sources antédiluviennes comme ENOCH et LAMECK, en passant par les leaders bibliques de l’Ancien Testament, les Césars romains de l’ère chrétienne et les Francs des âges reculés (500 – 1500), jusqu’à l’époque contemporaine. Les devoirs de la corporation qui apparaissent dans les Constitutions Gothiques concernent les Compagnons de la période opérative. On peut affirmer de façon sûre que la Franc-maçonnerie spéculative que nous connaissons s’est formée au cours du 18ème siècle. Toutefois le peu de comptes rendus de Loges qui subsiste de cette époque ne nous apporte guère de lumière sur leurs pratiques. Les minutes d’une Loge rendent compte qu’elle s’est réunie, que plusieurs Frères ont réglés leurs arriérés, que la Loge a acheté du charbon, sans mention de l’endroit où elle se réunissait, qui en étaient les Officiers, ou quelle autre activité non financière fut traitée. Par chance, en de rares occasions, un secrétaire que le Frère JONES avait été initié ou le Frère SMITH avancé au degré de Compagnon du métier, etc. Une compilation de ces comptes rendus succincts a permis aux historiens maçonniques d’en déduire que les Loges commencèrent à conférer trois degrés comprenant les traditions bibliques que nous connaissons dès le début des années 1700. Personne n’est certain du contenu de ces degrés dans ce 18ème siècle naissant. Il n’existait pas de rituels écrits. Tout le travail ésotérique était communiqué de bouche à oreille, et les minutes de Loges n’évoquaient jamais cette partie de leurs activités. Des exposés sur la maçonnerie existent toutefois à partir de 1723 et c’est à ces sources que nous pouvons valider de nombreux usages maçonniques au cours du 18ème siècle.

LA (PREMIERE) GRANDE LOGE D’ANGLETERRE (Modernes) 1717

En 1716 quatre Loges s’assemblèrent à la taverne du Pommier à Londres et fondèrent une Grande Loge pro tempore. Elles jetèrent les bases d’une Grande Loge et choisirent le jour de la Saint-Jean Baptiste, le 24 juin 1717, pour date de leur première réunion. A la date convenue, ces quatre Loges s’assemblèrent à la brasserie à l’enseigne de l’Oie et du Grill à Londres, et élurent un gentleman du nom d’Anthony SAYER comme Grand Maître. Les autres Officiers étaient à la fois des membres opératifs et spéculatifs. La Grande Loge toutefois, fut essentiellement une organisation spéculative. Il fut établi que la Communication annuelle de Grande Loge aurait lieu chaque année le jour de la Saint Jean, et qu’il y aurait des Communications trimestrielles entre deux. Initialement, cette Grande Loge ne contrôlait qu’un petit nombre de Loges de Londres et de Westminster. En quelques années des Loges supplémentaires d’Angleterre s’y agrégèrent. Il fallut toutefois de nombreuses années, avant que les Loges anglaises s’affilient à une Grande Loge. Immédiatement après l’organisation de cette Grande Loge, des recherches furent conduites à travers l’Angleterre pour retrouver des documents maçonniques existants. Les minutes d’anciennes Loges, diverses listes des devoirs des ouvriers (Old Charges ou Anciens Devoirs), de documents historiques de toute nature et des correspondances furent collectées et analysés. Le Docteur James ANDERSON, Pasteur presbytérien, passa au crible les informations collectées et bâtit une Constitution pour le gouvernement de la Grande Loge. Celle-ci fut adoptée en 1723. Les Constitutions d’ANDERSON de 1723 comprennent une « histoire » de la maçonnerie précédant celle de l’histoire écrite, qui était un condensé des nombreuses légendes et allégories ayant préalablement existé dans la confrérie. Ces informations furent communiquées aux candidats sous forme de lectures et sans aucun doute reçues comme des faits avérés comme tels par beaucoup d’entre eux. La Constitution comprenait également les « Devoirs » de l’Apprenti Entré et du Compagnon du Métier. Après plusieurs années, des matériaux fondateurs supplémentaires furent ajoutés et le Docteur ANDERSON révisa sa Constitution à la lumière de ses nouvelles découvertes. Cette nouvelle édition fut acceptée par la Grande Loge et est aujourd’hui connue sous le nom de Constitutions d’Anderson de 1738. Des amodiations avaient été apportées à l’histoire légendaire de la confrérie, et un certain nombre de devoirs préalablement mis à la charge des Compagnons, transférés au nouveau degré de Maître Maçon. Les premières constitutions gothiques de la Franc-maçonnerie étaient indiscutablement chrétiennes par nature. Les Maçons opératifs étant de manière prédominante des Catholiques Romains en Angleterre, jusqu’à la réforme protestante du 16ème siècle. Les Constitutions d’ANDERSON de 1723 et 1738 omirent toutes les références pré existantes au Christianisme et la Franc-maçonnerie moderne et symbolique embrassa toutes les religions. Les armes de la Grande Loge des « Modernes », constituées de trois tours chargées d’un chevron surmonté d’un compas (voir illustration page suivante), dérivaient de celles de la Compagnie des Franc-maçon de Londres. De nombreux Maçons spéculatifs de cette époque estimaient que l’occasion de promouvoir des insignes à forte valeur symbolique avait été manquée et que les prochaines Grandes Loges corrigeraient cette omission (voir les caractéristiques signifiantes des armes de la Grande Loge des « Ancients »).

LA GRANDE LOGE DE TOUTE L’ANGLETERRE (Grande Loge d’York – 1725)

La Loge d’York qui a repris ses travaux en 1705 mais revendiquait son existence aussi loin que celle des constitutions d’ATHELSTAN de 926, se constitua en Grande Loge de toute l’Angleterre en 1725. A de rares exceptions ne contrôla que des Loges de la région d’York. Elle connut des périodes intermittentes d’activité jusqu’en 1792 où elle disparut. Plusieurs Loges de sa juridiction travaillèrent de manière indépendante jusqu’au début du 19ème siècle. Du fait que cette Grande Loge était située à York, berceau de toute la maçonnerie anglaise, elle essaya d’adhérer aux anciens devoirs et usages de la maçonnerie opérative. Ainsi du fait de sa localisation historique certaines Loges indépendantes comptèrent sur elle pour faire jouer les arbitres dans le gouvernement de leur organisation. La Grande Loge d’York conférait régulièrement les degrés de Chevalier du Temple et de la Sainte Arche Royale comme 4ème et 5ème degrés, accordant ces degrés en complément de la « Maçonnerie Ancienne York ». Des documents existants révèlent que de nombreuses Loges inversaient ces degrés. Alors que cette Grande Loge resta modeste tout au long de son existence, la contribution majeure qu’elle fit à la Franc-maçonnerie moderne fut sa connexion historique entre l’ancienne et la nouvelle fraternité.

LA GRANDE LOGE D’IRLANDE (1730)

Il existe des indications selon lesquelles la maçonnerie spéculative existait en Irlande à la fin du 17ème siècle. La Grande Loge d’Irlande fut instaurée en 1730, et publia son Livre des Constitutions la même année. Cette Grande Loge délivra des patentes à nombre de Loges militaires des régiments britanniques pendant la période d’expansion coloniale. Beaucoup de ces premières Loges irlandaises et de celles rattachées aux régiments militaires conféraient dans cet ordre les degrés de Maçon de l’Arche Royale et de Grand Prêtre du Temple. En 1790, le Député Grand Secrétaire de cette Grande Loge écrivait : « Nous, Franc-Maçons d’Irlande, sommes une branche des Ancients Maçons d’York ». Les emblèmes de l’Arche Royale, le Lion, le Bœuf, l’Homme et l’Aigle étaient présents sur son blason héraldique. Aujourd’hui, la Grande Loge d’Irlande a encore quatre Loges sous sa charte attachées aux régiments militaires britanniques. Celles-ci ne confèrent plus que les degrés symboliques.

LA GRANDE LOGE D’ECOSSE (1736)

Bien que les Loges maçonniques d’Ecosse admirent des membres spéculatifs plus tôt que dans n’importe quelle région des îles britanniques, ce fut la dernière région britannique à constituer une Grande Loge. La Loge de Canongate-Kilwinning à Edinburgh est réputée avoir proposé la formation d’une Grande Loge en 1736. A cette époque, il existait plus de 100 Loges en Ecosse et beaucoup d’entre elles encore essentiellement composées de Maçons opératifs. La Grande Loge fut constituée en 1736 quand des délégués de 33 Loges s’assemblèrent pour cette occasion. Les Loges écossaises furent numérotées sur la base de preuves documentaires attestant leur ancienneté. En conséquence, des discussions sur l’ancienneté comparée de certaines d’entre elles ont persisté jusqu’à aujourd’hui.

LA GRANDE LOGE DES ANCIENTS - (1751)

L’intitulé officiel de cette Grande Loge fut « Le Grand Comité de la plus Ancienne et Honorable Fraternité des Maçons Libres et Acceptés conformément aux Anciennes Institutions ». Elle fut également connue sous l’intitulé de Grande Loge ATHOL du fait du Duc d’ATHOL qui en fut le Grand Maître pendant de nombreuses années. Après l’établissement de la Grande Loge de Londres en 1717, cette structure instaura nombre de pratiques qui modernisaient excessivement la confrérie selon l’opinion de nombreux Maçons. Il devint dans la pratique de ces Loges « modernes » d’exclure les travailleurs manuels parmi leurs membres pour recruter dans les sphères aristocratiques de la société. C’est pour cette raison que de nombreuses Loges d’Angleterre refusèrent de s’affilier sous son contrôle. Dans le même esprit, des Maçons irlandais réguliers résidant à Londres virent leur droit de visite rejeté dans les Loges d’aristocrates. C’est pourquoi en 1751 six Loges indépendantes de Londres formèrent ce qui devint « La plus Ancienne et Honorable Fraternité des Maçons Francs et Acceptés conformément aux Anciennes Institutions », ou « Grande Loge des Ancients ».

Le second Grand Secrétaire de cette Grande Loge fut Lawrence DERMOTT élu à cette charge en 1752, qui avait été fait Maçon à DUBLIN en 1740. On prête à DEMOTT la structuration et l’organisation administrative de cet Ordre, ainsi que la rédaction d’AHIMAN REZON en 1756, qui fut adopté comme constitution pour son gouvernement et ses Loges subordonnées. DERMOTT déclara dans Ahiman Rezon, que « je suis fermement convaincu que l’Arche Royale est la racine, le cœur et la moelle de la Franc-maçonnerie ». En complément des trois degrés de la Maçonnerie reconnus par les « Modernes » à cette époque, les « Ancients » considérèrent le degré de l’Arche Royale comme une part nécessaire de l’ancienne Maçonnerie de métier, et la placèrent sous leur contrôle. Les armes héraldiques de cette Grande Loge comportèrent à l’origine un symbolisme relevant de l’Arche Royale (voir page précédente). On évoquera plus complètement ce degré de l’Arche Royale plus loin, à la section correspondante de cet ouvrage. Il faudrait cependant indiquer ici que la communication de ce degré en Loge symbolique fut un point de discussion qui existe encore aujourd’hui. Au cours de la période s’étendant de 1760 à 1770 environ, la Grande Loge des Anciens fut dans la certitude erronée que la Grande Loge d’York s’était mise en sommeil, et il fut donc fait référence à plusieurs reprises à leur propre système comme étant celui de « l’Ancienne Maçonnerie d’York ». Du fait de ces prises de positions, nombre d’auteurs maçonniques créditèrent la Grande Loge à York de diverses activités, alors qu’en réalité, ces références auraient dû être créditées à la Grande Loge des Ancients. La grande Loge des Ancients a toujours prétendu qu’elle pratiquait « l’Ancienne Maçonnerie d’York », dérivant de l’organisation originelle mise en place par le Roi ATLESTAN à York en 926, et de ses développements ultérieurs dans la confrérie opérative. A ce titre, elle rejeta les développements modernes en conflit avec les « Anciens Devoirs » (Ancient Charges). C’est pour cette raison que les Loges et Grandes Loges qui se développèrent à partir de la Grande Loge des Ancients d’Angleterre ont été reconnues comme pratiquant « l’Ancienne Maçonnerie d’York ». Et c’est parce que les Loges des Ancients conféraient régulièrement les degrés de la Sainte Arche Royale et de Chevalier du Temple, que ces degrés achevèrent d’être assimilés à la Maçonnerie d’York et transposés dans les usages du Rite d’York aux Etats-Unis aujourd’hui.

LA GRANDE LOGE UNIE D’ANGLETERRE (1813)

Après une longue période de discussions, la Grande Loge des Ancients et celle des Modernes fusionnèrent pour devenir la « Grande Loge unie d’Angleterre » en 1813. Leurs représentants avaient différents points de vue quant à savoir si une place devait être faite ou non au degré de la Sainte Arche Royale dans la structure officielle de la Franc-maçonnerie. Certains délégués de la Grande Loge des Modernes plaidaient pour son omission, alors que les délégués des Ancients maintenaient qu’il devait être incorporé au système. Après de nombreux débats et arbitrages, la proclamation suivante fut insérée dans l’acte de l’union : « Il est déclaré et prononcé que la pure et antique Maçonnerie consiste en trois degrés, et pas davantage, soit celui d’Apprenti, de Compagnon du métier et de Maître Maçon, incluant l’Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale ». Cette proclamation poursuivait ainsi : « Cet article ne prétend cependant pas empêcher aucune Loge ou Chapitre de tenir réunion dans les degrés des Ordres de Chevalerie, en conformité avec les constitutions desdits Ordres ». C’est ainsi qu’en 1813, en Angleterre, l’Arche Royale et les Ordres de Chevalerie furent confirmés comme ayant une connexion légale avec la structure maçonnique reconnue par la plus haute autorité, la Grande Loge Unie. Les armes héraldiques choisies par la Grande Loge Unie combinèrent les tours des Modernes et les bannières de l’Arche Royale des Ancients, soutenues par des chérubins modifiés et le Chef des Ancients.

Pendant que prenait forme la Franc-maçonnerie spéculative en Angleterre, des Loges se constituèrent dans les colonies américaines. La plus ancienne référence à un Loge s’étant réunie dans les colonies d’Amérique fut une Loge de Philadelphie en 1730. Il s’agissait d’une Loge sans patente. Sous les « Old Charges » en effet, les Francs-Maçons étaient autorisés à s’assembler, à former une Loge et à ouvrir les travaux sans patente ni charte. Si une telle Loge parvenait à une activité permanente, on la désignait alors sous le terme de « Loge de temps immémorial » et était considérée comme régulière. Benjamin FRANKLIN fit allusion à plusieurs Loges existant en Pennsylvanie en 1730. FRANKLIN devint Maçon l’année suivante dans une Loge se réunissant à la « Tun Tavern de Philadelphie ». (taverne du tonneau). William ALLEN en devint le V\M\de cette Loge en 1731 et déclara vouloir former une Grande Loge dans l’intention d’acquérir juridiction sur la Maçonnerie de la région environnante. Cette Loge n’eut pas d’existence effective et disparut en peu de temps. Les Francs-Maçons de Boston, Massachussetts, furent probablement aussi actifs que ceux de Philadelphie dans les premières années, bien qu’aucun compte rendu antérieur à 1733 n’ait survécu à ce jour. En 1733, Henry PRICE fut nommé Grand Maître Provincial de Nouvelle Angleterre par le Grand Maître d’Angleterre (Modernes). PRICE ouvrit les travaux de sa Grande Loge le 30 Juillet 1733 à Boston et consacra celle qui fut connue depuis lors sous l’appellation de « Première Loge ». Cette Loge devint la Saint John’s Lodge et est encore aujourd’hui en activité. Le Massachussetts revendique l’antériorité de l’établissement de la « Maçonnerie régulière » dans les colonies d’Amérique. Une délégation fut envoyée à Daniel COXE en Juin de l’année 1730 pour qu’il devienne Grand Maître Provincial de New York, de la Pennsylvanie et du New Jersey, mais il n’existe aucun enregistrement d’une quelconque activité maçonnique de sa part. James OGLETHORPE, fondateur et premier gouverneur de la colonie de Georgie était un supporter loyal de la Franc-maçonnerie, en grande partie pour son propre intérêt. «La Loge de Savannah, Georgia » fut consacrée le 10 février 1733. En 1777, elle changea de nom pour devenir la Solomon’s Lodge ». Des Grands Maîtres Provinciaux furent nommés dans diverses autres contrées au cours des cinquante années suivantes. A l’époque de la guerre d’indépendance, le Massachussetts, la Pennsylvanie et New York eurent Des Grandes Loges Provinciales à la fois sous les constitutions des Modernes et sous celle des Ancients. Ces Grands Maîtres Provinciaux donnèrent à l’occasion des patentes à des Loges d’autres lieux hors de toute juridiction maçonnique. De surcroît, nombre de « Loges de temps immémorial » se constituaient. Beaucoup d’entre elles étaient la conséquence des activités maçonniques de Loges militaires rattachées aux régiments britanniques stationnés dans ces colonies. Beaucoup de ces Loges militaires avaient reçu patentes de la Grande Loge d’Irlande et pratiquaient la Maçonnerie des Ancients. La nature aristocratique de la Grande Loge des Modernes en Angleterre s’était propagée dans les colonies, avec pour conséquence durant la guerre d’indépendance, qu’un grand nombre de ses membres étaient de sensibilité loyaliste. Durant les années de guerre, la plupart de ces loyalistes rentrèrent en Angleterre, conduisant ainsi à l’extinction et la disparition de nombreuses Loges de Modernes. Avec la fin de la guerre d’indépendance et la rupture des liens diplomatiques et politiques avec l’Angleterre, les Francs-Maçons américains, par désir et par nécessité, commencèrent à constituer leurs propres Grande Loges. George WASHINGTON fut approché en plusieurs occasions pour devenir Grand Maître des Etats-Unis. Il déclina l’offre, et les différents Etats s’orientèrent alors vers la constitution de leur propre Grande Loge. Ce fut un aboutissement difficile dans la mesure où les Loges particulières pratiquaient une diversité de rituels qui provenaient de différentes règles. Néanmoins, elles constituèrent treize Grandes Loges souveraines dans autant d’états. Lorsque de nouveaux Etats et territoires furent ajoutés, des Grandes Loges supplémentaires furent créées. A l’origine, la plupart de ces nouvelles Grandes Loges se réclamaient elles-mêmes des Ancients Maçons d’York, signifiant ainsi leur adhésion aux Lois et usages sous les Constitutions des Ancients, tandis que quelques autres se réclamaient plutôt du système des Modernes. C’est pourquoi aujourd’hui, les Grandes Loges des Etats-Unis utilisent les appellations de Maçons Ancients, Libres et Acceptés, Maçons Libres Ancients, ou Maçons Libres et Acceptés.

LES GRANDES LOGES AUX USA

Les Grandes Loges américaines sont souveraines et gouvernent la totalité de la Franc-maçonnerie symbolique sous leur juridiction. Leurs constitutions et Lois s’imposent à tous leurs membres affiliés à des structures qui doivent s’y soumettre. Dans la pratique, les droits et privilèges de ces Loges requérant pour leurs membres d’être Maîtres Maçons, ont été instaurés depuis nombres d’années. Les Lois, pratiques et usages, ainsi que les rituels varient dans des proportions assez significatives d’un Etat à l’autre. Toutefois, un Maître Maçon régulier se sentira chez lui lorsqu’il sera en visite quelle qu’en soit la juridiction. Dans le même esprit, le travail rituélique dans différentes Grandes Loges proviendra soit des Ancients, soit des Modernes, en conséquence des connaissances et de l’expérience passée de ses fondateurs. De nombreuses Grandes Loges furent à l’origine constituées sur les bases de l’Ancienne Maçonnerie d’York, ce qui apparaît dans leur intitulé. Que cela figure ou non dans leur intitulé, toutes les organisation américaines se considèrent elles-mêmes comme des « Plus Vénérables Grandes Loges » (Most worshipful), à l’exception de celle de Pennsylvanie, laquelle prétend adhérer aux « antiques traditions » et s’intitule elle-même « Très Vénérable » Grande Loge. (Right Worshipful). Il existe plusieurs variantes dans les titres des Officiers, bien qu’au niveau des charges les plus élevées, les appellations soient assez standardisées :

Plus Vénérable Grand Maître (Most worshipful Grand Master)

Très Vénérable Député Grand Maître (Right Worshipful Deputy Grand Master)

Très Vénérable Premier Grand Surveillant (Right Worshipful Senior Grand Warden)

Très Vénérable Deuxième Grand Surveillant (Right Worshipful Junior Grand Warden)

Très Vénérable Grand Trésorier (Right Worshipful Grand Treasurer)

Très Vénérable Grand Secrétaire (Right Worshipful Grand Secretary).

Ceux-ci sont normalement élus lors des Communications annuelles. Dans différents Etats, ces Officiers le sont pour deux ou trois ans. Les Officiers suivants sont élus ou nommés selon la Constitution propre à chaque Grande Loge :

Vénérable Premier Grand Diacre (Worshipful Senior Grand Deacon)

Venerable Second Grand Diacre (Worshipful Junior Grand Deacon)

Venerable Grand Maréchal (Worshipful Grand Marshal)

Venerable Grands Intend ants (2) – (Worshipful Grand Stewards)

Venerable Grand Tuileur (Worshipful Grand Tyler)

Venerable Grand Chaplain (Worshipful Grand Chaplain)

Venerable Grand Archiviste (Worshipful Grand Historian)

Vénérable Grand Conférencier (Worshipful Grand Lecturer)

Venerable Grand Orateur (Worshipful Grand Orator).

D’autres Officiers existent dans quelques Grandes Loges, tels que “Grand Porte Glaive” (Grand Sword Bearer) et “Grand Poursuivant” (Grand Pursuivant). Beaucoup de juridictions sont divisées en Districts, et un Député Grand Maître de District est nommé pour superviser les activités des Loges qui y sont rattachées.Au cours des dernières années, certaines Grandes Loges y ont ajouté l’office de « Education Chairman on the State, District et/ou Lodge » que l’on peut traduire par « Président de l’instruction de l’Etat, du District ou de Loge », et porte la Lumière de la connaissance comme insigne de cet office. Une conférence nationale des Grands Maîtres se tient chaque année pour coordonner les sujets d’intérêt commun. La confédération des Grandes Loges supervise et soutient de nombreux programmes nationaux d’importance. Parmi ceux-là, le bâtiment du « George Washington Masonic Memorial » à Alexandrie en Virginie, et la « Masonic Services Association » dont le siège est à Silver Spring au Maryland. Le « George Washington Masonic Memorial » est un édifice inspiré dédié aux principes de la Franc-Maçonnerie. De nombreux Ordres maçonniques affiliés en ont meublé et magnifiquement décoré les salles. Les visiteurs y sont les bienvenus. Cette organisation gère un fonds permanent utilisé pour entretenir de manière permanente cet édifice ; toutes les contributions sont les bienvenues. La « Masonic Services Association » prépare et édite « Short Talk » (Brèves), un bulletin mensuel destiné aux Frères, ainsi que d’autres articles et littérature maçonniques. Elle entretient également un programme de visites des Francs Maçons hospitalisés. Ce programme est bien établi et organisé par des Maçons bénévoles à travers tous les Etats-Unis.

LA LOGE SYMBOLIQUE (Bleue)

La Loge symbolique est le fondement et la pierre angulaire de la Franc-maçonnerie. Elle constitue la cellule locale qui a la responsabilité quotidienne de mettre en œuvre les programmes et politiques de la fraternité. La première mission d’une Loge est de faire des Maîtres Maçons. Cette activité va au-delà de la communication des degrés et procure une éducation maçonnique générale à tous ses membres. Ces Loges ont été surnommées « Loges bleues », car le bleu est l’emblème de la fraternité, caractéristique particulière de l’ancienne maçonnerie de métier. La couleur des bords du tablier, des colliers et autres décors de la Loge symbolique est bleue. La liste des Officiers de Loges diffère peu selon les juridictions, et celle qui suit est à peu près standard :

Vénérable Maître (Worshipful Master)

Premier Surveillant (Senior Warden)

Deuxième Surveillant (Junior Warden)

Trésorier (Treasurer)

Secrétaire (Secretary)

Premier Diacre (Senior Deacon)

Deuxième Diacre (Junior Deacon)

Intendants (2) - (Stewards)

Chapelain (Chaplain)

Tuileur (Tyler)

Certaines Loges nomment un Maréchal (Marshal) et un Organiste (Musician ou Organist)

LES DEGRES DE LA LOGE SYMBOLIQUE

Au cours des siècles où se bâtirent les cathédrales, il n’y avait que deux catégories d’ouvriers, les Apprentis et les Compagnons du métier. Un Maître était seul dans sa catégorie, et peu d’ouvriers atteignaient cette position. C’est la raison pour laquelle, quand les anciennes cérémonies d’avancement, quelles qu’elles fussent, devinrent les degrés de la franc-maçonnerie spéculative, après 1700, deux degrés seulement étaient pratiqués, celui d’Apprenti entré et de Compagnon du métier. Les Constitutions d’ANDERSON de 1723 se réfèrent à ces deux degrés seulement. Les rituels n’étaient pas consignés par écrit et les historiens maçonniques n’ont eu accès qu’à une partie des faits, issus des rares écrits publiés à cette époque. Il semblerait qu’initialement, les degrés consistaient seulement dans la communication d’attouchements et de mots de reconnaissance. Alors qu’il existait dans la confrérie pendant toute l’époque opérative, nombre de légendes bibliques ayant des applications pratiques et morales, les références disponibles indiquent qu’elles ne furent pas mises en œuvre lors de la transmission des degrés avant les environs de 1720. D’où ces usages prirent-ils naissance, on ne le sait pas, mais ils commencèrent ensuite à se répandre à travers les Loges en Angleterre. Ce n’est qu’à partir de 1725 que la Grande Loge des Modernes adopta un règlement permettant aux Loges de son obédience de « faire des Maîtres ». Avant cette époque, un Compagnon était considéré comme étant « un Maître dans son métier », et le Maître comme étant « Le Maître de la Compagnie ». Un degré de Maître Maçon fut promulgué. Le plus ancien compte-rendu existant, de la transmission d’un degré de Maître sous la charte d’une Loge remonte à 1732. L’édition de 1738 des Constitutions d’ANDERSON utilise le terme de Maître Maçon en nombre de circonstances où il était fait référence au Compagnon du Métier dans l’édition de 1723. A partir de ce moment, les trois degrés de la Loge symbolique évoluèrent vers notre actuel système. De plus, nombres de Loges sous différentes constitutions commencèrent à conférer les degrés de Maître de Marque, Maître installé, Arche Royale, ainsi que le degré de Chevalier du Temple. On en reparlera plus loin dans cet ouvrage aux chapitres correspondants. Les Loges symboliques aux Etats-Unis et en Angleterre confèrent aujourd’hui, comme en France, les degrés d’Apprenti Entré, de Compagnon du Métier et de Maître Maçon.

Le degré d’Apprenti Entré communique les principaux enseignements de la Franc-maçonnerie, qui sont l’Amour Fraternel, la Compassion et la Vérité. Ce sont les ingrédients nécessaires à une vie bien ordonnée et les fondations des leçons ultérieures en vue du développement moral et spirituel. L’Apprenti commence à utiliser les outils de travail qui lui apporteront la lumière spirituelle, morale et philosophique dans sa progression future.

Le degré de Compagnon du métier conduit le candidat au statut d’ouvrier accompli. Bien qu’il ne soit pas encore en possession des secrets et de la sagesse d’un Maître, il est le Compagnon du métier qui réalisa la majeure partie de la construction des anciennes cathédrales. Ce degré sollicite l’utilisation des cinq sens et développe l’esprit grâce à la mise en pratique des sciences et des arts libéraux. La Franc-maçonnerie est une science progressive.

Le degré de Maître Maçon tout en apportant une sagesse symbolique supplémentaire, invite le candidat à la recherche quotidienne de davantage de lumière et de sagesse. Ce degré révèle la sublime Vérité nécessaire à une vie bien construite et l’espérance en la vie éternelle dans « cette maison qui n’est pas faite de mains d’homme, éternelle dans les cieux ».

LE TABLIER MACONNIQUE

Les anciens membres de la confrérie portaient un tablier de cuir pour se protéger des éclats de la pierre qu’ils taillaient. Cet insigne distinctif fut adopté par la société spéculative comme étant l’emblème du Maçon. Vers la fin du 18ème siècle, il fut à la mode de peindre ou de broder des représentations sur la bavette et le tombant du tablier. Beaucoup d’entre eux sont très beaux, représentant des scènes artistiques à signification maçonnique. Parmi ceux qui nous restent de cette époque, on en trouve beaucoup qui intègrent des symboles relatifs à l’Arche Royale et aux Chevaliers du Temple. Des centaines de ces tabliers sont aujourd’hui présentés dans les musées maçonniques de par le monde. L’une des plus remarquables collections se trouve au musée de la Grande Loge d’Écosse à Édimbourg. Le tablier maçonnique que Madame de Lafayette broda en cadeau pour George WASHINGTON aux environs de 1780 révèle que celui-ci avait reçu le degré de Maître de Marque et sans doute aussi de l’Arche Royale. Ce tablier est visible au musée de la Grande Loge de Pennsylvanie à Philadelphie. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, les membres portent des tabliers entièrement blancs, alors que ceux des Officiers et Passés Officiers sont bordés de bleu et chargés les insignes de leur rang.

LE SYMBOLISME MACONNIQUE

Au cours du développement de l’ancienne maçonnerie de métier, il devint évident que les arts et les sciences mis en œuvre par les ouvriers avaient des racines antiques. Nombre des légendes et allégories qui s’étaient introduites dans la science de la confrérie, bien que d’origines inconnues, attribuaient des valeurs morales et spirituelles à de nombreuses fonctions géométriques et aux outils de travail des compagnons. Les formules algébriques et géométriques, l’utilisation des outils de travail n’étaient pas complètement comprises par tous, car le Maître seul en possédait toute la connaissance. Les Apprentis allaient faire les courses, relevaient des mesures simples, et apprenaient éventuellement à donner à leur pierre les bonnes dimensions en utilisant le maillet à dégrossir. Les Compagnons taillaient alors la pierre pour lui donner la touche finale, de forme carrée à l’aide du fil à plomb, de l’équerre et du niveau. Une valeur morale était donnée à chaque outil. Ainsi, le maillet à dégrossir était destiné à assouplir le caractère, le fil à plomb incitait à la rectitude de conduite, l’équerre pour mettre ses actes d’équerre vis à vis des autres Compagnons, et il y en avait encore beaucoup d’autres. Avec ces enseignements moraux, chaque membre de la confrérie devait diriger sa vie aussi bien que son propre ouvrage. Le Regius relate l’enseignement moral de la corporation au cours de ces âges reculés. D’autres représentations morales et spirituelles sont révélées par les fonctions géométriques. L’un des exemples édifiant est celui du point à l’intérieur du cercle. L’un des outils indispensables au bâtisseur est l’équerre à angle de 90°, et à cette époque reculée, utiliser le principe du « point à l’intérieur du cercle » était la méthode la plus simple pour construire cette équerre. L’invention de ce principe est antérieure à l’histoire écrite et a existé dans tous les anciens mystères de l’Inde et de l’Egypte. L’utilisation de ce schéma était l’un des secrets du Maître. C’est ainsi qu’il était capable de vérifier l’exactitude des équerres de ses ouvriers, ou autrement dit, de tester les équerres. Si les outils de travail des ouvriers étaient testés régulièrement, il devenait impossible que leurs outils ou leur ouvrage divergent, de manière à ce qu’en fin d’ouvrage, les pierres et le bâtiment soient d’équerre, de niveau et alignés. Dans les anciens mystères, le cercle représentait le soleil et il était bordé par deux lignes parallèles perpendiculaires au cercle représentant les solstices. On lui donna une connotation spirituelle en plaçant le nom de Dieu au centre, avec les parallèles représentant la puissance et la sagesse de Dieu. La franc-maçonnerie a remplacé le nom de Dieu en ajoutant la Sainte Bible au-dessus du cercle, et les parallèles représentant les deux Saint-Jean, les Saints patrons de la Maçonnerie. Une autre analogie symbolique nous confronte aux mystères antiques, si nous nous souvenons que les deux lignes parallèles représentaient les solstices. Ces solstices sont ceux du Cancer et du Capricorne au-delà desquels le soleil arrête sa course. Les dates correspondant à ces solstices sont normalement, le 21 Juin et le 21 Décembre, ce qui coïncide à peu près avec les fêtes de nos saints patrons ; celle de Saint-Jean Baptiste le 24 Juin, et celle de Saint-Jean l’Évangéliste le 27 Décembre, tous deux représentés maçonniquement par les deux parallèles au cercle. Alors que de nombreux emblèmes ont été choisis par la fraternité pour symboliser les valeurs morales, et que ces moyens tirent leurs origines des superstitions des anciens mystères, la Franc-maçonnerie tente de libérer ses initiés de toute forme d’esclavage superstitieux et lui procure l’illumination morale pour sa conduite future. Il n’y a pas la place dans cet ouvrage pour explorer complètement tous les symboles qui apparaissent aux différents degrés de la Loge bleue. Dans les Constitutions américaines, l’autel occupe le centre des Loges maçonniques ; sur celui-ci, est posé le Livre Sacré ou la Loi Divine. Les outils de travail comme le compas, ouvert à 60°, le maillet à dégrossir, le fil à plomb, l’équerre, le niveau et la truelle, sont tous porteurs de significations morales pour les Frères. Tous les symboles utilisés par la fraternité ont une signification morale ou spirituelle. La valeur que place la fraternité en chacun de ces symboles est presque une évidence. L’interprétation de ces valeurs et leur mise en pratique dans la vie quotidienne de chaque Frère sont laissées à sa libre interprétation. Chaque individu, en fonction de ses références spirituelles, citoyennes ou éducatives, donnera des valeurs et des poids différents à chacun.

LES DEUX SAINTS JEAN

Les Loges Maçonniques sont dédiées à Saint-Jean le Baptiste et à Saint-Jean l’Évangéliste. Saint-Jean le Baptiste a été le patron de la Franc-maçonnerie depuis les tous premiers écrits de la confrérie. Il fut également le patron de nombreuses autres organisations qui eurent précocement de l‘influence dans la formation de la pensée maçonnique. Saint-Jean l’Évangéliste comme saint patron de la confrérie à une période plus récente, à partir du 16ème siècle, un peu avant l’organisation de la Maçonnerie moderne, comme nous le savons désormais. A l’époque médiévale de la maçonnerie opérative, Saint-Thomas était le saint patron des architectes et des bâtisseurs, et de ce fait, des maçons opératifs. Il était donc tout désigné pour parrainer notre maçonnerie moderne, mais il lui fut préféré les deux Saints Jean. Les attributs et enseignements des deux Saints Jean sont exemplaires pour l’enseignement et la pratique de la Maçonnerie. Saint Jean la Baptiste est bien connu pour son intégrité personnelle qui le conduisit dans l’adversité la plus redoutable à être fidèle aux commandements qu’il avait reçus de Dieu et de son compagnon. Alors qu’il continuait à pourfendre le vice y compris chez le Roi, il prêchait également le repentir et le besoin d’une vie vertueuse (Luc 3 : 2-14). Son adhésion à ses convictions lui coûta la vie. Saint Jean l’Évangéliste prêchait continuellement la culture de l’Amour Fraternel chez ses disciples et ses lecteurs. Le fil conducteur de son évangile et de ses épîtres est celui de la nécessité de l’amour fraternel. A lui seul parmi les disciples, il fut permis d’entrevoir plusieurs visions mystiques. Il est possible que cette lumière supplémentaire lui fût accessible dans la mesure où son esprit était en état de comprendre et d’utiliser cette lumière pour l’enrichissement de ses compagnons. Ce qu’il s’efforça de faire. Le premier épître de Jean est de l’enseignement maçonnique sous sa forme la plus pure. Bien que la nécessité de l’amour fraternel ait existé bien avant l’époque de Caïn et Abel, c’est seulement à partir de ce moment que cette exigence figure aussi clairement dans la Bible comme on le voit dans les enseignements de Jésus tels que détaillés par Saint Jean l’Évangéliste. Avec tous ces éléments à l’esprit, il est très facile de comprendre pourquoi les deux Saints Jean furent choisi pour symboliser l’enseignement et la pratique maçonnique. Il est également intéressant de considérer que jamais deux individus ne furent plus semblables dans leurs caractères et apparences personnelles, ce qui en soit dispense une remarquable leçon…

Source : Cl.Pe

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Quelques remarques sur les sources du grade d'apprenti du Rite Ecossais Rectifié (RER)

31 Janvier 2016 , Rédigé par R. Dachez Publié dans #Planches

La structure de la loge, dans le RER, respecte les standards qui correspondent à ce qu’on nommera plus tard, en France, le Rite français, c’est-à-dire ceux de la Grande Loge des Modernes de 1717 : les deux Surveillants de la loge sont à l’Occident, le Second Surveillant du côté la colonne des Apprentis, au nord, laquelle se nomme Jachin et le Premier Surveillant du côté de celle des Compagnons, au Sud, qui se nomme Boaz. Cependant dès 1775, époque des premiers rituels français de Stricte Observance Templière, plusieurs éléments très originaux ont fait leur entrée, et tout d’abord ce qu’on nomme les « symboles » du grade, c’est-à-dire des tableaux emblématiques, celui de premier grade représentant une « colonne brisée, encore ferme sur sa base », avec une devise, également propre à chaque grade : pour le premier il s’agit de « Adhuc stat »[1]. Parmi les innovations introduites au Convent national tenu à Lyon en 1778, il faut notamment retenir les « questions d’Ordre », qui préparent le candidat à la cérémonie, et les « maximes » délivrées à l’impétrant lors de ses voyages symboliques qu’il accomplit au cours de sa réception. Il faut surtout noter la disposition des chandeliers placés au centre de loge : elle adopte en effet le modèle dit « écossais » – nullement lié à l’Écosse, on le sait – qui fit sont apparition documentée dans le courant des années 1770, sans doute à partir de la filière de la Mère-Loge Saint-Jean d’Écosse de Marseille et de la Vertu persécutée d’Avignon. Cette disposition rompt avec celle observée dans la tradition « Moderne-Française » - bien que la structure de la loge, comme celle de tous les Rites "écossais" en France au XVIIIème siècle demeure celle du "Rite Moderne". Si les sources n’en sont pas connues, elle a du moins incontestablement contribué à singulariser les loges du RER et c’était sans doute, avant toute préoccupation proprement symbolique, l’un des buts de cette modification de forme. Il faut rappeler, d’autre part, que le Convent des Gaules avait décidé, dès 1778, en vertu « d’une sage prudence », la suppression de toute mention des châtiments physiques du texte du serment de l’Apprenti (« avoir la gorge tranchée » si les secrets étaient trahis). Le Rite français, au Grand Orient, adoptera la même mesure en 1858 et la Grande Loge Unie d’Angleterre en 1986… A Wilhelmsbad, deux ajouts remarquables sont opérés : un protocole formel d’allumage des lumières est spécifié et des prières sont dites à l’ouverture et à la clôture de la loge, élément d’apparition tardive, on le voit, mais qui a fortement contribué à conférer aux rituels du RER le climat « religieux » qu’on leur a parfois, plus tard, reproché. Deux autres apports doivent encore être soulignés pour rendre compte de l’état final des rituels. En premier lieu une modification effectuée en 1785, sous l’influence des révélations de « l’Agent inconnu » [2] : le mot de passe de l’Apprenti, de « Tubalcaïn », fut changé en « Phaleg ». Ceci est resté une marque typique du RER, mais de peu de conséquence en fait. J'y reviendrai un jour. En second lieu, est c’est bien plus important, la « dernière révision » de 1788 a introduit, au cours de la cérémonie de réception, « l’épreuve par les éléments » : le candidat est successivement confronté au feu, à l’eau et à la terre. Ce dernier point permet d’évoquer en quelques mots les motivations probables de cette révision dont les plus hautes autorités du RER de l’époque n’eurent en fait jamais connaissance. Probablement conscient de l’échec de son entreprise, les décisions de Wilhelmsbad ayant, pour l’essentiel, été ignorées ou clairement rejetés par les loges allemandes, Willermoz eut sans doute le sentiment de se retrouver à peu près seul avec les siens. Plus de cinq ans après le Convent, il résolut de produire une version selon son cœur, au sein de laquelle il intégra toutes les significations de la doctrine coën appliquée à la maçonnerie. Les rituels de la dernière révision introduisent ainsi des séquences rituelles parfois explicitement empruntées à des rituels coëns : en nul endroit du RER l’inspiration martinésiste n’y apparaît avec autant de force et de netteté, bien qu’il n’y soit jamais explicitement fait référence. Ainsi de « l’épreuve par les éléments » : elle reprend le schéma cosmogonique proposé par de Martinès, qui tisse le monde matériel à l’aide de trois « principes spiritueux » donnant trois éléments – et non quatre, comme dans toute la tradition occidentale classique : le feu, la terre et l’eau. De même que le protocole d’allumage de la loge est réinterprété selon ce schéma cosmogonique – ouvrir la loge rectifiée c’est recréer le monde – , de même l’initiation d’un candidat jette symboliquement ce dernier, comme jadis le « Mineur spirituel » que fut Adam, dans une prison « temporelle » dont il devra travailler à se libérer un jour… C’est enfin dans ces rituels que sont introduites les vertus de chaque grade : le couple « Justice-Clémence » donne le ton au premier. Ainsi, dans son état le plus élaboré, la cérémonie d’initiation du RER, empruntant des sources multiples et pas toujours documentées, est à la fois riche de nombreuses virtualités symboliques et pourtant d’une grande simplicité de forme. Ce contraste est sans doute l’un de ses traits les plus saisissants et concerne en fait tous les rituels du Régime dans leur ensemble. Si l’on excepte les significations subtiles empruntées à la cosmogonie martinésistes, que le candidat a en réalité peu de chances d’apercevoir tout d’abord, la cérémonie frappe au contraire par sa rigueur dépouillée, presque son austérité. Déambulant les yeux bandés autour de la loge, la pointe d’une épée nue sur son cœur, il peut méditer l’une des maximes de son grade : « L’homme est l’image immortelle de Dieu, mais qui pourra la reconnaître, s’il la défigure lui-même ? »…

[1] « Elle se tient encore debout ».

[2] J'aborderai un jour cet épisode singulier dans l'histoire du RER...

Roger Dachez

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/archive/2015/01/10/quelques-remarques-sur-les-sources-du-grade-d-apprenti-du-ri-5530674.html

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L’initiation au rite Français

28 Janvier 2016 , Rédigé par Ph.Th Publié dans #Planches

Le Rite Français propose un parcours initiatique particulier inspiré par cette espérance en l’Homme qui imprégnait le siècle des Lumières. Il invite à une démarche à la fois personnelle, l’impact de la Franc Maçonnerie sur l’Être de chacun, et une démarche groupale, notre Ordre inscrivant son action Humaniste dans la Loge, mais aussi envers toux ceux, présents ou absents, qui font le chemin avec nous et participent à l’avancée de la Caravane Humaine. Le Rite Français est original par la pédagogie qu’il propose. Il doit d’emblée être clair que le pédagogue était, chez les Romains, l’esclave qui conduisait l’enfant au Maître pour l’instruire. Il n’était pas le Maître. Le livre du Maître est en nous et c’est à chacun d’entre nous de faire l’effort de le feuilleter, personne ne peut le faire à notre place. La démarche est personnelle, intime, en quelque sorte réservée. L’initiation a à voir avec l’intimité de la Personne, en particulier l’intimité qu’il a avec son Créateur. Tout maçon régulier doit, bien sûr, enfin à l’orée du parcours initiatique, en préambule à sa réception, avoir répondu à la question: « Qui est le Maître ?».

Définition de l’initiation au Rite Français

L’initiation est par définition un changement et une incitation à changer. L’initiation ne consiste pas à porter d’un même regard sur des Mondes nouveaux mais à regarder avec des regards nouveaux un même Monde. Comment donc s’opère le changement ? Par des dimensions intérieures à acquérir personnellement et à expérimenter, par des changements de perspective sur que l’on pensait jusque là, par la fluidité des pensées et l’abandon des métaux qui encombrent notre avancée : nos préjugés, notre paresse qui nous maintient dans le confort de notre égoïsme ou du conventionnel. Quitter la route de la facilité et faire le choix de la porte étroite, du chemin caillouteux et de la route angoissante : « -Que venons nous faire en Loge ? -vaincre nos passions, soumettre notre volonté et faire de nouveaux progrès en Franc maçonnerie ». Quels sont les champs d’application de ce changement ? Dans le temps, tout d’abord, et la seule dimension qui nous est accessible est le présent (Dimension du Maintenant). L’initiation est la découverte de la renaissance au quotidien, l’inscription de nos actes dans ce quotidien renouvelé, à partir de ce que nous connaissons ou avons expérimenté (Dimension du Passé), pour anticiper le futur et nous y projeter (Dimension de l’Avenir). Dans la profondeur de soi, et cette démarche de connaissance de soi, connaît de multiples modalités. Cette démarche renvoie à la symbolique de la pierre dans les rituels du Rite Français. « Vous apercevez également les trois bijoux immobiles de la Loge : la pierre brute, la Pierre cubique à pointe et la planche à tracer. Parmi ceux-ci, la Pierre brute est, mon cher Frère, un emblème qui s'adresse particulièrement à vous. C'est sur elle que vous avez commencé d'exécuter votre travail d'Apprenti Franc-Maçon. Ce travail est le premier et le plus nécessaire de la carrière maçonnique. Poursuivez-le avec zèle afin de donner un jour à cette pierre, qui n'est autre que vous-même, la forme parfaite que le Grand Architecte de l'Univers lui a destinée. » L’espérance ouverte en Franc maçonnerie est dans la confiance de l’Ordre que chaque frère est capable de dégrossir sa pierre pour obtenir sa récompense, la joie d’être soit : « -Avez vous obtenu votre salaire aujourd’hui, -je suis content, » Dans la relation aux autres et à Dieu, enfin, pour savoir se rendre à l’écoute d’autrui, qui est un autre « moi », et à travers la pratique de la fraternité développer et consolider sa propre identité. Cette dimension à acquérir, rappelée à chaque grade du Rite Français, est celle de l’effort à vivre la Vérité, du renoncement à notre surdité vaniteuse, à ne pas vouloir entendre ce qui ne nous plait pas. Les progrès attendus sont dans la disponibilité croissante à accueillir le murmure de la Parole divine et s’en nourrir, en habiller nos actes, pour accepter le changement permanent de soi, et enfin découvrir son vrai nom, celui qui est inscrit sur une pierre blanche que seul connaît Celui qui le donne et celui qui le reçoit. Toute démarche initiatique passe ainsi par trois axes et trois axes seulement : l’axe phénoménologique, l’axe de la temporalité et celui de la métaphysique. L’axe phénoménologique renvoie à une explication en profondeur des liens symboliques unissant différents systèmes de perception ou de révélation, celui de la temporalité invite à un approfondissement de la réalité temporelle et surtout du sens de cette réalité, la métaphysique est la voie de la logique unissant les concepts abstraits, les paradigmes de conception de la réalité. L’axe métaphysique établit des liens de la réalité avec des principes supérieurs. Par exemple, cinq voies de la connaissance de Dieu de St Thomas d’Aquin expliquent le lien des créatures ou des concepts animant la création avec le Créateur : nécessaire finalité de la création, ordonnancement de la création, incompatibilité entre contingence ou nécessité de l’être…Il est intéressant de poser les questions de la franc-maçonnerie au plan phénoménologique. Pour ce qui est de notre pratique, au rite Français, l'une de ses caractéristiques principales, est issue de son histoire, de sa conception, de la rédaction de ses rituels. Elle est sa cohérence, à l'intérieur de chaque Grade, mais aussi dans l'enchaînement de ses sept Grades, ou encore dans la transversalité d'un certain nombre de symboles qui font le lien de l'ensemble du système. Ainsi chaque partie renvoie-t-elle au tout, et le tout renvoie à chacune des parties. Par exemple, la forme et du tablier d'apprenti évoque le nombre sept, unissant un quadrilatère et un triangle. Il représente la projection sur un plan d'une pierre cubique, dont on aura l'explication à un autre Grade, même si ce symbole est présenté dès le grade apprenti. La connaissance n’est pas cachée, au Rite Français, beaucoup est donné dès le Grade d’apprenti. Le nombre sept, et l'assemblage du carré et du triangle connaissent une longue histoire dans de multiples Grades de notre système. À côté d'un système par Grade, le rite Français a un organisation symbolique systémique qui l'englobe, le structure et permet un développement personnel des frères dans une double logique : acquisition et élaboration de connaissances, incorporation de ces connaissances un Grand Tout, qui coiffe et couronne l’édifice. Le sens de l’ensemble n’est pas le sens des parties. Pourquoi en est-il ainsi ? Issu des rituels anglais et écossais, fils des Loges de la Grande Loge d'Angleterre, avec quelques hésitations, au cours du XVIIIe siècle est né autour de 1725, un rite dans notre pays avec de multiples variances –Mais pas toutes les variantes-, des erreurs parfois qu’il a fallu corriger, ou que nous avons conservées comme l’inversion des colonnes. La mobilité des frères qui composent les Loges au XVIIIe siècle, francs-bourgeois, nobles, ecclésiastiques, a permis certaine homogénéité des pratiques à travers le pays. Il existait donc au XVIIIe siècle des variations de notre rite, mais certainement pas aussi importantes qu'on a bien voulu dire. Et surtout, nous avons la chance que la puissance maçonnique régulière d'alors, le Grand Orient de France, au cours des années 1781 à 1785 mette de l'ordre dans les Grades Bleus, puis dans les Hauts Grades. La cohérence de notre système résulte donc d'un travail fait par des personnes éminentes, telles La Vigerie et Roëttiers de Montaleau, et que quelques-uns aient pu travailler aussi bien sur les Grades Bleus que sur les Hauts Grades, ce sur un espace de quelques années seulement. Ce travail a porté sur la lettre, mais aussi sur l'esprit du rite : il était défini comme maçonnique, tolérant, modéré ; « Nous avons fait de tout cela, un élu acceptable », trouve-t-on dans les délibérations de la Chambre des Grades de 1785), non religieux à l'excès, intéressant, avec la claire volonté exprimée par nos fondateurs de ne pas rechercher à tout prix des significations à des choses et des Grades qui n'en avait pas forcément. Par conséquent, des Grades ont donc été éliminés du système français est tel qu'il est pratiqué aujourd'hui. Ils n'en sont pas moins conservés comme sujet d'étude et notre rite invite à s'intéresser à tous les aspects de la Franc-Maçonnerie, et encourage chaque frère à se faire son opinion personnelle. Puissent les choix de chacun contribuer à le rendre heureux…

Les premières Loges en France

Selon certains historiens, la franc-maçonnerie aurait été introduite en France par les Irlandais de la suite du roi Jacques, après la révolution d'Angleterre de 1688. La première loge en France dont le nom est remonté jusqu’à nous est celle que la Grande-Loge de Londres institua à Dunkerque en 1721, sous le titre de l'Amitié et la Fraternité. Cette loge figure sur les tableaux du Grand-Orient de France comme constituée en 1736. Il pourrait s’agir, cependant, d’une reconstitution d’une loge de la Grande Loge de France. Une deuxième, dont le nom ne nous est pas connu, fut fondée à Paris en 1725 par lord Dervent-Water, le chevalier Maskeline, le frère d'Héguerty, et quelques autres personnes de la suite du prétendant. Un frère Goustand, lapidaire, lui aussi anglais, créa une nouvelle loge à Paris, vers cette époque. Il s'y en établit une troisième en 1726, sous le nom de Saint-Thomas. La Grande-Loge d'Angleterre en constitua deux autres en 1729. L'une avait pour titre « Au Louis d'argent », et le frère Lebreton en était le vénérable ; la seconde s’appelait « A Sainte-Marguerite ». De multiples loges s'établirent ensuite à Paris et dans le reste de la France. La plupart s'attribuaient les pouvoirs de mères loges et délivraient éventuellement des lettres constitutives à de nouveaux ateliers. A cette époque les constitutions étaient personnelles aux frères qui les avaient obtenues, et les fonctions de vénérable étaient à vie. Tout maçon d'une condition libre était apte à être constitué vénérable inamovible, pourvu qu'il eût le grade de maître et qu'il eût été surveillant d'une loge. Les patentes constitutionnelles étaient à son nom. Il en était propriétaire, et en tirait souvent des subsides. Il avait le droit de nommer ses deux surveillants. Le reste des officiers était proposé par ces trois officiers et les frères votaient au scrutin à boules sur chaque office à pourvoir. En 1745, Dervent-Water retourna en Angleterre, où il devait périr à Londres sur l'échafaud l’année suivante, en raison de sa fidélité aux Stuarts. Les loges de Paris s'assemblèrent en 1736, et élirent en sa place lord d'Harnouester. Le chevalier Ramsay remplissait dans cette assemblée les fonctions d'orateur. Le XVIIIe siècle connu une expansion considérable de l’Ordre en Europe et en Angleterre, mais aussi de nombreuses disputes. Cependant la querelle des Anciens et des Modernes, les enjeux politiques sous-jacents aux problèmes religieux de succession en Angleterre, ne nous ont pas directement concernés durant ce siècle. Tout au long du XVIIIe siècle, les maçons français étaient légitimistes, et le discours de Ramsay dont on nous rebat aujourd'hui que c'est un texte fondateur des Hauts Grades, les problématiques de restauration du Temple, fondement d’un certain nombre de Hauts Grades, sont demeurés en fait loin de nous. Les éléments Stuartistes, auxquels Ramsay se rattachent, et qui recherchaient à travers la maçonnerie une restauration des rois catholiques sur le trône d’Angleterre, ont eu une influence en France mais leur britanicité les a, en fait, isolé du reste des maçons Français, et leur poids sur le développement de notre Ordre a été faible durant tout l’Ancien Régime, où l’Angleterre était regardée volontiers comme l’ennemie. Le Grand-Orient ne s'émut pas de ces divers mouvements et il s'occupa surtout de procéder à son organisation. Le rite Français n'est ni politique, ni Templier, encore moins vengeur des Templiers. Le 24 juin 1773, le duc de Chartres fut solennellement installé. Il eut une influence favorable sur l'esprit des loges de France et beaucoup rejoignirent le GODF.

La rédaction des rituels du Rite Français

Durant tout le XVIIIe siècle, l’organisation des rituels en Loge bleue dépendait des mères Loges, dont de nombreux rituels nous sont parvenus : Avignon, Marseille, Lyon, Paris… De la même façon qu’il y a aujourd’hui des styles différents en Angleterre selon les Loges pour le rite Emulation, le Rite Maçonnique, pas encore Moderne ou Français dans sa dénomination, avait des variations régionales. Le développement anarchique et mercantile de la maçonnerie bleue et des Hauts Grades avait parfois conduit à des comportements de privilège dans les Loges bien étrangers au désir de l’égalité qui y régnait : droit de quitter la Loge sans saluer, droit d’interrompre le vénérable, droit bien sûr de venir en Loge avec ses décors des Hauts Grades… Une réforme devenait nécessaire pour « réformer l’acéphalie qui les caractérise et d’en purger les abus ». Le GODF établit le 27 décembre 1773 une commission pour la révision de tous les grades maçonniques, mais ce n’est que le 20 avril 1781 la première esquisse du discours du premier grade est présenté par le frère Salivet. Il est mis au point le scrutin par fèves : une ou 2 fèves noires renvoient à la séance suivante ; une ou deux fèves noires renvoient à une 3° séance ; enfin lors de cette séance une seule fève noire suffit à refuser le candidat. Le 8 juin 1781, il est fait choix de l’obligation : « Avant de faire prêter l’obligation, le Vénérable dira au récipiendaire, mettez votre main sur la Bible et sur cette épée, symbole de l’honneur.

Obligation.

Je jure et promets devant le G\ Ar\ de l’Univers de garder inviolablement tous les secrets qui me seront confiés par cette R\ L\, de ne les écrire, tracer, graver ni buriner sur aucune matière, que je n’en aie reçu la permission expresse et de la manière qui me sera indiquée, d’aimer et de secourir mes frères ; et de me conformer à tous les règlements de la R\ L\ Je consens, si je deviens parjure, d’avoir la gorge coupée, le cœur et les entrailles arrachés, mon corps brûlé et réduit en cendres, mes cendres jetées au vent, et ma mémoire en horreur à tous les maçons. Pour garant de ma promesse, je donne ma parole d’honneur entre vos mains, Vénérable, et devant tous les frères qui m’écoutent. » Il est à noter que plusieurs Frères avaient demandé que soient omises les pénalités de ce serment, mais les délibérations ont conduit à les conserver. Le 22 juin 1781, il est décidé de placer cinq questions dans la chambre des réflexions.

1° Quel est le premier devoir d’un honnête homme ?

2° Qu’est-ce qu’un honnête homme se doit à lui-même ?

3° Que doit-il à ses semblables ?

4° Quel est le moyen le plus propre à rendre notre bonheur inaltérable dans ce monde ?

5° Quelles sont les vertus les plus propres à obtenir l’estime et l’affection universelles ?

Le 13 juillet 1781, choix est fait des inscriptions de la chambre des réflexions qui sont celles là du Régulateur. Le 27 juillet, le discours de l’orateur est adopté. Le 23 septembre 1781 le grade de compagnon et le 21 octobre grade de maître, proposés par le F\ Million sont adoptés. Le 18 janvier 1782, le GODF crée une Chambre sera appelée Chambre des Grades, chargée de la rédaction des Hauts-Grades. Elle sera composée de membres des précédentes commissions et le nom de Roëttiers de Montaleau va revenir souvent dans notre histoire. Le 16 mars 1784, l’Assemblée de Trois Chambres, Paris, provinces et administration, entend la lecture du grade d’apprenti par Roëttiers devant les trois Chambres Réunies et le 19 mars 1784 : les statuts du Grand Chapitre général sont arrêtés. Après 3 ans de travail en commission, le premier manuscrit des rituels bleus du Rite Français est publié en 1785, toujours disponible aujourd’hui en librairie, et la version imprimée est facile à consulter sous le nom de Régulateur Maçon à la bibliothèque Nationale.

Philosophie originelle du Rite Français

Le Rite Français est né en période pré-révolutionnaire, il incite moins que le système des Anciens au respect de la légitimité de ce qui établit, les différences sociales par exemple, et est plus égalitaire. L’épée remise au candidat à l’initiation, dès le début de la Franc-Maçonnerie et le droit de la porter en Loge était une rupture d’avec un privilège des nobles. Le Rite Français enfin est né d'une élaboration symbolique et d'une pratique de près de cinquante ans de Franc-Maçonnerie dans notre pays et a été rédigé au crible des valeurs humanistes qui avaient cours à l'époque dans cette période de pré-révolutionnaire : encyclopédisme, développement de la responsabilité de chaque personne dans la société, idéal de liberté. Le Rite Français est le Rite du siècle des Lumières. Il n'y a pas d'alchimie au Rite Français. On parle bien dans la chaîne d'union, ainsi que dans quelques prières de consécration de Grand œuvre, mais il s'agit là de l’œuvre de fraternité, de l'ouvrage de base et ultime, de la pierre de fondation et de la clé de voûte, qu’il est proposé à chaque maçon de mettre en pratique. La mission des frères est la réunion de tous les êtres humains autour de l'axe du monde, qui est au rite Français l'amour universel. Pourtant me dira-t-on, le sel, le soufre se trouve dans le cabinet de réflexions où l'ont conduit le profane avant son initiation. S'agit-il là de symboles de l’œuvre au Noir ? Le profane dans le cabinet de réfection est confronté au néant des choses humaines, avec tes emblèmes funèbres, des ossements, une atmosphère de tristesse. Le profane a aussi devant lui deux images de vie, de l'eau claire, dans un vase, et le volume de la sainte loi, fermé. Vase et fermeture du livre, ces deux détails sont précisés dans nos rituels. Est-ce dans cette ambiance une exhortation au Travail au Noir, ou une incitation à choisir entre la vie et la mort : ouvrir le livre, verser l'eau, ou les laisser tels qu'ils sont ? L'un des enseignements du rite Français est dans la contingence de la vie dans l’engagement dans le bon choix, de la mort dans l’immobilisme. La vie ne peut exister avec l’immobilité et lui est même incompatible. Elle est dans l'avancée initiatique, la mort est dans le détournement de ce chemin, dans le non respect de cette loi fondamentale au plan philosophique comme au sens biologique. Un organisme qui ne peut se développer meurt. La transgression à cette loi ne pardonne pas. Sel et Souffre… La femme de Lot est changée en statue de sel et du soufre lorsqu'elle se retourne vers Gomorrhe, malgré l'interdiction de Dieu. Les termes du choix qui sont posés à chaque initié deviennent de plus en plus évidents et impérieux au fur et à mesure de la progression initiatique, ainsi que l'expriment les voyages, en particulier au premier grade. « Vous avez dû trouver dans ce voyage moins de difficultés et d'embarras que dans le premier: nous avons voulu rendre sensible à votre esprit l'effet de la constance à suivre le chemin de la vertu ; plus on y avance et plus il est agréable. » Le Rite Français donne une méthode de travail, et chaque Grade complète sa pédagogie. Le nouvel initié apprend ainsi que les indications qui lui sont données n'épuisent pas le sens des symboles qui lui sont présentés préalablement. C'est en effet par ses propres médications qu'il pénétrera toujours plus profondément ce sens, pour mieux dire que ce sens pénétrera toujours plus profondément en lui. L'initiation au rite Français est un retournement sur la réalité. La réalité ne change pas ce qui change, c'est la perception de cette réalité. D’externe, la perception devient, de plus, interne. Ce changement de perspective intérieure présentée au candidat, est une des clés de l'ésotérisme de notre système. La clé est donnée au candidat, mais c'est à lui de la tourner. La porte est ouverte, les mystères dévoilés ne cessent d'émerveiller et d'enrichir les esprits fur et à mesure de leur découverte. De fait, notre système ne fait pas à la place, et la signification ésotérique s'y mérite. Les mots sont importants et la gestuelle essentielle. Deux exemples illustrent cette perspective. Dans la chambre de réflexion, le préparateur donne cinq questions aux candidats auquel il doit répondre par écrit. Le rituel précise qu'il faut laisser entre elles assez d'espace pour contenir les réponses que le profane pourrait y faire. Peu emploient tout cet espace et encore moins reviennent aux questions au cours de leur devenir dans notre Ordre. « Qu'est-ce qu'un honnête homme se doit à lui-même, que doit-il à ses semblables, doit-il à sa patrie, que doit-il à l'Humanité, que doit-il à Dieu ? » La plupart des candidats expriment un aspect prospectif et positif dans leur réponse. Ils proposent le meilleur d'eux-mêmes à donner à eux-mêmes, à la patrie, à Dieu etc. Très rarement, on entend un candidat parler du passé et répondre selon une autre perspective. "Si je suis là, c'est parce que j'ai pu faire ceci, parce que mes semblables m’ont aidé ..., c’est grâce à ma patrie que j’ai pu…" En effet, ces questions se lisent dans les deux sens et mettent le profane devant la réalité de lui-même aujourd'hui, maintenant, c'est-à-dire entre un passé et un futur à bâtir. Si les candidats répondent mal, est-ce parce que les questions sont mal posées et mal expliquées ? Ou, le deuil de notre précipitation à répondre trop vite aux questions qui nous sont posées, fait-il partie de notre réalisation initiatique au quotidien ? N’avons-nous pas, aussi, à faire le deuil de notre auto-suffisance pour regarder ce que nous devons aux autres et les remercier, au lieu de les jalouser ? Aussi bien que soit un profane lors des enquêtes, il a son chemin à faire dans nos Loges. L'initiation au rite Français n'est qu'un début, une invitation à se reprendre, à renaître en permanence. Le Maçon est celui qui a compris le thème du départ des Hébreux hors d’Egypte : il est prêt à se mettre en route, à quitter l’esclavage de la facilité pour se lancer à l’assaut du désert dans la merveilleuse aventure de la quête de lui-même. Nous renonçons à l'acquis une fois pour toutes, pour le changement permanent. Deuxième exemple, le serment prêté par le candidat qui n'est ni nu ni vêtu, pour les représenter l'état d'innocence et lui faire rappeler que la vertu n'a pas besoin d'ornement. Il s'agit là d'un très vieil usage traditionnel qui existe dès les premiers catéchismes maçonniques. Prenons ici l’exemple du manuscrit GRAHAM de 1726. « D. Dans quelle disposition avez-vous prêté votre serment ? R.Je n'étais ni assis, ni debout, ni marchant, ni courant, ni à cheval, ni suspendu, ni volant, ni, nu, ni vêtu; ni chaussé, ni pied-nu. D. Pour quelle raison étiez-vous dans un tel état ? R. En considération de ce qu'un Dieu et un homme composent le vrai Christ, de même un être sans ornements, mi-nu, mi-vêtu, mi-chaussé, mi pied-nu, mi-agenouillé, mi-debout, étant tout à demi, n'était rien complètement, ce qui indiquait un cœur humble et soumis pour être un fidèle disciple de ce Juste Jésus. D.Qu'avez-vous juré ? R. D'abord de conserver et de cacher nos secrets. » Ni nu, ni vêtu. Cette position traditionnelle pointe l'instabilité du candidat, un état de déséquilibre permanent, un besoin de changement permanent qui est attaché à la personnalité humaine, et renvoie à l'invitation à marcher, à la préparation permanente au départ. Elle renvoie au plan psychologique à l'approche personnelle de sa propre perplexité, au lâchage des repères conventionnels et aliénants, à la rupture d’avec les rets des croyances erronées pour enfin naviguer librement quelque part entre l'équerre le compas, et vivre la souplesse des liens fraternels représentés par la cordelière à houppes, les lacs d’amour, de fait des nœuds déliés. Si l’exotérisme du Rite Français est Chrétien, le Rite est ouvert à toute confession. Il est intéressant de retrouver la figure du Christ dans le Graham, ce qui se voyait assez fréquemment au début du XVIIIe siècle, quand la maçonnerie étant davantage chrétienne qu’aujourd'hui. Le christ est ni nu ni vêtu, lors de sa sortie du tombeau. Il a alors son corps humain et n'habite encore son corps de gloire, et il n'a pour seul habit que son linceul. « Noli me tangere », dit-il à Madeleine, ne me touche pas, ne me retiens pas, je suis en chemin vers le Père. Le personnage de Marie-Madeleine et de la légende de saint Maximin, en Provence touchent à de très anciennes légendes du compagnonnage, toujours en vigueur aujourd'hui. Le candidat est à la place du Christ, et ce n'est pas la seule circonstance où ce sera le cas. Dans cet exemple, au XVIIIe siècle, le candidat est aussi Madeleine. Et, dans nos psychodrames que représentent les cérémonies du Rite Français, le candidat est toujours tous les personnages à la fois, même lorsque ceux-ci ne sont pas gratifiants. C'est la méthode du rite Français. Madeleine est en pleurs et devant le tombeau vide, thème que l'on trouvera ailleurs dans notre système. Elle ne reconnaît pas les deux anges qui s'étonnent de la voir pleurer, ni celui qu'elle prend pour un jardinier, derrière elle, et qui lui aussi l’interroge : "Pourquoi pleures-tu" ? Plus que Marie, la mère de Jésus, Madeleine, c'est l'Humanité. Que fait donc l’Humanité à pleurer devant un tombeau vide ? Ce n'est que lorsque le jardinier l'appelle par son nom "Marie", que Madeleine ne comprend cette réalité et de façon conjointe, "se retournant", reconnaît le Christ. Le retournement n'est pas physique ici. Il est intérieur. L'initiation au rite Français est la rencontre de la réalité intérieure et de la vérité extérieure. On entend souvent dire que le Rite Français n’a pas de dogme. Les rituels ont été écrits dès l’origine pour être ouvert à toutes les religions du livre sans exclusivité, s’inscrivant dans la foi en un GADL’U créateur et organisateur du Monde. Démiurge et créateur ne faisant qu’un, ce principe est propre à tous les rites maçonniques de la maçonnerie Régulière, mais par de là, le Rite Français est emprunt d’une religiosité qui le structure et invite à autant de questionnement ésotérique. Le sens de la relation de l’Homme à Dieu est propre au Rite Français. Le thème de la rédemption, de la réintégration que l’on rencontre dans d’autres régimes maçonniques n’existe pas dans ce Rite. La Parole n’est pas perdue au Rite Français, Elle est momentanément mise en réserve après avoir circulé une dernière fois dans la communion de Frères. Le lien de la Parole qui uni l’Homme à Dieu est en quelque sorte mis entre parenthèse en attendant des temps plus propice, qu’il est de la responsabilité de chacun de faire advenir. C’est à cette condition, qu’un jour, elle pourra recirculer librement et sans danger dans toute l’œuvre de la création. Il s’agit là d’une responsabilité essentielle pour chaque maçon. Quelle signification a pour l’Humanité cette parole et quel est ce danger qui la menace ? Pour illustrer mon propos, je vais m’appuyer sur quelques points du rituel. La crainte de voir les secrets et en particuliers les mots de Maître tombés chez des personnes indignes est à l’origine du changement de mots au 3e Grade du Rite Français, et de la destruction de la précieuse lame d’or à un autre moment. Un secret certes substitué nous lie, mais ce qui nous lie est plus le secret que le contenu du secret, l’essentiel est que ce secret reste confiné au milieu de ceux qui en sont dignes. Il ne s’agit pas de mériter le secret par un travail, mais de se rendre apte par son état d’esprit à rejoindre la communauté de ceux qui en sont les détenteurs. C’est justement parce que la personne est capable de garder le secret, qu’elle est aussi capable de progresser dans notre Ordre. La récompense n’est pas dans le mérite d’acquisition d’une connaissance, mais dans la réalisation de soi dans un état d‘éveil spirituel et humain. Cet état de réalisation spirituelle, pour reprendre le thème de René Guénon, permet de vivre cette connaissance, de s’y construire, et de par son exemplarité et ses actes, de bâtir une nouvelle humanité, qui toute entière pourra rentrer dans le secret et son partage. Le secret est alliance librement consentie et librement respectée, alliance entre les frères, entre les Hommes, entre l’Humanité et son créateur. Elle est destinée à englober toute la création : « GADL’U toi qui pourvois aux besoins de tous les êtres … » Nous sommes au Rite Français, dans une doctrine optimiste, bienveillante de réalisation de soi dans un état d’esprit de fraternité propre à une communion de partage, et seule cette voie a un sens : « face à celui qui rend vain nos efforts », lorsqu’ils ne sont pas faits dans ce sens. Nous retrouvons ici, le thème de la construction de chaque homme pour construire la nouvelle Humanité, la nouvelle Atlantide chère à Bacon. Le pari de Pascal s’appuie sur les avantages de la prise de risque de se mettre à croire à Dieu, le pari de la maçonnerie est celui de Dieu vers l’homme, croire que tout homme a en germe en lui la capacité de bâtir l’Ordre du Monde et de retrouver la Parole enfouie et gravée sur la Pierre parfaite au fond de lui. Le secret maçonnique est dans un espace de rencontre à l’intime de chacun, dans le face à face sans voile entre Créateur et créature. La Parole ne peut être perdue au Rite Français, elle ne peut être donnée par la maçonnerie, la maçonnerie est une pédagogie qui nous aide à avancer dans cet état d’esprit qui nous ouvre totalement à nous-mêmes, sans fard et sans métaux, pour lire sur notre pierre parfaite le nom que nous recherchons tous. La Parole n’est pas perdue, elle n’est qu’ignorée, négligée par ceux qui ne se mettent pas en chemin de la percevoir. La Parole ne s’achète pas par un travail ardu, elle ne s’obtient pas par l’accumulation des connaissances. Elle se découvre d’elle-même à ceux qui sont prêts à l’entendre, pour ne pas dire qui ont achevé de la rechercher. Le Rite Français est un Rite équilibré. Certes, il permet la transmission d’une pédagogie du sens des valeurs maçonniques issu du siècle des Lumières, mais il est vecteur initiatique, c’est à dire qu’il vise le changement en profondeur de chacun, et ce dans des aspects insoupçonnés et inattendus. Donner une truffe à un lapin et donner une truffe à un fin gourmet ne produit pas le même effet. Pourtant dans l’un ou l’autre situation, il s’agit de nourriture. La Parole ne nourrit pas ceux qui ne sont pas prêts. La préparation initiatique au Rite Français n’est pas que spirituelle, morale et intellectuelle. Elle implique une participation du cœur. Sans ressenti affectif, sans émotions, sans partage et sans convivialité, le cœur est comme imperméable. Les connaissances défilent, le rituel se déroule, mais l’âme reste sèche et le changement ne se fait pas. Un maçon du Rite Français est un maçon instruit, mais il se doit d’être un bon frère, bien sûr pour les autres, car il est bon d’être une ressource pour ceux que l’on aime et une consolation pour ceux dans la difficulté, mais aussi pour lui, car c’est la condition sine qua non pour avancer sur soi. Notre finalité au Rite Français, le Nec plus Ultra, c’est la paix du cœur pour soi, pour ceux que l’on aime, et pour ceux que nous devons encore apprendre à aimer. Et là nous sommes tous vers le chemin de la découverte d’autrui.

Voici donc quelques éléments de notre spécificité. Ils expliquent pour partie la relation des frères à notre Rite, leur engagement « avec la tête et avec le cœur. » Simplement, pour terminer, je dirais que chaque grade décline un espace symbolique, à découvrir, qui n'est pas toujours écrit dans nos rituels. Par exemple, on découvre au fur à mesure de notre progression la vérité, l'humilité, etc. Pour le premier grade, lorsque le candidat est encore sous le bandeau, les questions le poussent dans ses derniers retranchements, et dans la plupart des cas, il finit par dire pourquoi, au fond de lui, il entre en maçonnerie et sur quoi il fonde sa démarche : la confiance. Ce mot n'est pas dans notre rituel. La confiance doit être aveugle, et pour faire une dernière remarque, ce moment est choisi, unique, dans notre rituel, cette dimension est construite entre la loge le candidat. Il ne faut pas gâcher cela par un passage sous le bandeau préalable, comme cela se pratique malheureusement à tort dans certaines Loges. La confiance « a priori » du profane et la confiance a priori des frères de la Loge forment l'entre-deux, le ciment de la fraternité qui fondent notre engagement à tous. Nous avons la chance de pratiquer un Rite authentique qui nous relie à une chaîne traditionnelle. « Cette chaîne nous unit à tous nos Frères heureux ou malheureux répandus sur la surface de la terre. En elle, sont toujours présents ceux qui la formaient hier. Qu'elle soit l'emblème de la tradition que nous avons régulièrement reçue, que nous maintenons sans faillir et que nous transmettrons dans sa plénitude aux générations à venir. » Le respect de l'esprit du rite Français passe par le respect de notre rituel auquel nous avons tous promis de ne pas faire de modification de nos rituels.

Ph.Th

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Le Rite Standard d’Ecosse (extrait)

25 Janvier 2016 , Rédigé par RSE Publié dans #Planches

…1° Introduction

Nous avons tous dans nos rituels « Standard d’Ecosse » lus l’introduction faisant référence aux traductions des FF. de la Loge Gislebertus. Cette introduction affirme que ce rituel est le plus opératif et par conséquence le plus ancien, allant même à affirmer qu’il était pratiqué dans la Loge la plus ancienne connue au monde : la Loge de Kilwining N°0, fondée en 1598 ! Qu’en est-il exactement : Peut-on affirmer que la dite Loge de Kilwining pratiquait le Rite tel que nous le pratiquons aujourd’hui ? Certainement pas. La Loge de Kilwinig était-elle une Loge purement spéculative, comme le sont nos loges aujourd’hui ? Certainement pas. Peut-on affirmer qu’il n’existait pas de rites plus anciens pratiqués par d’autres Loges ? Certainement pas. A t-on des certitudes sur la manière dont est née la Maçonnerie que nous pratiquons ? Certainement pas, bien que de nombreuses recherches historiques aient au cours des derniers siècles tentés de répondre et donné autant de réponses. En étudiant de près ce Rite un certains nombre de questions se posent à propos de sa pureté originelle. Il est certain qu’au cours des siècles il se soit trouvé altéré par la transmission, tout d’abord orale nullement à l’abri d’erreurs ou d’omissions, puis par des additions au moment de sa transcription, ainsi que par des modifications dictées par l’évolution de la société et des mœurs. Notons que le « Statuts Shaw » qui fixe la réglementation des usages en Loge ne dévoile que peu d’aspects purement ritueliques et qu’ils sont plus opératifs que spéculatifs. Cette préface ignore aussi les influences des différentes « brouilles » qui ont opposés les « Antients » et les « Moderns » au milieu du XVII° siècle, et leur « rabibochage » lors de la naissance de la Grande Loge Unie d’Angleterre, de la mise en place de la Loge de réconciliation et des travaux qui ont suivis pour la mise au point du « Rite of réconciliation », dont notre actuel Standard semble bien avoir fait les frais et dont l’écriture actuelle est fortement empreinte. Qu’ils travaillent au rite Emulation, au Français, à l’Ecossais Ancien et Accepté, au Rite Ecossais Rectifié, au rite d’York, tous les maçons le savent : c’est leur rite qui est le plus beau, le plus pur et le plus ancien. La réflexion basée sur ce postulat ne permet aucun doute. Pourtant nous devrions tous savoir d’où vient notre rite, comment et quand il a été créé et qu’elles altérations ou modifications il a subit au cours des années. Nous devons donc commencer par aller faire un petit tour dans la « proto-maçonnerie » pour découvrir nos origines, puis passer par la fondation de la Maçonnerie spéculative pour comprendre les différentes évolution et finir par l’étude du Rite pour enfin tirer des conclusions, si tant est que cela soit possible.

2° Mythe et histoire

Nous devrions, tous, être persuadés que nos rites sont issus de la maçonnerie opérative des bâtisseurs de cathédrales, vouloir les faire remonter à des périodes plus anciennes est une vue de l’esprit qu’aucun historien sérieux n’a jamais envisagé. Les premiers témoignages d’une organisation maçonnique et donc de Règles inhérentes à un état et au métier, nous ont parvenu dans le manuscrit « Régius » (1390), il n’est, là, aucunement fait mention de la possibilité d’admettre des non-opératifs dans les Loges. Les Maçons du moyen age se transmettaient leurs traditions sur le chantier. Chaque chantier devait avoir ses traditions propres, ses savoir-faire, liés aux besoins du chantier, aux maîtres etc. Les commanditaires de ces chantiers devaient certainement être admis dans les Loges sur leurs chantiers, pour régler les détails avec les maîtres ou leur faire part de leurs souhaits. A partir du XIV° siècle des clercs anglais entreprirent de rédiger pour les maçons des histoires du Métier. Faisant remonter la maçonnerie à l’Egypte ancienne avant qu’elle n’arrive, beaucoup plus tard, en Angleterre au X° siècle et entreprirent de brosser une vaste fresque qui faisait remonter les origines du métier au temps antédiluviens. Cette histoire, parfaitement légendaire, servait de préface aux Devoirs. Quels que soient les liens entre la maçonnerie opérative et la maçonnerie spéculative, il est certain que celle-ci à récupéré et fait sienne l’histoire légendaire. Lorsqu’Anderson rédigea les statuts de la première Grande Loge, il reprit cette histoire. Il utilisa la science de son époque pour encore amplifier cette légende et fît même remonter la maçonnerie à Adam et Eve. Ce faisant-il portât le vieux récit légendaire sur le plan du mythe lui imprimant une forte signification spirituelle et initiatique. Au cours du XVIII° siècle, la plus grande partie de l’histoire mythique des opératifs fût reléguée au second plan au profit d’un seul thème qui émergea comme le mythe fondamental de la Maçonnerie : le Temple de Jérusalem. Tous ces mythes ne sont à rejeter que du point de vue strictement historique, sans que cela préjuge de leur valeur symbolique en tant que moyen d’enseignement et véhicule de l’initiation. On doit faire la différence entre ce qui n’est que de la pseudo histoire, qui flatte la vanité ou la fantaisie sans rien apporter d’essentiel, et le mythe au sens vrai du terme, qui n’est que la forme narrative du symbole, et à ce titre un composant fondamental de la méthode maçonnique, comme de biens d’autres voies spirituelles ou initiatiques.

3° De la Maçonnerie opérative à la Maçonnerie spéculative.

Jusqu’à ces dernières années, le schéma généralement admis par les historiens maçonniques pour décrire la genèse de la franc-Maçonnerie ( et nous en resteront à ce schéma) était le suivant : dans les loges de maçons de métier qui existaient depuis fort longtemps, l’usage était d’admettre des membres qui n’étaient pas des maçons, mais des personnes de conditions fort diverses, depuis des nobles jusqu’à des artisans, en passant par des bourgeois, des artistes, des ecclésiastiques des membres de professions libérales. Ces nouveaux membres étaient qualifiés de « maçons acceptés », ou de « gentlemen masons ». Sous l’influence de ces maçons non opératifs, de plus en plus nombreux, les loges changèrent peu à peu de nature, par un processus qui n’a été ni linéaire ni uniforme. On signalait des cas significatifs de retour en arrière suivis de reprise, et une diversité certaine des évolutions locales, mais dont la tendance globale et le résultat à long terme n’étaient pas moins nets : perdant progressivement leur caractère d’organisation de métier, les loges avaient fini par devenir des associations aux finalités multiples, trouvant toutefois leur unité dans la pratique d’un rituel hérité de la maçonnerie de métier quant à son noyau essentiel, et dans l’usage d’un symbolisme provenant de la même source. Cette théorie s’appuie sur un corpus de documents authentiques, dont les plus abondants proviennent des archives des loges opératives d’Ecosse, dans lesquels ont peut suivre le processus de pénétration de non-opératifs. Certes, un tel processus n’était pas documenté en Angleterre (ni en France), mais on peut admettre que ce qui s’est passé dans un pays témoignait de ce qui s ‘était passé dans un autre, d’autant que l’on peut trouver dans les archives de la Compagnie des Maçons de Londres des indications indirectes de l’existence d’un tel processus. Cette vision des choses a été récemment remise en question du point de vue politico-historique, ne remettant pas en cause le fait que particulièrement en Ecosse les loges avaient gardé un caractère et des usages opératifs, bien qu’acceptant des membres non opératifs dès 1634. Qu’entendons-nous par « Maçonnerie Spéculative ». On a, peut-être, trop facilement qualifié de « spéculative » toute maçonnerie non-opérative, c’est à dire composée de membres qui n’étaient pas maçons de métier. Il y a nécessité de distinguer Maçonnerie non-opérative et Maçonnerie spéculative et de préciser le sens de cette expression. Sans se bercer d’illusions quant à cette définition étant donné qu’il n’est pas certain de trouver deux maçons qui soient d’accord sur une définition précise de la Maçonnerie spéculative d’aujourd’hui. La définition classique dans la Maçonnerie Anglaise est : « Un système particulier d’enseignement moral, caché sous le voile de l’allégorie et illustré par des symboles », le terme « moral » ne doit pas être pris dans un sens trop étroit, il convient d’y inclure des composants intellectuels et spirituels. Nous appellerons donc Maçonnerie spéculative, une Maçonnerie dans laquelle les éléments techniques, propres au métier de maçon : outils, matériaux, disposition et organisation de la Loge etc., revêtent une signification symbolique, porteuse d’un enseignement dans les divers registres propres à cet enseignement, et quelle que soit la composition de cette Maçonnerie quant à ces membres, opératifs, non opératifs ou mixte. Cette définition appelle quelques observations. Cette signification symbolique se doit d’être codifiée, (fût-ce sous la forme de simples indications) afin de faire naître et de guider la réflexion, dans un enseignement oral ou écrit. La définition laisse de côté la question des secrets de reconnaissance, quoique ceux-ci soient un des traits les plus frappants de la Maçonnerie spéculative, bien qu’ils ne participent pas à son caractère spéculatif. Ces secrets n’avaient à l’origine d’autres fonctions que d’écarter ceux qui ne possédaient pas les techniques du métier. Leur présence ne permet pas de dire qu’une Maçonnerie opérative est en même temps une Maçonnerie spéculative, sauf si des significations symboliques lui sont attachées. Enfin, il faut nous attendre, dans une Maçonnerie spéculative, à trouver des thèmes d’enseignements qui n’ont avec les éléments techniques du métier qu’une relation lointaine, voire pas de relation du tout. Cela posé, il faut chercher des faits historiques sur les origines de la Maçonnerie spéculative. Le processus de pénétration progressive de membres non-opératifs dans les Loges d’Ecosse à partir de 1634 est attesté, mais cela ne suffit pas à prouver que les Loges se sont transformées en loges spéculatives telles que définies ci-dessus. D’autre part, il est certain, que ces loges avaient des signes et des secrets de reconnaissance, mais cela ne suffit pas à leur donner un caractère spéculatif. L’existence en Angleterre au XVII° siècle de loges non-opérative est attestée par le premier témoignage de la « réception » d’Elias Ashmole à Warrington le 16 octobre 1646. Les autres témoignages permettent de conclure que la maçonnerie à laquelle ils se rapportent était non-opérative. Le nom sous lequel la FM est le plus souvent désignée dans ces manuscrits est Société (ou Fraternité) des Francs Maçons, on trouve aussi les appellations de Maçons Adoptés et de Maçons Acceptés. Cette maçonnerie non-opérative utilisait aussi des secrets de reconnaissance et utilisait les textes des « Old Charges ».

Trois questions se posent :

  1. La Maçonnerie opérative écossaise du XVII° siècle a-t-elle donné naissance à un Maçonnerie spéculative ?
  2. La Maçonnerie non-opérative anglaise du XVII° siècle était-elle une Maçonnerie spéculative ?
  3. Quelle est l’origine de la Maçonnerie non-opérative anglaise du XVII° siècle et quelles sont ses relations avec la Maçonnerie opérative ?

Les plus anciennes archives de Loges qui nous soient parvenues remontent à 1598, c’est à cette date que furent promulgués les « Statuts Shaw ». William Shaw n’était pas maçon de métier, de petite noblesse il rempli divers charges à la cour de Jacques VI, parmi lesquels celui de Master of Works (Maître des ouvrages). C’est à ce titre qu’il promulgua ces statuts. Le premier, élaboré lors d’une assemblée siégeant à Edimbourg le 27 et 28 décembre 1598, était destiné à toutes les Loges du royaume, le second était plus spécialement destiné à la Loge de Kilwining. Ces statuts consacrent le passage des loges sous l’autorité royale. Ils font de la Loge de Kilwining la seconde d’Ecosse par ordre de préséance après celle d’Edimbourg et avant celle de Stirling. Or Kilwining n’était qu’un village insignifiant, mais avait été le siège, au moyen age, d’une puissante abbaye, et il n’est guère douteux que l’importance de la Loge lui soit venue de ce qu’elle avait été celle de cette abbaye. Ces Statuts faisait obligation aux Loges de tenir des archives, et c’est grâce à elles que nous sommes, aujourd’hui, bien documentés. Ces statuts et ces archives nous renseignent sur l’aspect opératif des Loges sans donné, à première vue, le moindre indice d ‘un aspect spéculatif. Cet aspect s’il existait devait être lié aux secrets de reconnaissance, qui sont eux attestés à partir de 1630 dans les manuscrits du groupe Haugfoot. Cependant personne ne doute qu’ils aient existé à l ‘époque des Statuts Shaw, qui n’en soufflent mot, ce silence étant naturel vu l’objet dont-il s’agit : rappelons qu’à l’époque les rituels était uniquement oraux par crainte de divulgation. Mais comme il est écrit plus haut, l’existence de secrets ne permet pas, à elle seule, de considérer que l’on est en face d’une Maçonnerie spéculative. Que savons-nous de ces secrets pour tenter de voir si un caractère spéculatif s’y rattache. Nous trouvons des séries de questions et réponses qui paraissent avoir une portée spéculative :

Qu’est-ce qui fait une Loge véritable et parfaite ?

Sept maîtres, cinq apprentis entrés, à un jour de marche d’un bourg, là oui on n’entend ni un chien aboyer, ni un coq chanter.

Comment se tient votre Loge ?

Est et Ouest comme le Temple de Salomon

Où se tint la première Loge ?

Dans le porche du temple de Salomon

Y a t-il des lumières dans votre Loge ?

Oui, trois : le nord-est, sud-ouest et le passage de l’est. L ‘une représente le maître maçon, l’autre le surveillant, la troisième le compagnon poseur.

Y a t-il des bijoux dans votre Loge ?

Oui, trois : un parpaing, un pavé d’équerre et un large ovale.

Le texte montre que la Loge est censée se conformée à un archétype : la première Loge qui se tint dans le porche du temple de Salomon, c’est là que se trouvaient les colonnes sur lesquelles ont pouvait lire les deux mots qui forment le « mot du maçon ». La présence de matériel y est particulièrement justifiée, s’il s’agit d’une Loge opérative, mais pourquoi en faire mention si ces objets ne revêtent pas une utilité symbolique. Pourquoi souligner la présence d’un « parpaing » dans une Loge de tailleurs de pierres, sinon parce que cet objet est chargé de symbole. Cet exemple montre comment les membres non-opératifs de la Maçonnerie écossaise du XVII° ont pu, en réfléchissant sur ce que celle-ci avait déjà de proprement spéculatif, y introduire des influences qui ont contribué à développer ce caractère. Mais il n’est pas possible de mesurer l’importance réelle de cette influence, et encore moins, d’en suivre la pénétration dans les Loges. Les témoignages contemporains sur la Maçonnerie non-opérative anglaise du XVII°, pas plus que les archives des Loges écossaises, ne permettent de mettre en évidence un caractère spéculatif. En fait, ils suggèrent plutôt de voir en cette maçonnerie une sorte de club à caractère convivial. Là aussi, si un aspect spéculatif était présent, il devait être lié aux secrets. Pour répondre à la question on ne peut s’appuyer que sur des sources postérieures, à condition d’admettre que ces sources véhiculent un contenu plus ancien. Les principales sont les Manuscrits Graham daté de 1726 et le Manuscrit Dumfries N°4 daté de « très tôt dans le XVIII° siècle » (probablement 1710). Le Manuscrit Graham ne soulève pas d’ambiguïtés étant donné que son rédacteur s’est contenté de recopier ses sources, le Manuscrit Dumfries est plus contesté étant donné que son auteur traite ses sources d’une manière personnelle et qu’il y a lieu de se demander qu’elle est la part des développements de son cru qu’il peut avoir introduits. Outre les questions et réponses que l’on retrouve dans une forme quasi semblable à celle des archives écossaises ont y trouve deux aspects supplémentaires qui sont d’une part une piété christique commune aux deux, et d’autre part un aspect magico-kabbalistique. On peu même y trouver, à propos du temple de Salomon, des allusions christiques qui ne peuvent historiquement pas se concevoir. A condition d’admettre que ces textes remontent pour l’essentiel à la Maçonnerie anglaise du XVII°, ils justifient qu’on qualifie celle-ci de spéculative. En fait on se demande s’ils ne sont pas beaucoup plus anciens, au moins dans certaines parties, et s’ils ne véhiculaient pas, à côté d’aspects qui relèvent de la philosophie hermético-kabbalistique de la renaissance, un héritage médiéval. Cela, pose la question de ses rapports avec la maçonnerie purement opérative anglaise. Il est difficile de séparer complètement la Maçonnerie écossaise et la Maçonnerie anglaise. Il est certain en effet que ces deux Maçonnerie ont eut des contacts fréquents dès 1660 ; en témoigne le fait qu’à cette époque apparaissent en Ecosse des manuscrits de Old Charges, copiés sur des manuscrits anglais, alors qu’ils étaient inconnus auparavant. Les deux maçonneries ont dû exercer l’une sur l’autre des influences réciproques, mais par ailleurs, elles avaient toute deux un caractère spéculatif avant que se nouent ces contacts. Il est commode d’aborder cette question sous l’angle des rapports entre la Maçonnerie spéculative anglaise et la Maçonnerie opérative par le biais des contacts de la première avec la Compagnie des Maçons de Londres, qui ne comportait que des maçons de métiers et était une guilde urbaine. Ces contacts sont attestés par Elias Ashmole dans son journal qui déclare avoir assisté le 11 mars 1682 à une « loge ». Cependant les réceptions de l’époque ne sont pas des acceptations de non-opératifs. Certains récipiendaires ne furent jamais membres de la Compagnie des Maçons de Londres n’étant pas maçons de métier. La conclusion qui s’impose est qu’il existait au sein de la Compagnie des Maçons de Londres une Loge purement spéculative, composée de membres de la Compagnie (Fellowship), qui recevait des visiteurs qui ne l’étaient pas. Ces contacts indéniables entre la Maçonnerie spéculative anglaise et la Compagnie des Maçons de Londres ne permettent cependant pas d’affirmer que la première tire son existence de la seconde. Le problème de l’origine des loges spéculative reste donc entier. On ne peut affirmer, ni exclure, qu’elles soient nées de loges opératives par une pénétration progressive comme en Ecosse. Tout ce que l’on peut dire c’est que, si un tel processus s’est produit en Angleterre, cela a dû être nettement plus tôt qu’en Ecosse, puisqu’il apparaît comme achevé au moment où il commence d’être attesté au nord de la frontière. Les Old Charges constituent en un lien de continuité entre la Maçonnerie opérative médiévale et la Maçonnerie spéculative du XVIII° siècle, mais pas, à priori, un lien de continuité physique.

4° La « révolution » de 1717

Après les incertitudes sur les origines et sur les premiers temps de la Franc-Maçonnerie, nous entrons à partir de 1717 dans des temps mieux connus. La fondation de la première Grande Loge à souvent été présentée comme la naissance de la maçonnerie spéculative, il n’en est rien puisque cette maçonnerie existait bien avant, tant en Ecosse qu’en Angleterre. Cette date constitue cependant une charnière : la Maçonnerie spéculative devenait un corps organisé ce qu’elle n’avait jamais été. Car même si en Ecosse le « Statuts Shaw » de 1599 donnait une organisation régionale, et encore peut-on se demander si cette organisation était vraiment effective, elle ne s’appliquait qu’à la Maçonnerie opérative ( fi donc du « Kilwinisme »). L’organisation visée par Anderson ne concernait que les quatre Loges présentes à Londres à ce moment. Elle eût tellement de succès que l’on comptait vingt loges en 1723 et soixante dix en 1730 et que son influence avait dépassé les limites de la ville. Cette innovation fut imitée rapidement en Irlande en 1725 et beaucoup plus tard en Ecosse 1736. Il faut cependant dire que cette tendance à l’union ne fut pas le fait de toutes les loges et que certaines conservèrent leur indépendance. A partir de cette époque la Maçonnerie britannique et la Maçonnerie continentale évoluent relativement séparément chacune à son propre rythme, non sans s’influencer mutuellement, mais plutôt à long terme que de façon immédiate. La seconde a rapidement développé des traits originaux, qui ont réagi, dans une certaine mesure sur la première. La division dans la seconde partie du XVIII° siècle en Grande loge des « Anciens » et Grande Loge des « Modernes » a eu de grandes conséquences pour toute la maçonnerie mondiale, et en particulier déterminante pour comprendre la diversité des rites, situer ceux-ci les uns par rapport aux autres et mieux mesurer la part opérative ancienne et la part spéculative.

5° Le schisme de la Maçonnerie Anglaise

Comme il est écrit plus haut toutes les Loges existant en 1717 ne s’étaient pas ralliées à la première Grande Loge. D’autre part, des Loges furent créées en dehors d’elle après cette date. Il existait donc une Maçonnerie « indépendante ». En 1753, se constitue à Londres une nouvelle Grande Loge sous le nom de « Grande Loge d’Angleterre suivant les Anciens Usages », elle reprochait à la première Grande Loge d’avoir altérer les anciens rituels, qu ‘elle prétendait, quant à elle, pratiquer dans toute leur pureté. C’est pourquoi les membres de cette nouvelle Grande Loge se qualifièrent d’ « Anciens » tandis qu’ils appelaient les membres de la première Grande Loge les « Modernes ». Le principal animateur des « Anciens » était Laurence Dermott qui écrivit les Constitutions de la nouvelle grande Loge sous le nom de « Ahiman Rezon » (1° édition : 1756 - 2° : 1764) cette deuxième édition fût particulièrement polémique. Les reproches que les Anciens faisaient aux modernes étaient nombreux, tous d’ailleurs ne figurent pas dans la deuxième édition des Constitutions, car certains concernent les secrets de reconnaissance, et il ne pouvait pas en parler dans un ouvrage pouvant être lu par des profanes. Le principal était assurément d’avoir inverti les mots du premier et du second grade. Ce reproche était fondé car cette mesure fut prise par les « Modernes » en 1730 pour déceler les « faux frères » qui pouvaient s’introduire dans les Loges en profitant que ces mots avaient été divulgués. Le second était d’employer un mot incorrect au grade de Maître. Un autre était de disposer les Loges de manière différente. D’omettre les « châtiments traditionnels dans la formulation des « obligations ». Ne plus pratiquer le Rituel d’Installation du Maître. Il y a une série de reproches à caractère religieux, qui sont les suivants :

omettre les prières ;

Avoir déchristianisé le rituel

Ignorer les fêtes des « deux Saint-Jean »

La plupart de ces différences ne sont pas attestées par des documents officiels qui nous seraient parvenus des deux Grandes Loges rivales dans la mesure où il n’existait pas de Rituels officiels imprimés. Tout ce que nous savons, ou presque, nous vient essentiellement des différentes divulgations et en particulier celle de Prichard en 1730 (Masonry Disected). Les mesures, quelles qu’elles soient, qui ont été prises en 1730, l’ont été avant la Divulgation de Prichard, et ont plutôt eu pour origine une divulgation parue au mois d’août précédent « The Mystère of Free-Masonry ». C’est dans une Assemblée de Grande Loge du 28 août que J.T. Désaguliers attira l’attention sur elle et fit ses « recommandations » pour « empêcher qu’aucun faux frère soit admis dans les loges régulières ». A sa suite le Député Grand Maître proposa des « règles qui devraient être observées dans les loges particulièrement pour leur sécurité… ».

5-1. L’ordre des mots du premier et second grade

Il existe certains témoignages indirectes, qui reliés entre eux, mettent le fait hors de doute. S’il est admis que les Modernes ont délibérément inverti les mots du premier et du second grade à la suite des divulgations, certains auteurs pensent que cette conclusion est sans doute trop simple et que certains points restent à explorer. Des documents montrent que dans le dernier quart du XVIII° siècle des maçons « Modernes » admettaient que leur grande Loge avait fait des modifications dans les cérémonies et les secrets maçonniques. Une lettre d’un Maçon « Moderne » à son Grand Secrétaire, en 1791, le démontre. Il déplore la division de la Maçonnerie et admet qu’elle est due à une « altération triviale » faite par sa grande Loge : « ….Quelque nécessaire qu’il ait pu être (pour mettre fin aux abus grossiers qui s’introduisent de façon alarmante dans les principes vitaux de notre Institution), je veux croire que la Grande Loge d’Angleterre ne considère pas les Maçons régulièrement faits sous les constitutions d’autres pays comme étrangers au Métier ». S’il parle de « maçons faits sous la constitution d’autres pays », c’est parce qu’il sait que les grandes Loges d’Ecosse et d’Irlande sont sur la question de l’ordre des mots en accord avec les « Anciens », et il mentionne le cas d’un visiteur écossais se voyant refuser l’entrée d’une Loge « Moderne ». En revanche, il ignore visiblement que la Maçonnerie Française et Allemandes sont en accord avec les « Modernes ». Il apparaît donc que les « Anciens » avaient « B… » comme mot du premier grade et « J…. » au second. Les « Modernes » faisant le contraire. Cependant il n’apparaît dans aucun « catéchisme » qu’avant 1730 les mots soient donnés lettre par lettre ou syllabe par syllabe. Cette précaution serait donc apparue après cette date sans que l’on sache par qui.

5-2. Le mot du Maître

Pour ce qui est des « modernes » ce mot apparaît dans les divulgations de Prichard sous la forme de Machbenah, avec comme signification « le bâtisseur est frappé », entendons frappé à mort ! Il n’apparaît pas antérieurement et sa forme semble bien fixée. L’antériorité du mot des « anciens » est attestée dans de nombreux textes antérieurs à Prichard, sous des formes variables : Maha Byn, Maughbin, Matchpin, qui sont des formes corrompues d’un même mot. La substitution de Machbenah à Maughbin ( qui semble être la version sinon la plus sure au moins la plus courante), semble avoir été faite de manière délibéré. Soit par le fait que l’on pensait avoir perdu la forme primitive et qu’on désespérait de pouvoir la retrouver, soit au contraire que l’on ait cru la retrouver dans Macbhenah.

5-3. La disposition de la Loge

Chez les « Modernes », les surveillants étaient tous deux placés à l’occident, de nombreuses gravures, qu’elles soient anglaises ou françaises, nous montrent les loges disposées ainsi. Il nous est révélé par une divulgation de 1760 (The Three Distinct Knocks) que les « anciens » disposaient le 1er S. à l’occident et le 2ème S. au midi. Cette divulgation reprend à quelques thermes prés les échanges entre le V.M. et les SS. lors de l’ouverture des travaux. D’autre part, bon nombre d’illustrations montrent le VM siégeant sans aucune chaire devant lui, l’autel placé au centre de la Loge et les chandeliers prés du VM et des SS., qui disposent, eux, d’un petit plateau bas sur lesquels sont placés les colonnes. Une pierre juste dégrossie au coin NE. Et une pierre cubique à la droite du 1er S. Un fait est cependant intéressant à soulever : de tout temps la colonne du N. a été réservée aux apprentis et celle du sud aux compagnons or, si nous regardons les colonnes de l’intérieur de la Loge si la Colonne B., correspondant au mot du 1er grade, se trouve à gauche elle est placée au Midi donc au pied de la « colonne » des compagnons. La Colonne J. correspondant aux compagnons se retrouve à droite, donc au nord au pied de la « colonne » des apprentis.

5-4. Les anciennes pénalités

La disparition des « anciennes pénalités » est justifiée par les « Modernes » à cause de la forme archaïque et l’impossibilité sociale et morale de les infliger. Le texte Emulation les reprend in-extenso, « Emulation Lodge » ayant certainement cédé face à l’insistance des « Anciens ».

5-5. Omettre les prières et déchristianiser les rituels

Si les « Modernes » abandonnèrent les prières ce n’est certainement pas sans raisons. Les articles d’ouverture des Devoirs, dans l’une et l’autre des éditions des Constitutions d’Anderson ( 1723 et 1738), en admettant que les Francs-Maçons « doivent être de la Religion au sujet de laquelle tous les hommes sont d’accord, c’est à dire des hommes bons et sincères » et d’ajouter en 1738 « en vrais Noachides », en reconnaissant de plus que dans les temps anciens les « francs-Maçons étaient obligés d’être de la religion du pays (ou ils se trouvaient), quelle qu’elle soit » (1723) et plus précisément que « les francs-Maçons chrétiens étaient obligés de se conformer aux usages chrétiens dans les pays où ils se rendaient »1738, Anderson rompt définitivement avec les « Old charges ». En effet, celles-ci prenait pour axiome de base que tous les Maçons étaient chrétiens et proposaient de fervente prières à caractère très christique. La concession que pratique Anderson, permet d’ouvrir les Loges, pour compréhensible et admirable qu’elle soit, elle ne fait qu’officialiser un état de fait existant dès cette époque et permettra, plus tard, l’admission d’hommes de valeur, non chrétiens, dans les Loges installées dans tout l’Empire Britannique. Les « Anciens », eux, semblent rester sur des bases purement chrétiennes et même s’ils emportèrent la majorité des suffrages sur une grande partie des différents points de leur désaccord avec les « Modernes », sur celui-ci il serait absurde de penser que les Maçons anglais du siècle des Lumières soient restés sur des positions restrictives.

5-6. Les deux Saint-Jean.

L’abandon des deux « Saint-Jean » par les « Modernes » et un corollaire de la déchristianisation du rite. Comment peut-on gardé ces deux personnages importants du Nouveau Testament si l’on met de côté son principal acteur ? La référence même de « Loge de Saint-Jean » disparaît très vite en Angleterre. Même si les « Modernes » gardent leurs Assemblées annuelles aux dates de ces fêtes les références sont plus celles des solstices d’été et d’hiver. Les « Anciens », eux, gardent ces références et nomment leurs Loges « Ancienne et Honorable Fraternité des Loges de Saint-Jean de Maçons Francs et Acceptés ». Le fait, attesté, de se rendre ensemble aux offices religieux lors de ces deux fêtes perdure jusqu’à « L’Acte of Union ». Plus tard « Emulation Lodge » gommera les références faites aux deux Saints dans l’explication de la « Planche » au 1er Grade en leur substituant Moïse et le Roi Salomon. Il n’est pas à douter que la phrase « …vers celui qui ne nous décevra pas, mais qui n’admettra pas que nous le décevions. », soit une allusion au Christ.

5-7. Le Rituel d’Installation du Maître.

De nombreuses zones d’ombre règnent sur ce différents : on n’est toujours pas surs que l’Installation telle qu’elle est pratiquée, en deux partie – partie ouverte aux compagnons et maîtres, partie secrète réservée aux « Maîtres Installés »-, aujourd’hui ait été l’objet de la discorde. Cette cérémonie semble être de facture moderne, mais peut avoir été créée en même temps et pratiquée à la fois chez les « Anciens » et les « Modernes ». Une chose certaine est qu’elle n’existait pas en Ecosse avant 1858 date à laquelle la Grande Loge d’Ecosse approuve une « Cérémonie d’installation » et ce n’est qu’ en 1872 qu’elle décidera de la pratiquer comme en Angleterre pour permettre aux Maîtres Installés écossais de participer aux installations en Angleterre. Si tout le monde semble être d’accord sur les signes, attouchements, mots, recommandations, la brouille pourrait provenir de la manière de les communiquer et de la part légendaire qui accompagne cette communication. De plus il semble bien que la cérémonie en question n’ait pas toujours été pratiquée dans les Loges « Modernes », ou de manière très inégale quand au respect du Rituel pourtant approuvé et recommandé par cette Grande Loge.

6° Quid du « Standard »

Les principes de base fixés par l’histoire étant posés, il convient maintenant d’examiner le Rite Standard d’Ecosse tel que nous l’avons récemment reçu et de tenter de discerner ce qui pourrait le poser comme étant « le plus ancien et le plus pur ». Il y a là nécessité de faire la part de ce qui est purement opératif et de ce qui est spéculatif. En nous rappelant qu’en Ecosse la Maçonnerie a été au départ une Maçonnerie « Non-opérative » au contraire de l’Angleterre ou elle est née sous son aspect « Spéculatif ». Dans un premier temps nous examinerons les points qui ont causés le « Schisme » des « Anciens et des Modernes » et les rapporterons à nos pratiques.

6-1. Les points de désaccord

Chaque partie de ce chapitre se rapporte à ce qui est étudié plus avant et ne constitue qu’une ébauche de conclusion de l’analyse.

6-1-1. L’ordre des mots

Il semble donc que les mots du 1er et du 2ème grade soient utilisés dans le bon ordre. Bien que de nombreuses questions puissent encore se poser à l’examen de divers « catéchisme et divulgations antérieurs à 1730 qui emploient tantôt l’un tantôt l’autre comme mot du premier grade. Il reste à éclaircir si le fait d’épeler ces mots ait été pratiqué par les « Anciens » ou introduit par les « Modernes » Rappelons aussi qu’à la lecture de la Bible la première colonne citée est celle de droite qui est « J… », puis celle de gauche qui est « B…. ». Toutefois, et pour être bien renseigner à cet égard il convient de regarder attentivement ce que les Ecossais appelaient « le mot du Maçon », il serait trop long, ici, de s’y étendre et nous vous renvoyons à la lecture de notre principale référence pour les détails. Brièvement cette expression englobe l’ensemble des secrets de reconnaissance de la Maçonnerie opérative écossaise du XVII° siècle, qu’elle ait, également été pratiquée par la Maçonnerie spéculative à ses débuts en Ecosse, qu’elle n’ait jamais été reprise par la Maçonnerie spéculative anglaise. Elle consistait en la communication des mots « B.. » et « J.. » avec leur référence biblique et un commentaire particulier, « a quoi s’ajoute un certain signe secret donné de la main à la main, par lequel ils se reconnaissent, et entrent en familiarité l’un avec l’autre » (Stevenson p133).

6-1-2. Le mot du Maître

Le « Standard » donne deux significations, très exactement comme le rite Emulation. Nous trouvons la encore l’influence anglaise de « Emulation Lodge ». La forme la plus ancienne attestée semblerait être « Maughbin », mais qu’en était-il en Ecosse ?

6-1-3. La disposition de la Loge

Il semble que nous ayons gardé au rite Standard une disposition qui soit attestée plus ancienne que moderne. Cependant il paraît audacieux d’affirmer que tous les meubles, bijoux et joyaux soient aujourd’hui placés tels qu’ils l’étaient au temps où les rédacteurs de notre « catéchisme » font remonter celui-ci. En effet si notre Rite provient directement de la Maçonnerie non-opérative ou Maçonnerie d’acceptation on ne voie pas bien ce que font les dits meubles, bijoux et joyaux dans une loge de bâtisseurs.

6-1-4. Le contenu des Obligations

Les « Anciens » devaient dire les Obligations dans les formes que nous connaissons aujourd’hui au rite Emulation, incluant les « anciennes pénalités ». La formulation pratiquée, aujourd’hui au rite Standard les écarte du texte que doit dire le récipiendaire. Elles sont rappelées par le VM. dans l’exhortation qui suit le serment, cela « afin – que le candidat- puisse comprendre la suite de la cérémonie ». Rien ne permet d’affirmer si c’est l’une ou l’autre de ces formes qui ait été pratiquée en Ecosse, cependant il n’est pas déraisonnable de penser que la forme la plus ancienne devait comprendre l’énoncée des pénalités dans le texte du serment. La forme actuelle n’est donc, à priori, pas la plus ancienne. Le rappel des pénalités dans l’exhortation permet de penser que le Rite « Standard » d’Ecosse ne nous est pas parvenu dans sa forme primitive et qu’il a subit, lui aussi, une altération à ce sujet.

6-1-5. Omettre les prières

Les prières sont bien présentes dans notre rite, dire qu’elles sont telles qu’elles étaient : certainement pas. La forme des prières des « Constitutions » de Laurence Dermott, proche de celle entendue aujourd’hui, comporte des allusions très marquées au christianisme, que l’on ne retrouve plus. Si l’on admet qu ‘elles sont les plus anciennes les formules « Standard », identiques aux formules « Emulation » sont donc, elles aussi, des altérations. Nous répondons de même à la question sur la déchristianisation reprochée aux « Modernes », qui en adoptant ces nouvelles formules ouvraient la pratique de l’Art Royal aux autres religions issues de la Bible.

6-1-6. Les deux « Saint-Jean ».

L’absence de référence aux deux Saints constitue une nouvelle question quant à la légitime ancienneté du rite. La reprise mot pour mot du texte « Emulation » de la planche, nous incline à penser, là aussi, que notre Rite a subi une altération. Si nous voulions le rapprocher des rites d’origine nous devrions adopter la formule : « …, ce cercle est limité entre le nord et le sud par deux grandes lignes parallèles d’on l’une symbolise Saint Jean le Baptiste et l’autre Saint-Jean l’Evangéliste », or ce n’est pas le cas.

6-1-7. Le Rituel d’Installation du Maître

Cette question ne semble pas être la pierre d’achoppement de la brouille. Dans la mesure où cette cérémonie est aujourd’hui pratiquée telle qu’elle l’était avant 1758, et bien que nous ne sachions si elle est d’influence « Moderne » ou « Ancienne ». Elle n’était pas pratiquée dans les Loges d’Ecosse avant cette date…

Source : RSE

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Histoire du REAA, Rite Ecossais Ancien et Accepté

21 Janvier 2016 , Rédigé par C\ L\ Publié dans #Planches

Le hasard n’existe pas, c’est Dieu qui voyage incognito » disait Albert EINSTEIN…N.B. cette planche évoque un rituel en 33 grades mais l’auteur est parfaitement conscient qu’il s’adresse ce soir à un auditoire au premier degré et fera son possible pour ne rien laisser paraître qui ne concernerait pas strictement le grade d’Apprenti… Pourquoi ce sujet de planche ? L’histoire du REAA est à mes yeux essentiel puisque c’est le rite que nous tous maçons de la Grande Loge De France pratiquons et pour lequel nous avons prêté serment sur le Volume de la Loi Sacrée lors de notre initiation ! En retracer l’historique est aussi passionnant, chaque question, chaque lecture, chaque fait, tel une découverte archéologique entrainant par ricochet une autre question, une envie d’aller voir plus loin… Enfin parce qu’il est sujet à polémique, notamment au sein de la Franc Maçonnerie Française où au moins trois rituels principaux coexistent et sont concurrents, ce qui est à mes yeux n’est pas maçonnique ni universel, sans vouloir prétendre que le REAA est le seul, l’unique, l’authentique, ce qui serait assurément contre-productif et totalement imbécile osons le mot. C’est à mon sens le seul rituel qui propose une vraie démarche initiatique, lente et progressive où seuil compte le travail individuel, la quête d’un absolu, on lira avec intérêt l’ouvrage de Jean-Jacques PREVOT et de Béatrice L. « Grandir au REAA, l’ambition du bonheur » (cf. bibliographie).

Mise au point sur l’histoire du REAA :

Résultat d’une méconnaissance historique, mais aussi parfois d’un manque d’objectivité et de probité intellectuelles, de fausses assertions sur les débuts de l’écossisme et du REA tendent à s’imposer dans les esprits. La répétition de contre-vérités, la réinterprétation de faits historiques, l’occultation, voire même la falsification de documents ou d’évènements avérés mais dérangeants, font que l’on assiste depuis trop longtemps à une réécriture tendancieuse de l’Histoire de l’Ordre. Ainsi on a vu par exemple la Grande Loge Unie d’Angleterre et le Grand Orient de France faire croire à l’idée que la maçonnerie spéculative serait issue de la réforme de 1717 et que les constitutions d’Anderson seraient la référence commune obligée de tous les maçons du globe. Ces allégations réitérées depuis des décennies faisant l’impasse sur la Maçonnerie des « Anciens » (Ecossais de la Grande Loge d’Ecosse, « antients » de la Grande Loge d’Irlande, Maçons de Rite Ecossais Ancien et Acceptés) risquent de devenir des vérités historiques pour des personnes insuffisamment informées puisque l’on constate que, même dans nos rangs, que de nombreux frères, et non les moindres, les ont crues, les agréent, voire les professent encore. Voilà le pourquoi de cette planche ce soir… Le REAA est l’un des rites maçonniques le plus répandus dans le monde. Il a officiellement été fondé en 1801 à Charleston en Caroline du Sud aux Etats Unis, sous l’impulsion des Frères John MITCHELL et Frédéric DALCHO, sur la base des Grandes Constitutions de Berlin, en 1786, attribuées au Roi Frédéric II de Prusse, grand ami et protecteur de Voltaire, à la suite du « Discours » du Chevalier De Ramsay en 1738 et des Constitutions dites « de Bordeaux » de 1762. Composé de 33 degrés, il est habituellement pratiqué dans le cadre de deux organismes complémentaires mais distincts : Une « obédience maçonnique », qui fédère des loges des trois premiers degrés grades de la Franc-maçonnerie de Loge Bleue, à savoir Apprenti, Compagnon et Maître, qui travaillent toutes au même rite, en ce qui nous concerne le REAA car nous verrons lors d’une prochaine planche qu’il en existe beaucoup d’autres… Une « juridiction » de Hauts Grades maçonniques, qui un prolongement de la Maîtrise, dirigée par « un Suprême Conseil », qui regroupe des ateliers du 4ème degré au 33ème degré en ce qui concerne le REAA. La Grande Loge de France, fondée en 1738, travaille exclusivement au REAA, totalement en indépendance du Suprême Conseil de France depuis 1907, le Suprême Conseil de France ayant de son côté été fondé en 1804 et régissant toujours les Hauts Grades…

La naissance de la maçonnerie spéculative :

La maçonnerie « moderne », le mot à toute son importance, souvenons-nous-en, naît officiellement à ce que l’on dit le 24 Juin 1717 à l’Auberge de « L’Oie et du Gril » avec la création de la Grande Loge de Londres et de Westminster. Celle-ci est constituée de la fédération de 4 ateliers qui portent des noms très colorés et imagés, ayant pris selon la légende le nom de l’endroit où ils se réunissant, à savoir des arrières salles de tavernes, puisqu’il n’y avait plus guerre de chantiers de cathédrale auxquels adosser la loge comme de tradition. The Goose and The Giridon (L’Oie et le Gril) The Crown (La Couronne) The Apple-Tree ( Le Pommier) profitons pour nous mettre en mémoire Isaac NEWTON et la Royal Society, même si plus proche de nous il serait sympathique et symbolique de lancer un petit clin d’œil à Guillaume TELL… The Rummer and The Grapes (La Coupe et les Raisins) Personne ne peut dire avec certitude si cette date et ces faits sont réels ou mythiques car ils ne sont décrits que dans la seconde version des « Constitutions d’Anderson », celle de 1738, 21 ans plus tard ! (La première mouture des Constitutions d’Anderson date de 1723 et n’y faisait pas référence, ce qui est surprenant à tout le moins !) Il se trouve même certains auteurs pour mettre en doute l’existence même de plusieurs de quatre loges initiales, évoquant que pour se constituer une Grande Loge en Angleterre (mais cela aurait pu tout à fait être le cas n’importe où ailleurs) a besoin de se fédérer sur quelque chose, un message historique, un mythe, une légende, une tradition…pour être crédible tout simplement... On va le voir avec le corpus des 33 degrés qui empruntent aux bâtisseurs du Moyen âge, à l’Antiquité Egyptienne, Grecque et Romaine, à la Renaissance, à la Rose Croix, à l’Hermétisme, à la Kabbale, à la Chevalerie et bien entendu à l’Alchimie, le tout sur un fond d’Ancien Testament car première certitude, ne nous méprenons pas, la Franc Maçonnerie a été développée sur un fort corpus judéo-chrétien, base de la civilisation occidentale de l’époque et encore très présente de nos jours. Anderson dans la version de 1738 de ses Constitutions indique qu’une réunion préparatoire de quatre loges aurait eu lieu en 1716 pour « s’unir sous un Grand Maître comme un Centre d’Union et d’Harmonie ». Dans un ouvrage de 1763, « Le Franc Maçon accompli ou Multa Paucis pour les amateurs de secrets » (tout un programme !), on parle de six loges dont les maîtres et les surveillants se réunirent au Pommier, le Jour de la Saint Jean, pour cette réunion fondatrice. Plus controversée encore la genèse de cette maçonnerie spéculative : Les « tenants de la continuité », se basant sur des textes anciens, affirment que les loges de la maçonnerie opérative avaient admis en leur sein de plus en plus d’étranger au métier de bâtisseur, devenant par le fait des « maçons acceptés », c’est-à-dire des notables « qui n’étaient pas du bâtiment » comme on dirait aujourd’hui, mais qui, pour divers motifs, caritatifs notamment se voyaient admis, d’autant plus que dans le même temps la « fièvre bâtisseuse » du Moyen Age et de La Renaissance déclinant, le nombre de chantiers diminuait de façon spectaculaire, de même que le nombre des gens de métiers, ce qui aurait conduit les loges à devenir progressivement purement spéculatives. L’admission de maçons acceptés permis ainsi, toujours selon les adeptes de la filiation, de perpétuer la tradition et sa symbolique de construction, passant de l’édification « matérielle » à une dynamique de développement de soi au travers d’un groupe, grâce à un canevas symbolique rituel qu’on pourrait qualifier de « multicartes ». La première entrée certaine d’un membre « accepté » dans une loge encore opérative est celle de Sir John BOSWELL d’Auchinleek à la loge d’Edimbourg, en Ecosse, en date du 8 Juin 1600. Survient à une certaine distance l’agrégation de Sir Robert MURAY en 1641 à Newcastle et celle d’Elias ASHMOLE en 1646, personnage influant dans cette période car il fut le fondateur de la Royal Society et éminent rosicrucien. En 1688, le Maître des Maçons de Londres était un architecte de grand renom, Sir Christopher WREN, qui fut pendant 35 ans occupé à l’édification de la Cathédrale Saint Paul de Londres. Il pouvait à juste titre être considéré comme un maçon opératif tout en faisant figure de spéculatif puisqu’également géomètre et astronome. Il entretint une correspondance sur la cycloïde avec Blaise PASCAL et fut professeur à l’Université d’Oxford., et lui aussi, membre de la Royal Society. Il reste en fonction jusqu’en 1695 puis revint en 1702 pour qu’en 1703 sa loge dite Loge de Saint Paul affirma sa transformation en loge désormais spéculative par une décision qui stipule que « les privilèges de la maçonnerie ne seront plus désormais réservés aux seuls ouvriers constructeurs mais, ainsi que cela se passait déjà, ils seront étendus aux personnes de tous états qui voudront y prendre part ». Les loges étaient devenues nombreuses et prenaient un tour amical puisque l’accession s’y faisait par parrainage. Depuis les travaux d’Eric WARD, chercheur anglais de la Franc Maçonnerie, qui publia une étude très fouillée semble-t-il en 1978, les historiens de la Franc Maçonnerie admettent plus volontiers la théorie dite de« l’emprunt » : les loges spéculatives ne descendraient pas en droite ligne des loges opératives mais auraient été créées de novo, ex nihilo, par des maçons « acceptés » et auraient empruntés leurs rituels à « l’ancienne maçonnerie » opérative donc, le terme ancien là aussi revêt toute son importance puisqu’on parle de Rite Ecossais Ancien et Accepté. Ces anciens rituels et règlements empruntés sont très connus, nous avons : Une première période avec les trois principaux « Anciens Devoirs (Old Charges) » de la Maçonnerie opérative du XIVème jusqu’au XVIème siècle, qui est alors une corporation professionnelle chrétienne (Les Manuscrits REGIUS de 1390 et COOKE de 1410, ainsi que le manuscrit GRAND LODGE n°1 daté de 1583. Une seconde période dite de transition de 1599 à 1722, où les loges opératives admirent en leur sein de maçons acceptés, étrangers aux métiers du bâtiment. C’est à cette époque qu’apparaissent les références à l’art de mémoire (Les Statuts SHAW de 1599), l’initiation maçonnique primitivement appelée Mason Word (1637) et les premiers catéchismes symboliques (Edimbourg, 1696), le manuscrit SLOANE 3329 de 1700, le manuscrit DUMFRIES n°4 de 1710, le manuscrit du Trinity College de 1711 et le manuscrit Graham de 1726… Et enfin une dernière période, dite spéculative, de 1723 à nos jours, où la Franc Maçonnerie est devenue une initiation non confessionnelle (laïque) et où les loges se composent principalement d’hommes étrangers à la construction, et où apparaissent les deux chartes de la Franc Maçonnerie moderne, les Constitutions d’Anderson en 1723 puis en 1738 ainsi que le Discours du Chevalier de RAMSAY, en 1736 et 1737. Et justement, des auteurs de plus en plus nombreux, David STEVENSON en Angleterre qui publia en 1993 « Les origines de la Franc Maçonnerie - Le Siècle Ecossais 1570 - 1710 » et en France les éminents Alain BERNHEIM, Roger DACHEZ, André KERVELLA, Patrick NEGRIER (Références en bibliographie) s’accordent pour avancer que c’est en Ecosse qu’il faut rechercher l’origine des rituels, c’est la théorie du « zigzag » entre Ecosse et Angleterre, qui paraît donc la plus crédible. Selon Roger DACHEZ : « Le mot ECOSSAIS semble simplement traduire le fait que parmi les premiers maçons, en France autant qu’en Angleterre, le souvenir demeurait du rôle majeur joué par l’Ecosse dans la maturation finale du système maçonnique spéculatif. Les mots ECOSSAIS et ECOSSISME en vinrent alors à désigner tout ce que la Maçonnerie désignait come éminent, choisi, particulièrement digne de respect et d’honneur, sans qu’il faille y voir une origine proprement liée à l’Ecosse elle-même » en tant que pays… Cette théorie est certes très simple mais il faut à mon sens indéniablement replacer cette appellation d’Ecossais dans le contexte précis fruit de l’histoire du Royaume Uni et de la France aux XVIIème et XVIIIème siècles… En effet, nous l’avons vu en préambule, la maçonnerie « moderne » naît donc à Londres vers 1710-1717, mais il ne faut pas oublier, c’est le cas de le dire, que tout se déroule dans un contexte politico-religieux bien spécifique et qu’il existe de par les documents fondamentaux cités plus hauts (Manuscrits REGIUS, COOKE, DUMFRIES), une tradition maçonnique en Ecosse de longue date, appelée à devenir le creuset de la F\ M\ telle qu’on la pratique aujourd’hui à la Grande Loge de France notamment. Le métier de maçon en Ecosse, est organisé depuis 1599 où les maçons d’une même ville sont rassemblés au sein d’une loge comprenant des apprentis (Apprentice) et des compagnons-maîtres (Fellowcraft) (Masters). Petite parenthèse, on voit qu’il n’existe pas alors de grade de maitre à proprement parler, ce qui a toute son importance car le REAA se construira bientôt avec l’apparition du grade de Maître et surtout ses prolongements par les Hauts Grades, c’est ce que l’on verra plus loin. De grands bouleversements surviennent dès 1560 en Ecosse dont l’histoire est compliquée de longue date puisque l’Angleterre y a toujours eu des velléités de conquêtes (on en parlera rapidement plus loin au sujet de l’origine templière de la F\ M\ selon certains auteurs et de l’histoire du moyen âge écossais magnifiquement dépeint dans le film BRAVEHEART de Mel GIBSON en 1995, avec notamment la bataille de BANNOCKBURN le 24 Juin 1314, fondatrice de l’indépendance de l’Ecosse jusqu’au début du XVIIIème siècle...) C’est en effet avec l’avènement de la Réforme religieuse venue des thèses de Martin LUTHER (1483-1546), moine allemand, qui édicta en 1517 ses fameuses « Quatre Vingt Quinze Thèses » de réforme de la religion catholique, instigateur du protestantisme avec d’autres auteurs tels Jean CALVIN (1509 - 1564), cher à notre voisine cité genevoise. La Réforme religieuse qui apparaît aussi en Ecosse va faire que les chantiers sont de plus en plus rares alors qu’ils étaient déjà peu nombreux, puisque la Réforme plaide pour que la BIBLE soit le seul dépositaire de la parole divine, tout le reste, notamment les constructions ostentatoires n’étant selon les protestants que de pure inutilité.

Le Rite des Anciens Devoirs (Old Charges)

Lorsque la Guerre de Cent Ans débuta pour l’Angleterre en 1337, le besoin de soldats et d’argent fit fermer les chantiers gothiques coûteux et obligea à créer un syndicat pour fournir du travail aux maçons non partis à la guerre qui étaient au chômage et se créa ainsi une Franc Maçonnerie Opérative en 1356 : Règlements pour les maçons de Londres. Cette société alors composée uniquement de compagnons et de maitres de métier ne recevait en son sein que des apprentis. Cette réception se faisait au cours d’un rite : le rite des Anciens Devoirs au cours duquel on lisait au récipiendaire un livre consignant l’histoire légendaire du métier, un éloge des sept arts libéraux et les diverses règles morales à respecter dans le métier et dans sa vie de citoyen. Ce premier rite maçonnique nous est connu par les manuscrits REGIUS et COOKE et demeura en vigueur jusqu’en 1729, préconisait une spiritualité née d’une sorte de synthèse entre La République de PLATON qui fondait l’élévation morale sur l’apocalyptique et la règle monastique de Saint Benoît.

Les Statuts SHAW :

Les loges de bâtisseur vont ainsi s’étioler et finir par disparaitre dans tous les pays protestants sauf en Ecosse car le roi d’alors, Jacques VI STUART a une très grande idée d’organiser la corporation. La corporation des maçons et tailleurs de pierres a atteint son apogée sous l’égide de l’Eglise Catholique, commanditaire des chantiers de construction des cathédrales, des églises paroissiales, des abbatiales et des bâtiments monastiques et l’arrivée de la Réforme protestante signe quasiment sont arrêt de mort où en tout cas l’entrée dans une période léthargique…jusqu’en 1583… Jacques VI est un roi catholique et il cherche pour renforcer sa légitimité et son pouvoir, des appuis notamment auprès de l’Eglise Catholique (Rappelons que l’Angleterre voisine est Anglicane depuis HENRI VIII TUDOR (1491-1537) et sa vie conjugale mouvementée qui a abouti à sa rupture avec l’Eglise de Rome suite au refus d’un de ses divorces par le Pape en 1527 alors qu’il était jusque-là un fervent catholique et la création de l’Eglise d’Angleterre en 1534, toujours en place à ce jour. Cette organisation est régie par les statuts Shaw du nom de son auteur, William SHAW. Jacques VI ne s’est pas trompé en nommant William SHAW en 1583, à la fonction de Maître des Travaux du Roi, puisqu’il crée comme cela le terreau de la continuation des loges de bâtisseurs, de façon institutionnelle officielle et en gestion directe, ce qui évite à l’Eglise Catholique écossaise de perdre la face car ne pouvant plus assumer ni assurer les dépenses de construction. William SHAW, né en 1549 ou 1550 dans une famille catholique proche de la cour du Roi d’Ecosse accède ainsi à une fonction de responsable de la construction, de la réparation et de l’entretien des châteaux et palais royaux. Responsabilité dont il s’acquitte certainement on ne peut mieux puisque quinze plus tard, en 1598, il est nommé Surveillant Général des maçons par le Roi, à sa demande, appuyé semble-t-il par d’autres maîtres maçons. Ce titre supplémentaire traduisait la volonté de révolutionner le métier et démontre surtout le souci de William SHAW de clarification et de codification, qu’il établit en 1598-1599 sous la forme de ses statuts, qui ne furent redécouverts qu’en 1860 et mis de côté sans doute parce qu’ils risquaient de venir bouleverser la tranquille croyance jusque-là universellement validée quant aux origines de la Franc Maçonnerie spéculative, surtout d’un point de vue de la Grande Loge d’Angleterre (tiens donc !) puisqu’elle situe ses débuts officiels le 24 Juin 1717, on l’a vu plus haut, avec 4 ateliers surgit de nulle part ? Pour la première fois ces textes organisent les maçons d’Ecosse donc écossais en entités appelées loges et les soumettent à des obligations administratives. Parmi ces obligations, une qui est majeure est l’obligation de garder des registres écrits, une aubaine pour l’historien d’aujourd’hui. Lorsque l’on se réfère à l’importance de l’écrit dans ses dimensions symboliques et sacrées pour des civilisations fondées sur l’initiation telles celles de l’Inde, de la Chine ou de l’Egypte Ancienne on peut considérer la fonction de support de l’écrit comme l’une des raisons d’être de la construction de pierre. Auparavant on avait une tradition principalement orale et l’avènement de l’imprimerie avec Johannes GUTENBERG (1400-1468) va révolutionner la diffusion des informations, c’est le cas pour partie du succès de la Réforme Protestante et de la diffusion de la Maçonnerie Spéculative avec ces embryons de rituels et de Règlements Généraux. Désormais les loges écossaises vont se fixer en entités géographiques, vont garder des traces de ce qu’elles font et vont donc se constituer tout à la fois une identité, une histoire et une mémoire. Elles vont codifier leurs rites, leurs usages et les rendre du même coup pérennes. Les statuts SHAW dessinent un réseau territorial de loges et en fixent le fonctionnement, en particulier l’ascension par degrés. Gravi en sept années, le premier permet le passage d’apprenti (Entered Apprentice) à compagnon (Fellowcraft). La loge est désormais dotée d’un statut juridique et moral, et confortée par une hiérarchie interne (surveillants gradés), ce qui marque l’institutionnalisation de ce qui allait plus tard former l’ossature de la maçonnerie spéculative, qui diffuera d’abord en Angleterre puis sur le continent du fait de l’histoire très mouvementée du XVIIème siècle en Europe sur un plan politique et religieux, c’est la théorie du zig zag déjà citée plus haut. Cette théorie du zig zag se vérifie avec le manuscrit SLOANE, de 1700, qui semble être anglais et fait pour la première fois référence à trois gardes d’Apprenti (Entered Apprentice) de Compagnon (Felllowcraft) et de Maitre (Master). William SHAW permet le passage d’une maçonnerie de pur métier à une maçonnerie d’acceptation, sans interruption dans le temps pour la branche écossaise, à la différence de l’Angleterre on l’a vu qui est plus une maçonnerie d’emprunt. La loge devient une entité permanente et fixe. C’est une rupture décisive avec les loges du Moyen Age qui n’avaient de durée que celles des chantiers auxquels elles étaient adossées. Les loges « SHAW » sont fondées au début du XVIIème siècle avec une apogée vers 1670. William SHAW est mort en 1602 et la fonction de Maître des Travaux du Roi a disparu en 1630, mais la graine avait pris ! A partir de 1630 chaque loge évolue de manière autonome et se réunit en moyenne une à trois fois par an. William SHAW avait tellement l’estime de la famille régnante pour son travail que la Reine ANNE a tenu en 1602, à la mort de SHAW, à ce qu’il soit inhumé dans la sépulture des rois d’Ecosse, en l’Abbaye de Dumferline, un privilège et un honneur rares. Les tenants d’une origine anglaise de la Franc Maçonnerie spéculative soulignent que les statuts SHAW ne concernant que l’organisation du métier de maçons opératifs et n’ont donc rien à voir avec la Franc Maçonnerie spéculative moderne telle qu’elle est apparue au XVIIIème siècle, même s’il n’est plus guère contesté que celle-ci a eu pour précurseurs certaines loges écossaises de la fin du XVIème siècle. On a là l’explication du terme Ancien du REAA et par ailleurs on met le doigt sur un dilemme quant à la régularité maçonnique puisque l’Angleterre n’aurait con peut être pas la primauté ! Juste après William SHAW, le premier des grands architectes classiques anglais était Inigo JONES (1573 – 1652) Surveillant des Travaux du Roi Jacques Ier d’Angleterre. Il a beaucoup voyagé en Italie, notamment en Toscane et a ramené en Angleterre l’architecture de la Renaissance italienne et il a restauré dans la langue anglaise l’usage du titre d’architecte qu’il s’attribue. Il a travaillé à l’édition anglaise du « Vitruvius Britanicus »,traduction du « De Architectura » de Vitruve (Les 10 livres d’architecture, classique de la littérature romaine) et a publié en 1620 une étude sur le Temple de Stonehenge. Après lui on verra à la place de Surveillant des Travaux du Roi le Grand Christopher WAREN dont on parlera plus loin. Bien avant SHAW, JONES et WREN, on retrouve en Ecosse William SINCLAIR (1402-1482), fondateur de la chapelle de Rosslyn, premier Grand Maître des Maçons nommé par le Roi James II en 1441. Ce titre sera défendu à titre héréditaire par son descendant Sir William SINCLAIR of ROSSLYN en 1601 avec l’assentiment de William SHAW, puis en 1628.C’est encore un William SINCLAIR of ROSSLYN qui deviendra le premier Mrand Maître de la Grande Loge d’Ecosse en 1736-1767, année de sortie du Discours de RAMSAY !

Le Rite du Mot de Maçon (Mason Word) :

Le Mason Word est le Rite du Mot de Maçon, daté de 1637, qui aurait été communiqué lors des cérémonies de réception aux deux degrés alors pratiqués d’Apprenti et de Compagnon - Maître. Il serait une conséquence des Statuts SHAW et devait servir de garantie de formation et de compétence. Selon Patrick NEGRIER, ce rite serait apparu entre 1628 et 1637 : la loge alors servi à donner le mot de Maçon (J et B) avec une poignée de main spécifique de la main droite, la griffe. La cérémonie devient secrète, l’art de la mémoire et l’art du métier sont contrôlés et le renouvellement du serment est demandé une fois l’an. Le Compagnon reçoit une paire de gants et le serment est pris non plus sur le livre des anciens devoirs mais sur la BIBLE, car ce rite d’origine calviniste ne connaît d’engagement que s’il est souscrit sur le Livre Saint. Le Rite du Mot de Maçon se serait développé de façon exponentielle dès 1690-1691 avec l’arrivée des Stuarts en France et sera la base des rites ultérieurs, même anglais. Il n’y a pas encore d’initiation au sens actuel du mot. Il y aura ensuite un véritable catéchisme de questions/réponses et l’apparition d’un signe ou posture et d’un attouchement spécifique pour chacun des deux grades. On ne distingue pas encore Compagnon et maître, la maîtrise alors semble ne pas être un degré mais une fonction, un office. Le nom de la loge est Kilwinning et ne prendra le nom de saint jean que plus tard avec le manuscrit DUMFRIES de 1710. La loge Kilwinning n°0 existe toujours dans cette petite ville de 8000 habitants du Nord Est de l’Eglise et se targue d’être la plus vielle loge d’Ecosse voire du monde avec une origine opérative du XIIème siècle et serait la première fédérée par William SHAW.

Changement de dynastie :

L’Ecosse et l’Angleterre jusqu’au début du XVIIème siècle sont des pays étrangers, voire ennemis. Avant de mourir, en 1603, la reine Elisabeth Ière (1553-1603) a pris une étrange et remarquable décision : elle a désigné pour lui succéder sur le trône d’Angleterre quelqu’un qui n’est autre que, tout à la fois, le fils de sa pire ennemie, Marie Ière d’Ecosse qu’elle a emprisonnée en 1568 et fait décapiter en 1587...et de surcroît un écossais de pure souche, au demeurant déjà roi d’Ecosse depuis plus de trente ans…et c’est ainsi que Jacques VI d’Ecosse (vous vous rappelez ? …le mentor de William SHAW, mort en 1602) devient Jacques Ier d’Angleterre, instaurant en ce pays la dynastie STUART et associant désormais les destinées communes de l’Ecosse et de l’Angleterre, sans oublier l’Irlande, pour fonder le Royaume Uni dont l’Irlande (EIRE) n’en deviendra indépendante qu’en 1921 et dont l’Irlande du Nord (ULSTER) est toujours partie prenante, expliquant l’IRA entre autre et on le verra plus loin le défilé Orangiste annuel, en hommage à Guillaume III d’Angleterre, Prince d’Orange-Nassau (1650 - 1702) (pour la parenthèse ce nom explique la couleur officielle des maillots des footballeurs bataves), prince hollandais venu combattre le roi d’Angleterre Jacques II en 1688 avec 25000 hommes et prendre le pouvoir et la couronne d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande de 1689 à 1702, amenant au pouvoir la dynastie de la maison allemande des Hanovre, SAXE-COBURG - GOTHA, nom de famille ; officie de la famille régnante d’Angleterre encore à ce jour même si ce dernier a été changé en 1917 par la reine Victoria Ière (1819 - 1901) en car elle était la Grand-mère de Guilhaume II (1859-1941), empereur allemand et son ennemi lors de la guerre de 14-18, qui abdiquera d’ailleurs en 1918 et partira en exil aux Pays è) bas où il est mort en 1941. Depuis 1917 la famille royale d’Angleterre porte le nom de Windsor. Pour revenir à Jacques Ier d’Angleterre, les déboires de la maison des STUART vont vite devenir difficiles à gérer. En effet, en début de XVIIème siècle l’Ecosse ne connaît pas le genre de monarchie à l’anglaise où les prérogatives royales sont extrêmes encadrées par le Parlement et ses lois. Les écossais vivent depuis des siècles sous des rois au pouvoir fort qui ont défendu l’indépendance du pays, lui évitant le sort misérable de l’Irlande sous domination anglaise. Le problème est que, en cette période où de grands états se fortifient en adoptant momentanément la monarchie absolue (Louis XIV, le roi soleil français), les rois Stuarts se veulent monarques absolus en matière politique, quand les anglais refusent la monarchie absolue, mais tolérants en matière religieuse, quand le Parlement anglais rejette cette tolérance... Les conditions sont alors réunies pour une révolution. Elle éclate en 1642 et Charles Ier STUART y laissera sa tête puisqu’il sera décapité en 1649. Suivent dix ans de dictature d’Olivier CROMWELL qui ne donnera pas de bons résultats dans un pays devenu ingouvernable sinon par l’abus de pouvoir, puis avec CHARLES II, fils de Charles Ier, une restauration de la dynastie STUART…qui ne restaure guère l’autorité royale. D’autorité, Jacques II, frère et successeur de Charles II, est bien décidé à en faire preuve lorsqu’il accède au trône en 1685… En 1688 une nouvelle révolution éclate et le contraint alors à se réfugier en France et c’est l’avènement sur le trône de Guillaume d’Orange dont on a parlé juste un peu plus haut. Avec son jeune fils, une petite cour et quelques fidèles, il sera accueilli par Louis XIV et hébergé au château de Saint Germain en Laye. On estime à près de 50 000 personnes le nombre d’écossais et d’irlandais qui vont ainsi se réfugier en France, dont près de 4500 militaires et officiers qui vont aller grossier les ramées de Louis XIV et surtout créer des atelier maçonniques dans toutes les villes de garnisons dont VAUBAN dote les frontière avec ses forteresses et qu’apparaissent des rituels nouveaux, à Avignon, Narbonne, les Elus COHEN, Bordeaux, à Metz, à Lyon... Qui seront pétris de légendes et de mythes, d’emprunts mystiques et bibliques, ce qui va conduire à la structuration pour toute la France avec création d’une Grande Loge de France et développement progressif d’un rituel de référence, le REAA. Ainsi les archives du Grand Orient de France valide en 1777 la constitution de la loge attachée au régiment des Royals Gards Irlandais en 1688. Cette loge subsista et, devenue civile, pris en 1752 le nom de Parfaite Egalité, plus ancienne loge reconnue par le GODF. Les STUARTS tenteront avec l’aide de la France en 1690, 1715 puis 1745 de débarquer en Angleterre pour reprendre le pouvoir avec leur armée mais sans succès. C’est ainsi que, presque vingt ans avant la création de la Franc Maçonnerie « Moderne » anglaise, la Franc Maçonnerie « Ancienne » écossaise fait son apparition en France dans l’entourage d’un souverain en exil. On parle donc de l’origine stuartiste, « jacobite » (JACQUES II) de la Franc Maçonnerie. C’est ce qu’affirment certains et que contestent d’autres ! Les historiens à ce sujet sont loin de trouver un terrain d’entente. Il reste indéniable qu’après la création des Grandes Loges de Londres puis d’Angleterre, une franc maçonnerie d’origine anglaise s’est développée en France, parallèlement à celle d’origine écossaise, puis que les deux finirent par se confondre. Les loges « écossaises » sont d’esprit traditionnel (ancien !) et d’affirmation catholique prononcée et les plus nombreuses et les plus florissantes. Les loges « anglaises » (modernes !) se heurtent à plus de difficultés dans les milieux français, tiens donc ! C’est cependant dans la mouvance stuartiste que nous allons maintenant rencontrer un personnage que certains auteurs n’hésitent pas à qualifier de « parrain » de l’Ecossisme. Tout le monde n’est évidemment pas d’accord… Et en plus il était écossais ! Il s’agit du Chevalier de RAMSAY.

Un Ecossais bien peu tranquille :

Andrew - Michael RAMSAY (1686 - 1743), dit le chevalier de RAMSAY, dont on dit qu’il était fils de boulanger (mais rien n’est moins sûr), et qui sera titré chevalier de Saint Lazare par le régent de France en 1724, et baronnet d’Ecosse par Jacques III STUART en 1730, est né à Ayr en Ecosse le 9 Juillet 1686 où il commença des études qu’il poursuivit ensuite à Edimbourg. En 1706 on le retrouve en Hollande où il rencontre un personnage aujourd’hui bien oublié mais qui exerça en son temps une influence certaine sur la vie spirituelle : le pasteur Pierre POIRET, qui a publié les œuvres de Madame De GUYON (1648 -1717) qui ont conduit cette dernière à un séjour de 5 ans à la Bastille de 1698 à 1703. En 1709, il devient le secrétaire de FENELON (1651 - 1715), homme d’Eglise, théologien et écrivain français, alors archevêque de Cambrai, qui le baptise et fait de lui son exécuteur testamentaire, jusqu’en 1714 où FENELON l’envoie alors à Blois auprès de Madame De GUYON FENELON s’opposa à BOSSUET (1627 - 1704), lui aussi homme d’Eglise et écrivain français, précepteur du Dauphin, fils de Louis XIV, de 1670 à 1680, et tomba en disgrâce lors de la querelle du quiétisme, et surtout après la publication de son roman « Les aventures de Télémaque » en 1699, considéré comme une critique de la politique de Louis XIV et dont l’influence littéraire fut considérable pendant plus de deux siècles. Le quiétisme est une doctrine mystique consistant en un itinéraire spirituel de « cheminement vers Dieu », très répandue aux XVIIème et XVIIIème siècles. Le quiétisme vise à la perfection chrétienne, à un état de quiétude « passive » et confiante. Cet itinéraire passe par un désir continuel de « présence de Dieu », de quiétude et d’union avec Dieu aboutissant au terme du cheminement à un dépassement mystique des étapes qui ont permis le cheminement lui-même (pratiques ascétiques et respect des contraintes de la vie liturgiques). Pour les quiétistes l’union à Dieu bien avant la mort est le but de la vie chrétienne. Après un débat théologique, le quiétisme est condamné en 1687 par l’Eglise Catholique Romaine comme hérétique. FENELON, RAMSAY et Madame De GUYON ont été des écrivains adeptes du quiétisme. Ainsi le Chevalier De RAMSAY, personnage fondamental dans l’histoire de la franc maçonnerie baigne alors en plein mysticisme chrétien, ce qui peut surprendre aujourd’hui mais ne le devrait pas car loin de s’opposer à la religion, la franc maçonnerie naissante affirme au contraire le respect dû à Dieu et au Roi comme premier devoir du franc-maçon. Sa doctrine, d’abord chrétienne puis expressément catholique, contrairement à la Grande Loge de Londres qui est protestante, jour un rôle déterminant dans l’adhésion aux loges. Le courant catholique auquel adhère RAMSAY fait d’ailleurs preuve d’une grande tolérance religieuse. Madame De GUYON dont il est secrétaire à partir de 1714 anime à Blois le « cercle quiétiste » prônant la doctrine du « pur amour », qui rassemble aussi binez des catholiques que des protestants. RAMSAY passera ensuite au service du Duc De BOUILLON (descendant de Godefroy de BOUILLON), du Comte de Sassenage près de Grenoble puis du prétendant Jacques III STUART. Fin 1724 il est de retour en Ecosse chez le Duc D’ARGYLE. En 1730 il est reçu docteur à l’université d’OXFORD et présente la même année sans succès sa candidature à l’Académie Française puisqu’il a alors publié une demi-douzaine de livres allant de l’essai politique au roman philosophique et notamment une « Histoire de la vie de Fénelon » qua fait autorité, émanant d’un témoin direct. Passé 1730 il semble qu’il ait beaucoup voyagé à travers l’Europe. Il se marie à l’âge de 49 ans en 1735 et on pense qu’il a été reçu franc maçon probablement avant 1728. Il mourra en 1743 au Château de Saint Germain en Laye, où réside la Cours des STUART en exil qui le feront inhumer dans leur tombeau familial. RAMSAY est surtout l’auteur d’un fameux « Discours » dont on ne sait précisément s’il fut prononcé en 1736, 1737 ou 1738, mais qui fut imprimé en 1741 et qui constitue sans nul doute le premier exposé doctrinal de la Franc Maçonnerie Française. Il y parle d’un « Jacques STUART Lord d’Ecosse, Grand Maitre d’une loge établie à Kilwinning en Ecosse en l’an 1286 ; ce seigneur reçut les Francs-Maçons dans sa Loge, les Comtes de Gloucester et d’Ulster, l’un anglais l’autre irlandais… » et il évoque ensuite le roi d’Angleterre Edouard III, qui se fit le protecteur de l’Ordre maçonnique, il « lui accorda de nouveaux privilèges, et alors les membres de cette confraternité prirent le nom de Francs-Maçons à l’exemple de leurs ancêtres. Depuis ce temps la Grande Bretagne fut le siège de notre Ordre, la conservatrice de nos lois et la Dépositaire de nos secrets. Les fatales discordes de religion qui embarrassèrent et déchirèrent l’Europe dans le XVIème siècle, firent dégénérer l’Ordre de la Noblesse de son origine. On déguisa, on changea plusieurs de nos rites et usages qui étaient contraires aux préjugés du temps ». RAMSAY souhaite une rénovation de l’Ordre alors qu’il n’est en théorie pas si ancien et il passe pour avoir confié à ses intimes que pour y parvenir il suffisait de rétablir les cérémonies anciennes de la Franc-maçonnerie négligées en Angleterre, à cause du caractère bas et matériel des maçons anglais. On a là la racine de la querelle entre « Antients et Moderns » et RAMSAY soulève là un point essentiel : la Franc-maçonnerie est une branche de l’initiation remontant bien plus loin que sa refondation londonienne en 1717, on l’a vu plus haut, légiférée ensuite par les Constitution d’Anderson de 1723 (dont une nouvelle version sera élaborée en 1738, comme une réponse au Discours de RAMASAY…tiens donc)… C’est aux anciens rituels, oubliés ou abâtardis par les Anglais, qu’il faut revenir. Avec RAMSAY on peut donc rapprocher deux mots, écossais (de nationalité, de rituels et jacobite) et anciens pour les rituels qu’il veut « réactiver », remettre en vigueur, il plaide pour un retour de la Franc Maçonnerie à son ancienne dimension symbolique et philosophique, est-ce là l’essence de l’Ecossisme ? Le contenu de son Discours est également très imprégné de l’Esprit des Lumières, on est rappelons-nous à peine 50 ans avant la Révolution Française ! De plus dans son Discours il est question (et ce sera une rhétorique tout au long du XVIIIème siècle) d’une « Maçonnerie de Bouillon » qui remonterait donc aux croisadeset rappelons-le il fut proche entre 1724 et 1730 du Duc de BOULLON, descendant du croisé Godefroy De BOUILLON (1058-1100) premier souverain du Royaume de Jérusalem à l’issue de la première croisade. Son idée est la suivante : « Il y a eu dans l’Antiquité Juive un intérêt certain pour une maçonnerie à la fois opérative et spéculative, au sens où l’art de bâtir des temples de façon très matérielle renvoyait à une conception métaphysique de l’homme et de l’univers. L’un soutenait l’autre, et réciproquement. Qui savait organiser les constructions savait dans le même temps interpréter le système du monde. C’est le mythe Salomonien. Après la prise de Jérusalem par Titus en 70 et la destruction du Temple, cette maçonnerie tomba en sommeil et ne dut son réveil qu’à l’effort des croisés et par là même des templiers, des chevaliers de l’Ordre du Temple. Mais les croisades finirent elles-mêmes par échouer et, se retirant en Angleterre, les initiés se seraient établis en Angleterre sous la protection du prince Edward, fils d’Henry III. Quand Edward succéda à son père, il prit le titre de grand maître et leur accorda des privilèges et franchises, ce pourquoi ils s’appelèrent désormais francs-maçons ». RAMSAY fait part enfin « qu’après la dernière croisade, Lord Jacques Stewart d’Ecosse joua le rôle de précurseur de la maçonnerie en devenant grand maître de la loge n°0 de Kilwinning et y reçut les comtes de Gloucester et d’Ulster, l’un anglais et l’autre irlandais. Pour le principal les écossais seraient ainsi restés les seuls à avoir su conserver intact l’esprit des croisés, eux-mêmes héritiers de la science salomonienne » …d’où une possible filiation templière de la franc maçonnerie… « Cependant au XVIème siècle, les guerres de religion ont provoqué une sorte de crise et des frères auraient alors dénaturé les valeurs traditionnelles avec des oublis, des désordres » …exigeant un retour à la première institution ! Qui ne voit que celle-ci est la Maçonnerie propre à RAMSAY, c’est-à-dire le courant écossais, stuartiste et catholique s’opposant à la Maçonnerie protestante issue de la Grande Loge de Londres, celle de DESAGULIERS et ANDERSON ? Dans une lettre datée du 1er Avril 1737, RAMSAY expose qu’il existe en Franc Maçonnerie « trois sortes de confrères : les novices ou les apprentis ; les compagnons ou les profès, les maîtres ou les adeptes ». La Franc Maçonnerie apprend« aux premiers les vertus morales et philanthropes ; aux seconds les vertus héroïques et intellectuelles ; aux derniers les vertus surhumaines ou divines ». RAMSAY affirme que « les fameuses fêtes de Cérès à Eleusis, d’Isis en Egypte, de Minerve à Athènes, d’Uranie et de Diane, avaient bien des rapports avec celles des francs-maçons. On y célébrait des mystères où se trouvaient des vestiges de l’ancienne religion Noachite (de Noé) et des patriarches ». Il fera la proposition de l’adjonction de trois « grades chevaleresques » au-delà du grade de Maître :

Maître Ecossais
Novice
Chevalier du Temple
Et ajoutera enfin Royal Arch

Ces proposions resterons au début lettre mortes mais progressivement vont trouver un écho avec les incitations templières et rosicriciennes de RAMSAY et de plus en plus d’adeptes vont créer des grades supplémentaires…pour approfondit la démarche initiatique, la quête spirituelle, la progression vers la Sagesse et la Connaissance…

La légende templière

(On ne s’attardera pas sur ce paragraphie tant cette hypothèse est passionnante et méritant largement une voire plusieurs planches, si ce n’est un ouvrage. A ce titre on se penchera avec intérêt sur le livre de Jean jacques GABUT « Survivances chevaleresque dans la F\ M\ du REAA » et sur les ouvrages de Pierre MOLLIER…) Il faut cependant évoquer le fait que c’est le Chevalier de RAMSAY qui a, le premier, formulé cette légende avec précision. Il apparait toutefois qu’elle avait été esquissée antérieurement, et qu’elle circulait dans les loges anglaises vers 1720. On s’efforce aujourd’hui de lui donner une valeur historique mais à ce jour il se semble qu’au texte probant, reconnu valable part les experts, ne soit disponible. Selon les tenants de cette légende, les Templiers d’Europe occidentale, traqués, emprisonnés et spoliés par le Roi Philippe V « Le Bel » en 1307 et condamnés par le Pape Clément V en 1306 pour hérésie, n’auraient pas tous péris, puisque persécutés, emprisonnés, torturés voire exécutés principalement dans le royaume de France. Une partie de ces chevaliers aurait ainsi pu s’échapper et reconstituer l’Ordre en divers pays donc les souverains n’auraient pas accepté la condamnation par le pape d’Avignon, prononcée sous la pression du Roi de France. Une partie d’entre eux aurait été intégrée en Espagne à la Chevalerie de CALATRAVA pour continuer le combat contre les infidèles jusqu’en 1492, chute de Grenade et du Royaume musulman d’Espagne. Une autre partie en Allemagne a rejoint les Chevaliers Teutoniques. D’autres enfin aurait pu gagner l’Ecosse et y être protégés par les rois Robert et Edouard BRUCE (cf. le film de Ml GIBSON, BRAVEHEART en 1995) puisqu’on parle d’un intervention décisive d’une charge de chevaliers depuis le camp écossais contre l’armée anglaise lors de la bataille de BANNOCKBURN le 24 Juin 1314, alors que les écossais n’avaient pas de cavalerie habituellement ! Ici vient se placer une autre légende selon laquelle les templiers auraient été auparavant architectes et maçons de leurs propres commanderies et forteresses, notamment en Terre Sainte (Krak des chevaliers…) et qu’une fois réfugiés en Ecosse ils auraient été reçus dans les organisations opératives au titre d’ouvriers et de maîtres d’œuvre et auraient ainsi prolongé leur existence au sein de la Franc-maçonnerie, pour y bâtir la Jérusalem céleste puisque les velléités de la construire matériellement avaient disparu avec la chute du royaume chrétien de Jérusalem. Ce serait même une des raisons pour lesquelles la Maçonnerie écossaise devint naturellement spéculative, son Secret ne serait autre que le « Secret des templiers », rigoureusement conservé, la Parole Perdue ? On trouve des tombes templaro-maçonniques dans leur symbolique en Ecosse mais aussi dans l’ancien Royaume de Jérusalem où des équerres, des compas et des crânes sont très fréquemment sculptés. On a ainsi des rituels templiers en Franc Maçonnerie, et la présence de « templarisme » dans le REAA des Hauts Grades et dans d’autres obédiences, pratiquant le Rite Ecossais Rectifié notamment et la Stricte Observance Templière, mais c’est une autre histoire et prétexte à une nouvelle planche…

Le mythe RosiCrucien

Selon les exégètes du XIXème siècle, une société secrète de savants, érudits, médecins, physiciens, chimistes…se serait constituée en Europe au milieu du XVIème siècle, aurait fleuri au XVIIème siècle et aurait disparu au XVIIIème siècle, se fondant d’une manière naturelle à l’intérieur de la Franc maçonnerie. La seule certitude à ce sujet est que certains philosophes, écrivains ésotéristes et alchimistes, se sont affirmés « Rose-Croix » ou tout au moins « Rosicruciens ». La seule chose positive, c’est l’existence, dans certains textes, dans les correspondances écrites en latin, qu’ont échangé beaucoup de savants à travers l’Europe au XVIIème siècle, de certaines formules cursives (techniques, mathématiques, alchimiques), qui, encore mal déchiffrées, peuvent laisser supposer que ces personnes s’adonnaient à des recherches de physique, de physiologie et d’alchimie. On suppose aussi que nombreux érudits anglais, qui étaient francs-maçons, ont utilisé ces formes cursives et les ont intégrées au rituel maçonnique. La Rose-Croix, constituées sur ces conjonctures, était une Fraternité donc les membres se donnaient le nom de frères et se communiquaient « leurs secrets » soigneusement gardés pour tous les autres. La Royal Society serait née sur ces bases, puisque de grands maçons anglais tels qu’Elias ASHMOLE, fondateur de la Royal Society, aurait introduit des notions de rosicrucianisme dans les loges et y auraient développé des recherches d’hermétisme, d’astrologie, de magnétisme, de spiritisme… Le Chevalier de RAMSAY et ses continuateurs dont Etienne MORIN (cf. plus loin) ont réussi à faire inscrire dans les rituels des Hauts Grades des éléments de rosicrucianisme et même un garde de Chevalier Rose Croix, le 18ème degré du REAA. On trouve aussi une omniprésence rosicrucienne dans les hauts grades du Rite Français, pratiqué au Grand Orient de France (cf. annexes)…

James ANDERSON et René DESAGULIERS, les Constitutions

James ANDERSON (vers 1678-1739) était un pasteur écossais presbytérien et franc-maçon, qui a joué un rôle capital dans la Franc-maçonnerie « Moderne », dite spéculative, par sa contribution à l’ouvrage connu aujourd’hui sous le nom de Constitutions d’Anderson. Son père était vitrier et membre de la loge d’Aberdeen en Ecosse, qui pratiquait le Rite du Mot de Maçon, d’origine calviniste. James ANDERSON était Vénérable Maître d’une loge maçonnique et fut chargé en 1721 par le Duc de MONTAGU, Grand Maître de la Grande Loge de Londres, de rédiger des statuts, initialement intitulés : « Constitutions, Histoire, Lois, Obligations Ordonnances, Règlements et Usages de la Très Respectables Confrérie des Francs-Maçons Acceptés »… Il fut assisté dans sa mission du huguenot Jean Théophile DESAGULIERS, fils d’un pasteur français réfugié en Angleterre en 1683, peu de temps avant la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV. La famille DESAGULIERS s’est installé à Londres en 1692 et Jean Théophile, scolarisé, a appris le latin, le grec et étudié les classiques. Il deviendra membre de la Royal Society en 1710 sous la présidence d’Isaac NEWTON de 1703 à 1727), dont il fut très proche. En 1717 il créera avec James ANDERSON la Grande Loge de Londres par fusion de quatre loges de cette ville (cf. plus haut). Ils abandonnent la maçonnerie opératives pour lui substituer définitivement ma maçonnerie spéculative moderne. Il est le premier à percevoir l’ampleur d la révolution newtonienne tant pour la physique que pour la représentation du monde. Il développe ses idées et les fait connaître du grand public dans son Cours de Philosophie Expérimentale. Cette philosophie naturaliste (rappelons-nous FENELON ne France, dont le Chevalier de RAMSAY fur le secrétaire !) inspire fortement les Constitutions des Francs-Maçons qui sont compilées par le pasteur James ANDERSON. C’est le texte que la toute jeune Grande Loge de Londres, dont il sera élu Grand Maître en 1719, adoptera pour règle en 1723, fondant ainsi le courant de la Franc Maçonnerie Moderne. Ce texte sera remplacé en 1815 par les « Nouvelles Constitutions » dont se dote la Grande Loge Unie d’Angleterre, crée par la fusion en 1813 avec l’autre courant, d’origine écossaise et opératif, selon l’Union Act déjà cité plus haut. Les idées de DESAGULIERS ont eu une influence majeure sur la France des Lumières et sur la théorie que la Franc Maçonnerie aurait inspiré la Révolution Française. Il aura une influence déterminante sur Benjamin FRANKLIN qui par ailleurs éditera et publiera els Constitutions d’ANDERSON à Philadelphie en 1734.

Les « Anciens » et les « Modernes »

On peut voir dans les Constitutions d’ANDERSON « sous l’obligation du simple déisme de la religion naturelle, une proclamation de tolérance »mais même circonscrite aux divers cultes chrétiens, et bien qu’étant une innovation majeure, ce concept pour beaucoup fut une preuve de renoncement, voire de reniement et la Grande Loge de Londres n’eut de ce fait pendant longtemps qu’une influence restreinte, sa juridiction étant limitée aux seules cités de Londres et de Westminster et à leurs banlieues. La plupart des loges surtout en province, étaient réticentes à aliéner leur indépendance et elles continuaient à respecter les anciennes obligations du métier. Ainsi en 1722, en même temps qu’était élaboré le texte d’Anderson, paraissait à Londres une éditions des Anciennes Constitutions dont l’article premier stipule « je dois vous exhorter à honorer Dieu dans a Sainte Eglise, à ne pas vous laisser aller à l’hérésie, au schisme et à l’erreur dans vos pensées ou dans l’enseignement d’hommes discrédités »démenti cinglant à ANDDRESON et DESAGULIERS un an avant la parution du texte ! Un des « centres de résistance » était la vieille Loge d’York. Les ateliers, qualifiés alors « Antients » n’étaient groupés en aucune formation obédientielle, bien que la Loge d’York prit en 1725 le titre de Grande Loge de Toute l’Angleterre, correspondant alors plus à son rôle de « loge-mère » qu’à un véritable pouvoir obédientiel. En 1751, les opposants à la Grande Loge de Londres, décidés à lutter contre elle en force et avec les mêmes armes constituèrent une véritable organisation rivale « La Grande Loge des Francs et Acceptés Maçons selon les vieilles Institutions » ou plus sommairement « Grande Loge des Anciens Maçons », qualifiant alors la loge concurrente de Londres de « Moderns », leur reprochant d’avoir dénaturé la vraie Franc Maçonnerie en la dépouillant de tout ou presque (rituel, déchristianisation, ignorance des deux Saint Jean… Ces ateliers sont très souvent constitues d’immigrés irlandais catholiques ayant été initiés en Irlande mais n’étant pas admis dans les loges plus aristocratiques de la Grande Loge d’Angleterre. De même l’innovation de tolérance fut bien moins accueillie dans les ateliers de la Grande Loge d’Ecosse, entre autre pour des raisons dynastiques puisque beaucoup de maçons restaient attachés à la cause des STUARTS et au seul catholicisme. La Grande Loge des Anciens, moins élitiste que sa rivale, noue vite des relations avec la Grande Loge d’Ecosse et avec la Grande Loge d’Irlande et se développe rapidement, passant de 6 loges en 1751 à 36 en 1754 et 180 en 1793 alors que dans le même temps après à peine vingt ans d’existence la Grande Loge de Londres voit fondre ses effectifs, passant de 189 loges en 1741 à 157 en 1748 et 86 en 1756. Pour faire face à cette « désertion massive » elle renforça alors son élitisme, intégrant beaucoup de membres de la Royal Society, développa ses loges à l’étranger, interdisant les visites aux loges de l’obédience rivale et en entamant la construction du prestigieux FREEMASON’S HALL. Elle conserve également la tolérance religieuse de ses origines, se distinguant de sa rivale en ce qu’elle condamne l’athéisme tout en restant encore ouverte à toutes les religions. Déisme = du latin deus (= Dieu), croyance ou doctrine qui affirme l’existence d’un dieu et influence dans la création de l’Univers, sans pour autant s’appuyer sur des textes sacrés ou dépendre d’une religion révélée. Le déisme prône une « religion naturelle » qi se vit par l’expérience individuelle et qui ne repose pas sur une tradition écrite. Croyance directe, individuelle et irréligieuse. Théisme = du grec theos (= Dieu) est un terme qui désigne toute croyance ou doctrine qui affirme l’existence d’un Dieu et son influence dans l’Univers, tant dans sa création que dans son fonctionnement. La relation de l’homme avec Dieu passe par un intermédiaire, la religion. Il est opposé à l’athéisme.

Trois grades et deux degrés

L’une des particularités de la Franc - Maçonnerie des « Anciens » est d’avoir renoué le fil d’une initiation en trois grades dont on sait qu’elle était déjà pratiquée dans l’Antiquité en Egypte et dans la plupart des civilisations traditionnelles. En 1646, le grade d’Apprenti dans les loges fondées sur les statuts SHAW est remanié pour devenir à peu près celui que l’on confrère depuis dans les loges écossaises et anglaises. Puis vers 1648 apparait le garde de Compagnon et enfin, en 1650, le grade de Maître, dont les allégories tendraient selon certains auteurs à rappeler souvenir de la mort de Charles Ier, décapité le 30 Janvier 1649, et dont mes maçons écossais, partisans des STURATS, travaillent en secret à rétablir le trône en faveur de son fils, Charles II. Ainsi voit-on se mettre en place les éléments du puzzle… Mais s’agit-il d’une redécouverte…ou d’une transmission ? Et qui, alors, aurait transmis ? On sait qu’il existe en Irlande de façon bien antérieure à la création de la Grande Loge de Londres d’une franc maçonnerie chrétienne d’ascendance celtique, proche de la maçonnerie écossaise, catholique. Il y a ainsi dans les manuscrits du Trinity College de Dublin mention d’une loge d’étudiants en 1688 et un autre manuscrit daté de 1711 fait référence à un système en trois étapes. On a le récit d’une procession publique en Irlande en 1725 et en 1730 sont publiées les Constituions de PENNEL, proches de celles d’ANDERSON, à cette différence d’importance qu’elle mentionnent le garde de maitre, ce qui n’est pas le cas dans le texte anglais de 1723. Finalement les deux Franc-maçonneries des « Antients » et des « Moderns » finirent par se réunir en 1813 par l’Acte d’Union. La querelle entre les deux résidait selon les auteurs entre autre envers le grade complémentaire de Royal Arch que pratiquaient les « Antients » au point d’en faire une des pièces maîtresses de l’édifice maçonnique alors que les « Moderns » refusaient de le reconnaître. Quand le schisme cessa en 1813, la déclaration préliminaire de l’Acte d’Union stipulait : « La Maçonnerie pure et ancienne consiste en trois degrés, sans plus, à savoir ceux d’Apprenti, de Compagnon et de Maître Maçon y compris l’Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale ». On voit donc se constituer une forme d’initiation maçonnique fondée sur trois grades, avec l’existence de degrés complémentaires, qui ne sont pas à proprement parler des grades. La réunion des Anciens et des Modernes s’est faite pourtant sur la base d’un compromis qui allait compromettre toute l’évolution de la Franc-maçonnerie puisque si les Anciens avaient semble-t-il réussi à imposer leurs formes rituelles, c’est finalement l’approche initiatiquement discutable des Modernes qui allait prévaloir dans la Franc-maçonnerie obédientielle. En Amérique la première date d ‘une fondation de loge dans les colonies anglaises d’Amérique remonte à 1733 avec les mêmes dissensions que dans la mère patrie. Pendant la guerre d’indépendance des Etats Unis, les Antients seront partisans des insurgés indépendantistes alors que les Moderns restaient partisans de la couronne d’Angleterre. Dans la dernière décennie du XVIIIème siècle, les Etats-Unis, indépendants depuis 1776, virent Antients et Moderns finalement rejoindre les même grandes loges. Mais dans ce petit état particulièrement rebelle qu’est la Caroline du Sud cependant la lutte entre les deux tendances durera presque vingt ans de plus que dans les autres états et qu’en Angleterre, la Caroline du Sud précisément… (Près d’un siècle plus tard, c’est la Caroline du Sud qui sera le premier Etat proclamera sa séparation d’avec l’Union, le 12 Avril 1861, provoquant ainsi la Guerre de Sécession).

Date d’apparition des gardes bleus du Rite Ecossais Ancien et Accepté :

Poser le problème ainsi, c’est imposer que la pratique rituelle correspondante n’apparaisse qu’après la première utilisation du terme « Rite Ecossais Ancien et Accepté » : or celle-ci apparait pour la première fois en 1804 dans l’article V des dispositions générales du Concordat et donc postérieure à l’existence d’un système écossais en trente-trois degrés qui, lui, apparait pour la première fois à Charleston, en Caroline du Sud (USA) le 31 Mai 1801 et inaugure le REAA en quelque sorte. L’apparition « officielle » d’un système en 33 degrés ne signifie pas pour autant dire que les pratiques rituelles du Rite aux trois premiers degrés tels que nous les utilisons ne sont pas antérieures à cette date. Les spécificités du REAA (cf. plus loin) : position et fonction astronomiques des surveillants, position des colonnes, énonciation des Trois Grandes Lumières, circulation du mot…sont avérés dès 1696 en Ecosse (Manuscrit de l’Edimburg Register House) avec l’existence des diacres, tout à fait spécifique des « antients » alors que la Grande Loge Unie d’Angleterre ne les adoptés que lors de l’Union Act de 1813. Ils sont présents dans les statuts SHAW (voir plus loin), attestés par la Loge Kilwinning n°0 en 1762. Les Grandes Loges d’Ecosse et d’Irlande à priori en ont toujours été dotés dès leur fondation jusqu’à nos jours. Le premier rituel imprimé du REAA date de 1804 et en comporte. Lorsque la Grande Loge des « Antients » se constitue en 1751 entre autre par réaction aux « innovations » que les andersoniens avaient introduites dans la maçonnerie. C’est que précisément les pratiques antérieures étaient différentes et vraisemblablement analogues à celles qu’ils prônaient. Les « moderns » ont cherché délibérément à faire croire qu’ils étaient à la base de tout alors que ce n’est pas le cas. Il y a eu une tentative délibérée de manipulation historique ! Il ressort donc : Que la Maçonnerie écossaise et des « antients » préexistait à la Maçonnerie des « Moderns », c’est-à-dire à la réforme andersonienne de 1717 ; Que la Maçonnerie écossaise était pratiquée en France selon le modèles apportés par les jacobites et que ce n’est que secondairement que la Maçonnerie des « Moderns » a été pratiquée dans le royaume. Qu’il existait en France, jusqu’à la Révolution et l’Empire, et malgré les vicissitudes des temps, des Loges symboliques qui pratiquaient cette Maçonnerie écossaise, malgré l’ostracisme des « Moderns » et les persécutions du Grand Orient de France... Que l’apparition du Guides des Maçons en 1805, qui rend compte des rituels des trois premiers degrés du REAA, n’est pas une innovation rituelle mais simplement un changement d’enseigne pour des pratiques qui existaient depuis l’introduction de la maçonnerie sur le continent, ainsi la création de la Grande Loge de Londres en 1717 n’est que la conséquence de l’avènement des spéculatifs dans les loges opératives en Angleterre. En 1717 il existait au moins 20 loges en Ecosse, dont celle de Kilwinning n°0, antérieure à 1599, que les historiens font remonter au XIIIème et au XIVème siècle ! Les loges écossaises se sont fédérées en 1736 pour devenir la Grande Loge d’Ecosse. Il existait, avant cette date, un Grand Maître Héréditaire de la Maçonnerie et des loges écossaises sans qu’il existe une Grande Loge d’Ecosse. Ce statut était antérieur à William SHAW et c’est Lord Sinclair de Roslin qui a remis son mandat héréditaire à l’assemblée de la Grande Loge et que celle-ci se dota alors d’un Grand Maître élu chaque année. En France la première loge attestée date de 1725 si on ne retient pas l’existence de Loges jacobites à Saint Germain En Laye au XVIIème siècle, dont il est probable qu’elles eurent existé sans qu’on en ait la preuve formelle. Le Duc de WHARTON, Grand Maître de la Grande Loge de Londres en 1723, arrive en France en 1728 et fut vraisemblablement Grand Maître des Loges du Royaume de France de cette date (Création de la Grande Loge De France) à 1730 puisqu’il décède en Espagne en 1731… Après une vacance de quelques mois la Grande maîtrise fut ensuite occupée par le jacobite MAC LEAN jusqu’en 1735-1736 puis par le non moins jacobite DERWENTWATER de 1736 à 1738. On trouve alors 4 à 5 loges à Paris, regroupées en Grande Loge de France, composée de Vénérables Maîtres parisiens et de ceux de province de passage à Paris. Le Cardinal de Fleury renverse alors les alliances de la France et abandonne les Stuart d’Ecosse au profit des Hanovre d’Angleterre. Il s’ensuit une méfiance envers les écossais, réputés jacobites, en France, donc ennemis et une persécution de la Maçonnerie en 1737 et on vit alors être élu le premier Grand Maître français, le Duc d’Antin, puis de 1743 à 1771 le Duc de CLERMONT… Il y eut alors un coup d’état interne après la mort du Grand Maître en 1771, les loges de province s’allièrent au Duc de Montmorency-Luxembourg et se créa ainsi en 1773 le Grand Orient de France actuel, tandis que perdurait, considérablement amputée, certes, mais fidèle à ses origines, la Grande Loge De France… La Grande Loge de France est donc née en 1728 et le Grand Orient de France en 1773 contrairement à ce qu’il déclare depuis 2002 ! « Etienne MORIN, prestige d’un homme, genèse d’un système », selon le titre éponyme du livre d’André KERVELLA (cf. bibliographie) L’Ecossisme, qui maintenant imprègne avec certes des variantes, les principaux Ordres Maçonniques résulte d’une aventure singulière (même si certains historiens y voient aussi un développement motivé par l’appât du gain car chaque grade se payait et donc la multiplication des degrés était aussi source de profit…avec parfois un intérêt initiatique et spirituel limité, puisqu’on a vu proliférer parfois des rituels en 38 voire 99 grades...où l’imagination bat son plein et le syncrétisme volontairement affiché confine parfois à une bien commode et facile manière de réaliser un « fourre-tout » inextricables, sans queue ni tête pourrait-on dire aussi… « à la limite du délire de l’artiste » parfois…mais ne cédons pas à la facilité. L’Ecossisme qui nous intéresse été nous préoccupe ce soir pour sa part est issu cependant des cogitations personnelles d’un homme assez exceptionnel qui avait un curieux esprit syncrétique. Le syncrétisme se rencontre fréquemment dans l’histoire des religions. Aucune n’en est exempte à ma connaissance. Il consiste à tenter la fusion, en une doctrine unique, de plusieurs doctrines différentes. Mais si de telles synthèses sont constatées, elles ne se font le plus souvent que lentement, voire très lentement, par contacts, imprégnations latérales, par l’effort successif et continu de certains théologiens. On rencontre ici cette « anomalie » : en moins de soixante ans l’effort de trois personnages successifs aboutit au résultat. Le premier est le Chevalier de RAMSAY, dont on a longuement parlé plus haut, que l’on appellera l’inventeur. Le dernier est le Comte de GRASSE-TILLY, qu’on appellera l’instigateur. Le second, pièce maîtresse, véritable apôtre, est le passeur, il s’agit d’Etienne MORIN. On l’a vu, le Chevalier de RAMSAY est l’inventeur de l’idée de grades successifs, d’inspirations multiples. Etienne MORIN (1717 – 1771) fut un franc maçon travaillant principalement entre Bordeaux et les Antilles de par sa profession de négociant surtout connu pour avoir joué un rôle central dans la genèse du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Au début des années 1740 il semble être établi à Fort Royal, la future Fort-De-France mais ses activités commerciales l’amènent à voyager très souvent dans les Caraïbes. On ne sait pas précisément quand il fut initié en Franc-maçonnerie, mais on sait qu’il fonda en 1745 une loge à Bordeaux et qu’en 1744 il fut reçu à Antigua par William MATTHEWS, gouverneur général des Iles Anglaises Sous Le Vent qui lui conféra un des plus anciens gardes maçonniques puisqu’il est alors initié au grade de l’Arche Royale, garde qu’il transmet aussitôt rentré à Fort Royal. Louis XV déclare la guerre à l’Angleterre et à l’Autriche le 15 Mars 1744 et MORIN est alors fait prisonnier et débarqué à Londres où il jouit d’une relative liberté. Il revient en France en 1745 et y fonde le 8 Juillet la loge écossaise des « Elus Parfaits » ? Il continue à voyager et participera à la fondation d’une loge à Saint Domingue en 1748. Le 27 Août 1761 il reçoit une patente signée des officiers de la Grande Loge De France le nommant « Grand Inspecteur pour toutes les parties du monde », délivrée par le Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident de la Grande et Souveraine Loge de Saint Jean de Jérusalem. C’est ce conseil qui, en 1758, avait élaboré le Rite de Perfection en vingt-cinq Hauts Grades et qui aurait donc autorisé MORIN à transmettre ces Hauts Grades à travers le Monde. L’original de cette patente n’a jamais été retrouvé, on n’en connait que des copies plus tardives, qui pourraient avoir été embellies par MORIN lui-même, même si à priori ce n’était pas son genre… MORIN quitta pour la dernière fois la France au printemps de 1762 avec l’intention de retourner aux Antilles. Il est alors à nouveau capturé par les anglais et retourne à Londres où sa patente sera reconnue et où i sera de ce fait autorisé à transmettre les Hauts Grades aux Antilles anglaises puis par ricochet aux futures USA puisqu’il est régulier de part la reconnaissance londonienne de sa patente. Il se fixe alors à Kingston, en Jamaïque où il se lira d’amitié avec Henry FRANCKEN, et c’est avec l’aide de son ami qu’il va développer, à partir du Rite de Perfection en 25 grades le Rite Ecossais Ancien et Accepté en 33 grades. Nous sommes en terre anglaise, le rite se développe alors donc dans les colonies anglaises jusqu’aux Amériques qui deviendront plus tard els Etats-Unis. En 1767, on retrouve FRANCKEN à Albany, dans l’Etat de New York où il fonde une Loge de Perfection sous le nom d’Ineffable. Avant de rentrer en Jamaïque en 1768, Franken nomme un député inspecteur à New York, Moses Mickael HAYES. MORIN meurt en 1771 et Franken dirige alors seul le rite, nomme des députés inspecteurs qui essaime le rite partout. En 1783 il investit un certain David SMALL et lui remet un document, connu encore de nos jours sous le nom de Manuscrit Francken. C’est certainement dans cette dynamique que fut créé le Suprême Conseil des Etats-Unis d’Amérique le 31 Mai 1801, à Charleston, en Caroline du Sud, en grande pompe par deux frères, John MITCHELL et Frederick DALCHO. Le 4 Décembre 1802, une circulaire portait à la connaissance du monde maçonnique de la création à Charleston d’un Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, 33ème et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Parmi les fondateurs se trouve le Comte Alexandre de GRASSE-TILLY, Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil des Indes Occidentales Françaises, ou des Iles Française d’Amérique sous le Vent et dans le Vent. De retour en France, le Comte de GRASSE-TILLY installe la Loge Mère de l’Ecossime à l’Orient de Paris, la « Mère Loge Ecossaise de France ». En 1804, il instaure une Grande Loge Générale Ecossaise du Rite Ancien et Accepté. Le rite possède déjà d’autres loges à Paris et en province dont deux à Lyon. Le nombre de hauts dignitaires lui paraissant suffisant, il réunit tous les adeptes un 33ème degré dans un Suprême Conseil de France. En 1813 un second Suprême Conseil est constitué à New York, il y a ainsi une juridiction « Sud » et une juridiction « Nord ».

Conclusion

Hermétique, rosicrucien, chevaleresque, kabbaliste, chrétien mais aussi celtique et sans doute bien d’autres choses encore, on pourrait ainsi aussi le dire pythagoricien et isiaque, le symbolisme véhiculé par le REAA et ses Hauts Grades est divers, sinon disparate qu’il contient n’est pas uniformément intéressant, mais il permet une initiation progressive, graduelle. Son histoire est riche, et traditionnelle au sens de tout le corpus qui s’y rattache. C’est par l’approfondissement des trois premiers degrés symboliques, et principalement le troisième, le grade du Maître qu’on lui trouve son principal attrait. Il est riche d’une matière première au travail, encore faut-il vouloir travailler !

V\ M\ et vous tous mes F\ en vos degrés et qualités,

J’ai dit.

C\ L\

Source : www.ledifice.net

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Tolérance et fraternité ?...

23 Décembre 2015 , Rédigé par F.P Publié dans #Planches

A force d’être rabâchées, certaines notions, pourtant essentielles, en arrivent à perdre jusqu'à leur sens, voire à en devenir presque l’antithèse…

Constatation introductive

L’objet de cette réflexion est de se pencher sur deux notions qui semblent pratiquement constitutives de la franc-maçonnerie, au point que certains esprits n’hésitent pas à en faire des sortes de "propriétés intellectuelles" de notre Ordre, les plaçant au cœur d’une phraséologie mielleuse dont des chercheurs de lumière – donc aussi, suivant l'étymologie lux, de lucidité – gagneraient beaucoup à s’affranchir. Pourtant il vaut la peine, plutôt que d’entonner le couplet rassurant de ce qu’il faut bien appeler la "langue de bois" maçonnique, de tenter d’approfondir ces deux notions. Car la fraternité est bien plus que le fait d’être "gentil" avec tout le monde et en particulier avec ses Frères et/ou ses Sœurs, sous prétexte de ne pas leur faire de peine ; de les caresser dans les sens du poil afin de ne surtout pas interrompre le doux ronronnement qui n’est pas toujours absent de nos Loges. Quant à la tolérance, elle est aux antipodes de la tendance à tout entendre et tout laisser dire, des plus vaines âneries aux plus ineptes approximations. La méthode, une fois de plus, consiste à tenter de revenir à l’essentiel des choses, à l’élémentaire au sens propre du terme. Alors, ces deux notions vont pouvoir révéler ce qu’elles sont, à celui qui, comme Rabelais le préconise, osent rompre l’os pour en déguster la "substantifique moelle".

Un "discours de la méthode"

Outre l’occasion de partager des agapes plus ou moins abondantes et souvent bien arrosées, le tout émaillé de propos dont la hauteur de vue forcerait l’admiration de bien des commentateurs sportifs, la franc-maçonnerie est aussi une voie initiatique ésotérique. C’est-à-dire qu’elle propose un instrumenta qui doit nous permettre à la fois de nous transmuter et d’aller au-delà des apparences. L’ésotérisme, en effet, s’oppose à l’exotérisme en ce sens que non seulement il ne s’adresse pas à tous, mais constitue encore une démarche intérieure, qui nous appelle notamment à aller plus loin que ce qui tombe sous les sens, afin de mettre en évidence la dimension cachée de ce sur quoi se pose notre regard. En outre, ce qui fait la spécificité de la voie maçonnique est l’utilisation des symboles, dont une bonne approche est constituée, à mon sens, par la définition issue de l’étymologie (on se souvient que le terme, originellement en Grèce antique, désigne les deux parties d’un tesson, partagé en signe d’alliance) : "quelque chose de visible qui conduit à quelque chose d’invisible." Ainsi que nous y encourage le rituel, qui nous rappelle que "tout est symbole", nous allons donc tenter de considérer les deux notions de "fraternité" et de "tolérance" comme des symboles, dont il conviendra d’essayer de mettre en lumière la partie cachée, ou à tout le moins peu évidente, ce vers quoi ils conduisent, et dont nous savons que le langage est impuissant à rendre compte dans sa totalité. En conclusion, nous tenterons de tirer quelques conséquences des constatations que nous aurons faites.

La tolérance

Une étude passionnée du moyen-âge nous a conduit à nous intéresser de près à un texte riche de nombreux symboles : La Quête du Graal. Les non médiévistes apprendront sans doute avec plaisir qu'il est disponible en français moderne, dans l'excellente traduction d’Albert Béguin et Yves Bonnefoy, aux éditions du Seuil, dans la collection "Points Sagesses". Allons au commencement de la Quête : les "compagnons" de la Table Ronde (notez le terme, c’est celui du texte) sont réunis à Camaalot le jour de la Pentecôte, qui est, premier signe, la commémoration de la descente de l’Esprit-Saint sur les apôtres. Au cours du repas, le Graal apparaît et passe devant chacun, lui servant exactement les mets qu’il désire. Alors, le bouillant Gauvain fait le serment d’entrer en Quête un an et un jour, jusqu'à ce qu’il ait retrouvé le Graal et éclairci son mystère. Naturellement, les autres Chevaliers, ne voulant passer pour des couards, s’empressent de prêter eux aussi le même serment. Comme le Vénérable accompagne un Frère hors de la Loge de certaine cérémonie, le Roi chemine alors avec les compagnons jusqu'à l’orée d’une forêt : Puis ils se séparèrent, le Roi s’en alla vers Camaalot, et les compagnons entrèrent dans la forêt. Et ils chevauchèrent tant qu’ils parvinrent au castel de Vagan. Ce Vagan était un prud’homme de bonne vie, qui avait été un des bons chevaliers du monde tant que dura sa jeunesse. Lorsqu’il vit les compagnons passer dans les rues de son castel, il fit fermer toutes les portes et dit que, puisque Dieu lui avait fait l’honneur de les mettre en son pouvoir, ils ne s’en iraient pas avant qu’il les eût comblés de tout ce qu’il avait. Il les retint de force, les fit désarmer et les dota de tant d’honneurs et de richesses qu’ils se demandaient d’où il pouvait tenir tout cela. Cette nuit-là, ils se consultèrent sur ce qu’il leur convenait de faire. Ils résolurent de se séparer et de suivre chacun son chemin, parce qu’on leur ferait honte s’ils allaient tous ensemble. Au matin, sitôt que le jour parut, les compagnons se levèrent, prirent leurs armes, et allèrent ouïr la messe dans une chapelle. Puis ils montèrent à cheval, recommandèrent à Dieu le seigneur de céans, et le remercièrent de l’honneur qu’il leur avait fait. Ils quittèrent alors le castel et se séparèrent comme ils l’avaient décidé, puis se dispersèrent dans la forêt, pénétrant là où elle était la plus épaisse, sans chemin ni sentier. Au moment de cette séparation, on vit pleurer ceux qui croyaient avoir le cœur dur et orgueilleux. Ce court passage, riche de symboles – comme tout le livre d’ailleurs – apporte à la conception que l’on peut se faire de la tolérance un éclairage nouveau. Il en ressort, à notre sens, que la tolérance consiste uniquement à accepter que ceux qui sont, comme nous, en quête de leur Graal, poursuivent une voie aussi valable que la nôtre, quelle que soit la direction qu’ils empruntent, car la même quête de la Lumière nous unit… pour autant que nous cherchions tous la Lumière… Ce qui permet aussi aux compagnons de la quête de se séparer sans dommage est le fait que tous sont unis, vivifiés par la même Tradition : ils ont tous "ouï la messe". Cela nous semble fixer avec clarté le cadre où s’exerce la tolérance, et en marquer assez bien les limites : la tolérance semble se jouer dans un double mouvement :

  • d’une part dans l’origine commune, le partage des mêmes sources ;
  • d’autre part dans la quête d’un but commun lui aussi, mais que chacun cherche à sa propre manière.

Notons enfin, pour stimuler l’esprit d’aventure qui devrait animer les initiés, que chaque compagnon pénètre dans la forêt "là où elle était la plus épaisse, sans chemin ni sentier." Il s’agit, bien entendu, du point d’entrée dans la quête, car plusieurs chevaliers seront amenés à se rencontrer au cours de l’aventure. Mais l’injonction est claire d’avoir à sortir des sentiers battus, du train-train rassurant du connu, pour oser affronter les profondeurs du mystère… Mais la maçonnerie étant "un sport individuel qui se pratique en équipe", il convient maintenant d’explorer le second point, la fraternité.

La fraternité

L’une des images qui nous a le plus frappé dans l'un des ouvrages qu’Oswald Wirth a consacrés à notre Ordre, fut l’ouroboros entourant la devise grecque "en to pan", que l’on peut traduire littéralement – le verbe être est implicite dans les propositions prédicatives – par "le tout est un". Si l’initiation est une voie qui doit nous permettre de nous transmuter, lorsque nous prenons conscience intérieurement de cette unité profonde du réel – dont la science moderne montre assez le processus dans le plan de la matière –, nous savons alors que nous sommes reliés essentiellement à tout ce qui est. Dès lors, comment ne pas voir se modifier de l’intérieur, petit à petit et à la mesure de l’intériorisation de cette prise de conscience, notre manière d’être au monde et, partant, nos relations avec autrui, comme avec tout ce qui est. L’extérieur en devient non plus "l’autre", l’ennemi potentiel, mais une modalité de ce qui est, une part du Tout dons nous sommes aussi partie. Alors, une fraternité profonde, ce que les bouddhistes appellent "compassion", marquera de plus en plus toute notre vie de son sceau. Ce ne sera plus un code comportemental exotérique qui guidera nos actions, mais ces dernières deviendront l’expression d’une conscience, d’une intériorité. Nous serons en marche, véritablement, dans une voie ésotérique. La caractéristique d'une telle voie, est qu'elle devient le pivot même de notre existence, la source d'une vie nouvelle... qui génère ipso facto un vécu de la fraternité propre à cette voie et à ce point commun essentiel des cherchants. On l'aura compris, la tolérance aussi bien que la fraternité, n'ont dans une perspective réellement initiatique, rien à voir avec leur assimilation moraliste, mais constituent des "effets secondaires" de l'Initiation.

Fraternellement à tous.

Source : http://www.masonic.ch/pages/editos/edito_04.htm

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La montagne et la caverne

7 Décembre 2015 , Rédigé par C\ R\ Publié dans #Planches

Dominant le monde des hommes, la montagne se trouve à la limite du ciel et de la terre, elle exprime la rencontre du temporel et du spirituel. Son caractère massif incarne la pérennité et l’éternité. Elle symbolise, pour tous les peuples, la proximité des dieux. La montagne se révèle aussi comme le lieu de la découverte de la présence divine : l’Olympe en Grèce, le Fuji-Yama au Japon, le Sinaï. Le symbolisme de la montagne exprime différentes réalités de l'imaginaire religieux. La montagne sacrée, véritable sommet du monde, constitue le point de contact entre la divinité qui descend de son séjour élevé et l'homme qui monte à sa rencontre. Sur le Sinaï, Dieu conclut une Alliance avec Moïse et le peuple élu. Les montagnes mythiques, sans existence géographique, sont généralement considérées comme le centre du monde, l’axe cosmique autour duquel tourne le ciel. Le mont Méru des hindous se dresse au milieu du monde. Au-dessus de lui, l’étoile polaire (autour de laquelle tournent les autres étoiles) jette ses feux. Au-dessous de lui se trouvent les enfers, et autour de lui se trouve le monde visible. Le symbolisme de la montagne mythique est si fort que dans certaines régions de plaines on a élevé de véritables montagnes artificielles (ziggourats, stupas, pyramides,...). Le symbole de la pyramide est exactement équivalent à celui de la montagne : symbole de la verticalité, de la communication axiale, de la relation terre-ciel. Avant de devenir des tombeaux, destinés à ensevelir les dépouilles royales, dont l’âme libérée allait rejoindre les dieux, les pyramides égyptiennes furent probablement des lieux de rituels où le Pharaon était initié aux Mystères. L'initiation consistait en une mort symbolique et en une renaissance dans un degré spirituel plus élevé; elle se déroulait dans les chambres aménagées au sein de la construction. Le glissement du tombeau symbolique vers le tombeau proprement physique a dû correspondre à une dégénérescence de l'art initiatique.
L'existence de ces chambres signifiait que la pyramide pouvait être gravie non seulement selon les degrés extérieurs, mais également depuis la chambre intérieure. Symbole de la caverne ou du monde cosmique, où séjourne tout individu, la chambre servait de creuset au voyage spirituel de l'initié, en vue d'atteindre le sommet, où l'être communique avec l'Esprit divin. Dans ce cas, l'ascension ne s'effectuait plus le long de la pente extérieure, mais selon l'axe vertical reliant l'être au point culminant de l'édifice. Cette voie directe donnait accès à ce que les Anciens appelaient les “Grands Mystères” ou à la renaissance de l'être humain en tant qu'Être spirituel. La pyramide est un symbole du développement spirituel de l'être humain. Les différents degrés de la pyramide symbolisent les divers niveaux de spiritualité à atteindre. Partant le plus souvent d'une base quadrangulaire symbolisant le monde terrestre, les arêtes et les faces de la pyramide convergent vers un point unique, le sommet. Ce point symbolise le Principe ou l'Unité primordiale, d'où rayonne la manifestation du monde qui nous entoure. Renaître au Principe dont nous sommes tous issus constitue le sens véritable de cette ascension. L'individu passera de son état humain ou sensible à un état supra sensible, du monde visible au Principe non visible, du monde terrestre au monde céleste, de la vision éparpillée à la vision unitaire. C’est le sens profond révélé par la pyramide. René Guénon nous enseigne que la pyramide et la caverne cosmique sont susceptibles d'être symbolisées par deux triangles inversés, le premier contenant le second. La pyramide (ou la montagne) représentée par le triangle pointant vers le haut évoque le monde supra-cosmique et son Principe, figuré par le sommet. La caverne cosmique est assimilée au triangle pointant vers le bas, et symbolise la manifestation du Principe terrestre ici-bas.

La montagne symbolise aussi la verticalité, chère au franc-maçon. C’est un pont entre le bas et le haut, sa fonction consiste à relier les dimensions terrestres et célestes. Comparable à un vase alchimique, la montée opère la mutation du plomb en or. Les révélations s’accomplissent sur les sommets. Selon les religions traditionnelles, la montagne intérieure, comme la montagne physique, est une invitation à s’élever au-dessus du monde d’en bas. Le pèlerin, au terme de l’ascension de sa montagne, découvre la lumière éblouissante de la révélation divine. Il est enfin arrivé au bout de son chemin. Le symbolisme de la montagne, selon moi, est tout autre. J’imagine des hommes de bonne volonté, qui, partant de lieux opposés, et empruntant des voies différentes, progressent lentement vers le même sommet. Chacun choisit son itinéraire, chacun dispose de ses propres capacités, chacun a sa conception de la manière de gravir les flancs de la montagne. Malgré leurs différences, ils sont animés du même désir de s’élever. Ils se rejoindront, tôt ou tard, pour s’apercevoir qu’ils sont encore loin du sommet. Ils découvriront qu’ils ne sont parvenus qu’à une étape de leur évolution, que la vérité n’est pas au bout du chemin, mais qu’elle est le chemin, et que chaque pas vers le sommet est une révélation, une bribe de la vérité. Nous nous rapprochons de ce but ultime, mais nous ne l’atteindrons jamais. En prenant conscience qu’il ne faut pas escalader la montagne pour s’emparer du ciel, mais pour faire descendre le ciel sur la terre, l’homme forgera enfin les outils de sa propre évolution. La représentation de la montagne comme unique lieu spirituel correspond à la période originelle et pure de l’humanité terrestre. Mais lorsque la Connaissance ne fut plus à la portée que des seuls initiés, la caverne devint un symbole spirituel et initiatique plus approprié et plus facile à appréhender. Les cavernes et les grottes étaient les lieux de culte des hommes préhistoriques. Le culte de Mithra était célébré dans des grottes. Mahomet a eu sa première révélation dans la grotte du mont Hirâ. Jésus est né dans une grotte, ainsi que Lao Tseu. La symbolique de la caverne est double : élévation de l'âme ou descente aux enfers. Elle représente à la fois la voûte du ciel et la porte du royaume des ténèbres et des esprits. Dans la caverne, le temps n'existe pas, il n'y a ni hier, ni demain car le jour et la nuit y sont semblables. Elle est le centre du Monde. Lorsque la stalactite rejoint la stalagmite, elle forme le Pilier du monde, qui relie le ciel et la terre. La caverne figure dans les mythes de renaissance et d'initiation de nombreux peuples. Elle est aussi considérée comme un gigantesque réceptacle d'énergie tellurique, et possède un pouvoir de maturation qui l'apparente à l'œuf. Certains rituels d'initiation font donc passer l'adepte par la mort symbolique dans une caverne, ou un tombeau, reproduction artificielle de la caverne, et c'est seulement après être «mort » que celui-ci peut renaître à un niveau supérieur. Le Cabinet de Réflexion est la forme moderne et adaptée à nos mœurs de l'antique caverne initiatique. Entrer dans une caverne c'est faire un retour à l'origine. La caverne est un lieu de passage de la terre vers le ciel. Le Christ est mort, a été inhumé dans un sépulcre creusé dans la roche, est descendu aux enfers, pour ressusciter enfin. Pour Platon, la caverne est un lieu d'ignorance, de souffrance et de punition. Dans une allégorie, Platon imagine des prisonniers enchaînés au fond d’une caverne. Ces prisonniers prennent pour le réel ce qui n’est que le reflet d’une image. Ils sont dans l’illusion totale. C’est pourquoi le monde visible est appelé " le monde des apparences ". Nous croyons connaître, dit Platon, le monde tel qu’il est vraiment, mais en fait, nous n’avons accès qu’à son apparence. Les habitants de la caverne, c’est nous, l’humanité. La caverne, chez Platon, signifie... notre monde, où la marche vers l'intelligence commence par la délivrance de ses liens, et l'ascension hors de la caverne. Un petit nombre y parvient parfois et ceux-ci commencent une ascension libératrice hors de cette caverne vers l'extérieur, vers le monde véritable. Platon pense à Socrate, que les habitants de la caverne (les sophistes) mirent à mort, parce qu'il dérangeait leurs représentations habituelles, en leur montrant le chemin d'une vraie vision intérieure. Platon veut démontrer que le contraste entre l'obscurité de la caverne et la lumière de l'extérieur est le même que celui qui existe entre le monde visible et le monde des idées. Après avoir quitté la caverne et contemplé le monde véritable, le philosophe pourra et devra revenir à l'intérieur pour instruire et éclairer les autres hommes. L'allégorie de la caverne est une métaphore du courage du philosophe, de la prise de conscience de sa responsabilité vis-à-vis des autres hommes, de son devoir de pédagogie. L’homme, nous dit Platon, qui se contente des apparences reste un esclave enchaîné à ses certitudes. La réalité intelligente appartient à celui qui prend le risque de la confrontation à l’autre, qui séjourne dans la Lumière, fut-elle éblouissante. Mais la contemplation béate et aveuglante du soleil est inutile si l'homme ne revient pas ensuite dans la Caverne pour répandre la Lumière à ceux qui sont perdus dans l'obscurité. La foi, l'illumination, est une responsabilité, un engagement, un combat ou alors n’a aucune raison d’être. La méthode maçonnique s’apparente, par certains points, à l’allégorie de la caverne. Le franc-maçon ne se contente pas de regarder les ombres que le monde profane projette sur les murs de sa caverne. Il ne reste pas reclus dans le temple, jaloux de son confort et de son savoir. Par des voyages incessants entre le temple et le monde profane, il apporte sa contribution à l’amélioration de l’Humanité. Visite l’intérieur de la terre, en rectifiant tu trouveras la pierre occulte. La mort profane permet la «descente aux enfers» qui est un voyage souterrain auquel la caverne donne accès et qui, s'il est réussi, permettra d'accéder au sommet de la montagne. Ce sommet n’est atteint que par ceux qui ont visité le centre de la terre, et en sont sortis. Cette mort profane est une seconde naissance. On ne peut sortir de la caverne où nous sommes nés qu’en se corrigeant, en rectifiant sans cesse. Et enfin libérés, nous verrons la lumière.

Source : www.ledifice.net

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Il est midi

26 Novembre 2015 , Rédigé par PVI N° 70 Publié dans #Planches

La plupart des questions posées par les profanes aux Francs-maçons ont rapport aux activités de ces derniers lorsqu'ils sont réunis. Que font-ils ? De quoi parlent-ils ?
Le travail essentiel du Franc-Maçon en Loge est de transmettre : transmettre ce qu'il a reçu et tenter de transmettre ses réflexions personnelles pour amener ses Frères à réfléchir et développer ou orienter leurs propres recherches. Ce faisant, il se modifie lui-même et se perfectionne ; mais parce qu'il transmet des éléments de la Tradition, il utilise un rite et des symboles. La Tradition est ce qui relie au plan de la vie, à l'ordre du monde, aux lois de la vie, parce que toutes les traditions nous disent que le monde a un ordre, que la vie a des lois et que l'homme est soumis à ces lois ; ces lois nous sont transmises par la ou les traditions initiatiques et ce, au moyen des rites et des symboles. Les symboles nous disent ces lois et les rites nous les font vivre. Mais d'où viennent les rites ?
Saura-t-on un jour comment, au début de l'humanité et en l'absence d'un langage parlé, la pensée de l'homme s'est manifestée ? Vraisemblablement, l'homme primitif s'est d'abord exprimé par gestes, devenus signes pour ses familiers. Le jour où il parvint à communiquer le contenu d'une expérience subjective, est né le règne des Idées. Récepteur de signes, l'homme est devenu émetteur de messages. C'est alors que l'on peut commencer à parler de culture, car la culture se transmet par héritage alors que la nature se transmet par hérédité, la culture étant ce qui s'ajoute à la nature. L'homme primitif a évolué au milieu de forces qui le dépassaient infiniment et dont l'invincible puissance lui inspirait spontanément des sentiments mêlés à la fois d'effroi et d'adoration. De cet effroi naissent les tabous, rites qui enferment l'homme dans un réseau de règles précises, lui enlevant toute responsabilité, toute initiative, toute réflexion ; mais cet «idéal» de sécurité est inaccessible car tout se modifie avec le temps, l'homme lui-même. Le moindre insolite, le moindre anormal, réveillait son angoisse, ainsi l'angoisse mesurait la distance entre la culture et la nature. D'où des rites de purification. Et de cette adoration naissent les rites magiques qui, à l'inverse des précédents, sont des actions symboliques permettant de capter et de manier la force surnaturelle. Il est donc naturel que l'homme se soit engagé sur une troisième voie, en tentant de résoudre l'opposition entre l'ordre et la puissance, par une synthèse qui, elle aussi, ne pouvait se réaliser que symboliquement. Il fallait pour cela recourir à des rites qui donnassent à la condition humaine un autre fondement qu'elle-même, la fissent participer à une réalité transcendante. C'était s'engager sur la voie des mythes et de la religion. Ce sont alors des rites commémoratifs qui insèrent dans le temps historique (diachronie) les modèles mythologiques qui se situent hors du temps (dans la synchronie), dans une sorte d'éternité qui est celle du monde sacré des ancêtres ou, si on préfère, de l'éternel recommencement. Histoire des héros, sans être simples récits historiques ; histoires d'animaux, sans être fables, la plupart des mythes renvoient à un temps primordial auquel on se réfère comme matrice des temps présents. Le Monde est l'œuvre d'un être surnaturel ; œuvre divine et, par conséquent, sacrée dans sa structure même. L'homme vit dans un univers qui, surnaturel d'origine, est également sacré dans sa «forme», parfois même dans sa substance. Le Monde a une «histoire» : sa création par les Êtres surnaturels et tout ce qui a suivi, à savoir, l'arrivée du Héros Civilisateur ou de l'Ancêtre Mythique, leurs activités culturelles, leurs aventures démiurgiques, enfin leur disparition. Cette histoire sacrée, ou mythologie, est exemplaire ; il importera de la conserver soigneusement et de la transmettre intacte aux nouvelles générations. Cette transmission s'effectue au cours du rite de consécration sans doute le plus universel et le plus typique puisque c'est l'homme lui-même qui est mis en relation avec le sacré. S'il existe d'innombrables variantes de l'initiation, il n'existe en fait qu'une seule initiation, qu'elle soit tribale, quête ou appel. L’initiation constitue un des phénomènes spirituels les plus significatifs de l'histoire de l'humanité. C'est un acte qui engage la vie totale de l'individu et qui fait que l'homme devient ce qu'il est et ce qu'il doit être : un être ouvert à la vie de l'esprit, qui participe donc à la culture. L'initiation se déroulant dans une atmosphère mythique, rattache l'homme aux archétypes sacrés, lui permet de communiquer avec la puissance extrahumaine, sans être impur, dans une réitération grandiose de la cosmogonie, de l'anthropogonie et de toutes les «créations» qui ont caractérisé l'époque primordiale, «les temps du rêve». L'initiation récapitule l'histoire sacrée de la tribu, donc l'histoire sacrée du Monde. Et par cette récapitulation, le Monde tout entier est resancti­fié. Les novices qui meurent à leur condition profane, ressuscitent dans un monde nouveau ; car, à la suite des révélations reçues pendant l'initiation, le monde se laisse saisir en tant qu’œuvre sacrée, création des Êtres surnaturels. L'expérience de l'initiation non seulement modifie radicalement la condition ontologique du néophyte, mais lui révèle en même temps la sainteté de l'existence humaine et du Monde, en lui révélant ce grand mystère, commun à toutes les religions : que l'homme, le cosmos, toutes les formes de la vie sont la création de Dieux ou d'Êtres surhumains. En apprenant comment les choses sont venues à l'être, le néophyte apprend en même temps qu'il est la création d'un Autre, le résultat d'une «histoire sacrée», communicable exclusivement aux initiés, car la consi­gne du secret a une grande importance. L'homme, dit archaïque, vit simultanément dans le monde profane avec les femmes et les enfants, et dans son monde mythique, avec les initiés. Il aura par exemple deux noms. Le Franc-maçon, lui, passe la quasi totalité de son temps dans le monde profane ; il a donc besoin d'une aide, d'un rituel, pour retrouver son monde mythique rapidement. Lorsque nous, Francs-Maçons, nous nous retrouvons pour une séance de travail, que l'on appelle une Tenue, nous formons un groupe profane d'hommes. Ce groupe va devenir une Loge, entité collective initiatique grâce à un rituel dit d'ouverture des travaux, c'est-à-dire qu'un ensemble de mots, de gestes, d'actes, dans un ordre déterminé, va modifier l'espace et le temps. Modifier l'espace en effaçant, symboliquement bien sûr, les murs et le plafond pour nous ouvrir l'univers de la loge, espace sacré qui va du Nadir au Zénith, du Nord au Sud et de l'Occident à l'Orient. Modifier le temps en abolissant l'heure réglée par nos horloges pour nous placer au temps sacré, entre midi et minuit. Ce lieu sacré est le lieu de l'éternel recommencement, l'endroit d'accomplissement des cérémonies et des rites, la scène où se situent les mythes. En quelque sorte, c'est le centre du monde.
Le Temps sacré, lui, est une sorte de synthèse entre le temps et l'intemporel, sorte d'éternité qui est celle du monde sacré des Ancêtres ou des Dieux, mais aussi de nos contes qui commencent par ...«il était une fois»... ou ...«en ce temps là»... Et cette Loge se diluera, à la fin de la Tenue, par le rituel dit de fermeture des travaux. Ces Rituels d'ouverture et de fermeture, ouvrent et ferment le Temps de la cérémonie pour mieux en marquer la gravité.
Le travail initiatique effectué en loge se trouve ainsi ordonnancé comme l'est la vie de chaque métier. Et nos tenues sont cycliques, comme le sont nos semaines, nos mois et nos saisons, selon des rythmes qui répondent étrangement à des rythmes biologiques. Dans leur aspect cyclique, les travaux maçonniques acquièrent ainsi du «sens» c'est-à-dire contribuent à orienter la perception ou l'action, et augmentent ainsi la faculté de comprendre et de distinguer, donc de séparer et de connaître. Le Franc-maçon ne se considère pas comme «achevé», mais s'affirme «perfectible». C'est parce qu'il se veut «autre», parce qu'il considère qu'il n'est pas «donné» mais qu'il doit se faire lui-même, qu'il travaille dans ce continuum spatio-temporel sacré, parce qu'il a le souci de se «désaliéner» c'est-à-dire d'éviter que son existence ne soit totalement absorbée par la matérialité pure et la temporalité irréversible. Cette réactivation, cette réactualisation, cette régénération nous libère de nos liens antérieurs pour nous faire participer à la vie symbolique, à la vie spirituelle, à la connaissance secrète de «ce qui est hors du temps». C'est chaque fois une nouvelle étape qui recommence, avec des forces vitales intactes ; opération qui peut être indéfiniment renouvelée, et qui ouvre chaque fois la porte à de nouvelles potentialités. Grâce au rituel, le rite opère et permet au Franc-maçon de trouver son équilibre et sa place ; il lui permet de «se connaître» pour se «construire». Et se construire, c'est se libérer. Le Franc-maçon, comme d'autres hommes et femmes, par d'autres voies, devient peu à peu l'homo-viator, l'homme en marche vers son devenir, conscient de ses possibilités et de ses responsabilités. Il saura être le citoyen que la société attend, à sa place, en ses fonctions. L'initié doit se resituer dans l'espace et dans le temps. Pour lui, à n'importe quel moment de la journée, ce peut-être «midi», l'heure de «faire le point» comme le marin, de se mettre debout, (sur deux jambes, répond Oedipe à la Sphinge), de s'engager sur le chemin de la Vérité. De même que chaque instant peut être sauvé, redonné à sa dimension éternelle, de même chaque homme peut être sauvé, redonné à sa dimension spirituelle. Il lui suffit, pour cela, de pouvoir placer midi à minuit, en d'autres termes de savoir épouser Lumière et Ténèbres.

Publié dans le PVI N° 70 - 3éme trimestre 1988

Source : www.ledifice.net

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Histoire, vérité et réalité d’un rituel maçonnique.

20 Novembre 2015 , Rédigé par E.°.R.°. Publié dans #Planches

L’esprit rationnel réclame la preuve documentée suivant les modalités de la recherche historique, seulement voilà que la dimension initiatique et les rites qui l’accompagnent échappent à l’histoire et à la preuve documentée. Ce n’est pas pour autant que l’initiation échappe à la réalité, bien au contraire puisse que l’initiation repose sur l’expérience. Nous allons tenter une mise en parallèle de la méthode historique qui relate des faits réels qui se sont déroulés dans le monde réel et de la méthode initiatique qui relate l’intention et la vision consciente à l’intérieur d’un ordonnancement de faits réels. Notre but sera de démontrer que la méthode initiatique par ses effets sur notre conscience augmente la profondeur de champ d’une réalité perceptible que l’histoire ne relate que superficiellement.

1/ La vérité d’un rite initiatique et son histoire documentée.

Peut-on répondre à cette question : est-il possible par le document historique de retrouver l’origine d’un rite ? Il faut étudier le rite, et comprendre que la vérité initiatique se distingue de la vérité historique. La vérité historique se fonde sur le fait avéré situé dans la flèche du temps, la vérité initiatique se fonde sur l’intention située hors du temps appelée « reliance » et « connaissance ». Nous pressentons que ces deux univers ne se nourrissent pas des mêmes informations, mais appartiennent a un même vécu sur une base réelle. L’histoire appartient au réel documenté qui se nourrit de la preuve, du fait dont on témoigne, l’initiatique appartient à un « réel augmenté » qui se nourrit du non-temps et du non-lieu pour être agissant et dont aucun document ne témoigne. Si l’initiatique maçonnique repose sur des rites nous devons vérifier si l’histoire démontre l’origine et détermine l’auteur d’un rite maçonnique.

Un rite maçonnique a-t-il un auteur ?

Un rite maçonnique n’a que des transmetteurs, car ici l’auteur appartient par nature à une collectivité humaine immémoriale. Ceci est le point de vue de l’initié, mais est-ce celui de l’historien ? Ce que l’historien veut déterminer, c’est l’origine du rite, sa date et son lieu de naissance et ses sources documentées. Mais le propre des rites maçonniques est de renvoyer leur naissance dans l’espace immémorial du métier pour les francs-maçons et dans les confins des sources ancestrales de la conscience. Cette conscience naîtra des grandes questions liées au mystère de la vie et de la mort, de la création et de la transcendance. Les rites maçonniques n’ont ni auteur ni droit d’auteur, il n’y a que des transmetteurs qui aménagent le rite précédent en fonction d’une intention de reliance adaptée à leur siècle. Ainsi la franc-maçonnerie existait bien avant 1717, il suffit de regarder les loges régimentaires Stuartistes. Prenons l’exemple du Régiment Walsh qui des 1688 selon G. Bord, constitua en son sein une loge régimentaire. Sa filiation n’est autre que la pratique « villageoise » des différents Frères d’origines et de métiers différents qui la constituaient. Ils n’appliquaient pas un rituel précis si ce n’est celui né de leurs différentes origines. Ils en étaient les auteurs anonymes et sans prétention en regard du respect des grandes lignes de leurs anciennes pratiques. Ils ne faisaient qu’appliquer et adapter à leur milieu une pratique déjà ancienne (adaptation conventionnelle). Le milieu interfère donc sur la mise en pratique. Notons que l’influence rose croix et chevaleresque chez les officiers participant à ces loges, allait modifier sensiblement les rituels et favoriser l’élaboration de grades supérieurs. Les Stuarts feront beaucoup pour enrichir cette maçonnerie continentale et le discours de Ramsay viendra couronner cette influence, où la politique de reconquête s’associa à la dimension secrète et sacrée de l’initiatique. Ici nous pouvons dire qu’il n’y a pas d’auteurs, mais une pratique « générique » impactée par des influences multiples coté Stuarts, sur une base calquée sur le schéma des opératifs. Ce schéma toujours constant est commun à tous les rites dits initiatiques de métier reposant sur la connaissance, mais aussi de l’Église ou des chamans reposant sur la croyance. Cette base repose sur 8 ou 9 phases identifiables. Le but est « d’incorporer » un processus de séparation du tumulte profane, « d’animer » un état d’âme de cherchant par une mise en tension (notion de quête), de « spiritualiser » et d’assimiler un métalangage, par des techniques collectives de concentration, de perception archétypale et de mémorisation. Il est entendu que le métalangage dans ce cas repose sur la vision, l’extrapolation symbolique et analogique au-delà de l’expression discursive et de l'image descriptive. D’un certain point de vue l’initiation dans ses 8 ou 9 étapes successives, impacte le corps, l’âme et l’esprit (voir dans le même sens : Livre de l’Apprenti au REP Juin 2013 au chapitre réception, idem Livre du Compagnon. L’initiation par ses rites, établit le lieu séparé du profane), présumé sacré (le cabinet de réflexion et la loge-temple) par la mise en scène d’un « passage » qui est à la fois une plongée en soi et l’entrée dans le non-temps et le non-lieu du temple de lumière qui permet le cheminement des épreuves et leurs mises en pratique ou en perspective spirituelle aboutissant à la pseudo mort sacrificielle et à une véritable renaissance en esprit ou en conscience). Puis vient le temps du serment avec l’appel à témoin de l’autorité surplombante, l’illumination et l’intégration dans la chaîne immémoriale des « initiés »). Nous comprenons que l’initiation va étendre le domaine du réel à une dimension symbolique et analogique « éclairante ». Cette conscience « éclairée » s’appuie sur l’expérience (orthopraxie) de la perception spirituelle et individuelle de la « réalité », représentée par la matière et la forme (soi-même et le monde, mise en perspective de la réalité), dans le but d’édifier d’un chef d’œuvre individuel et collectif. Ce chef d’œuvre éthique et/ou métaphysique, synonyme de perception élargie du réel, contient et conserve une reliance à plus haut (le Temple dans sa dimension intérieure et collective). Cette base rituelique est commune à la fois aux religions fondées sur la croyance et la foi d’une part, et aux traditions initiatiques fondées sur la connaissance et la gnose d’autre part. Dans une autre dimension historique, prenons le cas de Willermoz. Ce dernier en 1778 fit apparaître dans le rituel de la SOT une dimension théosophique et préchrétienne. Est-il l’auteur de ce rite ? À mon avis il enrichit la trame de la variante d’un rite initiatique Stuartiste existant. Il est donc l’auteur d’un enrichissement en puisant dans une théosophie dont il ne prétend pas être l’auteur, mais l’interprète « inspiré » ! L’auteur n’est relié qu’à lui-même, l’interprète est en reliance avec un plus haut fondateur via une chaîne humaine de transmetteurs qualifiés ou « inspirés ». Donc nous ne pouvons pas parler d’auteur d’un rite pour la raison que la structure du rite traditionnel est souvent reprise dans ses grandes lignes et reste à peu près immuable. L’inspiration du transmetteur ne lui appartient pas en propre, mais reste attachée à une intention de reliance et de vision qui a toujours dominé l’initiation. Cette reliance du pseudo auteur est située dans un plus haut et/ou dans un plus ancien, qu’ils fussent spirituels ou pratiques. À chaque fois que nous voulons nommer l’auteur d’un rite ce dernier en esquive l’attribution suggérant l’ancienneté préexistante de son apport. Il s’agit toujours d’un apport, d’un enrichissement sur une base ancienne, et non pas d’une création ex nihilo. On pourrait, sur cette base, démontrer que le rite opératif de Salomon, né en 1971/74 n’appartient pas à ses auteurs qui au final ne sont que des transmetteurs « inspirés » chargés de synthétiser la dimension opérante des rites maçonniques et compagnonniques. Donc la paternité d’un rite se veut anonyme, et d’origine immémoriale même si l’apport « éclairant » d’un individu est manifeste. La notion d’auteur et d’interprète de la reliance est mal comprise et crée un hiatus entre l’historien et l’initié.

La pratique ancienne n’appartient à aucun auteur.

L’histoire ne permet pas de retrouver l’auteur d’un rite. Un rite initiatique est inapropriable. Il appartient à tous ses pratiquants potentiels qui démontrent leur transmission et mise en œuvre conforme. Ces rites appartiennent au patrimoine commun de l’émergence de la conscience humaine. C’est à ce titre que nous devons les protéger dans leurs processus, les conserver et les faire vivre. Pratiquer un rite maçonnique, relève d’une démarche ontologique basée sur une orthopraxie et une légende qui se transmettent dans une chaîne sans fin. Ceci constitue une difficulté pour l’historien qui se heurte à la légende incontrôlable dans sa diffusion verbale et à des rituels non écrits, précisément formés autour de la parole, du geste, et d’un langage non verbal bien plus subtil que nous l’imaginions. C’est une collectivité d’initié qui est dépositaire de la pratique, un éventuel auteur ne serait qu’un interprète parmi d’autres biens plus nombreux. Donc, un éventuel auteur que nous considérons plus comme un interprète ne serait qu’un artefact, un élément dans une chaîne de filiation qui le dépasse, et qui nous dépasse. Des organismes ad hoc se sont créés spontanément afin de protéger l’essence et garantir la pratique de ces rites ainsi que la traçabilité de la filiation. Ils diminuent les effets de la dénaturation due au temps. Leur objet ne devrait pas consister en l’appropriation d’un bien immatériel témoignant de l’humanisation de l’homme, mais plus simplement d’en garantir le respect. Toutefois ces rites maçonniques pratiqués aujourd’hui sont comparables dans leurs fondements, aux traces écrites et manuscrites le XVII et XVIIIème siècle, qui n’ont cessé d’être transformées. Ils ont dans leur ADN la trace des deux rites anciens de métier : ceux des Anciens Devoirs remontant à 1390 et 1410 (Régius et Cook), et ceux du rite écossais du Mot de Maçon remontant à 1637 ; qui eux-mêmes sont héritiers de rites plus anciens, voir antiques. Les rites sont toujours fondés sur une base ancienne « reformée et réformée » dans leur présentation, mais rarement dans leur structure agissante (les 8 ou 9 phases abordées plus haut). Ce fut le cas des travaux d’Anderson et Desaguliers en 1717, 1723, 1737, etc., qui en conservent les bases. Les rites ne sont donc pas « inventés », ils sont tout au plus réaménagés suivant des modèles anciens et dans l’air du temps (politique, religieux, philosophique, etc.). Ces modèles anciens relèvent de schémas puissants et constants depuis la nuit des temps et fonctionnent sur la notion d’épreuves élémentaires, de passage aboutissant à l’émergence d’une conscience du non-espace et du non-temps. Le poids de la pratique validant la structure agissante d’un rite initiatique sera toujours plus puissant que l’interprétation écrite, ou l’habillage cosmétique de quelques maçons « éclairés ». Ces derniers seront rattrapés par la puissance des filiations anciennes qui se réactualisent constamment au contact de l’esthétique contemporaine. Autrement dit les schémas directeurs sont plus forts que les aménagements rituéliques conventionnels. Le rituel ne sera jamais que le servant d’un schéma fondateur qui appartient au cheminement de la conscience éclairée de l’humanité.

2/ Quelle réalité et quelle vérité dans un rite initiatique ?

La pratique du REP porte en elle un constat qui s’appuie sur une phrase de Robert Ambelain et PL : « il n’y a pas d’autre initiation que dans la réalité », et sa variante : « il n’y a pas de plus grande initiation que la réalité ». Encore faut-il « voir » toute la dimension du réel. Cette vision élargie du réel est le but de l’initiation et entraîne ce que j’appelle une « extension du domaine du réel ». Le REP, notamment dans sa mise en œuvre de la légende d’Hiram et dans le relèvement par les cinq points, va nous apprendre concrètement ce qu’est cette extension du domaine du réel jusqu'à une dimension sacrée. (Voir le Livre du Maître p 190 et suivantes.) La vérité historique est mouvante et relative et ne permet pas de sortir du fait établi qui se substitue à un fait établi précédent : nous sommes dans une bataille opposant le document « historique » à la pratique verbale sans preuve. Le document n’est pas opérant au plan initiatique, car il ne relate qu’une vérité temporaire, reliée au temps qui passe. C’est un indice extérieur et temporaire. Tels fait ou document seront dépassés par un autre demain… Ce n’est pas le cas de la vérité initiatique qui est par nature hors du temps : le caractère "opérant" de la légende ou du mythe ritualisé est indiscutable dans tous les niveaux de l'être individuel et collectif, et ceci quelles que soient les variantes de la légende et de l’orthopraxie. Dans la légende comme dans le mythe il faut un héros, ici l’homme comprit dans sa dimension totale. Cette dimension dépasse la limite corporelle et touche à une sorte immortalité ou d’intemporalité. Cette dimension rêvée est archétypale, c’est celle de l’Être, ou de l’homme premier, qui à l’évidence ne se situe pas sur la flèche du temps « documenté », mais remonte à l’origine « informelle ». C'est à cette dimension totale et « initiale » de l'Être (où le rêve reste un fait avéré non pris en compte par l’historien, voir l’échelle de Jacob) que les rituels d'initiation s'adressent. Cette dimension n’étant pas temporelle, les historiens perdent alors leurs compétences et leurs repères. Pouvons-nous dire que l’initiation suit un rituel immémorial qui outrepasse le document ou la preuve de sa pratique ? Les historiens de la franc-maçonnerie font œuvre utile en nous documentant sur les preuves tangibles. Trop souvent l’analyse historique ne se préoccupe pas suffisamment de la transmission de l'influx spirituel. Il y aurait beaucoup à dire sur cette transmission. Sans doute que la vision historique du réel se restreint à l'objet documenté par une source testimoniale traçable, recoupée sur la flèche du temps. L'histoire ainsi écrite est parfois restrictive comme un fruit desséché alors que le mythe ou la légende du grade restent des fruits charnus. Ces fruits ont pourtant un point commun: la graine. Par l’histoire documentée et le mythe ritualisé, nous devons retrouver la graine et la faire germer.

Le mythe devient réalité

Par définition l’histoire relate la réalité démontrée, mais quand est-il du mythe ritualisé ? Si l’historien veut remonter le fil du temps en certifiant les étapes et les faits, le mythe appartient déjà à la nuit des temps. Le mythe et la légende sont la graine de l’initiation et le moteur d’un réel idéalisé. L'histoire populaire et le mythe ensemencent le vivant et meublent l'imaginaire. Ils participent à la structure initiatique par la voie qu'ils tracent, l’interprétation cachée qu’ils recèlent et l'image mémorielle qu'ils font surgir en nous (origine mythique du métier, légende d'Hiram, légende de Noé, échelle de Jacob, tour de Babel, Arche de Noé etc.). Ce sont les graines originelles de l'initiation. Le mythe fait vivre les archétypes en leur donnant chair humaine. Le mythe n’est jamais neutre. Il s’invite dans le réel et opère dans le schématisation comportementale et sociale, et offrant un cadre, un modèle et une hiérarchisation du monde entre la terre et le ciel. Le mythe et la légende sont nés avant l'histoire moderne et engrangent 5000 années d'avance sur la science historique. Ils restent d'essence collective et archétypale et participent d’un langage subtil de reliance et d’humanisation. Le mythe est né dans la nuit autour d'un feu central dans le cercle fermé de la tribu. La parole tribale s'est transportée dans l'ascendance du feu central jusque dans la voûte étoilée. Du plan circulaire elle est passée dans l'axe. Passant dans l’axe et montant vers les étoiles, la parole est perdue sur le mode discursif, mais bien réelle dans un langage non verbal. Toute parole à son écho même lointain dans l’espace et le temps. La formulation du mythe marque le début de la reliance à plus haut. C’est à la fois la reliance des personnages mythiques et des dieux aux étoiles d’un côté et à la grande nature de l’autre, puis à l’homme. Enfin nanti d’une explication cosmogonique, l’homme va tenter la comparaison avec la totalité et l’unité originelle dont il serait issu. C’est la reliance de l’homme et de sa destinée à sa propre étoile aux proportions divines. Avant que l’homme ne trouve une proportion divine en lui, il est passé par le stade du mythe ritualisé où l’homme devient héros, architecte et acteur de l’univers (voir mythe de Prométhée). C'est cette voûte et ces milliers d'étoiles qui alimentèrent la bibliothèque archétypale de nos cerveaux. Cette bibliothèque mémorielle est faite de toutes ces « intentions » individuelles et collectives que l'on qualifia plus tard d'immanences et transcendances, puis de croyances ou de connaissances. L’alphabet n’est qu’une prière comprise entre l’Alpha et l’Omega qui n’attend que l’ordonnancement du Verbe. Dans les deux cas (histoire et mythe) il s'agit toujours d'une création de l'homme basé sur le fait et sur l'intention: le fait humain est avéré dans la strate du réel historique et discursif, et l'intention humaine traverse la réalité et atteint les autres strates qui composent l'humain (états inférieurs et supérieurs). L’intention tend vers une reliance à plus haut; le mythe relate une reliance "orientée" dans la cadre du récit. Le fait discursif s'inscrit dans le plan horizontal et l'intention se situe dans l'axe: c'est ainsi que le Temple est une bâtisse de matière (le fait) qui veut recevoir et contenir le ciel (l’intention). Lorsque l’on dit que le mythe devient réalité, c’est parce que l’intention anime le moteur du réel. L’intention permet l'analogie et la transformation symbolique, elle permet aussi le changement de "monde", ce qui est capital s’agissant de l’art de bâtir un Temple qui reste un objet réel qui étend son champ analogique dans des contrées inaccessibles à une vérité documentée...

(à suivre)

E.°.R.°.

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/2015/09/histoire-et-verite-d-un-rituel-maconnique.html

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La lumière et le Franc-Maçon

15 Novembre 2015 , Rédigé par Solange Sudarskis Publié dans #Planches

Le Franc-maçon est fils de la lumière. Evoquer le rôle et l’influence de la lumière comme concept ou comme symbole ou comme mystique, c’est tout d’abord rechercher dans les origines de la Franc-maçonnerie comment fut vécu le rapport de nos différentes mystiques génétiques avec la lumière. Si nous évoquons les traditions antiques, on ne manquera pas d’évoquer le divin soleil chez les égyptiens et sa cohorte de rituels pour le magnifier. L’apport de l’hébraïsme, au moins sur les premiers degrés de la maçonnerie salomique (jusqu’au 14ème grade au D\H\) est indéniable. Cette pensée, développée par la Kabbale (la transmission de la connaissance) a pour thème une mystique de la lumière à travers le thème de l’émanation divine sous formes de sphères de lumières, les séphirots, témoignant ainsi de l’influence persistante du néo-platonicisme. ans « Le banquet », Platon écrivait : «Celui que l’on aura guidé jusqu’ici sur le chemin de l’amour, après avoir contemplé les belles choses dans une gradation régulière, arrivant au terme suprême, aura la soudaine vision d’une beauté de nature merveilleuse ». Cette approche différente du visible permettrait une séparation cathartique entre vision corporelle, opaque, intentionnelle, et vision spirituelle, diaphane, vide. Chez les Esséniens on enseignait un dualisme strict qui divise le monde et les hommes en deux camps : celui de la lumière, du bien et de la vérité (celui de Dieu), et celui des ténèbres, du mal et du mensonge (celui de Bélial). Les anciens savants juifs, grecs, syriens et arabes qui la pratiquaient ont vraisemblablement attribué le nom de kabbale à un savoir sacré, à un ensemble de connaissances ésotériques et initiatiques, à l’antique art sacerdotal dont l’enseignement était fondé sur les mystères du soleil, source de la lumière, de la chaleur, de la vie et de la lumière primordiale comme principe d’expansion créatrice. La lumière étant révélée pour élargir l’espace du monde. Mais après sa manifestation, la lumière se retire, se cache et devient obscurité du point de vue des créatures. Souchée sur la maçonnerie opérative, la Maçonnerie spéculative, qui est la nôtre aujourd’hui, n’a pas manqué de retenir, non seulement une organisation mais certainement un fondement de la pensée sur ce qui faisait foi pour les bâtisseurs de cathédrales. Les vielles obligations des maçons opératifs contenaient des invocations à Dieu, à la très Sainte Trinité, à la vierge Marie, aux quatre saints martyrisés et faisait obligation d’être fidèle à Dieu et à l’Eglise. Cette obligation en la croyance de Dieu ne fut abolie qu’en 1877 par le grand Orient. La lumière maçonnique est–elle une trace de cette foi en le divin ? Plus proche de nous, l’ésotérisme chrétien du XVIIIe siècle avec l’illuminisme considère que la connaissance de Dieu et la science de Dieu sont la vraie connaissance du monde. L’illuminisme a pour thème fondamental la distinction entre l’esprit et la lettre, entre la lumière et la matérialité. Sans levain, c’est-à-dire dépourvue de la lumière de l’esprit, la lettre est vide de sens et par conséquent de vie. L’initié est éclairé par la lumière divine qui se révèle à lui à travers un effort moral. Pour les illuministes, chaque être possède sa propre lumière et ses propres ténèbres. C’est dans le monde intérieur que se réalise la vision de la vérité : L’esprit illuminé entend, comprend, saisit. Cette lumière n’est pas le résultat d’une acquisition, elle se découvre. Elle est dans l’homme, mais celui-ci risque de mourir sans avoir compris que le trésor de la sagesse se trouve en lui. Les illuministes insistent sur la nature subjective de la connaissance, sur le primat de la transformation personnelle de l’homme qui aboutit à une régénération, à une nouvelle naissance. La foi, l’amour de Dieu, l’abandon de soi-même, telles sont les caractéristiques fondamentales du chrétien de la seule et véritable Église. L’important est de vivre sa foi intensément. Le Christ ne remplit pas un rôle d’expiation et de justification .Quand il advient dans l’âme, l’âme naît en Dieu. La lumière du Christ n’apparaît que dans la mesure où l’homme se détourne de lui-même et se vide pour adhérer au divin. En France, nous trouvons, parmi les esprits les plus brillants de cette époque, Bathilde d’Orléans, la duchesse de Bourbon (mère du duc d’Einghein), Joseph Balsamo, comte de Cagliostro, Pierre Fournié, le prêtre anglican William Law, Joseph de Maistre, bien sûr Martines de Pasqually, Louis-Claude de Saint Martin et évidemment Jean-Baptiste Willermoz. C’est à travers la F \M\ que certains d’entre eux rêveront de répandre le christianisme sur toute la terre, et ainsi de répandre la lumière. Nous essayerons de penser le F\M\, le temple et les rites maçonniques dans leur rapport avec la lumière, tantôt par ce qu’elle rend visible, tantôt par ce qu’elle rend comme compréhensible, tantôt par son rapport à ses opposés, l’ombre, les ténèbres, voire le noir. L’opposition lumière-ténèbres constitue un symbole universel. Pour en esquisser l’enjeu symbolique, on peut introduire trois grandes acceptions de la lumière sur le plan de l’imaginaire : la lumière-séparation, la lumière-orientation, la lumière-transformation.

La Lumière-séparation et l’abîme s’opposent dans une symbolique de la création.

La Lumière-orientation et l’obscurité structurent la symbolique de la connaissance.

La lumière-transformation se heurte à une double altérité: s’opposant à l’opacité, elle est le symbole de la manifestation de la transcendance ; se confrontant à l’ombre, elle devient le symbole de la purification (catharsis). Regardons en F\M\, où tout est symbole, comment nous vivons ces 3 aspects de la lumière.

La lumière-séparation : La dimension proprement démiurgique de cette opposition lumière-ténèbres se retrouve à la racine de toutes les grandes cosmogonies. Du sein d’un abîme préalable (chaos, tehom, tohu-bohu), sans fond, sans forme, va brusquement émerger l’ordre, l’ordo ab chao du D\H\, c’est-à-dire la séparation-archétypale originelle. Deux principes opposés sont ainsi différenciés : la lumière et les ténèbres. Trois séparations démiurgiques vont en procéder. Elles engendrent le cosmos dans sa totalité. Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut ! Fiat lux !

o Une première séparation opère la création des grandes oppositions cosmogoniques fondamentales : l’avant et l’après, le haut et le bas, la nuit et le jour. Elle correspond à la croisée horizontale et verticale du ciel et de la terre. La lumière nous indique la sortie de la materia prima, du chaos, du primordial, elle nous situe par rapport aux origines. La sortie du cabinet de réflexion et l’enlèvement du bandeau peuvent être rattachés à ce type de rapport à la lumière. N’est il pas écrit dans le cabinet de réflexions : »si tu persévères, tu seras purifié par les éléments, tu sortiras de l’abîme des ténèbres et tu verras la lumière. » ?

o La deuxième séparation est liée à la genèse de la vie. Elle joue sur les variations régulières nuit-jour qui déterminent les saisons, sur la permanence des alternances du jour et de la nuit. Création des cycles de mort et de renaissance, de lumière croissante et décroissante entre solstice d’hiver et solstice d’été. Cette deuxième séparation règle donc le jeu d’équilibre et de conflit entre eau et feu. A cette lumière de genèse correspondent tous les symboles de la lumière-fécondation : lumière souterraine et psychopompe d’Anubis, «soleil vert» de l’émeraude qui est sang et fécondité chez les Mayas comme dans le symbole du Graal, soleil chtonien comme dieu-grain qui meurt à l’automne et ressuscite au printemps, etc. Ce sont aussi nos luminaires, le soleil et la lune, à l’Orient, qui témoignent, dans le temple, de l’alternance du diurne et du nocturne, de la lumière en tant que lumen, celle du 4° jour de la genèse, différente de la lumière primordiale du 1er jour appelée lux. Doit-on en conclure que la lumière ne peut exister que si la nuit existe, que le F\M\ des ténèbres deviendra l’homme de lumière, mais qu’ainsi, il aura des rechutes, des retours en arrière et que dans ce cas, il lui faudra l’astre de la nuit, l’espoir que le cycle recommence et que les ténèbres ne l’emporteront pas définitivement sur la lumière ? C’est la promesse faite à l’humanité, après le déluge, par l’alliance que le Dieu des hébreux a inscrit dans la lumière diffractée de l’arc-en-ciel.

o La troisième séparation cosmogonique a lieu entre zénith et nadir. Au-dessus de la fertilité végétale, de l’âme lunaire et aquatique se différencie le symbolisme de l’esprit et de la lumière-illumination. Ce symbolisme oppose les images ascensionnelles de l’air et du vent aux images de la pesanteur de la terre. Au soleil terrestre et à ses cycles de fécondation se sur-ordonne la permanence du soleil céleste, porteur de la clarté de l’intellect, il est le modèle visible, le symbole sensible du principe de toute harmonie. La hauteur inaccessible de la voûte étoilée, c’est la verticalité céleste, celle de la lumière et de la vision. Toute ascension mystique ou mythique est visionnaire et elle s’accompagne parfois de photismes lumineux et colorés. Aux degrés de l’échelle chamaniste correspondent des couleurs divines qui symbolisent le degré d’initiation. De ce point de vue, les couleurs de nos loges symboliques et des décors des différents grades sont comme dans les rites du culte de Mithra ou dans la vision mystique des soufis, la traduction visuelle des degrés ascensionnels des initiés. Dans la gnose du manichéisme, l’esprit vivant descend ainsi que la mère de vie jusqu’à l’intérieur des ténèbres pour sauver l’homme primordial précipité dans l’abîme infernal de l’obscurité lors des combats entre ténèbres et lumière des commencements. Il tend sa main droite à l’homme primordial qui la saisit et hisse le captif du mélange de la déchéance, il le sort de l’obscurité létale. Cette poignée deviendra dans l’église manichéenne un geste rituel et symbolique. Nous retrouvons ce geste aussi en F\M\Sa signification est manifestée, entre autres, sur les tabliers des M\M\ au Rite Ecossais Ancien Accepté, au Rite Français. La dimension spécifique de la lumière-orientation se donne à travers l’image-archétypale du chemin : chemin ascendant peuplé d’images lumineuses, aériennes, portant allégresse et éveil ; chemin descendant jalonné d’images sombres, étouffantes, lourdes de toutes les peurs et de tous les tourments. C’est alors le symbole d’un combat éternellement recommencé entre l’élan spirituel vers la lumière et l’inertie matérielle qui fait régresser l’homme dans les obscurités de l’âme. Toutes les gnoses reposent sur ce conflit latent. D’une part règne le constat effrayant de l’obscurité du vécu de l’âme. « Sauve-moi de la matière et des ténèbres», supplie la Pistis Sophia , dans ce très beau recueil de dialogues gnostiques qui porte son nom et qui met en scènes la Sophia , Jésus, les vierges Marie, Marie-Madeleine. D’autre part une lueur d’espoir naît de cette dualité même. L’étoile est l’image symbolique de la lumière salvatrice. Dans la nuit de l’âme, seule brille l’étoile-guide (étoile polaire, étoile des bergers, des Rois mages, «étincelle» des alchimistes, étoile flamboyante.). Si certains gnostiques accentuent le dualisme à l’extrême, la plupart des gnoses présentent le chemin de retour de l’âme, vers la lumière, comme constitué d’alternances entre phases sombres et phases claires. Ce chemin se donne alors dans les symboles «noirs et blancs» des damiers et des échiquiers, des pavements sacrés, des labyrinthes sur le sol des cathédrales, du côté noir et du côté blanc de l’ouroboros, bien sûr de nos pavés mosaïques. L’orientation symbolique est une conversion à la lumière. De la connaissance lunaire (réfléchie, cyclique, rationnelle), le regard se retourne vers la connaissance solaire (jaillissante, irradiante, intuitive). Le symbolisme de la lumière-orientation joue sur l’opposition montagne-caverne (cf. le mythe de la caverne de La République de Platon). Le héros ou l’âme exilée, tel Gilgamesh, doit affronter l’obscurité du monde souterrain, pour sortir de «l’autre côté» de la montagne dans la lumière de l’aurore. Que ce soit l’orphisme, le poème de Parménide, la gnose valentinienne, les actes de Thomas, la Pistis Sophia du côté chrétien, les récits visionnaires de Sohrawardi, ceux de Ibn al’Arabi ou d’Avicenne, du côté musulman, il s’agit toujours d’un voyage vers la lumière de la connaissance, par la distinction initiale entre la droite (lumineuse, aurorale) et la gauche (obscure, crépusculaire, en un mot sinistre). D’après Henri Corbin, ces deux directions se révèlent être l’Orient et l’Occident de l’âme. Si, pour Carl Gustav Jung, l’aurore symbolise la sortie de la nuit de l’inconscient, c’est en plein midi qu’a lieu la délivrance de l’agnoia (l’inconnaissance). «Soudain, une lumière, comme un feu jaillissant, surgira dans l’âme» écrit Platon, dans Lettre VII ; «tout à coup, vers midi, une vive lumière venant du ciel resplendit autour de moi» trouve-t-on dans les Actes des Apôtres, XXII, 6 ; «pour le connaissant, il est toujours midi » est écrit dans les Upanishad, III, XI, 3. Nous ouvrons nos travaux à midi plein ! Tout au bout du chemin de connaissance, la lumière-orientation symbolise finalement la brusque éclaircie de la contemplation, comme ouverture de l’instant sur l’éternité, disparition de la durée du moi, apparition de la présence du soi. Et le bandeau fut enlevé ! Jalonné par la lumière, le chemin maçonnique fait sans cesse référence à cette lumière-orientation. Ainsi en F\M\, les fenêtres, protégées par des grillages qui filtrent la lumière, éclairent les zones du temple, en fonction du degré de lumière qu’elles peuvent recevoir, indiquant le niveau supposé de connaissance des différents grades : faible lumière du nord pour les apprentis, qui augmente en venant du sud pour les compagnons, rayonnante dans l’orient du soleil levant pour éclairer le Vén\, représentant la lueur à partir de laquelle s’élargit la lumière. Ainsi, seul le Vén\ ne retourne pas son cordon, en cas de tenue funèbre ; il demeure la lumière de l’aurore et de l’espérance parmi les cordons retournés des autres frères, dont le noir du deuil ne restitue plus aucune lumière. Cette assimilation de la lumière au chemin initiatique est aussi manifestée par le nombre de lumières disposées sur les plateaux des off\off\ allant en augmentant selon les grades auxquels sont ouverts les travaux. Les dignitaires de l’ordre sont accueillis par des flambeaux de plus en plus lumineux selon leur rang dans la hiérarchie, sensés être celle de la connaissance initiatique. Et puis la lumière peut être appréhendée par un troisième axe de symbolisation, celui de la transformation de la réalité. La création se transforme par le regard de la créature. Ce regard est le creuset de l’alchimiste, par où se transmue la nature en visage. Ce troisième aspect de l’opposition repose sur la reconnaissance symbolique du paradoxe de la lumière. D’une part, la lumière est à soi-même son propre obstacle et donc sa propre altération. La lumière révèle, manifeste, suscite la vision réceptrice; mais par là même elle se diffracte dans le «prisme» du moi. De ce qui est donné comme visible par la lumière, tout n’est pas forcément la vérité. Il y a de l’écart, du retard, entre le jaillissement et le reflet, entre le sujet et l’objet, entre l’original et sa représentation, nous dirions qu’il y a de l’entropie entre le vrai et le voir. Au mystère de la lumière créatrice correspond la vision réceptrice. Ainsi, la lumière est saisie symboliquement comme tissage avec soi-même. «C’est lumière sur lumière», affirme le Coran ; «Dans Ta lumière nous verrons La lumière», annonce la Bible. Est-ce de ces lumières que se fait la datation du commencement symbolique maçonnique L’année de la vraie lumière ? De quel événement originel nous rend-elle compte ? Quelque soit la façon de repérer les formes de la lumière utilisées par nos rites, il est indéniable que Lumière et Ténèbres sont les deux faces d’une même réalité. La lumière voile en dévoilant, les ténèbres dévoilent en voilant. Ce voir devenu vision n’est il pas l’œil du delta lumineux ? Avant de conclure qu’il nous soit permis d’évoquer le 28ème grade du Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui a pour titre « Le Chevalier du Soleil » ou l’Homme régénéré, ce grade correspond aussi au 51ème du rite de Misraïm. L’enseignement de ce grade présente le chevalier du Soleil comme le suprême degré philosophique du rite, survivance du stade supérieur des initiations anciennes, syncrétisme de la théosophie, du gnosticisme, de la magie, de l’astrologie, de la kabbale, de l’hermétisme et du mithriacisme, de toutes les clés de la connaissance… Le Chevalier du Soleil est par définition un chasseur d’ombre. Il est toujours en éveil pour traquer, à propos du savoir et de l’intelligible, les mensonges rassurants. Dans la République , Platon attribue à Socrate ces paroles : « Le soleil (dont seul un aveugle pourrait parler), est quelque chose dont n’approche aucune essence intelligible, quelque chose qui dépasse de loin l’essence en majesté et en puissance ». La présence du soleil permet de regarder les ombres qu’il génère lui-même par la combinaison des multiples absorptions-réflexions dues aux rencontres de sa lumière et de la matière. Nous pouvons penser au-delà, à propos des derniers hauts grades du D\H\, 31, 32 et 33ème qui revêtent de décors blancs le F\M\, comment la lumière a pu alchimiser ces initiés, les transfigurer par un savoir absolu de soi en lumière et de lumière en soi…

En conclusion :

La vraie lumière nous est connue par l’initiation. De fait nous la recherchons comme la vérité. Petite lumière à l’origine, elle brillera progressivement en nous et autour de nous, au fur et à mesure que nous trouverons de l’harmonie et de la sagesse en nous. La cohérence de la vraie lumière est à la fois symbolique et métaphysique. Le F\M\ est comme un Lucifer (qui a comme étymologie : lux facere, faire de la lumière) cet apporteur de lumière aux multiples facettes, oscillant, nous dirions vacillant comme une flamme de bougie, entre ombre et lumière. La lumière reflète notre être, et là est le risque de passer dans les miroirs de l’ego où la lumière n’est plus qu’un réverbère. Le risque est de nous éloigner de la vraie lumière, de l’aliéner comme le sont les parfums d’une fleur à une infusion. Comme les toreros, le dimanche de la résurrection à Séville, pour accomplir la Rédemption , dans le sanctuaire du cercle parfait des arènes, dans leur habit de lumière, les F\M\ doivent mettre à mort la matérialité du taureau, ils doivent vaincre les ténèbres par la vision juste ou, comme l’appellent les croyants, par l’œil du cœur, l’œil de l’autre-monde.

Solange Sudarskis

Source : http //solange-sudarskis.over-blog.com/

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