Mercredi 1 octobre 2014 3 01 /10 /Oct /2014 07:22

Dans mes réflexions relatives à la parole, au silence et à l’écriture, j'ai rencontré la Tour de Babel qui m'a paru être un monument qui pouvait symboliser la rencontre de ces trois moyens de communication utilisés par les hommes et je m'y suis arrêté. Ce monument semble symboliser évidemment la relation entre la terre et le ciel, le désir ontologique des hommes de vouloir s'élever, même si, on le verra plus loin, il est possible d'y voir une autre symbolique.

Mais il démontrerait aussi l'incapacité presque définitive d'arriver à son but.

Où bien un Dieu jaloux s'y oppose, ou bien les querelles d'ambition, transformées ici en confusion des langues font que tout est voué à l'échec !

Mais avant toute réflexion, souvenons-nous du verset de la Bible qui évoque cette tour : c'est en Genèse, chapitre 11 / 1-9, c'est-à-dire, curieusement, intercalé dans la longue énumération de la généalogie de Noé et avant le chapitre 12 qui voit le Dieu des juifs dire à Abraham de quitter sa terre de Mésopotamie pour aller vers la terre promise, le pays de Canaan.
Et ce verset dit :
« La terre entière se servait de la même langue et des mêmes mots. Or en se déplaçant vers l'Orient les hommes découvrirent une plaine dans le pays de Shinéar et y habitèrent. Ils se dirent l'un à l'autre : Allons ! moulons des briques et cuisons-les au four. Les briques leur servirent de pierre et le bitume leur servit de mortier. Allons dirent ils, bâtissons nous une ville et une tour dont le sommet touche le ciel. Faisons-nous un nom afin de ne pas être dispersés sur toute la surface de la terre. Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils d'Adam. Eh, dit le Seigneur, ils ne sont tous qu'un peuple et qu'une langue et c'est là leur première œuvre ! Maintenant rien de ce qu'ils projetteront de faire leur sera inaccessible ! Allons, descendons et brouillons ici leur langue, qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres ! De là, le Seigneur les dispersa sur toute la surface de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. Aussi lui donna t'on le nom de Babel car c'est la que le Seigneur brouilla la langue de toute la terre et c’est de là que le Seigneur dispersa les hommes sur toute la surface de la terre «

Déjà on peut s'étonner que 3 générations après le déluge, car on va le voir tout de suite le constructeur supposé de cette tour est Nemrod, arrière petit fils de Noé, par Koush, son père, et par Cham, son grand-père, Nemrod, dont la Bible dit qu'il fut le premier héros sur la terre, le Dieu Créateur n'ait de cesse de poursuivre de sa vindicte ses propres créatures.

Mais on y reviendra…

Avant d'aller plus loin je voudrais aussi faire part d'une précision étonnante : pour beaucoup d'historiens le récit biblique de l'arrivée de ces hommes dans le pays de Shinéar, en provenance de l'ouest, raconte en fait l'arrivée des Sumériens dans ce qui s appelle aujourd'hui l'Irak, la Mésopotamie ancienne, le pays situé entre les deux grands fleuves, le Tigre et l'Euphrate. Or il est prouvé que les Sumériens n'étaient pas des sémites, sans que l'on puisse toutefois savoir d'où ils étaient originaires même s'ils venaient à ce moment de l'Iran actuel. Mais si Sumer n'était pas occupé par des Sémites, quid d'Abraham, le père de tous les Juifs ?

Mais revenons à notre réflexion : Je vous ai précisé que le constructeur supposé de la tour serait Nemrod, petit fils de Cham, arrière petit fils de Noé, ayant aussi pour grand oncle, le frère de Cham, un certain MisraÏm, qui sera donc le père des Egyptiens, eux non plus des Sémites, du reste !
En effet, dans le chapitre 10, précédant donc celui de la Tour de Babel, en 8-12 il est dit :
« Koush engendra Nemrod. Il fut le premier héros sur la terre, lui qui fut un chasseur héroïque devant le Seigneur. D'où le dicton : tel Nemrod, être un chasseur héroïque devant le Seigneur. Les capitales de son royaume furent Babel, Erek, Akkad, toutes villes du pays de Shinéar. Il sortit de ce pays pour Assour et bâtit Ninive, la ville aux larges places,Kalah, la grande ville, et Résen, entre Ninive et Kalah " Donc, avant d'évoquer la tour qui va être élevée dans une ville à construire au pays de Shinéar, pays que les hommes en général vont découvrir en allant vers l'orient (d’où venaient ils si Shinéar est probablement dans ce que nous appellerons ensuite la Mésopotamie ?), et bien, auparavant la Bible affirme dans le chapitre précédent que ce même pays est confié à Nemrod dont il est le roi et où il y construisit 3 villes dont l'une portait le nom de Babel.

Manifestement le chapitre 11 relatif à la Tour de Babel est inclus là pour une raison qu'il va falloir découvrir ? C’est d'autant plus curieux que cet épisode, comme je vous l'ai déjà précisé, interrompt une longue énumération de 10 générations à partir de Noé, pour arriver à Abraham. Il n'est pas inutile ici de rappeler que Cham, grand-père de Nemrod, est celui qui a été maudit par Noé pour l'avoir vu nu alors que ce dernier était ivre ! On peut donc évidemment penser que Dieu, en rendant impossible la construction de la tour par la multiplication des langues, ne faisait qu'appliquer la malédiction proférée par Noé, celui qu'Il avait sauvé des eaux pour repeupler la terre. Mais décidément, après avoir chassé ses 2 premières créatures de l'Eden, avoir permis le meurtre d'Abel par Caïn et finalement avoir plus ou moins récompensé ce dernier, après avoir noyé l'ensemble des hommes sauf Noé et sa famille, ce Dieu, comme les Gnostiques l'ont souvent dénoncé, est d'humeur rien moins qu'amour et compassion.

Mais qui donc était à Babel et qui construisait la Tour ? Les hommes de la tribu de la descendance de Cham ? ou bien l'ensemble des descendants de Noé ?

Avant de répondre, ici, où nous avons l'ambition de nous intéresser à toutes les Traditions, regardons ce que la Tradition musulmane, que nous connaissons très mal et qui pourtant véhicule peut-être ce qu'il y a de plus proche de la Tradition initiale avec l'Hindouisme et le Taoïsme, dit sur cette Tour. Mais les dates se télescopent. L'événement de la destruction de la Tour de Babel se serait produit en 2773 après la création du monde, pour l'Islam, et seulement 1787 ans après pour les Juifs.

Confusion des calendriers ou confusion des langues ?

Nemrod est connu de l'islam, et comme le dit la Bible, comme étant de la lignée de Noé. Mais si la destruction de la tour s'était produite en 1787 après la création du monde, comme l'affirment les textes juifs, cela se serait passé du temps du règne du roi Arghû, roi babylonien qui régna 23 ans. Or, pour un commentateur arabe nommé At-Tabâri, la naissance d'Arghû aurait eu lieu 170 ans après la fin du déluge.

Donc le déluge aurait ainsi eu lieu 1617 ans après la création. Je ne sais pas ce que les textes bibliques disent à ce sujet.

At-Tabâri, en revanche, situe la construction de la Tour du vivant d'Abraham, ce qui est impossible pour la Bible qui situe le Père du monothéisme à la 10ème génération avant Noë donc au minimum 300 ans, et probablement plus, après le déluge..

At-Tabâri situe du reste la naissance d'Abraham 3337 années après la naissance d'Arghû.

Confusion des langues ?

Il existe, dans l'Islam, d'autres mythes, à partir de Nemrod, et dont le symbolisme est identique : Nemrod avait nourri 4 aiglons. Quand ceux-ci furent adultes et forts, il leur attacha une nacelle et s'envola ainsi. Pour les faire aller toujours plus haut il leur tendait de la viande. Du haut de sa nacelle il vit les montagnes, semblables à des fourmis. Allant toujours plus haut, il entra dans les ténèbres. Il ne voyait plus rien, ni au dessus, ni au dessous. Prenant peur il jeta de la viande et les aigles piquèrent à toute allure. Nemrod s'écrasa sur la Montagne fumante. Ah, au fait, il s'était envolé de Jérusalem (Mohamed s'envolera lui aussi de Jérusalem mais évidemment montera au Ciel). C'est seulement après cette première tentative de rejoindre le Ciel que Nemrod - car il n'était pas mort- se lança dans l'aventure de la Tour avec les résultats que nous connaissons.

C'est Dieu qui voyant arriver ces hommes détruisit la construction en s'attaquant aux fondations (c’est-à-dire à ce qui semblait le plus solide - faut il ici réfléchir à ses propres certitudes basiques ? -), et, de peur, les hommes qui parlaient auparavant une seule langue se mirent à en parler 73 différentes.

At-Tabâri, toujours lui, dépeint une humanité accablée par les fléaux qu'envoie un Dieu jaloux d'une possible indépendance des hommes. Il veut préserver son rôle de maître dont l'intercession doit être continuellement implorée.

La construction de Babylone et de sa tour avaient comme motivation le souvenir encore proche de la grande inondation du déluge. L'idée était donc de construire une ville qui pourrait les protéger d'un événement semblable, et la tour comme dernier rempart contre la noyade.

Mais Dieu voulut, dit At-Tabâri, rendre les hommes faibles, rendre contradictoires leur pensées et leur apprendre qu'en dehors de Lui, il n'y avait point de salut. Il s'opposa donc à leur rassemblement, dispersa leur groupement et fracassa de toute sa force leur langue.

Un lexicographe arabe, Ibn Manzur, livre lui, un autre récit :

On dit que Babel fut appelé ainsi car lorsque Dieu voulut confondre les langues des humains, Il envoya un vent et les amena de tous les horizons à Babel. Dieu confondit avec ce vent leur langue, puis il les dispersa à nouveau sur la terre.

L'encyclopédiste As-Suyûti, de son côté, raconte :

Lorsque Dieu voulut rassembler les humains à Babel, Il envoya sur eux du vent. Ils se réunirent en se demandant pourquoi on les rassemblait. Un héraut cria : qui a placé l'Occident à sa droite et l'Orient à sa gauche, et fait face à la demeure sacrée, à lui est dévolu le langage du Ciel. Ya’rûb se leva et il fut dit : Ya’rûb sera le premier à parler l'arabe. Le héraut continua et répartit ainsi 72 langues. Quand ce fut fini, la confusion était totale car chacun parlait une langue différente, on appela çà du Babil.

Encore une autre version, celle d'un certain Al-Bakrî :

Lorsque les hommes s'endormirent leur langue était le syriaque. Au matin, quand ils s'éveillèrent, leur langue fut séparée en 62 langues différentes et chacun commença à bredouiller dans sa langue. Pour cette raison l'endroit où ceci eut lieu fut nommé Babel.

Dans tous ces récits on ne peut être frappé que par le rôle du vent et surtout par l'absence d'explication pour l'agissement de Dieu. Si Dieu a donné la parole à l'homme, cela semble uniquement pour le louer à travers les prières. Il semble qu'Il ait peur d'une communication entre les hommes ce qui n'est pas sans rappeler les régimes totalitaires interdisant le courrier, la presse, le téléphone, aujourd'hui l’Internet)

Peut-être est ce dans un mythe plus ancien que l'on peut trouver une autre explication ?

Sur des tablettes d'argile sumériennes, on peut lire le récit suivant : 1200 ans après la création du pays, la population s'étant multipliée donnait de la voix. Le Dieu souverain Enlil en fut incommodé. Il alla voir les Dieux suprêmes et leur dit que la rumeur des hommes est devenue trop forte, qu'il n'arrive plus à dormir. Ceux-ci leur lancèrent alors des épidémies, de la sécheresse, de la famine puis enfin le déluge. Mais Enki, le Dieu bon, protégea les hommes d'une disparition totale. Enlil trouva alors de pulvériser l'unique langue dans une myriade de parlés, et ainsi obtenir la disparition du bruit par l'impossibilité de communiquer entre eux. En tant que Seigneur de l'Air il n'avait pas eu trop de mal à choisir le moyen convenable pour parvenir à ses desseins et à embrouiller les paroles avec du vent.

Les Dieux veulent du silence !

On peut tout simplement s'arrêter à cette conclusion simpliste, ce qui expliquerait que si tous ces Dieux, y compris celui de la Bible, ont fait se confondre les langues, ils n'ont, en revanche, rien fait pour l'écriture qui pourtant existait déjà et l'écriture cunéiforme des Mésopotamiens semble même avoir été la seule à cette époque. N’avaient-ils donc pas peur de l'écrit qui pourtant, autant que la parole, peut être un vecteur de connaissance et de transmission ? Ou bien savaient ils pertinemment que l'écrit fige les mots, les idées, empêche leur enrichissement et sclérose les transmissions ? Les récits changent d'aspect selon le genre de livre dans lequel ils se trouvent et la profession de son auteur. Selon que celui-ci soit exégète, géographe, historien, philologue, etc.. la même histoire sera présentée de façon différente et transmise ainsi. Tous les récits seront néanmoins complémentaires sans une véritable unité de contenu autre que celle de leur accord sur l'image qu'il faut transmettre.

Ainsi un Franciscain qui accompagnait les Conquistadores en Amérique raconte un mythe indien identique : Au début, avant que la lumière du soleil n'ait été créée, le monde était plongé dans l'obscurité et les ténèbres ? ce n'était qu'une immense plaine, sans la moindre colline ni élévation, entourée de tous cotés par de l'eau, sans arbres, ni choses vivantes. Immédiatement après que la lumière et le soleil se furent levés à l’est, apparurent des géants difformes qui prirent possession de la terre. Fascinés par la lumière et la beauté du soleil, ils décidèrent de construire une tour si haute que son sommet toucherait le ciel. Utilisant un argile gluant et du bitume (la même technique qu'à Babylone) ils commencèrent sans tarder à bâtir la tour. Quand la tour fut si haute qu'elle touchait le firmament, le Seigneur des cieux, fou de rage, dit aux habitants du ciel : avez vous remarqué que les habitants de la terre, fascinés par la lumière du soleil et sa beauté, ont dans leur arrogance, construit une tour pour monter jusqu'ici ? Que le diable les emporte car il n'est pas juste que ceux de la terre, vivant dans la chair, se mêlent à nous ! Sur le champ les habitants du ciel frappèrent tel la foudre, ils détruisirent l'édifice et divisèrent et éparpillèrent les bâtisseurs sur toute la surface de la terre "

On ne parle pas de langue mais quelle proximité avec la Tour de Babel ! Et puis la différence de langues, comme la différence d'écritures ou de religions sont ils en finalité néfastes ?

Un philosophe iranien, Az-ZamakhsharÎ affirme qu'elles sont nécessaires à la reconnaissance mutuelle des personnes et des choses. A cause de la différence, dit-il, la reconnaissance mutuelle est possible. Car si les choses étaient en accord, semblables et d'une seule façon, l'inconnaissance et la confusion apparaîtraient et beaucoup de bonnes choses se seraient arrêtées.

Pour maintenant étudier la Tour de Babel sous son aspect babylonien, il faut déjà préciser que, contrairement à la symbolique qui y est attachée dans le monde judéo-chrétien et islamique, pour les Babyloniens, cette Tour était destinée, au contraire, à permettre aux Dieux de descendre sur terre. La démolition de la Tour de Babel aurait alors une autre symbolique, non plus celle de l'ambition démesurée des hommes qui veulent conquérir le ciel, mais, au contraire, la médiocrité de leurs moyens puisqu'ils n'arrivent pas à mettre à la disposition de leurs Dieux les moyens pour que Ceux-ci viennent les visiter, restant désespérément au niveau du sol.

Ceux-ci, en effet, ne rendraient visite aux hommes que si ceux-ci s'en rendaient dignes !

Mais qu'était donc cette Tour ?

En fait il s'agit d'une ziggourat, comme il en existait dans toutes les villes le long des grands fleuves. Celle de Babylone était nommée é-ternen-an-ki (temple des fondements du ciel et de la terre). La ziggourat est une tour à étages - 7 ou 8 selon les historiens - sur le sommet de laquelle était un temple, généralement consacré au Dieu Mardouk, le dieu le plus, important du panthéon babylonien. Un poème - le Poème de la Création - le présente comme le créateur du cosmos et l'initiateur de l'existence des hommes. Au fur et à mesure les autres Dieux deviennent, de fait, des aspects différents de Mardouk, en installant une sorte de monothéisme avant la lettre. Il est à noter que le fils de Mardouk, Nabu, est le Dieu de l'écriture. En haut de la tour il y avait un temple dont le seul mobilier était un lit où aucun homme ne pouvait pénétrer. Seule une femme choisie par les prêtres pouvait passer la nuit dans ce lit, avec le Dieu Mardouk. Toutefois il semble qu'une cérémonie de mariage avait lieu une fois l'an, au mois de mars, à l'équinoxe de printemps qui était la nouvelle année babylonienne, et que le Roi, représentant le Dieu, venait s'y unir avec une Prêtresse d'Ishtar, la Déesse babylonienne.

Je voudrais maintenant aborder une réflexion sur la langue originelle, car le mythe de la Tour de Babel y fait évidemment allusion puisqu'avant cet événement tous les hommes auraient parlé le même langage.

Mais avant, je veux vous citer ici un extrait de texte que j'ai trouvé sur Internet et qui donne une lecture psychanalytique du mythe de la Tour de Babel.

Son auteur est Jean-Louis Morizot.

« Dans le livre de la Genèse, l'histoire des origines du monde et de la création précède l'histoire des Patriarches. Création du monde, création de l'homme et création de la femme, la chute du Jardin d'Eden, les enfants d'Adam et d'Eve, Caïn et Abel, la descendance de Caïn, le déluge, Noé et ses fils et enfin, le chapitre 11, La Tour de Babel, qui vient interrompre la longue filiation des fils et des filles de Noé, avant qu'elle ne se poursuive avec l'histoire des patriarches, Abraham et sa descendance. Intermède donc dans cette genèse, une histoire des noms et de ceux qui les portent, intermède où le temps s'arrête pour faire apparaître Nemrod le roi chasseur, sa ville, Babel au pays de Shinéar (Babylone en Mésopotamie, l'actuel Irak) et son rêve fou de se faire un nom, marquer son temps par une construction, un monument d'architecture, rêve éternel des puissants, qui fasse vivre leur renom dans la mémoire des hommes après leur mort. Nemrod, le révolté, révolté contre le créateur, construisit tragiquement l'incommensurable tour, la lugubre tour des choses, l'édifice du bien, du mal et des pleurs, œuvre d'une vie de tyran. Epopée humaine, âpre, immense, projet titanesque auquel il lia son nom faute d'y avoir fait don de sa personne (on ne dit pas la " Tour de Nemrod "). Plus haute que les ziggourats des astrologues, Hérodote qui visita Babylone vers 460 avant Jésus Christ rapporte dans ses Histoires la description d'une tour monumentale de sept étages... Pourquoi sept ? Sept est un chiffre complexe, qui rappelle les sept mobiles célestes, le soleil, la lune et les cinq planètes connues, sept commandait par allégorie, la semaine et le déroulement du temps... Quoi qu'il en soit, le dieu de la création ne permit au projet ni d'être achevé ni de perdurer. Comme il avait tiré la conséquence de la faute d'Adam et d'Eve, pour avoir goûté du fruit de l'arbre de la connaissance, du bien et du mal, connaissance réservée à Dieu lui-même, comme il avait anéanti dans le déluge les héros fornicateurs, premiers descendants d'Adam et Eve, il anéantira et la tour et ses constructeurs, qui furent dispersés quand ils avaient voulu ne faire qu'un avec leur projet. En fait ce texte doit être relu comme un système symbolique, comme nous y invitent tant les kabbalistes lecteurs de la Torah que l'exégèse chrétienne :

- sous la lettre et les événements rapportés au sens littéral, il s'agit de retrouver les trois autres sens de l'écriture, allégorique, herméneutique et mystique.

La construction et la destruction de la tour ouvrent la question de l'origine des langues des hommes, de la langue originelle dont sont issues les langues des hommes. Babel porte du ciel pour des hommes qui voulaient se faire comme Dieu, devient Babel, la confusion, confusion des langues telle que les hommes se dispersèrent car ils ne s'entendaient plus. Le premier dans le monde médiéval chrétien, Dante Alighieri s'est penché sur la question de la langue originelle, celle qu'Adam avait parlé à Dieu et qu'avaient parlé ses descendants avant la Confusio linguarum qui suivit la construction sacrilège de la tour. Le " De Vulgari Eloquentia ", écrit en 1305, oppose cette langue parfaite, langue mère, l'hébreu, aux langues vulgaires dont elle est la matrice. Dieu ayant donné à Adam, ce que Dante appelle la " forma locutionis ", qu'il faut traduire, certes faculté de langage mais plus précisément la structure de toute langue, avec laquelle Adam va forger une langue, celle de la nominatio rerum, celle que parla Eve à Adam (Eve qui fut la première à parler lorsqu'elle a dialogué avec le serpent). Dieu lui, parlait à Adam à travers les phénomènes naturels (le feu, la grêle, la neige, le souffle des orages) et Adam a parlé à Dieu sous forme de réponse. C'est pourquoi, Dieu a dû lui parler d'abord, mais il n'est pas nécessaire que le Seigneur ait employé une langue de mots portée par une voix. Qu'est-il arrivé avec Babel pour Dante? Il est probable qu'il pensait qu'avait disparue la " forma locutionis " parfaite, celle qui permît la création de langues capables de refléter l'essence même des choses dans l'identité entre leur être, modi essendi et leur représentation signifiante, modi significandi et dont l'hébreu adamique était le résultat parfait et impossible à atteindre. Seules sont restées des forma locutionis imparfaites de même que sont imparfaites les langues vulgaires des peuples. C'est cette langue édénique parfaite que Dante a poursuivie avec l'espoir de la restaurer, par un acte d'invention : la langue vulgaire illustre, dont la langue poétique est le meilleur exemple pour une guérison de la blessure post babélique. Une langue dans laquelle le mot serait identique à la chose, d'un discours qui ne serait pas du semblant dira Lacan, voilà ce dont nous sommes exilés, et à quoi nous rêvons : à ce qui n'est pas !

L'Après Babel n'est pas un épisode provincial, c'est un Drame !

Déjà Platon dans le Cratyle s'était posé la question sans parler d'une langue parfaite, du rapport des mots et des choses rapport établi soit suivant leur nature (c'est la thèse de Cratyle, les noms nomment les choses selon leur nature) soit en fonction d'une convention humaine (c'est la thèse d'Hermogène qui y voit un rapport contingent). Pour Socrate, la connaissance ne dépendait pas de notre rapport aux noms mais de notre rapport avec les idées des choses issues de la perception des noms.

Pour Dante, que l'homme ait la faculté du langage, que les petits de l'homme apprennent le langage maternel dans la langue vulgaire, tient à ce qu'à lui seul il ait été donné de parler.

Parler signifie manifester les pensées de notre esprit au moyen de signes sensibles.

Seuls les anges ont la capacité intellectuelle de comprendre la pensée de l'autre ou de lire les pensées de tous dans le divin esprit du monde.

C'est cette blessure, post babelienne, que la langue parfaite de Dante veut réparer : langue parfaite à inventer par lui-même, de la multiplicité des langues imparfaites du vulgaire, pour mieux faire que l'hébreu ancien d'Adam, perdu après Babel, langue universelle, qui dirait enfin ce qu'elle dit, sans tromperie et donnerait la connaissance des choses. (La langue divine née du pacte entre Dieu et Adam, dont dérivent les langues vulgaires).

On ne peut échapper à l'idée d'une création du monde comme un phénomène linguistique (ce que développe en particulier la tradition de la Kabbale), à l'idée d'une unité entre peuple et langue, à l'idée que le rapport d'un homme à son langage est homologue à son rapport à son monde.

Dans les lointaines vallées de l'Euphrate, les hommes érigent une œuvre architecturale immense, ils y travaillent en commun, c'est cette communauté qui constitue le but et le contenu de l’œuvre : faire Un à plusieurs, créer entre les hommes un lien, le lien du trait unaire de l'identification dit Lacan. La destruction de cette œuvre sépare les hommes et renvoie chacun et à son incomplétude et à l'insuffisance de sa pensée à faire lien avec quiconque. Projet inachevé que la tour, comme la langue des hommes à qui il manque le dernier mot pour dire le vrai sur le vrai ! Cela nous le savons, mais l'expérience de la parole des hommes montre que nous passons notre temps à l'ignorer -quand même- quand nous parlons, disons, affirmons en courtisant la Vérité et négligeant le reste à tout dit. "

Cette longue, peut-être trop longue citation, quelquefois pédante avec ses citations latines, est cependant pleine d'enseignements. Y'a t'il eu une langue originelle, et si oui, comment se serait elle construite ?

La Tour de Babel, dans sa version judéo-chrétienne, participe bien d'un archétype, celui de la langue originelle définitivement perdue et que les hommes regrettent car elle correspondait à un âge d'or. Comme on l'a vu, sous des formes différentes, en Amérique comme au Moyen Orient, les hommes ont tenté d'expliquer cette malédiction qui est à la base de beaucoup de conflits. Une langue correspond à une pensée, à une culture et le rêve de l'unicité primordiale hante l'humanité qui a chuté.

Ce qui a toujours frappé les hommes c'est la confusion des langues. L'homme aurait oublié ses origines et la multiplicité des langues en serait un indice. Au Moyen-âge, l'homme pensait que la diversité des langues et les malentendus, voir les haines qu'elle ne cesse d'engendrer, devaient provenir de quelques fautes anciennes punies par Dieu. C'est la faute au péché originel, en quelque sorte, et nous ne sommes pas loin non plus du mythe de la parole perdue car il est évident qu'il existe une quête de la langue originelle.

A l'origine, dans beaucoup de traditions, et cela est vrai dans la Bible, l'homme primordial nomme les choses, les plantes et les animaux, et leur donne ainsi vie comme Dieu, par le Verbe, avait créé l'homme.

Chez les Dogon, en Afrique, il est dit que la parole a d'abord servi à désigner les éléments nécessaires à l'agriculture. Puis cette parole a pris possession de l'homme, elle est venue comme le vent, est entrée dans son oreille puis est ressortie par sa bouche.

N'oublions pas, non plus, que dans le Nouveau Testament, après la mort de Jésus ; quand celui-ci descend sur les Apôtres, l'épisode de la Pentecôte, dit des langues de feu, où ces mêmes Apôtres se voient accorder le don des langues, c'est-à-dire de comprendre toutes les langues parlées sur la terre.

On retrouve dans toutes les traditions les mêmes idées, que l'on a appelé depuis le Moyen-âge, archétypes.

Si l'homme a conservé de ses origines les mêmes images, je pense que le premier langage, obligatoirement sommaire - mais pourquoi, après tout, et le linguiste danois Jesperen propose exactement l'inverse, c'est-à-dire une sophistication extrême des premiers mots qui ont du ensuite être simplifiés pour une utilisation plus aisée - ce premier langage devait utiliser les mêmes onomatopées pour définir les mêmes objets, sans grammaire.

Ne serait ce pas la grammaire avec la structuration de la relation entre les mots à travers des idées qui, évoluant selon les peuples et leur situation, aurait en fait créé la différentiation entre les langues ?

Mais avant de conclure cette méditation sur la Tour de Babel, il reste à voir son rapport avec l'écriture.

On a vu, plus haut, que si Dieu avait multiplié les langues, Il ne semblait pas s'être intéressé à l'écriture. Or, c'est en Mésopotamie, on l'a déjà vu ici, que l'écriture est née. Elle est née d'abord d'une écriture pictographique, puis idéographique, puis symbolique, qui représentait les objets ou les idées, avant que, pour des facilités d'utilisation, elle devienne abstraite, phonétique. Son évolution ultime lui permit de servir à exprimer différentes langues.

Les historiens pensent que la Tour de Babel comme les palais de Sumer ou Babylone n'auraient pu voir le jour sans l'aide de l'écriture qui permettait de définir les plans, les matériaux et leur mise en œuvre.

Donc, encore une fois, mais les rédacteurs de l'époque s'en rendaient ils compte ? Si Dieu avait voulu interrompre définitivement toute ambition de construire une tour en mesure de venir le rejoindre, Il aurait dû aussi multiplier les écritures pour les confondre.

Mais n'est ce pas ce qui a été fait ? car qu'y a-t-il de plus impossible à déchiffrer qu'une écriture d'une autre culture ? n'est ce pas là une source de confusion aussi importante que celle due à la langue ? Combien de cultures disparues nous restent totalement inconnues parce que nous ne savons pas lire leurs textes ? Champollion a eu la chance de découvrir la pierre de Rosette, combien de pierres de ce type faudrait il trouver pour appréhender toutes ces civilisations disparues qui nous ont laissé des messages jusqu'à ce jour illisibles ?

La seule écriture commune est peut-être le symbole, c'est peut-être même l'écriture originelle ?

J'arrête sur cette interrogation.

J'ai dit,

Source : www.ledifice.net

Par X - Publié dans : Planches
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Mardi 30 septembre 2014 2 30 /09 /Sep /2014 07:01

Dans cet Atelier, nous sommes convenus au moment de sa création de travailler sur les différentes Traditions pour essayer d'y retrouver cette sorte de Parole perdue qui est le souvenir des origines, ce que d'autres appellent la Vérité primordiale.

C'est dans cette recherche que j'ai rencontré le mythe du déluge qui est commun à presque toutes les Sociétés du monde.

Il est généralement admis que le mythe du déluge, que l'on retrouve donc dans presque toutes les traditions du monde, à l'exception notable de l'Afrique, recouvre un événement réel, probablement d'une amplitude plus faible que celle décrite par tous les textes ou légendes orales, qui se serait produit dans les temps anciens et qui aurait laissé un souvenir amplifié dans la mémoire des hommes.

Dans ma recherche de trouver derrière les mythes les faits rééls je me suis donc intéressé à ce mythe du déluge.

Mais avant je voudrais citer une intervention du professeur Antoine Faivre, lors d'un récent colloque sur le légendaire maçonnique. Celui-ci définit 3 approches très différentes et qui seraient chacune la façon de voir la maçonnerie par les maçons eux-mêmes, même si quelquefois ils les mêlent allègrement.

La première, qu'il définit comme empirico-critique, est purement objective et historique. C'est celle qui voit dans la maçonnerie une institution créée de toutes pièces au 18ème siècle et qui a comme objectif principal l'exercice de la charité, accessoirement la rencontre d'esprits curieux.

La deuxième, qu'il définit comme mytho-romantque, a une origine inconnue, remontant aux temps les plus anciens, et véhiculant des mythes universels, selon une transmission ininterrompue.

Enfin, la troisième, qu'il définit comme universalisante, la considère comme un réservoir d'images ou d'archétypes à caractère universel, et la filiation n'a ici pas d'importance. En tous les cas on y retrouve toutes les traditions du monde, filles comme elle de la tradition pérenne.

Il est clair que je m'inscris en priorité dans cette dernière approche, même si la deuxième ne me laisse pas indifférent. Quant à la première, elle ne correspond pas du tout à l'image que je me fais de la Maçonnerie, école initiatique authentique.

Pourquoi je voulais citer cette intervention ? et bien c'est pour justement venir justifier cette réflexion, allant bien au-delà de la Maçonnerie, pour retrouver dans les mythes en général, et ce soir dans celui du déluge en particulier, les échos de cette tradition pérenne, ce que j'appelle la connaissance du premier instant, ce premier instant étant étendu à toute la protohistoire de l'homme.

Je voudrais donc d'abord vous présenter les différentes versions de ce mythe, selon les traditions anciennes, puis, ensuite, je souhaiterais apporter ma vision personnelle de cet événement vraisemblablement réel.

Extrêmement répandus, les mythes de catastrophes cosmiques racontent comment le monde a été détruit et l’humanité anéantie, à l’exception d’un couple ou de quelques survivants.

Les mythes du déluge sont les plus nombreux, et presque universellement connus ( bien qu’extrêmement rares en Afrique, et j'essaierai d'en comprendre la raison ). À côté des mythes diluviens, d'autres relatent la destruction de l’humanité par des cataclysmes cosmiques: tremblements de terre, incendies, écroulement de montagnes, épidémies. Évidemment, cette fin du monde n’est pas représentée comme radicale, mais plutôt comme la fin d'une humanité, suivie de l’apparition d’une humanité nouvelle. Mais l'immersion totale de la Terre dans les eaux, ou sa destruction par le feu, suivie de l'émersion d’une Terre vierge, symbolisent la régression au Chaos et la cosmogonie. Dans un grand nombre de mythes, le Déluge est rattaché à une faute rituelle qui a provoqué la colère de l’Être suprême. Parfois il résulte simplement du désir d'un Être divin de mettre fin à l'humanité. Mais, si l'on examine les mythes qui annoncent l'imminence du Déluge, on retrouve, parmi les causes principales, non seulement les péchés des hommes, mais aussi la décrépitude du monde. On peut dire alors que le Déluge a ouvert la voie à la fois à une re-création du monde et à une régénération de l'humanité.

Nous autres, en Occident ou plus précisément dans ce que je préfère appeler le monde méditerranéen, nous connaissons en priorité le mythe du déluge décrit dans la Bible hébraïque.

Rappelons nous en le texte, qui est en Genèse, 6-5 à 9-20 :

Le Seigneur vit que la méchanceté de l'homme se multipliait sur la terre : à longueur de journée, son cœur n'était porté qu'à concevoir le mal, 6 et le Seigneur se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre. Il s'en affligea 7 et dit : « J'effacerai de la surface du sol l'homme que j'ai créé, homme, bestiaux, petites bêtes et même les oiseaux du ciel, car je me repens de les avoir faits ».8 Mais Noé trouva grâce aux yeux du Seigneur.

9 Voici la famille de Noé : Noé, homme juste, fut intègre au milieu des générations de son temps. Il suivit les voies de Dieu, 10 il engendra trois fils : Sem, Cham et Japhet. 11 La terre s'était corrompue devant Dieu et s'était remplie de violence. 12 Dieu regarda la terre et la vit corrompue, car toute chair avait perverti sa conduite sur la terre. 13 Dieu dit à Noé : « Pour moi, la fin de toute chair est arrivée ! Car à cause des hommes la terre est remplie de violence, et je vais les détruire avec la terre ».

14 « Fais-toi une arche de bois résineux. Tu feras l'arche avec des cases. Tu l'enduiras de bitume à l'ntérieur et à l'extérieur. 15 Cette arche, tu la feras longue de trois cents coudées, large de cinquante et haute de trente. 16 Tu feras à l'arche un toit à pignon que tu fixeras à une coudée au-dessus d'elle. Tu mettras l'ntrée de l'arche sur le côté, puis tu lui feras un étage inférieur, un second et un troisième.

17 « Moi, je vais faire venir le déluge — c'est-à-dire les eaux — sur la terre, pour détruire sous les cieux toute créature animée de vie ; tout ce qui est sur terre expirera. 18 J'établirai mon alliance avec toi.

« Entre dans l'arche, toi et avec toi, tes fils, ta femme, et les femmes de tes fils. 19 De tout être vivant, de toute chair, tu introduiras un couple dans l'arche pour les faire survivre avec toi ; qu'il y ait un mâle et une femelle ! 20 De chaque espèce d'oiseaux, de chaque espèce de bestiaux, de chaque espèce de petites bêtes du sol, un couple de chaque espèce viendra à toi pour survivre. 21 Et toi, prends de tout ce qui se mange et fais-en pour toi une réserve ; ce sera ta nourriture et la leur». 22 C'est ce que fit Noé ; il fit exactement ce que Dieu lui avait prescrit.

7.1 Le Seigneur dit à Noé : « Entre dans l'arche, toi et toute ta maison, car tu es le seul juste que je vois en cette génération. 2 Tu prendras sept couples de tout animal pur, un mâle et sa femelle — et d'un animal impur un couple, un mâle et sa femelle, 3 — ainsi que des oiseaux du ciel, sept couples, mâle et femelle, pour en perpétuer la race sur toute la surface de la terre. 4 Car dans sept jours, je vais faire pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits, j'effacerai de la surface du sol tous les êtres que j'ai faits ». 5 Noé se conforma à tout ce que le Seigneur lui avait prescrit.

6 Noé était âgé de six cents ans quand eut lieu le déluge — c'est-à-dire les eaux — sur la terre. 7 À cause des eaux du déluge, Noé entra dans l'arche et avec lui ses fils, sa femme et les femmes de ses fils. 8 Des animaux purs et des animaux impurs, des oiseaux et de tout ce qui remue sur le sol, 9 couple par couple, mâle et femelle vinrent à Noé dans l'arche comme Dieu l'avait prescrit à Noé.

10 Sept jours passèrent et les eaux du déluge submergèrent la terre.

11 En l'an six cents de la vie de Noé, au deuxième mois, au dix-septième jour du mois, ce jour-là tous les réservoirs du grand abîme furent rompus et les ouvertures du ciel furent béantes. 12 La pluie se déversa sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. 13 En ce même jour, Noé entra dans l'arche avec ses fils, Sem, Cham et Japhet, et avec eux, la femme de Noé et les trois femmes de ses fils 14 ainsi que toutes les espèces de bêtes, toutes les espèces de bestiaux, toutes les espèces de petites bêtes qui remuent sur la terre, toutes les espèces d'oiseaux, tout volatile, toute bête ailée. 15 Ils vinrent à Noé dans l'arche, couple par couple, de toute créature animée de vie. 16 C'étaient un mâle et une femelle de toute chair qui entraient. Ils entrèrent comme Dieu l'avait prescrit à Noé. Le Seigneur ferma la porte sur lui.

17 Le déluge eut lieu sur la terre pendant quarante jours. Les eaux s'accrurent et soulevèrent l'arche, et elle fut élevée au-dessus de la terre. 18 Les eaux furent en crue, formèrent une masse énorme sur la terre, et l'arche dériva à la surface des eaux. 19 La crue des eaux devint de plus en plus forte sur la terre et, sous toute l'étendue des cieux, toutes les montagnes les plus élevées furent recouvertes 20 par une hauteur de quinze coudées. Avec la crue des eaux qui recouvrirent les montagnes, 21 expira toute chair qui remuait sur la terre, oiseaux, bestiaux, bêtes sauvages, toutes les bestioles qui grouillaient sur la terre, et tout homme. 22 Tous ceux qui respiraient l'air par une haleine de vie, tous ceux qui vivaient sur la terre ferme moururent.

23 Ainsi le Seigneur effaça tous les êtres de la surface du sol, hommes, bestiaux, petites bêtes, et même les oiseaux du ciel. Ils furent effacés, il ne resta que Noé et ceux qui étaient avec lui dans l'arche. 24 La crue des eaux dura cent cinquante jours sur la terre.

Vous connaissez la suite, avec la fin des pluies et l'épisode de l'envoi d'oiseaux de couleurs différentes qui ont été largement identifiés à des étapes alchimiques.

Cependant, on sait aujourd'hui que cette histoire est largement répandue dans d'autres Traditions et que même celle-ci, celle de la Bible, est à l'évidence la fusion de deux versions indépendantes.

Les Hébreux ont, en effet, très probablement, emprunté le mythe aux Babyloniens. Mais le thème du Déluge est encore plus ancien puisqu'il est déjà attesté chez les Sumériens. Le nom du Noé sumérien est Ziusudra; et dans la version babylonienne, il est appelé Utnapishtim. Le Déluge est raconté dans la 11ème tablette de l'Épopée de Gilgamesh: les Dieux décident d'anéantir le genre humain, mais le dieu Ea prévient Utnapishtim et lui conseille de construire un bateau pour sauver sa famille et un certain nombre d'animaux. Le Déluge est provoqué par une pluie torrentielle qui dure sept jours. Le huitième, Utnapishtim lâche une colombe et, peu après, une hirondelle, mais les oiseaux reviennent. Finalement, il lâche un corbeau qui ne revient plus. Alors Utnapishtim débarque sur le mont Nishir et offre un sacrifice aux Dieux. Mais ici eux-ci découvrent avec surprise que le genre humain n'a pas été anéanti. Ils décident pourtant que, désormais, Utnapishtim ne sera pas mortel et le transportent, avec sa femme, dans un pays fabuleux et inaccessible, « aux bouches des fleuves ». C’est là que, longtemps après, Gilgamesh, en quête de l'immortalité, lui rend visite et apprend l'histoire du Déluge.

Il est évident que ce mythe est à l'identique celui développé par la Bible, avec cette seule exception – de taille ! – c’est que les hommes ne sont pas anéantis. Il est vrai que le Dieu juif est particulièrement violent et vindicatif, et cette destruction totale de sa création n'est pas étonnante compte tenu de la mentalité du bonhomme, même si beaucoup, depuis la nuit des temps, s'interrogent sur ce Dieu qui a d'une part créé des hommes à son image mais mauvais, et qui ensuite détruit sa créature.

Nous sommes évidemment loin d'un Dieu bon et parfait, et les Gnostiques ont largement, en leur temps, développé leurs théories pour justifier l'injustifiable.

Un mythe similaire est connu dans l’Inde.

Absent dans le Véda, le mythe du Déluge est attesté pour la première fois dans le Satapatha Brahmana (I, VIII, 1), rituel rédigé probablement au VIIe siècle avant notre ère.: un poisson avertit Manu de l'imminence du déluge et lui conseille de construire un bateau. Lorsque la catastrophe éclate, le poisson tire le bateau vers le nord et l'arrête près d’une montagne. C’est là que Manu attend l'écoulement des eaux. À la suite d'un sacrifice, il obtient une fille, et de leur union descend le genre humain.

Dans la version transmise par le Mahabharata, Manu est un ascète. Dans le Bhagavata Purana (VIII, XXIV, 7 sq.), le roi-ascète Satyavrata est averti de l'approche du Déluge par Hari (Vishnu) qui a pris la forme d’un poisson.

En tous les cas rien ne semble relier ici cette catastrophe avec un quelconque ressentiment des Dieux vis à vis des hommes.

On peut juste s'interroger sur leur incapacité à sauver ces hommes qui sont leur création et qui ont un rôle essentiel à jouer, celui d'être leur miroir, celui dans lequel ils peuvent voir leur beauté et leur puissance.

Sans création les Dieux restent inconnus et inutiles !

En Iran, la fin du monde est consécutive à un déluge résultant de la fonte des neiges accumulées pendant un terrible hiver. Ahura Mazdâ conseille à Yima, le premier homme, qui est aussi le premier roi, de se retirer dans une forteresse..

Yima prend avec lui les meilleurs parmi les hommes et les différentes espèces d'animaux et de plantes. Le déluge met fin à l'âge d’or, qui ne connaissait ni la vieillesse ni la mort.

Dans l'état actuel de nos connaissances de ces textes nous n'avons pas non plus de traces d'une quelconque décision divine de grand nettoyage même si ici le retour à une situation normale voit la disparition d'un monde ancien, celui de l'âge d'or.

On peut ici s'interroger sur le pourquoi de la fin de cet âge…

En Grèce, c'est Prométhée qui avertit son fils, Deucalion, que Zeus a décidé l’anéantissement des hommes de l’âge du bronze. Deucalion s’échappe avec sa femme dans une arche.

A nouveau une décision divine de tout recommencer.

Le mythe du Déluge se rencontre aussi chez certaines peuplades autochtones de l’Inde ( Bhils, Mundas, Santals, etc.), chez les Lepchas de Sikkim et en Assam. Il est encore plus répandu dans l’Asie du Sud-Est, en Mélanésie et en Polynésie. Les versions recueillies en Australie parlent d’une grenouille géante qui avait absorbé toutes les eaux. Souffrant de la soif, les animaux décidèrent de faire rire la grenouille. En voyant l'anguille se tordre, la grenouille éclata de rire et les eaux s'écoulèrent de sa bouche, provoquant le déluge. La grenouille est une des images mythiques de la Lune. Et puisque la Lune est, par excellence le symbole de la mort et de la résurrection, elle gouverne aussi les eaux, les inondations et les marées.

Chez les peuples de l'Amérique du Sud, le déluge est provoqué généralement par un des jumeaux mythiques qui, frappant la terre de son talon, fait jaillir les eaux souterraines.

En Amérique centrale et en Amérique du Nord, les versions du déluge sont assez nombreuses: la catastrophe est produite soit par des inondations soit par des pluies.

Il est à noter qu'en comparaison avec les mythes narrant la fin du monde dans le passé, les mythes se référant à une fin à venir sont assez peu nombreux chez les primitifs, au contraire de nos Sociétés méditerranéennes ou indo-européennes. Mais cette rareté est peut-être due au fait que les ethnologues n'ont pas posé cette question dans leurs enquêtes.

En outre, il est parfois difficile de préciser si le mythe concerne une catastrophe passée ou à venir. Ainsi, par exemple, selon E.H. Man, les Andamanais, un peuple en voie de disparition qui vit aux confins de la Birmanie et de la Thaïlande, croient qu'après la fin du monde une nouvelle humanité, jouissant d'une condition paradisiaque, fera son apparition: il n’y aura plus ni maladies, ni vieillesse, ni mort. Mais un autre anthropologue, A. Radcliffe Brown, estime que son collègue Man a en fait combiné plusieurs versions, recueillies d'informateurs différents.

En réalité, précise Radcliffe Brown, il s’agit bien d'un mythe relatant la fin et la re-création du monde; mais le mythe se rapporte au passé et non pas à l'avenir. Mais comme, suivant la remarque de F. F. Lehmann, la langue andamanaise ne possède pas de temps futur, il n'est pas facile de décider s’il s’agit d’un événement passé ou d'une fin à venir.

Nous sommes donc ici passés du mythe du déluge, celui de la fin d'une époque pour entrer dans une nouvelle, plutôt inscrite dans le passé, à la possibilité que ces évènements se rencontrent aussi dans le futur.

Parmi les mythes primitifs de la fin, très rares sont ceux qui ne présentent pas d'indications précises concernant l'éventuelle re-création du monde.

Ainsi, dans une des îles Carolines, Aurepik, c'est le fils du Créateur qui est responsable de la catastrophe. Lorsqu'il s'apercevra que le chef ne s'occupe plus de ses sujets, il submergera l'île au moyen d'un cyclone. Il n’e st pas certain qu'il s’agisse d’une fin définitive: et l'idée d'une punition des « péchés » implique généralement la création ultérieure d'une nouvelle humanité, instruite de ce qui s'est passé avant elle et devant, en principe, en tirer les conclusions.

On peut penser qu'en ce qui concerne le texte biblique notre bonhomme IAWEH s'est largement fourvoyé et que probablement les hommes d'après le déluge n'ont rien à envier à ceux d'avant dans le domaine de la méchanceté.

Plus difficiles à interpréter sont les croyances des Négritos de la péninsule de Malacca. Les Négritos savent qu'un jour Karei mettra fin au monde parce que les humains ne respectent plus ses préceptes. Aussi, pendant l'orage, s'efforcent-ils de prévenir la catastrophe en faisant des offrandes expiatoires de sang. La catastrophe sera universelle, elle frappera sans distinction pécheurs et non-pécheurs, et ne préludera pas, semble-t-il, à une nouvelle création. C’est pourquoi les Négritos appellent Karei « mauvais », et voient en lui l 'adversaire qui leur a « volé le Paradis ».

Un exemple singulièrement frappant est celui des Guaranis du Mato Grosso.

Sachant que la Terre sera détruite par le feu et par l'au, ils partirent à la recherche du « Pays sans péché », sorte de paradis terrestre, situé au-delà de l'Océan. Ces longs voyages, inspirés par les chamans, et effectués sous leur direction, ont commencé au 16ème siècle et ont duré jusqu'en 1912.

Certaines tribus croyaient que la catastrophe serait suivie d’un renouvellement du monde et du retour des morts. D'autres tribus attendaient et désiraient la fin définitive du monde.

La majorité des mythes amérindiens de la fin impliquent soit une théorie cyclique (comme chez les Aztèques), soit la croyance que la catastrophe sera suivie par une nouvelle création, soit, enfin, dans certaines régions de l'Amérique du Nord, la croyance à une régénération universelle effectuée sans cataclysme.

Dans ce processus de régénération, seuls les pécheurs périront.

Selon les traditions aztèques, il y a eu déjà trois ou quatre destructions du monde, et la quatrième ( ou la cinquième ) est attendue pour l'avenir. Chacun de ces mondes est régi par un « Soleil », dont la chute ou la disparition marque la Fin.

La croyance que la catastrophe est la conséquence fatale de la « vieillesse » et de la décrépitude du monde semble assez répandue dans les deux Amériques. Selon les Cherokees, quand le monde sera vieux et usé, les hommes mourront, les cordes se casseront, et la Terre s'abîmera dans l’Océan, la Terre étant imaginée comme étant une grande île suspendue à la voûte céleste par quatre cordes.

Dans un mythe Maidu, le Créateur assure au couple qu'il avait créé : « Lorsque ce monde sera trop usé, je le referai entièrement; et quand je l'aurai refait, vous connaîtrez une nouvelle naissance.»

En somme, ces mythes primitifs de la fin du monde, par déluge ou incendie, car l'élément eau n'est pas le seul à être utilisé, le feu est également largement employé et je voudrais y revenir, impliquent plus ou moins clairement la re-création d'un univers nouveau, expriment la même idée archaïque, et extrêmement répandue, de la « dégradation » progressive du cosmos, ou de la chute pour retrouver une idée largement répandue sur nos Colonnes, nécessitant sa destruction et sa re-création périodiques. C'est de ces mythes d'une catastrophe finale, qui sera en même temps le signe annonciateur de l'imminente re-création du monde, que sont sortis et se sont développés les mouvements prophétiques modernes et les mouvements millénaristes des sociétés primitives.

La théorie de la création et de la destruction cycliques du monde a été largement développée dans l’Inde, à partir des Brahmanas et surtout dans les Puranas. C'est la doctrine des quatre yugas, les quatre âges du monde. Le cycle complet, le kalpa, se termine par une « dissolution », un pralaya, qui se répète d'une manière plus radicale ( mahapralaya, la « grande dissolution ») à la fin du millième cycle. Selon le Mahabharata et les Purana, l'horizon s'enflammera, sept ou douze soleils apparaîtront au firmament et dessécheront les mers, brûleront la Terre. Ensuite, une pluie diluvienne tombera sans arrêt pendant douze ans, la Terre sera submergée et l'humanité détruite (Vishnu Purana, 24, 25).

Puis tout recommencera ad infinitum.

Cette théorie des quatre Yugas, avec son premier, celui de l'âge d'or, et son dernier, celui du fer, appartient à la doctrine traditionnelle et se retrouve dans beaucoup de traditions.

Il semblerait que ce nouveau cycle, ce kalpa, ait débuté vers environ 63000 ans avant notre ère, et l'âge d'or, le Krita-Yuga, a duré 26000 ans.

L'âge suivant, le Trêta-Yuga, ou âge d'argent, qui a correspondu à l'apparition des continent s de l'Atlantide au Nord, et de la Lémurie, au Sud, s'est terminé par le déluge biblique, vers 11000 ans avant notre ère.

Puis vint le Dvapara-Yuga, l'âge d'airain.

La fin de ce cycle , et nous sommes en plein dans le Kali-Yuga, l’âge du fer, est annoncée pour le 21ème siècle….

En Grèce, la doctrine cyclique fait son apparition avec Héraclite qui aura une grande influence sur la doctrine stoïcienne de l'Éternel Retour.

Au 3ème siècle avant notre ère., Bérose vulgarisait dans tout le monde hellénistique la doctrine chaldéenne de la « grande année ». L'Univers y est considéré comme éternel, mais il est anéanti et reconstitué périodiquement chaque « grande année » - le nombre correspondant de millénaires varie d'une école à l'autre - lorsque les sept planètes se réuniront dans le signe du Cancer ou « grand hiver », un déluge se produira.

Quand elles se rencontreront dans le signe du Capricorne, au solstice d'été de la « grande année », l'Univers entier sera consumé par le feu. Selon un texte perdu d'Aristote, les deux catastrophes avaient lieu aux deux solstices: la conflagration au solstice d'été, le diluvium au solstice d'hiver.

On le voit, le mythe du déluge participe largement de deux théories :

L'une qui voudrait que le Dieu créateur, excédé par sa création, ait un jour envie de tout détruire.

L'autre qui exprime le principe d'une création cyclique, d'un retour indispensable au néant avant que de repartir. En Inde cela est clairement symbolisé par le souffle de Brâhma, celui qui crée en expirant et qui à la fin du cycle reprend sa création en inspirant, et ainsi de suite.

Cette théorie est du reste parallèle à celle des astrophysiciens modernes qui parlent d'un monde en expansion puis en contraction, du big bang au big crash.

Il est évident que si nous voulons retrouver derrière les mythes la réalité des évènements, cette seconde théorie semble plus proche de ce qui s'est passé, puisqu'aussi bien elle peut être exprimée d'une façon scientifique.

Mais la première peut aussi révéler des évènements réels, enfouis dans la mémoire des hommes et traduits avec les mots et les symboles à la disposition d'autres hommes, longtemps après, et qui ne pouvaient qu'être interprétés à cette aune.

Du strict point de vue scientifique, l'historicité du Déluge a longtemps été niée.

Actuellement, un grand nombre de savants de toutes disciplines envisagent sérieusement que la dernière transgression, c'est-à-dire l'ennoyage des plates-formes continentales à la suite des déglaciations, pourrait être en connexion avec ces mythes.

Et il est vrai que cet épisode géologique a entraîné une augmentation du niveau de la mer, mais de 100 mètres environ sur une durée de 10.000 ans, même! Si certaines estimations sont de 130 m sur 8.000 ans, soit, en gros, 2 mètres par siècle ou encore pour se plus de la durée de vie humaine de un mètre tous les 50 ans !

Personne ne peut raisonnablement affirmer qu'une telle élévation du niveau de la mer ( 2 cm par an !!! même si localement on a pu avoir une élévation de quelques dizaines de cm par an à certaines périodes ) peut être assimilée à ce que toutes les traditions, d'un bout à l'autre de la planète, décrivent comme un événement ayant été brutal, rapide, limité dans le temps, excessivement destructeur, etc.

Alors, même si cette explication est parfaitement valable pour expliquer les traces d'habitats préhistoriques actuellement sous la mer, il va bien falloir trouver autre chose pour "élucider" le mystère du déluge...

Depuis de nombreuses années les conséquences de la chute d'un astéroïde ou d'un fragment de comète dans l'océan ont été modélisées et un consensus s'est établi dans la communauté scientifique autour des effets possibles dans cette hypothèse.

Dans le cas d un impact océanique très au large ( sans cratère visible, donc...), le phénomène le plus évident serait de gigantesques tsunamis. Un tsunami ( le mot est à préférer à raz-de-marée car le phénomène en question n'a rien à voir évidemment avec la marée...) peut se déplacer en pleine mer à des allures pouvant aller jusqu'à 700 km/h.

En atteignant les côtes, et donc des fonds moins élevés, il ralentit et c'est là que, paradoxalement, le danger commence ! En effet, tout se passe alors pour les vagues comme pour les voitures sur l'autoroute lors d'un ralentissement: le front ( rapide ) des vagues rattrapant l'avant (ralenti). Sur une autoroute c'est le carambolage. Sur la côte, on observe une compression qui va entraîner une élévation considérable des vagues déferlantes. Le facteur de compression peut facilement atteindre 40! Ainsi un simple train de vagues d'une hauteur de 1 m en mer se transformera en une série de vagues tueuses d'une hauteur de 40 m.!

C'est environ la hauteur d'un immeuble de 12 étages, autant dire que bien peu de choses risquent d'être encore debout après le passage de la première vague, alors à la dixième...

Et quand on pense que les deux-tiers de la surface terrestre sont constitués d'océans, on peut également conclure que c'est ce type d'impact qui a le plus de probabilité d'arriver.

Et plutôt deux fois qu'une ! Avec à chaque fois les mêmes conséquences bien sûr ! Ce qui fait parler de déluge au singulier est très certainement faux et que l'on devrait parler de déluges périodiques.

Il semble toutefois que dans de nombreuses traditions on ait gardé en fait le souvenir d'un déluge plus important que les autres et on peut supposer que c'est celui-ci qui est responsable, par exemple, de la destruction de l'Atlantide..

L'Atlantide et la Lémurie, ces continents disparus sur lesquels des civilisations de très haut niveau – pour les autres hommes de l'époque – auraient vécu, peuvent avoir disparu suite à un cataclysme tel qu'une immense inondation d'origine ensuite oubliée.

Il était facile ensuite, très longtemps après, d'imaginer ces catastrophes comme étant d'origine divine, et liée à l'inconduite des hommes.

Et en fait les 2 théories peuvent être simultanées, le cycle des mondes pouvant être marqué par une catastrophe soudaine.

Mais je vois aussi, dans le thème de l'eau, autre chose :

Et si finalement, en oubliant ces possibles catastrophes dont personne n'a jamais eu la moindre preuve, le souvenir du déluge n'était que le souvenir du moment où le premier être vivant est sorti de l'eau, cette eau qui jusque la avait abrité toute forme de vie, milieu même dans lequel la vie était née.

Dans la mesure où l'homme s'est cru la création d'un dieu, il n'a jamais pu imaginer ne pas avoir existé avant un quelconque déluge, qui serait toujours venu, pour lui, le punir pour ses fautes.

En fait le déluge était l'état primordial, ou tout au moins il a précédé l'apparition de la vie sur la terre. Or comme cette apparition de le vie sur la terre ferme semblerait vieille de 345 millions d'années, je vous laisse apprécier le lointain souvenir que ceux qui ont écrit les mythes du déluge pouvaient en avoir.

En fait je suis en train, ici, de me demander si je ne suis pas en train de réinventer les archétypes ?

Car là on côtoie le mythe de la mer initiale, celle par exemple que Brâhma a baratté pour en exprimer la vie, ou le lac des égyptiens, ou les eaux primordiales de la Bible…

Et puis, pourquoi pas, intéressons nous aussi à une possible dimension psychanalytique : cette eau serait celle du liquide amniotique dans lequel tout enfant a baigné tout au long de sa présence dans le ventre de sa mère. Le souvenir heureux de cet avant baignant dans un liquide serait traduit par un déluge après lequel tout a été différent, et la vie de l'homme finalement très difficile.

J'ai lu, pour m'aider dans ma réflexion, différents textes, et l'un est même allé jusqu'à proposer, la aussi, sous le couvert de la psychanalyse, que, je cite : « le déluge serait une projection cosmogonique à la fois du flux séminal et d'un déversement du liquide amniotique, exprimant ainsi le désir inconscient de grossesse masculine propre aux sociétés patriarcales, le mythe remplaçant de manière symbolique l'incapacité biologique du mâle à enfante « !!!!

Je vous laisse méditer sur cette suggestion.

Quant à moi, je m'interrogeais, plus haut, sur les deux éléments sources de destruction, le feu et l'eau.

A ce moment de ma réflexion je vois l'eau non plus comme un élément destructeur mais au contraire comme l'élément fondateur de la vie.

Ce sont les hommes, par leurs mythes, qui ont cru y voir un élément négatif, ou tout au moins purificateur. L'eau est, au contraire, créatrice de vie, elle lave, abreuve, féconde. Tout organisme vivant a besoin d'eau pour vivre.

En revanche, le feu reste bien, lui, un élément destructeur, purificateur.

Et puis je posais aussi la question du pourquoi de l'absence presque totale du mythe du déluge en Afrique.

J'avoue ne pas avoir de réponse si je veux rester dans la dimension évolutionniste, où l'homme serait apparu en Afrique, car il aurait malgré tout comme origine cette soupe initiale, cette eau au sein de laquelle la vie a vu le jour, après une alchimie complexe.

Et donc tous les hommes devraient posséder en eux ce souvenir initial.

En revanche, si le déluge est le souvenir d'un cataclysme réel, pourquoi les hommes d'Afrique ne s'en souviendraient ils pas alors qu'en Asie ou en Amérique les Traditions l'évoquent largement ? je n'ai donc ici non plus, pas plus de réponse satisfaisante. Une possible absence de grands fleuves, d'éloignement des côtes, ne me convainc pas.

Peut-être m'en apporterez vous une ?

J'ai dit.

Source : www.ledifice.net

Par X - Publié dans : Planches
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Lundi 29 septembre 2014 1 29 /09 /Sep /2014 07:29

Le dualisme est profondément ancré en Orient et ne se limite pas au christianisme. En fait, le terme manichéen, attribué par certains chroniqueurs français aux Cathares, est employé par les Byzantins pour décrire les conceptions dualistes de Mani, Perse du IIIe siècle, qui ont engendré le zoroastrisme, le bouddhisme et le mandéisme babylonien, ainsi que le christianisme. Plusieurs sources ont ainsi favorisé l'émergence du dualisme dans l'islam. Bien que le dualisme soit à la base incompatible avec l'islam, selon lequel Dieu est seul, unique et bon, l'unité politique du monde musulman est depuis longtemps en déclin, autorisant l'émergence de nouveaux courants religieux.

 

Le Moyen-Orient est divisé en dynasties locales et sujet à des pressions de la part du califat abbasside, de turcs seldjoukides et des Fatimides d'Égypte, sans parler des Byzantins, mais comprend également de nombreuses sectes. Parmi les chrétiens figurent les jacobites, les maronites, les coptes et les orthodoxes et, parmi les musulmans, on trouve les sunnites et de nombreux groupes hétérodoxes issus du chiisme qui comprennent les qarmates, les alawites, les druzes et les ismaéliens, qui sont non seulement des courants de croyance mais également des sociétés secrètes initiatrices avec des objectifs politiques à tendance apocalyptique.

Les ismaéliens ont perpétué certaines croyances pré-musulmanes, en particulier le dualisme, à travers lequel ils considèrent le mal non pas comme l'absence du bien mais comme un élément du monde et de son créateur, lequel pourrait être une émanation d'un dieu ultime et inconnaissable. À l'instar des gnostiques, ils pensent que l'homme possède des éclats de l'étincelle divine qui, en raison de la possession de la connaissance secrète, peuvent réunir l'homme avec le dieu inconnu. Les ismaéliens revendiquent cette connaissance.

 

Mais, après la conquête d'Édesse par Zengi en 1144 et l'abandon de Damas au profit de son fils Nur al-Din, la dynastie zengide impose l'islam sunnite à toute la population musulmane en Syrie, refoulant les sectes chiites dans des régions inaccessibles.

 

Les Assassins

 

Les ismaéliens se retirent dans la région montagneuse du littoral, le djebel Ansarieh, encerclés par les forteresses des Templiers et des Hospitaliers de Tortose, Chastel Blanc, Margat et Krak des Chevaliers, où le mouvement assume sa forme militante et meurtrière connue sous le nom d'Assassins. Des forteresses d'al-Ullayqa, Qadmus, Qalaat al-Kahf et surtout Masyaf, quartier général du chef des Assassins, Chaykh al-Jabal (Vieux de la montagne), ils appliquent une stratégie reposant sur les assassinats afin d'asseoir leur influence, surtout sur les sunnites, mais parfois aussi sur les chrétiens, susceptibles de menacer leur indépendance.

 

Marco Polo, qui a rencontré une branche des Assassins à Alamut, en Perse, donne un aperçu de leur connaissance divine. Les Assassins utilisent des drogues (dont du haschisch, d'où est tiré le mot "assassin") pour convaincre les novices destinées à devenir des fedayin (qui se sacrifient) qu'ils vont entrer dans un jardin rempli de joie où des fontaines coulent du lait, du miel et du vin et où les houris, ces vierges du paradis, sont facilement accessibles. On dit alors aux initiés revenus dans leur état normal qu'ils ont bien visité le paradis, dans lequel ils séjourneront éternellement s'ils obéissent aux ordres de l'imam des Assassins.

Selon les comptes-rendus de chroniqueurs européens, les chefs des Assassins dominent totalement leurs adeptes en leur ordonnant de se jeter dans un précipice, saut aboutissant à une mort certaine. Leur volonté de se sacrifier rend les attaques des fedayin très déroutantes. Leur mission est de semer la peur de la secte tout en affaiblissant la détermination de leurs ennemis en tuant des personnages importants. Les Assassins infiltrent les rangs de leurs adversaires et quand ils ont gagné leur confiance, ils les tuent, toujours à l'aide d'un couteau. Il s'agit d'attaques-suicides car, apparemment ils périssent eux-mêmes lors de l'opération.

 

Parmi les victimes chrétiennes des Assassins figurent Raymond II, comte de Tripoli, en 1152, Conrad de Montferrand, roi de Jérusalem, en 1192, et un autre Raymond, héritier des trônes d'Antioche et de Tripoli, qui, en 1213, est poignardé à mort devant la cathédrale Notre-Dame de Tortose. Mais la plus célèbre tentative de meurtre des Assassins vise Saladin, en 1176. Chantre de l'orthodoxie sunnite et chef de la résurgence musulmane, Saladin a déjà renversé les Fatimides chiites d'Egypte et s'acharne désormais contre les croisés et les Assassins. Il pénètre dans le djebel Ansarieh pour assiéger Masyaf, mais ses soldats lui rapportent de mystérieux pouvoirs, tandis que lui-même est en proie à des cauchemars terribles. Une nuit, il se réveille subitement et trouve sur son lit des pains que les Assassins sont les seuls à cuisiner, accompagnés d'un poignard empoisonné et d'un verset menaçant. Convaincu que Rashid al-Din Sianan, le Vieux de la Montagne, est entré en personne dans sa tente, Saladin craque. Il envoie un message à Sinan, implorant son pardon et lui promettant de mettre un terme à sa campagne contre les Assassins à condition qu'il dispose d'un sauf-conduit. Saladin est pardonné et s'empresse de retourner au Caire.

 

Les Templiers et le Vieux de la montagne 

 

La seule organisation efficace contre les Assassins est celle des Templiers. En tant qu'entité éternelle, l'ordre du temple ne peut être intimidé par la mort de l'un de ses membres. Les Assassins avouent n'avoir jamais tué un maître par ce qu'ils savent que quelqu'un prendra immédiatement sa place.

 

Dans l'expression de leur haine des sunnites, les Assassins se retrouvent parfois alliés aux chrétiens et, même dans des circonstances éprouvantes, ils sont tolérés par les États croisés et les Templiers. Après que les Assassins ont tué Raymond II, comte de Tripoli, en 1152 (pour une raison inconnue, à moins que la femme de Raymond II ait commandité son assassinat), les Templiers menacent de les attaquer, mais les Assassins achètent facilement leur protection en acceptant de verser un tribut annuel de 2000 besants. Les Assassins et les chrétiens ont un ennemi commun et il est dans l'intérêt des deux camps de rester en paix.

 

Mais, en une occasion significative, la méfiance des Templiers vis-à-vis des Assassins les pousse à s'opposer à la politique du roi Almaric de Jérusalem, entré en pourparlers avec le Vieux de la montagne. Les ismaéliens ont toujours considéré leur chef comme l'incarnation du Dieu inconnaissable, mais, en 1164, à un moment apocalyptique, Rashid al-Din Sinan renonce ouvertement à l'islam et déclare que la résurrection s'est produite. Le chroniqueur syrien contemporain Kamal al-Din décrit des scènes de frénésie dans le djebel Ansarieh, au cours desquelles "des hommes et des femmes se mélangeaient lors des beuveries, aucun homme ne s'abstenant face à sa sœur ou sa fille, les femmes portaient des vêtements d'homme et l'une d'elle déclara que Sinan était Dieu". En fait, selon le voyageur espagnol musulman Ibn Jubayr, tout le monde accorde ce statut divin au Vieil Homme de la montagne car tous ses disciples le considèrent comme Dieu.

C'est neuf ans après ces événements, en 1173, qu'Almaric de Jérusalem tente de négocier une alliance avec Sinan. L'une des conditions est que les Assassins se convertissent au christianisme. Mais, alors que l'émissaire de Sinan repart de Jérusalem à destination de Masyaf, portant un sauf-conduit du roi Almaric, il tombe dans une embuscade tendue par des chevaliers templiers, qui le tuent. Almaric ne parvient que très difficilement à convaincre Sinan qu'il n'a rien à voir avec cette attaque. Dans l'intervalle, il accuse les Templiers de trahison et de mener le royaume au bord de la ruine en réduisant à néant l'espoir d'une alliance prometteuse. Pour le chroniqueur Guillaume de Tyr, ce meurtre a un mobile financier, car la paix aurait signifié la fin du tribut versé par les Assassins aux Templiers. Un autre chroniqueur, Gautier Map, écrit que les Templiers ont tué l'émissaire pour la raison suivante : "Si la paix s'installe, que deviendra le glaive ? Pour cette raison on dit qu'il leur est déjà arrivé d'éviter la paix". Autrement dit, la guerre justifie l'existence des Templiers, lesquels craignent que la paix s'installe.

 

L'argument de la cupidité des Templiers est caractéristique de Guillaume de Tyr, l'Ordre n'ayant pas besoin du tribut payé par les Assassins. Cependant, les Templiers s'inquiètent vraisemblablement que le roi Amalric de Jérusalem ne se fasse berner. Ils ont conscience que, quelle que soit la religion prônée par les Assassins, il ne s'agit que d'une apparence, comme l'a été l'islam. Les Assassins voient ce monde comme une simple illusion et, même s'ils se convertissent au christianisme, leurs croyances intérieures et secrètes resteront. Les Templiers contrôlent des châteaux importants à proximité immédiate de l'enclave des Assassins, châteaux qui dominent les cols donnant sur l'intérieur des terres contrôlé par les Sunnites, encore plus dangereux. Baisser la garde face au discours d'une telle secte serait particulièrement irresponsable et coûterait aux Templiers leur crédibilité en Occident. En l'occurrence, les négociations n'ont jamais repris. Après la mort d'Almaric de Jérusalem en 1174, Raymond III, comte de Tripoli, est nommé régent et, comme son père a été tué par les Assassins, il partage la méfiance des Templiers.

 

Source : http://www.templedeparis.fr/

Par Le Temple de Paris - Publié dans : spiritualité
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Samedi 27 septembre 2014 6 27 /09 /Sep /2014 09:26

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Vendredi 26 septembre 2014 5 26 /09 /Sep /2014 07:36

1-1 Par trente-deux sentiers merveilleux de la Sagesse s'établit : Yah Yhwh Dieu d'Israël, Elohim vivant, roi de l'univers El Shaddaï. Miséricordieux et clément, suprême et élevé résidant éternellement en permanente élévation.
Saint est son Nom. Son univers fut créé par trois mesures : le nombre, l'écrit et le commentaire.

1-2 Dix Séphiroth dans le néant et vingt-deux lettres de fondements : trois mères, sept doubles et douze simples.

1-3 Dix Séphiroth dans le néant selon le nombre des dix doigts : cinq en face de cinq, alliance unique de l'axe central par le mot de la langue et l'incision de peau.

1-4 Dix Séphiroth dans le néant, dix et pas neuf, dix et pas onze. Discerne avec Sagesse et pénètre avec Intelligence. Examine-les, interroge-les, ainsi la Parole s'élèvera vers son créateur et le Formateur sera replacé sur sa base.

1-5 Dix Séphiroth dans le néant, correspondant à dix choses infinies, sans limites : profondeur de commencement, profondeur de fin, profondeur de bien, profondeur de mal, profondeur du haut, profondeur du bas, profondeur d'Orient, profondeur d'Occident, profondeur du Nord, profondeur du Sud. Le Maître Unique, Dieu roi fidèle, domine sur toutes de sa demeure sainte pour l'éternité des éternités à jamais.

1-6 Dix Séphiroth dans le néant. Leur apparition a l'aspect d'un éclair dont les extrémités sont sans terme. Son Verbe court continuellement en elles et lorsque il parle tel un ouragan, elles s'inclinent devant son Trône et ils festoient.

1-7 Dix Séphiroth dans le néant. Leur fin réside dans leur début et leur début dans leur fin tel l'embrasement consumant le charbon. Car Il est Maître Unique sans second et seul Face à lui pourquoi comptes-tu ?

1-8 Dix Séphiroth dans le néant. Retiens ta bouche pour ne pas en parler et ton cœur pour ne pas y réfléchir et si ton cœur s'emporte, reviens à l'endroit où il est dit "Les vies allaient et venaient". Sur cette parole sera conclue l'alliance.

1-9 Dix Séphiroth dans le néant. Une : "Souffle d'Elohim Vivant", béni et glorifié soit le nom de Celui qui vivifie les mondes. La voix, le souffle et la parole sont l'Esprit Saint.

1-10 Deux : "Souffle issu du Souffle". Avec, Il traça et sculpta 22 lettres fondamentales, trois mères, sept doubles et douze simples, qu'un seul souffle anime.

1-11 Trois : "Eaux issues du Souffle", Il traça et sculpta 22 lettres sorties d'un Tohu Bohu de boue et d'argile. Il les traça comme une sorte de jardin. Il les sculpta comme une sorte de mur. Il les déploya comme une sorte de toit. Il versa de la neige et elles devinrent poussière, car il est écrit : "Il dit à la neige : Tombe sur la terre !"

1-12 Quatre : "Feu issu des Eaux". Avec, Il traça et sculpta le Trône de Gloire, les Sérafim, les Ofanim, les H'ayoth haQodésh et Ses anges de service. Sur ces trois, Il établit sa demeure, ainsi qu'il est écrit : "Il fait des souffles ses messagers, des flammes de feu ses serviteurs".

1-13 Il choisit trois lettres parmi les simples dans le mystère des trois mères : Aleph, Mem, Shin. Il les fixa dans son Grand Nom et scella avec elles six extrémités.

Cinq : Il scella le dessus et tourné vers le haut, il le fixa avec YHV.
Six : Il scella le dessous et tourné vers le bas, il le fixa avec HYV.
Sept : Il scella l'Est et tourné vers l'avant, il le fixa avec VYH.
Huit : Il scella l'Ouest et tourné vers l'arrière, il le fixa avec VHY.
Neuf : Il scella le Sud et tourné vers la droite, il le fixa avec YVH.
Dix : Il scella le Nord et tourné vers la gauche, il le fixa avec HVY.

1-14 Telles sont les dix Séphiroth dans le néant : Souffle d'Elohim Vivant, Souffle issu du Souffle, Eaux issues du Souffle, Feu issu des Eaux, Haut, Bas,Ouest, Nord, Est, Sud.

2-1 Vingt-deux lettres fondamentales : trois mères, sept doubles et douze simples. Les trois mères sont Aleph, Mem, Shin. Elles reposent sur le plateau du mérite et sur le plateau du devoir ; la langue du pacte est l'équilibre entre les deux. Trois mères, Aleph, Mem, Shin. Mem est bourdonnant, Shin est sifflant et Aleph est le souffle de l'air qui équilibre les deux.

2-2 Vingt-deux lettres fondamentales : Il les a gravées, sculptées, permutées, pesées, transformées. Avec elles, il a représenté tout ce qui a été formé et tout ce qui sera formé.

2-3 Vingt-deux lettres fondamentales : Ils les a gravées avec la voix, les a sculptées avec le souffle, Il les a fixées dans la bouche, en cinq endroits : Aleph, H'eith, Hé, Ayin dans la gorge ; Guimel, Yod, Kaph, Qof dans le palais ; Daleth, Teith, Lamed, Noun, Tav dans la langue; Zayin, Sameck, Shin, Reish, Tsadé dans les dents ; Beith, Vav, Mem, Pé dans les lèvres.

2-4 Vingt-deux lettres fondamentales : Il les plaça dans un cercle tel un mur ayant 231 portes. Le cercle oscille de l'avant vers l'arrière. Un signe explique cela : Rien n'est supérieur dans le bien que la joie et rien n'est inférieur dans le mal que la peste.

2-5 Comment ? Il les permuta, les pesa et les transforma. Aleph avec toutes et toutes avec Aleph. Beith avec toutes et toutes avec Beith. Elles se renouvellent dans un cycle et existent dans 231 portes. Tout ce qui est formé et tout ce qui est parlé émane du Nom Unique.

2-6 Il a formé la substance à partir du chaos et a tiré l'existence de la non-existence. Il a taillé de grands piliers à partir de l'air insaisissable. Voici est un signe : Aleph avec toutes et toutes avec Aleph.
Il a contemplé, transformé et fabriqué tout ce qui est formé et tout ce qui est parlé : un seul Nom. Il y a un signe à cela : 22 objets dans un seul corps.

3-1 Trois mères : Aleph, Mem, Shin. Elles se tiennent entre le plateau du mérite et le plateau du devoir que le langage équilibre.

3-2 Trois mères : Aleph, Mem, Shin. Un grand et merveilleux secret y est dissimulé et scellé par six formes naturelles. D'elles émanent : Air, Eau, Feu. D'elles sont nés les Pères et des Pères, les engendrements.

3-3 Trois mères : Aleph, Mem, Shin. Il les a gravées, les a taillées, les a permutées, les a pesées, les a transformées. Par elles Il a représenté : Trois mères AMSh dans l'univers, trois mères AMSh dans l'année, trois mères dans Néfesh mâle et femelle.

3-4 Trois mères : Aleph, Mem, Shin, dans l'univers ce sont l’ Air, le Feu, l’Eau. Les cieux sont créés à partir du Feu. La terre est créée à partir des Eaux et l'air se place entre les deux.

3-5 Trois mères : Aleph, Mem, Shin, dans l'année ce sont le Chaud, le Froid, le Tempéré. Le Chaud est créé à partir du Feu. Le Froid est créé à partir des Eaux et le Tempéré de l'air qui se place entre les deux.

3-6 Trois mères : Aleph, Mem, Shin, dans Néfesh mâle et femelle, ce sont la Tête, le Ventre, la Poitrine. La tête est créée à partir du Feu. Le ventre à partir des Eaux et la poitrine à partir de l'air qui se place entre les deux.

3-7 Il fabriqua la lettre Aleph afin qu'elle règne sur l'air. Il la couronna. Il la combina avec toutes les autres. Avec elle Il forma l'air dans l'univers, le tempéré dans l'année et la poitrine dans le mâle avec AMSh et la femelle avec AShM.

3-8 Il fabriqua la lettre Mem afin qu'elle règne sur les eaux. Il la couronna. Il la combina avec toutes les autres. Avec elle Il forma les eaux dans l'univers, le froid dans l'année et la ventre dans le mâle avec MASh et la femelle avec MShA.

3-9 Il fabriqua la lettre Shin afin qu'elle règne sur le feu. Il la couronna. Il la combina avec toutes les autres. Avec elle Il forma le feu dans l'univers, le chaud dans l'année et la tête dans le mâle avec ShAM et la femelle avec ShMA.

4-1 Sept doubles : BGD KPRT. Elles s'expriment dans deux niveaux du langage : B-V G-GH D-DH K-KH P-F R-RH T-TH. D'après la structure : doux et dur, fort et faible.

4-2 Sept doubles : BGD KPRT. Elles reposent sur la sagesse, l'opulence, la semence, la vie, la domination, la paix et la grâce.

4-3 Sept doubles : BGD KPRT. Par le langage et par la substitution.
Substitution de sagesse : folie. Substitution d'opulence : misère.
Substitution de semence : désert. Substitution de vie : mort. Substitution de domination : servitude. Substitution de paix : guerre. Substitution de grâce : laideur.

4-4 Sept doubles : BGD KPRT. Haut et bas, Est et Ouest, Nord et Sud. Le Saint Palais est situé au centre et les supporte toutes.

4-5 Sept doubles : BGD KPRT. Sept et pas six, sept et pas huit. Examine-les, scrute-les. Place la parole sur cette essence et restitue le Formateur sur sa base.

4-6 Sept doubles : BGD KPRT fondamentales. Il les a gravées, les a sculptées, les a permutées, les a pesées, les a métamorphosées. Puis avec elles Il a formé sept planètes dans l'univers, sept jours dans l'année, sept portes dans l'âme mâle.

4-7 Sept planètes dans l'univers : Saturne, Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure, Lune. Sept jours dans l'année les sept jours de la semaine. Sept portes dans Néfesh mâle et femelle : deux yeux, deux oreilles, deux narines et une bouche.

4-8 Il fit régner la lettre Beith par la sagesse, Il la couronna et la combina avec les autres. Avec elles Il forma la Lune dans l'univers, le jour 1 dans l'année, l'œil droit dans Néfesh mâle et femelle.

4-9 Il fit régner la lettre Guimel par l'opulence, Il la couronna et la combina avec les autres. Avec elles Il forma : Mars dans l'univers, le jour 2 dans l'année, l'oreille droite dans Néfesh mâle et femelle.

4-10 Il fit régner la lettre Daleth par la fécondité, Il la couronna et la combina avec les autres. Avec elles Il forma le Soleil dans l'univers, le jour 3 dans l'année, la narine droite dans Néfesh mâle et femelle.

4-11 Il fit régner la lettre Kaph par la vie, Il la couronna et la combina avec les autres. Avec elles Il forma Vénus dans l'univers, le jour 4 dans l'année, l'œil gauche dans Néfesh mâle et femelle.

4-12 Il fit régner la lettre Pé par la domination, Il la couronna et la combina avec les autres. Avec elles Il forma Mercure dans l'univers, le jour 5 dans l'année, l'oreille gauche dans Néfesh mâle et femelle.

4-13 Il fit régner la lettre Reish par la vie, Il la couronna et la combina avec les autres. Avec elles Il forma Saturne dans l'univers, le jour 6 dans l'année, la narine gauche dans Néfesh mâle et femelle.

4-14 Il fit régner la lettre Tav par la grâce, Il la couronna et la combina avec les autres. Avec elles Il forma Jupiter dans l'univers, le jour 7 dans l'année, la bouche dans Néfesh mâle et femelle.

4-15 Sept doubles BGD KPRT. Avec elles ont été gravés sept univers, sept firmaments, sept terres, sept mers, sept fleuves, sept déserts, sept jours, sept semaines, sept années, sept cycles sabbatiques, sept jubilés et le Palais sacré. C'est pourquoi il aima faire des septénaires sous tous les cieux.

4-16 Deux pierres bâtissent deux maisons. Trois pierres bâtissent six maisons. Quatre pierres bâtissent vingt-quatre maisons. Cinq pierres bâtissent six cent vingt maisons. Sept pierres bâtissent cinq mille quarante maisons. A partir d'ici continue, calcule ce que la bouche ne peut exprimer et ce que l'oreille ne peut entendre.

5-1 Douze Simples : H, V, Z H’, T, Y, L, N, S, A, Ts, Q. Elles reposent sur : parole, pensée, locomotion, vue, ouïe, action, copulation, odorat, sommeil, colère, goût.

5-2 Douze Simples : H, V, Z H’, T, Y, L, N, S, A, Ts, Q.

Les douze limites diagonales sont leur fondement : Limite supérieure Est, limite Nord-Est, limite inférieure Est. Limite supérieure Sud, limite Sud-Est, limite inférieure Sud. Limite supérieure Ouest, limite Sud-Ouest, limite inférieure Ouest. Limite supérieure Nord, limite Nord-Ouest, limite inférieure Nord. Elles s'étendent sans cesse dans l'éternité des éternités,
ce sont les limites de l'Univers.

5-3 Douze Simples : H, V, Z H’, T, Y, L, N, S, A, Ts, Q. Fondées, gravées, sculptées, permutées, pesées, transformées. Par elles sont formées douze constellations dans l'Univers, douze mois dans l'Année et douze dirigeants dans l'Ame, mâle et femelle.

5-4 Douze constellations dans l'Univers, Bélier, Taureau, Gémeaux, Cancer, Lion, Vierge, Balance, Scorpion, Sagittaire, Capricorne, Verseau, Poissons.

5-5 Douze mois dans l'année, Nissan, Iyar, Sivan, Tamouz, Av, Eloul, Tishri, H'éshévan, Kislév, Tévéth, Shevat, Adar.

5-6 Douze dirigeants dans Néfesh, deux mains, deux pieds, deux reins, vésicule biliaire, intestins, foie, estomac, kivah, rate.

5-7 Il fit la lettre Hé, la fit régner sur la parole, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma le Bélier dans l'Univers, Nissan dans l'Année et le pied droit dans l'Ame mâle et femelle. Il fit la lettre Vav, la fit régner sur la pensée, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma le Taureau dans l'Univers, Iyar dans l'Année et le rein droit dans l'Ame mâle et femelle. Il fit la lettre Zayin, la fit régner sur la locomotion, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma les Gémeaux dans l'Univers, Sivan dans l'Année et le pied gauche dans l'Ame mâle et femelle.

5-8 Il fit la lettre H'éith, la fit régner sur la vue, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma le Cancer dans l'Univers, Tamouz dans l'Année et la main droite dans l'Ame mâle et femelle. Il fit la lettre Teith, la fit régner sur l'ouïe, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma le Lion dans l'Univers, Av dans l'Année et le rein gauche dans l'Ame mâle et femelle. Il fit la lettre Yod, la fit régner sur l'action, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma la Vierge dans l'Univers, Eloul dans l'Année et la main gauche dans l'Ame mâle et femelle.

5-9 Il fit la lettre Lamed, la fit régner sur la copulation, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma la Balance dans l'Univers, Tishri dans l'Année et la vésicule biliaire dans l'Ame mâle et femelle. Il fit la lettre Noun, la fit régner sur l'odorat, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma le Scorpion dans l'Univers, H'éshévan dans l'Année et le petit intestin dans l'Ame mâle et femelle. Il fit la lettre Sameck, la fit régner sur l'odorat, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma le Sagittaire dans l'Univers, Kislév dans l'Année et le pancréas dans l'Ame mâle et femelle.

5-10 Il fit la lettre Ayin, la fit régner sur la colère, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma le Capricorne dans l'Univers, Tévéth dans l'Année et le foie dans l'Ame mâle et femelle. Il fit la lettre Tsadé, la fit régner sur le goût, la couronna et la combina avec les autres.
Avec elles il forma le Verseau dans l'Univers, Shevat dans l'Année et l'estomac dans l'Ame mâle et femelle. Il fit la lettre Qof, la fit régner sur le rire, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma les Poissons dans l'Univers, Adar dans l'Année et la rate dans l'Ame mâle et femelle. Il les forma en creux, Il les disposa comme une muraille, Il les
fit s'opposer au-dessus.

6-1 Il y a Trois Mères AMSh. D’elles émanent Trois Pères, et ce sont air, eau, et feu. Les Pères engendrent. Trois Pères et leurs engendrements. Sept planètes et leurs hôtes, douze limites diagonales. Il y a des témoins pour le prouver, ce sont l’Univers, l’Année, l’Ame et une loi de douze, de sept et de trois, qu'il a établis dans le Téli, le Cycle, et le Cœur.

6-2 Trois Mères AMSh air, eau, et feu. Le feu est au-dessus, l’eau est en dessous, et le souffle de l’air légifère entre eux. Il y a un signe à cela, le feu soutient l’eau. Mem est bourdonnant, Shin est sifflant et Aleph est le souffle de l’air qui les départage.

6-3 Le Téli dans l’Univers est comme un roi sur son trône. Le Cycle dans l’Année est comme un roi dans la province. Le Cœur dans l’Ame est comme un roi en guerre.

6-4 "Ainsi Dieu a fait correspondre l’un à l’autre". Le bien est contraire au mal. Le mal est contraire au bien. Le bien est issu du bien. Le mal est issu du mal. Le bien définit le mal. Le mal définit le bien. Le bien est préservé par le bien. Le mal est préservé par le mal.

6-5 Trois : Chacun se tient seul, un défenseur, un accusateur, et médiateur.
Sept: Trois contre trois et un qui les tient en équilibre. Douze en guerre : Trois aiment, trois haïssent, trois donnent la vie et trois tuent.

Trois aiment : le cœur et les oreilles.
Trois haïssent : le foie, la vésicule biliaire et la langue.
Trois donnent la vie : les deux narines et la rate.
Trois tuent : les deux orifices et la bouche.
Et Dieu, Roi fidèle, gouverne sur eux tous par Sa sainte Demeure pour l’éternité des éternités.
Un sur trois, trois sur sept, sept sur douze, Et tous sont liés l’un à l’autre.

6-6 C'est avec les vingt-deux lettres qu'est gravé Ehyeh, Yah, YHVH Elohim, YHVH, YHVH-Tzavaot, Elohim-Tzavaot, El Shaddaï, YHVH Adonaï. Avec elles Il a fait trois Livres, et avec eux Il a créé Son Univers. Avec elles il a formé tout qui a été formé et tout ce qui sera formé.

6-7 Lorsque Abraham notre père, puisse-t-il reposer en paix, regarda, il vit, comprit, sonda, grava et sculpta, Il fut fructueux dans la création, comme il est écrit, "Et les âmes qu’ils faisaient dans Haran". Aussitôt qu’il se révéla à lui le Maître de tout, puisse Son nom être éternellement béni, le plaça sur Sa poitrine, l’embrassa sur la tête et l’appela, "Abraham
mon bien-aimé". Il fit un pacte avec lui et avec ses enfants et leurs descendants, comme il est écrit, "Et il eut foi en Yhwh, et Yhwh lui en fit un mérite". Il faisait un pacte avec lui entre les dix doigts de ses mains - c’est le pacte de la langue, et entre les dix orteils de ses pieds - c’est le pacte de la circoncision. Il attacha les 22 lettres de la Torah sur sa langue et lui révéla Son mystère. Il les plongea dans l’eau, les brûla avec le feu, les agita avec le souffle, les enflamma avec les sept (planètes) et les dirigea avec les douze constellations.


Source Sepher Yetsirah

Par Sepher Yetsirah - Publié dans : symbolisme
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Jeudi 25 septembre 2014 4 25 /09 /Sep /2014 06:48

Notre V\ M\ nous ayant demandé dernièrement - lors de sa planche de réinstallation - de réfléchir, cette année, à ce monde dans lequel nous sommes immergés, j’ai voulu commencer…et bien…par le commencement ! Mais quel commencement ? Celui de l’Univers ou celui de l’Humain ? Ou les deux, peut-être ? ! De tous temps et en tous lieux, l’Homme se pose constamment des questions sur ses origines et celles du monde. Il cherche toujours à savoir ce qui a précédé son arrivée, qui l’a conçu et comment. Nous ressentons tous la nécessité de cette connaissance du passé, elle nous pousse à l’étude de l’Histoire. Le passé explique le présent et aide à mieux prévoir le futur.

Mais avant que d’employer des mots à tort et à travers et afin de mieux cerner le titre de mon travail, je pense utile de trouver leur signification encyclopédique.

La cosmologie c’est la doctrine scientifique expliquant la formation de l’Univers par l’étude de la naissance et de l’évolution des différents éléments constituant les galaxies. C’est avec Descartes et sa publication intitulée « le Monde », en 1664, qu’a démarré la recherche cosmologique moderne. Vite suivie par Kant, Laplace et bien d’autres, elle a obtenu des débuts de réponses sur la formation du cosmos. Chaque décennie, depuis un peu plus d’un siècle, nous apporte une nouvelle théorie sur la naissance et les structures de notre univers et tout cela nous donne un éclairage chaque fois plus précis sur notre planète, sa révolution autour du soleil, les étoiles, les trous noirs et autres comètes ou météorites... Ainsi avons-nous découvert, dans les années 1920, la théorie du Big Bang, l’explosion originelle d’il y a 10 ou 20 milliards d’années. Les chercheurs affirment réussir l’observation et l’enregistrement de son bruit quelques dizaines de secondes après l’évènement selon lequel l’énergie libérée par l’éclatement de l’atome primordial fut la source de la matière, constituant primitif de l’univers.

Le décor est planté… Quant à la naissance de toute vie sur terre, les scientifiques sont parvenus jusqu’à ce tortillon microscopique, constituant premier de tout être vivant tant végétal qu’animal, j’ai nommé l’ADN. Nous commençons, également, à mettre de l’ordre chronologique dans les différentes espèces peuplant ou ayant peuplé la planète. De découvertes en découvertes, on est capable, à présent - même si c’est encore de manière fragmentaire et imprécise - de dater et situer géographiquement l’apparition et les différentes migrations de nos très lointains ancêtres. Bien que passionnant, tel ne sera pas tout à fait mon propos ce soir…

La cosmogonie, et c’est ce qui m’intéresse ici, est l’ensemble des doctrines mythologiques créées par les différents peuples pour répondre à leurs préoccupations de genèse. Alors ? Mais qu’y avait-il AVANT cette création ? Le vide, la confusion, l’inexistant, l’informel, l’incréé : c’est–à-dire le chaos, source d’invention du commencement ! Notion immatérielle très difficile à imaginer, aussi difficile à percevoir que celle de l’infini ! C’est pourtant par ce chaos primordial qu’est apparu le monde d’où la vie a fini par émerger ! Donc…la cosmogonie par le chaos, titre de cette planche…mais je pourrais l’intituler aussi, sans en changer le sujet d’un iota, la Genèse par le Tohu-bohu…pour rester dans les points de vue judéo-chrétiens où nous évoluons…

Personnellement, j’ai toujours été attirée par les mythes et les légendes, chargés en allégories et en symbolisme, qui se transmettent de génération en génération et remontent à la nuit des temps. Toutes les civilisations, ou presque, ont eu la même démarche les poussant à imaginer l’antériorité de toute vie, l’avant création. La majorité des peuples a supposé une cosmogonie répondant à ses croyances divines et expliquant les observations célestes de ses sages : les mouvements quotidiens et cycliques des astres, la régularité des saisons, les cycles de l’existence leur ont suggéré un ordre cosmique. C’est ainsi qu’ils ont trouvé une preuve, convaincante à leurs yeux, d’un projet rationnel auquel serait soumis l’univers - si déconcertant - qui les entourait. Je pars donc en voyage dans le temps pour visiter quelques unes de ces croyances imaginées par l’Homme…

Ma première visite est pour l’une des rares civilisations s’étant peu préoccupée de savoir d’où pouvait bien venir le monde, la Mésopotamie. Je commence par l’une des exceptions du sujet ! En effet, les Sumériens, habitants du « pays du milieu des fleuves », - c’est ainsi que les Grecs les surnommaient – ne se posaient aucune question sur les origines de l’Univers, sur l’apparition du monde ou de la vie. Ils étaient bien trop occupés par l’organisation de leurs villages primitifs pour envisager le monde ailleurs et autrement que le concret vécu tous les jours. Il faudra attendre l’émergence de la civilisation babylonienne pour qu’apparaisse un début de mythe sur la question. Et là, tout commence par une séparation, celle de An, le ciel, d’avec Ki, la terre, par la faute de leur fils Enlil, seigneur de l’atmosphère. Puis, intervient Enki, le dieu primordial qui, pratique et proche de l’Homme, crée et organise le monde et les civilisations.

C’est le « poème de la création » des akkadiens qui raconte la Création vu par nos très lointains ancêtres. Selon la légende, Enki l’aurait remit à Anu, premier de tous les hommes, sous forme de 7 tablettes de pierre gravées.

Il commence par ces vers : « Lorsque Là-haut le ciel n’était pas encore nommé ; Et qu’ici-bas la terre-ferme n’était pas appelée d’un nom ; Seuls Apsû-le-premier, leur progéniteur ; Et Mère-Tiamat, leur génitrice à tous ; Mélangeaient ensemble leurs eaux : Ni bancs-de-roseaux n’y étaient agglomérés ; Ni cannaies n’y étaient discernables ».

Ce couple de géniteurs, AN et KI, n’a aucune origine connue. Ils sont ! Sans autre forme d’explication. Reculant de quelques siècles et enjambant plusieurs états, me voici en Asie où une première version de la mythologie chinoise crée le Ciel et la Terre bien avant l’Humanité.

Ces asiatiques nous parlent d’une mère créatrice Niu-Koua mais sans nous en expliquer l’origine. Qui est-elle, d’où vient-elle ? Aucune précision n’a été transcrite nulle part ! Elle existe, c’est tout ! Elle invente l’Univers, y prend son temps et finit par modeler des hommes dans de la glaise jaune, bien sûr, avant d’en fabriquer d’autres avec de la boue. Ceci prouvait aux chinois qu’ils appartenaient à la race des « hommes nobles » alors que les autres étaient de la race des « hommes vils ». La xénophobie est aussi vieille que nous… Hitler n’en est qu’un misérable représentant moderne !

Une autre légende raconte l’apparition extraordinaire d’un héros capable de prendre un aspect à la fois homme, dieu et démon. J’ai nommé P'an-Kou. Lui serait né d’un chaos à forme d’œuf. Cet œuf est constitué de purs éléments « Yang » - d’où sera issu le Ciel – et de purs éléments « Ying » – d’où sortira la Terre. Mais cette naissance n’est pas tout à fait spontanée. L’être se confond d’abord avec ses parents, prenant tantôt le côté masculin, tantôt le côté féminin des deux principes. Il se transforme sans arrêt pour finir par devenir la première manifestation de vie, tandis que le Ciel s’élève au-dessus de la Terre. La Terre finit par être l’infiniment profonde d’aujourd’hui et le Ciel l’infiniment haut.

Voici donc le premier être vivant qui décédera au bout de 18 000 ans, record de longévité s’il en est ! Apparemment, il vécu tout ce temps tout seul sur la planète et sous la voûte céleste. En effet, le Chou-Yi-King, recueil de textes anciens, nous dit que c’est de son cadavre que sortent les différentes formes de vie. Il est le « Grand Ancêtre des Dix Mille Etres » qui peuplent le monde. Sa tête devient la Montagne Sacrée, ses yeux sont à présent le Soleil et la Lune, son sang a fait les fleuves et les mers, son système pileux a donné les végétaux, sa voix a sorti le tonnerre et ainsi de suite…

En résumé et mis à part le sort funeste de l’individu, il est à rapprocher du Yahvé de la bible dans le sens où c’est lui le créateur de toute chose en ce monde. J’arrive dans le royaume gouverné par le pharaon de Haute et Basse Terre… Il est évident, pour les Egyptiens, que, puisque nous avons tous une mère, le monde en a une aussi. Et c’est de son ventre que tout est issu. Elle a surgi du chaos, du rien, du néant et s’est engendré elle-même. Cette croyance, d’abord transmise oralement, semble remonter à encore plus haut que la civilisation pharaonique et venir de lointains ancêtres nubiens. N’aurions-nous pas, ici et un peu comme en Chine, une approche d’un dieu unique ? Etonnant lorsque l’on suit de près l’histoire des croyances égyptiennes qui a multiplié à l’envie les dieux et demi-dieux, un peu comme le feront plus tard les grecs, repris par les romains...

Cela expliquerait-il l’apparition du monothéisme d’Akhénaton et celui du peuple de Moïse, quelques siècles après ? Il semblerait que l’idée était déjà là, depuis le début, mais que son affirmation a mis plusieurs millénaires à s’imposer. Toujours est-il que ce personnage va, au fil des dynasties, différer quelque peu afin de mieux expliquer aux hommes le façonnage du monde suivi de celui des humains. Cette mère primordiale prend, au fil des générations, des apparences, des légendes et des noms différents pour l’approche du même phénomène. Mais elle devient, d’abord et avant tout, Rê, dieu solaire suprême et à qui tous les démiurges sont, tôt ou tard, assimilés. On croise ainsi Atoum qui engendre Shou et Tefnout, créateurs de l’atmosphère et de l’eau d’où émerge toute vie. Puis, très logiquement, ce couple met au monde Nout inventeur de la voûte céleste et Get, créateur du plancher du monde. Ainsi de suite, de générations divines en générations divines se forment l’Univers et tout ce qui l’habite.

On trouve Khnoum, (nom différent mais même principe procréateur de toute chose), présenté sous forme d’homme à tête de bélier, qui façonne le premier homme sur son tour de potier. Il y a aussi Khépri (ou Kheperer), le scarabée sacré, qui, par transformation permanente, crée l’univers, la terre, les êtres vivants. Cet aspect de la mère primordiale finit par devenir symbole de l’immortalité. Voici Amon, grand dieu figuré en humain de couleur bleu – comme le ciel –. Lui, prend Mout, la déesse-mère d’Egypte, pour femme et c’est à eux deux qu’ils engendrent l’Univers et tout ce qu’il contient. Enfin, on trouve le dieu crocodile Sobek, tout aussi créateur du monde, mais assez féroce et vorace pour dévorer ses créations, s’arrogeant le droit de vie et de mort sur ses progénitures. De multiples visages pour un principe créateur unique, c’est ainsi que ce peuple trouvait des réponses au commencement des commencements.

Je saute quelques lustres pour m’arrêter à la cosmogonie hébraïque : c’est, ici, se pencher sur la Bible…bien entendu ! Je vous fais grâce du récit que chacun d’entre nous connaît sur Dieu créant le monde en six jours et se reposant le septième. Mais d’où vient Dieu ? Ca on ne le sait pas…tout comme la mère égyptienne ou la Niu-Koua chinoise, c’est une apparition spontanée, semble t’il ! Selon une très ancienne légende juive, Dieu produisit dix choses : les cieux et la terre, Tohu et Bohu – grand désordre originel créateur, la lumière et les ténèbres, le vent et les eaux, la durée du jour et celle de la nuit.

Savez-vous qu’il existe, en fait, deux récits de la Création ? Le premier daterait de plus de huit siècles avant notre ère : le Yahiste. Ce premier texte est de tradition purement orale et se présente poétiquement. Il était transmis de père en fils, de famille en famille. Le plus récent, l’Elohiste, aurait deux siècles de moins et serait celui qui a été choisi pour servir d’ouverture à la Bible. Tous deux racontent à peu près la même chose, reprenant la toute première légende et apportant, au fil du temps, de nombreux détails.

Sautant encore d’époque et d’une civilisation à d’autres, je passe par les mythes celtiques. Eux ne parlent pas directement de création du monde mais croient en la pré existence d’un démiurge. Selon les récits, il est dieu ou héros, masculin ou féminin et offre toujours une très nombreuse descendance. Sa principale occupation est le défrichage de la planète pour faire apparaître toujours plus de plaines, de nouveaux lacs et des rivières. Chacune des cinq vagues mythiques irlandaises apporte son complément de décor qui permet à l’Humanité de s’établir et de se développer, protégée et gouvernée par une multitude de dieux plus ou moins guerriers.

Même les Incas vénéraient un dieu créateur suprême nommé principalement Viracocha. Représenté sous forme humaine, il est le premier de tous dans les croyances amérindiennes. Il est le géniteur des ancêtres mythiques nommés Ayar manco et Mama Ocllo. Dieu tutélaire, il ne possède pourtant pas la suprématie dans la pensée inca. C’est un autre dieu, le dieu-soleil Inti, que les Incas pensaient être leur père. Le soleil –comme dans la civilisation égyptienne – est le principe majeur de cette cosmogonie lointaine malgré un panthéon riche en divinités variées. C’est lui qui, las de la barbarie, de l’ignorance et de la misère dans laquelle vivaient ses enfants – les hommes – leur envoya deux de ses progénitures divines pour leur apprendre à vivre mieux et plus proches de la nature qui les entourait. Ici comme dans toutes mes autres visites, il n’est pas expliqué l’origine première du fondateur de l’Univers.

Je pourrais, comme ça, faire le tour détaillé de bien d’autres civilisations…en passant par les Grecs, les Romains ou les Hindous… Ce soir n’y suffirait pas… Toutes ces cosmogonies présentes des points similaires. Malgré les différentes composantes spécifiques à chaque récit, ce sont ces observations les points les plus intéressants. Voilà bien une réaction universaliste que cette recherche puisque, si les contes divergent parfois – pas toujours -, le phénomène de questionnement, lui, s’est posé quasiment partout et depuis le début de la civilisation de l’Humanité : dès qu’il s’organise en société, mais aussi dès qu’il commence à enterrer ses morts, l’homme cherche des explications à son existence et un commencement avant le commencement des temps. C’est sa façon de répondre à son besoin de comprendre, sa soif de savoir.

De continents en époques, tous aussi éloignés les uns des autres, l’idée est venue à l’esprit d’hommes aussi différents que pouvaient l’être les amérindiens, les chinois, les arabes ou les irlandais… Et là, on ne peut que se rendre compte que se pencher sur les cosmogonies c’est plonger dans la naissance de la spiritualité. C’est en transcendant le phénomène de création que l’homme est parvenu à l’invention des divers dogmes religieux auxquels les populations se sont soumises et se soumettent encore de nos jours.

Ensuite, on remarque que les échanges, tant commerciaux que guerriers, ont contribués à la propagation d’idées et de croyances et ceci bien avant les diverses découvertes instrumentales et technologiques permettant les vérifications scientifiques. En effet, certaines similitudes se repèrent facilement d’une histoire à l’autre.

La réflexion qui me vient c’est le monothéisme archaïque qui se dégage souvent de plusieurs de ces mythes. Enki, le dieu primordial babylonien, la mère créatrice chinoise Niu-Koua, l’Elohim juif, le démiurge celtique, la mère primitive des Egyptiens, jusqu’au dieu Viracocha inca, ils sont d’abord uniques. La plupart assurent leur descendance par une myriade de déesses, de dieux ou demi-dieux plus ou moins proches des hommes qu’ils guident, surveillent, combattent, tuent ou honorent.

Chacun de ces principes organisateurs, qu’il soit assimilé au souffle, à la parole ou à l’esprit, représente l’avant le commencement, c’est ce qui lui donne sa valeur exceptionnelle. Tous sont sortis de l’imagination humaine sans qu’il y ait eu besoin d’apporter des précisions sur leur éventuel passé ! Ils pré existent, voilà tout ! Toute origine, chaque création est – par essence même – sacrée : celle du monde, quelque soit la manière de l’appréhender, l’est encore plus parce qu’elle garde son énigme et parce qu’elle est d’intervention divine. Mais cette nécessité est temporisée par une autre : celle de mettre à la portée de chacun une partie de ces mystères qu’il ne parvient pas à bien expliquer mais dont il éprouve le besoin.

Une autre réflexion me fait remarquer que les hommes ont compris qu’avant leurs apparitions, le décor devait d’abord être créé : chaque démiurge débute son « travail » par le façonnage d’un cadre de vie : le ciel se sépare de la terre, le jour et la nuit se différencient, l’air, le feu, l’eau et la lumière se constituent. Puis viennent les éléments naturels tels que les montagnes, les rivières, les plaines… L’Humain semble ainsi être l’aboutissement du labeur du dieu-créateur, la finalité, pourrait on croire.

Enfin, une dernière réflexion émerge de ma recherche : rien ne se produit calmement, dans la paix : le chaos originel qui permet le déploiement de l’énergie indispensable à la création du monde entraîne, obligatoirement, conflits, débordements, guerres. L’ordre ne peut s’établir qu’après le désordre, le Tohu-Bohu. Aucune de ces légendes n’a une ambiance de paix, de sérénité. Toutes ces scènes sont un enchainement de terribles luttes.

Cela me fait penser à la mère qui enfante dans la douleur, à l’artiste qui crée le plus souvent dans le malheur et la pauvreté. Le démiurge, qui façonne le monde, travaille à partir d’une énergie destructrice qu’il ordonne et organise. Cela voudrait dire que toute création ne peut se faire que dans le sacrifice. Et cela voudrait-il dire que du chaos de chaque guerre doit ressortir l’ordre de paix auquel nous aspirons tous ? Je me pose la question. Jung dit que changer c’est à la fois naître et mourir ! Un peu comme nous le faisons en tapant à la porte de notre T\ Nous mourrons dans le Cabinet de Ref\ pour renaître au bout de l’Initiation qui débute par un voyage chaotique, se calme un peu au cours du deuxième pour s’apaiser au troisième, juste avant le jaillissement de la Lumière.

RESUME

Dès qu’il s’organise en société, mais aussi dès qu’il commence à enterrer ses morts, l’homme cherche des explications à son existence et un commencement avant le commencement des temps. De continents en époques, tous aussi éloignés les uns des autres, l’idée est venue à l’esprit d’hommes aussi différents que pouvaient l’être les amérindiens, les chinois, les arabes ou les irlandais : c’est en transcendant le phénomène de création qu’ils sont parvenus à l’invention des divers dogmes religieux auxquels les populations se sont soumises et se soumettent encore de nos jours. Parce qu’il leur est évident que seule une intervention divine peut être à l’origine de toute chose. Rien ne se produit calmement, dans la paix : le chaos originel qui permet le déploiement de l’énergie indispensable à la création du monde entraîne, obligatoirement, conflits, débordements, guerres. Cela voudrait dire que toute création ne peut se faire que dans le sacrifice.

Source : www.ledifice.net

Par E\ V\ et C\ L\ - Publié dans : Planches
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Mercredi 24 septembre 2014 3 24 /09 /Sep /2014 07:37

Le frère Expert se lève et, avant de tracer le tableau de loge qui va achever la préparation matérielle de la loge, il ouvre le Livre de la Loi Sacrée au Prologue de Jean :

« Au commencement était le Verbe,
le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. Il était proche de Dieu.
Tout a existé par Lui et rien de ce qui existe n’a existé sans Lui.
En Lui était la Vie des Hommes et la Vie était la Lumière des Hommes.
La Lumière brille dans les Ténèbres et les Ténèbres ne l’ont pas connue
. »


Nos travaux se déroulent sous le patronage de Jean et de ce texte cosmogonique tiré du Livre de la Loi Sacrée.
Toutes les traditions possèdent un mythe qui raconte la création de l’univers et explique sa fin. Depuis l’océan de lait de Brahmâ jusqu’au Pancréator orthodoxe ou le serpent à plumes aztèque, toutes les cultures racontent un mythe de genèse explicatif de l’état actuel du monde et qui comporte des indications sur sa fin possible, probable ou certaine.
Ces cosmogonies inspirent les monuments qui nous sont parvenus : soit des observatoires astronomiques pour suivre la cosmogonie en marche comme à Stonehenge, soit des monuments reconstituants la cosmogonie elle-même dans la pierre comme à Angkor, soit des livres de pierre racontant cette cosmogonie comme nos cathédrales.
L’humanité se partage entre ceux qui pensent avec Jacques Monod, que la Vie est due au hasard et à la nécessité et ceux qui croient que l’univers a un sens.
Nous autres, maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté, pensons que l’univers a un sens et que ce sens lui est donné par un Principe supérieur que nous appelons le Grand Architecte de l’Univers.
Cette appellation marque notre volonté de ne pas l’identifier à un dogme et permet à chacun d’avancer à son rythme sur le chemin de sa propre compréhension de la transcendance depuis la figure d’un dieu révélé jusqu’à l’abstraction d’un principe mathématique.
Notre article 1er de la Déclaration de principes de la Grande Loge de France dit explicitement : « La GLDF travaille à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers. »
Cette invocation qui consacre nos travaux, c’est-à-dire qui les rend sacrés, doit ramener à notre conscience, si nous l’avions oublié, que nous sommes des ouvriers qui travaillent sur un plan, et qui dit plan dit finalité. Finalité qui nous échappe et nous échappera jusqu’à l’orient éternel, mais finalité qui nous impose en permanence la recherche de notre propre amélioration afin d’être le meilleur ouvrier possible, car il est plus facile de faire son devoir que de le connaître.
Ce n’est que dans la perspective de cette finalité que la fraternité, fondement de notre ordre initiatique et traditionnel, offre sa véritable dimension.
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu …. »

Ce « commencement » temporel et éternel ouvre le déploiement d’une Cosmogonie qui se poursuit encore aujourd’hui et que viendra clore l’Apocalypse du même Jean.
Commençons par l’étymologie : cosmos vient du grec kosmos que nous traduisons rapidement par monde ou univers mais qui veut d’abord dire « ordre » et « beauté », et gonie qui veut dire génération au sens d’enfantement. La cosmogonie est donc l‘enfantement dans la Beauté de l’ordre universel. Une sorte d’abrégé de notre devise « Ordo ab Chaos »
Voyons d’abord ce que la science, la physique fondamentale, l’astrophysique peuvent dire aujourd’hui sur la cosmogonie, sur la création de notre univers.
La théorie du Big Bang initial reste, pour le moment, majoritairement reconnue comme étant la plus probable, même si, comme toutes les théories, elle a ses détracteurs. Cela se serait passé il y a entre treize et quinze milliards d’années. Depuis, selon une complexité croissante, la vie en est arrivée sur notre planète au stade humain.
Tous les astrophysiciens sérieux professent que les statistiques nous obligent à concevoir que la Terre n’est pas la seule planète habitée par la vie dans la Voie Lactée, notre galaxie, et à fortiori dans l’Univers. Ces mêmes statistiques nous obligent également à admettre que l’évolution intellectuelle et technologique de l’humanité n’est pas un étalon absolu et que d’autres intelligences peuvent fort bien se trouver à d’autres stades plus ou moins élevés.
L’évolution de l’Univers a deux fins possibles : soit l’expansion infinie avec un refroidissement constant, soit une inversion de l’expansion en cours vers un Big Crash final. Le choix est entre les deux scénarii est entre les mains (si j’ose dire) d’une particule élémentaire appelée neutrino : si cette particule a une masse, même infinitésimale, alors la Loi d’attraction impose un ralentissement progressif puis un retour vers le point de départ : c’est le scénario du Big Crash qui prévaut aujourd’hui.
Car il semble bien que ce neutrino ait effectivement une masse et qu’après une période d’expansion toujours actuelle, il y aura une période de contraction. Les anciens Védas indous appellent cette alternance : la respiration de Brahmâ.
Depuis les années 1905-1910, deux grandes théories s’affrontent dans l’explication physique de l’Univers : la théorie d’Einstein de la Relativité générale et celle de Planck, la théorie quantique.
Je ne rentrerais pas dans l’explication de ces théories, mais je rappelle seulement qu’elles se sont combattues par physiciens interposés pendant 60 ans comme étant irréductibles l’une à l’autre.
En fait, le statu quo s’est organisé dans une répartition des territoires : à Einstein, la physique subatomique et à Planck, la physique infra atomique.
Mais en 1962, un mathématicien et physicien français, Jean Charon publie « Eléments d’une théorie unitaire de l’Univers » puis en 1974 « Théorie de la Relativité complexe ». S’en était fait de la guerre entre les 2 théories même si, comme à l’accoutumée, des escarmouches continuent en arrière garde.
Charon et d’autres à sa suite avaient réussi à fondre les deux visions en une théorie unitaire. La clef leur avait été donnée par l’étude des trous noirs. Un trou noir apparaît (si j’ose dire puisqu’il est invisible) quand une étoile massive s’effondre sur elle-même au point de contraindre les éléments constitutifs de l’atome, protons, neutrons et électrons à s’agglutiner les uns contre les autres. Cette monstrueuse contraction crée un objet d’une densité telle qu’il crève littéralement l’espace-temps pour disparaître ne laissant dans l’univers que la trace de son emplacement sous forme d’un point d’attraction infinie capable de tout avaler y compris … la lumière ! Ce pourquoi il devient invisible.
Mais si cette étoile a disparu à nos yeux en trou noir, elle existe toujours, mais …… ailleurs et c’est l’étude de cet « ailleurs » qui a permis à Charon de construire sa théorie. Ses publications ont été saluées comme des avancées éminentes de la physique fondamentale, et on commença même à parler de Prix Nobel, jusqu’à ce qu’il publie d’autres ouvrages dont certains de vulgarisation sur les conséquences de sa théorie, en particulier sur l’électron.
En faisant court, l’électron est un trou noir à la taille des particules élémentaires : il est éternel, invisible, n’a pas de masse, accroît son énergie sans jamais en perdre, et interagit avec ses voisines avec lesquelles il peut échanger des informations. Comble du paradoxe, ils peuvent échanger entre eux des informations instantanément quelle que soit la distance qui les sépare, ce qui va à l’encontre du tabou de la vitesse limite de la lumière.
Tous ces développements ont amené Jean Charon à conclure que l’électron manifestait des caractéristiques en tout point semblables à celles que l’on prête à l’Esprit : immortalité, accroissement constant d’organisation, réalité d’un autre niveau mais interagissant avec le nôtre, etc … L’électron participe temporairement à des structures vivantes que la mort détruit sans que lui-même soit altéré le moins de monde.
Je vous laisse à penser le sort que ces collègues scientifiques lui réservèrent. Pourtant ses publications scientifiques continuent à faire autorité car personne ne peut, pour le moment, trouver de faille dans ses raisonnements.
Les trous noirs et l’électron nous démontrent donc scientifiquement qu’il existe un « ailleurs » où nos lois physiques classiques sont inversées, temps, espace, entropie, vitesse de communication pour ressembler curieusement à un univers spirituel.
Laissons maintenant un instant la science avec notre côté Soleil pour laisser parler la Lune et notre imaginaire nourri de ces informations scientifiques et des mythes de la Tradition.
Toutes les traditions racontent une histoire ou plus exactement l’Histoire du Monde avec un H. Ces mythes sont parfois traités avec un mépris à peine déguisé par des têtes bien pensantes au nom de la réalité cognitive : tout ce fatras ne serait qu’une tentative d’explication anthropomorphique pour compenser notre peur de mourir.
Cela n’a jamais été pas mon sentiment personnel et encore moins mon sentiment de maître maçon.
Tous ces mythes parlent du GADLU et de l’Univers, le sien et le nôtre. Or quelle que soit notre envie, nous ne pouvons employer que des mots d’homme ; même ce que nous appelons l’abstraction mathématique est encore anthropomorphique. A chacun d’entre nous de trouver l’idée derrière le mot.
Pour aller plus loin, je vous propose un songe qui pourrait avoir été celui d’Hiram et qui combine dans une forme que j’espère maçonnique les grandes traditions spirituelles. Et souvenez-vous que pour approcher l’indicible, le seul outil qui vaille est le symbolisme.
Imaginez, si vous le pouvez, le Néant, sans lumière, ni forme, ni temps, ni son.
C’était il y a très, très longtemps : 15 milliards d’années.
Le GADLU sortait doucement de sa rêverie car le moment était proche. La montée de Son désir devenait trop forte. Il savait que toute Sa sagesse allait vouloir répondre à la Force qu’il sentait monter en Lui.
Une énorme pulsion de volonté L’amena à se contracter pour créer un espace de vide suffisant afin d’accueillir la Beauté d’un nouveau cycle de croissance.
Il savait déjà combien l’extase de la création allait engourdir Sa conscience ; Il vibrait doucement au bonheur à venir des fusions futures.
Sa volonté se fixa tout entière sur Son désir et Il S’abandonna au déchaînement de la jouissance pure.
La Lumière vibrante envahit tout le Vide et partit à la rencontre du Néant. Le flamboiement s’accompagna d’une fantastique chaleur dans laquelle rien n’existait en densité.
La violence de l’acte créateur, la puissance infinie de la sensation, les torrents de Lumière accompagnant la Force de Son cri d’Amour lancèrent à nouveau des myriades de semences hors de lui dans l’espace ainsi créé.
Ces graines inconscientes, ces éons, incandescents tourbillonnaient, se déployant toujours plus loin, s’écartant peu à peu l’une de l’autre, s’éloignant de Lui.
Lui, comblé, engourdi, radieux voyait ce nouvel univers insouciant de sa quête pourtant déjà commencée, s’épanouir en corolles étincelantes et colorées.
Lentement avec l’éloignement, la chaleur diminua et les Lumières se séparèrent : l’une à l’extérieur, l’autre à l’intérieur.
Les éons nouveaux nés sortirent de leur torpeur et s’identifièrent aux premiers grains de matière que leur inertie avait fait apparaître.
Alors cherchant sans savoir quoi, ils se rapprochèrent, se connurent, s’agglutinèrent, élaborant ensemble des machines à apprendre.
Ils s’organisèrent selon les règles de la Vie qu’Il avait données, écartelés sans encore le comprendre entre une vague nostalgie et un espoir fou. Toute leur recherche tendue vers ce manque impossible à qualifier qui pourtant les empêchait de rester immobiles.
Lui attendait, disponible, aimant, et attentif.
Avec lenteur d’abord, puis de plus en vite, les éons remontaient l’échelle de Lumière : sidéral, élémental, minéral, végétal, animal.
Chaque expérience rendait la quête plus nécessaire, plus impérieuse, leur désir plus fort et la nature de ce désir plus proche et pourtant encore si mystérieuse.
Les formes périssables qu’ils élaboraient les obligeaient à perdre périodiquement leur support matériel et à expérimenter la peur de la Mort.
Cette Mort les replongeait momentanément dans un état de conscience pur proche du Sien et cependant toujours voilé.
Mais toujours le ressort du désir les poussait plus loin sans s’attarder.
Peu à peu, leur conscience engourdie s’éveillant, des échos lointains leur laissaient à penser qu’une autre réalité était possible ou même nécessaire : « Chimères ! Avancez » disaient les marchands, « A genoux ! Craignez la colère des Dieux ! » disaient les prêtres.
Mais ils continuaient à travailler en plus grand nombre dans des ensembles chaque jour plus complexes qui leur permettraient de mieux avancer et d’accroître encore et encore leur niveau de conscience.
Les galaxies, les systèmes planétaires se pliaient à leur recherche.
Ils travaillaient en groupes, les plus éveillés aidant leurs voisins les plus proches avec qui ils avaient depuis longtemps l’habitude d’échanger.
Ils essayent maladroitement à travers ces échanges d’apaiser le besoin secret qui les taraudait.
Des écoles s’organisaient en créant en leur sein des synergies plus profitables pour calmer leur tension intérieure.
Puis, un jour, un éon recouvrit sa mémoire: il se tourna vers Lui et Lui sourit. Il se leva parmi les siens et dit « : « L’Esprit est ». Alors la quête consciente commença.
Ce premier fut suivi par un second puis un troisième, un quatrième ……
Ensemble s’épaulant, ils conçurent de nouveaux cénacles pour aider ceux qui étaient prêts à retrouver la mémoire plus vite, à aimer plus vrai.
Ces cercles se remplirent et d’autres furent nécessaires.
Les marchands essayent périodiquement de ralentir ce mouvement, de fermer les écoles, de tuer les meneurs, mais rien n’y faisait : leur ardeur était Sa joie, leur prière Son attente.
De temps en temps, l’un d’eux se levait pour parler de Son amour : certains pleuraient de joie, d’autres riaient.
Le jour arriva où leur amour fut suffisant : la dispersion se ralentit et s’inversa : le retour avait commencé.
Chaque fois qu’ils le pouvaient, les éons fusionnaient dans un éclair de Lumière pour rendre visible cette puissance de l’Amour. Et chaque fois, ils se rapprochaient davantage de Lui pour mieux Le connaître.
Peu à peu, les galaxies revenaient du fond de l’espace vers Lui en chantant. Chaque fusion accélérait le mouvement.
Puis, la Lumière intérieure réapparut, vibrante, scintillante. Le chœur de Ses proches se fit entendre de tous.
Enfin, quand ils furent tous prêts, en Paix jusqu’au dernier, unis dans leur chant d’Amour, Il les accueillit dans un appel prodigieux et tandis qu’ils plongeaient avec Joie dans Sa Conscience, Sa Sagesse Dilatée contemplait l’Univers se refermer en Lui.
J’espère que cette évocation poétique puisée dans diverses cosmogonies traditionnelles ne vous a pas lassés.
J’arrête là mon travail qui n’avait d’autres buts que de proposer à l’atelier de nouvelles pistes de réflexion sur l’homme et sa place dans l’univers.
Pour clore ce songe, je vous propose une citation d’un maître soufi :
« Quand j’ouvre les yeux, j’observe ma petitesse face à l’univers, mais lorsque je ferme les yeux, je vois l’univers en moi. »

V.M. et vous tous mes frères, j’ai dit.

Source : www.ledifice.net

Par X - Publié dans : Planches
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Mardi 23 septembre 2014 2 23 /09 /Sep /2014 06:44

J’ai décidé de donner un coup de main à deux très bons amis : je leur laisse la parole.

« Startup nantaise développe un concept unique en Europe de marketing d’anticipation et de collecte d’informations sur les personnes.

Aujourd’hui plus de 7,5 millions de personnes déménagent tous les ans en France. Cette base d’informations est stratégique pour énormément d’entreprises qui souhaitent gagner de nouveaux clients, conserver leurs clients et vendre plus de produits.

La mobilité géographique est un moment clé dans la vie économique d’un foyer, car il peut à cette occasion rompre et changer tous ses contrats (Assurances, Mutuelles, Téléphonie, l’énergie, …). De plus, le foyer consomme des services pour son déménagement (déménageurs, cartons, véhicules, ….) et son installation (Décoration, ameublement, travaux, …). Mais comment connaitre ce moment ?

Jusqu’à présent il n’existait pas de solution pour détecter le déménagement des foyers en temps réel,  et cela représente un manque à gagner de plusieurs dizaines de millions d’euros pour les entreprises.

Nous avons trouvé la solution et elle est unique en Europe !

Par notre concept totalement innovant, nous collectons les informations des personnes en phase de déménagement et monétisons cette base de données en temps réel.  Notre fichier a 2 à 3 mois d’avance sur le fichier « Nouveaux arrivants » de La Poste, nous pouvons donc proposer tous les services et produits aux bons moments.

Comment faisons-nous ? Nous avons développé une solution web, déclinable et personnalisable en applications métiers qui sont utilisées par les clients des agences immobilières, banques, assurances, … et nous mettons en place des flux informatiques « intelligents »

Six mois après notre lancement nous sommes aujourd’hui reconnus comme entreprise innovante par la BPI et le pôle d’innovation Atlanpôle. Nous sommes Lauréat 2013 du réseau Entreprendre Atlantique et soutenus par la Banque Populaire.

On dit que les bases d’informations sur les personnes sont  le pétrole de demain ! Cela ne s’est pas démenti car notre carnet de commande est plein et nous devons faire face à une forte attractivité de notre solution.

Pour répondre à cette demande et développer notre solution en Europe, nous ouvrons notre capital et  recherchons des partenaires financiers. Notre développement rapide assure une très forte rentabilité.

Pour des raisons stratégiques et commerciales nous gardons l’anonymat afin de préserver la confidentialité de notre innovation. Si vous êtes investisseur ou si vous connaissez des investisseurs pouvant être intéressés pour participer au développement de notre société, merci de contacter notre ami Thomas Dalet  en lui envoyant un mail à thomas.dalet@orange.fr ou sur son portable au 0680222290 ».

Commentaire : à l’heure actuelle, il est important d’aider ceux qui veulent entreprendre. Merci à celles ou à ceux qui pourront œuvrer dans ce sens. C’est rare que j’utilise mon blog pour promouvoir des projets mais celui-ci est digne d’intérêt et surtout il est porté par deux amis qui ont beaucoup travaillé, sans rémunération, et qui méritent de réussir.

PS : merci pour votre fidélité, nous avons dépassé les 2000000 de visites !

Par T.D
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Lundi 22 septembre 2014 1 22 /09 /Sep /2014 06:00

En avant-propos, je dois prévenir les âmes sensibles. Il est possible que nous ayons à évoquer des scènes qui pourraient choquer un public non averti.
En effet, nous allons parfois être obligés, à certains moments, de parler de foi, de croyance, de Dieu et même du Grand Architecte de l'Univers !

Notre approche sera bien sûr historique et raisonnée. Il ne s’agit pas pour moi de vous livrer ce que je pense et crois, (qui n’intéresse personne et que d’ailleurs tout le monde connait très bien), il s’agit d’avoir le regard le plus objectif possible sur des réalités historiques.

Nous disposons de plus de 600 ans de sources sur ce sujet et nous allons essayer d’amener quelques éléments de réflexion sur ce sujet.

Je dois posséder plus d’un millier de rituels différents, dont plusieurs centaines consacrés uniquement à la maçonnerie bleue, c’est-à-dire aux trois premiers grades. Ces rituels expriment des rites différents mais aussi des façons différentes de pratiquer ces rites.

Quand on regarde avec attention ces rituels, d'où qu'ils proviennent, on s’aperçoit qu’une structure globale commune est à peu près toujours répétée. A l’intérieur de cette structure, les éléments peuvent être très différents, mais on peut dire qu'une structure semblable existe entre la plupart de ces rituels différents. Il y a une préparation, puis des 'voyages', une légende, une histoire, puis un serment, enfin, la communication de secrets et des explications à propos de ce qui vient d'être communiqué.

Bien évidemment, cette structure est 'élastique' et peut varier selon le rite et les temps, les histoires ou les 'voyages' par exemple peuvent être plus ou moins présents, on peut même ne pas avoir d’histoire du tout, ni de 'voyages' !

Malgré tout, il est un élément qui est toujours présent, toujours, et qui agit comme une plaque tournante dans la cérémonie: le serment.

Il y a en effet un avant, et il y a un après serment ! Il peut se passer plein de chose très différentes avant le serment, mais après ce serment les choses ne seront jamais plus les mêmes. C'est suite à ce serment que le récipiendaire devient maçon. Avant son serment, il n’est pas maçon, après son serment, il devient maçon et est relevé comme tel !

N'est-ce pas juste après le serment que le candidat reçoit la lumière ?

Il est d’ailleurs assez intéressant de noter qu'il est maçon avant même d’avoir reçu les secrets qui ne lui seront communiqués qu'après le serment. En fait, c'est parce qu'il a prêté serment qu'il devient maçon et que l'on peut donc, en tant que maçon, lui transmettre les secrets.

Relevons par ailleurs que le serment est non seulement la plaque tournante de la cérémonie d’initiation mais aussi celle de la plupart des autres grades de la Maçonnerie qui se créeront au fil du temps.

Harry Carr résume bien notre sujet en disant que « s'il n’y avait qu’une et une seule clé pour ouvrir la porte du métier de la maçonnerie, ce serait le serment du maçon ». Il est clair que c'est bien le serment qui fait le maçon.

Alors pourquoi ce serment a-t-il autant d’importance dans la maçonnerie ?

Le serment existait autrefois dans à peu près toutes les corporations et il avait plus ou moins d’importance, mais en maçonnerie le serment avait une importance capitale.

Pourquoi ? Parce que ce serment donnait la possibilité de protéger le Mot du Maçon ! Et que le Mot du Maçon était un élément capital pour le métier !

Imaginons que nous soyons aux premiers temps de la maçonnerie et que je sois le propriétaire du château de Stirling (bien bel endroit !). Imaginons que je veuille ajouter une tour à l'ouvrage.
Je vais faire appel à un maître d’oeuvre qui lui va devoir faire appel à des maçons. Si les travaux sont d'importance, les maçons locaux ne suffiront pas, il va falloir en faire venir d'un peu partout pour le temps des travaux.

Comment être sûr que les maçons qui vont se présenter ont la qualification nécessaire pour pouvoir entreprendre ces travaux ?

Et bien à travers du Mot du Maçon !

N'oublions pas que nous sommes dans une société orale, à une époque où l’écrit est rare, cher et qu'il ne peut être partagé par tous puisque tout le monde ne sait pas nécessairement lire et écrire. Le maçon ne peut pas présenter de diplôme. Le maître d’oeuvre ne peut pas envoyer un e-mail aux précédents employeurs pour se garantir de celui qu'il va recruter.

Le Mot du Maçon est alors le moyen de pouvoir prouver sa qualification et ainsi de pouvoir obtenir les gages qui vont avec.
Parce que les gages d’un maçon n’ont absolument rien à voir avec les gages d’un Cowan.
Le Mot du Maçon permet donc, en tout temps, de garantir à l'employeur que le maçon qu'il va recruter possède bien les qualifications requises comme il garantit le maçon d'obtenir les gages auxquels il a parfaitement droit.

Les enjeux sont d'importance.
Si nous étions dans une corporation de boulanger, une usurpation de qualification pourrait amener à ce que le pain soit raté, ce qui est bien sûr ennuyeux mais sans grandes conséquences.
Lorsque l'on doit construire des édifices qui sont là pour durer des siècles (qui ont d’ailleurs duré jusqu'à aujourd’hui) , il est capital d'être assuré que tous les maçons employés soient qualifiés pour les travaux qu'ils ont à faire.

Nous devons préciser qu'il existe en ces temps, deux types de maçonneries bien distinctes : une maçonnerie de pierres sèches et une maçonnerie de pierres taillées (sans compter les maçonneries qui ne sont pas de pierre comme la brique des Bricklayers). Ces deux modes de construction sont très différents l'un de l'autre. Ce, si bien dans les techniques utilisées que dans les ouvrages pour lesquels on les utilise.

Les maçons dont nous parlons sont des maçons de pierres taillées qui vont donc entreprendre des ouvrages d'envergure destinés à durer. développant les plus hautes technologies de l'époque.
Rien à voir avec les constructions de pierre sèche, qui n'utilisent même pas de ciment.

Mais revenons à notre Mot du Maçon.
Pour l'obtenir, ce Mot du Maçon, et bien, il va falloir prêter serment. Un serment qui devra être, pour tous, la garantie que ce mot ne sera pas divulgué.
En effet, si ce Mot du Maçon était révélé à quiconque n'appartenant pas au métier, quiconque pourrait donc prétendre indument à cette qualification comme aux gages qui vont avec.
A ce compte là tout le monde serait trompé et lésé.
L’employeur et le maitre d’œuvre payant un salaire indu à un imposteur qui pourrait mettre en danger la communauté par des malfaçons de l’ouvrage, et puis les autres maçons qui pâtiraient ainsi d'une dévalorisation leur savoir-faire et leur métier.

Ce mot devait donc être préservé à tout prix. Et le serment en était la meilleure caution.

Le serment maçonnique est déjà présent dans les textes les plus anciens du métier comme, entre autres, le Regius (1390).
Ce serment, est en premier lieu fait au Roi, évidement. Nous sommes dans des temps où tout corps constitué doit avant toute chose montrer sa loyauté au souverain. Puis ensuite à son maitre, c’est-à-dire son employeur et enfin au métier.

Ce serment, il est bien sûr prêté devant Dieu.
Seul un serment prêté devant Dieu peut alors lui garantir une « validité » universelle.

Un serment ne peut avoir de valeur que par rapport à la mesure que lui donne celui qui prête ce serment. C'est son niveau de sacralisation qui donne l'assurance qu'il ne sera pas délié.

Si je sais que celui qui prête serment croit en Dieu et tient au salut de son âme. Alors, je crois en son serment car désormais, le pacte est directement lié entre lui et Dieu. Dieu qui voit tout, Dieu qui sait tout et que l'on ne peut tromper.
A partir de là, nul besoin d'écrit, la validité du serment est patente pour tous ceux qui sont unis par la croyance en un même Dieu.

D’ailleurs, l’ensemble de la société médiévale (comme de toutes les sociétés anciennes) tenait sur le serment. Le serment était absolument partout. Celui qui prêtait serment devenait de « bona fides », de bonne foi ! C’est-à-dire que l’on pouvait croire en lui. Pas besoin d’écrit, le serment portait la confiance entre les parties prenantes de la société. Et gare à celui qui ne tenait pas son serment car il se retrouvait alors honni de Dieu pour cette vie et au-delà mais aussi de l'ensemble de la société !
Aujourd’hui, vous l'avez remarqué, nous ne sommes pas dans le même type de société et mieux vaut avoir avec soi des légions d’avocats pour pouvoir faire valoir son droit. Les écrits sont partout présents mais les signatures et les engagements peuvent être remises en cause à tout moment ...
A cette époque pas besoin d’écrit, si tu ne tiens pas ton serment, tu auras à régler le problème directement devant Dieu...

Mais revenons à notre serment maçonnique.
Si l'on analyse les différents textes historiques en notre possession on s'aperçoit d'une véritable césure pré et post « Grande Loge de Londres »Depuis les textes médiévaux, jusqu'au manuscrits précédent juste la formation de la Grande Loge de Londres, (manuscrit des archives d’Edimbourg 1696 / Sloane, environ 1700) on voit clairement que l'on prête serment pour se voir délivrer le Mot du Maçon.
Ceci montre bien que nous sommes encore à ce moment dans une dimension encore opérative
Je vais vous citer le texte du manuscrit des archives d’Edimbourg 1696
« Me voici, moi le plus jeune et dernier apprenti entré, puisque je jure par Dieu et Saint Jean, par l’équerre et le compas, et la jauge commune, d’être au service de mon maître, à l’honorable loge du lundi matin au samedi soir, et d’en garder les clés sous peine qui ne peut être moindre que d’avoir la langue coupée sous le menton et d’être enterré sous le rivage qui recouvre la mer sans aucune trace pour quiconque. Alors il fait de nouveau le signe en retirant la main sous le menton près de la gorge ce qui montre qu’il l’aura tranché s’il viole la parole. Alors tous les maçons présents se murmurent entre eux le mot, en commençant par le plus jeune jusqu’à ce qu’il parvienne aux maîtres maçons qui donnent le mot à l’apprenti entré ».

Il s’agit bien de mot ! On prête serment, on a un mot !
(Notons au passage que cette façon de faire « remonter » le mot se trouve toujours dans certains rituels français).

Il est intéressant de remarquer qu'après la formation de la Grande Loge de Londres en 1717, les rituels de 1726 manuscrit Graham ou Prichard en 1730, et bien on ne parle plus de mots, on parle des « Secrets du maçon ».
On est passé dans un autre univers ... dans une autre mise en place !

Voici donc ce que nous dit le manuscrit Graham de 1726, juste après ce que l'on peut appeler le « remaniement Désagulien »:
« D. Qu'avez-vous juré?
R. De garder et cacher nos secrets.
D. Quels autres points contenait votre serment?
R. Le second était d 'obéir à Dieu et à toutes les équerres véritables faites ou envoyées par un Frère, le troisième était de ne jamais voler la moindre chose car j'offenserais Dieu et je couvrirais l'équerre de honte, la quatrième était de ne jamais commettre l'adultère avec la femme d'un Frère ni de dire à un Frère un mensonge délibéré, le cinquième était de ne pas souhaiter une vengeance injuste d'un Frère, mais de l'aimer et de le secourir lorsque c'est en mon pouvoir sans trop compromettre mes intérêts. »

Le plus intéressant ici (outre l'engagement de ne jamais commettre l’adultère avec la femme d’un frère) est de constater, que nous sommes passés du « Mot du Maçon » aux « secrets du maçon ».

Nous voyons là que nous ne sommes plus là dans une dimension de type opérative (même si vous le savez - nous le rappelons souvent -, les « opératifs » ont toujours été aussi « spéculatifs ».
J'en profite ici pour insister sur le fait que la transformation qui se produira après l'événement (ou le non-événement, mais il s'agit d'une autre histoire) de la constitution de la Grande Loge de Londres est à créditer essentiellement à Jean Théophile Désaguliers et non pas à James Anderson, comme on peut l'entendre souvent, celui-ci n'ayant été que le bras armé (et bien armé d'ailleurs) de Désaguliers. Fermons cette parenthèse.

Alors sur quoi prête-t-on ce serment ?
Et bien on prête ce serment jusque la fin du 18e ou au début du 19e siècle sur l’Evangile ou sur la Bible ! C’est très clair et le fait est mentionné à de nombreuses reprises.

En France, il faudra attendre 1801 et le « Régulateur du maçon » pour noter:
« je jure et promet sur les statuts généraux de l’Ordre et sur ce glaive symbole de l’honneur ... ».
Comme on peut constater, on ne prête plus serment sur la Bible !
Mais, attention, comme on le lit tout de suite après, on prête serment « devant le Grand Architecte de l’Univers qui est Dieu »

Ce qui montre bien qu’en fait le plus important n'est pas ce sur quoi on va prêter serment, mais bien plutôt ce à quoi l’on croit.
Prêter serment devant le « Grand Architecte de l’Univers, qui est Dieu » est alors bien plus important que le livre sur lequel il est prêté.

D’ailleurs en 1813, en Angleterre, la « réforme » de déchristianisation de Sussex sur les rituels donnera à chaque maçon la possibilité de choisir le Volume de la Loi Sacrée sur lequel il prêtera serment. (Revoyez notre précédente conférence). En effet, Sussex raisonne pour l’Empire britannique, qui compte parmi ses sujets désormais de nombreuses confessions. Le textes sacré ici aussi s'avère secondaire du moment ou le serment est prêté sous le regard du Grand Architecte de l’Univers qui est Dieu.
En cette période d'Union entre la « Grande Loge des Moderns » et la « Grande Loge des Antients », après 60 ans de luttes fratricides, un fait des plus révélateurs sur l'importance du serment va se produire lors de la cérémonie d'Union entre ces deux Grandes Loges.
Voici donc comment les choses se sont passées lors de cette cérémonie: les représentants de la « Grande Loge des Antients » ont été placés d'un côté et les représentants de la « Grande Loge des Moderns » ont été placés de l’autre. Les représentant de la « Grande Loge des Antients » vont alors prêter le serment que prêtaient les « Moderns » et à leur tour, les représentant de la « Grande Loge des Moderns » vont prêter le serment des « Antients ». Les uns auront prêté le serment des autres, et les autres, celui des uns.
Cette même procédure sera ensuite perpétrée dans les Loges elles-mêmes. Chaque membre dans chaque loge anciennement des « Moderns » prêtera le serment des « Antients » et chaque membre dans chaque loge anciennement des « Antients » prêtera le serment des « Moderns ».
Ces serments croisés seront la base du nouvel édifice ainsi créé.
Nul besoin de faire repasser à chacun des cérémonies, le serment suffit.
Ceci nous montre encore à quel point le Serment est la Pierre Angulaire de l'ouvrage maçonnique.
Bien. Je dois maintenant aborder deux moments difficiles ...
Le premier moment difficile se passe en France en 1877. C'est à ce moment que l’on va modifier un article des Règlement Généraux du Grand Orient de France. L' article premier.
Alors que dit cet article premier, rédigé en 1849 ?

« La Franc Maçonnerie, institution est essentiellement philanthropique, philosophique et progressive a pour base l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme ».
Le pasteur (parce que c’est un pasteur de de l’église réformée) Frederic Desmons va proposer une nouvelle formulation de cet article et cette nouvelle formulation va être adoptée. La voici:
« La Franc Maçonnerie, institution est essentiellement philanthropique, philosophique et progressive a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale universelle, des sciences et des arts et l'exercice de la bienfaisance. Elle a pour principes la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine. Elle n'exclut personne pour ses croyances. Elle a pour devise : Liberté, Égalité, Fraternité. »

On a donc simplement supprimé : l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme.

Il est par ailleurs à noter que la référence au Grand Architecte de l’Univers sera conservée dans les textes, dans les rituels.
Il faudra attendre 10 ans pour que le Grand Architecte de l’Univers soit « optionnellement » ôté des rituels.

On ne peut pas s'empêcher de poser la question. Pourquoi la Grande Loge Unie d'Angleterre a-telle alors rompu tous ses rapports avec le Grand Orient de France alors qu'à ce moment le Grand Orient de France fait encore référence explicitement au Grand Architecte de l’Univers ?
Pourquoi ?
Et bien parce que pour la Grande Loge Unie d'Angleterre un élément « sine qua non » a été ôté. Non pas le Grand Architecte de l’Univers qui est déjà en 1877 en Angleterre considéré comme « undenominational » mais bien plus important: la référence à l'immortalité de l'âme et sans une croyance en l’immortalité de l’âme plus aucun serment ne peut être valable aux yeux de la Grande Loge Unie d’Angleterre. Pourquoi ?
Parce que l'on continue à considérer, comme la tradition nous le montre que le serment maçonnique ne se porte pas seulement devant les hommes mais avant tout devant Dieu, le Grand Architecte de l’Univers, devant une instance « extra humaine », dans laquelle on croit et qui fait que le non-respect de cet engagement impactera non seulement sur votre vie d'aujourd'hui mais surtout sur le futur de votre âme.
Du moment où l'on a plus l’assurance que l'âme du récipiendaire sera impactée par son serment, et bien l'engagement pris revient à n'être plus qu'un simple agrément sur l’honneur, sur l’humain, sur soi-même. Comment alors être sûr de l’honneur de l’autre ? Il n'est qu'un homme faillible. Donc je ne peux pas croire dans son serment. A partir de là le serment n’est plus valide.

Il ne peut y avoir, pour la Grande Loge Unie d’Angleterre, de serments valables que du moment où il y une croyance dans l’immortalité de l’âme ! Quelle que soit la religion !

Chacun pensera ce qu’il veut de ceci... je n’ai fait que donner des faits, des éléments probants, historiques, et ensuite techniques, mais c’est un sujet de réflexion qu’il faut avoir et dont on ne peut pas faire l’économie lorsqu’il s’agit de prêter serment comme de recevoir celui d'autrui...

Il faut dire aussi que ce conflit Franco Anglais s'explique aussi par des raisons extra-maçonniques qu'il serait trop long de développer ici.
Il est par ailleurs intéressant aussi de savoir que le Pasteur Desmons n'avait en fait aucunement l'intention d'ôter Dieu des bases de la maçonnerie, il le dira lui même plus tard, n'oublions pas qu'il est pasteur...
Mais l'occasion était trop belle dans un camp comme dans l'autre pour faire éclater ce conflit. Nous aurons sans doute l'occasion de revenir plus en détails sur ce sujet dans une future conférence...

On ne peut pas passer sous silence non plus un deuxième évènement important, un deuxième moment difficile qui s’est produit en 1964, mais cette fois ci en Angleterre.
En effet, en 1964, les anglais ont déplacé les châtiments de l’obligation du serment.
Pendant très longtemps, on avait l’habitude de dire qu’il y avait 3 piliers en Angleterre : la Royauté, l’Eglise Anglicane et la Maçonnerie. La maçonnerie était tellement intégrée que personne n’aurait pensé remettre en cause. Dans ces années de nouvelles forces politiques sont apparues et elles ont évidemment voulu bousculer « l’establishment ». Le plus simple était sans doute de remuer un peu la maçonnerie. Ce qui fut fait . Sans ménagements.
La maçonnerie fut alors attaquée sur de nombreux points, notamment sur le fait qu'elle demandait à ses futurs membres de, sans les avoir prévenu, de prêter un serment où on leur promettait de leur couper la gorge, puis ensuite de leur couper ce que l’on veut...

Il y eut alors d’énormes pressions. D’énormes pressions et ce que l’on pourrait appeler « un moment de faiblesse » et une très mauvaise « gestion de crise ».
Bien sûr, il y eu beaucoup de discussions pour savoir si l'on devait ou pas garder ces odieux châtiments d'un autre âge ... mais c’était joué d’avance.
Il a fallu donner une espèce de gage à la société anglaise de ce moment et l'on décida de déplacer châtiments à la fin de la cérémonie, comme une référence à ce qui se faisait autrefois.

Et c’est grave !

C’est grave parce que ces châtiments (mais je ne veux pas empiéter sur le travail que notre frère Philippe vous a préparé, et donc je ne m’étendrais pas sur les châtiments) sont simplement la manière de réitérer le serment qui est porté ! Si nous faisons notre signe ce n'est en fait que pour évoquer le châtiment de notre obligation et donc reprendre notre serment. Le serment, « sacramentum » ,cela veut dire sacré !
Prêter un serment, c’est entrer dans un espace sacré.
A chaque fois que nous ouvrons les travaux, le fait que nous fassions le signe rappelle à tous et à chacun que nous avons tous prêté le même serment, et fait que nous prêtons à nouveau ce même serment. De là, nous créons un espace sacré dans lequel nos travaux pourront être menés à bien.

Quand on est dans un tribunal, aujourd’hui encore, même dans nos sociétés laïques, ce qui va être dit, à partir du moment où on a prêté serment ; que ce soit sur l'honneur, sur la Bible ou sur n’importe quoi, on rentre dans un autre espace, c’est-à-dire que ce qui va être dit ça compte double. On ne peut plus mentir. Si l'on ment, et bien il faudra en payer le prix qui peut être de la prison.
On ouvre à partir du moment où on est sous serment un espace de type sacré et ce même dans la vie civile.

Et bien lorsque nous faisons notre signe nous ouvrons un espace sacré et lorsqu’à la clôture des travaux, nous faisons à nouveau ce même signe ensemble, nous refermons cet espace sacré.

Ce sont là des choses que l’on ne nous dit pas assez, parce que justement nous ne prenons pas assez le temps d’étudier l’essence même de ce que nous sommes en train de faire.

Donc le fait que les anglais aient déplacé ces châtiments est à notre sens, un problème réel parce qu'il déconnecte le signe du châtiment et donc du serment.

Cette dimension sacrée que nous créons ensemble, à travers un serment que nous avons fait ensemble, c’est ce qui nous distingue du club de belote ou d’un club d’affaires. C’est grâce à ce serment que nous pouvons être dans une autre vision de la réalité.
C’est amusant parce que lorsque nous étions en train de nous préparer pour l’entrée en cortège, je disais aux différents officiers en train de se préparer: « Le premier qui sait qui a été élu Pape* me le dit » et là le frère Antonio me dit « Non, là on va rentrer en tenue, là on quitte le monde, alors on ne peut pas être dans le monde »... et il avait raison !

De la même façon, ne perdons jamais de vue que les recherches et les travaux que nous sommes en train de faire n’ont d’intérêt que pour éclairer et mieux comprendre ce que sommes en train de faire et pouvoir continuer à le transmettre. Cela n’a aucun intérêt comme simple signe d’érudition comme nous le voyons trop souvent ici et là...

Chacun est-il bien conscient de sa responsabilité dans le travail maçonnique qu'il doit mener à bien ? Est-il conscient qu'il prend la responsabilité de participer à l'ouverture d'un espace sacré, dans lequel est remis le « Mot du Maçon » qui seul habilite à construire des édifices ?
Est-il bien conscient que tout cela demande une responsabilité, exactement comme le maçon doit être responsable du fait que son mur va être droit et qu’il ne va pas tomber sur la tête des gens.
Et bien même si notre Maçonnerie n'est plus que spéculative, elle demande pourtant la même responsabilité, ou alors il faut faire autre chose que de la Maçonnerie !

A chaque fois que nous faisons le signe, nous avons l’occasion de nous remémorer le serment que nous avons prêté. Si nous acceptons de prêter ce serment, si nous acceptons de faire ce signe, pour réitérer ce serment, si nous acceptons de créer et d’évoluer dans un espace sacré, et bien il faut en être digne et en être responsable.

Bibliographie:


The mediaeval mason
Douglas Knoop and G. P. Jones
Manchester, University Press, 1933.

The Freemason at Work,
Harry Carr, 1976

AQC 74 – 1961
The Obligation and its Place in the Ritual Carr

AQC 100 – 1987
The Penalties in the Masonic Obligations
Mendoza

AQC 42 - 1930
Gild Resemblances in the Old MS Charges
Knoop

AQC 24 1911 The Minute Book of the Aitcheson’s Haven Lodge, 1598-1764
1598-1764.
Wallace-James

History of the Lodge of Edinburgh (Mary's Chapel) No.1.
Embracing an Account of the Rise and Progress of Freemasonry in Scotland
Murray Lyon Blackwell, 1873

Freemasons' Guide and Compendium,
Bernard E. Jones, 1950, 1956

Notes sur le serment.
Renaissance Traditionnelle N°1 Janvier 1970
René Guilly

* Cette conférence a été donnée le jour de l'élection du Pape François

Source : http://www.rudyard-kipling.fr/

Par Philippe R. - Publié dans : symbolisme
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Dimanche 21 septembre 2014 7 21 /09 /Sep /2014 09:40

Jésus disait cette parabole : 
« le Royaume des cieux est comparable au maître d'un domaine qui sortit au petit jour afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d'accord avec eux sur un salaire d'une pièce d'argent pour la journée, et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d'autres qui étaient là, sur la place, sans travail. Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste.' Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d'autres qui étaient là et leur dit : 'Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?' Ils lui répondirent : 'Parce que personne ne nous a embauchés.' Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.' 
Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : 'Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.' Ceux qui n'avaient commencé qu'à cinq heures s'avancèrent et reçurent chacun une pièce d'argent. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d'argent. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : 'Ces derniers venus n'ont fait qu'une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !' Mais le maître répondit à l'un d'entre eux : 'Mon ami, je ne te fais aucun tort. N'as-tu pas été d'accord avec moi pour une pièce d'argent ? Prends ce qui te revient, et va -t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi : n'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?' 
Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »

Par Evangile selon St Matthieu - Publié dans : spiritualité
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Le blog de la RL L.Dermott

            Loge Dermott

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