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L'engagement maçonnique

21 Avril 2016 , Rédigé par Y\B\ Publié dans #Planches

Lors d'une discussion avec notre V\M\ sur la vie de notre Loge, nous en sommes venu à évoquer l'engagement et c'est à partir delà qu'il m'a demandé de plancher sur l'engagement maçonnique. Selon moi l'engagement maçonnique se décline en de nombreux engagements.
Ces engagements peuvent se classifier en deux catégories correspondant à deux plans ou deux mondes distincts et intimement liés: Le monde le monde sacré (c'est à dire dans le Temple) et par opposition le monde profane. Il est en effet un engagement bien au delà des portes du Temple . Voici en quelques mots comment je caractérise l'engagement dans le monde profane et dans le monde sacré (dans le Temple):

Engagement dans le monde sacré (dans le Temple)
Assiduité (prenez place)
Respecter et pratiquer nos rituels (les vivre)
Travailler (faire des planches, s’exprimer)
Assumer des charges (offices, représentation de la Loge, transmission…)

Engagement dans le monde profane
Répandre au dehors…
Etre dans l’action, agir
Avoir un comportement fidèle à son idéal
Travailler à son perfectionnement
En effet, le chemin sur lequel je me suis engagé à progresser implique un comportement à l'extérieur de l'espace sacré du Temple et du temps sacré des tenues.
C'est un engagement d'homme d'honneur respectueux de son idéal, de la vie et des Hommes. Pour la suite de ma planche, je vous précise que mon domaine de réflexion se limitera à l'engagement maçonnique dans le mode sacré. L'engagement du franc-maçon se traduit par de nombreux serments qui jalonnent le parcours maçonnique. Dés le premier degré, la franc-maçonnerie exige de nous un engagement. Laissez-moi-vous en rappeler l'essentiel:
1. Avant la cérémonie d'initiation - engagement de travailler – mains libres et yeux bandés
« Si vous êtes admis parmi nous, vous devrez prendre la ferme résolution de travailler sans relâche à votre perfectionnement intellectuel et moral.
Mais ce travail est pénible et demande des sacrifices. »
Persistez-vous, malgré cela, dans votre désir de vous faire recevoir Franc-maçon ?
2. Au début de la cérémonie d'initiation - engagement de garder le silence – main sur le cœur, yeux bandés
« Je m'engage sur l'honneur au silence le plus absolu sur tous les genres d'épreuves que l'on pourra me faire subir ».
3. En fin de cérémonie d'initiation - engagement de fidélité – main droite sur les trois Grandes Lumières, yeux bandés
« Moi, N…sous l'invocation du Grand Architecte de l'Univers et en présence de cette Respectable Loge de Francs-maçons régulièrement réunie et dûment consacrée.
De ma propre et libre volonté, je jure solennellement sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie de ne jamais révéler aucun des Secrets de la Franc-maçonnerie à qui n'a pas qualité pour les connaître ni de les tracer, écrire, buriner, graver ou sculpter ou les reproduire autrement. Je jure d'observer consciencieusement les principes de l'Ordre Maçonnique, de travailler à la prospérité de ma Respectable Loge, d'en suivre régulièrement les Travaux, d'aimer mes Frères et de les aider par mes conseils et mes actions. Je jure solennellement tout cela sans évasion, équivoque ou réserve mentale d'aucune sorte, sous peine, si je devais y manquer, d'avoir la langue arrachée et la gorge coupée, et d'être jugé comme un individu dépourvu de toute valeur morale et indigne d'appartenir à la Franc-maçonnerie».
4. Au terme de la cérémonie d'initiation – confirmation de l'engagement de fidélité – main droite sur les trois Grandes Lumière, sans bandeau
« Néophyte, adhérez-vous entièrement aux obligations que vous venez de contracter ? Confirmez-vous sincèrement et sans restriction le serment solennel que vous avez prêté, il y a quelques instants, sous le bandeau ?
Jurez-vous, de plus, d'obéir fidèlement aux chefs de notre Ordre en ce qu'ils vous commanderont de conforme et non contraire à nos lois ? »
5. Au terme de la tenue d'initiation – à propos des métaux – le V\M\ au nouvel initié
La charité cesse, en effet, d’être une vertu si elle est faite au préjudice de devoirs plus sacrés et plus pressants : une famille à entretenir, des enfants à élever, de vieux parents à soutenir, des engagements civils à remplir : ce sont là les premiers devoirs que la nature et la conscience nous imposent.
Voilà, j'en terminé avec le rappel de notre rituel du 1er degré, mais cela me paraissait important car tout est dit ou presque. Tous les engagements futurs contractés dans les degrés suivants, enfin, ceux que je connais à ce jour ne sont que des compléments.
Un tout dernier rappel qui concerne notre engagement relevant de nos Règlements Généraux :
Art. 135. - Tout Frère admis dans une Loge, soit par initiation, soit par affiliation, prend lʼengagement de lui payer ses cotisations et d’en rester membre actif pendant trois ans, à moins qu’il n’en soit dispensé par elle.
Maintenant, je vais rapidement vous commenter ma perception de l’engagement maçonnique qui se décline suivant deux axes : engagement vis-à-vis des Frères et de soit même

Engagement en vers soi-même:
Certains se contentent d’être des Franc-maçon, d’autres tentent de devenir des initiés.
Notre admission en Franc-maçonnerie nous ouvre des Droits mais elle nous impose surtout des Devoirs. Le Franc-maçon est avant tout un homme de Devoir - à chacun d’en définir le contour en fonction de ses capacités, de ses disponibilités, de sa sensibilité.
En homme libre – c'est-à-dire détaché des préjugés et du vulgaires – nous fixons nous même la hauteur de la barre des obligations. Bien entendu cette hauteur variera tout au long de notre parcours initiatique. Les contingences profanes auxquelles nous essayons de nous soustraire lors de nos travaux en Loge nous obligeront parfois à baisser cette barre voir à la déposer et quitter la Franc-maçonnerie quelques temps car nous ne serons plus disponible à l’ascèse indispensable. La démarche maçonnique est une chance dont seuls profitent ceux qui ont le privilège d’assurer sans trop de difficulté leurs obligations profanes (familiale et professionnel) et qui de plus bénéficient d’une santé satisfaisante. Ces prés requis ne sont pas donnés à tous le monde et leur pérennité n’est pas assurée lors de notre première entrée dans la Loge. La Franc-maçonnerie organisation philanthropique basée sur la fraternité et donc la tolérance nous permet contrairement à une organisation sectaire de décider de prendre de la distance et de nous soustraire à nos obligations dés que nous ressentons des difficultés à les honorer. A ce sujet il convient de souligner que l'engagement d'assiduité n'est pas destiné comme dans les organisations sectaires à créer une dépendance. Tel un sportif ou un musicien, chacun reste libre de définir la fréquence de ses entraînements, mais il me semble évident que la répétition des entraînements et la régularité des exercices sont la clef de la progression. Cependant, aucun maçon digne de son tablier ne portera de jugement de valeur sur la décision d’un Frère de se retiré pendant une période plus ou moins longue ou même définitivement. Je pense qu’il faut avoir de la lucidité pour demander sa mise en congé ou sa radiation quand l’équilibre de sa vie profane est mise en danger par l’activité maçonnique. L’activité maçonnique est exigeante car elle ne se pratique pas nonchalamment en dilettante – ce n’est pas un club de rencontre de joyeux illuminés, une amicale des gentils bien pensant, une association de sages bien fêtards (et non bienfaiteurs) - l’activité maçonnique requiert de l’engagement. L’art royal que la Franc-maçonnerie nous propose de pratiquer dans nos Loges requiert de la rigueur. Et si le Franc-maçon est un bon vivant en dehors de l’espace et du temps sacralisé en tenue c’est qu’il apprécie la vie et que le bonheur terrestre à un sens. L’initié que je cherche à devenir n’est ni un austère, ni un moine, ni un taciturne, c’est homme éclairé par les étoiles et ancré dans le présent. Serviteur d’un idéal qu’il défini lui-même, conscient de son inaccessibilité mais désirant dépasser sa finitude. Cet engagement désintéressé, seulement récompensé par la conquête de l'estime de soi, vise à projeter dans le monde les valeurs et idéaux qu'il s'est forgé comme des armes pour venir au secours de l'humanité. Un pied dans le sacré, un pied dans le profane le Franc-maçon est un passeur d’idéal engagé volontaire.

Engagement en vers mes Frères
En abandonnant l'assurance arrogante des certitudes que mes expériences dans le monde profane m'ont forgées, je peux entreprendre une démarche humble de reconnaissance par ceux qui deviennent mes Frères. Nous avons tous eu l’occasion d’être interloqué par une intervention que nous jugions caricaturale, outrancière, décalée,…Cependant, rendons nous à l’évidence, l’éveil de la conscience se nourri des interventions qui nous dérangent quelque peu. Il y a loin entre l’idéal commun et la pensée unique. Mais pour nous bousculer dans nos schémas de pensées engluées dans les préjugés que nous avons parfois du mal à laisser à la porte du Temple, il nous faut la participation active de nos Frères en général et de ceux qui pensent différemment en particulier. Sans eux je ne peux avancer sur mon chemin initiatique. Mon ego si prompt à prendre son indépendance dans le monde profane est démuni. Cela tombe bien, c’est justement lui que je viens chercher dans les ténèbres de mon moi – c’est lui que je viens éclairer d’une lumière intérieure pour mieux l’apprivoiser afin de mieux le maitriser. Un maçon se doit de construire sa réflexion par l’usage des outils dont il a appris le maniement. Il se doit de partager son ouvrage avec ses Frères. L'ouvrage est la résultante de l'art que chacun de nous développe dans l'utilisation des symboles et que chacun d'entre nous peut à loisir utiliser pour construire sa propre œuvre. Chacun est libre de pratiquer l'art royal avec sa sensibilité pourvu qu’il participe par son engagement à l’œuvre commune dans le respect de la Règle. En effet, la méthode maçonnique que je qualifie d’individuelle repose sur l’engagement collectif - Individuelle ne veut pas dire égoïste - Imaginez une tenue ou personne ne planche, ou personne n’exprime sa réflexion! Quel intérêt pour les participants si la pensée se meurt?! Parce que mes Frères sont nécessaires à mon propre cheminement, chacun d'eux m'est important. Dés lors l'engagement en vers mes Frères s'impose: je me dois d'assister, de défendre, d'aider autant que de besoin celui dont la présence m'est nécessaire pour progresser, et à la progression de qui, par réciprocité, je suis indispensable. N'est-ce pas aussi cela la fraternité?

Conclusion
Le respect de ses engagements introduit naturellement la définition de l'honneur. Ainsi par le respect de ces engagements le franc-maçon devient un homme d'honneur prompt à assumer ses paroles et ses actes dans le profane comme dans le sacré. Cependant, les engagements de chacun ne sont pas l'engagement de tous, car personne ne peut prétendre détenir la Vérité, il n'existe donc pas de modèle qui puisse servir de patron, de plan général ou de programme. L'engagement est et demeure personnel, singulier et sa diversité contribue également à l'enrichissement de nos différences. A chacun sa conscience dans son engagement sur le chemin périlleux et ingrat de la recherche et de l'approfondissement.
Mais attention mes Frères, il me semble que dans sa liberté éclairée, le véritable initié, se retrouve seul devant sa seule conscience jusqu'à n'avoir de comptes à rendre qu'à lui-même en étant plus intransigeant envers lui même que le plus redoutable de ses pairs ou de ses juges. Enfin, tout ceci n'engage que moi !

J'ai dit

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L'honneur du serment

16 Avril 2016 , Rédigé par Loge Laval Publié dans #Humeur

« Il n’y a pas si longtemps, l’honneur d’une parole donnée valait plus que tous les contrats notariés. L’honneur défend des actes que la loi tolère. Et il est si facile de trouver mille prétextes afin de justifier les manquements aux serments faits et les mensonges que nous nous faisons à nous mêmes.

L’honneur, c’est la conscience, mais la conscience exaltée. C’est le respect de soi-même et de la beauté de sa vie portée jusqu’à la plus pure élévation et jusqu’à la passion la plus ardente. L’honneur est un éperon pour la vertu, et non pas un étrier pour l’orgueil. Faisons en sorte de respecter nos serments et demeurons toujours des hommes d’honneurs ! »

Source : http://www.logelaval.org/spip.php?breve37

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La Parabole de l'enfant prodigue

13 Avril 2016 , Rédigé par Evangile selon St Luc Publié dans #Planches

Jésus leur dit encore : " Un homme avait deux fils, dont le plus jeune dit à son père : "Mon père, donne-moi la part du bien qui me doit échoir." Ainsi, le père leur partagea son bien. Et peu de temps après, ce plus jeune fils ayant tout amassé, s'en alla dehors dans un pays éloigné, et il y dissipa son bien en vivant dans la débauche. Après qu'il eut tout dépensé, il survint une grande famine en ce pays-là ; et il commença à être dans l'indigence. Alors il s'en alla, et se mit au service d'un des habitants de ce pays-là, qui l'envoya dans ses possessions pour paître les pourceaux. Et il eût bien voulu se rassasier des carouges que les pourceaux mangeaient ; mais personne ne lui en donnait. Etant donc rentré en lui-même, il dit : Combien y a-t-il de gens aux gages de mon père, qui ont du pain en abondance ; et moi je meurs de faim ! Je me lèverai, et m'en irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes domestiques. Il partit donc, et vint vers son père. Et comme il était encore loin, son père le vit, et fut touché de compassion ; et courant à lui, il se jeta à son cou et le baisa. Et son fils lui dit : "Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils". Mais le père dit à ses serviteurs : "Apportez la plus belle robe et l'en revêtez ; et mettez-lui un anneau au doigt et des souliers aux pieds ; et amenez un veau gras et le tuez ; mangeons et réjouissons-nous ; parce que mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, mais il est retrouvé.
Et ils commencèrent à se réjouir. Cependant son fils aîné, qui était à la campagne revint ; et comme il approchait de la maison, il entendit les chants et les danses. Et il appela un des serviteurs, à qui il demanda ce que c'était. Et le serviteur lui dit : "Ton Frère est de retour et ton père a tué un veau gras, parce qu'il l'a recouvré en bonne santé". Mais il se mit en colère, et ne voulut point entrer. Son père donc sortit, et le pria d'entrer. Mais il répondit à son père : "Voici, il y a tant d'années que je te sers, sans avoir jamais contrevenu à ton commandement, et tu ne m'as jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis. Mais quand ton fils que voici, qui a mangé tout son bien avec des femmes débauchées, est revenu, tu as fait tuer un veau gras pour lui". Et son père lui dit : "Mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi. Mais il fallait bien faire un festin et se réjouir, parce que ton Frère que voilà, était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu , et il est retrouvé."

Source : Evangile selon St Luc, 15

Commentaire : le fils prodigue ! Une bonne idée...

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Les Agapes - Paroles d’un Maître des Banquets

13 Mars 2016 , Rédigé par A\ F\ Publié dans #Planches

Nous sommes dans une loge de saint Jean qui nous dit : « Si tu dis aimer Dieu et que tu n’aimes pas ton frère, tu es un menteur ». L’enseignement de saint Jean est centré sur le mot Amour ; or l’Amour a deux formes :
EROS : Amour dont le but est partage charnel
AGAPE : dérive d’un verbe qui signifie « accueillir avec amitié », « montrer de l’affection pour quelqu’un » Cette racine renvoie à une forme d’amour singulière, distincte de l’Eros.
Il s’agit d’un amour fait de valeurs : dévouement, tendresse, bienveillance fraternelle, pouvant prendre un aspect rituel, voire liturgique. Valeurs qu’on pourrait appeler maçonniques. L’AGAPE, c’est un amour oblatif, c’est-à-dire donnant priorité aux besoins des autres, sur les siens propres. Un amour dont l’équivalent latin est Caritas, mais sans relation avec le désir de possession ou de captation charnelle de l’Eros.
Voyons pour l’histoire :
le but de cette planche est d’exposer l’importance de l’Agape rituelle dans nos travaux ; plus généralement, le repas est un rite de socialisation et peut dans certains cas devenir un moyen d’atteindre le Sacré. D’un point de vue extrêmement terre à terre l’Agape est d’abord un lieu de plaisir, de « bonne chère et large soif », permettant l’échange de potins et plaisanteries faciles. Même sous une forme aussi triviale, il s’agit d’une caractéristique propre à l’espèce humaine : Les animaux mangent côte à côte. Les Hommes mangent ensemble. Cette convivialité associée à la nourriture prise ensemble est à contrario par les troubles de l’appétit : (anorexie, boulimie/qui sont avant tout des troubles de la relation à autrui), un signe de bonne santé personnelle et sociale. On comprend donc pourquoi le repas est un rituel très ancien dans l’histoire des civilisations. Dans la société grecque, le repas familial est très important et toute occasion pour inviter parents ou amis à banqueter est bonne. Seuls les personnages de marque ont droit à des sièges et une table : Les autres sont assis par terre, sur des peaux. Les Grecs donc, aimaient la joie des banquets, à l’occasion des fêtes de famille, de la cité, ou tout autre événement sportif ou artistique. Les banquets ont même donné naissance à un genre littéraire comme l’attestent le Banquet de Platon ou de Xénophon. Comment imaginer qu’un symposium, de nos jours, réunion austère de doctes personnages scientifiques, a pour origine « sumposion » signifiant réunion de buveurs. A l’époque tout grand repas entre amis, tout banquet de confrérie ou d’association comportait deux temps successifs : le repas proprement dit et secondement – le moment le plus long, l’absorption de boissons- principalement de vin, accompagnée de toutes sortes de distractions prises en commun (conversation, jeux d’esprit, audition de musique, danses…)
La première partie n’excluait pas les boissons (on se faisait servir à boire en mangeant. Au cours de la deuxième, on continuait à grignoter des desserts (fruits frais ou secs, gâteaux, fèves…pour exciter la soif !…) Il s’agit toujours de repas d’hommes. Les femmes libres sont rigoureusement exclues des ces réunions publiques, tout comme celles de la vie politique. Mais il existe des banquets féminins. Les Romains l’appelaient Collecta, ce qui donna le mot collation. Les chevaliers de la Table Ronde se réunissaient régulièrement pour partager un repas symbolique autour d’une table où tous les convives étaient géométriquement et symboliquement égaux. Lieu de communication avec ses voisins de table, le repas possède en soi une dimension sacrée qui dépasse le simple partage de nourriture : Pour les mortels que nous sommes, manger est le seul moyen d’échapper à la mort par épuisements, en transformant la mort donnée (animal, légume, fruit) en nourriture, source de vie pour soi-même. A ce titre ce cannibalisme rituel et dûment codifié, autrefois ? pratiqué dans certaines sociétés visait soit à acquérir les vertus de son adversaire, soit à neutraliser son influence néfaste. Intégré au rite religieux, la socialisation du repas est encore plus prononcée et peut même devenir un moyen de communication avec le divin. Il devient ainsi la cérémonie du repas traditionnel, de la Pâque chez les Juifs : le Pessah (le passage de la mer rouge) repas pascal, le Seder est un moment intense de foi collective. Jésus réunit ses apôtres autour d’une table pour partager le pain et le vin. Il y ajoute une signification mystique en les assimilant à son corps et à son sang ! Cette tradition existe toujours dans l’Eucharistie catholique. James Frazer, dans une étude a montré que la doctrine de l’Absorption de Dieu : l’hostie contient toutes les vertus du Seigneur (on mange Dieu) n’est pas propre au catholicisme : c’est la trans-substanciation que beaucoup de religions ont pratiquée ou pratiquent encore par des rites analogues. On immole l’agneau lors de l’Aït el Kébir, et ce sacrifice le socialise et lui donne une dimension sacrée. Sa chair ingérée, régénère, car elle est devenue nourriture spirituelle. Le mystère de la communion a joué un rôle capital dans le Christianisme naissant, et constitue toujours un moment fort du rituel de l’Eglise. La fête du mouton constitue un ciment spirituel pour tous les Musulmans du monde, lors de sa célébration. Absorber dans le même temps la même nourriture, avoir la possibilité de mastiquer et d’ingérer au même moment est un acte naturel permettant aux convives de vivre sur le même rythme, dans un même climat de réflexion, et ainsi de participer à un mystère du clan, dans une fraternité spirituelle, voire liturgique. On connaît la force de ces rencontres sur le plan religieux. L’évocation de la Cène est omniprésente dans tous les inconscients, même profanes. On pourrait évoquer ces repas rituels dans les couvents, où présentée sur de longues tables, la frugale nourriture matérielle, est accompagnée de nourriture spirituelle (lecture de textes sacrés pendant le repas ou chacun mange en silence et avec recueillement). Que dire de cette force potentielle des repas, qu’ils soient diplomatiques, d’affaires ou de famille… ? On attend d’eux qu’ils permettent de trouver une harmonie dans des points de vue, ou des intérêts différents. Le repas pris en commun exalte des sentiments de fraternité et revêt une signification presque mystique. On prolonge ensemble la vie. On est en relation avec les forces de l’Univers. L’Agape est la manifestation spécifique de l’Unité. Si le repas fraternel qui achève les travaux de la loge est infiniment associé à la tradition maçonnique, à contrario, on ne saurait voir l’influence maçonnique derrière tout banquet républicain, ou le repas marquant la fin d’un congrès ou autres travaux profanes. Le moment festif des Agapes maçonniques, en principe obligatoires varie selon les obédiences : totalement obligatoires et rituelles au Rite Emulation où les travaux, à table sont aussi importants que les travaux sur les colonnes. Au REEA, les Agapes fraternelles, consécutives à une tenue, présidées par le V\ M\ sont simples et rapides.
La parole y est ouverte pour tous, sur tous les sujets, hormis Politique et Religion, dans leur sens étroit. On y évoque des thèmes abordés pendant les travaux dans le temple.
Les apprentis et compagnons se font préciser un certain nombre d’informations qui auraient pu leur échapper, ou peuvent donner leur point de vue sur tel ou tel sujet, au Vénérable Maître. C’est un moment très fort dans la vie maçonnique de chacun : Les Agapes permettent de doubler le temps de rencontres fraternelles, qui se limiteraient, pour certains FF\, au temps, toujours trop court, de midi et minuit, deux fois par mois, en admettant qu’ils soient présents. C’est un moment privilégié d’échanges, de découvertes, de compréhension mutuelle. On partage, le pain, le vin, les mets (quelles que soient les quantités) les contraintes du service, et, surtout, chacun peut échanger, avec ses FF\ voisins, ses joies, ses peines professionnelles, familiales, ou maçonniques. Les Agapes aident à l’intégration des FF\ apprentis et compagnons dans la loge. Ils apprennent l’humilité dans le travail que leur FF\ leurs demandent : le couvert, le service le rangement. Sans parler des règlement généraux, je me suis aperçu que chaque FF\ avait une lecture tout à fait personnelle de la planche de convocation, voire de règlements intérieurs de l’atelier… Combien serons-nous ? Question permanente, angoissante, lancinante dont la réponse n’est même pas donnée quand les FF\ entrent à 20h sur les parvis. Le Véritable Maître n’est pas toujours informé des absences possibles, et le Maître des Banquets encore moins. L’angoisse ne se lève que lorsque tous les FF\ sont assis : ou c’est bon, ou alors c’est la « cata »… Pour les grands repas consécutifs à des cérémonies importantes, il faut contacter les FF\ des ateliers voisins, quelquefois aussi rappeler un par un, ceux de l’atelier. Evidemment, pour amener des FF\ visiteurs il faut auparavant avoir eu des contacts, avoir visité, donné de sa personne, établi des relations privilégiées avec les Maîtres des Banquets des ateliers voisins. Il y a une fraternelle entre nous, une complicité, parce que nous avons à peu près tous des problèmes semblables et que chacun donne à l’autre la solution qu’il a trouvée provisoirement pour les résoudre. Il faut énormément de souplesse dans la gestion financière :
- Marges de sécurité dans les quantités apportées par le traiteur en fonction du nombre et en fonction de son bon vouloir à grossir les parts…
- Se battre pour avoir des visiteurs qui resteront après les Agapes.
Mettre au point un système efficace du ramassage des triangles (rien n’est plus dur que de faire payer un retardataire…). Un ou deux FF\ en plus de ce qui n’est prévu c’est une petite rentrée, en moins, c’est négatif. Le budget est un exercice de corde raide entre les tenues fastes, financièrement, et les vaches maigres. Il faut essayer de penser à tout, tout prévoir : mets, pain, vin, desserts, condiments, café…alcools… Chacun veut retrouver son petit confort, comme à la maison. Une fois assis, le maçon redevient le pater familias, qui se fait dorloter, aux petits soins de sa femme et de ses enfants, ou alors il devient le consommateur, ou le client du restaurant réclamant sa petite cuillère ou son cendrier…. S’il y a l’avant, il y a le pendant, où il faut tout synchroniser pour qu’il n’y ait pas de temps morts pour éviter les phrases du type: « les Agapes durent trop longtemps : je ne reste pas »
Il y a aussi l’après qui n’est toujours pas simple à gérer à distance : nettoyages et rangement.
Les Agapes ont un grand rôle pédagogique : Partager la nourriture, c’est bien, mais aussi partager les tâches, les contraintes, la vaisselle ayant été bourgeoisement supprimée de nos contraintes, à Parthenay (ce qui déclenche la jalousie des ateliers voisins). Il y a un coté formateur pour les apprentis et les compagnons qui traditionnellement assurent les taches du service, mais chacun d’entre nous reste toujours apprenti, ce ne devrait pas être seulement que des mots… Il existe des ateliers où les Agapes ont été temporairement supprimées, mais toujours rétablies à la demande générale. Comment imaginer une maçonnerie sans Agapes. Une loge où les FF\ ne partagent pas un moment de convivialité si riche, après leurs travaux, où chacun, dès la sortie des parvis, rentre dans sa Chacunière (dixit Rabelais), sèchement. Que dire de ces souvenirs où on a partagé, côtoyé, échangé, en face ou à côté, qui le Grand Maître, qui le Conseiller fédéral ou autre dignitaire. C’est par les Agapes qu’on prend conscience : Qu’une loge, où on va quelques fois contraint et forcé, tenue obligatoire au sens strict, n’est pas qu’un temple, mais tout un ensemble : une salle humide, qu’il faut entretenir, nettoyer, décorer, aménager, pour que nous soyons heureux et à l’aise, mais aussi -Une cour, un bâtiment, un jardin à la disposition de tous. Que ce n’est pas que quelques heures, si fortes soient elles dans le mois qui permettent de la faire vivre, mais que derrière, tout un travail souterrain, et coordonné, existe avant et après. Le Maçon, venant d’une Loge de Saint Jean, donc associé à la recherche symbolique de la Lumière, rythme, au REAA son année maçonnique sur les deux solstices : Le solstice d’Hiver, associé à Saint Jean l’Evangéliste marque le début de l’allongement des jours. C’est le moment choisi pour célébrer par notre banquet d’Ordre rituel et obligatoire, rythmé par un cérémonial bien précis, et qui comme toute tenue implique : -L’écoute attentive des participants -Des règles de prise de parole, dont l’interdiction de la prendre plusieurs fois sur le même sujet. -Le rôle de l’orateur dans la synthèse des travaux En outre, il utilise un vocabulaire viril, voire guerrier, souvenir des loges militaires, nombreuses sous l’Empire et dans le siècle qui lui a succédé. Exemple : « tirer une canonnée de poudre rouge ou blanche…Feu !! » La Saint Jean d’Eté, sous l’empreinte de Saint Jean le Baptiste, donne l’occasion du banquet blanc, ou familial où des profanes (famille ou amis) peuvent être invités. Au delà des grillades profanes, c’est aussi l’occasion, sous la courte nuit étoilée, de faire une forte chaîne d’union autour de ce feu sacré qui disparaît et renaît éternellement, l’image même de la vie. Sans les Agapes, il y aurait peu de différence avec le travail profane, où, après avoir œuvré avec des collègues, chacun se précipite le plus rapidement possible chez lui. Même en ajoutant un peu de spiritualité, on se retrouverait vite comme les fidèles à la sortie de l’office du dimanche !… Le banquet est l’une des plus anciennes traditions maçonniques. Les Constitutions d’Anderson de 1773 prescrivent ces moments privilégiés, et la tradition du banquet explique les nombreuses assemblées dans les restaurants, et le fait, qu’au XVIIIème siècle, on assimilait souvent la Maçonnerie aux sociétés bacchiques, nombreuses à l’époque. Souvenons-nous de la taverne : l’Oie et le Grill. Les objets de tables, décorées aux armes des Loges, que j’ai vus aux expositions maçonniques de Bordeaux et de Tours, témoignent de la vigueur de cette tradition. La charge de M\ des Banquets est à la fois prenante, contraignante, passionnante. Je me suis lancé dans cette aventure voilà plus de cinq ans, parce que j’avais conscience qu’il y avait énormément de choses à faire et que je pouvais apporter ma petite pierre. Je pensais, et je pense toujours, que je peux me rendre utile à mes FF\ et les aider, d’une modeste façon, dans leur parcours personnel. C’est aussi une façon d’affirmer mon engagement maçonnique, que d’être le garant de cette continuité, de cette tradition. Dans un Orient éloigné, un vieux frère, Maître des Banquets m’a dit un jour : « tu verras, les Vénérables passent, les Maîtres des Banquets restent » Etre le gardien de la Loge est toujours un peu vrai, même si par moments, on a envie de passer la main. A nous de faire en sorte que mon successeur, un jour, troque bien son tablier de traiteur contre un solide tablier de Franc-maçon.

J’ai dit Vénérable Maître

A\ F\

Source : www.ledifice.net

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Le Maître des Banquets

5 Mars 2016 , Rédigé par P\ L\ Publié dans #Planches


On ne peut pas dire que cet office soit issu du rituel initiatique, à proprement parler, mais je dirais qu’il nous vient des profondeurs de l’humanité ou partager un repas était et est encore un signe de convivialité, de respect et d’hospitalité. Sans entrer dans la psychanalyse, je dirais que partager les fruits de la Terre, marque et soude l’intégration et l’existence d’un groupe humain et même animal. Dans les sociétés animales structurées comme celles des Loups ou des chiens, on ne mange pas n’importe comment, il y existe une hiérarchie et un ordonnancement que l’on retrouve pendant les Agapes maçonniques.
Mais revenons à notre Maître des Banquets, qui bien souvent, pour des raisons d’opportunité est un apprenti ou un compagnon, ce qui à mon avis ne devrait pas être. Au-delà des apparences son office est plus complexe que de nous faire un repas bon et pas cher. Pour définir cet Office je vais regarder du côté de la Messe catholique et dans le déroulement de cet office, vous pourrez faire les rapprochements utiles avec la Maçonnerie. Dans la Messe, il y a donc l’entrée, la mise en place du rituel puis en allant un peu vite l’enseignement proprement christique ensuite le sermon, et à la fin la communion par les Espèces. Sans faire un gros effort, la Tenue maçonnique se déroule à peu près de la même façon, et sans dire que le Maître des Banquets s’apparente au Prêtre, il faut bien convenir qu’il procède de la même manière. Je rajoute aussi pour celles ou ceux qui vont continuer leur démarche maçonnique, que les agapes sont une préparation pour plus tard, mais ceci est une autre histoire… !
Après les travaux de Loge, le Maître des Banquets prend le relais du Vénérable, pour distribuer et donner des forces matérielles aux Frères, afin qu’ils puissent répandre à l’extérieur les Vérités acquises pendant la Tenue.
Le maître des Banquets continue sur le plan matériel, le travail initiatique commencé dans la Tenue. Il est l’alter ego du maître des cérémonies, car pendant les travaux de table, on ne mange pas, on ne boit pas goulûment, on doit avoir de la Tenue, et il y a même pour les grandes occasions un rituel stricte et précis, et aussi suivant certains rites maçonniques, la lecture d’une planche et sans faire un rapprochement exagéré, il y a une ressemblance avec les repas servis dans les monastères.
Mais si l’on comprend bien, le maître des banquets est la jonction entre le monde des Idées et celui de la Matière, il est le pont nécessaire pour nous ramener à la réalité des choses, tout comme il nous prépare à revenir dans le monde profane. Son rôle n’est pas si anodin que cela, et lui aussi s’inscrit non pas dans une structure administrative mais bel et bien dans un processus initiatique, car le maître des Banquets, ferme les parenthèses du travail maçonnique. Je dirais qu’il cumule d’autre office, comme celui d’hospitalier, en permettant éventuellement à une Sœur ou à un Frère dans le besoin de partager quand même le repas, il est aussi trésorier pour récupérer le triangle dû.
Dans une loge mixte de ma connaissance il y a une pratique qui est très intéressante : au cours du repas, le maître de cérémonies demande le silence et il interroge les Sœurs et les Frères sur les problèmes éventuels que ces derniers peuvent rencontrer dans leur vie de tous les jours. Cela permet de donner du sens aux agapes et je trouve cela très fraternelle.
Mais pour avoir été Maître des Banquets et pour avoir consulté des Sœurs et des Frères qui sont et qui ont été en charge de cet office, la réalité n’est pas idéale. Il faut savoir que la préparation des repas, demande en moyenne, une journée à deux journées de travail par repas, et comme une majorité de Loges a deux tenues par mois, il est facile d’imaginer la contrainte que cela impose aux maçons titulaires. Et après il y a la vaisselle à faire et à ranger ! Le casse tête des Maîtres des banquets, c’est le nombre de convives, et je dois dire que l’unanimité de mes correspondants déplore le manque de respect des sœurs comme des frères. On prévoit pour vingt et il n’y a que dix participants, on s’organise pour dix et c’est vingt qui se met à la table des agapes, alors dans ces conditions, difficile de prévoir non seulement le nombre de convives, mais aussi d’établir un budget stable, et dernier grief, le non respect de la nourriture, car trop souvent on jette le surplus, ce qui attriste mes Sœurs et mes Frères, de voir le peu de cas que certains font des aliments.
Je pense que cet office mérite un peu plus de respect de la part des membres d’une Loge, et que la Sœur ou le Frère, n’est pas comme dans le passé un Frère Servant, avec la connotation de l’époque, un demi-Maçon. Sans oublier que dans l’histoire de la Maçonnerie spéculative, les Loges ont pris leur essor dans des auberges et au cours de repas elles se sont construites dans la forme comme dans le fond. C’est notre alchimiste à nous, car non seulement, il nous nourrit mais il nous donne la Fraternité nécessaire à notre vie de tous les jours et nous sommes redevables, envers le maître des banquets du même respect que l’on peut avoir pour n’importe quel office, car le fonctionnement de la Loge demande et a besoin du travail de tous pour obtenir la cohésion et l’harmonie utile justement au travail initiatique. Le Maître des banquets de part son travail donne la possibilité aux apprentis de parler et de poser les questions qui les taraudent, ave lui nous sommes bien dans un espace temps différent et complémentaire.
Pour clore ce petit travail remplissons nos coupes et portons une santé en l’honneur de tous les Maîtres des Banquets qui se décarcassent à chaque Tenue, buvons ! (Avec modération !)

P\ L\

Source : www.ledifice.net

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Profès et Grands Profès

28 Février 2016 , Rédigé par G.P Publié dans #Planches

Jean-Baptiste Willermoz écrivait à la fin de l'Empire: Celui qui reçoit le sixième (Ie sixième grade, c'est-à-dire le grade de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte) apprend par l'instruction qui le termine que ce grade qui est réellement une conclusion très satisfaisante est le dernier du Régime; qu'il n'a rien de plus à lui demander ni à en attendre. Malgré cette déclaration quelques-uns, par-ci, par-là, se plaisent à penser qu'au-delà de ce 6ème, il existe encore quelque grade ou instruction d'un Ordre et d'un genre plus élevés. Mais si cette conjoncture était fondée, il n'en résulterait pas moins que ce quelque chose qui serait supposé au-delà, n'étant annoncé ni avoué par les directoires et les régences, personne n'a le droit de le leur demander, et que toute sollicitation serait inutile et déplacée. L'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, Ordre chevaleresque, est souché sur une Maçonnerie symbolique en quatre grades, le Rite Ecossais Rectifié. Mais, au-dessus du deuxième et dernier grade de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, intitulé précisément Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte et souvent nommé le 6ème grade, au-dessus de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte proprement dit, il existe une double classe secrète, celle de la Profession et de la Grande Profession.
L'histoire et la nature de cette classe ont été souvent méconnues ou défigurées. En 1969, les responsables constatèrent que des études imprimées, des rumeurs avaient excité la curiosité et causé une controverse sur la persistance de la Grande Profession. Des légendes y avaient saisi prétexte à naître ou à renaître. Une mise au point officielle fut publiée, sous le titre assez coquettement modeste A propos du Régime Ecossais Rectifié et de la Grande Profession, et la signature Maharba (anagramme d'Abraham ?), dans le Symbolisme, octobre- décembre 1969, pp. 63-67. A ce texte sans pareil, il faut nécessairement recourir. J'en reproduis donc l'essentiel mot pour mot. Or, les faits sont patents; ils composent l'histoire et manifestent la doctrine des Grands Profès. Rappelons-les.

1. La Grande Profession, en même temps que la Profession, des Collèges métropolitains a été instituée lorsque fut créé l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, au Convent national des Gaules tenu à Lyon en 1778. Au Convent de Wilhelmsbad, elle cessa d'exister of officiellement. Un demi-siècle suffit à I’ abolir, en fait, à quelques exceptions près qui étaient individuelles. Aussi, le 29 mai 1830, Joseph-Antoine Pont, Eques a Ponte alto, et dans ses propres termes. Visiteur général dépositaire de confiance de feu ab Eremo qui était dépositaire général et archiviste de la llème province, devenu depuis sa mort seul dépositaire légal du Collège métropolitain établi à Lyon ; constatant I’ inaction et la suspension indéfinie des travaux dudit Collège métropolitain ; considérant qu'il se trouve être le seul grand dignitaire de l'Ordre subsistant dudit Collège et qu'il est aussi important qu'urgent de pourvoir à l'érection d'un College vu les articles 22, 23, 24 et 25 des Statuts et Règlements de l'Ordre des Grands Profès qui prévoient un tel cas et parent au danger d'extinction; accorde une charte pour la constitution du Collège et Chapitre Provincial des Grands Profès a Genève. La Suisse, où le Régime Ecossais Rectifié et l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte continueront de s'abriter jusqu'à nos jours, devenait aussi le conservatoire de la Grande Profession.

2. La Grande Profession ne peut être confondue avec le grade maçonnique ni avec un degré chevaleresque et surtout pas avec ces grades et ces degrés qu'elle surplombe. Un but lui est assigné: veiller à l'intégrité et favoriser la culture du dépôt inhérent au Saint Ordre primitif, qui existe depuis toujours et que l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, issu d'une double tradition maçonnique et chevaleresque, incarne à présent. Car les quatre grades symboliques du Régime Ecossais Rectifié (Apprenti, Compagnon, Maître, Maître de Saint-André) et les deux degrés de l'Ordre intérieur (Ecuyer Novice et Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte) visent à former et à employer des dépositaires de confiance, chacun selon le rang et l'ouverture dont il jouit. Le Grand Profès est un dépositaire de toute confiance.

3. La Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié, classe suprême de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, est l'acte par lequel les Chevaliers et les Frères des classes inférieures du même Ordre qui en seront trouvés dignes sont initiés, après les épreuves requises, à la connaissance des mystères de l'ancienne et primitive Maçonnerie et sont reconnus propres à recevoir l'explication finale des emblèmes, symboles et allégories maçonniques. On n'entre point dans cette classe par quelque initiation cérémonielle ni par quelque nouvelle décoration. La simplicité vers quoi tend le système entier de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte y culmine dans la pure spiritualité. La Grande Profession enchâsse l'arcane de la Franc-maçonnerie et y participe, quoi qu'elle ne soit pas d'essence maçonnique. Ses secrets sont inexprimables et c'est ainsi qu'elle forme, de soi, une classe secrète.

4. Les Grands Profès, selon leurs lois, ne dissimulent pas davantage qu'ils n'exhibent leur qualité. Mais une classe ou d'ailleurs un Ordre, dont la spiritualité - mieux: I’ esprit fait le fond, saurait-il se vulgariser sans déchoir et sans perdre son honneur avec son mode et sa raison d'être ? Ainsi, par exemple, la ligne successorale des Grands Profès du Régime Ecossais Rectifié n'est ni identique, ni apparentée à la filiation initiatique d'aucune classe de l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Cohen de l'Univers, fondé par Martines de Pasqually. L'histoire, le droit et la coutume protestent contre toute confusion de ces deux descendances dont la seconde ne paraît d'ailleurs pas s'être perpétuée jusqu'à nos jours. Les Grands Profès refusent, statutairement, les candidatures, et ils se cooptent à l'unanimité obligatoire. Des Supérieurs Inconnus, au sens quasi mythologique du titre, I’ incognito leur manque, puisqu'ils sont tous Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte connus.

5. Des mêmes Supérieurs Inconnus, il manque encore aux Grands Profès le genre de supériorité que ce titre implique. Leurs statuts et règlements excluent l'intervention dans la machinerie de l'Ordre pyramidal dont ils sont la pierre à pointe, imperceptible par beaucoup.

6. De droit et de devoir, et éminemment, incombent aux Grands Profès les tâches que le soin de l'Ordre requiert avec modération de tous les Maçons Ecossais Rectifiés et de tous les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, Veilleurs et Gardiens; ils spéculent aussi, poussant aux recherches et aux réflexions sur le dépôt dont ils encouragent les partisans. Cette action des Grands Profès, quelle variété dans ses aspects contingents ! Mais jamais le Grand Architecte de l'Univers ne l'a laissé s'interrompre. Et il n'est pas de cas où elle se soit exercée - comment l'aurait-elle pu ? Comment le pourrait-elle sans se renier ? - d'autre façon qu'en esprit et en vérité, pour le meilleur du Régime Ecossais Rectifié et de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte; pour le bien de la Franc-maçonnerie; à l'aide des hommes qui, partout, prient, souvent à leur propre insu, pour que luise le soleil de justice, source unique de lumière et de chaleur, où le Seigneur a dressé sa tente et dont soumet Son Esprit. Cet essentiel du texte révélateur dit l'essentiel sur la Grande Profession. Ajoutons quelques remarques en marge.

I. Histoire.

a) la Profession et la Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié ont succédé au Chevalier Profès, grade suprême de la Stricte Observance Templière. La date d'apparition de ce grade dans la Stricte Observance Templière est discutée: entre 1763 et 1770, selon certains; à l'occasion, selon d'autres, du Convent de Kohlo (1772) et sous l'influence du Cléricat de Starck. Jean-Baptiste Willermoz et plusieurs de ses amis (mais Saint-Martin fit défaut) le reçurent à Lyon, les 11 et 13 août 1774, des mains de Weiler. Ostabat a publié et remarquablement présenté, s'agissant de ce grade: le cérémonial à observer quand un Frère fait sa dernière profession; sept articles de la Règle en usage dans l'Ordre de la Stricte Observance Templière, et qui pour le principal n'est autre que celle de l'Ordre du Temple, un court extrait de 1' Instruction pour les habits, croix et armes qui concerne directement les Chevaliers Profès. La Profession et la Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié ont été composées sous leur forme définitive, par Willermoz, pour le Convent de Lyon (1778). Iors duquel elles furent conférées à leurs premiers titulaires. C'est ainsi que le premier Collège fut constitué le 3 décembre 1778 par Gaspard de Gasparon (Président), Willermoz lui-même (dépositaire général), Jean de Turkheim, F.-R. Salzmann Paganucci (censeur) et Jean-André Périsse Duluc (substitut du dépositaire). De même Willermoz veilla à ce que des membres éminents, étrangers à la Nation française, du Convent de Wilhelmsbad (1782), les reçussent à leur tour, après être devenus, eux aussi, Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (ou plutôt Chevaliers Bienfaisants tout court). Willermoz a rédigé les textes rituels, notamment les instructions. Mais il avertit: tout ce que j'y ai inséré concernant la partie scientifique n'est point du tout de mon invention.

II. Editions de textes rituels.

Paul Vulliaud a édité l'Instruction secrète pour la réception des Profès, le Dialogue après la réception d'un Frère Grand Profès entre le Chef initiateur et le nouveau reçu, l'Instruction préliminaire et le Résumé général de la doctrine (Joseph de Maistre Franc-maçon, E. Nourry, 1926, pp. 231-257). L'Initiation secrète des Grands Profès a été publiée pour la première fois, par autorisation, voire par Ordre, dans l'étude précitée d'Ostabat, avec une excellente présentation. En 1973, la fin du texte n'avait pas encore paru. Aussi faut-il signaler une édition complète, mais postérieure et très défectueuse, du texte ap. René Le Forestier, La Franc-maçonnerie templière et occultiste aux XVIIIe et XIXe siècle, Paris, Aubier-Montaigne, et Louvain, Nauwelaerts, 1970, A plus d'une reprise, la procédure utilisée par Pont, afin de maintenir l'existence de la Grande Profession, a été appliquée entre 1830 et nos jours.
De la nature particulière de la Grande Profession, il appert qu'au cas d'une réception, toute distinction entre validité et licéité serait illégitime. Seul le Président d'un Collège régulièrement constitué, ou son délégué est capable de faire un Grand Profès, puisqu'il est seul habilité à le recevoir dans la classe que le Collège incarne. Il n'y pas de Grand Profès, ni de Collège, "irrégulier" ou "sauvage"; il peut y avoir des pseudo-Grands Profès et des pseudo-Collèges de pseudo-Grands Profès.

III. Doctrine.

L'originalité de la Profession et de la Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié par rapport au Chevalier Profès de la Stricte Observance Templière est flagrante. Il ne s'agit plus de spiritualité chevaleresque, même particulièrement templière, mais de communiquer une doctrine qui remonte à la plus haute antiquité, un extrait fidèle de cette sainte doctrine parvenue d'âge en âge par l'initiation jusqu'à nous. Or, cette doctrine, c'est, sous la forme où Willermoz l'a connue et même dans sa définition qu'il vient de résumer, le martinésisme.
Sous une réserve importante cependant: la Grande Profession n'est pas une ordination, de même que l'Ordre des C.B.C.S. n'est pas l'Ordre des Elus Cohen. Les Grands Profès ne pratiquent pas, ès qualités, la théurgie et même les textes rituels sont à dessein muets sur ce sujet. Les points capitaux de l'initiation secrète des Grands Profès sont la nature de l'initiation et celle de la Franc-maçonnerie; un précis de l'épopée martinésiste où s'articulent Dieu, les esprits émanés, le cosmos créé, I’ humanité; une interprétation du symbolisme du Temple de Jérusalem à la lumière du martinésisme et en rapport avec la Franc-maçonnerie.
Le but de Willermoz était donc de préserver la doctrine dont Martines de Pasqually avait été, selon que ce dernier le lui avait enseigné, l'un des relais seulement; maintenir, quand sombrait l'Ordre des Elus Cohen, la vraie Maçonnerie selon le modèle que Martines de Pasqually lui avait révélé comme l'archétype et que garantit une conformité doctrinale avec la doctrine de la réintégration.

IV. Maharba, au nom des siens, assure que la Grande Profession enchâsse I'arcane de la Franc-maçonnerie . Ne vaudrait-il pas mieux écrire: I'arcane du Régime Ecossais Rectifié ? Mais le Régime Ecossais Rectifié se tient et se donne pour la perfection de la Franc-maçonnerie (un peu comme les Elus Cohen jugeaient les autres Rites maçonniques apocryphes). Ainsi se dissipe l'apparente inexactitude. Maharba a-t-il raison au fond ? Le Régime Ecossais Rectifié a-t-il raison au fond ? C'est une autre affaire, hors le sujet; affaire d'opinion.

V. Enfin, voici le texte de la lettre d'envoi aux Grands Profès de Genève. Moulinié, Peschier et Aubanel, reçus antérieurement par communication et constitués le même jour en Collège métropolitain, des documents qui les habilitaient, (communication fraternelle de Maharba, à qui grand merci ). Document historique, document doctrinal d'un véritable ésotérisme.

Très chers Frères les Chevaliers et Grands Profès de Genève !
« Nous cédons à vos vœux et à notre conviction en vous envoyant la légalisation et autorisation nécessaires à la régularité et à l'extension de vos travaux.
Une seule signature accompagne ici celle du Visiteur général, mais c'est celle du neveu chéri de feu ab Eremo, de celui qui a été l'objet de toute sa tendresse, de ses sollicitations les plus secrètes, ainsi que l'écrivain de la présente en a été l'intime confident. Il le rappelle ici pour votre douce satisfaction et pour que ce nom vénéré ne reparaisse au milieu de vous que couronné par le respect de la reconnaissance qui doivent toujours l'accompagner.
Mon frère aîné est absent, le plus jeune, digne aussi de tous nos suffrages, n'a pu participer aux derniers travaux d'une manière régulière... Tout le reste a disparu.
Du sein de cette sollicitude que tant de souvenirs animent, nos cœurs ont entendu votre vœu, ils l'ont accueilli en se pénétrant de la justice, de la convenance, de l'utilité, de l'autorisation demandée, ils se sont émus de joie et de reconnaissance: Oui ! TT CC FF
Ils vous remercient avec attendrissement et gratitude d'avoir sollicité de nous cet acte de justice de devoir et ils supplient le Dieu de toute miséricorde de vous le rendre profitable et d'écarter tout ce qui pourrait en résulter de nuisible en particulier comme en général.
Point d'empressement humain, chers amis et bien-aimés Frères ! Le zèle de l'homme est loin d'être celui de la maison de Dieu ! Soyez pleins de patience, de longanimité, et surtout, Aimez-vous les uns les autres ; adorateurs et enfants de l'unité, honorez-la et soyez un comme votre rédempteur, votre Créateur (et leur amour qui sans cesse engendre, conserve, régénère) sont un. Au nom de cette unité, qui triomphera de toutes les divisions du temps, aimez-vous, supportez-vous, secourez-vous les uns et les autres ! Voilà le vrai sens de toutes nos instructions ! En voilà tout l'esprit ! Puissions-nous le sentir, le comprendre et l'expérimenter ! Nous vous serrons dans nos bras et vous demandons la bonne part dans vos souvenirs fraternels, comme nous vous assurons que vous avez dans les nôtres celle que mesure notre devoir et notre sincère affection.
A tous et à chacun de vous nous offrons le vrai salut et baiser fraternels.
Vos affectionnés Frères.
Antoine Willermoz Joseph Antoine Pont in ordine a Ponte alto .
Lyon 29 mai 1830

IV. - Confidence du passé, exhortation pour l'avenir.

"Article premier. La Grande Profession de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte est l'acte par lequel les Chevaliers et les Frères des classes inférieures du même Ordre qui en seront trouvés dignes sont initiés, après les épreuves requises, à la connaissance des mystères de l'ancienne et primitive Maçonnerie et sont reconnus propres à recevoir l'explication et le développement final des emblèmes, symboles et allégories maçonniques. " Cette définition est descriptive, d'après les statuts dont elle constitue l'article premier. (Mais rien, dans la doctrine, n'interdirait qu'un Grand Profès, de même qu'un Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, fût un profane, c'est-à-dire un non-Maçon). La Grande Profession conserve en son entier le dépôt de la doctrine de la réintégration, voilà qui la définit philosophiquement.
L'une et l'autre définition se concilient, voire s'articulent, se complètent, pourvu que soient reconnus la vraie origine et le but véritable de la Franc-maçonnerie, auxquels s'ordonnent et qu'enseignent peu à peu les grades successifs du Rite Ecossais Rectifié et que les Grands Profès cultivent, sous les espèces réelles de la réintégration.
L'essentiel du passé et du futur, Willermoz le déclare dans une lettre à Salzmann, du 3-12 mai 1812 ( inédite, fonds L.A.). Son propos demeure pour tous ceux qu'il peut concerner.
« Vous devez vous rappeler, cher ami, que, dès l'origine de la formation à Lyon de la classe des Grands Profès annexée à l'Ordre intérieur et d'un Collège métropolitain, il fut convenu entre tous ceux qui y participèrent avec connaissance de cause, que l'auteur, ou pour mieux dire le principal rédacteur, des instructions secrètes de cette classe qui furent alors produites, ne serait jamais connu:

I) Parce qu'elles ne furent livrées qu'à cette condition.

2) On reconnut que pour attirer la plupart des hommes il faut jeter un voile de mystère sur l'origine des choses qu'on leur présente à méditer.

3) Parce que nul n'étant bon prophète dans son pays, il suffit souvent que l'auteur d'une bonne chose soit connu pour que la chose même perde tout son prix. La masse juge l'homme de son gré et non plus la chose. Il fut donc convenu que tous s'accorderaient à dire que ces instructions secrètes venaient du fond de l'Allemagne; que le Frère dépositaire par de secrètes correspondances en avait heureusement découvert les possesseurs formant une classe très secrète et ignorée dans l'Ordre intérieur et qu'il en avait obtenu un dépôt central pour Lyon à l'époque du Convent National, à la condition qu'ils resteraient ignorés et que le dépositaire général correspondrait seul avec eux pour la suite et le complément des dites instructions; enfin que d'après leur autorisation, quelques Frères membres du Convent National de Lyon en avaient fait une rédaction plus correcte en langue française qui avait reçu leur approbation. Voilà ce qui fut convenu, voilà le langage que j'ai constamment tenu envers tous les autres sans exception, dont je ne me suis jamais écarté et dont je ne m'écarterai jamais quoiqu'il arrive ailleurs. J'avais tenu le même langage à mon ami a Ponte alto [sc. Joseph-Antoine Pont], et il en était persuadé lorsqu'il alla à Strasbourg ou je vous l'avais recommandé. Mais, à son retour, quel fut mon étonnement à la première occasion qui se présenta sur ce sujet de le voir informé par vous que j'étais l'auteur de ces instructions ! Je fus atterré de ce coup-là dont je sentis à l'instant toutes les conséquences présentes et futures. Je mentirais si je dissimulais que je fus extrêmement sensible à cet oubli qui, dans ce genre, était plus qu'une imprudence; d'autant plus que je dus conclure qu'elle n'était pas la première et qu'elle avait été commise vers d'autres et peut-être aussi par d'autres. Mais, ferme dans mes principes et dans mes résolutions, je lui niai le fait. Le F. ab Hedera [sc. FR.- R. Salzmann], lui dis je, s'est trompé, ou bien vous l'avez mal compris. Les choses sont comme je vous les ai dites, tenez-vous-en à cela; je dois le savoir mieux que personne, puisque le dépôt est venu par mon entremise et qu'il est resté entre mes mains. Depuis lors, il a évité de m'en reparler, et moi de même. Si je m'étais cru permis de pouvoir faire une confidence à quelqu'un, certes, c'est à lui que mon cœur l'aurait faite. Mais pouvais-je, à cause d'une indiscrétion, me soustraire à un engagement commun, lorsque tous les autres y restaient assujettis ? J'ai pu sans blesser la vérité soutenir le plan qui a été convenu, parce que, si j'ai été le principal rédacteur de ces instructions, je n'ai pas créé la doctrine qu'elles renferment et n'en suis pas l'auteur. J'en ai déguisé la source pour un plus grand bien, et voilà tout. Cependant, par ce fâcheux et imprévu événement, je me vis arrêté tout court dans mes projets de développement de doctrine que j'avais jugés nécessaires et dont j'avais depuis quelques années commencé l'exécution et je pris dès lors la ferme résolution que j'ai suivie de me concentrer désormais en moi-même sur ces matières, ce qui vous explique pourquoi, depuis cette époque, je me suis mis beaucoup moins à découvert. [...]
Vous voyez en même temps que, depuis fort longtemps, j'étais allé au-devant de vos observations sur nos instructions des G.P. et que j'avais senti la nécessité de donner plus de développement à quelques parties pour les rendre plus intelligibles, plus attrayantes, plus profitables. Quand elles furent produites, on voulait bien dire beaucoup, mais on craignait encore plus d'en dire trop. On était de plus entouré de systèmes et de censeurs et il fallait user de beaucoup de ménagements pour ne heurter personne. Les temps sont changés, trente années et plus écoulées depuis lors ont élagué les systèmes et fait disparaître bien des censeurs; on peut donc prendre un peu plus de latitude, sans dévier néanmoins des bases sur lesquelles la doctrine des G.P. est établie; et surtout ne pas imiter les auteurs que vous me citez, qui, tous, ou presque tous, à côté des vérités les plus sublimes, ont glissé des idées systématiques et disparates qui déparent tous leurs écrits: unité et simplicité de doctrine doit être le caractère de l'initiation des G.P., comme son but distinctif doit être de faire sentir la nécessité de la religion chrétienne et de la faire aimer et pratiquer, puisqu'il est hautement avoué dès le 4ème grade [Maître Ecossais de Saint-André ].
Je pense comme vous, cher Ami, que ces explications données sur les grades symboliques sont trop incomplètes et devraient être plus étendues. Lorsqu'elles furent produites, on trouvait tout trop long et il fallut trop abréger. On peut y obvier si tous ceux qui ont des idées sur ces objets veulent fournir des notes qui faciliteraient le travail. Fournissez les vôtres et promptement. De plus, les quatre rituels ont été fort embellis, surtout le quatrième, par les additions qui y ont été faites d'après les bases qui furent adoptées à Wilhelmsbad. Il faut donc aussi les expliquer. Je pense aussi avec vous qu'il faudrait y développer le but, les avantages et les rapports de l'Ordre intérieur dans l'assemblée, vu qu'il est aujourd'hui fixé sur des bases invariables. Fournissez donc vos notes et observations sur toutes les parties qui composent les instructions des G.P., pour pouvoir parvenir à les rendre plus utiles.
Relisez en critique toutes ces instructions; notez, dans quelle partie que ce soit, les lacunes, les obscurités, les besoins d'explications ou de développement qui vous frapperont; proposez vos idées sur le comment et le pourquoi. Ces choses peuvent être rendues plus claires, plus complètes, plus utiles. La réunion des idées qui viendront de vous et d'ailleurs pourra faire jaillir quelques nouveaux traits de lumière qui en prépareront le plus grand perfectionnement possible. [...]
En plusieurs lieux, dans les séances qui sont consacrées par les statuts des G.P. à l'étude et aux conférences sur leurs instructions secrètes, on y fait ces jours-là un travail mixte; on s'occupe de divers systèmes hypothétiques, souvent plus ou moins discordants; on y raisonne sur des peut-être. Je dis qu'au milieu de ces divagations scientifiques où la vérité reste encore obscure, la curiosité humaine se satisfait, mais la vraie foi n'y gagne rien. L'initiation des G.P. instruit le Maçon, éprouve l'Homme de Désir, de l'origine et formation de l'univers physique, de sa destination et de la cause occasionnelle de sa création, dans tel moment et non un autre; de l'émanation et l'émancipation de l'homme dans une forme glorieuse et de sa destination sublime au centre des choses créées; de sa prévarication, de sa chute, du bienfait et de la nécessité absolue de l'incarnation du Verbe même pour la rédemption, etc. etc. etc. Toutes ces choses desquelles dérive un sentiment profond d'amour et de confiance, de crainte et de respect et de vive reconnaissance de la créature pour son Créateur, ont hé parfaitement connues des Chefs de l'Eglise pendant les quatre ou six premiers siècles du christianisme. Mais, depuis lors, elles se sont successivement perdues et effacées à un tel point qu'aujourd'hui, chez vous comme chez nous, les ministres de la religion traitent de novateurs tous ceux qui en soutiennent la vérité. Puisque cette initiation a pour objet de rétablir, conserver et propager une doctrine si lumineuse et si utile, pourquoi ne s'occupe-t-on pas sans amalgame de ce soin dans la classe qui y est spécialement consacrée ? »

Source : http://www.hermanubis.com.br/

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Historique de l’échelle des Grades du Rite Ecossais Primitif

25 Février 2016 , Rédigé par F.O'D Publié dans #Planches

Toute société, animale ou humaine, naturelle ou volontaire, doit se hiérarchiser pour survivre et progresser. Il est donc logique que la Franc-maçonnerie – considérée sous l'angle de sa représentation sociale ou, si l'on préfère de son corpus institutionnel – ait développé une, puis des hiérarchies, articulées autour de systèmes de degrés ou grades plus ou moins complexes. Ces degrés ou grades n'ont pourtant qu'un rapport lointain et ténu avec ceux du monde profane. En effet, et cela semble parfois oublié, les grades maçonniques correspondent – ou devraient correspondre – moins à des pouvoirs allant en s'élargissant au fur et à mesure qu'est gravie l'échelle hiérarchique qu'à une succession de portes, qui s'entrouvrent au cours du parcours initiatique. Les grades maçonniques correspondent ou devraient correspondre moins à des prérogatives qu'à des devoirs. Et si des droits particuliers sont légitimement attachés à chaque grade, ces mêmes droits n'ont de valeur que pour autant qu'ils permettent l'exercice des charges correspondantes. Les grades maçonniques peuvent donc se définir comme symboliques et obligataires. Ajoutons qu'ils sont nécessairement transmissibles – faute de quoi la structure maçonnique elle-même ne pourrait durer – et réglementés, à défaut ils perdraient toute signification ; on dirait aujourd'hui toute lisibilité ou visibilité. Cette nécessaire règlementation des grades maçonniques a subi des évolutions plus ou moins heureuses, évolutions liées tant à la sociabilité du moment ou de l'époque qu'à l'enracinement géographique des Rites et des Obédiences. [...] Il y a plusieurs siècles, les systèmes dits des Hauts-Grades en Europe continentale – ou des "grades collatéraux" (side degrees) dans les îles britanniques – n'existaient pas. Et même les premiers grades différaient de ceux que nous connaissons aujourd'hui. Au XIIIe siècle, le seul grade connu de la maçonnerie opérative était celui de Compagnon, en anglais Fellow Craft, et il fallut attendre plus d'un siècle pour voir apparaître en Écosse celui d'Apprenti, en anglais Entered Apprentice. Les Compagnons n'étaient cependant pas nécessairement du même "rang", pourrait-on dire, et l'on pouvait distinguer les Compagnons installés à leur compte de ceux qui gardaient le statut de salarié. C'est dans la première catégorie que l'on choisira le Maître de Loge, mais ici le Maître n'est point un grade : il désigne une fonction de direction qui deviendra plus tard celle du Vénéralat. À noter qu'au sein de la Loge, les deux classes de Compagnons ne faisaient l'objet d'aucune distinction sociale. Il convient donc de se garder de toute confusion entre grade et fonction, du moins jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Le Maître de Loge était un Compagnon choisi parmi ses pairs installés à leur compte. Ces derniers prendront progressivement l'appellation maçonnique de Compagnons Confirmés ou de Compagnons finis. Se dessinera alors un système articulé autour de deux grades dont le deuxième est à son tour subdivisé en deux, et d'une fonction :

  • Apprenti
  • Compagnon et Compagnon confirmé
  • Maître de Loge.

Au début du XVIIIe siècle, le Maître de Loge n'est toujours pas un grade au sens propre du terme, et la Grande Loge des Moderns confirma en 1717 la seule existence des grades d'Apprenti et de Compagnon. Il est cependant vrai qu'un manuscrit du Trinity College de Dublin semblerait indiquer comme date de naissance du troisième grade l'année 1711. C'est du moins ce que rappelle Jean Ferré dans son Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie [...]. Si l'apparition de la Maîtrise comme troisième degré hiérarchique ne parait pas pouvoir être datée avec précision, il est généralement admis qu'elle se situerait entre 1718 (peut-être 1711) et 1729. En 1726, la célèbre Loge Dumbarton Kilwinning, décrit son installation en mentionnant la qualité des Frères présents, à savoir : le Grand Maître (Maître de Loge), sept Maîtres, six Compagnons et trois Apprentis. Mais la présence de ces sept Maîtres ne constitue cependant pas la preuve définitive de l'existence du troisième grade à cette date car, comme le souligne opportunément Christian Guigue « il reste très probable que les sept Maîtres évoqués soient en fait sept dirigeants de Loges venus en visiteurs ». (in "La Formation Maçonnique", page 179). Les premières Constitutions dites d'Anderson (1723) ne font pas mention du grade de Maître en tant que tel mais, remarque Jean-François Blondeau « d'un système en degrés comprenant un grade d'Apprenti Entré et un de Compagnon ou Maître », les deux derniers termes correspondant à un seul et même grade. (in "Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie", page 534). Ce n'est qu'avec la deuxième édition des mêmes Constitutions, publiées en 1738, que la maîtrise sera enfin formellement intégrée dans le système hiérarchique maçonnique. Vers 1745 apparaît un quatrième grade, le plus souvent connu comme celui de Maître Parfait ou selon les Rites, comme celui de Maître Secret. La Maçonnerie spéculative a pris le pas sur la Maçonnerie opérative et, dès lors, des systèmes de plus en plus complexes se développèrent en particulier sur le continent européen, tant au sein de ce qu'il est convenu de désigner par l'Écossisme qu'au sein de Rites plus "périphériques". Des Hauts-Grades viennent compléter une hiérarchie déjà passée de deux à trois puis à quatre degrés. Ce développement n'est pas homogène, tant s'en faut. Chaque Rite, Obédience ou Grande Loge revendique le droit souverain d'établir ou de corriger l'ordonnancement de sa propre hiérarchie. Seule semble échapper à cette effervescence la Maçonnerie jacobite introduite en France dès 1688 et surtout après 1689 à Saint-Germain-en-Laye par les Loges militaires des Régiments écossais et irlandais ayant suivi le roi Jacques II Stuart en exil, Maçonnerie demeurée peu ou prou fidèle à ce qui sera désigné par Early Grand Scottish Rite ou Rite Écossais Primitif. En 1778, une tentative de remise en ordre intervient avec l'adoption du Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées dit Code de Lyon. Ce Code, qui régira depuis lors le Rite Écossais Rectifié, ne reconnaît que quatre grades symboliques : ceux d'Apprenti, de Compagnon, et de Maître pour les loges bleues et celui de Maître Écossais pour les loges vertes. Mais à ces quatre grades symboliques, s'ajoutent les degrés chevaleresques de l'Ordre Intérieur qui utilise l'ancien Ordre du Temple comme "moyen de transcendance", pour reprendre l'expression de Hugues d'Aumont (in "Templiers et Chevalerie spirituelle des Hauts Grades maçonniques" page 16), Ecuyer-Novice et Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte. On est donc ici en présence d'un système à six degrés, auxquels s'ajoutent encore les deux degrés d'une classe secrète, dite de Profession : Profès et Grand Profès. Le Code de Lyon décrit avec précision les intervalles devant être respectés pour les passages de grades :

  • cinq mois d'assistance régulière aux travaux du grade d'Apprenti à celui de Compagnon
  • sept mois de présence régulière de celui-ci au grade de Maître Maçon ;
  • une année de présence régulière du Grade de Maître à celui-ci de Maitre Ecossais de Saint André.

En deux ans, on pouvait donc atteindre le quatrième grade, étant entendu que le même Code précise que ces intervalles peuvent être abrégés sur dispense particulière. En réalité, ainsi que le note Christian Guigue, "on était souvent Maître-Maçon dès le jour de sa réception" (in "Rite Écossais Rectifié – Manuel pour le Travail en Loge de Compagnon" page 153). En 1786, Frédéric II est supposé avoir édicté à son tour de Grandes Constitutions qui serviront de charte historique au Rite Écossais Ancien et Accepté, lequel comprend [...] 33 degrés se répartissant comme suit :

du 1er au 3ème pour les Loges bleues,

du 4ème au 18ème pour les Loges de Perfection,

du 19ème au 30ème pour le Chapitre,

le 31ème pour le Tribunal,

le 32ème pour le Consistoire,

et le 33ème pour le Conseil Suprême.

Cette hiérarchie en trente-trois degrés ne tardera pas à servir de référence mondiale et la plupart des Rites tenteront de fixer des équivalences entre leurs propres systèmes et celui du Rite Écossais Ancien et Accepté. Exercice parfois périlleux et discutable, car tendant à être oublieux des spécificités propres à chaque parcours initiatique. Toujours est-il que l'usage veut que le 4° du R\E\R\ corresponde au 18° du REAA, l'Écuyer Novice au 30° et le CBCS au 33°. On notera que la correspondance, entre les derniers degrés de CBCS et 33°, semble d'autant plus artificielle que le premier est un degré à caractère chevaleresque alors que le second est un degré administratif. Les intervalles pour les passages du grade d'Apprenti à celui de Compagnon et de Compagnon à Maître sont identiques à ceux du Rite Ecossais Rectifié, soit respectivement cinq et sept mois, mais l'Article 343 des Règlements Généraux de la Maçonnerie Écossaise, adoptés en 1880, confirme en outre que ces intervalles peuvent s'exprimer également en nombre de Tenues. La Maîtrise est ainsi accessible à l'Apprenti qui aura participé à quinze Tenues. Nous sommes fort loin des pratiques contemporaines, est-il besoin de le souligner. (voir "Règlements Généraux de la Maçonnerie Écossaise pour la France et ses Dépendances" Éd. Lacour, 1993). [...] Quant au Rite Écossais Primitif, il semblerait qu'il connut des destinées diverses selon son enracinement géographique. En Écosse, il apparaît que le Early Grand Scottish Rite ne résista pas au mouvement général qui marqua la Maçonnerie des XVIIIe et XIXe siècles. Un témoignage intéressant nous est donné par A.E. Waite dans son Journal, à la date du 8 février 1903. En effet, Waite raconte les conditions dans lesquelles il fut reçu au 44e degré du Early Grand Scottish Rite qui aurait compris 47 degrés au total (cité par R.A. Gilbert "Ars Quatuor Coronatorum", volume 99 pour l'année 1986). En France, tout porte à croire que le Rite Écossais Primitif, peut-être parce que peu pratiqué, demeura plus proche de ses origines et qu'il parvint à maintenir assez longtemps une hiérarchie de grades rappelant celle du XVIIe siècle. Mais c'est avec notre ancien Grand Maître, Robert Ambelain, et les recherches qu'il effectua, que la situation allait se clarifier pour aboutir à la mise en ordre que nous connaissons aujourd'hui. [...] Schématiquement, et sans entrer dans le détail, on peut distinguer deux temps ou deux périodes, dont 1991 sera l'année charnière. Dans un premier temps, et après quelques variations probablement consécutives à l'avancée de ses recherches, Robert Ambelain arrête la hiérarchie des grades du Rite Écossais Primitif à son cinquième grade, celui de Maître Écossais et/ouChevalier de Saint André. L'échelle hiérarchique du Rite Ecossais Primitif comprend alors les grades :

I Apprenti

II Compagnon

III Maître (ou "Compagnon confirmé")

IV Maître Installé (ou Maître de Saint Jean ou encore Maître de Loge)

V Maître Écossais et / ou Chevalier de Saint André du Chardon.

Ce schéma ressort assez clairement de deux documents ou courriers par lesquels notre ancien Grand Maître explique que le Rite Écossais Primitif arrête sa hiérarchie au 18e degré de l'Écossisme et du Rite de Perfection et donc à son grade de Chevalier de Saint André [...] et que le quatrième grade est celui de Maître Installé [...]. Pour les Frères qui désirent poursuivre leur avancée hiérarchique au-delà du grade de Chevalier de Saint André, Robert Ambelain offre la possibilité de les acquérir au sein d'un autre Rite dont il détient une patente : le Rite de Cerneau, similaire au Rite Écossais Ancien et Accepté et comportant donc 33 degrés. Quelques mois plus tard, notre Grand Maître décide d'enrichir la hiérarchie du R\E\P\ en lui adjoignant les grades d'Ecuyer-Novice et de Chevalier du Temple, semblables à ceux du Rite Écossais Rectifié. Dès lors, il n'est plus nécessaire de faire appel à ce que l'on pourrait appeler la filière Cerneau, le Rite Écossais Primitif se trouvant doté d'un système complet en sept grades. [...] À première vue, la hiérarchie des grades du Rite Écossais Primitif ne semble pas présenter de particularités notables, si ce n'est le rappel d'anciennes dénominations antérieures au XVIIIe siècle et une certaine similitude avec celle du Rite Ecossais Rectifié. Pourtant, deux grades méritent d'être quelque peu explicités, sans divulguer le moindre secret bien sûr, ceux de Maître Installé et de Chevalier de Saint André. Dans le système propre au Rite Écossais Primitif, le grade de Maître Installé est non seulement une "qualité" comme dans d'autres Rites mais bien un grade au sens strict du terme. Grade particulier car, bien que placé en quatrième position, il ne peut être conféré que si l'on possède le cinquième grade, celui de Chevalier de Saint André. Les raisons de ce particularisme – que l'on retrouve pour partie au Rite Écossais Rectifié – sont données par Robert Ambelain dans son introduction au "Rituel des Maîtres de Loge". Autre particularité du grade, celui-ci est conféré au sein d'une Loge de Maîtres Installés ou, à défaut, dans tout Temple mis à la disposition des trois Installateurs. Il n'y a aucun lien direct avec l'allumage des feux d'une nouvelle Loge et le grade qui est donné l’est ad vitam. Il permet à son titulaire de disposer de l'outil nécessaire pour créer une Loge, puis la diriger, mais l'Installation elle-même constitue une cérémonie per se. Pas plus que pour les autres grades, aucun intervalle minimal n'est fixé pour le passage au quatrième grade. De même, aucun délai n'est fixé entre l'Installation et la prise en charge d'une Loge. Est éligible au grade, écrit Robert Ambelain, « un Compagnon confirmé, ancienne dénomination de Maître Maçon, susceptible de diriger une Loge et d'y transmettre les trois grades de l'Initiation maçonnique : Apprenti, Compagnon et Compagnon confirmé ». (R. Ambelain : Rituel des Maîtres de Loge). Il ne semble pas que, dans l'esprit de Robert Ambelain, la Réception au grade de Maître Installé ou de Maître de Loge ou encore de Maître de Saint Jean constituât une étape obligatoire pour accéder aux plus Hauts-Grades du Rite et, dès lors, rien n'empêche fondamentalement un Chevalier de Saint André de passer aux grades d'Ecuyer-Novice puis de Chevalier du Temple sans être pour autant titulaire du quatrième grade. En revanche, un Chevalier de Saint André qui serait appelé à diriger une Loge devait obtenir préalablement le grade de Maître Installé. On pourrait donc qualifier ce dernier de grade "fonctionnel". Le grade de Chevalier de Saint André mérite également une mention spéciale car il résulte d'un "syncrétisme" original entre degrés purement maçonniques et filiation chevaleresque traditionnelle. Le sujet est extrêmement vaste et il est naturellement impossible de le développer ici sous tous ses aspects. Quelques extraits d'une fort intéressante note de Robert Ambelain, intitulée Les Maîtres Écossais, peuvent donner quelques indications essentielles. Il faut savoir que le grade de Maître Écossais de Saint André est demeuré longtemps secret. « Le 24 juin 1314, explique Robert Ambelain, Robert Bruce, roi d'Écosse, constitua l'Ordre de Saint André du Chardon. [...]. En 1593, Jacques VI d’Écosse constitue la Rose-Croix Royale avec trente-deux chevaliers de Saint André du Chardon. Il est alors Grand Maître des Maçons opératifs d’Écosse. Tombé dans l’oubli, faute de recrutement valable, ou raréfié dans le secret, l’Ordre de Saint André du Chardon est rouvert en 1687, avant son exil en France, par le roi Jacques II. Et là on voit apparaître au grand jour cet ordre maçonnique [...] qui a pour nom "Ordre des Maîtres Écossais de Saint André", nom qu'il ne quittera plus. Le Rituel, à double sens, évoque [...] le retour en Grande-Bretagne, après l'exil en France, avec la restauration des Stuarts. » (Robert Ambelain : "Les Maîtres Écossais"). D'autres sources donnent l'an 810 comme date de fondation de l'Ordre de Saint André du Chardon [...]. En tout état de cause, le cinquième grade du Rite Écossais Primitif est d'une exceptionnelle richesse et ne saurait être comparé aux grades – peut-être similaires dans l'apparence – d'autres Rites qui se parent de titres à connotation chevaleresque dans une perspective exclusivement symbolique et sans lien avec l'Ordre de Chevalerie, subsistant ou éteint, dont ils empruntent la dénomination (Chevaliers de la Toison d'Or, Chevaliers de Malte, etc). [...] Un dernier mot sur la question de la validité des grades et titres maçonniques. Assez curieusement, c'est un aspect du sujet qui est très rarement sinon jamais traité dans les Constitutions, Règlements et autres textes maçonniques. Ou alors de manière indirecte. [...] Une précaution liminaire s'impose : la validité d'un grade ou d'un titre maçonnique ne saurait être jugée avec des critères juridiques purement profanes. Cela n'aurait pas de sens et conduirait inévitablement à considérer nombre de grades maçonniques comme illicites ou usurpés à l’exemple des dénominations chevaleresques évoquées plus haut. La validité d'un grade maçonnique ne peut se déterminer qu'à travers la culture maçonnique elle-même : ses règles et son esprit. Ainsi, on pourra sans doute affirmer qu'un grade maçonnique sera réputé régulièrement reçu – et donc incontestablement valide – si trois conditions minimales sont réunies :

1. Régularité de l'Initiation maçonnique de l'Impétrant (on ne saurait donner d'autre grade à un Profane que celui d'Apprenti) et de ses élévations successives ;

2. Pouvoir de celui ou de ceux qui confèrent le grade : ce pouvoir doit s'analyser par référence au grade détenu par ceux-ci et, le cas échéant, par référence à la fonction règlementaire qu'ils assument au moment où le grade est conféré ;

3. Stricte observance des Rituels de Réception tels qu'approuvés et en vigueur dans le cadre du Rite au sein duquel le grade est conféré. Dans certains cas extrêmes ou d'urgence [...], les critères de validité – en particulier les critères de forme – pourront être assouplis pour tenir compte du contexte particulier.

Enfin, il ne faut pas confondre validité et reconnaissance du grade : la validité repose sur des critères objectifs alors que la reconnaissance ne relève que de celui de l'opportunité, critère subjectif s'il en est, ou d'accords inter-obédientiels révisables à tout moment.

F O’D

Source : http://www.glfriteecossaisprimitif.org/

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Rite écossais philosophique : rite écossais moderne ou rite français écossisé ?

21 Février 2016 , Rédigé par T\ D\ Publié dans #Planches

« La maçonnerie est un loisir un peu plus intelligent que les autres loisirs. Ce loisir prend la forme d’un grand rébus pour lequel personne n’a découvert une unique réponse. Comme tous les vrais loisirs, la maçonnerie permet de jouer comme dans le monde réel mais avec des petits camarades de jeux tolérants et compréhensifs, c’est pour cela que l’on les appelle frères ». Comme ici chacun le sait : nous travaillons au Rite Ecossais Philosophique. C’est évidence que de le rappeler. Ce n’est pas inutile de rappeler ce que cela signifie. Mes F\ Bien-aimés qui décorez ces colonnes et, par là-même, les rendez belles et lumineuses, c’est de ceci dont je souhaite vous entretenir ce midi. On parle d’« Ecossais », donc d’« Ecosse », partant d’« Ecossisme ». Mais qu’est-ce que l’Ecossisme ? En vérité, il est extrêmement difficile de définir ce qu’est un rite « écossais » malgré que les termes « Ecosse »et « écossais » sont omniprésents en Maçonnerie et que les rites qui se qualifient « écossais » sont relativement nombreux : Rite Ecossais Ancien et Accepté, Rite Ecossais Rectifié, Rite Ecossais Primitif, Rite Ecossais Philosophique… On dit même que fut fondé en Belgique voici un demi-siècle un « Rite Ecossais » d’un nouveau genre - un Rite Ecossais « belge » en quelque sorte – qui porte nom « Rite Ecossais de 1962 » (tout simplement parce que constitué cette année-là…). Bien des gens se sont rassemblés sous la bannière de l’Ecossisme, mais sait-on bien toujours ce que cela recouvre exactement ? Il n’est pas inutile de rappeler que l’Ecossisme n’est pas vraiment « écossais » puisque, comme son nom ne l’indique pas, il est né…en France, dans la seconde moitié du 18ème siècle, et dans une Europe en plein bouleversement politique. Le terme « écossais », en vérité, renvoyait à l’origine aux hauts grades, soit ceux au-delà de celui de Maître Maçon : il a qualifié d’abord une certaine classe de hauts grades, puis, par la suite, son sens a été étendu pour désigner l’ensemble de la Maçonnerie des hauts grades. Et, enfin, comme il n’y avait pas au 18ème siècle la séparation stricte qui existe aujourd’hui entre hauts grades et grades bleus, l’appellation d’« écossais » en est venue à être appliquée par certains Rites à l’ensemble de leur système, y inclus les grades bleus. C’est ainsi qu’il existait dans les dernières années de l’Ancien Régime un système qui s’intitulait officiellement « Rite Ecossais Philosophique ». L’appellation figure dans des documents avignonnais des années 1780, car ce Rite s’est prioritairement développé en Avignon. Je dis bien : « développé » en Avignon, puisqu’il naquit à Marseille ; il n’y a pas de doute à ce sujet En 1774 précisément, une Loge naquit, qui s’appelait la « Loge de Saint-Jean » et cette Loge acquit très rapidement un développement extraordinaire… Comprenez bien ce qu’était 1774 et quelle était la vie à ce moment-là : en 1774, Mirabeau a 25 ans et Voltaire en a 80. Nous sommes à 15 années de la chute de l’Ancien Régime (1789) et c’est la fin du règne de Louis XV, dit le Bien-Aimé. A cette époque, la France jouit d’une situation de premier plan en Europe et, d’une certaine façon, dans le monde. Elle est le pays le plus peuplé d’Europe avec une population estimée à 26 millions d’âmes. Elle en est aussi le plus prestigieux. La langue et la culture de la Cour de Versailles rayonnent à Berlin, en Prusse, à Saint-Pétersbourg, en Russie, bref dans tout le monde « civilisé » alors connu. Dans les salons parisiens, les écrivains et les penseurs français brassent les idées et refont le monde, à l’image de leurs voisins anglais. C’est le « Siècle des Lumières ». Ce sont aussi les prémisses de la Révolution… C’est dans ce contexte que naît à Marseille la Mère-Loge du Rite : la Loge de Saint-Jean ; et cette loge, très vite, va se développer d’une façon tout-à-fait remarquable. Dans un premier temps, elle se prolonge en Avignon par la création de la Loge « Saint-Jean de la Vertu Persécutée », patentée le 31 août 1774 et l’Ouest (Toulouse, Agen, Bordeaux, Jarnac,…) comme plus au Sud (Livourne et Gênes en Italie, puis Palerme, Corfou en Grèce, Alexandrie en Egypte) et jusqu’à Saint-Domingue, et aussi Aix-la-Chapelle dans le département de la Roër (à l’époque département français), et même, m’a-t-on dit mais je n’oserais le jurer, Istanbul en Turquie. C’est ainsi que l’on va dénombrer à un certain moment jusqu’à une trentaine de Loges créées sous et par ce Régime. On peut véritablement parler d’âge d’or ! La Loge de Saint-Jean, donc, voit le jour à Marseille et très vite se répand – comme je viens de le dire – en Avignon via cet autre Atelier célèbre qu’est « Saint-Jean de la Vertu Persécutée » qui elle-même parrainera deux ans plus tard à Paris une Loge connue dans un premier temps sous le nom de « Saint-Lazare », devenue peu après « L’Equité », puis « Le Contrat Social », puis enfin « Saint-Jean d’Ecosse du Contrat Social ». Et c’est toujours à « Saint-Jean d’Ecosse du Contrat Social », la plus célèbre fille de la Loge « Saint-Jean de la Vertu Persécutée », que tous ceux qui s’intéressent au « Rite Ecossais Philosophique » font encore systématiquement référence aujourd’hui ! Et voilà comment se développe en France – voici de cela maintenant 240 ans ! – un Rite qualifié « écossais ». Ce rite, tel qu’il était pratiqué dans ces années-là, différait assez peu de celui du Grand Orient dans les grades bleus ; il en différait surtout dans les hauts grades ; mais, bien évidemment, je veux ici me concentrer sur le rituel bleu prioritairement.

On ne saurait parler d’un rite « écossais » sans évoquer l’interversion qui constitue une de ses premières caractéristiques : la fameuse « interversion écossaise ».De quoi s’agit-il ? Si les Colonnes n’avaient pas été transportées à l’intérieur de la Loge, leur emplacement ne serait pas douteux, la Bible plaçant très clairement « J » à droite et « B » à gauche à l’entrée du Temple de Salomon. Comprenez bien cela et essayez de visualiser ce qu’était le Temple de Salomon à cette époque. «J » se trouve sur le parvis à droite, soit sortant du Temple à gauche. « B » se trouve sur le parvis à gauche, donc quittant le Temple à droite. Il n’y a pas de doute à ce sujet ! Les Français – qui sont « Modernes » et le revendiquent – ont inversé cet ordre et, introduisant les Colonnes à l’intérieur, les ont disposées autrement : « J », au Rite Français, est, franchissant la porte de l’Atelier, à gauche ou, si vous préférez, dans son local, au Nord. « B » est à droite, ainsi, dans ce même lieu, au Sud. Jakin se place chez les Français au Septentrion, donc à la droite du Vénérable lorsqu’on se trouve dos à l’Orient ; Boaz est au Midi, à la gauche de celui qui tient le premier maillet de l’Atelier. C’est la fameuse « inversion française » qui d’ailleurs n’est pas spécifiquement propre au Rite Français, puisqu’aussi bien on la retrouve dans d’autres rites, tel le Rite Ecossais Rectifié ou le Rite de Memphis-Misraïm. Les Colonnes ont donc été inversées et, partant, les attributions de celles-ci. Malgré tout ce qui a été dit à ce sujet – n’en doutez pas ! – Cette disposition interpelle, tant il est vrai que les choses sont souvent bien moins simples que ce qui paraît de prime abord… Au Rite Français - appelé encore par certains « Français Moderne » – les Surveillants siègent tous deux à l’Occident, le Premier au Sud-ouest (comme c’est le cas chez nous) sous le signe de la Colonne B\ dont dépendent les Compagnons ; le Second au Septentrion, près la Colonne J\, à l’angle Nord-Ouest de la Loge, d’où il supervise ses Apprentis. C’est le contraire chez les Ecossais Anciens et Acceptés qui placent en Loge les deux Colonnes autrement : J\ est au Sud, B\ est au Nord. Le Premier Surveillant siège donc au Septentrion, sous le signe de la Colonne B\ qui se loge à l’angle Nord-Ouest de l’Atelier, et, de là, surveille les Compagnons qui siègent au Sud. La stalle du Second Surveillant est au Sud, sous le signe de la Colonne J\ et c’est du Midi qu’il va surveiller les Apprentis dont il a la charge, lesquels bien évidemment siègent au Nord. On dit qu’ainsi Jakin se trouverait plus spécifiquement associée au solstice d’hiver puisque sa colonne fait face au soleil levant, cependant que Boaz trouverait une corrélation plus spécifique avec le solstice d’été . A suivre cette thèse, aussi bien il faudrait alors dire que, dans le Rite Français, Jakin serait plus spécifiquement associée au solstice d’été, cependant que Boaz s’assimile au solstice d’hiver, mais rien ne permet objectivement d’affirmer cette chose et, plus fondamentalement, il n’y a pas de réelle différence avec la disposition du Temple de Salomon si l’on sait qu’aussi bien tout ce qui est en-haut est en bas, et inversement… Du reste, comme l’a excellemment écrit un ancien Grand-Maître de la Grande Loge de France, « les énergies dans un temple sont multiples, certaines descendent et d’autres remontent de la terre vers le ciel diffusant, dans chaque recoin, la vérité en mouvement et nourrissant chaque cellule d’une connaissance toute particulière et tout à la fois universelle ». Il est indifférent, en vérité, de savoir à quoi correspond plus spécifiquement telle ou telle Colonne, dès lors qu’on admet que l’une et l’autre sont une liaison entre le ciel et la terre et, partant, entre le spirituel et le matériel.

Quelle est au départ – basiquement – la première spécificité de notre Rite ? Voilà bien, sans doute, une question à la réponse parmi les plus difficiles qui soient… L’étude des archives de l’Atelier permet la découverte d’un ouvrage ancien et précieux où l’on peut lire que : « Notre Loge, instituée par le G\ O\ de France au rite Moderne, s’est toujours distinguée des autres par le désir d’acquérir de nouvelles connaissances Maçonniques en recherchant avec zèle et constance le vrai but de l’Ordre… ». Et plus loin que : « Notre Loge ayant été constituée au Régime Ecossais Philosophique, nous avons reconnu qu’il a pour but les Connaissances les plus élevées, (celles) qui assurent à l’homme qui peut arriver à l'explication des Symboles un Bonheur véritable et éternel ; c’est une Maçonnerie qui, depuis le Grade d’Apprenti jusqu’au dernier Degré, conduit pas-à-pas (…) à la découverte de la Vérité» (Ibid., 25ème feuillet). Un dénommé ADAMA (alias) – ancien du Grand Orient de France, qu’il déserta quelques années plus tard pour rejoindre la Grande Loge de France, et qui se présente Commandeur du KOLOB ORDER, une association sui generis qui emprunte à la Maçonnerie autant qu’au Mormonisme et évoque aussi bien l’ufologie parlant d’aéronautique - expose que l’une des premières caractéristiques du Rite Ecossais Philosophique est d’entretenir un rapport étroit avec l’Alchimie spirituelle et mystique. La référence emprunte au folklore ; l’assertion, pour autant, n’est pas dénuée de tout fondement, s’agissant à tout le moins des hauts grades tels qu’on devait les pratiquer. Il est permis de penser qu’en effet l’hermétisme y occupait une place importante et l’on a été jusqu’à qualifier le Rite Ecossais Philosophique de « rite alchimique ». Entendez « alchimie » comme ici synonyme d’ésotérisme, soit la science de l’occulte et du secret, accessible à un petit nombre d’initiés seulement et dont la pratique devait rester inconnue des profanes. On ne doute pas davantage que la pratique des rituels d’origine dérouterait plus d’un maçon de notre époque… Il est donc établi que le REP. originel entretenait avec l’alchimie des rapports étroits et il se dit que son développement majeur sur la place de Paris en 1776 doit beaucoup au F\ Alexandre Boileau, un médecin particulièrement féru d’hermétisme, membre de la Mère-Loge d’Avignon, Grand Supérieur National des Loges et Chapitres du régime écossais philosophique en France et, surtout alchimiste réputé. Je rappelle que nous sommes à ce moment deux années après la naissance du Rite à Marseille et que la loge « Le Contrat Social » – autrefois « Saint-Lazare » – essaime à tout va : on compte, en ce temps déjà, pas loin de 30 Ateliers, ce qui est substantiel. Faut-il s’étonner de cet engouement pour l’hermétisme ? Non ! A la fin du XVIIIe siècle, la Maçonnerie « égyptienne » est en vogue, qui affirme puiser ses racines dans l’Egypte des pharaons et pratique des rites d’inspiration prioritairement mystique. On rapporte que Claude-Antoine THORY, un avocat adjoint au maire du 1er arrondissement de Paris, grand botaniste connu pour sa passion des roses sur lesquelles il se commit d’un ouvrage célèbre, mais aussi l’auteur d’une non moins célèbre « Chronologie de l’Histoire de la Franc-maçonnerie Française et Etrangère» et l’un des principaux animateurs du Rite Ecossais Philosophique de l’époque, avait installé à Paris une sorte de musée de musée initiatique visant à démontrer que la Franc-maçonnerie était l’héritière des Mystères antiques et notamment des Mystères égyptiens. Il n’est pas douteux que les hauts grades du rite étaient largement empreints d’ésotérisme. C’est aussi bien cela qui lui valut à la même époque de vives frictions avec le Grand-Orient de France, puisque « Le Contrat Social » voulait bien reconnaître l’autorité du Grand-Orient pour ce qui concerne les grades bleus, mais se considérait comme une « Loge-Mère »pour les hauts grades, alors que le Grand-Orient n’y voyait qu’un atelier parmi d’autres et prenait grand ombrage des patentes de hauts grades qu’elle distribuait à tour de bras. « Ecossais Philosophique » doit donc d’abord être perçu comme « Ecossais Philosophal » et on ne saurait comprendre l’essence de ce rite hors référence à l’hypothétique substance alchimique permettant non pas seulement la transmutation des métaux vils en or, mais plus avant – et cet aspect des choses est peut-être moins connu – de prolonger la vie humaine, voire de donner la vie éternelle, ou encore d’accéder à la lumière inextinguible… Ceux qui raillent notre rite le disent mal nommé, car on dit la pierre philosophale et non la pierre philosophique. Logiquement, notre rite eût dû s’appeler : « Rite Ecossais Philosophal »… Je vous ferai grâce de la merveilleuse dissertation qui peut se concevoir sur le grade de « Sublime Maître de l’Anneau Lumineux » et j’en viens aux grades bleus.

Une des toutes premières caractéristiques de notre rite – et c’est peut-être la plus importante ! - tient à l’emplacement des chandeliers et à leur signification. Regardez, je vous prie, ces trois flambeaux qui délimitent le Pavé Mosaïque, respectivement situés aux angles S\ E\, S\ O\ et N\ O\, allumés à l’ouverture de nos Travaux et éteints lorsque ceux-ci viennent à prendre fin. En connaissez-vous la profonde signification ? Ces flambeaux – que d’autres rituels nomment « colonnettes » afin d’éviter toute confusion avec les colonnes J\ et B\– sont bien chez nous des Colonnes et ces Colonnes ne sont pas de simples éléments d’architecture. Leur signification symbolique est claire et le ternaire qu’elles composent usuellement bien connu : Sagesse est au S\ E\, qui s’identifie au Vénérable Maître, c’est, on le sait, la qualité requise pour entreprendre ; Force est au S\ O\, qui est l’apanage du Premier Surveillant, la qualité requise pour exécuter ; Beauté se positionne au N\ O\, qui personnifie le Second, la qualité de loin la plus difficile à cerner, car toujours on se pose la question de savoir si la beauté est l’harmonie dans le regard ou l’ornement de ce qui est regardé... On sait le plus souvent que ce sont les trois piliers qui supportent l’Atelier. On sait moins que ces trois « piliers-supports de loge » sont aussi, et surtout, les trois Lumières qui viennent l’éclairer. C’est peut-être la première spécificité de notre rite ; c’est sans doute la moins connue ! Ceci est ce que j’appelle le « pont-aux-ânes » de notre rituel : celui qui ne saisit pas l’essence de ce qui vient d’être dit, quoiqu’il dise, quoiqu’il pense et quoiqu’il croie savoir, ne saura rien appréhender du reste… C’est que la compréhension des Trois Lumières de la Loge n’est pas chose aisée ! Pour faire simple, disons que pour les « Anciens », les trois Grandes Lumières en maçonnerie sont la Bible, l’Equerre et le Compas, cependant que pour les « Modernes » – paradoxalement antérieurs aux « Anciens » ! – et, bien évidemment, les Rites qui s’en revendiquent : Français Traditionnel, Ecossais Rectifié, Ecossais Philosophique, ce seront le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge. Pour les premiers – apparus en 1751 et qui se qualifient eux-mêmes « Anciens » (« Antients ») –, Soleil, Lune et Vénérable Maître ne sont que Trois Lumières secondaires (« lesser lights ») et il en sera de même, bien sûr, pour le Maître de l’Atelier et ses deux Surveillants. Les petites Lumières sont ici les trois flammes dispensées par les trois chandeliers qui forment le pourtour du tapis de Loge et elles sont, au premier chef, la représentation matérielle de la bien connue triade (on pourrait dire aussi bien « trinité ») Sagesse – Force – Beauté, la Sagesse concevant le plan d’une œuvre que la Force exécute et à laquelle la Beauté apporte l’ornement .Pour les « Modernes », il en va différemment, lesquels privilégient le caractère johannite du rite et le Nouveau Testament, ce qui est un système tout autre... Le Volume de la Loi Sacrée est au premier chef la Bible et celle-ci est ouverte à la première page de l’Evangile de Saint-Jean (sur l’origine de cette querelle ancestrale et la double tradition qui s’en suit, notamment (sans exhaustivité) : Roger DACHEZ, « La querelle des « Anciens » et des « Modernes » – Nouvelles lumières sur un conflit fondamental de la Maçonnerie anglaise », Travail, Loge d’Etudes et de Recherches William Preston. Ainsi, le R\ E\ P\ est bien « moderne » qui emprunte au Rite Français : ses six Bijoux clairement subdivisés : trois « Mobiles » : l’Equerre, le Niveau et la Perpendiculaire ; L’Equerre que porte le Vénérable, qui sert à donner forme à ce qui n’en a pas et qui est la figure de la justesse et de l’équité ; le Niveau que porte le Premier Surveillant, qui sert à tirer une ligne droite et horizontale et à nous faire connaître la parfaite égalité ; la Perpendiculaire qui décore le Second, dont la vocation est d’élever perpendiculairement sur la base pour nous faire connaître que tout ce que nous entreprenons doit être dirigé par la sagesse du G\ A\ D\ L\ U\ et trois « Immobiles » : la Planche à Tracer, la Pierre Cubique et la Pierre Brute ; la Planche à Tracer, pour le Maître, qui lui sert pour ses dessins et qui est la figure de ce nouveau genre de vie que nous devons toujours suivre en tant que Maçons ; la Pierre Cubique, apanage du Compagnon, et qui lui apprend que nous devons sans cesse travailler à épurer nos mœurs et œuvrer davantage pour atteindre ce degré de perfection qui nous rapproche de notre Auteur ; la Pierre Brute, évident attribut de l’Apprenti, et qui est le premier symbole de nos imperfections que nous sommes appelés à corriger constamment trois Ornements – que certains appellent parfois « Meubles » par référence à d’anciens rituels du XVIIIème, ce qui peut créer confusion, car on parle ici de ce qui décore et non de ce qui se déplace. Au Rite Ecossais Philosophique, les trois Ornements sont : le Pavé Mosaïque qui est le sol de la Loge ; par définition, donc, la première parure de l’Atelier accessible au regard de celui qui y pénètre ; l’Etoile Flamboyante toujours présente, mais non illuminée au premier grade, posée au-dessus du Vénérable ; la Houppe Dentelée ou Cordelière à lacs d’amour, que l’on trouve sur le haut des murs ceinturant la Loge, soit sa bordure « tout autour » .l’emplacement des Colonnes (ou leur dénomination selon la place qui leur est réservée à l’entrée), les Premier et Second Surveillants étant disposés selon l’usage « moderne » : le Premier au S\ O\ devant la Colonne « B » qui est celle des Compagnons ; le Second au Septentrion devant la Colonne « J » dressée au N\ O\ et dont relèvent les Apprentis ; l’un et l’autre face au Vénérable qui, bien évidemment, siège à l’Orient. Il est tout-à-fait accessoire, à mes yeux, de savoir si cette disposition correspond ou non au Sceau de Salomon dès lors que, comme on sait, « tout ce qui est en-haut est en-bas » (« as it is above, so it is below »). Cette inversion française constituant, bien évidemment, un point de divergence majeur d’avec les Ecossais qui, prétendant revenir à la tradition ancienne, ont interverti à leur tour… les voyages au 1er grade, au nombre de trois, et qui sont à proprement parler non des épreuves destinées à effrayer le candidat, mais bien plutôt au premier chef des « purifications ». Il me faudra revenir sur ce point plus loin. le lieu des travaux qui est stricto sensu non le temple mais son porche ou son parvis (« in the porch of the Temple ») : on travaille non dans le Temple, mais en-dehors, et, comme on est dehors, on voit le ciel, donc la Voûte Etoilée. Notre catéchisme au grade d’apprenti est très clair à ce propos, qui porte :

Q. « De quoi est couverte votre Loge ? »

R. « D’un dais céleste parsemé d’étoiles »

La Loge est « ouverte » : en levant les yeux, on contemple la voûte céleste dont le bleu roi est constellé d’étoiles et parfois d’autres attributs de la sphère d’en-haut (rayons solaires, halos divers ou signes zodiacaux) et ce n’est pas décoratif uniquement. On pense, bien sûr, aux campements israélites dans le désert et aux toits de ces cabanes construits de branches et feuillages qui devaient permettre de toujours voir le ciel de l’intérieur les mots sacrés respectivement attribués à l’apprenti et au compagnon : « J… » au premier grade, « B » au second. C’est ici l’inversion des mots décidée par la Grande Loge des Modernes en 1730 aussi bien les mots de passe communiqués pendant la cérémonie : « T » au premier grade, « S » au second la position d’ordre, qui se fait la main au col, pouce en équerre de telle façon que la base du cou soit entre le pouce et l’index mais le coude appuyé contre la poitrine, soit l’avant-bras à plat sur le poitrail, non parallèle au sol. Inversement – et c’est paradoxal – il ne lui emprunte pas ses trois « Meubles » que sont Le Volume de la Loi Sacrée, l’Equerre et le Compas, puisque ceux-ci sont chez nous le Maillet, le Compas et le Glaive, ou, pour être plus précis, il substitue aux deux éléments déplaçables que sont chez les Français la Bible et l’Equerre, deux autres de même nature mais de portée différente : le Maillet qui fait écouter les ordres du Vénérable et le Glaive qui sert à punir les réfractaires. Ce sont donc l’insigne de commandement, l’instrument qui permet de tracer le cercle et l’épée qui constituent le premier mobilier de notre Atelier. Et l’épée dont ici s’agit est l’épée droite à double tranchant, non l’épée flamboyante qui est différente… Voyez encore – c’est tout-à-fait fascinant – le rôle essentiel que joue la Bible dans notre rite, évidemment présente dans le « lieu » maçonnique. Mais, à quel titre ? En tant que « lumière » ou en tant que « meuble » ? Pour les « Ecossais », il s’agit bien d’une « lumière », et c’est sur l’Autel des Serments où sont disposés Volume de la Loi Sacrée, Equerre et Compas que le postulant vient prêter serment et contracte ses obligations. La Bible ici n’est, donc, pas mobile et n’a nulle vocation à bouger ou à se transmettre, comme il en va d’un instrument. Pour les « Français », l’approche est autre : la Bible, traditionnellement ouverte au premier chapitre de l’Evangile de Jean – il n’est pas toutefois obligé que ce soit nécessairement à cette page-là ! – est objet ou symbole éminemment transmissible, donc muable, ce qui ne signifie pas pour autant que l’on va passer son temps à se la transmettre de main en main… Notre rituel pose clairement que le Volume de la Sainte Loi doit être ouvert au prologue de Jean. En cela, son caractère johannite est pleinement confirmé. Il est pour le moins surprenant que le Rite Ecossais Philosophique qui vient tant emprunter au Rite Français dans ses grades bleus ne lui ait pas repris pareillement son assemblage mobilier ! C’est toutefois moins le fait de voir dénier à la Bible cet attribut mobilier qui interpelle que le rôle au premier chef rayonnant que les Anglo-Saxons viendront assigner au « Volume de la Loi Sacrée », soit tout livre de base à caractère religieux et qui n’est pas forcément la Bible mais peut être le Coran des musulmans, le Veda des hindouistes ou la Thora des juifs. Un autre point essentiel – et qui constitue une importante divergence d’avec le Rite des « Anciens » – est qu’au troisième grade le mot sacré des Maîtres (« J...») n’est pas perdu à la disparition de l’architecte : il a simplement été changé, il est remplacé par un mot de substitution (« M...B... »). Ce mot « substitué » est un mot nouveau, qui empêche ipso facto que soit encore fait usage de l’ancien. Aussi bien, et par conséquence, la recherche ne sera pas la recherche de la parole « perdue » : cette recherche est inutile puisque l’« ancien » mot est connu. La parole n’est pas perdue, mais le risque éventuel de voir divulgué le mot sacré écarté… Le serment du candidat au premier grade mérite approfondissement. J’y reviendrai plus loin. Les pas d’apprenti seront cités pour mémoire, s’agissant à mes yeux d’une pure spécificité rituélique et non d’un trait caractéristique de «modernité ». Il n’est pas sans intérêt, toutefois, de rappeler qu’au Rite Ecossais Philosophique la marche se fait en partant du pied droit comme chez les « Français », tandis que le Rite Ecossais Ancien et Accepté fait partir du pied gauche. Je ne souhaite pas m’étendre sur la symbolique du pied d’appel, sur laquelle se peut disserter à l’infini, mais on ne peut pas ne pas voir qu’il y a ici à nouveau une similitude forte avec le Rite Français, encore que le pas d’apprenti n’est pas rigoureusement pareil puisque chez nous le creux du pied gauche vient sur les deux premiers pas se poser contre le talon du pied droit et que ce n’est qu’au troisième pas que les talons se touchent, pieds en équerre – soit une double équerre par deux fois, suivie d’une simple sur le troisième pas – cependant que le Rite Français strict fait pratiquer la double équerre par trois fois. Mais, je le rappelle, il s’agit ici de spécificités rituéliques qui ne constituent pas, à mon sens, une clef permettant un rattachement à l’une ou l’autre mouvance en particulier. Notre Rite est, par contre, « écossais » : dans sa disposition des flambeaux aux angles respectifs S\ E\, S\ O\ et N\ O\ du tapis de loge. La disposition typiquement « écossaise » des flambeaux d’angle (trois flambeaux, dont deux sont devant les surveillants et le troisième à l’Orient du côté du Midi) semble être apparue en Avignon, vers 1776, dans la loge « Saint-Jean de la Vertu Persécutée », loge-mère de la loge parisienne «Saint-Jean du contrat social » qui sera le berceau du Rite Ecossais Philosophique. Il ne peut s’agir d’une simple coïncidence, dit Pierre NOEL. La proximité dans le temps et dans l’espace suggère qu’il y eut influence réciproque. Et Pierre NOEL d’ajouter que cette disposition des flambeaux était déjà présente en 1747 dans un texte énigmatique intitulé « Les Francs-Maçons écrasés », dont on ne sait trop ce qu’il faut penser mais qui suggère en tout cas que l’idée était dans l’air depuis quelque temps déjà. Quant à l’acclamation, qui est l’acclamation écossaise : « Houzé, Houzé, Houzé ! », laquelle diffère du «Vivat, Vivat, semper Vivat !»typiquement moderne, pour ne pas dire spécifiquement française Le maçon attentif trouvera, certes, d’autres points de similitude, mais là n’est pas le plus important. Il faut rendre à Pierre NOEL cette justice d’être parmi ceux qui ont peut-être le mieux défini la spécificité des Colonnes « in-lodge » – disons plutôt « Flambeaux » qui est terme plus approprié –selon que l’on travaille au Rite Français ou au Rite. Les Colonnes se retrouvent évidemment dans tout local de Loge. Mais la signification qu’on leur donne n’est pas forcément la même partout ! Alors qu’en loge française, les Colonnes (Sagesse-Force-Beauté) et les Lumières (Soleil-Lune-Maître de la Loge) constituent deux ternaires distincts, en loge écossaise, elles sont fondues en un ensemble unique, ce qui veut dire que, chez les Ecossais, le V\ M\ et les deux S\ S\ sont à la fois Colonnes et Lumières. En d’autres termes, les trois Piliers que sont les trois chandeliers, et dont la vocation première est de supporter la loge, deviennent par une sorte de « glissement sémantique » (entendez : une substitution à un signifié de ce qui est alors perçu comme signifiant ou, si vous préférez, le fait de donner à un mot une signification dérivée de celle qu’on lui avait été attribué à l’origine) – une dérive linguistique en quelque sorte – les trois Lumières qui viennent l’éclairer. Ou, pour l’exprimer autrement, les trois Piliers qui délimitent le pavé mosaïque à ses angles S\ E\ (Sagesse), S\ O\ (Force) et N\ O\ (Beauté) viennent aussi matérialiser les trois Lumières de l’Atelier que sont chez nous le Maître de la Loge et les titulaires des second et troisième maillets. Les Piliers de l’Atelier sont donc bien plus que les simples flambeaux qu’on nomme SAGESSE, FORCE et BEAUTE et leur fonction n’est pas décorative, ni non plus de monter la garde autour du pavé mosaïque : ils éclairent la Loge ; ils l’inondent par leur lumière spirituelle, laquelle se transmet aux trois premiers Officiers qui s’en trouvent auréolés. C’est donc naturellement que le V\ M\ et les deux S\ S\ se trouvent être « Lumières» à leur tour… C’est dans les voyages du candidat au premier grade que se dessine un autre des reliefs les plus particuliers de notre rituel et ceci – voyez-le bien – est d’une appréhension également difficile. Il y a, bien sûr, trois Voyages, mais ceux-ci sont fort différents des traditionnelles Epreuves de l’Air, de l’Eau et du Feu. Il ne s’agit ici, à proprement parler, non d’épreuves destinées à effrayer le candidat, mais bien plutôt de « voyages » destinés à le purifier. Le premier voyage amène la « purification par l’eau » : l’impétrant doit se présenter lavé de toute souillure – les baptêmes par immersion ou par onction ne procèdent pas autrement – et il convient donc qu’il soit d’abord lavé, ainsi purifié par l’eau. Certes, le voyage se conduit au son d’une musique relativement bruyante, mais on est loin ici du tintamarre qui caractérise les rites modernes, le français en particulier, où le premier voyage se fait dans le vacarme le plus. A l’issue de ce premier voyage, quelques questions rituelles lui sont posées sur sa conception quant aux devoirs de l’homme. Il est essentiel de noter que le candidat reste seul devant ces interrogations : on ne lui « souffle » pas la réponse ; il s’indique qu’il trouve par lui-même réponse à ce questionnement… Ainsi purifié, le candidat accomplit son second voyage, qui est celui du feu. On le fait passer par les flammes, symboliquement bien sûr (dans la pratique, une bougie est promenée en-dessous de son bras et sa main). Le feu achève de métamorphoser le néophyte auquel il est demandé alors s’il persiste à vouloir être reçu Maçon. Une fois de plus – rappelons-le – il ne s’agit pas ici de mesurer le courage du candidat, et pas non plus de tester son degré de persévérance : ce qui importe est de savoir si, à présent par deux fois purifié, il a pleine conscience de sa démarche. Et vient le troisième voyage, le plus terrible, beaucoup plus pénible et éprouvant que les deux premiers : il lui faut voyager dans le noir. C’est, à n’en pas douter, ici la plus grande différence d’avec le rite français moderne. Le troisième voyage au rite moderne est celui du feu et ce troisième voyage se déroule plus facilement que les deux premiers, car le futur apprenti commence à prendre de l’assurance et son pas est moins chancelant. Le feu qui vient le purifier est régénérateur : le candidat, maintenant apaisé, est prêt à aller de l’avant. Purifié par l’air, puis l’eau et finalement le feu, le candidat régénéré – fortifié – ne doit plus craindre à présent les embûches ni des êtres ni des choses et peut prétendre, si non à la sérénité – on en est loin ! – du moins à s’élever spirituellement. Rien de tout cela chez nous ! C’est un voyage terrifiant que celui-là, où l’impétrant se retrouve seul avec lui-même et où on lui fait craindre d’être précipité dans le vide… Il est tellement effrayant que le 1er Surveillant demande « grâce pour le candidat », que le Vénérable refuse, ce qui bien sûr est de nature à augmenter encore son effroi. Et ce n’est pas fini... On lui réclame encore une preuve de son courage et de ses intentions. C’est l’épreuve ultime : celle du baptême par le sang, une des formes initiatiques parmi les plus anciennes, l’offrande du sang ayant été de tous temps et dans toute l’histoire de l’humanité le don le plus sacré et le plus précieux. Une alternative existe, qu’est le calice d’amertume, qu’on appelle ailleurs coupe des libations, une coupe remplie d’eau parfaitement banale en soi mais rendue amère de par l’adjonction d’un additif qui toujours rappellera au candidat l’amertume qui ne manquerait pas d’envahir sa bouche s’il venait à se parjurer… Parlons franc : il y a paradoxe. On ne peut raisonnablement pas soutenir que les voyages sont chez nous non des épreuves mais des déambulations à vocation « purificatrice » et, en même temps, imposer au candidat l’offrande de son sang ! On ne voit pas bien non plus en quoi un voyage où l’on fait – rien moins – craindre au postulant d’être précipité dans le vide serait un voyage «purificateur »… Et l’argumentation qui consisterait à dire que les seuls deux premiers voyages ont vocation purificatrice à l’exclusion du dernier ne convainc pas… Et, oui, le Rite Ecossais « Philosophal » est quelque part sans doute un rite un peu paradoxal ! J’ai évoqué plus avant le serment du néophyte sur lequel il me faut revenir. Il n’est pas douteux que, sur ce point, le Rite Ecossais Philosophique s’affiche « moderne », les similitudes entre notre rituel et celui Français étant évidentes, lesquels font l’un et l’autre plier au candidat son genou droit (c’est le contraire chez les Ecossais qui font pour l’obligation solennelle s’agenouiller le néophyte sur son genou gauche) et lui font contracter son obligation sur l’épée du Vénérable posée à plat sur la Bible et en travers de l’autel. Ce qui d’abord nécessite la présence d’un autel, parfois appelé « autel des serments », et qui se retrouve dans tous les rites mais pas forcément dressé de la même façon. Le point de savoir quel est le genou – droit ou gauche – à porter au sol est accessoire : certains diront qu’il n’y a pas au premier grade d’agenouillement ; d’autres qu’il s’indique de faire fléchir au candidat les deux afin que chacune de ses deux jambes soit repliée en équerre. Il est pareillement constant que le néophyte tient le compas ouvert et dont une des pointes (idéalement émoussée afin d’éviter tout accident) repose sur son sein gauche de la main gauche, la droite étant posée sur l’autel. La teneur du serment n’est pas non plus point de divergence, celui-ci étant sensiblement le même à chaque rite. Ce qui fait la différence, c’est le support sur lequel va se prêter le serment. Point de doute chez les « Ecossais » où l’obligation solennelle se contracte sur les Trois Lumières de la Loge que sont le Volume de la Loi Sacrée, l’Equerre et le Compas. Pas davantage de doute chez les « Français » où l’on fait mettre au candidat sa main droite sur le glaive du Vénérable, lequel est posé à plat sur le Volume de la Sainte Loi ouvert à la première page de l’Evangile de Jean, et en travers de l’autel. Le serment, donc, ici se prend sur l’épée du Vénérable inspirée par le Prologue de Saint-Jean sur lequel elle repose, et qui, pour la circonstance, n’est plus épée droite à double tranchant mais glaive flamboyant qui servira par la suite à créer, constituer et recevoir – on dit aussi « consacrer » – celui qui va cesser d’être simple récipiendaire pour devenir nouvel apprenti. Le rituel, tel que nous le pratiquons, est peu explicite et, pour être franc, pas vraiment clair qui simplement dispose: Le candidat est amené devant l’autel. On lui fait plier le genou droit sur un coussin, dans une équerre tournée vers l’Occident, la main droite sur le Volume de la Loi Sacrée et on lui fait tenir un compas dont une des pointes est dirigée vers le sein gauche. Les Frères ici se lèvent et se mettent à l’ordre .Le Vénérable se place dans l’espace entre l’autel et sa stalle, et dit : Veuillez répéter après moi, membre de phrase par membre de phrase, en substituant votre nom au mien… On ne dit pas si le Vénérable doit ou non se déganter (il se dégante au Rite Français, de la main gauche, et étend la main gauche dégantée sur celle du candidat…). On dit qu’on fait mettre au candidat sa main droite sur le Volume de la Loi Sacrée ; on ne dit rien de l’Equerre et du Compas, encore que c’est implicite puisque l’une et l’autre sont disposés sur le Livre. On affecte de croire que la dague qui se trouve sur l’autel fait office d’épée. On a coutume, à l’ouverture des Travaux, de disposer cette dague sur les trois lumières, cependant que le croquis de la disposition de la Loge qui figure au même rituel est contraire, qui fait figurer la dague pointée vers le Septentrion parallèlement au Livre, à quelques centimètres de celui-ci, plus avant sur l’autel. On saisit mal quelle différence il y a entre cette dague, censée être une épée, et l’épée posée sur la stalle du V\ M\ On se pose finalement cette question de savoir où se trouve l’Epée Flamboyante : prend-elle sa place sur l’autel des serments ou faut-il la disposer sur le plateau du Vénérable ? Il est d’évidence qu’il y a ici terrain ouvert au débat… Prolixe à plus d’un titre, très sobre sur d’autres plans, chatoyant et rigoureux en même temps, riche à n’en pas douter, évidemment beau – mais tous les rites le sont ! – le Rite Ecossais Philosophique est aussi interpellant et il est logique qu’il se soit trouvé controversé. Il est, en vérité, très proche du Rite Français traditionnel et il est très clair qu’à de nombreux égards il est au premier chef un rite moderne. Très proche, mais pas pareil ! Notre rite se retrouve « écossais » d’abord, et très simplement, de par ses propres références à l’Ecossisme et à l’appropriation qu’il fait du grade de « Maître Ecossais » et, plus généralement, des Chapitres Ecossais en général dont il s’auto-légitime la paternité. C’est très clairement ici que se situe le point de divergence – pour ne pas dire le point de rupture – le plus net d’avec la Maçonnerie française classique, spécifiquement le Grand Orient de France dont je vous ai expliqué qu’il s’accommodait fort bien des spécificités de la Mère-Loge Ecossaise du Rite Philosophique sur son territoire mais qu’il n’entendait en aucune façon reconnaître les hauts grades qu’elle prétendait conférer sous sa propre autorité. Les divergences au niveau des grades bleus sont d’impact somme toute assez relatif, sauf à pratiquer l’exégèse – ce qui n’est pas ici le propos – sous une réserve (mais de taille) : la disposition des flambeaux-piliers d’angle dont on ne rappellera jamais assez que leur emplacement aux angles respectifs S\ E\, S\ O\ et N\ O\ de notre tapis de loge fait induire la fusion des Colonnes et des Lumières, ce qui constitue une divergence majeure d’avec la configuration « moderne », laquelle dispose les trois chandeliers autrement. La trinité bien connue que composent SAGESSE, FORCE et BEAUTE, non contente de former un premier ternaire basique matérialisé en Loge Ecossaise par trois chandeliers disposés sur pied d’équerre ayant pour base l’Occident (les Français adoptant une position inverse, avec un angle d’équerre à l’Orient), vient se voir chez nous greffée d’une autre qui s’y superpose, désignée ici comme les trois lumières « autres » de l’Atelier : le VENERABLE MAITRE et les deux SURVEILLANTS. Et il y a plus qu’association étroite entre les trois Piliers qui supportent la loge et les trois Lumières autres que celles visibles en premier au tout jeune initié à qui la Lumière vient d’être donnée. Par un processus de glissement sémantique (ce procédé qui consiste à étendre ou changer la signification d’un terme sans en changer la forme) – et dont Pierre NOEL nous dit qu’il est « bien compréhensible », se dessine une nouvelle signification aux trois Grands Chandeliers (« high Candlesticks »)lesquels ne sont pas(plus) seulement l’incarnation de nos trois premières vertus, mais pareillement le siège de trois lumières qui sont autres que l’astre du jour, l’astre de la nuit et celle dispensée par le détenteur du premier maillet (« The Sun to rule the day, the Moon to rule the Night, and the Master-Mason his Lodge »). Ces Lumières sont les trois lumières des S\ E\, S\ O\ et N\ O\ de l’Atelier, matérialisées – identifiées – par le VENERABLE et les deux SURVEILLANTS, lesquels sont appelés à rayonner à leur tour. Les trois Grandes Lumières de la loge ne sont pas occultées pour autant. Loin de là. Le détenteur du premier maillet se retrouve ainsi tout en même temps « Grande Lumière » et « Grand Flambeau ». Et c’est cela sans doute qui fait la première spécificité de nos rituels bleus… Que l’on se plaise à le qualifier « Ecossais moderne » ou « Français Ecossisé », notre rite est évidemment particulier, spécifique et tout-à-fait original dans la superposition qu’il entreprend de pratiques relevant à la fois des « Anciens » et des « Modernes », tout en maintenant dans ce mariage quelque peu « contre-nature » entre vétéro- et néo- testamentaires un équilibre harmonieux. Parce que rien jamais ne perdure qui ne soit conçu dans la Sagesse… Parce que rien jamais ne demeure qui ne soit soutenu par la Force… Parce que rien jamais n’illumine si la Beauté n’est venue s’y loger…

J’ai dit !

T\ D\

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Historique du rite ancien et primitif de Memphis - Misraïm

15 Février 2016 , Rédigé par RAPMM Publié dans #Planches

La Franc-maçonnerie est une institution pluri centenaire, car les premières révélations historiques remontent au XIIIème siècle. Cette association de métier, à l'origine dite opérative..., au caractère corporatiste autant que moral et spirituel, devient, dès le Carrefour de 1723, un « centre d'union » où se retrouvent, en toute fraternité, des hommes qui, sans elle, ne se seraient pas reconnus... Adopter une vision tranchée et univoque de la Franc-maçonnerie moderne, dite spéculative.., semble difficile, car celle-ci, selon les temps et les lieux, a revendiqué des origines et des finalités bien différentes, bien qu'elle s'inscrive dans le courant judéo-chrétien. En outre, sa philosophie ne s'exprime que par le truchement des symboles : or leur sens dépend de la tradition initiatique à laquelle se rattache chaque Rite, qui représente l'Esprit de chaque Ordre existant Ainsi, les différentes Obédiences françaises couvrent un large spectre, allant du social au spirituel, de l'athéisme au déisme ; elles ont toutes cependant en commun leur essence initiatique et leurs trois premiers degrés représentent un centre adogmatique de perfectionnement individuel, intellectuel, moral et de travail sur soi. Ce n'est que par la suite que l'empreinte du Rite, propre à chaque Obédience se manifeste dans toute son amplitude : il donne à ses cérémonies une qualité, une densité, une stabilité, une impulsion et une prégnance à nulle autre pareille. De telle sorte que cette juxtaposition de mille et une nuances dans l'Art Royal entrouvre l'accès à une voie adaptée à la nature du Cherchant et à ses exigences, dans le respect le plus strict de sa liberté absolue de conscience. La Franc-maçonnerie du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm possède ses spécificités propres, qui font d'elle une Maçonnerie peu connue, mais d'une grande richesse à la fois rituelle et historique. Parmi celles-ci, se distinguent entre autres :
Son orientation spiritualiste et déiste dans le cadre de la Voie Initiatique.
Sa volonté de donner l'accès à la Connaissance Essentielle par l'alliance de l'intelligence du cœur à celle du mental ;
Sa représentation en tant que gardien des traditions de l'ancienne Egypte, berceau de toute initiation. Sa vocation de conserver et de développer une Tradition intacte (comprise comme la Tradition Primordiale transmise dans les courants hermétiques, gnosticistes, kabbalistes, templiers et rosicruciens), propre à libérer l'homme de ses chaînes matérielles, au travers de son évolution spirituel
le. Cette Tradition se veut dépositaire des antiques initiations de la vallée du Nil, perpétuées au travers de divers mouvements, parmi lesquels se retrouvent les pythagoriciens (qui détiennent l'héritage d'une Géométrie d'essence sacrée), les Hermétistes Alexandrins (dont les ouvrages de référence sont le Corpus Hermeticum et La Table d'émeraude attribués à Hermès Trismégiste), les Néo-platoniciens, les Sabéens de Harrân, les Ismaéliens, les descendants d'Abraham, les Templiers et les Rose Croix. Pour une Obédience spiritualiste comme celle du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le Rituel est donc l'occasion d'une régénération spirituelle, d'une réintégration métaphysique, de la personne qui y participe et joue le rôle de catalyseur sur le sentier de l'évolution intérieure. Mais en même temps, il reste attaché à son héritage humaniste, profondément engagé au côté des valeurs de la dignité, du droit, et de la défense de l'opprimé. C'est là sa grande force, son côté insolite, et la raison pour laquelle, peut-être, il attire autant qu'il intrigue...

LE RITE DE MISRAÏM

Il faut ici commencer à mi-chemin entre l'histoire et la légende... Peut-être par « il était une fois »...en présentant l'énigmatique personnage que fut Alexandre Cagliostro, de son vrai nom Joseph Balsamo, aigrefin de renom un peu souteneur et un peu espion pour les uns, Grand Initié sans attache, magicien et enchanteur pour les autres...en tout cas acteur occulte de la Révolution Française pour l'ensemble -, et certainement un être moralement indéfinissable, tant ce Rite attire des caractères trempés dans une eau qui n'a pas grand-chose à voir avec l'eau plate. Notre homme, très proche du Grand Maître de l'Ordre des Chevaliers de Malte Manuel Pinto de Fonseca avec lequel il aurait effectué des expériences alchimiques..., fonde en 1784 le « Rite de la Haute-Maçonnerie Egyptienne »... Bien que celui-ci n'ait eu que trois degrés (Apprenti, Compagnon et Maître Egyptien), le Rite de Misraïm semble lui être directement relié. On sait encore mal, aujourd'hui, où Cagliostro fut réellement initié (sans doute à Malte) et comment il bâtit son Rite : selon Gastone Ventura, il reçoit entre 1767 et 1775 du Chevalier Luigi d'Aquino, frère du Grand Maître National de la maçonnerie napolitaine, les Arcana Arcanorum, trois très hauts degrés hermétiques, venus en droite ligne des secrets d'immortalité de l'Ancienne Egypte, afin qu'il les dépose dans un Rite maçonnique d'inspiration magique, kabbalistique et divinatoire. Ce qu'il semble avoir fait en 1788, non loin de Venise, en y établissant une Loge où il opère le transfert des Arcana Arcanorum dans le Rite de Misraïm. Ce Rite, à demi-centenaire lorsque Cagliostro en fait le dépositaire du Secret des Secrets, est un écrin idéal pour le joyau qu'il reçoit, nourri de références alchimiques et occultistes, il attire alors de nombreux Adeptes. Il se réclame de plus d'une antique tradition égyptienne, le terme « Misraïm » signifiant ou « les Egyptiens » ou « Egypte » en hébreu...et possède 90 degrés... Dans l'état actuel des recherches, il apparaît surtout que les sources du Rite de Misraïm se situent dans la République de Venise et dans les Loges Franco-italiennes du Royaume de Naples de Joachim Murat, et qu'il a subi douloureusement à la fin du siècle l'occupation autrichienne qui en interdit la pratique. Les trois frères Bédarride, dont les plus marquants, Marc et Michel, auraient été initiés dans le Rite de Misraïm en 1803, l'introduisent en France à Paris en 1814 et 1815, à l'époque où les Ordres maçonniques sont interdits en Italie. Le Rite recrute aussi bien de hautes personnalités aristocratiques, que des bonapartistes et des républicains, parfois des révolutionnaires, Carbonari, comme Pierre Joseph Briot, - membre de la société secrète républicaine des Philadelphes..., ou bien encore Charles Teste, frère cadet du baron François Teste, lieutenant de Philippe Buonarrotti, le célèbre conspirateur qui utilisa la Charbonnerie pour servir la cause de son pré communisme, et qui fut, avec Babeuf, le coauteur du Manifeste des Egaux. Or, dès 1817, le Grand Orient, qui n'apprécie guère le système des Hauts Degrés, devient un vigoureux opposant au Rite de Misraïm. Ainsi, en 1822, alors que les affaires semblent florissantes, le Grand Orient, à cette époque monarchiste et catholique, profite de l'affaire des Quatre Sergents de La Rochelle et de l'inquiétude suscitée par les Carbonari pour dénoncer aux ordres de police, l'Ordre de Misraïm comme un repaire de séditieux « antimonarchiques et antireligieux » prêts pour l'insurrection armée. L'essor de ce nouveau Rite plein de promesses est ainsi stoppé net. En tant que Rite interdit, il devient tout naturellement un espace de rencontre pour tous les opposants au régime. Mais déjà il commence à péricliter. Vers 1890, les derniers Maçons du Rite attachés à leurs principes déistes et spiritualistes, se retrouvent bientôt dans une seule Loge, la fameuse Loge Arc-en-Ciel... Le Rite de Misraïm reviendra presqu'un siècle plus tard, lorsque Robert Ambelain, ancien Grand Maître ad vitam, démissionnaire du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le ravive en 1992, malgré ses engagements pris de ne jamais le ranimer. (cf. les correspondances Robert Ambelain / Gérard Klopp el)

LE RITE DE MEMPHIS

Le Rite de Memphis est une variante du Rite de Misraïm, constitué par Jacques-Etienne Marconis de Nègre en 1838. Pour autant, s'il reprend la mythologie égypto-alchimique du Rire, il la fortifie d'emprunts templiers et chevaleresques…les références à la légende d'Ormuz et à la Chevalerie de Palestine sont là-dessus très significatives…Robert Ambelain estime pour sa part, …mais l'information demande encore sa confirmation définitive…que ce Rite serait né de la fusion de divers rites ésotériques d'origine occitane, notamment le Rite Hermétique d'Avignon, le Rite Primitif de Narbonne, le Rite des Architectes Africains de Bordeaux, et un Rite Gnostique d'origine Egyptienne… Là où Misraïm est le Rite des Adeptes entre Ciel et Terre, des révolutionnaires insaisissables, et des comploteurs libertaires...selon ce qu'en disent les documents de police de l'époque Memphis durcit la ligne des références mythiques, et veut conquérir des hommes de force, à l'idéal chevaleresque. Le Rite connaît un succès certain, justement du côté des Loges militaires, tant et si bien qu'en 1841, les frères Bédarride le dénoncent à leur tour aux autorités, et le Rite de Memphis est contraint de se mettre en sommeil… Il faudra attendre 1848 et la destitution de Louis-Philippe pour que le Rite de Memphis reprenne une vigueur toute relative, luttant pour ne pas péricliter… Mais c'est plutôt Outre-manche, que le Rite perdure… A partir des années 1850, des Loges anglaises, travaillant en français au Rite de Memphis, se multiplient. Elles sont restées célèbres pour avoir été essentiellement composées d'ardents républicains ayant fui la France après le coup d'Etat du 2 décembre 1851. On y retrouve Louis Blanc, Alfred Talandier, Charles Longuet le gendre de Karl Marx, et Joseph Garibaldi membre d'honneur dont nous reparlerons par la suite. En 1871, l'écrasement de la Commune attire en Grande-Bretagne de nouveaux réfugiés… Ceux-ci contribuent à la vivification du Rite, mais toutes ces Loges s'éteignent en 1880, lorsque le nouveau gouvernement républicain déclare l'amnistie. Parallèlement, le Rite de Memphis semble avoir connu un important développement en Egypte à partir de 1873, sous l'impulsion du Frère Solutore Avventore Zola, nommé Grand Hièrophante... Jusqu'à l'époque du roi Farouk, il ne cesse de se développer, en tant que continuateur des anciens Mystères Egyptiens, à telle enseigne que les frères de Memphis sont unanimement appréciés et respectés. Le Rite de Memphis s'implante également aux Etats-Unis vers 1856-57, lors du voyage à New-York de Marconis de Nègre... Il connaît un certain essor, notamment sous la grande maîtrise de Seymour en 1861, et sera reconnu, un temps, par le Grand Orient de France.

LE RITE DE MEMPHIS - MISRAÏM

Survient en fin décembre 1870 un événement, apparemment anodin, mais qui aura de grandes conséquences : le 28 décembre, quatre Maçons menés par Robert Wentworth Little, qui avait crée quatre ans auparavant la S.R.I.A. (Societas Rosicruciana In Anglia)...invoquent une prétendue consécration pour établir en Angleterre, auprès de Yarker, un « Suprême Conseil Général 90ème du Rite de Misraïm », Yarker associe donc au Rite de Memphis qui lui fut transmis par Seymour en 1872, le Rite de Misraïm introduit par Little puis légitimé par la Charte de Pessina en 1881... Et pour affermir cette alliance de Memphis et de Misraïm, il place à la tête du Rite la figure emblématique du chef des Camissia Rossa, Garibaldi, premier Grand Hiérophante des deux Rites en 1881, qui, trop âgé, ne put exercer ses fonctions et mourût peu après en 1882... ...La réunification de la maçonnerie de Rite Egyptien fût brève, et des dissensions successives éclatèrent quant à la succession au titre de Grand Hiérophante entre les Souverains Sanctuaires des différents pays, principalement l'Egypte… Finalement, Yarker devient le Grand Hiérophante de Memphis-Misraïm pour tous les pays d'Europe seulement, de 1903 à 1913, date de son trépas. La fusion définitive des deux Rites ne devait réellement se faire, en fait, qu'en 1989...

LE RITE DE MEMPHIS-MISRAÏM en France

Il nous faut maintenant parler d'une autre figure mystérieuse et étrange, agaçante pour certain, fascinante pour d'autre, et dont le profil rappellera Cagliostro : le célèbre Docteur Gérard Encausse, alias Papus. Celui qu'Anatole France pressentait pour une chaire de Magie, si d'aventure elle se faisait, laissa un profond sillage dans cette France entre deux siècles. On suppose que Papus fut initié par des Frères dissidents de la Loge Souveraine L'Arc en Ciel avant la fin du siècle, mais on n'en a aucune preuve... En tout cas, en 1901, John Yarker lui délivre une patente, pour ouvrir son Chapitre I.N.R.I... Une Charte la transformera en « Suprême Grande Loge de France du Rite Swedenborgien » en 1906… Ce « Temple de Perfection » ne l'autorise pas cependant à initier aux trois premiers degrés… En 1906, Papus réussit à obtenir de Villarino del Villar, Grand Maître de la Grande Loge Symbolique Espagnole du Souverain Grand Conseil Ibérique, une charte du Rito National Espanol, Rite en sept degrés dérivé du Rite Italien de Memphi-Misraïm de Pessina et contesté par la Maçonnerie régulière. Celle-ci lui permet d'ouvrir une nouvelle Loge Symbolique Humanidad et d'y travailler aux trois premiers degrés du « Rite Ecossais ».Enfin, en juin 1908, Papus constitue à Paris un Suprême Grand Conseil et Grand Orient du Rite « Ancien et Primitif de la Maçonnerie», mais ce dernier n'a cependant pas le Statut de Souverain Sanctuaire et ne peut créer de Loges. Le Rite évoqué est vraisemblablement le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm en 97 degrés créé avec l'impulsion de John Yarker lors de la fusion des Rites de Memphis et de Misraïm entre 1881 et 1889. C'est donc par les initiatives de Papus que le Rite a pu revenir en France, par l'intermédiaire de sa Loge Mère Humanidad, pour les trois premiers degrés et de son Chapitre INRI converti au Rite Ancien et Primitif des Hauts-Degrés. Jean Bricaud, successeur de Papus, prend en main les affaires de l'Ordre, en 1919, et cherche à faire gagner à son Obédience une respectabilité maçonnique qu'elle négligeait un peu pendant les années d'avant-guerre. Il enrichit les Rituels, avec malheureusement un mélange d'apports gnostiques, ouvre le Rite vers les profanes, fait disparaître l'efflorescence des innombrables sociétés occultes atomisées du début du siècle en ouvrant l'accès à son Ordre Martiniste, à l'Ordre de la Rose Croix Kabbalistique et Gnostique, et à l'Eglise Catholique Gnostique. Quand Jean Bricaud s'éteint en 1934, Constant Chevillon est choisi pour lui succéder. Hélas, la menace de l'holocauste plane bientôt sur le monde. Le Rite, alors en pleine expansion subit de plein fouet la violence de la barbarie nazie. George Delaive, qui fut l'un des Grands Maîtres du Rite en Belgique, est emprisonné et bientôt assassiné par les nazis à la prison de Brandebourg, après avoir rejoint la Résistance en France. Raoul Fructus, qui avait de hautes responsabilités dans le Rite avant la guerre, meurt en déportation en février 1945. Otto Westphal, responsable du Rite en Allemagne, est interné en camp puis torturé, Constant Chevillon, Grand Maître National du Rite après Jean Bricaud, est abattu à quelques kilomètres de Lyon au printemps 1944, par la milice de Vichy après dénonciation…
…Le Rite de Memhis-Misraïm a donc payé un lourd tribut au fléau nazi, celui de son attachement à la Liberté. Au sortir de la guerre, c'est Henri-Charles Dupont qui prend légitimement la direction du Rite de Memphis-Misraïm pour la France. H-C Dupont nomme Pierre De Beauvais Grand Maître Général de Memphis-Misraïm, mais, comme celui-ci trop autoritaire, est mal perçu, il doit vite reprendre la Grande Maîtrise Générale par la suite. Peu avant sa mort, Henri-Charles Dupont remet le 13 août 1960 à Robert Ambelain une patente de Grand Administrateur du Rite et de successeur... Ce dernier a reçu de 1941 à 1945 tous les Hauts Degrés du Rite Ecossais Ancien Accepté, du Rite Ecossais Rectifié, en plus de ceux du Rite de Memphis-Misraïm, il détient également la transmission du Suprême Conseil du Rite Ecossais Primitif (Early Grand Scottish Rite dit Cerneau) conférée au Grand Maître Jean Bricaud, en 1920, par le Suprême Conseil des Etats-Unis. Robert Ambelain, une fois devenu Grand Maître, va tenter de rassembler, dans une même Obédience mondiale, les Ordres se réclamant du Rite de Memphis-Misraïm. Il parvient à établir des relations fraternelles avec la plupart des Grandes Obédiences Françaises. Il ne réussit pas néanmoins à unifier certains groupuscules de Memphis séparés, ni les Rites de Memphis-Misraïm d'Italie issus d'une filiation différente… Sous la Grande Maîtrise de Robert Ambelain, il est décidé que le siège de la Grand Maîtrise générale sera obligatoirement Paris et que le Grand Maître devra autant que possible être francophone… En outre, en 1963, les 33 premiers degrés de Memphis-Misraïm sont revus pour les conformer au « Rite Ecossais Ancien Accepté » et faciliter ainsi les contacts avec les autres Obédiences. Dans la nuit du 31 décembre 1984 au 1er janvier 1985, Robert Ambelain transmet sa charge de Grand Maître ad-vitam du Rite à Gérard Kloppel, alors Grand Maître Général adjoint depuis 2 ans et responsable de la pyramide jusqu'au 32ème degré. Quelques mois plus tard, en juillet, il lui transmettra également les degrés du Rite Ecossais Primitif...en 1987, Gérard Kloppel fonde le premier Souverain Sanctuaire féminin, mais ce Souverain Sanctuaire prend son indépendance en 1990 ; une nouvelle fédération féminine, devenue par la suite Grande Loge sera recréée en 1993. Depuis 1997 est mise en place la structure mixte...

En conclusion...

Le Rite de Memphis-Misraïm est un Rite de Tradition, c'est-à-dire qu'il suppose que le Rituel a une opérativité réelle pour retrouver cette Parole Perdue, qui n'est d'aucun siècle mais qui les traverse tous. Résolument spiritualiste et symbolique, il estime en outre que les Arts traditionnels, Alchimie, Kabbale, Théurgie, Gnose., sont essentiels pour quiconque veut travailler à son propre perfectionnement et à celui de la Nature et de l'Humanité toute entière... En outre, le Rite de Memphis-Misraïm s'est toujours attaché à défendre ces valeurs fondamentales que sont : la Liberté, l'Egalité et la Fraternité... Le courage n'a jamais manqué à ces « Maçons de la Terre de Memphis », lorsqu'il s'est agi de protéger l'opprimé contre le puissant…il lui en a coûté, on l'a vu, beaucoup de martyrs… Mais c'est le prix de l'intransigeance morale. Ce Rite a rayonné à chaque période de bouleversements sociaux ou politiques, lorsqu'il a fallu que des âmes fortes témoignent de leur attachement à l'humanisme et à la solidarité, tandis que s'étendait partout la plus sombre obscurité. Ainsi, fidèle à ses principes et à son identité historique le Rite demeure soucieux du monde à la fois spiritualiste, traditionnel et social : il a toujours contemplé avec le même attachement et le même Amour de la Voûte étoilée et ses Frères humains, fidèle à l'éternelle parole d'Hermès Trismégiste : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Car c'est là, à la croisée des Chemins, entre la contemplation des Cieux et l'engagement pour la Fraternité, les pieds ancrés dans la terre à la recherche de son être divin que se révèle et s'épanouit la Lumière du Rite de Memphis-Misraïm dans le cœur du maçon...

Source : www.ledifice.net

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Le Rite York en Franc-maçonnerie (extrait)

6 Février 2016 , Rédigé par Cl.Pe Publié dans #Planches

…L’époque historique de la connaissance et de l’organisation maçonnique commence au début du 18ème siècle, lorsque les comptes-rendus des Loges commencèrent à être conservés. Divers documents existent qui nous fournissent une image imparfaite des pratiques maçonniques de la fin du 17ème et du début du 18ème siècle. Il s’agit de minutes, de correspondance, de chartes, de certificats, de comptabilité, ainsi que de littérature contemporaine non maçonnique. De ces rapports superficiels, les historiens maçonniques en déduisent qu’avant 1700, les Loges opératives ne devaient pas pratiquer de système avec de nombreux degrés, mais usaient plutôt de cérémonies sobres pour avancer un membre au plus haut rang de la confrérie. Les dénominations des degrés, tels ceux d’Apprenti Entré et de Compagnon, (et non de Maître), se mirent lentement en place dans la confrérie entre 1690 et 1717. Cependant, comme on l’a vu, ces titres avaient été utilisés de temps immémorial en maçonnerie opérative, mais non pour désigner des degrés cérémoniels. Les légendes et traditions maçonniques d’origine biblique apparaissent dans les écrits maçonniques au cours de la même époque. Après la formation de la première Grande Loge d’Angleterre en 1717, nombre d’anciens documents furent collectés et étudiés. Ceux-ci prirent la dénomination de « Constitutions gothiques ». Ces allégories, légendes et devoirs prenaient leur origine dans les confréries opératives du 12ème au 16ème siècle. Ces légendes sont semblables par le fait qu’elles font remonter les pratiques maçonniques à des sources antédiluviennes comme ENOCH et LAMECK, en passant par les leaders bibliques de l’Ancien Testament, les Césars romains de l’ère chrétienne et les Francs des âges reculés (500 – 1500), jusqu’à l’époque contemporaine. Les devoirs de la corporation qui apparaissent dans les Constitutions Gothiques concernent les Compagnons de la période opérative. On peut affirmer de façon sûre que la Franc-maçonnerie spéculative que nous connaissons s’est formée au cours du 18ème siècle. Toutefois le peu de comptes rendus de Loges qui subsiste de cette époque ne nous apporte guère de lumière sur leurs pratiques. Les minutes d’une Loge rendent compte qu’elle s’est réunie, que plusieurs Frères ont réglés leurs arriérés, que la Loge a acheté du charbon, sans mention de l’endroit où elle se réunissait, qui en étaient les Officiers, ou quelle autre activité non financière fut traitée. Par chance, en de rares occasions, un secrétaire que le Frère JONES avait été initié ou le Frère SMITH avancé au degré de Compagnon du métier, etc. Une compilation de ces comptes rendus succincts a permis aux historiens maçonniques d’en déduire que les Loges commencèrent à conférer trois degrés comprenant les traditions bibliques que nous connaissons dès le début des années 1700. Personne n’est certain du contenu de ces degrés dans ce 18ème siècle naissant. Il n’existait pas de rituels écrits. Tout le travail ésotérique était communiqué de bouche à oreille, et les minutes de Loges n’évoquaient jamais cette partie de leurs activités. Des exposés sur la maçonnerie existent toutefois à partir de 1723 et c’est à ces sources que nous pouvons valider de nombreux usages maçonniques au cours du 18ème siècle.

LA (PREMIERE) GRANDE LOGE D’ANGLETERRE (Modernes) 1717

En 1716 quatre Loges s’assemblèrent à la taverne du Pommier à Londres et fondèrent une Grande Loge pro tempore. Elles jetèrent les bases d’une Grande Loge et choisirent le jour de la Saint-Jean Baptiste, le 24 juin 1717, pour date de leur première réunion. A la date convenue, ces quatre Loges s’assemblèrent à la brasserie à l’enseigne de l’Oie et du Grill à Londres, et élurent un gentleman du nom d’Anthony SAYER comme Grand Maître. Les autres Officiers étaient à la fois des membres opératifs et spéculatifs. La Grande Loge toutefois, fut essentiellement une organisation spéculative. Il fut établi que la Communication annuelle de Grande Loge aurait lieu chaque année le jour de la Saint Jean, et qu’il y aurait des Communications trimestrielles entre deux. Initialement, cette Grande Loge ne contrôlait qu’un petit nombre de Loges de Londres et de Westminster. En quelques années des Loges supplémentaires d’Angleterre s’y agrégèrent. Il fallut toutefois de nombreuses années, avant que les Loges anglaises s’affilient à une Grande Loge. Immédiatement après l’organisation de cette Grande Loge, des recherches furent conduites à travers l’Angleterre pour retrouver des documents maçonniques existants. Les minutes d’anciennes Loges, diverses listes des devoirs des ouvriers (Old Charges ou Anciens Devoirs), de documents historiques de toute nature et des correspondances furent collectées et analysés. Le Docteur James ANDERSON, Pasteur presbytérien, passa au crible les informations collectées et bâtit une Constitution pour le gouvernement de la Grande Loge. Celle-ci fut adoptée en 1723. Les Constitutions d’ANDERSON de 1723 comprennent une « histoire » de la maçonnerie précédant celle de l’histoire écrite, qui était un condensé des nombreuses légendes et allégories ayant préalablement existé dans la confrérie. Ces informations furent communiquées aux candidats sous forme de lectures et sans aucun doute reçues comme des faits avérés comme tels par beaucoup d’entre eux. La Constitution comprenait également les « Devoirs » de l’Apprenti Entré et du Compagnon du Métier. Après plusieurs années, des matériaux fondateurs supplémentaires furent ajoutés et le Docteur ANDERSON révisa sa Constitution à la lumière de ses nouvelles découvertes. Cette nouvelle édition fut acceptée par la Grande Loge et est aujourd’hui connue sous le nom de Constitutions d’Anderson de 1738. Des amodiations avaient été apportées à l’histoire légendaire de la confrérie, et un certain nombre de devoirs préalablement mis à la charge des Compagnons, transférés au nouveau degré de Maître Maçon. Les premières constitutions gothiques de la Franc-maçonnerie étaient indiscutablement chrétiennes par nature. Les Maçons opératifs étant de manière prédominante des Catholiques Romains en Angleterre, jusqu’à la réforme protestante du 16ème siècle. Les Constitutions d’ANDERSON de 1723 et 1738 omirent toutes les références pré existantes au Christianisme et la Franc-maçonnerie moderne et symbolique embrassa toutes les religions. Les armes de la Grande Loge des « Modernes », constituées de trois tours chargées d’un chevron surmonté d’un compas (voir illustration page suivante), dérivaient de celles de la Compagnie des Franc-maçon de Londres. De nombreux Maçons spéculatifs de cette époque estimaient que l’occasion de promouvoir des insignes à forte valeur symbolique avait été manquée et que les prochaines Grandes Loges corrigeraient cette omission (voir les caractéristiques signifiantes des armes de la Grande Loge des « Ancients »).

LA GRANDE LOGE DE TOUTE L’ANGLETERRE (Grande Loge d’York – 1725)

La Loge d’York qui a repris ses travaux en 1705 mais revendiquait son existence aussi loin que celle des constitutions d’ATHELSTAN de 926, se constitua en Grande Loge de toute l’Angleterre en 1725. A de rares exceptions ne contrôla que des Loges de la région d’York. Elle connut des périodes intermittentes d’activité jusqu’en 1792 où elle disparut. Plusieurs Loges de sa juridiction travaillèrent de manière indépendante jusqu’au début du 19ème siècle. Du fait que cette Grande Loge était située à York, berceau de toute la maçonnerie anglaise, elle essaya d’adhérer aux anciens devoirs et usages de la maçonnerie opérative. Ainsi du fait de sa localisation historique certaines Loges indépendantes comptèrent sur elle pour faire jouer les arbitres dans le gouvernement de leur organisation. La Grande Loge d’York conférait régulièrement les degrés de Chevalier du Temple et de la Sainte Arche Royale comme 4ème et 5ème degrés, accordant ces degrés en complément de la « Maçonnerie Ancienne York ». Des documents existants révèlent que de nombreuses Loges inversaient ces degrés. Alors que cette Grande Loge resta modeste tout au long de son existence, la contribution majeure qu’elle fit à la Franc-maçonnerie moderne fut sa connexion historique entre l’ancienne et la nouvelle fraternité.

LA GRANDE LOGE D’IRLANDE (1730)

Il existe des indications selon lesquelles la maçonnerie spéculative existait en Irlande à la fin du 17ème siècle. La Grande Loge d’Irlande fut instaurée en 1730, et publia son Livre des Constitutions la même année. Cette Grande Loge délivra des patentes à nombre de Loges militaires des régiments britanniques pendant la période d’expansion coloniale. Beaucoup de ces premières Loges irlandaises et de celles rattachées aux régiments militaires conféraient dans cet ordre les degrés de Maçon de l’Arche Royale et de Grand Prêtre du Temple. En 1790, le Député Grand Secrétaire de cette Grande Loge écrivait : « Nous, Franc-Maçons d’Irlande, sommes une branche des Ancients Maçons d’York ». Les emblèmes de l’Arche Royale, le Lion, le Bœuf, l’Homme et l’Aigle étaient présents sur son blason héraldique. Aujourd’hui, la Grande Loge d’Irlande a encore quatre Loges sous sa charte attachées aux régiments militaires britanniques. Celles-ci ne confèrent plus que les degrés symboliques.

LA GRANDE LOGE D’ECOSSE (1736)

Bien que les Loges maçonniques d’Ecosse admirent des membres spéculatifs plus tôt que dans n’importe quelle région des îles britanniques, ce fut la dernière région britannique à constituer une Grande Loge. La Loge de Canongate-Kilwinning à Edinburgh est réputée avoir proposé la formation d’une Grande Loge en 1736. A cette époque, il existait plus de 100 Loges en Ecosse et beaucoup d’entre elles encore essentiellement composées de Maçons opératifs. La Grande Loge fut constituée en 1736 quand des délégués de 33 Loges s’assemblèrent pour cette occasion. Les Loges écossaises furent numérotées sur la base de preuves documentaires attestant leur ancienneté. En conséquence, des discussions sur l’ancienneté comparée de certaines d’entre elles ont persisté jusqu’à aujourd’hui.

LA GRANDE LOGE DES ANCIENTS - (1751)

L’intitulé officiel de cette Grande Loge fut « Le Grand Comité de la plus Ancienne et Honorable Fraternité des Maçons Libres et Acceptés conformément aux Anciennes Institutions ». Elle fut également connue sous l’intitulé de Grande Loge ATHOL du fait du Duc d’ATHOL qui en fut le Grand Maître pendant de nombreuses années. Après l’établissement de la Grande Loge de Londres en 1717, cette structure instaura nombre de pratiques qui modernisaient excessivement la confrérie selon l’opinion de nombreux Maçons. Il devint dans la pratique de ces Loges « modernes » d’exclure les travailleurs manuels parmi leurs membres pour recruter dans les sphères aristocratiques de la société. C’est pour cette raison que de nombreuses Loges d’Angleterre refusèrent de s’affilier sous son contrôle. Dans le même esprit, des Maçons irlandais réguliers résidant à Londres virent leur droit de visite rejeté dans les Loges d’aristocrates. C’est pourquoi en 1751 six Loges indépendantes de Londres formèrent ce qui devint « La plus Ancienne et Honorable Fraternité des Maçons Francs et Acceptés conformément aux Anciennes Institutions », ou « Grande Loge des Ancients ».

Le second Grand Secrétaire de cette Grande Loge fut Lawrence DERMOTT élu à cette charge en 1752, qui avait été fait Maçon à DUBLIN en 1740. On prête à DEMOTT la structuration et l’organisation administrative de cet Ordre, ainsi que la rédaction d’AHIMAN REZON en 1756, qui fut adopté comme constitution pour son gouvernement et ses Loges subordonnées. DERMOTT déclara dans Ahiman Rezon, que « je suis fermement convaincu que l’Arche Royale est la racine, le cœur et la moelle de la Franc-maçonnerie ». En complément des trois degrés de la Maçonnerie reconnus par les « Modernes » à cette époque, les « Ancients » considérèrent le degré de l’Arche Royale comme une part nécessaire de l’ancienne Maçonnerie de métier, et la placèrent sous leur contrôle. Les armes héraldiques de cette Grande Loge comportèrent à l’origine un symbolisme relevant de l’Arche Royale (voir page précédente). On évoquera plus complètement ce degré de l’Arche Royale plus loin, à la section correspondante de cet ouvrage. Il faudrait cependant indiquer ici que la communication de ce degré en Loge symbolique fut un point de discussion qui existe encore aujourd’hui. Au cours de la période s’étendant de 1760 à 1770 environ, la Grande Loge des Anciens fut dans la certitude erronée que la Grande Loge d’York s’était mise en sommeil, et il fut donc fait référence à plusieurs reprises à leur propre système comme étant celui de « l’Ancienne Maçonnerie d’York ». Du fait de ces prises de positions, nombre d’auteurs maçonniques créditèrent la Grande Loge à York de diverses activités, alors qu’en réalité, ces références auraient dû être créditées à la Grande Loge des Ancients. La grande Loge des Ancients a toujours prétendu qu’elle pratiquait « l’Ancienne Maçonnerie d’York », dérivant de l’organisation originelle mise en place par le Roi ATLESTAN à York en 926, et de ses développements ultérieurs dans la confrérie opérative. A ce titre, elle rejeta les développements modernes en conflit avec les « Anciens Devoirs » (Ancient Charges). C’est pour cette raison que les Loges et Grandes Loges qui se développèrent à partir de la Grande Loge des Ancients d’Angleterre ont été reconnues comme pratiquant « l’Ancienne Maçonnerie d’York ». Et c’est parce que les Loges des Ancients conféraient régulièrement les degrés de la Sainte Arche Royale et de Chevalier du Temple, que ces degrés achevèrent d’être assimilés à la Maçonnerie d’York et transposés dans les usages du Rite d’York aux Etats-Unis aujourd’hui.

LA GRANDE LOGE UNIE D’ANGLETERRE (1813)

Après une longue période de discussions, la Grande Loge des Ancients et celle des Modernes fusionnèrent pour devenir la « Grande Loge unie d’Angleterre » en 1813. Leurs représentants avaient différents points de vue quant à savoir si une place devait être faite ou non au degré de la Sainte Arche Royale dans la structure officielle de la Franc-maçonnerie. Certains délégués de la Grande Loge des Modernes plaidaient pour son omission, alors que les délégués des Ancients maintenaient qu’il devait être incorporé au système. Après de nombreux débats et arbitrages, la proclamation suivante fut insérée dans l’acte de l’union : « Il est déclaré et prononcé que la pure et antique Maçonnerie consiste en trois degrés, et pas davantage, soit celui d’Apprenti, de Compagnon du métier et de Maître Maçon, incluant l’Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale ». Cette proclamation poursuivait ainsi : « Cet article ne prétend cependant pas empêcher aucune Loge ou Chapitre de tenir réunion dans les degrés des Ordres de Chevalerie, en conformité avec les constitutions desdits Ordres ». C’est ainsi qu’en 1813, en Angleterre, l’Arche Royale et les Ordres de Chevalerie furent confirmés comme ayant une connexion légale avec la structure maçonnique reconnue par la plus haute autorité, la Grande Loge Unie. Les armes héraldiques choisies par la Grande Loge Unie combinèrent les tours des Modernes et les bannières de l’Arche Royale des Ancients, soutenues par des chérubins modifiés et le Chef des Ancients.

Pendant que prenait forme la Franc-maçonnerie spéculative en Angleterre, des Loges se constituèrent dans les colonies américaines. La plus ancienne référence à un Loge s’étant réunie dans les colonies d’Amérique fut une Loge de Philadelphie en 1730. Il s’agissait d’une Loge sans patente. Sous les « Old Charges » en effet, les Francs-Maçons étaient autorisés à s’assembler, à former une Loge et à ouvrir les travaux sans patente ni charte. Si une telle Loge parvenait à une activité permanente, on la désignait alors sous le terme de « Loge de temps immémorial » et était considérée comme régulière. Benjamin FRANKLIN fit allusion à plusieurs Loges existant en Pennsylvanie en 1730. FRANKLIN devint Maçon l’année suivante dans une Loge se réunissant à la « Tun Tavern de Philadelphie ». (taverne du tonneau). William ALLEN en devint le V\M\de cette Loge en 1731 et déclara vouloir former une Grande Loge dans l’intention d’acquérir juridiction sur la Maçonnerie de la région environnante. Cette Loge n’eut pas d’existence effective et disparut en peu de temps. Les Francs-Maçons de Boston, Massachussetts, furent probablement aussi actifs que ceux de Philadelphie dans les premières années, bien qu’aucun compte rendu antérieur à 1733 n’ait survécu à ce jour. En 1733, Henry PRICE fut nommé Grand Maître Provincial de Nouvelle Angleterre par le Grand Maître d’Angleterre (Modernes). PRICE ouvrit les travaux de sa Grande Loge le 30 Juillet 1733 à Boston et consacra celle qui fut connue depuis lors sous l’appellation de « Première Loge ». Cette Loge devint la Saint John’s Lodge et est encore aujourd’hui en activité. Le Massachussetts revendique l’antériorité de l’établissement de la « Maçonnerie régulière » dans les colonies d’Amérique. Une délégation fut envoyée à Daniel COXE en Juin de l’année 1730 pour qu’il devienne Grand Maître Provincial de New York, de la Pennsylvanie et du New Jersey, mais il n’existe aucun enregistrement d’une quelconque activité maçonnique de sa part. James OGLETHORPE, fondateur et premier gouverneur de la colonie de Georgie était un supporter loyal de la Franc-maçonnerie, en grande partie pour son propre intérêt. «La Loge de Savannah, Georgia » fut consacrée le 10 février 1733. En 1777, elle changea de nom pour devenir la Solomon’s Lodge ». Des Grands Maîtres Provinciaux furent nommés dans diverses autres contrées au cours des cinquante années suivantes. A l’époque de la guerre d’indépendance, le Massachussetts, la Pennsylvanie et New York eurent Des Grandes Loges Provinciales à la fois sous les constitutions des Modernes et sous celle des Ancients. Ces Grands Maîtres Provinciaux donnèrent à l’occasion des patentes à des Loges d’autres lieux hors de toute juridiction maçonnique. De surcroît, nombre de « Loges de temps immémorial » se constituaient. Beaucoup d’entre elles étaient la conséquence des activités maçonniques de Loges militaires rattachées aux régiments britanniques stationnés dans ces colonies. Beaucoup de ces Loges militaires avaient reçu patentes de la Grande Loge d’Irlande et pratiquaient la Maçonnerie des Ancients. La nature aristocratique de la Grande Loge des Modernes en Angleterre s’était propagée dans les colonies, avec pour conséquence durant la guerre d’indépendance, qu’un grand nombre de ses membres étaient de sensibilité loyaliste. Durant les années de guerre, la plupart de ces loyalistes rentrèrent en Angleterre, conduisant ainsi à l’extinction et la disparition de nombreuses Loges de Modernes. Avec la fin de la guerre d’indépendance et la rupture des liens diplomatiques et politiques avec l’Angleterre, les Francs-Maçons américains, par désir et par nécessité, commencèrent à constituer leurs propres Grande Loges. George WASHINGTON fut approché en plusieurs occasions pour devenir Grand Maître des Etats-Unis. Il déclina l’offre, et les différents Etats s’orientèrent alors vers la constitution de leur propre Grande Loge. Ce fut un aboutissement difficile dans la mesure où les Loges particulières pratiquaient une diversité de rituels qui provenaient de différentes règles. Néanmoins, elles constituèrent treize Grandes Loges souveraines dans autant d’états. Lorsque de nouveaux Etats et territoires furent ajoutés, des Grandes Loges supplémentaires furent créées. A l’origine, la plupart de ces nouvelles Grandes Loges se réclamaient elles-mêmes des Ancients Maçons d’York, signifiant ainsi leur adhésion aux Lois et usages sous les Constitutions des Ancients, tandis que quelques autres se réclamaient plutôt du système des Modernes. C’est pourquoi aujourd’hui, les Grandes Loges des Etats-Unis utilisent les appellations de Maçons Ancients, Libres et Acceptés, Maçons Libres Ancients, ou Maçons Libres et Acceptés.

LES GRANDES LOGES AUX USA

Les Grandes Loges américaines sont souveraines et gouvernent la totalité de la Franc-maçonnerie symbolique sous leur juridiction. Leurs constitutions et Lois s’imposent à tous leurs membres affiliés à des structures qui doivent s’y soumettre. Dans la pratique, les droits et privilèges de ces Loges requérant pour leurs membres d’être Maîtres Maçons, ont été instaurés depuis nombres d’années. Les Lois, pratiques et usages, ainsi que les rituels varient dans des proportions assez significatives d’un Etat à l’autre. Toutefois, un Maître Maçon régulier se sentira chez lui lorsqu’il sera en visite quelle qu’en soit la juridiction. Dans le même esprit, le travail rituélique dans différentes Grandes Loges proviendra soit des Ancients, soit des Modernes, en conséquence des connaissances et de l’expérience passée de ses fondateurs. De nombreuses Grandes Loges furent à l’origine constituées sur les bases de l’Ancienne Maçonnerie d’York, ce qui apparaît dans leur intitulé. Que cela figure ou non dans leur intitulé, toutes les organisation américaines se considèrent elles-mêmes comme des « Plus Vénérables Grandes Loges » (Most worshipful), à l’exception de celle de Pennsylvanie, laquelle prétend adhérer aux « antiques traditions » et s’intitule elle-même « Très Vénérable » Grande Loge. (Right Worshipful). Il existe plusieurs variantes dans les titres des Officiers, bien qu’au niveau des charges les plus élevées, les appellations soient assez standardisées :

Plus Vénérable Grand Maître (Most worshipful Grand Master)

Très Vénérable Député Grand Maître (Right Worshipful Deputy Grand Master)

Très Vénérable Premier Grand Surveillant (Right Worshipful Senior Grand Warden)

Très Vénérable Deuxième Grand Surveillant (Right Worshipful Junior Grand Warden)

Très Vénérable Grand Trésorier (Right Worshipful Grand Treasurer)

Très Vénérable Grand Secrétaire (Right Worshipful Grand Secretary).

Ceux-ci sont normalement élus lors des Communications annuelles. Dans différents Etats, ces Officiers le sont pour deux ou trois ans. Les Officiers suivants sont élus ou nommés selon la Constitution propre à chaque Grande Loge :

Vénérable Premier Grand Diacre (Worshipful Senior Grand Deacon)

Venerable Second Grand Diacre (Worshipful Junior Grand Deacon)

Venerable Grand Maréchal (Worshipful Grand Marshal)

Venerable Grands Intend ants (2) – (Worshipful Grand Stewards)

Venerable Grand Tuileur (Worshipful Grand Tyler)

Venerable Grand Chaplain (Worshipful Grand Chaplain)

Venerable Grand Archiviste (Worshipful Grand Historian)

Vénérable Grand Conférencier (Worshipful Grand Lecturer)

Venerable Grand Orateur (Worshipful Grand Orator).

D’autres Officiers existent dans quelques Grandes Loges, tels que “Grand Porte Glaive” (Grand Sword Bearer) et “Grand Poursuivant” (Grand Pursuivant). Beaucoup de juridictions sont divisées en Districts, et un Député Grand Maître de District est nommé pour superviser les activités des Loges qui y sont rattachées.Au cours des dernières années, certaines Grandes Loges y ont ajouté l’office de « Education Chairman on the State, District et/ou Lodge » que l’on peut traduire par « Président de l’instruction de l’Etat, du District ou de Loge », et porte la Lumière de la connaissance comme insigne de cet office. Une conférence nationale des Grands Maîtres se tient chaque année pour coordonner les sujets d’intérêt commun. La confédération des Grandes Loges supervise et soutient de nombreux programmes nationaux d’importance. Parmi ceux-là, le bâtiment du « George Washington Masonic Memorial » à Alexandrie en Virginie, et la « Masonic Services Association » dont le siège est à Silver Spring au Maryland. Le « George Washington Masonic Memorial » est un édifice inspiré dédié aux principes de la Franc-Maçonnerie. De nombreux Ordres maçonniques affiliés en ont meublé et magnifiquement décoré les salles. Les visiteurs y sont les bienvenus. Cette organisation gère un fonds permanent utilisé pour entretenir de manière permanente cet édifice ; toutes les contributions sont les bienvenues. La « Masonic Services Association » prépare et édite « Short Talk » (Brèves), un bulletin mensuel destiné aux Frères, ainsi que d’autres articles et littérature maçonniques. Elle entretient également un programme de visites des Francs Maçons hospitalisés. Ce programme est bien établi et organisé par des Maçons bénévoles à travers tous les Etats-Unis.

LA LOGE SYMBOLIQUE (Bleue)

La Loge symbolique est le fondement et la pierre angulaire de la Franc-maçonnerie. Elle constitue la cellule locale qui a la responsabilité quotidienne de mettre en œuvre les programmes et politiques de la fraternité. La première mission d’une Loge est de faire des Maîtres Maçons. Cette activité va au-delà de la communication des degrés et procure une éducation maçonnique générale à tous ses membres. Ces Loges ont été surnommées « Loges bleues », car le bleu est l’emblème de la fraternité, caractéristique particulière de l’ancienne maçonnerie de métier. La couleur des bords du tablier, des colliers et autres décors de la Loge symbolique est bleue. La liste des Officiers de Loges diffère peu selon les juridictions, et celle qui suit est à peu près standard :

Vénérable Maître (Worshipful Master)

Premier Surveillant (Senior Warden)

Deuxième Surveillant (Junior Warden)

Trésorier (Treasurer)

Secrétaire (Secretary)

Premier Diacre (Senior Deacon)

Deuxième Diacre (Junior Deacon)

Intendants (2) - (Stewards)

Chapelain (Chaplain)

Tuileur (Tyler)

Certaines Loges nomment un Maréchal (Marshal) et un Organiste (Musician ou Organist)

LES DEGRES DE LA LOGE SYMBOLIQUE

Au cours des siècles où se bâtirent les cathédrales, il n’y avait que deux catégories d’ouvriers, les Apprentis et les Compagnons du métier. Un Maître était seul dans sa catégorie, et peu d’ouvriers atteignaient cette position. C’est la raison pour laquelle, quand les anciennes cérémonies d’avancement, quelles qu’elles fussent, devinrent les degrés de la franc-maçonnerie spéculative, après 1700, deux degrés seulement étaient pratiqués, celui d’Apprenti entré et de Compagnon du métier. Les Constitutions d’ANDERSON de 1723 se réfèrent à ces deux degrés seulement. Les rituels n’étaient pas consignés par écrit et les historiens maçonniques n’ont eu accès qu’à une partie des faits, issus des rares écrits publiés à cette époque. Il semblerait qu’initialement, les degrés consistaient seulement dans la communication d’attouchements et de mots de reconnaissance. Alors qu’il existait dans la confrérie pendant toute l’époque opérative, nombre de légendes bibliques ayant des applications pratiques et morales, les références disponibles indiquent qu’elles ne furent pas mises en œuvre lors de la transmission des degrés avant les environs de 1720. D’où ces usages prirent-ils naissance, on ne le sait pas, mais ils commencèrent ensuite à se répandre à travers les Loges en Angleterre. Ce n’est qu’à partir de 1725 que la Grande Loge des Modernes adopta un règlement permettant aux Loges de son obédience de « faire des Maîtres ». Avant cette époque, un Compagnon était considéré comme étant « un Maître dans son métier », et le Maître comme étant « Le Maître de la Compagnie ». Un degré de Maître Maçon fut promulgué. Le plus ancien compte-rendu existant, de la transmission d’un degré de Maître sous la charte d’une Loge remonte à 1732. L’édition de 1738 des Constitutions d’ANDERSON utilise le terme de Maître Maçon en nombre de circonstances où il était fait référence au Compagnon du Métier dans l’édition de 1723. A partir de ce moment, les trois degrés de la Loge symbolique évoluèrent vers notre actuel système. De plus, nombres de Loges sous différentes constitutions commencèrent à conférer les degrés de Maître de Marque, Maître installé, Arche Royale, ainsi que le degré de Chevalier du Temple. On en reparlera plus loin dans cet ouvrage aux chapitres correspondants. Les Loges symboliques aux Etats-Unis et en Angleterre confèrent aujourd’hui, comme en France, les degrés d’Apprenti Entré, de Compagnon du Métier et de Maître Maçon.

Le degré d’Apprenti Entré communique les principaux enseignements de la Franc-maçonnerie, qui sont l’Amour Fraternel, la Compassion et la Vérité. Ce sont les ingrédients nécessaires à une vie bien ordonnée et les fondations des leçons ultérieures en vue du développement moral et spirituel. L’Apprenti commence à utiliser les outils de travail qui lui apporteront la lumière spirituelle, morale et philosophique dans sa progression future.

Le degré de Compagnon du métier conduit le candidat au statut d’ouvrier accompli. Bien qu’il ne soit pas encore en possession des secrets et de la sagesse d’un Maître, il est le Compagnon du métier qui réalisa la majeure partie de la construction des anciennes cathédrales. Ce degré sollicite l’utilisation des cinq sens et développe l’esprit grâce à la mise en pratique des sciences et des arts libéraux. La Franc-maçonnerie est une science progressive.

Le degré de Maître Maçon tout en apportant une sagesse symbolique supplémentaire, invite le candidat à la recherche quotidienne de davantage de lumière et de sagesse. Ce degré révèle la sublime Vérité nécessaire à une vie bien construite et l’espérance en la vie éternelle dans « cette maison qui n’est pas faite de mains d’homme, éternelle dans les cieux ».

LE TABLIER MACONNIQUE

Les anciens membres de la confrérie portaient un tablier de cuir pour se protéger des éclats de la pierre qu’ils taillaient. Cet insigne distinctif fut adopté par la société spéculative comme étant l’emblème du Maçon. Vers la fin du 18ème siècle, il fut à la mode de peindre ou de broder des représentations sur la bavette et le tombant du tablier. Beaucoup d’entre eux sont très beaux, représentant des scènes artistiques à signification maçonnique. Parmi ceux qui nous restent de cette époque, on en trouve beaucoup qui intègrent des symboles relatifs à l’Arche Royale et aux Chevaliers du Temple. Des centaines de ces tabliers sont aujourd’hui présentés dans les musées maçonniques de par le monde. L’une des plus remarquables collections se trouve au musée de la Grande Loge d’Écosse à Édimbourg. Le tablier maçonnique que Madame de Lafayette broda en cadeau pour George WASHINGTON aux environs de 1780 révèle que celui-ci avait reçu le degré de Maître de Marque et sans doute aussi de l’Arche Royale. Ce tablier est visible au musée de la Grande Loge de Pennsylvanie à Philadelphie. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, les membres portent des tabliers entièrement blancs, alors que ceux des Officiers et Passés Officiers sont bordés de bleu et chargés les insignes de leur rang.

LE SYMBOLISME MACONNIQUE

Au cours du développement de l’ancienne maçonnerie de métier, il devint évident que les arts et les sciences mis en œuvre par les ouvriers avaient des racines antiques. Nombre des légendes et allégories qui s’étaient introduites dans la science de la confrérie, bien que d’origines inconnues, attribuaient des valeurs morales et spirituelles à de nombreuses fonctions géométriques et aux outils de travail des compagnons. Les formules algébriques et géométriques, l’utilisation des outils de travail n’étaient pas complètement comprises par tous, car le Maître seul en possédait toute la connaissance. Les Apprentis allaient faire les courses, relevaient des mesures simples, et apprenaient éventuellement à donner à leur pierre les bonnes dimensions en utilisant le maillet à dégrossir. Les Compagnons taillaient alors la pierre pour lui donner la touche finale, de forme carrée à l’aide du fil à plomb, de l’équerre et du niveau. Une valeur morale était donnée à chaque outil. Ainsi, le maillet à dégrossir était destiné à assouplir le caractère, le fil à plomb incitait à la rectitude de conduite, l’équerre pour mettre ses actes d’équerre vis à vis des autres Compagnons, et il y en avait encore beaucoup d’autres. Avec ces enseignements moraux, chaque membre de la confrérie devait diriger sa vie aussi bien que son propre ouvrage. Le Regius relate l’enseignement moral de la corporation au cours de ces âges reculés. D’autres représentations morales et spirituelles sont révélées par les fonctions géométriques. L’un des exemples édifiant est celui du point à l’intérieur du cercle. L’un des outils indispensables au bâtisseur est l’équerre à angle de 90°, et à cette époque reculée, utiliser le principe du « point à l’intérieur du cercle » était la méthode la plus simple pour construire cette équerre. L’invention de ce principe est antérieure à l’histoire écrite et a existé dans tous les anciens mystères de l’Inde et de l’Egypte. L’utilisation de ce schéma était l’un des secrets du Maître. C’est ainsi qu’il était capable de vérifier l’exactitude des équerres de ses ouvriers, ou autrement dit, de tester les équerres. Si les outils de travail des ouvriers étaient testés régulièrement, il devenait impossible que leurs outils ou leur ouvrage divergent, de manière à ce qu’en fin d’ouvrage, les pierres et le bâtiment soient d’équerre, de niveau et alignés. Dans les anciens mystères, le cercle représentait le soleil et il était bordé par deux lignes parallèles perpendiculaires au cercle représentant les solstices. On lui donna une connotation spirituelle en plaçant le nom de Dieu au centre, avec les parallèles représentant la puissance et la sagesse de Dieu. La franc-maçonnerie a remplacé le nom de Dieu en ajoutant la Sainte Bible au-dessus du cercle, et les parallèles représentant les deux Saint-Jean, les Saints patrons de la Maçonnerie. Une autre analogie symbolique nous confronte aux mystères antiques, si nous nous souvenons que les deux lignes parallèles représentaient les solstices. Ces solstices sont ceux du Cancer et du Capricorne au-delà desquels le soleil arrête sa course. Les dates correspondant à ces solstices sont normalement, le 21 Juin et le 21 Décembre, ce qui coïncide à peu près avec les fêtes de nos saints patrons ; celle de Saint-Jean Baptiste le 24 Juin, et celle de Saint-Jean l’Évangéliste le 27 Décembre, tous deux représentés maçonniquement par les deux parallèles au cercle. Alors que de nombreux emblèmes ont été choisis par la fraternité pour symboliser les valeurs morales, et que ces moyens tirent leurs origines des superstitions des anciens mystères, la Franc-maçonnerie tente de libérer ses initiés de toute forme d’esclavage superstitieux et lui procure l’illumination morale pour sa conduite future. Il n’y a pas la place dans cet ouvrage pour explorer complètement tous les symboles qui apparaissent aux différents degrés de la Loge bleue. Dans les Constitutions américaines, l’autel occupe le centre des Loges maçonniques ; sur celui-ci, est posé le Livre Sacré ou la Loi Divine. Les outils de travail comme le compas, ouvert à 60°, le maillet à dégrossir, le fil à plomb, l’équerre, le niveau et la truelle, sont tous porteurs de significations morales pour les Frères. Tous les symboles utilisés par la fraternité ont une signification morale ou spirituelle. La valeur que place la fraternité en chacun de ces symboles est presque une évidence. L’interprétation de ces valeurs et leur mise en pratique dans la vie quotidienne de chaque Frère sont laissées à sa libre interprétation. Chaque individu, en fonction de ses références spirituelles, citoyennes ou éducatives, donnera des valeurs et des poids différents à chacun.

LES DEUX SAINTS JEAN

Les Loges Maçonniques sont dédiées à Saint-Jean le Baptiste et à Saint-Jean l’Évangéliste. Saint-Jean le Baptiste a été le patron de la Franc-maçonnerie depuis les tous premiers écrits de la confrérie. Il fut également le patron de nombreuses autres organisations qui eurent précocement de l‘influence dans la formation de la pensée maçonnique. Saint-Jean l’Évangéliste comme saint patron de la confrérie à une période plus récente, à partir du 16ème siècle, un peu avant l’organisation de la Maçonnerie moderne, comme nous le savons désormais. A l’époque médiévale de la maçonnerie opérative, Saint-Thomas était le saint patron des architectes et des bâtisseurs, et de ce fait, des maçons opératifs. Il était donc tout désigné pour parrainer notre maçonnerie moderne, mais il lui fut préféré les deux Saints Jean. Les attributs et enseignements des deux Saints Jean sont exemplaires pour l’enseignement et la pratique de la Maçonnerie. Saint Jean la Baptiste est bien connu pour son intégrité personnelle qui le conduisit dans l’adversité la plus redoutable à être fidèle aux commandements qu’il avait reçus de Dieu et de son compagnon. Alors qu’il continuait à pourfendre le vice y compris chez le Roi, il prêchait également le repentir et le besoin d’une vie vertueuse (Luc 3 : 2-14). Son adhésion à ses convictions lui coûta la vie. Saint Jean l’Évangéliste prêchait continuellement la culture de l’Amour Fraternel chez ses disciples et ses lecteurs. Le fil conducteur de son évangile et de ses épîtres est celui de la nécessité de l’amour fraternel. A lui seul parmi les disciples, il fut permis d’entrevoir plusieurs visions mystiques. Il est possible que cette lumière supplémentaire lui fût accessible dans la mesure où son esprit était en état de comprendre et d’utiliser cette lumière pour l’enrichissement de ses compagnons. Ce qu’il s’efforça de faire. Le premier épître de Jean est de l’enseignement maçonnique sous sa forme la plus pure. Bien que la nécessité de l’amour fraternel ait existé bien avant l’époque de Caïn et Abel, c’est seulement à partir de ce moment que cette exigence figure aussi clairement dans la Bible comme on le voit dans les enseignements de Jésus tels que détaillés par Saint Jean l’Évangéliste. Avec tous ces éléments à l’esprit, il est très facile de comprendre pourquoi les deux Saints Jean furent choisi pour symboliser l’enseignement et la pratique maçonnique. Il est également intéressant de considérer que jamais deux individus ne furent plus semblables dans leurs caractères et apparences personnelles, ce qui en soit dispense une remarquable leçon…

Source : Cl.Pe

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