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De la circulation de la parole en Loge

Publié le par P\ V\

Préambule : de l’importance de la parole : L’origine du mot « Parole » vient du latin « Parabola » et du grec « Logos » et peut donc se traduire par intelligence et sens profond d’un être. Ainsi le Verbe éclaire les intelligences réceptives et la voie de la Connaissance nous est ouverte. Selon Rousseau, « la Parole distingue l’homme entre les animaux », ce que reprend David Lodge qui précise : « La langue fait de nous des êtres conscients capables de pratiquer les arts, les sciences, tout ce qui fait la civilisation ». D’après Pythagore : « Nul ne peut parfaire son initiation que par la révélation directe de l’Esprit Universel qui est la voix qui parle de l’intérieur ». Silence et Parole : indissociables dans notre quête d’harmonie et de recherche. Le silence le plus profond est une parole, de même que l’immobilité constitue un vrai mouvement. Enfin, il est des mots chargés de silence… Le rythme de la parole exprimée n’existerait pas sans le silence. Approche du thème et plan retenu pour le sujet traité. Le présent travail se limitera à tenter d’aborder l’organisation de la prise de parole dans nos Temples. Seront donc exclus les aspects afférents à la Parole Divine, à la Parole Perdue, le silence de l’A\. Il conviendra tout d’abord de définir les différents aspects de la parole, d’aborder ensuite les particularités de la circulation de la parole en L\ avant d’approfondir cette étude en traitant de la triple triangulation de la parole, de la gestuelle et de l’espace-temps rituels.

  • Différents aspects de la parole

Selon le Larousse, c’est la faculté ou l’action d’exprimer sa pensée par langage articulé (mots et sons) adressé à ceux qui veulent bien écouter. La parole est donc symbole d’union entre émetteur et récepteur(s). Elle est l’outil du dialogue qui régit les relations humaines et dans le mot dialogue il y a le chiffre deux qui représente le partage. La parole peut être source de paix ou génératrice de conflits… Il convient donc de recourir à l’art de la prudence dans son utilisation. La parole engage celui qui la donne. Il faut donc parler calmement, avec des mots justes, en se contrôlant. On parle alors avec droiture et rectitude. La parole vient de l’âme mais exprime une réalité vivante : elle est médiatrice, circule et fait communiquer chacun avec soi-même et les autres. La parole est une structure vivante : elle passe de l’un à l’autre, se donne et se transforme de nous avoir traversés : elle est l’aspect visible de notre invisible intégrant le vécu de chacun d’entre nous... La parole d’un orateur est créée de son souffle : elle représente à la fois son accomplissement et ses limites puisque celui qui discourt ne peut gérer l’interprétation que l’on fera de ses mots, ni nous imposer sa vision des choses. La parole nous a été donnée non seulement pour parler mais aussi pour entendre en retour ce que l’autre a la possibilité de dire. Il s’agit là de la vertu libératrice de la parole qui peut s’enrichir de la contradiction, de la complémentarité des réponses apportées : elle devient alors vecteur d’expériences et d’échanges constructifs. Enfin, la parole est un outil essentiel de la transmission orale. Le savoir absolu n’existant pas, tout maître a besoin d’un disciple à qui offrir des données essentielles à compléter et à diffuser.

  • « Généralités sur la « prise » de parole en L\ »

La F\ M\ est une société du verbe caractérisée par la mise en œuvre d’un mutisme provisoire qui sera la condition d’accès à la parole. La Franc-maçonnerie a su créé, un mode opératoire sur une organisation des échanges verbaux. L’acte de parler en Loge diffère totalement de la prise de parole dans le monde profane car régie par le Rituel qui organise un véritable filtre par le jeu de la triangulation de la parole associée à une gestuelle appropriée. La parole en L\ n’est pas prise : elle est donnée, distribuée. Tout F\ M\ doit demander l’autorisation de parler au surveillant qui dirige sa colonne en levant la main. Celui-ci frappe un petit coup de marteau et l’indique au V\ M\ qui la donne ou pas… Nul ne peut prendre librement la parole en L\ sans avoir obtenu préalablement l’autorisation du V\ M\. Ainsi les conversations croisées sont impossibles et chacun peut être entendu dans le calme. De plus celui qui parle s’adresse à la Loge toute entière via le V\ M\ et le fait debout en se tenant à l’ordre. On n’interrompt pas celui qui parle, on ne manifeste d’aucune façon son approbation ou sa désapprobation pendant les paroles dites. Le V\ M\ dirige les débats : on parle donc de débats organisés, formalisés permettant à chacun de s’exprimer en maîtrisant ses émotions et en respectant les opinions de chacun. Parler en L\ est un acte important car ce n’est possible qu’un nombre de fois limité à la discrétion du V\ M\. Dans ces conditions il s’avère nécessaire de ne parler qu’au moment opportun pour exprimer des idées mûrement réfléchies. Il en découle un rythme plus lent dans une ambiance de sérénité et de calme. Le Rituel maçonnique est l’école de la Tolérance : l’organisation de la circulation de la parole évite les polémiques, elle est source d’échanges libres, constructifs.

  • Triangulation de la parole en L\

La L\ maçonnique est un lieu où la prise de parole en public est rigoureusement codifiée, dotée d’une charge symbolique très importante. Chaque chose est à sa place, chaque discours vient en son temps et une telle distribution garantit la cohérence d’une totalité harmonieuse. En L\ on ne prend pas la parole, on la demande et pour ce faire on ne s’adresse pas directement au V\ M\ seul habilité à l’accorder, mais à l’un de ses deux intermédiaires (1er ou 2ème surveillant). Celui-ci va alors transmettre cette requête au F\ qui dirige la L\ qui pourra accorder la parole en passant par cet intercesseur, lequel relaie l’information au demandeur. Ce dernier s’exprime alors et nul ne peut l’interrompre si ce n’est le «Véné » en cas de propos intolérants ou injurieux méritant censure. La triangulation de la parole, procédée de médiation, a pour but d’éviter toute communication interpersonnelle et donc de tisser un lien collectif. Le mot communication signifie étymologiquement « mettre en commun » et implique la notion de partage. Le Rituel maçonnique est conjonctif car il institue une union entre celui qui s’exprime et l’ensemble des F\ de la L\ où règne un esprit de fraternité (lacs d’amour, chaîne d’union, agapes). Le rituel écarte tout ce qui divise les esprits pour laisser place à tout ce qui unit les cœurs pour devenir source de concorde et d’égrégore. Pour ce faire le rituel établit une véritable discipline pouvant aller à l’encontre de notre inclinaison naturelle à parler librement en des postures de relâchement. Il nous impose un cadre mental nous séparant du monde profane et ce pour élever nos cœurs et nos esprits. Le rituel est un outil de régulation favorisant l’ordre et la pondération dans l’usage de la parole. Eliminant toute spontanéité, il nous contraint à une maturation de nos réflexions en nous imposant une règle d’attente de tour de parole, règle à laquelle est associé un jeu gestuel.

  • Triangulation de la gestuelle

Le rituel organise également la communication non verbale, langage de signes codés et signifiants, via notre enveloppe charnelle. La gestuelle d’accompagnement est constituée de tous les gestes qui encadrent toute communication orale en loge. Tout F\ M\ apprend un système de signes et codes qu’il se doit de reproduire sciemment et d’adapter au contexte rencontré. Les gestes doivent être précis, maîtrisés pour mettre son corps en conformité avec son esprit. Ainsi, le F\ à qui est donnée la parole la prendra en se tenant à l’ordre, posture inconfortable certes mais qui le tiendra dans un état d’esprit de rigueur physique et limitera tout dérapage verbal. Cette position dite de l’ordre est un garde fou contre tout retour à des habitudes ancrées en nous, en provenance du monde profane (« laissons nos métaux à la porte du temple »). Cette tension physique, liée à des gestes et des positions peu familières requiert une attention soutenue propice à l’effort et au travail. Cette concentration a un effet structurant. On peut alors parler d’interaction corps-esprit. Le corps est plus qu’un vecteur de communication il devient langage : « quand faire, c’est dire ». Cette gestuelle contraignante règlemente l’externalisation de la pensée via la parole : elle empêche tout autre geste et donc toute véhémence, elle pondère nos propos et ce d’autant plus qu’elle se déroule en un lieu et un temps sacré.

  • Triangulation espace/temps

L’espace dans le temple définit des fonctions spécifiques (Orient/Occident, emplacement des plateaux, du pavé mosaïque…) La triangulation de la parole et de la gestuelle s’enracine en une triangulation spatiale : celui qui demande la parole s’adresse au surveillant situé à l’opposé de la colonne où il est placé. Cet emplacement des 3 intervenants (le F\ sollicitant la parole, le Surveillant concerné, le V\ M\) forme un triangle humain visible. Comme l’espace de la L\, le temps maçonnique est sacré : les travaux débutent à Midi et s’achèvent à Minuit, périodes transitoires entre apogée du jour et de la nuit et de leur déclin imminent. La triangulation du temps se retrouve lors de l’ouverture et de la fermeture des travaux avec l’allumage et l’extinction des 3 bougies sur les colonnettes Sagesse, Force et Beauté, moment symbolique indiquant le passage des ténèbres à la Lumière, du monde profane au monde sacré et vice versa. De même le temps rituel est marqué par les 3 coups de maillets frappés successivement par la triade VM/S1/S2 qui constitue un rythme ternaire. Enfin le Delta Lumineux n’est-il pas le lien entre Passé, Présent et Avenir ? Je tiens à remercier les FF\, les SS\ et auteurs qui ont pu me permettre de bâtir ce travail par leurs planches, morceaux d'architectures, articles ou ouvrages et notamment Céline Bryon-Portet pour son apport très riche sur la triangulation maçonnique

J’ai dit.

P\ V\

Source : www.ledifice.net

Publié dans Planches

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Pour éclairer le chemin des loges bleues

Publié le par Solange Sudarskis

Tu es un oiseau…
Mais je n’ai pas d’ailes !
Tes ailes, ce sont des mots.
Parle ! Envole-toi ! Traverse l’espace et le temps ! Brise les chaînes d’une histoire qui ne t’appartient pas, qui n’a pas le droit de t’alourdir et de te retenir.
Fais éclater l’horizon! Retrouve l’instant précieux du déchirement créateur, où, soudain, dans un paysage inconnu, les choses revêtent un autre aspect.
Souviens-toi que les hommes, même s’ils doivent mourir, ne sont pas nés pour mourir mais pour changer, innover, s’ouvrir à la naissance et à la renaissance.
Et le Rabbi Nahman de Braslav ajoutait : Ne demande jamais ton chemin à quelqu’un qui le connaît…Tu ne pourrais pas t’égarer… Le vocabulaire est une porte qu’il faut franchir pour accéder à la compréhension de la franc-maçonnerie où tout s’annonce comme symbole. Ni jargon, ni pédanterie, le langage utilisé se révèle, dans sa sémantique, comme un véritable outil de progression pour les francs-maçons. Le passage d’une culture vernaculaire à une approche, a priori, hermétique, oblige les frères et sœurs à surmonter une naturelle difficulté, celle des mots constitutifs d’une manière de vivre en franc-maçonnerie, celle de la compréhension des paroles entendues dans les échanges entre francs-maçons, celle de l’interprétation de ce qui est entendu au cours des rituels. La spécificité lexicale n’est pas dans la terminologie mais dans l’usage qui en est fait et cela constitue véritablement un langage. Le raccordement nourricier est essentiellement la langue française, mais des termes latins, hébreux, anglais… trouvent leur place parce qu’ils indiquent les traces historiques ou les sources intellectuelles et spirituelles de la franc-maçonnerie. L’unité linguistique est fondée, d’abord, sur le regard et l’écoute auxquels ont accès les jeunes francs-maçons : il s’agit, ainsi, de décrire l’environnement à l’intérieur du Temple, les cérémonies qui y ont lieu, le fonctionnement des tenues, les rituels, l’organisation des obédiences, les décors visibles à chaque degré, les termes de reconnaissance dans le monde profane... L’évolution au sein des loges bleues suppose trois niveaux successifs de sens. Il faut tout d’abord entendre, c’est-à-dire se mettre en situation d’écoute pour enregistrer une parole, retenir un acte, imprimer un écrit ; c’est un état d’être qui nécessite un exercice, un entraînement, une discipline. Il faut ensuite comprendre afin d’intégrer en soi ce qui a été reçu de l’extérieur ; ce qui suppose, cette fois-ci, une herméneutique, c’est-à-dire une méthode d’interprétation qui permet de traduire le dépôt reçu en acte d’être. Il faut enfin transmettre, c’est-à-dire rendre compréhensible, non plus seulement à soi mais aussi aux autres, la chose reçue car il n’existe pas de témoin esseulé, de témoin solitaire. La difficulté de la formation des apprentis est de trouver un bagage sémantique suffisamment léger, pour être assimilé par le novice, mais qui n’écarte pas la profondeur des expressions symboliques ; c’est le 2nd surv\ qui est tout particulièrement le guide de ce commencement de voyage vers l’être en devenir. Certains mots, certains thèmes sont davantage à développer, soulignant leur importance dans la démarche initiatique. Ils exposent des réflexions analytiques puisées aux sources de la Tradition des frères et sœurs qui se sont essayés à dévoiler le sens ésotérique dissimulé derrière l’apparence du vocabulaire, tentant de faire remplir aux mots les fonctions qu'on attend d’eux. Les réflexions ne sont pas figées. Ici tout est symbole. Ne pas être idolâtre, c’est rester dans la recherche du sens du symbole et ne pas tomber dans le piège de la pétrification d’un « ceci signifie cela, et cela seulement ». Le symbole est une mise en mouvement ; à partir de son silence, un chemin s’ouvre vers notre parole. Le symbole est plein d’énigmes. Il est ouvert, aussi permet-il de sortir de notre raideur, c’est-à-dire de la certitude de notre monde, de l’opiniâtreté de notre inertie. Le symbole, dans son secret, sa profondeur, son infini vivier de sens, est une source de rencontres où se croisent et se focalisent nos questionnements, nos sensibilités. User de symboles, c'est donner à chacun la possibilité, mais aussi la nécessité, de rechercher, par l'effort et la tension du questionnement, l'ouverture aux sens, la quête de nos possibilités par l'interprétation et le respect des possibilités de l'autre. C'est rendre les mots communs propres à chacun. Chacun apporte aux mots son histoire individuelle, son développement mental et intellectuel, son bagage d'expérience et de réflexion. Mais en même temps, l’apprenti doit trouver une libération de son être, càd qu’il témoigne d’une capacité de se dégager du déterminisme de ses conditionnements historiques, éducatifs et sociaux. Le symbole est un médiateur, une représentation, une évocation qui dissimule, dans un signifié, un signifiant sédimenté par le questionnement ontologique de ceux qui se penchent sur le mystère de l’Être. Le symbole ne recouvre pas d'obscurantisme, il dévoile, il révèle une connaissance du monde toujours plus vaste qu'une parole enfermerait et réduirait dès lors qu'elle se donnerait à entendre sous forme de discours. Parce que le symbole condense en lui un nombre illimité de significations, il est par excellence le support de toute pensée effectivement synthétique et l'instrument de ceux qui travaillent sur eux-mêmes à effacer la coupure qui sépare la réalité du Réel. Les symboles délivrent des messages. Ils sont des ponts entre la réalité vécue et celle de l’univers, des ponts de compréhension, des ponts de sensibilité. Ils permettent de prendre contact avec ce que l’intelligence, dans sa finitude, ne peut pas comprendre. Le signifiant, c'est la moitié visible du symbole. Le signifié, ce à quoi renvoie le signifiant, c'est la moitié invisible, ineffable, ce qui positivement ne peut être vu, nommé, mais seulement évoqué, suggéré. Ainsi tout symbole a deux caractères : il est à la fois fragmentaire et complémentaire. Le symbole est un fragment de vérité qui renvoie à la Vérité, un fragment d'être qui renvoie à l'Être. Et si dans notre vie quotidienne nous vivons dans le fini, la pensée symbolique permet d'accéder à l'Infini. Les symboles sont des catégories de pensée, ils sont indicateurs de comportement. Les symboles, souvent associés aux mythes, disent la voracité, la maternité, la haine, l’amour, la peur, la solitude et même le meurtre, ils disent aussi l’équilibre, la fraternité, l’harmonie, le mystère. Ils montrent l’homme dans son rapport avec lui-même, avec les autres, et avec le cosmos. Les symboles ne sont que les vêtements qui habillent les énergies qu'ils représentent. Leur polyvalence les rend toujours délicats à utiliser et l'usage de la seule raison est souvent insuffisant. Il est habituel dans le cadre de l'initiation d'apporter au nouvel initié un référentiel symbolique traditionnel. Si un sens lui est proposé, cela ne devrait pas être de manière définitive, mais plutôt comme une invitation à parcourir un nouveau chemin, dont la pertinence ne lui apparaîtra que plus tard par son travail personnel, avec une perspective infinie car toute catégorie d'existants est, de proche en proche, en relation de correspondance avec toutes les autres. Chaque décor, chaque mot, chaque geste à l’intérieur du temple recèlent encore d’innombrables richesses qui attendent d’être recueillies. La construction d'un langage qui rend possible cette pensée est difficile, son acquisition progressive est ardue et sa préservation infiniment précieuse. L’apprenti mesurera son chemin parcouru grâce à sa nouvelle familiarité avec le vocabulaire de son degré, à sa compréhension du rituel, à son appropriation intellectuelle et spirituelle du lieu si particulier qu’est le temple ; il constatera les changements survenus dans sa manière de penser et de se conduire. Cependant, s’il a reçu un minimum de connaissances et d'initiations, ce qui demeure nécessaire mais encore insuffisant, il ne s'étonnera pas de devoir passer d’autres épreuves, donc de subir des bouleversements mentaux, lesquels produisent des modifications cognitives et, surtout, des évolutions d'état d'être qui n'existeraient pas sans elles. Vers 1737, le rituel de Compagnon s'est enrichi de « L'Étoile flamboyante » formant un pentagone avec, en son cœur, la lettre « G ». Les deux degrés d'Apprenti et de Compagnon formaient, en réalité, un tout dont le premier degré est une représentation, tandis que second en est la réalisation. Les cinq voyages d'initiation du Compagnon maçon n'ont plus alors le caractère d'épreuves des voyages de l'apprenti mais figurent des étapes de la Connaissance. Ainsi, au compagnon vont être offertes de nouvelles voies de la Connaissance, les nombres, leur nature et leur adéquation aux lois de l’univers, l'étoile flamboyante avec la lettre « G », la pierre cubique à pointe, le nom de la colonne du grade, les significations des rituels, les outils de métier, le sens de la marche, l’hermétisme et la parole. On ne peut manquer de remarquer, dans la symbolique du 2ème degré, des voies de connaissance analytiques et logiques, mais aussi des systèmes symboliques, voies de connaissance holistiques et analogiques avec des traces du métier, du pythagorisme, de l’ésotérisme johannique, de la gnose, de l’hermétisme, de l’alchimie, de la kabbale. Là où la pensée analytique scanne en quelque sorte le réel, étudiant chaque plan à part avec des outils conceptuels différents et cloisonnés, la pensée analogique est au contraire verticale et transversale. En abritant les vestiges des antiques traditions, la franc-maçonnerie manifeste l’intérêt qu’elle leur accorde. Ces voies de la Connaissance nous donnent le vertige d’assister à l’énigme même de l’univers. Il y a dans leur compréhension des espaces qui sont comme un désir métaphysique de transcendance. Les œuvres d’art qui en témoignent, plus que tout autre langage, projettent sur nous des lumières insoupçonnées, des lumières arrachées à tous les interstices de la pensée pour donner naissance à de multiples voûtes étoilées. Chaque degré maçonnique possède une spécificité et une plénitude qui lui sont propres. Le grade de compagnon est sans doute le plus opératif des degrés de la franc-maçonnerie ; le travail intellectuel, quand il est vraiment réussi, atteint presque la valeur du travail manuel, écrivait le franc-maçon Oscar Wilde. Le terme opératif ne doit pas être considéré exactement comme un équivalent de « pratique » en tant que ce dernier terme se rapporte toujours à l’action ; en réalité, il s’agit de cet accomplissement de l’être qu’est la réalisation initiatique, avec tout l’ensemble des moyens des diverses voies de la Connaissance qui peuvent être employés à cette fin. Entre « or riant et oxydant », le mot « œuvre », vocable de la construction, n’est-il pas tout autant usité dans la terminologie alchimique ? Mais surtout, le chantier devient le lieu de la fraternité sans laquelle le compagnon ne peut se prévaloir de progrès initiatiques. En remontant aux Anciens Devoirs de la Maçonnerie, on découvre, insérée de façon plus ou moins voilée dans les règles normatives qui y sont énumérées, une indication précieuse pour les recherches du compagnon : il y est affirmé que l’amour fraternel constitue la pierre de fondation et la clef de voûte, le ciment et la gloire de cette antique Fraternité, méthode qui vise au dépassement des barrières limitatives qui entourent le moi vis-à-vis des autres. Recherche pour ton Frère soixante-dix excuses, et si tu ne les trouves pas, reviens vers ton âme avec suspicion et dis-lui: ce que tu vois en ton Frère, c’est ce qui est caché en toi ! A la construction en pierre se substitue l'idéal d'une mise en chantier allégorique. Il s'agit ainsi de promouvoir les valeurs morales et spirituelles, qui conduisent à un perfectionnement individuel au sein d’un atelier d’ouvrage dans lequel le nouveau compagnon, ayant déjà inséré sa pierre, doit la faire vibrer, tant par la parole, par ses actes que par ses savoirs, pour se montrer digne de devenir un maître. Le Compagnon doit devenir un Maître avant qu'il ait fini son temps de compagnonnage. C'est parce qu'il sera devenu un maître qu'on l'élèvera à la Maîtrise. Ce n'est qu'avec la deuxième édition des Constitutions d’Anderson, publiée en 1738, que la maîtrise sera formellement intégrée comme troisième degré hiérarchique de la franc-maçonnerie. James George Frazer a soutenu, à partir d’exemples australiens, que l’essence des cérémonies initiatiques consiste à enlever au jeune homme son âme pour la faire passer dans son totem par un rituel de mort, puis à lui infuser une vie nouvelle, celle de son totem, par un autre rituel de résurrection ; il s'agirait en quelque sorte d'un échange d'âme. Leo Frobenius, frappé surtout par le rôle des déguisements et des masques, y voit une technique spéciale pour transformer les individus en esprits des ancêtres et de la brousse et leur faire ainsi acquérir des pouvoirs surnaturels. Emile Durkheim, dans une perspective analogue, mais pour les seules sociétés tribales totémiques, pense que des déformations corporelles ont pour objet de donner au récipiendaire, sous une forme plus ou moins symbolique, l'aspect de son totem. Ces conceptions valent sans doute, en partie, pour les initiations religieuses, magiques, tribales, étrangement elles pourraient s'appliquer aux initiations au grade de maître. Avec la mise en place du grade de maître, les rituels adoptés développent un psychodrame. Le drame, au grade de maître, réside dans la transmission de la Tradition interrompue par un meurtre. Il reste le mot substitué et les symboles, outils de l’inconscient, qui vont permettre, malgré cette interruption malheureuse, de construire un être nouveau, un initié, capable d’agir sur lui-même, d’être l’auteur de sa propre transformation. La mort n’est plus vécue comme un évènement mais comme un avènement. La cérémonie de passage au grade de maître met en scène des personnages masqués qui s’interfèrent comme cadavre, meurtrier, assassiné et psychopompe. Un même personnage peut recouvrir des significations antithétiques. Par exemple, le « rôle » joué par le très respectable maître se situe à deux niveaux : la présidence de l’atelier (Salomon dans sa chaire) et un des trois assassins d’Hiram, en fait celui qui achève l’architecte. L’impétrant est désintégré dans sa putréfaction, puis, son corps rassemblé, relevé lui donne une nouvelle naissance au cours de laquelle il devient (ou remplace) Maître Hiram. Il est fait Homme debout entre Ciel et Terre, entre équerre et compas. C’est une époptie, funèbre par son étalage mortuaire, qui s’achève par un cri de joie éclatant à l’accomplissement de la renaissance du maître qui ramène la lumière. A la résurrection s’ajoute l’effulgence. Au risque de contrarier les libres penseurs, la franc-maçonnerie a longtemps labouré le même terrain que la mystique juive et celle de l’alchimie ; il en reste des herméneutiques empruntant aux symboles judéo-chrétiens. Au-delà de l’image messianique, Hiram est à la fois l’Homme et le paradigme du corps enseveli dans le tombeau qui doit s’en libérer et ressusciter. Pour revenir à la légende d’Hiram telle qu’elle est contée, s’agit-il de l’exécution d’un maître dont on veut s’emparer des secrets ou bien de la mise à mort d’un compagnon qui dépasserait le maître, comme celle de Talos (dont le génie inventa le compas) par Dédale son maître et son oncle ? Dans un cas nous parlons des moyens de faire un martyr, dans l’autre d’interrompre une quête. Dans les deux cas, cependant, il s’agit d’un personnage majeur abattu en raison de ses relations avec les secrets du monde et dont le voyage dans l’au-delà sera le moyen de transmettre la Connaissance. Le degré de maître est considéré comme un achèvement de la formation du franc-maçon. Cependant, il est à remarquer que les rituels, modestement, n’utilisent pas le terme d’initié en tant que substantif et ce, bien que la franc-maçonnerie se proclame initiatique et progressive. C’est une façon de reconnaître que l’initiation maçonnique propose avant tout une méthode, des moyens de progression et de transformation, mais qu’elle ne fabrique pas, clés en mains, un initié. Réservé au grade de maître, le Rituel particulier de la Marque (RDLM), en parallèle du RÉAA, constitue une addition heureuse à la franc-maçonnerie traditionnelle. Par une cérémonie d’avancement, ce rite achève l’initiation du compagnon bâtisseur et constructeur, sans psychodrame mortifère, où seul l’excellence du travail promeut le compagnon vers le grade de maître. Aux mots résumant les degrés initiatiques, pour le premier, introspection et humilité, pour le deuxième, exploration et fraternité, s’ajoutent mort et transfiguration au 3ème et dernier degré des loges bleues. Les travaux en franc-maçonnerie ont, ainsi, pour but de montrer, par l’étude de la vie et de la mort, que c’est l’intelligence seule qui constitue l’homme, et que, pour conserver toute notre intégrité, il faut résister, toujours et quand même de toutes nos forces, aux attaques mortelles de l’ignorance, de l’hypocrisie et de l’ambition. Le neurologue Paul Macleen a pu observer et mettre en évidence que, dans les lobes frontaux, l’introspection était connectée à l’empathie, intimement liée aux valeurs altruistes, à l’action sociale. Au fur et à mesure que je descends en moi-même, je deviens plus tolérant, plus ouvert, j’accepte davantage l’altérité. Dans le temple et au cours de la tenue je cherche, je découvre et je porte à l’extérieur ce qui a été vivifié en moi. La quête initiatique est une façon d'habiter le monde. C'est admettre et vouloir s'orienter, c'est vouloir sortir du chaos; c'est faire un pari existentiel sur le sens contre l'absurde et c'est au cœur d'une telle démarche que se construit aussi la fraternité. La franc-maçonnerie n'est ni une religion, ni son substitut, même si la démarche maçonnique intègre, dans sa réflexion, les traditions populaires, mythologiques, hermétiques et religieuses, afin d’y rechercher ce qui peut révéler le sens de la destinée de l’homme et la signification de l’aventure humaine. Bruno Etienne nous disait : il y a société initiatique lorsque les 10 variables suivantes sont réunies, après acceptation des mots, rites, symboles et mythes : 1- Une légende de base justifiant le rite. 2- Un dépouillement physique vestimentaire accompagné d’une réclusion. 3- La présence d’époptie dévoilée pour la contemplation des symboles et des mytho-drames, c'est-à-dire le rite fondateur. 4- La présence des 4 éléments. 5- Un ou plusieurs voyages unidirectionnels. 6- Un rapport chute-élévation. 7- Une guidance, c'est-à-dire une utopie voire une eschatologie. 8- Une uchronie. 9- Une eurythmie en rapport avec les types de temps et d’espace séparés donc sacrés. 10- Des épreuves physiques réelles ou symboliques liées au passage, à la mort et à la résurrection. A ces titres, la franc-maçonnerie est bien une société initiatique, aux francs-maçons à œuvrer pour devenir dignes d’elle. Oser, ce n’est pas d’emblée adopter, c’est s’autoriser une pensée autre, un espace de recherche. Se spiritualiser n'est pas acquérir un esprit religieux ni croire au(x) Dieu(x) des religions. C'est simplement tourner son âme vers l'esprit, admettre que notre corps n'est pas notre unique composant et que nous sommes reliés à une réalité qui nous échappe, vers laquelle nous voulons nous élever. Dans cette vision, matière et esprit ne sont pas opposés mais font tout deux partie du Tout qui est en même temps le Un. Je terminerai par cette parole de Michel Zéraffa : Le cosmos est un cryptogramme qui contient un décrypteur, l’homme, en rajoutant que la franc-maçonnerie stimule et encourage les frères et les sœurs à être cet homme-là.

Solange Sudarskis

Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com/

Publié dans Planches

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René Guénon - Parole perdue et mots substitués

Publié le par René Guénon

On sait que, dans presque toutes les traditions, il est fait allusion à une chose perdue ou disparue, qui, quelles que soient les façons diverses dont elle est symbolisée, a toujours la même signification au fond ; nous pourrions dire les mêmes significations, car, comme dans tout symbolisme, il en est plusieurs, mais qui sont d’ailleurs étroitement liées entre elles. Ce dont il s’agit en tout cela, c’est toujours, en réalité, l’obscuration spirituelle survenue, en vertu des lois cycliques, au cours de l’histoire de l’humanité ; c’est donc avant tout la perte de l’état primordial, et c’est aussi, par une conséquence directe, celle de la tradition correspondante, car cette tradition ne fait qu’un avec la connaissance même qui est essentiellement impliquée dans la possession de cet état. Nous avons déjà indiqué ces considérations dans un de nos ouvrages (1), en nous référant plus spécialement au symbolisme du Graal, dans lequel se trouvent d’ailleurs très nettement les deux aspects que nous venons de rappeler, se rapportant respectivement à l’état primordial et à la tradition primordiale. À ces deux aspects, on pourrait encore en ajouter un troisième, concernant le séjour primordial ; mais il va de soi que la résidence dans le « Paradis terrestre », c’est-à-dire proprement au « Centre du Monde », ne diffère en rien de la possession même de l’état primordial. D’autre part, il faut remarquer que l’obscuration ne s’est pas produite subitement et une fois pour toutes, mais que, après la perte de l’état primordial, elle a eu plusieurs autres étapes successives, correspondant à autant de phases ou d’époques dans le déroulement du cycle humain ; et la « perte » dont nous parlons peut aussi représenter chacune de ces étapes, un symbolisme similaire étant toujours applicable à ces différents degrés. Ceci peut s’exprimer ainsi : à ce qui avait été perdu tout d’abord, il a été substitué quelque chose qui devait en tenir lieu dans la mesure du possible, mais qui, par la suite, fut aussi perdu à son tour, ce qui nécessita encore d’autres substitutions. On peut l’entendre notamment de la constitution de centres spirituels secondaires lorsque le centre suprême fut caché aux regards de l’humanité, tout au moins dans son ensemble et en tant qu’il s’agit des hommes ordinaires ou « moyens », car il y a nécessairement toujours des cas d’exception sans lesquels, toute communication avec le centre étant rompue, la spiritualité elle-même à tous ses degrés aurait entièrement disparu. On peut dire aussi que les formes traditionnelles particulières, qui correspondent précisément aux centres secondaires dont nous venons de parler, sont des substituts plus ou moins voilés de la tradition primordiale perdue ou plutôt cachée, substituts adaptés aux conditions des différents âges successifs ; et, qu’il s’agisse des centres ou des traditions, la chose substituée est comme un reflet, direct ou indirect, proche ou éloigné suivant les cas, de celle qui a été perdue. En raison de la filiation continue par laquelle toutes les traditions régulières se rattachent en définitive à la tradition primordiale, on pourrait encore dire qu’elles sont, par rapport à celle-ci, comme autant de rejetons issus d’un arbre unique, celui-là même qui symbolise l’« Axe du Monde » et s’élève au centre du « Paradis terrestre », comme dans les légendes du moyen âge où il est question de divers rejetons de l’« Arbre de Vie » (2). Un exemple de substitution suivie d’une seconde perte se trouve notamment dans la tradition mazdéenne ; et, à ce sujet, nous devons dire que ce qui a été perdu n’est pas représenté seulement par la coupe sacrée, c’est-à-dire par le Graal ou quelqu’un de ses équivalents, mais aussi par son contenu, ce qui se comprend d’ailleurs sans peine, car ce contenu, par quelque nom qu’il soit désigné, n’est en définitive pas autre chose que le « breuvage d’immortalité », dont la possession constitue essentiellement un des privilèges de l’état primordial. C’est ainsi qu’il est dit que le soma vêdique devint inconnu à partir d’une certaine époque, de sorte qu’il fallut alors lui substituer un autre breuvage qui n’en était qu’une figure ; il semble même bien, quoique ce ne soit pas formellement indiqué, que ce substitut dut ultérieurement se perdre à son tour (3). Chez les Perses, où le haoma est la même chose que le soma hindou, cette seconde perte, par contre, est expressément mentionnée : le haoma blanc ne pouvait être recueilli que sur l’Alborj, c’est-à-dire sur la montagne polaire qui représente le séjour primordial ; il fut ensuite remplacé par le haoma jaune, de même que, dans la région où s’établirent les ancêtres des Iraniens, il y eut un autre Alborj qui n’était plus qu’une image du premier ; mais, plus tard, ce haoma jaune fut perdu à son tour et il n’en resta plus que le souvenir. Pendant que nous en sommes à ce sujet, nous rappellerons que le vin est aussi, dans d’autres traditions, un substitut du « breuvage d’immortalité » ; c’est d’ailleurs pourquoi il est pris généralement, ainsi que nous l’avons expliqué ailleurs (4), comme un symbole de la doctrine cachée ou réservée, c’est-à-dire de la connaissance ésotérique et initiatique. Nous en viendrons maintenant à une autre forme du même symbolisme, qui d’ailleurs peut correspondre à des faits s’étant produits très réellement au cours de l’histoire ; mais il est bien entendu que, comme pour tous les faits historiques, c’est leur valeur symbolique qui en fait pour nous tout l’intérêt. D’une façon générale, toute tradition a normalement pour moyen d’expression une certaine langue, qui revêt par là même le caractère de langue sacrée ; si cette tradition vient à disparaître, il est naturel que la langue sacrée correspondante soit perdue en même temps ; même s’il en subsiste quelque chose extérieurement, ce n’est plus qu’une sorte de « corps mort », son sens profond n’étant plus connu désormais et ne pouvant plus l’être véritablement. Il dut en être ainsi tout d’abord de la langue primitive par laquelle s’exprimait la tradition primordiale, et c’est pourquoi on trouve en effet, dans les récits traditionnels, de nombreuses allusions à cette langue primitive et à sa perte ; ajoutons que, quand telle ou telle langue sacrée particulière et actuellement connue paraît cependant, comme il arrive parfois, être identifiée à la langue primitive elle-même, il faut seulement entendre par là qu’elle en est effectivement un substitut, et qu’elle en tient par conséquent la place pour les adhérents de la forme traditionnelle correspondante. D’après certains des récits qui s’y rapportent, il semblerait pourtant que la langue primitive ait subsisté jusqu’à une époque qui, si éloignée qu’elle puisse paraître relativement à nous, n’en est pas moins fort éloignée des temps primordiaux : c’est le cas de l’histoire biblique de la « confusion des langues », qui, autant qu’il est possible de la rapporter à une période historique déterminée, ne peut guère correspondre qu’au début du Kali-Yuga ; or il est certain que, bien antérieurement, il y eut déjà des formes traditionnelles particulières, dont chacune dut avoir sa propre langue sacrée ; cette persistance de la langue unique des origines ne doit donc pas être entendue littéralement, mais plutôt en ce sens que, jusque-là, la conscience de l’unité essentielle de toutes les traditions n’avait pas encore disparu (5). Dans certains cas, au lieu de la perte d’une langue, il est parlé seulement de celle d’un mot, tel qu’un nom divin par exemple, caractérisant une certaine tradition et la représentant en quelque sorte synthétiquement ; et la substitution d’un nouveau nom remplaçant celui-là marquera alors le passage de cette tradition à une autre. Quelquefois aussi, il est fait mention de « pertes » partielles s’étant produites, à certaines époques critiques, dans le cours de l’existence d’une même forme traditionnelle : lorsqu’elles furent réparées par la substitution de quelque équivalent, elles signifient qu’une réadaptation de la tradition considérée fut alors nécessitée par les circonstances ; dans le cas contraire, elles indiquent un amoindrissement plus ou moins grave de cette tradition auquel il ne peut être remédié ultérieurement. Pour nous en tenir à l’exemple le plus connu, nous citerons seulement la tradition hébraïque, où l’on trouve précisément l’un et l’autre de ces deux cas : après la captivité de Babylone, une nouvelle écriture dut être substituée à l’ancienne qui s’était perdue (6), et, étant donnée la valeur hiéroglyphique inhérente aux caractères d’une langue sacrée, ce changement dut forcément impliquer quelque modification dans la forme traditionnelle elle-même, c’est-à-dire une réadaptation (7). D’autre part, lors de la destruction du Temple de Jérusalem et de la dispersion du peuple juif, la véritable prononciation du Nom tétragrammatique fut perdue ; il y eut bien un nom substitué, celui d’Adonaï, mais il ne fut jamais regardé comme l’équivalent réel de celui qu’on ne savait plus prononcer. En effet, la transmission régulière de la prononciation exacte du principal nom divin (8), désigné comme ha-Shem ou le Nom par excellence, était essentiellement liée à la continuation du sacerdoce dont les fonctions ne pouvaient s’exercer que dans le seul Temple de Jérusalem ; dès lors que celui-ci n’existait plus, la tradition hébraïque devenait irrémédiablement incomplète, comme le prouve d’ailleurs suffisamment la cessation des sacrifices, c’est-à-dire de ce qui constituait la partie la plus « centrale » des rites de cette tradition, de même que le Tétragramme, lui aussi, y occupait une position véritablement « centrale » par rapport aux autres noms divins ; et, effectivement, c’est bien le centre spirituel de la tradition qui était perdu (9). Il est d’ailleurs particulièrement manifeste, dans un exemple comme celui-là, que le fait historique lui-même, qui n’est aucunement contestable comme tel, ne saurait être séparé de sa signification symbolique, en laquelle réside au fond toute sa raison d’être, et sans laquelle il deviendrait complètement inintelligible. La notion de la chose perdue, sous l’un ou l’autre de ses différents symboles, existe, comme on a pu le voir par ce qui précède, dans l’exotérisme même des diverses formes traditionnelles ; et l’on pourrait même dire que c’est à ce côté exotérique qu’elle se réfère, plus précisément et avant tout, car il est évident que c’est là que la perte s’est produite et est véritablement effective, et qu’elle peut être considérée en quelque sorte comme définitive et irrémédiable, puisqu’elle l’est en effet pour la généralité de l’humanité terrestre tant que durera le cycle actuel. Il est quelque chose qui, par contre, appartient en propre à l’ordre ésotérique et initiatique : c’est la recherche de cette chose perdue, ou, comme on disait au moyen âge, sa « queste » ; et cela se comprend sans peine, puisque l’initiation, dans sa première partie, celle qui correspond aux « petits mystères », a en effet pour but essentiel la restauration de l’état primordial. Il faut d’ailleurs remarquer que, de même que la perte n’a eu lieu en réalité que graduellement et en plusieurs étapes, ainsi que nous l’avons expliqué, avant d’en arriver finalement à l’état actuel, la recherche devra aussi se faire graduellement, en repassant en sens inverse par les mêmes étapes, c’est-à-dire en remontant en quelque sorte le cours du cycle historique de l’humanité, d’un état à un autre état antérieur, et ainsi, de proche en proche, jusqu’à l’état primordial lui-même ; et à ces différentes étapes pourront naturellement correspondre autant de degrés dans l’initiation aux « petits mystères » (10). Nous ajouterons tout de suite que, par là même, les substitutions successives dont nous avons parlé peuvent également être reprises alors dans un ordre inverse ; c’est ce qui explique que, dans certains cas, ce qui est donné comme la « parole retrouvée » ne soit pourtant encore en réalité qu’un « mot substitué », représentant l’une ou l’autre des étapes intermédiaires. Il est d’ailleurs bien évident que tout ce qui peut être communiqué extérieurement ne saurait être véritablement la « parole perdue », et que ce n’en est qu’un symbole, toujours plus ou moins inadéquat comme toute expression des vérités transcendantes ; et ce symbolisme est souvent très complexe, en raison même de la multiplicité des sens qui y sont attachés, ainsi que des degrés qu’il comporte dans son application. Il y a, dans les initiations occidentales, au moins deux exemples bien connus (ce qui ne veut certes pas dire qu’ils soient toujours bien compris de ceux qui en parlent) de la recherche dont il s’agit : la « queste du Graal » dans les initiations chevaleresques du moyen âge, et la « recherche de la parole perdue » dans l’initiation maçonnique, qu’on pourrait prendre respectivement comme types des deux principales formes de symbolisme que nous avons indiquées. En ce qui concerne la première, A. E. Waite a fait remarquer avec raison qu’il s’y trouve beaucoup d’allusions plus ou moins explicites à des formules et à des objets substitués ; du reste, ne pourrait-on pas dire que la « Table Ronde » elle-même n’est en définitive qu’un « substitut », puisque, bien qu’elle soit destinée à recevoir le Graal, celui-ci n’y prend pourtant jamais place effectivement ? Cela ne signifie d’ailleurs pas, comme certains pourraient être tentés de le croire trop facilement, que la « queste » ne peut jamais être terminée, mais seulement que, même alors qu’elle l’est pour quelques-uns en particulier, elle ne peut pas l’être pour l’ensemble d’une collectivité, quand bien même celle-ci possède le caractère initiatique le plus incontestable. La « Table Ronde » et sa chevalerie, comme nous l’avons vu ailleurs (11), présentent toutes les marques qui indiquent qu’il s’agit bien de la constitution d’un centre spirituel authentique ; mais, redisons-le encore, tout centre spirituel secondaire, n’étant qu’une image ou un reflet du centre suprême, ne peut jouer réellement qu’un rôle de « substitut » par rapport à celui-ci, de même que toute forme traditionnelle particulière n’est proprement qu’un « substitut » de la tradition primordiale. Si nous en venons à la « parole perdue » et à sa recherche dans la Maçonnerie, nous devons constater que, tout au moins dans l’état actuel des choses, ce sujet est entouré de bien des obscurités ; nous ne prétendons assurément pas les dissiper entièrement, mais les quelques remarques que nous formulerons seront peut-être suffisantes pour faire disparaître ce qui risquerait d’être pris au premier abord pour des contradictions. La première chose qu’il y a lieu de remarquer à cet égard, c’est que le grade de Maître, tel qu’il est pratiqué dans la Craft Masonry, insiste sur la « perte de la parole », qui y est présentée comme une conséquence de la mort d’Hiram, mais paraît ne contenir aucune indication expresse quant à sa recherche, et qu’il y est encore moins question de la « parole retrouvée ». Cela peut sembler vraiment étrange, puisque la Maîtrise, étant le dernier des grades qui constituent la Maçonnerie proprement dite, doit nécessairement correspondre, tout au moins virtuellement, à la perfection des « petits mystères », sans quoi sa désignation même serait d’ailleurs injustifiée. On peut, il est vrai, répondre que l’initiation à ce grade, en elle-même, n’est proprement qu’un point de départ, ce qui est en somme tout à fait normal ; mais encore faudrait-il qu’il y ait dans cette initiation même quelque chose qui permette d’« amorcer », si l’on peut s’exprimer ainsi, la recherche constituant le travail ultérieur qui devra conduire à la réalisation effective de la Maîtrise ; or nous pensons que, malgré les apparences, il en est bien réellement ainsi. En effet, le « mot sacré » du grade est manifestement un « mot substitué », et il n’est d’ailleurs donné que comme tel ; mais, en outre, ce « mot substitué » est d’une sorte très particulière : il a été déformé de plusieurs façons différentes, au point d’en être devenu méconnaissable (12), et on en donne des interprétations diverses, qui peuvent présenter accessoirement quelque intérêt par leurs allusions à certains éléments symboliques du grade, mais dont aucune ne peut se justifier par une étymologie hébraïque quelconque. Maintenant, si l’on restitue la forme correcte de ce mot, on s’aperçoit que son sens est tout autre que ceux qui lui sont ainsi attribués : ce mot, en réalité, n’est pas autre chose qu’une question, et la réponse à cette question serait le vrai « mot sacré » ou la « parole perdue » elle-même, c’est-à-dire le véritable nom du Grand Architecte de l’Univers (13). Ainsi, la question étant posée, la recherche est bien « amorcée » par là même comme nous le disions tout à l’heure ; il appartiendra dès lors à chacun, s’il en est capable, de trouver la réponse et de parvenir à la Maîtrise effective par son propre travail intérieur. Un autre point à considérer est celui-ci : la « parole perdue » est, le plus généralement, en conformité avec le symbolisme hébraïque, assimilée au Nom tétragrammatique ; il y a là, si l’on voulait prendre les choses à la lettre, un anachronisme évident, car il est bien entendu que la prononciation du Nom ne fut pas perdue à l’époque de Salomon et de la construction du Temple. Cependant, on aurait tort de regarder cet anachronisme comme constituant une difficulté réelle, car il ne s’agit nullement ici de l’« historicité » des faits comme tels, qui, à ce point de vue, importe peu en elle-même, et le Tétragramme n’y est pris que pour la valeur de ce qu’il représente traditionnellement ; il peut d’ailleurs fort bien n’avoir été lui-même, en un certain sens, qu’un « mot substitué », puisqu’il appartient en propre à la révélation mosaïque et que, à ce titre, il ne saurait, non plus que la langue hébraïque elle-même, remonter réellement jusqu’à la tradition primordiale (14). Si nous avons signalé cette question, c’est surtout pour attirer l’attention sur ceci, qui est beaucoup plus important au fond : dans l’exotérisme judaïque, le mot qui est substitué au Tétragramme qu’on ne sait plus prononcer est, comme nous l’avons déjà dit précédemment, un autre nom divin, Adonaï, qui est formé également de quatre lettres, mais qui est considéré comme moins essentiel ; il y a là quelque chose qui implique qu’on se résigne à une perte jugée irréparable, et qu’on cherche seulement à y remédier dans la mesure où les conditions présentes le permettent encore. Dans l’initiation maçonnique, au contraire, le « mot substitué » est une question qui ouvre la possibilité de retrouver la « parole perdue », donc de restaurer l’état antérieur à cette perte ; là est en somme, exprimée symboliquement d’une façon assez frappante, une des différences fondamentales qui existent entre le point de vue exotérique et le point de vue initiatique (15). Avant d’aller plus loin, une digression est nécessaire pour que la suite puisse être bien comprise : l’initiation maçonnique, se rapportant essentiellement aux « petits mystères » comme toutes les initiations de métier, s’achève par là même avec le grade de Maître, puisque la réalisation complète de celui-ci implique la restauration de l’état primordial; mais on est alors amené à se demander quels peuvent être, dans la Maçonnerie, le sens et le rôle de ce qu’on appelle les hauts grades, dans lesquels certains, pour cette raison précisément, n’ont voulu voir que des « superfétations » plus ou moins vaines et inutiles. En réalité, il faut ici faire avant tout une distinction entre deux cas (16) : d’une part, celui des grades qui ont un lien direct avec la Maçonnerie (17), et, d’autre part, celui des grades qui peuvent être considérés comme représentant des vestiges ou des souvenirs (18), venus se greffer sur la Maçonnerie ou se « cristalliser » en quelque sorte autour d’elle, d’anciennes organisations initiatiques occidentales autres que celle-ci. La raison d’être de ces derniers grades, si on ne les considère pas comme n’ayant qu’un intérêt simplement « archéologique » (ce qui serait évidemment une justification tout à fait insuffisante au point de vue initiatique), est en somme la conservation de ce qui peut encore être maintenu des initiations dont il s’agit, de la seule façon qui soit restée possible après leur disparition en tant que formes indépendantes ; il y aurait certainement beaucoup à dire sur ce rôle « conservateur » de la Maçonnerie et sur la possibilité qu’il lui donne de suppléer dans une certaine mesure à l’absence d’initiations d’un autre ordre dans le monde occidental actuel ; mais ceci est entièrement en dehors du sujet que nous étudions présentement, et c’est seulement l’autre cas, celui des grades dont le symbolisme se rattache plus ou moins étroitement à celui de la Maçonnerie proprement dite, qui nous concerne ici directement. D’une façon générale, ces grades peuvent être considérés comme constituant proprement des extensions ou des développements du grade de Maître ; il n’est pas contestable que, en principe, celui-ci se suffit à lui-même, mais, en fait, la trop grande difficulté qu’il y a à dégager tout ce qui s’y trouve contenu implicitement justifie l’existence de ces développements ultérieurs (19). Il s’agit donc d’une aide apportée à ceux qui veulent réaliser ce qu’ils ne possèdent encore que d’une façon virtuelle ; du moins est-ce là l’intention fondamentale de ces grades, quelles que soient les réserves qu’il pourrait y avoir lieu de faire sur la plus ou moins grande efficacité pratique de cette aide, dont le moins qu’on puisse dire est que, dans la plupart des cas, elle est fâcheusement diminuée par l’aspect fragmentaire et trop souvent altéré sous lequel se présentent actuellement les rituels correspondants ; nous n’avons à envisager que le principe, qui est indépendant de ces considérations contingentes. À vrai dire, d’ailleurs, si le grade de Maître était plus explicite, et aussi si tous ceux qui y sont admis étaient plus véritablement qualifiés, c’est à son intérieur même que ces développements devraient trouver place, sans qu’il soit besoin d’en faire l’objet d’autres grades nominalement distincts de celui-là (20). Maintenant, et c’est là que nous voulions en venir, parmi les hauts grades en question, il en est un certain nombre qui insistent plus particulièrement sur la « recherche de la parole perdue », c’est-à-dire sur ce qui, suivant ce que nous avons expliqué, constitue le travail essentiel de la Maîtrise ; et il en est même quelques-uns qui donnent une « parole retrouvée », ce qui semble impliquer l’achèvement de cette recherche ; mais, en réalité, cette « parole retrouvée » n’est jamais qu’un nouveau « mot substitué », et, par les considérations que nous avons exposées précédemment, il est facile de comprendre qu’il ne puisse en être autrement, puisque la véritable « parole » est rigoureusement incommunicable. Il en est notamment ainsi du grade de Royal Arch, le seul qui doive être regardé comme strictement maçonnique à proprement parler, et dont l’origine opérative directe ne puisse soulever aucun doute : c’est en quelque sorte le complément normal du grade de Maître, avec une perspective ouverte sur les « grands mystères » (21). Le mot qui représente dans ce grade la « parole retrouvée » apparaît, comme tant d’autres, sous une forme assez altérée, ce qui a donné naissance à des suppositions diverses quant à sa signification ; mais, suivant l’interprétation la plus autorisée et la plus plausible, il s’agit en réalité d’un mot composite, formé par la réunion de trois noms divins appartenant à autant de traditions différentes. Il y a là tout au moins une indication intéressante à deux points de vue : d’abord, cela implique évidemment que la « parole perdue » est bien considérée comme étant un nom divin ; ensuite, l’association de ces différents noms ne peut s’expliquer que comme une affirmation implicite de l’unité fondamentale de toutes les formes traditionnelles ; mais il va de soi qu’un tel rapprochement opéré entre des noms provenant de plusieurs langues sacrées n’est encore que tout extérieur et ne saurait en aucune façon symboliser adéquatement une restitution de la tradition primordiale elle-même, et que, par conséquent, ce n’est bien réellement qu’un « mot substitué » (22). Un autre exemple, qui est d’ailleurs d’un genre très différent, est celui du grade écossais de Rose-Croix, dans lequel la « parole retrouvée » se présente comme un nouveau Tétragramme devant remplacer l’ancien qui a été perdu ; en fait, ces quatre lettres, qui ne sont du reste que des initiales ne formant pas un mot à proprement parler, ne peuvent exprimer ici autre chose que la situation de la tradition chrétienne vis-à-vis de la tradition hébraïque, ou le remplacement de l’« Ancienne Loi » par la « Nouvelle Loi », et il serait difficile de dire qu’elles représentent un état plus proche de l’état primordial, à moins qu’on ne veuille l’entendre en ce sens que le Christianisme a accompli une « réintégration » ouvrant certaines possibilités nouvelles pour le retour à celui-ci, ce qui est d’ailleurs vrai en quelque façon pour toute forme traditionnelle constituée à une certaine époque et en conformité plus particulière avec les conditions de cette époque même. Il convient d’ajouter que, à la signification simplement religieuse et exotérique, il se superpose naturellement ici d’autres interprétations, d’ordre principalement hermétique, qui sont loin d’être sans intérêt en elles-mêmes ; mais, outre qu’elles s’éloignent de la considération des noms divins qui est essentiellement inhérente à la « parole perdue », c’est là quelque chose qui relève de l’hermétisme chrétien beaucoup plus que de la Maçonnerie proprement dite, et, quelles que soient les affinités qui existent entre l’un et l’autre, il n’est cependant pas possible de les considérer comme identiques, car, même lorsqu’ils font jusqu’à un certain point usage des mêmes symboles, ils n’en procèdent pas moins de « techniques » initiatiques notablement différentes à bien des égards. D’autre part, la « parole » du grade de Rose-Croix se réfère manifestement au seul point de vue d’une forme traditionnelle déterminée, ce qui nous laisse en tout cas bien loin du retour à la tradition primordiale, qui est au-delà de toutes les formes particulières ; sous ce rapport comme sous beaucoup d’autres, le grade de Royal Arch aurait assurément plus de raisons que celui-là de s’affirmer comme le nec plus ultra de l’initiation maçonnique. Nous pensons en avoir dit assez sur ces « substitutions » diverses, et, pour terminer cette étude, nous devrons maintenant revenir au grade de Maître, afin de chercher la solution d’une autre énigme qui se pose à son sujet et qui est celle-ci : comment se fait-il que la « perte de la parole » y soit présentée comme résultant de la mort du seul Hiram, alors que, d’après la légende même, d’autres que lui devaient la posséder également ? Il y a là, en effet, une question qui rend perplexes beaucoup de Maçons, parmi ceux qui réfléchissent quelque peu sur le symbolisme, et certains vont même jusqu’à y voir une invraisemblance qu’il leur paraît tout à fait impossible d’expliquer d’une façon acceptable, alors que, comme on le verra, il en est tout autrement en réalité. La question que nous posions à la fin de la précédente partie de cette étude peut se formuler plus précisément ainsi : lors de la construction du Temple, la « parole » des Maîtres était, suivant la légende même du grade, en la possession de trois personnages qui avaient le pouvoir de la communiquer : Salomon, Hiram, roi de Tyr, et Hiram-Abi ; ceci étant admis, comment la mort de ce dernier peut-elle suffire pour entraîner la perte de cette parole ? La réponse est que, pour la communiquer régulièrement et dans la forme rituelle, il fallait le concours des « trois premiers Grands-Maîtres », de sorte que l’absence ou la disparition d’un seul d’entre eux rendait cette communication impossible, et cela aussi nécessairement qu’il faut trois côtés pour former un triangle ; et ce n’est pas là, comme pourraient le penser ceux qui n’ont pas une habitude suffisante de certaines correspondances symboliques, une simple comparaison ou un rapprochement plus ou moins imaginatif et dénué de fondement réel. En effet, une Loge opérative ne peut être ouverte que par le concours de trois Maîtres (23), ayant en leur possession trois baguettes dont les longueurs respectives sont dans le rapport des nombres 3, 4 et 5 ; c’est seulement quand ces trois baguettes ont été rapprochées et assemblées de façon à former le triangle rectangle pythagoricien que l’ouverture des travaux peut avoir lieu. Cela étant, il est facile de comprendre que, d’une façon similaire, un mot sacré peut être formé de trois parties, telle que trois syllabes (24), dont chacune ne peut être communiquée que par un des trois Maîtres, de sorte que, en l’absence d’un de ceux-ci, le mot aussi bien que le triangle resterait incomplet, et que rien de valable ne pourrait plus être accompli ; nous reviendrons d’ailleurs tout à l’heure sur ce point. Nous signalerons incidemment un autre cas où l’on retrouve aussi un symbolisme du même genre, du moins sous le rapport qui nous intéresse présentement : dans certaines corporations du moyen âge, le coffre qui contenait le « trésor » était muni de trois serrures, dont les clefs étaient confiées à trois officiers différents, si bien qu’il fallait la présence simultanée de ceux-ci pour que ce coffre put être ouvert. Naturellement, ceux qui n’envisagent les choses que d’une façon superficielle peuvent ne voir là qu’une mesure de précaution contre une infidélité possible ; mais, comme il arrive toujours en pareil cas, cette explication tout extérieure et profane est tout à fait insuffisante, et, même en admettant qu’elle soit légitime dans son ordre, elle n’empêche aucunement que le même fait ait une signification symbolique autrement profonde et qui en fait toute la valeur réelle ; penser autrement équivaut à méconnaître entièrement le point de vue initiatique, et, du reste, la clef a par elle-même un symbolisme assez important pour justifier ce que nous disons ici (25). Pour revenir au triangle rectangle dont nous parlions plus haut, on peut, d’après ce que nous avons vu, dire que la mort du « troisième Grand-Maître » le laisse incomplet ; c’est à quoi correspond en un certain sens, et indépendamment de ses significations propres en tant qu’équerre, la forme de l’équerre du Vénérable, qui est à branches inégales, et normalement dans le rapport de 3 à 4, de sorte qu’elles peuvent être considérées comme les deux côtés de l’angle droit de ce triangle, dont l’hypoténuse est alors absente ou, si l’on veut, « sous-entendue » (26). Il est à remarquer que la reconstitution du triangle complet, tel qu’il figure dans les insignes du Past Master, implique, ou du moins devrait théoriquement impliquer, que celui-ci est parvenu à accomplir la restitution de ce qui était perdu (27). Quant au mot sacré qui ne peut être communiqué que par le concours de trois personnes, il est assez significatif que ce caractère se rencontre précisément pour celui qui, au grade de Royal Arch, est considéré comme représentant la « parole retrouvée », et dont la communication régulière n’est effectivement possible que de cette façon. Les trois personnes dont il s’agit forment elles-mêmes un triangle, et les trois parties du mot, qui sont alors les trois syllabes correspondant à autant de noms divins dans des traditions différentes, ainsi que nous l’avons expliqué précédemment, « passent » successivement, si l’on peut dire, de l’un à l’autre des côtés de ce triangle, jusqu’à ce que la parole soit entièrement « juste et parfaite ». Bien que ce ne soit là encore en réalité qu’un « mot substitué », le fait que le Royal Arch est, sous le rapport de la filiation opérative, le plus « authentique » de tous les grades supérieurs, n’en donne pas moins à ce mode de communication une importance incontestable pour confirmer l’interprétation de ce qui reste obscur à cet égard dans le symbolisme du grade de Maître tel qu’il est pratiqué actuellement. À ce propos, nous ajouterons encore une remarque en ce qui concerne le Tétragramme hébraïque : puisque celui-ci est un des noms divins qui sont le plus souvent assimilés à la « parole perdue », il doit s’y retrouver aussi quelque chose qui correspond à ce que nous venons de dire, car le même caractère, dès lors qu’il est vraiment essentiel, doit exister en quelque manière dans tout ce qui figure cette parole d’une façon plus ou moins adéquate. Ce que nous voulons dire par là, c’est que, pour que la correspondance symbolique soit exacte, la prononciation du Tétragramme devait être trisyllabique; comme d’autre part il s’écrit naturellement en quatre lettres, on pourrait dire que, suivant le symbolisme numérique, 4 se rapporte ici à l’aspect « substantiel » de la parole (en tant que celle-ci est écrite, ou épelée conformément à l’écriture qui joue le rôle d’un « support » corporel), et 3 à son aspect « essentiel » (en tant quelle est prononcée intégralement par la voix qui seule lui donne l’« esprit » et la « vie »). Il résulte de là que, tout en ne pouvant aucunement être regardé comme la vraie prononciation du Nom, qui n’est plus connue de personne, la forme Jehovah, par là même qu’elle est en trois syllabes, la représente du moins beaucoup mieux (ce que son ancienneté même, en tant que transcription approximative dans les langues occidentales, pourrait du reste déjà donner à penser) que la forme purement fantaisiste Yahveh, inventée par les exégètes et les « critiques » modernes, et qui, n’ayant que deux syllabes, est évidemment impropre à une transmission rituelle comme celle dont il s’agit. Il y aurait assurément beaucoup à dire encore sur tout cela, mais nous devons arrêter là ces considérations déjà trop longues, et qui, redisons-le encore en terminant, n’ont d’autre prétention que d’éclairer un peu quelques-uns des aspects de cette question si complexe de la « parole perdue ».

(1) Le Roi du monde, chap. V.
(2) Il est assez significatif à cet égard que, d’après certaines de ces légendes, ce soit d’un de ces rejetons qu’aurait été tiré le bois de la croix.
(3) Il est donc parfaitement vain de chercher quelle pouvait être la plante qui produisait le soma ; aussi sommes-nous toujours tenté, indépendamment de toute autre considération, de savoir quelque gré à un orientaliste qui, en parlant du soma, nous fait grâce du « cliché » conventionnel de l’asclepias acida ?
(4) Le Roi du Monde, ch. VI.
(5) On pourrait remarquer à ce propos que ce qui est désigné comme le « don des langues » (voir Aperçus sur l’Initiation, ch. XXXVII) s’identifie à la connaissance de la langue primitive entendue symboliquement.
(6) Il est à peine besoin de faire remarquer combien la chose serait invraisemblable si l’on voulait la prendre à la lettre : comment une courte période de 70 ans aurait-elle pu suffire pour que personne n’ait plus gardé le souvenir des anciens caractères ? Mais ce n’est certes pas sans raison que cela se passait à cette époque de réadaptations traditionnelles que fut le VIe siècle avant l’ère chrétienne.
(7) Il est très probable que les changements survenus à plusieurs reprises dans la forme des caractères chinois doivent aussi s’interpréter de la même façon.
(8) Cette transmission est exactement comparable à celle d’un mantra dans la tradition hindoue.
(9) Le terme de diaspora ou « dispersion » (en hébreu galûth) définit très bien l’état d’un peuple dont la tradition est privée de son centre normal.
(10) Sur ce point, voir Aperçus sur l’Initiation, ch. XXXIX.
(11) Le Roi du Monde, ch. IV et V.
(12) Ces déformations ont même fourni deux mots soi-disant distincts, un « mot sacré » et un « mot de passe » interchangeables suivant les différents rites, et qui en réalité ne sont qu’un.
(13) Nous n’avons pas à chercher si les déformations multiples, tant en ce qui concerne le mot lui-même que sa signification, ont été voulues ou non, ce qui serait sans doute difficile, faute de précisions sur les circonstances où elles se sont produites en fait ; mais ce qui est certain en tous cas, c’est qu’elles ont pour effet de dissimuler entièrement ce qu’on peut regarder comme le point le plus essentiel du grade de Maître, dont elles ont fait ainsi une sorte d’énigme sans aucune solution apparemment possible.
(14) Sur le « premier nom de Dieu » suivant certaines traditions initiatiques, voir La Grande Triade, ch. XXV.
(15) Nous signalerons incidemment que, dans le grade de Maître, il n’y a pas seulement un « mot substitué », mais aussi un « signe substitué » ; si la « parole perdue » est identifiée symboliquement au Tétragramme, certains indices donnent lieu de supposer que, corrélativement, le « signe perdu » devrait l’être à celui de la bénédiction des Kohanim. Là encore, il ne faudrait pas voir l’expression littérale d’un fait historique, car, en réalité, ce signe n’a jamais été perdu ; mais on pourrait du moins se demander légitimement si, lorsque le Tétragramme ne fut plus prononcé, il a pu conserver encore effectivement toute sa valeur rituelle.
(16) Nous laissons naturellement de côté les grades, trop nombreux dans certains « systèmes », qui n’ont qu’un caractère plutôt fantaisiste et ne reflètent manifestement que les conceptions particulières de leurs auteurs.
(17) On ne peut cependant pas dire strictement qu’ils en fassent partie intégrante, à la seule exception du Royal Arch.
(18) Nous ajoutons ici le mot « souvenirs » pour n’avoir à entrer dans aucune discussion sur la filiation plus ou moins directe de ces grades, ce qui risquerait de nous entraîner bien loin, surtout en ce qui concerne les organisations se rattachant à diverses forme de l’initiation chevaleresque.
(19) Il faut ajouter aussi, tout au moins comme raison subsidiaire, la réduction à trois des sept grades de l’ancienne Maçonnerie opérative : ceux-ci n’étant pas tous connus des fondateurs de la Maçonnerie spéculative, il en est résulté de graves lacunes qui, malgré certaines « reprises » postérieures, n’ont pas pu être comblées entièrement dans le cadre des trois grades symboliques actuels ; et il est quelques hauts grades qui paraissent avoir été surtout des tentatives pour remédier à ce défaut, bien qu’on ne puisse d’ailleurs pas dire qu’ils y aient pleinement réussi, faute de posséder la véritable transmission opérative qui aurait été indispensable à cet effet.
(20) Le Maître, par là même qu’il possède « la plénitude des droits maçonniques », a notamment celui d’accéder à toutes les connaissances incluses dans la forme initiatique à laquelle il appartient ; c’est ce qu’exprimait d’ailleurs assez nettement l’ancienne conception du « Maître à tous grades », qui semble complètement oubliée aujourd’hui.
(21) Nous renverrons à ce que nous avons déjà dit sur ce sujet en diverses occasions, et surtout dans notre étude sur La pierre angulaire (nos d’avril et mai 1940).
(22) Il doit être bien entendu que ce que nous disons ici se rapporte au Royal Arch du Rite anglais, qui, malgré la similitude de titre, n’a qu’assez peu de rapport avec le grade appelé Royal Arch of Henoch, dont une des versions est devenue le 13ème degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, et dans lequel la « parole retrouvée » est représentée par le Tétragramme lui-même, inscrit sur une plaque d’or déposée dans la « neuvième voûte » ; l’attribution de ce dépôt à Hénoch constitue d’ailleurs, en ce qui concerne le Tétragramme hébraïque, un anachronisme évident, mais elle peut être prise comme l’indice d’une intention de remonter jusqu’à la tradition primordiale ou tout au moins « antédiluvienne ».
(23) Les Maîtres sont ici ceux qui possèdent le septième et dernier degré opératif, auquel appartenait primitivement la légende d’Hiram ; c’est d’ailleurs pourquoi celle-ci était inconnue des Compagnons « acceptés » qui fondèrent de leur propre initiative la Grande Loge d’Angleterre en 1717, et qui ne pouvaient naturellement transmettre rien de plus que ce qu’ils avaient eux-mêmes reçu.
(24) La syllabe est l’élément réellement indécomposable de la parole prononcée ; il est d’ailleurs à remarquer que le « mot substitué » lui-même, sous ses différentes formes, est toujours composé de trois syllabes qui sont énoncées séparément dans sa prononciation rituelle.
(25) Nous ne pouvons insister sur les différents aspects du symbolisme de la clef, et notamment sur son caractère « axial » (voir ce que nous en avons dit dans La Grande Triade, ch. VI) ; mais nous devons du moins signaler ici que, dans les anciens « catéchismes » maçonniques, la langue est représentée comme la « clef du cœur ». Le rapport du cœur et de la langue symbolise celui de la « Pensée » et de la « Parole », c’est-à-dire, suivant la signification kabbalistique de ces termes envisagés principiellement, celui des deux aspects intérieur et extérieur du Verbe ; c’est de là que résultait aussi, chez les anciens Égyptiens (qui d’ailleurs faisaient usage de clefs de bois ayant précisément la forme d’une langue), le caractère sacré de l’arbre perséa, dont le fruit a la forme d’un cœur et la feuille celle d’une langue (cf. Plutarque, Isis et Osiris, 68 ; traduction Mario Meunier, p.198).
(26) À titre de curiosité, nous signalerons à ce propos que, dans la Maçonnerie mixte ou Co-Masonry, on a jugé bon de faire l’équerre du Vénérable à branches égales pour représenter l’égalité de l’homme et de la femme, ce qui n’a pas le moindre rapport avec sa véritable signification ; c’est là un assez bel exemple de l’incompréhension du symbolisme et des innovations fantaisistes qui en sont l’inévitable conséquence.
(27) Cf. La Grande Triade, pp. 110 et 146.

[René Guénon, Parole perdue et mots substitués, revue Études Traditionnelles n° juil.-déc. 1948. Repris dans le recueil posthume Études sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage, tome II.]

René Guénon

Source : http://esprit-universel.over-blog.com

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De la substitution

Publié le par Ch.V

La Franc-maçonnerie est une réflexion sur le sens d’une parole perdue, métaphorisée au plan physique par l’escamotage du corps d’Hiram, auquel se substitue tout postulant au grade de maître. Cette substitution a valeur de matérialisation de l’absence. Mais elle n’est qu’un maillon d’une longue série de substitutions successives dans la progression initiatique : le passage d’un grade à l’autre nous permet de découvrir, par le truchement de la substitution de nouveaux symboles à d’autres, que c’est précisément par le jeu de la substitution successive de signes qu’émerge le sens. La pratique du symbolisme en Maçonnerie a ainsi pour fonction de stimuler le travail de l’imagination au service de la conscience par la médiation de la substitution des signes aux choses, du sens aux signes, du symbole au sens. Le substitut est ce qui tient lieu d’autre chose ; il est ce qui lui est substitué. Ainsi en va-t-il par exemple des signes et, plus généralement, des idées qui se substituent à des choses pour les représenter. Il semble ainsi que, grâce à ce phénomène mental qu’est la substitution, les choses les plus éloignées de nous, voire les plus inaccessibles à notre expérience, nous soient quand même présentes : ce qui nous est présent, c’est un nom. Et un nom est un substitut d’un caractère abstrait qui lui-même est un substitut d’un caractère abstrait qui lui-même est un substitut de chose. Le mot Maçon, par exemple, est un signe, lui-même signe d’une langue alphabétique, le français, censé représenter un homme engagé dans un processus de dépassement de soi à caractère matériel et (ou) spirituel. Ainsi la substitution est-elle, dans l’ordre du discours, l’élimination d’un mot par un autre qui en a pris le sens : le mot entendre, par exemple, sous sa forme entendu, qui signifiait, à l’époque classique, comprendre, devient oui (j’ai entendu). Et ce mécanisme est spontané, naturel, comme allant de soi. Au plan ontologique, il apparaît comme totalement neutre : je n’ai pas à me préoccuper de savoir s’il y a dans le monde quelque chose qui corresponde à ce qui est substitué par un signe lui substituant un sens. L’ordre humain de la substitution apparaît donc lorsque l’on est au-delà de la chose simplement remplacée. Quelle est donc cette fonction de la substitution à l’état pur ? Quelle serait la première substitution qui se libérerait de la simple fonction signalisatrice ?

Comme signe, le tombeau constitue le paradigme originel de la substitution ...

Le tombeau apparaît comme la première substitution : une plaque de marbre à la place d’un corps. Un tombeau peut être un indice marquant l’emplacement où on enfouit le cadavre. Le tombeau a donc substitué au corps, non pas la représentation d’un corps – quoique certaines pierres tombales soient évocatrices du corps perdu –, mais le signe de l’absence d’un corps substitué. Le tombeau est donc le signe d’un corps absent : sur le tombeau, il y a une stèle dressée, comme un menhir ou un xolossos, destiné à fixer l’âme du mort. Aucun trait n’est indiqué sur la stèle en Grèce antique : elle n’a pas de valeur représentative. C’est cette dimension des colosses de Memnon en Egypte qui avait tant impressionné Flaubert : il écrivait que, lorsque le vent s’engouffre dans ces deux substituts, le bruit s’apparente au râle d’un mourant. En quoi le tombeau est-il la substitution d’un corps absent ? Il ne marque même pas la place du cadavre : chez les Grecs comme chez les musulmans, il peut être dressé là même où il n’y a pas de corps. C’est simplement le lieu de l’âme. Ce n’est pas un monument lié à une fonction utilitaire. Il ne signale pas. Il ne représente pas non plus. Pourtant, la substitution fait sens. Le signal, on peut le confondre avec un autre, l’indice peut être trompeur. Si c’est une substitution d’une absence par une présence, c’est que, précisément, nous sommes dans le domaine du sens. La substitution est le sens d’une parole perdue dont le signe ne fait que matérialiser l’absence. S’il en était autrement, il ne pourrait pas y avoir de sens. La chose est absente : tel est le sens premier de la substitution ; c’est cette étrange présence absente que le signe manifeste ; la substitution est le signe de quelque chose d’invisible. Si le signe est signe, c’est parce qu’il cache quelque chose par l’opération de substitution. C’est comme le double dont les anciens parlent à propos des morts qui continuent plus ou moins à vivre après le cadavre. La substitution est le double invisible. Le cadavre est aussi le signe où l’on voit l’âme qui est partie. De même pour la substitution du corps en tombeau : la stèle funéraire est ce quelque chose d’invisible dont elle signe l’absence. Ne peut faire sens, dans un signe, que ce que le signe témoigne de l’invisibilité de la chose ou du sens substitué. Pour qu’il y ait du sens se substituant aux choses, il faut qu’il y ait de l’au-delà symbolique : c’est par là que nous entrons dans l’ordre symbolique de la substitution.

Pour « faire sens », il faut une double substitution …

Avec la symbolique du tombeau, la substitution trouve son sens autrement que par rapport à la réalité visible. Pour la première fois, on peut dire que le sens y apparaît vraiment, car le sens n’est pas quelque chose que l’on peut identifier sans substitution. Grâce à la substitution, le sens ne peut se confondre avec les choses : « Nul n’a humé le sens du mot fromage », dit le linguiste Jacobson en parlant de la substitution des mots par rapport aux choses. La substitution n’est pas une simple opération translative (je remplace la chose par un mot qui est lui-même agent de signification appartenant à une langue, elle-même expression d’une culture …) ; elle se réfère à l’essentiel : en quoi un être ou un signe a-t-il autant de réalité ou de sens que ce qu’il remplace ? C’est la question fondamentale que pose la substitution. C’est pourquoi les Grecs avaient nommé le tombeau sema, ce qui a donné en français signe. La substitution par le signe permet le remplacement d’une absence par une présence elle-même métaphore d’une autre présence, celle de l’univers symbolique. Ainsi, le maillet, le fil à plomb, l’équerre, l’étoile, la lettre G, le blé, l’eau, le feu ne sont que l’expression matérielle d’une symbolique qui se substitue à la chose que l’on voit pourtant, cette substitution annonçant une substitution dans le monde des signes, dans l’ordre des concepts (droiture, volonté, équilibre, purification..). C’est pourquoi la première substitution est bien apparue avec le tombeau : le signe de la mort se substitue en pierre tombale, substitut du corps et de l’âme absente du mort. La substitution renvoie à un au-delà, à un invisible. Pour atteindre le sens, il faut en référer à un au-delà qui appartient à l’esprit ou qui n’est qu’esprit. Le sens est donc ce qui se substitue à une réalité invisible ou sacrée. Peut-être serait-il possible que le langage soit né du culte des morts, comme le suggérait Platon, et non pas simplement pour étiqueter les choses par des noms. Peut-être que la première substitution consistait en des paroles magiques : il suffisait de dire « abracadabra » pour que l’envers du réel apparaisse. Grâce à la substitution, le premier signe véritable nous détourne des choses visibles et ne leur fait pas référence. En somme, nous rencontrons pour la première fois le sens. Le sens ici n’a d’autre besoin que le signe et n’existe que par lui. Le sens se substitue au signe : si je dis « table », je ne pense pas nécessairement à cette table, mais par substitution analogique aux Tables de la Loi par exemple, de sorte que le signe est libéré de toute fonction référentielle, signalisatrice. Le sens apparaît grâce à cette double substitution : le mot ne renvoie pas à la chose, mais il ne renvoie pas non plus à l’ensemble des lettres alphabétiques qui forment le mot : la substitution fait que, lorsque je prononce un mot, celui-ci s’oublie au profit du sens. La substitution nous montre que le réel n’est pas adéquat à lui-même, qu’il est au moins double : c’est de cette dualité fondamentale que s’ingénie notre pouvoir de parler : si je parle en substituant des mots aux choses, c’est parce que le langage est bien la tentative malheureuse de reconstitution d’une parole perdue, celle de l’origine que l’on substitue, que l’on escamote dans un renvoi infini à l’univers symbolique auquel nous appartenons.

Le symbolisme procède d’une double substitution de sens …

Il n’y a substitution que lorsqu’on reconnaît que le langage a une autre origine qu’humaine, substitut humain d’une parole perdue, celle qu’Hiram ne put ou ne voulut transmettre aux compagnons sur les colonnes du temple de Salomon. Il faut donc admettre un renversement dans la substitution symbolique qu’est notre Ordre : là où les signes ne sont que des indices, des signaux, les choses précèdent les signes. C’est en gros la communication minimale à laquelle nous contraint le jeu social. On veut « telle fonction » dans la société et on va utiliser mimétiquement tel signe pour y parvenir ; la Verdurin1, par exemple, imite les armoiries de la duchesse de Guermantes, dans l’envie de faire croire qu’elle est une vraie aristocrate. Mais, lorsque l’on envisage le signe vrai et pur, les signes vont précéder les choses, car les signes ne sont plus ici les traces des choses. Grâce à la substitution symbolique des choses par les mots, il y a d’abord des signes constitués comme tels : Jakin, Boaz dont Victor Hugo en décela le sens dans un poème répétant ce mot, substituant le mot par le même mot pour bien montrer que la substitution, y compris de l’identique, « différait » le sens, au sens de l’écriture et la différence pour Derrida2. « Mac Benah » n’est ainsi rien d’autre que la substitution de l’esprit au corps. A un moindre niveau, Tubalcain, substitution d’une culture chrétienne et juive à une culture grecque, Schibboleth, dont Jacques Derrida a bien montré dans un livre magnifique consacré au poète Celan qu’il symbolisait l’origine de la parole à jamais perdue, Gabaon, substitution du bas par le haut, de l’effort à entreprendre par l’image de la montée vers le lieu où il n’y aurait plus que de la substitution de l’identique. Il n’y a donc pas quelque chose qui serait d’abord donné et qui serait ensuite substitué par un nom. La substitution montre au contraire que le signe n’est pas la notation de quelque chose d’empirique, de préalablement donné : le signe est avant que j’aie des « faits » à signaler, avant que j’aie des sentiments à manifester, à exprimer. Il y a donc quelque chose de mystérieux dans le signe : je vois des signes dont je ne sais pas si ce sont des signes, et pourtant ce sont des signes car ils sont la substitution d’autre chose ; ainsi en va-t-il de la stèle funéraire, signe d’un sens absent dont l’absence occupe toute la présence de mon souvenir. La substitution n’est pas seulement la substitution des choses en signes : il y a des signes qui ne renvoient à rien d’autre. Je sais et je reconnais que j’ai affaire à un signe mais je ne sais pas encore de quoi il est signe, comme par exemple lors des cérémonies d’initiation. Il y a d’abord le signe, la matérialisation du corps d’Hiram, par exemple : le sens est perdu lui-même pour la conscience. Il y a donc des signes qui ne tiennent pas leur valeur de signes de ce qu’ils sont quelque chose substituée à un signe. Le signe maçonnique ne vaut signe que par la substitution du sens : ainsi en va-t-il également pour les attouchements. Interpréter est donc retrouver le sens au moyen des signes que l’on a substitués aux choses. Il existe à Madagascar une belle cérémonie que l’on nomme la cérémonie de retournement des morts : tous les quatre ans environ, le village va chercher les morts, leur change de linceul, de cercueil, même lorsque la poussière s’est substituée au corps : ici nous retrouvons le sens de la substitution du mot « tombeau-signe » évoquée au début de ces propos : l’essentiel est de nommer le disparu, de le faire revivre dans le monde du sens, de la parole perdue, pour le disparu, retrouvé pour celui qui dit le nom. Nommer le signe qui s’est substitué à la chose, c’est faire revivre la chose qui n’existe que par des signes, comme l’a bien montré Claude Levi-Strauss3 à propos de l’univers symbolique des formes.

Mais le sens n’est pas nécessairement préalable à la substitution …

A l’inverse, l’interprétation du sens va devenir autre chose lorsque l’on a affaire à des signes qui ne sont pas simplement des « représentations-substitutions ». Dans ce cas, le sens ne peut pas être reconnu et interprété, ne consiste pas à substituer un signe à une chose. Le sens est alors méconnu. De tels signes ne tiennent pas la signification d’une substitution ou de quelque chose qu’ils représenteraient. L’interprétation ne consiste pas à exhiber la chose dont ils sont la substitution. Dans un poème, par exemple, il y a ce que les choses veulent dire dans le monde commun et il y a ce que disent les mots, qu’on veuille le dire ou non. Il y a ce sens qui se substitue lui-même au sens des mots. Dans le vers de Mallarmé4 où il parle de la fleur qui est « l’absente de tous les bouquets », le mot fleur parle d’un vide, d’une absence, d’autre chose que la chose fleur. La fleur, nom poétique, s’est substituée à la fleur réelle. Mais d’abord, qu’est-ce qu’une fleur ? Comme le dit Fontenelle5, « de mémoire de rose, on n’a jamais vu mourir de jardinier » … Avec la substitution, ce ne sont plus les sens que l’on va signaler, c’est le mouvement inverse. On prend les signes, et les signes créent leur sens, éveillent eux-mêmes leur sens. Interpréter un poème, ce n’est pas rapporter une chose à un sens qui lui serait substitué, c’est au contraire substituer au sens courant un sens symbolique afin, comme le disait encore Mallarmé, de donner « un sens plus pur aux mots de la tribu », de l’attribut … ce qui est attribué par le langage. Le travail sur la pierre brute n’est autre que le travail des signes symboliques qui font naître un sens chez celui qui s’y adonne avec sérieux et conviction. En ce sens, on pourrait dire que toute la Franc-maçonnerie n’est qu’une vaste réflexion sur la substitution d’un être, l’architecte Hiram, par son cadavre, et toutes les conséquences que cela a entraînées depuis près de 6 000 ans. Sans cette substitution originelle et fondatrice, il n’y aurait aucun Ordre initiatique. Nous nous plaisons à imaginer que le roi Salomon fit des obsèques magnifiques à Hiram et que, pour honorer son zèle et sa fermeté, il fit placer sur son tombeau la lame d’or triangulaire où était gravée la parole des Maîtres et en confia la garde à ses plus intimes favoris. Salomon ayant approuvé la résolution qui avait été prise par les neuf Maîtres de ne plus employer le mot du grade et d’y substituer le premier mot qu’ils avaient prononcé en déterrant le cadavre, tous les Maîtres se rangèrent en cercle autour du tombeau pour mettre ce projet à exécution. Les signes font naître un sens. Il n’y a pas de savoir préalable. D’où la signification de VITRIOL. La formule latine signifie qu’en travaillant en soi-même on « trouvera » un sens. De même en peinture : la valeur du tableau ne vient pas de ce que représente le tableau. Il faut lui trouver un sens dans la présence du signe lui-même et non dans son renvoi à quelque chose d’extérieur à lui. Le sens n’existe que par le signe et non par le sujet qui fait naître ou instituer le signe, le signe perdu par-delà les siècles. C’est ce que l’on appelle une tradition initiatique. Par la substitution de la chose par le mot, je découvre un sens qui ne se ramène pas à ce que j’ai pensé ou voulu exprimer. C’est pourquoi la substitution ne se ramène pas à ce que le sujet discerne dans le remplacement d’une chose par un mot, d’un signe par un sens. La connaissance de cette substitution suppose une interprétation par l’autre. C’est ce que signifie la formule « Mes frères me reconnaissent comme tels ». La substitution est donc bien à l’aune des signes eux-mêmes, et non dans le regard que le sujet jetterait sur ses signes. Le travail du symbolisme va précisément d’être attentif à la façon dont les symboles se substituent les uns aux autres par métaphore et métonymie. La substitution d’un symbole à l’autre dans le passage d’un grade à l’autre permet de découvrir un sens de ce que les signes fonctionnent entre eux par un jeu de « substitualité ». De la même façon, et pour filer l’exemple, l’interprétation psychanalytique discerne dans le rêve l’effet d’une substitution qui a conduit à des déplacements, à des transferts, à des condensations, bref, à une organisation. Lorsqu’on atteint ce réseau, ce nœud, on atteint le sens ultime : mais l’atteint-on jamais ? Dans un cas, on va du signe au sens que l’on retrouve, dans l’autre, on va d’une exigence de sens aux signes. Le sens se fonde dans la substitution au lieu de la fonder.

De telle sorte que le symbole est par excellence le véhicule de la démarche initiatique

Ne va-t-on pas être tenté de voir des signes partout si l’on accorde un sens à toute substitution ? Ainsi, dans les villes de Crète de l’époque minoenne, on trouve des cordes sculptées dans la pierre. La corde rappelle le Taureau, lui-même signe dans la Crète minoenne, et non l’animal (la chose substituée). La corde est un symbole, comme elle l’est (lacs d’amour) chez les Francs-Maçons. Si le signe n’était qu’une substitution des choses, elle serait pauvre. Sa richesse tient à ce qu’ici le signe est la substitution d’un sens invisible, d’un ordre symbolique qui est le nôtre. La substitution est donc le fait que les signes tiennent leur sens d’un signe, signe pour sens. Le mouvement du symbolisme, terme de l’opération de substitution, est indéfini : l’ordre symbolique est cet ordre où les choses fonctionnent comme les signes et s’enchaînent, se reflètent l’un l’autre. Voilà pourquoi l’interprétation n’arrive jamais à trouver le sens : lorsque l’on croit avoir trouvé un sens, ce n’est qu’un signe substitué à une chose ou à un autre sens. Dans les mots, on trouve par la substitution le statut des choses. Ainsi les mots hébreux disent le secret des choses, d’où les exercices de la kabbale à l’aide de combinaisons de signes, de nombres, car chaque lettre est reflétée, substituée à un nombre en hébreu. La combinaison des nombres donne ainsi la combinaison des choses dans la pensée pythagoricienne. Le symbole, fin ultime de la substitution, est donc d’abord un signe mais, dans le signe proprement dit, comme le dit Fichte7 dans son Entretien sur la Franc-maçonnerie publié en 1800, le rapport entre le signe et ce qu’il signifie est substituable. Avec un symbole, le sens est manifesté au point que le symbole cherche à substituer le sens, à faire paraître le visible dans l’invisible. Le sens qui était avant, au-delà, devient sensible. Il n’y a pas dans le symbole des considérations empiriques. C’est symboliquement que la ressemblance est déterminée, car elle représente un sens, non une chose. C’est pourquoi l’aspect symbolique ne constitue pas en la ressemblance empirique avec quelque chose. Les formes pyramidales ne ressemblent en rien, par exemple. Le symbole ressemble d’autant mieux à la chose qu’il signifie, qu’il ne ressemble à rien, et que cette ressemblance ne ressemble à rien. Elle lui est tout simplement substituée. La pyramide est géométrique, elle est comme l’esprit. Cette forme est imposée aux choses, elle n’est pas imitée des choses. Elle leur substitue le signe d’une présence absente. Au fond, on ne symbolise bien que l’Absolu, c’est-à-dire quelque chose qui n’a de réalité que pour la pensée qui y substitue un symbole, par défaut de représentation. D’où le caractère « céleste » des formes symboliques : ainsi, les danses sacrées représentent essentiellement les mouvements célestes dont elles sont la substitution terrestre.

Le paradoxe est que le symbole essaie de ramener l’invisible par le visible afin de donner à penser

Le paradoxe est que le symbole essaie de ramener l’invisible par le visible afin de donner à penser. D’où l’imparfaite union, dans la substitution, du substituant avec le substitué. Le symbolique est toujours la lutte entre la forme et le fond. Le symbole ne doit pas ressembler complètement à l’idée qu’il représente en s’y substituant, car sinon ce serait une pure et simple représentation empirique. Le symbole est donc une substitution mais confuse : la substitution terme à terme signifie au lieu d’exprimer. Elle atteste de son impuissance à exprimer le sens. Voilà pourquoi les colons égyptiens sont inexpressifs et les korés8 grecques sans regard : ils sont la substitution d’un sens absent. L’idée est comprise en elle-même et distincte de la forme qui lui est donnée par substitution. Avec la substitution, ou bien le sens est ce qui hante énigmatiquement un signe dont il est la substitution imagée, c’est ce qu’on appelle le symbolisme. Ou bien le signe n’est plus plein de sens, le sens n’est qu’un contenu du signe, une substance qui lui donnerait sa densité ; c’est une chose qui est substituée au sens et qui pourra, de ce fait, d’autant mieux l’exprimer : on appelle cela la rationalité. La méthode maçonnique se caractérise par la culture de cette attitude mentale qui permet de passer de la rationalité au symbolisme par la médiation de la substitution des signes aux choses, des sens aux signes, du symbole au sens, mais également du symbolisme à la rationalité que requiert l’action par cette même substitution inversée. C’est dire tout l’enjeu de la substitution, dont le mécanisme recouvre bien autre chose qu’elle-même.

Ch. V

"Chaîne d'union" - n°23 - Hiver 2003

Source : http://sog1.free.fr

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J’accuse (à diffuser largement)

Publié le par T.D

J’accuse des frères d’utiliser notre Ordre pour développer leurs « petites » affaires

J’accuse des frères de ne pas respecter les règles et de prendre des décisions lamentablement arbitraires

J’accuse des frères de se prendre pour des « petits chefs » et d’êtres totalement autoritaires

J’accuse des frères de se comporter comme des moutons ,ou plutôt des ânes, de suivre et de braire

J’accuse des frères d’avoir perdu toute fraternité et de laisser tomber leurs frères

J’accuse des frères d’avoir quitté toute humilité et de s’en complaire

J’accuse des frères, en un mot comme en cent de ne pas être des Frères tout simplement…

NB : ce petit texte va me faire perdre des abonnés, mais même si toute vérité n’est pas bonne à écrire, ces frères existent je les connais, ce ne sont pas des "personnages de fiction".

Je ne veux pas être un « donneur de leçons », mais parfois la coupe est pleine.

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Et si l’on retrouvait la Parole Perdue

Publié le par P\ L\

Imaginons qu’à la suite d’une longue et laborieuse démarche initiatique, qu’à la suite de longs et pénibles efforts, nous entrions en possession de la Parole Perdue, qui deviendrait immédiatement la Parole créatrice de la Genèse, que nous retrouvions notre état antérieur, que la Chute ne serait plus qu’un souvenir désagréable, que nous retrouverions l’Eden, tout en restant sur Terre ; que ferions nous de cette possibilité d’agir en Connaissance ? Auparavant il convient de réfléchir à la fonction initiatique, on part d’où pour arriver où, en fait il s’agit de borner notre itinéraire maçonnique, afin de ne pas courir dans toutes les directions. Le but de toute initiation étant de modifier l’état ontologique de l’Homme, ou comme nous disons en maçonnerie de passer de la Pierre brute à la Pierre Taillée, puis au pyramidion par une série de modifications internes agissant sur toute notre personnalité, mais pour ce faire il faut se souvenir que nous avons perdu ou que nous nous sommes éloignés d’un état primordial, qui reste gravé dans notre inconscient. De la physique bien terrestre, on doit se rapprocher de la métaphysique, dans un premier temps élémentaire, pour peut être parvenir à une métaphysique plus proche du fonctionnement de l’Univers. Démarche, sur le plan terrestre de l’Ordo ab Chaos, car nous sommes dans le rien terrestre dans le vide spirituel, comme le recommande le rituel, nous nous devons de rassembler en nous tout ce qui est épars, pour parvenir à l’Ordre du GADLU, le but étant dans sa première finalité d’être le centre de l’union en nous même, n’étant plus taraudé par nos désirs contradictoires, et si je puis dire ne présentant plus d’obstacles à la pénétration de la Lumière. Voilà une hypothèse bien intéressante à mettre en œuvre, mais voyons en reprenant le début, la Genèse, pour tenter de voir ce que cela peut impliquer comme éléments de transformation. Nous avons perdu un état supérieur de conscience et disons le un pouvoir bien précis, que nous allons trouver dans le Béréschit de-là Genèse. Donc au chapitre premier de la Genèse, au commencement donc on peu lire ceci : « Elohim dit, faisons l’homme à notre image, à notre ressemblance » Rien qu’avec cette phrase on comprend que l’humain possède en lui tous les attributs du Divin. Rappelons aussi que l’homme ne fut créé que le sixième jour bien après les animaux et bien après notre environnement terrestre. Je dirais même que cela est logique si l’on peut prendre en compte le rôle de l’homme sur Terre. Lorsqu’Elohim demanda à Adam de nommer les animaux, j’ai le sentiment qu’Elohim confia je puis dire par délégation, à la destiné de l’Homme d’être, l’architecte de la Création terrestre. « Fructifiez et multipliez, remplissez la Terre et soumettez là à votre volonté et à votre autorité ! ». L’ordre divin me semble plus que clair, notre présence obéit à une fonction qui me semble très péremptoire. Un autre témoignage confirme mon opinion : « alors Iahvé Elohim, forma l’homme de la poussière provenant du sol, et il insuffla dans ses narine une haleine de vie et l’homme devint une Ame vivante ! » d’où la différenciation avec le règne animal, le règne végétal et le règne minéral ! Différenciation Que l’on peut expliquer comme suit, si l’on sépare l’Homme des trois autres règnes, c’est pour montrer que la création du GADLU, ne c’est pas faite n’importe comment, bien au contraire et que seul l’Homme est investi d’une parcelle individuelle de l’énergie divine. Certes les trois règnes, eux aussi n’existent que par la volonté du GADLU ? Mais dans l’échelle de la création ils sont bien en arrière de la créature humaine et seul l’homme est porteur de Lumière, que je traduis par énergie. Disons que les trois règnes, contrairement à l’homme qui lui possède une Ame individuelle, les trois règnes donc possède une Ame collective.
Ça c’est le projet initial celui du GADLU, missionnant l’homme pour conduire les affaires de la Terre, mais l’homme/principe, pas encore précipité dans la chute, et comme diraient nos jeunes, a eu la grosse tête, croyant qu’il était en mesure de prendre la place du GADLU, voulu modifier la création terrestre. C’est le mythe du jardin terrestre relaté dans la Bible. Dans ce jardin il y avait deux arbres l’un dit arbre de Vie, et l’autre nommé arbre de la Connaissance. Un petit détour dans le jardin d’Eden, l’arbre de vie étant celui de l’éternité, là où le temps est aboli où le cycle de naissance et mort, n’existe pas, quant à l’arbre de la Connaissance, il donne la clef du fonctionnement de la Création divine, mais il n’appartient pas, à la créature qu’est l’homme, d’en connaître la substantifique moelle. Mais voici ce qu’en dit la Genèse : « Concernant l’arbre de la Connaissance, Elohim dit à l’Homme et aussi à la Femme ceci : Vous n’en mangerez pas et n’y toucherez pas de peur que vous mourriez. » Le serpent dit à la Femme « Vous n ‘en mourrez pas, mais Elohim sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux se dessilleront et vous serez comme les dieux sachant le bien et le mal. » La suite est bien connue, c’est la Chute, la perte des qualités divines de l’Homme et son séjour sur Terre, devenant plus proche de l’animalité que de la spiritualité. Cette transgression installe l’Homme dans le devenir, car elle dérange l’Ordre immuable de la Création et désormais la créature va devoir vivre sur la Terre avec toutes les incertitudes fondées sur le binaire et non sur l’Unité. Jour, nuit, bien, mal, doute, certitude, tout ce que l’on retrouve dans le meurtre de l’architecte Hiram. L’ordre établi des trois premiers grades est remis en cause par la transgression, car il n’exprime pas toute la finalité de l’initiation maçonnique, en effet si l’on en reste au grade de maitre, on fait l’impasse sur un nombre important de questions qui reste sans réponses, dont une qui me semble primordiale, que je résume par cette phrase : « bon on a perdu la Parole, et alors ! » Sauf que la construction du Temple reste inachevée puisque Hiram n’a pas divulgué le plan du Temple achevé. Curieuse, cette initiation qui nous laisserez en plein désarroi, sans espoir et avec en arrière plan l’inutilité de faire un effort de recherche et qui finalement nous laisserez un goût d’amertume en nous faisant croire que tous nos efforts n’ont servi qu’à constater le néant de notre Vie. La mort d’Hiram nous laisse dans le désarroi, mais comme après les lamentations il y a toujours l’espoir, à force de patience et de travail, nous avons retrouvé les plans de l’Architecte, nous somme en possession de la Parole Perdue, nous pouvons agir sur l’extérieur comme sur notre intérieur. Notre vie n’est plus confuse et nous sommes en mesure de répondre à cette lancinante question, qui hante depuis l’aube l’Humanité, à savoir : « que sommes nous venu faire sur Terre ? ». Nous sommes maintenant les Géomètres de la Terre, et pour être en conformité avec le plan divin, nous avons comme mission de gérer le monde minéral, le monde végétal et le monde animal dont nous faisons partis. Notre travail est relativement simple, passer du monde matériel au monde spirituel, pour être en correspondance avec le Grand Architecte, car tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ! Force que l’on peut traduire par énergie, beauté par harmonie et Sagesse par immobilité, nous permettre de remplir notre travail dans la concordance du plan divin, car en retrouvant la Parole Perdue, nous avons comprendre ce plan et donc il ne peut plus y avoir d’erreurs d’interprétation de notre part, nous yeux regardent avec justesse et nous mains agissent avec précision et notre jugement a dépassé le binaire et la contradiction qu’il y a entre la raison et l’intuition. Devenus les dieux des différentes mythologies, les Compagnons constructeurs et ordonnateurs du Grand Architecte, plus besoin de nous rappeler sans cesse ce que nous avons à faire ici bas, nous savons maintenant ! Nous pouvons gravir sans effort et sans risque l’échelle de Jacob, afin d’être en relation avec le Géomètre. Jusqu’à présent nous vivions comme initiés, dans un milieu artificiel, protégés des influences externes, à travers les degrés de l’initiation, nous avons reçu toutes les élévations de salaire possible, nous étions dans un espace/ temps sacré, loin de la fureur de la vie courante, nous pouvons disserter sur tous les sujets, sans craindre une confrontation brutale, sans risque de désillusion, et sans remise en cause de nos certitudes. Ce qu’il y a merveilleux dans le REAA, c’est la remise en cause régulière de nos certitudes. Il y a donc un grade, après le 14éme, qui lui demande aux candidats acceptés, de s’ouvrir au monde profane, pour vivre en réel toutes les étapes de l’initiation, et là peut être dans le foisonnement de la vie, il pourra peut être retrouvé la Parole perdue, en dégageant du désordre ambiant sa ligne de conduite personnelle, celle qui fera de lui le porteur de Lumière que l’humanité a besoin.
Mais il me faut redescendre de mon petit nuage, et voir qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour retrouver la Parole Perdue et lorsque je regarde la Création Divine et ce que nous en avons fait, je me dit vraiment qu’il se pourrait que nos efforts d’Initiés ne servent à rien ; et sans faire de l’écologie de bistrot, le constat que je fais est que la Parole est Perdue pour longtemps, que nous sommes déboussolés mais en même temps responsables de cet état de fait, que trop souvent nous avons cédé au matérialisme, sans prendre garde aux conséquences éventuelles mais quelquefois irrémédiables,// que notre héritage est bien entamé, faute de Lumière, faute de Sagesse et surtout faute de courage. Les porteurs de Lumière que nous sommes ont oubliés l’essentiel de la Vie, le respect de notre Nature.
Mais la vie obéissant à la loi des Cycles, il y aura peut être un nouveau Noé et un autre Déluge. Qui peut le dire ? Il y a des chemins de Sagesse, toutes les civilisations que prétentieusement nous appelions primitives, voulaient nous les faire retrouver, mais par suffisance, nous avons ri de leur prétention ; préférant une technologie destructrice.
Ordo ab chao, nous allons retourner au chao

J’ai dit

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Le Mythe de la Parole Perdue

Publié le par A\ L\

Le Verbe, présent au cœur de l’homme, permet de saisir, comprendre et connaître toute chose de l’intérieur, par la Parole. Il devient langage et intellection spirituelle. La force de la Parole est une faculté intelligible qui repose entièrement sur le Verbe en gestation dont la finalité est la transmission de la réalité. Retrouver la Parole originelle par la langue sacrée, c’est retrouver la Parole perdue et rassembler ce qui est épars de l’homme parce que créé dans et par l’Esprit du Verbe. La parole perdue de tradition primordiale est le Verbe, le logos, l’esprit. La déité a donné la puissance initiale du Verbe au commencement de la Genèse à l’homme pour nommer les choses. Adam a reçu le souffle divin puis le pouvoir de nommer les êtres vivants mais son attitude provoqua son involution et son retour dans la matière, la Parole fut alors inaccessible. Puis le second homme fut Moïse qui aurait pu posséder également la connaissance universelle, mais il ne sut jamais prononcer correctement la Parole ; selon la Bible, il était affublé d’un défaut de prononciation. En franc-maçonnerie se référant au G\ A\ D\ L\ U\, la Bible est ouverte au Prologue de Saint Jean « Au commencement était le Verbe », le sens de la parole est alors le Verbe. Toutefois, pour suivre la chronologie biblique, le Volume de la Loi Sacrée est parfois ouvert aux Livres des Rois notamment dans les grades de perfection ou chevaleresques pour revenir au Prologue dans les grades capitulaires. Dans la quête du Saint Empire, l’initiation de tradition écossaise donne un sens pour retrouver la Parole dans une approche vers la Vérité. Selon la perception judéo-chrétienne qui nous caractérise, revenir à la parole primordiale, au temps d’avant la chute selon la Bible, équivaut à un travail méthodique accès sur la persévérance.

Pourquoi la Parole est-elle perdue ?
Qu’est-ce qu’est le mythe ?
Quelle est cette parole ?

Pourquoi la Parole est-elle perdue ?

L’homme est chair et comme tel il est sensible aux tentations. Son éducation, sa condition sociale, ses passions lui ont fait perdre des valeurs fondamentales de son existence. L’ère moderne accuse une décadence sociétale, une perte de repères sociaux et familiaux, un besoin de richesses et de pouvoirs, d’intérêts divers ou se prédominent l’égoïsme, l’orgueil, l’ambition au détriment des vertus. Les sociétés offrent des clivages, des divisions constitutives d’identité (religions) ou priment parfois les différences voire l’intolérance, le sectarisme. Seule la spiritualité regroupe les hommes, l'homme vrai cherchera alors à transcender pour aller vers l'Union. Il éprouve donc le besoin de s'améliorer, d’être humaniste, d’être en fraternité, d’être en paix et en équilibre. Or l’équilibre et la conciliation entre la matière et l’esprit sont fragiles et les passions prédominent ou ressurgissent. Il lui faudra concilier sa vie profane et ses acquis initiatiques. Les fondements de cette conciliation le rappelleront à sa condition adamique, à la pureté originelle pour l’anoblissement de son âme. Par la connaissance de soi, en retrouvant l’unité intérieure, en fuyant le vice et en pratiquant la vertu, en maitrisant ses passions, dans la Foi il retrouvera le salut, la voie de l’Orient, celle de la Lumière. Son être se métamorphosera progressivement, encore faut-il qu’il soit réceptif et qu’il le désire réellement.

Qu’est ce que Le Mythe ?

L’étymologie grecque « mythos » signifie récit imagé qui s’oppose à « logos » : discours raisonné. Les mythes dissimulent des vérités profondes. Ce serait une transposition de l’imaginaire. Dans la pensée ésotérique, le mythe se situe dans une dimension métaphysique, intemporelle. Il est axé avec un support, une référence de travail, une pédagogie, un enseignement de l’éveil. Son étude révèle que l’homme a un inconscient. Le mythe peut être considéré comme une exhortation à une extériorisation du savoir, du secret. L’initiation invite à entrer en soi, or, le mythe est une impulsion à sortir par la pensée, le mythe et la pensée sont donc indissociables. Le mythe est surtout un récit avec un message dans lequel s’expriment symboliquement une valeur et un concept. Il est dramaturge (Hiram) et récite des tentatives, des régressions, des transgressions toujours pour progresser. Il suggère à l’initié l’infinitude du possible dans la métaphore, l’invisible, une porte ouverte vers l’imaginaire tout comme les paraboles. Ce message invite à retrouver l’essence des mots et la parole primordiale, la pureté originelle dans la foi et la transcendance. Il vise à une prise de conscience d’une réalité supérieure d’un Principe qui est aussi en chacun. L’être humain doit ouvrir sa conscience pour arriver au grand œuvre et l’élever au-delà du mental pour accéder à la force divine infinie. L’intellection de ce message va opérer une œuvre de la manifestation de l’esprit dans le corps après l’élaboration d’un Temple matériel, suggestif, en un temple lumineux. Le mythe est aussi un processus pour que les maîtres ressentent le réel et profond désir d’une recherche spirituelle en acceptant l’ascèse du devoir individuel et collectif. Il féconde les rituels. L’écossisme est axé sur la construction du Temple de Salomon jusqu’au seizième grade mais notons qu’il aurait pu être l’histoire de Noé ou une légende quelconque. Seules les richesses de son contenu et son extrapolation métaphysique et ésotérique sont importants. En effet, c’est à partir du grade de Maître que l’on reçoit un mot substitué signifiant le fils du père ou la vie nouvelle (que l’on retrouvera plus tard). Ce n’est pas la parole originelle, sa portée est tout autre. Puis d’autres mots de substitution, nom ineffable de Dieu, mot évocateur, feront leur apparition. L’éclosion de la Parole perdue semble commencer lorsque le génie parle au Grand Maître Architecte. Puis, une approche divine est sensible avec l’ouverture d’une porte dans un puits par le Chevalier de la Royale Arche. C’est en passant de Chevalier terrestre à Chevalier spirituel d’orient et d’Occident après avoir perçu la révélation (Apocalypse) que le Maître recevra la parole retrouvée I.N.R.I. qui signifie entre autre : Igne Nature Rénovatur Integra « La nature est renouvelée entièrement par le feu ». Notons qu’un autre mot lui est confié : Imanou-el qui est le mot de la manifestation divine en lui. C’est au grade de Chevalier Rose-Croix que s’incarne l’esprit, la parole perdue prend une signification, celle de l’amour et de l’émanation divine dans le monde manifesté. Le Chevalier Rose Croix, purifié et régénéré, donne un sens à la vie et à la mort et prend conscience qu’il détient en lui cette Parole. La Parole perdue semble retrouvée mais pourquoi ne peut-on toujours pas la prononcer ? Quelle est sa signification ?

Qu’est ce que La Parole perdue ?

Ce n’est que par l’éveil de la conscience que la Parole perdue sera perçue mais toujours pressentie et appréhendée. Elle renferme d’immenses pouvoirs, une puissance pour aller jusqu’à l’essence des choses. C’est surtout un langage principiel immanent, c’est la Connaissance mystique. Connaissance c’est « naître avec » c'est-à-dire que l’on nait en elle, c’est le devenir de l’homme spirituel, l’essence divine, dans la substance. Elle vient de la pensée créatrice, de la manifestation divine donc de la communication. Penser et parler se réfèrent aux activités d’un même esprit. La pensée sans langage est seulement une connaissance, une collection d’expériences liées à la mémoire. La pensée est parfois une activité mentale spéculative liée à l’implication de l’esprit. Ce lien entre Dieu et l’homme, la pensée et le langage, se concrétise par la Parole qui renvoie à un sens ultime et absolu : la manifestation divine, le message. Elle ressort du sacré et du secret de chacun qui espère vivre sa révélation en résonance avec le G\ A\ D\ L\ U\. La quête de l’initié est axée sur le besoin de retrouver un état antérieur ainsi que la plénitude du sens de la Parole. Or, si la parole est la manifestation de l’intelligence, organe de la transmission phonique, elle ressort également du domaine métaphysique. Dans la maçonnerie écossaise, la parole est immanente, c’est l’expression du G\ A\ D\ L\ U\, elle émane de l’Absolu, de l’indéfinissable. La perte de la parole et sa quête de recherche sont des symboles mythiques pour accéder à la Connaissance. Un constat : la Parole perdue est composée de lettres ce qui laisse à penser qu’elle ressort bien de l’incommunicable puisque acquise par le vécu de chacun et que la quête vers l’Absolu n’est pas terminée. Si le nom de Dieu est parfois sanctifié notamment chez les chrétiens par le nom de Père (Notre Père), il n’en demeure pas moins qu’il est imprononçable et pour cause, Dieu étant le tout, le nommer serait lui donner une incarnation. En réalité, la présence du GADLU prend sa signification dans l’étincelle divine de chaque être. Toutefois, si cette parole reste incommunicable, par sa forme de transmission correcte et appliquée elle autorise une Tradition immuable perpétuée par le Rite. La recherche de la parole perdue est en réalité la recherche d’une richesse, d’un trésor que chacun possède dans son for intérieur, c’est l’intelligence du cœur. Elle est enfouie, oubliée voire déformée. La rechercher équivaut à retrouver la paix, le bonheur, le discernement dans la Sagesse, l’amour dans la Force et la volonté, la Beauté dans l’âme et le cœur. L’homme possède la présence divine ce qui lui confère un caractère immanent, il se devait de retrouver la parole perdue au fond de son être pour transcender. La parole dans son sens profond et sa globalité est donc identique pour tous, toutefois les chemins pour y parvenir sont différents, les perceptions et les intensités sont aussi différentes, et, chacun atteint son propre niveau de perfection, de pureté, il s’inscrit dans une spirale ascendante. La Parole perdue est donc définie. En réalité, c’est un état d’être, un comportement. Faut-il s’en contenter ? Certes non ! En effet, ce n’est qu’une approche de la Perfection or la Perfection c’est le G\ A\ D\ L\ U\. L’homme ne peut qu’améliorer son état d’être pour son rayonnement, il va sans dire que le travail sera incessant, rien n’est acquis.

Conclusion

Suggestions, analogies, allégories, symbolismes, rites et mythes… Tout est accès vers la recherche de Vérité. Mais, chaque fois que l’homme tentera de rivaliser ou d’égaler le Divin, il sera confronté à lui-même, à la matière (Adam, le mythe de la Tour de Babel, le Temple de Salomon…). Cette confrontation est le problème de l’équilibre des facultés et de la prépondérance de l’esprit sur la matière. La dynamique qui engendre tous les mots substitués est axée vers la parole originelle non accessible mais seulement devinée. Le processus de l’art royal est concrétisé par de nombreux voyages avec souvent un regard en arrière ou dans le miroir, des pertes et des retrouvailles, des rechutes, des transgressions et des sacrifices, des mots substitués en mots substitués, des lettres en lettres épelées. Je terminerai mon exposé sur mon propre ressenti. Le mythe engendre nos rituels, or, ces rituels ne sont que des suggestions, des bases de réflexions, des supports. J’assume de toute mon énergie le Devoir et mes serments en synergie avec tous les frères ; je me dois de ne jamais jeter mes outils ou de sortir du chemin lumineux, de découvrir le vrai sens des choses et d’accepter mes responsabilités et mes erreurs pour y remédier et être dans la paix intérieure. Je suis face à l’infinité de l’ultime connaissance et je sais que rien n’est et ne sera acquit mais je me situe toujours dans l’espérance car la Jérusalem céleste est annoncée par l’Apocalypse de Jean.

A\ L\

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La recherche de la Parole perdue

Publié le par G\ H\

A) - LE DEVOIR ET LA RECHERCHE DES DEVOIRS

La notion du devoir, je dirais même la Déontologie, c'est à dire la science des devoirs; répondent à la quête du Maître, à sa recherche de la Vérité et de l'amélioration de lui-même. Les Stoïciens nous apprennent déjà qu'il y a trois disciplines auxquelles doit s'être exercé l'homme qui veut tendre à la perfection: "celle qui concerne les désirs et les aversions, celle qui concerne les tendances positives et négatives et d’un faon générale tout ce qui a trait au Devoir, enfin celle qui concerne la fuite de l'erreur, la prudence du jugement «. En ce qui concerne le devoir, (je cite Epictète) : « Je ne dois pas, en effet, être insensible comme une statue, mais observer avec soin ce que réclament les relations naturelles et acquises, comme un homme religieux (c'est à dire " relié "), comme un fils, comme un frère, comme un père, comme un citoyen ». Dans chacun des trois domaines, c'est une représentation (fantasia) qui est le point de départ de nos réactions et de nos actions. Il s'agit donc de s'exercer à juger de chaque représentation d'une manière qui est juste et appropriée afin de n'admettre que des valeurs vraiment objectives (kataleptikai phantasiai). Pour Kant, ce n'est pas au point de vue " existence " comme phénomène que l'Homme affirme qu'il doit accomplir tel ou tel acte, mais au point de vue de son existence comme " être "en soi; la raison, forme de la Liberté, ne contredit en rien les nécessités propres aux mécanismes de la Nature. Ainsi la Volonté Bonne se reconnaît dans l'action qui est faite uniquement par devoir et que n'inspire aucune inclination ni aucune vue intéressée. Il apparaît une certaine relation entre "Devoir " au sens d'avoir " l'obligation de "Devoir " comme marque du " Futur " et " Devoir " au sens d'être en " Dette ", et d'autre part une connexion entre la " Dette " et la " Culpabilité ". Le Devoir est dette quand il est obligation, non seulement de faire ou encore de donner, mais surtout de Rendre, de Restituer (Sacrifice).

La Parole au sens sémantique :
Si le langage est une manifestation de la communication qui peut prendre des formes diverses (sourds muets, animaux, plantes), la parole est, dans son acception première, la signification du langage articulé; c'est la manifestation verbale de la pensée. Mais le langage parlé est constitué de mots ; aussi arrive-t-il dans la pratique courante que le terme " mot " devienne synonyme de PAROLE lorsqu'il exprime une pensée de façon concise. L'étymologie Latine nous ramène au mot "paraboles "; sens premier; mais l'origine du mot est à rapprocher également et surtout du terme Grec " logos " qui signifie discours, mot, idée, phrase, intelligence, sens profond d'un être (le mythe, en Grec, c'est le mot lui-même). Cette manifestation de la pensée peut également prendre différents aspects comportementaux, sociaux ou culturels, définissant en fin de compte un clan, une tribu, une société, une civilisation. Ainsi le langage ne peut être réduit à une seule fonction; le mot joue et mime le Monde autant qu'il le signifie; à la fonction expressive s'ajoute une nécessité esthétique comme magique: le mythe.

La Parole au sens Théologique :
Alain définissait la théologie comme une "science sans recul". Berdiaef insistait de même : "La théologie est une pensée collective". Elle peut être envisagée comme un évènement culturel contingent, provoqué par la rencontre de la Révélation judéo-chrétienne et de la Pensée grecque. Sa naissance coïncide avec l'acte même de la "PAROLE de DIEU "se communiquant librement aux hommes dans une Histoire. En d'autres termes, la théologie est inscrite à titre d'exigence dans la nature même de la Révélation et dans la nature de la Foi comme accomplissement de cette révélation dans la subjectivité humaine. s que l'on évite d'identifier avec la Parole de Dieu soit l'écriture soit le dogme, on comprend mieux le rôle de ces derniers dans l'appropriation progressive par l’église de la plénitude de la vérité révélée. Les critiques et les querelles ne peuvent se comprendre que dans le cadre d'une certaine histoire : celle de l'Occident Chrétien, celle d'une culture qui s'est donné deux pôles : la raison et la foi. Le dogmatiste fait explicitement appel aux ressources de la pensée philosophique et des sciences humaines pour renouveler le langage de la Foi; la tâche première de l'herméneutique (interprétation des textes anciens et sacrés) étant de "faire parler " la parole de Dieu. Le langage théologique se présente donc comme des signes organisables en un ensemble de propositions qui ne peuvent être comprises qu'en fonction d'un terme clef : Dieu, à l'exclusion de tout autre. A contrario, la possibilité d'un langage " Religieux " (de " religere ", qui réunit) n'est pas l'apanage d'une " Révélation " dogmatique quelconque. Sa fonction référentielle ou sémantique serait analogue à celle du texte "Poétique ": l'existence du " référent " serait anticipée, elle n'oblige pas le lecteur ou le spectateur à retracer l'Unité de sens présente chez son auteur, mais tolère et surtout appelle des interprétations diverses; c'est aussi le domaine de la Tradition Orale et du Langage Sacré.

Du Profane au Sacré
Ainsi le mot "PAROLE " recouvre t’il plusieurs acceptions dont nous devons tenir compte et dont la principale, en ce qui nous concerne, est avant tout la transmission d'une certaine connaissance au travers de certains mythes et de certains rites, le REAA en particulier. La Parole est donc à la fois le véhicule et le moteur de cette transmission, le rituel en est le Gardien. Mais au fil du temps le langage évolue et les mots déforment le sens des idées; la pensée peut s'égarer, le sens disparaître ... c'est le revers de toute Tradition, orale ou écrite : le sens de la Parole se dilue, s'étire, se transforme, .... et se perd. Il peut également disparaître parce qu'il n'est plus accessible à une compréhension qui aurait elle aussi évolué ou dégénéré en " Zizanie " ... Or, la Tradition nous donne la Langue, le Mythe nous fait réfléchir au Sens et le Rite nous fait passer du monde Profane au Sacré. Pour nous Francs-maçons, il demeure un langage d'initié qui nous permet une quête, celle de la PAROLE PERDUE. Tout d'abord l'adjectif "Perdue "ne saurait s'appliquer à quelque chose qui a été égaré. La Parole est perdue parce que jusqu'à ce jour nous n'avons pas pu ou su la recueillir. Elle est sans doute toute proche, mais pour le moment inaccessible : "Aures habent et non audirent " (ils auront des oreilles mais n'entendrons point) dit Ecclésiaste; ce à quoi il convient d'ajouter: "Oculus habens et non vidèrent" (ils auront des yeux mais ne verront point) compte tenu de l'espace pris par l'image au détriment de la parole dans la communication. L'expression "Parole Perdue "apparaît pour la première fois dans le Rituel d'Initiation au 4° degré. On notera qu'elle n'est jamais employée seule et qu'elle accompagne les mots: vérité et lumière.

La notion du Sacré
Selon la Légende, Dieu voulant punir les hommes de leur prétention à monter jusqu'à Lui (la Tour de Babel!) leur fit parler au lieu d'une langue accessible à tous, une multitude de langages, créant la Zizanie ... A s'en tenir au monde profane, c'est peut être aussi cela, la Parole Perdue ! Une parole accessible à tous, quelque soit la langue dès lors qu'elle s'adresse à l’âme et cherche à toucher les coeurs . Mais il arrive que cette parole "commune "soit investie d'une mission particulière: permettre à l'Homme de communiquer avec le sacré. Il faut entendre ici par " Sacré " tout ce qui présente un caractère transcendantal, religieux ou laïc. Pour cela, selon le vers de Stéphane Mallarmé, il convient de " Donner un sens plus pur aux mots de la Tribu "; la Parole va être magnifiée, le Mot glorifié. Mais la Parole n'est pas uniquement une prière qui monte de l'Homme vers le Sacré; elle est aussi un moyen pour le " Sacré " de s'adresser à l'Homme. L'aspect est alors essentiellement Religieux, c'est le Verbe : " Car le mot c'est le Verbe et le Verbe c'est Dieu ", écrit Victor Hugo. Cela suppose que l'on soit disposé à croire à une existence divine susceptible de s'adresser directement aux hommes et dans ce cas, ce message peut prendre l'aspect de la Parole. De tous temps, l'Homme a cherché à communiquer avec le Sacré (Mircea Eliade), parfois dans l'attente d'une réponse à ses angoisses ou à ses incertitudes, souvent à la recherche de l'apaisement ou de la réparation (faute ou dette). Cette recherche a pris et prend encore les formes les plus diverses et pas seulement vocales (gestuel, chant, prière, extase, isolement, dépouillement, arts ... etc.) ; nous autres Francs-maçons utilisons gestes et paroles mais aussi les symboles et la Parole que nous cherchons ne saurait être assimilée au Verbe Créateur, même si d'aucuns pensent qu'elle doit nous venir " d'en haut


Le Paradis Perdu
Parmi les évènements avancés pour expliquer que la Parole ait pu être perdue, figure en bonne place la " transgression " d'Adam et la Chute. On peut regretter que l'Église ait cherché longtemps à nous faire prendre le récit de la Genèse au pied de la lettre. D'aucuns le pensent encre ainsi de nos jours, alors qu'à l'évidence il s'agit d'un Mythe c'est à dire d'un récit Fabuleux, peuplé de personnages Symboliques, destiné à mettre en relief certains aspects de la Condition Humaine ... Le mythe d'Adam se doit d'être abordé en premier lieu sous l'angle ésotérique ; l'esprit humain est la recherche d'une explication sur les Origines de l'Homme et de cette Dualité qui est en lui comme issue de l'Unité et sur l'Harmonie qu'il ressent face à la merveilleuse Organisation de l'Univers, c'est à dire sans réponse devant l'éternelle Triple Question: " QUI SOMMES NOUS , D'OU VENONS NOUS, OU ALLONS NOUS ?
« Le Mal n'était pas un élément de la Création car celle-ci était Bonne ». Seule la Libre Action de l'Homme a introduit le Mal. L`Homme, formé de Poussière et de Souffle, est Enfant de l’esprit tout en étant né de la matière. L'Arbre de la Connaissance porte les fruits du Multiple, de la Dysharmonie. Pourquoi y a t’il touché ? Par faiblesse, mais plus encore par prétention, par vanité pour s'être voulu l'égal de Dieu. Mais si la " faute " est en nous, tout reste réparable " par nous ". Le sens de notre combat est de Transformer la dualité Fondamentale Esprit Matière en Harmonie dans l’unité. Comment ne pas évoquer ici le " Paradis Perdu " de John Milton ! Pour lui, la condition humaine est Bonne, mais quelle que soit la béatitude dont il jouissait au Paradis, l'Homme n'y bénéficiait que d'une liberté "creuse ", sans passé, sans avenir et sans épopée à inventer et à Créer. En renonçant aux chaînes pour la liberté, il a accepté la disparition de cet Eden pastoral où il était Condamné à Vivre. Ainsi, la " Transgression " a fait de l'Homme l'adversaire du Malheur, la Chute à donner un sens humain à l’effort. C'est dans ce combat que l'Homme trouve sa vraie dimension, un combat qui se joue en nous tous, un combat pour gagner notre propre Paradis, pour trouver notre propre " Temple intérieur ".

B) - Qu'est‑ce que la Parole Perdue, pourquoi la rechercher, comment la retrouver ?

La science et la Foi
La religion répond aux besoins du Cœur, de là sa magie, la science à ceux de l'Esprit, d'où sa force. Mais la Religion sans preuves et la Science sans Espoirs sont debout l'une en face de l'autre et se défient sans pouvoir se vaincre. Qui que nous soyons, de quelque école Philosophique, Esthétique ou Sociale dont nous nous réclamions, nous portons en nous ces deux Mondes ennemis en apparence inconciliables. A force de matérialisme, de positivisme et de scepticisme, la fin du siècle est arrivée à une fausse idée de la Vérité et du Progrès. Car la vérité n'est pas une accumulation d'un grand nombre de connaissances mais procède de la compréhension des causes et des finalités; l’esprit est la seule réalité, la matière n'est que son expression changeante et éphémère, son dynamisme dans l'Espace et dans le Temps; la création est éternelle comme la vie. L'Homme en tant que microcosme est l'image et le miroir du macrocosme univers. La véritable Science de la Sagesse consiste donc à trouver ensoi-même, c'est à dire au fond de sa Conscience, l'image de l’esprit. Sans doute est ce pour cela qu'André Malraux a écrit que le XXI° siècle sera Spiritualiste ou ne sera pas. La Science, enivrée de ses découvertes dans le monde physique, en faisant abstraction du Psychisme et de l'Intellect, est devenue agnostique dans sa méthode et matérialiste dans ses Principes et dans ses Fins. … Et pourtant.

Vers un Futur, vers un Ailleurs
La science moderne, croyant nous offrir des réponses, nous apporte autant de nouvelles questions. La Parole Perdue relèverait telle davantage du patrimoine cosmique de l’univers que d'une pensée mystique qui marquerait la naissance de l'espèce humaine ?
La vie n'est pas le privilège de la Terre, elle nous vient d'ailleurs. Déjà tous les corps simples que nous connaissons ont leur origine dans ces gigantesques creusets que constituent certaines étoiles mourantes qui, en explosant, apportent et ont apporté jadis leurs moissons d'atomes et notre système Solaire est sans doute né des conséquences de l'explosion d'une Supernova quelques millions d'années auparavant. Nous ne pouvons donc plus raisonner en plaçant la Terre et l'Homme au centre de la Création : Pour certains, l'Univers est né sans l'Homme et mourra également sans lui. Pour d'autres, l'Univers est né pour qu'un jour l'Homme puisse se poser la Question, la Finalité observable ou non ... Dès lors, les questions auxquelles il conviendrait de donner des réponses sont: Le Big-bang est‑il un commencement ou sinon qu'y avait il avant ? L'Univers aura t’il une fin ou un éternel recommencement ? Quelle est la nature du temps et surtout y a t’il une flèche du temps? ... Tout cela présuppose t’il l'existence d'un Principe créateur? (Stephan Hawkins, Hubert Reeves, Jacques Monod, Louis Pauwels, Ila Prigogine, ... etc.). A partir du moment où l'on inscrit l'irréversibilité dans les Lois de l'Univers, nous sommes devant des Futurs possibles et non des Certitudes. Ces théories modernes, au lieu de nous transmettre un message d'impuissance, nous ouvrent au contraire, si faible soit il, un espace de liberté. Si la Nature est un faisceau de questions, l'Homme est un faisceau de réponses. Les " Mauvais Compagnons "sont ceux qui au nom des Dogmes, condamnent les hommes qui se sont voués à la recherche de la Connaissance. Nombreux sont ceux qui ont été frappés ainsi pour n'avoir pas voulu admettre une vérité à laquelle ils ne croyaient pas; depuis Galilée à ... Teilhard de Chardin, par exemple, dont les idées novatrices n'ont pu franchir les portes du Concile Vatican II. Teilhard n'a eu de cesse de concilier les enseignements de l'Église avec une réalité scientifique incontournable. Tâche ardue s'il en fut, mais combien novatrice et enrichissante. Il part du phénomène de complexification du phylum humain (ensemble de l'espèce) pour aboutir à un réseau de communication des pensées humaines centrées sur un point " Oméga " qui pourrait bien, après tout, être la Parole Perdue ou encore une manifestation de l'Infini ("ein soph") ... à moins que ce ne soit le Grand Architecte ?

COMMENT ?
(Ou..., se poser la question, c'est trouver la réponse.)

La Tradition Initiatique
Comment pouvons nous espérer retrouver la Parole Perdue ? Par l’initiation. Pour nous Francs-maçons, l'Initiation est d'abord un Rite. Le Rite nous place hors du temps, un temps qui n'est ni linéaire ni cyclique mais lié à l'éternité. C'est la raison pour laquelle le Rite est lent et propre à faire naître la réflexion, la méditation, la pensée, la prière. Mais le Rite a pour objet essentiel de mettre le postulant en état de recevoir un message; il ne saurait être une fin en soi. Ce message, c'est le mythe qui le véhicule; le Mythe c'est lors de notre entrée en Maçonnerie, celui de la mort à la vie profane et de la naissance à une vie spirituelle, repris d'une manière plus élaborée dans le Mythe d' HIRAM, au 3` degré, puis dans les degrés concernant les 2° et 3° classes. C'est au travers les Rites et Mythes que la tradition maçonnique nous fait parvenir les images symboliques de la vérité qu'elle s'efforce de nous transmettre. C'est à travers eux que la tradition balise notre route.
La Tradition est le propre d'un ordre qui donne la primauté à la connaissance métaphysique et qui propose de parvenir à la réalisation des êtres en leur faisant gravir les degrés successifs de l’Initiation. René Guénon est explicite à ce sujet: "C'est la prise de conscience effective des états supra individuels qui est l'objet réel de la métaphysique ou, mieux encore, qui est la métaphysique elle-même ". Cette connaissance est intransmissible en fait parle langage verbal, instrument de la pensée discursive et rationnelle. Cette connaissance ineffable, inexprimable en elle-même, ne peut trouver d'expression que par l'intermédiaire du langage symbolique, pouvant conduire à une réalité supra humaine. L'Initiation nous offre l'instrumentation privilégiée pour accéder à la Tradition, c'est à dire sa PAROLE ; langage vivant, plein de mystères et de poésie. Toute Vérité complexe et authentique comme le Vivant s'exprime donc à travers des symboles qui sont le support de l'élément constitutif de la Tradition. Ces Symboles sont en fait des réalités vivantes ainsi que des sources d'énergie quand ils s'expriment sous la forme d’archétype au travers de notre conscience. Mais l'Initiation nous apporte également ses Mythes, c'est à dire l'ensemble des symboles que l'initié va revivre au cours des récits traditionnels qui lui seront proposés à chaque étape de la voie Initiatique. Le REAA va développer tout au long de ses étapes, qui vont de la Maîtrise aux Loges de Perfection, le mythe d'Hiram. Il importe de rappeler que la Légende est à la fois un conte : celui de la Recherche de la Parole Perdue, et un mythe : celui de la Mort et de la Renaissance. Le nouveau Maître se situe ainsi entre l'équerre et le Compas, entre le Ciel et la Terre; il sera alors susceptible de rechercher la Vérité et la PAROLE PERDUE, indissociables l'une de l'autre; mais bien qu'en possession des Symboles et des Mythes de la Tradition, il n'est pas pour autant capable d'accéder seul à cette recherche.

Le Mythe
Le Mythe sera envisagé ici comme une forme de DISCOURS qui élève une prétention au sens et à la vérité; comme la philosophie est cet autre lieu du discours où la question du Sens et de la Vérité se trouve posé radicalement (La Vie a‑telle un Sens ou bien la Vie est elle le sens ?) qu'en est il de la prétention d'un mythe par rapport au discours philosophique ?
Le fait initial d'où procèdent toutes les discussions est que le Mythe se prête à deux évaluations opposées, comme si deux intérêts contraires de la Raison s'y trouvaient affrontés. D'un côté la Raison condamne le Mythe, elle l'exclut et le chasse; entre " muthos et logos", il faut choisir (Platon, La République). L'hostilité de la philosophie est de principe: chercher le fondement, la raison d'être, exclut que l'on raconte des histoires. Il faudra donc tenir les mythes pour des allégories, c'est à dire pour un langage indirect où d'authentiques vérités physiques et morales sont dissimulées. Saisir des vérités sous le vêtement du Mythe, c'est du même coup rendre inutile l'enveloppe, une fois celle-ci percée à jour (Stoïciens). Le paradoxe de cette lutte est qu'elle n'en a jamais fini avec l'adversaire. Platon lui-même écrit ses mythes; sa philosophie procède du Mythe Orphique et, d'une certaine façon, y retourne. Quelque chose nous dit cependant que la Mythe ne s'épuise pas dans sa fonction explicative, qu'il n'est pas seulement une manière "préscientifique " de chercher les causes et que la fonction Fabulatrice elle-même à valeur prémonitoire et exploratoire à l'égard de quelque dimension de la vérité, qu'il ne s'identifie pas avec la Vérité Scientifique. Kant, Schelling, Bergson, Hegel ou Heidegger ont une réflexion commune à ce sujet, qui pointe vers une Fantastique transcendantale dont le Mythe serait seulement une émergence. Telle est l'antinomie : d'un certain point de vue "Mut Hos et Logos " s'opposent; d'un autre, ils se rejoignent, selon la vieille étymologie qui identifie " Mut Hos " et parole.

Le Symbolisme du Maître Secret
C'est avant tout l'acquisition de la Connaissance et de la prise de conscience de la liberté spirituelle, de l'environnement Cosmique, des règles qui conditionnent toute Action: Justice et Devoir. Au terme de ses 4 voyages, le Maître est alors confronté à la nécessité impérieuse d'accomplir le devoir jusqu'au sacrifice. Or cette route du Devoir, bien qu'elle soit ouverte sur les Labyrinthes de l’Erreur, l'Initié pourra la suivre sans crainte de se tromper s'il se conforme à ce qu'on lui a appris : " Garder le Secret, être Obéissant, rester Fidèle ". Ces affirmations catégoriques ne sont pas sans réveiller en chacun d'entre nous des résonances particulières et même et surtout des questions. Garder quel secret? Être obéissant à qui ? Demeurer fidèle à quoi ? …La réponse est dans le Rite et dans le Mythe: Garder le Secret du Langage et de notre Tradition, être Obéissant à nos Règles Initiatiques et demeurer Fidèle à notre démarche vers la Lumière, la Connaissance et l'amour. La Connaissance impliquant de surcroît le Devoir de partager et de transmettre. A ce degré, à la question " Qu'est‑ce que le Devoir ? ", le Rituel nous répond que c'est la recherche de la Parole Perdue; cela veut dire que toute une partie de la connaissance Primordiale nous a été ravie et que notre Devoir, au cours de notre quête Initiatique, va consister à retrouver cet état édénique ou l'être avait une connaissance immédiate des choses. Le Rituel du 4 ° insiste tout particulièrement sur la nécessité de l'Initié à se rendre libre, or chercher c'est se rendre libre, à l'image de la Réalité qui est elle-même une Question. La Connaissance est un rapport entre un objet et un sujet, entre quelque chose d’extérieur à l'Homme et l'Esprit humain; mais de ce rapport nous ne connaissons que la sensation qu'il nous cause; cela sous-entend que les éléments de la connaissance vont être erronés par nos sens et ne nous donnerons qu'une vision apparente des choses. La Connaissance Véritable ne pourra être atteinte qu'après un extraordinaire effort d’unification, aboutissant à la suppression de la dualité qui est en nous. Le chemin est difficile car notre acquit intellectuel s'est fait sur le mode discursif et logique excluant l'intuition et l’analogie. Mais l'Homme n'est pas déterminé, il est Libre, dans ce monde des interactions, de manifester sa présence; dans le champ apparemment clos de la Vie, de la naissance à la Mort, l'Homme épouse ou non cette Liberté; il devient ou non une force agissante qui le conduira à la réalité pour lui rappeler qu'il est réellement un fils du ciel et de la terre.

Le Rituel
"De ce qui n'aurait pu être qu'un fatras de mots et d'idées est né un Rituel Initiatique qui a su sélectionner et ordonnancer les seules notions qui, éprouvées par l'usage du temps, semblaient contenir des vérités immuables, incontestables, peut-être parce qu'il s'agissait de vérités éternelles, parcelles éclatantes de l'Ineffable Vérité, de l'Eternelle Lumière " (Bernard Martinez). " Vous ne prendrez pas les mots pour des idées et vous vous efforcerez toujours de découvrir l'Idée sous le Symbole ", nous dit clairement le Rituel du 4° degré. Allons donc, au travers des Mots, à la Recherche des idées. ‑ Quant aux causes : " Vous ne Comprenez pas bien parce que vous ne Voyez pas bien " ... "La Franc-maçonnerie vous a tiré de la Servitude et de l'Erreur "... "La Vérité Absolue est Inaccessible à l'Esprit humain " ... " Nous déplorons la Perte de la Vraie Parole " ... "Qui Voyage ainsi ? ... Des V.M. qui Recherchent la Parole Perdue "... ‑ Quant aux principes : " Malheur à ceux qui aspirent à ce dont ils sont indignes " ... "Etes vous prêt à faire votre Devoir "... " La Parole Perdue c'est la Connaissance de Devoir Complet " ... "Nous devons donc inlassablement Rechercher la Vraie Parole "... " Nous ne devons pas Attendre le jour où nous la connaîtrons " ... ‑ Quant aux moyens : " Le Devoir est la grande Loi de la Franc-maçonnerie " ... "La route du Devoir mène Sûrement à la Vérité "... " Si vous Voulez Trouver la Vraie Lumière et la Parole Perdue " ... "La Connaissance est un Bien Héréditaire qui se Transmet "... "Appliquons nous à nous perfectionner sans cesse "... et : " La meilleure pierre de touche du Devoir est l'exigence d'un Sacrifice" ...
Non seulement le Rituel nous indique clairement la VOIE à suivre : le devoir! mais encore nous donne-t-il les moyens de nous accomplir au travers de nos actes et de nos pensées en alimentant notre conscience de la Justice, la Liberté, l'Objectivité, la Recherche, la Compréhension, l'Humilité et l'Amour. "L'Homme est un Pont et non un But ", disait Nietzsche, en serait il de même de la Parole ? La retrouver est il le seul but, le seul Devoir ? Ou devons nous accomplir d’autres devoirs ? A l'évidence, s'il s'agit de notre principal Devoir, nous ne devons pas pour autant négliger de transmettre à la fois ce que nous avons reçu mais également le fruit de nos recherches, même si nous n'avons pas " trouvé " !

C - CONCLUSIONS
Le caractère inaccessible à l'Homme de la vraie lumière n'interdit pas pour autant la recherche de LA PAROLE PERDUE ni son "approche "par une tentative permanente de rassembler en nous ce qui est épars. Ecouter sa nature Terrestre, l'appel à la multiplication des désirs dont l'intellect est l'agent et écouter sa nature "Divine ", l'appel de l'esprit. Le sens de la recherche de l'Homme est d'assumer la nouvelle étape évolutive, d'assumer consciemment la réconciliation de la matière et de l'esprit. Puisque c'est au pied du mur que l'on reconnaît le Maçon, nous croyons fermement que ce n'est pas, en ce qui concerne la Franc-maçonnerie "spéculative", la façon dont on construit le mur qui importe (car nombreux sont les murs qui, à notre sens, doivent être abattus surtout ceux de l'ignorance, de l'indifférence et de la haine) mais avant tout celle dont on le " franchit " pour que d'autres connaissent un " ailleurs «. Tel est le lot de l'espèce humaine qui, à l'instar du sens que nous offre parfois l'exemple de certains animaux, dépasse son propre instinct de conservation ; l'homme ne l'accomplit pas cependant pour la survie de l'espèce mais pour celle de ses " idées " nourriture Spirituelle indispensable à notre propre essence ; Idées, mots, discours, sens, paroles ...ou "Parole " , "Logos ", " Mut Hos ", " Vav ", " Souffle " ; tout cela est en nous mais incommunicable, inexprimable. Les Mythologies ne sont pas des productions individuelles, elles sont "explosion "sur individuelles, rêve sur conscient de la Vérité nous rendant capable de saisir sans explication la signification sous-jacente. La symbolique, connaissance intuitive du fonctionnement psychique répond à la question que se pose l'Homme : " Que dois je faire de ma Vie " ? La réponse est dans le retour à l’unité, réunion harmonieuse entre monde intérieur et monde extérieur. La recherche de l'harmonie unité dans la multiplicité, est le sens évolutif à donner à la Vie (Paul Diel). Le propre de notre imagination créatrice, au travers du Mythe et du Rite, est de retrouver une Secrète signification nous concernant; sans vouloir convaincre logiquement, le Mythe agit sur notre émotivité profonde et même sur nos culpabilités refoulées. Ici également la figuration métaphorique, laissant deviner un sens caché, intensifie le saisissement émotif, à condition toutefois que le procédé symbolisant ne soit pas artifice trompeur. Encore faut il que le Rite ne couvre pas le Mythe et que l'Initié y adhère pleinement, du fond de son âme, sinon tout cela ne serait qu'un jeu sans portée, voire une mascarade. L'Initiation se vit profondément, intensément, ou alors elle n'est pas. Elle est le commencement d'une Recherche personnelle, d'une Quête, qui vont durer toute la vie Maçonnique. Si nous devons connaître un jour la Parole Perdue, ce sera le fruit d'un travail incessant d'Unification, car si notre marge de manœuvre paraît faible, nous ne devons jamais pour autant rester inactifs, face à un déterminisme redoutable. Forts des Règles que nous impose notre Rite, de l'élévation de pensée que nous apporte la Tradition, forts de cette sublimation que nous confire l'Initiation, continuons sans désemparer l'effort de réflexion que nous avons entrepris dans nos Loges. Même si nous n'en percevons pas encore les prémices, même s'il nous faudra encre patienter peut être longtemps avant de recueillir la Vraie Parole, travaillons et persévérons car : " Il n'est point besoin d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer «. (Le Taciturne).
J’ai dit

Source : www.ledifice.net

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La Parole Perdue

Publié le par Ch\ B

J’ai écrit cette planche en évitant soigneusement de ne pas asséner des vérités toutes faites, mais surtout dans l’esprit de lancer la recherche qui pourra être enrichie par tous.
Que dit le rituel du 3ème degré :
D. - Comment voyagent les Maîtres Maçons ?
R. - de l’Orient à l’Occident et de l’Occident à l’Orient et par toute la terre
D. - Dans quel but ?
R. - pour chercher ce qui a été perdu, rassembler ce qui est épars et répandre partout la Lumière
D. - Qu’est-ce qui a été perdu ?
R. - les secrets véritables des Maîtres Maçons.
D. – Comment ont-ils été perdus ?
R. – par « Trois Grands Coups » qui ont causé la fin tragique de notre R\M\ HIRAM
(Instruction au 3ème Degré).
Le mythe, qui voit dans la mort de HIRAM la perte des secrets véritables des Maît\ Maç\ nous invite donc à rechercher ce qu’est le secret de la F\M\ et ce sujet est un des éléments de base sur lequel s’édifie notre quête Maçonnique.
Cette soi-disant perte est un symbole mystérieux et je ne prétends pas retrouver quoi que ce soit … mais on peut toujours en parler entre nous.

I. De la nécessité du mythe et son contexte.

Ainsi donc, l’histoire commence par un deuil qui est la conséquence d’un meurtre, c’est dire que l’ambiance générale est à la tristesse et que les MM\ MM\ présents épanchent leur chagrin par des larmes libératrices.
Le T\V\M\déplore, en parlant de Hiram, que « hélas, lui seul possédait le secret de l’œuvre en cours d’exécution ». Voilà le problème posé. Aussitôt le T\V\M\ pense à « l’après Hiram » et il interroge « qui oserait maintenant se présenter pour lui succéder ? ».
La réponse viendra plus tard mais déjà par cette question, à ce moment-là, les FF\ sont invités à ne pas s’apitoyer sur eux-mêmes. D’ailleurs le T\V\M\ intervient sur le plan moral par cette injonction « ne perdons pas courage » et il indique la conduite à tenir dans l’immédiat :
- « arracher les restes à ses meurtriers », il est pragmatique
- « rendre les honneurs funèbres à sa dépouille » : pour le respect et la dignité dus au défunt enfin, pour ouvrir le champ des possibles, tout cela avec dit-il « l’espoir de recueillir quelques traces de sa science ». Mais revenons sur le chantier à la tombée de la nuit de cette journée-là. Hiram resté seul dans l’enceinte du temple reçoit deux coups puis un troisième qui est fatal. Il pouvait sauver sa vie en satisfaisant la volonté de ses agresseurs mais il choisit « la mort plutôt que de violer le Secret qui lui a été confié ». Cette mort ressemble donc à un sacrifice, un de plus dans la longue histoire des mythes à travers les époques. Hiram reste fidèle à son engagement, à ses idéaux. Quant au comportement des Compagnons, il est moins clair. En effet, ils accumulent ce qui ressemble à des erreurs. Pourquoi avoir enseveli le corps si près du lieu du crime ? Pourquoi planter un Acacia en ce lieu ? Lequel des trois Compagnons a eu cette idée, quel était son dessein ? En Egypte l'acacia était le symbole solaire, évoquant également la renaissance, l'immortalité et l'initiation et chez les Hébreux, c'était le bois sacré du tabernacle, l'immortalité, la vie morale, l'innocence. Ainsi prononcer la formule rituelle « L'Acacia m'est connu » revient à proclamer : « L'immortalité m'est connue » et cette formule dans la bouche d'un Maçon athée, imparfait ou simplement indifférent, n'est que la preuve de son ignorance des symboles et de leur véritable signification. En laissant de tels indices, ils donnent l’impression de vouloir être retrouvés.
Et cela arrange bien les chercheurs que nous sommes. Alors, que savons-nous ?
Nous disons que Hiram a respecté ses serments solennels jusqu’au sacrifice.
Hiram n’a rien révélé et a été mortellement privé de la parole, ce qui nous pénalise, nous les MM\ MM\. Intuitivement nous comprenons que Hiram était au service du bien. Il était un homme bon, animé par un « esprit divin » au contraire des Compagnons que l’ignorance, le mensonge et l’ambition rendaient dépendants de l’esprit du mal.
Cet esprit cherchait à ravir la puissance du premier pour prendre sa place. Et temporairement, le mal l’a emporté. On peut voir que l’histoire se répète de nos jours !
Et que déplorons-nous le plus ? La perte de secrets ou le fait que les mauvais Compagnons, en assassinant Hiram sont parvenus à détruire l’esprit d’harmonie qu’il symbolisait ?
Le mot de maître est perdu, non pas parce qu’Hiram était seul à la connaître, mais parce qu’on ne peut le transmettre individuellement. Il faut être trois pour le communiquer, de même que les compagnons sont trois pour faire obstacle à la continuité de la transmission. Ce qui est substitué ne peut remplacer que très partiellement ce qui était l’origine.
Acteur et victime à la fois des trois mauvais compagnons, on prend conscience que les ennemis, les forces négatives ne peuvent avoir prise sur chacun que parce qu’elles trouvent un écho en lui. Tant que l’on n’a pas supprimé toutes les forces négatives, tous les obstacles que rencontrent l’esprit humain pour accéder à la vérité, les ennemis du dehors ont prise et trouvent un écho en l’intériorité de chacun de nous. Il est bien entendu nécessaire que Hiram meure afin que le nouveau Maître renaisse. De l’horizontalité il passe à la verticalité et entame son ascension vers la source originelle. Selon la tradition abrahamique, à l’origine, la parole, c’est le verbe créateur, étroitement lié à l’étincelle du Fiat Lux qui est en nous à l’état de virtualité, laquelle est revivifiée par la consécration à chaque degré où le récipiendaire est crée et constitué au grade qu’il reçoit.
Les trois premiers chapitres de la Genèse nous livrent quelques clés pour comprendre le processus de création par Dieu et Adam. Au commencement, Dieu sépare la lumière et les ténèbres. Il appelle la lumière « jour » et les ténèbres « nuit ». Le fait de nommer organise le temps par séparation et spécification. Ensuite Dieu crée l’homme à son image, ainsi que la femme. La divinité crée par le pouvoir et la force de la Parole sur une Terre informe et vide. Aucun témoin n’intervient dans cette première étape qui symbolise l’état d’inconscience du monde. Dans le chapitre II, Dieu modèle les bêtes sauvages et confie à Adam le soin de les nommer. Adam est ainsi préparé à prendre conscience de son environnement. Le chapitre III voit Adam et Eve émerger dans le conscient. Le serpent, nouvel acteur, entre en jeu et il dialogue avec Eve pour lui proposer de manger le fruit défendu. Celle-ci accepte et en offre à Adam qui reste étrangement silencieux. C’est ainsi que le couple entre dans le monde du langage et de l’expérience au prix d’importantes modifications de leur état primordial. Mais l’homme conserve le souvenir de son ancien pouvoir - celui de nommer - et qu’il vient de perdre en étant chassé du Paradis. Dans les Traditions Egyptiennes et bibliques, seuls certains prêtres connaissent le secret du nom divin et ont le pouvoir de le prononcer. A condition toutefois de savoir le prononcer correctement sinon la mort frappera l’imprudent. Les secrets véritables qui ont été perdus ne sont pas du même ordre. Les mauvais Compagnons pensaient qu’ils relevaient de la communication d’un savoir alors que notre recherche se place sur le plan de la Connaissance synonyme ici de qualité d’être.

II. Chercher ce qui a été perdu

Une chose est sûre : nous savons où retrouver un Maître perdu. On le retrouverait « entre l’Equerre et le Compas », ou bien « au Centre du Cercle ». Et par un heureux hasard, retrouverait-il lui-même à cet endroit les secrets véritables des MM\ MM\ ! Ainsi, est-il permis de penser que ces secrets symboliquement disparus avec Hiram auraient un rapport avec l’Unité ? Nous, Maçons, reprenons la démarche Adamique sur le plan des idées. En nommant les animaux, Adam les faisait exister par le moyen de sons organisés qui contenaient la plénitude de ce qu’il désignait. C’est à dire la chose elle-même, avec le sens de son expression qui permet de la situer dans l’espace et dans le temps tout en précisant sa fonction, sa finalité, son usage, etc. Cette langue merveilleuse et parfaite a été perdue lorsque le 1er couple a heureusement failli aux obligations qui les rendaient semblables aux Dieux. En accédant à la Connaissance, ils ont appris l’expérience individuelle qui peut être expliquée, démontrée, imitée voire transmise mais qui demeure rigoureusement incommunicable. Adam et Eve nous disent de quitter le domaine de l’intellect pour entrer dans le devenir pour espérer Etre. Peut-être notre mémoire nous rappelle-t-elle ce monde-là lorsque par nos rituels nous sacralisons l’espace et le temps ? S’agit-il de nostalgie ou de l’espoir de retrouver pour un moment une étincelle de perfection ? Pour nous mortels, la quête de sens consiste aussi à tenter de comprendre l’ordre des choses. La multiplicité des éléments qui apparaissent indépendants les uns des autres peut-elle être reliée par une Loi qui les gouvernerait tous ? Nous rassemblons ce qui est épars, comme par exemple les pierres, pour qu’elles deviennent Temple qu’il faut ici comprendre dans son sens de Connaissance et d’Unité.

III. Les mots forcément substitués

Quels mots allons-nous utiliser pour construire ? Des mots forcément substitués à la langue originelle. Nous avançons prudemment. Tout d’abord apprentis, nous épelons, puis au grade Compagnons nous donnons un mot de passe au risque de le mal prononcer. Au 3ème Degré le F\ 1er Surv\ revient de l’Occident avec un mot de passe et un mot de Maître que le T\V\M\ approuve jusqu’à ce que, dit-il, les mots véritables puissent être retrouvés.
Le REAA nous dit que l’on transmet en substitution la première parole prononcée lors de la découverte de la dépouille de Hiram. Hiram, notre semblable, est soulevé par les Cinq Points Parfaits de la Maîtrise et le T\V\M\lui communique aussitôt les syllabes du Mot Sacré des Maîtres. La parole en maçonnerie est considérée comme perdue, parce que, selon la légende, Maître Hiram a emporté son secret dans la tombe. Et pourtant cette parole ne peut être complètement perdue puisqu’il faut que trois maîtres la connaissent pour qu’une loge puisse être opérative. En effet, le roi Salomon correspond à tout Très Vénérable Maître en chaire, Hiram de Tyr au premier surveillant et Hiram Abi au second surveillant. Tous les trois connaissent donc le mot sacré, mais il leur est impossible de le transmettre séparément, c’est pourquoi Salomon et Hiram de Tyr n’avaient pas la possibilité de transmettre ce mot dans les conditions requises après la disparition d’Hiram Abi. De cette légende nous pouvons comprendre que ce qui est perdu, c’est la conception de l’Unité dans l’ensemble de l’ouvrage conçu et organisé par Maître Hiram, d’où la nécessité d’envisager une solution de remplacement, dite de substitution. Le Maître accède au stade supérieur où il est censé avoir la capacité de lire et d’écrire au livre de vie du Grand Architecte de l’Univers, puisqu’il reçoit la planche à tracer. Guenon dit que ce mot sacré, en réalité n’est pas autre chose qu’une question, et la réponse à cette question serait le vrai mot sacré ou la parole perdu elle-même, c'est-à-dire le véritable nom du Grand Architecte de l’Univers.
Cette parole perdue rappelle que le serment maçonnique se prête sur l'Evangile de St.-Jean, il débute ainsi :
« Au commencement était le verbe, et le verbe était avec Dieu; et le verbe était Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et sans lui, rien de ce qui a été fait n'aurait été fait. En lui était la vie, et la vie était la lumière des Hommes. Et la lumière luit dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l'ont point reçue… »
La parole perdue rappelle la puissance initiale du verbe au commencement de la Genèse, la parole créatrice, qui était l’attribut de l’homme primordial lequel en nommant une chose lui donnait vie. On peut considérer que nommer (à l’origine) c’était avoir la capacité de commander à la matière et de la transformer selon le verbe initial. De ces constatations il ressort que le mot du Maître, le mot ineffable relève d’une connaissance du Principe créateur. Le nommer serait le manifester alors que nul ne peut appréhender la quintessence divine dans son ensemble. Cette parole primordiale a été détruite de par la rupture faite avec le principe créateur.
En conclusion de cette parenthèse, peu importe ce qu'était cette parole, peu importe comment elle a été perdue et enfin où et quand la Parole perdue a été ou sera retrouvée !
Le seul élément du mythe à considérer est son interprétation. En considérant l'idée abstraite de la Parole perdue et retrouvée, on peut dès lors la concevoir comme le symbole de la vérité et ses avatars et par l'intérim de la parole de substitution, les composantes d'une symbolique mythique qui représente la recherche de la Vérité.
Mais à côté de cette interprétation générale, on peut également concevoir la Parole perdue et retrouvée comme un symbole vers la Lumière et la Vérité, une quête du Graal.
Dans ce mystère, les trois compagnons tiennent le rôle capital. En maçonnerie, quand un Compagnon devient Maître, il apprend que trois Compagnons ont commis un crime irréparable en blessant à mort le Maître Hiram. Mais qui sont ces trois compagnons et quelle est leur responsabilité dans ce drame ? Nous les désignerons symboliquement comme étant l'Ignorance, le Fanatisme et l'Ambition. Ces trois attitudes humaines que dans nos Loges nous cherchons à dominer, ont été et seront toujours nécessaires à l'Homme pour qu'il puisse apprendre à travers elles, à vaincre sa propre nature et avancer sur le chemin des mystères et la perfection.
L'ignorance : Ce défaut général de connaissance, ce manque de savoirs est redoutable quand l'Homme s'abandonne à elle.
Le Fanatisme : le deuxième compagnon, allié à l'ignorance ne peut qu'amener douleurs et peines dans la vie de celui qui est sous son emprise car, aveuglé par une passion qui le pousse à des excès, il sera sourd à tout appel de la raison.
Le Troisième compagnon représente l'Ambition sous son aspect le plus négatif et le plus borné, le plus dangereux aussi lorsqu'il prend des formes les plus élaborées et plus insidieuses.
Enfin, les défauts symbolisés par les trois compagnons coupables ont été indispensables au drame d'Hiram, car sans eux, cette dernière initiation, celle qui doit permettre l'accès à un plan de conscience supérieur, n'aurait pas eu lieu et se rappelant que les puissances impures sont donc utiles à ce travail d'alchimie spirituelle.
Le plus important demeure néanmoins que la Franc-maçonnerie s'étant incorporé depuis les années lumières un message universel dont l'origine remonte à la nuit des temps est virtuellement la dépositaire de la Parole qui, crée, perdure.
La recherche d'une origine historique au mythe en général serait forcément vouée à l'échec au même titre que de chercher qui fut l'inventeur de l'équerre et du compas. La seule différence entre ces deux piliers de la pérennité du travail initiatique tient uniquement aux places qu'ils occupent, car les outils ou symboles permettent la réalisation extérieure, les mythes rattachent l'Homme à la divinité intérieure.
Au travers du chemin maçonnique, le mythe d'Hiram signifie en d'autres termes que :
1. C'est à une 1ère manifestation du Maître Hiram intérieur, c'est-à-dire du « Fils » que nous portons en nous, que l'Apprenti doit de s'être tranché la gorge, la ré - instauration du « Cherchez et vous trouverez » dans sa personne, soit de son 1er degré de Lumière, lui valant à l'avenir de ne plus compter que sur lui-même et, s'ensuivant de perdre sa « Peau », de mettre fin à son état de dépendance à l'égard d'autrui et de ses points de vue (idées reçues, croyances)
2. C'est à une 2ème manifestation du Maître en cause, de ce Fils intérieur, que le Compagnon se doit d'avoir eu le cœur arraché, le « On vous donne » lui accordant son 2ème degré de Lumière, à savoir le caractère objectif que la perte de sa « Chair » de son ego intéressé, imprime aux vérités qu'il met au jour.
3. C'est à une 3ème et dernière manifestation du Maître s'avérant dès lors le Fils aussi bien de l'homme que du GADLU, que le Compagnon élevé à la Maîtrise doit de s'être partagé en deux, de s'être séparé de son ego, l'autorité royale du Fils exigeant de qui veut l'exercer, et s'en adjoindre les informations des os « complètement secs » Moabon. (Ezéchiel, chapitre 37 et II Rois, chapitre 4 verset 34) Rassembler ce qui est épars. Les messages profonds des mythes sont compréhensibles uniquement à ceux qui en ont la clé, à ceux qui sont aptes à capter le message que le mythe véhicule. C'est cela l'aspect initiatique du mythe, c'est-à-dire, l'accessibilité à une préparation intérieure. En conclusion, rappelons-nous qu'il faut 33 degrés à la Franc-maçonnerie pour apprendre par les grades à passer des ténèbres à la lumière avec à chaque palier, des nuances faites de symboles au moyen du fil rouge qu'est le mythe d'Hiram. Vous avez bien compris mes TCF que dès le 1er degré nous devenons des chercheurs qui tentent de reconstituer un puzzle à travers les outils et symboles qui nous sont communiqués. Je souhaiterais que ce travail soit une base de discussion, de confrontation des idées et des points de vue, afin que nous progressions ensembles sur les voies qui nous sont tracées.
Ch\ B

Source : www.ledifice.net

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