Jeudi 9 juillet 2009

Préparation du Temple

 

  

Le Temple sera décoré et fleuri. On laissera en son milieu un large

espace où sera placée la table de « Reconnaissance Conjugale ». Sur

cette table, enveloppée d'une draperie, sont disposés et recouverts d'un

voile les objets symboliques nécessaires à la cérémonie soit :

 

- Le Cordon conjugal qui est un Grand Cordon de Maître de dimensions

suffisantes pour pouvoir embrasser en même temps les deux époux.

 

- Un Cordon bleu d'adoption destiné à l'épouse.

 

- Une baguette de verre transparent rayée à la lime dans son milieu afin

de pouvoir être facilement brisée.

 

- Trois petits verres de cristal, l'un contenant un peu de vin, l'autre

un peu d'eau, le troisième vide.

 

- Une corbeille décorée emplie de fruits et de fleurs.

  

- Un flambeau à trois branches au milieu de la table, ou bien un

flambeau simple à chaque coin.

 

- L'anneau conjugal.

 

Des places sont réservées sur les « colonnes », c'est-à-dire sur les

côtés au Nord et au Sud pour les membres de la famille. Des fleurs

seront distribuées aux dames présentes.

Les Maçons et les époux se réunissent au préalable dans les parvis, à

l'extérieur du Temple. Au contraire, les profanes sont directement

introduits dans le Temple et placés sur les colonnes, les Dames au

premier rang. 

Les Maçons pénètrent alors dans le Temple, décorés de leurs insignes et

rangés en cortège de la manière suivante:

 

en tête, le Porte-étendard; après lui, coude-à-coude, le Grand Expert

et le Maître des Cérémonies; puis viennent tous les Frères, deux-à-deux,

les bras croisés tenant chacun, dans la main droite, un glaive placé la

tête en bas.

 

puis le Vénérable suivi des deux Surveillants, chacun d'eux portant

son maillet de la main droite appliquée contre la poitrine, puis les

autres Officiers de la Loge.

La Musique se fait entendre pendant que les Maçons se rangent sur les

colonnes. Quand tout le monde est en place, la Musique s'arrête, le

Vénérable frappe un coup de maillet.

 

VEN. - Frères ler et 2ème Surveillants, vous savez que la présence de

profanes dans le Temple nous interdit d'ouvrir nos Travaux suivant nos

rites accoutumés. Veuillez donc simplement inviter les personnes

étrangères à notre Ordre, qui se trouvent placées sur chacune de vos

colonnes, à suivre les cérémonies symboliques qui vont se dérouler sous

leurs yeux avec l'attention sympathique et le silence respectueux que

méritent les doctrines, les usages et les traditions séculaires des

Francs-Maçons.

 

 Cette annonce est répétée par les deux Surveillants et le Vénérable

déclare ouverts les Travaux en Tenue Blanche de la Loge.

 

Les délégations maçonniques composées d'invités de marque, hauts

dignitaires, sont reçues aux acclamations de « Liberté! - Egalité! -

Fraternité! » pendant que les Frères lèvent leurs glaives et forment la

Voûte d'Acier.

Les époux attendent à la porte du Temple.

 

ler SURV. - Vénérable Maître, il y a dans le parvis un de nos Frères,

accompagné par une jeune femme qu'il a épousée devant l'officier de

l'état civil. Il vient nous la présenter et réclamer pour elle la

protection de la Maçonnerie.

 

VEN - Quels moyens devons-nous employer, Frère Ier Surveillant, pour

assurer à cette jeune femme la protection que son mari, qui est un des

nôtres, a le droit, en effet, de nous demander pour elle?

 

ler SURV- Que notre Frère la conduise dans ce Temple afin qu'au

milieu des profanes et des Maçons qui emplissent aujourd'hui cette

enceinte, son union soit publiquement reconnue selon les Rites

traditionnels de notre Ordre.

 

VEN - Qu'il soit fait comme vous l'indiquez,

 

La Musique joue une « Marche nuptiale » pendant que les époux pénètrent

dans le Temple.

 

VEN - Mon Très Cher Frère, en conduisant aujourd'hui au milieu de vos

Frères, dans la Loge à laquelle vous appartenez, la femme que vous venez

d'épouser suivant les lois de votre pays, vous nous donnez un nouveau

témoignage de votre attachement à notre Ordre. Je vous en félicite et

votre épouse est la bienvenue parmi nous. Les cérémonies symboliques qui

vont, suivant nos Rites accoutumés, entourer vos premiers pas dans

l'existence nouvelle où vous entrez n'ont rien de commun, ni dans la

forme, ni dans le fond, avec celles que déploient, dans des

circonstances analogues, les diverses sectes religieuses dont la

Maçonnerie a précisément pour but de combattre les superstitions

détestables et les dangereuses tendances.  

Maintenant, je vous invite l'un et l'autre à vous lever et à vous tenir

debout devant moi (ils se lèvent). Persistez-vous mon Frère à réclamer

de nous, au nom de votre femme et au vôtre, la reconnaissance de votre

union conjugale ?

 

Le F. EPOUX - Nous persistons, Vénérable Maître.

 

VEN. - Promettez-vous, alors, de demeurer tous les deux fidèles aux

règles et aux traditions de notre Ordre, de cultiver dans la famille

nouvelle que vous allez fonder les grands principes de Liberté,

d'Egalité, de Fraternité, de solidarité et de justice que proclament les

Francs-Maçons?

 

Le F. EPOUX - Nous le promettons Vénérable Maître.

 

VEN. - Vous engagez-vous à élever vos enfants dans ces principes?

 

Le F. EPOUX - Nous nous y engageons.

 

VEN- Nous allons donc célèbrer votre Reconnaissance Conjugale selon

nos Rites accoutumés. Je vous invite en conséquence à accorder l'un et

l'autre l'attention la plus recueillie à la haute signification de nos

Symboles qui, si vous vous y prêtez, graveront dans vos esprits, en

rendant leur empreinte plus durable, les principes généraux qui doivent

être désormais la règle de votre conduite familiale.

 

Le voile qui recouvre la table est enlevé et les Frères qui portent

l'équerre, le compas, le niveau et le maillet se rangent au milieu du

Temple et déposent ces outils sur la table. Le Cordon conjugal est alors

passé aux époux, c'est-à-dire placé en écharpe de l'épaule droite de

l'époux à l'aisselle gauche de l'épouse. Le Frère époux passe lui-même

l'anneau conjugal au,doigt de sa femme. La baguette de verre symbolique

est placée entre les mains des époux.

 

VEN- Cette baguette est de verre, et si elle possède la pureté, la

transparence et l'éclat que doit avoir tout amour légitimement partagé,

elle en a aussi la fragilité. Si vous ne teniez pas avec prudence la

baguette qui vous unit en ce moment, elle tomberait bientôt sur le sol

et vous n'en recueilleriez que les inutiles débris.

 

La baguette est reprise par le Frère Grand Expert qui la brise sous les

yeux des époux.

 

VEN - Ils comprendront par ce symbole que leur union peut être

volontairement et légalement rompue par eux comme vient de l'être cette

baguette. Nous rendons hommage à la logique et à la sagesse des

législateurs républicains qui ont introduit dans nos lois le principe du

divorce si longtemps réclamé par nous ****.

 

Un verre de vin est remis à l'époux et un verre d'eau à l'épouse. Ils

doivent chacun en verser le contenu dans le verre vide.

 

VEN - Que ce mélange symbolique leur rappelle que leurs qualités

diverses doivent s'unir et se tempérer en une commune harmonie.

 

Le Cordon conjugal est alors enlevé et le Cordon d'adoption maçonnique

est passé au cou de la jeune femme.

 

VEN. - Il lui rappellera le lien étroit et puissant qui la rattache

désormais à notre Ordre et la fidélité qu'elle doit à nos doctrines et à

nos institutions.

 

Les Frères se réunissent alors au milieu du Temple et forment un ovale.

Ils ont tous les bras croisés, le glaive pointe en bas dans la main droite.

 

VEN - Formez la Chaîne d'Union, mes Frères. Et vous, Frère Grand

Expert, faites circuler notre attouchement mystérieux par le Midi et par

le Nord.

 

ler SURV - Vénérable Maître, le signe n'a pu parvenir jusqu'à moi sur

la colonne du Midi par l'absence d'un des anneaux de cette Chaîne. Le

Frère qui représente cet anneau est retenu au milieu du Temple par la

femme qu'il a conduite ici et il n'a pu se joindre à nous pour complèter

notre Chaîne dUnion.

 

Le Frère époux est invité à reprendre sa place où il est conduit par son

épouse. Cette fois le signe circule et la Chaîne est parfaite sur les

colonnes du Nord

 

VEN - C'est à cette jeune femme que nous devons mes Frères d'avoir pu

renouer notre Chaîne d'Union momentanément brisée. Souvenons-nous, par

cet exemple, du rôle important que les femmes peuvent et doivent jouer

dans le fonctionnement régulier de nos institutions.

 

En échange de l'éducation nouvelle dépouillée de préjugés et de

superstitions que nous leur donnerons, elles seront nos auxiliaires

fidèles dans les oeuvres humanitaires que nous entreprenons; elles nous

élèveront avec ardeur de jeunes générations de bons Maçons et

deviendront ainsi un des instruments les plus précieux de propagande.

 

L'époux est reconduit près de son épouse et lui transmet au nom de tous

les Frères un triple baiser. Les Frères lèvent leurs glaives alors que

les époux promettent de pratiquer ensemble les vertus que l'on enseigne

dans les Temples, d'élever leurs enfants dans le respect de la science,

de la raison et dans le mépris des superstitions.

 

VEN- En échange de cette promesse, au nom du GRAND ORIENT DE FRANCE

et en vertu des pouvoirs qui m'ont été conférés par cette Respectable

Loge, je proclame la Reconnaissance Conjugale de ces époux. Je les

déclare membres de la grande famille maçonnique et je vous prie, mes

Frères, de les reconnaître en cette qualité et de leur prêter en toutes

circonstances l'affection, l'aide et la protection que se doivent entre

eux les Maçons.

 

Une corbeille de fleurs et de fruits est offerte à l'épouse. On entend

alors la Musique. Ensuite, le Frère Orateur prononce un discours. Puis

le Vénérable remercie l'assistance et, pendant que la Musique qui

s'était tue reprend, on fait circuler le Tronc de la Veuve (devant les

profanes on dit « le tronc hospitalier »). Enfin les époux sortent avec

leurs familles respectives et les invités profanes. Il ne reste plus que

des Maçons dans le Temple.

 

VEN - Séparons-nous en paix, mes Frères, nos Travaux en Tenue Blanche

sont terminés.


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Jeudi 9 juillet 2009

Catéchisme

Q – D’où venez-vous, mon Bon Cousin Charbonnier ?

R – De la Forêt.

Q – Qu’avez-vous fait ?

R – A tout prix, je me suis pourvu en matériaux pour cuire la Fournée.

Q – Que nous apportez-vous ?

R – Le Salut et l’Amitié à tous les Bons Cousins Charbonniers.

Q – Où avez-vous été reçus ?

R – Sur une pièce de lin dans une Chambre d’Honneur d’une Vente Parfaite.

Q – Par où vous a-t-on fait passer ?

R – Au milieu d’une forêt, sur l’échelle d’un Fourneau de charbons allumés par trois bons Cousins Charbonniers dans une Chambre d’Honneur.

Q – Comment étiez-vous préparé ?

R – J’étais décemment vêtu, mais les yeux bandés.

Q – Avez-vous fait un voyage ?

R – J’en ai fait deux : un à travers la Forêt, l’autre à travers le Feu.

Q – Qu’indique le voyage à travers la Forêt ?

R – Que la vie humaine est entourée de dangers, et que pour les éviter le Bon Charbonnier doit être vigilant et sur ses gardes.

Q – Qu’indique le second voyage ?

R – Ce voyage effectué à travers le feu indique que le cœur des Bons Charbonniers doit être purifié de toute tâche, de nature à souiller et corrompre les bonnes mœurs.

Q – Qu’avez-vous observé après ces voyages ?

R – Je fus conduit sous le bandeau à la Vente, pour y révéler mon nom, mon prénom, ma patrie, mon âge, ma religion, ma condition et mon domicile actuel.

Q – Que portaient ceux qui vous ont reçus ?

R – Eau, terre, feuilles.

Q – Que signifient ces choses ?

R – Que sans réunir les matériaux, on ne peut construire le fourneau ni allumer les charbons.

Q – Introduit dans la Vente, qu’avez-vous déclaré d’autres que vos nom et prénom ?

R – Agenouillé devant le Trône, j’ai prononcé mon Serment, on m’a retiré le bandeau, et j’ai été instruit des Signes, Attouchements et Mots.

Q – Quels sont ces signes ?

R – (on les fait en réponse)

Q – Quels sont les mots ?

R – Je ne les sais pas tous. Dites-moi le premier, je dirai le second.

(on se les dit tour à tour)

Q –Quel est l’Attouchement ?

R – (on se le donne en réponse)

Q – Que signifie le Tronc ?

R – Le ciel et la rotondité de la terre.

Q – Qu’entendez-vous à travers ces images ?

R – Sur la surface de la Terre sont dispersé les BCC et le ciel, de sa voûte, les couvre et les protège.

Q – Qu’avez-vous remarqué au-dessus de lui ?

R – Sept bases bien placées et en bon ordre.

Q – Quelles sont ces bases ?

R – La pièce de lin, l’eau, le feu, le sel, la croix, le fagot et les feuilles.

Q – Que signifie la pièce de lin blanc ?

R – La candeur de nos mœurs, essentielle à tous les bons Charbonniers.

Q – Que signifie l’eau ?

R – Rendue sacramentelle par le Grand Maître de l’Univers, elle a fait de nous ses amis.

Q – Que signifie le sel ?

R – C’est lui qui nous apprend à devoir nous employer à contraindre la corruption occasionnée par le vice dans nos cœurs, non seulement dans tous les Bons Cousins Charbonniers, mais encore dans tout le reste des hommes.

Q – Que signifie le feu ?

R – Que le cœur des Bons Charbonniers doit être toujours brûlant des flammes de la charité et de la Maxime de cette sublime morale de faire aux autres ce que nous voudrions que l’on nous fît à nous-mêmes.

Q – Que signifie la tête coupée du loup ?

R – C’est le destin réservé à qui tenterait de jeter le trouble dans nos paisibles travaux.

Q – Que signifie la croix ?

R – Que l’on ne parvient à la vertu qu’après de grandes souffrances, à l’exemple de notre Grand Maître, qui par la croix nous a unis à Dieu.

Q – Que signifie le fagot et à quoi sert-til ?

R – C’est le matériau principal pour cuire une fournée.

Q – Qu’avez-vous observé d’autre ?

R – Un mouchoir blanc et une certaine quantité de terre ; j(‘ai encore vu du fil, une couronne d’épines et des rubans.

Q – Que signifie le mouchoir blanc ?

R – La pureté et la candeur des BCC.

Q – A quoi sert la terre ?

R – A fermer le fourneau.

Q – Que signifie le fil ?

R – La chaîne mystique qui noue et étreint les bons Charbonniers par l’entremise de la vertu.

Q – Que signifie la couronne d’épines ?

R – C’est celle dont les BCC doivent mystiquement s’orner la tête pour se souvenir qu’il leur est interdit de former des pensées contraires à la Vertu, à la Religion, à l’Etat.

Q – Que signifient les rubans ?

R – Les attributs principaux de notre Société et les coutumes des Bons Cousins.

Q – De quelles couleurs sont ces rubans ?

R – Bleu, Rouge et Noir.

Q – Que signifie le bleu ?

R – Le feu du Fourneau.

Q – Que signifie le rouge ?

R – La flamme du fourneau.

Q – Que signifie le Noir ?

R – Le charbon du fourneau.

Q – Quelle est la signification mystique de chacune de ces couleurs ?

R – Le bleu signifie l’Espérance, le Rouge la Charité et le noir la Foi.

Q – De quel matériau fut fait le premier charbon ?

R – De fougère et d’Ortie

Q – Etes-vous apprenti Charbonnier ?

R – Mes Maîtres me reconnaissent comme tel.

Q – Combien de temps faut-il pour faire un apprenti ?

R – Neuf réunions.

Q – Avec qui les Apprentis travaillent-ils ?

R – Sous la direction des Maîtres.

Q – Que signifie le Signe d’Apprenti ?

R – La Foi du Bon Charbonnier.

Q – Que signifie le modèle apposé à votre veste ?

R – La perche du fourneau.

Q – Comment se taillent les faisceaux du fagot ?

R – A la manière du modèle, comme la perche.

Q – Que signifie le chapeau en Vente ?

R – Que le fourneau est couvert.

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Jeudi 9 juillet 2009

 

Instruction au premier degré

 

A chaque grade druidique se rattache une instruction par demandes et réponses.

 

Q-Quel est le lien qui nous unit ?

R- Le Druidisme.

 

Q - Qu'est-ce que le Druidisme ?

R - C'est une Fraternité millénaire d'hommes éclairés, héritiers des antiques cénacles ésotériques et occultes de Celtie.

 

Q - Êtes-vous Druuis ?

R - Mes brateres me reconnaissent pour tel.

 

Q - Pourquoi répondez-vous ainsi ?

R - Parce qu'un mapiniacos doit se défier de lui-même et craindre de porter un jugement avant d'avoir fait appel aux lumières des antrauones.

 

Q - Qu'est-ce qu'un druuis ?

R - C'est un initié de Celtie, libre et de bonnes mœurs, et qu'éclaire en sa sollicitude Uara, fille de Noux, la Nuit, épouse de Dits Atir, notre Père à tous.

 

Q - Que veut dire libre ?

R - L'homme libre est celui qui, après être mort aux préjugés du vulgaire, s'est vu renaître à la vie nouvelle que confère l'Anamu qui anime et conduit l'initié.

 

Q - Quels sont les devoirs d'un Druuis ?

R - Accomplir à chaque instant ma tâche sacrée, garder inviolablement le Secret druidique, ne jamais rien dire ou écrire sur ce que j'aurais vu ou entendu, pouvant concerner le Collège, à moins que j'en ai reçu l'autorisation, et seulement de la manière qui pourra m'être indiquée, aimer mes frères druidisants et pratiquer envers eux, en toutes circonstances, véracité absolue, entraide et protection mutuelle.

 

Q - Où avez-vous été reçu mapiniacos ?

R - Dans une ialon juste et parfaite.

 

Q - Que faut-il pour qu'une ialon soit juste et parfaite ?

R - Trois la dirigent, cinq l'éclairent, sept la rendent juste et parfaite.

 

Q - Expliquez cette réponse ?

R - Les trois sont l'Odacos et ses deux Ariani, les cinq sont les lumières de Stirona, les sept sont les piliers du Nemeton.

 

Q - Depuis quand êtes-vous Druuis ?

R - Depuis que j'ai reçu la Lumière, fille de la Nuit.

 

Q - A quoi reconnaîtrai-je que vous êtes Druuis ?

R - A mes signes, mots et attouchements ?

 

Q - Comment interprétez-vous cette réponse ?

R - Un druuis se reconnaît à sa façon d'agir, toujours équitable et franche (signes), à son langage loyal et sincère (mots); enfin, à la sollicitude fraternelle qu'il manifeste pour tous ceux à qui il est rattaché par les liens de la solidarité (attouchement).

 

Q - Comment se font les signes des druuides ?

R - Par équerre, niveau et perpendiculaire.

 

Q - Faites le signe d'ordre.

R - (mise à l'ordre)

 

Q - Que signifie ce signe ?

R - La main droite placée en équerre sur la gorge, et la main gauche placée en équerre sur le ventre paraissent contenir le bouillonnement des passions qui s'agitent dans la poitrine et le ventre, et préservent ainsi la tête et le cœur de toute exaltation fébrile, susceptible de compromettre notre lucidité d'esprit et de sens.

 

Q - Faites le signe pénal ?

R - (signe pénal).

 

Q - Que signifie ce signe ?

R - Que je préférerais avoir la gorge et le corps tranchés plutôt que de révéler les secrets qui m'ont été confiés.

 

Q - Donnez moi le Iulucos.

R - Recherche, Savoir, Sagesse.

 

Q - Quelle est la forme de votre ialon ?

R - Un cercle fermé.

 

Q - Dans quel sens est sa largeur ?

R - Du uodolos à l'ariteros, et du dexiuos au toustos, et du neinon ("zénith") au Neianon ("nadir").

 

Q - Que signifient ces dimensions ?

R - Que le Druidisme est universel.

 

Q - Pourquoi votre ialon est-elle située du uodolos à l'ariteros?

R - Elle est orientée comme toutes les clairières sacrées pour rappeler à ses adeptes que le Druidisme leur indique que la Lumière est fille de la Nuit.

 

Q - Qu'entendez-vous par le mot ialon ?

R - C'est la Clairière secrète qui sert d'abri, au milieu de la Forêt sacrée, aux Brateres pour couvrir leurs travaux.

 

Q - Pourquoi les travaux druidiques doivent-ils être accomplis à couvert ?

R - Parce que toute cérémonie druidique se double, en des plans plus subtils, d'une réalisation occulte. Toutes les forces des brateres sont rassemblées à l'abri des turbulences du dehors pour œuvrer pour la plus grande gloire, la bonne marche de l'Ordre Naturel.

 

Q - A quoi peut se comparer une ialon régulièrement couverte ?

R - A l'œuf de serpent des druides.

 

Q - Que dites-vous quand les travaux ne sont pas couverts.

R - Il pleut.

 

Q - Qu'est-ce qui soutient la Clairière ?

R - Trois grands arbres qu'on nomme Recherche, Savoir, Sagesse, et qui sont représentés par l'Odacos et les deux Ariani. La Recherche est l'étude constante, le Savoir est la connaissance de l'Ordre naturel et la Sagesse est celle de la Tradition ancestrale.

 

Q - Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir druuis ?

R - Parce que j'étais dans le vulgaire enténébré et que j'ai désiré recevoir la Lumière.

 

Q - Dans quel état étiez-vous quand on a procédé à votre initiation ?

R - Ni nu, ni vêtu, privé de l'usage de la vue, dépourvu de tous métaux, une corde autour du cou.

 

Q - Pourquoi cet état ?

R - En partie dépouillé de mes vêtements pour symboliser l'état de dénuement qui précède la Naissance, le cœur découvert en signe de sincérité, les pieds nus par respect de la Terre sacrée, aveuglé pour marquer mon ignorance, privé de tous métaux pour preuve de mon désintéressement et désir de renoncer à tout ce qui brille d'un éclat trompeur, une corde autour du cou pour symboliser le lien qui me reliait encore à mon ancien corps.

 

Q - Comment avez-vous été introduit dans la ialon ?

R - Par trois grands coups.

 

Q - Que signifient ces trois grands coups ?

R - Demandez la Lumière et on vous la donnera, cherchez la Vérité et vous la trouverez, frappez à l'entrée du Nemeton et l'on vous recevra.

 

Q - Que vous est-il arrivé après votre passage dans la ialon ?

R - Après avoir été purifié par les quatre élémentaires, le Vénérable Odacos m'a reçu mapiniacos.

 

Q - Qu'avez-vous fait après avoir subi ces épreuves ?

R - J'ai prêté le serment d'entrée à la Comardiia Druuidiacta Aremorica Uecorectus.

 

Q - Quel est ce serment ?

R- Le Ciel est au dessus de nous,

la Terre en dessous,

la Mer tout autour nous environne.

Si le Ciel ne tombe, avec sa pluie d'étoiles

sur la face de la Terre où nous sommes,

si la Terre ne se brise en se séparant de la Terre,

si la Mer aux solitudes grises ne vient,

sur le front chevelu de la Vie,

je jure par Dagodêuos et tous les dieux de la Celtie,

par le Soleil et par la Lune,

par l'Eau et le Feu,

par l'Air et la Terre,

par le Jour et la Nuit,

de servir la Tradition de nos aïeux,

d'être fidèle à l'esprit et aux lois

de la communauté à laquelle désormais j'appartiens,

de servir selon ma fonction,

da renaissance celtique,

dur toutes les terres de Celtie.

 

Q - Quel rapport symbolique existe-t-il entre le Soleil, la Lune et l'Odacos ?

R - Le Soleil représente la raison qui éclaire les intelligences, la Lune figure l'imagination qui revêt les idées et l'Odacos symbolise à l'ariteros le principe conscient qui s'illumine sous la double influence du raisonnement et de l'imaginaire.

 

Q - Pourquoi l'Odacos se tient-il à l'ariteros ?

R - L'Odacos se tient à l'ariteros car il représente la Lumière, fille de la Nuit qui éclaire les travaux.

 

Q - Où se tiennent les mapiniacoi ?

R - Au Toustos, la région la moins éclairée, parce qu'ils ne possèdent pas encore toutes les connaissances lumineuses des mystères du Druidisme.

 

Q - Combien de temps faut-il pour faire un bon mapiniacos ?

R - Trois fois la plus longue course du Soleil.

 

Q - A quelle heure, les druuis ont ils coutume de commencer leurs travaux ?

R - Là où jouxte la Nuit avec le Jour.

 

Q - A quelle heure, les druuis ont-ils coutume de finir leurs travaux ?

R - A la culminance du Soleil, au point le plus haut de sa course.

 

Q - Combien de temps travaillent les druidisants ?

R - Du plus profond de la Nuit au sommet du Jour.

 

Q - Pourquoi les druides travaillent-ils du plus profond de la Nuit au sommet du Jour ?

R - Pour honorer la Mère, reine des Nuits lunaires, qui ordonne les rythmes des vies et des naissances, pour renaître à la Lumière du Jour.

 

Q - Que signifie trois fois la plus longue course du Soleil ?

R - C'est l'âge du mapiniacos, c'est aussi son grade. Le mapiniacos est initié aux mystères des trois premiers nombres.

 

Q - Quels sont ces mystères ?

R - Ils se déduisent des propriétés des nombres. Tout est Un. Le Un ne saurait exister en dehors du Tout. Le deux est le nombre de la Science, il représente un antagonisme qu'il convient de concilier. Il y a donc lieu de ramener le binaire à l'unité par le moyen du nombre Trois. Le ternaire est la synthèse de ce qui parait s'opposer. C'est le Guton.

 

Q - A quoi travaillent les mapiniacoi ?

R - A marcher dans l'harmonie.

 

Q - Faites la marche du mapiniacos.

R - Le mapiniacos exécute les pas rituels.

 

Q - Donnez-moi l'attouchement.

R - Le mapiniacos donne l'accolade fraternelle.

 

Q - Donnez-moi l'acclamation.

R - Le mapiniacos exécute la batterie.

 

Ensemble : Nous sommes en paix.


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Jeudi 9 juillet 2009
Mes BAF's votre avis m'intéresse !
Pour vous un maçon sans obédience reste-t-il un maçon, ou bien est-ce l'obédience qui fait le maçon?

Est-ce que dans vos temples vous recevez des Soeurs et Frères qui n'appartiennent plus à une obédience, ou exigez vous l'appartenance pour accepter de les recevoir?

Vous vous doutez que vos réponses sont importantes pour moi!!

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Samedi 27 juin 2009
Après 10 ans de bons et loyaux services, selon la formule consacrée, je démissionne de la GLNF pour pouvoir continuer librement  mes recherches.
S'il existe des Frères pour qui la recherche la spiritualité sont plus importantes que la cordonnite et l'attrait des "médailles en chocolat", qu'ils aient la fraternité de se manifester et de me contacter via ce blog qui n'a toujours eu pour but de "réunir ce qui est épars", en montrant que notre association est une grande famille de "cherchants, perséverants et parfois souffrants".
3 bises

pod357@orange.fr


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Jeudi 2 octobre 2008

Mon dernier travail :

La Rencontre » a pour but de vous faire découvrire, les vies, les doctrines et les relations de trois des plus importants personnages de la Franc-Maçonnerie.

Ils nous ont légué un héritage fondamental, sous forme d’écrits et de rituels.

Martines de Pasqually à été le créateur de l’Ordre des Elus Coëns, Willermoz du Régime Ecossais Rectifié et Saint Martin inspira le système qui devait porter son nom, le Martinisme.

Ils ont vécu tous les trois pendant les « années décisives » de la maçonnerie, le 18ème siècle où tous les systèmes de hauts grades actuels se sont mis en place.

La Providence les a fait se rencontrer en 1766 pour Pasqually et Willermoz et en 1768 pour Pasqually et Saint Martin.

De 1768 à 1772, date du départ de Martines à St Domingue, leurs vies se sont croisées, l’un visitant l’autre, le troisième travaillant pour le premier..

De cette rencontre, mes Frères, il est sorti des doctrines et des systèmes, à la fois complexes et organisés.

 

Nous avons décidé de vous présenter Joachim Martines de Pasqually, Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint Martin en imaginant un débat post-mortem, où ils se présenteraient puis exposeraient leurs doctrines et enfin, sous forme d’interview croisées, ils évoqueraient leurs relations, parfois conflictuelles, mais surtout respectueuses et admiratives.


JOURNALISTE  : Mes frères Joachim Martines de Pasqually, Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint Martin je vais tout d’abord vous demander de vous présentez.

Dom Martines à vous l’honneur

 

MP : Merci. Mes Bien Aimés frères, je m’appelle Joachim Martines de Pasqually, je suis né en 1710 à Grenoble. Mon père était d’origine espagnole et ma mère française.

On dit ne savoir que peu de choses de ma vie. Et pourtant de culture classique, j’ai embrassé la carrière des armes en 1737. J’ai servi en Espagne en Corse et en Italie avec le grade de lieutenant.

En 1754, j’ai quitté l’armée pour me consacrer entièrement à ma vie spirituelle.

Cela n’a pas été chose facile, même si l’époque s’y prêtait.

Pour terminer avec ma vie profane, j’ai épousé en 1767  Marguerite- Angélique de Colas de Saint Michel qui m’a donné deux fils dont l’un est malheureusement mort en bas âge.

Je suis parti en 1772 pour St Domingue, pour le recouvrement de la succession d’un de mes lointains parents. J’y décéderait deux plus tard avec le sentiment d’avoir accompli l’œuvre de ma vie.

 

 JOURNALISTE : Dom Martines, parlez nous de votre engagement maçonnique.

 

MP : en 1754, je suis arrivé à Montpellier avec une mission que je définirait ainsi : je ne suis qu’un faible instrument dont Dieu veut bien, indigne que je suis, se servir pour rappeler les hommes mes semblables à leur premier état de Maçon, afin de leur faire voire véritablement qu’ils sont réellement hommes-Dieux, étant créés à l’image et à la ressemblance de cet Etre tout-puissant.

 

Mon père, Franc Maçon,  avait reçu de Charles Edouard Stuart, en 1738, une patente qu’il était autorisé à me transmettre. Après avoir longuement étudié la religion de mes ancêtres, la Bible et surtout l’Ancien Testament, mais aussi le Talmud et la mystique juive, j’ai décidé de créer mon Ordre maçonnique.

Pendant 20 ans, jusqu’à ma mort, je me suis entièrement consacré à la formation et au développement de cet Ordre en ouvrant des temples à Montpellier, Avignon, Marseille, Toulouse , Lyon et à Paris où je suis venu en 1767 et où j’ai initié les Frères Willermoz et Saint Martin.

 

JOURNALISTE : merci Dom Martines pour cette présentation qui nous permet de mieux vous connaître, je passe la parole à Jean-Baptiste Willermoz.

 

JBW : la première chose que je voudrai faire avant de vous parler de moi est de remercier le Grand Architecte pour m’avoir fait rencontrer mon Maître Martines ici présent et pour m’avoir accordé une très longue vie..94 ans dont 74 consacrés à la Franc-Maçonnerie, j’ai eu tout le temps pour créér mon Régime et je le dois à la bienveillance de Notre Père à Tous.

 

Je suis né à Lyon en 1730 ;

Ma vie profane et mon activité de marchand de soieries à été tout entière au service de la Franc-Maçonnerie.

J’ai été initié à 20 ans. Deux ans après, je suis devenu Vénérable de ma Loge..A l’époque et pour peu que vous soyez dévoué et motivé, l’Ordre n’imposait pas les délais qu’ils vous impose aujourd’hui.. Et c’est heureux car je n’imaginais pas alors, l’ampleur de ma mission.

Jusqu’en 1772 je me consacre tout entier à la pratique des nombreux grades en vigueur à cette époque. Je fonde la Loge « La Parfaite Amitié » en 1753 et m’implique dans la Grande loge des Maîtres Réguliers de Lyon.

En 1767, j’ai la chance de rencontrer Dom Martines et d’être admis dans l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers.

J’ai trouvé ce que je cherchais, un enseignement profond reposant sur des bases fondamentales et des pratiques rituelliques de haut niveau.

Je me souviens avoir écrit à cette époque " Quelques heureuses circonstances me procurèrent dans un de mes voyages d’être admis dans une société bien composée et peu nombreuse dont le but, qui me fut développé hors des règles ordinaires  et me séduisit. Dès lors tous les autres systèmes que je connaissais (car je ne puis juger de ceux que je ne connaissais pas) me parurent futiles et dégoûtants. C’est le seul où j’ai trouvé cette paix intérieure de l’âme, le plus précieux avantage de l’humanité relativement à son être et à son principe. "

 

Cependant et mon Maître me pardonnera mais déjà à cette époque, je constate qu’il manque une organisation solide et efficace pour transmettre ces savoirs.

Louis Claude de St Martin, après le départ de notre Maître pour St Domingue, me fait la joie et l’honneur de venir s’installer chez moi à Lyon. Nous y avons de fructueux échanges sur nos doctrines et notre vision de la Franc-Maçonnerie.

Après le départ de Dom Martines, le Grand Architecte de l’Univers m’a permis d’entendre parler d’un système intéressant et bien organisé et de contacter son fondateur  Karl von Hund.

 

INTERRUPTION

 

JOURNALISTE : Je crois que notre frère Karl von Hund est dans notre atelier..Mon Frère pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre Rite ?

 

KVH (l’invité surprise)

Mes frères résumer en quelques mots l’œuvre de toute ma vie.. Pas facile.

J’ai bâti mon système maçonnique en Allemagne entre 1751 et 1755, sur les fondations de l’Ordre du Temple ; Notre but, poursuivre l’œuvre d’Hugues de Payns et de ses chevaliers. L’Ordre du Temple n’est pas mort avec Jacques de Molay..Certes il a été dissout par la papauté, mais à resurgit au travers de la Franc-Maçonnerie.

Mon grand regret est de ne pas avoir été suivi par mes frères allemands qui après m’avoir fait confiance, se sont ralliés aux idées du Frère Eques Ab Eremo ,ici présent, au Convent de Wilhelmsbad, 6 ans après ma mort en 1782. Penser que qu’il n’y a qu’une filiation spirituelle entre l’Ordre du Temple et la Franc-Maçonnerie est pour moi une hérésie.

Puisque vous me donnez la parole mon Frère, j’ajouterai que j’ai le sentiment d’avoir été utilisé par notre Frère Willermoz qui s’est servi de l’organisation de mon Système pour développer le Régime Ecossais Rectifié et j’avoue trouver cette attitude peu fraternelle.

 

JOURNALISTE : mon Frère Jean-Baptiste, vous avez la parole

 

JBW : je tiens à remercier mon Frère Karl von Hund. Sans lui, sans ses enseignements, sans son aide et l’appui de son envoyé, le Baron von Weiler, je n’aurai jamais pu créer les base du Régime Ecossais Rectifié.

Notre Frère Karl a su créer un système solide, complet avec des protecteurs puissants et c’est grâce à son intermédiaire que j’ai pu rentrer en contact avec eux et imposer ultérieurement mes idées à Wilhelmsbad.. Cependant sa doctrine était sa faiblesse. Penser qu’un Ordre officiellement dissout pouvait revendiquer ses richesses et ses terres était non seulement dangereux politiquement, mais sans fondement historique.

La Franc-Maçonnerie est l’héritière spirituelle de l’Ordre du temple et c’est cet héritage qui est transmis dans les rituels du Régime Ecossais Rectifié, cet héritage avec la puissance de la doctrine de Dom Martines.. Mais j’en reparlerai ultérieurement ;

 

JOURNALISTE : revenons à votre parcours maçonnique.

 

JBW : après Wilhelmsbad  je me suis consacré à la rédaction et à la mise en place des rituels du RER, à son organisation et à son développement. En 1809 j’ai pu terminer la rédaction du 4ème Grade, le Maître Ecossais de St André.

A la fin de ma vie, j’ai découvert le magnétisme et le mesmérisme, en obtenant des cahiers d’instructions de l’agent inconnu. Expérience passionnante qui n’a pas été sans me rappeler les opérations théurgiques effectuées avec Dom Martines , mon Maître trop tôt disparu.

J’ai quand même réussi à me remarier à l’automne de ma vie  avec une très jeune femme de et je vous l’avoue mes frères cela a été une bénédiction du Grand Architecte !

 

JOURNALISTE : quelle vie !

 

LCSM : ça va être difficile d’en dire autant! Mon Frère Jean-Baptiste à eu la chance de se marier à un âge avancé avec une jeune et fraîche donzelle, j’ai toujours refusé ce lien même si l’on m’a demandé deux fois en mariage..Homme libre j’étais et homme libre je suis resté !!

 

 

JBW : je reconnais là l’esprit parfois caustique de mon Frère Louis Claude !

 

LCSM : à moi donc ! Je suis né à Amboise en 1743 dans un e famille dite de petite noblesse.

Après des études de droit je devins avocat ce qui ne me passionna guère.

A 22 ans, en 1765, je suis sous-lieutenant au Régiment de Foix. La carrière des armes me laisse beaucoup de temps libre et j’en profite pour parfaire mes recherches ésotériques.. Et oui, comme Dom  Martines et Jean-Baptiste, je me suis senti très tôt attiré par la spiritualité.

La même année un de mes amis officier me fait admettre dans l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers, fondé par Dom Martines.

En 1768 je rencontre enfin Dom Martines et deviens son secrétaire 3 ans plus tard.

Malheureusement Dom Martines part en 1772 et je retrouve bien seul. Jean-Baptiste me propose de le rejoindre à Lyon, et j’y reste deux ans. Cette période me permet de faire le point sur ma quête spirituelle et je rédige mon premier livre « Des erreurs de la Vérité ».

Je remercie mon Frère Jean-Baptiste pour son amitié et son soutient, sans lui cet ouvrage n’aurait jamais pu être écrit ! Il faut dire qu’à cette époque je n’avais plus un sou, me retrouvant sans travail.

Malgré tout je me suis éloigné des maçons lyonnais. Le travail collectif, les complications des assemblées cérémonielles et le rigorisme des rites maçonniques auxquels Jean-Baptiste restait profondément attaché me paraissaient loin de l’initiation authentique, celle du cœur.

En 1775 , à Paris, tout en restant fidèle aux enseignements de Dom Martines, je comprends que la véritable spiritualité est interne et qu’elle n’a pas besoins des opérations théurgiques pour se manifester.

Entre 1782 et 1802, j’ai beaucoup écrit et ma modestie m’empêche ici de vous donner la liste de tous mes ouvrages. Les plus connus sont cependant : Le ministère de l’Homme Esprit, l’Homme de Désir et le Tableau naturel des rapports qui unissent Dieu , l’Homme et l’Univers.

Je me flatte à titre purement profane, d’avoir été reçu par les plus grands et d’avoir eu les faveurs de nombreuses dames de la Cour. Il paraîtrait même qu’on m’y surnomma le Philosophe Inconnu.. Allusion aux Supérieurs Inconnus ?!

La maçonnerie à cessé de m’intéresser et en 1795 je demandais à être officiellement rayé de toutes les listes de l’Ordre.

Après cette époque je me rapprochait de Jacob Boehme dont la spiritualité me paraissait être un complément important aux enseignements de Dom Martines.

En 1803, je décède à 60 ans d’une vie trop courte, mais qui m’a apporté beaucoup.

 

JOURNALISTE : merci mes Frères pour ces présentations..

Je voudrais maintenant que vous nous parliez de vos rites et doctrines.. Je sais l’exercice est difficile car on ne résume pas en quelques mots l’œuvre de toute une vie, mais nos Frères ici présents aimeraient en savoir un peu plus sur vos quêtes maçonniques et spirituelles.

 

LCSM : pour ce qui est de la Franc-Maçonnerie même si elle a été à l’origine de ma quête, je m’en suis séparé car elle ne répondait pas suffisamment à mes exigences spirituelles.

 

JOURNALISTE : parlez nous de celles –ci

 

LCSM : L'idée essentielle qui se dégage de ma pensée est celle de la réintégration finale de l'homme au sein de la divinité.

Eloignons donc de nous les idées criminelles et insensées de ce néant, auquel des hommes aveugles enseignent que nous devons notre origine. N'avilissons pas notre être : il est fait pour une distinction sublime, mais elle ne peut l'être plus que son Principe ; puisque selon les simples lois physiques, les êtres ne peuvent s'élever qu'au degré d'où ils sont descendus. Et cependant ces lois cesseraient d'être vraies et universelles, si le principe de l'homme était le néant. Mais tout nous annonce assez nos rapports avec le centre même, producteur de l'universalité immatérielle, et de l'universalité corporelle, puisque tous nos efforts tendent continuellement à nous les approprier l'une et l'autre, et à en attacher toutes les vertus autour de nous. Observons encore que cette doctrine, sur l'émanation de l'être intellectuel de l'homme, s'accorde avec celle qui nous enseigne que toutes nos découvertes ne sont en quelque sorte que des réminiscences. On peut dire même que ces deux doctrines se soutiennent mutuellement : car si nous sommes émanés d'une source universelle de la vérité, aucune vérité ne doit nous paraître nouvelle ; et, réciproquement, si aucune vérité ne nous paraît nouvelle, mais que nous n'y apercevions que le souvenir ou la représentation de ce qui était caché en nous, nous devons avoir pris connaissance dans la source universelle de vérité... " On peut dire d'avance que tous les êtres créés et émanés dans la région temporelle, et l'homme par conséquent, travaillent à la même ouvre, qui est de recouvrer leur ressemblance avec leur principe, c'est-à-dire de croître sans cesse jusqu'à ce qu'ils viennent au point de produire leurs fruits, comme il a produit les siens en eux. Voilà pourquoi l'homme, ayant la réminiscence de la lumière et de la vérité, prouve qu'il est descendu du séjour de la lumière et de la vérité..."

 

Je dois aussi vous évoquer ce qu’est pour moi« l’homme de désir ».

D'un côté la magnificence de la destinée naturelle de l'homme est de ne pouvoir réellement et radicalement appéter par son désir que la seule chose qui puisse réellement et radicalement tout produire. Cette seule chose est le désir de Dieu ; toutes les autres choses qui entraînent l'homme, l'homme ne les appète point, il en est l'esclave ou le jouet. D'un autre côté, la magnificence de son ministère est de ne pouvoir réellement et radicalement agir que d'après l'ordre positif à lui prononcé à tout instant, comme par un maître à son serviteur, et cela par la seule autorité qui soit équitable, bonne, conséquente, efficace, et conforme à l'éternel désir.

Pour moi le seul véritable Temple de l’Homme est son esprit. L'homme, découvrant la science de sa propre grandeur, apprend qu'en s'appuyant sur une base universelle, son Etre intellectuel devient le véritable Temple, que les flambeaux qui le doivent éclairer sont les lumières de la pensée qui l'environnent et le suivent partout ; que le Sacrificateur, c'est sa confiance dans l'existence nécessaire du Principe de l'ordre et de la vie ; c'est cette persuasion brillante et féconde devant qui la mort et les ténèbres disparaissent ; que les parfums et les offrandes, c'est sa prière, c'est son désir et son zèle pour le règne de l'exclusive. Unité ; que l'autel, c'est cette convention éternelle fondée sur sa propre émanation, et à laquelle Dieu et l'Homme viennent se rendre, pour y trouver l'un sa gloire et l'autre son bonheur ; en un mot que le feu destiné à la consommation des holocaustes, ce feu qui ne devait jamais s'éteindre, c'est celui de cette étincelle divine qui anime l'homme et qui, s'il eut été fidèle à sa loi primitive, l'aurait rendu à jamais comme une lampe brillante placée dans le sentier du Trône de l'Eternel, afin d'éclairer les pas de ceux qui s'en étaient éloignés ; parce qu'enfin l'homme ne doit plus douter qu'il n'avait reçu l'existence que pour être le témoignage vivant de la Lumière et de la Divinité.

Mon Maître Martines de Pasqually m’a montré  le chemin vers la Vérité . Sans lui je n’aurais pas pu comprendre ce but noble et magnifique de l’Homme qui doit retourner vers la Lumière, mais je ne pense pas que cette réintégration passe doivent obligatoirement avoir le concours des gardiens invisibles. Elle se fait à mon sens, plus par le travail que l’Homme accomplit en interne sur lui-même et c’est pour cela que l’initiation et la quête maçonnique m’ont à une époque donné le moyen de travailler à ma réintégration, même si son côté collectif et réglementé m’ont convaincu de la démarche individuelle.

Je n’ai d’ailleurs de mon vivant créé aucun système maçonnique. Après ma mort, et à l’écoute de ma spiritualité l’Ordre dit Martiniste a été construit sur 4 grades à l’instar des rites maçonniques mais en privilégiant l’initiation et la transmission individuelles.

 

Mes Frères, la vraie quête est individuelle. Vous seuls pouvez ouvrir vos cœurs et prier pour atteindre le but suprême : redevenir l’Image de Dieu. .....



- Publié dans : hauts grades
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Lundi 29 septembre 2008
Mes TCS et BAF's
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Mardi 16 septembre 2008

La Légende d’HIRAM

racontée par Gérard de Nerval

dans son ouvrage “ Voyage en Orient ”

 

Histoire de la Reine du matin et de Soliman, Prince des Génies.

 

Chapitre XII. Macbénach

 

(...) Le temps était bas, et le soleil, en pâlissant, avait vu la nuit sur la terre. Au bruit des manteaux sonnant l'appel sur les timbres d'airain, Adoniram, s'arrachant à ses pensées, traversa la foule des ouvriers rassemblés ; et pour présider à la paye il pénétra dans le temple, dont il entrouvrit la porte orientale, se plaçant lui-même au pied de la colonne Jakin.

Des torches allumées sous le péristyle pétillaient en recevant quelques gouttes d'une pluie tiède, aux caresses de laquelle les ouvriers haletants offraient gaiement leur poitrine.

La foule était nombreuse ; et Adoniram, outre les comptables, avait à sa disposition des distributeurs préposés aux divers ordres. La séparation des trois degrés hiérarchiques s'opérait par la vertu d'un mot d'ordre qui remplaçait, en cette circonstance, les signes manuels dont l'échange aurait pris trop de temps. Puis le salaire était livré sur l'énoncé du mot de passe.

Le mot d'ordre des apprentis avait été précédemment JAKIN, nom d'une des colonnes de bronze ; le mot d'ordre des autres compagnons, BOOZ, nom de l'autre pilier ; le mot des maîtres JÉOVAH.

Classés par catégories et rangés à la file, les ouvriers se présentaient aux comptoirs, devant les intendants, présidés par Adoniram qui leur touchait la main, et à l'oreille de qui ils disaient un mot à voix basse. Pour ce dernier jour, le mot de passe avait été changé. L'apprenti disait TUBALKAÏN ; le compagnon, SCHIBBOLETH ; et le maître, GIBLIM.

Peu à peu la foule s'éclaircit, l'enceinte devint déserte, et les derniers solliciteurs s'étant retirés, l'on reconnut que tout le monde ne s'était pas présenté, car il restait encore de l'argent dans la caisse.

"Demain, dit Adoniram, vous ferez des appels afin de savoir s'il y a des ouvriers malades, ou si la mort en a visité quelques-uns."

Dès que chacun fut éloigné, Adoniram vigilant et zélé jusqu'au dernier jour, prit, suivant sa coutume, une lampe pour aller faire la ronde dans les ateliers déserts et dans les divers quartiers du temple, afin de s'assurer de l'exécution de ses ordres et de l'extinction des feux. Ses pas résonnaient tristement sur les dalles : une fois encore il contempla ses oeuvres, et s'arrêta longtemps devant un groupe de chérubins ailés, dernier travail du jeune Benoni.

"Cher enfant !" murmura-t-il avec un soupir.

Ce pèlerinage accompli, Adoniram se retrouva dans la grande salle du temple. Les ténèbres épaissies autour de sa lampe se déroulaient en volutes rougeâtres, marquant les hautes nervures des voûtes, et les parois de la salle, d'où l'on sortait par trois portes regardant le septentrion, le couchant et l'orient.

La première, celle du nord, était réservée au peuple ; la seconde livrait passage au roi et à ses guerriers ; la porte de l'Orient était celle des lévites ; les colonnes d'airain, Jakin et Booz, se distinguaient à l'extérieur de la troisième.

Avant de sortir par la porte de l'occident, la plus rapprochée de lui, Adoniram jeta la vue sur le fond ténébreux de la salle, et son imagination frappée des statues nombreuses qu'il venait de contempler évoque dans les ombres le fantôme de Tubal-Kaïn. Son oeil fixe essaya de percer les ténèbres ; mais la chimère grandit en s'effaçant, atteignit les combles du temple et s'évanouit dans les profondeurs des murs, comme l'ombre portée d'un homme éclairé par un flambeau qui s'éloigne. Un cri plaintif sembla résonner sous les voûtes.

Alors Adoniram se détourna s'apprêtant à sortir. Soudain une forme humaine se détacha du pilastre, et d'un ton farouche lui dit :

"Si tu veux sortir, livre-moi le mot de passe des maîtres."

Adoniram était sans armes ; objet du respect de tous, habitué à commander d'un signe, il ne songeait pas même à défendre sa personne sacrée.

"Malheureux ! répond-il en reconnaissant le compagnon Méthousaël, éloigne-toi ! Tu seras reçu parmi les maîtres quand la trahison et le crime seront honorés ! Fuis avec tes complices avant que la justice de Soliman atteigne vos têtes."

Méthousaël l'entend, et lève d'un bras vigoureux son marteau, qui retombe avec fracas sur le crâne d'Adoniram. L'artiste chancelle étourdi, par un mouvement instinctif, il cherche une issue à la seconde porte, celle du Septentrion. Là se trouvait le Syrien Phanor, qui lui dit :

"Si tu veux sortir, livre-moi le mot de passe des maîtres !

- Tu n'as pas sept années de campagne ! répliqua d'une voix éteinte Adonirm.

- Le mot de passe !

- Jamais !"

Phanor, le maçon, lui enfonça son ciseau dans le flanc ; mais il ne put redoubler, car l'architecte du temple, réveillé par la douleur, vola comme un trait jusqu'à la porte d'Orient, pour échapper à ses assassins.

C'est là qu'Amrou le Phénicien, compagnon parmi les charpentiers, l'attendait pour lui crier à son tour :

"Si tu veux passer, livre-moi le mot de passe des maîtres.

- Ce n'est pas ainsi que je l'ai gagné, articula avec peine Adoniram épuisé ; demande-le à celui qui t'envoie."

Comme il s'efforçait de s'ouvrir un passage, Amrou lui plongea la pointe de son compas dans le coeur.

C'est en ce moment que l'orage éclata, signalé par un grand coup de tonnerre.

Adoniram était gisant sur le pavé, et son corps couvrait trois dalles. A ses pieds s'étaient réunis les meurtriers, se tenant par la main.

"Cet homme était grand, murmura Phanor.

-Il n'occupera pas dans la tombe un plus vaste espace que toi, dit Amrou.

- Que son sang retombe sur Soliman Ben-Daoud !

- Gémissons sur nous-mêmes, répliqua Méthousaël, nous possédons le secret du roi. Anéantissons la preuve du meurtre ; la pluie tombe ; la nuit est sans clarté ; Éblis nous protège. Entraînons ces restes loin de la ville, et confions-les à la terre."

Ils enveloppèrent donc le corps dans un long tablier de peau blanche, et, le soulevant dans leurs bras, ils descendirent sans bruit au bord du Cédron, se dirigeant vers un tertre solitaire situé au-delà du chemin de Béthanie. Comme ils y arrivaient, troublés et le frisson dans le coeur, ils se virent tout à coup en présence d'une escorte de cavaliers. Le crime est craintif, ils s'arrêterent ; les gens qui fuient sont timides... et c'est alors que la reine de Saba passa en silence devant des assassins épouvantés qui traînaient les restes de son époux Adoniram.

Ceux-ci allèrent plus loin et creusèrent un trou dans la terre qui recouvrit le corps de l'artiste. Après quoi Méthousaël, arrachant une jeune tige d'accacia, la planta dans le sol fraîchement labouré sous lequel reposait la victime.

Pendant ce temps-là, Balkis fuyait à travers les vallées ; la foudre déchirait les cieux, et Soliman dormait.

Sa plaie était plus cruelle, car il devait se réveiller. (...) le bruit du meurtre d'Adoniram s'étant répandu, le peuple soulevé demanda justice, et le roi ordonna que neuf maîtres justifiassent de la mort de l'artiste, en retrouvant son corps.

Il s'était passé dix-sept jours : les perquisitions aux alentours du temple avaient été stériles, et les maîtres parcouraient en vain les campagnes. L'un d'eux, accablé par la chaleur, ayant voulu, pour gravir plus aisément, s'accrocher à un rameau d'acacia d'où venait de s'envoler un oiseau brillant et inconnu, fut surpris de s'apercevoir que l'arbuste entier cédait sous sa main, et ne tenait point à la terre. Elle était récemment fouillée, et le maître étonné appela ses compagnons.

Aussitôt les neuf creusèrent avec leurs ongles et constatèrent la forme d'une fosse.

Alors l'un d'eux dit à ses frères :

"Les coupables sont peut-être des félons qui auront voulu arracher à Adoniram le mot de passe des maîtres. De crainte qu'ils n'y soient parvenus, ne serait-il pas prudent de le changer?

- Quel mot adopterons-nous ? objecta un autre.

- Si nous retrouvons là notre maître, repartit un troisième, la première parole qui sera prononcée par l'un de nous servira de mot de passe ; elle éternisera le souvenir de crime et du serment que nous faisons ici de le venger, nous et nos enfants, sur ses meurtriers, et leur postérité la plus reculée."

Le serment fut juré ; leurs mains s'unirent sur la fosse, et ils se reprirent à fouiller avec ardeur.

Le cadavre ayant été reconnu, un des maîtres le prit par un doigt, et la peau lui resta à la main ; il en fut de même pour un second ; un troisième le saisit par le poignet de la manière dont les maîtres en usent envers le compagnon, et la peau se sépara encore ; sur quoi il s'écria : MAKBÉNACH, qui signifie : LA CHAIR QUITTE LES OS.

Sur-le-champ ils convinrent que ce mot serait dorénavant le mot de maître et le cri de ralliement des vengeurs d'Adoniram, et la justice de Dieu a voulu que ce mot ait, durant des siècles, ameuté les peuples contre la lignée des rois.

Phanor, Amrou et Méthousaël avaient pris la fuite ; mais reconnus pour de faux frères, ils périrent de la main des ouvriers, dans les États de Maaca, roi du pays de Geth, où ils se cachaient sous les noms de Sterkin, d'Oterfut et de Hoben.

Néanmoins, les corporations, par une inspiration secrète, continuèrent toujours à poursuivre leur vengeance déçue, sur Abiram, ou le meurtrier... Et la postérité d'Adoniram resta sacrée pour eux ; car longtemps après ils juraient encore par les fils de la veuve, ainsi désignaient-ils les descendants d'Adoniram et de la reine de Saba.

- Publié dans : histoire de la FM
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Lundi 25 août 2008

 

Les Rites Maçonniques

 

Les Maçons peuvent se diviser en deux catégories le Maçon qui cherche à s'instruire et à comprendre et le Maçon indifférent.

Ce dernier a vu dans la Franc-Maçonnerie un moyen d'arriver ou d'être assisté. Pour lui c'est une société comme une autre, plus commode, voilà tout.

Le Maçon qui cherche, au contraire, se rend vite compte qu'il existe des enseignements qui nécessitent une cause. Il réfléchit à tout ce qui frappe ses regards dans les loges, aux paroles qu'il entend, au rituel qu'on exécute devant lui et il découvre alors qu'il doit exister une Science de la Maçonnerie comme il existe une science mathématique qui utilise l'algèbre.

Quelles sont donc les données de la Science Maçonnique ?

Si l'on se cantonne dans le domaine de l'histoire, on se rend compte que les premiers centres d'études maçonniques élevées ont été créés en France par des Alchimistes, des Mystiques, des adeptes des Sciences Occultes: Illuminés d'Avignon, Rose-Croix, Théosophes Chrétiens et Martinezistes. Ceux-là ont adapté à la Maçonnerie la Science Secrète dont ils détenaient la tradition.

Les Eléments de cette Science se retrouvent dans les Symboles, Chiffres et Nombres symboliques, Ternaire, Quaternaire, Septenaire, etc.

Dans les Figures : Triangles, Étoile Flamboyante (Pentagramme), Sceau de Salomon (Hexagramme), Tableau des Loges.

Dans les Légendes : Légende d'Hiram, Légende de Salomon, Inri, Histoire de J.-B. Molay.

Dans les Outils : Maillet, Niveau, Règle, Équerre, Compas, Pierre cubique, Épées, Poignards, etc.

Dans les Paroles : Mots de Passe Hébraïques et Latins et Paroles dans la Langue Profane de l'Initié.

Dans les Signes: Signes et Attouchements de chaque grade.

Dans les Décors et Bijoux : Dans les Bannières.

Dans la Langue écrite avec des caractères secrets suivant les grades.

Tout cet ensemble suppose et nécessite une Science Particulière dont l'étude doit constituer l'initiation aux vrais mystères de la véritable Maçonnerie.

Il faut cependant se souvenir que la Maçonnerie s'est trouvée mêlée à une foule d'événements politiques. Comprenant l'utilité possible de cette admirable association, certains hommes d'État ou même de simples ambitieux ont voulu utiliser cet Ordre en vue d'un but tout à fait étranger aux applications sociales de la Science Maçonnique. De là l'abandon des études symboliques et la transformation de la Franc-Maçonnerie en une société d'action politique, avec enseignement philosophique à tendances matérialistes. Les Loges qui suivent cette voie ont une tendance forcée à abandonner des études symboliques qui n'ont plus aucune utilité pour leurs membres et à méconnaître les hauts grades où ces études doivent être poursuivies.

D'autre part, et ceci est surtout visible à l'étranger, les Maçons rattachés aux anciennes formules n'ont pas abandonné les recherches spéciales concernant la Science Maçonnique pure.

C'est de ces diverses tendances que sont dérivée les systèmes maçonniques différents pour le genre d'instruction, pour le travail et même pour le rituel d'initiation.

 

En Style Maçonnique ces systèmes sont appelés Rites et ces Rites peuvent se diviser en trois genres principaux dont les autres sont dérivés par fusion ou adaptation.

1° Les Rites d'études philosophiques élémentaires d'action politique immédiate' On méprise ou on ne comprend pas tout ce qui sort de cette action et on abandonne toute étude de Science Maçonnique pure. Les grades sont réduits en nombre, les épreuves physiques et autres abandonnées et le rituel des hauts grades ignoré. La tendance de ces rites est la transformation de la Maçonnerie en société profane.

Le Grand Orient de France ou Rites Français Moderne, quelques Grands Orients de l'Etranger se rattachent à .se système.

2°... A côté de ces Rites transformateurs du symbolisme traditionnel il en existe d'autres où la hiérarchie et les hauts grades sont scrupuleusement conservés. La succession des grades représente en effet l'histoire des traditions secrètes dans la société profane depuis Salomon jusqu'aux Alchimistes en passant par les Croisés, les Templiers et tous les persécutés de l'Eggrégore Papal. De plus, la hiérarchie de l'Enseignement en Maçonnerie Bleue, Maçonnerie Rouge, Maçonnerie Noire et Maçonnerie Blanche directrice permet un développement rationnel de la Science Maçonnique étudiée successivement dans les Loges, dans les Chapitres, les Aréopages et régularisée dans son enseignement par la Direction Générale ou Suprême Conseil.

Ces Rites appartiennent au Système Écossais, qui n'a d'Écossais que le nom, mais qui est connu universellement sous cette appellation.

Nous citerons parmi les Rites rattachés à ce système Écossais.

Le Rite Écossais ancien et accepté de Morin réformé par Pike.

Le Rite Écossais ancien et accepté de Cerneau.

Le Rite Primitif et Originel de la Franc-Maçonnerie.

Le Rite National Espagnol, Rite Ancien et Primitif, etc. Le Rite Universel Mixte.

Le mot ancien ou primitif indique généralement le rattachement au système Écossais, alors que le mot moderne indique le rattachement au système précédent.

3°... Certains Maçons rattachés à des sociétés de Rose-Croix ou s'adonnant d'une manière spéciale à l'étude de la Science Maçonnique, ont voulu approfondir cette Science en y adaptant des grades kabbalistiques et mystiques.

Ce genre de Maçonnerie a toujours été réservé à une élite et souvent ne comprend que des hauts grades laissant aux autres rites le soin de préparer les initiés futurs.

Le plus connu de ces Rites est le Rite de Misraïm, puis le Rite Memphis, fondés tous deux en vue d'un but spécial. Ils ont souvent formé des Puissances unies sous le nom Memphis-Misraïm. Ce rite est à 90 grades ou 96 grades.

Généralement les membres des Suprêmes Conseils à l'étranger sont initiés aux trois Rites et sont pourvus des grades 33e, 90e,96e.

Le Rite Swedenborgien et les Ordres d'Illuminés Chrétiens se rattachent à ces Rites spéciaux.

Qu'on note ici que nous faisons seulement oeuvre d'historien. Nous montrons l'existence et la situation de chaque genre de Rîtes, sans vouloir rien juger. Le chercheur impartial doit d'abord constater sans aucun parti pris, laissant à chaque lecteur intelligent le soin de conclure en toute indépendance.

Beaucoup de Maçons français ignorent ces données fondamentales de toute organisation Maçonnique. On fait de plus beaucoup d'efforts pour leur cacher des choses aussi simples. Enfin chaque Rite a la singulière prétention d'être seul régulier. De là des querelles et des excommunications sans fin. Nous allons maintenant pouvoir en parler aussi clairement que possible...

Il est évident que chaque puissance Maçonnique constituée et possédant quelques Loges ou Chapitre verra toujours d'un très mauvais oeil la naissance ou l'arrivée dans son lieu d'action d'une puissance nouvelle ou venant d'ailleurs. Oubliant brusquement tous les enseignements de fraternité, de tolérance et de vérité enseignés dans les discours officiels, on va se conduire avec la nouvelle création exactement commune Église se conduit avec une nouvelle Église. Appel à l'irrégularité, excommunication majeure ou mineure, défense aux Frères de fréquenter les nouveaux venus, enfin tout ce qu'on reproche aux sectaires religieux.

Cependant l'étude impartiale de l'histoire nous montre qu'un Rite correspond toujours à une nécessité politique ou philosophique. C'est ainsi que si la France était en ce moment abandonnée à ses directions Maçonniques, elle serait vite rayée du nombre des contrées pouvant être considérées comme faisant des travaux Maçonniques sérieux.

Que vaut donc l'excommunication d'un Rite à l'égard d'un autre ?

Exactement ce que vaut l'excommunication d'une Église à l'égard d'une autre.

Les Réformés sont irréguliers pour les catholiques, qui eux-mêmes ainsi que les Réformés sont irréguliers pour les orthodoxes et tous s'accablent de documents historiques pour affirmer leur seule régularité.

Or, il est triste de voir des hommes à la raison éclairée, qui devraient ne plus se laisser influencer par les préjugés, se laisser aller à leurs passions aveuglantes et se conduire comme des sectaires cléricaux.

Et ce qu'il y a de comique dans cette aventure, c'est que ceux qui parlent d'irrégularité sont obligés de jeter un voile discret sur leurs propres origines, car l'histoire n'a pas les complaisances des fabricants de Rituels et elle remet cruellement à leur véritable place les excommunicateurs d'aujourd'hui qui furent souvent, sinon toujours, les irréguliers d'hier.

Ainsi le Grand Orient de France détient le record de l'irrégularité. Il a été formé par Lacorne et une série de FF. expulsés de la Maçonnerie, pour raisons graves. Il a été constitué en violation de tous les statuts généraux de la Maçonnerie et de tous les serments antérieurs et solennels, des FF. constituants. Or, comme les demi-mondaines devenues femmes honnêtes par un mariage sur le tard, il n'y a pas de Puissance maçonnique plus disposée à parler de l'irrégularité des autres que le Grand Orient de France et ses dérivés comme la Loge suisse Alpina.

Le Rite Écossais ancien et accepté de Morin réformé par Pike est également irrégulier dans ses origines ainsi que l'ont démontré les FF. appartenant au Rite Écossais ancien et accepté de Cerneau. Le Rite de Morin n'a pas de charte régulière à son origine et le prétendu document de Frédéric Il est, de l'avis de Albert Pike lui-même, une douce plaisanterie pour ne pas dire un faux.

De même la Grande Loge d'Angleterre, la Puissance la plus difficile en matière d'origine maçonnique, n'a jamais pu produire ses patentes de constitution qui n'existent pas.

Eh bien ! cela n'empêche aucunement chacune des Puissances que nous venons d'énumérer de posséder dans leur sein des hommes de très grande valeur au point de vue de la Science maçonnique. Si nous présentons ces déductions historiques sur la régularité, déductions éclairées par les savantes études de notre F. Teder, ce n'est pas pour mépriser des FF. de bonne foi et très instruits. C'est pour montrer que les francs-maçons doivent leur origine à des initiés qui ont trouvé bon de rester des supérieurs inconnus et qui ont constitué des rites sans donner de chartes, pour conserver leur plan.

Il faut être de notre époque où un homme se fait lui-même quelqu'un sans avoir besoin d'ancêtres (Self Made Man), il faut avoir le courage de reconnaître les hommes de valeur dans la Maçonnerie universelle sans vouloir discuter la valeur historique de chaque rite du moment qu'il initie les FF. dans les règles habituelles et qu'il possède un certain nombre de loges.

Il existe, d'après les recherches de l'illustre F. Villarino del Villar, trois cent mille maçons rattachés aux Puissances maçonniques qui se disent régulières et deux millions de FF. rattachés aux autres Puissances.

Il nous semble nécessaire de dresser en toute impartialité un tableau de toutes ces Puissances maçonniques sans nous mêler de juger les uns ou les autres. Ensuite il sera possible de chercher un moyen d'union qui respecte l'autonomie de chaque rite. Il en est ainsi des États-Unis d'Amérique où la constitution de chaque État est respectée, ce qui n'empêche pas la puissance effective de la Fédération. Il en est ainsi en Suisse. Il doit en être de même dans la franc-maçonnerie où chaque rite est un État autonome aussi petit soit-il. Les États-Unis d'Europe doivent être précédés de la Constitution de la Fédération maçonnique universelle.

Or une Fédération ne peut s'établir que sur le respect d'autrui.

La franc-maçonnerie a toujours été la grande initiatrice des réformes politiques et sociales. Elle a détruit pour ses membres les frontières et les préjugés de races et de couleurs, elle a présidé à la destruction des parchemins individuels et des statuts corporatifs qui écrasaient' l'intelligence du pauvre, elle a soutenu une lutte séculaire contre l'obscurantisme sous toutes ses formes.

Le moment est venu pour elle de sortir de la période des querelles mesquines et des rivalités individuelles. La Fédération des rites précédera la Fédération des Puissances de l'Europe et nous respecterons tous les rites qu'ils soient avec nous ou contre nous. L'œuvre à laquelle nous appelons aujourd'hui nos FF. demande bien trop de temps et d'efforts collectifs pour que les individus comptent pour elle.

Nous aurons tous disparu du plan physique depuis longtemps sans doute, lorsque les FF. qui viendront cueilleront sur nos tombeaux la branche d'acacia et la présenteront à la première assemblée fédérale des Puissances maçonniques, en disant: Debout et à l'ordre, mes FF., voilà le plan d'Hiram qui s'accomplit. Les ouvriers sont classés selon leur genre de travail et ils vont réaliser une partie du Grand oeuvre de l'humanité terrestre.

 

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Samedi 23 août 2008

UNE CIVILISATION MATÉRIELLE,

 

 

 

De tout ce qui précède, il nous semble résulter clairement déjà que les Orientaux ont pleinement raison lorsqu'ils reprochent à la civilisation occidentale moderne de n'être qu'une civilisation toute matérielle : c'est bien dans ce sens qu'elle s'est développée exclusivement, et, à quelque point de vue qu'on la considère, on se trouve toujours en présence des conséquences plus ou moins directes de cette matérialisation. Cependant, il nous faut encore compléter ce que nous avons dit sois ce rapport, et tout d'abord nous expliquer sur les différents sens dans lesquels peut être pris un mot comme celui de « matérialisme », car, si nous l'employons pour caractériser le monde contemporain, certains, qui ne se croient nullement « matérialistes » tout en ayant la prétention d'être très « modernes », ne manqueront pas de protester et de se persuader que c'est là une véritable calomnie; une mise au point s'impose donc pour écarter par avance toutes les équivoques qui pourraient se produire à ce sujet.

Il est assez significatif que le mot même de « matérialisme » ne date que du XVIIIe siècle; il fut inventé par le philosophe Berkeley, qui s'en servit pour désigner toute théorie qui admet l'existence réelle de la matière ; il est à peine besoin de dire que ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici, où cette existence n'est nullement en cause. Un peu plus tard, le même mot prit un sens plus restreint, celui qu'il a gardé depuis lors : il caractérisa une conception suivant laquelle il n'existe rien d'autre que la matière et ce qui en procède ; et il y a lieu de noter la nouveauté d'une telle conception, le fait qu'elle soit essentiellement un produit de l'esprit moderne, donc qu'elle correspond au moins à une partie des tendances qui sont propres à celui-ci, Mais c'est surtout dans une autre acception, beaucoup plus large et cependant très nette, que nous entendons ici parler de « matérialisme »: ce que ce mot représente alors, c'est tout un état d'esprit, dont la conception que nous venons de définir n'est qu'une manifestation parmi beaucoup d'autres, et qui est, en lui-même, indépendant de toute théorie philosophique. Cet état d'esprit, c'est celui qui consiste à donner plus ou moins consciemment la prépondérance aux choses de l'ordre matériel et aux préoccupations qui s'y rapportent, que ces préoccupations gardent encore une certaine apparence spéculative ou qu'elles soient purement pratiques ; et l'on ne peut contester sérieusement que ce soit bien là la mentalité de l'immense majorité de nos contemporains.

'Toute la science « profane » qui s'est développée au cours des derniers siècles n'est que l'étude du monde sensible, elle y est enfermée exclusivement, et ses méthodes ne sont applicables qu'à ce seul domaine; or ces méthodes sont proclamées tt scientifiques » à l'exclusion de toute autre, ce qui revient à nier toute science qui ne se rapporte pas aux choses matérielles. Parmi ceux qui pensent ainsi, et même parmi ceux qui se sont consacrés spécialement aux sciences dont il s'agit, il en est cependant beaucoup qui refuseraient de se déclarer matérialistes » et d'adhérer à la théorie philosophique qui porte ce nom; il en est même qui font volontiers une profession de foi religieuse dont la sincérité n'est pas douteuse; mais leur attitude « scientifique » ne diffère pas sensiblement de celle des matérialistes avérés. On a souvent discuté, au point de vue religieux, la question de savoir si la science moderne devait être dénoncée comme athée ou comme matérialiste, et, le plus souvent, on l'a fort mal posée; il est bien certain que cette science ne fait pas expressément profession d'athéisme ou de matérialisme, qu'elle se borne à ignorer de parti pris certaines choses sans se prononcer à leur égard par une néga­tion formelle comme le font tels ou tels philosophes ; on ne peut donc, en ce qui la concerne, parler que d'un matéria­lisme de fait, de ce que nous appellerions volontiers un matérialisme pratique; mais le mal n'en est peut-être que plus grave, parce qu'il est plus profond et plus étendu. Une attitude philosophique peut être quelque chose de très superficiel, même chez les philosophes « professionnels »; de plus, il y a des esprits qui reculeraient devant la négation, mais qui s'accommodent d'une complète indifférence; et celle-ci est ce qu'il y a de plus redoutable, car, pour nier une chose, il faut encore y penser, si peu que ce soit, tandis qu'ici on en arrive à ne plus y penser en aucune façon. Quand on voit une science exclusivement matérielle se présenter comme la seule science possible, quand les hommes sont habitués à admettre comme une vérité indiscutable qu'il ne peut y avoir de connaissance valable en dehors de celle-là, quand toute l'éducation qui leur est donnée tend à leur inculquer la superstition de cette science, ce qui est proprement le « scientisme », comment ces hommes pourraient-ils ne pas être pratiquement matérialistes, c'est-à-dire ne pas avoir toutes leurs préoccupations tournées du côté de la matière ?

Pour les modernes, rien ne semble exister en dehors de ce qui peut se voir et se toucher, ou du moins, même s'ils admet­tent théoriquement qu'il peut exister quelque chose d'autre, ils s'empressent de le déclarer, non seulement inconnu, mais « inconnaissable », ce qui les dispense de s'en occuper. S'il en est pourtant qui cherchent à se faire quelque idée d'un « autre monde », comme ils ne font pour cela appel qu'à l'imagi­nation, ils se le représentent sur le modèle du monde terrestre et y transportent toutes les conditions d'existence qui sont propres à celui-ci, y compris l'espace et le temps, voire même une sorte de « corporéité » ; nous avons montré ailleurs, dans les conceptions spirites, des exemples particulièrement frappants de ce genre de représentations grossièrement maté­rialisées; mais, si c'est là un cas extrême, où ce caractère est exagéré jusqu'à la caricature, ce serait une erreur de croire que le spiritisme et les sectes qui lui sont plus ou moins apparentées ont le monopole de ces sortes de choses. Du reste, d'une façon plus générale, l'intervention de l'imagination dans les domaines où elle ne peut rien donner, et qui devraient normalement lui être interdits, est un fait qui montre fort nettement l'incapacité des Occidentaux modernes à s'élever au-dessus du sensible; beaucoup ne savent faire aucune différence entre « concevoir » et « imaginer», et certains philosophes, tels que Kant, vont jusqu'à déclarer « inconcevable » ou « impensable » tout ce qui n'est pas susceptible de représenta­tion. Aussi tout ce qu'on appelle « spiritualisme » ou « idéalisme » n'est il, le plus souvent, qu'une sorte de matérialisme transposé; cela n'est pas vrai seulement de ce que nous avons désigné sous le nom de « néo-spiritualisme », mais aussi du spiritualisme philosophique lui-même, qui se considère pourtant comme l'opposé du matérialisme. A vrai dire, spiritualisme et matérialisme, entendus au sens philosophique, ne peuvent se comprendre l'un sans l'autre : ce sont simplement les deux moitiés du dualisme cartésien, dont la sépa­ration radicale a été transformée en une sorte d'antagonisme; et, depuis lors, toute la philosophie oscille entre ces deux termes sans pouvoir les dépasser. Le spiritualisme, en dépit de son nom, n'a rien de commun avec la spiritualité; son débat avec le matérialisme ne peut que laisser parfaitement indifférents ceux qui se placent à un point de vue supérieur, et qui voient que ces contraires sont, au fond, bien près d'être de simples équivalents, dont la prétendue opposition, sur beaucoup de points, se réduit à une vulgaire dispute de mots.

Les modernes, en général, ne conçoivent pas d'autre science que celle des choses qui se mesurent, se comptent et se pèsent, c'est à dire encore, en somme, des choses matérielles, car c'est à celles-ci seulement que peut s'appliquer le point de vue quantitatif; et la prétention de réduire la qualité à la quantité est très caractéristique de la science moderne. On en est arrivé, dans ce sens, à croire qu'il n'y a pas de science proprement dite là où il n'est pas possible d'introduire la mesure, et qu'il n'y a de lois scientifiques que celles qui expriment des relations quantitatives ; le « mécanisme » de Descartes a marqué le début de cette tendance, qui n'a fait que s'accentuer depuis lors, en dépit de l'échec de la physique cartésienne, car elle n'est pas liée à une théorie déterminée, mais à une conception générale de la connaissance scientifique. On veut aujourd'hui appliquer la mesure jusque dans le domaine psychologique, qui lui échappe cependant par sa nature même; on finit par ne plus comprendre que la possibilité de la mesure ne repose que sur une propriété inhérente à la matière, et qui est sa divisibilité indéfinie, à moins qu'on ne pense que cette propriété s'étend à tout ce qui existe, ce qui revient à matérialiser toutes choses. C'est la matière, nous l'avons déjà dit, qui est principe de division et multiplicité pure ; la prédominance attribuée au point de vue de la quantité, et qui, comme nous l'avons montré précédemment, se retrouve jusque dans le domaine social, est donc bien du matérialisme au sens que nous indiquions plus haut, quoiqu'elle ne soit pas nécessairement liée au matérialisme philosophique, qu'elle a d'ailleurs précédé dans le développement des tendances de l'esprit moderne. Nous n'insisterons pas sur ce qu'il y a d'illégitime à vouloir ramener la qualité à la quantité, ni sur ce qu'ont d'insuffisant toutes les tentatives d'explication qui se rattachent plus ou moins au type « mécaniste»; ce n'est pas là ce que nous nous proposons, et nous noterons seulement, à cet égard, que, même dans l'ordre sensible, une science de ce genre n'a que fort peu de rapport avec la réalité, dont la partie la plus considérable lui échappe nécessairement.

A propos de « réalité », nous sommes amenés à mentionner un autre fait, qui risque de passer inaperçu pour beaucoup, mais qui est très digne de remarque comme signe de l'état d'esprit dont nous parlons : c'est que ce nom„ dans l'usage courant, est exclusivement réservé à la seule réalité sensible. Comme le langage est l'expression de la mentalité d'un peuple et d'une époque, il faut conclure de là que, pour ceux qui parlent ainsi, tout ce qui ne tombe pas sous les sens est "irréel », c'est-à-dire illusoire ou même tout à fait inexistant ; il se peut qu'ils n'en aient pas clairement conscience, mais cette conviction négative n'en est pas moins au fond d'eux-mêmes, et, s'ils affirment le contraire, on peut être sûr, bien qu'ils ne s'en rendent pas compte, que cette affirmation ne répond chez eux qu'à quelque chose de beaucoup plus extérieur, si même elle n'est purement verbale. Si l'on est tenté de croire que nous exagérons, on n'aura qu'à chercher à voir par exemple à quoi se réduisent les prétendues convictions religieuses de bien des gens : quelques notions apprises par cœur, d'une façon toute scolaire et machinale, qu'ils ne se sont nullement assimilés, auxquelles ils n'ont même jamais réfléchi le moins du monde, mais qu'ils gardent dans leur mémoire et qu'ils répètent à l'occasion parce qu'elles font partie d'un certain formalisme, d'une attitude conventionnelle qui est tout ce qu'ils peuvent comprendre sous le nom de religion. Nous avons déjà parlé plus haut de cette « minimisation » de la religion, dont le « verbalisme » en question représente un des derniers degrés; c'est elle qui explique que de soi-disant «  croyants », en fait de matérialisme pratique, ne le cèdent en rien aux « incroyants » ; nous reviendrons encore là-dessus, mais, auparavant, il nous faut en finir avec les considérations qui concernent le caractère matérialiste de la science moderne, car c'est là une question qui demande à être envisagée sous différents aspects.

Il nous faut rappeler encore, quoique nous l'ayons déjà indiqué, que les sciences modernes n'ont pas un caractère de connaissance désintéressée, et que, même pour ceux qui croient à leur valeur spéculative, celle-ci n'est guère qu'un masque sous lequel se cachent des préoccupations toutes pratiques, mais qui permet de garder l'illusion d'une fausse intellectualité. Descartes lui-même, en constituant sa physique, songeait surtout à en tirer une mécanique, une médecine et une morale; et, avec la diffusion de l'empirisme anglo-saxon, ce fut bien autre chose encore ; du reste, ce qui fait le prestige de la science aux yeux du grand public, ce sont à peu près uniquement les résultats pratiques qu'elle permet de réaliser, parce que, là encore, il s'agit de choses qui peuvent se voir et se toucher. Nous disions que le « pragmatisme » représente l'aboutissement de toute la philosophie moderne et son dernier degré d'abaissement; mais il y a aussi, et depuis plus longtemps, en dehors de la philosophie, un « pragmatisme » diffus et non systématisé, qui est à l'autre ce que le matérialisme pratique est au matérialisme théorique, et qui se confond avec ce que le vulgaire appelle le « bon sens ». Cet utilitarisme presque instinctif est d'ailleurs inséparable de la tendance matérialiste

le « bon sens » consiste à ne pas dépasser l'horizon terrestre, aussi bien qu'à ne pas s'occuper de tout ce qui n'a pas d'intérêt pratique immédiat; c'est pour lui surtout que le monde sen­sible seul est « réel », et qu'il n'y a pas de connaissance qui ne vienne des sens; pour lui aussi, cette connaissance restreinte ne vaut que dans la mesure où elle permet de donner satisfaction à des besoins matériels, et parfois à un certain sentimentalisme, car, il faut le dire nettement au risque de choquer le « moralisme » contemporain, le sentiment est en réalité tout près de la matière. Dans tout cela, il ne reste aucune place à l'intelligence, sinon en tant qu'elle consent à s'asservir à la réalisation de fins pratiques, à n'être plus qu'un simple instrument soumis aux exigences de la partie inférieure et corporelle de l'individu humain, ou, suivant une singulière expression de Bergson, « un outil à faire des outils »; ce qui fait le « pragmatisme » sous toutes ses formes, c'est l'indifférence totale à l'égard de la vérité.

Dans ces conditions, l'industrie n'est plus seulement une application de la science, application dont celle-ci devrait, en elle-même, être totalement indépendante ; elle en devient comme la raison d'être et la justification, de sorte que, ici encore, les rapports normaux se trouvent renversés. Ce à quoi le monde moderne a appliqué toutes ses forces, même quand il a prétendu faire de la science à sa façon, ce n'est en réalité rien d'autre que le développement de l'industrie et du « machinisme » ; et, en voulant ainsi dominer la matière et la ployer à leur usage, les hommes n'ont réussi qu'à s'en faire les esclaves, comme nous le disions au début : non seulement ils ont borné leurs ambitions intellectuelles, s'il est encore permis de se servir de ce mot en pareil cas, à inventer et à construire des machines, mais ils ont fini par devenir véritablement machines eux-mêmes. En effet, la « spécialisation », si vantée par certains sociologues sous le nom de « division du travail », ne s'est pas imposée seulement aux savants, mais aussi aux techniciens et même aux ouvriers, et, pour ces derniers, tout travail intelligent est par-là rendu impossible; bien différents des artisans d'autrefois, ils ne sont plus que les serviteurs des machines, ils font pour ainsi dire corps avec elles ; ils doivent répéter sans cesse, d'une façon toute mécanique, certains mouvements déterminés, toujours les mêmes, et toujours accomplis de la même façon, afin d'éviter la moindre perte de temps ; ainsi le veulent du moins les méthodes américaines qui sont regardées comme représentant le plus haut degré du «progrès ». En effet, il s'agit uniquement de produire le plus possible; on se soucie peu de la qualité, c'est la quantité seule qui importe; nous revenons une fois de plus à la même constatation que nous avons déjà faite en d'autres domaines

la civilisation moderne est vraiment ce qu'on peut appeler une civilisation quantitative, ce qui n'est qu'une autre façon de dire qu'elle est une civilisation matérielle.

Si l'on veut se convaincre encore davantage de cette vérité, on n'a qu'à voir le rôle immense que jouent aujourd'hui, dans l'existence des peuples comme dans celle des individus, les éléments d'ordre économique : industrie, commerce, finances, il semble qu'il n'y ait que cela qui compte, ce qui s'accorde avec le fait déjà signalé que la seule distinction sociale qui ait subsisté est celle qui se fonde sur la richesse matérielle. Il semble que le pouvoir financier domine toute politique, que la concurrence commerciale exerce une influence prépondérante sur les relations entre les peuples; peut-être n’est-ce là qu'une apparence, et ces choses sont elles ici moins de véritables causes que de simples moyens d'action; mais le choix de tels moyens indique bien le caractère de l'époque à laquelle ils conviennent. D'ailleurs, nos contemporains sont persuadés que les circonstances économiques sont à peu près les uniques facteurs des événements historiques, et ils s'imaginent même qu'il en a tou­jours été ainsi; on est allé en ce sens jusqu'à inventer une théorie qui veut tout expliquer par là exclusivement, et qui a reçu l'appellation significative de < matérialisme historique ». On peut voir là encore l'effet d'une de ces suggestions auxquelles nous faisions allusion plus haut, suggestions qui agissent d'autant mieux qu'elles correspondent aux tendances de la menta­lité générale ; et l'effet de cette suggestion est que les moyens économiques finissent par déterminer réellement presque tout ce qui se produit dans le domaine social. Sans doute, la masse a toujours été menée d'une façon ou d'une autre, et l'on pourrait dire que son rôle historique consiste surtout à se laisser mener, parce qu'elle ne représente qu'un élément passif, une « matière » au sens aristotélicien; mais aujourd'hui il suffit, pour la mener, de disposer de moyens purement matériels, cette fois au sens ordinaire du mot, ce qui montre bien le degré d'abaissement de notre époque; et, en même temps, on fait croire à cette masse qu'elle n'est pas menée, qu'elle agit spontanément et qu'elle se gouverne elle-même, et le fait qu'elle le croie permet d'entrevoir jusqu'où peut aller son inintelligence.

Pendant que nous en sommes à parler des facteurs écono­miques, nous en profiterons pour signaler une illusion trop répandue à ce sujet, et qui consiste à s'imaginer que les relations établies sur le terrain des échanges commerciaux peuvent servir à un rapprochement et à une entente entre les peuples, alors que, en réalité, elles ont exactement l'effet contraire. La matière, nous l'avons déjà dit bien des fois, est essentiellement multiplicité et division, donc source de luttes et de conflits ; aussi, qu'il s'agisse des peuples ou des individus, le domaine économique n'est il et ne peut il être que celui des rivalités d'intérêts. En particulier, l'Occident n'a pas à compter sur l'industrie, non plus que sur la science moderne dont elle est inséparable, pour trouver un terrain d'entente avec l'Orient; si les Orientaux en arrivent à accepter cette industrie comme une nécessité fâcheuse et d'ailleurs transitoire, car, pour eux, elle ne saurait être rien de plus, ce ne sera jamais que comme une arme leur permettant de résister à l'envahissement occidental et de sauvegarder leur propre existence. Il importe que l'on sache bien qu'il ne peut en être autrement : les Orientaux qui se résignent à envisager une concurrence économique vis-à-vis de l'Occident, malgré la répugnance qu'ils éprouvent pour ce genre d'activité, ne peuvent le faire qu'avec une seule intention, celle de se débarrasser d'une domination étrangère qui ne s'appuie que sur la force brutale, sur la puissance matérielle que l'industrie met précisément à sa disposition; la violence appelle la violence, mais on devra reconnaître que ce ne sont certes pas les Orientaux qui auront recherché la lutte sur ce terrain.

Du reste, en dehors de la question des rapports de l'Orient et de l'Occident, il est facile de constater qu'une des plus notables conséquences du développement industriel est le per­fectionnement incessant des engins de guerre et l'augmentation de leur pouvoir destructif dans de formidables proportions. Cela seul devrait suffire à anéantir les rêveries « pacifistes » de certains admirateurs du «progrès » moderne ; mais les rêveurs et les « idéalistes » sont incorrigibles, et leur naïveté semble n'avoir pas de bornes. L' « humanitarisme » qui est si fort à la mode ne mérite assurément pas d'être pris au sérieux ; mais il est étrange qu'on parle tant de la fin des guerres à une époque où elles font plus de ravages qu'elles n'en ont jamais fait, non seulement à cause de la multiplication des moyens de destruction, mais aussi parce que, au lieu de se dérouler entre des armées peu nombreuses et composées uniquement de soldats de métier, elles jettent les uns contre les autres tous les individus indistinctement, y compris les moins qualifiés pour remplir une semblable fonction. C'est là encore un exemple frappant de la confusion moderne, et il est véritablement prodigieux, pour qui veut y réfléchir, qu'on en soit arrivé à considérer comme toute naturelle une "levée en masse » ou une « mobilisation générale», que l'idée d'une « nation armée » ait pu s'imposer à tous les esprits, à de bien rares exceptions près. On peut aussi voir là un effet de la croyance à la seule force du nombre : il est conforme au caractère quantitatif de la civilisation moderne de mettre en mouvement des masses énormes de combattants ; et, en même temps, l' « égalitarisme » y trouve son compte, aussi bien que dans des institutions comme celles de l’instruction obligatoire » et du « suffrage universel ». Ajoutons encore que ces guerres généralisées n'ont été rendues possibles que par un autre phénomène spécifiquement moderne, qui est la constitution des « nationalités », conséquence de la destruction du régime féodal, d'une part, et, d'autre part, de la rupture simultanée de l'unité supérieure de la « Chrétienté n du moyen âge ; Et, sans nous attarder à des considérations qui nous entraîneraient trop loin, notons aussi, comme circonstance aggravante, la méconnaissance d'une autorité spirituelle pouvant seule exercer normalement un arbitrage efficace, parce qu'elle est, par sa nature même, au-dessus de tous les conflits d'ordre politique. La négation de l'autorité spirituelle, c'est encore du matérialisme pratique; et ceux mêmes qui prétendent reconnaître une telle autorité en principe lui dénient en fait toute influence réelle et tout pouvoir d'intervenir dans le domaine social, exactement de la même façon qu'ils établissent une cloison étanche entre la religion et les préoccupations ordinaires de leur existence ; qu'il s'agisse de la vie publique ou de la vie privée, c'est bien le même état d'esprit qui s'affirme dans les deux cas.

En admettant que le développement matériel ait quelques avantages, d'ailleurs à un point de vue très relatif, on peut, lorsqu'on envisage des conséquences comme celles que nous venons de signaler, se demander si ces avantages ne sont pas dépassés de beaucoup par les inconvénients. Nous ne parlons même pas de tout ce qui a été sacrifié à ce développement exclusif, et qui valait incomparablement plus ; nous ne parlons pas des connaissances supérieures oubliées, de l'intellectualité détruite, de la spiritualité disparue; nous prenons simplement la civilisation moderne en elle-même, et nous disons que, si l'on mettait en parallèle les avantages et les inconvénients de ce qu'elle a produit, le résultat risquerait fort d'être négatif. Les inventions qui vont en se multipliant actuellement avec une rapidité toujours croissante sont d'autant plus dangereuses qu'elles mettent en jeu des forces dont la véritable nature est entièrement inconnue de ceux mêmes qui les utilisent; et cette ignorance est la meilleure preuve de la nullité de la science moderne sous le rapport de la valeur explicative, donc en tant que connaissance, même bornée au seul domaine physique; en même temps, le fait que les applications pratiques ne sont nullement empêchées par là montre que cette science est bien orientée uniquement dans un sens intéressé, que c'est l'industrie qui est le seul but réel de toutes ses recherches. Comme le danger des inventions, même de celles qui ne sont pas expressément destinées à jouer un rôle funeste à l'humanité, et qui n'en causent pas moins tant de catastrophes, sans parler des troubles insoupçonnés qu'elles provoquent dans l'ambiance terrestre, comme ce danger, disons-nous, ne fera sans doute qu'augmenter encore dans des proportions difficiles à déterminer, il est permis de penser, sans trop d'invraisemblance, ainsi que nous l'indiquions déjà précédemment, que c'est peut-être par-là que le monde moderne en arrivera à se détruire lui-même, s'il est incapable de s'arrêter dans cette voie pendant qu'il en est encore temps.

Mais il ne suffit pas de faire, en ce qui concerne les inven­tions modernes, les réserves qui s'imposent en raison de leur côté dangereux, et il faut aller plus loin : les prétendus « bienfaits» de ce qu'on est convenu d'appeler le « progrès», et qu'on pourrait en effet consentir à désigner ainsi si l'on prenait soin de bien spécifier qu'il ne s'agit que d'un progrès tout matériel, ces « bienfaits » tant vantés ne sont-ils pas en grande partie illusoires ? Les hommes de notre époque prétendent par là accroître leur « bien-être » ; nous pensons, pour notre part, que le but qu'ils se proposent ainsi, même s'il était atteint réellement, ne vaut pas qu'on y consacre tant d'efforts ; mais, de plus, il nous semble très contestable qu'il soit atteint. Tout d'abord, il faudrait tenir compte du fait que tous les hommes n'ont pas les mêmes goûts ni les mêmes besoins, qu'il en est encore malgré tout qui voudraient échapper à l'agitation moderne, à la folie de la vitesse, et qui ne le peuvent plus ; osera-t-on soutenir que, pour ceux-là, ce soit un « bienfait » que de leur imposer ce qui est le plus contraire à leur nature ? On dira que ces hommes sont peu nombreux aujourd'hui, et on se croira autorisé par là à les tenir pour quantité négligeable; là comme dans le domaine politique, la majorité s'arroge le droit d'écraser les minorités, qui, à ses yeux, ont évidemment tort d'exister, puisque cette existence même va à l'encontre de la manie « égalitaire » de l'uniformité. Mais, si l'on considère l'ensemble de l'humanité au lieu de se borner au monde occidental, la question change d'aspect

la majorité de tout à l'heure ne va-t-elle pas devenir une minorité ? Aussi n'est-ce plus le même argument qu'on fait valoir dans ce cas, et, par une étrange contradiction, c'est au nom de leur « supériorité » que ces « égalitaires » veulent imposer leur civilisation au reste du monde, et qu'ils vont porter le trouble chez des gens qui ne leur demandaient rien; et, comme cette « supériorité » n'existe qu'au point de vue matériel, il est tout naturel qu'elle s'impose par les moyens les plus brutaux. Qu'on ne s'y méprenne pas d'ailleurs : si le grand public admet de bonne foi ces prétextes de « civilisation », il en est certains pour qui ce n'est qu'une simple hypocrisie « moraliste », un masque de l'esprit de conquête et des intérêts économiques; mais quelle singulière époque que celle où tant d'hommes se laissent persuader qu'on fait le bonheur d'un peuple en l'asservissant, en lui enlevant ce qu'il a de plus précieux, c'est-à-dire sa propre civilisation, en l'obligeant à adopter des murs et des institutions qui sont faites pour une autre race, et en l'astreignant aux travaux les plus pénibles pour lui faire acquérir des choses qui lui sont de la plus parfaite inutilité ! Car c'est ainsi : l'Occident moderne ne peut tolérer que des hommes préfèrent travailler moins et se contenter de peu pour vivre; comme la quantité seule copte, et comme ce qui ne tombe pas sous les sens est d'ailleurs tenu pour inexistant, il est admis que celui qui ne s'agite pas et qui ne produit pas matériellement ne peut être qu'un « paresseux » ; sans même parler à cet égard des appréciations portées couramment sur les peuples orientaux, il n'y a qu'à voir comment sont jugés les ordres contemplatifs, et cela jusque dans des milieux soi-disant religieux. Dans un tel monde, il n'y a plus aucune place pour l'intelligence ni pour tout ce qui est purement intérieur, car ce sont là des choses qui ne se voient ni ne se touchent, qui ne se comptent ni ne se pèsent; il n'y a de place que pour l'action extérieure sous toutes ses formes, y compris les plus dépourvues de toute signification. Aussi ne faut-il pas s'étonner que la manie anglo-saxonne du « sport » gagne chaque jour du terrain

l'idéal de ce monde, c'est l' « animal humain » qui a développé au maximum sa force musculaire; ses héros, ce sont les athlètes, fussent-ils des brutes ; ce sont ceux-là qui suscitent l'enthousiasme populaire, c'est pour leurs exploits que les foules se passionnent; un monde où l'on voit de telles choses est vraiment tombé bien bas et semble bien près de sa fin.

Cependant, plaçons-nous pour un instant au point de vue de ceux qui mettent leur idéal dans le « bien-être » matériel, et qui, à ce titre, se réjouissent de toutes les améliorations apportées à l'existence par le « progrès » moderne ; sont-ils bien sûrs de n'être pas dupes ? Est-il vrai que les hommes soient plus heureux aujourd'hui qu'autrefois, parce qu'ils disposent de moyens de communication plus rapides ou d'autres choses de ce genre, parce qu'ils ont une vie plus agitée et plus compliquée ? Il nous semble que c'est tout le contraire

le déséquilibre ne peut être la condition d'un véritable bonheur ; d'ailleurs, plus un homme a de besoins, plus il risque de manquer de quelque chose, et par conséquent d'être malheureux; la civilisation moderne vise à multiplier les besoins artificiels, et, comme nous le disions déjà plus haut, elle créera toujours plus de besoins qu'elle n'en pourra satisfaire, car, une fois qu'on s'est engagé dans cette voie, il est bien difficile de s'y arrêter, et il n'y a même aucune raison de s'arrêter à un point déterminé. Les hommes ne pouvaient éprouver aucune souffrance d'être privés de choses qui n'existaient pas et auxquelles ils n'avaient jamais songé; maintenant, au contraire, ils souffrent forcément si ces choses leur font défaut, puisqu'ils se sont habitués à les regarder comme nécessaires, et que, en fait, elles leur sont vraiment devenues nécessaires. Aussi s'efforcent-ils, par tous les moyens, d'acquérir ce qui peut leur procurer toutes les satisfactions matérielles, les seules qu'ils soient capables d'apprécier : il ne s'agit que de « gagner de l'argent », parce que c'est là ce qui permet d'obtenir ces choses, et plus on en a, plus on veut en avoir encre, parce qu'on se découvre sans cesse des besoins nouveaux; et cette passion devient l'unique but de toute la vie. De là la concurrence féroce que certains « évolutionnistes » ont élevée à la dignité de loi scientifique sous le nom de «lutte pour la vie », et dont la conséquence logique est que les plus forts, au sens le plus étroitement matériel de ce mot, ont seuls droit à l'existence. De là aussi l'envie et même la haine dont ceux qui possèdent la richesse sont l'objet de la part de ceux qui en sont dépourvus ; comment des hommes à qui on a prêché les théories « égalitaires » pourraient-ils ne pas se révolter en constatant autour d'eux l'inégalité sous la forme qui doit leur être la plus sensible, parce qu'elle est de l'ordre le plus grossier ? Si la civilisation moderne devait s'écrouler quelque jour sous la poussée des appétits désordonnés qu'elle a fait naître dans la masse, il faudrait être bien aveugle pour n'y pas voir le juste châtiment de son vice fondamental, ou, pour parler sans aucune phraséologie morale, le « choc en retour » de sa propre action dans le domaine même où elle s'est exercée. Il est dit dans l'Évangile

« Celui qui frappe avec l'épée périra par l'épée »; celui qui déchaîne les forces brutales de la matière périra écrasé par ces mêmes forces, dont il n'est plus maître lorsqu'il les a imprudemment mises en mouvement, et qu'il ne peut se vanter de retenir indéfiniment dans leur marche fatale ; forces de la nature ou forces des masses humaines, ou les unes et les autres tout ensemble, peu importe, ce sont toujours les lois de la matière qui entrent en jeu et qui brisent inexorablement celui qui a cru pouvoir les dominer sans s'élever lui-même au-dessus de la matière. Et l'Évangile dit encore : « Toute maison divisée contre elle-même s'écroulera » ; cette parole aussi s'applique exactement au monde moderne, avec sa civilisation matérielle, qui ne peut, par sa nature même, que susciter partout la lutte et la division. La conclusion est trop facile à tirer, et il n'est pas besoin de faire appel à d'autres considérations pour pouvoir, sans crainte de se tromper, prédire à ce monde une fin tragique, à moins qu'un changement radical, allant jusqu'à un véritable retournement, ne survienne à brève échéance.

Nous savons bien que certains nous reprocheront d'avoir, en parlant du matérialisme de la civilisation moderne comme nous venons de le faire, négligé certains éléments qui semblent constituer tout au moins une atténuation à ce matérialisme ; et en effet, s'il n'y en avait pas, il est fort probable que cette civilisation aurait déjà péri lamentablement. Nous ne contestons donc nullement l'existence de tels éléments, mais encore ne faut-il pas s'illusionner à ce sujet : d'une part, nous n'avons pas à y faire entrer tout ce qui, dans le domaine philosophique, se présente sous des étiquettes comme celles de « spiritualisme » et d' « idéalisme », non plus que tout ce qui, dans les tendances contemporaines, n'est que « moralisme » et « sentimentalisme »; nous nous sommes déjà suffisamment expliqué là-dessus, et nous rappellerons simplement que ce sont là, pour nous, des points de vue tout aussi « pro­fanes » que celui du matérialisme théorique ou pratique, et qui s'en éloignent beaucoup moins en réalité qu'en apparence ; d'autre part, s'il y a encore des restes de spiritualité véritable, c'est malgré l'esprit moderne et contre lui qu'ils ont subsistés jusqu'ici. Ces restes de spiritualité, c'est seulement, pour tout ce qui est proprement occidental, dans l'ordre reli­gieux qu'il est possible de les trouver ; mais nous avons déjà dit combien la religion est aujourd'hui amoindrie, combien ses fidèles eux-mêmes s'en font une conception étroite et médiocre, et à quel point on en a éliminé l'intellectualité, qui ne fait qu'un avec la vraie spiritualité; dans ces conditions, si certaines possibilités demeurent encore, ce n'est guère qu'à l'état latent, et, dans le présent, leur rôle effectif se réduit à bien peu de chose. Il n'en faut pas moins admirer la vitalité d'une tradition religieuse qui, même ainsi résorbée dans une sorte de virtualité, persiste en dépit de tous les efforts qui ont été tentés depuis plusieurs siècles pour l'étouffer et l'anéantir ; et, si l'on savait réfléchir, on verrait qu'il y a dans cette résistance quelque chose qui implique une puissance « non-humaine » ; mais, encore une fois, cette tradition n'appartient pas au monde moderne, elle n'est pas un de ses éléments constitutifs, elle est le, contraire même de ses tendances et de ses aspirations. Cela, il faut le dire franchement, et ne pas chercher de vaines conciliations : entre l'esprit religieux, au vrai sens de ce mot, et l'esprit moderne, il ne peut y avoir qu'antagonisme; toute compromission ne peut qu'affaiblir le premier et profiter au second, dont l'hostilité ne sera pas pour cela désarmée, car il ne peut vouloir que la destruction complète de tout ce qui, dans l'humanité, reflète une réalité supérieure à l'humanité.

On dit que l'Occident moderne est chrétien, mais c'est là une erreur : l'esprit moderne est antichrétien, parce qu'il est essentiellement antireligieux; et il est antireligieux parce que, plus généralement encore, il est antitraditionnel ; c'est là ce qui constitue son caractère propre, ce qui le fait être ce qu'il est. Certes, quelque chose du Christianisme est passé jusque dans la civilisation antichrétienne de notre époque, dont les représentants les plus « avancés », comme ils disent dans leur langage spécial, ne peuvent faire qu'ils n'aient subi et qu'ils ne subissent encore, involontairement et peut-être inconsciemment, une certaine influence chrétienne, au moins indirecte ; il en est ainsi parce qu'une rupture avec le passé, si radicale qu'elle soit, ne peut jamais être absolument complète et telle qu'elle supprime toute continuité. Nous irons même plus loin, et nous dirons que tout ce qu'il peut y avoir de valable dans lé monde moderne lui est venu du Christianisme, ou tout au moins à travers le Christianisme, qui a apporté avec lui tout l'héritage des traditions antérieures, qui l'a conservé vivant autant que l'a permis l'état de l'Occident, et qui en porte toujours en lui-même les possibilités latentes; mais qui donc, aujourd'hui, même parmi ceux qui s'affirment chrétiens, a encore la conscience effective de ces possibilités ? Oh sont, même dans le Catholicisme, les hommes qui connaissent le sens profond de la doctrine qu'ils professent extérieurement, qui ne se contentent pas de « croire » d'une façon plus ou moins superficielle, et plus par le sentiment que par l'intelligence, mais qui « savent » réellement la vérité de la tradition religieuse qu'ils considèrent comme leur? Nous voudrions avoir la preuve qu'il en existe au moins quelques-uns, car ce serait là, pour l'Occident, le plus grand et peut-être le seul espoir de salut; mais nous devons avouer que, jusqu'ici, nous n'en avons point encore rencontré; faut-il supposer que, comme certains sages de l'Orient, ils se tiennent cachés en quelque retraite presque inaccessible, ou faut-il renoncer définitivement à ce dernier espoir ? L'Occident a été chrétien au moyen âge, mais il ne l'est plus ; si l'on dit qu'il peut encore le redevenir, nul ne souhaite plus que nous qu'il en soit ainsi, et que cela arrive à un jour plus proche que ne le ferait penser tout ce que nous voyons autour de nous; mais qu'on ne s'y trompe pas : ce jour-là, le monde moderne aura vécu.

- Publié dans : spiritualité
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