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Hauts Grades

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Qu’est-ce que la parole perdue ?

8 Novembre 2017 , Rédigé par S.S Publié dans #Planches

L'expression la parole perdue apparaît dans des rituels du 3e degré, où l'on parle aussi de la perte des secrets véritable du maître maçon. Il semble toutefois que les deux expressions soient relativement interchangeables ; ainsi le document Prichard de 1743 et l'instruction au 3e degré au rite écossais de la Mère Loge Écossaise de l'Orient d'Avignon de 1774 disent-ils :

Q : pourquoi vous a-t-on fait voyager ? - R : pour chercher ce qui a été perdu.
Q : qu'est ce qui a été perdu ? - R : la parole de Maître.
Q : comment la parole fut-elle perdue ? - R : par la mort de notre respectable maître Hiram.
 

Un homme meurt, refusant de livrer un banal mot de passe pour se faire payer, connu de tous les maîtres, et un secret dont il était détenteur, par ailleurs, disparaît. Le secret n’est donc pas le mot de passe. Alors, est-ce un savoir que lui seul possède ? Est-ce une partie d’un mot à prononcer avec d’autres pour qu’il soit complet et efficient ? La parole d’Hiram serait-elle autre chose que celle d’un seul homme ? Que peut-être cette parole pour le franc-maçon d’aujourd’hui ? N’oublions pas que le mot Hiram porte en lui-même des mystères et parmi ses nombreuses traductions de l’hébreu, il peut aussi être lu comme HaReM qui désigne la chose cachée. 

Le savoir personnel 

Quel serait ce savoir ?

  • Au Rite York, à la mort d’Hiram, il est dit : « Il n'y a pas de plans sur la planche à tracer pour permettre aux ouvriers de poursuivre leur travail, et le G :. M :. H :. A :.  a disparu ». Sur la planche, le maître d’œuvre modifie le plan selon lequel la construction du Temple devra s'effectuer. Cette planche sert en permanence de point de repaire pour l’ouvrage qui va être réalisé au fur à mesure de l’avancée des travaux. Lorsque l’ouvrage est terminé, il doit se superposer exactement au tracé qui est sur la planche. La conception théologique de l'art de la construction peut se résumer en une recherche de médiété parfaite entre la beauté pure qui n'appartient qu'à Dieu et le miroir que doit lui offrir, par son œuvre, l’architecte afin qu'elle se révèle aux yeux des hommes. Concrètement, ce qui fut perdu serait-ce cette capacité architecturale de concevoir l’édifice et de terminer l’œuvre ?
  • Mais allons plus loin. Hiram, a été envoyé par le roi de Tyr à Salomon pour ses savoirs aussi particuliers que ceux que possédait Betsaléel, le constructeur de l’Arche d’alliance du désert : il était habile pour les ouvrages en or, en argent, en airain et en fer, en pierre et en bois, en étoffes teintes en pourpre et en bleu, en étoffes de byssus et de carmin, et pour toute espèce de sculptures et d'objets d'art qu'on lui donne à exécuter (II Chroniques, 2, 13 et 14).C’est grâce à 3 vertus que le premier temple fut construit par Betsaléel car il est écrit en Exode 31,3 : «Je [dieu] l’ai rempli de l’esprit d’Élohim en sagesse, en intelligence et en savoir», " בְּחָכְמָה וּבִתְבוּנָה וּבְדַעַת ", vertus que l’on retrouve en Hiram dans I Roi 7, 14 « rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir » " אֶת-הַחָכְמָה וְאֶת-הַתְּבוּנָה וְאֶת-הַדַּעַת "Ces trois vertus, concepts, attributs divins, types de forces, ou niveaux de conscience, sont les processus à l'œuvre des structures vivantes, correspondant aux 3 séphiroth  :     Hokhmah, la sagesse ; Tébouna, alias Binah, l’intelligence ; Daath, le savoir, la connaissance. La somme de leurs valeurs guématriques, après réduction, est équivalente à ce qui relie les 2 colonnes Yakin et Boaz[1] qu’Hiram a fondues. La parole perdue serait-elle l’esprit d’Elohim, cette capacité de création, comme celle du maharal de Prague avec son Golem dont aurait été doté Hiram ? John Yarker qui, dans un article sur Le rite d’York et l’ancienne maçonnerie en général, remarque qu’«en vérité, des ouvriers complotèrent illégalement pour extorquer d’Hiram Abif un secret, celui de l’animal étonnant qui avait le pouvoir de couper les pierres.  Le secret qui a été perdu par les trois Grands Maîtres est celui de l'insecte shermah (shamir), qui a été employé pour donner un parfait polissage aux pierres. Considérant cette remarque de Yarker, le secret opératoire du shamir serait-il «ce qui a été perdu» ? De même, dans la présentation du rituel Wooler, qui ressemble au texte de Yarker, on lit dans un catéchisme du troisième degré : «Après la construction du Temple, les ouvriers du plus haut degré, connus sous le nom de« Most «Excellent», ont accepté les grands secrets concernant le noble In… Sh…, qui était ce qui constituait le secret des trois Grands Maîtres et [pour] lequel HAB fut tué » ; l'utilisation d'abréviations prouvant le caractère autrefois ésotérique, ou supposé tel, de l'information. Dans son Miscellanae Latomorum, le Dr William Wynn Westcott propose un passage d'un vieux rituel qui parle précisément du secret de l’insecte shamir et des trois Grands Maîtres. Voilà notre intérêt maçonnique éveillé. Cette tradition maçonnique est ignorée de nos jours, mais intéressons nous à ce shamir ; essayons de trouver quelques sources à cette incroyable histoire. Ce shamir miraculeux aurait été spécialement créée au début du monde pour cette utilisation opératoire. Selon cette légende, quand Salomon demanda aux rabbins comment construire le Temple sans utiliser d'outil de fer, pour se conformer, bien sûr, à l'injonction du Deutéronome (Exode, 20,21 ; Si toutefois tu m'ériges un autel de pierres, ne le construis pas en pierres de taille; car, en les touchant avec le fer, tu les as rendues profanes), ils attirèrent son attention sur le shamir par lequel Moïse avait gravé le Nom des tribus sur le pectoral du grand prêtre. Voyons cela de plus près. Ranulf Higden (1300-1363), dans son Polychronicon, cite la légende du ver de fendillement de pierre, qu'il nomme thamir. Dans l’Encyclopédie juive on trouve cette légende qui raconte que, sur la recommandation des rabbins et afin de ne pas utiliser le fer, Salomon taillait les pierres au moyen du shamir, un animal, un ver dont le seul contact fendait la pierre. On retrouve cette légende également dans la littérature arabe et même dans  le Coran. Dans la littérature talmudique, il existe de nombreuses références à Shamir. Des qualités inhabituelles lui ont été attribuées. Par exemple, il pourrait désintégrer quoi que ce soit, même dur comme des pierres. Parmi ses possessions, Salomon la considérait comme la plus merveilleuse. Le roi Salomon était désireux de posséder le Shamir parce qu'il en avait entendu parler. La connaissance du Shamir est en fait attribuée par des sources rabbiniques à Moïse. Après avoir beaucoup cherché le Shamir de la taille d'un grain d'orge, il a été trouvé dans un pays lointain, au fond d'un puits, rapporté à Salomon, mais étrangement, il perdra ses capacités et est deviendra inactif plusieurs siècles plus tard, à peu près au moment où le Temple de Salomon a été détruit par Nabuchodonosor.

Étonnant et curieux Shamir ? Qu’est-ce donc ?

  • Selon les auteurs médiévaux, Rachi, Maimonides et d'autres, Shamir était une créature vivante, un ver ; soutenant que Shamir ne pouvait pas être un minéral parce qu'il était actif. Ce ver magique était doté du pouvoir de modifier la pierre, le fer et le diamant, par son simple regard. Par ailleurs, les sources rabbiniques ont transmis la description de la gravure des noms des douze tribus sur les douze pierres précieuses de la cuirasse du grand-prêtre (le pectoral) ; Moïse le fit non pas par sculpture, mais en écrivant avec un certain fluide et en les «montrant» à Shamir, ou en les exposant à son action. De l'avis des auteurs modernes, l'expression «montré à Shamir » indique clairement que c'était le regard d'un être vivant qui a effectué la division de bois et de pierres. On admet cependant que dans les sources talmudiques et midrashiques, on ne dit jamais explicitement que le Shamir était une créature vivante. 3 Alors Shamir/ schamir/ samur, comme on en trouve l’expression, un ver de la taille d’un grain, ou autre chose, une pierre selon les différentes sources littéraires ?
  • Une vieille source, La Légende de Soliman et testament de Salomon[2], ouvrage écrit en grec, probablement au début du troisième siècle de l'ère actuelle, se réfère à Shamir comme une «pierre verte», page 10 note 31 : le shamir serait une pierre de cristal vert de grande puissance. Le nom dérive probablement de samir/ épine ou tranchant. Un seul shamir est reconnu avoir existé. Il est sculpté en forme de coléoptère, scarabée de l’espèce sacer ateuchus. C’est la raison pour laquelle on a confondu le shamir avec un insecte.

Mais comment une pierre verdâtre aurait-t-elle pu couper le plus dur des diamants avec son seul regard ? Reprenons ce que raconte Louis Guinzberg, en 1909, dans Les légendes des juifs, qui, inspiré par l’exégèse rabbinique, rapporte l’histoire de manière très fantastique : le shamir fut créé au crépuscule du sixième jour avec d’autres choses extraordinaires. Il n’était pas plus grand qu’un grain d’orge et possédait le pouvoir remarquable de tailler les diamants les plus durs. C’est pour cette raison qu’il fut utilisé pour les pierres du pectoral porté par le grand prêtre. D’abord on traça à l’encre les noms des douze tribus sur les pierres qui devaient être serties dans le pectoral ensuite le shamir fut conduit sur les lignes tracées et celles-ci furent ainsi gravées. Circonstance miraculeuse, le tracé ne porta aucune particule de pierre. On avait également utilisé le shamir pour tailler les pierres dont fut construit le Temple, car la loi interdisait d’utiliser des ustensiles de fer pour tout ouvrage destiné au Temple. Pour le conserver, il ne faut placer le shamir dans aucun réceptacle de fer, ni d’aucun métal, il le ferait éclater. On le conserve enveloppé dans une couverture de laine qui à son est tour est placée dans une corbeille de plomb remplie de son d’orge. Le shamir fut gardé au Paradis jusqu’au jour où Salomon eut besoin de lui. Il envoya l’aigle pour y chercher le ver. Lors de la destruction du Temple, le shamir disparut[3]La manière dont Shamir était gardé en sûreté peut nous donner un indice: «Le Shamir ne peut être mis dans un vase de fer pour la garde, ni dans aucun vaisseau métallique: il éclaterait un tel récipient. Il est gardé enveloppé dans de la laine à l'intérieur d'une boîte de plomb rempli de son d'orge. Cette phrase est tirée du chapitre 48b du Talmud de Babylone et contient un indice important ; car, avec la connaissance actuelle nous pouvons facilement deviner qui ou plutôt ce qu’était Shamir : c'était une substance radioactive ; les sels de radium, par exemple, agissant sur certaines autres substances chimiques, peuvent émettre une luminescence de couleur jaune-vert. Cela expliquerait comment le pectoral du grand-prêtre avait été gravé : les lettres étaient écrites à l'encre, et les pierres étaient exposées l'une après l'autre au «regard» ou au rayonnement du Shamir. Cette encre devait contenir du plomb en poudre ou des oxydes de plomb. Les parties des pierres qui n'étaient pas protégées par le plomb se désintégrèrent sans laisser de particules de poussière qui, selon ce Talmud, paraissaient particulièrement merveilleuses. Les parties protégées par de l'encre de plomb se dressaient en relief sur la surface des pierres précieuses[4]La possession la plus précieuse de Salomon, son Shamir, n'a pas survécu avec le temps, il est devenu inactif. La version habituelle de l'histoire, « le Shamir disparu », ne correspond pas à la traduction exacte texte hébreu. Le mot batel utilisé pour décrire la fin, ou la disparition, de Shamir  n'a qu'une seule signification : "Pour devenir inactif.". Dans les quatre cents ans qui ont passé de la construction du premier Temple à sa destruction par Nabuchodonosor en -587, une substance radioactive aurait pu devenir inactive[5]Le secret d’Hiram serait-il celui de l’utilisation d’une sorte de laser radioactif[6] ? 

La connaissance partagée 

Et si la « parole » était un ensemble d’éléments répartis entre plusieurs détenteurs dont la méconnaissance d’un seul entraînerait l’inefficacité du tout ? Un morceau de code en somme, un morceau de symbole ! Dans la légende, de fait, trois personnes forment un triangle : Salomon, le roi de Tyr et Hiram, les trois grands maîtres, chacun assigné à un rôle particulier et indispensable dans la construction du Temple. La légende dit que le Roi Salomon, Hiram Abiff, Roi de Tyr (1 Rois: 7:13), et Hiram Abi de la tribu de Dan (2 Chr.: 2:13) se sont réunis pour concevoir les plans de la construction du Temple, Salomon conçut, Hiram de Tyr fournit les moyens et Hiram réalisa l’œuvre. Nous apprenons que le grand savoir devait être gardé par ces trois personnes jusqu'au parachèvement du Temple. La parole leur aurait-elle été confiée en trois parties. Chaque membre du ternaire serait détenteur du mot sacré ou d’une fraction de celui-ci. Il fallait le concours des « trois premiers Grands-Maîtres », de sorte que l’absence ou la disparition d’un seul d’entre eux rendait cette communication impossible, et cela aussi nécessairement qu’il faut trois côtés pour former un triangle. Cela veut dire que chaque membre du triangle constitue la pointe d’une figure doté d’un centre commun. Ce centre, c’est le point de concordance des trois sensibilités magique, spirituelle et rationnelle qu’ils incarnent. Ce centre est donc l’essence de l’homme et de la nature c’est-à-dire l’essence de la vie qui se traduit concrètement en force de vie ou élan vital. Comment se fait-il que, sachant que la parole ne pouvait être que par la réunion du 3 (le roi Salomon, le roi de Tyr et Hiram), comment se fait-il qu'aucun d'entre eux n'ait pensé à transmettre sa propre connaissance à un disciple pour que la chaîne ne se brise pas en cas de disparition? Était-ce se croire immortel ? Les exégètes des rituels assimilent la prononciation du Tétragramme à la « parole perdue ». Elle devait être trisyllabique. La syllabe est l’élément réellement indécomposable de la parole prononcée, même si elle s’écrit naturellement en quatre lettres. En effet, quatre (4) se rapporte ici à l’aspect « substantiel » de la parole et 3 à son aspect « essentiel ». Il est d’ailleurs à remarquer que le mot substitué  lui-même, dans sa prononciation rituelle, sous ses différentes formes, est toujours composé de trois syllabes qui sont énoncées séparément. Considérant que chez les Hébreux, le grand prêtre, le Cohen Gadol, était seul détenteur de la prononciation recta dictio et totale du mot sacré qu'il vocalisait une fois par an dans le saint des saints, cela pourrait vouloir dire que la parole ne fut pas perdue et que si Salomon la substitua, c'est qu'il pensait que son Maître d'œuvre avait cédé à la pression de ses agresseurs en la dévoilant : il fallut donc changer cette parole. Dans ce même registre, on remarquera que lors de la destruction du Temple de Jérusalem et de la dispersion du peuple juif, la véritable prononciation du Nom tétragrammatique fut perdue ; il y eut bien un nom substitué, celui d’Adonaï, mais il ne fut jamais regardé comme l’équivalent réel de celui qu’on ne savait plus prononcer. En effet, la transmission régulière de la prononciation exacte du principal nom divin, désigné comme ha-Shem ou le Nom par excellence, était essentiellement liée à la continuation du sacerdoce dont les fonctions ne pouvaient s’exercer que dans le seul Temple de Jérusalem ; serait-il le centre spirituel de la tradition qui fut perdu ? Les mystères des sociétés initiatiques de l'Antiquité perpétuaient les premières traditions du genre humain et les nouveaux acquits des corps savants pour élever, au-dessus de leurs semblables, des initiés jugés aptes à en faire un usage utile pour tous. Cet enseignement leur était donné de bouche à oreilles après avoir pris l'engagement, par un serment menaçant, de ne le transmettre à d'autres initiés que sous les mêmes formes et conditions. Il est raconté qu'ils étaient possesseurs de secrets scientifiques redoutables et bienfaisants, dont leur haute morale imposait le respect, mais susceptibles, étant détournés de leur action bénéfique, d'être transformés dans un but malfaisant. Les initiations furent interrompues ; des initiés s'éteignirent, emportant dans la mort les secrets qui leur avaient été confiés. Les secrets des rites initiatiques pour l'intromission des pharaons, véritables mystères de la lignée royale d’Égypte, furent définitivement perdus à la mort du roi Sekenenrê Taâ qui mourut sans les avoir dévoilés à son ennemi qui voulait les lui arracher. Dans certains cas, au lieu de la perte d’une langue, il est parlé seulement de celle d’un mot, tel qu’un nom divin par exemple, caractérisant une certaine tradition et la représentant en quelque sorte synthétiquement ; et la substitution d’un nouveau nom remplaçant celui-là marquera alors le passage d’une tradition à une autre. Quelquefois aussi, il est fait mention de « pertes » partielles s’étant produites, à certaines époques critiques, dans le cours de l’existence d’une même forme traditionnelle : lorsqu’elles furent réparées par la substitution de quelque équivalent, elles signifient qu’une réadaptation de la tradition considérée fut alors nécessitée par les circonstances ; dans le cas contraire, elles indiquent un amoindrissement plus ou moins grave de cette tradition auquel il ne peut être remédié ultérieurement[7]. 

Que peut-être la parole perdue pour un F\M\ d’aujourd’hui ? 

Les remarques que nous venons de faire montrent que la parole perdue serait soit un savoir, soit une prononciation, soit une connaissance spirituelle ou magique soit encore la trace du passage d’une tradition à une autre. La parole perdue du F\M\ me paraît un peu différente. Nous ne pouvons faire l'erreur des mauvais compagnons qui croyaient que le secret du maître maçon relevait de la communication d'un savoir ; notre recherche est bien différente puisqu'elle se place sur le plan de la Connaissance, celui de l'être et du spirituel, de l'immanence et de la transcendance. Dans l’exotérisme judaïque, le mot qui est substitué au Tétragramme qu’on ne sait plus prononcer est un autre nom divin, Adonaï, qui est formé également de quatre lettres, mais qui est considéré comme moins essentiel ; il y a là quelque chose qui implique qu’on se résigne à une perte jugée irréparable, et qu’on cherche seulement à y remédier dans la mesure où les conditions présentes le permettent encore. Dans l’initiation maçonnique, au contraire, le « mot substitué » est une question qui ouvre la possibilité de retrouver la « parole perdue », donc de restaurer l’état antérieur à cette perte. La parole perdue met en relief la nécessité d’une nouvelle perception et d’un nouveau langage relatif à la notion d’essence et de présence au-delà de la forme. Elle n’est pas à comprendre comme uniquement une perte dans la transmission, mais comme le commencement d’un apprentissage d’autres éléments de langages. Il nous reste à nous interroger sur comment trouver cette parole[8] ou comment lui en substituer une autre de même puissance.

À suivre…

 


[1] Si, comme en guématrie simple on ne donne pas une valeur particulière aux lettres finales : Yakin s’écrit

«יָכִין» yod, kaph, yod, noun et a une valeur de 10+20+10+50 = 90 ; Bo’az s’écrit « בֹּעַז» beth, eïn, zaïn et a une valeur de 2+70+7 = 79.

Entre les deux il y a une différence, une présence de 11.

Hakhmah, « חָכְמָה», la sagesse , (heith, kaph, mem, hé) soit 8+20+40+5 = 73

Tébouna, alias Binah, «תְבוּנָה »l’intelligence (tav, beith, vav, noun, hé) soit 400+2+6+50+5 = 463

Daath, « דַעַת » le savoir, la connaissance (dalethh, eïn, tav) soit 4+70+400 = 474

L’ensemble des  3 vertus : 73+463+474 = 1010 soit en réduction 11

[2] D’après les chroniques de Tabari Me d Ibn Djarir, Sabine Baring-Gould, Ahimaaz bin Tsadok, Louis Ginzberg, John D. Seymour. https://books.google.fr/books?id=-oEaEmuYFPoC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

[3] À rapprocher de l’Ourim et le Thoummim qui sont généralement considérés comme des objets ayant trait à l'art de la divination. En hébreu, le mot ourim signifie lumières, et thoummim, perfections, parfois traduit par vérité. Les érudits juifs les décrivent comme un instrument qui servait à donner la révélation et à déclarer la vérité. Ils disparurent avec la destruction du 1er Temple, le shamir, quant  lui, disparut avec la destruction du second Temple. Ils sont tous en rapport avec le pectoral porté par le Grand prêtre d'Israël.

[4] La plupart des gemmes, tels que le diamant, le saphir, l’émeraude ou la topaze, sont décolorés par la radioactivité. D’autres pierres précieuses, comme l’opale, sont constituées de cristaux de silice hydratée. Le rayonnement alpha les désintègre en rompant la liaison avec l’eau ; celle-ci se volatilise sans laisser de résidu.

[5] Le radium perd environ un pour cent de sa radioactivité tous les 25 ans

[6] Pour compléter cet aspect : http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=1424&mode=print

[7] La mort d’Hiram et la Parole perdue de René Guénon :  

https://legende-hiram.blogspot.fr/2016/05/1948-la-mort-dhiram-et-la-parole-perdue.html

[8] Rite émulation

V.- (au ler S.) Qu'est-ce donc qui est perdu ?

1er S.- Les véritables secrets des MM. MM.

V.- (au 2e S.) Comment se sont-ils perdus ?

2° S.- Par la mort prématurée de notre M. H.A.

V.- (au ler S.) Où espérez-vous les trouver ?

l er S.- Au Centre

V.- (au 2e S.) qu'est-ce que le Centre ?

2e S.- Un point à l'intérieur d'un cercle qui se trouve à une distance égale de toutes les parties de la circonférence.

V.- (au ler S.) Pourquoi au centre ?

ler S.- Parce que c'est le point où le M.M, ne peut faillir.

V.- Nous vous aiderons à réparer cette perte.

Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com

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Beyrouth Dimanche 23 Octobre 1983

24 Octobre 2017 , Rédigé par T.D

 

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Chassez partout ! Ou analogies entres forces Sous-marines et Franc-maçonnerie

27 Août 2017 , Rédigé par G\ L\ Publié dans #Planches

Cette planche a pour but de vous faire découvrir modestement et succinctement un monde que vous ne connaissez peut-être pas.

Préambule

Surface, chassez partout ! L’ordre du commandant fuse dans les hauts parleurs. Chassez partout ! Répète l’officier chef de quart, chassez partout ! Répète à son tour le Maître de central, chassez partout ! Reprend l’électricien de central en actionnant les leviers du tableau de chasse vers le bas. L’air comprimé s’engouffre dans les ballastes en un bruit strident y chassant l’eau. Le submersible s’allège et perce la surface en un instant, passant de la pénombre des fonds sous-marins à la lumière du jour. Sanglé dans mon uniforme, le panneau supérieur du sas ouvert, j’accède à la passerelle sur les talons du chef de quart. Après trois longues semaines de plongée, la lumière du soleil sur une mer étrangement calme me remplit de bonheur. Quelles ont été longues ces journées passées au fond, seulement rythmées par les quarts où seule la couleur de l’éclairage, blanc pour le jour et rouge pour la nuit, permet de ne pas perdre le fil du temps. J’ai 18 ans et je suis maintenant un vrai sous-marinier, reconnu par mes paires, je repense à mon baptême qui a consisté lors de la première descente à 300 mètres d’immersion à ingurgiter un bol d’eau de mer puisé à cette profondeur suivi d’un bol de vin rouge au goût âcre et amère. Combien de symboles maçonniques dans ce court préambule ? Répétition des ordres, grade d’officier, grade de maître, passage de l’ombre à la lumière, uniforme, calice d’amertume lors du baptême qui s’apparente à l’initiation… J’ai maintenant 49 ans et j’ai l’honneur et la fierté d’être compagnon Franc-maçon. Perdu dans mes pensées, je me rends compte des nombreuses similitudes entre ce que j’ai vécu durant mes quinze années passées au sein des forces sous marines et mon expérience actuelle au cœur de notre belle confrérie, cela me donne envie de poursuivre. Un sous marin peut-il s’apparenter à une loge ? Pourquoi ne pas essayer ? Après tout, il s’agit bien là d’un milieu clos, complètement isolé du monde extérieur. L’amitié et la fraternité y règne dans une vie monacale qui comporte également de nombreux rituels, des traditions et un langage particulier. Les repas pris à bord s’apparentent à l’agape.

Les grades

Comparons rapidement les différents grades des deux organisations qui nous intéressent en commençant par le bas : Le mousse ou le matelot, chapoté par un quartier-maître ou un second-maître est incontestablement l’apprenti. Il a été initié, il est là pour apprendre et se former durant quelques années. Tout comme l’apprenti, il se sent perdu, ne comprend pas, alors il observe, analyse, essaie de se familiariser avec les nombreuses coutumes et pratiques de la marine. A bord d’un sous marin, il est corvéable à merci, il met la table, sert ses compagnons, débarrasse, nettoie, fait la vaisselle. Il ne parle pas beaucoup, répond seulement lorsqu’on lui pose une question en faisant bien attention de ne pas dire d’idiotie. Les quartiers-maîtres sont les compagnons, durant leurs différentes affectations ou pourrait-on dire voyages, ils vont parfaire leur instruction et acquérir les connaissances nécessaires à la prochaine étape. Chacun va apprendre à utiliser les différents outils propres à sa spécialité. Comme chez nous cette période peu durer 5 ans avec une progression régulière vers l’acquisition complète de la pratique et de la théorie relatives à la formation de chacun. Nous avons bien là les cinq voyages de l’augmentation de salaire. Compagnon Franc-maçon je revis cette période. Je suis passé de la colonne J à la colonne B, j’ai gravi les cinq degrés mystérieux du temple, j’ai découvert l’étoile flamboyante et la lettre G, j’ai lu, j’ai travaillé avec mes frères surveillants, j’ai voyagé et visité d’autres loges et découvert d’autres rites, suis je maintenant digne de passer maître ? Grade ou tout commence m’a-t-on dit ? Dans la Marine comme en franc maçonnerie, le maître a acquis l’expérience indispensable à la pratique de sa spécialité. Tout en continuant à se perfectionner, il est maintenant apte à jouer le rôle d’instructeur vis-à-vis des matelots et quartiers-maîtres, il est habité d’un devoir de transmission. Maîtres mécanicien, maître électricien, maître timonier, détecteur, torpilleur, radio, et bien d’autres. Ces hommes constituent l’ossature, les piliers de l’équipage, sans eux et leur savoir rien n’est possible, au fond des mers et des océans aucune erreur n’est permise. Les officiers sont la pour diriger le bâtiment et l’équipage. L’officier en second serait le premier surveillant son rôle étant d’aider le commandant il est également le trésorier du bord, l’officier en troisième chargé de la navigation pourrait être le maître de cérémonie qui à la charge de faire entre guillemet naviguer les frères au sein de la loge. L’officier en quatrième plus particulièrement chargé de la détection, des munitions et des torpilles est le couvreur qui avec son épée garde la porte du temple en détectant puis empêchant toute intrusion utilisant son arme si nécessaire. L’officier en cinquième a la responsabilité des transmissions il est alors l’orateur car souvent en relation directe avec le commandant pour le tenir informé. Le commandant, seul maître à bord après Dieu ou devrais-je dire GADLU serait ainsi le Vénérable Maître en chair. Je reprends mon rituel d’apprenti : « de même que le soleil se lève à l’Orient pour ouvrir la carrière du jour, ainsi le maître de la loge se tient à l’Orient pour ouvrir la loge, éclairer les travaux, et mettre les ouvriers à l’œuvre ». Au poste de combat, le commandant est au périscope, il est alors le seul à voir la lumière du jour. Il dirige l’attaque, la responsabilité pèse sur ses épaules, de lui dépend la survie de l’équipage. Durant des siècles, combien de commandant de navires ont attendu avec impatience le levé du soleil à l’Orient afin de faire le point au sextant et connaître ainsi la position de leur bâtiment ? Action indispensable à l’équipage pour la poursuite du voyage ou de la mission. Au fait, outre le sextant, quels sont les instruments utilisés pour faire le point ? Une carte bien sûr, mais également un compas ainsi qu’une règle graduée, autant de symboles maçonniques forts. Dans ce cas, le compas sert à mesurer les distances, en traçant plusieurs arcs sur la carte il va permettre de situé précisément la position du navire, associé à la règle il sera utile pour tracer la route, nous retrouvons là la lettre G de géométrie.

Les autres symboles

Quels autres symboles pouvons-nous trouver ? La mer, l’océan ou le voyage initiatique Le premier qui me vient à l’esprit est l’état de la mer. En effet, celle-ci peut être déchaînée, passer par plusieurs étapes jusqu’à devenir calme, voir très calme, on appel cela une mer d’huile. Lorsque le sous marin transite en surface, et que la mer est déchaînée, la vie à bord devient extrêmement pénible, tout bouge, tout ce qui n’est pas arrimé tombe, le navire tremble, grince sous les coups de boutoir de l’océan. L’équipage est presque en survie dans ce mouvant tumulte, en passerelle les veilleurs, transis de froid, sont annarchés pour éviter de se faire emporter par une lame. Comment ne pas faire tout d’abord le rapprochement une fois de plus avec l’initiation. De nouveau je reprends mon rituel d’apprenti : le premier voyage, emblème de la vie humaine, tumulte des passions, difficulté, obstacle, une fois de plus beaucoup de similitudes. Puis comme par enchantement la météo s’améliore, le vent commence à faiblir. A bord, doucement tout se calme, la vie devient moins difficile, nous sommes au deuxième voyage puis après quelques temps l’océan devient lisse, la vie reprend son cours normale de nouveau la sérénité s’installe au sein de l’équipage, c’est le troisième voyage. La seconde idée serait de comparer l’état de la mer au pavé mosaïque. L’océan déchaîné étant le pavé noir, la mer calme le blanc… Nous avons là une notion de dualité extrêmement forte. Le poste de combat de vérification ou la mise en place de la loge Avant chaque appareillage, toujours le même rituel, l’équipage au grand complet procédait au poste de combat de vérification. Toujours à quai, il s’agissait de vérifier le bon état du bâtiment en faisant fonctionner tous ses matériels, des moteurs diésel au sonar en passant par les émetteurs radio et l’étanchéité, tout y passait car hors de question de partir en mer à bord d’un sous-marin déficient.Où avez-vous été reçu maçon ? Dans une loge juste et parfaite. Que faut-il pour qu’une loge soit juste et parfaite ? Trois la composent, cinq la gouvernent et sept la rendent juste et parfaite. En tant qu’apprenti j’ai eu souvent à effectuer la mise en place de la loge avant l’entrée du vénérable maître en chaire et de ses officiers. Comme pour le sous marin, pas question d’ouvrir les travaux si la loge n’est pas juste et parfaite.

L’uniforme ou le tablier

Dans la marine comme en franc Maçonnerie, chacun se reconnaît à son uniforme et à ses insignes, du mousse à l’amiral, comme de l’apprenti au Très Respectable Grand Maître de notre obédience. A chaque grade équivalent un uniforme et des galons ainsi que différents insignes définissant la spécialité de chacun. Tout comme chez nous, plus le grade est élevé, plus la tenue est étoffée. Tout ceci me fait immédiatement penser aux ornements de tablier et aux bijoux d’officiers.

La pesée ou le niveau

En plongée une de nos préoccupations principales est la pesée. Un sous marin bien pesé est un bâtiment qui, en immersion, moteur stoppé, ne doit ni monter, ni descendre et conserver une assiette stable, « être de niveau ». Le réglage s’effectue en admettant ou en chassant de l’eau et en passant celle-ci de l’avant vers l’arrière ou vice versa. La pesée parfaite ne s’obtient qu’après une multitude de mouvements d’eau et reste éphémère et sans cesse à corriger car au fil du temps le submersible s’allège au fur et a mesure de la consommation de gasoil, de vivre et d’eau douce. Quels symboles maçonniques pouvons-nous déduire ? J’en vois deux : - Le niveau, bijoux du second surveillant et symbole de l’équilibre ainsi que de l’égalité entre tous les frères. - D’autre part, dans mon esprit, ce sous marin bien pesé, donc parfait, pourrait être la pierre taillée, qui va s’imbriquer précisément au sein du temple en construction mais aussi l’emblème du frère en quête de perfectionnement, tentant de corriger en permanence ses défauts et de vaincre ses passions afin d’essayer d’arriver à la sérénité et à un équilibre satisfaisant.

L’échelle ou la verticale

Aucun moyen de sortir d’un submersible sans emprunter une échelle verticale faisant passer le sous-marinier de l’ombre à la lumière. Je retrouve là les notions de verticalité, d’élévation, de fil à plomb qui me semblent fondamentales.

Le matricule

Le matricule définit dans la Marine comme en franc maçonnerie l’ancienneté de ses membres. 057700083 j’ai été le 83ème marin à signer un engagement en 1977. 80221 je suis le 80221ème frère à avoir été initié au sein de notre obédience.

L’inspection générale ou la visite du Grand Maître Provincial

Une fois par an, nous avions droit à l’inspection générale de l’Amiral commandant les forces sous marines. Nettoyage, bricage, peinture, remise en état de tous les matériels, un mois avant la date fatidique tout l’équipage était au travail et sur les dents afin que tout soit parfait le moment venu. Le jour J, les hommes en grande tenue, rangés et alignés et au garde à vous attendaient cette visite non sans quelque anxiété pour le passage en revue. Combien de fois me suis-je remémoré ces instants lorsque étant à l’ordre, les frères surveillants passent entre nos colonnes afin de vérifier que nous sommes bien maçons. Puis c’était le départ pour une journée en mer avec inspection de tous les compartiments par l’amiral, accompagné du commandant et suivi par le maître d’hôtel tenant rituellement un plateau d’argent sur lequel est posé une paire de gants blancs que l’inspecteur pouvait utiliser à sa guise afin de vérifier la propreté du bord, gare à la poussière… La visite du grand maître Provincial n’est pas sans me rappeler ces moments.

Le salut ou le signe

Vous me reconnaitrez à mes mots, signes, et attouchement. Dans l’armée en général, le salut qui s’apparente à l’ordre et au signe est ancestral, il marque le respect et l’appartenance à un même clan. Il s’effectue en portant la main droite tendue, paume vers l’extérieur au niveau de la tempe, à ce moment, le bras forme une équerre avec la verticale du corps, encore un beau symbole.

Quart de nuit en surface ou La voute étoilée

Je me souviens comme si c’était hier de ces longues heures de quart de nuit, passées à faire la veille dans le kiosque lorsque le sous marin était en surface. Là, au milieu de l’océan, c'est-à-dire de nulle part, j’ai pu voir des ciels étoilés magnifiques car aucunement altérés par une quelconque source lumineuse humaine. Dans ces moments de méditation intense j’ai souvent ressenti une très grande sérénité prémices à l’égrégore rencontrée parfois en loge.

La corvée de câble ou le branchement du temple de st Colomban

Depuis mon arrivée parmi vous, j’ai l’impression que tout me ramène au passé même les choses les plus inattendues comme le spécifique branchement du câble pour éclairer notre loge. En effet lors de nos retours au port, une fois le bâtiment amarré il était indispensable de le raccorder électriquement au quai, s’ensuivait la sempiternelle corvée de câbles pour laquelle tous les matelots étaient requis.

Conclusion

Vous aurez compris, mes frères, que lorsque j’ai entendu parler de franc maçonnerie pour la première fois et après quelques recherches personnelles, je me suis rapidement rendu compte, comme une évidence que ma place était parmi vous tant les similitudes entre la vie d’une loge, d’une obédience et mon passé militaire sont grandes. Je retrouve cette même fraternité, la vraie, celle qui lie les hommes de bonne volonté. Je retrouve la rigueur, le travail et beaucoup d’autres choses avec en plus le côté spirituel qui m’ouvre de nouveaux horizons à explorer, des horizons encore plus vastes que l’océan. Pour finir, je ne résiste pas à l’envie de citer une phrase prononcée ici par un frère qui se reconnaîtra : « Souhaitons que cet homme qui fut maître dans la marine le redevienne un jour en franc-maçonnerie ».

J’ai dit très vénérable.

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Faut-il tuer le vieux sur la montagne ?(extrait)

3 Août 2017 , Rédigé par D.D Publié dans #Planches

Le rituel d'initiation au 30. degré du Rite Écossais Ancien Accepté dit: :,
"Le grade de Chevalier Kadosh est d'origine templière. L'ordre du Temple, à la fois religieux et militaire, fut en rapport avec les maçons opératifs qui édifièrent leurs commanderies et leurs châteaux forts. Ils furent aussi en contact avec des sectes politico-mystiques du Proche Orient, [notamment avec les ismaïliens du Vieux de la Montagne]. Les templiers se trouvèrent ainsi instruits de diverses traditions initiatiques et leur ordre devint un maillon dans leur transmission" . 
N'épiloguons pas sur la prétendue filiation templière de la franc- maçonnerie. René Le Forestier, dans son monumental ouvrage La franc-maçonnerie templière et occultiste, trace l'origine de cette légende et la démonte point par point. Mais point n'est besoin d'être directement relié aux templiers pour s'inspirer de certains de leurs principes. En revanche, la référence au Vieux de la Montagne m'a singulièrement intéressé, surtout par les connotations positives dont elle est entourée dans le texte du rituel. Car j'en avais déjà entendu parler, de ce Vieux de la Montagne, et nullement en bien, puisqu'il m'évoquait la secte des assassins, et que Voltaire, dans son Dictionnaire philosophique, le prend comme référence à l'article Fanatisme! C'est cette apparente distorsion entre ces diverses allusions au Vieux de la Montagne qui m'a poussé à rechercher ce qui avait pu se passer dans cette région du sud de la mer Caspienne, il y a environ neuf siècles. Le fruit de cette investigation est simple: tout d'abord, le Vieux de la Montagne a réellement existé; il y en a même eu au moins huit, qui du mythique nid d'aigle d'Alamut, firent régner la terreur dans l'empire arabe de cette époque. Ceux que nous appelons aujourd'hui les assassins étaient des musulmans de la branche shiîte, du rameau ismaïlien de cette branche, et de sa tendance la plus extrémiste, celle des nizarites ou ismaïliens réformés. Il y eut effectivement de nombreux contacts entre les ismaïliens et les templiers, car les doctrines présentent un certain nombre de points communs. En 1171, les assassins faillirent même se convertir !...
...L'arrivée des croisés va encore, s'il.en était besoin, compliquer la situation.
Le détail des croisades ne nous intéresse guère. La première croisade voit Bohémond fonder la principauté franche d'Antioche en 1098; Baudouin de Boulogne fonde le comté d'Édesse et son frère, Godefroy de Bouillon, devient Avoué (défenseur) du Saint Sépulcre à Jérusalem en 1099.
Les turcs ne comprennent que lentement ce qui se passe: ils ne repousseront les Francs qu'après 1130. La deuxième croisade, prêchée par Saint Bernard en 1146, sera un échec total..
C'est sous le règne de Baudouin Il que les ordres militaro-religieux sont créés. L'ordre du Temple est fondé en 1118 par le champenois Hugues de Payens qui l'installe dans une partie du palais de Jérusalem appelée templum salomonis. Cette milice se donne pour mission de veiller à la sécurité des routes de pèlerinage entre Jaffa et Jérusalem. Le concile de Troyes, en 1128, approuve l'Ordre, d'inspiration bénédictine. On sait ce qu'il en advint: puissance religieuse qui échappait à l'Eglise, puissance militaire qui échappait au Roi, qui en était également débiteur au point de vue financier, ils additionnèrent les ennemis qui prononcèrent leur perte en 1313.
Naturellement les templiers, au même titre que les autres francs présents dans cette région, vont entrer dans le jeu des alliances et contre-alliances, ralliements et trahisons de cette époque; et se passèrent effectivement des choses extraordinaires:
- dans une bataille, on vit un jour s'opposer d'un côté un croisé franc - Tancrède d'Antioche, accompagné de 1500 chevaliers et fantassins francs, alliés à 600 cavaliers turcs seljoukides d'Alep - en face de Baudouin d'Edesse, autre franc, son cousin Jocelyn, alliés, eux, à un bataillon d'arabes et à une armée turque envoyée par le gouverneur seljoukide de Mossoul;
- on vit même, en 1130, Alix, la propre fille de Baudouin Il, rencontrer Zengi, atabeg seljoukide d'Alep et de Mossoul, et lui proposer une alliance contre son propre père !
Les templiers sont souvent bien considérés; voici, en 1140, le témoignage de l'émir Oussama : 
"Quand je visitais Jérusalem, j'avais l'habitude de me rendre à la mosquée al-Aqsa, lieu de séjour des mes amis templiers. Il y avait sur un des côtés un petit oratoire où les francs avaient installé une église. Les templiers mettaient cet endroit à ma disposition pour que j'y fasse mes prières. Un jour, je suis entré, j'ai dit "Allahou Akbar !" et j'allais commencer la prière lorsqu'un homme, un franc, se précipita vers moi, m'empoigna et me tourna le visage vers l'Orient en me disant: "c'est ainsi qu'on prie !" Tout de suite, les templiers accoururent et l'éloignèrent de moi ". Car au delà des alliances éphémères basées sur des intérêts politiques à court terme, si on se place aux plans philosophique et religieux, c'est manifestement avec le shiites que les chrétiens eurent le plus d'affinités. Écoutons Guillaume, archevêque de Tyr "ceux qui tiennent la loi de Perse ont nom en leur langage sonni, et ceux de la loi d'Égypte sont appelés shias, et ceux-ci ne sont pas si loing de la vraie foi chrétienne comme sont les autres". Il devient temps d'examiner plus en détail la religion islamique et ses principaux courants, courants dont la secte des assassins du Vieux de la Montagne représente la plus extrémiste.
Le message originel du Coran est simple: il comporte l'annonce de la suprématie d'Allah en tant que Dieu, et l'annonce du jugement dernier où les mauvais riches seront punis avec rigueur. Ce n'est que peu à peu que le monothéisme s'imposera, et que les menaces s'étendront à tous ceux qui ne suivent pas la Loi. Le rôle des prophètes bibliques antérieurs, et tout particulièrement de Moïse, est souligné. Naturellement, à côté de ces points communs, de nombreuses différences rendent le dialogue difficile; pour les musulmans, par exemple, Jésus n'est qu'un prophète et en aucun cas, une personne divine.
Voilà pour l'Islam traditionnel, celui des origines, tel que les sunnites le pratiquent. Mais nous avons vu que les shiites ont divergé sur la querelle de l'assassinat d'Ali. Leur philosophie a alors pris une direction qui a rendu le dialogue avec les sunnites impossible. En effet, les sunnites lisent le Coran et appliquent les principes qui y sont exposés, éventuellement en se référant au corpus de commentaires reconnus par la communauté entière. Ils ne pratiquent pas de théologie spéculative.
Mais les shiites ont développé un point de vue dualiste, qui sépare l'apparence littérale - le zahir - du. sens intérieur, le batin ésotérique. Pour un shiite, tout zahir possède un batin : "le Coran a un exotérique et un ésotérique. Celui-ci a à son tour, un ésotérique, et ainsi de suite jusqu'à sept profondeurs ésotériques".
Il en résulte, selon les deux tendances, des rapports différents entre le prophète et l'imam : le prophète révèle l'exotérique (la Loi religieuse) que Dieu fait descendre sur lui par l'intermédiaire de l'ange; l'imam, lui, doit reconduire cette apparence littérale à sa source, à son archétype, à l'Idée que Dieu y a placée.
Les ismaïliens réformés du Vieux de la Montagne iront jusqu'à affirmer la supériorité du sens caché (batin) sur. le sens littéral (zahir).
L'ismaïlisme prit naissance dans la ville de Kufa, centre culturel important, lieu de rencontre de religions anciennes. Djafar al Çadik, 6e imam shiite, avait désigné son fils Ismaïl comme successeur. Celui-ci, très populaire, avait immédiatement regroupé autour de lui un clan de supporters. Malheureusement, Ismaïl mourut avant son père, qui en conséquence désigna Abdallah, son second fils, comme successeur. Mais Abdallah ne survécut que 70 jours à son père! Les shiites se regroupèrent donc autour de Mousa al Kazim, désigné comme 7e imam. Les partisans d'Ismaïl, déçus, firent sécession. Le groupe, isolé, développa sa propre philosophie, et inaugurèrent le cycle des imams cachés. Désormais, le 8e imam est occulté, et il ne reviendra qu'à la fin des temps : cet imam des derniers temps est le mahdi. L'ismaïlisme possède une pensée philosophique et sophistiquée: c'est la philosophie de la nature d'Aristote, revue à la lumière du néo-platonisme, avec une utilisation poussée du raisonnement analogique (C est à D ce que A est à B...). Elle fait la distinction entre le microcosme et le macrocosme, séparés, mais en correspondance. Dieu, inconnaissable, donne d'abord naissance à l'Intellect universel, doté de trois attributs : la priorité, l'action, l'universalité. De cet intellect émane l'Ame universelle, qui se décline en fonction des différentes espèces de matière qui la reçoivent: elle sera par exemple, action motrice dans le monde physique et céleste; elle facilitera les mélanges dans le monde des quatre éléments; elle deviendra force de croissance dans le monde végétal; elle sera volonté motrice dans le monde animal; enfin, chez l'homme, elle sera force de pel1sée et de discernement.
Les Intelligences sont réparties en quatre catégories: l'intelligence en puissance, l'intelligence en actes et l'intelligence acquise sont naturelles et communiquées à tous les êtres; l'intelligence angélique, qui ne revient qu'aux prophètes et aux imams, peut se communiquer aux disciples. L'homme qui, comme le prophète ou l'imam, accède à l'intelligence angélique, s'élève au niveau de l'universel, de la perfection totale. En lui se rencontrent harmonieusement le microcosme et le macrocosme.
La connaissance revêt trois modes: la connaissance évidente, qui vient à l'homme spontanément, sans intervention de la réflexion; la connaissance spéculative, qui nécessite la réflexion et un éducateur (qui dans ce cas n'est qu'un éducateur partiel) ; la connaissance initiatique, acquise par l'intervention de l'imam, qui est éducateur universel. L'imam est donc la clef de voûte de l'édifice spirituel de l'ismaïlisme. Dépositaire de la connaissance supérieure, il possède infaillibilité, transcendance, pureté absolue. C'est à cause de ce rôle particulier de l'imam que l'ismaïlisme devient une doctrine initiatique. La connaissance salvatrice de l'imam, seul à pouvoir révéler le sens caché de ce qui est écrit, est transmise aux adeptes par une hiérarchie de dignitaires plus ou moins élevés en grade, selon le palier qu'il ont atteint dans leur progression initia- tique. Ces dignitaires, comme tous les initiés, doivent pratiquer la doctrine de l'arcane, la taquiya, qui consiste à ne pas révéler les connaissances qu'ils ont acquises à ceux qui sont moins avancés qu'eux. Cette doctrine du caché a souvent valu aux ismaïliens la suspicion et la haine des autres arabes.
Un problème important est donc la relation entre la lettre (le Coran) et l'esprit (le batin) qui y est caché et que seul l'imam peut révéler.
Pour la plupart des ismaïliens modérés (les khalifes fatimides par exemple), il y a un équilibre entre zahir et batin : le zahir, envoyé par Dieu aux prophètes par l'intermédiaire des anges, est interprété par l'imam, mais aucun de ces deux personnages n'a plus d'importance que l'autre. Mais sans cesse, les fatimides eurent à lutter contre des courants plus extrémistes qui faisaient pencher la balance en faveur de l'ésotérique, allant parfois jusqu'à rejeter l'exotérique comme une couverture inutile, voire nuisible. 
Selon ces derniers représentants de l'ismaïlisme, la connaissance du batin annule le zahir, devenu dépassé: le gnostique (celui qui a la connaissance) est alors dispensé d'observer les dispositions légales (la sharia) dès qu'il en connaît la signification intérieure: ce furent les mouvements quarmates, puis druzes. Finalement, les nizarites se regroupèrent en ce qui allait devenir l'ismaïlisme réformé et le premier Vieux de la Montagne, l'imam Hassan ibn Sabah, proclama vers 1094 , à Alamut, la grande résurrection comme l'ouverture d'un cycle de manifestations dans lequel la gnose serait directement accessible au croyant sans passer par l'intermédiaire de l'exotérique; il abrogea également la sharia : on imagine le scanda- le... La rupture avec le sunnisme fut alors irrémédiable. Attardons-nous sur cette personnalité extraordinaire que fut Hassan Sabbah. C'est un homme de vaste culture, né vers 1048 à Rayy (aux environs de l'actuel Téhéran). Il a peut-être été le compagnon d'étude d'Omar Khayyâm. Shiite ismaïlien, il ne supporte pas la relégation de sa doctrine par les turcs seldjoukides qui détiennent le pouvoir.En 1071, il part pour l'Égypte, autre bastion shiite, puisque tenu par les fatimides. Il y trouve le khalife al Moustanzir complètement domestiqué par le vizir turc el Jamali. Hassan Sabbah se lie alors avec les groupes intégristes qui souhaitent en finir avec les seldjoukides, et réformer le khalifat. Il se trouve que Nizar, le fils aîné du khalife al Moustanzir, est pieux et semble répondre à leur attente. Hassan Sabbah décide donc, en attendant la mort du khalife actuel et l'accession au pouvoir de Nizar, de préparer l'avènement d'un nouvel ordre shiite ismaïlien, qui prendra le nom de nizarites. En 1090, il s'empare par la ruse du château d'Alamut, dans la chaîne des monts Elborz. C'est une forteresse qu'il transforme en un nid d'aigle virtuellement imprenable. Là, il met sur pied une organisation politico-religieuse dont l'efficacité et l'esprit de discipline resteront inégalés dans l'histoire, et qui nous est parvenu sous le nom de secte des assassins. Les assassins (en réalité : les fidaïs), sont classés selon leur niveau d'instruction, de fiabilité et de courage; des novices au Grand Maître. ils suivent des cours intensifs d'endoctrinement, ainsi qu'un entraînement physique de haut niveau. Hassan Sabbah ne possède pas d'armée, mais son génie va lui faire mettre au point une arme d'une terrible efficacité: le terrorisme politique. Les membres de la secte sont envoyés individuellement, ou par deux, avec pour mission de tuer une personnalité choisie. Ils se déguisent en marchands ou en ascètes, circulent dans la ville où le crime doit être perpétré, se familiarisent avec les habitudes de leur victime. Puis ils frappent. L'exécution doit nécessairement se passer en public, devant une foule, la plus nombreuse possible. C'est pourquoi le lieu est la mosquée, et le jour le vendredi, généralement à midi. Pour Hassan le meurtre n'est pas un simple moyen de se débarrasser d'un adversaire; c'est avant tout une double leçon  donnée en public ; celle du châtiment de la personne tuée et celle du sacrifice héroïque de l'adepte exécuteur, généralement lynché sur le champ par la foule en colère.
On a beaucoup écrit à propos du terme assassin, appliqué aux membres de la secte, et devenu depuis un nom commun. 
La manière sereine dont ils se laissaient massacrer a fait croire aux contemporains qu'ils étaient drogués au haschich, ce qui leur aurait valu le surnom d'haschiyoun, ou haschaschin, mot ultérieurement déformé en assassin. René Grousset, dans son Histoire des Croisades, donne de leurs exploits une description étonnante : "On combattit avec rage. Halawân, le chef de ces hallucinés, les avait sans doute gorgés de haschisch pour les prédisposer à leur rôle d'assassins... ". La plante et ses vertus étaient connues depuis longtemps; Hérodote, dans son Histoire (420 av. J.C.), avait déjà décrit la manière dont les chamans scythes accédaient à la transe grâce au chanvre. Mais il y a une différences entre la transe chamanique et l'exécution minutieuse d'un plan complexe, tel que l'assassinat d'une personnalité en vue. Et si, du temps de René Grousset, les paradis artificiels étaient nimbés d'une aura sulfureuse, il n'en n'est plus de même aujourd'hui, et on sait bien que le haschisch calme l'agressivité plutôt qu'il ne la provoque: les adeptes des années 70 n'étaient-ils pas surnommés les "babas cools" ? De plus, comment admettre qu'une personne sous l'emprise d'une substance qui abaisse la vigilance, puisse commettre un acte aussi précis? Victor-Emile Michelet, dans son Secret de la Chevalerie en 1928, donne un autre genre d'interprétation : "Assassin est tout simplement une forme plurielle d'assas, qui signifie gardien". Et il ajoute finement : "il y a des mots, comme les gens, qui ont mal tourné. Les assassins étaient, comme les templiers, gardiens de la mystique Terre Sainte.Certains amateurs d'étymologie font venir ce mot de haschisch, à peu près comme ils font venir cheval d'equus... ". Ceci dit, il existe peut-être une autre possibilité : elle est développée par Vladimir Bartol, dans son roman Alamut. Dans cet ouvrage, on voit Hassan Sabbah aménager un recoin secret de son .château en jardins merveilleux, plantés de fleurs extraordinaires, peuplés d'animaux exotiques et de jolies jeunes femmes peu farouches et expertes dans les plaisirs de la chair. Lorsqu'un fidaï était prêt à partir en mission, Hassan Sabbah le prenait à part et lui disait qu'en tant que prophète, il avait le pouvoir de le transporter dans le paradis d'Allah. Le soir, le jeune homme était drogué et il s'éveillait dans ce jardin, où, l'esprit encore embrumé, il voyait des choses dont il ne soupçonnait même pas l'existence, où il buvait des vins exquis et passait de bras en bras; à la fin de cette nuit, il était de nouveau drogué et ramené dans sa chambre; le lendemain, il pouvait témoigner qu'Hassan Sabbah était réellement un prophète doué de grands pouvoirs, dont la cause devenait absolument sacrée; le reste était un jeu d'enfant: la façon la plus simple de retourner dans ce paradis, et d'y demeurer éternellement, était de mourir pour la cause ismaïlienne. Cette théorie rappelle ces images terribles d'enfants se précipitant au-devant des fusils qui les fauchaient, et qui mouraient heureux, persuadés que la clef de plastique qu'ils portaient au cou allait, la minute suivante, leur ouvrir la porte du paradis... Quoi qu'il en soit, l'organisation d'Hassan Sabbah ne tarde pas à s'illustrer, et deux ans seulement après la fondation de la secte, ils réalisent un coup d'éclat en assassinant le pilier de. l'empire turc seldjoukide : Nizam ol Molk, dont le nom à lui seul résume l'importance : l'ordre dans le royaume. Le 14 octobre 1092, un adepte d'Hassan Sabbah le transperce d'un coup de poignard; l'historien Ibn al Athir écrira alors: "Quand Nizam ol Molk fut tué, l'empire se désintégra...".
Mais un grave problème surgit : Nizar, en qui Hassan Sabbah fondait tous ses espoirs de rétablissement de la puissance shiite, est assassiné, emmuré vivant. Désemparé, Hassan Sabbah décide de poursuivre seul l'œuvre de sape du régime. Il s'attaque donc à la Syrie. Très vite, Redwan, le khalife d'Alep, tombe sous la coupe des délégués d'Hassan Sabbah, qui de plus infiltrent complètement son entourage. On les accuse alors de sympathies un peu trop poussées envers les francs. 
Il faut dire que, détestés et persécutés par tous les musulmans, les assassins ne sont pas mécontents de voir arriver les chrétiens, qui infligent défaite sur défaite aussi bien aux seldjoukides qu'aux sunnites; mais à Alep, en 1113, le khalife Redwan meurt; les batinites se retrouvent brusquement privés de protection, et, poussée par le cadi ibn al Kachab, la population d'Alep traque les shiites de rue en rue, de maison en maison; certains sont lynchés par la foule, d'autres sont précipités du haut des murailles, et plus de 200 membres de la secte périssent ainsi. Hassan Sabbah, le premier Vieux de la Montagne, meurt à Alamut en 1124, sans être sorti une seule fois de sa chambre, comme l'affirme la légende, pendant les trente dernières années. Son successeur vengera ses frères d'Alep: un jour de l'été 1125, alors que ibn al Kachab sort de la mosquée, un homme déguisé en ascète bondit sur lui et lui plante un poignard dans la poitrine. 
C'est alors une véritable terreur qui s'installe. Le 26 novembre 1126, le vizir d'Alep et de Mossoul meurt poignardé. Le mouvement ismaïlien devient une véritable lèpre qui ronge le monde arabe à un moment où il aurait besoin de toutes ses forces pour lutter contre les francs... Les ismaïliens vont jusqu'à conclure des traités avec ceux-ci: en 1129, sous leur influence, le vizir de Damas avait arrêté un accord avec les francs pour leur céder Damas en échange de Tyr. Tout était prévu: les troupes de Baudouin Il devaient arriver à l'improviste sous les murs de la ville dont les troupes d'assassins devaient leur ouvrir les portes, tandis que d'autres commandos étaient chargés de fermer les portes de la mosquée, pour empêcher dignitaires et militaires de sortir jusqu'à ce que les francs aient occupé la cité. Mais le complot est éventé; un guet-apens est monté sous la conduite de l'émir Bouri ; celui-ci fait assassiner l'émir, dont le corps est dépecé; et à nouveau, la chasse aux shiites est lancée: tous les batinites sont égorgés; leurs chefs sont crucifiés sur les remparts. Mais comme précédemment, le Vieux de la Montagne ne laisse pas ce crime impuni : un matin de 1131, alors que Bouri revient du hammam, deux hommes bondissent sur lui et le blessent au ventre; avant de mourir, ils avouent qu'ils sont envoyés par le Vieux de la Montagne pour venger leurs frères. Bouri mourra après treize mois de souffrances.
Un des épisodes les plus curieux (quoique parfois contesté) de l'histoire des assassins est celui de leur conversion ratée. Cet épisode se situe en 1171. Cette année-là, Saladin est nommé vizir d'Égypte, sous le sultanat de Nourredine. Celui-ci, en tant que musulman sunnite, demande à son vizir d'abolir le khalifat fatimide en place et de le remplacer par un pouvoir sunnite. Saladin s'exécute, et cela aura des conséquences importantes : tout espoir de voir renaître un âge d'or du pouvoir shiite s'évanouit à jamais, et les assassins en sont fort affectés. 
A cette époque, bien que possédant encore des prédicateurs et des tueurs, ils sont pour la plupart de paisibles paysans qui cultivent la terre, élèvent du bétail et surtout paient une redevance de 2000 besants d'or chaque année aux templiers. Le Vieux de la Montagne de cette époque, Rachideddin Sinan, fait alors savoir à Amaury qu'il est prêt à se convertir, ainsi que ses fidèles. On ne sait pas quel est le degré exact de bonne foi des assassins, mais il est sûr qu'une fois chrétiens, ils n'auraient plus à payer le tribut aux templiers. Or, ceux-ci sont. très attentifs à ces rentrées d'argent. En conséquence, lorsque les pourparlers sont prêts d'aboutir, ils tendent un piège aux représentants des assassins, et les tuent. On ne reparlera plus jamais de la conversion des assassins.
Comment tout ceci se terminera-t-il? Dans le sang, comme cela avait commencé. En 1251, les trois petits-fils de Gengis Khan décident de reprendre la conquête du monde que leur grand-père avait interrompue autrefois. Mongka est désigné comme souverain de l'empire; Koubilaï règne à Pékin, et Hulagu, installé en Perse, rêve de conquérir tout l'Orient musulman. Des centaines de milliers de cavaliers déferlent vers la Méditerranée, prennent et détruisent au passage, en 1256, la forteresse d'Alamut. La bibliothèque, d'une valeur inestimable, brûle, ce qui nous interdit à tout jamais de connaître en détail la doctrine des assassins. Le dernier Grand Maître, dernier Vieux de la Montagne, Ruk al Din, est mis à mort. Certains historiens soutiennent qu'un jeune fils du Grand Maître aurait échappé au massacre. Devenu le 28e imam vers l'âge de huit ans, il passera toute sa vie en réclusion dans les montagnes d'Azerbaïdjan et mourra en 1310. Ensuite, la communauté des assassins se divise en deux branches, dont l'une mène à l'Aga Khân actuel.
On peut se demander à juste titre pourquoi les ismaïliens et les templiers se sont trouvé tant de points communs (rappelons-nous la remarque de Guillaume, archevêque de Tyr, affirmant que les shiites ne "sont pas si loing de la vraie foi chrétienne".
En fait, outre le fond commun qui sert de socle aux deux doctrines, à savoir qu'il existe un dieu, inconnaissable au commun des mortels, que les anges sont ses intermédiaires auprès des hommes, que les prophètes ont transmis cette parole: Adam, Noé, Moïse, Jésus (quoique Jésus soit à la source d'un litige), les deux doctrines présentent d'autres analogies.
L'islam ne se prétend pas une nouvelle religion, mais plutôt comme un achèvement des précédentes : le christianisme a complété le judaïsme: l'islam achève le cycle en perfectionnant le christianisme.
C'était déjà la position de Saint Paul, qui présentait la religion nouvelle non comme une rupture, mais comme un complément et un achèvement de la philosophie religieuse grecque. Écoutons les Actes des Apôtres (17:16-34) : "quelques philosophes épicuriens et stoïciens conversèrent même avec lui (...) Ils le prirent avec eux et le menèrent sur l'aréopage en lui disant: pouvons-nous savoir quel- le est cette nouvelle doctrine que vous enseignez? (...) Paul, debout au milieu de l'aréopage, dit alors: Athéniens, je vois à tous égards que vous êtes des hommes très religieux. Parcourant la ville et considérant les monuments de votre culte, j'ai découvert un autel portant cette inscription : A un Dieu inconnu, Ce que vous révérez sans le connaitre, je viens, moi, vous l'annoncer".
Outre ce point commun de se considérer en continuité plutôt qu'en rupture par rapport aux religions existantes, on peut relever d'autres points communs.
Nous avons vu que par rapport au sunnisme, pour qui le texte du Coran est complet et doit s'observer directement, le shiisme a développé une dichotomie Zahir/Satin, exotérique/ésotérique, et que les ismaïliens, puis les ismaïliens réformés du Vieux de la Montagne avaient fini par déclarer la préséance du caché sur le littéral, et l'inutilité de la sharia.

Or, nous lisons, toujours dans Saint Paul, une conception dualiste des textes chrétiens, très proche dans son principe de celle des ismaïliens.
Écoutons la première épître aux Corinthiens: "Nous prêchons la sagesse divine, mystérieuse et secrète que Dieu, avant l'existence du temps, avait prédestiné pour notre gloire" ; et plus loin: "Mais il est dit dans l'écriture: choses que l'œil n'a point vues,
que l'oreille n 'a point entendues, et dont l'idée n'est pas venue au cœur de l'homme".
Ou encore: 
"L'homme naturel n'accepte pas les choses de l'esprit de Dieu: elles sont folies pour lui. Il ne peut les comprendre, parce que c'est par l'esprit qu'on en juge.L'homme spirituel, au contraire, juge de tout et n'est jugé par personne". Ce qui rappelle Saint Matthieu, qui déclare que les perles ne doivent pas être jetées aux cochons. Et qui peut révéler à cet "homme naturel", encore aveugle, le sens caché des textes ? La réponse est dans l'épître aux Éphésiens : "car vous avez dû apprendre la manière dont Dieu m'a conféré cette grâce qui m'est faite à votre intention: c'est par la révélation que j'ai eu connaissance du mystère tel que je viens de l'esquisser". (...) "Ce mystère qui n'a pas été manifesté aux hommes des générations passées comme il vient d'être présentement révélé par l'esprit à ses saints apôtres et prophètes". Nous avons ici une conception de l'intermédiaire entre Dieu et l'homme qui rappelle singulièrement l'imam. Il est par conséquent hors de doute que les croisés en général, en tant que chrétiens, eurent beaucoup plus à échanger avec les ismaïliens qu'avec les sunnites. En ce qui concerne les templiers, organisation militaire en plus que d'être religieuse (un point commun de plus avec les fidai's du Vieux de la Montagne), la notion d'élite et de progression simultanée sur les plans du combat et de la recherche initiatique de Dieu, a probablement encore accru cette proximité de vues sur l'organisation du monde, et des échanges profonds ont dû avoir lieu. En fin de compte, cette phrase de notre rituel, qui fait référence aux contacts entre les templiers et les assassins du Vieux de la Montagne, est à prendre dans son sens littéral. .II n'en reste pas moins que le Vieux de la Montagne et ses assâssins furent de sinistres personnages, inventeurs du terrorisme politique. Mais les templiers étaient-ils plus délicats? Au vu des alliances, contre-alliances et trahisons qui émaillent cette époque, il est fort à craindre que non...
Il reste à conclure. 
Dans un premier temps, je pensais rapprocher notre devise "fais ce que dois, advienne que pourra" de la formule que Vladimir Sartol, sans garantie de véracité, met dans la bouche de ce Grand Maître des illusions que fut Hassan Sabbah : "rien n'est vrai, tout est permis", phrase que l'on pourrait commenter à l'infini à notre propre époque. Mais ces mots m'ont soudain paru par trop pessimistes.
J'évoquerai simplement quelques paroles d'espoir, l'un de ces fameux robbayiats d'Omar Khayyâm, compagnon de jeunesse du Vieux de la Montagne:
" le jour où sera arraché l'arbre de ma vie
et que mon corps sera démembré
on fera peut-être de mon argile une coupe. Alors, de celle-ci, remplie de vin, je renaîtrai..."

Didier DESOR

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Histoire d'Anciens et de Modernes ...

27 Juillet 2017 , Rédigé par R.D Publié dans #histoire de la FM

Le dernier numéro de R.T., consacré à la thématique des "Antients et des Moderns", contient notamment un article que j'ai rédigé sous ce titre : La "Tradition des Anciens" : un mythe historiographique français  

Un essai de déconstruction des légendes urbaines qui trainent encore dans certains milieux maçonniques français...

 A la lumière de ce que l'on vient de voir, une réalité toute simple apparaît : ce qui séparait les Anciens et les Modernes, en Angleterre, sur le plan strictement maçonnique et rituel, tenait à très peu de chose, et cette différence est allée en s'amenuisant très vite, au point qu'il fut très facile d'aplanir définitivement les obstacles qui les séparaient encore à la fin du XVIIIe siècle. 

Il est probable que l'affaire de la loi sur les sociétés illégales (Unlawful Societies Act), en 1799, qui conduisit les deux Grands Maîtres des deux Grandes Loges « rivales » à effectuer une démarche commune auprès des autorités pour exempter toute la franc-maçonnerie des rigueurs de la loi, marqua une étape importante dans le rapprochement – quoique n'ayant pas procédé de l'initiative des Grandes Loges elles-mêmes ! Il faut aussi, sans doute, tenir compte de l'effacement de la génération des fondateurs, lourdement impliquée dans la période la plus violente du conflit, dont Lawrence Dermott lui-même, qui mourut en 1791.

Toujours est-il que la voie vers l'union était pavée depuis longtemps par de multiples croisements des pratiques des uns et des autres, comme nous l'avons vu. Lorsque la Grande Loge des Modernes, en 1809, convoqua une Loge de Promulgation, pour rétablir les « vrais Landmarks », elle se contenta d'adopter « l'ordre ancien des mots » – c'est-à-dire, pour le dire plus justement, l'ordre des mots tel que pratiqué par les Anciens à cette époque –, d'affirmer la nécessité des Diacres et de reconnaître que l'Installation secrète du Maître de Loge était une cérémonie essentielle.

Deux ans après la fin des travaux de la Loge de Promulgation, qui durèrent jusqu'en 1811, soit en 1813, la Loge de Réconciliation n'avait plus qu'à consacrer une Union déjà largement réalisée sur le terrain depuis longtemps.

Une parenthèse de plus de soixante ans s’était refermée. Pour les maçons anglais, il n’y avait ni vainqueur ni vaincu dans une union où peu de distance intellectuelle séparait réellement les protagonistes. Ni la tradition des Modernes, ni celle des « Antients » n’était perdue. Elles n’avaient été, en fin de compte, que deux façons de mettre en scène un contenu maçonnique, philosophique et moral globalement identique, quoique diversement partagé, sur fond de distance sociale, de querelles personnelles et de particularités locales : la nouvelle Grande Loge Unie allait à l’avenir en assumer indistinctement l’héritage. Voilà pourquoi, notons-le au passage, bien qu’elle ait en 1813 adopté pour toutes ses loges certains des usages considérés comme les plus fondamentaux par les Anciens, elle peut sans difficulté célébrer en 2017 son tricentenaire car elle est, au même titre, l’héritière indivise de la Grande Loge des Modernes. Le besoin d’unité qu’éprouvait la Grande Bretagne au début du XIXe siècle, à la fois pour résister à la France de Napoléon et aux germes de révolution venus du Continent mais aussi pour se préparer à son destin impérial dans le monde entier, avait eu finalement raison de ces conflits subalternes dont la dimension purement maçonnique avait toujours été très modeste. 

Une histoire française 

Tout pourrait s’arrêter ici. Pourtant, il n’en est rien : il faut évoquer une « suite française ». Nous entrons à présent dans la confusion documentaire et le mythe historiographique …

Il faut d'abord rappeler que la tradition des Anciens – entendons : les usages maçonniques propres aux Anciens –, n'a jamais pénétré en France pendant tout le XVIIIe siècle. La seule tradition maçonnique connue en France à cette époque fut celle transmise, dans des conditions encore en partie obscures, vers 1725, par des émigrés jacobites, anglais, écossais et irlandais. Peu de temps après, des loges et des maçons parisiens reconnurent d'ailleurs l'autorité de la Grande Loge de Londres – d'obédience hanovrienne.

A partie de ces faits, deux mythes historiographiques se sont constitués en France au cours du XXe siècle essentiellement : le premier affirme une opposition maçonniquement substantielle entre les usages, les principes et les rituels des loges jacobites et ceux des loges hanovriennes1, à Paris notamment ; le second rapproche les écossais jacobites qui figuraient dans les rangs des premiers francs-maçons en France, avec les grades « écossais » qui firent leur apparition à l'orée des années 1730.

Ces deux mythes historiographiques – car il s'agit bien de cela – ont fini par plus ou moins se confondre. Dès le XIXe siècle une historiographe aventureuse voyait déjà dans le personnage emblématique de Ramsay – à la fois écossais et jacobite ! – l'incarnation de cette synthèse, et n'hésitait pas à la créditer de l'invention des premiers hauts grades ! On sait que cette thèse a fait long feu depuis longtemps et ne repose sur rien, sinon sur des confusions et une profonde ignorance de la documentation disponible.

Rappelons ici simplement deux points:

en premier lieu, il n'existe aucun élément documentaire qui permette de soutenir si peu que ce soit que le rituel pratiqué à Paris, dans les années 1725-1735, dans les loges dites « jacobites », ait différé en quoi que ce soit de celui pratiqué dans les autres loges dites « hanovriennes ».

La seule différence mentionnée dans la « loge du Grand Maître » – à l’époque le comte de Derwentwater –, en 1737, est l'usage de l’épée que certains assimilent alors à un ordre de chevalerie et jugent déplacé. Notons ici, pour en sourire, que ce reproche fut aussi formulé, en 1764, par Dermott, à l'encontre...des Modernes ! Pour le dire en peu de mots, cet usage ne suffit certainement pas à établir une distinction fondamentale entre des rituels qui en réalité ne différaient pas, et la présence de l'épée en loge deviendra simplement une des caractéristiques de la maçonnerie française dans son ensemble – alors qu'elle restera proscrite aussi bien chez les Modernes que chez les Anciens pendant tout le XVIIIe siècle, et jusqu'à nos jours au sein de la Grande Loge Unie d'Angleterre...

en second lieu, les grades « écossais » sont une question complexe qu'il n'est pas question d'aborder ici. Toutefois des travaux des années récentes, sur lesquels nous reviendrons dans T., permettront sans doute à l'avenir de jeter un regard neuf, plus précis et plus juste, sur la genèse de ces grades. Il n'en demeure pas moins que leurs premiers témoignages se situent en Angleterre, à Londres et Bath, entre 1733 et 1735 (avec les « Scot Masters »), puis à Berlin et en France aussi bien qu'en Irlande, mais certainement pas en Écosse à cette époque.

Dans le cadre de cet article, c'est cependant à la question des Anciens et de leur « tradition » que je veux revenir pour finir. Le rituel des Anciens n'a été connu dans notre pays qu'à partir de 1804 et n'a jamais exercé la moindre influence en France pendant tout le XVIIIe siècle. Lorsque des Français, venus d'Amérique, y apportèrent les 33 grades de ce qui se nommerait bientôt le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), ils voulurent pour leurs grades bleus un rituel qui fût distinct de celui des loges françaises classiques, à savoir le Rite des Modernes, devenu en France, au début du XIXe , le Rite Français, sous l'égide du Grand Orient de France.

Comme ces pionniers du REAA avaient surtout connu la maçonnerie des États-Unis où, pour diverses raisons, la Grande Loge des Anciens avait davantage prospéré, au temps des Colonies anglaises d'Amérique, que celle des Modernes, il se trouve que leur Rite familier, si l'on peut ainsi s'exprimer, était le Rite des Anciens. Ils compilèrent une sorte de compromis en prenant pour base The Three Distinct Knocks et en lui adjoignant certains usages connus en France par les loges que l'on qualifiait, depuis le dernier tiers du XVIIIe siècle, de « loges écossaises ». Le Guide des Maçons Écossais (c.1804) est le prototype de cette improbable synthèse.

Ces loges écossaises du XVIIIe siècle, dans les grades bleus, pratiquaient des rituels qui nous sont parfaitement connus et respectent tous les fondamentaux du Rite des Modernes. La seule différence tenait au fait que les chandeliers placés autour du tableau, dans une loge Moderne-Française, se situaient au Nord-Ouest, au Sud-Est et au Nord-Est, représentant respectivement le Soleil, la Lune et le Maître de Loge, tandis que que dans les loges «écossaises», ils étaient placés au Nord-Ouest, au Sud-Ouest et au Sud-Est, figurant la Beauté, la Force et la Sagesse. On aurait pu parler à leur propos, de « Rite Écossais Moderne » : le Rite Écossais Rectifié en est un parfait exemple.

Le REAA a donc créé un nouveau type de loge pour les trois premiers grades – un modèle alors totalement inconnu en dehors de la France – combinant le plan général des Anciens et la disposition des chandeliers du Rite Écossais Français.

De cette innovation est provenu un troisième mythe historiographique qui a surtout prospéré dans les décennies récentes. Il essentialise, pour dire les choses simplement, la « tradition des Anciens», conférant aux loges anglaises qui réclamaient ce titre dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, tous les caractères que revendiquaient pour elles Dermott dans ses pamphlets, et admettant sans aucun examen critique les histoires les plus invraisemblables qu'il a martelées au sujet des Modernes et de leurs innovations.

Pour ce citer qu'un exemple de ces confusions et de ces constructions imaginaires, je veux reproduire quelques passages d'une histoire du REAA, curieusement intitulée « Les désillusions des trois royaumes », publiée en 2013 dans l'ouvrage collectif La franc-maçonnerie – Dictionnaire et histoire, sous la direction de Jean-Luc Maxence.

On peut notamment y lire ces propos assez caractéristiques :

« On entend parfois dire2 que la franc-maçonnerie moderne date de la création de la Grande d'Angleterre. Rien n'est plus faux. Quand on parle des « Moderns » il s'agit de cette nouvelle franc-maçonnerie créée en Angleterre en 1717 face à celle des « Ancients » d'York par exemple, lesquels ne tarderont pas à s'opposer à la nouvelle création. En France, il existe bien une franc-maçonnerie écossaise apportée par les jacobites en 1688. » (p. 104)

On peine déjà à compter le nombre d'absurdités et d'affirmations non documentées ou erronées que renferment ces quelques lignes, comme on peut s'en rendre facilement compte en reprenant les données exposées plus haut dans le présent article. Mais il faut poursuivre. Plus loin, s'agissant du travail d'Anderson, lors de la rédaction des Constitutions :

« Le texte andersonien fait peu de cas de la construction du Temple et de la parole perdue, de la Légende d'Hiram » (p. 111)

Et pour cause : en 1723, le grade de Maître n'existait pas et la légende d'Hiram n'était pas encore connue – ou bien notre auteur dispose d'un « scoop » extraordinaire que nous nous ferons un devoir de publier ! On peine ici à refréner un sourire...

Plus loin encore :

« Deux concepts maçonniques allaient s’opposer. Les « Moderns » rassemblement convivial des spéculatifs bourgeois ou nobles, et les « Ancients », rassemblés autour de la loge d'York, qui contestaient les innovations introduites dans la pratique de la maçonnerie par Anderson et Désaguliers. » (p. 111)

Il faut ici renoncer à lire plus avant de telles inepties, et je m'excuse auprès de mes lecteurs de les leur infliger, mais elles témoignent d'un courant d'opinion – qui se prétend historien ! – visant à établir l’existence d'une « double tradition » de la maçonnerie spéculative : celle des Modernes, destructeurs des usages et des secrets ancestraux du Métier; celle des Anciens, rigoureux préservateurs des pratiques régulières et bien sûr opératives...dont les maçons jacobites écossais et les grades écossais qui en dérivent (!) seraient, de nos jours encore, les derniers réceptacles traditionnels.

On voit que ces mythes historiographiques nous éloignent considérablement de l’histoire documentée et de ses méthodes pour nous entraîner non seulement dans l'illusion pure, mais surtout dans la politique maçonnique.

C'est sur ce seuil que je m'arrêterai, pour proposer quelques considérations finales.

Jusque vers le milieu du XVIIIe siècle, l'histoire de la maçonnerie, essentiellement cantonnée en France et dans les Iles britanniques, y a connu une sorte de développement qui impose à tout chercheur de ne jamais séparer les deux pays dès lors qu'on s'intéresse, pour cette période, à la franc-maçonnerie. Après 1751, la fracture introduite introduite dans le paysage maçonnique anglais par la division entre deux Grandes Loges rivales – avec une concurrence surtout sensible vers la fin des années 1750, quand la Grande Loge des Anciens a connu son véritable essor –, et par ailleurs les conflits politiques européens qui ont gravement opposé l'Angleterre à la France, ont peu à peu conduit, sur les deux rives de la Manche, à des évolutions distinctes et même divergentes.

La question des Anciens, de leurs origines, des circonstances de leur apparition, de la nature exacte de leur action, en est une bonne illustration. Au prisme déformant des réalités maçonniques de la France contemporaine – disons depuis une cinquantaine d'années –, le risque est grand, face à une histoire complexe et méconnue, et à partir d'un dossier mal maîtrisé, de construire des théories fragiles et peu susceptibles de rendre compte de façon satisfaisante de la matérialité des faits. Telle n'est d'ailleurs pas leur propos : elles visent surtout à renforcer des convictions actuelles en essayant de leur donner une apparence de fondement historique – mais en réalité elle produisent le plus souvent des fantasmes.

Entre l'histoire et la légende, depuis plus de trois siècles, la franc-maçonnerie n'en finit pas d'hésiter...

 1 Pour autant que ce terme ait pu avoir le moindre sens en France...

 2 On notera la rigueur documentaire de cette référence...

R. Dachez

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/

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Canevas d'un discours d'instruction pour la fête de la Trinité(Elus Coëns)

13 Juillet 2017 , Rédigé par M.P

Le T.R.Me. d'orient dans le centre d'une circonférence entouré de douze frères tenant chacun un ruban de l'oriflamme, fait allusion à la seconde opération que l'Eternel manifesta à Moïse pour lui donner pouvoir force et puissance pour délivrer son peuple élu de l'esclavage d'Egypte. Les douze rubans font allusion aux douze dons spirituels divins que Moïse y reçut et qui le rendirent si fort, si savant et si supérieur dans toutes ses opérations spirituelles pour le bien et contre le mal. Il devint lui-même le second type de la manifestation de la gloire du Dieu vivant comme Noé en avait été le premier type lorsque l'Eternel le choisit pour être spectateur de sa justice contre la terre et ses habitants qu'il réduisit en cadavres à l'exception du petit nombre conservé dans l'arche pour rendre témoignage de ce fléau dont Dieu a puni la terre et ses habitants et de sa justice qu'il exercerait contre ceux qui marcheront contre sa loi, préceptes et commandements. Noé est donc un premier type par son témoignage et par la réconciliation qu'il a faite du reste des mortels avec Dieu ainsi qu'il a appris à connaître par un signe mystérieux l'arc-en-ciel que Dieu avait donné vie à la terre et réconcilié le reste des mortels avec elle. Noé réconcilia le tout avec l'Eternel. C'est de cette première époque que le travail de Noé fut appelé opération puissante sur la vertu des eaux qui sont le second principe de la création universelle. 

L'Eternel manifesta sa seconde opération divine en présence de Moïse dans le désert d'Horeb où il l'avait appelé pour recevoir ses ordres de puissance La forêt de ce désert était assez considérable ; Moïse étant au centre de cette forêt, entendit une voix effroyable et vit tout de suite descendre autour de lui douze traits de feu qui l'environnèrent si promptement qu'il craignit d'en être consumé ; son trouble fut si grand qu'il ne put soutenir l'attitude qu'il avait prise pour recevoir les commandements de Dieu, il acheva sa prosternation en terre en y appuyant sa face, sa vue physique matérielle ne pouvant plus supporter le grand feu spirituel qui l'environnait. Dans cette nouvelle attitude il reçut enfin les ordres de l'Eternel et fut marqué du quatriple sceau de Dieu, dont deux étaient empreints visiblement sur son front à côté de chaque oeil sous la forme de deux rayons de feu spirituel qui rendaient sa face éblouissante aux yeux de tous lorsqu'il faisait usage de sa quatriple puissance divine. Ce sont ces deux rayons que l'on prend vulgairement pour deux cornes sur le front de Moïse. C'est ce feu spirituel qui entourait la forêt d'Horeb pour en écarter tout profane qui a fait dire de même que Dieu avait apparu à Moïse dans un buisson ardent. La circonférence formée par douze frères est la figure de cette circonférence mystérieuse. Le T.R. Maître d'orient au centre de cette circonférence représente l'Eternel dans celle du désert d'Horeb ; l'entrée du T.V.Maître d'occident dans la circonférence fait allusion à celle de Moïse dans la circonférence mystérieuse. La communication secrète que les deux conducteurs du Temple font entendre dans la circonférence du centre est la figure de celle que Moïse eut avec Dieu secrètement en présence de sa cour spirituelle pour aller faire sortir son peuple de l'esclavage, le diriger et le conduire en force et puissance à sa destination.

Les douze frères qui tenaient les rubans couleur de feu font allusion aux douze

principaux chefs d'Israël sur lesquels Moïse rendit réversible ses douze dons spirituels sans que cela diminue rien de sa puissance pour la conduite particulière du peuple de Dieu qui était expressément soumise à Moïse.

Les lumières qui brillent dans ce temple ont chacune leur nom mystérieux, leurs vertus et leurs puissances et font allusion aux différents Esprits saints qui ont assisté à l'opération que l'Eternel a faite en faveur de Moïse et de son peuple chéri. La marque mise sur le front des douze frères par le T.R.M. d'orient est la figure de celle que Moïse mit sur le front des douze principaux chefs d'Israël auxquels il communiqua par le moyen du signe du sang de l'holocauste de pacification, la vertu, la puissance et l'autorité spirituelle de correspondance divine.  Le serment que les douze frères célébrants font entre les mains du T.R.M. d'orient fait allusion à l'acceptation cérémonielle de culte divin que les chefs firent entre les mains de Moïse pour leur servir de règle cérémonielle pour mettre en usage et en pratique les vertus et puissances qui leur avait été transmises par autorité divine avant la loi donnée. L'obligation renouvelée par tous les frères assistants du temple fait allusion à l'acceptation que les Israëlites firent de la loi divine que Moïse leur donna après l'avoir descendu du haut de la montagne mystérieuse dénommée Sinaï. Le renouvellement d'engagement que tous les frères de l'ordre font entre les mains du T.V.Maître d'occident après la grande cérémonie faite, fait allusion au serment de fidélité, de soumission et d'affiliation que les étrangers idolâtres firent pour adopter la loi divine que Moïse avait donné aux enfants d'Israël.

Martines de Pasqually

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Le Rite Ecossais Théurgique en 15 grades

7 Juillet 2017 , Rédigé par T.D

A Robert Ambelain

 

Ce Rite issu, en son temps, des travaux de la Loge de recherche Alain de Kérillis N°1648 est un rite maçonnique syncrétique qui unira les rituels du Rite Ecossais Rectifié, du Martinisme, des Arcana Arcanorum et des Elus Coën dans un corpus intiatique qui permettra à l’Apprenti de gravir les marches de la Connaissance pour atteindre la Vérité avec l’aide des Gardiens Invisibles.

Willermoz, Saint Martin, Martinez de Pasqually et Robert Ambelain nous ont légués une Œuvre ésotérique profonde et l’ambition de ce Rite sera de la faire vivre au sein d’un même Système rituélique.

Après avoir travaillé sa Pierre en loge bleue et retrouvé la Parole Perdue au grade de Maître Ecossais de St André, le candidat mènera une quête intérieure qui se terminera par l’obtention du grade de Supérieur Inconnu Initiateur.

Sûr de son engagement il se tournera alors progressivement vers la rencontre avec les Gardiens Invisibles, rencontre qui se concrétisera au grade de Réau-Croix, et qui lui permettra de se réintégrer auprès du Grand Architecte de l’Univers. Les rituels sont prêts, mais il n'a jamais été pratiqué faute de volontaires.

 

Corpus initiatique du Rite :

  • Apprenti
  • Compagnon
  • Maître
  • Maître Ecossais de St André
  • Associé
  • Mystique
  • Supérieur Inconnu
  • Supérieur Inconnu Initiateur
  • Sublime Prince de la Maçonnerie
  • Sublime Pontife de la Maçonnerie
  • Chevalier Grand Élu de la Cité Mystique
  • Sublime Maître du Grand Œuvre
  • Profès
  • Grand-Profès
  • Réau-Croix

Membres fondateurs :

 

Le collège des membres fondateurs du Rite Ecossais Théurgique devra comporter obligatoirement un ou plusieurs :

  • CBCS
  • SII Martinistes
  • 90ème ou plus du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm
  • Réau-Croix de l’Ordre des Elus Coëns
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Profès et Grands-Profès

5 Juillet 2017 , Rédigé par X Publié dans #histoire de la FM

 Instruction préalable :

 

La Classe Secrète des Profès et Grands-Profès s'éteignit en France pratiquement à la mort de J.B. Willermoz. On sait, par les correspondances d'Antoine Pont, son neveu, que, ne sachant à qui remettre le dépôt et les archives, Willermoz se résigna à les lui donner, Antoine Pont ne les acceptant qu'à la condition de décider, lui-même librement, s'il devait les conserver, les communiquer, ou les détruire. 

Et dans la Patente de Constitution du Grand-Prieuré des Gaules par le Grand-Prieuré d'Helvétie, il est dit qu'en 1828, c'est-à-dire quatre ans après la mort de Willermoz, le Chapitre Provincial de Bourgogne cessait définitivement ses Travaux :

"Attendu que par Acte du 2 août 1828 le Chapitre Provincial de Bourgogne, Vème Province de l'Ordre, en dénonçant au Grand-Prieuré Indépendant d'Helvétie la cessation de ses travaux lui conférait tous ces pouvoirs,

"Attendu que, sous date du 29 mars 1830, le Chapitre Provincial de Genève, par Patente spéciale, émanant de la Province d'Auvergne, IIIème Province de l'Ordre, entrée à son tour en sommeil, acquit le droit de constituer des établissements de son Rite, au lieu et place de la dite Province d'Auvergne....."

Ainsi, en France, à Lyon, de 1828 à 1830, soit dans les six années qui suivirent la mort de J .B. Willermoz, les "Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte" cessèrent leurs travaux et déposèrent leurs archives.

Comment dès lors imaginer Antoine Pont continuant de perpétuer ce qu'il avait reçu de son oncle, et en même temps abandonnant en des mains fraternelles, mais étrangères, des archives probatrices de ses pouvoirs ? Comment imaginer qu'une cessation aussi officielle, confirmée d'une remise des archives, n'eût pas eu lieu avec l'assentiment des très rares Frères qui vivaient encore à l'époque ? Or, tout porte à croire qu'il n'y en avait pas, et qu'Antoine Pont était le seul survivant, à plus forte raison dans la Profession.

Ce qui confirme cette conclusion, c'est que le Martinisme classique, créé par Papus, n'était dépositaire ni des degrés de l'Ordre Intérieur (Novice et Chevalier-Bienfaisant), ni, à plus forte raison, de la Profession. Ce qui enlève toute valeur à l'affirmation que ses Successeurs en ce domaine aient pu la posséder, c'est que ceux-ci n'accédèrent jamais à l'Ordre Intérieur : Teder et Jean Bricaud notamment. Le très-regretté Frère Chevillon avait été adoubé CBCS par le Très-Révérend Frère Camille Savoire, dans le privé. Et le très-regretté Frère Dupont, son successeur, l'avait été au sein du Grand-Prieuré des Gaules, par le successeur de celui-ci, le Très-Révérend Frère Rybinski. Ainsi donc, à Lyon, autrefois centre actif du "Villermozisme" il n'existait plus rien dans les milieux martinistes, en ce domaine.

Par ailleurs, et selon leurs propres déclarations, les promoteurs de la rénovation de l'Ordre Intérieur en France, les Très-Révérends Frères Savoire, Wibaux, Crampon, estimaient que la Profession avait dû s'étendre très tôt après la mort de Willermoz, cela même en Helvétie. En tous cas, ils ne l'avaient point reçue.

Ici, nous devons faire le point. Aux dires de deux témoins importants, dont les témoignages se recoupent dans les détails de la Cérémonie à laquelle ils participèrent à une époque voisine, à Genève, vers 1932, les Révérends Frères Eques a Rosae Caritatis et Eques a Voluntate, la Profession s'était perpétuée. Mais elle avait été malheureusement dépouillée de tout son aspect rituélique rappelant par trop le Martinisme ancien. Elle était conférée de façon fort simple, et l'essentiel en était la lecture, par l'Impétrant, de l'Instruction secrète de son grade. Ces deux Révérends Frères l'avaient reçue, du Très-Révérend Frère Charles Montchal (Eques a Monte-Calvo), Grand-Prieur d'Helvétie à l'époque, et Amez Droz Grand-Chancelier. (Pour des raisons personnelles, le Révérend Frère Eques a Rosae Caritatis décida, après la guerre de 1939-1945, de nier qu'il fût Grand-Profès, estimant que le secret devait être observé sur cela, et qu'on en parlait trop en certains milieux).

Mais c'est notamment à ce titre qu'il établit, sur des bases solides, la résurgence des Elus-Cohen pendant la période de Clandestinité. Néanmoins, il estimait que la Cérémonie avait perdu une bonne part de sa valeur sacramentelle, pour demeurer simplement un rite initiatique. Evêque gnostique, il désirait revenir à une forme absolument traditionnelle. Cette diminution de la valeur sacramentelle ancienne avait été observée par le second témoin, le Révérend Frère Eques a Voluntate et l'avait un peu déçu.

Or, c'est avec pertinence, que Probst-Biraben fait cette observation :

"Ni chez les Chrétiens ni chez les Musulmans, un Ordre ne saurait se fonder sans "consécration", de la part d'un personnage qualifié, consacré lui-même par transmission de pouvoirs depuis les Apôtres ou les Prophètes. Hugues de Payen, et Geoffroy de Saint-Omer la reçurent du Patriarche Théoclétès, issu, (par la succession apostolique) de Saint-Jean l'Evangéliste. Ce qui explique en partie leur culte pour Saint-Jean, et la doctrine du Johanisne qu'ils ont la réputation d'avoir professée.

"Ils prononcèrent les trois vœux d'Obéissance, de Pauvreté, et de Chasteté ensuite, devant le prélat catholique de la Ville Sainte (Jérusalem), Garimond, et ils prêtèrent en même temps serment de garder les routes suivies par les pèlerins, et de défendre ceux-ci à la fois contre les infidèles et contre les pillards, nombreux dans la Palestine du XIIème siècle..."

Par la suite, après des recherches poursuivies pendant plusieurs années, une forme sacramentelle, traditionnelle eu égard aux usages des Ordres Militaires anciens, d'une part, et apte à conférer à ses bénéficiaires des pouvoirs hiérurgiques d'autre part, a été établie et retenue. Désormais, la Profession de l'Ordre Intérieur puise sa source dans la Succession Apostolique de l'EGLISE GNOSTIQUE APOSTOLIQUE, remontant à Evode, premier patriarche de l'EGLISE d'ANTIOCHE, consacré par l'Apôtre Pierre, toutes choses reposant sur des pièces et des documents inattaquables.

Cette observation pertinente du Révérend Frère Probst-Biraben, est d'ailleurs confirmé par de très anciens usages de la Chevalerie.

Si celle-ci pouvait être conférée librement par le Suzerain du récipiendaire, (Empereur, Roi, grand Feudataire, ou simplement seigneur suzerain) ou par le père à son fils, par voie de transmission familiale, à partir du XIIIème siècle et avec l'apparition du rituel du "Miles Christi" (Chevalier du Christ), elle devient le privilège de certaines autorités spirituelles. Ainsi, les Abbés de monastère, les Prieurs des divers Ordres Chevaleresques, mais surtout les Evêques. Le Chevalier prend rang, dans la Hiérarchie Ecclésiastique, entre le Portier et le Lecteur. A plus forte raison s'il existe dans l'Ordre Chevaleresque une "Profession", avec ses Vœux d'Ordre, l'Evêque est seul habilité à conférer celle-ci. C'est pourquoi, par esprit d'indépendance, les mêmes Ordres (Temple, Malte, Saint—Sépulcre d'alors, Teutoniques, etc…) tiendront-ils à posséder leurs grands aumôniers, aumôniers, chapelains, etc…, dûment reçus eux-mêmes au sein de l'Ordre, détenteurs, à des degrés divers, de la Succession Apostolique. Et le Grand-Aumônier sera toujours un évêque, possédant la plénitude de celle-ci.

Ainsi, à la Chevalerie purement militaire, base de l'édifice, se substitue dans ses hauteurs, une Chevalerie spirituelle, ayant ses rites, ses traditions, ses enseignements, ses usages et ses œuvres, qu'ignorent généralement les Frères ordinaires.

C'est ce qu'avait recherché J.B. Willermooz, en constituait sa classe secrète au sein de l'Ordre Intérieur. Il le déclare en certaines de ses lettres, son but fut de perpétuer, en fait, le Martinisme et sa doctrine, ainsi que certaines "transmissions" initiatiques.

Mais ce qu'il livre en ces correspondances, est encore mieux explicité et établi par certains passages de son rarissime ouvrage in-folio : "Réponse aux assertions contenues dans l'ouvrage du R.F. L.Eques A.Fascia, Prae + Loth. et Vis. Prus. Ausine, ayant pour titre : "De Conventu Generali Latomorum apud Aques Wilhelminas, etc…" Cet ouvrage est dit "Imprimé à Lyon sur la minute déposée aux Archives du + - 1784".

Pour J.B. Willermoz, la Classe Secrète, dite de la Profession, a toujours existée, même _au sein de l'Ordre du Temple. Et il semble bien qu'il fasse allusion à une classe analogue au sein de la Stricte Observance Templière, ce qui y justifierait la réalité de ces mystérieux "supérieurs inconnus", sur lesquels on glosa tant au XVIIIème siècle et que le baron de Hund sut si bien dissimuler. Voici ce qu'en dit le Fondateur de l'Ordre de la Cité Sainte :

"Il est donc vrai que la bienfaisance, telle qu'on l'entend, n'est qu'un but accessoire, et ces allégories, ces emblèmes, sont les instructions bienfaisantes que l'Institution donne à ceux qu'elle reçoit en son sein ! S'ils étaient des signes muets, ou n'étaient susceptibles que d'une interprétation relative à l'Ordre du Temple, je demanderais pourquoi recommander avec tant de soin, au Maçon, de les méditer ? Une Société qui ne veut que soulager l'Humanité devrait-elle pour atteindre ce but, se réunir dans un temple qui ne renferme que des emblèmes ? Pour faire du bien aux hommes, est-il besoin de mettre en usage des marques de cette nature ? Quand on ne veut que rassembler des secours pour les verser sur l'indigent, on forme un bureau de charité et on ne s'occupe que de cet objet…" 

"A l'égard de l'Ordre Intérieur, il fut pareillement arrêté qu'il serait composé de deux grades ou classes : l'une d'Ecuyer-Novices et l'autre de Chevaliers. Je n'entre dans aucun détail relativement à ces grades. Celui du Noviciat a déjà été agréé tel que vous l'aviez adopté. Si je parlais à d'autres, je dirais que, d'après ce que j'ai exposé dans le cours de cet ouvrage, et particulièrement dans les chapitres II et III, on peut aisément se former une idée de ce qu'ils doivent être, et_ de ce qu'ils laissent espérer, à_ celui qui se rendra digne du titre de "Chevalier de la Foi" dont il sera décoré…" 

Cet Ordre inattendu dont se réclame Willermoz, il le qualifie déjà en un passage antérieur :

"Haut-Ordre essentiel, plus ancien que les Templiers, et qui pourrait avoir été le but primitif de la fondation du leur…" 

L'Histoire nous dit que lorsque les Croisés s'emparèrent de Jérusalem, lorsque Godefroy de Bouillon, proclamé roi de Jérusalem par ses pairs ne voulut porter que le titre de baron du Saint-Sépulcre, (qu'il transmit d'ailleurs à ses descendants, les ducs de Bouillon, princes de la Tour d'Auvergne), ils y trouvèrent une communauté chrétienne assez mystérieuse, ayant pour but la prière sur le saint Tombeau, communauté fondée par saint Jacques dès la mort du Christ, et agrandie et privilégiée par l'impératrice Hélène et l'Empereur Constantin. C'est cette communauté qui fournit les premiers chanoines de l'Ordre du Saint-Sépulcre, lesquels eurent immédiatement le privilège de conférer le collée chevaleresque aux pèlerins venus d'Europe, et ainsi, de leur conférer la noblesse personnelle.

Et ce "haut-ordre essentiel", c'est l'Ordre de Melchissedec, c'est cette succession dont se réclama le Christ, "prêtre selon l'Ordre de Melchissedec", selon les Ecritures. Succession remontant à l'époque où Abraham est sacré de cette façon, soit dix-neuf siècles avant notre ère. Ce n'est point ici le lieu d'en parler plus avant, ni de montrer comment et sous quelle forme elle fut l'apanage des Réaux + de Martinez de Pasquallis. Il convient d'observer ici la discrétion et la modestie de Willermoz, qui conclut en disant :

"J'ai reconnu ci-devant qu'il doit y avoir des Supérieurs, qui ont la faculté d'instruire, et non de commander, qui tiennent a un Ordre essentiel, plus ancien que le nôtre, et j'ai indiqué l'idée qu'on peut et qu'on doit en former…" 

La Succession Apostolique, avec ses centaines de rameaux, a toujours été soigneusement tenue à jour par les diverses Eglises constituant la Chrétienté, latine ou orientales. Chaque rameau remonte nécessairement à un des Douze. Et chacun des Douze l'a reçu du Christ, "Prêtre selon l'Ordre de Melchissedec". C'est là l'Ordre Essentiel.

 

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La nouvelle édition du livre Rit Français d'Origine 1785 dit Rit Primordial de France vient de sortir !

5 Juillet 2017 , Rédigé par P.V Publié dans #Rites et rituels

MTCF​,​
Tu as contribué au succès de la première édition en relayant sa sortie sur hautsgrades.over-blog.com... La première édition était en rupture depuis début juin. La nouvelle édition est disponible et donc, tout naturellement, je me permets de revenir vers toi pour que tu puisses faire de même avec cette seconde édition enrichie et corrigée* qui aidera nombre de frères et sœurs dans la compréhension du Rit Français et dans la connaissance d'une tranche d'Histoire de la Maçonnerie française. Ces nombreux ajouts et modifications permettent à cette étude d'être à jour avec les dernières découvertes sur l'histoire de ce Rit.​
​Outre les corrections des coquilles, la réécriture de certains paragraphes permettant de rendre la lecture plus aisée et l'ajout de nombreuses précisions en notes de bas de page, l'étude et la transcription du rituel qui avaient été faites à partir d'un seul manuscrit ont été complétées par l'apport de deux autres manuscrits dont l'un antérieur à la Révolution (1787).
Concernant la partie sur l'évolution du rituel, le Régulateur a été intégré et la version 2009 du Rit Français de référence du GOdF vient compléter celle de 2002.
La découverte des versions des rites dits Blatin (1907) et Gérard (1922) à la Bibliothèque du Grand Orient de France ainsi que des rapports complets de Bédarride dans les Bulletins du Grand Collège des Rites 1931, 32 et 33, permet d'avoir une vision plus exhaustive de l'évolution du Rit Français. Le chapitre sur les versions Groussier de 1938 et de 1955 a été largement complété et modifié en conséquence.
​Te remerciant par avance et dans l'attente de te lire,
Bien Fraternellement
Philippe

 

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Les inconvenances maçonniques (Don't)

8 Juin 2017 , Rédigé par T.D

Dans son manuel classique Emulation Working Explained , paru en 1929 et constamment réédité depuis, Herbert Inman concluait l'étude des pratiques et de l'esprit du style Emulation par une liste d'inconvenances maçonniques, les Don't , littéralement, les Ne...pas...  L'auteur, à qui l'on doit un autre classique, Masonic Problems and Queries , est un des meilleurs connaisseurs de la maçonnerie anglaise en général et du style Emulation en particulier. Précepteur auprès de diverses loges d'instruction, il fut, de janvier 1926 à mars 1929, membre du comité de la Loge Emulation de Perfectionnement, académie incontestée de la pratique rituelle anglaise. En vérité, les inconvenances relevées par le savant précepteur, non sans quelque humour, parfois, ne se limitent pas au domaine du rituel maçonnique. Sur trente-cinq faiblesses incriminées, six ont trait à des points de la gestuelle, sept à des principes de comportement maçonnique ; les quinze autres manquements, décrits en milieu maçonnique, sont aisément transposables dans le cadre de la vie quotidienne. On ne saurait s'en étonner : en Angleterre plus que partout ailleurs, la pratique maçonnique renvoie à un ensemble de conduites sociales dont elle ne constitue souvent qu'une application particulière. Ainsi, percevra-t-on distinctement dans les recommandations de Herbert Inman, l'écho des fameux Conseils à mon fils , de Lord Chesterfield, qui marquèrent tant de générations de gentlemen britanniques. Il n'est jusqu'à la formulation ( Don't... Don't... ) qui ne reprenne purement et simplement celle des manuels de savoir-vivre des époques victorienne et édouardienne.

Ne portez pas votre collier et votre bijou de Vénérable, si vous êtes Maître d'une Loge, lorsque vous visitez une autre loge. Une telle pratique est contraire aux Constitutions . Le collier et le bijou du Vénérable rappellent que celui-ci détient une autorité souveraine dans sa Loge. Nul autre ne saurait donc y porter de tels insignes ; le tablier de Maître Installé et/ou le collier de Passé Maître suffisent à indiquer la qualité des visiteurs. On notera de même que dans le cas où le Vénérable serait amené à céder son maillet et sa chaire à un dignitaire ou à un autre frère, il n'en conserve pas moins son collier et son bijou.

Ne faites pas vos signes de manière négligente . Rappelez-vous que toutes équerres, niveaux et perpendiculaires sont les signes véritables et réguliers auxquels se reconnaît un Maçon. Rappelez-vous aussi que tous les signes maçonniques doivent être faits silencieusement . La gestuelle exécutée au cours de la cérémonie d'installation ne constitue pas cette règle du silence. Il s'agit en effet alors, non de signes, mais de saluts .

Ne pointez pas en avant la main avant de la porter à la gorge lorsque vous faites le signe d'Apprenti entré. La main droite doit être placée directement en position, avec le pouce formant équerre et touchant la gauche de la trachée artère. Cette précision est particulièrement importante pour la pratique Emulation, car celle-ci diffère sur ce point avec la plupart des autres styles anglais.

N'oubliez pas la différence entre le signe de Respect et le signe de Fidélité. Pour le premier, le pouce n'est pas mis en équerre et on laisse simplement la main retomber. Pour le second, le pouce est mis en équerre et le signe est tracé. Comme Herbert Inman le précise plus loin, le signe de respect n'est pas réellement un signe maçonnique. Il est du reste couramment exécuté dans certains pays (notamment les États-Unis, lors de diverses cérémonies, civiles ou militaires.

N'oubliez pas qu'à tous les grades, la main doit rester ouverte lorsque l'on fait le signe. Le contraire ne saurait être mieux caractérisé par le terme slovenly - traduit plus haut par « négligent », mais qui a un sens encore plus fort : débraillé, mal fichu...

N'oubliez pas de faire le rappel du signe pénal du grade de Maître. Il n'y a qu'une seule exception à la règle. L'exception dont il s'agit se situe lors de l'ouverture au troisième grade.

N'oubliez pas de faire le pas avant de faire le signe, à quelque grade que ce soit. La seule exception est celle du signe du Respect qui, en fait, n'est pas un signe de Respect. Il serait plus exact, du reste, de parler de « l'attitude » de respect.

Ne proposez pas un candidat à l'initiation si vous n'êtes pas absolument certain qu'il est l'homme qu'il faut, non seulement pour la franc-maçonnerie en général, mais aussi pour votre Loge en particulier. Il est sage de s'imposer comme règle inflexible de ne jamais proposer un candidat s'il ne s'agit pas d'un ami intime dont vous connaissez parfaitement le caractère. On notera l'importance accordée à l'équilibre spécifique d'une Loge donnée. Dans ses Masonic Problems and Queries , Herbert Inman revient à plusieurs reprises sur ce sujet, en particulier à propos de l'admission des visiteurs. Il est fallacieux, affirme Inman, que le droit de visite soit automatiquement accordé à tout frère qui le demande : « Tout Vénérable a le droit de refuser un visiteur dont il estime que la présence risque de perturber l'harmonie de la Loge, ou un visiteur dont le mauvais caractère est notoire. »

Ne tolérez aucun déplacement, au cours de la cérémonie d'installation et si vous êtes Maître de la Loge, de sorte que les Maîtres Installés aillent partager des rafraîchissements dans une autre salle. Cette pratique a été condamnée en mars 1926 par le Board of General Purposes comme irrégulière et en contravention avec un engagement pris en 1902 par le Grand Secrétaire envers le Ministre de l'Intérieur ; selon cet engagement, les autorités maçonniques condamnaient la consommation de boissons alcoolisées en Loge ou dans des locaux directement associés à la Loge au cours de la cérémonie d'Installation. Il est regrettable que des Loges qui se conduisent correctement par ailleurs continuent à violer cette règle de manière flagrante. Ce Don't jette une lumière révélatrice sur une pratique qui ne figure certes pas dans les rituels : celle qui consiste, au cours de la cérémonie d'Installation, à prolonger le c onseil des Maîtres Installés par des libations particulières, avant que les autres membres de la Loge ne soient réadmis. On notera aussi que la prohibition de cette habitude semble se fonder moins sur des règles ou traditions maçonniques que sur un accord passé entre autorité maçonnique et autorité civile et qui résultait sans doute d'un effort pour combattre l'alcoolisme, quelque distingué qu'il fût.

Ne permettez pas au Comité de votre Loge de s'intituler : « Bureau des Affaires Générales » si vous disposez de quelque influence dans ce domaine. Le Livre des Constitutions limite l'usage du terme « Bureau » à certains organismes limitativement énumérés. « Commissions de Loge » ou « Comités » de Loge sont les titres par lesquels on doit désigner les organismes consultatifs des Loges particulières. Le seul organisme portant le nom de « Bureau des Affaires Générales » ( Board of General Purposes ) est celui qui régit la Grande Loge Unie d'Angleterre et qui, le cas échéant, rend compte de son action en tenue de Grande Loge. Il comprend théoriquement 44 membres et règle l'ensemble des problèmes administratifs, financiers et disciplinaires de la franc-maçonnerie anglaise ainsi que les relations internationales de la Grande Loge Unie d'Angleterre. Deux autres organismes maçonniques portent, en anglais, le titre de Board : le Board of Installed Masters (Conseil de Maîtres Installés) et le Board of Benevolence (Comité de charité).

N'encadrez pas votre diplôme de Grande Loge et ne l'exposez pas publiquement dans vos locaux professionnels ni même dans votre bureau personnel. Une telle pratique ne peut être interprétée que comme une tentative pour utiliser la franc-maçonnerie à des buts commerciaux. Elle est solennellement condamnée par les autorités maçonniques. Cette observation, qui concerne ce qu'on appelle en France le diplôme de maître, se passe, bien entendu, de tout autre commentaire...

Ne parlez pas à vos voisins pendant qu'une cérémonie se déroule dans la Loge. Le plus petit chuchotement porte parfois beaucoup plus loin que celui qui chuchote ne l'imagine. Rappelez-vous que le Vénérable Maître, tout à son office, est peut-être un peu nerveux ; la plus petite interruption risque de le faire dévier.

Ne riez jamais et même, ne souriez pas si une anicroche amusante se produit au cours d'une cérémonie. Certes, il nous arrive parfois d'entendre et de voir des petites choses amusantes, mais le moindre début d'hilarité peut totalement détruire l'impression de solennité qui doit être créée dans l'esprit du candidat.

Ne vous vautrez pas et ne vous affalez pas sur votre siège en Loge, même s'il vous arrive d'éprouver quelque lassitude ou même, qui sait, quelque ennui. Vous avez peut-être entendu cela cent fois mais, pour le candidat, c'est la première et, si les frères montrent de l'intérêt, celui du candidat en sera sûrement stimulé.

Ne vous pressez pas trop de vous faire affilier à de nombreuses Loges ou de vous faire admettre dans les « systèmes parallèles » ( Side degrees ). Prenez le temps d'en mesurer les aspects financiers. Rappelez-vous que les dépenses que vous consacrez à la maçonnerie ne doivent jamais se faire « au détriment, etc. ». Un simple coup d'oeil aux catalogues de décors appropriés aux multiples « systèmes parallèles » pratiqués en Angleterre confirme la sagesse des propos économes d'Inman.

N'hésitez pas à entrer dans l'Ordre du Saint Arc Royal. Il ne s'agit pas d'un « grade parallèle », mais d'une partie intégrante de la « Maçonnerie pure et ancienne ». On rappellera qu'en Angleterre, il n'est pas nécessaire d'être Maître Installé pour postuler à l'Arc Royal - mais ce n'est pas le cas en Écosse, aux États-Unis, etc... et à la LNF.

Pour reprendre la formulation ambiguë de la Grande Loge Unie d'Angleterre, « La franc-maçonnerie ne comporte que trois grades, à savoir celui d'Apprenti entré, de Compagnon du Métier et de Maître Maçon, y compris l'Ordre Suprême du Saint Arc Royal ».  Ne compliquez pas le travail du trésorier ou du secrétaire en négligeant de répondre promptement à leurs communications. Dans Emulation Working Explained , Herbert Inman analyse de manière très détaillée les fonctions des différents officiers de la Loge. Il insiste tout particulièrement sur l'autorité de ces deux officiers administratifs. Pour lui, « il va sans dire que ces deux officiers seront choisis parmi les Passés Maîtres expérimentés de la Loge. »  que le tuileur est un « frère ». Une poignée de main et un mot chaleureux peuvent avoir beaucoup d'importance pour lui.. Rappelons que le tuileur est un frère élu et appointé par la Loge et qu'il remplit, entre autres, les fonctions de « frère servant » des grandes obédiences françaises. Il s'agit souvent d'un Maçon âgé qui arrondit ainsi sa petite retraite. Cette institution remonte aux origines mêmes de la franc-Maçonnerie puisque Anthony Sayers, premier Grand Maître en 1717 et, par la suite, tombé dans l'infortune, était à sa mort, en 1741 ou 1742, tuileur de la Loge Old King's Arms n°28. Dans le rituel de table Emulation (région de Londres), la dernière santé, celle du tuileur, fait justement référence aux « frères pauvres et dans la détresse ».

N'abusez pas de votre appartenance maçonnique commune avec ceux dont la position sociale est plus élevée que la vôtre. Ne manifestez pas de réticences à admettre votre appartenance maçonnique commune avec ceux dont la position sociale est moins élevée que la vôtre. Nous nous réunissons sur l'équerre et nous séparons sur le niveau. Lord Chesterfield : « Soyez véritablement réservé avec tout le monde, mais ne montrez cette réserve à personne, ou presque. »

Ne portez pas de breloques maçonniques à votre chaîne de montre ou sur toute autre partie de votre vêtement. Pour tout dire : « cela ne se fait pas ». On notera que l'avertissement d'Inman invoque moins la discrétion maçonnique que celle dont tout homme de goût doit témoigner.

Ne vous laissez pas aller à un comportement bruyant lors des agapes. Dans un dîner privé, vous ne songeriez pas à hurler d'un bout à l'autre de la pièce. Pourquoi le faire lors d'une agape maçonnique ?

Ne vous adressez pas au Maître de la Loge en l'appelant : « Vénérable » ( Worshipful Sir ), que ce soit pendant les travaux ou pendant la suspension des travaux. On doit toujours l'appeler : « Vénérable Maître » et ne commettez jamais la faute de l'appeler : « Véné » ( W.M .). Les abréviations sont admissibles dans un document écrit, mais on ne doit jamais s'adresser à un officier en utilisant un titre en abrégé. Toute incorrecte qu'elle soit, l'appellation « Worshipful Sir » reste plus respectueuse que celle de « Vénérable » par laquelle il a fallu la traduire. Il faut apprécier ce Don't en se rappelant le goût très prononcé des Britanniques pour les abréviations.

Ne racontez jamais et n'encouragez jamais quelqu'un à raconter des histoires d'un goût douteux dans une ambiance maçonnique. Cf . Lord Chesterfield : « Rappelez-vous que les règles du bon ton peuvent différer selon la compagnie dans laquelle on se trouve ; ce que l'on peut admettre ici risque d'être tout à fait déplacé ailleurs. » [ En date du 12 juin 1933, le T.V. Grand Maître, en réponse à une suggestion avancée par le T.V. Grand Maître adjoint, a autorisé le port de la veste blanche de cérémonie si l'autorisation en est donnée par les Grands Maîtres provinciaux ou de District ainsi que par les Maîtres de Loge. La veste noire n'est donc plus obligatoire.]

N'oubliez pas que « tenue de ville » signifie une tenue de ville et non une tenue décontractée. Des frères qui devraient montrer plus de jugement se trompent parfois là-dessus. ; La veste blanche de cérémonie (ou le spencer de même couleur) correspondent, à l'évidence, à des pratiques estivales et coloniales.

Ne devenez pas un Maçon « du couteau et de la fourchette ». Mieux vaut laisser tomber. Cf . Lord Chesterfield : « Quand on comprend bien les choses, les travaux et les plaisirs, loin de se contrarier, comme le pensent les étourdis ou les stupides, se stimulent. Nous ne pouvons pleinement apprécier notre plaisir si quelque travail ne l'a pas valu. »

Ne critiquez pas le Précepteur de votre Loge d'instruction, même si vous trouvez qu'il est autocratique, voire incompétent. Rappelez-vous qu'il fait de son mieux et qu'il donne de son temps pour tenter d'aider les frères.

Ne vous empressez pas , si vous êtes expert en matière de pratique rituelle, de critiquer un frère qui ne l'est pas. Souvenez-vous que tout le monde ne peut être une « vedette ».

Ne condamnez pas une pratique comme « erronée » parce qu'elle se trouve en contradiction avec la coutume de celle de votre Loge ou parce qu'elle diffère de ce qu'on vous a appris en Loge d'Instruction. Songez que c'est votre coutume qui est peut-être la mauvaise.

N'imaginez pas que la perfection du mot à mot du rituel est l'alpha et l'oméga de la franc-maçonnerie. C'est important, mais il y a d'autres choses beaucoup plus importantes.

Les quatre Don't ci-dessus soulignent la particularité des « styles » maçonniques anglais en général et du style Emulation en particulier. Celui-ci, d'une extrême précision, au point d'impliquer des structures particulières d'apprentissage (les Loges d'instruction, sous l'autorité du Précepteur) n'est ni obligatoire , ni recommandé , ni majoritaire dans les Loges anglaises. Les Constitutions de la Grande Loge Unie d'Angleterre stipulent du reste que les membres d'une Loge, présents à une tenue régulièrement convoquée, ont le droit absolu de mener leurs travaux de la manière qui leur convient, pourvu que les principes fondamentaux de la franc-maçonnerie soient respectés.

Ne pensez pas que vous avez fait quelque chose d'extraordinaire si vous avez gagné la boite d'allumettes en argent dans la Loge de Perfectionnement Emulation. Cela veut simplement dire que vous avez une bonne mémoire... et aussi une certaine chance . En 1897, Robert Clay Sudlow créa, au sein de la Loge de Perfectionnement Emulation, la distinction dite « de la boite d'allumettes en argent ». Cet objet est offert à tout frère qui parvient à conduire l'une des quatre cérémonies (initiation, passage, élévation, installation) sans commettre aucune faute de texte et de gestuelle. Si ce frère conduit une autre cérémonie dans des conditions aussi parfaites, un scratch (une rayure) est ajoutée à la boite. Le Complete Record comprend donc une boite et trois scratches . Entre 1900 et 1968, 95 frères seulement remportèrent cette distinction suprême, dont Herbert Inman lui-même, en 1925.

N'oubliez pas le premier des Trois Grands Principes sur lesquels notre Ordre est fondé. Gardez toujours ce Principe à l'esprit et vous en tirerez « Avantage et plaisir ». Il s'agit, bien sûr, de l'amour fraternel ( Cf . les Instructions du premier grade , sixième partie).

Traduites et présentées pour la Loge Goodwill N°17

G/G

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