Jeudi 24 avril 2014 4 24 /04 /Avr /2014 06:09

4. Comment formuler un rosicrucianisme utile et sérieux pour notre temps ?

On comprendra qu’il ait été nécessaire d’effectuer le survol précédent [Voir ma note Les "Mystères" de la Rose-Croix (1)] et de poser, à chaque détour, certaines questions, avant de s’interroger sur le temps présent.

Je voudrais proposer ici une définition provisoire en forme de programme de travail qui s’assigne certaines bornes. Les éléments « limitants », je veux dire ceux qui nous éviterons de divaguer – sont les suivants :

1.La SRIA est le modèle du rosicrucianisme moderne. A ce titre, nous pouvons certainement reprendre le projet que lui assignaient ses fondateurs dès 1867 :

« The aim of the Society is to afford mutual aid and encouragement in working out the great problems of Life, and in discovering the Secrets of Nature; to facilitate the study of the system of Philosophy founded upon the Kabbalah and the doctrines of Hermes Trismegistus, which was inculcated by the original Fratres Rosae Crucis of Germany, A.D. 1450; and to investigate the meaning and symbolism of all that now remains of the wisdom, art and literature of the Ancient World. » C’est-à-dire :

Objectifs de la Société

« L’objectif de la Société est de procurer à ses membres aide et encouragement mutuels pour un travail portant sur les grands problèmes de la Vie et sur la découverte des Secrets de la Nature ; de faciliter l’étude d’un système philosophique fondé sur la Kabbale et les doctrines d’Hermès Trismégiste, système transmis aux premiers Frères de la Rose-Croix, vers 1450 [sic]; de rechercher la signification et d’approfondir le symbolisme de tout ce qui nous est parvenu de la sagesse, de l’art et de la littérature de l’Ancien Monde. »

 

2. Nous avons aussi sous les yeux des contre-modèles qui adoptent parfois l’étiquette rosicrucienne mais où ne règnent que la confusion intellectuelle, le mélange de toutes les traditions, une histoire douteuse, la simplification abusive de questions complexes, etc. Le programme, à peine caricaturé de cette navrante errance : "tout est dans tout et réciproquement", de l’ésotérisme supposé des temples Incas aux mystères de l’Agartha en passant par le calendrier des Druides, tout cela sans aucune réflexion critique, sans mise en perspective, sur fond d’inquiétante inculture. Dans la même veine, Les Grands Initiés d’E. Schuré, un roman onirique qui trace la continuité de « la tradition ésotérique », de Rama à Jésus ! Rien de scandaleux ni de suspect au demeurant, simplement un chemin d’illusion et une voie sans issue. Si l’on veut à présent exprimer des valeurs positives et originales de « refondation » de la Rose-Croix, je suggérerai alors les points suivants :

1. La Rose-Croix des origines est un mouvement chrétien, né en terre protestante, ayant pour objet de régénérer le christianisme et d’établir les bases d’une foi vivante, profonde, d’un christianisme véritable et sincère, au-delà des institutions religieuses elles-mêmes mais pas nécessairement contre elles. Sans cette affirmation chrétienne et, disons-le, sans cette dimension mystique, il n’y a pas de Rose-Croix authentique : rien alors qu’une vague spéculation plus ou moins occultisante, empruntant un vocabulaire chrétien saisi comme un décor et non comme un fondement. La Rose-Croix, dans sa pratique, doit refléter cette tension religieuse, au sens le plus élevé, le plus noble et le plus libre du mot. Dans le contexte protestant de sa fondation cela suppose, par exemple, une réelle fréquentation des textes sacrés, et notamment une lecture spirituelle de la Bible.

2. La Rose-Croix a également toujours mis en avant la compréhension, l’étude et la recherche. Sans travail intellectuel, conçu non comme une fin en soi mais comme une nécessaire préparation à la vie spirituelle, nombre de voies sont possibles mais la voie rosicrucienne est ignorée. N’oublions pas, nous l’avons vu, qu’elle est aussi fille de l’humanisme, et songeons à cette magnifique gravure qui sert de frontispice au fameux ouvrage d’Henry Kunrath (publié en 1595), L’Amphithéâtre de l’éternelle sapience : on y voit un homme, un cherchant, disons un « vrai » Rose-Croix, agenouillé devant un oratoire (l’endroit où l’on prie) qui lui-même est placé immédiatement en face d’un laboratoire (l’endroit où l’on travaille et cherche). Tel est le programme implicite que fixe ce frontispice : travailler avec son esprit pour élever son âme ; chercher la vérité avec intelligence pour trouver Dieu avec le cœur. Mystique, la Rose-Croix l’est sans doute, mais c’est de mystique spéculative qu’il s’agit, de cet effort vers le Divin qui s’aide d’une tentative intelligente de décrypter l’univers à travers tous les signes – la tradition hermético-kabbalistique dit : « les signatures » – qu’il a laissées à notre intention dans un monde qu’il habite depuis toujours et où il faut le retrouver par la conversion de notre regard en tâchant une fois encore, selon le conseil de St Paul, d’entrevoir au travers des choses visibles ce qu’il y a d’invisible dans la création (Colossiens, 1, 15-17).

3. Le domaine de prédilection de cette double recherche, intellectuelle et spirituelle, qui caractérise la Rose-Croix, est l’ésotérisme chrétien dans sa plus grande extension, c’est-à-dire l’ésotérisme occidental issu de la Renaissance, véritable époque axiale, mais à l’exclusion de tout autre sujet. J’insiste sur ce point. Sans prétendre aucunement décerner de bons ou de mauvais points, rappelons simplement que la Rose-Croix n’est pas la Théosophie de Mme Blavastsky, ni le New Age et moins encore le « bazar » moderne des Nouveaux Mouvements religieux (NMR). La fascination pour un Orient de pacotille, pour une parapsychologie naïve, pour un pseudo-ésotérisme qui confond l’hermétisme avec l’occultisme le plus terre à terre, n’a rien de commun avec la tradition rosicrucienne authentique. Son objet n’est pas non plus de réfléchir sur les mérites comparés – et certainement très grands – du bouddhisme ou de l’hindouisme – généralement envisagés, du reste, de façon très superficielle et souvent erronée – et moins encore sur les prétendus mystères de l’Egypte ancienne, largement fantasmée, voire sur ceux du vaudou – j’allais dire : « Grand Dieu » ! – mais bien plutôt d’aller à la découverte du vaste et inépuisable domaine des études et des contemplations qui, de Pic de la Mirandole à Boehme, de Reuchlin à Agrippa, en passant par Paracelse, Fludd ou Maier, pour ne citer que les plus illustres, ont tenté de dépasser une vision strictement confessionnelle et dévotionnelle du christianisme institué pour s’efforcer de retrouver Dieu en chaque chose et le Christ au cœur de nous-mêmes.

4. Enfin, et cela fait lien avec ce que je viens d’évoquer, la tradition hermético-kabbalistique qui sert de colonne dorsale à la Rose-Croix, repose avant tout sur un monde peuplé d’images. La pratique des médiations, de l’imagination créatrice, est un fondement du regard ésotérique, comme l’ont magnifiquement établi de nos jours A. Faivre ou J.-P. Laurant[1]. Il s’agit-là du « monde imaginal » selon H. Corbin[2] – d’autres diraient, avec C. G. Jung, celui des archétypes et de l’inconscient collectif [3] – de ces structures et de ces figures essentielles qui, bien que tracées de main d’homme, renvoient au monde céleste ou tendent vers lui, suggèrent son contact ou du moins son approche, en évoquant le numineux et le « Tout Autre »[4]. Cette confrontation « opérative » – ou opératoire –, à la fois intelligente et méditative, avec les emblèmes de la tradition hermético-kabbalistique doit donc constituer l’une des activités encouragées et mises en œuvre par les Rosicruciens. Les perspectives que l’on vient de tracer sont exigeantes et, à divers égards, assez neuves. Disons qu’à tout le moins elles sont inhabituelles dans le monde de ce qu’il est convenu de nommer le rosicrucianisme à notre époque…

Pour finir, je reprendrai les termes mêmes de la Confessio, publiée en 1615 :

« La philosophie secrète des R.C. est basée sur la connaissance de la totalité des facultés, sciences et arts. »

Insistons bien sur le fait que la « totalité » qui est ici envisagée est moins une totalité encyclopédique – ambition assez vaine, au demeurant – que la totalité de l’être, où les dimensions intellectuelles, morales et spirituelles sont inséparables.

La Confessio poursuit d’ailleurs, un peu plus loin :

« Le portail de la sagesse s'est actuellement ouvert au monde ; mais les Frères ne pourront se faire connaître qu'à ceux qui méritent ce privilège car il nous est interdit de révéler notre connaissance, même à nos propres enfants. Le droit d'accéder aux vérités spirituelles ne s'obtient pas par héritage, il doit s'acquérir par la pureté de l'âme. »

Et enfin :

« Nous déclarons qu'avant la fin du monde Dieu fera jaillir un grand flot de lumière spirituelle pour alléger nos souffrances. Tout ce qui aura obscurci ou vicié les arts, les religions et les gouvernements humains et qui gêne même le sage dans la recherche du réel, sera mis au grand jour, afin que chacun puisse recueillir le fruit de la vérité. »

Par un travail rigoureux, modeste et sincère, faute de voir ce grand jour, efforçons-nous d’en préparer l’avènement… 

[1] J.-P. Laurant, Le regard ésotérique, Paris, 2001.

[2] « La fonction du mundus imaginalis et des Formes imaginales se définit par leur situation médiane et médiatrice entre le monde intelligible et le monde sensible. D’une part, elle immatérialise les Formes sensibles, d’autre part, elle « imaginalise » les Formes intelligibles auxquelles elle donne figure et dimension. Le monde imaginal symbolise d’une part avec les Formes sensibles, d’autre part avec les Formes intelligibles. C’est cette situation médiane qui d’emblée impose à la puissance imaginative une discipline impensable là où elle s’est dégradée en « fantaisie », ne secrétant que de l’imaginaire, de l’irréel, et capable de tous les dévergondages. » Prélude à la 2ème édition de Corps spirituel et Terre céleste, Paris, 1978.

[3] Les racines de la conscience, Paris, 1971, Chapitre 1 : « Les archétypes de l’inconscient collectif ».

[4] R. Otto, Le sacré [1917], Paris, 1995.

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/rose-croix/

 

Par Roger DACHEZ - Publié dans : Rose-Croix
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Mercredi 23 avril 2014 3 23 /04 /Avr /2014 07:22

Mon propos n’est évidemment pas ici de reprendre en détail cette histoire elle-même ! Il y a pour cela d’excellents instruments de travail et de bonnes références textuelles – sachant qu’en ce domaine, malheureusement, règnent trop souvent encore la fantaisie la plus débridée, quand ce n’est pas le délire et la confusion les plus inquiétantes ! Tout membre d’un Ordre rosicrucien digne de ce nom doit, je crois, posséder une connaissance au moins approximative de ces sources sérieuses. Cela tient du reste, pour se limiter à la littérature en langue française, en trois ou quatre ouvrages de base [1] qu’il me semble indispensable de lire et de travailler.

1. Pourquoi a-t-on créé la Rose-Croix ?
Cette question préjudicielle n’a en fait jamais reçu de réponse satisfaisante. On peut simplement tenter d’approcher la vérité en s’interrogeant sur le milieu intellectuel des fondateurs (le « Cénacle de Tübingen ») et en les situant dans leur environnement philosophique, politique et religieux.
Les éléments de jugement tiennent en quelques constats :

1.      Rose-Croix a été « inventée » par un groupe informel de jeunes théologiens luthériens qui, près d’un siècle après l’avènement de la Réforme, en Allemagne principalement, constataient avec tristesse que ce mouvement religieux, initialement conçu comme annonciateur d’une libération chrétienne, avait en peu d’années généré une nouvelle orthodoxie – le « luthéranisme », fondé sur le socle devenu intouchable de la Formule de Concorde adoptée en 1577 –, le tout sur fond de mise au pas politique en vertu du principe « cujus regio, ejus religio » (« tel roi, telle religion » [i.e. catholique ou strictement luthérienne selon le choix du Prince]), principe consacré par la Paix d’Augsbourg dès 1555. C’est donc avant tout en raison des risques politiques et religieux impliqués par ce contexte que nos auteurs choisirent l’allégorie pour s’exprimer et l’anonymat pour se protéger;

2.      Pendant le siècle qui venait de s’écouler (le XVIème), deux courants avaient marqué et infléchi la réflexion de certains cercles chrétiens en Europe : a) l’humanisme érasmien – Erasme (1469-1536), l’un des contributeurs involontaires de la Réforme, avait en tout cas imposé l’étude des textes « authentiques » et le retour critique aux sources comme l’une des voies inévitables d’un nécessaire renouvellement religieux ; b) la découverte par des érudits – eux-mêmes souvent liés à l’humanisme renaissant, comme Johannes Reuchlin (1455-1522), véritablement emblématique à cet égard – de la kabbale juive, puis son adaptation au cas du christianisme pour approfondir la compréhension de ce dernier (la kabbale chrétienne) ;

3.      La vogue considérable dont jouissait alors une certaine vision du monde, ou plus précisément une philosophie de la nature, prenant ses racines dans le mouvement hermétiste néo-alexandrin né à Florence vers 1460 avec la redécouverte et la traduction du Corpus Hermeticum par Marsile Ficin (1433-1499), mais ayant pris corps et consistance dans l’œuvre séminale de Paracelse (1493-1541), à la fois philosophique, mystique, médicale et alchimique ; c’est par le biais de tous ces hommes que naquit une nouvelle synthèse, encore confuse et indistincte dans ses contours, ce que F. Yates nommera « le courant hermético-kabbalistique » [2] : une clé de décryptage du monde qui ouvrait des perspectives insoupçonnées et, à son tour, n’était évidemment pas sans implication religieuse.

Or, venant au terme de 150 ans de spéculations diverses et souvent désordonnées dans ces domaines, la Rose-Croix, à travers ses manifestes fondateurs (Fama Fraternitatis, 1614 ; Confessio, 1615 ; Noces chymiques de Christian Rosenkreuz, 1616), évoque sans effort toutes les influences et tous les débats qu’on vient de mentionner et elle tente de les conjuguer :

1.      Ils font clairement référence à la situation religieuse de leur temps, aux déceptions issues de la Réforme luthérienne, à la nécessité d’une « nouvelle Réformation », autant intellectuelle que spirituelle et religieuse - rappelons en outre que le "Rose de Luther" associe déjà cette fleur à la croix ;

2.      Ils font une place de choix à Paracelse, à sa philosophie de la nature et, d’une manière générale, à la tradition hermétique et à l’alchimie exclusivement envisagée sous son angle spirituel;

3.      Ils évoquent également John Dee (1527-1608), avec une mention explicite de la Monade hiéroplyphique (publiée en 1564) dans les Noces chymiques, et cette nouvelle référence n’est pas indifférente

4.      Ils expriment, sous la forme d’un mythe générateur (la vie de Christian Rosenkreuz, sa mort et la découverte miraculeuse de son tombeau, dont dérive la création de l’Ordre), l’espoir de susciter un mouvement qui pourrait conduire à la réformation précédemment évoquée ;

5.      Ils privilégient enfin la « discipline de l’arcane, en tout cas l’anonymat (les Rose-Croix sont en ce sens « invisibles » - je n’ose dire « Inconnus »).

Il reste que, comme cela a été désormais clairement établi, les auteurs des manifestes n’ont jamais constitué de véritable Société ou Ordre de Rose-Croix au sens propre de ces termes. Ils n’ont pas non plus laissé d‘autres instructions ni d’autres messages que ceux contenus dans les manifestes rendus publics et, naturellement, n’ont jamais connu le moindre rituel dans leurs rencontres intimes et leurs échanges informels. Au reste, si Johann Valentin Andreae (1586-1654) publie, en 1619, une utopie intitulée Christianopolis, en lien direct avec la fabulation Rose-Croix et que l’on pourrait considérer comme un « quatrième manifeste », après 1620 on n’entendit plus jamais parler du groupe. Seul Andreae reconnaitra, très tard, sa paternité effective à l’égard des Noces chymiques, mais en qualifiant cet ouvrage de ludubrium (c’est-à-dire une plaisanterie, un canular, on n’ose dire une « farce »…).

Finalement, les premiers Rose-Croix avaient posé un problème, jeté une bouteille à la mer sous la forme d’un appel (c’est le sens du mot latin « Fama ») un peu désespéré, mais ils s’abstinrent d’aller plus loin et notamment de répondre aux multiples réactions que suscitèrent leur initiative – ce qu’ils étaient sans doute bien loin d’avoir envisagé !

A la fin de leurs vies respectives, occupés à d’autres tâches – mais Andreae écrira plusieurs versions d’une utopie d’inspiration rosicrucienne, Christianoplis –, ils durent penser que tout cela n’avait servi à rien. Du reste, comme une cinglante réplique de l’histoire, entre 1618 et 1648 devait se dérouler la Guerre de Trente ans qui éleva notamment l’opposition entre Protestants et Catholiques au rang d’un conflit européen. Les « Chefs de l’Europe » n’avaient manifestement rien entendu…Vient alors assez naturellement la question suivante :

2. Sur quelles bases la tradition rosicrucienne se constitua-t-elle, malgré l’effacement et la disparition de ses premiers concepteurs, et comment fut-elle malgré tout transmise pendant le siècle suivant ?

La publication des trois manifestes aurait n’être qu’un feu de paille, sans lendemain, une mystification littéraire comme il y en eut tant. Or, entre 1614 et 1620, on compte plus de 200 réponses publiées en Europe, émanant parfois d’intellectuels de premier plan (comme Robert Fludd ou Michael Maïer) et, jusqu’au cœur du XVIIIème siècle, on dénombre près de 1000 publications relatives la Rose-Croix : bien plus qu’un phénomène littéraire, c’est un fait de société, un moment dans l’histoire des idées en Europe. Une fascination sans précédent s’est emparée d’une partie significative des milieux intellectuels européens pendant plus d’un siècle. La Rose-Croix en est ressortie toujours vivante mais profondément changée, en tout cas diversifiée. C’est de cette « deuxième » Rose-Croix que nous avons principalement hérité, il faut insister sur ce point.

Il faut en effet distinguer la Rose-Croix originelle – celle des manifestes – de ce que l’on peut appeler la « tradition rosicrucienne », laquelle s’est élaborée et enrichie pendant plusieurs décennies, sans ordre ni méthode, grâce aux apports désordonnés et parfois contradictoires d’auteurs qui, pour la plupart ne se connaissaient pas, ignoraient même le plus souvent ce qui avait déjà été publié, et s’intéressaient à des aspects très divers de la « révélation » initiale. Certains se demandaient encore ce qu’elle avait pu dissimuler, croyant sincèrement en l’existence des mystérieux Rose-Croix ; d’autres se présentaient, plus roublards, comme missionnés par ces derniers ; d’autres enfin saisissaient ce prétexte et l’intérêt de curiosité suscité par le mystère rosicrucien, pour attirer l’attention sur leurs œuvres et se faire connaitre, sinon entendre.

C’est ainsi que peu à peu, s’éloignant à plus d’un titre du projet initial – pour autant qu’il ait été clairement formulé par ses auteurs –, le rosicrucianisme est devenu l’un des principaux courants de ce qu’il est convenu de nommer l’ésotérisme occidental. Rappelons brièvement les autres, par ordre d’apparition : l’hermétisme néo-alexandrin (milieu XVème), la kabbale chrétienne (fin XVème), le paracelsisme (début XVIème). [3] En dehors de la Rose-Croix elle-même, il ne reste, pour compléter le paysage, que la théosophie chrétienne incarnée Jacob Boehme – lequel est exactement contemporain des manifestes mais n’y fait aucune allusion, même s’il est probable qu’il en ait entendu parler.

On voit que dans l’histoire de ces courants, la Rose-Croix tient une place à part : elle ferme la marche, si l’on peut dire et elle emprunte à chacun de ceux qui l’ont précédée. Elle y ajoute une dimension qu’ils n’avaient pas : à savoir, l’idée d’une fraternité secrète chargée de conserver et de transmettre ces enseignements. Le rosicrucianisme en est ainsi venu à se présenter, dans le courant du XVIIème siècle, sans avoir alors jamais existé réellement en tant qu’institution, comme le modèle de la société secrète, de l’Ecole des mystères dans l’Europe moderne. Il lui manquait une seule caractéristique pour l’achever ou le parfaire : la notion d’initiation – parfaitement absente des manifestes, bien que l’idée d’une expérience de la transmutation y soit présente, comme l’un des invariants majeurs des courants ésotériques. [4] Il est probable que le modèle maçonnique, développé en Grande-Bretagne dans la deuxième moitié du XVIIème siècle – où l’on retrouve d’ailleurs des propagateurs de la littérature rosicrucienne en Angleterre ou en Ecosse, comme Robert Moray (1608-1673) ou Elias Ashmole (1617-1692) – a joué ici un rôle d’entrainement, par capillarité sociale en quelque sorte, pour donner corps à la synthèse finale.

De simple corpus littéraire qu’il était à l’origine, le rosicrucianisme s’est donc transformé en une voie initiatique par une sorte de parcours inverse de celui de la franc-maçonnerie spéculative : dans ce dernier cas, un rituel opératif, assez simple et de caractère coutumier, aurait précédé l’incursion de préoccupations philosophiques visant à lui donner un sens nouveau et plus riche, tandis que dans le cas de la Rose-Croix, un courant philosophique complexe et vieux de plus d’un siècle s’est finalement inscrit dans une pratique rituelle nouvellement créée à cet effet !

Tout cela s’est opéré en Allemagne – encore ! – et à un moindre degré en France, au cours du XVIIIème siècle, puis en Angleterre sur une échelle bien plus impressionnante au cours du siècle suivant. Toute la question est ici de juger des relations qui peuvent exister entre ces différentes filières.

3. Quels enseignements tirer de la généalogie des premières Sociétés de Rose-Croix ?

Une remarque préliminaire s’impose ici. Dans la première moitié du XVIIIème siècle, l’expression « Rose-Croix » était devenue une appellation rigoureusement non protégée. Elle servait à désigner à peu près tout ce qui relevait de l’occulte, du mystérieux, depuis les superstitions populaires, ou presque, jusqu’à la théurgie, en passant par la magie, les arts divinatoires et bien sûr l’alchimie. On n’est donc pas surpris que, vers 1760, venant apparemment d’Allemagne, un grade maçonnique qui fera son entrée en France par l’est du pays (Nancy, Metz), sous le nom de « Rose-Croix », se soit présenté – avec succès – comme le nec plus ultrades connaissances maçonniques. Or, si ce grade est effectivement chrétien dans son contenu comme dans ses décors, il n’emprunte rien, notons-le bien, qui soit spécifique à la tradition rosicrucienne. Rose-Croix voulait simplement dire ici : « très secret, très mystérieux, très vénérable »…

Les cercles rosicruciens proprement dits, en fréquent compagnonnage avec la franc-maçonnerie mais bien distincts d’elle, se sont structurés en deux temps principaux : c'est en 1710 que parut à Breslau, en Allemagne : La véritable et parfaite préparation de la Pierre Philosophale de la Confrérie de l'ordre de la Rose-Croix d'Or — Die Wahrhafte und Vollkommene Bereitung des Philosophischen Steins, der Brüdeschafft aus dem Orden des Gulden- und Rosen-Creutzer. L'auteur est Sincerus Renatus, pseudonyme du prédicateur silésien Samuel Richter, disciple de Paracelse et de Jacob Boehme. Ce texte est un traité d'alchimie se terminant par La Profession des Rose Croix d'Or qui énumère 52 règles de la Fraternita Aureæ et Roseæ Crucis, ou Fraternité de la Rose Croix d'Or. Mais rien, à cette époque, ne témoigne de l’existence réelle de cet Ordre, pas davantage qu’un siècle auparavant. Cela paraît encore, à l’exemple des manifestes un siècle plus tôt, une sorte de fiction littéraire. En revanche, vers 1757 l’existence de petits groupes organisés est plus assurée, et surtout entre 1777 et 1786 un Ordre véritable va apparaître sous le nom d’Ordre de la Rose-Croix d’Or d’Ancien système. Ses rituels et ses usages, qui nous sont en partie parvenus, méritent d’être étudiés [5] : ce sont, à proprement parler les plus anciens rituels rosicruciens proprement dits. Cette société, qui prospérera surtout en Allemagne et en Europe du nord, compta plusieurs dizaines de cercles et peut-être jusqu’à 1000 adeptes mais ne vécut pas au-delà de la 1785. Pourtant, elle laissera une empreinte ineffaçable et notamment deux legs importants pour la suite de la tradition rosicrucienne qui en dérive :

1. Une échelle de neuf grades :

        I. Juniores

       II. Theoretici

       III. Practici

       IV. Philosophi

       V. Minores

      VI. Majores

     VII. Adepti Exempti

    VIII. Magistri

      IX. Magi.

2. Une iconographie somptueuse et déroutante, celle qui orne les magnifiques Geheime Figuren der Rosenkreuzer (Figures secrètes des Rose-Croix), ouvrage publié à Altona entre 1785 et 1788 et qui apparait comme une création typique de l’Ordre finissant.

Mesurons ici le chemin parcouru : au moment de se structurer avec un rituel, des symboles et des enseignements transmis institutionnellement dans le cadre d’un ordre hiérarchisé, la Rose-Croix avait en quelque sorte amalgamé tout ce qui avait trait à l’hermétisme et la kabbale, en adoptant la révélation chrétienne comme fil conducteur, sous la métaphore du Grand Œuvre, tout comme celle de la remontée de l’Arbre séphirotique, thème à peine esquissé mais déjà présent chez les Rose-Croix d’Or. Cependant, elle avait assez largement laissé de côté les spéculations d’origine relatives à la « nouvelle Réformation ». Quant à Christian Rosenkreuz et à sa légende, ils paraissaient très oubliés.

Le rosicrucianisme « moderne » est donc finalement né en Angleterre au milieu du XIXème siècle avec la Societas Rosicruciana in Anglia (SRIA), définitivement établie en 1867 et qui a vu défiler à sa tête, depuis 150 ans, les plus grands noms des études maçonniques et ésotériques en Grande-Bretagne.

Ce n’était toutefois que le début d’une nouvelle histoire qui s’est prolongée jusqu’à nos jours, parfois pour le meilleur (ou presque) et trop souvent pour le pire…

[1] Citons avant tout : R. Edighoffer, Les Rose-Croix, Que Sais-je ?, 1982 ; J.M. Vivenza, B.A.-BA de la Rose-Croix, 2005 ; et, plus étoffé : P. Arnold, Histoire des Rose-Croix, 1990 ; sans oublier, dans une perspective particulière (et du reste en partie contestée depuis, mais toujours stimulante) : F. Yates, La lumière des Rose-Croix, 1972. Des ouvrages assez prisés dans les milieux maçonniques sur ce sujet, comme ceux de J.-P. Bayard ou S. Hutin par exemple – pour ne pas parler de certaines publications de trop nombreux Ordres rosicruciens contemporains – sont en revanche à éviter car trop remplis d’inepties, au milieu de quelques généralités assez exactes, naturellement…

[2] F. Yates, La philosophie occulte à l’époque élisabéthaine, Paris, 1987.

[3] Cf. A. Faivre, « Sources des courants ésotériques modernes », in Accès de l’ésotérisme occidental, Paris, 1996 (2 vol.), t. I, 50-137.

[4] Sur ces invariants : A. Faivre, « Réflexions sur la notion d’ésotérisme », ibid., 15-47.

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/rose-croix/

 

 

 

[5] B. Beyer, Das Lehrsystem des Ordens der Golg- und Rosenkreuzer, Leipzig, 1925, rep. 1978, 1987

 

 

 

 

Par Roger DACHEZ - Publié dans : Rose-Croix
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Mardi 22 avril 2014 2 22 /04 /Avr /2014 06:48

Une origine anglaise

Cette question est souvent posée car cette pratique, qui consiste à faire un léger arrêt pour former avec les pieds un angle droit lorsqu’on déambule autour de la loge, reçoit souvent des interprétations à la fois abusives et tout simplement erronées.

Il faut d’abord rappeler un fait très simple : l’usage de « marquer les angles » est d’origine purement anglaise – cela se dit « squaring the lodge » – et fut parfaitement inconnu de la tradition maçonnique française pendant tout le XVIIIème siècle, encore au XIXème et même pendant une bonne partie du XXème siècle…

A cette époque, un maçon français ne savait pas ce que signifiait "marquer les angles"...

Et encore, le squaring n’est-il pas universel ni observé de temps immémorial en Angleterre même : on ne le pratique que pendant les pérambulations du candidat, lors des cérémonies de réception aux trois grades, sous la conduite du Deuxième Diacre au premier grade et du Premier Diacre pour les deux grades suivants. En toute autre circonstance, on se déplace librement dans une loge anglaise, sans marquer les angles ni d’ailleurs respecter un sens de déambulation particulier. Dans la plupart des loges – mais pas dans toutes – l’espace central de la loge est d’ailleurs libre, car il n’y a pas de tableau au sol ni de chandeliers ou de colonnes au milieu de la loge. On sait en effet que le tableau du grade, en Angleterre, repose le plus souvent contre le plateau du Deuxième Surveillant, lequel siège au sud – mais c’est un usage que ne prescrit officiellement aucun rituel anglais.

Les meilleurs spécialistes du rituel, outre-Manche, de H. Inmann à Harry Carr en passant par E. H. Cartwright, ont plusieurs fois rappelé que cette façon de se déplacer ne doit pas donner lieu à des mouvements mécaniques qui confinent au grotesque. Il s’agit, soulignent-ils, de marquer avec un peu de gravité la solennité des cérémonies et non de singer on ne sait quel exercice militaire ou de se livrer à des contorsions inesthétiques. Il semble en fait que le squaring ne se soit vraiment répandu en Angleterre qu’après l’Union de 1813 qui a tendu vers une certaine standardisation du rituel, avec la montée en puissance de loges d’instruction comme la Loge de Perfectionnement Emulation de Londres, raffinant toujours davantage et visant à une perfection formelle toujours plus grande. Les auteurs anglais signalent aussi que certaines loges ont tendance à étendre le squaring mais que tout abus en ce domaine est à proscrire. Dans nombre d’autres cérémonies maçonniques que celles de réceptions aux trois grades (dédicace de locaux maçonniques, consécration de loges) on peut aussi observer à l’occasion de tels déplacements « à l’équerre ». Encore une fois, la tendance anglaise est de privilégier la retenue et de ne pas en faire un système.

La pratique de marquer les angles n’a en tout cas jamais fait partie des usages maçonniques français, ni dans le Rite Français – le plus ancien dans notre pays, dérivant du système de la première Grande Loge de 1717, introduit en France vers 1725 – ni dans le Rite Écossais Rectifié, très précisément codifié à la fin du XVIIIème siècle avec un grand raffinement rituel, toujours pratiqué de nos jours, et qui l’ignore absolument. On pourrait encore citer d’autres Rites disparus.

Une ancienneté … très récente !

La question se pose alors : quand et pourquoi a-t-ton introduit cet usage en France ? La plupart des textes demeurent muets mais il est assez facile de déduire que, comme beaucoup de pratiques rituelles jugées « très anciennes » dans certains Rites – comme le REAA notamment –, cela ne remonte guère au-delà des années 1950…

A cette époque la maçonnerie française, se relevant difficilement du traumatisme de la guerre, a commencé une réflexion sur elle-même, tant à la Grande Loge de France qu’au Grand Orient, les deux Obédiences alors très largement dominantes. Une volonté de « retour aux sources » s’est manifestée un peu partout et elle a pris des formes très diverses. On peut en donner quelques exemples.

La Bible, qui avait disparu de l’immense majorité des loges de la GLDF, fut de nouveau rendue obligatoire en 1953, et l’année précédente, un nouveau rituel y avait introduit l’allumage rituel des flambeaux, ce qui ne s’était jamais vu au REAA. Mais le GODF ne fut pas en reste : dès le milieu des années 1950, alors même qu’on publie le rituel « Groussier » qui marque un retour vers des formes rituelles plus substantielles dans le Rite Français, un petit groupe de Frères, sous la conduite éclairée de René Guilly, y commence un travail d’archéologie maçonnique qui devait aboutir au Rite Moderne Français Rétabli – devenu ensuite le Rite Français Traditionnel – visant à retrouver les formes symboliques, et plus encore l’esprit, de la première maçonnerie française du XVIIIème siècle.

Le fait de marquer les angles, du reste non documenté dans les rituels de cette période, a dû apparaître en même temps, sans aucun doute d’abord à la GLDF, déjà soucieuse de « régularité » et songeant à copier certaines pratiques anglaises jugées plus « traditionnelles » – sur un fond de solide méconnaissance des antécédents historiques de ces pratiques…

Avec la foi des convertis, on est même allé bien plus loin que les Anglais, qui ont pourtant inventé le squaring : on s’est mis à l’utiliser pour tout déplacement en loge, et naturellement en dehors des cérémonies elles-mêmes. On a même vu, par la suite, des loges du GODF, suivant pourtant la tradition purement continentale du Rite Français, se mettre à l’adopter par « rigueur rituélique » !

Trêve de fraternelle ironie : c’est incontestablement un usage qui peut donner une certaine dignité dans les travaux, et c’est pour cela qu’il a été inventé. Il a été introduit originellement pour rappeler au candidat qu’il « trace » la loge par son parcours symbolique lors de sa réception aux différents grades. Si l’on veut en faire un usage constant, pourquoi pas ? Mais à condition de comprendre et de ne pas oublier qu’il s’agit d’une convention récente, que toute la tradition maçonnique française, depuis ses origines, s’en est passée, et qu’en ce domaine tout zèle intempestif risque fort de produire un effet contraire à celui qu’on recherchait…

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/rites/

Par R DACHEZ - Publié dans : Rites et rituels
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Lundi 21 avril 2014 1 21 /04 /Avr /2014 08:59

Que tout homme pieux et ami de Dieu jouisse de cette belle et lumineuse solennité ! Que tout serviteur fidèle entre avec allégresse dans la joie de son Seigneur ! (Mt 25,21) Celui qui a porté le poids du jeûne, qu'il vienne maintenant toucher son denier. Celui qui a travaillé depuis la première heure, qu'il reçoive aujourd'hui le juste salaire. Celui qui est venu après la troisième heure, qu'il célèbre cette fête dans l'action de grâces. Celui qui est arrivé après la sixième heure, qu'il n'ait aucune doute, il ne sera pas lésé. Si quelqu'un a tardé jusqu'à la neuvième heure, qu'il approche sans hésiter. S'il en est un qui a traîné jusqu'à la onzième heure, qu'il n'ait pas honte de sa tiédeur, car le Maître est généreux, il reçoit le dernier comme le premier ; il accorde le repos à l'ouvrier de la onzième heure comme à celui de la première ; il fait miséricorde à celui-là, et comble celui-ci. Il donne à l'un, il fait grâce à l'autre. (Mt 20,1-16) Il accueille les pauvres et reçoit avec tendresse la bonne volonté ; il honore l'action et loue le bon propos.
Ainsi donc, entrez tous dans la joie du Seigneur ! Premiers et derniers, recevez la récompense. Riches et pauvres, chantez en coeur tous ensemble. Les vigilants comme les nonchalants, honorez ce jour. Vous qui avez jeûné, et vous qui n'avez pas jeûné, réjouissez-vous aujourd'hui. La table est préparée, mangez-en tous (Mt 22,4) ; le veau gras est servi, que nul ne s'en retourne à jeun (Lc 15,23) . Jouissez tous du banquet de la foi, au trésor de la bonté. Que nul ne déplore sa pauvreté, car le Royaume est apparu pour tous. Que nul se lamente de ses fautes, car le pardon a jailli du tombeau. Que nul ne craigne la mort, car la mort du Sauveur nous en a libérés. Il a détruit la mort, celui que la mort avait étreint ; il a dépouillé l'enfer, celui qui est descendu aux enfers. Il a rempli l'enfer d'amertume, pour avoir goûté de sa chair. Isaïe l'avait prédit en disant : "L'enfer fut rempli d'amertume lorsqu'il t'a rencontré" (Is 14,9). L'enfer est rempli d'amertume, car il a été joué ; bouleversé, car il a été enchaîné ; bouleversé, car il a été mis à mort ; bouleversé, car il a été anéanti ; consterné, car il a saisi un corps et s'est trouvé devant Dieu. Il a pris la terre et a rencontré le ciel ; il a saisi ce qu'il voyait, et il est tombé sur celui qu'il ne voyait pas. Ô mort, où est ton aiguillon ? Enfer, où est ta victoire (1 Co 15,55) ? Christ est ressuscité et tu as été terrassée ; Christ est ressuscité et les démons sont tombés ; Christ est ressuscité et les anges sont dans la joie ; Christ est ressuscité et voici que règne la vie. Christ est ressuscité et il n'est plus de morts dans les tombeaux ; car le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis (1 Co 15,20). À lui gloire et puissance dans les siècles des siècles ! Amen.

Source : http://peresdeleglise.free.fr/textesvaries/paques.htm

Par Jean Chrysostome - Publié dans : spiritualité
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Dimanche 20 avril 2014 7 20 /04 /Avr /2014 09:36

Parmi les "mystères" qui peuplent l'histoire du Régime Écossais Rectifié (RER), la Grande Profession, classe invisible et et supposée secrète qui devait dominer le système tout entier sans révéler l'identité de ses membres, n'est pas le moindre. Les fantasmes qu'elle a suscités - et suscite encore ! - mais aussi les polémiques ou les aigreurs - sont sans nombre.

Voici quelques repères pour comprendre. 

1. Une équivoque fondatrice

Voici ce que Willermoz écrivait en 1812 à l'un des ses correspondants : 

« Celui qui reçoit le grade de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte apprend par l'instruction qui le termine, que ce grade qui est une conclusion très satisfaisante est le dernier terme du Régime, qu'il n'a rien de plus à lui demander ni à en attendre. Malgré cette déclaration, quelques uns par ci, par là, se plaisent à penser qu'au-delà de ce grade, existent encore quelques grades ou instructions d'un ordre et d'un genre plus élevé. Mais si cette conjecture était fondée, il n'en résulterait pas moins que quelque chose qui serait au delà, n'étant ni annoncée ni avouée, c'est-à-dire ni reconnue par les Directoires et les Régences, personne n'a le droit de le leur demander et que toute sollicitation serait inutile et déplacée. »

Willermoz, alors âgé de 82 ans et qui est considéré par tous à cette époque comme un « saint homme », se livre pourtant ici à un mensonge par omission partielle. Il nous dit en substance que quand on reçoit le grade de CBCS, on n’a plus rien d'autre à attendre au sein du RER. Cela paraît clair. Néanmoins, il ajoute que s’il y avait « quelque chose » d'autre, comme personne ne le reconnaît ou n'en parle, il est sans utilité de l’évoquer ou de poser la moindre question à ce propos.

Cela signifie-t-il qu'il y ait quelque chose ou qu'il n'y ait rien ? La formulation de Willermoz, on le voit sans peine, est extrêmement ambiguë. Or, elle l’est délibérément.

Tout le problème de la Profession et de la Grande Profession repose en fait sur cette ambiguïté.  Du reste ce principe présentait une certaine ancienneté dans le vocabulaire interne de l’Ordre. Comme pour les structures, équivoques et ambivalentes, les grades de l’Ordre intérieur, dans la SOT, pouvaient déjà susciter certaines confusions.

C’est ainsi que parmi les chevaliers, on distinguait déjà  deux classes : Chevalier Templier et Chevalier Profès. Mais en réalité cela n'avait rien à voir avec ce que sera plus tard la Grande Profession du RER ; c'était une simple copie des pratiques de nombres d’ordres religieux où l'on est d'abord novice puis profès quand on a accompli ses vœux définitifs. Le Chevalier du Temple – dans la SOT – était donc Templier à titre provisoire et le Chevalier Profès l’était à titre définitif.

2. Naissance des Grands Profès

Lors de la réforme opérée à Lyon, en 1778, les classes de l’Ordre intérieur avaient été simplifiées. En particulier, la distinction entre le Chevalier « ordinaire », si l’on peut ainsi s’exprimer, et le Chevalier Profès, avait été supprimée.

Toutefois, au-delà des réformes rituelles officiellement approuvées par le Convent et la rédaction des deux textes fondamentaux du Régime (le Code maçonnique des Loges réunies et rectifiées et le Code général des règlements de l’Ordre des CBCS), une innovation bien plus considérable, mais nulle part documentée dans les Actes du Convent, avait été introduite : l’Ordre des Grands Profès. 

Réservée à un tout petit nombre d’élus, parmi lesquels Willermoz introduisit tout d’abord son cercle rapproché, cette classe suprême fut d’emblée conçue comme le cénacle choisi où serait préservée la doctrine coën appliquée à la maçonnerie, et où se constituerait la phalange secrète qui, sans paraître en tant que telle, s’assurerait de la pérennité des principes spirituels du Régime, à tous les niveaux de l’Ordre rectifié.

En divers lieux où le RER était établi, un « Collège Métropolitain » de Grands Profès était ainsi créé. Chaque Collège  comprenait trois officiers : le Président, le Dépositaire – gardien des rituels et des instructions – et le Censeur – chargé de sélectionner les candidats. Avant la Révolution, il y eut ainsi des Collèges à Lyon, Strasbourg, Chambéry, Grenoble ou Montpellier.

La réception en elle-même, telle que se pratiqua dès l’origine, n'a rien de mystérieux puisqu’on en trouve les manuscrits à la bibliothèque municipale de Lyon, dans le fonds Willermoz. Ces textes ont d'ailleurs été publiés une première fois avant la dernière guerre dans un ouvrage de Paul Vuilliaud,  Joseph de Maistre Franc-Maçon [1]  , pour le texte de la Profession et, pour le texte de la Grande Profession, une transcription a été publiée en appendice du grand livre d'histoire du RER de Le Forestier, dans l'édition procurée par Antoine Faivre en 1970.

La cérémonie de réception était extrêmement simple : les Frères membres du Collège s'asseyaient en cercle, on disait une prière pour l'ouverture des travaux puis on introduisait dans l'assemblée le récipiendaire et on lui délivrait le long discours d'instruction [2]  dont on lui demandait ensuite de prendre une copie unique qu'il ne devait jamais donner à personne d'autre. On pouvait alors fermer le Collège par une autre prière. Les thèmes du discours changeaient entre la Profession et la Grande Profession mais la procédure  d’ensemble demeurait la même.

Avant la Révolution, environ 70  personnes, en France, en Allemagne, en Italie, ont été reçus Profès et Grand Profès – quelques-uns n’ont jamais franchi la seconde étape.  Malgré la modestie relative de ces effectifs, le secret impénétrable où la Grande Profession devait demeurer enclose fut éventé assez tôt…

3. Fonction et destin de la Grande Profession

Mais d’emblée la question importante fut : qui avait écrit ces textes et d'où venaient-ils ? La thèse officielle était que l’on transmettait dans l’Ordre « un extrait fidèle de cette sainte doctrine parvenue d’âge en âge par l’initiation jusqu’à nous ». Mais l’origine réelle de ces textes eux-mêmes est heureusement moins mystérieuse.

Dans une lettre écrite par Willermoz en 1781, voici ce qu'il disait à Charles de Hesse-Cassel :

« Pour répondre sommairement aux questions que me pose votre Altesse Sérénissime, je lui confesse que je suis le seul auteur et le principal rédacteur des deux instructions secrètes de Profès et de Grand Profès qui lui ont été communiquées ainsi que des statuts, formules et prières qui y sont jointes et aussi d'une autre instruction qui les précède laquelle est communiquée sans mystère ni engagement particulier à presque tous les Chevaliers le jour même de leur vestition. Celle-ci contient des anecdotes fort connues et aussi une délibération du Convent national de Lyon. Au commencement de l'année 1767, j'eus le bonheur d'acquérir mes premières connaissances dans l'ordre dont j'ai fait mention [3]  à votre Altesse Sérénissime, un an après j'entrepris un autre voyage et j'obtins le septième et dernier grade de cet Ordre. Celui de qui je l'ai reçu se disait être l'un des sept chefs souverains et universels de l'Ordre et a prouvé souvent son savoir par des faits. En suivant ce dernier, je reçus en même temps le pouvoir de conférer les degrés inférieurs, me conformant pour cela à ce qui me fut prescrit. Cependant je n'en fis nul usage pendant quelques années que j'employais à m'instruire et à me fortifier. Ce fut seulement en 1772 que je commençais à recevoir mon frère médecin et après, un certain nombre d'autres Frères. »

Willermoz explique encore dans cette longue lettre qu'il a rédigé ces instructions en y intégrant la doctrine martinésiste. En d'autres termes, il reconnaît qu'il a créé de toutes pièces  la Grande Profession et que l'objectif qu’il poursuivait ainsi était tout simplement de transmettre à un petit nombre d'élus les connaissances nécessaires pour être les gardiens secrets, les gardiens discrets, les gardiens invisibles mais bien présents de la pure doctrine rectifiée.

Les choses sont allées ainsi jusqu'à la Révolution et puis, nous l’avons vu, le Régime rectifié s'est interrompu comme toute la maçonnerie. Il n'a repris que sous le Consulat, vers 1802. Finalement, vers 1830, Willermoz étant mort depuis plusieurs années et alors qu’il avait fait de Joseph Antoine Pont son exécuteur testamentaire et héritier spirituel, ce dernier, constatant que le RER n'était plus en activité en France, remit ses archives à la Suisse où le RER continua de vivre jusqu'au début de ce XXème siècle où le RER est revenu en France.

Or J.A. Pont, qui dans l'Ordre intérieur s'appelait A ponte alto et avait été reçu à la Grande Profession, était en 1830 le « seul dépositaire légal du Collège métropolitain établi à Lyon » et « seul grand dignitaire de l’Ordre subsistant dudit Collège ». Pendant très longtemps on a pensé que la Grande Profession avait donc disparu avec lui lorsqu’il mourut, en 1838, mais c'était une erreur.

En effet, on doit à Robert Amadou d’avoir publié une lettre de J. A. Pont en date du 29 mai 1830, adressée à des Frères de Genève, dans laquelle il constitue Grand Profès par correspondance plusieurs membres des Préfectures de Genève et de Zürich, et leur confère le droit de maintenir la Grande Profession en un collège des Grands Profès de Genève. Ce qui veut dire que tout au long du XIXème siècle, il a subsisté dans le dernier endroit au monde où l'on pratiquait le RER, un Collège de Grands Profès, dont par nature personne ne devait connaître l'existence et qui n'avait aucune activité ostensible.

A la fin des années 1960, bien plus d’un siècle après ces faits, diverses rumeurs couraient encore à l’occasion, en France, sur la nature exacte et surtout sur l’état de la Grande Profession, certains affirmant qu’elle avait totalement disparu, d’autres soutenant qu’elle n’avait jamais cessé d’exister. C'est alors qu'en 1969, coup de tonnerre dans un ciel serein, dans le n° 391 de la célèbre revue maçonnique Le Symbolisme[4]  , on publia un article assez court signé du pseudonyme de  Maharba et qui s'intitulait : « A propos du RER et de la Grande Profession ». 

Ce texte inspiré, sans commentaires, plongea tout le monde dans l'incertitude : qui était Maharba ? A quel titre parlait-il ? Maharba lui-même a donné indirectement une clé puisque, dans des textes que Robert Amadou rédigea quelques années plus tard pour le Dictionnaire de la franc-maçonnerie dirigé par Daniel Ligou, l’auteur révèle que Maharba lui avait fraternellement confié avoir rédigé le texte de 1969 « sur ordre », ce qui veut dire que Maharba était en fait le porte parole des Grands Profès. La caution de Robert Amadou, en l’occurrence, ne permet pas d’en douter.

Le Grand Architecte de l'Univers, dit notamment Maharba, « n'a jamais laissé s’interrompre » la Grande Profession. Et la fonction de la Grande Profession, si l'on essaye de tirer la substance du texte de Maharba, c'est la commune aspiration de tous les membres du Régime à comprendre le RER, dessein que s’efforcent d’accomplir anonymement les Grands Profès, quelle que soit par ailleurs leur dignité ou leur absence de dignité officielle. Il faut en quelque sorte désincarner la Grande Profession. Maharba précise encore :

« La Grande Profession ne peut être confondue avec un grade maçonnique ni avec un degré chevaleresque et surtout pas avec ces grades et ces degrés qu’elle surplombe […]

" La Grande Profession enchâsse l’arcane de la Franc-Maçonnerie et y participe, quoiqu’elle ne soit point d’essence maçonnique. Ses secrets sont inexprimables et c’est ainsi quelle forme, de soi, une classe secrète. »

Les Grands Profès n'interviennent donc pas dans l'ordre pyramidal du Régime : ils culminent dans la pure spiritualité, sans en tirer de vaine gloire, et ne se préoccupent pas de proclamer ou d'exhiber leur qualité. La question n'est donc pas de savoir s'ils existent ou s'ils n'existent pas, s'il y en a ou s'il n'y en a pas, s'il y en a encore ou s'il n'y en a plus : ce que dit Maharba, c'est qu'il faut dépasser cet aspect purement administratif. Mais ce que l'on doit surtout souligner, c'est qu'à chaque fois qu’un Grand Profès se présente en disant qu'il l'est, on peut être sûr qu'il ne l'est pas. Il en va, sur ce point, de la Grande Profession comme de la franc-maçonnerie elle-même : les contrefaçons pullulent…

4. La Grande Profession en notre temps ?

Le seul Collège dérivant des Grands Profès du XVIIIème  siècle et dont l'existence ait été attestée de façon constante est bien celui de Genève. Depuis des années, il ne se manifeste plus publiquement d'aucune manière – ce qui, naturellement, ne signifie nullement qu’il ait cessé d’œuvrer. Il n'a pas été demandé à quelque « Maharba bis » de produire un nouveau texte en sorte que personne ne sait si ce Collège existe encore ou s'il n'existe pas et, d'ailleurs, cela n'a pas beaucoup d'importance.

On peut, à plus de deux siècle de distance, s‘interroger sur l’initiative de Willermoz : était-ce une bonne idée ? Fallait-il vraiment créer un classe secrète – mais bientôt très connue –, avec tous les malentendus et parfois la jalousie ou les ambitions que cela pouvait susciter ?  L’historien ne peut répondre à cette question mais il doit constater que si la Grande Profession a provoqué quelques discussions et quelques difficultés avant la Révolution, dans un tout petit milieu maçonnique, elle a du moins permis de souligner jusqu’à nos jours que sans la doctrine spirituelle qui le structure, le RER risquerait fort de perdre tout son sens.  

En 2005, on a publié des extraits des carnets personnels de Jean Saunier[5] , maçon rectifié d’importance, auteur dans les 40 dernières années de nombreux articles et ouvrages estimés sur ce sujet. Or, Jean Saunier était membre du Collège des Grands Profès de Genève et il rapporte dans ses carnets des événements résumés par Serge Caillet, éditeur de ces textes précieux. On y apprend qu’au début des années 1970, des maçons rectifiés français parmi les plus éminents s’étaient engagés dans la restauration d'un Collège conforme aux usages de la Profession et de la Grande Profession, mais que leur filiation posait un problème. C'est ainsi qu'en juin 1974, ils sollicitèrent Jean Saunier à qui ils offrirent la présidence de leur Collège. Serge Caillet cite alors les carnets de Jean Saunier :

« Le 3 juillet 1974, fête de la Saint Thomas, me trouvant disposé et désireux de contribuer autant que je le pourrais, par delà toutes les controverses auxquelles j'ai pu et pourrait être mêlé au renouveau de l'Ordre rectifié, j'ai eu connaissance des travaux d'un Collège de Profès et de Grands Profès fondé sur une régularité douteuse mais dont les membres ont su douter eux-mêmes à bon escient. C'est pourquoi j'ai estimé de mon devoir d'accepter la présidence de leur Collège ainsi qu'il me l'ont proposée et de valider pleinement pour autant que j'en aie reçu le pouvoir, tous les travaux des Profès et Grands Profès présents ce jour et dont les noms sont consignés dans le présent cahier à la date de ce jour, de telle manière que les uns et les autres puissent à l'avenir se prévaloir légitimement de la qualité de Profès et Grands Profès. »

Et Serge Caillet de conclure : « Dieu voulant, ce Collège-là s'est maintenu depuis dans le silence qui sied à la Grande Profession depuis toujours. »

L’histoire bégaye, dit-on volontiers. Elle le fait trop souvent pour le pire, nous le savons, mais aussi parfois, on le voit ici, pour le meilleur…

 [1]  Nourry, Paris, 1926 (reprint, Archè, Milan, 1990)

[2]  Une trentaine de pages imprimées pour la Grande Profession…

[3]  C'est-à-dire l'Ordre des Elus Coëns.

[4]  Fondée en 1912 par Oswald Wirth qui la dirigea jusqu’en 1938. Marius Lepage (1902-1972) fut son digne successeur.

[5]  Préface de son ouvrage posthume, rassemblant la plupart de ses contributions sur le RER : Les chevaliers aux portes du Temple : Aux origines du Rite Ecossais Rectifié, Ivoire-Clair, 2005.

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/

Par R DACHEZ - Publié dans : histoire de la FM
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Samedi 19 avril 2014 6 19 /04 /Avr /2014 08:55

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Par Facebook - Publié dans : spiritualité
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Vendredi 18 avril 2014 5 18 /04 /Avr /2014 14:08

Le premier Convent de la Grande Loge Indépendante de France s’est tenu, samedi dernier, le 12 avril 2014, dans le Grand Temple de Neuilly Bineau, en présence d’une centaine de Frères et de celle du Grand Maitre de la Grande Loge de France, Marc Henry et du Grand Maitre de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française, Alain Juillet et leurs délégations. 

Les Délégués des Loges ont renouvelé à l’unanimité le mandat du Grand Maitre, Jean-François Buherne. Celui-ci a remis leurs Chartes à deux nouvelles Loges et a signé le Concordat entre la Grande Loge Indépendante de France et le Directoire National des Loges Ecossaises de Saint André et le Traité de Reconnaissance et d’Amitié Mutuelle avec l’Ordre Intérieur Rectifié Indépendant.grande-loge-independante-de-france-GLIF4-copie-1.jpg

Le Grand Maitre a rappelé dans son allocution que la raison d’être de la création de la Grande Loge Indépendante de France est de recouvrer la reconnaissance universelle et internationale, objectif engagé au sein de la Confédération Maçonnique de France. Il a ajouté que « le développement de la Grande Loge Indépendante de France se poursuivra en privilégiant la qualité à la quantité, la simplicité, la courtoisie et la discrétion ; que cette croissance contrôlée se perpétuera dans la plus grande harmonie en favorisant l’ouverture aux autres Loges ou aux Frères qui frapperont à notre porte, pour peu, bien sûr, qu’ils partagent nos valeurs maçonniques ».

Par GLIF - Publié dans : histoire de la FM
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Vendredi 18 avril 2014 5 18 /04 /Avr /2014 07:47

Il y a maintenant plus de cinq ans que l'idée de ce travail m'est venue. A l'époque, il faisait écho à des périodes douloureuses subies ou créées. J'avais donc pris, alors, la décision de ne pas poursuivre car il était inutile d'entreprendre une démarche qui aurait pu s'apparenter à de la provocation, ou pire, à un règlement de compte qui n'avait en ces lieux aucun sens. Aujourd'hui, débarrassé de l'aspect émotionnel ou d'actualité proche, je vais tenter de répondre aux questions que je me posais alors et d'enrichir, avec votre aide mes réflexions à propos de ce phénomène.

· Qu'est ce qu'une rumeur?
· Comment prend elle naissance?
· Comment elle se propage ?
· Pourquoi croit on à la rumeur?
· Comment réagir face à elle ?

Qu'est ce qu'une rumeur?

Le mot rumeur a deux acceptions:

Le bruit informel, persistant et sans source déterminée: rumeur de la foule, du corps, de la mer.
Un phénomène de transmission large d'une histoire à prétention de vérité et de révélation par tout moyen de communication formel ou informel,

Le second sens recouvre des réalités très diverses:

Les fausses informations, erreurs journalistiques et manœuvre de désinformation pourvu qu'elles soient révélées à posteriori et fassent controverse,
Les préjugés, quand ils sont racontés et non seulement assénés (c'est pourquoi on a pu parler en particulier des Protocoles des sages de Sion comme d'une rumeur Antisémite,
La propagande quand elle prend appui sur des histoires de vie, des cas exemplaires ou des théories globales.
Le canular quand il n'est pas encore révélé. Ainsi, certains auteurs parlent ils de l'émission radiodiffusée en 1938 d'Orson Welles sur la Guerre des Mondes comme d'une rumeur.
Certaines formes de théorie du complot quand la narration importe plus que la révélation.
La légende contemporaine. L'histoire du terrorisme au grand cœur s'est vu affubler du qualificatif de rumeur peu après les attentats anti américains du 11 septembre 2001. Un homme prévenait de l'imminence d'un attentat une bonne âme responsable d'une bonne action.
La communication virale, quand le produit promu disparaît sous la trop bonne histoire,
Les rumeurs peuvent faire partie de techniques d'influence dans le cadre de stratégie de diversion.
Contrairement à ce qu’on pense traditionnellement une rumeur n’est pas nécessairement fausse. C’est juste une information non vérifiée au moment où elle circule. Elle peut s’avérer par la suite.

Histoire du concept

Des différentes recherches et lectures il ressort que la question des rumeurs connaît un réel regain d'enthousiasme scientifique dont témoigne la parution de nombreux ouvrages et articles traitant de ce phénomène social. Cet aspect m'est apparu trop compliqué pour que je m'y aventure. Je me bornerai donc à effleurer le sujet.
Le concept a pour origine les recherches de psychologie judiciaire entreprises à partir de 1902 par l'allemand Louis William STERN, qui, le premier, a exposé le protocole expérimental de la rumeur. Celui-ci est devenu depuis lors l'un des exemples les plus classiques de la psychologie sociale et des colonies de vacances grâce à son côté ludique. Il s'agit de créer une chaîne de sujets qui se passent une histoire de bouche à oreille sans droit à répétition ou à explication. A la fin, on compare l'histoire racontée par le premier sujet et celle racontée par le dernier. Naturellement, l'histoire est , au mieux tronquée, au pire déformée.
STERN ne poursuivra pas ses recherches plus avant mais il verra passer dans son laboratoire un jeune étudiant Américain Gordon ALLPORT qui reprendra ses recherches à partir de 1945 et en ferra un immense succès de librairie, Le concept parviendra enfin en France à la fin des années 50 par le truchement d'un cours en Sorbonne donné par Guy DURANDIN,

Les mécanismes de la rumeur

Les rumeurs obéissent à une logique et à des règles dont il est possible d'analyser les mécanismes. La majorité des rumeurs sont produites spontanément, elles ne sont pas le fruit d'un complot mais d'un mensonge, de paroles en l'air dont un groupe ou une société se saisit pour diverses raisons et l'amplifient ainsi.
Il semble que le besoin de partir en croisade conduit certaines personnes à s'emparer de rumeurs et à les propager afin de se donner une importance, un rôle social dont elles seraient habituellement dépourvues. La rumeur offre parfois une explication simplifiée et rassurante de certains problèmes de société expliquant ainsi son succès. Un certain nombre de rumeurs, comme à l'approche des élections par exemple sont produites intentionnellement dans le but de discréditer un opposant.
Les motivations sont variées : cela commence à la pure maladresse, puis au fait de vouloir se faire mousser, ne pas paraître idiot, ou plus simplement nuire ! Elles circulent dans les réseaux... je vous connais, tu me connais, je te dis ca et toi qu’en penses-tu ? Elle ne circule pas par écrit mais oralement.
Exemples de rumeurs ou de légendes urbaines

La rumeur dite d'Orléans ainsi qualifiée en raison d'un ouvrage publié en 1969 par cinq sociologues dirigés par Edgar MORIN. Elle laissait entendre que les cabines d'essayage de plusieurs magasins de vêtements féminins de cette ville étaient en fait des pièges pour les clientes qui auraient été enlevées pour être livrées à un réseau de prostitution de traite des Blanches. Cette rumeur est un cas d'école par sa durée, son extension, ses dégâts et par sa fin.
Aucun démenti même officiel, signalant par exemple qu'aucune disparition suspecte n'a été répertoriée dans les environs par les services de police n'a jamais réussi à y mettre fin. Elle cessa d'intéresser les médias lorsqu'elle pris la forme d'un canular. Depuis lors, elle continue néanmoins à se raconter sous diverses formes.

Rumeurs politiques

Je crains que cela risque de ne pas plaire, mais je ne pouvais pas ignorer cet aspect:
Le plombier polonais n'est pas une rumeur. C'est plutôt une caricature ou une parabole.
Le plan B est une notion mal définie. Ce n'est donc pas non plus une rumeur. On peut considérer que le plan B c'est le traité de Nice, ou bien c'est ce qui va arriver, ou c'est le plan que je propose moi.
On pourrait dire aussi que l'existence de Dieu est aussi une rumeur ou que le caractère utopique d'une politique est aussi une rumeur.
La rumeur peut être considérée comme une stratégie de communication. Une croyance fausse n'est pas forcément une rumeur.
La rumeur n'a pas de rapport avec la question de la vérité ou de l'erreur puisqu'elle est indifféremment messagère de l'une ou de l'autre. Elle répond à autre chose que le besoin de connaissance, Cet autre chose est à chercher du côté de l'inconscient collectif,
La rumeur dans sa formation a un effet terroriste, Elle s'impose par le fait même de sa diffusion et soumet l'âme collective à son diktat. Elle subit dans sa diffusion un type de déformation qui accroît son impact, Elle se nourrit d'elle même.
Un exemple un peu particulier de rumeur dans la presse, illustre bien le phénomène de déformation: Il s'agit du récit des atrocités allemandes sur le clergé d'Anvers durant la guerre 14/18.
Le « Kölnische Zeitung » publie: Quand la chute d'Anvers fut connue, les cloches des églises allemandes se mirent à sonner.
Le journal « le matin » reprend l'information sous la forme suivante: D'après le « Kölnische Zeitung » le clergé d'Anvers a été contraint de sonner les cloches après la prise de la forteresse.
Le « Times » assure le relais : d'après les informations que « Le Matin » a reçu de Cologne, les prêtres belges qui ont refusé de sonner les cloches ont été chassés.
Le « Corriere della sera » reprend la chose ainsi: Les malheureux prêtres ont été condamnés aux travaux forcés.
Enfin, la boucle se bouclant, « Le Matin » écrira à nouveau: d'après les informations du « Corriere della sera » reçues via Londres-via Cologne, on confirme que les barbares vainqueurs d'Anvers ont supplicié les malheureux prêtres belges à cause de leur refus héroïque en les pendant aux cloches comme des battants la tête en bas,
Il est évident qu'une telle rumeur ne se comprend qu'inscrite dans le contexte de la guerre et de l'image que se fait l'opinion publique « alliée » de l'ennemi allemand , La place du « forfait » que la rumeur annoncera est inscrite en creux sous forme d'attente et d'angoisse, La rumeur est ainsi accompagnée d'une espèce de soulagement obscur et d'un sentiment d'évidence qui rend inutile toute preuve.
Rumeur, désinformation, dénigrement… peuvent se répandre comme une traînée de poudre et causer de lourds dommages à l'image d'une entreprise, d'une marque ou d'une personne.
Une rumeur naît d'un commentaire, d'une photo ou d'une vidéo publiés sur un blog, dans un forum de discussion, dans un e-mail ou un sms et ensuite transféré à d'autres personnes. Petit à petit se crée un véritable buzz . L'information n'est pas forcément vérifiée ni vérifiable mais elle comporte des éléments crédibles. Enfin, les journalistes, à l'affût des scoops et de nouvelles tendances risquent de la propager rapidement. C'est pourquoi il faut, sans attendre traquer les informations potentiellement sources de rumeurs.

Pourquoi "croit-on" à la rumeur ?

Une rumeur peut naître par génération quasi spontanée, du fait de l'interprétation erronée d'un fait observé ou d'une information entendue.
Mais elle peut-être aussi le fruit d'une intention, plus ou moins avouable. Dans ce cas, il s'agit d'une forme de "désinformation", de manipulation de l'opinion (on peut penser aux rumeurs de 5ème colonne - les traîtres - pendant la Drôle de guerre en 1939-40)..
Dans tous les cas cependant, pour que la rumeur existe et se répande, il faut que le contexte s'y prête. En d'autres termes, il faut que l'opinion soit en quelque sorte en attente d'information. Ce n'est pas pour rien que les rumeurs les plus folles courent en période de crise grave (pendant les guerres par exemple).
Ainsi, le renouveau de cette rumeur sur les additifs est rendu possible par le climat d'insécurité alimentaire que nous connaissons en 2000-2001. Alertée sur le sujet et inquiète, l'opinion accepte d'autant plus et de façon un peu masochiste tout élément susceptible de conforter le sentiment général (c'est le : "on vous l'avait bien dit " !).
Dans la série : "on ne sait pas ce qu'on bouffe", vous ne pourrez plus dire que vous n'étiez pas prévenus.
D'autre part, nous "croirons" d'autant plus à la rumeur que s'y glissent des éléments apparemment "rationnels" et rassurants qui emportent notre adhésion. Mais c'est une rationalité en permanence gauchie, qui entrelace vraisemblances, approximations et inepties... A tel point que le message est brouillé et difficile à décoder par le commun des mortels.
Pour les rumeurs "orales", il est évidemment difficile de saisir clairement ces fragments de "raison".

Comment réagir face à elle ?

Etouffer la rumeur dans l'œuf
Le meilleur moyen de voir venir un rumeur est d'effectuer une veille active dans la presse et sur Internet.
Pour faire face, plusieurs facteurs sont à prendre en compte pour évaluer la dangerosité d'une rumeur, sa visibilité et sa crédibilité.
L'information n'est pas crédible: D'aucuns pensent qu'il ne faut pas y répondre car cette réaction peut empirer le phénomène.
Souvent, l'information s'enterre toute seule et y répondre peut laisser supposer qu'elle contient des parcelles de vérité.
Si l'information est crédible et se propage, il convient de traiter le problème avec sérieux. En effet, le sujet ne s'enterrera pas seul et toute intervention maladroite ne fera qu'amplifier le phénomène. Le recours à la justice doit être l'ultime. On doit privilégier la recherche d'un dialogue et la publication d'informations fiables.
Nous n’y prêtons pas attention, voire nous affirmons qu’elle ne nous touche pas, mieux encore nous affirmons la mépriser et ne pas la faire circuler ! Oui, mais voilà, quand la rumeur qui NOUS concerne arrive à nos oreilles... le sujet change !
Comment gérer une rumeur qui nous atteint... anticiper, répondre ? Quelques conseils pris dans les groupes restreints ou au travail.
· Anticiper : ne pas les faire circuler !
La rumeur est une traîtresse ! Si vous faites circuler celles qui concernent les autres, attendez-vous qu’un jour où l’autre une vous atteigne. Soyez intransigeant, coupez court. Refusez d’entendre, n’acceptez pas de transmettre et demandez à vous faire votre propre opinion sur les sujets, les gens, les situations.
· Faire face.
Une rumeur vous atteint... allumez un contre-feu si elle est fausse. Attention à ne pas mentir pour faire face à une rumeur qui s’avérerait dans quelques jours. Prenons l’hypothèse que cette information est donc en train de circuler et inexacte : ne répondez pas directement à la rumeur en la dénonçant, mais faites circuler vous-même l’information contraire. Vous auriez passé un entretien à l’extérieur pour un poste ? Confirmez le fait que vous êtes bien ici et que le nouveau projet est passionnant.
Attention, encore une fois, si vous êtes vraiment en train de partir ne jouez pas à ce jeu là !
· Identifier le déclencheur
Dites-vous que si une rumeur circule, même si elle est fausse, il y a un élément déclencheur apparent. Une attitude suspecte, un visiteur inconnu, des réunions inhabituelles... bref, faites face à cet élément là sans revenir sur la rumeur identifiée. « Certains ont pu constater des visites... voilà de quoi il s’agit... » et vous expliquez... soyez transparent. Vous êtes dans une phase de communication sensible, il vous faudra convaincre et sans doute rassurer.
· Anéantir les lieux... la mesure extrême !
Les rumeurs circulent et se propagent par oral... encore faut-il que les gens puissent se parler ! Si les lieux de rencontre, cafétéria et autres perrons fumeurs, sont visibles... les rumeurs auront plus de mal à se développer. Il faudra aux fauteurs de troubles de la stratégie et une réelle volonté de nuire. Mais attention aux conséquences sur l’atmosphère dans la structure.
· Communiquer régulièrement... une bonne solution !
Finalement, si la transparence est la règle dans votre entreprise, pourquoi des rumeurs devraient-elles se développer ? La rumeur est le résultat d’un malaise. Au total, si en tant que manager, chef de service, vous organisez régulièrement des points de situation et ne craigniez pas d’aborder des sujets sensibles... qu’est ce qui pourrait vous arriver ? Sauf une rumeur comme quoi vous êtes un super manager qui sait gérer les situations et les tensions et assume les difficultés... et celle-là ma foi... laissez la circuler !

Conclusion

Au final, je ne sais vraiment plus quoi penser de ce phénomène et, la certitude de son caractère néfaste ou malsain ne me paraît pas aujourd'hui aussi évident. Il me semble qu'elle fait parie de la vie et que, par là même elle sert le pire et le meilleur. Il appartient donc, encore une fois, à chacun de faire appel au bon sens, à son libre arbitre, afin de faire la part des choses, de les entendre, d'éviter de les colporter sans discernement et de fermement ignorer ou combattre les plus malsaines.

Résumé

La rumeur est un phénomène de transmission large d'une histoire à prétention de vérité et de révélation par tout moyen de communication formel ou informel qui recouvre des réalités très diverses.
Les fausses informations, les préjugés ou le canular en font partie. Les exemples sont très divers et nombreux. Les juifs, les francs-maçons en ont souvent fait les frais.
Les rumeurs peuvent faire partie de techniques d'influence dans le cadre de stratégie de diversion.
Contrairement à ce qu’on pense traditionnellement une rumeur n’est pas nécessairement fausse. C’est juste une information non vérifiée au moment où elle circule. Elle peut s’avérer par la suite.
Si le concept a pour origine des recherches plus anciennes, La question des rumeurs connaît un réel regain d'enthousiasme scientifique dont témoigne la parution de nombreux ouvrages et articles traitant de ce phénomène social.
Les rumeurs obéissent à une logique et à des règles dont il est possible d'analyser les mécanismes. La majorité des rumeurs sont produites spontanément, elles ne sont pas le fruit d'un complot mais d'un mensonge, de paroles en l'air dont un groupe ou une société se saisit pour diverses raisons et l'amplifient ainsi.
Les motivations sont variées : cela commence à la pure maladresse, puis au fait de vouloir se faire mousser, ne pas paraître idiot, ou plus simplement nuire.
La certitude de son caractère néfaste ou malsain ne paraît pas aujourd'hui évident. Elle fait parie de la vie et que, par là même elle sert le pire et le meilleur. Il appartient donc, encore une fois, à chacun de faire appel au bon sens, à son libre arbitre, afin de faire la part des choses, de les entendre, d'éviter de les colporter sans discernement et de fermement ignorer ou combattre les plus malsaines.

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Par D\ R\ - Publié dans : Planches
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Mardi 15 avril 2014 2 15 /04 /Avr /2014 07:05

Un texte des Old Charges éclaire la généalogie des deux phrases rituelles qui ont mobilisé mon travail, et qui sont prononcées, par le second surveillant puis par le premier surveillant.

Sem, Cham et Japhet s’étaient rendus sur la tombe de leur père pour essayer d’y découvrir quelque chose à son sujet qui les guiderait vers le puissant secret que détenait ce fameux prédicateur. Ils parvinrent à la tombe et ne trouvèrent rien, sauf le cadavre presque entièrement corrompu. Ils saisirent un doigt qui se détacha, et ainsi de jointure en jointure, jusqu’au poignet et au coude. Alors, ils relevèrent le corps […]

La parenté avec notre rituel est visible, on repère également tout le travail fait par des générations de maçons, pour stabiliser ce nous vivons aujourd’hui ; les homologies et les différences pourraient faire l’objet de quelques réflexions et de quelques planches.

Les mots, la chair quitte les os, puis tout se désunit, que je rapprocherai au long de cette présentation, sont forts et mêmes inquiétants.

Leur caractère horrifique comme le dirait Rabelais, est un appel à l’attention sur l’un des moments clé du rituel.

Les mots doivent être éprouvés. Leur signification, devient alors vivante. L’on sort ainsi plus aisément de la passivité tranquille qui guette toujours, quand les symboles sont lus ou entendus comme des routines verbales, des incantations rendues creuses parce que peu éprouvées.

Je retrace ici le chemin de cette épreuve avec l’ambition de tenter de répondre aux questions qui touchent à la réalité de ce qui se passe lors de l’initiation.

Ce travail a été fortement éclairé par le souvenir d’un chantier de restauration d’un ossuaire du XVI° siècle, à Brillevast dans le nord du département de la Manche, ossuaire placé prés d’une rivière dont l’eau acide décapait les corps sur une planche de pierre avant que, transformés en squelettes, ils ne se rejoignent dans cet ossuaire.

J’ai également visité les nombreux moments de détachement d’enveloppes pour en adopter une nouvelle, moments qui sont placés sur notre chemin initiatique avant d’accéder au troisième grade, qui m’apparaissent comme autant d’indices pour le travail intérieur en général et ce travail en particulier.

Ces détachements signent l’accès à d’autres niveaux de compréhension : les vêtements, que l’on enlève, une jambe de pantalon qui est relevée et qui rend visible l’ossature de la jambe, le changement de peau pour le tablier, modifié ou différent à chaque grade.

Notre manière aussi d’épeler les mots, de les peler, lettres détachées, mots désunis, jusqu’à ce qu’il ne reste alors qu’une mémoire du mot qui est reconstitué, au creux de l’oreille dans un échange au sein d’un espace presque intime où l’un est l’autre. Les frontières du mental posées par la culture ont alors disparues et les maçons rapprochés figurent alors, l'unité retrouvée.

Je suis donc parti de l’exclamation du T\ V\ M\ : O Ciel, c’est lui…est l’Architecte, avant que le second surveillant, comme membre du groupe des neuf maîtres envoyé par le roi Salomon pour rechercher les restes de Maître Hiram, n’essaie, sans succès de relever le cadavre par l’attouchement d’apprenti en prononçant : « La chair quitte les os ».

L’office du second surveillant s’exerce sur la colonne BOAZ, associée à la lune. Il est donc entre autre, particulièrement tourné vers tout ce qui a trait à la vie. Il est en contact avec ceux qui étaient, les apprentis, il y a peu encore, des hommes appartenant au monde profane, imprégnés de l’idéologie de ce monde : valorisation de l’individu et de son apparence, mise en avant constante de l'extérieur des choses, de la peau des choses.

Le travail du second surveillant consiste ainsi, à donner les impulsions nécessaires, à l’initié, afin qu’il emprunte le chemin de l’initiation réelle.

Cette impulsion doit l’aider en utilisant les outils à sa disposition, à maîtriser ses émotions et ses passions, avec pour objectif de renouveler son individualité et à libérer ses forces psychiques pour le grade suivant où seront mobilisés : intelligence, ouverture d’esprit, exercice conjoint de la raison et de l’intuition, maîtrise de la parole.

Au cours de ce travail sur lui-même, le jeune initié reste un individu. Son altérité est faite d’un heureux mélange d’émotions, de particularités mentales, de modalités de réflexion, et de comportements reconnaissables de l’extérieur.

Or, le constat : la chair quitte les os, appelle à la MISE À DISTANCE du travail accompli.

Il ne s’agit pas de le nier, car le maçon reste un apprenti permanent, et son travail à ce titre est un travail de fondation toujours à reprendre et à affiner. Il s’agit plutôt de faire comprendre dans le scénario de l’exaltation que le refuge ultime de l'individualité, la chair, sensible, jouissante, souffrante, et tout le psychisme qui va avec, est un registre insuffisant pour poursuivre la démarche d’initiation et aller vers l’initiation réelle.

Cette mise à distance, commence par la corruption.

Des éléments de compréhension m’ont été accessibles à travers la tradition alchimique. Elle est présente dés l’initiation au premier degré ; elle constitue une source de méditation complémentaire pour notre travail de maçons, même si elle reste pour moi, une énigme.

N’étant pas versé dans cet art, je ne l’ai approché que de manière imparfaite grâce aux portails ouest des cathédrales, en les observant et en les documentant par quelques textes qui me semblaient fondamentaux, alors.

Pour éclairer la phrase de notre rituel, j’ai trouvé dans le texte : Les 12 clés de la philosophie du moine bénédictin Basile Valentin, de quoi méditer :

Première clé : « Sache mon ami, que tous corps impurs et lépreux ne sont pas propres à notre œuvre, car leur impureté et leur lèpre ne peuvent non seulement rien produire de bon mais elles empêchent même, que ce qui est, puisse se produire ».

Quatrième clé : « Toute chair, née de la terre, sera dissoute et retournera en terre, afin que le sel terrestre aidé par l’influence des cieux fasse lever un nouveau germe ».

Nous retrouvons la graine qui, dans le texte de l’Évangile de Jean, doit mourir pour renaître.

L’influence céleste se manifeste comme la chaleur enveloppe et fait lever la graine. Ce qui enveloppe c’est l’esprit, celui qui génère toute chose, dont les os de l’individu deviennent le support.

Je me suis appuyé sur la notion d’enveloppe pour aborder cette seconde étape du rituel au moment où est prononcé la phrase : Tout se désunit.

En Ézéchiel, au chapitre 37, versets 4 et 5 il est écrit : « Prophétise sur ces os ! Tu leurs diras : Ossements desséchés, écoutez la parole de l’Éternel ! Ainsi parle le seigneur, l’Éternel à ces os : voici que je vais faire venir en vous un esprit, et vous vivrez, et au verset 9 : Esprit, viens des quatre vents, souffle sur ces morts et qu’ils revivent ».

La chair quitte les os qu’elle enveloppait et chez Ézéchiel, ce sont les quatre vents qui enveloppent et vivifient, désormais.

Ce qui enveloppe après le dépeçage du squelette est d’une autre nature que ce qui enveloppait l’individu avant qu’il n’entre dans le processus initiatique. Il change de peau parce qu’il change d’état, c’est ce processus qui commençait au moment où le second surveillant avait saisi le cadavre et qui se prolonge lorsque le premier surveillant prononce la phrase rituelle Tout se désunit.

Car ce qui est suggéré ici, est qu’il ne suffit pas de mourir, il faut également opérer un retour vers l’« amorphe », vers le Chaos, qui est l'étape ultime vers un nouvel Ordre, dans lequel l’initié a sa place.

Pour éclairer ce moment du retour au Chaos, vers l'amorphe j’ai mobilisé trois références : La première est encore celle de Basile Valentin avec sa huitième clé : « Une créature céleste, la vie de laquelle est nourrie par les astres et alimentée par les quatre éléments, meure et puis se putréfie. Après cela, les astres, moyennant les éléments qui ont cette charge, redonneront à nouveau la vie à ce corps pourri, afin qu’il s’en fasse un céleste… »

il faut pourrir, et accepter de voir tout se désorganiser pour espérer accéder à un état renouvelé.

La seconde provient du mythe du Phénix. Ce mythe apporte également quelques indices.

Lorsque le Phénix sentait sa mort proche, il s’exposait au soleil jusqu’à ce que les rayons le consument. De la moelle et des os sortait un œuf d’où émergeait un oiseau régénéré. Je n'oublie pas que le Premier surveillant, exerce son office sur la colonne JAKIN, le midi de notre espace sacré.

La troisième, m’a été apportée par la tradition Hébraïque, citée par René Guénon dans Le Roi du Monde.

Il existerait selon cette tradition, dans le corps humain une particule indestructible, représentée symboliquement comme un os très dur, et à laquelle l’Esprit demeurerait lié après la mort.

Cet os, est désigné par le mot LUZ en hébreu avec le sens d’amande de « noyau » contenant le germe.(la mandorle des portails OUEST). Comme le noyau contient le germe et l’os la moelle, le LUZ contient les éléments virtuels nécessaires à la restauration de l’être.

Cette restauration s’opérera sous l’influence de la rosée céleste revivifiant les ossements desséchés. Cet os situé à l’extrémité de la colonne vertébrale est désigné dans notre langue sous un nom très parlant le sacrum.

J’ai choisies ces quelques références par ce qu’elles me semblaient justes et suffisamment concises pour faciliter l’écoute de notre rituel. Elles constituent des éléments d’appui à la marche comme des pas japonais sur un sol à explorer.

Avant d’aborder la phase conclusive, je ferai d’abord un point sur ce que je pense avoir acquis.

Premièrement, Le scénario de l’intervention du T\ V\ M\ et des deux surveillants m’apparaît comme une remontée des enfers, après une sorte de récapitulation des états antécédents, par laquelle leurs possibilités ont été, en fait, épuisées.

Deuxièmement, le mécanisme initiatique qui commence par la corruption fait entrer l'initié dans un autre temps, dans lequel, le contact entre le corps et son environnement procédera d’autres mécanismes que ceux qui rapprochaient l’individu charnel de ses congénères.

En effet, pour ce qui était de sa quête, l'individu pensait entrer en communication avec le monde de l’esprit par les forces du mental, émotions, mémoire, raison, volonté, intellect, représentées par la chair.

Dans le nouvel état, celui auquel il est appelé, le travail mental, l’intelligence la mémoire, ne sont plus d’aucune utilité, pour recevoir l’influence céleste comme le suggère Ézéchiel.

L’initié, squelettique et démembré doit être reconstitué, être préparé à recevoir une nouvelle enveloppe. La référence à Osiris, présente des parentés claires.

Troisièmement, Ce changement d’état implique une renonciation au mental, c’est-à-dire à toute faculté discursive qui est désormais impuissante puisqu’elle ne saurait franchir les limites qui lui sont imposées par la nature même.

C’est la seconde mort que vit l’initié, la mort psychique (de là, l'importance du sentiment horrifique ressenti (mort du sentiment et de l’imagination, pour changer d’état) en entendant les phases du rituel sur lesquelles j’ai travaillé.

Finalement, ce qu’il nous est proposé de comprendre, c’est qu’il s’agit alors, de dépasser les forces et les facultés de l’individu, devenir disponible ;

Car celui qui s’attache exclusivement au raisonnement, croit en sa force, et ne s’en affranchit pas au moment venu ; il reste prisonnier de la forme qui est la limitation par laquelle se définit son état ; il ne le dépassera jamais, il n’ira jamais plus loin que l'extérieur de choses.

Il demeurera lié au cycle indéfini du destin comme dirait Boèce. Il ne pourra s’approcher du Principe.

Car, cette disponibilité intérieure pour le principe est ce qui nous est proposé dans l'étape initiatique sur laquelle nous travaillons ce midi, comme l’annonçait Ézéchiel.

Le principe qui était le centre des préoccupations intellectuelles de l’initié aux degrés antérieurs, vient à lui dans l'exaltation, l’entoure, devient sa périphérie, son extérieur, et l’initié est lui au centre.

Ce renversement de perspective, cette « conversion du regard » est celui auquel nous appelle le langage du rite à partir du langage ordinaire.

Cette dernière piste me semble suffisamment riche pour former le corps de ma conclusion et finalement exprimer ce que j’ai compris.

Le langage ordinaire d’abord est pour une part importante l’instrument d’une pensée rationnelle individuelle, à visée discursive. Il ne permet donc d’atteindre que ce qui est accessible à l’individu dans ses limites d’individu, dans son état contingent.

L'individu est également tout autre que le fruit de la contingence.

Un principe permanent et immuable le constitue, il relève d’un inexprimable, d’un illimité et d’un a-temporel.

Cette dimension apparaît furtivement lorsque, au terme de la lecture d’un poème, tout d’un coup la pensée s’immobilise, un silence intérieur total s’établit au-delà de tout mot, de tout concept ; l’intuition du lecteur parcourt alors de manière immédiate et synthétique une multitude de sens, hors du temps, dans une fulgurance de conscience.

Le mental s’efface, une fracture s’opère, l'homme dans son intégralité pénètre un univers inconnu ; il est alors entré dans le domaine secret de l’Esprit.

Le langage rituel dès lors qu’il est entendu, par la Loge et par chacun, dans ses paroles et dans ses silences offre cet accès de manière durable.

Comme le langage poétique, son caractère tourné vers l’universel permet d’évoquer moins des idées distinctes clairement définies et délimitées, qu’une représentation synthétique et schématique de tout un ensemble de conceptions, que chacun pourra s'approprier selon ses capacités, son travail et son degré de préparation.

Cette entrée dans le domaine de l'esprit, est un passage ; après ce passage, ceux qui l’ont vécus doivent revenir dans la condition manifestée. C’est une exigence, un impératif, qui signe l’entrée sur le chemin de l'initiation réelle, et qui la différencie de l’exaltation mystique solitaire.

En provoquant l'interrogation, par deux phrases inquiétantes en langage ordinaire, la chair quitte les os […] tout se désunit, de manière très puissante, on comprend que le chaos de la désunion est l’écrin d’un nouvel ordre et qu’en faisant refluer les certitudes, s’ouvre le champ de l'intuition et du possible, dans un nouvel état de conscience.

Les ombres de la caverne sont derrière l’initié qui, retourné par le rituel, est enveloppé de la lumière qu’il regarde comme l’aigle en face. Ce moment fugitif, qu’il travaille à rechercher toujours ; c’est la clé de sa progression de l’initiation virtuelle à l’initiation réelle, en étant enveloppé avec confiance par l’Esprit.

« En sorte qu’éclairé sur tes droits véritables, ton cœur de vains désirs ne se repaîtra plus [Vers dorés de Pythagore (29)].

La chair quitte les os, […] tout se désunit.

J'ai dit Très Vénérable Maître.

Source : www.ledifice.net

Par X\ G\ - Publié dans : Planches
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Lundi 14 avril 2014 1 14 /04 /Avr /2014 07:31

Nous avons tous connu dans nos loges respectives, un Frère qui se distinguait des autres Frères, par son activisme dans le domaine maçonnique, il arrive que cela énerve, comme il arrive que cela indiffère ; tout dépend du degré de sagesse atteint par les uns et les autres.

Donc, dans une loge de ma connaissance, j’avais moi même été confronté à ce genre de Frère, et je dois dire que la coexistence ne fut pas toujours sereine. Il frappa à la porte du Temple, à l’âge de la trentaine, bonne présentation, bonnes études et bon métier firent qu’il fut admis sans difficulté. Le temps de l’apprentissage, il resta calme et silencieux. Les choses commencèrent à se manifester, au grade de compagnon, en fait il intervenait très et trop souvent, sur tout les sujets et surtout, pour mettre en avant son savoir livresque. Nous le savons tous, la Loge est un excellent révélateur du caractère des Frères, d’ailleurs c’est ce qui permet de mesurer l’état d’avancement initiatique du Maçon. Il fallut se rendre à l’évidence notre Frère était égoïste et orgueilleux. Ce qui ne fait dire cela, c’est au cours d’agapes, il nous avait confié que dans sa vie professionnelle, il avait un plan de carrière, en bonne logique et pour être fidèle à son caractère, il devait bien en avoir un aussi pour son avancement maçonnique et peut être initiatique. Les années passèrent, il participa aux travaux d’une loge de Perfection, puis au Chapitre ; il devint donc Kadosch et enfin 33ème. Ce qui n’arrangea pas les choses, ne se contentant pas de toutes ces Tenues, il visitait pratiquement tous les jours, la plupart des Loges de la région, et peu importe l’Obédience et le rite, mais il aimait particulièrement, les Loges mixtes et féminines ; allez savoir pourquoi ? En fait il devenait arrogant, un soir dans une loge amie et comme visiteur, il se permit de reprendre le Vénérable en chaire, sur un détail du rituel ; la chose laissa des traces dans la mémoire des Frères présents, en considérant son indélicatesse, comme de la suffisance. Dans sa Loge mère, il était de coutume de mettre un testament philosophique, dans une urne scellée, et lors du passage à l’Orient Eternel d’un frère, au cours de la Tenue funèbre qui s’en suivait, le plus jeune des apprentis, lisait le testament du Frère décédé. Notre Maçon ne dérogea pas à la coutume. Ce qui fut dit, fut fait. Comme l’Orient en cause était proche de la mer, un certain nombre de Frères, pratiquait la pèche côtière en amateur, notre frère étant du nombre. Il partit donc, profitant de la marée, pour la pèche au maquereau. Son bateau était convenable, ses qualités de marin plus discutables, et puis le temps semblait propice à une sortie, de fait il n’avait pas jugé utile de passer à la capitainerie, pour voir le bulletin météo. Ciel bleu, grand soleil et vogue la galère ! Il y a bien longtemps que les Hommes ne savent plus lire les messages que la Nature nous adresse. Lorsque l’on voit très clairement les côtes de Jersey, il vaut mieux rentrer au port. Notre maçon pécheur lui ne voyait rien, sauf sa ligne de pèche et les maquereaux pris au piège des hameçons. Après le beau temps, arrive les gros nuages noirs, et au calme succéda à un grain violent et soudain comme cela arrive en mer. Gros temps, un plaisancier décontenancé par la violence des vagues et la force du vent, le bateau chavira, et notre Frère avec. Il est recommandé de mettre, lorsque l’on sort en mer, son gilet de sauvetage… Notre Homme se noya, et les poissons firent le reste… Malgré les efforts du Cross de Jobourg, le corps ne fut pas retrouvé… Comme il se doit, la Loge organisa une Tenue funèbre, comme c’est la coutume, on ouvrit l’urne, on prit le testament du Frère passé à l’Orient Eternel, et l’apprenti concerné lu les dernières volontés de notre Frère. Ce dernier, entre autre, souhaitait être enterré avec tous ses décors maçonniques, ce qui rendit l’assistance et le Vénérable perplexes, il n’y avait pas de corps, la mer avait gardé la dépouille de notre maçon.
Notre Frère, qui dans sa vie terrestre revendiquait haut et fort son athéisme et une laïcité, genre : »ni Dieu, ni Maitre ! » Fut très surpris de se trouver en face du Grand architecte de l’Univers, il se crut dans un mauvais rêve, son esprit réalisa que maintenant il était bien mort, et loin de la vie terrestre.
Le Grand Architecte le jaugea d’un regard doux mais pénétrant, et dit : pendant ta vie sur Terre, tu as été matérialiste, très égoïste, et en fait tu te croyait dieu sur Terre , sans Dieu, toute ta vie tu n’as jamais levé les yeux au ciel et pas une seule fois tu as laisser parlé ton cœur, à plusieurs reprises, j’ai essayé de t’éveiller en t’envoyant des signaux, mais ta carapace de pierre était trop dure, et pourtant tu avais choisi un système initiatique, qui devait te rendre plus réceptif au sens de l’Univers, mais là aussi tu as fait le tri choisissant le plus facile et rejetant ce qui te semblait une épreuve , tu es resté au seuil de ton temple intérieur, et ton égo a étouffé, toute possibilité de spiritualité, à la profondeur tu a choisi le superficiel, tu te voulais être un dieu sur terre , mais tu n’as pas été capable de diriger ta simple vie, alors que vais-je faire de toi, moi qui avais besoin de toi sur la Terre ? J’ignore la suite de cette réprimande, mais je me doute bien que l’âme de notre Maçon, fut emplie de tristesse, à l’idée de revenir sur Terre, et dans quelles conditions… Sur Terre, embarrassé, par tous les décors du maitre passé et les parvis étant suffisamment décorés, la Loge pris la décision de mettre tous les décors dans un placard. Après la Lumière, l’obscurité, triste fin, en vérité…

Source : www.ledifice.net

Par P\ L\ - Publié dans : Planches
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