Rites et rituels

Samedi 26 janvier 2013 6 26 /01 /Jan /2013 16:41

L'ouverture et la clôture de la Loge ne furent établies qu'entre 1742 et 1760, et d'abord en France. Le vénérable, maître de la Loge, et dont le nom fut emprunté à l'Ordre des Bénédictins, faisait avertir par les surveillants qu'elle allait être ouverte. Il était seul couvert et retirait son chapeau au moment de l'ouverture, puis le remettait. Mais le « Trahi » de 1745 donne deux gravures où tous les assistants sont coincés. Puis venait la récitation du catéchisme par les officiers. En 1730, à la question « Etes-vous franc-maçon ? » le surveillant répondait « on me tient pour tel », puis « où se trouve le 1er surveillant ? Quel est son devoir ? Et ainsi de suite pour chacun des officiers. Les visiteurs étaient « Tuilés » (le terme paraît avoir existé à l'époque), à deux reprises, avant d'entrer, ensuite dans la Loge avant qu'il puisse prendre place. La présence d'un profane, même dans les parvis, était signalée par la formule « il pleut ». En Angleterre, et tard dans le siècle la réunion était interrompue par les rafraîchissements, annoncés par l'un quelconque des surveillants qui couchait la petite colonne dont il disposait et citée plus haut. Le « travail » entre guillemets, s'arrêtait, les boissons étaient servies sur place, et parfois le repas. Puis la tenue reprenait au lever de la colonne. Il ne semble pas qu'à l'époque la France ait connu ce processus remplacé - avantageusement pourrait-on dire - par les loges de table et leur rituel particulier. A partir de 1786 les travaux ne commencent qu'après que les surveillants aient réclamé aux frères les mots, signes et attouchements. C'est également à cette date que fut introduite la lecture du tracé des travaux précédents et son adoption après les observations du frère orateur, un officier que l'Angleterre a toujours ignoré jusqu'à aujourd'hui. La clôture de la Loge fut plus rapidement ritualisée que l'ouverture parce que, d'une part l'on faisait une chaîne d'union - rencontrée pour la première fois en 1744 - et que de l'autre on se séparait sous le « Chant des apprentis » qui venait des Constitutions d'Anderson. En 1760 « ... à la fin de chaque vers chanté, ils joignaient les mains croisées de façon à former une chaîne, les secouaient de haut en bas, tout en frappant fortement le sol du pied, ce qui n'était pas sans surprendre les étrangers. »

Catéchisme, bienfaisance, réceptions étaient le gros de l'activité des Loges, et pendant longtemps, plus encore le banquet. Vers 1750 s'instaura la lecture de l'histoire de la franc-maçonnerie, reprenant une coutume des anciens opératifs. L'imagination débridée et enthousiaste, aidée en cela par la prolifération aberrante des hauts grades s'en donna à cœur joie. Si l'on veut bien admettre à la rigueur que le célèbre discours de Ramsay (1737), affirmant l'influence des Croisés sur l'origine de l'Ordre et sur le développement de sa symbolique, ait pu fournir une thèse plausible à cette histoire (Émile Mâle a démontré leur apport indiscutable dans le domaine de l'art), nous perdons la raison devant Dieu installant sa loge personnelle, pour lui seul, ou même devant Adam constituant la sienne, pour être sans aucun doute « le Centre de l'Union ».

Par contre, ce qui n'est pas niable, c'est l'influence que les divagations étonnantes des hauts grades de l'Écossisme en pleine évolution eurent sur l'établissement de la liturgie des trois grades symboliques, particulièrement dans les deux réceptions apprentis et maîtres, deux psychodrames qu'il convient d'examiner dans leurs vicissitudes.

Que sont devenues chez les spéculatifs du XVIII e siècle la réception si simple de l'apprenti dans les Loges opératives et celle tout aussi dépouillée des « maçons acceptés » du 17e.

Nous donnons à cette cérémonie le nom d'initiation, mais pendant des décades il ne s'est agi que d'admission ou de réception, et non d'initiation ; le mot fit son apparition fort timidement d'ailleurs en 1801 dans la préface du « Régulateur Maçon », et seulement dans le cahier du vénérable, qui reproduisait à l'insu du Grand Orient et sous son label, les rituels du Rite français en sept grades et quatre ordres qu'il avait établis en 1786. Etait-ce dû à l'ouvrage paru en 1781 du F... chanoine Jean Baptiste Claude Robin, membre de la Loge « Les Neuf Soeurs », à l'orient de Paris, intitulé « Recherches sur les initiations anciennes et modernes », dont il avait donné connaissance à son atelier au cours d'une tenue mémorable rapportée par la Dixemerie ? On ne saurait en effet, retenir l'expression «... les vrais initiés » rencontrée en italique p. 7 et 12 dans le texte d'un pamphlet anonyme édité à La Haye en 1745. « Le Tonneau jetté ou réflexions sur la prétendue découverte de l'Ordre des Francs-Maçons », réfutation de « l'Ordre des Francs-Maçons trahi » de l'abbé Pérau. Symptomatique également que le convent des Philalèthes organisé de 1785 à 1787 par la Loge « Les Amis Réunis» à l'orient de Paris, consacré à l'étude de la « science maçonnique », à ses origines et à ses fins, n'ait à aucun moment envisagé une recherche sur les initiations ou un rapprochement éventuel avec les « mystères » antiques. Une seule intervention, celle du F.-. Westerholdt, dans la séance du 19 avril 1785, fit mention de leur « ... haute antiquité » et ajoute « ... la franc-maçonnerie ayant une analogie parfaite avec les initiations. » Or cette invitation n'amena aucune réaction de la part d'un auditoire composé des maçons les plus éminents et les plus cultivés de toute l'Europe. Quoi qu'il en soit le mot « Initiation » ne devint officiel, maçonniquement parlant, qu'en 1826, art. 217 de la Constitution du Grand Orient de France.

Quand y eut-il « initiation » au sens initiatique du terme ? Tout au plus peut-on suggérer le cours des années 1780 après les tentatives de codification des rituels, faites d'une part par le Grand Orient de France, 1786, de l'autre par les Convents de Lyon en 1778 et de Wilhemsbad en 1782 du Rite Ecossais rectifié.

Il y eut certainement « initiation » antérieurement à cette dernière date. Mais cela ne touchait que les cercles lyonnais dont le mysticisme avoué s'exprimait sous la forme maçonnique. Dès 1767, Willermoz et ses fidèles s'ingéniaient au travers d'un syncrétisme où se mêlaient les deux systèmes de Saint Martin et de Martinès de Pasqually à instaurer d'étranges cérémonies à la fois religieuses et magiques destinées à réintégrer l'homme déchu, dans sa pureté primitive. Une lettre, conservée à Lyon au fonds W. 5471, datée de 1768, adressée à Jean Baptiste Willermoz par son frère Pierre Jacques, indique « ... on veut vous initier, à la bonne heure. », témoignant ainsi qu'il y avait « initiation ». Elle ne concernait que les Hauts Grades, réservés à une élite soigneusement choisie et donc très réduite. Un document extrêmement secret, accessible à quelques très rares élus, « L'Instruction des Grands Profès » dernier degré du Régime Rectifié de Lyon de 1778, publié récemment par Antoine Faivre dans l'ouvrage de Le Forestier confirme ce fait. (Lyon fonds W. 5475). Ce genre de cérémonies, laissait de côté celles par ailleurs très différentes, relatives aux trois grades symboliques. Cependant, en raison de la minutie et de la rigueur d'exécution du cérémonial d'initiation propre aux hauts grades, rigueur rendue nécessaire par son côté magique, il n'est pas exclu de penser qu'elle ait contribué à affermir et stabiliser la liturgie des réceptions d'apprenti, de compagnon et de maître, appelées par la suite à devenir des initiations.

L'aspect ésotérique de l'enseignement réparti dans ces ateliers à vocation supérieure appliquée à la recherche de l'inconnaissable, et le secret qui s'ensuivait, conduisaient obligatoirement à la sacralisation de la rituélie dans toutes ses modalités. Elle se fit jour insidieusement, morceaux par morceaux, pourrait-on dire et ainsi s'instaura le caractère « initiatique » des réceptions aux trois grades symboliques. Mais alors se pose la question, quelle sorte d'initiation ?

Il n'y a rien que l'homme créée qui ne réponde à un besoin profond de son conscient et plus encore de son inconscient. L'universalité dans le temps et dans l'espace des impulsions qui le motivent illustre la notion d'archétypes inhérents à toute l'espèce. Il semble d'ailleurs que ces derniers s'imposent aux diverses formes de la vie animale. La répétition continuelle des attitudes, gestes, devenus des langages les transforme insensiblement en codes particuliers à chacune d'entre elles. Chez l'homme, l'apparition du mot survenu avec la maîtrise de la voix, puis la pensée qui s'en suivît, le conduisit à une prise de conscience du monde et des innombrables dangers qu'il comporte ; la réflexion analogique et les pratiques magiques qui en découlèrent, s'appliquèrent à les conjurer. L'efficacité de ces dernières reposait sur une rigoureuse exécution de leur gestuelle. La rituélie, avec ses rituels de toutes sortes était née. Sous des formes multiples, elle n'a cessé de se développer, tant dans les rapports sociaux que dans ceux qui concernent les approches du monde non manifesté, substance du « sacré ».

La mort et la disparition qu'elle entraînait devaient apparaître comme le plus grand danger que l'homme pouvait encourir, d'où son angoisse, le refus de les accepter et l'espoir d'une survie dans un au-delà différent. Dès lors, la mort n'était plus qu'un passage conduisant à une renaissance dans ce monde non-manifesté, mais pressenti, et qui était le domaine du sacré, un passage, comme ceux de la naissance à la vie, de l'enfance à l'adolescence, de celle-ci à l'âge d'homme par l'exercice de la sexualité, tous sacralisés au cours de cérémonies rituelles. Le rite étant l'unique moyen d'accéder à ces différents niveaux d'être, toutes les civilisations, des plus primitives aux plus évoluées ont connu et connaissent encore ces pratiques que l'on garde secrètes, car censées apporter une puissance considérable à ceux qui en sont l'objet.

Nous sommes au XVIIIe siècle. Un savoir étrange circulait dans toute l'Europe assoiffée de lumière. L'occulte régnait en maître dans les esprits. Véhiculé par le Rosicrucianisme qui promettait l'immortalité, par l'alchimie, la richesse, l'hermétisme, la puissance, la kabbale, la connaissance, l'ensemble assorti d'un mystère propre à éveiller toutes les curiosités, ce même mystère dont on parait les Loges maçonniques, si anciennes, du moins le croyait-on. La tentation était grande de confronter ces savoirs avec ce que l'on possédait et en acquérir d'autres. En réalité les Loges possédaient peu, très peu et leur pauvreté intellectuelle et ésotérique était décevante. Il fallait donc les nourrir, leur donner une raison d'être autre chose que des sociétés badines. La légende d'Hiram vint à point qui meubla le contenu doctrinal de la maçonnerie spéculative naissante. Nous avons vu plus haut qu'on n'en connaît pas l'origine elle apparut quelque part, en Angleterre ou en Irlande. Elle s'implanta graduellement, prit place en 1738 dans la seconde édition des Constitutions d'Anderson, mais dut attendre les années 1760 pour être admise définitivement, en Grande-Bretagne du moins, car en France le processus d'intégration fut plus rapide. Elle engendra toute la série des Hauts Grades qui submergèrent totalement le monde maçonnique. Il était évident que le meurtre d'Hiram ne pouvait rester impuni. Ainsi naquirent les grades de vengeance et les scènes grand guignolesques auxquelles donnèrent lieu les réceptions qui s'en suivaient, qu'il fallut bien tempérer un jour par l'introduction des grades chevaleresques. Elle s'incorpora dans le grade de maître apparu avant elle par dédoublement de celui de compagnon dont on ne sait ni pourquoi, ni comment cela s'était fait, et l'absorba entièrement.

L'incroyable engouement pour les Hauts Grades, et surtout la dramatisation des admissions eut pour conséquence, une nécessaire structuration de la liturgie propre à la réception des apprentis, par l'apport d'éléments de toutes sortes, apport qui s'échelonna des envions de 1740 jusque vers 1850.

Pas de doctrine proprement dite : rien de la très vague philosophie rosicrucienne, ni même de la mystique juive, introduite furtivement et par bribes dans le rite très chrétien des « Antients » établi en Irlande par Laurence Dermott, puis propagé par lui en Angleterre antérieurement à 1750, en dépit de l'adoption dans les rituels d'un certain nombre de mots hébreux qui posent des problèmes de sémantique encore incomplètement résolus de nos jours.

Seulement des symboles...

Souvent disparates, empruntés çà et là, auxquels on attribua des significations multiples, quelque peu saugrenues, incompatibles avec le moindre raisonnement logique ou même analogique. Certains d'entre eux relèvent typiquement d la magie cérémonielle tel est le cas du maillet du maître, forme spéciale de la baguette, signe de puissance et de souveraineté (rappelons que les outils en tant que symboles, étaient ignorés des maçons opératifs), des « régalia » britanniques, tabliers, cordons, bijoux, ornements, analogues aux robes et aux pentacles, des batteries, des frappements de pieds (aujourd'hui disparus, mais conservés dans le compagnonnage) au cours de la chaîne d'union, des circumbulations de caractère cosmique, des répétitions, véritables « mantras » destinés à s'intégrer dans l'inconscient, de la gestuelle, qui s'identifie aux « mudras » de l'inde (celle du grade de maître se retrouve dans ce pays et figure dans la sculpture de la civilisation précolombienne du Mexique), etc. etc..

On a pli reconstituer les premiers cérémonials de réception des apprentis, compagnons et maîtres de la maçonnerie spéculative. Le manuscrit Graham 1726, deux divulgations, « Maçon's Examination » 1723 et « Masonry Dissected » de Prichard 1730, en fournissent les éléments par questions et réponses, corroborés par la déposition en décembre 1736 de John Coustos, à Lisbonne lors de son procès au Tribunal de l'Inquisition. Ce qui était relativement simple au début se compliqua singulièrement dès 1740 et la France ne fut pas étrangère aux innovations qui suivirent.

Tous les textes insistent sur le fait que le candidat sollicite son admission de sa propre volonté et exigent qu'il fournisse les motifs de sa demande. Il est nécessairement parrainé et la Grande Loge d'Angleterre en fit une obligation le 15 décembre 1730. Lors de sa réception le parrain le mène dans une chambre sans lumière, totalement obscure où ils demeurent ensemble pendant un certain temps et sans qu'un seul mot soit prononcé. A la fin de ce séjour il lui est demandé à deux reprises s'il a la vocation pour être reçu. Sur sa réponse affirmative il est conduit « ... les yeux bandés, dépouillé de ses métaux, ni nu ni vêtu, ni chaussé ni déchaussé, mais pourtant d'une manière décente » devant la Chambre de réception à la porte de laquelle il frappe trois coups qui sont répétés de l'intérieur. Il est alors introduit par le parrain qui le recommande « ... pauvre, sans monnaie, aveugle et ignorant de nos secrets ». et accueilli par le plus jeune apprenti de la Loge.

Le « ni nu ni vêtu » ne se rencontre nulle part chez les opératifs non plus que chez es « acceptés ». Il paraît provenir de la tradition templière et avait sans doute pour but de vérifier le sexe du candidat. Aucune explication pour le pied déchaussé, ni pour le bandeau malgré l'évidence du symbole quant aux métaux ils ont été rejetés par toutes les mythologies et par la Bible elle-même qui les considéraient comme néfastes, ce que semblent ignorer le « Catéchisme » 1740, le « Secret » 1742 et « l'Anti-Maçon » 1748, etc. qui disent « ... dépourvu de tous métaux parce que lorsqu'on envoya les cèdres du Liban pour le Temple (de Salomon) ils étaient tous taillés, et qu'on n'entendit aucun coup de marteau ni d'autres instruments lorsqu'on bâtit cet édifice. » Il est évident qu'il fallait trouver une justification Selon William Preston, « Illustration of Masonry » 1772, l'initiation enlevait tout caractère maléfique aux métaux « ... le métal (la monnaie) ne peut faire de distinction entre les Maçons l'ordre étant fondé sur la paix, la vertu et l'amitié »

La chambre obscure est l'ancêtre du cabinet de réflexion. Il était, et il est encore totalement inconnu de la Maçonnerie anglaise. Il le resta également un certain temps en France. On ne sait où et quand il fut introduit dans la réception, très probablement vers 1765-1770. Les Loges l'utilisaient entre 1776 et 1780 et le Recueil Précieux de la Maçonnerie adonhiramite de Guillemain Saint-Victor, 1783 en donne une description semblable à celle figurant dans les rituels du Grand Orient établis en 1786 Une pièce sombre aux murs noirs, éclairée d'une seule chandelle, un tabouret, une table sur laquelle un crâne et tous les ingrédients, sel, soufre, eau, pain (le vitriol viendra plus tard). Sur les parois, les emblèmes de la mort et une série de sentences inscrites en blanc évoquant la fragilité de la vie et l'inanité des choses terrestres, plus, des menaces si le candidat n'abordait pas son admission avec un coeur pur. Il y a une analogie certaine entre cette retraite silencieuse au sein de la « Chambre obscure » et celle solitaire de l'aspirant chevalier la veille de son adoubement, également l'invitation à rédiger un testament ainsi que le faisait ce dernier. En 1786, un manuscrit émanant du Grand Orient ajoute une innovation, les questions dites « d'ordre » : qu'est-ce qu'un honnête homme se doit à lui-même ? À ses semblables, à sa patrie ? Elles disparurent en 1858 et réapparurent à la fin du XIXe siècle.

Le Dumfries manuscrit n0 4 de 1710 indique que le candidat entrait dans la Loge « la corde au cou ». A la question que lui posait le maître de celle-ci, il répondait : « pour me pendre si je trahis mon serment ». C'est la première mention de ce symbole venant d'une « Loge » d'acceptés. On ne le retrouve qu'en 1760, en Angleterre seulement. Il ne figure en effet dans aucune des gravures de la série des « Réceptions »de 1745, ni dans celle du « Recueil précieux », (édition 1787), déjà cité, ni dans le tableau de Maler, 1786. Réception dans une Loge de Vienne en Autriche, au Kuntshistoriches Museum de cette ville.

La Réception se poursuivait par les voyages ; selon Prichard, 1730, il n'y en avait qu'un, effectué dès l'entrée, dans le sens des aiguilles d'une montre et se terminant par trois pas devant le Maître de la toge pour la prestation du serment. En France, la « Réception d'un Frey-Maçon » en donne trois, « autour de l'espace marqué sur le sol où sont dessinés au crayon un grand J et un grand B », préfiguration du tableau de Loge dont nous avons vu qu'il s'installa définitivement entre 1740 et 1745. Sa décoration variait en fonction du grade, ainsi que la disposition des symboles (l'équerre et le compas en particulier ne trouvèrent leur place définitive qu'au cours du XIXe siècle), mais également selon les auteurs. C'est ainsi que pour celui d'apprenti, nous avons « un tableau de la toge d'apprenti, puis le véritable tableau..., puis le vrai tableau. » etc. chacun renchérissant sur le précédent. L'apport hermétiste y est très net, et l'ouvrage de Lenglet-Dufresnoy, Histoire de la philosophie hermétique, en trois gros volumes, paru en 1742 joua un rôle considérable sur la création et l'évolution d'une pensée ésotérique en gestation. C'est probablement à lui qu'est due la confirmation du caractère cosmique de ce qui devait devenir le Temple maçonnique, avec la présence du soleil, de la lune, de la voûte étoilée, de l'étoile flamboyante, et l'introduction des circumbulations selon la marche apparente du premier. On s'étonne cependant que pas un seul des catéchismes pourtant prolixes dans leurs explications, n'en fournisse une sur le sens des voyages imposés au candidat sans doute n'en avaient-ils pas !

Ce n'est que dans les années 1780 qu'on informa ce dernier que le premier voyage « ... est fait dans les voûtes souterraines, le second, dans les galeries supérieures, le troisième autour du temple », mais sans justification du pourquoi. Et il faudra attendre 1832 pour qu'ils soient assimilés aux trois âges de la vie, par les soins du F... Vassal, dignitaire du Grand Orient, interprétation qui leur est restée.

C'est aussi à cette époque, 1780, que les trois éléments, eau, air et feu furent associés aux voyages. Le processus de dramatisation venu des hauts grades les transforma de suite d'épreuves symboliques et purificatrices, en épreuves réelles, à l'imitation des initiations antiques que l'ouvrage de l'abbé Robin déjà cité avait vulgarisées. Cela se fit sans ordre, sans directives. Rien n'est stabilisé : les variations d'un rituel à l'autre sont nombreuses et le vague des explications accompagnant les voyages révèle l'indigence d'une pensée qui se voudrait initiatique mais qui n'est pas encore affermie. Le sens moral domine, et le but recherché et avoué - est d'intimider le candidat, peut-être pour s'assurer de la fermeté de son caractère. Si le bref contact avec les flammes de l'épreuve du feu pouvait impressionner, celle de l'eau était anodine et celle de l'air n'était qu'une simple menace. Le manuscrit du rituel de la Mère Loge écossaise de Marseille en rend compte ainsi :

« Monsieur vous avez encore (c'est le 3e voyage) une épreuve à subir, beaucoup plus forte et plus pénible que les autres : il faut que vous voyagiez dans les airs. Ne craignez-vous point d'être lancé dans l'atmosphère aérien et n'appréhendez-vous pas les suites funestes d'une chute à laquelle vous allez vous exposer ? »

« Le Récipiendaire ayant répondu que non, tous les frères demandent qu'on l'exempte d'un voyage aussi périlleux ». Il y eut l'empreinte du sceau au fer chaud, un simulacre bien sûr ; l'épreuve du sang avec lequel il fallait signer son serment, est si éprouvante pour le candidat, aux yeux des frères, que l'un de ceux-ci bien intentionné et plein de pitié criait « grâce » à l'instant des préparatifs, ce qui lui était accordé, cette même épreuve qui devint le mélange des sangs, encore pratiquée de nos jours sous une forme symbolique. Il y eut la coupe d'amertume dont l'interprétation ne soulève aucune difficulté. Elle venait d'Allemagne, via le rite Rectifié qui la pratiquait vers 1755. L'épreuve de Terre, vécue dans le cabinet de réflexion n'apparut comme telle que dans le cours du XIXe siècle. Tout cela, complètement ignoré antérieurement, surgit brusquement dans la décade précédant immédiatement la Révolution et se perpétua pendant une trentaine d'années après la reprise de 1794. Le Grand Orient avait fait siennes ces innovations auxquelles il donna un sens exclusivement moral en les codifiant dans son rituel de 1786 repris dans le Régulateur Maçon de 1801, mais sans renoncer à leur caractère d'intimidation.

« Le premier voyage doit être le plus difficile. Il doit se faire à petits pas, très lentement, d'une marche très irrégulière on profitera de la disposition du local pour rendre ce voyage pénible, par des obstacles et des difficultés aménagés avec art, sans cependant employer aucun moyen qui puisse blesser ni incommoder le récipiendaire. On le fera marcher à pas lents, tantôt un peu plus vite. On le fera baisser de temps en temps, comme pour passer dans un souterrain on l'engagera à enjamber comme pour franchir un fossé enfin on le fera marcher en zigzag, en sorte qu'il ne puisse juger de la nature du terrain qu'il parcourt.

Pendant ce voyage, on fera jouer la grêle et le tonnerre afin d'imprimer dans son âme quelque sentiment de crainte ».

Explication de ce voyage, les vicissitudes de la vie humaine. Si jusque-là, la Maçonnerie symbolique avait échappé à la dramatisation outrée des hauts grades écossais, il semble que cette invitation à accumuler les difficultés de la réception au grade d'apprenti eut pour résultat d'ajouter le grotesque à la tragi-comédie.

Une encyclopédie du tout début du XIXe siècle reproduit à l'article Franc-Maçonnerie l'admission d'un candidat. Lors du premier voyage, celui-ci « ... est conduit au bord d'une trappe qu'on lui dit être un précipice on lui propose de s'élancer dans ce trou, s'il refuse, on le pousse, et il tombe de vingt pieds sur dix planchers de papier fort, à deux pieds de distance les uns des autres et qui éclatent successivement en faisant un bruit effroyable au fond se trouvent des matelas pour le recevoir ».

La scène du parjure mériterait d'être jointe à l'anthologie des cérémonies écossaises d'avant la Révolution

« Une table, au milieu de laquelle on a pratiqué un trou rond, est placée dans un coin de la Loge. Elle est couverte d'un tapis pendant jusqu'à terre. Un Frère, ordinairement le plus blême, se place sous cette table, s'agenouille et fait passer sa tête par le trou qui est bordé d'un plat d'étain dont on a enlevé le fond on entoure cette tête d'un linge teint de sang, ce qui produit l'illusion d'une décollation ». Suit la description de la scène au cours de laquelle on retire le bandeau du récipiendaire, avec les commentaires d'usage et la conclusion du rédacteur « cette épreuve terrible fait souvent impression ». L'énormité des faits relatés dans ce récit peut le rendre suspect, bien qu'il soit tiré d'une encyclopédie réputée. Ce sont ces descriptions et quelques autres du même ordre qui ont permis à P. Méjanel, de façon réaliste d'ailleurs, d'illustrer les ouvrages du trop fameux Léo Taxil contre la Franc-Maçonnerie. Et comment ne pas citer l'anecdote stupéfiante rapportée dans la monographie d'une Loge parisienne encore active de nos jours, publiée par ses soins vers 1830, consultable à la Bibliothèque Nationale, qui raconte que au cours d'une initiation dans les années 1806-1810, le candidat fut invité à décapiter un véritable cadavre apporté dans le Temple à cet effet. Il y eut scandale...

Sans vouloir mettre en doute la réalité des faits avancés il serait imprudent de généraliser ces quelques très rares épisodes dont l'exécution, par ailleurs devait soulever des problèmes matériels difficiles à résoudre. Jeu douteux, légèrement pervers, bien propre à une époque où le héros était monnaie courante, ou plus simplement volonté de frapper les esprits en vue de valoriser une pseudo-initiation teintée d'un mysticisme équivoque, à laquelle les acteurs s'identifiaient inconsciemment ?

Plus réservée et fidèle aux instructions du Grand Orient, la Loge Isis Montyon de l'Orient de Paris, spécialiste des initiations à grand spectacle, inventait la planche à boules et l'introduisait avec la bascule en 1810 dans les réceptions d'apprenti !

La Prestation du serment, devenue l'obligation au siècle dernier s'accompagnait de menaces terribles en cas de parjure. Elles étaient l'oeuvre des spéculatifs, car les opératifs n'en avaient jamais proféré. Les manuscrits de 1696 à 1710 indiquent qu'il y a des pénalités dans l'obligation des apprentis enregistrés mais n'en donnent pas la nature, et si l'on s'en tient à la « corde au cou » du Dumfries ms n0 4 (1710) déjà cité, il appert bien qu'elle n'était qu'un symbole.

La langue et le coeur arrachés, la tête coupée du Prichard 1730, et les funérailles imposées entre marée basse et marée haute étaient les peines infligées aux XVIe et XVIIe siècles pour crime de trahison et figuraient encore dans le code pénal britannique de l'époque ; la France qui les reçut, les conserva jusque vers 1780. Il n'y a aucun exemple qu'elles aient été appliquées.

En Angleterre, depuis le début du siècle le serment était prêté sur la Bible. Entre 1727 et 1730 le candidat tenait un maillet dans sa main droite et une truelle dans sa main gauche. En France, il le fut sur la Bible, plus souvent sur les Evangiles ou l'évangile de saint Jean, devant Dieu, selon le « Recueil Précieux. 1782 », généralement devant le Grand Architecte de l'Univers qui restera Dieu fort longtemps avant d'être considéré comme un symbole. En 1786, le Grand Orient ajouta à la suite du Grand Architecte, la formule « ... sur les statuts de l'Ordre et sur ce glaive, symbole de l'honneur ».

Le cérémonial de prestation et la consécration qui suivait subirent de nombreuses variantes. On le rendit solennel les assistants étaient tous levés, l'épée en main. Deux officiers conduisaient le néophyte, les yeux toujours bandés, devant la table du Vénérable (on ne disait pas encore l'autel ou le plateau). Il était debout, le genou droit posé sur un coussin sur lequel était placée une équerre. De la main gauche il tenait un compas ouvert, les pointes sur le sein gauche, la main droite à plat sur le « Livre », parfois levée vers le ciel. Il répétait alors la formule que lui disait le Vénérable.

Pendant tout le XVIIIe siècle le serment était prêté aux trois grades. Il y avait parfois, mais rarement, agenouillement des 2 genoux sur le coussin ci-dessus, souvent inversion, genou gauche, apprenti, genou droit, compagnon, les deux genoux, maître, et même apprenti ; cette diversité dura en Angleterre jusqu'en 1814. Quelquefois les deux mains du récipiendaire étaient posées sur le « Livre » le vénérable tenait alors le compas sur la poitrine de celui-ci. La scène du parjure fut une invention du XIXe siècle. Il ne semble pas qu'elle ait été pratiquée tout au long du XVIIIe, la prestation du serment était renouvelée après la chute du bandeau (Régulateur Maçon, 1801). Celle-ci intervenait après que le candidat ait été reconduit à l'occident. Sur sa demande, et au coup de maillet, on lui donnait la lumière. L'instant pouvait être impressionnant. Quelques frères « portaient des torches garnies de mèches à l'esprit du vin, dans le corps desquelles on avait introduit de la poudre de lycopode. En les secouant, la poudre sortait, ou s'enflammait à l'esprit de vin qui brûlait, ce qui produisait une très grande flamme et une très vive lumière ». Le néophyte découvrait alors l'assemblée de maçons rangés autour de lui et pointant leurs glaives dans sa direction. Après un silence, le Vénérable rassurait le nouvel apprenti en lui disant que cette attitude les rendait garants de l'aide qu'ils lui apporteraient désormais en cas de besoin.

Les assistants ayant regagné leurs colonnes, debout et l'épée en main le Maître de la Loge procédait à la consécration. Elle se faisait selon l'époque, le lieu et la Loge, par le maillet, puis par l'épée, par le maillet et l'épée, quelquefois maillet et compas. Le néophyte debout, ou debout et un genou sur le coussin et l'équerre qui avaient servi pour l'Obligation le Vénérable le constituait apprenti maçon, « à la gloire du Grand Architecte de l'univers » selon une formule à peu près semblable à celle employée de nos jours, puis confirmait son admission dans l'Ordre en le frappant sur la tête de trois ou trois fois trois petits coups de maillet ou d'épée. Accolade, remise du tablier et des gants. A l'époque et pendant tout le XVIIIe siècle la bavette du tablier d'apprenti était rentrée et invisible, celle du compagnon ornée parfois des outils était levée et boutonnée afin de la maintenir, celle du maître, baissée. Jusqu'au moment où le cordon de maître fit son entrée en loge dans les années 1775, seule la position de la bavette permettait de reconnaître le grade d'un frère. Au moyen âge le port des gants était associé aux cérémonies religieuses et militaires.

Chez les opératifs, l'employeur en offrait une paire à «l'apprenti enregistré » lors de sa réception, et sans qu'il y ait explication à ce propos. « The Maçon's examination », 1723, indique que le nouvel admis reçoit deux paires de gants blancs, l'une « pour lui, l'autre pour une femme », sans plus de commentaires. Prichard, 1730, n'en parle pas. Mais Hérault, Réception d'un frey-maçon, 1737, ajoute « ... la seconde paire est pour la femme qu'il estime le plus ». Vers 1760, en les remettant le Vénérable disait : « Un maçon ne doit jamais tremper ses mains dans l'iniquité » et en 1786 « les gants par leur blancheur vous avertissent de la candeur qui doit toujours régner dans l'âme d'un honnête homme, et la pureté de nos actions ». Quant à la femme « ... nous rendons hommage à leurs vertus. » et Goethe montrait que la grande valeur de ce cadeau résidait dans le fait « ... qu'un maçon ne pouvait le faire qu'une seule fois dans toute sa vie ». Habitude devenue tradition, l'offrande des gants s'est perpétuée jusqu'à nos jours.

Puis venaient l'invitation à la reconnaissance du nouvel apprenti, la communication des signes, des pas, de la marche, des mots. La première se faisait par batterie et acclamation, vivat, vivat, et semper vivat, remplacée vers le milieu du siècle par Houzé dans les Loges qui se voulaient écossaises. En Angleterre les travaux étaient interrompus, on portait un toast sur place, au nouveau frère, et les travaux reprenaient. En France une coutume s'était installée qui voulait que le, ou les nouveaux venus offrissent le banquet qui suivait obligatoirement la réception ; les abus furent tels qu'il fallut y renoncer.

L'origine des signes maçonniques reste mystérieuse et leur introduction dans la maçonnerie spéculative inconnue. Le moyen de reconnaissance des maçons opératifs résidait dans le « mot du maçon » et rien n'indique qu'il y ait eu une gestuelle l'accompagnant. Il n'est guère possible de retenir le « signe d'ordre » rencontré çà et là dans la statuaire médiéval comme étant un indice d'une tradition « maçonnique » chez les tailleurs de pierre. Ou alors il faudrait tenir compte de la description très précise qu'en donne Philon d'Alexandrie dans « La Vie contemplative » et Flavius Josèphe dans ses « Antiquités Judaïques », au cours du premier siècle de notre ère. On ne peut même pas le considérer, à l'instar du signe de détresse du Maître, quasiment universel, comme une sorte d'archétype de l'espèce humaine.

Les pas et la marche sont signalés dans les anciens textes de 1724, 1725, 1729 et 1730, mais sans leur description. En 1737 le procès-verbal du procès Coustos à Lisbonne indique qu'on entre en loge par trois pas, non décrits. Il faut attendre 1745 pour savoir qu'en France et en Allemagne, en station debout, les pieds étaient joints talon contre talon et que chaque pas se faisait en équerre, et le « Sceau Rompu » qui donne ces détails, ajoute que la marche du Maître se composait de trois pas en zigzag.« L'Anti-Maçon », 1748, montre dans un schéma trois pas pour chacune des marches, les pieds en équerre mais nettement séparés, en ligne droite pour l'apprenti, en zigzag pour les deux autres avec cette différence que pour la marche du Maître au cours des 2e et 3e pas il n'y avait qu'un pied posé à terre, un point sur lequel nous reviendrons lors de la réception à la maîtrise. En fait rien n'est fixé et la confusion durera jusqu'au delà de 1800. En 1760, le « The Three Distinct Knocks » exposant la pratique des « Antients » indiquait un pas pour les apprentis, deux pour les compagnons, trois pour les maîtres, sans spécifier comment ils se faisaient. Il confirmait ainsi la protestation de Laurence Dermott qui, dans « Ahimon Rezon » s'indignait que les modernes eussent changé la marche, laquelle, si l'on en croit « Jakin and Boaz » 1762, toujours au nom des « Antients » la définissait, dans l'ordre, 1, 2 et 2. D'autres, dans le cours des années qui suivirent donnèrent 1+2+3, ou 3, 5 et 8 ou 12+3, etc. etc. Il n'y eut jamais la moindre explication sur un sens éventuel de la marche des Francs-Maçons...

Nous avons vu l'origine des « mots », descendants illégitimes du mystérieux « Mason's Word » des opératifs, tirés de la Bible vraisemblablement dès la première décade du XVIIIe siècle. Ceux attribués aux trois degrés symboliques ne subirent pas les vicissitudes des autres composantes de l'Ordre maçonnique. L'inversion des colonnes et donc des vocables qui les désignaient, rendue nécessaire pour des motifs de sécurité ne fut qu'un épisode mineur, et ne mérite certainement pas le bruit que firent les « Ecossais » à son propos. Tout au plus peut-on signaler que quelques Loges anglaises choisirent le mot « mahabone » pour le troisième degré au lieu du terme courant venu jusqu'à nous. Et rappelons que le Grand Orient créa le mot de semestre le 23 octobre 1773.

A quel moment les apprentis maçons eurent-ils trois ans et pourquoi ? Tous les catéchismes jusqu'en 1750 leur donnent : « moins de sept ans » ainsi d'ailleurs que les compagnons, moins de sept ans, parce que chez les opératifs c'était le temps qu'il fallait pour passer d'apprenti à compagnon-ouvrier, ou compagnon-maître, celui-ci ayant par voie de conséquence « sept ans et plus ». Un document du 24 juin 1765 fait était d'une formule maintes fois utilisée jusqu'à nos jours, « P... L... N... Q... N... S... C... », par les nombres qui nous sont connus. D'essence pythagoricienne, venue par le canal de l'Hermétisme fort en vogue à cette époque, elle masquait, sous un aspect mystérieux, qui lui donnait de l'importance, une ignorance qui ne semble pas avoir disparu. L'usage s'établit d'accueillir le jeune frère par quelques brèves paroles de bienvenue, la réception se terminait alors. Elle était suivie du banquet déjà cité, dénommé « Loge de Table », laquelle mériterait une étude spéciale approfondie.

Jusqu'à 1730 il n'y eut pratiquement que deux degrés, la réception au second consistait en une obligation, la communication d'un signe non décrit, d'un mot toujours secret, des cinq points du compagnon. Les documents antérieurs à 1727, le Register House Manuscrit d'Edimbourg, 1696, le Trinity Collège Manuscrit de Dublin, 1711, The Mason's examination, 1723, le Graham Manuscrit, 1726, explicitent fort bien le cérémonial de passage de l'apprenti au grade de compagnon ainsi que ceux parus jusque vers 1750 à la suite du Prichard, 1730, en ce qui concerne l'apport symbolique intervenu à partir de cette dernière date. En dehors de l'épisode propre au meurtre d'Hiram, c'est un fait que le troisième degré s'établit par divisions successives des deux premiers grades en s'appropriant plus particulièrement les principaux éléments de celui de compagnon. Quelques-uns parmi eux retourneront plus tard à leur source primitive.

 

Par André DORE 33° - Publié dans : Rites et rituels
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Samedi 26 janvier 2013 6 26 /01 /Jan /2013 16:38

Ignorances et incertitudes sont les obstacles majeurs auxquels se heurtent les chercheurs penchés sur l'histoire de la Franc-Maçonnerie, d'où les singulières complaisances que s permettent tant de soi-disant historiens avec une vérité obstinée à se camoufler derrière une succession de légendes religieusement répétées depuis deux siècles et demi, légendes opérative, templière, salomonnienne, rosicrucienne, hermétiste, etc. Car, en dépit de quelques faits précis, tout reste obscur sur l'origine de l'Ordre maçonnique, ce qui conduit à mettre devant de trop nombreuses propositions « Il semble que .».

Ce qu'on nomme Maçonnerie spéculative s'organisa à Londres en 1717. On la dit fille de la Maçonnerie opérative. En réalité, elle succéda à une Maçonnerie « acceptée » qui se créa en tant que telle dès la fin du 16 siècle par admission au sein des confréries de maçons de personnages étrangers au métier et que l'on désigna dans la seconde moitié du 16e siècle sous le terme de « Maçons acceptés ». Il est certain que les Loges, car il y avait loges au sein de la corporation, s'agrégèrent volontiers un protecteur, noble de préférence, ou clerc, chargé du travail administratif qu'exigeait la gestion du chantier, les ouvriers étant presque en totalité analphabètes, et parfois, un chapelain, puis, plus tard, ceux qui, fournisseurs, gravitaient autour de l'entreprise. Ce processus prit naissance en Ecosse mais alors que dans ce pays les maçons acceptés ne formèrent qu'une petite minorité durant le 17e siècle, l'Angleterre vit au contraire se créer des Loges strictement « acceptées » et ce dès les premières années, c'est-à-dire ne comprenant plus aucun homme de métier. Il semble que la plus ancienne remonte à 1600, mais dès le second quart de ce siècle, leur existence est attestée par des documents indiscutables. Elles cohabitaient avec celles qui, mi-opératives, mi « acceptées » voyaient peu à peu disparaître les professionnels de leur effectif en raison de la diminution des grands chantiers de constructions religieuses et féodales, se transformèrent à quelques exceptions près, en loges spéculatives entre 1700 et 1730. Alors se pose la question : quelle justification apporter au fait de voir des hommes étrangers au métier s'intégrer dans des groupements professionnels, qu'à celui &e loges n'ayant plus, et même n'ayant jamais eu le support du métier ?

Les documents n'y répondent pas, mais leur contenu confronté au climat intellectuel de l'époque dans laquelle ils s'insèrent, suggère des explications probablement exactes. Quatre sortes de documents, rigoureusement authentifiés

D'abord les manuscrits, 150 environ, relatant les conditions et les règles qui présidaient à la vie des confréries de maçons, disons opératifs, ce terme étant venu tard dans le vocabulaire maçonnique, à la fin du 18e siècle. Ils s'étalent du 15e au début du 18e siècle et c'est d'eux que la Grande Loge Unie d'Angleterre fera sortir les fameux et sacro-saints « Landmarks ».

Puis les Minutes des Procès-Verbaux des trois Grandes Loges, la Mère Loge de Kilwining à dater de 1598, la Grande Loge d'Edimbourg de 1696 à nos jours, sans interruption ; la Grande Loge d'Angleterre de 1723 à aujourd'hui, auxquelles s'ajoutent les archives de très nombreuses Loges, dès le début du 18e siècle.

Suivent les ouvrages connus sous le nom de « divulgations », qui prétendent révéler les secrets maçonniques. Très souvent pamphlétaires ils demandent une critique sévère de leur contenu.

Enfin toute la série des rituels, tous manuscrits que l'on compte par centaines pour la seule période allant des années 1750, date de leur apparition, à 1800, et dont l'exégèse révèle trop souvent des liturgies aberrantes.

On n'a jamais élucidé les mobiles profonds qui, fin juin 1717, poussèrent quelques membres de quatre Loges de Londres à les constituer en Grande Loge de Londres qui se transformera très tôt en Grande Loge d'Angleterre. On ignore tout de l'origine de ces ateliers, sauf leur existence, l'une en 1696, les autres après 1700, uniquement « acceptées » ainsi que le montrent les Minutes des Procès-Verbaux de la Grande Loge d'Angleterre qui reproduit leur tableau en 1723. Trois d'entre elles n'étaient composées que d'artisans et de commerçants dont aucun n'avait droit, à la suite de son nom, de la mention « Esquire », indicative d'un niveau social au-dessus du commun. Par contre, la quatrième Loge comportait 2 ducs, 3 comtes, un marquis, trois lords, un baron, quatre chevaliers militaires de hauts rangs, des ministres religieux, 24 « Esquires », George Payne, Desaguliers et Anderson qui ne figure nulle part avant cette date. Parmi ceux-là, de nombreux savants, membres de la Très Scientifique Royal Society où siégeait encore Newton. Qui dira pourquoi ces nobles personnages s'associèrent à de « petites gens » sans que ce terme ait rien de péjoratif, et pourquoi, pour ce faire, empruntèrent-ils la voie si modeste des humbles tailleurs de pierre ? Et pourquoi 1717 ?

Peut-être était-ce afin d'éviter une confusion qui risquait de s'installer en raison du nombre croissant de Loges qui se répandaient en Angleterre surtout.

Ou « être le Centre de l'union » ainsi que l'écrira quelques années plus tard, le pasteur Anderson, sous la direction de Payne et de Désaguliers, ce qui répondait à un besoin latent de sociabilité après les tourmentes qui avaient secoué le pays pendant les décades immédiatement précédentes7

Ou le désir de donner une doctrine à ces groupuscules pratiquement isolés, mais qui se réclamaient d'une même identité sous couvert d'un secret illusoire et inexistant et se réunissaient pour banqueter, participant ainsi à l'engouement général impressionnant que connut l'époque pour les sociétés badines et bachiques.

Ou bien découvrir ce secret en spécifiant quelque chose de très flou venu du passé et susceptible de rattacher les esprits à des certitudes sécurisantes.

Car c'étaient des savants ces hommes de la Loge « au Gobelet et au Raisin », soumis déjà à une certaine forme de discipline scientifique qui les conduisait nécessairement à centraliser, organiser, diriger. Mais l'énigme reste entière.

Quoi qu'il en soit, la Grande Loge d'Angleterre se répandit très rapidement dans tout le Royaume, soit qu'elle créât de nouvelles Loges, soit qu'elle rassemblât celles, éparses, qui l'avaient précédée. Entre temps elle étouffa la Grande Loge d'York, opérative et moribonde, et de suite elle exporta.

Il semble bien que la France fut le premier pays à bénéficier de la nouvelle mode. Ce fut d'abord par les soins de stuardistes, des Ecossais en exil. Selon le mémoire de De Lalande, longtemps suspect mais réhabilité par Pierre Chevallier à la suite de recherches récentes, quatre maçons anglais, partisans de Charles-Edouard Stuart, connus et bien identifiés constituèrent une Loge à Paris, soit en 1725, soit en 1726, sous le nom de Saint-Thomas, en souvenir de Thomas Beckett. Charles Radclyffe, futur comte de Derwentwater en 1731, qui deviendra Grand Maître des Loges françaises par la suite en fut l'animateur et probablement le Maître de Loge. On n'a jamais su où il avait été reçu maçon, ni même s'il l'avait été. On a laissé entendre que Ramsay lui aurait donné cette qualité. Or celui-ci a été admis en mars 1731 à la Loge Horn de Londres, et Radclyffe né en 1693 avait quitté l'Angleterre en 1716. Quant à Maclean, également Grand Maître après le duc de Wharton (1728 à 1731) - et avant Derwentwater qui le fut en 1736, il était né à Calais, séjourna à Edimbourg jusqu'à 1721, puis à Paris de 1721 à 1726, retourna en Ecosse de 1726 à 1728, rentra en France où il servit dans l'armée française. On ne sait où il a été reçu maçon.

L'implantation de la Maçonnerie se fit lentement au cours des années qui suivirent la création de la Loge Saint-Thomas. Elle reste toujours très confuse. Si l'on s'en tient aux seuls documents authentiques, deux nouvelles loges naquirent, l'une en 1729, les Arts Sainte-Marguerite, l'autre en 1730. Selon le Registre de la Grande Loge d'Angleterre du 17 mars 1731 et constituée régulièrement le 3 avril 1732, sous le numéro 90 et le nom de « The King's Head » butcher Row at Paris ce que l'on peut traduire par « à l'enseigne du Roi » rue de la Boucherie. On voit en elle la Loge Saint-Thomas au Louis d'Argent, ou Saint-Thomas n° 2, car elle provenait d'un essaimage de la première Loge du même nom, ou encore « Au Louis d'Argent », du fait que King's Head et Louis d'Argent doivent tirer leur identité de la pièce de monnaie en argent en cours à l'époque, qui portait gravée l'effigie du Roi de France. Puis viennent la Loge du Duc de Richmond dont on sait qu'elle travaillait en 1734, soit à Paris, soit à Aubigny-sur-Nère dans le Berri chez Louise de Keroualle, duchesse de Portsmouth où elle reçut Desaguliers, Montesquieu et quelques autres, en 1735 la Loge de Bussy-Aumont, en 1736 la Loge Constos-Villeroy du nom de ses deux vénérables successifs.

Quant à la province, nous trouvons Bordeaux 1732, Valenciennes 1733 Metz 1735, etc. Selon le Tableau des Loges du Royaume de France établi le 6 novembre 1744, il y avait eu à cette date et depuis 1726 20 Loges à Paris, 19 en province et, assez surprenant, 5 Loges militaires, soit 44 au total. Et c'est à partir de cet instant que ce qui devait devenir l'Ordre Maçonnique en France, prit son essor.

On ne peut dire quand fut constituée la première Grande Loge de France. Le plus ancien document connu daté de 1705 ne la mentionne pas : son titre : « Règles et devoirs de l'Ordre des Francs-Maçons du Royaume de France. » dans lequel Mac Lean est qualifié de « présent Grand Maître de la Très Honorable Fraternité des Francs-Maçons du Royaume de France » et son prédécesseur, le duc de Wharton « Grand Maître des Loges du Royaume de France ». Et si le texte qui donne pouvoir au Baron Scheffer de constituer des Loges en Suède indique « ... qu'elles seront subordonnées à la Grande toge de France », il y a lieu de rappeler que lorsqu'elles s'assemblaient « en Grande Loge », ce n'était que la réunion des officiers maîtres et surveillants de tout ou partie des Loges de Paris sous la présidence du Grand Maître. Or, ni les règlements de 1743, ni les constitutions accordées à la Loge de Lodève en 1744, ni les statuts de 1745 dressés par la Loge Saint-Jean de Jérusalem de Paris, non plus que ceux de 1755 ne mentionnent une Grande Loge de France en tant qu'autorité directrice suprême. Les Loges, dans leur presque totalité, et surtout celles de province, se plaçaient d'elles-mêmes sous l'obédience du Grand Maître dont elles sollicitaient la protection et plus encore la garantie de régularité, critère majeur à l'époque. Cette tendance se généralisa à partir de 1743, après que le comte de Clermont eût accédé à la Grande Maîtrise. Est-ce à son instigation que fut établi « ... le deuxième jour de la première semaine du troisième mois de l'an de la Lumière 5747 et de l'ère vulgaire 1747 » ce document qui voulait consacrer l'hégémonie d'un organisme central directeur de l'ensemble des Loges du Royaume de France, et qui paraît avoir échappé à la sagacité des chercheurs ?

« Règlements de la Très Respectable Grande Loge de France, dressés pour toutes les Loges régulières du Royaume, sous les auspices du Très Sérénissime Frère, Louis de Bourbon, comte de Clermont, Grand Maître de l'Ordre en France ». C'est un manuscrit de 15 pages foliotées 36 à 50, comportant 121 articles numérotés de 1 à 121, qui se termine par les mentions suivantes :

« Délibéré statué et arrêté (sic) (a) la T.R Loge de France assemblée régulièrement le deuxième jour.

Copie collationné (sic) par nous secrétaire général sur l'original, par mandement signé, Labadie.

Extrait sur la copie envoyée à la Loge de la Douce Egalité de lorient davignon ».

On ne sait rien de la Loge La Douce Egalité, cependant attestée par deux autres documents - Labadie (ou Labbady, ou Labady) maître de la Loge l'Ecossaise de Salomon, personnage connu et remuant, était substitut pour la province du secrétaire général de la Grande Loge de France Zambault en 1765. On ne saurait, avec ces simples renseignements, fixer une date précise à cette copie. Le texte de 1747 est important en ce sens qu'il détermine pour la première fois une procédure destinée à recenser l'ensemble des Loges du Royaume et de leurs membres, à leur donner « ... des constitutions et des règlements généraux pour établir l'uniformité du Travail » à charge pour elle, Grande Loge, de répercuter le Tableau général de l'Obédience à ses composantes. Plus, une série de mesures fixant minutieusement le fonctionnement des Loges, les rapports qu'elles pouvaient avoir entre elles, ainsi qu'avec la Grande Loge, les conditions de leur régularité et q elle des maçons. Au travers des articles un embryon de secrétariat administratif avec six inspecteurs circulant dans toute la France, et défrayés de leurs dépenses, trésorier, secrétaire etc.

Le texte de 1747 n'a rien de commun dans sa rédaction avec ceux de 1755 et 1760, ni d'ailleurs dans ses principales dispositions, et ces deux derniers statuts semblent ignorer qu'il y ait une Grande Loge de France. Il faudra attendre le 19 mai 1763 pour que soit créé le premier sceau en même temps que l'arrêt de nouveaux statuts qui institutionnalisera la Grande Loge de France. Ce qui n'empêchera pas que, jusqu'au moment où le Grand Orient, qui lui succèdera, s'installera le 12 août 1774 en location dans les locaux du Noviciat des Jésuites, elle ne possédera pas de secrétariat permanent ni un quelconque endroit pour ses archives. Les réunions se faisaient au domicile de celui de ses membres qui voulait bien lui donner asile.

Bien qu'elle soit venue d'Angleterre, à aucun moment la maçonnerie française ne connut une Grande Loge anglais de France, c'est-à-dire une Grande Loge Provinciale de France sous la dépendance de la Grande Loge d'Angleterre, ce dont cette dernière ne manqua pas de se plaindre. Autre constatation, et quelque peu étrange : nulle part, dans la succession des statuts et règlements on ne trouve le moindre article établissant l'Ordre maçonnique en lui donnant un but ou une finalité. Tous les textes ne visent qu'à fixer les conditions de régularité administrative des Loges et de leurs membres. Même les « statuts de l'Ordre Royal de la maçonnerie en France »premier acte législatif du Grand Orient de France en 1773, ni ceux de 1777 et 1787 de la seconde Grande Loge de France dite de Clermont, dissidence du Grand Orient survenue à la suite de la suppression par ce dernier de l'inamovibilité des Maîtres de Loge, ni les textes de celui-ci de 1806 ne font état d'une vocation de la Franc-Maçonnerie. Peut-être se contentait-on de ce que disait le Livre des Constitutions d'Anderson dont il ne semble pas que l'on se soit beaucoup préoccupé. Est-ce pour cette raison, qu'en 1776, une circulaire du Grand Orient proclamait « Le but que nous poursuivons consiste à établir entre nos prosélytes une communication active du sentiment de fraternité et de secours en tous genres, à faire revivre les vertus sociales, à en rappeler les pratiques, enfin à rendre notre association utile à chacun des individus qui la composent, utile à l'Humanité même ». Pourtant, ce ne sera qu'en 1826 qu'un texte statutaire précisera officiellement la finalité de l'Ordre : « De la Constitution, art. 1er.L'Ordre des Francs-Maçons a pour objet l'exercice de la bienfaisance, l'étude de la morale universelle, des Sciences et des Arts, et la pratique de toutes les vertus. »

Cela voudrait-il dire que pendant un siècle les loges fonctionnaient à vide ? Les procès-verbaux qui rendent compte de l'activité des ateliers Et de l'obédience font justice de cette crainte. La solidarité à l'égard des frères dans le besoin fut réelle et les actes de bienfaisance s'étendirent rapidement en faveur des pauvres et des déshérités. Avec l'évolution des rituels, la récitation des catéchismes introduira l'affirmation de règles morales que les maçons s'obligeront théoriquement tout au moins - à observer. Par contre il n'apparaît pas qu'il y eût des Travaux au sens maçonnique moderne de ce terme. Seuls, et tardivement, quelques rares accueils des frères orateurs appellent un désir de réflexion sans qu'ils soulèvent de réponse. Tout, au contraire, montre que la vie profane ne perdait aucun de ses attributs.

Et se pose alors la question sur la nature du message que la Maçonnerie apportait aux hommes et qui était capable de les attirer, quelle que soit leur condition, pour en faire des francs-maçons ? Ce qui nous ramène en arrière, très loin dans le temps.

Les Confréries de métier existaient dès le haut Moyen-Âge, chargées d'organiser la profession, de protéger ses membres et de les aider lorsque le besoin s'en faisait sentir. Celles des constructeurs ont laissé de nombreuses traces dont quelques-unes remontent jusqu'au 11e siècle. Depuis le milieu du 14e jusqu'au début du 18e, il est possible de suivre leur évolution sans interruption notable. Aucune justification ne permet de dire, selon une légende qui a toujours cours, qu'elles descendent des Collèges Romains, où plus tard, des Comacini, filiation réfutée par celui-là même qui l'avait avancée. Il ne s'agit ici que des associations britanniques, puisque liées, même superficiellement à la maçonnerie spéculative. Il n'y a aucune trace en France de quelque chose qui puisse ressembler à ce qui advint Outre-Manche. La Confrérie des Tailleurs de pierre et des maçons de Strasbourg, les Steinmezten, n'a pas manqué d'attirer l'attention. Elle groupait les travailleurs de la partie ouest des territoires allemands et laissa en 1459 une charte dite de Ratisbonne, qui réglementait les rapports des membres de l'Association dans l'exercice de leur profession, tant entre eux qu'entre leurs employeurs Une modification apportée en 1628 permettait « aux hommes pieux » de s'y intégrer. On ne sait rien de plus sur l'activité interne de l'Association.

Les chantiers, qu'ils soient religieux ou civils, étaient très importants et le nombre d'ouvriers souvent considérable. D'ou la nécessité d'un choix de par la nature même des choses. Quatre catégories de travailleurs les journaliers, les apprentis, les apprentis « acceptés », les compagnons, tous sous la direction d'un maître d'œuvre, lequel désignait un ou deux surveillants pour l'assister. Ce système ne fut établi solidement que vers la fin du 16e siècle. Chaque chantier installait une « Loge » qui servait tout à la fois d'atelier, bien que les pierres fussent taillées sur le lieu de leur extraction, de réfectoire et de club, où se discutaient les événements de la journée et où chacun recevait les instructions concernant sa tâche. La Loge constituait ainsi une unité avec ses propres règles établies de concert entre le maître d'œuvre, le chapitre ou celui qui avait passé la commande. Souvent elle changeait d'un chantier à l'autre bien qu'il y eût obligation de terminer celui qui avait été entrepris. Le manque d'argent interrompait fréquemment les travaux, entraînant avec le déplacement du chantier la dispersion partielle des membres de la Loge. La vie collective que celle-ci impliquait, l'entraide mutuelle que les ouvriers se portaient, l'injonction faite au plus habile d'enseigner le moins habile, suscitaient des sentiments de solidarité rapidement transformés en véritable fraternité. Des coutumes s'instauraient qui avaient force de loi, relativement uniformes, mais différentes dans les détails. Elles réglementaient l'usage et la possession des outils, les conditions de travail, les avantages en nature attribués en plus du salaire. Les journaliers, pris sur place et presque toujours par voie de réquisition, restaient en-dehors de la Loge. Les apprentis, sous contrat, subissaient un stage de probation à la fin duquel ils étaient ou rejetés et devenaient journaliers, ou admis mais toujours comme apprentis, cette admission pour laquelle ils devaient payer, étant concrétisée par une réception. Celle-ci, très simple, avait lieu à huis-clos, par le Maître de la Loge, devant les compagnons et les apprentis précédemment reçus, assemblés. Elle comportait en premier la lecture des règles régissant le métier, puis la prestation du serment qui obligeait l'apprenti « enregistré » on « accepté » au secret le plus absolu, la communication d'un « mot », le « mot du maçon », que murmurait ensuite et ensemble chacun des présents, les signes de reconnaissance, et pour terminer, un banquet. Des textes laissent entendre qu'avant ou au cours de ce repas, il était procédé à une sorte de « bizutage » ou brimade à l'encontre du nouvel admis. Elle perdura chez les opératifs jusque vers 1710 et l'on reprocha à Desaguliers de l'avoir supprimée, comme incompatible avec la dignité des personnages « acceptés ».

Le manuscrit n° 1 à la Grande Loge d'Angleterre, daté de 1583 donne la procédure du serment : « ... l'un des anciens tient le Livre et celui ou ceux qui prêtent l'obligation placent leurs mains dessus, et les préceptes sont lus ». Le Livre en question n'est pas précisé. Le terme reste donc ambigu et un doute subsiste sur son identité, Bible ou Règlement de la profession, mais plus probablement ce dernier. La première référence indubitable sur la présence de là Bible figure un siècle plus tard en 1685, sur le manuscrit Colne n° 1. Nulle part, les plus anciens procès-verbaux de la Grande Loge d'Edimbourg remontant à 1598, ni ceux de a loge Saint Mary's Chapel en 1599, ni ceux de la mère Loge de Kilwining n° 0, 1642, indiquent qu'il y ait eu une Bible dans le matériel de la Loge. Ceci confirmé par les textes plus récents des loges restées opératives, Aldwick 1701, Swalwell 1725, etc. la première mention relevée d'un achat de Bible, accompagnée de deux recueils de chansons, figure dans un ordre donné en 1766 par la Mère Loge de Kilwining, bien que la proposition en eût été faite en 1726, 1744, 1749, et soit restée sans suite. Et si Prichard la signale dans sa divulgation de 1730, son emploi ne se généralisera que dans les années 1750 - 1760. En France, elle fut souvent remplacée par les Evangiles. Le Recueil Précieux de la maçonnerie adonhiramite de Guillemain Saint Victor, 1781, indique que « .... le serment est prononcé main droite sur l'Evangile » alors qu'un manuscrit de la fin du XVIIIe siècle donne « ... sur les saints Evangiles ». Le Grand Orient, dans les Rituels du Rite français qu'il établit en 1782, ne l'a pas retenue et l'obligation est prêtée sur le Livre des Constitutions.

Deux sortes de secrets, ceux qui relevaient du métier et que l'apprenti découvrait au fur et à mesure de sa qualification professionnelle et ceux consistant dans les moyens et signes de reconnaissance, et plus particulièrement dans le « mot » du maçon. Les premiers concernaient la taille très précise de la pierre, l'assemblage des blocs, la construction des arcades, voûtes, coupoles, etc. Ils étaient distincts de la géométrie pure dont les compagnons pourtant se servaient pour préparer les dessins et les plans. Les maçons « acceptés » n'avaient que faire de cet enseignement dont les éléments se perdirent peu à peu ; au début du XVIIIe siècle les « acceptés spéculatifs » ne conservaient que quelques bribes de ces secrets qu'ils « habillèrent » en leur infligeant, soit un sens moral, soit une signification symbolique issus de toute la masse de science étrange qui inondait l'Europe. Les secrets opératifs n'ont laissé aucune trace de connaissance spéculative de caractère ésotérique.

« The Mason's Word » n'a cessé d'intriguer les historiens anglais de la Maçonnerie. L'usage d'un « mot » est très ancien, puisqu'on le trouve dans les traditions égyptiennes, hébraïque, et même védique ; au Moyen-Âge les hommes du métier se reconnaissaient par lui. Il est d'origine écossaise et il n'y a aucune certitude qu'il existait dans les Loges anglaises « acceptées » du premier quart du XVIIIe siècle en-dehors de la région immédiatement frontalière avec l'Ecosse. Sa présence est assurée chez les « acceptés opératifs » dans les Loges Saint Mary's Chapel, Aïtksonhaven, Dunblanc, etc. dès le 16e siècle. Nous avons vu que sa communication était l'un des éléments essentiels de la Réception des Apprentis. Il était unique pour l'ensemble des membres. Avec le temps, il émigra en Angleterre au travers des échanges ininterrompus de travailleurs entre les deux pays. Les « acceptés » le dédoublèrent, peut-être pour se démarquer des opératifs. Ils en firent un pour les apprentis (ou le conservèrent), un pour les compagnons, et, plus tard, devenus spéculatifs, un pour les maîtres. Cette déviation du « mot » d'origine écossaise, rappelons-le, et qui ne portait lui non plus, aucune valeur ésotérique, engendra, à partir des années 1735-1740 toute la série des vocables dit « sacrés » qu'empruntèrent les innombrables grades venus par la suite et qui constituèrent ce que l'on nomme l'Ecossisme. De moyen de reconnaissance il se mua en symbole, celui d'une « vérité perdue », d'une « parole perdue », rejoignant ainsi les trop fameuses formules orales rencontrées dans les contes de fées, dont la puissance mystérieuse ouvre toutes les portes. En 1753, le virulent propagateur irlandais de la Maçonnerie dite des « Antients », Laurense Dermott la définissait « la mœlle de la maçonnerie ».

La maçonnerie opérative ne connut que deux grades, plus une fonction, celle de maître de Loge, choisi par ses compagnons et ce jusqu'à 1710 au moins. La présence du Temple de Salomon dans la légende de l'Ordre s'inscrit dans le cadre des énigmes non résolues. Des 150 versions manuscrites déjà citées, deux seulement en parlent, le Régius, 1390, poème en vers et le Cooke, plus explicite que son aîné, est la plus ancienne référence aux « Devoirs des opératifs ». Il narre très brièvement l'histoire de la maçonnerie-métier, en reprenant partiellement ce qu'en dit la Bible. Il accorde une place beaucoup plus importante à la Tour de Babel et à Nemrod qu'à Salomon et à son Temple. 76 lignes de texte contre 28, et mentionne longuement les deux piliers sur lesquels étaient gravés les sept arts libéraux des sciences et des arts (dont, entre parenthèses nous retrouvons la trace au 30e degré du Rite Ecossais). Ces deux piliers dont l'un ne pouvait briller et l'autre sombrer, afin de protéger les précieuses connaissances de l'époque de la destruction ou de la vengeance de Dieu. Ce n'est que tout au début des années 1700 qu'ils reviendront timidement dans les très rares « Old Charges » encore en cours, mais pour disparaître aussitôt au bénéfice des deux colonnes de Salomon. A la même période, le registre de la Grande Loge d'Edimbourg, à la question : « ... où était la première loge » ? répond « ... dans le porche du Temple de Salomon ». Juste avant 1700 la Grande Loge d'York mentionne les fêtes célébrées lors de l'inauguration du célèbre Temple et la mort d'Hiram, son architecte, sans qu'il soit question de son assassinat. Dix ans plus tard, le Dunfries manuscrit n0 4 donne aux deux colonnes sorties de l'ombre un sens religieux chrétien qui sera repris plus tard.

Alors, pourquoi Salomon ? Et pourquoi après un silence total qui dura 300 ans ?

Y a-t-il eu cause à effet de ce que, en 1765 à Londres, un juif espagnol, Jacob Jéhu de Léon, exposa une fort jolie maquette du Temple de Salomon qui attira une énorme attention, exposition qui se poursuivit avec le même succès jusqu'en 1765, soit pendant un siècle ?

Ou par la parution en 1688 d'un ouvrage « Le Temple de Salomon spiritualisé » de l'écrivain anabaptiste John Bunyan, auteur connu et réputé ?

Venant après ces deux événements, il semble bien que ce soit George Payne, un instant grand Maître de la Grande Loge de Londres qui, en 1721, en présentant le manuscrit Cooke de 1410, à la Tenue de la Saint Jean d'Eté, fut l'initiateur d'une légende salomonnienne que ne connurent ni les opératifs écossais, ni les « acceptés » anglais du 17e siècle. Nous sommes là, 1720-1730, à l'orée d'une maçonnerie spéculative dont la symbolique ne connaîtra plus de limites avant la fin du premier quart du XIXe siècle.

Paradoxale et étrange, l'anomalie que constitue l'absence complète de mention des outils du métier dans les manuscrits relatant la réception des apprentis et compagnons. Ils apparaissent pour la première fois en 1696 dans le procès-verbal du Registre d'Edimbourg, à propos du serment : « je jure, par Dieu, l'Equerre et le Compas. » formule répétée dans les mêmes termes en 1710 et 1714. En 1710 le Dunfries manuscrit n0 4 en citant également pour la première fois trois piliers sans aucun rapport avec les deux colonnes de Salomon, indique qu'ils avaient pour significations Equerre, Compas et Bible. Etait-ce le prélude aux Trois Lumières que nous rencontrerons un peu plus loin ? Et c'est entre 1720 et 1730 que s'introduit toute la gamme des outils, règle, ciseau, maillet, marteau, fil à plomb, niveau, truelle, etc. qui, par la grâce des spéculatifs se transformèrent en symboles que, pendant des siècles, ceux qui, quotidiennement par métier, manièrent leurs supports ont totalement méconnus. Il en est de même pour les deux symboles fondamentaux de la maçonnerie, la pierre brute et la pierre cubique taillée. Ils n'ont jamais existé, tant chez les opératifs que chez les acceptés, et les premières loges spéculatives du XVIIIe siècle les ignorèrent. Ils durent naître en France, aux environs de 1740. Timidement divulgués postérieurement et sans qu'une signification leur soit donnée. Tout au plus est-il indiqué « ... une pierre sur laquelle les outils sont affûtés », et c'est surtout l'iconographie qui nous fait part de leur existence.

Que reste-t-il donc de la légende qui veut que nous soyons les héritiers et le véhicule d'une tradition opérative ancestrale et symbolique à laquelle nous nous référons non sans quelque fierté et vénération ?

Le maçon « accepté » a été le lien entre l'opératif et le spéculatif, mais déjà au 17e siècle les « usages » et non les rites, différaient sensiblement entre opératifs et acceptés, et l'écart s'accentua jusqu'à ce qu'ils deviennent pratiquement étrangers les uns aux autres. Seuls les Ecossais paraissent avoir conservé plus longtemps des éléments anciens très simples d'ailleurs, qu'ils ont tenté de maintenir au sein des Loges anglaises. C'est probablement cet apport renouvelé au cours du temps à la faveur des déplacements des maçons écossais qui permet de penser que, par analogie avec ce qui s'était passé antérieurement, les nouveaux grades apparus en Angleterre vers 1730 - et dans lesquels ils n'étaient pas impliqués - aient été attribués à la maçonnerie écossaise. On leur donna le qualificatif d'Ecossais et dès cet instant ce vocable recouvrit tous ceux qui par la suite surgirent au-delà de l'apprenti, du compagnon et du maître.

Quelle maçonnerie apportaient donc en juin 1726 Charles J Radclyffe et ses amis ? Rien d'autre que ce qui existait à l'époque et décrit soit par le Registre de la Grande Loge d'Edimbourg, soit par les Constitutions d'Anderson en 1723. Une maçonnerie à deux degrés à la symbolique à peine ébauchée, mais déjà pourvue d'une finalité très vague il est vrai, « Etre le Centre de l'Union », un système administratif relativement structuré, mais limité aux critères de régularité, éventuellement une légende historique glorieuse qui lui conférait sa noblesse, le tout assorti d'un secret mystérieux sur la nature duquel tout le monde se perdait y compris ceux qui le possédaient.

Le manuscrit d'Edimbourg décrit le déroulement des réunions : un minimum de formalités l'appel des membres, la mise à l'amende des absents, les admissions dont le cérémonial perpétuait celui des opératifs donné ci-dessus, le bizutage en moins, la collation des amendes antérieures, éventuellement le jugement des délits, les prêts d'argent pour assistance, annuellement l'élection des officiers, et pour terminer, le banquet. Cette procédure avait été fixée définitivement en 1640 elle était encore appliquée dans les premières années du 18e siècle. Dans quelques Loges la réception s'était accrue d'une lecture de l'histoire - légendaire - de la maçonnerie. L'obligation restait sobre ; sans menace de sanction en cas de violation du serment. Le Chetwode Crawley manuscrit vers 1700, le Haugfoot 1702, le Kewan 1714, etc. qui révèlent cette procédure sont d'un très grand intérêt, car ils montrent la transition intervenue entre les derniers « acceptés opératifs » et les premiers spéculatifs : aucun manuscrit antérieur ne leur est comparable, et il n'y en aura plus d'autres après eux.

Il ne semble pas qu'il en fût autrement en France ; et nous n'avons pas de documents qui confirment ou infirment, d'ail leurs comment cela aurait-il pu être différent ? Une Loge en 1726, une seconde en 1729, une troisième en 1730, toutes d'origine anglaise. Admettons donc cette simplicité d'autant plus facilement qu'elle sera de très courte durée et ne saurait être comparée avec ce qui apparaîtra dans les dix années à venir.

Ce qui n'était « qu'usages » deviendra « rituels ». Leur prolifération désordonnée engendrera les rites. Crédulité, vanité, trop souvent cupidité et l'imagination aidant, la raison perdra ses droits. La symbolique maçonnique va s'engager sur une voie démentielle, parfois dogmatique dont elle ne sortira qu'au bout d'un siècle non sans en conserver quelques séquelles. Et comme une telle affirmation exige une justification, rappelons que le tuileur de Ragon qui fut dignitaire du Grand Orient dénombre plus de 1450 grades avec 1450 rituels différents, intégrés dans 48 rites pratiqués par 54 ordres maçonniques dont 24 androgynes et 6 académicies. L'histoire des rituels est extrêmement complexe, tant par la diversité des éléments qu'ils vont s'incorporer que par l'ignorance dans laquelle nous sommes de leur origine, de la date et du lieu de leur apparition. Deux exemples frappants : l'intégration de légende salomonienne citée plus haut, et celle de la légende d'Hiram, clé de toute la maçonnerie spéculative écossaise, complètement ignorée des deux maçonneries opérative et « acceptée », dont le meurtre est étranger à la Bible, dont on ne sait ni quand, ni par qui elle se fit jour. Or c'est elle qui suscita le système à trois degrés de la maçonnerie symbolique, et son prolongement dans les Hauts Grades du Rite Ecossais ancien et accepté, sans qu'on n'ait jamais pu déterminer les conditions précises dans lesquelles il s'installa.

On peut, sans crainte d'erreur, fixer le point de départ de la maçonnerie spéculative aux années 1720. Ce que nous savons de leurs premières cérémonies provient de « divulgations ». Tout ce qui est mystérieux attire ; elles reçurent un énorme succès et leur nombre ne cessa de croître. Quant au contenu, plus il révèle, plus il est suspect, et ce qui n'exclut pas cependant qu'une analyse rigoureuse des textes permette de dégager ce qui est authentique de ce qui ne l'est pas. Elles se pillèrent sans vergogne, renchérissant les unes sur les autres. Elles servaient d'aide-mémoire, et au travers de leur diffusion il est probable qu'elles contribuèrent grandement à l'établissement des rituels dont l'élaboration s'étendit sur des années, par l'apport d'éléments plus ou moins symboliques venus de tous les horizons et qui se fixèrent dans l'esprit des maçons.

La première apparut dans un journal de Londres, le « Flying Post » dès il - 13 avril 1723 sous le titre de « A mason's examination ». Ce pamphlet sans grande portée fut reproduit en affiches placardées dans les rues de la ville. Suivit, en 1724 « le Grand Mystère dévoilé », qui fut réédité en 1725, en même temps qu'une version imprimée d'une prétendue « Old Charges » connue sous le nom de « Briscoe Text » et complètement absurde.

Beaucoup plus sérieux fut en 1730 l'ouvrage de Prichard, reçu maçon par la suite « The Masonry dissected ». Ce qu'il révélait gêna certainement la Grande Loge d'Angleterre car elle le taxa immédiatement d'imposture. Il apportait de nombreux éléments, reconnus valables plus tard, sous la forme de questions et réponses, avec, et pour la première fois, une version très simple de la Légende d'Hiram. L'ensemble comprenait tout ce qui aurait pu constituer un rituel à trois degrés. En 1735, une édition pirate des Constitutions d'Anderson de 1723 parut sous le titre de « Pocket companion » qui n'apportait rien de nouveau. Le livre de Prichard, maintes fois réédité, fut la seule « divulgation » anglaise pendant les 30 années qui suivirent, soit jusqu'en 1760.

La France fut beaucoup plus prolifique tant par le nombre d'ouvrages, que par la diversité des révélations qu'ils apportaient. Le premier, « La Réception d'un Frey-Mason », édité en 1737, par Hérault, lieutenant de police, eût un grand retentissement. C'était l'extrait d'un rapport établi sur les dires de la Carton, danseuse à l'Opéra, qui avait obtenu ses informations de son amant, Lenoir de Cintré. si ce texte est assez insignifiant parce que peu de nouveautés, la dizaine de divulgations qui suivit dévoila la presque totalité des « secrets » entre guillemets, de la Franc-Maçonnerie, secrets dont beaucoup étaient inconnus des maçons anglais eux-mêmes, ce qui n'est pas sans saveur.

Citons, après Hérault 1737, et sous le même titre

La Réception des Francs-Maçons 1738 ;

La Réception mystérieuse des Francs-Maçons, 1738

Le catéchisme des Francs-Maçons, 1740 (revu et corrigé 1749) ;

L'Almanach des cocus, 1741

Le Secret des Francs-Maçons, 1742

Le Sceau rompu, 1745

L'Ordre des Francs-Maçons trahi, 1745

Les Francs-Maçons écrasés, 1747

Certains donnèrent lieu à plusieurs rééditions. Le « Trahi »à lui seul en connut une bonne trentaine, et plus encore de plagiats. La bibliographie maçonnique de langue française, pour la période de 1730 à 1790, contient plus de 900 ouvrages.

D'aucuns eurent droit à traduction en anglais et en allemand et s'en allèrent grossir la symbolique maçonnique étrangère qui n'en avait nul besoin.

Pas de rituels sous la forme que nous leur connaissons, mais des narrations claires au travers desquelles il est facile de reconstituer le cérémonial des réunions. Les catéchismes, questions réponses, qui deviendront les « Instructions » basés sur celui de Prichard 1730 s'augmenteront régulièrement, à chaque édition, d'éléments nouveaux, parmi lesquels, « les mots » avec le motif de leur introduction et leur signification symbolique. Au début du siècle le plus ancien catéchisme ne posait que quinze questions. En 1730, le seul grade d'apprenti en exigeait une centaine.

L'Iconographie débute vers 1740, tableaux de Loge aux différents grades, gravures de réception, précieuse par tout ce qu'elle apporte de complément aux textes. Celles extraites de l'Ordre des Francs-Maçons trahi 1742, du Catéchisme des Francs-Maçons 1749 et de la Franc-Maçonnerie démasquée 1751 enrichiront tous les ouvrages parus par la suite. Hogarth, Watson, dévoilent des aspects peu connus, mais parfois devinés, de la vie des Loges en Angleterre. A partir de 1750, les tabliers des maçons, magnifiquement brodés, révéleront, véritables « Livres muets » à la sagacité des curieux, toute la symbolique de leur époque.

1700 - 1725, les Loges se réunissent dans les tavernes dont elles portent d'ailleurs le nom. En France, elles se mirent de suite sous la protection d'un saint, le plus souvent celui dont le maître de la Loge portait le prénom, et cela débuta dès 1735. Le monde profane ne pouvait convenir pour les assemblées et il fallait donc sacraliser des locaux dans lesquels les quelques éléments hérités du siècle précédent n'existaient pas. On y remédia par le tableau de Loge. La date de son apparition est incertaine. Mais des textes indiquent que, dans le premier quart du XVIIe siècle on dessinait à la craie et au charbon, à même le sol, l'image de la Loge que l'on effaçait à la fin de la réunion. Elle était en forme de croix et devint « oblongue » avec « ... les innovations dernièrement introduites par le Docteur Desaguliers et quelques autres modernes » (fin d'une citation de 1726).

Sacrilèges, ils remplacèrent craie et charbon par des rubans, clous et lettres mobiles. Les moquettes des demeures seigneuriales où se tenaient les Loges de certains hauts personnages expliquent sûrement la nouvelle procédure. Selon un catéchisme de l'époque « les rubans étaient blancs et cloués, les lettres, E pour East, S pour South. » Plus tard, ce décor fit place à un tapis, puis à un tableau : on y voyait les colonnes de Salomon, le soleil, la lune, des outils du métier, les deux pierres, etc., sans que cela soit réglementé par un texte.

Si, dans le temps des « acceptés » la loge était éclairée par une flamme sortant d'une terrine « triangulaire » dans laquelle brûlait de l'esprit de vin ; les spéculatifs utilisaient des flambeaux. A noter au passage que les opératifs et les acceptés du 17e siècle n'ont jamais utilisé le triangle comme symbole et que la terrine signalée ci-dessus devient une innovation. Selon les manuscrits 1700 - 1720, les flambeaux appelés à devenir « Les Lumières » étaient toujours au nombre de trois, jamais plus. Pour Edimbourg qui est le premier à les citer, 1698. Ils représentent le maître, le surveillant et le compagnon. Le Sloan, manuscrit 1700, donne une autre version, le soleil, le maître et l'équerre. Pour le Dunfries, 1710, ces trois flambeaux devenus trois piliers sont l'équerre, le compas et la Bible. Deux textes de 1724 et 1725 disent qu'il s'agit du Père, du Fils et du Saint-esprit. Puis un groupe de trois textes propose hardiment douze lumières qui sont, dans l'ordre le Père, le Fils, le Saint-esprit, le soleil, la lune, le maître maçon, l'équerre, la règle et les outils dénombrés à cette époque. Remarquons l'absence très importante de la bible et du compas.

Elles croîtront en nombre, et vers le milieu du siècle un grade écossais en disposera de quatre-vingt une. Leur position au sein de la Loge varie constamment. Prichard 1730 et le Wilkinson manuscrit 1730, les font voyager et leur attribuent le soleil, la lune et le maître de la loge. C'est ainsi que la France les interprétera de 1730 à 1760. Nouvelle variation à partir de cette date : elles seront six, trois grandes lumières, bible, équerre et compas, trois petites lumières, soleil, lune et le maître de la Loge.

Peut-être y en avait-il déjà six en 1730, car Prichard et Wilkinson, à l'instant cités, disent : « trois piliers supportent la Loge : sagesse, force et beauté », formule que l'on aperçoit pour la première fois dans un texte maçonnique. Sentence purement symbolique, surajoutée au groupe des trois lumières, soleil, lune et maître maçon, avec lesquelles ils ne se confondent pas. La destination de ces symboles ne deviendra définitive qu'en 1760 lorsqu'ils seront rattachés respectivement au maître de la Loge, aux premier et second surveillant. A cette époque nombre de diplômes de Loges délivrés à leurs membres portent la maxime « Force et Stabilité » il semble qu'elle s'applique à l'Eglise en vue d'assurer sa pérennité, mais on ne la trouve qu'en France et dans ce seul genre de document.

Nous n'avons aucune explication satisfaisante pour la présence du pavé mosaïque dans la Loge en dépit d'un symbolisme assez évident. Il semble qu'à l'époque où l'on dessinait le tableau de Loge sur le sol, il y ait eu nécessité de diviser ce dernier, sans doute pour situer officiers, compagnons et apprentis, et que furent ainsi tracés des carrés noirs et blancs pour distinguer les emplacements, ce qui n'a rien de probant.

En Angleterre le tapis mosaïque était bordé de bleu et dentelé rouge, terminé aux quatre coins par un gland. Y a-t-il rapprochement avec la houppe dentelée qui illustre le Catéchisme des Francs-Maçons » édition de 1747, représentée par une longue corde terminée par deux glands et qui entoure la partie supérieure du tableau ? Hiram était le fils d'une veuve. Nous, ses frères, sommes « les Enfants de la Veuve ». En héraldique française les armes d'une veuve sont entourées de la même corde décrite ci-dessus, et le cadre du tableau de ces armes bordé de triangles noirs et blancs. Ainsi pourrait s'éclairer le sens de ce symbole qui nous est parvenu dans une obscurité relative.

Dès leur origine les maçons spéculatifs s'inscrivirent dans l'Ordre cosmique. Témoins : le soleil, la lune, les quatre points cardinaux dessinés sur les tableaux de Loge et l'orientation de celle-ci, les directions dans lesquelles les maçons sont censés se déplacer : d'où venez-vous ? Où allez-vous ? les voyages effectués i cours de la réception d'un candidat à l'admission dans le sens de la rotation du soleil, l'Etoile flamboyante du second degré, la voûte étoilée, un baldaquin bleu nuit, parsemé d'étoiles. Tout cela concrétise la volonté de faire de la Loge une représentation de l'Univers. Dès 1710, le Dunfries manuscrit n0 4, celui du Trinity College de Dublin 1711. Le catéchisme de Prichard 1730, etc. le confirment, qui, à la question : « Quelle est la hauteur de la Loge ? » répondent : « aussi incommensurable que celle du firmament et de ses étoiles. »

Le mobilier de la Loge était des plus réduits. La table du Vénérable de plain pied. L'estrade à trois marches viendra beaucoup plus tard avec le maître et le livre ; au bas de celle-ci, une petite table basse sur laquelle étaient placés l'équerre et le compas : au moment de l'obligation, le candidat posait le genou droit sur ces deux outils, qui formait ainsi équerre avec l'autre jambe.

Le tableau de Loge déjà cité et les flambeaux - trois ou trois groupes de trois, disposés indifféremment aux angles du tapis, selon l'époque et le lieu. Ni chaises, ni tables. Les frères étaient debout, le vénérable assis. Tard dans le siècle, les surveillants bénéficièrent également d'une table chacun et d'une colonnette de 25 centimètres environ.

Lorsque les circonstances le permettaient, les deux colonnes de Salomon encadraient la porte d'entrée : elles étaient surmontées d'un chapiteau (la Bible, Roi III - 15 dit deux) couvert de grenades. Salomon avait nommé la première, celle de gauche, Booz, qui paraît avoir été un de ses ancêtres, l'autre Jakin, mais le texte ne fournit aucune explication. Gauche -droite, droite - gauche ? L'inversion eût lieu en Angleterre, entre 1730 et 1735, sur injonction à la suite de la révélation de ces mots sacrés dans le monde profane afin de pallier leur utilisation par des personnages qui n'auraient pas été admis régulièrement.

Une gravure anglaise, vers 1750, montre une table, immense occupant la presque totalité de la pièce, autour de laquelle les frères debout, tête nu assistent à la réception d'un apprenti : le vénérable, maillet en main, et coiffé d'un tricorne siège à une extrémité, livre, équerre devant lui. Trois petits flambeaux en triangle aux coins de la table. L'attitude des frères, revêtus d'un tablier long, bavette baissée est assez désinvolte indiscutablement ils ne savent quoi faire de leurs mains qu'ils mettent alors dans leurs poches. Plus tardif, 1787, un tableau célébré représente la remise d'un prix au F... Robert Burns, poète et écrivain, au cours d'une tenue solennelle de la Cannongate Lodge d'Edimbourg. Les frères, très nombreux, sont disséminés dans la salle. On n'ose dire le temple, bien qu'il y ait un orient avec estrade surélevée et trois plateaux. Debout, assis ou négligemment allongés, devisant autour des tables éparpillées un peu partout. Curieuse image d'une réunion maçonnique qui s'apparente beaucoup plus à une réception très mondaine de la gentry, mais ils étaient revêtus de leur tablier et sans cordon.

Les tabliers étaient de peau blanche, bordés d'un ruban de couleur bleue ou blanche ainsi en avait décrété la Grande Loge d'Angleterre, le 17 mars 1731. Antérieurement, le 27 juin 1726, elle avait ordonné que les maîtres de Loge et les surveillants « porteraient les bijoux de la maçonnerie » pendus à un ruban blanc passé autour du cou, les maîtres l'équerre, les surveillants le niveau et le fil à plomb ». Le 17 mars 1731 ces bijoux devaient être en or ou dorés et le ruban bleu. Cette décision ne fut pas toujours respectée, et en 1739 la Loge Antiquity conservait le « cordon vert selon les anciennes coutumes ». Pour d'autres il était jaune, et le tablier blanc mais bordé de rouge. Le compas-bijou est signalé dans le Dunfries manuscrit n0 4 en 1710 et le frontispice des Constitutions d'Anderson 1723 montrent le Duc de Montaigu, grand maître de la Grande Loge le passant au Duc de Wharton, son successeur. La couleur des pointes en cuivre du compas et celle du corps en acier détermineront que désormais le collier sera jaune et bleu, ce que le « Trahi » de 1745 confirme également. Il deviendra bleu par la suite et celui du maître des banquets continuera d'être rouge ainsi que son tablier. En 1742, le vénérable porte l'Equerre et le compas, les autres officiers seulement ce dernier. Ce n'était pas impératif, mais c'est la première mention en France de ce qui se perpétue de nos jours.

Le cordon n'avait qu'un but : suspendre les bijoux et distinguer ainsi les officiers : ils ne possédait aucun sens symbolique. En 1759, une gravure montre qu'on le portait de gauche à droite, ce qui tend à dire qu'il n'était pas le symbole du port de l'épée en loge, donc symbole d'Egalité. Aucun des personnages, officiers compris, représentés sur les gravures, ne porte de gants.

Deux questions à propos du rituel. Le mot n'apparaît dans aucun des statuts et règlements des Grandes Loges. Il semble découler de soi-même, de la nature des « événements » maçonniques décrits dans les narrations fournies par les « Divulgations ». Quant à la « chose » rituelle, c'est-à-dire l'ordonnancement des cérémonies elle paraît avoir été codifiée tard dans le siècle, en France tout au moins.

La plus grosse difficulté que l'on rencontre dans l'étude des rituels vient du fait que, jusqu'en 1858 leur impression en était interdite, et que par conséquent ils sont tous manuscrits, jamais datés et sans origine. La seule édition imprimée avant cette date fut celle du Régulateur maçon, 1801, reproduisant très exactement les rituels établis par le Grand Orient en 1782 pour le rite français, mais qui le fut à l'insu de celui-ci. A partir de 1800 un certain nombre de « Thuileur » parurent, sous la signature de maçons souvent éminents, mais maçonniquement parlant, illégalement. Reconnaissons aussi qu'aucune étude « scientifique » de la rituélie maçonnique n'a jamais été faite et que son approche reste toujours délicate.

Par André DORE 33° - Publié dans : Rites et rituels
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Mercredi 23 janvier 2013 3 23 /01 /Jan /2013 07:19

Le Rite Anglais Style Emulation n'est pas seulement le rite le plus pratiqué en Angleterre, il est aussi le plus répandu à travers le monde. Il est pourtant très peu présent en France même s’il connaît depuis peu un engouement croissant. Ceci, grâce sans doute à la force de son contenu et aux perspectives nouvelles qu'il offre aux Maçons français.

Les origines

Le Rite Anglais Style Emulation, plus communément appelé Emulation, doit son nom à « l'Emulation Lodge of Improvement ». Cette "Loge de Perfectionnement Emulation" fut, à partir de 1823, l'une des loges chargée d'instruire les frères à propos des pratiques rituelles résultant de l'Union des deux Grandes Loges qui formèrent en 1813, la Grande Loge Unie d'Angleterre.
Revenons donc brièvement sur cet épisode capital et pourtant souvent méconnu des maçons français, qui vit s’affronter durant plus de 60 ans deux grandes Loges rivales en Angleterre.
On a souvent trop tendance à croire que la Grande Loge de Londres créée en 1717 fédéra très vite autour d'elle l'ensemble des pratiques maçonniques anglaises. Il n'en est rien. Si ce nouveau « Corps Maçonnique » connut assez vite (après quelques balbutiements de prime jeunesse tout de même) une croissance importante et surtout une fréquentation de choix, il n'en reste pas moins que prospérèrent d'autres pratiques maçonniques en dehors de son cercle et ce jusque dans Londres même.(1)
En 1751 se constitue une Grande Loge autonome et rivale qui prend le nom de "Grande Loge des Antients"(2). Par opposition et par raillerie, cette Grande Loge des Antients appellera l'autre Grande Loge: les "Modernes", une appellation qui lui restera par la suite. L'affrontement entre les deux grandes loges va être sévère et sans concession. Les Antients (non sans raisons sans doute) reprochent avec véhémence aux Modernes d'avoir modifié le rituel et les pratiques anciennes dont les Antients seraient les seuls dépositaires. Les Modernes contestent ces accusations et prétendent aussi être les seuls garants de la vraie pratique.
Cette Grande Loge des Antients va connaître, elle aussi, un succès certain. Sous l'influence de Laurence Dermott, son Grand Secrétaire pendant 18 ans, elle se dotera de constitutions, Ahiman Rezon, à l'égal de sa concurrente mais elle comprendra aussi que pour pouvoir rivaliser avec elle, il lui faudra pouvoir compter sur la protection et le patronage de nobles de haut rang. Elle trouvera dans les Ducs d'Atholl les protecteurs dont elle avait besoin.
Il faut souligner ici à quel point les querelles incessantes entre les deux grandes Loges vont semer la confusion parmi les maçons non seulement anglais, mais aussi du monde entier. Citons pour exemple une anecdote révélatrice. Benjamin Franklin était membre de la St John Lodge de Philadelphie qui était une Loge Moderne. De retour de l'un de ses voyages en France, il découvrit que sa Loge avait changé de Grande Loge et possédait désormais une patente des Antients. Celle-ci refusa de le reconnaître et lui refusa même les Honneurs Maçonniques pour ses funérailles !
Il faudra attendre les années 1800 pour qu'un rapprochement puisse être envisagé. Après nombre contacts puis négociations, l'Union eut finalement lieu le 27 décembre 1813. On avait préalablement pris le soin d'installer le Duc de Kent dans la chaire du Grand Maître de la Grande Loge des Antients et son frère le Duc de Sussex dans celle de la Grande Loge des Modernes. Le Duc de Sussex fut sans doute l'un des principaux artisans de cette réconciliation mais aussi celui d'un mouvement certain de déchristianisation du rituel. Il restera 30 ans à la tête de la Grande Loge Unie d'Angleterre.

L'Emulation Lodge of Improvement

Les rituels des deux Grandes Loges étaient sensiblement différents et ce ne fut pas sans mal que fut mis au point un rituel commun, acceptable par les deux parties. De plus, l'Arc Royal pratique spécifique des Antients posait un problème presque insoluble, les Antients considéraient l'Arc Royal comme le couronnement de la pratique maçonnique alors que les Modernes refusaient catégoriquement d'ajouter un quatrième grade aux trois existant déjà. Personne ne voulant céder, on résolut alors de s'accorder sur une formulation pour le moins étonnante et qui restera sans doute comme l'un des plus beaux exemples de pragmatisme (ou d'hypocrisie) maçonnique: "La maçonnerie est constituée de trois grades et trois grades seulement, y compris l'Arc Royal". Du grand art...
Une "Lodge of Promulgation" fut formée dès 1809 par les Modernes pour examiner le rituel et faire des recommandations. De 1813 à 1816, une "Lodge of Reconciliation", composée à parité de frères Antients et Modernes fut créée par la nouvelle Grande Loge Unie. Sa mission fut de finaliser un rituel commun et en faire la démonstration aux Loges. Sa mission terminée, celle-ci fut dissoute.
Des Loges d'instruction prirent alors le relais pour la diffusion de ce rituel auprès des loges. La première d'entre elles fut la "Stability Lodge" fondée dès 1817. "L'Emulation Lodge of Improvement" fut constituée le 2 octobre 1823 sous l'impulsion de la Loge des Grands Stewards qui voulait voir éclore une loge d'instruction du plus haut niveau, capable de transmettre le rituel conformément aux standards d'excellence de la Loge des Grands Stewards (Les Grands Stewards sont considérés depuis toujours et jusqu'à aujourd'hui comme les gardiens du rituel dans sa plus pure perfection)
Grâce au travail de Frères comme Peter Gilkes ou George Claret, "l'Emulation Lodge of Improvement" connut un développement important et devint très vite une référence incontestée.
La Grande Loge Unie d'Angleterre ne publia jamais de rituel de référence laissant aux Loges le soin de le transmettre la pratique. Avec le temps, de légères différences se perpétuèrent.
Ceux qui se référaient aux pratiques de "l'Emulation Lodge of Improvement" se réclamèrent d'un "Emulation working" , d'un style, d'une pratique Emulation. Mais Emulation n'est pas le seul "working" pratiqué aujourd'hui en Grande-Bretagne et ailleurs. Il existe aussi un "working" dit Stability (du nom de la Loge d'instruction sus citée) ou d'autres "workings" encore comme l'Oxford, le Standard, le Taylor... Les différences entre ces "workings" sont minimes, mais elles existent.
C'est la raison pour laquelle il est plus juste de parler d'un Rite Anglais pratiqué selon plusieurs "styles". Notre regretté frère Gérard Gefen, grand maçon Emulation s'il en est, avait proposé la terminologie de "Rite Anglais, Style Emulation" dans les années 1980. Elle s'est aujourd'hui imposée avec raison.
"L'Emulation Lodge of Improvement" mettra 146 ans à publier son premier rituel "officiel" (1969). Pour sa part, la Grande Loge Unie d'Angleterre n'a toujours pas publié de rituel "officiel" respectant ainsi les différentes pratiques actuelles.
"L'Emulation Lodge of Improvement" est toujours en exercice aujourd'hui. Elle porte le numéro 256 et se réunit tous les vendredis d'octobre à juin à 18h15 au Freemason's Hall de Londres. Elle n'est ouverte qu'aux maîtres maçons et poursuit son oeuvre d'instruction.

L'esprit du Rite Pour un Maçon français, Emulation est pour le moins dépaysant. Il peut surprendre par sa rigueur, il conquiert par sa force intérieure.
Commençons tout d'abord par revenir sur un poncif trop souvent rabaché. Il est en effet surprenant de lire à chaque fois que l'on parle d'Emulation que sa spécificité première est l'oralité.
En fait, Emulation n'est pas plus caractérisé par l'oralité qu'un autre rite. Bien sûr, Emulation est en général appris par coeur, mais il ne s'agit là que d'une tradition maçonnique ancienne qui s'appliquait autrefois à tous les rituels maçonniques. Cette tradition est aujourd'hui encore perpétrée par les maçons anglo-saxons en général, et ceci en dehors de tout rite particulier. Que ce soit en Australie, au Canada, aux Etats-Unis, en Irlande ou au Japon, au Rite dit "d'York", à Stability mais aussi dans les "hauts-grades" du Scottish Rite, les maçons anglo-saxons pratiquent en général le par cœur.
La véritable spécificité d'Emulation réside bien plus dans l'importance donnée à la gestuelle. Les cérémonies Emulation sont réglées "comme sur du papier à musique". Le rituel doit être suffisamment intégré de façon à libérer celui qui officie et lui permettre de vivre le rituel "de l'intérieur".
La gestuelle joue un grand rôle dans le pouvoir évocateur d'Emulation. Chaque geste compte et chaque détail est signifiant, si bien pour celui qui le réalise que pour celui qui le regarde.
Pour savoir ce que peut signifier une équerre, on peut en chercher la symbolique, en faire des planches et des planches, intellectualiser jusqu'à la glose. C'est une voie. Mais pour celui qui forme l'équerre avec son corps et qui vit intérieurement l'équerre par sa pratique, simplement en réalisant son signe d'ordre parfaitement, en en ressentant profondément la signification, parler devient inutile et réducteur. C'est la voie proposée par Emulation. La rigueur devient alors une ascèse qui rapproche le maçon Emulation de l'acte juste et donc d'une meilleure compréhension de son art, par l'intérieur. Directement, sans nécessité d'intellectualisation
Emulation peut faire penser aux katas des arts martiaux, ces mouvements fondamentaux de l'Aikido, du Judo ou du Kendo que l'on répète inlassablement jusqu'à les maîtriser parfaitement.
Etant jeune, je faisais du tir à l'arc avec un maître qui, à plus de soixante-dix ans, n'y voyait plus grand chose mais ne mettait jamais ses lunettes pour tirer et atteignait pourtant toujours sa cible. Ce qui est important disait-il, ce ne sont ni les yeux, ni la cible, c'est le geste. Le jour où tu maîtriseras le geste, tu maîtriseras le tir à l'arc.
On comprend mieux alors l'intérêt qu'il peut y avoir à savoir son texte par coeur. On peut ainsi se dégager du livret, lever les yeux et entrer dans le rituel par la gestuelle. Une expérience inoubliable.
Une tenue émulation est un moment de très grande intensité, de concentration collective. Voici sans doute pourquoi, dans sa grande sagesse, Emulation a prévu une "2ème mi-temps" qui fait entièrement partie de la tenue et qui possède son rituel propre, mais qui permet une "décompression" progressive dans la bonne humeur : les Agapes (Festive Board en anglais...).

Rites Antients, Rites Moderns

Avant d'aller plus loin et d'entrer dans les spécificités de la pratique Emulation, il est nécessaire de vous révéler enfin qui a"gagné la partie" lors de l'union de 1813. Il faut le reconnaître les Antients l’ont emporté haut la main pour ce qui est de l’influence qu’ils ont imprimée au rituel d’Union (par ailleurs, ils n’ont pas nécessairement gagné en ce qui concerne la course aux pouvoirs internes). Emulation est donc un rituel de type Antient.
On comprend alors mieux pourquoi Emulation paraît aussi exotique à un maçon français qui, lui, pratique un rite de type Moderne.
En effet, le type de maçonnerie qui s’installa en France à la fin des années 1720 fut implantée par des maçons anglais de type Modernes. Cette maçonnerie se développa en France à son rythme et selon une histoire proprement française. Elle ne subit quasiment pas les conséquences de la querelle des Antients et des Modernes à contrario de nombreux pays anglo-saxons. La France perpétua donc sous ses différentes formes de Rites Français des rites de type Modernes. (3)
Nous nous trouvons donc dans une situation de parfaite complémentarité entre Emulation et les Rites Français.
C’est ce qu’avait compris, il y a déjà plus de 40 ans, mon maître René Guilly en bataillant d’un côté pour développer en France Emulation et en reconstruisant patiemment d’un autre le Rite Français Traditionnel. Pour lui, la compréhension de la Maçonnerie ne pouvait se faire que par une pratique de ces deux rites complémentaires. Toutes les recherches maçonniques lui ont donné raison.

La pratique Emulation

Nous nous contenterons ici de survoler quelques particularités spécifiques à Emulation qui pourraient intéresser les maçons français.

Les mots J et B ont été intervertis.
Il s’agit là de l’une des différences importantes entre les rites Antients et Modernes. A Emulation, le mot de l’apprenti est B. et le mot du compagnon est J . . Plusieurs thèses s’affrontent sur les causes et les origines de cette différence. Les thèses les plus couramment admises voudraient que les Modernes aient délibérément interverti les mots, soit pour certains, suite à la divulgation de Samuel Pritchard de 1730, soit pour d’autres, en 1739 ou plus tard même afin d’interdire aux « pré-Antients » de se faire accepter leurs Loges. Il se pourrait bien pourtant qu’une autre thèse bien différente l’emporte. Il pourrait simplement s’agir d’un choix différent fait par les Anglais et les Irlandais au moment ou les deux mots J. et B. se sont « séparés ». Comme chacun sait, le Mot du Maçon était en fait formé au départ des deux mots J. et B., ensemble. Lors de la structuration de la maçonnerie en trois grades Apprenti/Compagnon/Maître, les anglais auraient attribué J. à l’apprenti et B. au compagnon et les irlandais auraient eux fait un choix inverse en donnant B. à l’apprenti et J. au compagnon. Les Irlandais ayant largement influencé les rituels des Antients, ils leur auraient donc apporté cet usage.
Les Surveillants ne sont pas placés aux mêmes endroits que dans les loges françaises. En effet, à Emulation le Premier Surveillant est placé plein Ouest (il indique le soleil à son couchant et ferme la Loge) et le Second Surveillant est lui placé au Sud (il indique le soleil à son plus haut point et appelle les frères au travail). Ils sont placés dans la loge de façon à former avec le Vénérable Maître une équerre virtuelle. Il s’agit là d’une disposition spécifique aux Antients attestée dès 1760 dans la divulgation dite des « Three Distincts Knocks ».
Présence de deux Diacres. Cet office particulier aux Antients est un peu le pendant des Experts dans les rites français. Les Diacres sont chargés de conduire les candidats durant les cérémonies. Ils sont aussi messagers comme le signifient la colombe (autrefois un Hermès ailé) qu’ils portent en bijou. Messager du Vénérable Maître au Premier Surveillant, pour le Premier Diacre et du Premier Surveillant au Second Surveillant pour le Second Diacre.
Cet office de Diacre est très ancien, mais comme le souligne Chetwode Crawley, il ne faut pas confondre les offices des Diacres écossais avec ceux des Diacres irlandais. La maçonnerie écossaise atteste dès les débuts du XVIIème siècle de la présence d’un Diacre qui est en fait celui qui dirige la Loge. Le Diacre Emulation est sans doute plus issu de la tradition Irlandaise ou le diacre est l’officiant.
Pas de chapeau ni d'épée.
Le port du chapeau et de l’épée sont des traditions purement françaises. Au XVIIIème siècle, là ou les anglais, par souci de fraternité ont interdit les épées dans les Loges, les français ont, eux, donné le droit à tous les frères de porter l’épée.
La « filière »
Les prescriptions Emulation n’imposent au futur Vénérable Maître que d’avoir été au moins un an Surveillant actif. Il est pourtant d’usage de respecter une sorte de « filière » qui donne à chaque frère à la fois la possibilité de servir, d’apprendre et de progresser dans sa Loge. Le cursus d’un frère dans la Loge devrait donc être, s’il y a lieu, Apprenti, Compagnon, Maître, puis Couvreur, Second Diacre, Premier Diacre, Second Surveillant, Premier Surveillant, et enfin Vénérable Maître, et ensuite Passé Maître Immédiat. Le Vénérable Maître ne restant en chaire en général qu’un an, on fait avancer chaque officier d’un cran chaque année, jusqu’à ce qu’il reçoive les bienfaits de l’Installation. Bien sûr, rien n’est automatique, il s’agit d’un principe qui peut être modifié selon les besoins de la Loge et la volonté du Vénérable Maître en chaire.
Les autres officiers (Secrétaire, Maître des Cérémonies…) sont nommés à la discrétion du Vénérable Maître. Le Trésorier et le Tuileur sont élus, le premier devant gérer le trésor de la Loge et le second percevoir un salaire pour sa tâche.
La Cérémonie d'Installation Secrète
Emulation confère au Vénérable Maître lors de son installation ce qui ressemble fort à un grade. Les frère Maîtres non-installés, c’est-à-dire qui n’ont jamais accédé au Vénéralat, doivent alors quitter la Loge et c’est en Conseil de Maîtres Installés que le nouveau Vénérable Maître recevra au cours d’une cérémonie secrète, un mot et un signe. Il sera de même instruit d’une légende particulière à cette qualification.

Emulation à la française…

Au terme de cette trop courte visite de ce rite passionnant, je voudrais insister sur tout l’intérêt qu’un maçon français pourra tirer d’Emulation.
Il faut d’abord ne pas regarder Emulation comme un rite anglomaniaque. D’ailleurs, comme on l’a vu, ce rite anglais est en fait très… irlandais, un brin écossais et a sans doute été influencé aussi par des pratiques françaises (Le Rite Français étant lui par contre en réalité d’ascendance très anglaise, il faut bien en convenir…). Emulation n’est pas réservé aux anglais, il n’y a d’ailleurs pas plus « international » qu’Emulation. On peut être français et s’épanouir pleinement dans Emulation. La très grande majorité des frères de ma Loge Mère ne parlent pas un mot d’anglais et connaissent bien mieux l’adresse du troquet le plus proche de notre Loge que celle de la Grande Loge Unie d’Angleterre.
Ce qui me paraît le plus important à souligner ici, c’est surtout la chance qui nous est aujourd’hui offerte en France d’avoir à notre disposition directe si bien un rite Moderne qu’un rite Antient et de pouvoir nous enrichir ainsi de cette complémentarité extraordinaire pour une meilleure compréhension de notre art.
Pour finir, je me permettrais de conseiller aux frères qui veulent aller plus loin dans cette recherche de rendre une petite visite au site internet de la Rudyard Kipling Lodge (http://www.rudyard-kipling.fr). Ils y trouveront, en ligne et en accès libre, de nombreuses informations sur le Rite Anglais Style Emulation, les principaux textes historiques et divulgations, mais surtout, plusieurs années de comptes-rendus de travaux de recherches.

Philippe R.
PM, PMM, PZ, PCN, GS.

Notes :

1.Loges "indépendantes" de constitution plus anciennes ne voulant pas intégrer le "nouveau" système et/ou Loges nouvelles constituées séparément par des maçons que la nouvelle Grande Loge de Londres ne tenait pas à agréger, et/ou maçons "d'importation", notamment maçons Irlandais et Ecossais, l'étude de cette maçonnerie non-intégrée au nouveau système ne cessera de nous surprendre. Mais il s'agit là d'une autre histoire...
2. Notons ici qu'on a longtemps voulu nous faire croire que cette Grande Loge des Antients n'était en fait qu'une scission de la Grande Loge de Londres. Sans doute parce qu'il était plus acceptable de présenter l'histoire comme celle de Frères de la même famille, séparés un temps, qui se retrouverons enfin dans une joyeuse et tout naturelle "Happy-end". Nous savons aujourd'hui qu'il n’en est rien. Ce qui n'exclue d'ailleurs pas que les Antients aient pu aussi être rejoints par un certain nombre de Frères issus de la Grande Loge des Modernes.
3. Le cas du Rite Ecossais Ancien et Accepté est un peu particulier. Au début du XIXème siècle, ce système de hauts grades voulut se doter des 3 premiers grades symboliques. C’est un système de type Antient qui fut retenu, mais avec le temps de très nombreux éléments Modernes issus du Rite Français entrèrent dans ce rite qu’il faut bien l’avouer, est aujourd’hui très composite.


Source : http://www.rudyard-kipling.fr/rite-anglais-style-emulation.html

Commentaire : le Rite le plus pratiqué dans le monde est le Rite York. Celui des Grandes Loges américaines

 

Par Philippe. R - Publié dans : Rites et rituels
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Mardi 22 janvier 2013 2 22 /01 /Jan /2013 07:59

 

Longtemps après la mort d'Hiram et de Salomon, après que les armées de Nabuchodonosor eurent détruit le royaume de Juda, rasé la ville de Jérusalem, renversé le Temple, emmené en captivité ceux qui avaient survécu au massacre des populations ; alors que la montagne de Sion n'était plus qu'un désert aride où paissaient quelques maigres chèvres gardées par des Bédouins faméliques et pillards, un matin trois voyageurs arrivèrent au pas lent de leurs chameaux.

Ces trois voyageurs étaient des Mages, des Initiés de Babylone membres du Sacerdoce Universel, qui venaient en pèlerinage et en exploration aux ruines de l'ancien Sanctuaire. Les Pèlerins parcoururent l'enceinte ravagée. Les vestiges des murs et des fûts des colonnes leur permirent de déterminer les limites du Temple. Ils se mirent ensuite à examiner les chapiteaux gisant à terre, à examiner les pierres pour y découvrir des inscriptions ou des symboles. Pendant qu'ils procédaient à cette exploration, ils découvrirent une excavation sous un pan de mur renversé au milieu des ronces.

C'était un puits situé à l'angle Sud-est du Temple. Ils s'employèrent à en déblayer l'orifice, après quoi l'un d'eux, le plus âgé, se couchant à plat ventre sur le bord, regarda à l'intérieur. On était en été au milieu du jour, le Soleil brillait au Zénith et ses rayons plongeaient presque verticalement dans le puits. Un objet brillant frappa les yeux du Mage. Il appela ses compagnons, qui se placèrent dans la même position et regardèrent. Il y avait là un objet digne d'attention : sans doute un bijou sacré. Les trois pèlerins résolurent de s'en emparer. Ils dénouèrent les ceintures qu'ils avaient autour des reins, les attachèrent bout à bout et en jetèrent une extrémité dans le puits. Alors, deux d'entre eux, s'arc-boutant, se mirent en devoir de soutenir le poids de leur chef qui descendait. Celui-ci, empoignant la corde, disparut par l'orifice.

En remontant jusqu'au meurtre d'Hiram, nous allons vous dire quel était l'objet qui avait attiré l'attention des pèlerins.

Quand le Maître, devant la porte de l'Orient, eût reçu le coup de pince du deuxième mauvais compagnon, il s'enfuit, ainsi que cela vous a été dit lors de votre réception au degré de Maître, pour gagner la porte du Sud; mais, craignant soit d'être poursuivi, soit de rencontrer un troisième mauvais compagnon, il enleva de son cou un bijou qui y était suspendu par une chaîne de 77 anneaux, (Durée de la construction du Temple : 77 mois) et le jeta dans le puits qui s'ouvrait au Sud-est du Temple. Ce bijou était un Delta d'une palme de côté fait du plus pur métal, sur lequel Hiram, avait gravé le nom Ineffable et qu'il portait sur lui, la face en dedans, le revers, seul exposé aux regards, ne montrant qu'une surface unie.

Tandis que, s'aidant des mains et des pieds, le Mage descendait dans la profondeur du puits, il constata que la paroi de celui-ci était divisée en zones ou anneaux faits en pierres de couleurs différentes, chacun d'eux d'une coudée environ de largeur. Quand il fut en bas, il compta ces zones et trouva qu'elles étaient au nombre de dix. Il baissa alors ses regards vers le sol, vit le bijou d'Hiram, le ramassa, le regarda, et constata avec émotion qu'il portait le mot Ineffable qu'il connaissait lui-même, car il était, lui aussi, un Initié parfait. Pour que ses compagnons, qui n'avaient pas comme lui, reçu la plénitude de l'Initiation, ne pussent le lire, il suspendit le bijou à son col par la chaînette, mettant la face en dedans, ainsi qu'avait fait le Maître. Il regarda ensuite autour de lui et constata l'existence, dans la muraille d’une ouverture par laquelle un homme pouvait pénétrer. Il y entra, marchant à tâtons dans l'obscurité. Ses mains rencontrèrent une surface, qu'au contact il jugea être du bronze. Il recula alors, regagna le fonds du puit, avertit ses compagnons pour qu'ils tinssent ferme la corde, et remonta.

En voyant le bijou qui ornait maintenant la poitrine de leur chef, les deux Mages s'inclinèrent devant lui; ils devinèrent qu'il venait de subir une nouvelle consécration. Il leur dit ce qu'il avait vu, leur parla de la porte de bronze. Ils pensèrent qu'il devait y avoir là un mystère; ils délibérèrent et résolurent d'aller ensemble à la découverte. Ils placèrent une extrémité de la corde faite des trois ceintures sur une pierre plate placée près du puits, et sur laquelle on lisait encore le mot "Jakin". Ils roulèrent dessus un fût de colonne où l'on voyait le mot "Boaz", puis s'assurèrent qu'ainsi tenue la corde pouvait supporter le poids d'un homme. Deux d'entre eux firent ensuite du feu Sacré à l'aide d'un bâtonnet de bois dur roulé entre les mains et tournant dans un trou fait en un morceau de bois tendre. Quand le bois tendre fut allumé, ils soufflèrent pour aviver la flamme. Pendant ce temps, le troisième était allé prendre, dans les paquetages attachés en croupe des chameaux, trois torches de résine qu'ils avaient apportées pour écarter les animaux sauvages de leurs campements nocturnes. Les torches furent successivement approchées du bois enflammé et s'enflammèrent elles-mêmes au feu Sacré. Chaque Mage, tenant sa torche d'une main, se laissa glisser le long de la corde jusqu'au fonds du puits.

Là, ils s'enfoncèrent sous la conduite de leur chef, dans le couloir menant à la porte de bronze. Arrivés devant celle-ci, le vieux Mage l'examina attentivement à la lueur de sa torche. Il constata au centre, l’existence d'un ornement en relief ayant la forme d'une couronne royale entourée d'un cercle composé de points au nombre de 22.

Le Mage s'absorba dans une profonde méditation, puis prononça le mot "Malkuth" et la porte s'ouvrit brusquement. Les explorateurs se trouvèrent alors devant un escalier qui s'enfonçait dans le sol ; ils s'y engagèrent, en comptant les marches. Quand ils en eurent descendu trois, ils rencontrèrent un palier triangulaire sur le côté gauche duquel commençait un nouvel escalier. Ils s'engagèrent dans celui-ci et après cinq marches trouvèrent un nouveau palier de mêmes forme et dimension. Cet escalier continuait du côté droit et se composait de sept marches. Ayant franchi un troisième palier, ils descendirent neuf marches et se trouvèrent devant une deuxième porte de bronze. Le vieux Mage l'examina comme la précédente et constata l'existence d'un autre ornement en relief représentant une pierre d'angle, entourée aussi d'un cercle de 22 points. Il prononça le mot "Yesod" et cette porte s'ouvrit à son tour.

Les Mages entrèrent dans une vaste salle voûtée et circulaire, dont la paroi était ornée de neuf fortes nervures partant du sol et se retrouvant au point central du sommet. Ils l'examinèrent à la lueur de leurs torches, en firent le tour pour s'assurer qu'il n'y avait pas d'autre issue que celle par laquelle ils étaient entrés. Ils n'en trouvèrent point et songèrent à se retirer; mais leur chef revint sur ses pas, examina les nervures les unes après les autres, chercha un point de repère, compta les nervures et soudain, il appela. Dans un coin obscur, il avait découvert une nouvel1e porte de bronze. Celle-là portait comme symbole un soleil rayonnant, toujours inscrit dans un cercle de 22 points. Le chef des Mages ayant prononcé le mot "Hod" elle s'ouvrit encore et donna accès à une deuxième salle.  

Successivement les explorateurs franchirent sept autres portes également dissimulées et passèrent dans de nouvelles cryptes. Sur l'une de ces portes, il y avait une tête de Lion; sur la suivante, une Lune resplendissante; puis ce furent : une règle, une courbe molle et gracieuse, un oeil, un rouleau de la Loi, et, enfin, une couronne Royale.

Les mots prononcés furent: Netsah, Tiphereth, Gueburah, Khesed, Binah, Hochmah et Kether. Quand ils entrèrent dans la neuvième Voûte, les Mages s'arrêtèrent surpris, éblouis, effrayés. Celle-là n'était point plongée dans l'obscurité; elle était, au contraire, brillamment éclairée. Dans le milieu étaient placés trois lampadaires d'une hauteur de onze coudées, ayant trois branches, sur chacune desquelles étaient trois lampes. Ces lampes Qui brûlaient depuis des siècles, malgré la destruction du royaume de Juda, le démantèlement de Jérusalem et l'écroulement du Temple, brillaient d'un vif éclat, illuminant d'une lumière à la fois douce et intense, tous les détails de la merveilleuse architecture de cette Voûte sans pareille, taillée en plein roc.

Les pèlerins éteignirent leurs torches devenues inutiles, ôtèrent leurs chaussures et rajustèrent leur coiffure comme en un lieu saint, puis ils s'avancèrent en s'inclinant neuf fois vers les gigantesques lampadaires. A la base du triangle formé par ceux-ci, était dressé un Autel de marbre blanc cubique de deux coudées de côté. Sur la face est étaient représentés, en or, les outils de la Maçonnerie, la Règle, l'Equerre, le Compas, le Niveau, la Truelle et le Maillet. Sur la face nord, on voyait les figures géométriques, le Triangle, le Carré, l'Etoile a cinq branches, et le Cube. Sur la face latérale sud on lisait les nombres: 27, 48, 343, 729, 1334, 2197.

Enfin sur la face Est, était représenté l'Acacia symbolique. Sur cet autel était posée une pierre d'Agate de trois palmes de côté; au dessus, on lisait, écrit en lettres d'or, le mot "Adonaï".

Les deux Mages disciples s'inclinèrent, adorèrent le nom de Dieu; mais leur chef, relevant au contraire la tête, leur dit : "Il est temps pour vous de recevoir le dernier enseignement qui fera de vous des Initiés complets. Ce nom n'est qu'un vain symbole qui n'exprime pas réellement l'idée de la Conception Suprême".

Il prit alors à deux mains la pierre d'Agate se retourna vers ses disciples en leur disant : "Regardez ! La Conception Suprême, la voilà ! Vous êtes au centre de l'Idée ! "

Les disciples épelèrent les lettres lod, Hé, Vau, Hé, et ouvrirent la bouche pour prononcer le Mot, mais il leur cria : "Silence ! C'est le mot ineffable qui ne doit sortir d'aucune lèvre ! "

Il reposa ensuite la pierre d'Agate, sur l'autel, prit sur sa poitrine le bijou du Maître Hiram et leur montra que les mêmes signes s'y trouvaient gravés. "Apprenez maintenant, continua-t-il, que ce n'est pas Salomon qui fit creuser cette Voûte hypogée, ni construire les huit qui la précèdent, pas plus qu'il n'y cacha la pierre d'Agate. La pierre fut placée par Énoch, le premier de tous les Initiés, l'Initié initiant, qui ne mourut point, et qui survit dans tous ses fils spirituels. Énoch vécut longtemps avant Salomon, avant le Déluge. On ne sait à quelle époque furent bâties les huit premières Voûtes et celle-ci creusée dans le roc vif ".

Cependant les nouveaux Grands Initiés détournèrent leur attention de l'autel et de la pierre d'Agate, regardèrent le ciel de la salle qui se perdait à une hauteur prodigieuse, parcoururent la vaste nef où leurs voix éveillaient des échos répétés. Ils arrivèrent ainsi devant une onzième porte, soigneusement dissimulée et sur laquelle le symbole était un vase brisé. Ils appelèrent leur Maître et lui dirent: "Ouvre-nous encore cette porte, elle doit cacher un nouveau mystère". "Non, leur répondit-il, il ne faut point ouvrir cette porte. Elle cache un mystère, mais un mystère terrible, un mystère de mort ! "- "Oh ! Tu veux nous cacher quelque chose, le réserver pour

toi; mais nous voulons tout savoir, nous l'ouvrirons nous-mêmes, cette porte". Ils se mirent alors à prononcer tous les mots qu'ils avaient entendus de la bouche de leur Maître; puis, comme ces mots ne produisaient aucun effet, ils dirent tous ceux qui leur passèrent par l'esprit. Ils allaient renoncer, quand l'un deux prononça : "Nous ne pouvons pas cependant continuer à l'infini" (EiGn Soph.).

Sur ce mot, la porte s'ouvrit avec violence, les deux imprudents furent renversés sur le sol, un vent furieux souffla dans la Voûte; les lampes magiques en furent éteintes.

Le Maître se précipita sur la porte, s'y arc-bouta, appela ses disciples à l'aide; ils accoururent à la voix, s'arc-boutèrent avec lui; et leurs efforts réunis parvinrent à refermer la porte. - Mais les lumières ne se rallumèrent point; les Mages furent plongés dans les ténèbres les plus profondes. Ils se rallièrent à la voix de leur Maître. Celui-ci leur dit : "Hélas ! cet événement terrible était à prévoir. Il était écrit que vous commettriez cette imprudence. Nous voici en grand danger de périr dans ces lieux souterrains ignorés des hommes. Essayons cependant d'en sortir, de traverser les huit Voûtes et d'arriver au puits par lequel nous sommes descendus. Nous allons nous prendre par la main, nous marcherons jusqu'à ce que nous trouvions une muraille; nous suivrons ensuite celle-ci jusqu'à ce que nous rencontrions la porte de sortie. Nous recommençons dans toutes les salles jusqu'à ce que nous soyons arrivés au pied de l'escalier de vingt-quatre marches. Espérons que nous y parviendrons".

Ainsi firent-ils. Ils passèrent des heures d'angoisse, mais ils ne désespérèrent point. Ils arrivèrent au pied de l'escalier de vingt-quatre marches.

Ils le gravirent en comptant, 9, 7, 5, 3, et se retrouvèrent au fond du puits. Il était minuit; les étoiles brillaient au firmament; la corde pendait toujours.

Avant de laisser remonter ses compagnons, le Maître leur montra le cercle découpé dans le ciel par l'ouverture du puits et leur dit : "Les dix cercles que nous avons vus en descendant symbolisent les neuf Voûtes et l'escalier. La dernière correspond au nombre onze, celle d'où a soufflé le vent du désastre : c'est le Ciel infini et ses luminaires hors de notre portée".

Les trois Initiés regagnèrent l'enceinte du Temple en ruines; ils roulèrent de nouveau le fût de colonne, sans y voir le mot "Boaz" ; ils détachèrent leurs ceintures, s'en enveloppèrent, se mirent en selle, puis, sans échanger de paroles, plongés dans une profonde méditation, sous le ciel étoilé, au milieu du silence de la nuit, ils s'éloignèrent, dans la direction de Babylone, au pas lent de leurs chameaux.

 Source : Rituel RAPMM

Par Rituel RAPMM - Publié dans : Rites et rituels
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Mardi 15 janvier 2013 2 15 /01 /Jan /2013 08:59

Ouverture de la Loge  

 

VM: Mes Frères, unissez-vous à moi pour ouvrir cette Loge. Frère Grand Directeur

 des Cérémonies quelle est votre place dans la Loge ?  

DC : À l’entrée de la Loge, VM  

VM : Quel est votre devoir ?  

DC : Annoncer tous les Frères qui s’approchent et veiller à ce qu’ils soient

correctement vêtus et rangés sous leurs étendards respectifs.  

VM : Les trouvez-vous ainsi correctement rangés ?  

DC : Je le crois, VM  

VM : Où est placé le 2° Surveillant ?  

DC : Au Midi, VM.  

VM : Frère 2° Surveillant, qui représentez-vous ?  

2° S : B…, Prince du peuple sur le Mont Thabor.  

VM : Où est placé le 1° Surveillant ?  

2° S : À l’Occident, VM.  

VM : Frère 1° Surveillant, qui représentez-vous ?  

1° S : J.…, le Grand Prêtre Assistant sur le Mont Sinaï.  

VM : Où est placé l’Orateur ?  

1° S:  À la gauche du VM  

VM : Frère Orateur, qui représentez-vous ? 

Orateur : H… A… , le Prince des Architectes.  

VM : Quel est votre devoir ?

Orateur : Établir les plans, tracer les dessins et aider le VM dans

l’ accomplissement de l’ouvrage.  

VM : Où se place le VM ?  

Orateur : À l’Orient.  

VM : Qui représente-t-il ?  

Orateur: Le Roi Salomon.  

VM : Signe de Foi, mes Frères.  

Les Frères se mettent tous au Signe de Foi. Puis, le Frère Hospitalier s’adressant à tous…  

Hosp: Avant de déclarer les Travaux ouverts, invoquons la protection du Grand Architecte de l’Univers sur toutes nos entreprises. Puissent nos Travaux ouverts ainsi dans l’ordre, se continuer dans la paix et se fermer dans la concorde. Qu’il en soit ainsi.  

VM : Mes Frères, au nom du Roi Salomon je déclare cette Loge régulièrement ouverte.  

Tous les Frères cessent le Signe.  

Le DC se rend à l’Orient, à l’Occident et au Midi afin d’éclairer les Chandeliers. Avant de regagner sa place, il revient à l’Orient pour disposer les Trois Grandes Lumières conformément aux dispositions du 1°Grade.  

 

Fermeture de la Loge  

 

VM : Mes Frères, unissez-vous à moi pour fermer cette Loge

Frère Directeur des Cérémonies, quelle est votre place dans la Loge ?  

DC:  A l’entrée de la Loge, VM  

VM : Quel est votre devoir?  

DC: Annoncer tous les Frères qui s’approchent et veiller à ce qu’ils soient

correctement vêtus et rangés sous leurs étendards respectifs.  

VM : Les trouvez-vous ainsi correctement rangés?  

DC: Je le crois, VM  

VM : Où est placé le 2° Surveillant?  

DC : Au Midi, VM  

VM : Frère 2° Surveillant, qui représentez-vous?  

2° S:  B…, Prince du peuple sur le Mont Thabor.  

GM : Où est placé le 1° Surveillant ? .  

2° S : À l’Occident, VM  

VM: Frère 1° Surveillant, qui représentez-vous?  

1° S : J.…, le Grand Prêtre Assistant sur le Mont Sinaï.  

VM : Où est placé le Frère Orateur?  

1° S : À la gauche du VM  

VM : Frère Orateur , qui représentez-vous?  

Ora : H… A… , le Prince des Architectes.  

VM Quel est votre devoir?  

Ora :  Etablir les plans, tracer les dessins et aider le VM dans

l’accomplissement de l’ouvrage.  

VM : Où se place le VM ?  

Ora : À l’Orient.  

VM : Qui représente-t-il?  

Ora : Le Roi Salomon.  

VM : Signe de Foi, mes Frères.  

Les Frères se mettent tous au Signe de Foi. Puis, le Frère Hospitalier s’adressant à tous… 

Hosp : Mes Frères, avant de fermer cette Loge, exprimons au Grand

Architecte de l’Univers l’humble et respectueuse reconnaissance que

nous Lui devons pour les faveurs dont Il nous a déjà comblés

Puisse-t-Il continuer de protéger notre Ordre en le cimentant et en le

fortifiant de toutes les vertus morales et civiques.

Qu’il en soit ainsi.  

VM : Mes Frères, au nom du Roi Salomon je déclare cette Loge fermée  

Tous les Frères cessent le signe.  

Le DC se rend à l’Orient, à l’Occident et au Midi afin d’éteindre les Chandeliers. Puis il revient à l’Orient pour dissocier les Trois Grandes Lumières.

Le DC prépare ensuite son cortège pour la sortie du VM

Par Rite de Grande Loge de la GLNF - Publié dans : Rites et rituels
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Dimanche 23 décembre 2012 7 23 /12 /Déc /2012 08:17

Réception des maîtres

Pour la loge des maîtres, il faut préparer deux toiles : sur la première qui est la seule qu'on présente d'abord à la vue du récipiendaire, est tracée la figure du tabernacle que Moïse fit élever à son retour du Mont Sinaï ; toute la longueur en est divisée en trois parties ; celle du milieu, appelée le sanctuaire, contient l'arche qui servit à déposer les tables de la loi, et dessus de l'arche sont placés deux chérubins avec des ailes; dans la partie basse, du côté du Septentrion, on représente une table, vis-à-vis, du côté du midi, un chandelier à sept branches. A droite et à gauche sont écrits les noms Bezeleel et Eliab qui sont ceux des deux habiles maçons auxquels l'érection du tabernacle fut confiée par Moïse : et dans la troisième partie, qui est celle d'en haut, est représenté Moïse lui-même, remettant l'encensoir à son frère Aaron.

Lorsque tous les arrangements sont faits, le maître signifie par un grand coup, que la loge est ouverte. Alors un des frères quitte sa place et va chercher en dehors le récipiendaire, qu'il amène à la porte de la loge ; il y frappe cette fois-ci trois coups, et le maître répond par le même nombre, qui sert de signal à l'introduction.

Le récipiendaire, étant entré dans la loge, va se prosterner aux pieds du maître qui le fait relever, en lui disant : Frère, ouvrez les yeux et soyez saisi d'un saint respect ; vous voyez devant vous le tabernacle érigé par le grand maître Moïse. Voici l'arche où Dieu se montrait présent par ses oracles ; à droite est la table pour l'oblation des pains, à gauche le chandelier à sept branches qui servait à éclairer le tabernacle ; mais tout ce qui frappe vos yeux n'est qu'une légère esquisse des merveilles que nous vous préparons.

Alors le récipiendaire se prosterne une seconde fois, et le vénérable lui présentant la pointe de son épée sur le cœur, lui fait encore répéter l'obligation, dans les mêmes termes que je l'ai rapporté.

Pendant cet intervalle, on substitue la seconde toile où est dessinée espèce de temple qu'on dit être celui de Salomon; outre le grand portail qui est placé à l'occident, il doit y avoir deux portes plus basses du côté de l'orient, et entre ces deux portes, un escalier pratiqué dans l'épaisseur du mur pour monter à trente chambres distribuées à l'entour du temple en forme de galeries. Le corps du bâtiment est composé de deux parties ; dans celle antérieure sont tracés une table, un grand chandelier avec un autel dans le milieu, et au-dessus de l'autel sont marquées les lettres A. et H. L'autre partie, qu'on nomme le sanctuaire, est décorée par la représentation de l'arche d'alliance que deux chérubins semblent couvrir de leurs ailes ; au-dessous de l'arche sont encore marquées un grand A. et une grande S.

Comme on présente ceci au récipiendaire pour le chef-d'œuvre de la maçonnerie, afin de le mettre à portée de ne rien laisser échapper de toutes ses beautés, on fait éteindre le feu de la terrine triangulaire et on y supplée par un grand nombre de bougies allumées qui représentent, dit-on, 10.000 chandeliers que Salomon avait fait faire pour éclairer le temple.Cela fait, le maître prend lui-même la peine de donner l'instruction à peu près ainsi qu'il suit.

Pendant que les Israélites voyageaient dans le désert, comme ils n'avaient encore aucune habitation fixe, Dieu inspira à Moïse d'ériger le tabernacle sur le dessein qu'il lui donna lui-même, afin qu'au moyen de ce temple portatif, ils fussent en état de lui rendre, dans tous les lieux, le culte qui lui était dû.

Moïse, après avoir conduit et gouverné les Israélites pendant quarante années, se sentant près de sa fin, fit assembler tout le peuple au bord du Jourdain, où il lui fit un excellent discours, et lui dicta les lois qu'il devait suivre pour arriver à la terre promise : il annonça, entre autres choses, au peuple, que le tabernacle qu'il avait établi n'était que la figure du temps futur, et que quand ce peuple serait une fois en possession du pays de Chanaam, Dieu choisirait lui-même une ville qui serait nommée la ville sainte, où on lui bâtirait un temple sur le modèle de ce tabernacle.

David, devenu roi des Hébreux environ 400 ans après, établit par inspiration divine son séjour à Jérusalem et résolut d'y bâtir le comme il avait été prédit par Moïse; mais Dieu lui con d'abandonner cette entreprise, parce que ses mains avaient été trop souvent teintes du sang de ses ennemis et lui fit connaître que cet honneur était réservé à Salomon son fils.

En effet, ce grand prince qui avait obtenu de Dieu l'esprit de sagesse, n'eut rien plus à coeur que la construction du temple, mais il ne put le commencer que dans la quatrième année de son règne et il l'acheva dans le cours de sept ans.

Quoique la maçonnerie, depuis Moïse jusqu'à Salomon, eût fait des progrès considérables, elle avait toujours été renfermée dans les deux degrés d'apprentis et compagnons, personne, excepté les chefs, n'ayant osé prendre encore le nom de maître. Ce fut, suivant les maçons Salomon qui. le premier, institua le degré de la maîtrise, ayant conservé aux deux premiers grades les signes anciens dont ils étaient en possession immémoriale, et ayant établi de nouveaux signes en faveur de ceux qu'il élevait au rang supérieur de maîtres.

Les ouvriers que ce roi employa à la construction du temple étaient nombre de 183.200. Savoir, 100.000 manœuvres ou apprentis, 80.000 compagnons et 3.200 maîtres.

Tous étaient subordonnés à deux grands architectes ou inspecteurs généraux qui étaient Adoram et Hiram, les maçons les plus accomplis y eût alors sur la terre.

Ceux-ci rendaient compte à Salomon directement de tout ce qui se passait, donnaient les plans des ouvrages, veillaient à leur exécution. Adoram avait de plus le détail du paiement de tous les ouvriers; et comme il était impossible qu'il les connût tous, il fut convenu que leurs signes et mots serviraient à les distinguer. Par ce moyen, celui qui donnait les mots et les signes du maître en avait la paie; ainsi des autres.

Entre les trente chambres qui entouraient le temple, en forme de galerie, il y en avait une, la plus ornée de toutes, uniquement réservée pour les conférences de Salomon avec Adoram et Hiram, qui se tenaient deux fois chaque semaine; deux autres chambres où était la trésorerie, et c'était à celles-là que les ouvriers se rendaient à différentes heures, et sans tumulte, pour recevoir leur paie; il y en avait aussi deux pour l'habitation des deux grands architectes, qui étaient obligés d'y coucher pour être à portée de veiller aux ouvrages de l'intérieur du temple ; et les vingt chambres de surplus servaient aux maçons à tenir leurs loges toutes les fois qu'il plaisait à leurs maîtres de les assembler régulièrement.*

Les lettres A. et H. marquées au-dessus de l'Autel, sont les initiales des noms d'Adoram et Hiram, grands architectes du temple. Salomon même les y fit graver afin d'immortaliser la mémoire de ces deux grands hommes.

Ici le maître suspend un moment l'instruction pour faire une peinture touchante et pathétique de la ruine de ce superbe édifice par Nabucodonosor, ce qui l'excite ainsi que tous les autres frères à pleurer en quelque sorte sur Jérusalem; mais pour abréger des lamentations inutiles, il ajoute : Pourquoi nous affliger si fort ? Le temple n'est pas détruit, mes frères, puisqu'il existe moralement en chacun de nous. Alors la joie renaît dans l'assemblée, tous les frères s'embrassent, et le vénérable continue l'instruction.

Les maîtres, dit-il, ont trois moyens pour se faire distinguer, savoir un signe pédestral, un double attouchement et deux paroles. Ils ont aussi des questions particulières.

Leur signe se fait en plaçant le pied gauche en avant et le pied droit derrière, en sorte que la pointe du pied droit, touchant au talon du pied gauche forme l'équerre.

Le double attouchement se communique de cette façon-ci. On présente la paume de la main droite horizontalement à celui qui se prétend maître. S'il l'est en effet, il ne manque pas d'y appuyer sur-le-champ sa main gauche à poing fermé, et tout de suite il étend à son tour sa main droite dans une position semblable à celle de l'autre frère qui y répond par le même mouvement du poing, comme s'ils se témoignaient par là, l'un à l'autre, qu'ils se reposent sur leur amitié réciproque comme sur leur plus ferme appui.

Les deux paroles des maîtres sont Adonaï, Schilo. Les frères maçons les prétendent sacrées, et même prophétiques. Pour moi, qui ne voyant tout ceci qu'avec les yeux d'un profane, puis tout au plus atteindre à la signification littérale, je me contente d'observer que, suivant l'explication ordinaire, Adonaï veut dire Seigneur, et Schilo signifie Son fils, ou celui à qui il est réservé.

Finissons par les questions.

- D. Etes-vous maître maçon ?

- R. Mon nom est Harodim.**

- D. Dans quelle loge avez-vous été reçu maître ?

- R. Dans une des vingt-cinq chambres.

- D. De combien était composée votre loge ?

- R. De neuf maîtres députés des 3.200.

- D. Qui est-ce qui y présidait ?

- R. Le grand architecte de l'univers, et après lui le premier d'entre les maçons.

- D. Qu'avez-vous vu lors de votre réception ?

- R. J'ai vu le tabernacle érigé par le grand maître Moïse.

- D. Combien avait-il de parties ?

- R. Trois.

- D. Que signifient ces trois parties ?

- R. Elles sont une figure du monde.

- D. Expliquez- moi cela.

- R. Celle du milieu représente le ciel où Dieu habite ; et les deux autres qui ne sont ouvertes qu'aux sacrificateurs, représentent la terre et la mer

- D. Que représente la table posée dans le tabernacle ?

- R. Elle est une figure de notre âme dont nous devons offrir et rapporter à Dieu toutes les oeuvres.

- D. Que représente le chandelier à sept branches ?

- R. Les septs vertus.

- D. Définissez-moi le tabernacle.

- R. C'était la figure du temps futur et le modèle d'un édifice plus parfait

- D. Quel était cet édifice ?

- R. Le temple de Salomon.

- D. Où a-t-il été bâti ?

- R. Sur la montagne, dans un lieu choisi par David, où était auparavant l'aire d'Oron Jebuseen. - D. Donnez-moi une autre réponse.

- R. Le temple a été bâti dans l'endroit même où Adam, le premier des hommes et des maçons, a été enterré.

- D. Que signifient les lettres A. et H. placées au-dessus de l'Autel ?

- R. Ce sont les noms d'Adoram et Hiram, les deux grands architectes du temple de Salomon.

- D. Où avez-vous reçu votre paie ?

- R. Dans les deux chambres de la galerie.

- D. Quel est le nom d'un maître maçon ?

- R. Harodim ou Menatzchim.

- D. Quel est le nom d'un compagnon ?

- R. Gabelin.

- D. Quel est le nom d'un apprenti ?

- R. Louvet.

- D. Quel est le nom du fils d'un maçon ?

- R. Louveteau.

- D. Qui est-ce qui éclaire votre loge ?

- R. Dix mille et un chandeliers.

- D. Quelle est la plus grande de toutes ces lumières ?

- R. C'est le maître de la loge.

- D. Comment voyage le maître ?

- R. Sur terre et sur mer, de l'orient à l'occident, et du midi au septentrion.

- D. Donnez-moi le signe de maître.

- R. Le voici.

- D. Donnez-moi l'attouchement.

- R. C'est l'ouvrage de deux [sic].

- D. Donnez-moi les paroles de maître.

- R. Adonaï Schilo.

- D. Donnez-m'en l'explication.

- R. Adonaï signifie le Seigneur, Schilo signifie son fils, ou celui à qui il est réservé.

Il me reste à observer que le très vénérable ouvre et ferme toujours ses loges d'apprentis, compagnons et maîtres par quelques-unes des questions propres à chacun de ces degrés, dont la dernière, commune à tous les grades, est toujours celle-ci.

- D. Quel est le devoir d'un maçon ?

- R. Obéir. travailler et se taire.

A quoi le maître ajoute, quand c'est pour ouvrir la loge :

- Obéissons, travaillons et taisons-nous.

Et si c'est pour la fermer, il dit :

- Nous avons obéi, mes frères, nous avons travaillé, taisons-nous.

* Il faut supposer que Salomon ne régla l'ordre et la destination de ces trente chambres, qu'après qu'on eut entièrement achevé le corps, et ce qu'on appelle la grosse maçonnerie du bâtiment.

** Harodim signifie conducteur ou intendant des ouvrages ; c'est le nom qu'on donnait aux 3200 maîtres. Suivant le troisième livre des Rois chap. 5. v.16, ils étaient 3300 et le livre des Chroniques, chap.2., verset 18 fait même monter le nombre à 3600.

Repas des maçons

Les francs-maçons ne connaissent dans leurs festins ni l'intempérance, ni les excès ; leur conversation ordinaire roule sur les avantages de la confraternité ou sur des choses absolument indifférentes ; ils observent surtout un silence respectueux sur toutes les matières de religion et d'État, et ne sont pas moins attentifs à bannir de leurs entretiens toutes paroles méfiantes ou dissolues. Comme on n'admet entre eux aucune distinction de rangs, tous les frères se trouvent à leur aise, et les talents se déploient en liberté. Quant à certains vides qu'il n'est pas possible d'éviter, ils se trouvent remplis, ou par l'exercice des santés qu'on boit, ou par le chant des hymnes et cantiques de la confrérie. Ainsi on peut dire qu'ils passent agréablement quelques heures dans l'oubli de tous les autres hommes, mais non d'eux-mêmes. Je leur devais la justice de cet aveu, ayant eu le bonheur d'être le témoin oculaire de leurs innocents plaisirs.

Leur façon de boire est aussi singulière qu'amusante ; je ne sais si elle varie suivant les loges* . J'ignore aussi s'il y a des loges où le vin s'appelle poudre, et la bouteille Baril, comme l'avance un écrivain moderne; mais il est sûr que dans celle où j'ai assisté, le vin, l'eau, et toutes choses, se nommaient par leurs vrais noms. Mon manuscrit ne dit pas un mot de ce qui regarde les repas, mais je rapporte ici ce que j'ai vu et entendu.

Quand le très vénérable veut porter une santé, il frappe un grand coup sur la table qui est disposée en fer à cheval ; son premier surveillant répond par un autre coup; et ces deux coups frappés, il s'observe parmi les frères un profond silence.

Alors le très vénérable dit : Mes frères, je vous porte telle santé, préparez-vous à me la rendre. Tous remplissent aussitôt leurs gobelets, se lèvent, et sont obligés d'avoir toujours les yeux sur le maître pour imiter ses mouvements. Voici de quelle manière les maçons boivent en loge.

On prend d'abord tous ensemble son (1) gobelet, on le porte à la bouche, et (2) chacun boit ; quand on a bu on (3) l'éloigne de soi en ligne directe, ensuite on (4) tire une ligne transversale à droite, puis une autre à (5) gauche (ce qui forme deux équerres); de là on (6) rapporte le gobelet vis-à-vis de soi à la hauteur de la bouche, on le (7) hausse au niveau des yeux, on le laisse (8) tomber une seconde fois vis-à-vis de la bouche; et tous enfin le (9) posent sur la table en un seul coup; ce qui fait en tout neuf différents temps ou mouvements : et la solennité se termine par un battement de mains uniforme suivi d'un vivat.

* On assure que les maçons d'Allemagne font un autre exercice en buvant.

Secret des maçons écossais

On débite parmi les maçons, qu'il y a encore plusieurs degrés au-dessus des maîtres dont je viens de parler ; les uns en comptent six en tout, et d'autres vont jusqu'à sept. Ceux qu'on appelle maçons écossais, prétendent composer le quatrième grade. Comme cette maçonnerie, différente de l'autre en bien des points, commence à s'accréditer en France, le public ne sera pas fâché que je lui communique ce que j'en ai lu dans le même manuscrit, qui paraît en effet accorder aux Écossais le degré de supériorité sur les apprentis, compagnons et maîtres ordinaires.

Au lieu de pleurer, comme font leurs confrères, sur les débris du Temple de Salomon, les Écossais s'occupent à le rebâtir*.

Personne n'ignore qu'après soixante et dix ans de captivité dans Babylone, le grand Cyrus permit aux Israélites de relever le Temple et la cité de Jérusalem ; que Zorobabel, de la race de David, fut constitué par lui le chef et le conducteur de ce peuple, dans son retour en la cité sainte ; que la première pierre du temple fut posée du règne de Cyrus, mais qu'il ne fut achevé que dans la sixième année de celui de Darius, monarque des Perses.

C'est de ce grand événement que les Écossais tirent l'époque de leur institution et, quoiqu'ils soient postérieurs aux autres maçons de plusieurs siècles, ils se disent supérieurs en grade. Voici sur quoi ils fondent leur prééminence.

Lorsqu'il fut question de réédifier le temple du Seigneur, Zorobabel choisit dans les trois états de la maçonnerie les ouvriers les plus capables ; mais comme les Israélites eurent beaucoup d'obstacles et de traverses à souffrir pendant le cours de leurs travaux, de la part des Samaritains et des autres nations voisines, jamais l'ouvrage n'eût été conduit à sa fin, si ce prince n'eût eu la précaution de créer un quatrième grade de maçons, dont il fixa le nombre à 753, choisis entre les artistes les plus excellents. Ceux-ci, non seulement avaient l'inspection sur tous les autres, mais ils étaient aussi chargés de veiller à la sûreté des travailleurs ; ils faisaient toutes les nuits la ronde, tant pour faire avancer les travaux que pour reconnaître les embûches, ou prévenir les attaques de leurs ennemis.

Leur emploi étant beaucoup plus pénible que celui des autres maçons, il leur fut aussi accordé une paie plus avantageuse; et pour pouvoir les reconnaître, Zorobabel leur donna un signe et des mots particuliers.

Le signe des Écossais se fait en portant l'index de la main droite sur la bouche, et le second doigt de la main gauche sur le cœur.

Et, leurs paroles sont Scilo, Shelomeh abif. Le premier de ces mots n'est différent du Schilo des maîtres ordinaires, que par la suppression de la lettre h, et il exprime la même chose. Les deux autres mots Shelomeh abif, signifient en français Salomon mon père.

Enfin, les maîtres écossais ont aussi un langage et des questions qui leur sont propres ; j'ai même ouï dire à quelques-uns d'eux, que ces questions sont en grand nombre, mais malheureusement le manuscrit de mon frère n'en rapporte que huit. Les voici:

- D. Etes-vous maître écossais ?

- R. J'ai été tiré de la captivité de Babylone.

- D. Qui vous a honoré du grade écossais ?

- R. Le prince Zorobabel, de la race de David et de Salomon.

- D. En quel temps ?

- R. Soixante et dix ans après la ruine de la Cité sainte.

- D. A quoi s'occupent les maçons écossais ?

- R. A reconstruire le Temple de Dieu.

- D. Pourquoi cela ?

- R. Pour accomplir ce qui a été prédit.

- D. Pourquoi les maçons écossais portent-ils l'épée et le bouclier ?*

- R. En mémoire de ce que, dans le temps de la reconstruction du Temple, Neémie ordonna à tous les ouvriers d'avoir toujours l'épée au côté, et leurs boucliers proches d'eux pendant le travail pour s'en servir en cas d'attaque de leurs ennemis.

- D. Comment a été bâti le nouveau Temple ?

- R. Sur les fondements de celui de Salomon, conformément à son modèle. - D. Quelle heure est-il ?

- R . Le Soleil se lève.

Ou bien :

- Le Soleil est couché.

C'est par cette dernière question que les maçons écossais ouvrent et ferment leurs loges.

* Mon manuscrit ne fait aucune mention de la Loge Écossaise, mais je présume qu'on y doit dessiner quelques sujets analogues à la réédification du Temple, pour laquelle ces maçons supposent être assemblés.

** Les maçons écossais portent tous un grand cordon rouge, auquel pend une forme de Bouclier.

Conclusion

La maçonnerie, prise dans le sens mystérieux, n'est, sans contredit qu'un être de raison et qu'une pure chimère étayée sur de grands mots vides de sens, et sur de frivoles allusions qui ne peuvent séduire que les simples.

Mais elle me paraît tout autre dans le point de vue moral ; et si elle pour base une philanthropie saine et réfléchie, si son but est de concilier les esprits et de rapprocher les cœurs de tous les hommes par des principes uniformes de sagesse et de vertu, cette société pourrait devenir aussi utile qu'agréable; et ce serait, à mon sens, la meilleure école de l'humanité.

Les francs-maçons n'en imposent point, quand ils disent que leur doctrine n'a rien de contraire à la religion; mais je ne puis penser qu'aucun d'eux pousse l'enthousiasme jusqu'à s'imaginer qu'elle fasse partie de la religion même. On ne peut mieux comparer la maçonnerie, selon moi, qu'à ces pièces dramatiques qui, quoique fondées sur quelques traits de l'histoire sainte, ne sont pas moins réputées des ouvrages profanes.

Il faut en convenir; jamais œuvre de ce genre n'a été honorée d'un plus grand succès: Il y a plusieurs siècles que les représentations s'en perpétuent ; et la ville de Londres seule contient 129 théâtres, où la maçonnerie s'exécute journellement.

On n'en compte tout au plus qu'une vingtaine dans Paris ; cependant toutes personnes impartiales, même parmi les maçons, conviennent que c'en est trop encore, eu égard aux abus qui s'y sont glissés, et l'on estime que pour rétablir en France l'art royal* dans une partie de son lustre et son crédit, il faut nécessairement en rendre l'accès plus difficile, en diminuant d'abord le nombre des loges, et en ne confiant ensuite le gouvernement de celles qu'on laissera subsister qu'à des sujets qui, avec les avantages de l'éducation, soient partagés des qualités essentielles de l'âme, surtout d'une probité à l'épreuve.

Un ouvrage de cette importance n'est réservé sans doute qu'au chef suprême de la maçonnerie. C'est donc aux confrères vraiment zélés, et principalement aux officiers de ce qu'on appelle la grande loge, d'agir puissamment auprès de ce prince, pour obtenir de lui cette wréformation, sans laquelle l'ordre des francs-maçons venant à tomber peu à peu dans l'avilissement, perdra tout à la fois et sans retour l'estime du public et la protection de son illustre grand maître.

* C'est un des titres pompeux que les frères donnent à la maçonnerie.

Source : http://reunir.free.fr/fm/divulgations/parfaitmacon.htm

Par Rituel 18ème siècle - Publié dans : Rites et rituels
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Dimanche 23 décembre 2012 7 23 /12 /Déc /2012 08:09

Réception des apprentis

Suivant le manuscrit en question, que son auteur suppose avoir été extrait sur les archives même de la société maçonnique, la première loge a été tenue par le Grand Architecte de l'univers en présence d'Adam dans le paradis terrestre; il s'agissait d'y instruire l'homme de l'excellence de son espèce, des différents secrets de la nature, de l'usage qu'il devait en faire ; et comme la prescience de Dieu embrasse toutes les choses futures, cet être suprême qui voyait dès lors la chute prochaine d'Adam, voulut bien lui donner d'avance les premières leçons de l'architecture, dont lui et ses descendants devaient retirer une si grande utilité dans l'état malheureux où les précipita sa désobéissance. Adam profita si bien des instructions de son créateur, que les francs-maçons assurent qu'il en composa un livre* où l'art des bâtiments était parfaitement expliqué. Or la femme n'était point encore formée lorsque cela se passa entre Dieu et Adam, et c'est la première raison qu'allèguent les francs-maçons pour se justifier sur l'exclusion que leur ordre donne si incivilement au sexe.

Ils puisent encore un second motif d'exclusion dans l'origine et les circonstances de la chute de notre premier père. Leurs loges étant, selon eux, une espèce de paradis terrestre dont ils appréhendent d'être chassés, comme de l'autre, si les femmes y mettent une fois le pied.

Comme je n'ai pas dessein de les suivre dans toutes leurs visions, je supprime ici plusieurs articles du manuscrit ; mais j'ai cru ce préambule nécessaire pour l'intelligence de ce que j'ai à dire sur le premier degré de la maçonnerie.

Sept frères assemblés, et même moins, forment une loge, mais elle n'est estimée complète et régulière que quand ils sont au nombre de neuf.

Le lieu où ils s'assemblent, et qui se nomme la loge, ne doit être éclairé que par une grande terrine de forme triangulaire remplie d'esprit de vin, ou autres matières combustibles auxquelles on met le feu et qu'on a l'attention de renouveler.

Il y a quelques loges où on substitue des flambeaux à la place de la terrine : trois frères postés en triangle sont obligés de les porter ; mais cette façon, qui est incommode, n'a pas été reçue universellement.

Le maître, que l'on appelle le vénérable, orné d'un grand cordon bleu auquel pendent une équerre et une truelle d'or, est placé à l'orient de la loge, ayant à sa droite son second surveillant et à sa gauche l'orateur; le premier surveillant se tient vis-à-vis de lui pour exécuter ses ordres. Tous les officiers ont aussi le cordon bleu. Quant aux simples frères, ils n'ont aucun ornement qui les distingue, et ils se rangent des deux côtés de la loge en nombre égal.

Dans un espace vide qui est au milieu de la salle, et qui sépare les deux colonnes des frères, on étend un grand tapis formant un carré long où est peint une espèce de jardin** représentant le Paradis Terrestre, avec l'arbre de la science du bien et du mal, autour duquel sont placés les figures d'Adam, d'Eve et du serpent. C'est dans l'angle à gauche de ce carré, du côté du maître, que l'on pose sur un fourneau élevé la terrine triangulaire dont j'ai parlé.

Celui qui désire être reçu apprenti maçon, doit être proposé par un des frères de la loge, qui prend la qualité de son parrain ; c'est celui-ci qui est chargé de préparer le postulant, et cette préparation consiste d'abord à lui faire laver les yeux, la bouche et les oreilles. Après cette ablution, il faut qu'il se dépouille de sa jarretière du genou droit, et qu'il découvre sa poitrine. On ne doit lui laisser aucune sorte d'armes, pas même des ciseaux et un couteau ; le parrain est chargé d'en faire une exacte visite. Cela fait, il lui met un bandeau sur les yeux et le conduit à la porte de la loge.

Il y frappe un coup, le maître répond par un autre, et la porte s'ouvre ; alors le parrain fait faire au récipiendaire neuf fois le tour de la loge, et pendant cette longue et fatigante marche, il y a des frères qui aiguisent des outils, d'autres font un cliquetis d'épées, et d'autres enfin sont chargés de jeter des étoupes et de la poix-résine dans la terrine enflammée ; tout cela dans la vue d'intimider le récipiendaire.

La marche étant achevée, on le fait arrêter vis-à-vis du vénérable, qui lui dit d'un ton ferme : Qui êtes-vous, Monsieur ? Et que demandez-vous ? Le premier surveillant répond pour lui que c'est un gentilhomme qui demande à être reçu apprenti maçon, et le récipiendaire confirme que c'est la vérité. S'il en est ainsi, dit le vénérable, ouvrons-lui les portes du temple de la vertu. Tandis qu'on lui ôte le bandeau, tous les frères à genoux font tomber en perpendiculaire leur main gauche sur leur cuisse et tiennent de la droite leurs épées qu'ils croisent en forme de berceau. Le maître lui dit alors: Venez à moi, Monsieur, en traversant cette voûte de fer et d'acier ; ce que le récipiendaire exécute en tremblant. Sa frayeur redouble quand, à son approche, le vénérable tire un poignard qu'il avait tenu caché jusqu'alors, et se met en attitude de le lui plonger dans le cœur en s'écriant : C'est ainsi que nous punissons ici les traîtres. Mais le second surveillant, qui est à côté du récipiendaire, le fait prosterner humblement aux genoux du maître, que cette soumission désarme. Alors le frère orateur lui fait une courte exhortation sur le mérite de l'ordre, sur la fidélité due aux engagements qu'il va contracter, sur le danger imminent qu'il y aurait de les violer, et finit en l'assurant que la maçonnerie n'a rien de contraire à la religion, à l'État et aux bonnes mœurs. Après cela, le maître lui fait prêter l'obligation dans les termes qui suivent.

«Foi de gentilhomme, je promets en présence de Dieu tout-puissant et de cette honorable compagnie, que je garderai fidèlement les secrets de la confrérie des maçons, et que je ne les révèlerai jamais par paroles, écriture, impression, gravure, peinture, signes, caractères, et de quelque manière que ce soit, sous peine de passer pour infâme***, et d'être percé du glaive vengeur, et précipité ensuite dans un abîme, afin qu'il ne soit plus fait aucune mention de moi dans la confrérie des maçons.»

Voilà mot pour mot, et sans la moindre altération, le contenu de I'obligation que contractent les frères ; c'est une simple promesse qu'ils font, et non pas un serment, comme l'ont rapporté des écrivains mal instruits ou de mauvaise foi. Or il me semble que les maçons donnent assez de prise sur eux par leurs visions et par les cérémonies superstitieuses qu'ils pratiquent, sans les charger encore de fautes imaginaires.

Aussitôt que le récipiendaire a répété l'obligation, le maître se fait apporter une auge, dans laquelle il feint de gâcher avec sa truelle, passe légèrement et à diverses reprises sur la bouche du nouveau reçu, et la lui arrête un moment sur les lèvres, en lui disant : C'est le sceau de la discrétion que je vous applique.

Après cette mômerie, le maître le fait passer à sa gauche; on lui donne un tablier et deux paires de gants, dont il y en a une pour sa maçonne, puis le frère orateur lui explique ce qu'il faut qu'il sache en qualité d'apprenti c'est-à-dire deux signes, un mot du guet, et des questions auxquelles tout apprenti doit savoir répondre.

Le premier signe se fait en appliquant les second et troisième doigts de la main gauche sur ses lèvres, et posant le pouce sous le menton. Tout franc-maçon qui aperçoit ce signe, doit répartir par un autre, en se pinçant le lobe de l'oreille droite avec le pouce et le petit doigt de la même main.

Quand deux apprentis maçons qui se rencontrent se sont éprouvés par ce double signe, ils s'abouchent et s'examinent par les questions suivantes.

- D. Etes-vous apprenti maçon ?

- R. Je le crois.

- D. Pourquoi ne dites-vous pas que vous en êtes sûr ?

- R. Parce qu'un apprenti n'est sûr de rien.

- D. Comment êtes-vous parvenu à la maçonnerie ?

- R. Par une voûte de fer et d'acier.

- D. Dans quelle loge avez-vous été reçu ?

- R.Dans une loge régulière.

- D. Qu'est-ce que c'est qu'une loge régulière ?

- R. C'est une loge composée de neuf, bien couverte, et inaccessible aux profanes.

- D. Qui sont ceux que vous appelez profanes ?

- R. Ceux qui ne sont pas maçons.

- D. Ceux qui, sans être maçons, sont dignes de l'être, sont-ils aussi des profanes ?

- R. Tous les hommes vertueux sont nos amis, mais nous ne reconnaissons que les maçons pour nos frères.

- D. Comment écarte-t-on les profanes de la loge ?

- R. Par l'épée et le silence.

- D. Comment s'appelle votre loge ?

- R. La loge du grand architecte du monde.

- D. Qui vous a fait apprenti ?

- R. La truelle et ma vertu.

- D. A quoi vous sert votre truelle ?

- R. A remuer et lier dans mon âme des sentiments d'honneur et de vertu, et à les employer de façon qu'il s'élève un édifice digne de la plus noble des sociétés.

- D. Où est située votre loge ?

- R. En Terre Sainte.

- D. Comment êtes-vous vêtu en arrivant dans la loge ?

- R. Un véritable maçon ne prend point garde aux ajustements.

- D. A quoi s'appliquent donc les maçons ?

- R. A régler leur conduite, et former leurs moeurs.

- D. Quel est l'état d'un maçon ?

- R. D'être heureux.

- D. Comment parvient-on à cette félicité ?

- R. Par l'union des vertus.

- D. Qu'avez-vous vu en entrant dans la loge ?

- R. L'image de la séduction.

- D. Comment vous en garantirez-vous ?

- R. Par ma discrétion, soutenue des principes et des lois de la maçonnerie

- D. Donnez-moi un signe de l'apprenti.

- R. J'obéis.

- D. Vous ai-je compris ?

- R. Oui. J'en suis content.

- D. Donnez-moi le mot.

- R. Ahadam.

- D. Qu'entendez-vous par ce mot ?

- R. Il me rappelle mon origine, ce que je suis, et ce que je dois être pour parvenir au comble de la félicité.

- D. Quels sont les devoirs des maçons ?

- R. Obéir, travailler et se taire.

- D. De quelle espèce est votre obéissance ?

- R. Elle est libre et volontaire.

- D. A quoi travaillez-vous ?

- R. A me rendre aimable et utile dans la société.

- D. De quoi vous servez-vous dans vos ouvrages ?

- R. De ma truelle et d'une terrine.****

- D. Avez-vous déjà reçu des gages ?

- R. Plus que je n'en mérite.

En supposant à ces différentes questions un principe et un objet réel, je ne puis disconvenir qu'il n'y en ait quelques-unes de raisonnables édifiantes.

Quant au mot du guet Ahadam, ce ne peut être autre chose que le nom d'Adam qui a été corrompu. Les personnes instruites savent qu'Adam en langue hébraïque signifie roux, et que le premier homme fut appelé de ce nom, parce que la terre dont Dieu le forma était de couleur rousse qui est celle de la terre naturelle. C'est pourquoi les francs-maçons, qui ont souvent ce mot dans la bouche, disent qu'ils s'en servent pour se rappeler leur origine. Mais à quoi bon transformer ainsi en mystère une vérité connue de tous les hommes ? Y a-t-il un chrétien, même un sage paganisme, qui ne confesse que nous sommes poudre, et que nous retournerons en poudre ?*****

Telles sont néanmoins les seules instructions qui se donnent en loge aux apprentis maçons, si ce n'est qu'en leur expliquant le tableau de la chute du premier homme qui est exposé à leurs yeux, l'orateur a grand soin d'assaisonner son récit de quantité de traits mordants contre la mémoire de notre pauvre mère Eve.

* Les talmudistes prétendent qu'Adam fit un livre sur la création du monde et un autre sur la divinité. D'autres lui attribuent le psaume 92 et deux cantiques, dont il fit l'un la première fois qu'il connut Eve, et l'autre était une espèce de psaume pénitentiel qu'ils récitèrent après leur péché. Mais personne jusqu'à présent ne l'avait fait l'auteur d'un livre d'architecture.

** A la Loge où je me suis trouvé, on le dessine sur le le plancher.

*** Mon frère qui n'a écrit sans doute les secrets des francs-maçons que pour lui tout seul et afin de les mieux inculquer dans sa mémoire, s'est imaginé ne donner en cela qu'une légère entorse à son obligation. C'est ainsi que l'homme sacrifie tout à son opinion. Je n'ai garde de le justifier sur son imprudence ; je supplie seulement les frères qui le reconnaîtront au portrait que j'en fais, de lui sauver la peine de I'infamie en faveur de l'intention, et en considération du zèle et de l'attachement inviolable, même excessif, qu'il a toujours témoigné pour le corps.

**** Cette terrine est apparemment relative à la terrine triangulaire dont mention dans l'inventaire du coffre de mon frère le franc-maçon.

***** Genèse, III, 19.

Réception des compagnons

Le théâtre change ici, et la toile étendue sur le plancher représente les deux colonnes d'Enoch, I'Arche de Noé et la Tour de Babel. Ainsi on fait sauter tout d'un coup les compagnons par-dessus seize et dix-huit siècles qui se sont écoulés depuis la tenue de la première loge par Dieu dans le Paradis Terrestre; mais on a soin de leur donner une instruction abrégée de ce qui s'est passé de mémorable dans la maçonnerie pendant ce long espace de temps. Une partie en est puisée dans l'Histoire Sainte, ajustée à la manière et au style de la confrérie.

Adam, le premier de tous les francs-maçons, forma, leur dit-on, lui-même une loge de ses enfants mâles, auxquels il communiqua les connaissances qu'il tenait immédiatement de Dieu.

Caïn, qui lui succéda dans la charge de Grand maître des maçons, s'étant fixé vers la région orientale d'Éden, se signala par la fondation d'une ville qu'il nomma Enoch, du nom de son fils.

Depuis, Jabel ou Jabal, un de ses descendants, connu sous le nom de Père des pasteurs, éleva les premières tentes et Tubalcaïn son frère eut l'art de travailler avec le marteau, ayant excellé en toutes sortes d'ouvrages d'airain et de fer.

Mais le maçon le plus renommé de tous, fut Enoch, fils de Jared, qui mérita par sa vertu d'être transporté hors du commerce des homme, et réintégré dans le Paradis Terrestre. L'esprit de prophétie dont il était doué lui ayant fait connaître que la colère de Dieu ne tarderait pas à se manifester par un déluge universel, la crainte qu'il eut que les sciences ne se perdissent, le porta à élever deux grandes colonnes, où il grava les principes et les règles des différents arts, et principalement de l'architecture. Il fit l'une de pierre et l'autre de brique, afin que s'il arrivait que les eaux ruinassent celle-ci, la colonne de pierre demeurât pour conserver à la postérité la mémoire de ce qu'il y avait écrit. Sa prévoyance réussit, car on assure que cette colonne de pierre était encore sur pied en Syrie du temps de l'empereur Vespasien. Voilà tout ce que l'école des frères apprend aux compagnons du progrès que fit la science des maçons pendant ce premier âge du monde.

On les instruit ensuite de ce qui s'est passé du temps du grand maître Noé.

Les hommes avaient vécu jusqu'alors dans l'exercice de la vertu et dans le culte du vrai dieu ; mais ceux qui vinrent depuis s'étant portés à commettre toutes sortes de crimes, Dieu, dans sa colère, résolut de les exterminer, et Noé fut le seul qui trouva grâce devant lui. Dieu l'avertit qu'il allait inonder la terre et lui ordonna, pour se sauver, de bâtir une arche à trois étages, dont il lui marqua la forme et les proportions. Elle était entièrement de bois de cèdre, qui de sa nature est incorruptible; aussi les maçons prétendent-ils qu'elle s'est conservée jusqu'à présent dans son entier, ce qui est un peu contraire au rapport de l'historien juif qui dit que, de son temps, les Arméniens en montraient encore quelques restes.

Sept jours avant le déluge, Noé, qui avait bâti l'arche, y entra avec ses fils, sa femme, et les femmes de ses fils, et par là furent conservés avec le genre humain toutes les traditions et les secrets communiqués par Dieu à Adam, et en particulier ceux de la maçonnerie.

Parmi les docteurs de la loi des maçons, il y en a qui assurent que, pendant une année et plus de séjour que Noé fit dans l'arche, il y tint avec ses fils plusieurs belles loges, ayant toujours la précaution de s'enfermer à l'étage le plus haut pour être moins exposés à la curiosité de leurs femmes.

Quand Noé et sa famille furent sortis de l'arche, eux et leurs descendants séjournèrent longtemps sur le haut des montagnes dans la crainte d'une nouvelle inondation. Peu à peu ils s'enhardirent à descendre dans les plaines et y firent différents établissements. Tous les hommes n'avaient eu jusqu'alors qu'un même langage, mais étant encore devenus rebelles aux ordres de Dieu, dans l'appréhension qu'ils eurent de sa vengeance, Nembrod, aussi vaillant qu'audacieux, et le plus habile maçon de son temps, les rassura en leur offrant de les protéger contre Dieu même, s'il menaçait la terre d'un second déluge, et de bâtir pour ce sujet une tour qui serait élevée jusqu'au ciel. Une entreprise aussi folle échoua de la manière que tout le monde sait. Dieu ayant confondu le langage des architectes, ils furent obligés d'abandonner l'ouvrage et de se disperser. Ce fut sans doute cette confusion des langues qui détermina depuis les maçons à introduire entre eux une nouvelle manière de se connaître et de converser par signes. C'est dommage en vérité qu'ils ne l'eussent point encore imaginé dans le temps même de la déroute des ouvriers de Babel, car moyennant ce bel expédient, la tour eût pu être achevée, et comme l'histoire nous la dépeint d'une structure extrêmement solide, nous aurions eu le plaisir de voir de nos jours ce rare monument.

Au reste, si les frères maçons se plaignent de ce que je n'ai point une prévention aveugle pour tous leurs sentiments, ils seront forcés de convenir, du moins intérieurement, que je suis esclave de la vérité dans tout ce que je rapporte de leur doctrine et de leurs cérémonies. Voici celles qui se pratiquent à la réception des compagnons.

Les frères sont placés à l'ordinaire autour du nouveau tableau, et l'appareil extérieur est semblable à ce qu'on a vu pour les apprentis, sinon qu'on pose devant le vénérable, une pierre élevée à la hauteur de la main, sur laquelle il y a un marteau, et que tous les frères ont la tête couverte d'un voile dont la blancheur est le symbole de l'innocence nécessaire à tout maçon qui veut entrer dans l'arche de Noé, où ce commencement de l'acte est supposé se passer.

La loge étant en état, l'apprenti qui aspire au grade de compagnon, assisté de son parrain, heurte deux coups à la porte, à quoi le vénérable répond du dedans par deux coups.

L'apprenti entre et va se placer à la gauche du premier surveillant ; le maître lui demande ce qu'il veut, et le premier surveillant répond pour lui, que c'est un digne apprenti qui désire d'être élevé au second grade ; le maître lui fait alors ces trois questions.

- D. Etes-vous apprenti ?

- R. Je le crois.

- D. Savez-vous travailler ?*

- R. Je cherche à l'apprendre.

- D. Comment me prouverez-vous que vous êtes apprenti ?

- R. Prenez-moi à l'essai.

Après cette dernière question, on le fait approcher du maître, qui lui présente un marteau avec lequel l'apprenti doit frapper deux coups sur la pierre, et sitôt qu'il a fourni cette preuve de son talent et qu'il a confirmé son obligation de ne point révéler les secrets, on le fait passer à la droite et le frère orateur lui explique tout de suite la science des compagnons.

Ceux-ci, pour se faire connaître, ont deux signes, deux mots et deux questions différentes de celles des apprentis.

Le premier signe consiste à élever le pouce de la main droite avec le petit doigt de la main gauche en forme d'équerre, et ce signe est appelé manuel.

Le deuxième, que quelques-uns nomment pectoral, se fait en posant le bout du petit doigt de la main gauche sur la pointe du cœur.

Les paroles sont Manhu, Magdal ou Magdala, deux mots hébreux dont on trouvera l'explication dans les questions qui sont affectées au grade des compagnons.

- D. Etes-vous compagnon maçon ?

- R. J'en reçois la paie.

- D. Comment voyagent les maçons ?

- R. Dans l'arche de Noé.

- D. Que représente l'arche ?

- R. Le coeur humain agité par les passions, comme l'arche l'était par les vents sur les eaux du déluge.

- D. Quel était le pilote de l'arche ?

- R. Noé, grand maître des francs-maçons de son temps.

- D. Quel est le pilote de votre âme ?

- R. La raison.

- D. Quelle [est] sa bannière ?

- R. La maçonnerie.

- D. Quelle [est] sa cargaison ?

- R. De bonnes oeuvres.

- D. Quel est le port auquel elle surgit ?

- R. A celui où se terminent toutes les misères humaines.

- D. Que représente la tour de Babel ?

- R. L'orgueil et la faiblesse des enfants de la terre.

- D. Qu'opposez-vous à cet orgueil ?

- R. Le caractère et le coeur d'un maçon éclairé par les principes et les lois de la maçonnerie.

- D. Quel est le mot des compagnons ?

- R. Il y en a deux.

- D. Quels sont-ils ?

- R. Manhu, Magdal ou Magdala .

- D. Quelle est leur signification ?

- R. Manhu signifie qu'est ceci, Magdala signifie La Tour.

- D. Qui est-ce qui a causé la destruction de la tour ?

- R. La confusion des langues.

- D. De quoi nous instruit cet événement ?

- R. Il nous apprend que sans la religion, l'homme n'est que faiblesse et néant.

- D. Que nous apprend-il encore ?

- R. Que sans l'union et l'intelligence des âmes, l'harmonie de la société peut subsister.

Voilà tout ce que renferme mon manuscrit sur les deux premiers grades de l'école maçonnique. Il y a toute apparence que le but de ces docteurs est louable, et qu'ils n'ont en vue que de travailler à rendre les hommes discrets justes et sociables. Mais, je le répète, pourquoi leur présenter des vérités sous une forme si nouvelle, et qu'était-il besoin d employer des moyens si extraordinaires pour les exciter à des vertus qui leur sont tracées par la religion, la raison et la nature même ?

* On souffle apparemment à l'oreille de l'apprenti les réponses aux deuxième et troisième questions, car elles doivent être nouvelles pour lui, n'étant point du nombre de celles rapportées dans le manuscrit sur le premier degré de la maçonnerie.

Par Rituel 18ème siècle - Publié dans : Rites et rituels
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Jeudi 20 décembre 2012 4 20 /12 /Déc /2012 07:49

PRÉPARATION DU TEMPLE

Le Temple n'est éclairé que par les appliques lumineuses communes; les piliers sont en place, dépouillés de toute bougie, à l'emplacement du Carré long. À l'intersection de leurs diagonales, est une petite table recouverte d'une nappe bleue. Sur cette nappe, disposés côte à côte, sont les trois « Joyaux » de la Loge et le Livre sacré, ouvert à l'Évangile de saint Jean. Un flambeau garni d'une bougie neuve est placé derrière ces Outils, et une épée est disposée en dessous et en travers de la nappe, sur le Livre Sacré. Le tout est recouvert d'une nappe bleue.

Le flambeau à trois branches est garni ostensiblement de bougies neuves, ainsi que ceux des Surveillants, mais seuls les luminaires électriques sont allumés.

Les épées sont en place ainsi que les maillets afin de rendre les honneurs si ceux-ci sont prévus.

Les Officiers, portant leurs décors, sont à leur plateau recouvert de leur nappe, les Sœurs et les Frères occupent le premier rang des Colonnes du Midi et du Nord, décorés de leur Cordon de Maître, Apprentis et Compagnons compris. Les invités profanes prennent place sur les rangées intérieures du Midi et du Nord; l'Expert et le Maître de Cérémonies veillent à ce qu'il en soit ainsi.

Au seuil du Temple, le Couvreur contrôle l'entrée des visiteurs profanes.

 

Si les Sœurs portent habituellement une robe rituelle, elles la revêtent pour cette circonstance. Comme les Frères, elles sont gantées de blanc.

OUVERTURE DES TRAVAUX

 

VÉNÉRABLE    - O -

            F.˙. Premier Surv.˙., pouvons-nous ouvrir les Travaux comme à l'accoutumée?

 

PREMIER SURVEILLANT

            Nous ne le pouvons, Vénérable Maître, le temple n'est pas couvert, les Parvis ne sont pas déserts, les profanes ne sont pas écartés, nous ne sommes pas en sûreté.

 

VÉNÉRABLE

            F.˙. Second Surv.˙., ne pouvons-nous pas, ainsi qu'il en était dans les mystères antiques, faire entrevoir à nos visiteurs profanes la Lumière qui est l'âme même de notre séculaire Fraternité?

 

SECOND SURVEILLANT

            Nous le pouvons certainement, Vénérable Maître, avec prudence, mais aussi avec générosité. Car c'est la mission de notre Ordre de la faire rayonner dans le monde profane.

 

VÉNÉRABLE

            Puisqu'il en est ainsi, permettons aux symboles de se manifester! Frère Maître de Cérémonies et Frère Expert veuillez dévoiler les trois Joyaux de la Loge, et laisser en partie rayonner leur lumière, sans toutefois les assembler selon l'usage.

                                    Les Frères susdits se rendent, avec la canne et l'épée, de chaque côté de l'autel central, le dévoilent, allument le flambeau, et regagnent leur place.

 

VÉNÉRABLE    - O -

            Mesdames et Messieurs, mes Sœurs et mes Frères, je déclare ouverts les Travaux blancs au sein de la R.˙. L.˙. N…. , au zénith de Montréal.

 

                                    Il souhaite la bienvenue aux visiteurs et donne la parole à l'Orateur de la soirée

FERMETURE DES TRAVAUX

 

VÉNÉRABLE    - O -

            L'ordre du jour étant épuisé, nous allons procéder à la fermeture des Travaux blancs.

            F.˙. Premier Surv.˙., l'instant est-il venu où nous devons nous séparer?

 

PREMIER SURVEILLANT

            L'instant est venu, Vénérable Maître, où les symboles doivent se revoiler, où la Lumière s'estompe, et où nous devons nous séparer.

 

VÉNÉRABLE

            F.˙. Second Surv.˙., ces Travaux blancs porteront-ils leurs fruits?

 

SECOND SURVEILLANT

            Gestes et paroles, symboles et images portent en eux leur destin, Vénérable Maître, et la graine ne germe que si la terre est féconde.

 

VÉNÉRABLE

            Souhaitons donc, mes Sœurs et mes Frères, que ces Travaux blancs portent leurs fruits, et permettent de dissiper les erreurs et les préjugés!

            Frère Maître de Cérémonies et Frère Expert, veuillez procéder au revoilement des symboles sacrés.

                                    Les Frères susdits se rendent à l'autel, éteignent le luminaire et replacent le voile bleu sur l'ensemble. Puis ils reviennent à leur place.

 

VÉNÉRABLE    - O -

            Mesdames et Messieurs, mes Sœurs et mes Frères, je déclare fermés les Travaux blancs de la R.˙. L.˙. N…., au zénith de Montréal.

            Je prie les Sœurs et les Frères de bien vouloir ne quitter le temple qu'après nos visiteurs profanes.

            Frère Gardien, veuillez bien en ouvrir les portes.

Par RAPMM - Publié dans : Rites et rituels
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Dimanche 16 décembre 2012 7 16 /12 /Déc /2012 09:16

Ce Rite plonge ses racines dans le Rite Écossais Ancien et Accepté (Reaa) et étend sa ramure vers les différentes voies initiatiques islamiques.

Comme toute voie initiatique, se caractérisant par la transmission d’un sens caché obtenu au cours de rituels vécus, le Reaa, apparu au XVIIIème siècle, voile par ses mythes ceux de la Torah et des Évangiles. Les voies initiatiques islamiques en font de même pour le Coran.

En effet, depuis Abra[h]am jusqu’à Muhammad, toute Révélation, telle une vague qui flue puis reflue apporte avec elle ce qui émane du Principe à destination de tous, et laisse en se retirant, l’écume destinée à certains d’entre eux. Ce double visage exo-ésotérique (ceux qui sont placés sous l’influence du Centre et ceux qui entrent dans des « voyages » vers lui) constitue l’unité de cette Révélation, paradigme de l’unité Principielle.

Chaque voie initiatique est complète et totale dans le sillage de la Révélation dans laquelle elle a pris racine. Néanmoins, la succession des Révélations issues du même Centre, reprenant, amplifiant, et transcendant l’univers commun des mythes et des symboles, a de tout temps posé plus de problèmes à ceux qui sont dans la forme extérieure (la religion en fait) qu’à ceux dont le cheminement vers le Centre éloigne petit à petit de l’apparence.

Le XIIème siècle, fut une des rares périodes d’harmonie des voies initiatiques issues de la Torah, des Évangiles, et du Coran. En effet, chacune d’elle, dans le respect de sa propre spécificité, se rapprochait l’une de l’autre, à chaque fois qu’elles se rapprochaient du Centre commun. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny dont le nom sera promis à un bel avenir, en tirera profit à Tolède pour enrichir le substrat chrétien, qui se cristallisera dans l’Ordre du Temple, première apparition initiatique organisée dans le monde catholique.

La destruction de l’Ordre du Temple marqua la fin de l’unité entre l’exotérisme et l’ésotérisme catholique, et laissa la place à un morcellement de cette voie en différents courants. Ces derniers, tous excommuniés par l’église, ne cessèrent, jusqu’à ce jour, de revendiquer la détention de la « régularité », au nom de laquelle ils continuent d’exclure, sans autre forme de procès, les autres.

Au XVIIIème siècle, autre période de fracture du monde occidental, apparurent, sans ordre apparent ni intention évidente, un certain nombre de degrés initiatiques qui furent intégrés, classés, et adaptés dans des systèmes maçonniques. L’un d’eux fut le Reaa, dont certains degrés sont les plus pratiqués dans le monde aujourd’hui.

Le Reaa propose une remontée du temps, des cathédrales gothiques à MelkiTsedeqen passant par les ruines du Temple d’Hénoch, la Jérusalem des Temples, la Jérusalem céleste, le Tabernacle de Moïse, la Tour de Babel, etc. N’étant pas, comme la Qabale ou le Soufisme, un ordre initiatique adoubé à une Révélation, le Reaa propose une spirale de vagues fluantes et refluantes permettant une « réintégration » au Centre sans passer par l’exotérisme d’une religion. Il est, en ce sens, laïque, non pas dans le rejet des religions, mais dans une intégration, qui lui est propre, de leurs chemins initiatiques. Cela, bien entendu, n’empêche pas ses membres de pratiquer leur religion. Mais, ceux qui voudraient, en plus, suivre les voies initiatiques de leur religion (Qabale ou Soufisme) risquent de ne parvenir qu’à un état syncrétique.

La révélation Islamique apportée par Muhammad reprend et conclue l’ensemble des Révélations depuis MelkiTsedeq, en y intégrant le rôle messianique du Christ. Le Dieu de l’Islam se présente ainsi comme étant le Dieu de tous les Prophètes de la Torah et de celui du Christ. Il « réactualise » ainsi les Révélations passées tout en y mettant un terme. La pratique du Soufisme conduit ses membres vers le même Centre, dans l’intégration complète des deux aspects complémentaires de l’Islam.

L’affirmation de la fin des Révélations concerne au premier chef notre Ordre.

En effet, le Reaa propose un chemin spiralique, par vagues successives, des cathédrales gothiques à MelkiTsedeq. La fin du cycle des Révélations ne peut être que la fin d’un cyclique provoquant « un basculement des pôles». Ceci permet de refermer la chaîne restée ouverte à la Vierge noire, par l’ensemble des vagues mythiques spécifiques au Coran, en offrant un second chemin spiralique vers MelkiTsedeq passant par la Pierre noire (Kaaba).

Ces deux ailes des « karoubim», partant de la cathédrale gothique et remontant vers ce « vide» que le Créateur a fait en son sein, permettent d’atteindre le début et la fin de l’être.

Le Rite Œcuménique se propose ainsi de « boucler la boucle » en quelque sorte.

Source : http://grandorientarabe.blogspot.fr/2011/03/le-rite-cumenique.html

Par Kaddour Belkhamsa ( 33° ), - Publié dans : Rites et rituels
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Dimanche 16 décembre 2012 7 16 /12 /Déc /2012 09:01


Il est un constat désolant pour des défenseurs de la fraternité, c'est que très peu de français et européens de confession musulmane fréquentent les loges maçonniques, toutes obédiences confondues. Cette échec à la fraternité s'explique par de nombreuses raisons, mais il est évident que les rituels que la maçonnerie propose, les décors qui ornent nos locaux et les récits historiques ou mythologiques (Hiram) qui les soutiennent n'ont aucun point commun avec le monde Islamique. Les rappels à la symbolique chrétienne ou judaïque de nos rituels sont nombreux et parfois très explicitent (cf. le chevaleresque RER, le rite d'York...).
- Un frère (ou une sœur) de confession musulmane est forcément en perte totale de repères culturels. Rien, en effet, ne vient conforter son regard ou tisser un lien avec son passé, son histoire sociale et religieuse.
- Nos rituels occidentaux relatent des chroniques anciennes de la Bible, du Talmud ou nous parlent de kabbale dans une débauche de termes hébraïques et de références chrétiennes. Et plus l'on monte dans les hauts grades, plus cela se vérifie.
- Depuis l'affaire Dreyfus au XIXe siècle, l'image du « complot judéo-maçonnique » à laissé des traces persistantes qui évoquent trop souvent le juif comme une origine du mal, de la délinquance morale ou financière. N'est pas Satan qui veut, mais le juif de ces caricatures ne travaille pas seul puisqu'il fait corps avec le franc-maçon, qui élabore sans cesse d'infâmes complots contre la république dans la pénombre de ses ateliers.
- Tout ceci enfin tisse un lien fort avec l'état d'Israël où la maçonnerie aux racines juives est une machine assurément sioniste et anti-islamique, qui travaille à la gloire du judaïsme.
- Précisons encore que le protestantisme est largement représenté, depuis le texte fondateur des Constitutions d'Anderson au tout début du XVIIIe siècle, avec son lot de pré-requis non négociables sur la croyance en Dieu, celui des chrétiens naturellement.
Le rite Œcuménique est inspiré du Rite Écossais Ancien et Accepté et de l'ancienne maçonnerie musulmane opérative, ainsi que des branches initiatiques de l'Islam (soufis, druzes et ismaéliens). Il fait toujours appel aux symboles et références communs au judéo-christianisme mais emprunte également à la symbolique musulmane (comme, par exemple, des signes de reconnaissance, une symbolique des couleurs en Islam ou du voyage initiatique du Prophète). Les trois grandes religions du Livre sont ainsi également représentées afin que chacun s'enrichisse des pensées de l'autre. Il s’agit bien ici, et uniquement, d’instaurer des repères culturels communs afin que chacun trouve sa place dans le déroulement d’une tenue.

Il est composé de sept degrés*, précédés d'un état d'Aspirant / Mourid.
- Le 1° degré (Apprenti/Mubtad'i) est l'équivalent du 1° degré du REAA
- Le 2° degré (Compagnon/Mouqadem) est l'équivalent du 2° degré du REAA
- Le 3° degré (Maître/Nassib) est l'équivalent du 3° degré du REAA
- Le 4° degré (Maître Secret/Saïs= Vénérable) est l'équivalent du 4° degré du REAA
- Le 5° degré (Chevalier Rose-Croix /Naqib) est l'équivalent du 18° degré du REAA
- Le 6° degré (Chevalier Kadosch/Cheikh Aql) est l'équivalent du 30° degré du REAA
- Le 7° degré (Grand Commandeur / Al Qutb Al A'Azam) est l'équivalent au 33° degré du REEA

De son origine :
Le G.O.A.O. partage avec les obédiences maçonniques actuelles, l'héritage de nos pères fondateurs européens et se veut complémentaire car il est le seul, par son rite Œcuménique, à tisser un lien fort entre l'Orient et l'Occident. Il est en particulier l'héritier du Grand Orient Arabe
* Le Rite Oecuménique est composé de 7 degrés parceque le chiffre 7 est le plus haut degré de la Perfection:
- les premiers Grecs l'appelaient Septas ou Vénérable.
- Cicéron, initié dans les sciences des nombres,assure, dans le Songe de Scipion, qu'il n'est presque aucune chose dont ce nombre soit le noeud.
Il symbolise, dans la maîtrise, la chaîne morale qui unit la science maçonnique à la civilisation et au bonheur du genre humain.
- Suivant le Timée de Platon, l'origine de l'âme du monde y est renfermée.
- Les planètes étaient au nombre de 7; la lune qui occupait le 7ème rang parmi ces sphères est soumise à l'action du 7e nombre; sa révolution s'achève en 28 jours, total de l'addition des 7 premiers nombres; elle offre 4 phases principales de chaque 7 jours etc..
Chez les "Ismaéliens" où "Septimans"et autres "Batiniyyin" ( ésotériques) tout s'articule autour du chiffre 7 :
- 7 degrés d'émanation
- 7 cycles pour le temps
- 7 Prophètes ou "Nâtiqs" ( parleurs ):Adam, Noé, Abraham,Moïse,Jésus,Mohammed et l'Imam
- 7 sont les degrés de l'initiation
L'initiation Egyptienne avait 7 grades ou degrés:
1e degré: Pastophoris
2e degré: Néocoris
3e degré: La Porte de la mort
4e degré : Christophoris
5e degré: Balahate
6e degré: L'astronome devant la porte des Dieux
7e degré: Prophéta ou Sahénath Pancah
et bien d'autres particularités du 7 , qu'il devient le nombre sacré de la maîtrise maçonnique.

source : www.goao.org

Par Goao - Publié dans : Rites et rituels
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