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Hauts Grades

La seconde partie de la colonne brisée : réponse de Christian Guigue

15 Décembre 2014 , Rédigé par Christian Guigue

BAF Thomas,

On méconnaît le fait que la colonne brisée n'est pas uniquement utilisée par le RER. Nos amis rectifiés sont tellement autocentrés sur eux-mêmes qu'ils ne s'intéressent jamais aux autres systèmes pouvant exister ailleurs et d'après les horreurs qu'on peut découvrir dans les échanges sur certains blogs, des frères infiniment trop nombreux préfèrent se faire la guerre entre courants et organisations plutôt que d'avancer dans la découverte du Rectifié. La colonne brisée figure aussi dans le rite Américain, dit YORK, en tant qu'allégorie de la vertu ; sans vertu, il n'y a ni réintégration ni perfection possibles, et nous l'avons retrouvée dans notre obédience allemande qui travaille au rite de Zinnendorf où il n'est jamais question ni de réintégration ni donc de Pasqually.

Le texte original est strict : "le tableau ne doit comporter qu'une colonne brisée dans sa partie supérieure". Il doit être en noir et blanc, aucune autre couleur donc. Il n'est pas indiqué de style architectural pour la colonne. Donc on devrait retenir la colonne la plus simple : la ionique et non la plus décorative qui est la corinthienne. Il ne doit rien avoir aucun élément complémentaire pour en faire une composition esthétique et graphique : ni arbre, ni nuages, ni même la deuxième partie de la colonne. Cette prescription est respectée au rite de Zinnendorf. Seule est ajoutée, au RER, la devise latine du degré puisqu'elle est la langue officielle du régime rectifié.

Dans le temple, il doit y avoir le tableau du grade pas la colonne par elle-même.

Tu n'as pas trouvé d'explication parce qu'il n'ya pas de vrai spécialiste du RER dans sa globalité en France, et il n'y en aura jamais. On rencontre des amis qui s'intéressent seulement à tel aspect du RER, généralement historique, mais ils ne développement le plus souvent que la thèse qui les intéresse, quand d'autres documents apportent un éclairage inverse. Exemple : ceux qui se basent sur la décision du Convent de Lyon pour répudier définitivement le caractère templier du régime. Soit ils n'ont pas vraiment fait les recherches qu'il fallait, soit ils ne tiennent volontairement pas compte des documents pouvant exister qui prouvent que ce caractère ne fut pas supprimé : voir la lettre de 1779 adressée par Willermoz à De Maistre, donc plusieurs mois après le convent ! Ils ne prennent jamais en considération l'intégralité de ce que le RER comporte. C'est un rite d'une complexité extrême - même sans Pasqually qui n'y a pas vraiment sa place mais ce n'est pas à développer ici - à trois niveaux de langage, que personne ne maîtrisera jamais dans sa globalité, donc moi non plus.

J'aurais très bien vu Willermoz chef du KGB s'il avait vécu à notre époque : il espionnait tout le monde, faisait des fiches personnelles sur tous, faisait éliminer les maçons qui risquaient de contrecarrer ses ambitions et projets, saisir par la police les textes où on le critiquait, sans parler des magouilles opérées lors des deux convents pour que n'y participent pas ses opposants et détracteurs. D'ailleurs les frères de la Grande Loge des Maître de Lyon qui en avaient assez de ses revirements et trahisons vont finir vont l'exclure. C'était un Tartuffe, obséquieux envers les puissants et un vrai tyran envers ceux qui étaient plus modestes que lui. J'avais déjà tracé un portrait peu flatteur de lui dans mon JB. Willermoz et la Maçonnerie rectifiée. Je serais bien plus sévère à son encontre aujourd'hui. D'ailleurs, même son frère Antoine, in ordine A Concordia, s'était fâché avec lui, c'est révélateur du personnage. Ceci n'empêche en rien qu'on lui reconnaisse et qu'on lui doive le rite Ecossais rectifié, alors dénommé, de son temps, le rite Templier, à l'orient de Lyon.

Si on fait une approche symbolique la réponse jaillit d'elle-même : la partie brisée n'a aucune raison de se trouver conservée vu qu'elle a chuté, (soit par sa mauvaise qualité de matériau, soit par l'insuffisance de qualification de celui qui l'a fabriquée), qu'elle se dégrade donc sur le sol, qu'elle mêle sa matière à la terre qui va la désagréger et la faire disparaître. Ce qui soulève un aspect jamais abordé non plus : puisque la colonne rituelle ne doit pas comporter sur le tableau du grade de deuxième partie, celle qui a chuté, comment sera-t-il possible de la redresser ? Ce qui nous amène à l'allégorie qu'elle recouvre : elle est le support de la voie de perfection, qui ne porte donc pas ce nom au RER, que l'on retrouve au REAA, par exemple et ailleurs. Mais Adhuc Stat a d'autres sens encore plus importants qui n'ont rien de commun avec la réintégration pasqualinienne mais qui se rattachent au caractère templier du système qui était très religieux : c'est pour cela qu'on la retrouve chez les CBCS. La Stricte Observance avait exigé que toutes les loges françaises aient un religieux parmi leurs officiers, comme on le rencontre souvent de nos jours dans les loges anglo-saxonnes où le frère-ministre du culte dit les odes ou les grâces (les prières officielles).

Le vrai RER ne se découvrira jamais par les rituels ni les instructions. Ayant été initié une première fois avec le rituel de 1778, ce rite ne me plaisait pas du tout et je le supportais en allant deux fois par mois à l'Emulation. C'est en découvrant les cartons d'archives et leur contenu à Lyon que j'y ai découvert un rite d'une richesse incroyable et d'un formidable intérêt, ce que les seuls rituels de travail en loge ne révèlent guère. Il faut lire les correspondances échangées entre certains personnages toujours avec prudence quand il s'agit d'Ab Eremo, d'où la nécessité de recouper ses dires et ses écrits : il est vaniteux, - physiquement, il est, ce que l'on appelle en analyse morphologique du type sanguin avec tout ce que cela comporte de caractériel et d'impétuosité - il tend à se décrire sous des traits qu'il n'eut jamais, à s'emparer des idées des autres et les faire passer pour les siennes, à exagérer son importance et celle de ses actions : on a des courriers où tout ceci se retrouve. En fait, il n'a absolument rien retiré ni compris des rares échanges qu'il eut avec Pasqually, mais il utilisa largement ce dernier pour "appâter" ses correspondants avec de soit disant merveilleux mystères auxquels Martinès n'avaient point de réponse. Mais pour Jean-Baptiste, il s'agissait d'appâter, de se faire mousser comme on dit de nos jours, et non de révéler quoi que ce soit dont il ne savait rien d'ailleurs. Willermoz n'était ni un symboliste, ni un rituéliste, ni un mage, ni un occultiste, c'était un homme dévoré d'ambition qui avait compris très vite que seule la FM lui permettrait de se hisser dans un milieu auquel il n'aurait jamais accès du fait de sa roture et de sa position de marchand. Il faut connaître les usages du 18e qui n'ont rien de commun avec ceux que nous vivons au 21e siècle.

J'espère que cette réponse vous aidera.

Bien Frat.

Christian

Correspondant d'Ars Quatuor Coronati, Londres

Franchise et Liberté, Cologne.

PS : Comme je sors la nouvelle édition de La Formation Maçonnique en janvier, je vais intégrer cette question.

Commentaire : notre Frère Christian est un grand spécialiste de la Franc-maçonnerie. Ses nombreux ouvrages sont des références et il est toujours disponible pour répondre par mail aux questions des cherchants.

NB : en Franc-maçonnerie il y a TOUJOURS une explication à une question symbolique.

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Aurifer 29/12/2014 11:01

Il ne connaît même pas la vraie traduction de sa loge allemande de Cologne dans laquelle il n'a jamais mis les pieds. La Loge Freimut und Wahrheit signifie Franchise et Vérité.
"Correspondant d'Ars Quatuor Coronati" signifie simplement qu'il est abonné à la revue de la loge du même nom, mais pas qu'il en est membre.

Monnom 15/12/2014 09:45

Je ne suis pas sur que le qualificatif de "grand spécialiste" soit approprié concernant ce monsieur.
Il est surtout un "grand commerçant", car tout ceci ne mène qu'à sa dernière phrase :"...Comme je sors la nouvelle édition de La Formation Maçonnique en janvier....."
Voilà, tout est dit!
La justification de son commentaire se résume à cette dernière phrase ! Du mercantile, rien d'autre.
En ce qui concerne le RER, il affirme avec "modestie" et une grande "humilité", "il n'y a pas de vrai spécialiste du RER dans sa globalité en France, et il n'y en aura jamais".
ET IL N'Y EN AURA JAMAIS !!!!
Le mieux serait donc qu'il évite de la ramener sur le sujet et tout le monde en sera très satisfait !!!

Thomas . D 15/12/2014 10:17

Je sais juste que ses livres sont très instructifs et qu'il répond gratuitement à toutes les sollicitations de celles ou ceux qui ont besoin d'aide pour leurs planches.