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Hauts Grades

Les lumières d'ordres Sagesse, Beauté, Force ou Sagesse, Force et Beauté.

1 Décembre 2014 , Rédigé par E.°.R.°. Publié dans #Planches

L’éveil, c’est aussi ouvrir les yeux et faire des analogies, des corrélations « symboliques » qui donnent la vision d’un ordonnancement global.

« Nous l’avons appris en loge dans la pratique du REP qu’il existait un rapport entre les trois lumières des rites dits « modernes », et les trois grandes lumières des rites dits "Anciens". Ce distinguo visant à créer une distinction dans la pratique rituelique à l’époque de la querelle entre les « anciens » et les « modernes », fut résorbée par la complémentarité des interprétations.

Le REP a su conserver le sens premier de ce distinguo pour élaborer des correspondances qui dépassent les querelles, rendant producteurs de sens les clivages entre grandes lumières, petites lumières, lumières d'ordres, etc.

Il faut comprendre que l’allumage des flambeaux ou colonnettes ou piliers suivant les rites, parfois appelés lumières d'ordres (REP), relate ni plus ni moins une symbolisation de la manifestation dans le monde terrestre. C’est un rituel du « Commencement ». Pour le symbolisme constructif c’est à proprement parler, « la projection en la cité terrestre des perfections de la Cité d’En Haut ». Donc une loge juste est parfaite ne l'est pas seulement en vertu du nombre symbolique de maçons (3, 5, 7.), mais aussi en vertu d’une correspondance entre le terrestre et le céleste.

Ainsi, on trouve une correspondance entre deux triades symboliques. Le Maître de la Loge, Le Soleil et la Lune est la triade lumineuse des "modernes", décrivant l’ontologie cosmogonique cyclique et métaphysique propre aux Grands Mystères antiques. La duplication de cet ordonnancement dans l’ordre éthique et donc humain, celui des Petits Mystères antiques, se fait à l’aide de la Bible ouverte au prologue de la lumière et par la superposition de l’équerre au compas. Mais en lisant le Prologue, on s’aperçoit qu’il est possible, par l’interprétation polysémique de la Lumière, de relier les Petits Mystères aux Grands Mystères et donc de rendre perméables et miscible les deux triades par leurs points communs. C'est à partir de ces deux triades que l'on va "dupliquer" ou "décliner" dans le Hekal et dans l'Homme la notion de lumière.

On utilise des synonymes symboliques de la lumière pour diffuser la dimension sacrée et divine dans des niveaux de manifestation et de perception différents. Ainsi la Lumière ontologique devient synonyme du Logos, du Verbe créateur, de la Parole, de la Vérité, du Centre, de l’axe, etc. Ces synonymes symboliques s’appliquent à des situations et des ordres de compréhension visibles et invisibles qui recoupent et subdivisent les deux Mystères universels : celui de la Création-Manifestation et celui de la Vie. Autrement dit, il s’agit de décrire la Lumière qui ne fut pas arrêtée par les Ténèbres par des termes adaptés aux différents états de l’être et de la nature. Les différentes appellations de la lumière semblent suggérer un état évolutif de l’homme lié à son niveau d’éveil.

La Lumière dont il est question dans le prologue selon Saint-Jean est donc l’axe universel qui traverse le mystère de la Création et le mystère de la Vie. Dans l’ordre accessible à notre compréhension et en fonction de la tradition initiatique de l’art royal qui est fondé sur le symbolisme constructif, les notions de Sagesse de Beauté et de Force sont des déclinaisons « éthiques » d’une lumière ontologique, symbole de perfection absolue.

On admet généralement que la lumière se décline dans le sens traditionnel du plus haut vers le plus bas, mais il reste entendu que la lecture de la Bible comme le ressenti de l’éveil reste du domaine des potentialités humaines et que rien n’interdit à l’homme de générer en lui cette fameuse dimension sacrée. Le franc-maçon s’attachera à faire le lien de causalité entre ce qui est « transmis » par l’initiation et ce qui sommeillait déjà en lui…

La notion de déclinaison-duplication lumineuse se démontre lors de la transmission de la lumière venant du Debhir et descendant dans le Hékal suivant un processus rigoureusement symétrique. Au Rite Écossais Primitif ce processus se fait l’aide du Maître de la loge, authentique médiateur céleste, et de son représentant situé trois marches plus bas, le Maître de Cérémonie, authentique ordonnateur du monde terrestre. Techniquement la lumière « pensée ontologique » est perçue par le Maître de Loge, et transmise dans une démarche volontaire au Maître de Cérémonie acteur terrestre de l’action. (Dans certains rites c’est le maître de loge lui-même qui va animer les 3 chandeliers ou flambeaux ce qui revient au même puisse qu’il descend les trois marches et symboliquement change de niveau de perception ou de point de vue).

Le franc-maçon comprendra que :

- la Sagesse est associée à l’Orient, lieu de provenance de la lumière naissante, analysée dans l’ordre humain en Pensée divine originelle. Dans le symbolisme constructif, on lui affectera le Plan qui est synonyme de Loi Universelle à laquelle participe l’Œuvrier. C’est le Roi Salomon détenteur des plans du Temple qui incarne la Sagesse antique.

- la Beauté qui naît de l’harmonie implique la morale du Beau et du Bien (éthique), mais aussi la proportion idéale qui accompagne et dessine la Volonté née de la pensée. Cette Beauté est la représentation mentale d’une forme parfaite inspirée d’une pensée idéale ou divine. Pour le constructeur c’est la divine proportion symbole de perfection qu’il peut trouver au centre de lui-même. La Beauté est née de la Sagesse, elle est selon le roi Salomon « une couronne pour la tête du Sage ».

- et enfin la Force se traduit en Action, soit la réalisation matérielle et concrète d’une Pensée proportionnée et contenue par l’Harmonie-Beauté. La Force est ici la réalisation et le maintien d’une potentialité lumineuse contenue dans le Verbe. Pour le constructeur c’est l’usage « éclairé » de l’outil et de l’instrument contenu dans les limites du compas et de l’équerre. La persistance à bâtir et rebâtir le Temple sera vue comme la détermination à faire apparaître l’esprit dans la matière et ceci par des actes positifs, ce qui au plan humain revient à admettre la présence de la Lumière en soi. Autrement dit, et selon le roi Salomon, « la Force accompagne la Sagesse chez le Sage ».

La correspondance entre le Debhir et le Hékal nous renvoie clairement à notre temple intérieur dans une tripartition, Esprit / Âme / Corps ou Chair. On conclura à la présence du Debhir en soi.

On situe dans la bougie sommitale du chandelier du Maître de Loge la Sagesse-pensée initiale qui « préside aux travaux » et surplombe la manifestation et la réalisation.

La Beauté harmonisante considérée sur le plan de volonté contenue et proportionnée sera située dans la bougie située à la droite du Maître de la Loge, elle peut être vue comme l’intellect agrégateur de la pensée idéale à la proportion idéale : véritable essence de la notion de « Chef d’œuvre » . C’est avant tout une représentation mentale préalable à l’action qui va irriguer la volonté et la vision.

La Force réalisatrice est située dans la bougie à la gauche du chandelier vu par le Maître de loge. C’est le côté du cœur associé à l’intelligence du cœur, l’intuition inspirée dans l’action, véritable sens de l’expression « avoir du cœur à l’ouvrage » .

On établit ainsi entre le Debhir avec l’épée flamboyante et le Hékal avec la canne du Maître de Cérémonie une parfaite symétrie correspondant à deux points de vue, dans deux niveaux différents, en fonction d’un axe traversier relatant une source surplombante insaisissable dans son origine. La convergence s’exprimera dans l’axis Mundi qui traverse les différents mondes, ici Debhir et Hékal et lorsque les travaux sont suspendus, la lumière se diffuse sur le Ulam et se répand dans le monde profane. C’est la mission du franc-maçon : répandre la lumière à partir de son centre intime revivifié en Loge.

Cette mise en œuvre de la lumière sacrée suit ici le Principe initiatique de symétrie inversée selon l’axe, appelé aussi « miroir des sages » qui situe la sagesse d’inspiration divine ou sacrée, en sommet dans l’ordre éthique. On retrouve ce principe de symétrie inversée suivant l’axe dans la circumambulation solaire dextrogyre ou polaire sinistrogyre suivant le mode des Petits ou Grands Mystères dans lequel on évolue symboliquement.

« Si l’homme est un être de lumière issu du Verbe, alors il peut par l’initiation réentendre, comprendre et redécouvrir les déclinaisons de la lumière perceptibles dans l’ordre humain qui sont la Sagesse, la Beauté et la Force ». (Le fait que certains rites inversent le sens au premier degré en « Sagesse Force et Beauté » est sans grande influence sur le sens général. Cela est dû à la méconnaissance de l’acte sacré d’allumage des lumières d’ordre d’une nouvelle loge qui se fait effectivement dans le sens Sagesse Force et Beauté, mais dans le sens polaire sinistrogyre. Ce qui, en rituel du premier degré qui se joue en sens dextrogyre, donnera Sagesse Beauté Force !!!)

« Le prologue selon Saint-Jean et le rituel d’allumage des feux suggèrent que seule notre Sagesse nous permet d’entendre le Verbe. L’Équerre est symbole de la ordonnancement moral (comportement d’équerre), soit l’éthique déclinée dans l’ordre constructif et humain à partir de la grande loi de la création. Elle nous inspire la droiture dans nos pensées et nos actions. Le Compas quant à lui est un instrument de mesure de proportion divine et de comparaison permettant d’apprécier dans l’ordre humain la portée et les conséquences éthiques de nos actes. C’est ainsi que l’acte réalisateur de l’homme sera inspiré par le principe d’harmonie découlant de la loi sacrée. La conclusion logique serait que la lumière est en tout maçon »…

Les lumières d’ordres du REP sont associées au styles architecturaux et à certains outils et instruments figurés sur le tableau de Loge, et de plus, on peut corréler Beauté et Force aux colonnes Boaz (persévérance dans le bien [et donc le beau]) et Jakin (ma force est en Dieu) … la logique de la disposition générale est donc respectée suivant les principes de déclinaison lumineuse et d'analogie.

Enfin et pour finir ce rapide survol de la lumière et de sa dévolution dans un Hekal recrée, il faut-il rappeler que la Lumière entre dans la loge avec un chandelier à trois branches allumé au cierge qui veille sur les parvis, à ce que certains appellent "la lumière éternelle". Ceci implique que tout ce qui se passe en loge est une scène recomposée dans l'ordre humain de l'instant initial comme une image inversée vue dans un miroir, le véritable temple de la lumière se situant sur les parvis...Doit-on en conclure que dans l'ordre humain, la sagesse ne puisse se percevoir que dans un miroir?

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/2014/06/sagesse-beaute-force-ou-sagesse-force-et-beaute.html

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