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Hauts Grades

Traduction du texte du rituel d’initiation de W.A.Mozart (extrait)

19 Décembre 2014 , Rédigé par Jean van Win Publié dans #Planches

Un Manuscrit Maçonnique Viennois du 18e siècle du Frère Joseph Baurnjöpel-transcrit par Friedrich Gottschalk

Introduction

La circonspection à l'égard des personnes qui causent des désordres dans nos loges et qui pourraient gâter les autres Frères bien formés, nous a mis en garde contre toute corruption et dépravation des mœurs qui ont provoqué la ruine de civilisations entières et qui sont la source de tant de malheurs.

C'est sur cette circonspection que nos sages Frères ont toujours construit leur espoir, en n'offrant la possibilité d'être reçu Maçon qu'aux candidats dont la droiture en matière de religion et des vertus liées à celle-ci, et dont l'esprit de bienfaisance dans le sens le plus large ne laissaient aucun doute.

Ce n'est qu'après avoir vérifié profondément ces qualités inébranlables qu'un vrai Maçon devrait se permettre de proposer un étranger à sa Loge, car le vrai bonheur ou la chute d'un atelier peut dépendre du vote d'un seul Frère uniquement.

Finalement, lorsque le parrain croyait avoir trouvé toutes ces qualités indispensables réunies dans un seul candidat, il avait coutume de demander à un Frère inconnu s'il voulait bien accompagner le profane à la Loge. Habituellement, cela se passait pendant la nuit, en silence et plein d'attention, de sorte que les Frères servants pouvaient mettre le candidat dans le cabinet de réflexion et le laisser là, livré à ses méditations.

Dans cette petite chambre, tapissée de noir, que nous appelons chambre de réflexion, se trouve une table recouverte d'une toile noire, deux chaises également couvertes de noir, une faible lampe qui éclaire à peine, un crâne humain, un poignard, un bol rempli d'eau, une corde et un livre ouvert. Ce livre est ou bien la Bible, ou un autre livre exaltant. Quand il entre, la cloche sonne une heure--Est-ce que j'entends bien--Est-ce la cloche des morts qui sonne pour mes heures défuntes--Où sont-elles, dans l'océan sans fin de l'éternité ? Et peux-tu t'imaginer l'éternité, homme que tu es, et qui ne vis que grâce à la " bonne action" d'une seule minute ?

Après une demi-heure pendant laquelle le candidat a été laissé seul à ses pensées, le Frère Terrible ouvre la porte et lui tient les propos suivants : "Monsieur, je viens ici au nom du Respectable Grand Maître et de toute la Loge vous demander si c'est de votre propre volonté que vous désirez devenir membre de cette honorable société ?".

Question : "Avez-vous aussi réfléchi mûrement que vous allez rejoindre une assemblée qui doit être tenue pour sacrée et qui pourrait attenter à votre vie au cas où vous transgresseriez d'une façon significative ses objectifs ? Réponse : oui.

Je vous laisse encore du temps pour réfléchir sérieusement : examinez-vous bien pour savoir si vous êtes assez persévérant pour garder un secret d'une telle importance. Soyez patient, je reviendrai bientôt".

Après un quart d'heure, il revient avec les mots : "Avez-vous toujours la même volonté et êtes-vous toujours décidé de nous rejoindre ?". Réponse : oui. Alors, permettez-moi de vous poser les questions que nous avons coutume de poser lorsqu'il s'agit d'une réception, et je vous supplie d'y répondre avec la sincérité d'un honnête homme". Questions :

" Quel est votre nom?".

"Où êtes-vous né?".

"Quelle religion pratiquez-vous?".

"Quel est votre état?".

"Quel âge avez-vous?".

" Venez-vous ici par vaine curiosité, dans le but d'apprendre nos secrets

pour mieux les trahir après ?". "N'avez-vous jamais, dans vos affaires, entrepris quelque chose qui pourrait porter préjudice au nom d'un honnête homme ? Ne vous êtes-vous jamais attiré une mauvaise réputation à la suite de fréquentations nuisibles ?". "N'êtes-vous pas membre d'une autre association ou fraternité qui combat la nôtre ?". "N'êtes-vous pas impliqué dans quelque complot contre l'Etat ou son chef ?". "Souhaitez-vous vraiment d'être reçu et voulez-vous vous soumettre à tout ce qui sera entrepris avec vous ?". Réponse : oui.

Après cela, on le laisse se déshabiller, on lui prend ses métaux, on lui dénude le genou droit et la poitrine gauche, on lui met une pantoufle et un bandeau sur les yeux, on lui fait frapper trois fois à la porte et pendant qu'on répète les questions, on lui donne l'accès de la Loge.

Note : selon le système de Zinnendorf qui est actuellement appliqué la chambre de réflexion ne contient que le crâne sans les os en forme de croix (piraterie!) et la lumière d'une lampe. Quant aux questions qui sont posées au candidat, elles sont les mêmes sauf la question qui concerne le complot contre l'Etat, bien que cette question soit considérée comme la plus importante selon les décrets généraux de l'Obédience. Le déshabillage et ce qui suit sont également restés inchangés.

L'Ouverture de la Loge.

Le Maître en chaire frappe un coup sur l'autel et dit :

"Frères 1er et 2nd Surveillants, aidez-moi à ouvrir une Loge juste et parfaite". Aux autres Frères, il dit : " cela vous plaît-il ?".

Quand tous ont fait les signes d'approbation, il continue :

Question : "Frère 1er Surveillant, êtes-vous Maçon?".

Réponse : "Oui, VM, je le suis et j'en suis honoré, mes Frères et compagnons me reconnaissent comme tel".

Q. "Pourquoi êtes-vous devenu Maçon ?".

R. "Parce que j'étais dans les ténèbres et vivais dans l'inconscience, et je cherchais la lumière et la sagesse".

Q. "Quel est le premier devoir d'un Maçon?".

R. "S'assurer que les portes sont bien fermées et que tout est en bon ordre avant qu'on ne parle".

VM. "Faites votre devoir".

Le 1er Surveillant: "Les portes sont fermées, tout est en bon ordre, la Loge est en sûreté".

Q. "Dans quel but vous êtes-vous rendu ici?".

R. "Pour ne pas faire ma propre volonté, mais plutôt pour maîtriser mes passions et, comme le veulent nos propres lois, m'efforcer jour après jour afin d'obtenir une parfaite conduite de vie, qui soit digne et juste, et qui témoigne d'une religion et d'une éthique pures, ce qui est l'unique objectif et le but de notre honorable société".

Q. "Quelle heure est-il?".

R. "Midi plein".

VM. "Puisqu'il est midi plein, il est temps d'ouvrir la Loge. Faites-moi parvenir le signe, l'attouchement et le baiser de paix".

Après l'exécution de cet ordre, le VM frappe trois coups sur l'autel et dit : "Frère 1er Surveillant, la Loge des Apprentis est ouverte". Et il fait le signe d'apprenti. Quand les deux surveillants l'ont répété, le VM demande "si quelqu'un a quelque chose à proposer ?".

R. "VM, il y a un profane qui aspire à être reçu dans nos rangs".

Le VM demande aux Frères présents s'ils sont d'accord de le recevoir. Après avoir reçu le signe d'approbation, il le fait chercher par le Maître des Cérémonies.

La réception.

Dès que le Cherchant étranger a frappé trois coups en profane, le plus jeune Frère (auquel est attribuée la fonction de Tuileur) dit au 2nd Surveillant qu'on frappe à la porte d'une façon inhabituelle. Ce dernier en avertit le 1er Surveillant qui l'annonce au VM. Celui-ci répond qu'on doit voir qui pourrait être là.

Le jeune Frère ouvre la porte à moitié et demande " qui c'est qui frappe?". Le M de C répond " C'est un profane qui demande à voir la lumière". Cette réponse est répétée selon la coutume et parvient chez le VM qui lui fait poser les questions qui figurent à la page 95 concernant le cabinet de réflexion.

Après cela le VM ordonne de le faire entrer dans le temple.

Le Frère Garde ouvre soudainement et avec le fracas d'obligation les portes et c'est le 2nd Surveillant qui prend le profane sous sa garde après que le M de C l'ait quitté avec les mots " à partir de maintenant, je vous laisse à votre destin et je ne puis plus rien faire de bien pour vous".

Le second Surveillant lui donne un glaive dénudé (sic) qu'il doit prendre de la main gauche et en mettre la pointe sur le côté gauche de la poitrine. Le 2nd surveillant le prend de sa main gauche, tient le glaive de la main droite par la poignée, et guide

ainsi le candidat vers la place entre les deux surveillants, où le Cherchant doit se courber profondément pendant que le VM lui parle : " Que voulez-vous? Venez-vous ici par pure curiosité, pour apprendre plusieurs secrets et pour les trahir après ? Quelles sont vos capacités dans le domaine des sciences? Etes-vous instruit dans les sciences administratives? Connaissez-vous les devoirs de votre état? N'avez-vous jamais commis dans vos activités ou vos affaires quelque chose qui pourrait être nuisible à la réputation d'un honnête homme? N'êtes-vous pas membre d'une société ou d'une fraternité qui agit contre nous ? Avez-vous un réel désir d'être reçu par nous ? Et voulez-vous vous soumettre à tout ce qui sera entrepris avec vous? Réponse : oui.

Note : comme tout Frère assidu connaît les cérémonies qui sont exécutées dans les différentes Loges avec plus ou moins de variantes dans les us et coutumes et de déviations sans grande importance, il n'y a pas lieu de s'appesantir là-dessus et nous continuerons le rituel.

Les trois Voyages.

Le VM prononce les mots qui suivent : " Frère 2e surveillant, faites-lui faire son premier voyage à travers l'Air et la Terre. Du Soir par la Minuit vers le Matin et de là par le Midi vers l'Ouest. Quand le premier voyage est accompli, le VM dit au Cherchant : " Quelle opinion avez-vous de la religion ? N'êtes-vous pas impliqué dans des complots contre l'Etat ou son Chef ? N'avez-vous pas délibérément commis un meurtre ? Persistez-vous dans vos intentions ? Réponse : oui.

VM : " Faites faire le deuxième voyage à travers l'élément Eau, comme Persévérant.

Quand ce voyage est fait, le VM continue : "Maintenant vous avez accompli votre deuxième voyage, mais savez-vous bien que le troisième sera très difficile à mener à bonne fin ? Croyez-vous vraiment avoir le courage nécessaire pour endurer tout ce qui peut se passer ? Réfléchissez bien, car il vous faudra beaucoup de vaillance ! A quoi vous êtes-vous résolu ?

Alors, qu'il fasse son troisième voyage à travers l'élément Feu et ne l'épargnez nullement".

Quand le Souffrant a accompli ce voyage et a été ramené entre les deux surveillants, le VM lui dit " Vous avez vraiment accompli vos voyages et nous sommes complètement satisfaits du courage dont vous avez fait preuve. Seulement, cela ne nous suffit pas, et vous devez encore nous donner du sang de votre cœur. Frère Chirurgien, tirez-lui 7 ou 8 onces de sang".

Si le candidat est d'accord, il est conduit sur une chaise et on prépare tout pour lui faire croire à une saignée réelle. Le bras est seulement touché par une plume et avec une éponge on fait couler de l'eau chaude sur la veine et l'eau est recueillie dans un bassin. On lui applique un pansement sur la veine et on le guide à nouveau entre les deux surveillants où le VM lui parle en ces termes : "La persévérance dont vous avez fait preuve, tant dans les épreuves que vous avez voulu subir que dans votre complaisance à exécuter nos souhaits, nous a convaincus que vous n'êtes pas indigne d'être intégré dans notre société.

Seulement, avant de vous communiquer nos secrets sacrés, vous devez nous assurer de votre Fidélité et de votre Discrétion absolues, par la prestation d'un serment solennel. Frère 1er surveillant, guidez-le vers l'autel par les 7 petits et les 3 grands pas habituels ». C'est au 1er surveillant d'assurer la garde du Souffrant, qui le fait en lui donnant de sa main un coup fort sur l'épaule droite en le guidant à travers la loge dessinée vers l'autel, où le candidat a le genou droit sur l'équerre, deux doigts de sa main droite sur la Bible ouverte et il tient de sa main gauche la pointe d'un compas sur le cœur. Le VM lui fait répéter le serment pendant que les frères se sont groupés tête nue autour de lui et battent des mains pour souligner les passages les plus importants du serment.

La formule du Serment.

" En présence du Grand Architecte de l'Univers et de l'assemblée des membres de cette honorable société, moi, N.N., je promets que jamais je ne révèlerai ou ne mettrai en lumière les secrets ou le secret des Francs-Maçons si on me les divulguait, que je les cacherai et ne les découvrirai (à personne) sauf à un frère fidèle et juste, et après l'avoir profondément examiné, ou dans une loge honorable et parfaite de Frères et Compagnons. Je promets en outre de ne jamais les faire écrire, imprimer, dessiner, buriner, enterrer, de sorte qu'un signe visible ou une lettre- que ce soit sur bois ou sur pierre - puisse apparaître de manière irrégulière. Tout cela sous une peine qui ne sera pas moindre que d'avoir ma gorge tranchée, ma langue tirée du palais de ma bouche, mon cœur arraché du côté gauche de ma poitrine et enterré dans le sable de la mer éloigné d'une encablure de la côte, là où le flux et le reflux se succèdent deux fois en 24 heures, d'avoir mon corps brûlé en cendres, qui seront répandues sur la surface de la terre, de sorte qu'il ne resterait plus aucun souvenir de ma personne. Ainsi m'aide Dieu".

Après la prestation de serment, le VM frappe de son maillet les trois coups d'obligation sur la tête du compas que le candidat tient toujours contre sa poitrine et il est à nouveau conduit entre les deux surveillants où le VM lui demande : « Voulez-vous voir la lumière maintenant?".

A sa réponse oui, le bandeau est enlevé et tous les frères tirent leur épée et en dirigent la pointe vers la poitrine du néophyte à qui le VM s'adresse de la façon suivante : "Mon frère, ce glaive et l'épée de tous les autres frères sont prêts à vous percer le cœur si vous deviez vous rendre coupable d'une trahison contre cet Ordre respectable. Par contre, ils sont prêts aussi à vous défendre contre tous vos ennemis pourvu que vous remplissiez vos devoirs d'honnête homme".

Les frères rengainent leur épée et frappent une batterie.

Après cela, le néophyte est conduit hors du temple, où il se rhabille complètement (sauf son épée) qu'il recevra en loge des mains du VM. Quand il est prêt, on frappe à la porte du temple et le nouveau frère est conduit dans la loge.

Le VM fait venir à lui le nouveau Frère et lui parle ainsi:

"Mon Frère! La Loge a l'habitude de faire trois cadeaux : le tablier qui signifie l'innocence, une paire de gants d'homme pour vous prouver ou vous faire comprendre que nous ne salissons pas nos mains par des calomnies, et une paire de gants de femme pour témoigner de notre respect pour ce sexe. En les lui offrant, vous pouvez honorer la personne pour laquelle vous avez la plus haute estime".

D'autre part, il lui communique le Signe de la gorge, l'attouchement, le mot sacré, le mot de passe, sa place dans le temple; toute la connaissance dont il doit faire la preuve auprès des 1er et 2ème surveillants. Suit enfin l'explication du tableau d'apprenti par le Frère Orateur qui poursuivra avec un petit discours pour autant que le temps le permette, pour finir avec le catéchisme.

+ Tout ce qui a été dit se trouve dans le rituel du premier grade selon lequel il a été travaillé et qui a été accepté--vu la stricte observation es règles de l'Ordre-- comme base pour unifier les notions qui, ça et là, pourraient encore dévier. Tout le rituel avec ses cérémonies, usages, coutumes, discours, se trouve bien en place, et c'est pour cette raison que le catéchisme ne suit qu'après, pour que tout apparaisse clairement.

Fin du texte du rituel. ( Le texte de Baurnjöpel ne comporte ni consécration, ni catéchisme).

Commentaires

La comparaison des rituels pratiqués en Europe continentale au XVIIIe siècle est source de profondes satisfactions. Bien que la structure de base des rituels reste le plus souvent immuable, on assiste au fil du temps à une diversification remarquable et à une intégration, parfois contestable, d'apports multiples ou de suppressions intempestives. Il n'est pas possible, dans le cadre de cet article, de les commenter tous, et je me limiterai à un aspect particulièrement significatif qui se concrétise, en Autriche, dans les années 1782-1791 : celui des épreuves par les éléments infligées au récipiendaire lors de ses "voyages", épreuves qui se mueront en purifications, telles que nous les connaissons de nos jours dans certains rites.

Les éléments (Terre, Air, Eau, Feu) sont ceux de la cosmogonie classique provenant de l'Antiquité. Il s'agit de la division traditionnelle de la matière en quatre éléments constitutifs, "conception d'une rare banalité" dont André Doré (1986) estime toutefois que " leur origine hermétique est évidente".

Toujours selon P. Noël (1991), " Platon exposa cette théorie des éléments dans le Timée. Les chrétiens en reconnaissaient quatre, la Kabbale se contente des trois premiers, Martinez des trois derniers ( les Hindous ajoutent l'éther)…La Franc-Maçonnerie, devenue spéculative, ne serait plus que le réceptacle déchu qui conserve le souvenir des …purifications/épreuves".

Plutarque, pour sa part, mentionne cette théorie dans De Iside et Osiride, ch.36.

Avant d'aborder ce seul point précis tel qu'il apparaît dans le présent rituel (1784), et de le comparer avec l'évolution importante qu'il subit dans le livret de la "Flûte Magique" (1791), il n'est pas superflu de résumer très schématiquement l'article " Epreuves ou purifications ?".

* En 1730, "Masonry Dissected" de Prichard mentionne que le candidat effectuait un tour de la loge, afin de se présenter à l'assistance.

* En 1737, en France, le candidat fait trois tours, avant d'être amené vis-à-vis le Grand Maître. Il n'y a toujours ni éléments, ni épreuves, nu purifications.

* En 1767, les rituels dits " du Marquis de Gages" montrent le candidat conduit autour de la loge par le premier surveillant, sans qu'interviennent toujours ni éléments, ni purifications, bien que l'épreuve du feu figure au premier grade.

* A Lyon, les mêmes "voyages" sont conduits par le second surveillant, ce qui est annonciateur des pratiques du RER. Ces voyages sont qualifiés d'épreuves.

* Toutefois, un catéchisme de 1749 (Lille?) faisant partie du rituel de " Petit Ecossois Apprenti", comporte cette réponse : " J'ai été purifié par l'eau et le feu". C'est la plus ancienne mention de cette innovation, selon P. Noël.* Les hauts grades du rite dit "de Perfection" (Francken 1783) contiennent un 14° grade qui mentionne : "then the Mr of Ceremonies shows him the brazen sea in which he washes his hands". Cette purification par l'eau est destinée à montrer l'innocence du récipiendaire.

* Le grade de Maître de Loge, dès 1765, nous apprend que "j'ai été purifié de la tête aux pieds par le fer et par le feu".

Et l'auteur de cet article se demande si les " rites de purification" ne sont pas passés des hauts grades vers les grades bleus à cette époque.

* Les rituels dits "d'Avignon" (1776) publiés en 1983, révèlent sans équivoque la fonction purificatrice des épreuves. Au premier voyage : " qu'on lui fasse subir l'épreuve de l'eau en le plongeant dans la piscine pour le laver de ses souillures ". Au deuxième voyage : "qu'on lui fasse subir l'épreuve du feu en le faisant passer par les flammes pour le purifier".

* En 1786, le GO de France prévoit la purification par l'eau au deuxième voyage et la purification par le feu au troisième voyage, les flammes constituant le complément de la purification par l'eau.

* Les trois éléments (feu, eau, terre) n'apparaissent que tardivement au RER, soit vers 1786-1787, mais avec une signification très particulière à ce rite, sans rapport, une fois de plus, avec ce que l'on trouve dans d'autres rites.

* Le Guide du Maçon Ecossais (REAA vers 1815-1820) fait passer le récipiendaire par les flammes purificatrices au troisième voyage. Les deux premiers sont exempts de purification.

* Enfin, au XIXe siècle, et Clavel s'en fait l'écho en 1843, les pratiques nouvelles sont formalisées sans équivoque : " Profane, dit le VM, vos voyages sont heureusement terminés; vous avez été purifié par la terre, l'air, l'eau et le feu".

Cette longue citation, fortement abrégée mais combien précieuse, nous ramène au rituel vécu par Mozart, mais aussi au livret de la Flûte Magique, en son acte 2, scène 7.

Le rituel existait sans contestation en 1784. La Flûte Magique fut écrite 1791. Entre ces deux dates, il se passe quelque chose à Vienne, ou à Prague qui sait, car les contacts de Mozart avec les milieux maçonniques de cette ville devinrent plus étroits et plus cordiaux qu'avec son public un peu versatile de Vienne. A part le fidèle van Swieten, qui n'était pas maçon, nul ne souscrivait plus à ses concerts....

Les purifications rituelles.

Le musicologue Autexier écrit que : " ces rituels, à l'exception de ceux de l'adoption et de Wilhelmsbad, font d'une manière ou d'une autre référence aux épreuves élémentaires à propos des voyages dans le temple lors de la réception au premier grade. Le plus explicite est celui de la Stricte Observance". Le choix de l'expression "épreuves élémentaires" constitue une regrettable confusion de langage, qui sous entend chez son auteur la notion de « purification par les éléments », telle qu'il la trouve dans le livret de la Flûte cité supra.Le rituel rectifié de Wilhelmsbad (1782) ne fait, en effet, aucune référence aux éléments. Mais trois de ces éléments apparaissent dans le rituel commencé en 1785 et achevé en 1787-1788, utilisé de nos jours par les loges rectifiées régulières belges. La rencontre du candidat avec les "essences spiritueuses" est toute particulière et ne relève ni des épreuves, ni de la purification ; elle n'est propre qu'à ce rite, puisqu'elle relève exclusivement de la cosmologie de Martinez de Pasqually.

Quant à la Stricte Observance, le Convent de Wilhelmsbad lui porta une telle estocade qu'elle ne s'en remit jamais et se trouva réduite à quelques rares îlots de résistance avec, semble-t-il, une résurgence plus tardive à Prague. Dès 1783, l'Ordre périclite sérieusement ; il n'en restera rien au début du XIXe siècle. Le rituel français (les versions française et allemande étaient identiques) de la Stricte Observance, daté de 1778, ignore le mot épreuve de même que celui de purification.

Le même musicologue affirme que " la notion de purification par les éléments existe dans les rituels et les discours maçonniques en Allemagne, bien avant la rédaction du livret de Die Zauberflöte ". Ceci est possible, mais ne concerne pas la Grande Loge Provinciale d'Autriche, qui, si elle avait bien reçu ses rituels de Berlin avant 1781, avait cessé toutes relations avec la Grosse Landesloge de Berlin depuis mars 1781. Autexier n'attache aucune importance à ceci et affecte de mélanger les deux. Il écrit : " La question compte peu, au surplus, de savoir si les quatre éléments sont là pour effrayer le récipiendaire ou pour le purifier".

La question, au contraire, compte beaucoup !

La notion d'épreuve effrayante est traditionnelle dans les rituels maçonniques français, dès 1760 semble-t-il. Il s'agit de surmonter des obstacles et de vaincre des difficultés au cours des voyages conduisant, via le tableau ou tapis de loge, vers l'autel d'Orient. " On jette de la poix raisinne devant lui sur la flamme d'un flambeau ce qui fait une grande lumière et ce pour éprouver sa fermeté". Cette "cérémonie" s'apparente, dans son esprit, aux embûches (méritoires) qui affectent la conquête de la Toison d'or, les voyages d'Ulysse, la quête du Graal. Bref, la recherche contrariée de "quelque chose de précieux qui a été perdu, qui demeure caché et qui doit être conquis avec courage", thème récurrent en maçonnerie.

La notion de purification est d’une nature bien différente. Le travail du maillet et du ciseau dégrossissant la pierre brute ne suffit plus. Il s'agit dès lors de laver le récipiendaire de ses souillures, d'une tache, d'un péché, à la façon soit de quelque sacrement (baptême, confession, extrême onction), soit de quelque processus d'affinage destiné à le débarrasser de ses impuretés, de ses scories, processus inspiré de la " science alchimique", fort en vogue bien avant 1784 et qui faisait des ravages en particulier dans l’aristocratie allemande du temps.

On voit bien que, si les épreuves relèvent de la tradition maçonnique ( les "tours" des Anglais, les " voyages" des Français), les purifications constituent une intrusion, ( d'aucuns diront un enrichissement ?) à caractère surnaturel ou alchimique, dans le déroulement d'un processus précédemment d'une grande ingénuité et d'un symbolisme immédiatement perceptible et sans réelle sophistication.

La réception qui, jusqu'alors, véhiculait un "message" exclusivement symbolique, devient alors "initiation" par l'adoption d'un mode de pensée magique. La question soulevée à cette époque par l'écart constaté notamment entre le rituel mozartien (1784) et le livret de la Flûte Magique (1791) est donc, contrairement aux allégations d'Autexier et de quelques autres, d'une importance considérable dans l'histoire du développement des rituels. Elle pose la question (controversée) du caractère symbolique ou du caractère magique de l'initiation maçonnique. Un rideau de plomb va tomber bientôt sur la maçonnerie autrichienne, et ce pour de très nombreuses années. En revanche, un somptueux rideau de velours cramoisi s'est levé sur la Flûte Magique et ses épreuves purificatrices, opéra qui va connaître une notoriété extraordinaire dans toute l'Europe du XVIIIe siècle finissant et du XIXe siècle, pour se manifester encore avec une vigueur sans faille de nos jours.

Il révèlera, à des dizaines de milliers de spectateurs émerveillés, les mystères des « épreuves purificatrices par les éléments », en les présentant comme les préliminaires obligés de toute « initiation » maçonnique. Ce que l’on me permettra de déplorer.

Ces purifications se retrouveront dès lors dans tous les rites maçonniques, à l'exception de certains, tels le Rite Français et le Rite Ecossais Rectifié, qui resteront heureusement imperméables à ce type d'influence.

Le XIXe siècle se chargera de répandre largement ces épreuves dans les loges européennes, ainsi que bien d'autres innovations empruntées désormais à l'Orient, aux mythes, aux religions, aux civilisations, aux "sciences" dites occultes désormais largement vulgarisés. Les temples "égyptiens" vont fleurir, et leur décoration permanente remplacer le petit tapis crayonné et éphémère des débuts artisanaux de la maçonnerie. Mais ceci est la fin incohérente d'un âge d'or, et le début d'une (tout) autre histoire…

Remerciements

Je tiens à remercier mes bons amis Harald Strebel, de Embrach, Suisse, auteur de l'ouvrage le plus complet et le plus scientifique sur Mozart Franc-Maçon, dont les précieuses indications m'ont cette fois mis en contact avec le "vrai" rituel, ainsi que Paul Moorkens, de Wemmel, Belgique dont les connaissances linguistiques et la connaissance de la Maçonnerie allemande m'ont été d'un grand secours.

Source : www.hiram33.i.h.f.uniblog.fr

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