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Hauts Grades

L'Autel des Serments

23 Février 2015 , Rédigé par Robert MINGAM Publié dans #Planches

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, et au Progrès de l’Humanité, « Dignitaires et vénérables maîtres qui décorez l’Orient, » Vénérable Maître en Chaire, et vous tous mes Sœurs et mes Frères en vos degrés et qualités.

Le sujet dont je souhaiterais vous entretenir ce soir, concerne le symbole sur lequel s’est fondé l’esprit sacramentel de notre Ordre, j’ai nommé l’Autel des Serments. C’est devant lui et sur lui, qu’à toutes les étapes importante de notre engagement, nous renouvelons solennellement nos obligations vis-à-vis de l’Ordre en général et de notre Respectable Loge en Particulier. Quelles que soient les Auspices spirituels ou administratifs sous lesquels nous nous reconnaissons ; quelles que soient les Options symboliques, ou socioculturelles des Rites que nous avons choisis pour organiser nos travaux, l’Autel des Serments sur lequel repose les trois grandes Lumières de la franc-maçonnerie est toujours présent, pour nous rappeler que nous avons laissé nos métaux à la porte du temple, et que nous avons fait vœu d’y élever nos cœurs en Fraternité. Toujours orienté vers l’Orient, dans la direction où la Lune et le Soleil se lèvent, l’Autel fait référence à la Lumière éternelle, celle que les Anciens Egyptiens qualifiaient d’ombre de dieu, et que nous symbolisons, dès avant l’ouverture des travaux, par la flamme d’une bougie allumée. Point d’ancrage de toutes les autres étoiles de la Loge, cette vivante Lumière est appelée à éclairer nos travaux, à élever notre esprit vers un idéal commun, à continuer de briller en nous pour guider notre vie, et à permettre d’achever au dehors l’œuvre commencée dans le Temple (comme le précise notre rituel). Cette Lumière que nous avons reçu le jour de notre Initiation tient plus du regard que nous devons porter sur nous même, que d’une identité dûment patentée par une capitation. Le respect de la Règle et de la parole donnée, est le ciment de notre Initiatique Fraternité. Les Serments que nous avons prêtés sur l’Autel du même nom, ne sont pas des actes anodins. La discrétion et la fidélité, sanctionnées symboliquement par le signe d’Ordre ; le respect et l’obéissance non aveugle mais intelligente aux supérieurs hiérarchiques de la confrérie ; les devoirs de fraternité et de dévouement à l’égard des Sœurs et des Frères, ainsi qu’à tous les membres de la famille humaine; sont des engagements générateurs de liberté, que nous avons pris au service de valeurs que tous nous estimons essentielles, parce qu’ils font naître en nous des obligations librement consenties. Sublimées par le caractère spirituel et sacré que nous accordons aux trois Grandes Lumières de notre Ordre, ces promesses prêtées « solennellement et sincèrement » sont plus que du domaine symbolique. Elles me paraissent sacramentelles. Aucun des trois symboles présents sur l’Autel des Serments, n’appartient en propre à la Franc–maçonnerie, c’est seulement la façon de les conjuguer entre eux qui personnalise notre Ordre, en formant un pentacle symbole de perfection. Il s’agit de l’Equerre, du Compas, ainsi que d’une règle « Initiatique » admise comme source d’inspiration et de réflexion, matérialisée dans notre Loge par les Grandes Constitutions. Selon les rites et les époques, ces trois outils avaient de nombreuses significations symboliques d’ordre moral ou spirituel, mais toujours en rapport avec les principes fondamentaux de la géométrie sacrée. A partir du point, qui est à l’origine de toute manifestation, le Compas crée toutes les formes, dont celle du cercle. Si dans le monde profane, cet outil peut être utilisé comme instrument de mesure, sur le plan ésotérique, et notamment chez les maçons spéculatifs que nous sommes, le Compas peut symboliser la circonspection, l’impartialité et la sagesse, mais aussi l’intelligence, l’esprit infini éternel et universel, voire la manifestation du Grand Architecte de l’Univers comme principe de libération de la conscience. Dirigées vers l’Occident, ses pointes ouvertes pourraient représenter la force spirituelle qui descend sur la matière. Dans les miniatures médiévales, c’est à l’aide du grand compas d’appareilleur des tailleurs de pierre que le Grand Architecte opère la Création du Monde. La difficulté d’admettre qu’il puisse exister dans l’Univers une intelligence supérieure, créatrice et ordonnatrice de notre système solaire, ainsi que de la vie sur la Terre est concevable, parce qu’elle dépasse notre entendement. Pourtant, les scientifiques eux-mêmes s’interrogent et émettent l’hypothèse qu’il puisse exister, en dehors de notre propre galaxie, un principe intelligent, quelque soit le nom qu’on veuille bien lui octroyer, qui se manifeste par sa Lumière, et régit nos existences. Ses rayons lumineux, d’origine céleste, éclairent la Terre en formant une sorte de cône que les égyptiens ont matérialisé en édifiant les grandes Pyramides, et que nous symbolisons par le triangle. A l’Orient de notre Loge, les trois Grands symboles que sont le Soleil, la Lune et le delta Lumineux, atteste de la présence de ce principe universel qui éclaire nos travaux, et que nous acclamons sous le vocable « de Grand Architecte de l’Univers ». Le Compas pointes ouvertes placé sur l’Autel des Serments, peut donc lui aussi, manifester cette lumière qui lui vient de l’Orient, et rayonner symboliquement sur les autres symboles. Eclairé par le Compas, l’Equerre représente la matière animée par l’esprit. Symbole de rectitude et outil de perfectionnement, permettant de tracer les limites du carré qui, de tous temps, et dans toutes les civilisations symbolisait la Terre, l’Equerre est l’image renversée du Compas. Elle suggère que ce qui est en Bas est comme ce qui est en Haut et réciproquement. La position de ces deux outils évoque donc clairement cette idée tirée des Livres de Thot et reprise au IIIe siècle de notre ère par les néo-platoniciens grecs, et le légendaire Hermès Trismégiste. Le troisième symbole sur lequel reposent le Compas et l’Equerre est sans aucun doute possible le plus controversé « notamment dans les loges françaises ». Il s’agit de la Règle également appelée « Livre de la Loi sacrée » ouvert et fermé au début et à la fin des travaux « pour marquer la nécessaire mais provisoire rupture avec le monde profane ». Dans notre Atelier, ce sont les Grandes Constitutions. Mais traditionnellement, dans une large majorité de Loges travaillant au Rite Ecossais Ancien Accepté, c’est la Bible ouverte sur le prologue de saint Jean qui fait office de Règle Initiatique. C’est d’ailleurs pourquoi le tuilage nous invite à préciser que nous venons d’une Loge de saint Jean. En tant que maçons, nous savons que l’avenir se construit sur les cendres du passé, et que c’est la prise de conscience de nos erreurs qui nous fait progresser. Aussi, qu’y a-t-il de plus sacré que la mémoire de notre civilisation ? Avant de s’imposer comme le symbole du dogme chrétien, dans une société soumise aux lois de l’Eglise, la Bible racontait avec force détails, l’histoire authentique ou légendaire, d’une humanité en proie à ses démons. Les Grandes Religions y puisèrent leurs racines, la franc maçonnerie son humanité. Au 12e siècle, Pierre de Blois, précepteur du roi Guillaume II d’Angleterre, puis garde du sceau royal, affirmait en son temps que « l’on ne passe des ténèbres de l’ignorance à la lumière de la science, que si l’on relit avec un amour toujours plus vif, les œuvres des anciens ». Aussi, mis sur la voie de la sagesse lors de leur initiation, les maçons d’hier, qui n’étaient pas plus que nous, des êtres d’exceptions nantis d’un quelconque pouvoir, mais des intelligences sélectionnées pour leurs capacités à réfléchir sur la condition humaine, ont su extraire de la Bible l’esprit d’une Règle Initiatique. Ce Livre n’évoquait pour eux aucune religion particulière. Il les englobait toutes, dans l’universalité de celle sur laquelle tous les humains de bonne volonté se reconnaissent, celle de la Fraternité. C’est cet esprit d’ouverture enraciné dans le cœur des hommes, qui peu à peu se révèle à l’Initié comme une intuition de vérité. Avec le Compas et l’Equerre posé sur l’Autel des Serments, le Livre de la Loi Sacrée symbolise l’alliance entre le monde de la matérialité et celui de la spiritualité. Mais de quelle spiritualité parlons-nous ? Ne peut-on la reconnaître ailleurs que dans son acceptation religieuse ? La spiritualité du Maçon est avant tout personnelle. Elle peut être laïque sans pour autant être antireligieuse, car les deux voies tendent vers un même but, « la Fraternité Universelle ». Seuls leurs moyens diffèrent. Notre spiritualité n’est inféodée à aucun dogme, qu’il soit religieux, philosophiques ou issus du postulat politique. C’est une aspiration au développement et à la réalisation de soi, C’est un besoin de transcendance, d’épanouissement de notre plein potentiel, qui peu à peu se révèle comme une nécessité de se dépasser intellectuellement. Nous passons ainsi de la matière à l’esprit; la matière étant par essence limitée structurellement tandis que l’esprit est illimité, flexible, adaptable et surtout intuitif. On peut bien entendu concevoir la tentation de certains maçons, à vouloir remplacer le « Livre de la Loi Sacrée », ou « Livre de la Loi morale », par un autre symbole, peut être plus conforme à leur spiritualité. Mais ne rivalisons pas de sectarisme, et ne perdons pas de vue l’esprit traditionnel et initiatique qui accompagne notre quête. Il ne faut pas, par méconnaissance ou par choix personnel, désacraliser nos rites et nos rituels en écartant les éléments qui par essence sont l’expression du sacré. Nous ne sommes plus dans le monde profane dit le rituel, nous avons laissé nos métaux à la porte du temple. Nous avons été initiés dans cet espace consacré par une cérémonie à caractère traditionnel, et l’initiation est une forme de sacrement, au même titre que le baptême religieux. C'est-à-dire que nous avons été purifié par la matière, (les quatre éléments), et accueilli par les paroles du Vénérable Maître, (Je te créé, reçoit et constitue Apprenti Franc-maçon). C’est comme cela que la franc-maçonnerie accorde sa légitimité à qui reçoit et transmet ses principes, ses valeurs, et respecte ses rituels. La Loge « l’Acacia » en est un remarquable exemple, et c’est pourquoi j’ai choisi d’y travailler « à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers » et « au progrès de l’Humanité ». Cependant, j’aurais préféré un symbole plus représentatif de nos ancestrales traditions que les Grandes Constitutions placées sur l’Autel des Serments, en lieu et place du Livre de la Loi Sacrée. Certes nous sommes membres d’un mouvement associatif dont l’existence est contrôlée par des lois. Nous y avons adhéré de plein droit avant même d’y avoir été initié. Bien sûr, la Règle inscrite dans notre Constitutions, est le fondement moral de notre Ordre, mais c’est sous la voûte sacrée formée par la canne du Maître des Cérémonies et l’Epée de l’Expert, la main posée sur les trois Grandes Lumières de la maçonnerie, que nous prenons à témoin ce que nous considérons comme étant le plus sacré pour attester de la sincérité de nos engagements. Petit détail insignifiant peut être, mais dans certains Rites « réputés » spirituels, le pommeau de la canne se place au sommet de l’Equerre ainsi formée, symbolisant le soleil protecteur et la source présumée de la Lumière. Nous retrouvons alors cette lumière, qui se réfracte sur les 8 pointes du pentacle, c'est-à-dire en direction des 8 plateaux des officiers de la Loge. Le Maître des Cérémonies et le grand Expert officiant sur la Règle rejoignent les deux autres symboles pour en protéger le cœur. C’est devant cet assemblage qu’à l’ouverture et à la fermeture des travaux, à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, symbole lui aussi très contesté, et au Progrès de l’Humanité, nous renouvelons solennellement et par acclamation, nos traditionnelles obligations. A cet instant, nous devons nous rappeler qu’il n’y a pas de Liberté sans Solidarité, d’Egalité sans Tolérance, et de Fraternité sans Engagement. Pour conclure, la vérité n’existant que pour ceux qui la cherchent, je ne prétends pas vous imposer la mienne. Mais ce sera toujours avec le même plaisir, et en toute fraternité, que je viendrais partager avec vous la controverse sur des sujets aussi sensibles que celui-ci.

J’ai dit

Robert MINGAM

Septembre 2009

Source : http://www.ordoabchaos.net

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