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Hauts Grades

Chevalerie initiatique et chevalerie maçonnique

16 Mars 2015 Publié dans #Planches

Le plus simple pour aborder la compréhension d’une chevalerie initiatique est d’étudier la comparaison avec les restes des ordres chevaleresque civils, la tradition chevaleresque elle-même, et la chevalerie maçonnique développée dans des degrés que les francs-maçons eux mêmes disent ne plus rien à voir avec la Franc-maçonnerie. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec, voyons tout d’abord la chevalerie maçonnique. Dans tous les grands rites, on commence avec les degrés du métier, on continue avec un degré (ou une série de degrés) de transition qui est lié à une révélation, parfois apocalyptique, puis on termine sur des degrés d’une chevalerie spirituelle, ou de chevalier saint. On pourrait faire des études comparables avec le double degré de Maître Écossais de Saint André dans le Rite Écossais Rectifié, avec le Rite Écossais Ancien et Accepté, ou le Rite français, mais nous nous limiterons au Rite York déjà évoqué. L’évocation dans un rituel, toujours de la Sainte Arche Royale, de «la vaillance de ces hommes valeureux qui, la truelle à la main et le glaive au côté, étaient toujours prêts à défendre le sanctuaire contre les attaques non provoquées de leurs adversaires», appelle quelques commentaires. Tout d'abord, dans le rite « des maçons anciens francs et acceptés », comme dans le rite Émulation, c'est une des rares fois où l'on fait allusion à un glaive en maçonnerie de métier. Celui-ci est d'ailleurs présent, à l’Arche, sur le tapis de loge, et c'est sur le commentaire de ce tapis que se fait le discours du Deuxième Principal; dans la logique de ce rite, c'est à ce point précis que se trouve la jonction avec la tradition chevaleresque. Le maçon, pour défendre son œuvre, et surtout lorsqu'il s'agit d'une œuvre sainte, est habilité à porter l'épée et à s'en servir. Pour ceux qui connaissent la logique des grades complémentaires maçonniques, lorsqu'ils entrent dans la chevalerie du Temple, ils sont admis dans les commanderies en tant que pèlerins de l'Arche Royale. Il en va de même pour la Croix-Rouge de Constantin, l'ordre du Saint-Sépulcre, et l'ordre de Saint-Jean l'Évangéliste. La démarche des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte est analogue. Tous ces ordres sont maçonniques, même lorsqu’ils sont les homonymes d’ordres non maçonniques, certaines analogies prêtant à confusion. Rappelons cette tradition rapportant que les templiers pourchassés en France 1312, auraient trouvé refuge dans des loges maçonniques, notamment en Écosse. À la suite de la bataille de Bannockburn (1314) où le rôle de ces templiers aurait été décisif, Robert le Bruce aurait constitué un ordre à leur intention, de cette légende vient « l’Ordre Royal d’Écosse ». Au XVIIIème siècle, des chevaliers authentiques en mal de spiritualité se sont amalgamés à des loges en mal de reconnaissance nobiliaire, et d’une tradition chevaleresque authentique. Ainsi, la Stricte Observance Templière, les Chevaliers du Chapitre de Clermont auraient rejoint les Maîtres Maçons de Lyon pour former le Rite Écossais Rectifié avec ses Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. On connaît le Discours du Chevaliers Ramsay qui évoque l’origine croisée des Franc-maçons. On peut faire tout un développement au sujet des « maçons chevaliers », dont le nom peut aussi s'inverser en proposant des « chevaliers constructeurs ». Il existe aussi ce degré, déjà évoqué, appelé les Prêtres Chevaliers du Temple de la Sainte Arche Royale (selon la traduction) dont certains font remonter l'origine en Irlande en 1700. Cet axe de réflexion sur la chevalerie maçonnique prend toute sa dimension lorsque l'on se rappelle qu'en Angleterre, comme dans les pays nordiques, et particulièrement la Suède, ce sont les membres de la famille royale, quand ce n'est pas le souverain lui-même, qui est Grand Maître de l'Ordre maçonnique. Nous avons déjà cité le Roi d’Écosse Jacques Stuart, en exil en France à Saint Germain, selon de possibles origines des grades dits Écossais, aurait peut-être bien distribué quelques titres de Chevaliers qui se sont transmis dans certaines loges par des degrés spécifiques. Des titres chevaleresques maçonniques, qui sont alors délivrés, sous des patentes bien définies, sous l'autorité consciente de souverains légitimes, perdent tout caractère arbitraire, et peuvent reposer la question d'une valeur dépassant le cadre maçonnique. Ainsi, notamment l’Ordre Royal d’Écosse en serait un exemple particulièrement flagrant ; de même le 11ème degré du Rite Suédois qui confèrerait un titre de valeur civile, le Roi de Suède étant le Grand Maître. Enfin, la reconnaissance de la qualité nobiliaire d’un chevalier n’est actuellement admise que s’il a été conféré par une famille régnante, ou un État souverain. Or, cet état de fait n’est qu’assez récent, et en opposition avec les origines de la Chevalerie. La noblesse est héréditaire, pas la chevalerie. Ce qui définit la transmission chevaleresque, c’est la reconnaissance par d’autres chevaliers. Le jacobinisme des souverains les a poussés à s’approprier ce droit de reconnaissance, et à l’imposer à leurs sujets. Le conflit reste ouvert entre des usages immémoriaux et les règlements modernes ; car, qu’est ce qui empêcherait certaines anciennes familles, ayant régné, parfois bien longtemps, de promouvoir un ordre chevaleresque dans leur maison comme cela s’est fait dans le temps ? L’une des missions originelles de la noblesse n’est pas de se reproduire en cercle fermé, mais d’attirer à elle les individus de qualité, détectés dans la roture. La mise en place de barrières étanches ou inadaptées a été l’une des causes des révolutions. Le « Bourgeois Gentilhomme » de Molière en est la caricature. Sur le plan moral, c'est au niveau chevaleresque que vont se trouver exaltées certaines vertus comme la charité, la bienfaisance, la protection de la veuve, de l'orphelin et celle du pèlerin, avec tout le développement du rôle hospitalier de ceux qui sont à la fois des chevaliers et des pèlerins. Mais le maçon doit également trouver, là, les limites à la notion d’une tolérance qui lui a été longtemps inculquée. Si le chantier, l'œuvre en cours, ou les principes de l'institution sont en danger, alors il doit sortir l'épée et se battre, jusqu'à la mort s'il le faut, si le seuil de tolérance a été dépassé. On enseigne ainsi au chevalier constructeur que, si la grande guerre sainte «existe», la petite guerre sainte étant celle où l'on doit tuer des hommes pour survivre, on est avant tout confronté à une guerre intérieure, contre notre pluralité, voir dualité, où l'on doit écouter, apprendre et se maîtriser, tant que les principes essentiels ne sont pas en péril. Ceci est encore une démonstration du fait que ce message s'adresse à tous, toutes confessions confondues, à partir du moment où nous sommes des hommes fidèles à nos engagements envers la Divinité comme envers notre prochain. Les armes ne sont pas un moyen de principe, mais le dernier recours qui trouve sa justification lorsque les hommes ne peuvent plus communiquer, que tout a été dit et que l'on se retrouve encore en danger. Pour ceux qui ont appris le maniement des armes, nous savons que la meilleure épée est celle qui reste au fourreau, et ce qui la fait sortir de son fourreau n'est pas en général la vaillance, mais la peur. La plus grande des notions de courage, c'est d'affronter ses adversaires sans sortir les armes, mais avec une œuvre constructive qui est souvent plus efficace que les paroles inconsistantes. Dans l'escalade de la violence entre deux parties, celui qui tire l'épée est, en général, celui qui pense avoir été provoqué au-delà de toutes limites, ce qui le met en danger. Ces notions sont importantes lorsque l'on devient en maçonnerie, symboliquement, un membre du Grand Sanhédrin, faisant partie des princes et chefs du peuple. Ces notions de pouvoir, de riposte et d'agression rentrent dans le cercle de nos responsabilités, il faut savoir les interpréter et les traiter avec sang-froid. Ainsi, à des niveaux définis, certains ne sont-ils pas relevés de leurs vœux, et donc de leurs précédents engagements ? Ne passe-t-on pas ainsi de la morale à l’éthique ? Nous comprenons pourquoi, dans la Franc-maçonnerie moderne, en quittant le métier pour la profession, quelques uns sont perdus devant le changement de règles. La confusion est d’ailleurs entretenue par certaines obligations reprises en « copier-coller » comme pour meubler des vides, ou des incompréhensions. Il est pourtant indubitable, que plus on progresse, plus les obligations que l’on attend de nous reposent sur notre conduite et nos choix, plus que sur nos actes et nos idées. Les résultats prévalent parfois dans la philosophie de l’action. L’armement chevaleresque, avec une dimension sacerdotale déclinée de façon variable, constitue l’étape ultime de l’initiation maçonnique, qui est, rappelons-le, une initiation de métier, donc « roturienne ». Peut-être la transmission nobiliaire aurait-elle perdue son caractère initiatique? Serait-ce une explication à ce que les membres de la Royal Society venaient chercher dans les loges au 17ème siècle. ? Les trois premiers degrés relèvent du métier, et enseignent le B.A. BA du symbolisme, le Craft des Anglo-saxons, comparable à l’œuvre au Noir. La Sainte Arche Royale développe, de façon progressive, les fondements du sacerdoce ; au-delà de la transmission, c’est une reconnaissance de l’initié comme Prince et Chef du Peuple, œuvre au Blanc. Puis la philosophie de l’action constitue la preuve matérielle des idées métaphysiques précédemment acquises, au travers soit de la Chevalerie, soit de la pratique sacrificielle, c’est l’œuvre au Rouge. Le cycle est alors complet.

Source : http://www.tombelaine.sitew.fr

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