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Hauts Grades

Êtes-vous Maçon ?

4 Mars 2015 , Rédigé par Robert MINGAM Publié dans #Planches

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, au Progrès de l’Humanité, Vénérable Maître en chaire, Vénérable(s) Maîtres qui décorez l’Orient, et vous tous mes Sœurs et mes Frères en vos Degrés et Qualités.

A cette question, il est convenu de répondre : « Mes Sœurs et mes Frères me reconnaissent pour tel ». Mais en fait, c’est quoi être Franc maçon ? Le manuel d’instruction au premier degré répond à cette question en précisant que le maçon est un homme libre et de bonnes mœurs. Encore faut-il s’interroger sur le sens et les limites de la liberté que l’Ordre consent à ses membres. Précisément, dans l’Ordre maçonnique mixte international du Droit Humain, l’homme est libre, lorsqu’il est débarrassé de tout préjugé, et qu’il considère les humains d’après leur valeur morale, et non point en raison de leur position sociale et de leur fortune. D’autre part, il est de bonnes mœurs lorsqu’il évite toute action préjudiciable à autrui (dixit le manuel d’instruction au premier degré). Bref, pour être reconnu Franc maçon, il faut être Tolérant et Fraternel, c’est bien connu. La tolérance étant d’admettre parmi nous quelques êtres imparfaits, et la fraternité serait de ne pas donner les noms. Si la Franc maçonnerie se limitait à ces menues et réductrices considérations, les règles de morale apprises par nos enfants à l’école primaire auraient été bien suffisantes pour faire de tous les français de bons et légitimes maçons. Comme l’exprimait Cyrano de Bergerac dans la tirade du nez, « Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme ! ». Le Franc maçon ne peut se reconnaître dans ce succinct tuilage. Pourtant, depuis plus de deux siècles, et dans le monde entier, les règles que nous suivons ici rituellement, rassemble des millions de Sœurs et de Frères qui se reconnaissent entre eux par des signes, des mots et des attouchements propres à leur qualité de Maçon. Malgré cela, leur statut n’est jamais acquis définitivement. Outre que celui-ci peut être conditionné au paiement annuel d’une substantielle capitation, il se mérite, car il est constamment remis en question par l’appréciation des autres membres de la confrérie, qui considèrent leurs qualités morales, en fonction du travail accompli en Loge, ainsi que dans leur environnement profane. Pour reconnaitre certaines qualités à autrui, notamment celle de Maçon, peut être faut-il avoir déjà eu le loisir de se rencontrer, éventuellement avoir partagé quelques expériences, ou avoir quelques souvenirs en communs. C’est pourquoi l’Initiation, et plus tard l’assiduité aux tenues bimensuelles est essentielle à notre mutuelle reconnaissance. Au-delà de l’apparence profane, parfois qualifiée par nos détracteurs d’association de comploteurs, voire de malfaiteurs, un lien profond peut naître de nos individuelles différences, et créer une sorte d’égrégore humain autour d’un idéal de société où l’homme a une place prépondérante. Pour réunir ce qui pourrait être épart, nos tenues s’articulent autour d’un rituel où chaque phrase prononcée au cours de nos cérémonies a été rigoureusement pensée et choisie par nos prédécesseurs pour créer une résonnance en accord avec le but à atteindre, c'est-à-dire, entre autres raisons « la fraternité universelle ». Aussi, pour nous exprimer en Loge, sommes-nous contraints de respecter certaines règles de bienséance, (comme par exemple éviter les sujets polémiques). Nous avons aussi, et surtout, le devoir d’éveiller sans contraindre nos Sœurs et nos Frères au degré qu’ils sont censés acquérir. Pour ce faire, nous disposons d’outils rappelant nos anciennes racines opératives, et d’un rituel dont les origines remontent au siècle des lumières.Trois principaux éléments régissent nos lois et conditionnent notre appartenance à la Franc-maçonnerie, tout en permettant de s’y reconnaître:

1)- Le respect d’une règle commune à tous les maçons répandus sur la surface de la Terre ; (Dans notre Fédération Française du Droit Humain, ces règles essentielles à l’esprit de notre Ordre Philosophique et Spirituel sont incorporées par petites touches dans les règlements généraux, et passent malheureusement trop souvent au second plan, derrière l’administratif de nos constitutions internationales).

2)- Le respect exemplaire et rigoureux d’un rituel ayant force de loi sur les quatre continents ; (Cette condition est essentielle à la reconnaissance internationale de notre Ordre).

3)- Enfin, une liberté de pensée et d’appréciation des symboles présents ou suggérés dans notre environnement. (Il est à noter que le mot symbole qui vient du Latin symbolus, signifie également « signe de reconnaissance »)

Les règles morales et Initiatiques édictées par les très anciens fondateurs du Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien Accepté se doivent d’être rigoureusement perpétrées, car elles sont le ciment de notre Ordre. J’insiste sur le fait qu’il s’agit bien d’une Règle Morale et Initiatique, pas d’un règlement plus ou moins arbitraire. Car nous sommes membres d’un Ordre Régulier, au même titre que les Moines l’étaient et le sont dans leurs Monastères. Bien sûr, le temps ayant fait son œuvre, les Règles maçonniques sont devenues plus souples, et une scission a pu s’opérer parmi des Sœurs et les Frères qui, las de travailler exclusivement sur le « connais-toi toi-même » ont préféré se séculariser en introduisant la notion de « progrès de l’humanité ». Cependant, Réguliers ou Séculiers ne sont que des mots en Franc maçonnerie. Car dans l’esprit même de notre Ordre, le spéculatif n’est que l’interface de l’opératif, le Maçon se devant d’achever au-dehors l’œuvre commencée dans le temple. Pour revenir au sujet de cette planche, aujourd’hui l’appartenance à une administration obédientielle est devenue incontournable pour jouir du statut de maçon et pour se faire reconnaître pour tel. Le maçon libre dans une Loge libre est une utopie bien séduisante, mais dans les fait, la seule vraie liberté d’un maçon dans son obédience, ormis celle de penser ce qu’ils n’a pas toujours le droit d’exprimer, est celle de démissionner discrètement si tel est son désir. La Franc maçonnerie n’est pas sectaire mais ne se prétend pas pour autant libertaire. C’est une société hiérarchisée. A l’extérieur, vis-à-vis du monde profane, elle s’est organisée en association loi 1901 où elle est soumise à déclaration. A l’intérieur, règne une certaine confusion quant au sens de notre démarche initiatique. Un certain folklore s’est installé visant à flatter l’égo de certains membres en mal de reconnaissance. Ceux-ci, affublés de décors et de titres ridicules font parfois oublier que derrière le tablier, symbole de notre filiation opérative, sommeille le maçon de base, le cherchant qui, en s’identifiant symboliquement aux outils qu’il manipule, en adopte l’esprit et spiritualise la matière pour la rendre intelligible à ses adeptes. Outre les mots de semestre qui permettent de voyager et de se faire reconnaître comme bon et légitime maçons « par les membres d’obédiences amies exclusivement», j’insiste bien sur le terme « exclusivement », l’utilisation des signes, des mots et des attouchements ne sont en fait que de pseudos-garants vis-à-vis d’éventuelles incursions profanes. Aussi, chaque phrase, mais aussi chaque mot de nos rituels a-t-il été scrupuleusement choisis, et pourrait, si l’envie s’en faisait sentir, faire l’objet d’une studieuse attention. Nous aurions alors pléthore de sujets passionnants à développer comme par exemple, « pourquoi le concepteur du Rite Ecossais Ancien Accepté a utilisé le terme de reconnaissance plutôt que celui de considération ». A la question « êtes-vous maçon ? », nous sommes tenus de répondre «mes Sœurs et mes Frères me reconnaissent pour tel ». Etymologiquement, « re-connaître » pourrait suggérer « connaître à nouveau », mais cette interprétation peut difficilement s’appliquer à des maçons qui, bien que se considérant comme Frères, ne se sont souvent jamais vu auparavant. Entre autres significations, le dictionnaire propose l’idée intéressante de « distinguer à partir de certains caractères ». Des Frères me reconnaissent pour tel parce qu’ils se reconnaissent en moi. Parce qu’au-delà des mots échangés se situe un vécu, celui de l’initiation. C’est lors de son premier passage dans le cabinet de réflexion, avant même d’avoir été reçu Franc maçon, que l’impétrant est censé avoir déjà traversé le miroir d’une vie chargée de mille préjugés profanes aveuglant son esprit. Cette mort symbolique, suivie d’une renaissance est donc la clé de notre initiation. C’est cette re-naissance qui nous permet d’acquérir de nouveaux préceptes. C’est peut-être pourquoi les concepteurs de nos rites ont utilisé ce terme de reconnaissance, car dans reconnaître il y « re-naître » c'est-à-dire « naître à nouveau ». Peut être également s’y cache-t-il l’idée de connaissance, c'est-à-dire le sens même à donner à notre idéal : connaître et connaître à nouveau, « remettre chaque jour 100 fois son ouvrage sur le métier » nous propose Jean de LA FONTAINE dans « le Laboureur et ses enfants ». C’est cette faculté de mourir pour renaître que les maçons utilisent chaque fois qu’ils se préparent à pénétrer dans leur Loge. Symboliquement, ils laissent leurs métaux à la porte du Temple. Dans cet espace consacré à leur idéal, ils viennent s’y régénérer, retrouver à la source cette part d’eux-mêmes qui un jour les a fait reconnaître par leurs Frères, et que le monde profane tend à vouloir modifier. Aussi, c’est pour avoir subit les mêmes épreuves, avoir été confrontés symboliquement aux mêmes éléments, s’être engagés par serment sur la voie initiatique du travail au bienfait de l’humanité, que les Sœurs et les Frères se reconnaissent pour tels. C’est ce vécu de l’initiation qui peut se lire dans le regard que nous portons sur nos semblables qui atteste aujourd’hui de notre qualité de Franc-maçon.

J’ai dit

Robert MINGAM Le 14 mai 2011

Source : http://www.ordoabchaos.net/

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