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Hauts Grades

La part sombre du Chevalier Kadosch

2 Mars 2015 , Rédigé par Pierre Quader Publié dans #Planches

C’est pourquoi le Chevalier Kadosch nourrit la part de lumière en lui et laisse mourir de faim la part d’ombre qu’il porte en lui. C’est une autre façon de dire qu’ « il élève des temples aux vertus et creuse des cachots pour les vices ». « Que fait le Chevalier Kadosch de la « part sombre » qu’il porte en lui ? »

INTRODUCTION :

Il est banal de dire que l’ombre est absence de lumière. On peut dire aussi qu’il y a ombre parce qu’un obstacle s’interpose et empêche le passage de la lumière. La première prise de conscience de la part sombre, c’est l’ombre que chaque personne emmène avec elle. On a beau courir, cette ombre nous suit partout. La seule façon de la supprimer, c’est la lumière : il faut que le soleil nous atteigne de telle manière, par exemple lorsqu’il est à l’aplomb, et que l’ombre demeure alors sous nos pieds.

Un pieu fiché en terre permet de mesurer le temps C’est aussi lorsque le soleil est d’aplomb, à midi, que l’ombre du pieu a quasiment disparu. Ainsi le cadran solaire le plus rudimentaire semble démontrer que l’ombre joue un rôle utile.

La part sombre étant à la fois nécessaire et utile, nous développerons le sujet en deux parties : Nous examinerons dans une première partie ce qu’est cette « part sombre », présente notamment chez chaque Chevalier Kadosch. Puis dans une seconde partie, ce que fait le Chevalier Kadosch de cette « part sombre » qu’il porte en lui.

Lumière et obscurité sont une paire d’opposés qui doit être intellectuellement fécondante. Lorsque une source de lumière, comme le soleil, éclaire un corps, comme la lune, il y a d’une part une face éclairée de la lune et d’autre part une face sombre de la lune, face sombre qui se prolonge d’un cône d’ombre. On peut dire que la face éclairée de la lune est un reflet du soleil, en quelque sort, un « nom substitué » du soleil. Un objet est plus ou moins éclairé : il y a toujours plus blanc que blanc. De même, l’obscurité est plus ou moins noire : il y a plus noir que noir. En conséquence, le blanc absolu et le noir absolu n’existent pas dans ce monde, même si l’on peut s’en approcher de plus en plus de façon asymptotique.

PREMIERE PARTIE :

Part lumineuse, part sombre.

La « part sombre » sera comprise en deux sens tout à fait différent :

· D’une part, il y a la « part sombre » qui est le contraire de la « part lumineuse ». En ce sens, la « part sombre » est un aspect négatif, qui s’oppose à un aspect positif : Noir-Blanc, Mort-Vie, Mal-Bien, Laid-Beau, etc.

· D’autre part, il y a la « part sombre » qui présente un caractère neutre. En ce sens, il n’y a pas de jugement de valeur, comme précédemment, mais un contenu objectif. Par exemple, l’inconnu, « part sombre » est ce qui s’oppose au connu. De même, la force vitale, l’énergie, quel que soit son nom (Dharma, chi, pulsions, orgone, passions, libido, etc.), est neutre. C’est l’orientation ou l’intention qui donne une forme bonne ou mauvaise. Ainsi s’oppose : Connu-Inconnu, Conscient-Inconscient, etc.

La question posée pourrait donc être reformulée de la façon suivante : Le Chevalier Kadosch informe (au sens de donner une forme) de façon positive (lumineuse) ou négative (obscure), dans le sens du Bien, ou dans le sens du Mal, de l’énergie vitale neutre (« part sombre ») qu’il porte en lui ?

Par ailleurs, la lumière naît de l’obscurité, est fille de l’obscurité, ainsi qu’il est indiqué dans la Genèse 1-2 : « La terre était déserte et vide, et la ténèbre à la surface de l’abîme » et dans l’Evangile selon Jean1-5 :« La lumière luit dans les ténèbres ».

De même qu’il y a plusieurs types d’obscurité, il y a également plusieurs formes de Lumières. Ainsi au XVIII+ siècle :

· La philosophie des Lumières, fondée sur la raison ;

· L‘Illuminisme, basé sur l’intuition.

La lumière et l’ombre sont présents tant dans la nature que dans la société. On les symbolise par le Blanc et le Noir.

Ces deux couleurs sont formées de toutes les autres. Elles ont ceci de remarquable qu’elles n’existent pas par elles-mêmes, mais parce que toutes les autres couleurs existent. Le noir est la nuit et le froid, mais en captant les rayons énergétiques il peut devenir chaud ! Alors que le blanc est le jour et le chaud, mais en réfléchissant les rayons énergétiques, il garde le froid ! Le noir est obscurité, mais dans l’obscurité jaillit la lumière ! Tandis que le blanc est lumière, mais la lumière aveugle et ne permet pas la vision des étoiles. Le noir est absence de couleur réfléchie, donc mélange de toutes les couleurs, le blanc est somme de toutes les couleurs réfléchies, donc absence de couleur. Le noir est couleur de deuil, le blanc est couleur de vie. Le noir est le mal, le vice, le côté obscur de notre âme, le blanc est le bien, la sainteté, la vertu, le côté lumineux de notre âme. Le noir est le tumulte, la guerre et la tristesse, le blanc est le silence, la paix et la joie. Le noir est le Yin, le blanc est le Yang. Ensemble, ils forment le cercle du Tao, avec un point blanc dans la partie noire, et un point noir dans la partie blanche.

Le négatif a, selon le taoïsme, un rôle essentiel, aussi important que le positif. Le négatif peut être : le noir, le sombre, la nuit, le vide, le néant, le silence, le manque, l’absence, l’oubli, la mort, le souple, le faible, le silence…

Ainsi, le vide permet le contenu : vide de la maison, du vase, du verre,… Importance du souple dans la fable du chêne et du roseau. Que serait une mémoire pleine, sans l’oubli ? Peut-on concevoir la musique sans le silence ?

Lao-Tseu : « Il faut se garder d’affecter des qualités ou des talents extraordinaires. L’arbre le plus droit sera le premier abattu. Le puits dont l’eau est la plus douce sera le premier asséché. Votre science effarouche les ignorants, vos lumières offusquent les sots. N’accaparez pas le Soleil et la Lune. Ce sont vos prétentions qui attirent vos malheurs. Se vanter, c’est se fermer la voie de la fortune ; si on a du mérite ou du renom c’est s’attirer la spoliation. S’effacer, se cacher de la masse, voilà la sécurité… Suivre le flot sans se distinguer, aller son chemin sans se faire remarquer, modestement, simplement, jusqu’à se faire passer pour vulgaire ; effacer le souvenir de ses mérites et faire oublier sa réputation ; voilà le secret pour vivre en paix avec les hommes. Le surhomme cherche l’obscurité. »

Pour vivre heureux, il faut vivre caché, disait Spinoza : il faut donc vivre dans l’ombre.

Non seulement l’homme vit dans le Monde du Deux, mais lui-même est un être double. Il porte en lui une part lumineuse et une part sombre.

Ceci est parfaitement représenté par la psychanalyse. Ainsi, selon Freud ou Jung, il y a notamment la partie consciente, que l’on peut identifier à la part lumineuse et la partie inconsciente, représentée par la part sombre.

Chaque individu est double : corps et esprit, matière et esprit,… Plus précisément, d’un point de vue psychanalytique, l’individu est à la fois être conscient et être inconscient. L’inconscient est la part sombre. C’est une sorte d’iceberg, la partie la plus importante étant immergée et ignorée.

On peut dire que le conscient, part lumineuse émerge de l’inconscient, part sombre. La lumière naît des ténèbres. Avec la conception freudienne s’est opérée une véritable révolution copernicienne : l’inconscient devient dominant.

Cet inconscient individuel est un ensemble d’énergies (pulsions) qui se manifestent de nombreuses façons : maladies : névroses, psychoses,… actes manqués, lapsus, rêves,…

En plus de cet inconscient individuel Ernst Jung a défini un inconscient collectif, commun à tout groupement humain, et même commun à l’ensemble de l’humanité. Cet inconscient collectif est notamment peuplé d’archétypes.

« L’ombre est quelque chose d’inférieur, de primitif, d’inadapté et de malencontreux, mais non d’absolument mauvais. » « Il n’y a pas de lumière sans ombre et pas de totalité psychique sans imperfection. La vie nécessite pour son épanouissement non pas de la perfection mais de la plénitude. Sans imperfection, il n’y a ni progression, ni ascension.» C.G. Jung « L ‘âme et la vie »

Dans la vie consciente, il y a également une part d’ombre, une part sombre : Dans la vie quotidienne, l’obscur correspond à la démesure : excès ou insuffisance, trop ou trop peu, ceci par rapport au juste milieu.

Avoir des idées claires et précises est un critère de vérité dans les philosophies de Descartes et Spinoza. Donc avoir des idées sombres et imprécises est un critère de fausseté des idées.

Qu’est-ce encore que le côté sombre ? Pour certains alchimistes, c’est le double, le côté féminin pour l’homme, le côté masculin pour la femme. C’est aussi l’inconnu par rapport au connu, Si l’homme vit dans le monde du Deux : bien-mal, joie-tristesse, vie-mort, beau-laid, il aspire à se réconcilier avec lui-même et à réintégrer le Monde du Un.

Pour le franc-maçon initié, cette contradiction entre le blanc et le noir ; entre la lumière et la part sombre, et ce travail sur soi est symbolisé par le pavé mosaïque.

Le maître, c’est la conciliation de la dualité représentée par la perpendiculaire (qui est l’apprenti) et par le niveau (qui est le compagnon).

L’apprenti représente le côté négatif et spontané dans nos analyses à l’emporte-pièce, le compagnon, le côté positif et réfléchi.

La réunion et la réconciliation des deux, c’est l’équerre. Le maître, entre l’équerre et le compas, a en ligne de mire le compas, qu’il n’atteindra jamais par ailleurs, car il n’est et ne reste qu’un maître.

Il a sept ans et plus, mais il n’aura jamais huit ans, au même titre que l’apprenti ne peut avoir que trois ans et le compagnon ne peut avoir que cinq ans.

La seule façon d’atteindre huit ans est de changer d’état, de mourir à la maîtrise pour renaître en initié. De devenir angélique, en somme. Le compas, de manière symbolique, est l’objectif du maître.

On peut donc dire que la part sombre est ce qui empêche de passer du sept au huit, du fini à l’infini, du temps à l’éternité, du réel à l’absolu.

Le côté sombre, c’est le caractère brut de la pierre non taillée. C’est l’ensemble des aspérités, que l’on devrait, au cours de la vie maçonnique, avec l’aide des frères et sœurs, éliminer pour dégager la pierre cubique

Le rite écossais n’a aucun rapport avec l’Ecosse, son étymologie grecque, scotus ; voulant dire sombre.

Le premier devoir du maçon est de fuir le vice et de pratiquer la vertu. L’horizontale, c’est le plan ou se situe le pavé. Entre les carreaux, il y a aussi le joint. Il est l’élément primordial du pavement. Ni blanc, ni noir, il apporte la cohésion aux carreaux de couleurs opposées mais n’a pas de matérialité. Invisible, il est en réalité le chemin du maçon. Dans cette dualité constante entre le bien et le mal, les bons et les mauvais moments, les satisfactions et les peines, les bonnes et les mauvaises actions, le profane traversera sa vie chahuté entre les pavés blancs et noirs qu’il franchira, le saint cherchera la diagonale qui lui permettra de rester sur les pavés blancs, le démoniaque recherchera la diagonale noire. Le maçon, en revanche, choisira le joint qui réconcilie les deux aspects de notre monde, dominant les zones obscures et tirant profit des zones de clarté. C’est le chemin de la vérité et de la sagesse, où il n’y a pas lutte entre les extrêmes, mais au contraire maîtrise et apprivoisement des deux facettes d’un même infini. Et c’est cette voie que prend l’apprenti quand il fait son premier pas: Le pied gauche, celui du cœur, est dirigé vers l’orient source de lumière, le pied droit, en équerre, reprend appui entre chaque pavé après l’a voir balayé. Ainsi, donc, le pas de l’apprenti prend son sens: toujours orienté vers le delta rayonnant, bien calé de niveau, glissant sur les zones d’ombre et de lumière dans un égal équilibre. En résumé, nous pourrons dire du pavé mosaïque que c’est un assemblage parfait en régularité et en alternance. Il est réconciliation des deux extrêmes que sont les ténèbres et la lumière, le bien et le mal, Sumbolon et le Diabolon, l’infini négatif et l’infini positif des mathématiciens qui ne sont qu’un au bout du compte. Vitriol ne signifie-t-il pas qu’il faut descendre au fond du gouffre noir qui est en nous pour y trouver la lumière? La lumière est dans le noir et l’aveuglement vient parfois de la lumière ! Le pavé mosaïque est donc, à la fois le temple, l’univers, l’humanité, notre vie et le chemin qui nous mène vers l’Unité, vers le Grand Architecte De L’Univers, ou vers l’Orient éternel, dans la maîtrise des passions et de la vie sociale.

A l’image de chaque homme, de chaque maçon, le Chevalier Kadosch a en lui une part de lumière et une part sombre.

Nous sommes depuis le 15° grade, à des grades de chevalerie. Donc, depuis ce moment, et jusqu’au 30° grade, qui nous préoccupe ici, chacun de nous est un être double :

Il y a le Chevalier, et il y a le cheval, (ou cavale, ou kabbale). Le cheval symbolise notamment l’aspect animal. C’est l’animalité en l’homme. Il convient de maîtriser cette monture, qui peut être objet de chute. La maîtrise s’effectue par la bouche, tant la bouche du cavalier (le verbe), mais aussi la main de ce dernier qui tient les rênes, et la bouche du cheval (par l’intermédiaire du mors et des rênes et du collier). Le cou est l’intermédiaire entre la tête et le corps et, symboliquement entre le ciel et la terre.

Le Chevalier a également une Dame : le Chevalier, le masculin, est l’être extérieur, agissant, tandis que la dame, le féminin, est l’intériorité, à la fois réceptrice et motrice de l’action.

Avant de parvenir au 30° grade, nous avons rencontré la part sombre à plusieurs reprises, en particulier :

Lors de l’initiation au 1° degré, l’initiable porte un bandeau, car il est dans les ténèbres. Il est encore « mort ». C’est encore l’homme ancien. On peut dire aussi qu’il porte un bandeau « pour mieux voir », car son regard est tourné vers l’intérieur, vers la conscience.

Lors de l’initiation au 3° grade, la plus grande obscurité relative à la mort du vieil homme est unie avec la lumière la plus étincelante de la résurrection du nouvel homme. Les initiations des trois premiers grades sont des voyages de l’obscurité vers la lumière, ou alors, d’un peu de lumière vers plus de lumière.

Au 9° grade, le néophyte doit combattre un monstre dans une caverne : les voies initiatiques passent par une descente dans les ténèbres subterrestres, une descente aux Enfers. Quiconque veut s’élever est menacé de chute. La caverne représente le noir de l’inconscient.

Au 18° grade, le Chevalier passe trois jours dans l’obscurité, c’est un séjour en Enfer.

Lors du 24 ° grade, celui de Prince du Tabernacle, l’accent est mis chez Salomon sur les instincts mal maîtrisés, l’inconscient pas maîtrisé et le féminin intérieur, symbolisé par le harem pléthorique.

Individuellement, le Chevalier Kadosch est environné de parts d’ombre :

· D’abord, ombre inconsciente, symbolisée par le cheval, l’animalité en lui ;

· Ensuite, ombre consciente : ce sont les mauvais choix faits

Collectivement, le Camps des Chevaliers Kadosch est également environné de parts d’ombre : Il s’agit notamment des métaux dans le Temple.

A noter que la part sombre existera toujours, sauf à estimer que demain le Chevalier Kadosch soit un être de lumière. La partie sombre est le signe de notre imperfection, de notre incomplétude. C’est la marque d’un manque. Dire qu’il y a en nous une part sombre, c’est dire que nous sommes imparfaits, et donc, en tant que maçons, que nous sommes sur la route, que nous travaillons pour augmenter la part de Lumière (vertus) et diminuer la part d’obscurité (vices).

En conséquence nous pouvons dire que la dualité, ombre et lumière, existe tant dans la nature, dans la société, que dans l’homme, le maçon et aussi le Chevalier Kadosch. Il nous reste à examiner ce que fait le Chevalier Kadosch de cette part sombre présente en lui.

DEUXIEME PARTIE :

Le Chevalier Kadosch, passeur : de Lumière, à partir de la part sombre, socle et énergie : La part sombre est également l’énergie qui nous anime. C’est la force de la vie.

Cette force est appelée libido par la psychanalyse, « dao » ou « chi » par la philosophie chinoise, « dharma » et « karma » par la philosophie hindoue, le destin par la philosophie grecque, les passions par Descartes, etc.

C’est dire que cette force est unique, commune à l’homme bon et à l’homme mauvais, à l’ange et au sain (Kadosch signifie saint, séparé), ainsi qu’au diable et à l’être satanique. Cependant on peut donner deux orientations différente à cette force : soit vers le haut, soit vers le bas ! La part sombre est donc le levier, le point d’appui, ce qui fournit l’envie d’abord, l’énergie ensuite. Il faut sublimer cette part sombre et transformer la part sombre en lumière.

Cela signifie donc deux choses essentielles :

· Il ne s’agit pas de détruire cette force, car ce serait mourir. Mais il s’agit de la dompter, de la maîtriser, pour lui donner le chevalier Kadosch ne supprime pas la part d’ombre qu’il y a en lui, mais il apprivoise le cheval.

· Il s’agit aussi de lui donner une orientation positive, lumineuse, vers le vrai, le bien et le juste.

Si l’on accepte l’image d’un vecteur (objet, but, énergie), il s’agit de reprendre l’énergie de la part sombre pour l’affecter au bien. Bien et mal puisent dans le même « sac » d’énergie.

C’est dire que de cette part sombre, on peut faire le meilleur, comme le pire : ce qui compte, c’est l’intention et la volonté. Il est attendu du chevalier Kadosch, après des années de maçonnerie, qu’il en fasse bien évidemment, le meilleur.

Par exemple on peut donner au couteau une orientation positive – dans les mains du chirurgien -- ou une orientation négative – dans les mains du criminel.

Arrivé au 30° grade, on peut estimer que le Chevalier Kadosch a ingurgité suffisamment de Lumière pour être un être positif.

L’architecture d’un temple égyptien, ou du temple de Salomon illustre parfaitement la démarche maçonnique. Après les deux colonnes, une fois l’entrée franchie, on pénètre dans le Pronaos, ou chambre extérieure. Dans cette partie, éclairée par la lumière du Soleil, le peuple peut être présent. Puis, séparé par un voile, on pénètre dans le Naos, ou « Saint ». Seule les prêtres initiés peuvent accéder à cette partie, éclairée par le chandelier à sept branches, et un éclairage à base d’huile d’olive. Enfin, séparé par un second voile, on trouve le « Saint des Saints ». C’est une pièce cubique obscure, entièrement plongée dans l’obscurité la plus totale. C’est là que se trouve la divinité (Shekina, arche d’alliance). Seul le Grand Prêtre peut entrer dans cette pièce, une fois par an. L’initié véritable « voit », parce qu’il a accumulé suffisamment de lumière en lui. Il y a donc trois étapes : D’abord la lumière est extérieure (Jésus, fils du charpentier), puis le maçon est porteur de lumière (Jésus fils du Père ou du Soi) et enfin le maçon intègre, ingurgite la lumière (Jésus et le Père, ou le Soi, sont Un).

L’objectif est de faire Un de fusionner cavalier et cheval, masculin et féminin, intérieur et extérieur d’abord et de répandre cette lumière acquise à l’extérieur ensuite.

Il s’agit de servir de pont aux vertus spirituelles afin qu’elles entrent par l’homme dans le monde et qu’ainsi le monde en soit pourvu. Le monde serait ténébreux sans l’homme employant sa volonté à offrir un passage aux forces de l’esprit. Ainsi, c’est par l’homme spiritualisé que la réalité spirituelle, invisible, intangible, entre dans le monde. C’est l’ « affaire » des hommes que d’établir ce lien avec les forces de l’esprit, qu’eux seuls peuvent puiser au fond d’eux-mêmes et du monde dans lequel ils ont été placés pour cela.

La véritable chevalerie a pour objet le service, en manifestant les valeurs spirituelles (la lumière) là où il lui est demandé, et aussi donné, de cheminer.

Notre devise est : AVEC DES ARMES PURES, SANS PEUR ET SANS REPROCHE « FAIS CE QUE DOIS, ADVIENNE QUE POURRA »

La devise participe obligatoirement de l’utopie; elle contient dès lors une part importante d’idéal et implique un décalage entre action (fais) et réalité (advienne que pourra). La part d’ombre est le décalage qu’il peut y avoir entre l’action, l’intention du Kadosch et la réalité, entre « fais ce que dois » et « advienne que pourra ». Cet écart représente notre incomplétude, le sens de nos souffrances : le sentiment de notre insuffisance pour parvenir à l’idéal. C’est l’écart entre le fini et l’infini, le temps et l’éternité, le réel et l’absolu.

Cependant le Chevalier Kadosch se trouve du côté de la Lumière et ne peut être confondu avec un quelconque Dark Vador, ce Chevalier de la « Guerre des Etoiles » incarnant le côté sombre de la Force (à noter que dans La guerre des étoiles, Dark Vador, le côté sombre de la force est aussi le père de Sky Walker et de la princesse, les enfants porteurs d Lumière, qui sont du côté lumineux de la force) ; il avance, assuré de l’invincibilité de ses principes, de la justesse de sa cause et du résultat de son engagement.

Maniés avec amour, force et sagesse, l’épée et le poignard, armes de combat, de pouvoir et de domination deviennent des outils de paix, de raison, de droit et de morale. Le soldat devient bâtisseur et le désordre s’organise.

L’homme doit être un pont : il introduit de la lumière dans la nature pour l’humaniser. Par exemple, le pain et le vin sont obtenus par l’alliance entre les forces humaines et les forces naturelles en vue du bien. L’homme introduit la lumière dans la société par un combat pour les valeurs telles que la justice, la liberté, l’égalité, la fraternité,… Ceci est d’autant plus vrai du maçon et du Chevalier Kadosch, en route vers le Monde du Un, autre nom de l’Orient éternel ? Après avoir ingurgité suffisamment de lumière lors de son travail maçonnique, il réinjecte cette lumière dans la réalité quotidienne

La part sombre appartient au chaos, dans lequel il convient de mettre de l’ordre. En quelque sorte, le chaos est informé par la lumière pour donner un certain ordre : cet ordre peut aller dans le sens du bien ou le sens du mal.

Le maçon doit poursuivre ce travail sans cesse, car il n’est jamais terminé.

Le choix qui se pose à chaque instant au Chevalier Kadosch est : Arrêter de travailler, être imbu de soi,… : ou poursuivre le travail de passeur de lumière. Si ce travail n’est pas mené, il peut y avoir coexistence de deux réalités : la réalité maçonnique, qui demeure toute théorique, et la réalité profane. Les valeurs (la lumière maçonnique) n’interpénètre pas la réalité quotidienne.

CONCLUSION :

Yin et yang : lumière et aspect sombre sont intimement liés. On ne peut qu’assumer l’un et l’autre. Chacun de nous peut adopter l’une ou l’autre mentalité : soit la modestie, l’humilité, la patience et la persévérance, soit l’orgueil, la vanité, le fanatisme et l’égocentrisme.

Par exemple, un véritable scientifique lira des centaines de livres au cours de sa vie, fera des centaines d’expériences, mais sera toujours persuadé qu’il lui reste beaucoup à apprendre. Un religieux fanatique ne lira qu’un livre, ne fera qu’une seule expérience, et sera persuadé d’avoir tout compris et de détenir la vérité ultime.

Ceci est illustré par l’historiette issue de la sagesse amérindienne suivante : Un vieil indien explique à son petit fils que chacun de nous a en lui deux loups qui se livrent bataille. Le premier loup représente la sérénité, l’amour et la gentillesse. Le second loup représente la peur, l’avidité et la haine. En quelque sorte, ils représentent le bon et le mauvais ange gardien ; les maçons diraient le bon et le mauvais compagnon. « Lequel des deux loups gagne ? » demande l’enfant. « Celui que l’on nourrit » répond le grand-père.

C’est pourquoi le Chevalier Kadosch nourrit la part de lumière en lui et laisse mourir de faim la part d’ombre qu’il porte en lui. C’est une autre façon de dire qu’ « il élève des temples aux vertus et creuse des cachots pour les vices ».

G dit.

Source : http://pierre-quader.eklablog.fr/

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