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Hauts Grades

La Spiritualité est une construction du Rite

25 Mars 2015 , Rédigé par C/P Publié dans #Planches

« Chaque homme dans sa nuit, marche vers sa lumière » nous a dit Julien GREEN.
Démarche maçonnique symbolisée par l’Evangile de Jean I verset 9 : « La lumière véritable éclairant tout homme venant à ce monde »

DE LA SPIRITUALITE

Depuis que l’homme est doté de raison, il cherche à calmer son angoisse existentielle en tentant de comprendre les mystères attachés à tout ce qui le constitue et l’entoure. Pour les matérialistes, comme pour certains de nos décideurs de la société dite civile, ces nantis de toutes les vérités dont nous supportons les logorrhées de certitudes, les hommes finiront un jour grâce à la science pour les uns et grâce à l’inéluctable avancée de la médiocrité pour les autres, par se débarrasser de tout ce qui à leurs yeux constitue un complexe encombrant de mythologie, de religion et de philosophie, contenant des valeurs humanistes, de la Tradition, bref, tout ce qui relève en fait de l’exception. Or c’est justement tout ceci qui reste inaccessible à la science et qui s’explique en faisant intervenir une substance immatérielle nommée Esprit. « Substance » qualifiée de supérieure à la matière en ce sens qu’elle ne fait pas intervenir les notions d’espace et de temps, tout en restant dépendante au principe de causalité. Voilà donc comment depuis des lustres, cohabitent et s’interpénètrent deux aspects de l’Univers : esprit et matière. Et le propre de la spiritualité est d’affirmer que le monde sensible est l’envers du monde réel qui est lui, de nature spirituelle. Une telle conception appelle la croyance en une conscience, une volonté globale qui est l’Univers. Pour les religions, c’est Dieu. Pour nous, c’est le G\A\de l’U\, puisqu’en ce qui nous concerne, la croyance en un Principe Créateur telle que l’a formulée la Déclaration des Principes du Convent de Lausanne en son article premier, le 22 septembre 1875, ne se positionne pas en contradiction avec la Connaissance Scientifique la plus avancée qui pour sa part, en expliquant le « comment » des phénomènes, n’apporte aucune réponse au « pourquoi » ? Et Saint Augustin de confirmer: « le mystère n’est pas ce que l’on ne peut pas comprendre, c’est ce que l’on n’aura jamais fini de comprendre. » Passer de cette dualité Esprit – Matière à l’unité que nous convoitons, relève d’un chalenge que chacun d’entre nous s’applique à faire sien en Loge, par le travail, la persévérance et l’assiduité dans la permanence d’un questionnement individuel au choc de nos différences.
Cependant ;
Cependant aujourd’hui, hors ces lieux de privilège, un grand nombre de nos contemporains ont rompu avec le transcendantal, ont fait du consumérisme et de l’oisiveté un projet, ont installé le besoin de tout en lieu et place du désir de l’essentiel, ont assis le vulgaire sous la lampe et descendu l’exception à la cave, se cultivent avec Cauet, ont ôté au père et à la mère réunis la logique naturelle du projet d’enfanter, ont fait de l’indignation la réponse universelle à toute agression, ont délégué à la société l’administration de leur vie par des conventions figées dans la sénilité du dogme caché sous la poussière de la peur des différences, creusant en cela le lit inconfortable des désillusions et des frustrations, mères de la solitude et de l’envie. Ils ont perdu le rêve d’une forme d’éternité, ils ont désacralisé la famille, la valeur de l’effort, la foi, pour instituer un rapport nouveau à la réussite passant par la disponibilité à l’oisiveté et le pouvoir de la consommer sans modération. Objectif week-end dans un premier temps, retraite dans un second, octroi du droit à la dépendance dans un troisième. Pourtant ; Pourtant, pour Mircea Eliade : l’Homme s’est construit à partir du Sacré et en Luc IV verset 4 nous lisons « L’homme ne se nourrit pas seulement de pain ». Et Oswald WIRTH parle de « Cette aspiration de l’intelligence humaine à pénétrer l’insondable mystère dont elle est entourée est une des principales voies traditionnelles de l’enseignement initiatique ». C’est rechercher la vérité et se contenter de n’en entrevoir qu’une facette au moins celle du discernement qui nous évite la confusion des valeurs, dans le doux pastel que le monde profane sait nous peindre sous le dogme de la tolérance de tout, c’est à dire le respect de rien. Et le renard de nous dire que l’on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux que nous traduisons par le visible n’est que la manifestation de l’invisible. Ce que Platon confirme par ceci: « Aveugles ceux qui s’arrêtent aux choses matérielles et qui ne comprennent pas que seul l’invisible est réel. » Telle est la clameur de la voix du dedans conduisant au chemin du dessus.

DE LA SPIRITUALITE DU RITE: l’ECOSSISME

L’Ecossisme est l’un de ces chemins d’élévation spirituelle, un moyen d’enrichissement et d’approfondissement de soi et de ses connaissances au travers des initiations successives ayant pour but le perfectionnement individuel d’abord, la relation à autrui par l’amour ensuite, ces deux concepts constituant les fondations d’une action dans le monde profane. Ainsi se définit le R\E\A\A\ selon une trilogie peut-être un peu lapidaire, Connaissance, Amour et Action. Sans la Tradition et le symbolisme, l’Ecossisme perdrait toute signification et toute raison d’être. Paul NAUDON écrit : « La tradition conduit aujourd’hui tous les hommes qui pensent que la perfection, l’unité, l’absolu, le Principe auquel ils aspirent, qu’on l’appelle Dieu ou G\A\D\L\U\ ou la Raison, se construit dans le devenir par la progression vers la Connaissance ». Le R\E\A\A\ qui laisse à chacun sa liberté d’interprétation, permet d’acquérir par le travail, le silence et ce qui réunit ces deux derniers, la méditation, des fragments de la Perfection. Une fois assimilées les bases du cursus initiatique ici en Loge, le F\M\ de sa propre et libre volonté a le devoir alors, de poursuivre un chemin dépourvu de repères matériels, dans une humilité permanente, le respect du sacré, la volonté de construire toute forme d’outil susceptible de promouvoir un monde de liberté et de justice. Sans se soucier de son intérêt, le F\M\ s’engage à consacrer toute son énergie à la poursuite des buts que se sont fixés l’Ordre, notamment le triomphe du bien sur le mal, de l’ordre sur l’anarchie, de la raison sur les préjugés, de la sagesse sur les passions, de la liberté d’expression sur la pensée unique enfin la litanie des refus de soumission à tous les despotismes et dogmatismes. Il s’engage en outre à œuvrer au rapprochement des hommes, mais pas n’importe lesquels et n’importe comment, se soustrayant ainsi d’évidence et de raison à l’ineptie d’un absolu d’amour et de probité. C’est tout simplement ce qu’il y a de plus difficile et c’est tout simplement la définition de l’Art Royal exercé avec fierté. Fierté, fille du désir et de la joie et ici le devoir de travailler au privilège de ne se tenir debout qu’au prix de quelques partis pris. Et pour ma part, je trouve que l’entropie grandissante entrant en l’homme profane par diverses portes dérobées et parmi les plus anodines, le relativisme moral pour ne citer que lui, rend le travail de transformation de la pierre tel que nous le propose le R\E\A\A\de plus en plus difficile.
La mansuétude érigée en principe préalable et non en alternative d’exception, l’intérêt partisan déguisé en tolérance, anesthésient doucement le devoir d’exigence dont nos textes et leurs auteurs ont pourtant voulu peindre aux couleurs de notre perfection spécifique, c’est à dire baignée :
de notre l’humilité personnelle à Apprendre,
de l’Amour de nos FF\à partager,
et de l’Action à entreprendre, tout simplement parce que c’est nous et parce que ce sont eux. Faire l’économie de cette difficulté nous dévierait du sens que nous donnons à notre démarche d’initié, ici et ailleurs mais toujours en nous, celle de permettre à notre spiritualité spécifique d’agir sur notre comportement d’abord et de laisser déteindre alentour le désir d’élévation de l’homme. Celui-ci est au centre de ce cercle, dans sa totale liberté de conscience et liberté de pensée, fruits du siècle des Lumières qui rappelons-le, se sont définis au travers de deux concepts que sont l’affirmation de l’individualisme et l’émancipation de la pensée. L’initiation, est une véritable ouverture sur la spiritualité qui verra son éclosion lente au fil des degrés successifs franchis par le F\M\car il s’agit de trouver une motivation exaltante pouvant donner un sens « supérieur » à notre vie, ce sens qui justifie la promesse de s’ouvrir sur « le vaste domaine de la pensée et de l’action. » L’initiation est LA clé ouvrant cet espace possible d’une naissance à quelque chose de nouveau pour autant, pour autant que l’implication personnelle et assidue à la pratique du Rite soit un profond désir d’appartenir à ce privilège d’accepter d’abandonner pour grandir et le faire dans le partage d’une émotion. L’émotion, porte d’entrée de soi, chemin pavé du don de soi, vitrine de tout de soi, première couleur de l’initiation, dernier témoignage avant la porte d’Orient et qui sait, une autre route... La récitation d’une nomenclature d’obligations assermentées en loge, à quelque degré que ce soit, ne constitue pas le creuset de solutions à nos problèmes, mais crée un lieu d’apprentissage aux techniques humaines, d’exposition de soi par la réflexion et l’échange, en d’autres termes, de recherche spirituelle par la confrontation de nos différences et la construction de notre vie sur les ruines de nos certitudes. D’éveils en élans, de doutes en lassitudes, nous cheminons vers un perpétuel devenir dont nous espérons une perfection comme salaire symbolique de nos efforts. Une perfection que la sagesse de notre assiduité, la beauté de notre entreprise et la force de nos convictions d’excellence, ont ancré dans l’acceptation, quand même de la raison. Laquelle ? Celle de la conscience d’une mesure individuelle, certes orientée vers le haut, mais pétrie de l’humilité d’être limitée. Le R\E\A\A\ relève en cela du domaine de l’Esprit et renvoie chacun de nous à ce que Paolo COELO appelle sa légende personnelle. Nous l’édifions cette légende, sur nos fondations cognitives et comportementales singulières, nous la confortons au ciment de notre complicité plurielle. Parfait, mais dès lors que nous avons conscience que la seule orientation de notre quête se situe naturellement vers les zones à découvrir.
Des espaces éloignés de l’occident de nos origines : du septentrion de notre réflexion,
du midi de nos découvertes, et de l’orient de notre destin. Que reste-t-il sinon la conversion du regard vers la voûte étoilée pour passer de l’humble postulant plongé dans les ténèbres au porteur de la Lumière de Jean ? Et Henri TORT-NOUGUES de préciser : « La maçonnerie est un humanisme qui a une triple ambition : former des hommes par un constant effort de perfectionnement, celle de proposer une véritable communion entre les FF\ et celle de manifester un attachement sans faille à la Tradition ». Et il poursuit en ces termes : « Cet humanisme ne peut se concevoir sans le principe Créateur, ce principe spirituel que nous nommons G\A\de L’U\ car la Maçonnerie correspond à la base métaphysique des Religions et à leur contenu ésotérique. » Qui dit Rite, pense Ordre, donc rigueur et qui plus est récurrence de celle-ci, administrée par les Rituels, documents qui fixent les éléments constitutifs du Rite. Ils véhiculent la pensée traditionnelle et permettent à ceux qui s’imprègnent de leur signification, d’accéder à des niveaux supérieurs de compréhension des phénomènes qui les touchent et dont ils n’auraient aucune approche d’analyse sans leur propositions, leurs suggestions auxquelles ils renvoient. C’est la raison pour laquelle, il faut se garder des tentations d’actualisation, de mise à jour de ces éléments fondamentaux, témoins de la TRADITION qui représente l’essence même du R\E\A\A\.

DE LA CONSTRUCTION DANS L’UNIVERSEL

Alors, maintenant, comment passer de ce temporel limité dont nous sommes conscients aussi de son confort par le partage de convictions communes, à l’Universel, destination de notre action ? Sinon, pourquoi tant d’efforts ? De l’Universel, il nous appartient d’en dresser les plans en bons Architectes. Ceux d’une construction orientée selon le mot d’Henri Thort Nougues, orientée par le sens que nous donnons à une vie en quête de « complétude ». Une vie, notre vie, puisque nous comprenons très vite qu’il ne s’agira toujours que de celle-ci, comprise comme un Univers complet, une entité singulière partie d’une autre plurielle, l’ensemble constituant un tout pensant et agissant. Et l’Autre n’est plus appréhendé comme un être dans sa différence d’état mais dans sa dimension en devenir, pièce agissante de cette noosphère définie par THELIARD de CHARDIN, sphère humaine entourant une autre plus petite, l’Univers. Cet esprit de fraternité dans la communion d’excellence, EST une des constructions de notre Rite dans l’Universel. Il est une des racines Traditionnelles que le R\E\A\A\ outil de réalisation intérieure spirituelle, enfonce dans les fondements religieux et philosophiques de l’humanité. Et nous savons que la force de ces fondements repose pour l’essentiel dans la spécificité de ne reposer sur aucune révélation particulière et n’en reconnaître aucune. Ces fondamentaux ne s’appuient sur aucun dogme mais n’en rejettent aucun. Très probablement en raison du fait que dès sa naissance, notre Rite a intégré l’humanisme occidental, lui-même issu de la convergence de la philosophie grecque, du droit romain et des préceptes du judéo-christianisme. Et cela s’opère en sacralisant le Temple lors de chaque tenue en son temps tout aussi sacré. Le Rite a l’ambition de faire des « Vagabonds de l’Esprit », chers à Oswald WIRTH des chercheurs de Spiritualité, des hommes qui vivent un cheminement allant de l’extérieur vers l’intérieur et de l’ intérieur vers le supérieur, vivre en donnant à leur existence un sens anagogique. Avoir la foi maçonnique, c’est transcender la contingence vulgaire de la matérialité temporelle comme spatiale par l’apprentissage long et opiniâtre du silence, de l’écoute, du renoncement, de la raison, de l’intuition, tous contenus dans ce qui se résume dans la Connaissance, pour vivre d’amour non contemplatif, mais d’action. La foi de Paul, « celle de posséder ce que l’on espère et de connaître des réalités que l’on ne voit pas ». Le concept de G\A\D\L\U\clé de voûte de l’Ecossisme dans sa signification générique de Principe créateur (Convent de Lausanne de 1875) participe à cette diffusion universelle en ce sens qu’il est un formidable symbole œcuménique de rassemblement de tous les courants de pensées, ce que nous définissons comme une spiritualité laïque puisque nous donnons à la laïcité son sens premier: la reconnaissance de toutes les différences et la tolérance de leur expression au non du respect des nôtres.
Que pour le théiste, ce soit Dieu,
que pour le spiritualiste, ce soit l’intelligence supérieure,
que pour l’agnostique, ce soit la conscience collective de l’humanité,
que pour le matérialiste ce soit l’œuvre du hasard et de la nécessité,
tant mieux, si chacun témoigne d’une humilité qui ne renonce pas à la dignité.
« Découvrir en soi une parcelle de Lumière qui participe à la Lumière du monde, » c’est ce que nous appelons travailler à la G\du G\A\de l’U\

CONCLUSION

Puisque rien ne s’apprend qui ne se vit, notre monde a besoin d’une spiritualité vivante, ouverte sur la Tradition, afin que prospèrent la tolérance, la fraternité et l’Amour, mais aussi que se revalorise l’éthique et que s’harmonisent les comportements. Et à cette fin, que pouvons-nous entreprendre d’autre que le témoignage singulier et non collectif, actif et non contemplatif, d’hommes engagés, impliqués, baignés de convictions, étanches aux blessures et renoncements qu’elles espèrent, attentifs enfin aux adaptations que le temps impose à la méthode entreprise, c’est à dire mettre le discours au service du message. Avec la Foi en la perfectibilité de l’homme, avec la ferme espérance dans l’avenir, nous devons nous libérer progressivement de nos insuffisances afin d’établir en nous et hors de nous cet équilibre difficile entre matériel et spirituel afin d’obtenir la prédominance de ce dernier. En spiritualistes engagés, nous agissons sous la directive de Luc pour qui « Personne n’allume une lampe pour la mettre dans un endroit caché ou sous le boisseau, mais bien sur un support afin que ceux qui entrent voient la Lumière ». Voilà qui est œuvrer à la construction d’une spiritualité dans l’Universel.

J’ai dit

Source : www.ledifice.net

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