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Hauts Grades

Le Maître Secret

9 Mars 2015 , Rédigé par Marc R Publié dans #Planches

Le grade de Maître Secret est centré sur une ascèse intérieure qui permet une compréhension plus élargie de la notion de devoir.

Quel est ce devoir, est-ce un devoir envers lui-même ? Est-ce un devoir envers les autres ? Est-ce un devoir complètement dénué d'objectif ?

1 ) UN DEVOIR ENVERS SOI-MÊME

Si, pour le Maître Secret, il "n'y a de devoir qu'envers soi-même", c'est d'abord pour souligner l'absolue liberté de l'être humain. Rien, aucune disposition légale, aucun code social ne saurait restreindre cette liberté, fondamentale. Cette liberté se décline en liberté de penser, liberté de croire ou de ne pas croire, etc. Nous verrons plus loin que cette liberté n'a de l'intérêt que si elle est tournée vers l'autre.

Ensuite, interrogeons-nous sur la nécessité pour l'Homme de se fixer un devoir, de le remplir… En effet, en homme libre, nous devons toujours tout passer au crible de la pertinence.

Pour répondre positivement à cette question, établissons un parallèle avec le développement de l'enfant. Lorsqu'il appréhende le monde, l'enfant ne se sent pas de devoirs. Il n'a que des droits, pense-t-il. L'attention de ses parents, de son proche entourage est centrée sur lui. Aussi, ne s'intéresse-t-il pas aux autres –sauf en termes de rivalité, de jalousie peut-être. L'enfant ne se sent pas "redevable". Pourquoi se créerait-il des devoirs quand tout lui est facilité ? L'enfant est naturellement égoïste. En avançant en âge, le contact avec le monde extérieur- celui-ci n'étant pas forcément facilitateur-, le conduit à réfléchir à son rapport à l'autre. Il découvre le sens de la réciprocité. Puis il y trouve de l'intérêt quand il comprend que les bonnes relations interpersonnelles passent par un échange fondé sur l'équité. Peu à peu, à travers la découverte du monde et grâce à l'éducation, il développe une sensibilité qui le conduit à la prise de conscience suivante : s'il reçoit, c'est parce que d'autres lui donnent. Dans cette lente émergence, son égoïsme naturel laisse place progressivement à la perception du devoir. Pour l'adulte qu'il devient, cette prise de conscience constitue, déjà, une étape importante dans l'accomplissement du devoir.

Qu'en est-il pour le Maçon et, plus encore, pour le Maître Secret ?

Le Franc-maçon fait le pari de l'espérance en l'Homme. Pour le Maçon, une "lumière intérieure" réside au fond de tout être. Cette lumière correspond au "soi-même". En tout homme, il existe une flamme secrète, l'essence même, ce qui est quand on retire le poids des strates sociales, celui des convenances, celui du mensonge. Cette partie de l'Homme, infrangible, est ce que nous appelons le "soi-même". Aussi, le Devoir du Maçon, du Maître Secret, est-il d'abord de faire grandir cette lumière. Comme souvent en Maçonnerie, ce symbole s'inscrit dans la culture chrétienne. Dans la Genèse, l’interprétation symbolique du Fiat Lux est ordonnancement du chaos. Pour le Franc-maçon, cette lumière correspond à sa volonté d'ordonnancer son être, lui aussi chaotique, c'est à dire de le maîtriser (outre qu'il correspond à un grade, le mot Maître a un sens…)

Quelle forme le Maître Secret doit-il donner au Devoir ?

Homme éclairé, il doit développer une haute idée de son Être –ce qui ne signifie pas pour autant qu'elle soit méprisante vis-à-vis d'autrui, bien au contraire. Cette idée est celle de la dignité, du respect de ce qu'il est. Il est le seul à pouvoir, en conscience, définir à quel niveau il place cette idée. L'existence le ramène sans cesse à sa seule dimension matérielle. Loin de négliger la satisfaction des besoins physiologiques, corporels, pécuniaires, il doit sans cesse favoriser sa dimension spirituelle. La démarche consistant à tenter d'élever son esprit, est, en effet, moins évidente pour tout un chacun. Seule la volonté permet de l'entreprendre. Cette démarche, volontaire, constitue une véritable ascèse : loin de constituer un privilège, la capacité qu'il se donne de progresser continuellement place le Maître Secret face à lui-même. Ainsi, le corollaire de sa démarche est bien l'humilité. Enfin, croyant en l'Homme -un Homme capable de s'élever toujours-, conscient de la nécessité du Devoir qu'il s'est lui-même fixé, le Maître Secret doit donner une manifestation à ce Devoir. Comme il est plus facile de prendre une résolution que de l'accomplir, le Devoir consiste également à mesurer en permanence l'écart entre l'ambition de l'objectif et sa concrétisation.

2) UN DEVOIR ENVERS LES AUTRES

La liberté du Maçon est maîtrisée. Elle est placée au service du bien-être, le sien, celui des autres. Je découvre que le chemin initiatique proposé à l'impétrant dispose d'une cohérence propre. Je découvre que le 4e grade poursuit le 1er. Je remonte au jour où j'ai reçu la lumière.

Le maçon nouvellement initié que j'étais a été longuement intrigué par la l'obligation fixée à tout Franc-maçon par la Constitution du G\O\D\F\: "le respect des autres ET de soi-même". En effet, si j'étais déjà respectueux d'autrui, je pensais l'être de moi-même. L'étais-je suffisamment ? Comme souvent nos formules maçonniques reposent sur une bipolarité [exemple : l'amélioration de l'Homme ET de la Société]. Pour les comprendre, il ne faut surtout pas tronçonner nos formules. Trop souvent, les FF\ comprennent que l'Autre doit être respecté, ils comprennent aussi qu'il faut avoir du respect pour soi, mais font-ils le lien entre les deux pôles ? Pour que cette formule prenne son sens, il faut considérer que le respect de l'autre est inséparable du respect que l'on se porte. Que, par un incessant va-et-vient, ils se renforcent. Dans l'absolu et au fond de l'Être.

En Maçonnerie, la notion de Devoir relève également de cette bipolarité. Je ne peux penser les autres sans penser moi-même. Pour reprendre la comparaison avec l'enfant, il faut que je me connaisse bien avant de comprendre les autres. La descente en soi-même constitue, aussi, l'appréhension du "fonctionnement" de l'être humain. Ce "fonctionnement" concerne aussi bien la raison que les sentiments, l'intellect que l'émotion, communs à tout être humain..

Au plan symbolique, le Maçon parcourt un chemin, nous évoquons "la voie initiatique". Ainsi, au 4e Degré, quand les Maîtres Secrets interrogent celui qui vient de les rejoindre, ils lui demandent :

-Que cherchiez-vous au cours de ces voyages ?

En faisant allusion à ceux qu'il a accomplis de l'initiation jusqu'au grade de Maître.

Et le Maître Secret parcourt " la grande route du Devoir"

Outre que, pour moi, le symbole de chemin, de voie, de route indique que l'Idéal maçonnique est, d'abord, celui du progrès, il implique que l'être humain se déplace d'un point à un autre. Aussi, en termes de Devoir, doit-il partir de lui-même pour aller vers l'Autre. L'intérêt de ce parcours, de ce voyage, est qu'il perçoit, chemin faisant, qu'il est unique en même temps qu'il fait partie d'un tout. Un tout d'abord compris comme l'Espèce humaine. Puis, s'il cherche et s'en trouve éclairé, il comprend qu'il fait partie de la Nature, du cosmos, au même titre que le vivant, le monde végétal et minéral. Il comprend aussi que la Nature est constituée aussi bien de matière que d'esprit. Si, à travers cette prise de conscience, l'Homme gagne en humilité, il gagne aussi en force. Car, devenant conscient qu'il fait partie d'un tout, il affronte plus facilement les contingences existentielles, à commencer par la mort –celles des autres surtout-. Aussi, le Devoir envers soi-même n'est-il que le Devoir envers l'Autre. L'ensemble des autres. Le rituel du Maître Secret nous enseigne que Ce Devoir (le Devoir envers soi-même), primordial, unique entraîne inéluctablement tous les autres devoirs, ceux qui concernent le monde dans ses multiples aspects. Le monde ?

Comment ne pas citer les Écritures : "Aime ton prochain comme toi-même !" Outre l'amour que je dois lui porter, ajoutons le Devoir.

3) LE BUT DU DEVOIR

"Là où est le Devoir, sont tous les devoirs d'où découle le comportement du Maître Secret.", précise le rituel du 4. Avec le secret, le devoir constitue la caractéristique du grade.

Déjà, jusqu'au 3, le franc-maçon avait des devoirs. Devoir envers ses FF\ (la solidarité). Il est cependant curieux d'observer que cette notion de devoir est bien souvent confondue avec celle d'obligation, par exemple l'obligation d'assister aux Tenues, de payer sa cotisation, etc. Toutes choses qui, finalement, peuvent apparenter nos LL\ bleues à des groupes profanes. Si les obligations constituent des nécessités, elles sont bien en dessous des Devoirs.

Dans la société civile (le pays, la ville, le quartier) que nous formons, l'évocation des devoirs est moins "porteuse" que celles des Droits. Le temps n'est plus où la Citoyenneté reposait, elle aussi, sur la bipolarité "Droits-Devoirs"… Aussi, pour la plupart des hommes et des femmes qui composent notre Société, au Devoir se sont substituées la simple obligation, voire la contrainte (le Code de la route, le Code des impôts, le Règlement de la SNCF, le Plan d'occupation des sols,…). Si nous dépassons cette confusion courante, nous voyons bien que le Devoir relève de la Morale. Et "la Franc-maçonnerie a pour objet (…) l'étude de la morale, …" (article premier de la Constitution du G\O\D\F\).

Quel peut être le premier Devoir du Maçon envers lui-même ?

Il doit travailler. Citons le F\Guérillot : "Ceux qui gravissent ces degrés doivent "travailler", au sens maçonnique du terme. L'initiation est le fruit du rituel et de l'effort. Qui ne cherche pas à comprendre ce que disent les "mots", ce que cachent les symboles, ne progresse pas. Pire, il régresse, il oublie ce qu'il a entrevu, il ressent une sorte d'engourdissement, il sommeille sur les colonnes. Et, au terme de cette déchéance, il finit par se croire "initié" parce qu'il porte un tablier et un sautoir, dont il ne voit même plus la pacotille…"1

Alors, que disent les "mots" ? J'ai eu l'occasion de dire à mes FF\ Maîtres Secrets que, depuis mon élévation au 3, j'avais moi-même fini, au fil des années, par m'habituer à la parole substituée (Makbennah). Sans en être conscient, j'avais donc fini par m'endormir sur les colonnes ! Aussi, le rappel au Devoir est-il salutaire. Quand les Maîtres Secrets interrogent celui qui vient de les rejoindre et qu'ils lui demandent :

-Que cherchiez-vous au cours de ces voyages ?

Le nouveau Maître Secret répond :

-La Vérité et la Parole Perdue.

Le rituel ajoute : "La Parole Perdue est la connaissance du Devoir complet des anciens Initiés." Au bout du chemin initiatique, le Maçon connaîtra-t-il le "nom de l'ineffable" ? La Maçonnerie est ancrée dans la tradition judéo-chrétienne. Aussi le "mot", la "parole", le "nom" ont-ils une grande importance. "Au commencement était le verbe". Les hébreux ne prononcent jamais le nom de l'Être supérieur. Les Maçons eux-mêmes ne savent "ni lire ni écrire". La méthode maçonnique consiste à donner les lettres une à une. Aussi, quand les Maîtres Secrets interrogent celui qui vient de les rejoindre et qu'ils lui demandent :

"-L'avez-vous retrouvée ?

-Non, mais je viens me joindre aux Maîtres Secrets pour travailler à ce but, en suivant imperturbablement la route du Devoir."

La retrouvera-t-il un jour ?

Si elle est "connaissance du Devoir complet", comment expliquer l'importance symbolique d'une parole, réputée perdue ?

La parole peut n'être qu'illusion, qu'apparence. N'est-elle pas, dans un premier temps, "substituée" ? La parole est bien souvent trompeuse. Comme la lumière trop brillante peut aveugler. Certains ne se servent-ils pas de la parole pour détourner de la Vérité ? En effet, la parole peut être mensonge. Pour ne pas s'égarer, le Maçon doit sans cesse revenir au rituel. Celui-ci précise : "-La Vérité ET la Parole Perdue". Le Maçon retrouve ainsi la bipolarité évoquée plus haut. Car, pour le Maître Secret, la parole ne peut être que la parole vraie. Parole et Vérité se complètent. Comme se complètent Vérité et Devoir, dans le rituel lorsqu'il explique : " La Vérité est la lumière placée à la portée de tout homme qui veut ouvrir les yeux et regarder la grande route du Devoir." Le "comportement du Maître Secret" passe par une volonté ferme d'allier, dans sa recherche, "parole" et "Vérité". Je l'interprète comme une recherche permanente de l'adéquation entre mes dires et mes actes, entre la réflexion ET l'action. Je comprends ce comportement comme la détermination d'être UN dans la synthèse –harmonieuse- de ma chair et de mon esprit, ces deux pôles d'une même personnalité. Effort, devoir, ascèse intérieure. Humilité aussi. Car, au 4e degré, le Maçon recherche le Devoir "sans songer à une récompense, pour la seule satisfaction de la Conscience." Au plan philosophique, la conscience est la "connaissance intuitive que chacun a de ce qui est bien et mal, et qui le pousse à porter des jugements de valeur morale sur ses actes."2

L'objectif du Devoir du Maître Secret, consiste, à travers sa recherche, à approcher le Bien.

F\Marc Ripoll

1 Claude Guérillot : La Légende d'Hiram. Selon le Rite de Perfection et le Rite Ecossais Ancien et Accepté. Guy Trédaniel Editeur. Paris 2003

2 Le ROBERT.

Source : http://truelle74.blogspot.fr/

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spinoza 01/09/2016 18:10

Bien intéressant exposé ! Pour apporter mon petit grain de sel à l'édifice : "Les hébreux ne prononcent jamais le nom de l'Être supérieur", dîtes-vous. Il s'agit des juifs ou des israélites, on dit 'hébreux' pour parler de ceux dont parle la torah et qui deviendront les israélites ou juifs après la révélation des 10 commandements, dont celui dont vous parlez. En effet, la prescription juive vient d'un impératif divin Exode 20.7 "Tu n'invoqueras point le nom de l'Éternel, ton Dieu, en vain ; car l'Éternel ne laissera point impuni celui qui invoque son nom en vain". Sauf erreur de ma part, ce commandement fait également partie des prescriptions de l’église catholique.