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Hauts Grades

Les 5° et 6° grades : Maître Parfait et Secrétaire Intime

13 Mars 2015 , Rédigé par JMA Publié dans #Planches

Le grade de Maître Parfait (5° grade)

Le 3ème grade nous confère la plénitude de la qualité de Maître maçon et constitue le socle de la première installation dans le long et difficile processus de la recherche initiatique… Dans cette quête personnelle de recherche, d’amélioration et d’épanouissement, certains de nos frères estiment ce socle suffisant … Cette liberté, ce choix, n’est pas le nôtre, même si nous nous sommes interrogés sur la pertinence de poursuivre nos travaux au-delà du 3ème grade. Dés lors, les travaux que nous accomplissons dans le cadre du Grand Collège des Rites au REAA sont-ils superflus ? A la base de tout progrès, on retrouve, à mon avis, comme constante de l’esprit d’humain, la recherche d’amélioration, et de perfection. En ce sens, l’introspection, la recherche d’altérité, les confrontations, les échanges permanents, constituent l’amorce des paliers successifs qui nous sont proposés dans l’approche de ce lent et infini apprentissage. Certes il s’agit là de réflexions purement symboliques, mais nécessaires comme le dit l’historien d’Art Emile MALE en affirmant que “ Le symbolisme nous montre une chose et nous incite à en voir une autre » Mais j’en viens au sujet de cette planche et tout d’abord au cinquième grade, celui de Maître Parfait. Les deux grades de maître secret et de maître parfait semblent indissociables. A l’origine, les quatrième et cinquième grades n’en formaient qu’un seul, qui ouvrait sur le cycle de la maçonnerie de perfection. Puis, la pratique du grade de maître parfait a précédé celle de maître secret au XVIII°. Cela n’est qu’à compter de la fin du XIX° siècle que le mode de fonctionnement fut inversé et que le grade de Maître parfait fut dissocié de celui de maître secret et ne fut plus transmis que par communication. Le grade de maître parfait a pour thème l’inhumation d’Hiram.

La légende

Raconte que lorsque le Roi Salomon fût informé que le corps d’Hiram avait été retrouvé et déposé dans la partie la plus basse du temple, il décida de conserver ses précieux restes. Il demanda alors à Adonhiram d’organiser pour son ami des funérailles en grande pompe. Il défendit d’effacer les traces de sang qui avaient été répandues dans le temple jusqu’à ce qu’on ait tiré vengeance des assassins. Adonhiram, nommé grand architecte en chef des ouvrages, fournit le plan d’un monument de marbre blanc et noir devant être élevé à la mémoire du Maître disparu. Ce mausolée fut érigé en neuf jours. Le cœur d’Hiram fut déposé dans une urne placée au sommet d’un obélisque triangulaire : l’urne était transpercée par une épée. Quand justice lui fut rendue, le corps d’Hiram Abif fut alors déposé sur un mausolée, recouvert par une pierre triangulaire sur laquelle étaient gravées les lettres JMB (Iod, Mem, Beth) et une branche d’acacia disposée au dessus de ces lettres, écrites en hébreu. Trois jours après les funérailles, le roi Salomon contempla les 2 monuments et levant les bras au ciel, il s’écria : TOUT EST PARFAIT.

Le thème central

La notion de perfection qui est abordée à ce grade désigne l’état de ce qui est complètement achevé. La perfection a valeur d’exemple. Elle fut incarnée en la personne du Maître disparu. La perfection est donc le thème central de ce grade par lequel chaque maître est invité à se surpasser sans cesse pour approcher toujours plus prés son idéal.

La symbolique

Ce grade de Maître parfait qui raconte et commémore l’enterrement de Maître Hiram, présente des éléments constants entre ses différentes versions historiques qui sont :

  1. la couleur verte de la loge et des décors
  2. la quadrature du cercle
  3. le Saint des Saints
  4. la symbolique numérique basée sur le nombre 4 et ses multiples
  5. le tableau du grade qui comprend 4 ou 3 cercles concentriques à distances égales, au centre desquels se trouve une pierre carrée ou cubique, avec au centre gravée la lettre J. cette lettre J correspond à Jod, première lettre du tétragramme.

Alors que le maître secret travaille dans la pénombre et que les larmes d’argent rappellent la perte douloureuse du Maître, le maître parfait a surmonté positivement cette douleur. Toute la loge est tendue de vert, couleur qui rappelle la décomposition, la mort, mais aussi l’espérance et la germination de l’acacia. Le Maître parfait trouve surtout la solution du problème posé par la quadrature du cercle philosophique en retrouvant le mot du Maître qui est le tétragramme sacré Iod, Hé, Vau, Hé. On apprend ainsi que l’accomplissement du Devoir est la réalisation du principe élevé qui est en chacun de nous. Le maître parfait prend conscience de ce que la clé de la connaissance réside dans la participation directe et immédiate avec le Principe. La quadrature du cercle au sens que lui donnaient les anciens, consiste à trouver un carré équivalent à un cercle. Ce problème de mathématique est insoluble, ce qui fut démontré au XX° siécle. Ce symbole montre que l’idéal complet de la perfection est inaccessible en ce monde. La quadrature devrait permettre, par construction géométrique avec seulement l’équerre et le compas, de rendre identiques les surfaces du cercle et du carré, en recherchant ’un carré dont la surface serait exactement égale à celle d’un cercle donné. Cette recherche ne saurait se faire sans le nombre Pi dont on sait qu’il est irrationnel, la succession de ses décimales étant indéfinie. Bien que ou parce que mathématiquement impossible, la quadrature du cercle est entre autres pour les alchimistes et les philosophes un exercice de méditation pour symboliser le passage du terrestre au céleste. Le cercle symbolise le divin, le carré symbolise la terre. Rechercher la quadrature du cercle reviendrait ainsi à chercher les rapports entre la création et le créateur. Le Saint des Saints fait référence à la conception du judaïsme. Il correspond à la partie la plus intérieure du Temple de Jérusalem, la plus sacrée, où se manifeste la présence divine, et où seulement peut se manifester le nom de l’Eternel. La présence d’un cadavre dans le Saint des Saints le rendrait impur ce qui est inconcevable.

La perfection, la quadrature du cercle et le Saint des Saints sont intimement reliés dans tous les rituels de Maître Parfait. Le nombre 4 montre bien que le maître parfait est de plein pied dans la connaissance et la maîtrise de la matière qu’il doit maîtriser pour se parfaire. Quatre est le premier des nombres carrés et le premier des nombres parfaits.
Le nombre 4 marque la stabilité et la durabilité dans l’œuvre à accomplir. C’est le nombre de la Terre. Ce nombre pair représente la solidité, l'organisation et l’universalité représentée par les 4 éléments de la tradition occidentale, les 4 directions de l’espace, les 4 points cardinaux.

Les trois cercles.

Ils sont l’emblème de la divinité qui n’a ni commencement, ni fin. Ces trois cercles enferment un cube. Dans la tradition architecturale, le cube est proprement la forme de la première pierre d’un édifice, la pierre fondamentale posée au niveau le plus bas sur laquelle reposera toute la structure de cet édifice et qui en assurera la stabilité. Cette pierre vive, c’est le Maître qui doit acquérir la perfection de l’art du trait, d’en trouver les principes qui permettent de retrouver l’art du grand Géomètre de l’Univers. Dans le rituel, à la question, êtes vous maître parfait, celui-ci répond, j’ai vu le cercle et sa quadrature dans le Saint des Saints. Par cette réponse le maître parfait affirme par là la connaissance du maçon, homme de métier, dans l’art du Trait .En se référant aux écritures bibliques, il dit que l’homme fut créé à l’image de Dieu. Ceci lui confère ipso facto un rang exceptionnel au sommet de toute création. Cet état de perfection initial permet à l’être d’espérer reconquérir, malgré la chute dans la manifestation, une unité et une réalité données à l’origine. Matthieu, le seul évangéliste a utilisé le qualificatif de parfait a dit : soyez parfait comme votre père céleste est parfait. On peut envisager que la perfection humaine en ce monde est partielle, relative, inaccomplie et approximative par rapport à la perfection du Verbe initial. Devenir réellement maître parfait peut être considéré comme une sympathique Utopie. Mais cet appel à la perfection illustre précisément notre recherche permanente en quête de savoir, de recherche et d’amélioration, de soi et de la société. Le maître parfait est censé accéder dans le Saint des Saints où se trouve le nom de l’éternel, autant dire accéder virtuellement à l’état de perfection, puisque ce privilège n’est dévoilé qu’aux parfaits. Il atteint ainsi la perfection des secrets de la maîtrise. En plaçant le cœur d’Hiram au sommet de l’obélisque dans une urne, il est suggéré au maître parfait de séparer son cœur spirituel de son corps, de la matérialité, de gouverner ses actions, de purifier son cœur, pour tendre à l a perfection. Les maîtres parfaits sont reconnus comme des maîtres particulièrement habiles qui se voient confier la construction du tombeau d’Hiram sous la direction d’Adonhiram.

Venons en à présent au sixième grade, de Secrétaire Intime.

Le grade de Secrétaire Intime (6° grade)

Ce grade de secrétaire intime est également appelé Maître parfait par curiosité. Le grade de secrétaire intime a précisément pour thème la curiosité.

La légende

En échange des bois du Liban et des pierres taillées fournies par Hiram, roi de Tyr, pour la construction de son temple, le Roi Salomon s’était engagé à lui donner une province. Hiram de Tyr la visite et n’y trouve qu’un sol aride et une population sauvage. Il revient au palais de Salomon, traverse furieux la salle des gardes et fait irruption dans la salle où Salomon, seul, pleure la mort d’Hiram. Craignant pour la sécurité de son maître, Johaben, le plus dévoué des serviteurs du roi Salomon, l’a suivi et écoute à la porte. Hiram de Tyr le découvre et se croyant espionner, veut le mettre à mort. Salomon le retient, le raisonne, et fait enfermer son serviteur Les deux rois reprennent leurs discussions et Salomon explique qu’il a l’intention de reconstruire les villes de la province cédée. Les deux rois après l’avoir entendu, font de Johaben leur secrétaire intime qui rédige alors leur traité d’alliance. Dés lors, un nouveau ternaire se met en place, dans lequel le secrétaire intime remplace Hiram Abi.

Le thème central

Ce grade illustre donc la différence entre deux formes de curiosité, l’une positive, l’autre négative et démontre ainsi que la curiosité au service d’une cause juste peut être un facteur stimulant pour l’intelligence et utile sur le chemin de la Vérité. En filigrane, sont également suggérés les thèmes des apparences et de leur rejet ainsi que celui du caractère sacré de la promesse faite.

La symbolique s’organise autour de trois axes majeurs.

  1. Le zèle pris pour de la curiosité
  2. L’alliance, la promesse, la perfection
  3. les trois triangles entrelacés

La curiosité est ici, on l’a compris, au service de la recherche de la vérité, curiosité bien sûr de découvrir le secret des autres mais surtout désir de protéger son maître de la colère d’Hyram de Ty. Johaben, homme de confiance de Salomon, justifie sa fonction par son zèle et son courage. La discussion véhémente entre les deux rois porte sur le respect de la parole donnée. Plusieurs interprétations sont données concernant la transmission du Mot du Maçon, du maître en réalité : La première serait que le mot que Johaben surprend doit être changé. Le mot n’est pas perdu, mais sa transmission est suspendue. La seconde serait que le mot est perdu avec la mort d’Hiram, le mot correspondant à la conception globale de l’oeuvre, et qu’il faut le retrouver : le mot de substitution ne donne qu’un aspect partiel de la conception globale. La dernière serait que ceux qui connaissent le mot ne sont plus que deux au lieu de trois (qui dirigent la loge), ce qui interrompt la communication. Johaben entend le mot, mais pour être digne de devenir maître il doit surmonter l’épreuve de la mort. L’alliance, la promesse, la perfection sont trois notions très liées, l’alliance représentant une sorte d’aspect symbolique de l’absolu, l’alliance se réalisant par un traité entre les deux souverains, doublé d’un caractère sacré établissant un lien de perfection entre deux rois et leur secrétaire. Les trois triangles entrelacés représentent la restauration du triangle directeur du chantier désormais constitué par Salomon, hiram de Tyr et Johaben, investi de la confiance de ses maîtres auprès desquels il remplace Hiram Abi, Tous trois sont détenteurs de la parole du Maître, parole qui ne peut être transmise que s’ils sont réunis, ce qui atteste du caractère indissoluble de leur alliance. On peut y voir aussi le symbole de la dénomination du trois fois puissant qui agit en lieu et place du Roi Salomon.

Analyse

La curiosité apparaît donc essentielle sur le chemin de la vérité. Le rituel du grade explique au maçon qu’il y a en lui un Hiram de Tyr, raisonneur, travailleur, concret, un Salomon, plus sage, spiritualiste, ésotérique, et un témoin au service du meilleur de nous, Johaben, dévoué, intelligent, fidèle, comme une troisième force, réduite à observer.. Il existe deux sortes de curiosité, l’une vaine et condamnable, l’autre utile, qui excite l’intelligence pour connaître la Vérité, la curiosité la plus noble étant celle de l’initié qui cherche sans cesse. L’idéal d’atteinte de la perfection doit être approché par le travail, l’accomplissement du devoir mais, et c’est nouveau, aussi par la curiosité, non pas celle connotée péjorativement, mais la curiosité intellectuelle doublée de courage, celle qui pousse vers l’avant, déplace les limites, celle là même qui anime les artistes, les chercheurs, qui requiert et conduit à plus de lucidité, dont R.Char nous a dit si bien qu’elle est la blessure la plus rapprochée du soleil….

Pour conclure….

Mes bien aimés frères, autrefois, nos prédécesseurs examinaient et travaillaient à tous les grades avant que ceux-ci ne soient ensuite transmis par communication. Cette méthode, plus adaptée à la vie moderne, nous permet seulement d’approcher ces grades. C’est pourquoi ce type de travail est nécessaire pour que ne se perde pas l’enseignement de chaque grade. Si ces digressions symboliques vous ont semblé redondantes, ou fastidieuses, vous vous voudrez bien me le pardonner fraternellement…Quant à moi, je vous remercie de m’avoir permis ce retour sur moi-même dans ma quête personnelle, et je le sais toujours inaboutie, de l’initiation. J’espère avec Georges Sand, que cette planche vous aura donné « envie de mourir de curiosité » et de vous replonger avec intérêt dans l’examen de ces grades intermédiaires dont la légende emprunte à notre culture philosophique et religieuse pour nous enseigner les voies de la perfection, de la curiosité, de la loyauté, du respect de la parole donnée dans une forme suggérée laissant la part belle à notre sensibilité personnelle et à notre imagination.

Jean Michel Archimbaud.

11 novembre 2005.

Source : http://emsomipy.free.fr/

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