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Hauts Grades

Vaincre nos passions

23 Avril 2015 , Rédigé par E.M Publié dans #Planches

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

A la question « Que venons-nous faire en Loge ? » Il est répondu : « Vaincre nos passions, soumettre nos volontés et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie. » Cette réponse nette semble pourtant bien banale. Cette affirmation prend les allures d'une formule incantatoire et sans appel, alors qu'elle résume en peu de mots notre qualité de Franc-Maçon. En première lecture, elle parait contenir à elle seule une “marque de fabrique” majeure, un label qui nous est d'abord proposé. Par la suite son contenu fermement dressé nous devient familier. En seconde lecture, posée dans le cadre de nos instructions ou catéchisme, elle nous suggère d'y souscrire en même temps que d'en convenir et d'y consentir par la démonstration d'un acte sans effort parce que placé sous le signe d'une “figure non imposée” et qui deviendra très vite une attitude adoptée et délibérée quant à l'abandon des Métaux. A ses débuts dans la Maçonnerie, le nouvel Initié n'envisage que pacifiquement ou superficiellement ce délaissement des Métaux qu'il interprète tel un symbole sur lequel il ne s'est pas très attardé et dont il n'a pas encore saisi la signification et la portée. Les métaux et leur passion étant classés dans la symbolique, ce n'est qu'au fil du temps, que le Maçon élargira à d'autres considérations, celles honorifiques et prestigieuses, l'abandon des métaux dans un effort non douloureux, mais dans une nécessité impérieuse qui lui procurera douceur de vivre. Ce n'est qu'à la réflexion que l'Apprenti, passé Compagnon et élevé à la Maîtrise, cherchera à éradiquer ses propres métaux, leur valeur, leur contenu et leurs effets personnels, et ce pour son plein épanouissement. A l'effort, prendra place une tension sans cesse remise en cause par le poids des Métaux et de l'Ego que nous avons tant de mal à archiver et à classer sans suite, pour les enfouir et les étouffer dans un passé occupé et préoccupé par des actes qui ne supportent, ne portent et ne véhiculent qu'une image individuelle. Nous nous attacherons dans les lignes qui suivent à l'inspection des premiers éléments de cette question afin de bien cerner ce que nous venons faire en Loge : Vaincre nos passions. Cette “posologie” en tant que procédé serait contrairement, à notre affirmation ci-avant, un appel à la raison laquelle invoque l'humilité, l'esprit de compassion, l'acceptation de l'autre, l'abnégation de soi pour ne s'attarder que sur le collectif. Sans humilité, sans compassion, sans regard posé sur autrui, sans acceptation de l'autre, en un seul mot : Tolérance, que la Franc-Maçonnerie a érigé en vertu emblématique, il est périlleux et compromis de parvenir à éteindre assurément le triste schéma de désordres sans compromissions qui règnent dans le monde profane. Qu’entendons-nous par ‘‘passion’’ ? Nous sommes placés dans un siècle et dans une société, nous ne le dirons jamais assez, où les mots sont dévoyés et perdent leur signification. Par référence à notre langage courant, il est devenu inconcevable aujourd’hui d’envisager une réalisation personnelle sans associer réalisation à passion ; la passion étant naturellement le label d’une assurance-émulation qui implique une garantie d’accomplissement. En quelque sorte, la passion bien employée nourrit un projet conçu clairement comme un produit de perfection et d’exception si bien que son service après-vente en devient superflu. Et en de telles circonstances, cette construction menée sous les auspices de la passion relève du parfait achèvement dans les meilleures conditions et sans risque d’échec. Le travailleur est en situation de réussite future, car sa passion lui épargne tout relâchement ou signe de lassitude, l’objectif sera atteint sans aucune contrainte ni effort mal consentis. La seule récompense attendue est la pleine satisfaction. Combien de fois n’avons-nous pas entendu proclamer cette pensée du philosophe Friedrich Hegel « que rien ne s’est accompli dans le monde sans passion » ? Mais l’Initié approche non pas la passion, mais LES passions et précisément dès le premier Grade au travers des Instructions dialoguées. A la question ‘‘Que venons-nous faire en Loge ?’’, nous répondons : ‘‘Vaincre nos passions, soumettre nos volontés et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.’’ Cette consigne voudrait-elle nous faire comprendre que nous ne devons pas nous centrer sur nos passions au détriment des progrès dont nous pourrions alors nous priver nous-mêmes. N’oublions pas que nos Instructions et l’enseignement qui nous sont délivrés par nos Rituels ne peuvent nous induire en erreur, ce qui serait contraire à la recherche de la Vérité. Notre Travail en Loge n’est pas un tremplin de nuisance et de destruction des volontés, bien au contraire il est notre guide et nous place dans le sillon qui conduit à l’Art royal. Nous affirmons ainsi que nous avons à ‘‘vaincre’’ nos passions. Et vaincre c’est combattre. Vaincre ses passions consiste donc à lutter contre ses ardeurs, dominer son enthousiasme exalté et maîtriser ses débordements excessifs. Pas de fougue, pas de véhémence. En d’autres termes plus placides, c’est agir avec détachement mais sans renoncement tout en adoptant une attitude calme et sereine, sans émotion vive pour se débarrasser sagement de ce qui n’est pas soi. C’est aussi une prise de contrôle de soi-même, une prise de pouvoir SUR soi-même qui mesure sa spontanéité sans l’étouffer totalement, tandis que la passion reste la flamme manifestée et apparente d’une détermination sur une thématique bien précise. La passion qui s’inscrit dans une attitude volontaire et opérante est circonscrite à une activité soit dédiée et permanente, soit momentanée, occasionnelle ou intermittente. Quand elle entre dans le champ d’une activité pérenne, la passion devient un acte de dévotion et de dévouement à un projet, dont la réalisation est une œuvre redevable à son seul auteur. Combien d’hommes argumentent en ce qu’ils ne seraient pas parvenus à l’œuvre finale et à la consécration de leur art, s’ils n’avaient pas auparavant cerné le sens et l’ampleur de leur passion. Et quand le passionné a achevé son ouvrage, il attend la juste sanction, due à son mérite et son talent, plébiscitée et reconnue par le plus grand nombre du plus fidèle ami à l’inconnu placé à l’autre bout du monde. Que la passion soit exercée dans la longévité ou dans l’éphémère, son producteur entend bien naturellement recueillir gloire et admiration qui lui seront désormais pour l’une acquise, pour la seconde dévolue. Parce que la passion bien contrôlée est un moteur piloté qui donne accès à la notoriété et à la reconnaissance, et dans ce cas la passion relève d’un ‘‘fonds de commerce’’ individuel qui sort de notre étude et qui naturellement abolit toute humilité. Quant à la passion pour la beauté de l’acte au bénéfice d’autrui, cette passion-là ne fait l’objet d’aucune revendication, de signature, de droit d’auteur. C’est ainsi que le grand public comme les intimes ou les relations proches, ignorant la portée de telles activités, en découvrent les bienfaits longtemps après, souvent même à la disparition de son créateur, et auquel les hommages posthumes seront donnés soit en toute discrétion, soit lors de manifestation d’envergure nationale voire davantage. Mais qu’en est-il de la passion qui ne rentre pas dans les deux conceptions ci-avant ? Je veux parler de la passion qui est BELLE quand le sentiment est à l’amour, à la beauté, génératrice de douceur et de joie. Mais aussi de la Passion qui permet de braver toutes les entraves : dans ce cas, la Passion devient un Moyen. Qu’en est-il maintenant des contrecoups de la passion et de ces effets pervers ? Attention, il nous faut ne pas ignorer les REVERS de la passion en pleine capacité de la rendre LAIDE quand le ressenti est l’expression d’une ardeur dévorante, d’un comportement impulsif et irréfléchi, d’une inclination à l’intolérance, au motif de ne pas trahir SES convictions personnelles que l’on considère arbitrairement être les seules justes et vraies, voire ses croyances immuables avec pour effet des conclusions hâtives. Ne dit-on pas « freiner ses ardeurs » ? Oui, freiner ses ardeurs est sans doute un pas, le premier vers une attitude de clémence. La passion ne doit pas être une issue, une fin choisie, car elle pourrait bien positionner le passionné dans sa propre prison sans lui laisser une porte ouverte sur la liberté de se remettre en question. Il s’agirait alors d’une passion dévorante qui envahit l’individu au point d’occulter sa visibilité (nous dirions aujourd’hui sa lisibilité) du monde qui l’entoure et il se trouverait ainsi isolé, au mieux en couple avec la passion qui gouverne son existence. Quelle belle compagnie dans l’union des forces !!! Dans ce cas, le passionné n’est plus MAITRE de son cœur et de son esprit. La passion devient l’élément conducteur de ses actes, de ses pensées qu’il veut cultiver, enrichir et perfectionner. Où se situe la personne dans cet état passionné ? Qu’est sa passion ? C’est la face cachée non révélée qui sommeille en elle quand son esprit et son cœur se trouvent dans un contexte indifférent à celui qui l’anime. Et sa ferveur se réveille, se dévoile, se découvre, se met à nu quand son regard se pose sur le thème qui fait vibrer son cœur enflammé par l’objet de sa passion enivrante à laquelle son esprit se soumet docilement. Au-delà du conditionnement qu’il s’est forgé, pour être pertinent, penser juste et rester conforme à ses idées, le passionné veut offrir tant à lui-même qu’à son auditoire une image ingénieuse et créative pour mieux encenser sa passion et satisfaire sa jouissance qu’il veut parfaitement épanouie. En fait, c’est la passion déchainée qui l’entrainera dans un débat passionné et sans fin, puisque dans sa recherche de l’absolu et NON DE LA VERITE, le passionné déploie son énergie au service de lui-même et de lui seul dans le souci de parfaire la maîtrise de son sujet, ce qui lui permettra d’exceller par la suite. Sa démarche risque fort de freiner et de nuire à la véracité de ses acquis pour l’installer dans l’illusion d’une fausse réalité fabriquée par lui seul selon SES schémas. Dans sa certitude inébranlable, il exclut de se soustraire à l’objet de sa passion dès lors qu’il se doit bien au contraire de persévérer et de progresser dans SA soutenance d’une valeur sûre et infaillible, la sienne assurément. A défaut d’être suivi, ou approuvé par complaisance, ses démonstrations et ses arguments s’effaceront discrètement pour ne pas paraître perdant et demeurer sous la protection de sa passion fidèle à ses valeurs et à l’expression parfaite de sa réussite. La passion délirante à l’excès conduit le passionné à devenir un véritable artisan de ses convictions auxquelles il s’abandonne sans concession. C’est la passion explosive voire destructrice jusqu’à en devenir l’esclave et s’interdire tout autre option. Dépassionner ses attentes et dépasser ses passions ? Si le passionné ne l’envisage pas et s’il refuse de s’en donner les moyens, les circonstances et les événements en décideront à sa place. A la passion inassouvie, succèdent les contrariétés de l’imperfection et de l’insuffisance, lesquelles génèrent insatisfaction, sensation de honte, y compris une certaine souffrance puisque le passionné est dans l’échec de ses ambitions bien cadrées et définies par lui, qu’il n’a pas su maîtriser ou qu’il n’a pas pu concrétiser. C’est d’autant plus dangereux que le passionné n’est jamais satisfait et son désarroi ne lui propose qu’une solution : la destruction des autres d’abord, de lui-même ensuite. Le passionné craint avec amertume de voir son défi perdu et il doute de la force salvatrice de la passion qu’il croit productrice de satisfaction, de plénitude et de bonheur. Dans cette spirale, la déception prend toute la place. S’il ne réagit pas contre lui-même, l’auteur anéanti par sa passion NON VAINCUE connaîtra la souffrance. S’il ne veut pas soumettre sa volonté à une douce réflexion, il court le risque de se complaire dans un tourbillon irraisonné qui le privera d’accéder à d’autres centres d’intérêt bienfaiteurs. Pire, il ne sera pas à l’abri de s’enfermer dans un dessein obsessionnel qui l’empêchera de se projeter vers d’autres aspirations. Aussi, il ne pourra que s’enfuir et se réfugier dans son cocon au titre d’un acharnement stupide à œuvrer dans la réalisation d’un but que lui seul s’impose. Par référence au Petit Robert, il convient de rappeler que la passion est un « état affectif et intellectuel assez puissant pour dominer la vie de l’esprit, par l’intensité de ses effets, ou par la permanence de son action ». Ce même Petit Robert donne en première définition : souffrance. Il est vrai que la racine du mot passion vient du latin ‘‘passio’’ et du verbe ‘‘pati’’ : souffrir. La passion a traversé les siècles, elle fut rapportée par les quatre évangélistes, de même qu’écrivains et compositeurs ont chanté la Passion et ses mystères. D’autres arts ont interprété la Passion, notamment les gravures sur cuivre d’Albrecht Dürer, également les peintures, les sculptures, les vitraux qui ornent les édifices construits par les bâtisseurs de cathédrales du Moyen-âge. Certes nous sommes, mes Frères, des maçons, non des héros ou des martyrs. Si l’enfantement peut se produire dans la souffrance, Dieu ne nous a pas créés pour souffrir. Si bien des souffrances peuvent nous toucher pour lesquelles la médecine ou d’autres sciences sont impuissantes, nous n’avons pas à chercher des souffrances inutiles ou de fausses astreintes jusqu’à l’ascèse. En revanche, nous pouvons trouver de la noblesse à devenir les ardents défenseurs du bien-être et si nous rencontrons la souffrance autour de nous, il nous appartient d’apporter notre aide à l’évincer et à la combattre. Et si je veux être un artisan de joie, il doit émaner de mon être douceur et sérénité sans être vindicative et convaincue que ma passion est la condition première à la détention de la Connaissance au motif que ma passion ne peut pas me tromper ( !!!!). Mais notre instruction dialoguée ne nous inviterait-elle pas à nous faire comprendre que nous pouvons bien souvent nous tromper en plaidant la victoire des passions ? Vaincre mes passions est une bataille que je dois remporter sans frénésie mais avec sagesse et persévérance. Les fondamentaux de la Franc-Maçonnerie sont là pour m’encourager dans cette voie, vous aussi mes Frères, vous pouvez m’aider à vaincre mes passions. A la lecture de ce morceau d’architecture, je constate que bien souvent j’ai employé le mot « sans » qui n’est pas une répétition, mais un terme incisif qui insiste sur la nécessité de bannir bien des clichés qui ne peuvent rien apporter de salutaire, sauf à servir un idéal utopiste, mieux asseoir une autosatisfaction. Certes ce panorama des diverses passions n’est certainement pas exhaustif, aussi je retiendrai qu’il convient de s’attarder sur notre instruction dialoguée qui nous convie à maintes occasions à vaincre nos passions et à les juguler, même si l’on invoque que LA et LES passions sont le vecteur qui pousse l’homme à se dépasser et à se surpasser. Mon propos ne consiste pas à nier la puissance des passions qui a conduit tant d’artistes, de savants, de chercheurs dans leurs agissements à faire des découvertes devenues bénéfiques pour l’humanité. Pas plus qu’il y a lieu de médire sur le talent producteur de richesses et de beautés qui comblent nos yeux, qui nous ravissent à souhait d’œuvres grandioses et merveilleuses. Mais, il faut préciser qu’il ne s’agit pas dans ce cas bien précis d’une passion mais d’un don qui a rendu une personne particulièrement réceptive et… douée pour la création. Ne serait-ce d’ailleurs pas le dessein de Dieu si un tel être est élu et investi d’une telle faculté ? En outre, il serait fort dommageable pour l’humanité que celle-ci soit privée des merveilles qui peuvent sortir de son esprit, de ses mains, de son art simplement. Dès lors, il y a lieu d’employer le mot passion en rapport avec la situation considérée. Ma réflexion se veut l’écho de ma traduction d’une lutte contre les passions désordonnées, dont l’expression verbale ou écrite me dicte les mots suivants : ‘‘Ne cherche pas sous couvert d’une action conduite sous le feu de la passion à obtenir reconnaissance et félicité’’. Nous devons écouter avec sagesse et discernement ce que notre voix intérieure nous prescrit, d’autant que pour nous Maçons le sentier à suivre nous est suggéré et il nous appartient d’en trouver l’entrée. Sur les Colonnes durant les Travaux en Loge d’Apprenti, le Signe d’Ordre, main droite placée sur la gorge, pouce à l’équerre, paraît contenir le bouillonnement de nos passions qui s’agitent dans la poitrine et préserver aussi l’esprit de toute exaltation fébrile susceptible de troubler notre lucidité. Aussi, notre Signe d’Ordre ne signifie-t-il pas que nous sommes en pleine possession de nous-mêmes, parce que celui-ci nous invite à rester attentifs à une impartialité de notre réflexion directrice de nos actes ? Pour finir, je suggère de retenir la profondeur de cette pensée de Sainte-Beuve évoquant le moraliste et critique français Charles de Saint-Evremond dont il nous rapporte le mode d’emploi de ses passions jusqu’à leur maîtrise : « Il les a laissé naître et les a, jusqu’à un certain point, cultivées en lui, mais sans s’y livrer aveuglément, et même lorsqu’il y cédait, il y apportait le discernement et la mesure. » Ma reconnaissance va vers vous tous, sans qui notre Loge n’existerait pas, et par conséquent hors d’elle je n’aurai jamais connu l’instruction dialoguée de notre Rituel et toutes les réflexions ‘‘passionnantes’’ (prises naturellement dans le sens intrinsèque du mot qui nous intéresse) qu’il peut susciter pour me conduire vers la Sagesse. Sans vivre le Rite en Loge, je n’aurais pas pris conscience des sujets de méditation sur lesquels il nous invite à réfléchir.

J’ai dit, Vénérable.

E M

Source : http://www.glfriteecossaisprimitif.org/

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