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Hauts Grades

A propos de l’Installation secrète

1 Mai 2015 , Rédigé par Philippe.R Publié dans #Planches

Je dois donc maintenant vous parler de la cérémonie d'installation secrète. Cérémonie d'installation secrète dont je ne peux rien vous dire parce que justement... elle est secrète.
Cela pourrait donc être très court, mais nous allons essayer d'aborder quelques éléments permettant de mieux pouvoir approcher et situer cette cérémonie dans l'ensemble du corpus maçonnique que nous développons. Alors justement, que peut-on dire cette cérémonie ? Et bien, sans dévoiler quoi que ce soit, nous pouvons dire que cette cérémonie comporte:
1/ une légende propre
2/ un serment particulier
3/ un mot particulier
4/ un signe particulier
5/ et un attouchement particulier.
A part ça, ce n'est pas un grade !
En fait, cette cérémonie possède toute les composantes d'un grade. Mais n'est pas un grade, car, comme vous le savez, la maçonnerie est composée de 3 grades et 3 grades seulement, y compris l'Arc Royal ! C'est en effet, avec cette formule magique que l'on est arrivé à mettre d'accord les Anciens et les Modernes lors de l'Union de 1813. On allait pas non plus en rajouter...Alors d'où nous vient cette cérémonie, et quelles en sont les sources ?
Dès les Constitutions de 1723, quelques éléments nous permettent de savoir qu'il existait à cette date une cérémonie d'installation. Page 71 de ces Constitutions de 1723,, se trouve un postscriptum intitulé: "Manière de constituer une nouvelle loge ainsi qu'elle est pratiqué par sa Grace le Duc de Warthon, le très vénérable Grand Maitre actuel, conformément aux anciens usages des maçons" Dans ce postscriptum, une phrase se distingue comme réellement intéressante : « Le Grand Maitre interrogera le candidat à la chaire de la façon suivante : Vous soumettez vous à ces obligation ainsi que les maitres de loge l'on fait de tout temps ? Quand le Candidat aura donné la certitude de sa cordiale soumission à ces devoirs, le Grand Maitre l'installera suivant certaine cérémonie significative et d'ancien usage »
En fait, tout ceci ne nous apprend pas grand-chose, si ce n'est qu'il existe effectivement dès le tout début du XVIIIème siècle des usages d'installations. C'est tout ce que nous pourrons réellement apprendre avec certitude de ce post-scriptum. Il faudra attendre les années 1740/50 et la création de la « Grande Loge des Antients » pour entendre à nouveau parler d'une cérémonie d'installation secrète. Je vais très rapidement résumer cet épisode car nous n'avons pas le temps de rentrer dans les détails. Comme vous le savez en 1717, 4 loges se réunissent, forment une Grande Loge. Cette Grande Loge va connaître un succès certain. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas eu, à côté de cette Grande Loge, d'autres loges « non affiliées » qui continuaient à exister et d'autres encore qui continuaient à se former ...En tous les cas, ce que l'on sait, c'est que petit à petit, on va de plus en plus entendre parler de ces loges. Notons que dans ces loges se trouvent beaucoup d'écossais et d'irlandais, et que ceux-ci possédaient aussi leurs propres traditions. A moment donné ces loges vont décider, elles aussi, de se constituer en Grande Loge. Elles choisiront de se faire appeler la « Grande Loge des Antients »(1), parce qu'à cette époque-là, ce qui était important c'était d'être ancien, et surtout pas moderne. Par moquerie, elles vont appeler la Grande Loge de Londres et de Westminster, déjà existante, la « Grande Loge des Modernes » ! Dans les différents reproches et récriminations que ces «Antients » ont envers la Grande Loge des Modernes, il faut citer l'Arc Royal, bien sûr, mais aussi le fait que elle ne pratiquait plus la cérémonie d'installation secrète. « Avoir laissé tomber en désuétude la cérémonie ésotérique de l'installation du maitre, quoique quelques une de leurs loges aient pratiquée de bonnes heures une telle cérémonie et continuent, de leur propre initiative à le faire. » (2)
Pour les « Antients », cette cérémonie d'installation secrète est capitale ! Elle est très importante parce qu'elle est en fait, pour eux, l'antichambre de l'Arc Royal et on sait à quel point pour les « Ancients » l'Arc Royal est incontournable ! Lawrence Dermott qui sera la cheville ouvrière de cette « Grande Loge des Antients », pendant de très nombreuses années d'ailleurs, dira lui-même dans Ahiman Rezon (les constitutions de la Grande Loge des Antients) que « l'Arc Royal est la moëlle de la maçonnerie »(3). Lorsque ces « Ancients » vont créer leur Grande Loge, ils t pratiqueront bien évidemment cette cérémonie. Mais ce qui est aussi intéressant à noter, c'est que par 'capillarité', je dirais, et bien un bon nombre de loges de la Grande Loge dite des « Moderns » vont elles aussi commencer à pratiquer cette installation secrète. Ce qui fait (je vais très vite mais il nous faut résumer car le temps passe ...) que lors de l'Union, en 1813, entre ces 2 grandes loges, le problème de l'installation secrète ne sera pas un problème ! C'est à dire que très vite dans la loge de promulgation, on acceptera le principe de pratiquer une installation et une installation secrète. Voilà en bref, dirons-nous, comment les choses ont pu se passer...
Reste un élément intéressant que je voudrais rapidement aborder ici, il s'agit du mot de cette installation secrète ! Alors, je ne vais pas vous donner ce mot, bien évidement mais...
Là aussi je vais faire devoir faire un petit retour en arrière. En 1717, au tout départ, nous étions en fait, dans un système qui ne comprenait que 2 grades : celui d'Apprenti Entré et celui d'Homme du Métier ou Maître. Le terme de 'Maître', à ce moment-là, désignait une qualité. On disait 'Maître', exactement comme on aurait pu dire 'Chef d'entreprise' aujourd'hui.
Cette structuration est issue (et je parle sous le contrôle de notre Frère Patrick, ici présent, qui connait très bien tout cela, puisqu'il est le traducteur choisi par David Stevenson(4) d'un système qui nous vient de l'Ecosse basé sur un double système Incorporation / Loge qui fait que lorsque l'on était Maître dans l'Incorporation, on le restait dans la Loge. On a donc 2 grades. A moment donné, le grade d'apprenti va tout doucement se scinder en 2 pour donner un grade d'apprenti et un autre de compagnon. D'ailleurs c'est à ce moment que le « J » et le « B » qui à l'origine formaient ensemble le Mot du Maçon vont se retrouver séparés. L'interversion que l'on connait encore aujourd'hui de ces deux mots selon le rite prend ici ses sources. Notre frère René Guilly a excellemment expliqué tout cela dans l'un de ses ouvrages sur les colonnes, que je vous convie à lire dans le détail. (5). Le grade de Maître, lui, va se trouver doté d'une légende et pour ce qui nous occupe, nous allons assister pendant un certain temps une sorte de concurrence entre deux mots différents pour ce grade. Un mot en « MB », qui a fini par gagner, et un mot en « G », que d'ailleurs un certain nombre de loges françaises possèdent toujours avec certaines modifications parfois mais avec la même racine. Ce mot « G » s'est en fait recyclé dans la cérémonie d'installation secrète. Il est assez étonnant de voir que grâce à ce recyclage (ce n'est pas le seul il y en a beaucoup d'autres en maçonnerie) ce mot en » G » est resté au niveau du 3ème grade dans certains corpus maçonniques et est monté jusqu'à l'installation secrète dans d'autres. Alors, je ne rentrerais pas dans le détail de ce qu'a pu être l'installation secrète en France. Si l'on fait des études assez poussées, des éléments fragmentaires ici et là plaidant pour l'existence de formes d'installation (Il n'est pas de notre objet de les traiter ici). Il y a de plus eu, de manière claire, aux alentours des années 1760, une installation secrète qui s'est passé en France sous la forme d'une cérémonie appelée "Vénérable Maitre de toutes les Loges, ou Maitre ad vitam" et qui s'est, elle aussi recyclée, puisqu'elle constitue aujourd'hui l'argument du 20ème grade du REAA (Le REAA a recyclée beaucoup de matériel dans ses Hauts Grades).
Quand on lit ce 20ème degré (puisque au REAA on dit degré) il est bien dit qu'il s'agit d'une cérémonie d'installation qui n'étant plus pratiquée en France se retrouve là et a voulu être perpétuée. Il faut savoir aussi qu'en France, la position du Vénérable Maître est assez différente de celle de l'Angleterre dans la mesure où, en France, la fonction de Vénérable Maitre est une fonction ad vitam. Lorsque l'on accède à la dignité de Vénérable Maitre et on le reste toute sa vie, on peut garder une loge toute sa vie si c'est nécessaire. Bref, en France, l'installation secrète n'a pas fleurie... L'installation secrète refera son apparition en France de manière tout a fait anecdotique. Ce sera en 1901, avec la création de la première loge Emulation en France: l'Anglo-Saxon Lodge, au sein de la Grande Loge de France (elle existe toujours). Et forcément cette loge pratiquait l'installation secrète. Il faut bien voir que l'installation secrète telle que nous la connaissons est une tradition totalement anglaise, de type Emulation. Alors, quand en 1913 s'est créé la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies (qui deviendra la GLNF), un certain nombre de loges Emulation ont commencé à voir le jour, et cette cérémonie d'installation secrète a donc commencé à se répandre en France. Au début, alors qu'il n'y avait que quelques Loges, cette installation secrète, celle-ci passait inaperçue. Mais à un certain moment, un problème a commencé à se poser. Lequel ? Un Vénérable du Rite Français ou du REAA, par exemple, qui venait visiter une loge Emulation d'installation devait sortir à un certain moment de la cérémonie parce qu'il n'avait pas reçu l'installation secrète. Voilà ce qui effectivement pouvait causer un certain problème ! Dans certaines obédiences telles que la GLNF Opéra par exemple, (aujourd'hui la GLTSO), se sont créés des loges spécifiques de maitres installés dans lesquelles le grade était délivré aux frères qui avaient été reçu vénérables dans d'autres rites. . La Grande Loge Nationale Française, elle, a choisi, non pas créer une loge de maitre installé, mais de donner ce grade de maitre installé à tous les Vénérables dans tous les rites. Ceci, en établissant une cérémonie d'installation secrète commune à tous les rites. Cette installation secrète s'est aujourd'hui propagée dans de nombreuses obédiences et de nombreux rites. Avec bonheur parfois. Parfois moins... Mais j'arrive à la fin du temps qui m'était imparti. J'ai essayé de vous dire ce que je pouvais vous dire sur cette cérémonie secrète. J'ai essayé d'être le plus concis possible. Je vous renverrais sur le site rudyard-kipling.fr pour vous diriger vers quelque documentation pour pouvoir aller plus loin sur ce sujet. Je veux à nouveau saluer ici mon Maître René Guilly qui faisait paraître dès 1961, dans une revue qui s'appelle "le symbolisme", dans le numéro 353, un travail déjà totalement complet sur cette cérémonie d'installation secrète alors qu'à l'époque, quasiment personne ne savait même de quoi il s'agissait. (6)

1 - The Grand Lodge of the Most Ancient and Honourable Fraternity of Free and Accepted Masons (according to the Old Constitutions granted by His Royal Highness Prince Edwin, at York, Anno Domini nine hundred and twenty six, and in the year of Masonry four thousand nine hundred and twenty six)
2 - Bernard. E. Jones. « Freemason's Guide and Compendium»(Londres, Harrap, nouv. éd. 1956)
3 - Laurence Dermott – Ahiman Rezon « cette partie de la maçonnerie communément appelée Arche Royale (qui est, je le crois fermement, la s, le cœur et la moelle de la franc-maçonnerie) »that Part of Masonry commonly called the Royal Arch (which I firmly believe to be the Root, Heart, and Marrow of Free-Masonry)
4 - Les premiers francs-maçons , Les loges écossaises originelles et leurs membres David Stevenson (Auteur), Patrick Sautrot (Traduction). Editions Ivoire-clair. 2000
5 - Les deux grandes colonnes de la franc-maçonnerie. René Desaguliers (Auteur) Dervy 1997
6 - Notes sur la cérémonie ésotérique d'installation des Maîtres de Loges par René GUILLY. Revue «LE SYMBOLISME» numéro 353, année 1961.

Philippe.R

Source : http://www.rudyard-kipling.fr/

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