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Hauts Grades

La Parole Perdue

4 Mai 2015 , Rédigé par Ch\ B Publié dans #Planches

J’ai écrit cette planche en évitant soigneusement de ne pas asséner des vérités toutes faites, mais surtout dans l’esprit de lancer la recherche qui pourra être enrichie par tous.
Que dit le rituel du 3ème degré :
D. - Comment voyagent les Maîtres Maçons ?
R. - de l’Orient à l’Occident et de l’Occident à l’Orient et par toute la terre
D. - Dans quel but ?
R. - pour chercher ce qui a été perdu, rassembler ce qui est épars et répandre partout la Lumière
D. - Qu’est-ce qui a été perdu ?
R. - les secrets véritables des Maîtres Maçons.
D. – Comment ont-ils été perdus ?
R. – par « Trois Grands Coups » qui ont causé la fin tragique de notre R\M\ HIRAM
(Instruction au 3ème Degré).
Le mythe, qui voit dans la mort de HIRAM la perte des secrets véritables des Maît\ Maç\ nous invite donc à rechercher ce qu’est le secret de la F\M\ et ce sujet est un des éléments de base sur lequel s’édifie notre quête Maçonnique.
Cette soi-disant perte est un symbole mystérieux et je ne prétends pas retrouver quoi que ce soit … mais on peut toujours en parler entre nous.

I. De la nécessité du mythe et son contexte.

Ainsi donc, l’histoire commence par un deuil qui est la conséquence d’un meurtre, c’est dire que l’ambiance générale est à la tristesse et que les MM\ MM\ présents épanchent leur chagrin par des larmes libératrices.
Le T\V\M\déplore, en parlant de Hiram, que « hélas, lui seul possédait le secret de l’œuvre en cours d’exécution ». Voilà le problème posé. Aussitôt le T\V\M\ pense à « l’après Hiram » et il interroge « qui oserait maintenant se présenter pour lui succéder ? ».
La réponse viendra plus tard mais déjà par cette question, à ce moment-là, les FF\ sont invités à ne pas s’apitoyer sur eux-mêmes. D’ailleurs le T\V\M\ intervient sur le plan moral par cette injonction « ne perdons pas courage » et il indique la conduite à tenir dans l’immédiat :
- « arracher les restes à ses meurtriers », il est pragmatique
- « rendre les honneurs funèbres à sa dépouille » : pour le respect et la dignité dus au défunt enfin, pour ouvrir le champ des possibles, tout cela avec dit-il « l’espoir de recueillir quelques traces de sa science ». Mais revenons sur le chantier à la tombée de la nuit de cette journée-là. Hiram resté seul dans l’enceinte du temple reçoit deux coups puis un troisième qui est fatal. Il pouvait sauver sa vie en satisfaisant la volonté de ses agresseurs mais il choisit « la mort plutôt que de violer le Secret qui lui a été confié ». Cette mort ressemble donc à un sacrifice, un de plus dans la longue histoire des mythes à travers les époques. Hiram reste fidèle à son engagement, à ses idéaux. Quant au comportement des Compagnons, il est moins clair. En effet, ils accumulent ce qui ressemble à des erreurs. Pourquoi avoir enseveli le corps si près du lieu du crime ? Pourquoi planter un Acacia en ce lieu ? Lequel des trois Compagnons a eu cette idée, quel était son dessein ? En Egypte l'acacia était le symbole solaire, évoquant également la renaissance, l'immortalité et l'initiation et chez les Hébreux, c'était le bois sacré du tabernacle, l'immortalité, la vie morale, l'innocence. Ainsi prononcer la formule rituelle « L'Acacia m'est connu » revient à proclamer : « L'immortalité m'est connue » et cette formule dans la bouche d'un Maçon athée, imparfait ou simplement indifférent, n'est que la preuve de son ignorance des symboles et de leur véritable signification. En laissant de tels indices, ils donnent l’impression de vouloir être retrouvés.
Et cela arrange bien les chercheurs que nous sommes. Alors, que savons-nous ?
Nous disons que Hiram a respecté ses serments solennels jusqu’au sacrifice.
Hiram n’a rien révélé et a été mortellement privé de la parole, ce qui nous pénalise, nous les MM\ MM\. Intuitivement nous comprenons que Hiram était au service du bien. Il était un homme bon, animé par un « esprit divin » au contraire des Compagnons que l’ignorance, le mensonge et l’ambition rendaient dépendants de l’esprit du mal.
Cet esprit cherchait à ravir la puissance du premier pour prendre sa place. Et temporairement, le mal l’a emporté. On peut voir que l’histoire se répète de nos jours !
Et que déplorons-nous le plus ? La perte de secrets ou le fait que les mauvais Compagnons, en assassinant Hiram sont parvenus à détruire l’esprit d’harmonie qu’il symbolisait ?
Le mot de maître est perdu, non pas parce qu’Hiram était seul à la connaître, mais parce qu’on ne peut le transmettre individuellement. Il faut être trois pour le communiquer, de même que les compagnons sont trois pour faire obstacle à la continuité de la transmission. Ce qui est substitué ne peut remplacer que très partiellement ce qui était l’origine.
Acteur et victime à la fois des trois mauvais compagnons, on prend conscience que les ennemis, les forces négatives ne peuvent avoir prise sur chacun que parce qu’elles trouvent un écho en lui. Tant que l’on n’a pas supprimé toutes les forces négatives, tous les obstacles que rencontrent l’esprit humain pour accéder à la vérité, les ennemis du dehors ont prise et trouvent un écho en l’intériorité de chacun de nous. Il est bien entendu nécessaire que Hiram meure afin que le nouveau Maître renaisse. De l’horizontalité il passe à la verticalité et entame son ascension vers la source originelle. Selon la tradition abrahamique, à l’origine, la parole, c’est le verbe créateur, étroitement lié à l’étincelle du Fiat Lux qui est en nous à l’état de virtualité, laquelle est revivifiée par la consécration à chaque degré où le récipiendaire est crée et constitué au grade qu’il reçoit.
Les trois premiers chapitres de la Genèse nous livrent quelques clés pour comprendre le processus de création par Dieu et Adam. Au commencement, Dieu sépare la lumière et les ténèbres. Il appelle la lumière « jour » et les ténèbres « nuit ». Le fait de nommer organise le temps par séparation et spécification. Ensuite Dieu crée l’homme à son image, ainsi que la femme. La divinité crée par le pouvoir et la force de la Parole sur une Terre informe et vide. Aucun témoin n’intervient dans cette première étape qui symbolise l’état d’inconscience du monde. Dans le chapitre II, Dieu modèle les bêtes sauvages et confie à Adam le soin de les nommer. Adam est ainsi préparé à prendre conscience de son environnement. Le chapitre III voit Adam et Eve émerger dans le conscient. Le serpent, nouvel acteur, entre en jeu et il dialogue avec Eve pour lui proposer de manger le fruit défendu. Celle-ci accepte et en offre à Adam qui reste étrangement silencieux. C’est ainsi que le couple entre dans le monde du langage et de l’expérience au prix d’importantes modifications de leur état primordial. Mais l’homme conserve le souvenir de son ancien pouvoir - celui de nommer - et qu’il vient de perdre en étant chassé du Paradis. Dans les Traditions Egyptiennes et bibliques, seuls certains prêtres connaissent le secret du nom divin et ont le pouvoir de le prononcer. A condition toutefois de savoir le prononcer correctement sinon la mort frappera l’imprudent. Les secrets véritables qui ont été perdus ne sont pas du même ordre. Les mauvais Compagnons pensaient qu’ils relevaient de la communication d’un savoir alors que notre recherche se place sur le plan de la Connaissance synonyme ici de qualité d’être.

II. Chercher ce qui a été perdu

Une chose est sûre : nous savons où retrouver un Maître perdu. On le retrouverait « entre l’Equerre et le Compas », ou bien « au Centre du Cercle ». Et par un heureux hasard, retrouverait-il lui-même à cet endroit les secrets véritables des MM\ MM\ ! Ainsi, est-il permis de penser que ces secrets symboliquement disparus avec Hiram auraient un rapport avec l’Unité ? Nous, Maçons, reprenons la démarche Adamique sur le plan des idées. En nommant les animaux, Adam les faisait exister par le moyen de sons organisés qui contenaient la plénitude de ce qu’il désignait. C’est à dire la chose elle-même, avec le sens de son expression qui permet de la situer dans l’espace et dans le temps tout en précisant sa fonction, sa finalité, son usage, etc. Cette langue merveilleuse et parfaite a été perdue lorsque le 1er couple a heureusement failli aux obligations qui les rendaient semblables aux Dieux. En accédant à la Connaissance, ils ont appris l’expérience individuelle qui peut être expliquée, démontrée, imitée voire transmise mais qui demeure rigoureusement incommunicable. Adam et Eve nous disent de quitter le domaine de l’intellect pour entrer dans le devenir pour espérer Etre. Peut-être notre mémoire nous rappelle-t-elle ce monde-là lorsque par nos rituels nous sacralisons l’espace et le temps ? S’agit-il de nostalgie ou de l’espoir de retrouver pour un moment une étincelle de perfection ? Pour nous mortels, la quête de sens consiste aussi à tenter de comprendre l’ordre des choses. La multiplicité des éléments qui apparaissent indépendants les uns des autres peut-elle être reliée par une Loi qui les gouvernerait tous ? Nous rassemblons ce qui est épars, comme par exemple les pierres, pour qu’elles deviennent Temple qu’il faut ici comprendre dans son sens de Connaissance et d’Unité.

III. Les mots forcément substitués

Quels mots allons-nous utiliser pour construire ? Des mots forcément substitués à la langue originelle. Nous avançons prudemment. Tout d’abord apprentis, nous épelons, puis au grade Compagnons nous donnons un mot de passe au risque de le mal prononcer. Au 3ème Degré le F\ 1er Surv\ revient de l’Occident avec un mot de passe et un mot de Maître que le T\V\M\ approuve jusqu’à ce que, dit-il, les mots véritables puissent être retrouvés.
Le REAA nous dit que l’on transmet en substitution la première parole prononcée lors de la découverte de la dépouille de Hiram. Hiram, notre semblable, est soulevé par les Cinq Points Parfaits de la Maîtrise et le T\V\M\lui communique aussitôt les syllabes du Mot Sacré des Maîtres. La parole en maçonnerie est considérée comme perdue, parce que, selon la légende, Maître Hiram a emporté son secret dans la tombe. Et pourtant cette parole ne peut être complètement perdue puisqu’il faut que trois maîtres la connaissent pour qu’une loge puisse être opérative. En effet, le roi Salomon correspond à tout Très Vénérable Maître en chaire, Hiram de Tyr au premier surveillant et Hiram Abi au second surveillant. Tous les trois connaissent donc le mot sacré, mais il leur est impossible de le transmettre séparément, c’est pourquoi Salomon et Hiram de Tyr n’avaient pas la possibilité de transmettre ce mot dans les conditions requises après la disparition d’Hiram Abi. De cette légende nous pouvons comprendre que ce qui est perdu, c’est la conception de l’Unité dans l’ensemble de l’ouvrage conçu et organisé par Maître Hiram, d’où la nécessité d’envisager une solution de remplacement, dite de substitution. Le Maître accède au stade supérieur où il est censé avoir la capacité de lire et d’écrire au livre de vie du Grand Architecte de l’Univers, puisqu’il reçoit la planche à tracer. Guenon dit que ce mot sacré, en réalité n’est pas autre chose qu’une question, et la réponse à cette question serait le vrai mot sacré ou la parole perdu elle-même, c'est-à-dire le véritable nom du Grand Architecte de l’Univers.
Cette parole perdue rappelle que le serment maçonnique se prête sur l'Evangile de St.-Jean, il débute ainsi :
« Au commencement était le verbe, et le verbe était avec Dieu; et le verbe était Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et sans lui, rien de ce qui a été fait n'aurait été fait. En lui était la vie, et la vie était la lumière des Hommes. Et la lumière luit dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l'ont point reçue… »
La parole perdue rappelle la puissance initiale du verbe au commencement de la Genèse, la parole créatrice, qui était l’attribut de l’homme primordial lequel en nommant une chose lui donnait vie. On peut considérer que nommer (à l’origine) c’était avoir la capacité de commander à la matière et de la transformer selon le verbe initial. De ces constatations il ressort que le mot du Maître, le mot ineffable relève d’une connaissance du Principe créateur. Le nommer serait le manifester alors que nul ne peut appréhender la quintessence divine dans son ensemble. Cette parole primordiale a été détruite de par la rupture faite avec le principe créateur.
En conclusion de cette parenthèse, peu importe ce qu'était cette parole, peu importe comment elle a été perdue et enfin où et quand la Parole perdue a été ou sera retrouvée !
Le seul élément du mythe à considérer est son interprétation. En considérant l'idée abstraite de la Parole perdue et retrouvée, on peut dès lors la concevoir comme le symbole de la vérité et ses avatars et par l'intérim de la parole de substitution, les composantes d'une symbolique mythique qui représente la recherche de la Vérité.
Mais à côté de cette interprétation générale, on peut également concevoir la Parole perdue et retrouvée comme un symbole vers la Lumière et la Vérité, une quête du Graal.
Dans ce mystère, les trois compagnons tiennent le rôle capital. En maçonnerie, quand un Compagnon devient Maître, il apprend que trois Compagnons ont commis un crime irréparable en blessant à mort le Maître Hiram. Mais qui sont ces trois compagnons et quelle est leur responsabilité dans ce drame ? Nous les désignerons symboliquement comme étant l'Ignorance, le Fanatisme et l'Ambition. Ces trois attitudes humaines que dans nos Loges nous cherchons à dominer, ont été et seront toujours nécessaires à l'Homme pour qu'il puisse apprendre à travers elles, à vaincre sa propre nature et avancer sur le chemin des mystères et la perfection.
L'ignorance : Ce défaut général de connaissance, ce manque de savoirs est redoutable quand l'Homme s'abandonne à elle.
Le Fanatisme : le deuxième compagnon, allié à l'ignorance ne peut qu'amener douleurs et peines dans la vie de celui qui est sous son emprise car, aveuglé par une passion qui le pousse à des excès, il sera sourd à tout appel de la raison.
Le Troisième compagnon représente l'Ambition sous son aspect le plus négatif et le plus borné, le plus dangereux aussi lorsqu'il prend des formes les plus élaborées et plus insidieuses.
Enfin, les défauts symbolisés par les trois compagnons coupables ont été indispensables au drame d'Hiram, car sans eux, cette dernière initiation, celle qui doit permettre l'accès à un plan de conscience supérieur, n'aurait pas eu lieu et se rappelant que les puissances impures sont donc utiles à ce travail d'alchimie spirituelle.
Le plus important demeure néanmoins que la Franc-maçonnerie s'étant incorporé depuis les années lumières un message universel dont l'origine remonte à la nuit des temps est virtuellement la dépositaire de la Parole qui, crée, perdure.
La recherche d'une origine historique au mythe en général serait forcément vouée à l'échec au même titre que de chercher qui fut l'inventeur de l'équerre et du compas. La seule différence entre ces deux piliers de la pérennité du travail initiatique tient uniquement aux places qu'ils occupent, car les outils ou symboles permettent la réalisation extérieure, les mythes rattachent l'Homme à la divinité intérieure.
Au travers du chemin maçonnique, le mythe d'Hiram signifie en d'autres termes que :
1. C'est à une 1ère manifestation du Maître Hiram intérieur, c'est-à-dire du « Fils » que nous portons en nous, que l'Apprenti doit de s'être tranché la gorge, la ré - instauration du « Cherchez et vous trouverez » dans sa personne, soit de son 1er degré de Lumière, lui valant à l'avenir de ne plus compter que sur lui-même et, s'ensuivant de perdre sa « Peau », de mettre fin à son état de dépendance à l'égard d'autrui et de ses points de vue (idées reçues, croyances)
2. C'est à une 2ème manifestation du Maître en cause, de ce Fils intérieur, que le Compagnon se doit d'avoir eu le cœur arraché, le « On vous donne » lui accordant son 2ème degré de Lumière, à savoir le caractère objectif que la perte de sa « Chair » de son ego intéressé, imprime aux vérités qu'il met au jour.
3. C'est à une 3ème et dernière manifestation du Maître s'avérant dès lors le Fils aussi bien de l'homme que du GADLU, que le Compagnon élevé à la Maîtrise doit de s'être partagé en deux, de s'être séparé de son ego, l'autorité royale du Fils exigeant de qui veut l'exercer, et s'en adjoindre les informations des os « complètement secs » Moabon. (Ezéchiel, chapitre 37 et II Rois, chapitre 4 verset 34) Rassembler ce qui est épars. Les messages profonds des mythes sont compréhensibles uniquement à ceux qui en ont la clé, à ceux qui sont aptes à capter le message que le mythe véhicule. C'est cela l'aspect initiatique du mythe, c'est-à-dire, l'accessibilité à une préparation intérieure. En conclusion, rappelons-nous qu'il faut 33 degrés à la Franc-maçonnerie pour apprendre par les grades à passer des ténèbres à la lumière avec à chaque palier, des nuances faites de symboles au moyen du fil rouge qu'est le mythe d'Hiram. Vous avez bien compris mes TCF que dès le 1er degré nous devenons des chercheurs qui tentent de reconstituer un puzzle à travers les outils et symboles qui nous sont communiqués. Je souhaiterais que ce travail soit une base de discussion, de confrontation des idées et des points de vue, afin que nous progressions ensembles sur les voies qui nous sont tracées.
Ch\ B

Source : www.ledifice.net

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