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Hauts Grades

L'Amour de l'Humanité peut-il conduire au Sacrifice de notre Vie ?

14 Septembre 2015 , Rédigé par J\ T\ Publié dans #Planches

A une telle question, je serai tenté de répondre de façon lapidaire : Oui, par essence ! Encore faudrait-il définir les notions d'Amour, d'Humanité et de Sacrifice … C'est ce que nous nous attacherons de faire dans une première partie puis nous tenterons, à la fois au travers de notre démarche Initiatique et de notre Rite, de démontrer la justification comme la nécessité de tourner nos actes au service des autres .

A) Aspect ontologique :

Qu'est-ce que la vie ? Est vivant tout ce qui est donné de l'expérience dont on peut décrire une histoire comprise entre sa naissance et sa mort ; ainsi la vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort. La mort est présente dans la vie, à la fois comme trame universelle et échéance inéluctable de ses formations diversement organisées de façon à la fois cohérente et fragile. Paradoxalement, ce qui caractérise le vivant est le phénomène d'usure progressive et de cessation de ces fonctions, plus que leur existence même.La valeur de la vie et la vie comme valeur, ne s'enracinent ainsi que dans la connaissance de son essentielle précarité, ce que J.L. Borges exprimait ainsi : « Tout chez les mortels a la valeur de l'irrécupérable et de l'aléatoire » (l'Aleph). Partant de ce postulat, on en déduira aisément que notre propre vie n'a de raison qu'à travers les actions qui la sous-tendent, actions sur le milieu extérieur, soit la société et les hommes qui la composent. Nos actions au sein de la société impliquent elles donc un certain Sacrifice ? Le sacrifice comporte deux pôles : d'un côté on offre, de l'autre on se prive de ce que l'on offre … Du point de vue de la morale, il s'agit d'une vertu de renoncement dans la construction de l'Homme authentique. Cette définition rejoint la conception Chrétienne qui, dépassant le rite pour aboutir à la morale, ne reconnaît d'autre sacrifice que celui qui est sacrifice de soi, renoncement et altruisme. L'ultime aboutissement serait l'Altruisme Absolu qui fixerait le chiffre de son mouvement vers l'autre, le tout autre. Plus simplement, l'altruisme est une attitude morale qui, par delà toute crainte et même toute norme, privilégie autrui. L'altruisme manifeste un débordement de l'amour propre naturel et du désir érotique qui porte vers l'autre. On est tout de même aux confins de l'exceptionnel et du transcendant : l'individu, par l'autre et pour l'autre, est élevé au dessus de lui-même … A ce sujet, on notera que la célébration de l'amitié dans la philosophie ancienne et également chez Montaigne, exprime remarquablement la rareté et le bienfait inattendu de cette générosité qui met l'autre au dessus de soi et fait de cette relation le lieu d'une vie nouvelle. L'altruisme n'est pas cependant qu'une affaire de sentiments, il est décision pour l'humanité de tous, y compris l'accomplissement de soi ; l'avènement de la conscience de soi n'est que la rencontre d'une conscience avec une autre conscience. Ainsi, tout ce qui est, a besoin, pour l'être, de quelque chose qui lui manque. Qu'il y ait partition ou association, c'est toujours sur autre chose que débouche la recherche d'un équilibre : Etre, c'est de ce point de vue, avoir besoin d'autre chose que soi, par essence même, être c'est appeler ce qui est en soi comme une absence. Le mystère d'autrui n'est pas autre chose que le mystère du Moi et cela, seul autrui le révèle, le fonde et le justifie. Notre propre notion d'existence se reflète ainsi dans le miroir de l'autre et débouche sur la notion sociale d'humanité et d'humanisme : cette idée que l'homme se fait de lui-même dans son plus grand accomplissement intellectuel, moral, voire religieux ou esthétique en réalisant une synthèse harmonieuse de la connaissance et de la vertu, nous rendant plus humain et permettant de réaliser en nous l'accomplissement d'un modèle anthropique, d'un idéal : L'humanisme est retournement de soi et action juste face à l'autre ( le Souverain Bien de Sénèque ). Partagés entre le besoin que nous avons des autres et la volonté d'être nous-mêmes, entre le sentiment de notre identité et celui de notre singularité, entre ce qui nous est propre et ce qui nous dépasse, nous trouvons au cœur même de notre déchirement un immense sentiment de compassion pour tout ce qui est, pour tout ce qui vit. L'amour inconditionné de toute vie, n'est il pas un feu qui embrase le cœur des Initiés et qui les pousse à tout faire en sorte pour rétablir le respect de la Règle et de l'Ethique, à faire régner l'Ordre sur le Chaos, à exalter les nobles sentiments, en un mot à rénover incessamment la société et les hommes ? Dans cette conception, le sacrifice de sa vie implique donc non point une immolation physique du Moi mais bien évidemment le don de Soi, au service des autres, au service d'un idéal tourné vers le Bien, le Beau et le Juste …


B ) Aspect Maçonnique :

Lors de l'Initiation au 1er degré, Il est clairement exprimé : Je cite : « L'Ordre maçonnique dans lequel vous demandez à être admis pourra peut-être un jour exiger que vous versiez jusqu'à la dernière goutte de votre sang pour sa défense et pour celle de vos frères. Le cas échéant, consentiriez-vous à faire ce sacrifice ? ». Et l'impétrant de répondre immanquablement : « Oui, Monsieur ! » L'engagement qui s'en suit est éloquent: « Je préférerais avoir la gorge coupée plutôt que de manquer à mon serment … » ! ( lourd d'implications pas toujours respectées ) … Pris au premier degré, cela signifie évidemment qu'en des circonstances exceptionnelles tout homme et plus particulièrement le Franc-maçon devrait, et même doit parfois, accepter de mourir pour sauver son idéal … Cela s'est déjà vu et plus souvent qu'on ne croit ( Jean Moulin avait tenté de se suicider en se tranchant la gorge, de peur de parler sous la torture ! ) … Toutefois l'ultime sacrifice ( mourir pour que l'autre vive ) peut-être aussi vain qu'inutile parce qu'en fin de compte chaque vie est autant insignifiante qu'indispensable tant qu'elle n'a pas accompli son destin … Accepter de mourir, oui, mais comme disait Brassens : « Mourrons pour des idées mais de mort lente » … Symboliquement, le grain de blé doit mourir pour germer et donner de nombreux épis, certes, mais pas être coupé avant qu'il ne soit mûr …( Le sacrifice aurait été vain ! ). S'il est donc certain que l'Homme possède par essence la capacité de donner sa vie pour qu'une autre s'éveille (pour ses enfants, par exemple) Il faut cependant prendre la notion de sacrifice à un second degré, plus subtil mais aussi peut être plus complexe, long et difficile à mettre en œuvre. Ainsi, passé le premier sacrifice qui consiste à se dépouiller du « vieil homme » dans le Cabinet de Réflexion, c'est à dire d'y abandonner ses préjugés et ses servitudes, la démarche Maçonnique est avant tout libératrice dans la mesure où elle est volontaire et non dogmatique. Encore une fois, l'instruction du grade d'Apprenti est explicite à ce sujet : Nos outils sont la Règle, le Maillet et le Ciseau … Cela implique impérativement que toutes nos heures doivent être utilement employées, que c'est la volonté de perfectionnement qui nous anime et que nous devons rendre notre « pierre » conforme à son emploi pour devenir un membre utile et conscient de la société … Cela signifie qu'une fois opéré le travail de « réflexion » sur nous même, toutes nos actions doivent tendre vers un idéal humaniste et non point se contenter d'un repli égotiste qui consisterait à s'enrichir d'une connaissance qui ne serait point partagée … Je citerai encore Brassens : « Il ne faut jamais garder une bouteille ni une poignée de main par devers soi » ! En aparté, cette expression quelque peu truculente et digne de Rabelais témoigne, à mon sens, d'un état d‘esprit qui doit animer le Franc-maçon et que le Rite exprime par « l'Agapè » … (au sens étymologique du terme et non dans ses dérives ou ses « bacchantes » : Ne confondons pas en effet la « dive bouteille » avec la « substantifique moelle » !). Dans cette acception, le sacrifice c'est le partage : c'est donner un peu de soi pour atteindre une certaine communion avec tous, c'est se rendre utile socialement parlant ; symboliquement encore, c'est partager le pain … C'est d'ailleurs l'étymologie du mot Compagnon ! Enfin, pris au dernier degré, les concepts d'amour, de sacrifice et d'humanité se confondent et se complètent dans une résolution harmonieuse qui doit synthétiser l'action du Maître-Maçon à l'issue d'un parcours initiatique, sans fin certes mais possédant bien une origine et une destinée : Renaître, croître et enfin rayonner … ce dernier aspect étant le seul et unique but de la « Mort et de la Renaissance Initiatique » … Là se situe alors le sacrifice au sens Maçonnique du terme, c'est à dire l'expression de la notion d'accomplissement dans la mesure où l'homme est sans doute un pont et non un but ! A ce prix nous retrouvons alors notre origine : Poussière, oui, mais poussière d'Etoile (suivant la merveilleuse expression poétique d' H. Reeves)… A ce sacrifice correspond alors un enrichissement mutuel comme un ensemencement symbolique, mais pourtant existentiel, de l'espace et du temps qui fait que l'accomplissement d'un destin inéluctable de l'homme vers la mort n'est que la réalisation du « Soi » sans aucunement aliéner notre « Moi » … Au sens Biblique ( puisque nous ouvrons nos Travaux sur l'Evangile de St Jean et sans vouloir générer quelque malaise au Croyant comme à l'Agnostique ), il est clairement exprimé cette notion d'achèvement de l'accomplissement de soi à travers le destin et l'avènement de l'autre, du tout autre, thème éternel correspondant ainsi à nos interrogations les plus secrètes : « D'où venons-nous ?, qui sommes-nous ?, où allons-nous » ? A cela pourrait-on rajouter l'ultime interrogation d'un certain scepticisme cartésien nullement ennemi de la Foi : « Pourquoi » ? La Franc-maçonnerie ne prétend pas répondre à de telles questions mais, en revanche, elle autorise à l'impétrant « mis sur la Voie » la prise de conscience d'une certaine connaissance, que je qualifierai d'héréditaire ( puisque transmise de générations en générations ), de certaines parcelles de la Vérité Ineffable : ce que de façon symbolique nous nommons « La Lumière » … Et cette Lumière ne nous appartient pas, mes Frères ; nous n'en sommes que les dépositaires, les simples « gardiens » dont le but existentiel se résume à transmettre sans pour autant posséder … Là se situe le sens du sacrifice et la notion de don de soi-même dans la mesure où l'on ne doit point espérer quant à nous mais bien pour l'autre, le tout autre … Ainsi, l'Amour d'autrui, l'Amour de l'Humanité en général, devient à la fois un moteur et une justification de nos pensées comme de nos actes … Ne rêvons pas cependant car, comme je vous l'ai exprimé plus haut, c'est une nécessité liée à l'expression même de notre propre essence, de notre destin, que l'on peut résumer ainsi en paraphrasant le poète : « Je suis Homme et rien de ce qui est humain ne m'est étranger ». Accepter de le comprendre comme tel, c'est accomplir les potentialités qui sont en l'homme au delà de ses chimères, de ses tourments et de sa futilité, ce qui le rend justement perfectible et donc capable de transcendance … C'est peut être réaliser quelque part notre finitude comme notre raison d'être, en quelque sorte une propre justification de notre existence, tout aussi banale qu'exceptionnelle … ?

C) Conclusion

L'amour de l'Humanité peut-il donc nous conduire au sacrifice de notre vie ?
Oui, sans aucun doute si nous tournons les actes de notre vie au service d'un idéal … La Franc-maçonnerie nous suggère au travers du Rite un certain « possible » qu'il nous appartient de réaliser « humainement » et tout à fait à la mesure des Frères qui la composent. Si l'idéal semble inaccessible par essence, la réalité Maçonnique de chacun comme de tous peut se réduire très simplement comme tel : Je cite : « La Franc-maçonnerie a pour but de lutter contre l'ignorance sous toutes ses formes ; c'est une école mutuelle dont le programme se résume ainsi : Obéir aux lois de son pays, vivre selon l'honneur, pratiquer la justice, aimer son semblable, travailler sans relâche au bonheur de l'Humanité et poursuivre son émancipation progressive et pacifique » … Plus avant, au stade de l'Apprenti censé avoir lu les Constitutions, il est dit entre autre : « La Franc-maçonnerie a pour but le perfectionnement de l'humanité … Les Francs-Maçons se reconnaissent comme Frères et se doivent aide et assistance, même au péril de leur vie. Ils doivent de même porter secours à toute personne en danger … Dans la recherche de la Vérité et de la Justice les Francs-Maçons n'acceptent aucune entrave et ne s'assignent aucune limite … etc. Alors, mes frères, même si ces assertions vous semblent situer notre idéal assez haut dans l'échelle des valeurs, devrais-je vous rappeler qu'elles furent acceptées et surtout librement consenties lors de votre accession au premier degré, au delà de toute considération ontologique, morale, religieuse ou philosophique ? … Je terminerai en vous rappelant encore une fois l'essence primordiale du troisième voyage au 1er degré du R\E\A\A\ ? (oui, je sais, je l'ai déjà dit, mais je le dirai encore jusqu'à ce que je sois sûr que vous l'ayez bien compris !). Je cite : « Puisse le Feu qui vous a enveloppé se transmuer dans votre cœur en un amour ardent pour vos semblables, puisse la Charité inspirer désormais vos paroles et vos actions ! ». Ainsi associé à la Connaissance, l'Amour, acte de foi, est intention : « L'Amour est intention par excellence », non plus comme volonté formelle mais bien exprimée dans son contenu, c'est à dire comme bienveillance. Le Rituel nous le dit explicitement : « Pénétrez-vous du principe positif de la Franc-maçonnerie : Fais aux autres tout le bien que tu voudrais qu'ils te fissent à toi-même » ! L'invocation, du GADL'U rappelle aux Francs-maçons qu’ils ne travaillent pas à leur propre gloire ni à développer leur intelligence au profit de l'égo orgueilleux mais qu'ils doivent justement utiliser cette intelligence et leur cœur pour servir la dimension spirituelle de l'homme. Le Rituel nous ramène ainsi à notre besoin intime d'Unité profonde et peut nous conduire à une action réelle tournée vers les autres, au service du Bien, du Beau et du Juste …
« Elevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la Lumière » !

J'ai dit.

Source : www.ledifice.net

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