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Hauts Grades

Histoire du REAA, Rite Ecossais Ancien et Accepté

21 Janvier 2016 , Rédigé par C\ L\ Publié dans #Planches

Le hasard n’existe pas, c’est Dieu qui voyage incognito » disait Albert EINSTEIN…N.B. cette planche évoque un rituel en 33 grades mais l’auteur est parfaitement conscient qu’il s’adresse ce soir à un auditoire au premier degré et fera son possible pour ne rien laisser paraître qui ne concernerait pas strictement le grade d’Apprenti… Pourquoi ce sujet de planche ? L’histoire du REAA est à mes yeux essentiel puisque c’est le rite que nous tous maçons de la Grande Loge De France pratiquons et pour lequel nous avons prêté serment sur le Volume de la Loi Sacrée lors de notre initiation ! En retracer l’historique est aussi passionnant, chaque question, chaque lecture, chaque fait, tel une découverte archéologique entrainant par ricochet une autre question, une envie d’aller voir plus loin… Enfin parce qu’il est sujet à polémique, notamment au sein de la Franc Maçonnerie Française où au moins trois rituels principaux coexistent et sont concurrents, ce qui est à mes yeux n’est pas maçonnique ni universel, sans vouloir prétendre que le REAA est le seul, l’unique, l’authentique, ce qui serait assurément contre-productif et totalement imbécile osons le mot. C’est à mon sens le seul rituel qui propose une vraie démarche initiatique, lente et progressive où seuil compte le travail individuel, la quête d’un absolu, on lira avec intérêt l’ouvrage de Jean-Jacques PREVOT et de Béatrice L. « Grandir au REAA, l’ambition du bonheur » (cf. bibliographie).

Mise au point sur l’histoire du REAA :

Résultat d’une méconnaissance historique, mais aussi parfois d’un manque d’objectivité et de probité intellectuelles, de fausses assertions sur les débuts de l’écossisme et du REA tendent à s’imposer dans les esprits. La répétition de contre-vérités, la réinterprétation de faits historiques, l’occultation, voire même la falsification de documents ou d’évènements avérés mais dérangeants, font que l’on assiste depuis trop longtemps à une réécriture tendancieuse de l’Histoire de l’Ordre. Ainsi on a vu par exemple la Grande Loge Unie d’Angleterre et le Grand Orient de France faire croire à l’idée que la maçonnerie spéculative serait issue de la réforme de 1717 et que les constitutions d’Anderson seraient la référence commune obligée de tous les maçons du globe. Ces allégations réitérées depuis des décennies faisant l’impasse sur la Maçonnerie des « Anciens » (Ecossais de la Grande Loge d’Ecosse, « antients » de la Grande Loge d’Irlande, Maçons de Rite Ecossais Ancien et Acceptés) risquent de devenir des vérités historiques pour des personnes insuffisamment informées puisque l’on constate que, même dans nos rangs, que de nombreux frères, et non les moindres, les ont crues, les agréent, voire les professent encore. Voilà le pourquoi de cette planche ce soir… Le REAA est l’un des rites maçonniques le plus répandus dans le monde. Il a officiellement été fondé en 1801 à Charleston en Caroline du Sud aux Etats Unis, sous l’impulsion des Frères John MITCHELL et Frédéric DALCHO, sur la base des Grandes Constitutions de Berlin, en 1786, attribuées au Roi Frédéric II de Prusse, grand ami et protecteur de Voltaire, à la suite du « Discours » du Chevalier De Ramsay en 1738 et des Constitutions dites « de Bordeaux » de 1762. Composé de 33 degrés, il est habituellement pratiqué dans le cadre de deux organismes complémentaires mais distincts : Une « obédience maçonnique », qui fédère des loges des trois premiers degrés grades de la Franc-maçonnerie de Loge Bleue, à savoir Apprenti, Compagnon et Maître, qui travaillent toutes au même rite, en ce qui nous concerne le REAA car nous verrons lors d’une prochaine planche qu’il en existe beaucoup d’autres… Une « juridiction » de Hauts Grades maçonniques, qui un prolongement de la Maîtrise, dirigée par « un Suprême Conseil », qui regroupe des ateliers du 4ème degré au 33ème degré en ce qui concerne le REAA. La Grande Loge de France, fondée en 1738, travaille exclusivement au REAA, totalement en indépendance du Suprême Conseil de France depuis 1907, le Suprême Conseil de France ayant de son côté été fondé en 1804 et régissant toujours les Hauts Grades…

La naissance de la maçonnerie spéculative :

La maçonnerie « moderne », le mot à toute son importance, souvenons-nous-en, naît officiellement à ce que l’on dit le 24 Juin 1717 à l’Auberge de « L’Oie et du Gril » avec la création de la Grande Loge de Londres et de Westminster. Celle-ci est constituée de la fédération de 4 ateliers qui portent des noms très colorés et imagés, ayant pris selon la légende le nom de l’endroit où ils se réunissant, à savoir des arrières salles de tavernes, puisqu’il n’y avait plus guerre de chantiers de cathédrale auxquels adosser la loge comme de tradition. The Goose and The Giridon (L’Oie et le Gril) The Crown (La Couronne) The Apple-Tree ( Le Pommier) profitons pour nous mettre en mémoire Isaac NEWTON et la Royal Society, même si plus proche de nous il serait sympathique et symbolique de lancer un petit clin d’œil à Guillaume TELL… The Rummer and The Grapes (La Coupe et les Raisins) Personne ne peut dire avec certitude si cette date et ces faits sont réels ou mythiques car ils ne sont décrits que dans la seconde version des « Constitutions d’Anderson », celle de 1738, 21 ans plus tard ! (La première mouture des Constitutions d’Anderson date de 1723 et n’y faisait pas référence, ce qui est surprenant à tout le moins !) Il se trouve même certains auteurs pour mettre en doute l’existence même de plusieurs de quatre loges initiales, évoquant que pour se constituer une Grande Loge en Angleterre (mais cela aurait pu tout à fait être le cas n’importe où ailleurs) a besoin de se fédérer sur quelque chose, un message historique, un mythe, une légende, une tradition…pour être crédible tout simplement... On va le voir avec le corpus des 33 degrés qui empruntent aux bâtisseurs du Moyen âge, à l’Antiquité Egyptienne, Grecque et Romaine, à la Renaissance, à la Rose Croix, à l’Hermétisme, à la Kabbale, à la Chevalerie et bien entendu à l’Alchimie, le tout sur un fond d’Ancien Testament car première certitude, ne nous méprenons pas, la Franc Maçonnerie a été développée sur un fort corpus judéo-chrétien, base de la civilisation occidentale de l’époque et encore très présente de nos jours. Anderson dans la version de 1738 de ses Constitutions indique qu’une réunion préparatoire de quatre loges aurait eu lieu en 1716 pour « s’unir sous un Grand Maître comme un Centre d’Union et d’Harmonie ». Dans un ouvrage de 1763, « Le Franc Maçon accompli ou Multa Paucis pour les amateurs de secrets » (tout un programme !), on parle de six loges dont les maîtres et les surveillants se réunirent au Pommier, le Jour de la Saint Jean, pour cette réunion fondatrice. Plus controversée encore la genèse de cette maçonnerie spéculative : Les « tenants de la continuité », se basant sur des textes anciens, affirment que les loges de la maçonnerie opérative avaient admis en leur sein de plus en plus d’étranger au métier de bâtisseur, devenant par le fait des « maçons acceptés », c’est-à-dire des notables « qui n’étaient pas du bâtiment » comme on dirait aujourd’hui, mais qui, pour divers motifs, caritatifs notamment se voyaient admis, d’autant plus que dans le même temps la « fièvre bâtisseuse » du Moyen Age et de La Renaissance déclinant, le nombre de chantiers diminuait de façon spectaculaire, de même que le nombre des gens de métiers, ce qui aurait conduit les loges à devenir progressivement purement spéculatives. L’admission de maçons acceptés permis ainsi, toujours selon les adeptes de la filiation, de perpétuer la tradition et sa symbolique de construction, passant de l’édification « matérielle » à une dynamique de développement de soi au travers d’un groupe, grâce à un canevas symbolique rituel qu’on pourrait qualifier de « multicartes ». La première entrée certaine d’un membre « accepté » dans une loge encore opérative est celle de Sir John BOSWELL d’Auchinleek à la loge d’Edimbourg, en Ecosse, en date du 8 Juin 1600. Survient à une certaine distance l’agrégation de Sir Robert MURAY en 1641 à Newcastle et celle d’Elias ASHMOLE en 1646, personnage influant dans cette période car il fut le fondateur de la Royal Society et éminent rosicrucien. En 1688, le Maître des Maçons de Londres était un architecte de grand renom, Sir Christopher WREN, qui fut pendant 35 ans occupé à l’édification de la Cathédrale Saint Paul de Londres. Il pouvait à juste titre être considéré comme un maçon opératif tout en faisant figure de spéculatif puisqu’également géomètre et astronome. Il entretint une correspondance sur la cycloïde avec Blaise PASCAL et fut professeur à l’Université d’Oxford., et lui aussi, membre de la Royal Society. Il reste en fonction jusqu’en 1695 puis revint en 1702 pour qu’en 1703 sa loge dite Loge de Saint Paul affirma sa transformation en loge désormais spéculative par une décision qui stipule que « les privilèges de la maçonnerie ne seront plus désormais réservés aux seuls ouvriers constructeurs mais, ainsi que cela se passait déjà, ils seront étendus aux personnes de tous états qui voudront y prendre part ». Les loges étaient devenues nombreuses et prenaient un tour amical puisque l’accession s’y faisait par parrainage. Depuis les travaux d’Eric WARD, chercheur anglais de la Franc Maçonnerie, qui publia une étude très fouillée semble-t-il en 1978, les historiens de la Franc Maçonnerie admettent plus volontiers la théorie dite de« l’emprunt » : les loges spéculatives ne descendraient pas en droite ligne des loges opératives mais auraient été créées de novo, ex nihilo, par des maçons « acceptés » et auraient empruntés leurs rituels à « l’ancienne maçonnerie » opérative donc, le terme ancien là aussi revêt toute son importance puisqu’on parle de Rite Ecossais Ancien et Accepté. Ces anciens rituels et règlements empruntés sont très connus, nous avons : Une première période avec les trois principaux « Anciens Devoirs (Old Charges) » de la Maçonnerie opérative du XIVème jusqu’au XVIème siècle, qui est alors une corporation professionnelle chrétienne (Les Manuscrits REGIUS de 1390 et COOKE de 1410, ainsi que le manuscrit GRAND LODGE n°1 daté de 1583. Une seconde période dite de transition de 1599 à 1722, où les loges opératives admirent en leur sein de maçons acceptés, étrangers aux métiers du bâtiment. C’est à cette époque qu’apparaissent les références à l’art de mémoire (Les Statuts SHAW de 1599), l’initiation maçonnique primitivement appelée Mason Word (1637) et les premiers catéchismes symboliques (Edimbourg, 1696), le manuscrit SLOANE 3329 de 1700, le manuscrit DUMFRIES n°4 de 1710, le manuscrit du Trinity College de 1711 et le manuscrit Graham de 1726… Et enfin une dernière période, dite spéculative, de 1723 à nos jours, où la Franc Maçonnerie est devenue une initiation non confessionnelle (laïque) et où les loges se composent principalement d’hommes étrangers à la construction, et où apparaissent les deux chartes de la Franc Maçonnerie moderne, les Constitutions d’Anderson en 1723 puis en 1738 ainsi que le Discours du Chevalier de RAMSAY, en 1736 et 1737. Et justement, des auteurs de plus en plus nombreux, David STEVENSON en Angleterre qui publia en 1993 « Les origines de la Franc Maçonnerie - Le Siècle Ecossais 1570 - 1710 » et en France les éminents Alain BERNHEIM, Roger DACHEZ, André KERVELLA, Patrick NEGRIER (Références en bibliographie) s’accordent pour avancer que c’est en Ecosse qu’il faut rechercher l’origine des rituels, c’est la théorie du « zigzag » entre Ecosse et Angleterre, qui paraît donc la plus crédible. Selon Roger DACHEZ : « Le mot ECOSSAIS semble simplement traduire le fait que parmi les premiers maçons, en France autant qu’en Angleterre, le souvenir demeurait du rôle majeur joué par l’Ecosse dans la maturation finale du système maçonnique spéculatif. Les mots ECOSSAIS et ECOSSISME en vinrent alors à désigner tout ce que la Maçonnerie désignait come éminent, choisi, particulièrement digne de respect et d’honneur, sans qu’il faille y voir une origine proprement liée à l’Ecosse elle-même » en tant que pays… Cette théorie est certes très simple mais il faut à mon sens indéniablement replacer cette appellation d’Ecossais dans le contexte précis fruit de l’histoire du Royaume Uni et de la France aux XVIIème et XVIIIème siècles… En effet, nous l’avons vu en préambule, la maçonnerie « moderne » naît donc à Londres vers 1710-1717, mais il ne faut pas oublier, c’est le cas de le dire, que tout se déroule dans un contexte politico-religieux bien spécifique et qu’il existe de par les documents fondamentaux cités plus hauts (Manuscrits REGIUS, COOKE, DUMFRIES), une tradition maçonnique en Ecosse de longue date, appelée à devenir le creuset de la F\ M\ telle qu’on la pratique aujourd’hui à la Grande Loge de France notamment. Le métier de maçon en Ecosse, est organisé depuis 1599 où les maçons d’une même ville sont rassemblés au sein d’une loge comprenant des apprentis (Apprentice) et des compagnons-maîtres (Fellowcraft) (Masters). Petite parenthèse, on voit qu’il n’existe pas alors de grade de maitre à proprement parler, ce qui a toute son importance car le REAA se construira bientôt avec l’apparition du grade de Maître et surtout ses prolongements par les Hauts Grades, c’est ce que l’on verra plus loin. De grands bouleversements surviennent dès 1560 en Ecosse dont l’histoire est compliquée de longue date puisque l’Angleterre y a toujours eu des velléités de conquêtes (on en parlera rapidement plus loin au sujet de l’origine templière de la F\ M\ selon certains auteurs et de l’histoire du moyen âge écossais magnifiquement dépeint dans le film BRAVEHEART de Mel GIBSON en 1995, avec notamment la bataille de BANNOCKBURN le 24 Juin 1314, fondatrice de l’indépendance de l’Ecosse jusqu’au début du XVIIIème siècle...) C’est en effet avec l’avènement de la Réforme religieuse venue des thèses de Martin LUTHER (1483-1546), moine allemand, qui édicta en 1517 ses fameuses « Quatre Vingt Quinze Thèses » de réforme de la religion catholique, instigateur du protestantisme avec d’autres auteurs tels Jean CALVIN (1509 - 1564), cher à notre voisine cité genevoise. La Réforme religieuse qui apparaît aussi en Ecosse va faire que les chantiers sont de plus en plus rares alors qu’ils étaient déjà peu nombreux, puisque la Réforme plaide pour que la BIBLE soit le seul dépositaire de la parole divine, tout le reste, notamment les constructions ostentatoires n’étant selon les protestants que de pure inutilité.

Le Rite des Anciens Devoirs (Old Charges)

Lorsque la Guerre de Cent Ans débuta pour l’Angleterre en 1337, le besoin de soldats et d’argent fit fermer les chantiers gothiques coûteux et obligea à créer un syndicat pour fournir du travail aux maçons non partis à la guerre qui étaient au chômage et se créa ainsi une Franc Maçonnerie Opérative en 1356 : Règlements pour les maçons de Londres. Cette société alors composée uniquement de compagnons et de maitres de métier ne recevait en son sein que des apprentis. Cette réception se faisait au cours d’un rite : le rite des Anciens Devoirs au cours duquel on lisait au récipiendaire un livre consignant l’histoire légendaire du métier, un éloge des sept arts libéraux et les diverses règles morales à respecter dans le métier et dans sa vie de citoyen. Ce premier rite maçonnique nous est connu par les manuscrits REGIUS et COOKE et demeura en vigueur jusqu’en 1729, préconisait une spiritualité née d’une sorte de synthèse entre La République de PLATON qui fondait l’élévation morale sur l’apocalyptique et la règle monastique de Saint Benoît.

Les Statuts SHAW :

Les loges de bâtisseur vont ainsi s’étioler et finir par disparaitre dans tous les pays protestants sauf en Ecosse car le roi d’alors, Jacques VI STUART a une très grande idée d’organiser la corporation. La corporation des maçons et tailleurs de pierres a atteint son apogée sous l’égide de l’Eglise Catholique, commanditaire des chantiers de construction des cathédrales, des églises paroissiales, des abbatiales et des bâtiments monastiques et l’arrivée de la Réforme protestante signe quasiment sont arrêt de mort où en tout cas l’entrée dans une période léthargique…jusqu’en 1583… Jacques VI est un roi catholique et il cherche pour renforcer sa légitimité et son pouvoir, des appuis notamment auprès de l’Eglise Catholique (Rappelons que l’Angleterre voisine est Anglicane depuis HENRI VIII TUDOR (1491-1537) et sa vie conjugale mouvementée qui a abouti à sa rupture avec l’Eglise de Rome suite au refus d’un de ses divorces par le Pape en 1527 alors qu’il était jusque-là un fervent catholique et la création de l’Eglise d’Angleterre en 1534, toujours en place à ce jour. Cette organisation est régie par les statuts Shaw du nom de son auteur, William SHAW. Jacques VI ne s’est pas trompé en nommant William SHAW en 1583, à la fonction de Maître des Travaux du Roi, puisqu’il crée comme cela le terreau de la continuation des loges de bâtisseurs, de façon institutionnelle officielle et en gestion directe, ce qui évite à l’Eglise Catholique écossaise de perdre la face car ne pouvant plus assumer ni assurer les dépenses de construction. William SHAW, né en 1549 ou 1550 dans une famille catholique proche de la cour du Roi d’Ecosse accède ainsi à une fonction de responsable de la construction, de la réparation et de l’entretien des châteaux et palais royaux. Responsabilité dont il s’acquitte certainement on ne peut mieux puisque quinze plus tard, en 1598, il est nommé Surveillant Général des maçons par le Roi, à sa demande, appuyé semble-t-il par d’autres maîtres maçons. Ce titre supplémentaire traduisait la volonté de révolutionner le métier et démontre surtout le souci de William SHAW de clarification et de codification, qu’il établit en 1598-1599 sous la forme de ses statuts, qui ne furent redécouverts qu’en 1860 et mis de côté sans doute parce qu’ils risquaient de venir bouleverser la tranquille croyance jusque-là universellement validée quant aux origines de la Franc Maçonnerie spéculative, surtout d’un point de vue de la Grande Loge d’Angleterre (tiens donc !) puisqu’elle situe ses débuts officiels le 24 Juin 1717, on l’a vu plus haut, avec 4 ateliers surgit de nulle part ? Pour la première fois ces textes organisent les maçons d’Ecosse donc écossais en entités appelées loges et les soumettent à des obligations administratives. Parmi ces obligations, une qui est majeure est l’obligation de garder des registres écrits, une aubaine pour l’historien d’aujourd’hui. Lorsque l’on se réfère à l’importance de l’écrit dans ses dimensions symboliques et sacrées pour des civilisations fondées sur l’initiation telles celles de l’Inde, de la Chine ou de l’Egypte Ancienne on peut considérer la fonction de support de l’écrit comme l’une des raisons d’être de la construction de pierre. Auparavant on avait une tradition principalement orale et l’avènement de l’imprimerie avec Johannes GUTENBERG (1400-1468) va révolutionner la diffusion des informations, c’est le cas pour partie du succès de la Réforme Protestante et de la diffusion de la Maçonnerie Spéculative avec ces embryons de rituels et de Règlements Généraux. Désormais les loges écossaises vont se fixer en entités géographiques, vont garder des traces de ce qu’elles font et vont donc se constituer tout à la fois une identité, une histoire et une mémoire. Elles vont codifier leurs rites, leurs usages et les rendre du même coup pérennes. Les statuts SHAW dessinent un réseau territorial de loges et en fixent le fonctionnement, en particulier l’ascension par degrés. Gravi en sept années, le premier permet le passage d’apprenti (Entered Apprentice) à compagnon (Fellowcraft). La loge est désormais dotée d’un statut juridique et moral, et confortée par une hiérarchie interne (surveillants gradés), ce qui marque l’institutionnalisation de ce qui allait plus tard former l’ossature de la maçonnerie spéculative, qui diffuera d’abord en Angleterre puis sur le continent du fait de l’histoire très mouvementée du XVIIème siècle en Europe sur un plan politique et religieux, c’est la théorie du zig zag déjà citée plus haut. Cette théorie du zig zag se vérifie avec le manuscrit SLOANE, de 1700, qui semble être anglais et fait pour la première fois référence à trois gardes d’Apprenti (Entered Apprentice) de Compagnon (Felllowcraft) et de Maitre (Master). William SHAW permet le passage d’une maçonnerie de pur métier à une maçonnerie d’acceptation, sans interruption dans le temps pour la branche écossaise, à la différence de l’Angleterre on l’a vu qui est plus une maçonnerie d’emprunt. La loge devient une entité permanente et fixe. C’est une rupture décisive avec les loges du Moyen Age qui n’avaient de durée que celles des chantiers auxquels elles étaient adossées. Les loges « SHAW » sont fondées au début du XVIIème siècle avec une apogée vers 1670. William SHAW est mort en 1602 et la fonction de Maître des Travaux du Roi a disparu en 1630, mais la graine avait pris ! A partir de 1630 chaque loge évolue de manière autonome et se réunit en moyenne une à trois fois par an. William SHAW avait tellement l’estime de la famille régnante pour son travail que la Reine ANNE a tenu en 1602, à la mort de SHAW, à ce qu’il soit inhumé dans la sépulture des rois d’Ecosse, en l’Abbaye de Dumferline, un privilège et un honneur rares. Les tenants d’une origine anglaise de la Franc Maçonnerie spéculative soulignent que les statuts SHAW ne concernant que l’organisation du métier de maçons opératifs et n’ont donc rien à voir avec la Franc Maçonnerie spéculative moderne telle qu’elle est apparue au XVIIIème siècle, même s’il n’est plus guère contesté que celle-ci a eu pour précurseurs certaines loges écossaises de la fin du XVIème siècle. On a là l’explication du terme Ancien du REAA et par ailleurs on met le doigt sur un dilemme quant à la régularité maçonnique puisque l’Angleterre n’aurait con peut être pas la primauté ! Juste après William SHAW, le premier des grands architectes classiques anglais était Inigo JONES (1573 – 1652) Surveillant des Travaux du Roi Jacques Ier d’Angleterre. Il a beaucoup voyagé en Italie, notamment en Toscane et a ramené en Angleterre l’architecture de la Renaissance italienne et il a restauré dans la langue anglaise l’usage du titre d’architecte qu’il s’attribue. Il a travaillé à l’édition anglaise du « Vitruvius Britanicus »,traduction du « De Architectura » de Vitruve (Les 10 livres d’architecture, classique de la littérature romaine) et a publié en 1620 une étude sur le Temple de Stonehenge. Après lui on verra à la place de Surveillant des Travaux du Roi le Grand Christopher WAREN dont on parlera plus loin. Bien avant SHAW, JONES et WREN, on retrouve en Ecosse William SINCLAIR (1402-1482), fondateur de la chapelle de Rosslyn, premier Grand Maître des Maçons nommé par le Roi James II en 1441. Ce titre sera défendu à titre héréditaire par son descendant Sir William SINCLAIR of ROSSLYN en 1601 avec l’assentiment de William SHAW, puis en 1628.C’est encore un William SINCLAIR of ROSSLYN qui deviendra le premier Mrand Maître de la Grande Loge d’Ecosse en 1736-1767, année de sortie du Discours de RAMSAY !

Le Rite du Mot de Maçon (Mason Word) :

Le Mason Word est le Rite du Mot de Maçon, daté de 1637, qui aurait été communiqué lors des cérémonies de réception aux deux degrés alors pratiqués d’Apprenti et de Compagnon - Maître. Il serait une conséquence des Statuts SHAW et devait servir de garantie de formation et de compétence. Selon Patrick NEGRIER, ce rite serait apparu entre 1628 et 1637 : la loge alors servi à donner le mot de Maçon (J et B) avec une poignée de main spécifique de la main droite, la griffe. La cérémonie devient secrète, l’art de la mémoire et l’art du métier sont contrôlés et le renouvellement du serment est demandé une fois l’an. Le Compagnon reçoit une paire de gants et le serment est pris non plus sur le livre des anciens devoirs mais sur la BIBLE, car ce rite d’origine calviniste ne connaît d’engagement que s’il est souscrit sur le Livre Saint. Le Rite du Mot de Maçon se serait développé de façon exponentielle dès 1690-1691 avec l’arrivée des Stuarts en France et sera la base des rites ultérieurs, même anglais. Il n’y a pas encore d’initiation au sens actuel du mot. Il y aura ensuite un véritable catéchisme de questions/réponses et l’apparition d’un signe ou posture et d’un attouchement spécifique pour chacun des deux grades. On ne distingue pas encore Compagnon et maître, la maîtrise alors semble ne pas être un degré mais une fonction, un office. Le nom de la loge est Kilwinning et ne prendra le nom de saint jean que plus tard avec le manuscrit DUMFRIES de 1710. La loge Kilwinning n°0 existe toujours dans cette petite ville de 8000 habitants du Nord Est de l’Eglise et se targue d’être la plus vielle loge d’Ecosse voire du monde avec une origine opérative du XIIème siècle et serait la première fédérée par William SHAW.

Changement de dynastie :

L’Ecosse et l’Angleterre jusqu’au début du XVIIème siècle sont des pays étrangers, voire ennemis. Avant de mourir, en 1603, la reine Elisabeth Ière (1553-1603) a pris une étrange et remarquable décision : elle a désigné pour lui succéder sur le trône d’Angleterre quelqu’un qui n’est autre que, tout à la fois, le fils de sa pire ennemie, Marie Ière d’Ecosse qu’elle a emprisonnée en 1568 et fait décapiter en 1587...et de surcroît un écossais de pure souche, au demeurant déjà roi d’Ecosse depuis plus de trente ans…et c’est ainsi que Jacques VI d’Ecosse (vous vous rappelez ? …le mentor de William SHAW, mort en 1602) devient Jacques Ier d’Angleterre, instaurant en ce pays la dynastie STUART et associant désormais les destinées communes de l’Ecosse et de l’Angleterre, sans oublier l’Irlande, pour fonder le Royaume Uni dont l’Irlande (EIRE) n’en deviendra indépendante qu’en 1921 et dont l’Irlande du Nord (ULSTER) est toujours partie prenante, expliquant l’IRA entre autre et on le verra plus loin le défilé Orangiste annuel, en hommage à Guillaume III d’Angleterre, Prince d’Orange-Nassau (1650 - 1702) (pour la parenthèse ce nom explique la couleur officielle des maillots des footballeurs bataves), prince hollandais venu combattre le roi d’Angleterre Jacques II en 1688 avec 25000 hommes et prendre le pouvoir et la couronne d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande de 1689 à 1702, amenant au pouvoir la dynastie de la maison allemande des Hanovre, SAXE-COBURG - GOTHA, nom de famille ; officie de la famille régnante d’Angleterre encore à ce jour même si ce dernier a été changé en 1917 par la reine Victoria Ière (1819 - 1901) en car elle était la Grand-mère de Guilhaume II (1859-1941), empereur allemand et son ennemi lors de la guerre de 14-18, qui abdiquera d’ailleurs en 1918 et partira en exil aux Pays è) bas où il est mort en 1941. Depuis 1917 la famille royale d’Angleterre porte le nom de Windsor. Pour revenir à Jacques Ier d’Angleterre, les déboires de la maison des STUART vont vite devenir difficiles à gérer. En effet, en début de XVIIème siècle l’Ecosse ne connaît pas le genre de monarchie à l’anglaise où les prérogatives royales sont extrêmes encadrées par le Parlement et ses lois. Les écossais vivent depuis des siècles sous des rois au pouvoir fort qui ont défendu l’indépendance du pays, lui évitant le sort misérable de l’Irlande sous domination anglaise. Le problème est que, en cette période où de grands états se fortifient en adoptant momentanément la monarchie absolue (Louis XIV, le roi soleil français), les rois Stuarts se veulent monarques absolus en matière politique, quand les anglais refusent la monarchie absolue, mais tolérants en matière religieuse, quand le Parlement anglais rejette cette tolérance... Les conditions sont alors réunies pour une révolution. Elle éclate en 1642 et Charles Ier STUART y laissera sa tête puisqu’il sera décapité en 1649. Suivent dix ans de dictature d’Olivier CROMWELL qui ne donnera pas de bons résultats dans un pays devenu ingouvernable sinon par l’abus de pouvoir, puis avec CHARLES II, fils de Charles Ier, une restauration de la dynastie STUART…qui ne restaure guère l’autorité royale. D’autorité, Jacques II, frère et successeur de Charles II, est bien décidé à en faire preuve lorsqu’il accède au trône en 1685… En 1688 une nouvelle révolution éclate et le contraint alors à se réfugier en France et c’est l’avènement sur le trône de Guillaume d’Orange dont on a parlé juste un peu plus haut. Avec son jeune fils, une petite cour et quelques fidèles, il sera accueilli par Louis XIV et hébergé au château de Saint Germain en Laye. On estime à près de 50 000 personnes le nombre d’écossais et d’irlandais qui vont ainsi se réfugier en France, dont près de 4500 militaires et officiers qui vont aller grossier les ramées de Louis XIV et surtout créer des atelier maçonniques dans toutes les villes de garnisons dont VAUBAN dote les frontière avec ses forteresses et qu’apparaissent des rituels nouveaux, à Avignon, Narbonne, les Elus COHEN, Bordeaux, à Metz, à Lyon... Qui seront pétris de légendes et de mythes, d’emprunts mystiques et bibliques, ce qui va conduire à la structuration pour toute la France avec création d’une Grande Loge de France et développement progressif d’un rituel de référence, le REAA. Ainsi les archives du Grand Orient de France valide en 1777 la constitution de la loge attachée au régiment des Royals Gards Irlandais en 1688. Cette loge subsista et, devenue civile, pris en 1752 le nom de Parfaite Egalité, plus ancienne loge reconnue par le GODF. Les STUARTS tenteront avec l’aide de la France en 1690, 1715 puis 1745 de débarquer en Angleterre pour reprendre le pouvoir avec leur armée mais sans succès. C’est ainsi que, presque vingt ans avant la création de la Franc Maçonnerie « Moderne » anglaise, la Franc Maçonnerie « Ancienne » écossaise fait son apparition en France dans l’entourage d’un souverain en exil. On parle donc de l’origine stuartiste, « jacobite » (JACQUES II) de la Franc Maçonnerie. C’est ce qu’affirment certains et que contestent d’autres ! Les historiens à ce sujet sont loin de trouver un terrain d’entente. Il reste indéniable qu’après la création des Grandes Loges de Londres puis d’Angleterre, une franc maçonnerie d’origine anglaise s’est développée en France, parallèlement à celle d’origine écossaise, puis que les deux finirent par se confondre. Les loges « écossaises » sont d’esprit traditionnel (ancien !) et d’affirmation catholique prononcée et les plus nombreuses et les plus florissantes. Les loges « anglaises » (modernes !) se heurtent à plus de difficultés dans les milieux français, tiens donc ! C’est cependant dans la mouvance stuartiste que nous allons maintenant rencontrer un personnage que certains auteurs n’hésitent pas à qualifier de « parrain » de l’Ecossisme. Tout le monde n’est évidemment pas d’accord… Et en plus il était écossais ! Il s’agit du Chevalier de RAMSAY.

Un Ecossais bien peu tranquille :

Andrew - Michael RAMSAY (1686 - 1743), dit le chevalier de RAMSAY, dont on dit qu’il était fils de boulanger (mais rien n’est moins sûr), et qui sera titré chevalier de Saint Lazare par le régent de France en 1724, et baronnet d’Ecosse par Jacques III STUART en 1730, est né à Ayr en Ecosse le 9 Juillet 1686 où il commença des études qu’il poursuivit ensuite à Edimbourg. En 1706 on le retrouve en Hollande où il rencontre un personnage aujourd’hui bien oublié mais qui exerça en son temps une influence certaine sur la vie spirituelle : le pasteur Pierre POIRET, qui a publié les œuvres de Madame De GUYON (1648 -1717) qui ont conduit cette dernière à un séjour de 5 ans à la Bastille de 1698 à 1703. En 1709, il devient le secrétaire de FENELON (1651 - 1715), homme d’Eglise, théologien et écrivain français, alors archevêque de Cambrai, qui le baptise et fait de lui son exécuteur testamentaire, jusqu’en 1714 où FENELON l’envoie alors à Blois auprès de Madame De GUYON FENELON s’opposa à BOSSUET (1627 - 1704), lui aussi homme d’Eglise et écrivain français, précepteur du Dauphin, fils de Louis XIV, de 1670 à 1680, et tomba en disgrâce lors de la querelle du quiétisme, et surtout après la publication de son roman « Les aventures de Télémaque » en 1699, considéré comme une critique de la politique de Louis XIV et dont l’influence littéraire fut considérable pendant plus de deux siècles. Le quiétisme est une doctrine mystique consistant en un itinéraire spirituel de « cheminement vers Dieu », très répandue aux XVIIème et XVIIIème siècles. Le quiétisme vise à la perfection chrétienne, à un état de quiétude « passive » et confiante. Cet itinéraire passe par un désir continuel de « présence de Dieu », de quiétude et d’union avec Dieu aboutissant au terme du cheminement à un dépassement mystique des étapes qui ont permis le cheminement lui-même (pratiques ascétiques et respect des contraintes de la vie liturgiques). Pour les quiétistes l’union à Dieu bien avant la mort est le but de la vie chrétienne. Après un débat théologique, le quiétisme est condamné en 1687 par l’Eglise Catholique Romaine comme hérétique. FENELON, RAMSAY et Madame De GUYON ont été des écrivains adeptes du quiétisme. Ainsi le Chevalier De RAMSAY, personnage fondamental dans l’histoire de la franc maçonnerie baigne alors en plein mysticisme chrétien, ce qui peut surprendre aujourd’hui mais ne le devrait pas car loin de s’opposer à la religion, la franc maçonnerie naissante affirme au contraire le respect dû à Dieu et au Roi comme premier devoir du franc-maçon. Sa doctrine, d’abord chrétienne puis expressément catholique, contrairement à la Grande Loge de Londres qui est protestante, jour un rôle déterminant dans l’adhésion aux loges. Le courant catholique auquel adhère RAMSAY fait d’ailleurs preuve d’une grande tolérance religieuse. Madame De GUYON dont il est secrétaire à partir de 1714 anime à Blois le « cercle quiétiste » prônant la doctrine du « pur amour », qui rassemble aussi binez des catholiques que des protestants. RAMSAY passera ensuite au service du Duc De BOUILLON (descendant de Godefroy de BOUILLON), du Comte de Sassenage près de Grenoble puis du prétendant Jacques III STUART. Fin 1724 il est de retour en Ecosse chez le Duc D’ARGYLE. En 1730 il est reçu docteur à l’université d’OXFORD et présente la même année sans succès sa candidature à l’Académie Française puisqu’il a alors publié une demi-douzaine de livres allant de l’essai politique au roman philosophique et notamment une « Histoire de la vie de Fénelon » qua fait autorité, émanant d’un témoin direct. Passé 1730 il semble qu’il ait beaucoup voyagé à travers l’Europe. Il se marie à l’âge de 49 ans en 1735 et on pense qu’il a été reçu franc maçon probablement avant 1728. Il mourra en 1743 au Château de Saint Germain en Laye, où réside la Cours des STUART en exil qui le feront inhumer dans leur tombeau familial. RAMSAY est surtout l’auteur d’un fameux « Discours » dont on ne sait précisément s’il fut prononcé en 1736, 1737 ou 1738, mais qui fut imprimé en 1741 et qui constitue sans nul doute le premier exposé doctrinal de la Franc Maçonnerie Française. Il y parle d’un « Jacques STUART Lord d’Ecosse, Grand Maitre d’une loge établie à Kilwinning en Ecosse en l’an 1286 ; ce seigneur reçut les Francs-Maçons dans sa Loge, les Comtes de Gloucester et d’Ulster, l’un anglais l’autre irlandais… » et il évoque ensuite le roi d’Angleterre Edouard III, qui se fit le protecteur de l’Ordre maçonnique, il « lui accorda de nouveaux privilèges, et alors les membres de cette confraternité prirent le nom de Francs-Maçons à l’exemple de leurs ancêtres. Depuis ce temps la Grande Bretagne fut le siège de notre Ordre, la conservatrice de nos lois et la Dépositaire de nos secrets. Les fatales discordes de religion qui embarrassèrent et déchirèrent l’Europe dans le XVIème siècle, firent dégénérer l’Ordre de la Noblesse de son origine. On déguisa, on changea plusieurs de nos rites et usages qui étaient contraires aux préjugés du temps ». RAMSAY souhaite une rénovation de l’Ordre alors qu’il n’est en théorie pas si ancien et il passe pour avoir confié à ses intimes que pour y parvenir il suffisait de rétablir les cérémonies anciennes de la Franc-maçonnerie négligées en Angleterre, à cause du caractère bas et matériel des maçons anglais. On a là la racine de la querelle entre « Antients et Moderns » et RAMSAY soulève là un point essentiel : la Franc-maçonnerie est une branche de l’initiation remontant bien plus loin que sa refondation londonienne en 1717, on l’a vu plus haut, légiférée ensuite par les Constitution d’Anderson de 1723 (dont une nouvelle version sera élaborée en 1738, comme une réponse au Discours de RAMASAY…tiens donc)… C’est aux anciens rituels, oubliés ou abâtardis par les Anglais, qu’il faut revenir. Avec RAMSAY on peut donc rapprocher deux mots, écossais (de nationalité, de rituels et jacobite) et anciens pour les rituels qu’il veut « réactiver », remettre en vigueur, il plaide pour un retour de la Franc Maçonnerie à son ancienne dimension symbolique et philosophique, est-ce là l’essence de l’Ecossisme ? Le contenu de son Discours est également très imprégné de l’Esprit des Lumières, on est rappelons-nous à peine 50 ans avant la Révolution Française ! De plus dans son Discours il est question (et ce sera une rhétorique tout au long du XVIIIème siècle) d’une « Maçonnerie de Bouillon » qui remonterait donc aux croisadeset rappelons-le il fut proche entre 1724 et 1730 du Duc de BOULLON, descendant du croisé Godefroy De BOUILLON (1058-1100) premier souverain du Royaume de Jérusalem à l’issue de la première croisade. Son idée est la suivante : « Il y a eu dans l’Antiquité Juive un intérêt certain pour une maçonnerie à la fois opérative et spéculative, au sens où l’art de bâtir des temples de façon très matérielle renvoyait à une conception métaphysique de l’homme et de l’univers. L’un soutenait l’autre, et réciproquement. Qui savait organiser les constructions savait dans le même temps interpréter le système du monde. C’est le mythe Salomonien. Après la prise de Jérusalem par Titus en 70 et la destruction du Temple, cette maçonnerie tomba en sommeil et ne dut son réveil qu’à l’effort des croisés et par là même des templiers, des chevaliers de l’Ordre du Temple. Mais les croisades finirent elles-mêmes par échouer et, se retirant en Angleterre, les initiés se seraient établis en Angleterre sous la protection du prince Edward, fils d’Henry III. Quand Edward succéda à son père, il prit le titre de grand maître et leur accorda des privilèges et franchises, ce pourquoi ils s’appelèrent désormais francs-maçons ». RAMSAY fait part enfin « qu’après la dernière croisade, Lord Jacques Stewart d’Ecosse joua le rôle de précurseur de la maçonnerie en devenant grand maître de la loge n°0 de Kilwinning et y reçut les comtes de Gloucester et d’Ulster, l’un anglais et l’autre irlandais. Pour le principal les écossais seraient ainsi restés les seuls à avoir su conserver intact l’esprit des croisés, eux-mêmes héritiers de la science salomonienne » …d’où une possible filiation templière de la franc maçonnerie… « Cependant au XVIème siècle, les guerres de religion ont provoqué une sorte de crise et des frères auraient alors dénaturé les valeurs traditionnelles avec des oublis, des désordres » …exigeant un retour à la première institution ! Qui ne voit que celle-ci est la Maçonnerie propre à RAMSAY, c’est-à-dire le courant écossais, stuartiste et catholique s’opposant à la Maçonnerie protestante issue de la Grande Loge de Londres, celle de DESAGULIERS et ANDERSON ? Dans une lettre datée du 1er Avril 1737, RAMSAY expose qu’il existe en Franc Maçonnerie « trois sortes de confrères : les novices ou les apprentis ; les compagnons ou les profès, les maîtres ou les adeptes ». La Franc Maçonnerie apprend« aux premiers les vertus morales et philanthropes ; aux seconds les vertus héroïques et intellectuelles ; aux derniers les vertus surhumaines ou divines ». RAMSAY affirme que « les fameuses fêtes de Cérès à Eleusis, d’Isis en Egypte, de Minerve à Athènes, d’Uranie et de Diane, avaient bien des rapports avec celles des francs-maçons. On y célébrait des mystères où se trouvaient des vestiges de l’ancienne religion Noachite (de Noé) et des patriarches ». Il fera la proposition de l’adjonction de trois « grades chevaleresques » au-delà du grade de Maître :

Maître Ecossais
Novice
Chevalier du Temple
Et ajoutera enfin Royal Arch

Ces proposions resterons au début lettre mortes mais progressivement vont trouver un écho avec les incitations templières et rosicriciennes de RAMSAY et de plus en plus d’adeptes vont créer des grades supplémentaires…pour approfondit la démarche initiatique, la quête spirituelle, la progression vers la Sagesse et la Connaissance…

La légende templière

(On ne s’attardera pas sur ce paragraphie tant cette hypothèse est passionnante et méritant largement une voire plusieurs planches, si ce n’est un ouvrage. A ce titre on se penchera avec intérêt sur le livre de Jean jacques GABUT « Survivances chevaleresque dans la F\ M\ du REAA » et sur les ouvrages de Pierre MOLLIER…) Il faut cependant évoquer le fait que c’est le Chevalier de RAMSAY qui a, le premier, formulé cette légende avec précision. Il apparait toutefois qu’elle avait été esquissée antérieurement, et qu’elle circulait dans les loges anglaises vers 1720. On s’efforce aujourd’hui de lui donner une valeur historique mais à ce jour il se semble qu’au texte probant, reconnu valable part les experts, ne soit disponible. Selon les tenants de cette légende, les Templiers d’Europe occidentale, traqués, emprisonnés et spoliés par le Roi Philippe V « Le Bel » en 1307 et condamnés par le Pape Clément V en 1306 pour hérésie, n’auraient pas tous péris, puisque persécutés, emprisonnés, torturés voire exécutés principalement dans le royaume de France. Une partie de ces chevaliers aurait ainsi pu s’échapper et reconstituer l’Ordre en divers pays donc les souverains n’auraient pas accepté la condamnation par le pape d’Avignon, prononcée sous la pression du Roi de France. Une partie d’entre eux aurait été intégrée en Espagne à la Chevalerie de CALATRAVA pour continuer le combat contre les infidèles jusqu’en 1492, chute de Grenade et du Royaume musulman d’Espagne. Une autre partie en Allemagne a rejoint les Chevaliers Teutoniques. D’autres enfin aurait pu gagner l’Ecosse et y être protégés par les rois Robert et Edouard BRUCE (cf. le film de Ml GIBSON, BRAVEHEART en 1995) puisqu’on parle d’un intervention décisive d’une charge de chevaliers depuis le camp écossais contre l’armée anglaise lors de la bataille de BANNOCKBURN le 24 Juin 1314, alors que les écossais n’avaient pas de cavalerie habituellement ! Ici vient se placer une autre légende selon laquelle les templiers auraient été auparavant architectes et maçons de leurs propres commanderies et forteresses, notamment en Terre Sainte (Krak des chevaliers…) et qu’une fois réfugiés en Ecosse ils auraient été reçus dans les organisations opératives au titre d’ouvriers et de maîtres d’œuvre et auraient ainsi prolongé leur existence au sein de la Franc-maçonnerie, pour y bâtir la Jérusalem céleste puisque les velléités de la construire matériellement avaient disparu avec la chute du royaume chrétien de Jérusalem. Ce serait même une des raisons pour lesquelles la Maçonnerie écossaise devint naturellement spéculative, son Secret ne serait autre que le « Secret des templiers », rigoureusement conservé, la Parole Perdue ? On trouve des tombes templaro-maçonniques dans leur symbolique en Ecosse mais aussi dans l’ancien Royaume de Jérusalem où des équerres, des compas et des crânes sont très fréquemment sculptés. On a ainsi des rituels templiers en Franc Maçonnerie, et la présence de « templarisme » dans le REAA des Hauts Grades et dans d’autres obédiences, pratiquant le Rite Ecossais Rectifié notamment et la Stricte Observance Templière, mais c’est une autre histoire et prétexte à une nouvelle planche…

Le mythe RosiCrucien

Selon les exégètes du XIXème siècle, une société secrète de savants, érudits, médecins, physiciens, chimistes…se serait constituée en Europe au milieu du XVIème siècle, aurait fleuri au XVIIème siècle et aurait disparu au XVIIIème siècle, se fondant d’une manière naturelle à l’intérieur de la Franc maçonnerie. La seule certitude à ce sujet est que certains philosophes, écrivains ésotéristes et alchimistes, se sont affirmés « Rose-Croix » ou tout au moins « Rosicruciens ». La seule chose positive, c’est l’existence, dans certains textes, dans les correspondances écrites en latin, qu’ont échangé beaucoup de savants à travers l’Europe au XVIIème siècle, de certaines formules cursives (techniques, mathématiques, alchimiques), qui, encore mal déchiffrées, peuvent laisser supposer que ces personnes s’adonnaient à des recherches de physique, de physiologie et d’alchimie. On suppose aussi que nombreux érudits anglais, qui étaient francs-maçons, ont utilisé ces formes cursives et les ont intégrées au rituel maçonnique. La Rose-Croix, constituées sur ces conjonctures, était une Fraternité donc les membres se donnaient le nom de frères et se communiquaient « leurs secrets » soigneusement gardés pour tous les autres. La Royal Society serait née sur ces bases, puisque de grands maçons anglais tels qu’Elias ASHMOLE, fondateur de la Royal Society, aurait introduit des notions de rosicrucianisme dans les loges et y auraient développé des recherches d’hermétisme, d’astrologie, de magnétisme, de spiritisme… Le Chevalier de RAMSAY et ses continuateurs dont Etienne MORIN (cf. plus loin) ont réussi à faire inscrire dans les rituels des Hauts Grades des éléments de rosicrucianisme et même un garde de Chevalier Rose Croix, le 18ème degré du REAA. On trouve aussi une omniprésence rosicrucienne dans les hauts grades du Rite Français, pratiqué au Grand Orient de France (cf. annexes)…

James ANDERSON et René DESAGULIERS, les Constitutions

James ANDERSON (vers 1678-1739) était un pasteur écossais presbytérien et franc-maçon, qui a joué un rôle capital dans la Franc-maçonnerie « Moderne », dite spéculative, par sa contribution à l’ouvrage connu aujourd’hui sous le nom de Constitutions d’Anderson. Son père était vitrier et membre de la loge d’Aberdeen en Ecosse, qui pratiquait le Rite du Mot de Maçon, d’origine calviniste. James ANDERSON était Vénérable Maître d’une loge maçonnique et fut chargé en 1721 par le Duc de MONTAGU, Grand Maître de la Grande Loge de Londres, de rédiger des statuts, initialement intitulés : « Constitutions, Histoire, Lois, Obligations Ordonnances, Règlements et Usages de la Très Respectables Confrérie des Francs-Maçons Acceptés »… Il fut assisté dans sa mission du huguenot Jean Théophile DESAGULIERS, fils d’un pasteur français réfugié en Angleterre en 1683, peu de temps avant la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV. La famille DESAGULIERS s’est installé à Londres en 1692 et Jean Théophile, scolarisé, a appris le latin, le grec et étudié les classiques. Il deviendra membre de la Royal Society en 1710 sous la présidence d’Isaac NEWTON de 1703 à 1727), dont il fut très proche. En 1717 il créera avec James ANDERSON la Grande Loge de Londres par fusion de quatre loges de cette ville (cf. plus haut). Ils abandonnent la maçonnerie opératives pour lui substituer définitivement ma maçonnerie spéculative moderne. Il est le premier à percevoir l’ampleur d la révolution newtonienne tant pour la physique que pour la représentation du monde. Il développe ses idées et les fait connaître du grand public dans son Cours de Philosophie Expérimentale. Cette philosophie naturaliste (rappelons-nous FENELON ne France, dont le Chevalier de RAMSAY fur le secrétaire !) inspire fortement les Constitutions des Francs-Maçons qui sont compilées par le pasteur James ANDERSON. C’est le texte que la toute jeune Grande Loge de Londres, dont il sera élu Grand Maître en 1719, adoptera pour règle en 1723, fondant ainsi le courant de la Franc Maçonnerie Moderne. Ce texte sera remplacé en 1815 par les « Nouvelles Constitutions » dont se dote la Grande Loge Unie d’Angleterre, crée par la fusion en 1813 avec l’autre courant, d’origine écossaise et opératif, selon l’Union Act déjà cité plus haut. Les idées de DESAGULIERS ont eu une influence majeure sur la France des Lumières et sur la théorie que la Franc Maçonnerie aurait inspiré la Révolution Française. Il aura une influence déterminante sur Benjamin FRANKLIN qui par ailleurs éditera et publiera els Constitutions d’ANDERSON à Philadelphie en 1734.

Les « Anciens » et les « Modernes »

On peut voir dans les Constitutions d’ANDERSON « sous l’obligation du simple déisme de la religion naturelle, une proclamation de tolérance »mais même circonscrite aux divers cultes chrétiens, et bien qu’étant une innovation majeure, ce concept pour beaucoup fut une preuve de renoncement, voire de reniement et la Grande Loge de Londres n’eut de ce fait pendant longtemps qu’une influence restreinte, sa juridiction étant limitée aux seules cités de Londres et de Westminster et à leurs banlieues. La plupart des loges surtout en province, étaient réticentes à aliéner leur indépendance et elles continuaient à respecter les anciennes obligations du métier. Ainsi en 1722, en même temps qu’était élaboré le texte d’Anderson, paraissait à Londres une éditions des Anciennes Constitutions dont l’article premier stipule « je dois vous exhorter à honorer Dieu dans a Sainte Eglise, à ne pas vous laisser aller à l’hérésie, au schisme et à l’erreur dans vos pensées ou dans l’enseignement d’hommes discrédités »démenti cinglant à ANDDRESON et DESAGULIERS un an avant la parution du texte ! Un des « centres de résistance » était la vieille Loge d’York. Les ateliers, qualifiés alors « Antients » n’étaient groupés en aucune formation obédientielle, bien que la Loge d’York prit en 1725 le titre de Grande Loge de Toute l’Angleterre, correspondant alors plus à son rôle de « loge-mère » qu’à un véritable pouvoir obédientiel. En 1751, les opposants à la Grande Loge de Londres, décidés à lutter contre elle en force et avec les mêmes armes constituèrent une véritable organisation rivale « La Grande Loge des Francs et Acceptés Maçons selon les vieilles Institutions » ou plus sommairement « Grande Loge des Anciens Maçons », qualifiant alors la loge concurrente de Londres de « Moderns », leur reprochant d’avoir dénaturé la vraie Franc Maçonnerie en la dépouillant de tout ou presque (rituel, déchristianisation, ignorance des deux Saint Jean… Ces ateliers sont très souvent constitues d’immigrés irlandais catholiques ayant été initiés en Irlande mais n’étant pas admis dans les loges plus aristocratiques de la Grande Loge d’Angleterre. De même l’innovation de tolérance fut bien moins accueillie dans les ateliers de la Grande Loge d’Ecosse, entre autre pour des raisons dynastiques puisque beaucoup de maçons restaient attachés à la cause des STUARTS et au seul catholicisme. La Grande Loge des Anciens, moins élitiste que sa rivale, noue vite des relations avec la Grande Loge d’Ecosse et avec la Grande Loge d’Irlande et se développe rapidement, passant de 6 loges en 1751 à 36 en 1754 et 180 en 1793 alors que dans le même temps après à peine vingt ans d’existence la Grande Loge de Londres voit fondre ses effectifs, passant de 189 loges en 1741 à 157 en 1748 et 86 en 1756. Pour faire face à cette « désertion massive » elle renforça alors son élitisme, intégrant beaucoup de membres de la Royal Society, développa ses loges à l’étranger, interdisant les visites aux loges de l’obédience rivale et en entamant la construction du prestigieux FREEMASON’S HALL. Elle conserve également la tolérance religieuse de ses origines, se distinguant de sa rivale en ce qu’elle condamne l’athéisme tout en restant encore ouverte à toutes les religions. Déisme = du latin deus (= Dieu), croyance ou doctrine qui affirme l’existence d’un dieu et influence dans la création de l’Univers, sans pour autant s’appuyer sur des textes sacrés ou dépendre d’une religion révélée. Le déisme prône une « religion naturelle » qi se vit par l’expérience individuelle et qui ne repose pas sur une tradition écrite. Croyance directe, individuelle et irréligieuse. Théisme = du grec theos (= Dieu) est un terme qui désigne toute croyance ou doctrine qui affirme l’existence d’un Dieu et son influence dans l’Univers, tant dans sa création que dans son fonctionnement. La relation de l’homme avec Dieu passe par un intermédiaire, la religion. Il est opposé à l’athéisme.

Trois grades et deux degrés

L’une des particularités de la Franc - Maçonnerie des « Anciens » est d’avoir renoué le fil d’une initiation en trois grades dont on sait qu’elle était déjà pratiquée dans l’Antiquité en Egypte et dans la plupart des civilisations traditionnelles. En 1646, le grade d’Apprenti dans les loges fondées sur les statuts SHAW est remanié pour devenir à peu près celui que l’on confrère depuis dans les loges écossaises et anglaises. Puis vers 1648 apparait le garde de Compagnon et enfin, en 1650, le grade de Maître, dont les allégories tendraient selon certains auteurs à rappeler souvenir de la mort de Charles Ier, décapité le 30 Janvier 1649, et dont mes maçons écossais, partisans des STURATS, travaillent en secret à rétablir le trône en faveur de son fils, Charles II. Ainsi voit-on se mettre en place les éléments du puzzle… Mais s’agit-il d’une redécouverte…ou d’une transmission ? Et qui, alors, aurait transmis ? On sait qu’il existe en Irlande de façon bien antérieure à la création de la Grande Loge de Londres d’une franc maçonnerie chrétienne d’ascendance celtique, proche de la maçonnerie écossaise, catholique. Il y a ainsi dans les manuscrits du Trinity College de Dublin mention d’une loge d’étudiants en 1688 et un autre manuscrit daté de 1711 fait référence à un système en trois étapes. On a le récit d’une procession publique en Irlande en 1725 et en 1730 sont publiées les Constituions de PENNEL, proches de celles d’ANDERSON, à cette différence d’importance qu’elle mentionnent le garde de maitre, ce qui n’est pas le cas dans le texte anglais de 1723. Finalement les deux Franc-maçonneries des « Antients » et des « Moderns » finirent par se réunir en 1813 par l’Acte d’Union. La querelle entre les deux résidait selon les auteurs entre autre envers le grade complémentaire de Royal Arch que pratiquaient les « Antients » au point d’en faire une des pièces maîtresses de l’édifice maçonnique alors que les « Moderns » refusaient de le reconnaître. Quand le schisme cessa en 1813, la déclaration préliminaire de l’Acte d’Union stipulait : « La Maçonnerie pure et ancienne consiste en trois degrés, sans plus, à savoir ceux d’Apprenti, de Compagnon et de Maître Maçon y compris l’Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale ». On voit donc se constituer une forme d’initiation maçonnique fondée sur trois grades, avec l’existence de degrés complémentaires, qui ne sont pas à proprement parler des grades. La réunion des Anciens et des Modernes s’est faite pourtant sur la base d’un compromis qui allait compromettre toute l’évolution de la Franc-maçonnerie puisque si les Anciens avaient semble-t-il réussi à imposer leurs formes rituelles, c’est finalement l’approche initiatiquement discutable des Modernes qui allait prévaloir dans la Franc-maçonnerie obédientielle. En Amérique la première date d ‘une fondation de loge dans les colonies anglaises d’Amérique remonte à 1733 avec les mêmes dissensions que dans la mère patrie. Pendant la guerre d’indépendance des Etats Unis, les Antients seront partisans des insurgés indépendantistes alors que les Moderns restaient partisans de la couronne d’Angleterre. Dans la dernière décennie du XVIIIème siècle, les Etats-Unis, indépendants depuis 1776, virent Antients et Moderns finalement rejoindre les même grandes loges. Mais dans ce petit état particulièrement rebelle qu’est la Caroline du Sud cependant la lutte entre les deux tendances durera presque vingt ans de plus que dans les autres états et qu’en Angleterre, la Caroline du Sud précisément… (Près d’un siècle plus tard, c’est la Caroline du Sud qui sera le premier Etat proclamera sa séparation d’avec l’Union, le 12 Avril 1861, provoquant ainsi la Guerre de Sécession).

Date d’apparition des gardes bleus du Rite Ecossais Ancien et Accepté :

Poser le problème ainsi, c’est imposer que la pratique rituelle correspondante n’apparaisse qu’après la première utilisation du terme « Rite Ecossais Ancien et Accepté » : or celle-ci apparait pour la première fois en 1804 dans l’article V des dispositions générales du Concordat et donc postérieure à l’existence d’un système écossais en trente-trois degrés qui, lui, apparait pour la première fois à Charleston, en Caroline du Sud (USA) le 31 Mai 1801 et inaugure le REAA en quelque sorte. L’apparition « officielle » d’un système en 33 degrés ne signifie pas pour autant dire que les pratiques rituelles du Rite aux trois premiers degrés tels que nous les utilisons ne sont pas antérieures à cette date. Les spécificités du REAA (cf. plus loin) : position et fonction astronomiques des surveillants, position des colonnes, énonciation des Trois Grandes Lumières, circulation du mot…sont avérés dès 1696 en Ecosse (Manuscrit de l’Edimburg Register House) avec l’existence des diacres, tout à fait spécifique des « antients » alors que la Grande Loge Unie d’Angleterre ne les adoptés que lors de l’Union Act de 1813. Ils sont présents dans les statuts SHAW (voir plus loin), attestés par la Loge Kilwinning n°0 en 1762. Les Grandes Loges d’Ecosse et d’Irlande à priori en ont toujours été dotés dès leur fondation jusqu’à nos jours. Le premier rituel imprimé du REAA date de 1804 et en comporte. Lorsque la Grande Loge des « Antients » se constitue en 1751 entre autre par réaction aux « innovations » que les andersoniens avaient introduites dans la maçonnerie. C’est que précisément les pratiques antérieures étaient différentes et vraisemblablement analogues à celles qu’ils prônaient. Les « moderns » ont cherché délibérément à faire croire qu’ils étaient à la base de tout alors que ce n’est pas le cas. Il y a eu une tentative délibérée de manipulation historique ! Il ressort donc : Que la Maçonnerie écossaise et des « antients » préexistait à la Maçonnerie des « Moderns », c’est-à-dire à la réforme andersonienne de 1717 ; Que la Maçonnerie écossaise était pratiquée en France selon le modèles apportés par les jacobites et que ce n’est que secondairement que la Maçonnerie des « Moderns » a été pratiquée dans le royaume. Qu’il existait en France, jusqu’à la Révolution et l’Empire, et malgré les vicissitudes des temps, des Loges symboliques qui pratiquaient cette Maçonnerie écossaise, malgré l’ostracisme des « Moderns » et les persécutions du Grand Orient de France... Que l’apparition du Guides des Maçons en 1805, qui rend compte des rituels des trois premiers degrés du REAA, n’est pas une innovation rituelle mais simplement un changement d’enseigne pour des pratiques qui existaient depuis l’introduction de la maçonnerie sur le continent, ainsi la création de la Grande Loge de Londres en 1717 n’est que la conséquence de l’avènement des spéculatifs dans les loges opératives en Angleterre. En 1717 il existait au moins 20 loges en Ecosse, dont celle de Kilwinning n°0, antérieure à 1599, que les historiens font remonter au XIIIème et au XIVème siècle ! Les loges écossaises se sont fédérées en 1736 pour devenir la Grande Loge d’Ecosse. Il existait, avant cette date, un Grand Maître Héréditaire de la Maçonnerie et des loges écossaises sans qu’il existe une Grande Loge d’Ecosse. Ce statut était antérieur à William SHAW et c’est Lord Sinclair de Roslin qui a remis son mandat héréditaire à l’assemblée de la Grande Loge et que celle-ci se dota alors d’un Grand Maître élu chaque année. En France la première loge attestée date de 1725 si on ne retient pas l’existence de Loges jacobites à Saint Germain En Laye au XVIIème siècle, dont il est probable qu’elles eurent existé sans qu’on en ait la preuve formelle. Le Duc de WHARTON, Grand Maître de la Grande Loge de Londres en 1723, arrive en France en 1728 et fut vraisemblablement Grand Maître des Loges du Royaume de France de cette date (Création de la Grande Loge De France) à 1730 puisqu’il décède en Espagne en 1731… Après une vacance de quelques mois la Grande maîtrise fut ensuite occupée par le jacobite MAC LEAN jusqu’en 1735-1736 puis par le non moins jacobite DERWENTWATER de 1736 à 1738. On trouve alors 4 à 5 loges à Paris, regroupées en Grande Loge de France, composée de Vénérables Maîtres parisiens et de ceux de province de passage à Paris. Le Cardinal de Fleury renverse alors les alliances de la France et abandonne les Stuart d’Ecosse au profit des Hanovre d’Angleterre. Il s’ensuit une méfiance envers les écossais, réputés jacobites, en France, donc ennemis et une persécution de la Maçonnerie en 1737 et on vit alors être élu le premier Grand Maître français, le Duc d’Antin, puis de 1743 à 1771 le Duc de CLERMONT… Il y eut alors un coup d’état interne après la mort du Grand Maître en 1771, les loges de province s’allièrent au Duc de Montmorency-Luxembourg et se créa ainsi en 1773 le Grand Orient de France actuel, tandis que perdurait, considérablement amputée, certes, mais fidèle à ses origines, la Grande Loge De France… La Grande Loge de France est donc née en 1728 et le Grand Orient de France en 1773 contrairement à ce qu’il déclare depuis 2002 ! « Etienne MORIN, prestige d’un homme, genèse d’un système », selon le titre éponyme du livre d’André KERVELLA (cf. bibliographie) L’Ecossisme, qui maintenant imprègne avec certes des variantes, les principaux Ordres Maçonniques résulte d’une aventure singulière (même si certains historiens y voient aussi un développement motivé par l’appât du gain car chaque grade se payait et donc la multiplication des degrés était aussi source de profit…avec parfois un intérêt initiatique et spirituel limité, puisqu’on a vu proliférer parfois des rituels en 38 voire 99 grades...où l’imagination bat son plein et le syncrétisme volontairement affiché confine parfois à une bien commode et facile manière de réaliser un « fourre-tout » inextricables, sans queue ni tête pourrait-on dire aussi… « à la limite du délire de l’artiste » parfois…mais ne cédons pas à la facilité. L’Ecossisme qui nous intéresse été nous préoccupe ce soir pour sa part est issu cependant des cogitations personnelles d’un homme assez exceptionnel qui avait un curieux esprit syncrétique. Le syncrétisme se rencontre fréquemment dans l’histoire des religions. Aucune n’en est exempte à ma connaissance. Il consiste à tenter la fusion, en une doctrine unique, de plusieurs doctrines différentes. Mais si de telles synthèses sont constatées, elles ne se font le plus souvent que lentement, voire très lentement, par contacts, imprégnations latérales, par l’effort successif et continu de certains théologiens. On rencontre ici cette « anomalie » : en moins de soixante ans l’effort de trois personnages successifs aboutit au résultat. Le premier est le Chevalier de RAMSAY, dont on a longuement parlé plus haut, que l’on appellera l’inventeur. Le dernier est le Comte de GRASSE-TILLY, qu’on appellera l’instigateur. Le second, pièce maîtresse, véritable apôtre, est le passeur, il s’agit d’Etienne MORIN. On l’a vu, le Chevalier de RAMSAY est l’inventeur de l’idée de grades successifs, d’inspirations multiples. Etienne MORIN (1717 – 1771) fut un franc maçon travaillant principalement entre Bordeaux et les Antilles de par sa profession de négociant surtout connu pour avoir joué un rôle central dans la genèse du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Au début des années 1740 il semble être établi à Fort Royal, la future Fort-De-France mais ses activités commerciales l’amènent à voyager très souvent dans les Caraïbes. On ne sait pas précisément quand il fut initié en Franc-maçonnerie, mais on sait qu’il fonda en 1745 une loge à Bordeaux et qu’en 1744 il fut reçu à Antigua par William MATTHEWS, gouverneur général des Iles Anglaises Sous Le Vent qui lui conféra un des plus anciens gardes maçonniques puisqu’il est alors initié au grade de l’Arche Royale, garde qu’il transmet aussitôt rentré à Fort Royal. Louis XV déclare la guerre à l’Angleterre et à l’Autriche le 15 Mars 1744 et MORIN est alors fait prisonnier et débarqué à Londres où il jouit d’une relative liberté. Il revient en France en 1745 et y fonde le 8 Juillet la loge écossaise des « Elus Parfaits » ? Il continue à voyager et participera à la fondation d’une loge à Saint Domingue en 1748. Le 27 Août 1761 il reçoit une patente signée des officiers de la Grande Loge De France le nommant « Grand Inspecteur pour toutes les parties du monde », délivrée par le Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident de la Grande et Souveraine Loge de Saint Jean de Jérusalem. C’est ce conseil qui, en 1758, avait élaboré le Rite de Perfection en vingt-cinq Hauts Grades et qui aurait donc autorisé MORIN à transmettre ces Hauts Grades à travers le Monde. L’original de cette patente n’a jamais été retrouvé, on n’en connait que des copies plus tardives, qui pourraient avoir été embellies par MORIN lui-même, même si à priori ce n’était pas son genre… MORIN quitta pour la dernière fois la France au printemps de 1762 avec l’intention de retourner aux Antilles. Il est alors à nouveau capturé par les anglais et retourne à Londres où sa patente sera reconnue et où i sera de ce fait autorisé à transmettre les Hauts Grades aux Antilles anglaises puis par ricochet aux futures USA puisqu’il est régulier de part la reconnaissance londonienne de sa patente. Il se fixe alors à Kingston, en Jamaïque où il se lira d’amitié avec Henry FRANCKEN, et c’est avec l’aide de son ami qu’il va développer, à partir du Rite de Perfection en 25 grades le Rite Ecossais Ancien et Accepté en 33 grades. Nous sommes en terre anglaise, le rite se développe alors donc dans les colonies anglaises jusqu’aux Amériques qui deviendront plus tard els Etats-Unis. En 1767, on retrouve FRANCKEN à Albany, dans l’Etat de New York où il fonde une Loge de Perfection sous le nom d’Ineffable. Avant de rentrer en Jamaïque en 1768, Franken nomme un député inspecteur à New York, Moses Mickael HAYES. MORIN meurt en 1771 et Franken dirige alors seul le rite, nomme des députés inspecteurs qui essaime le rite partout. En 1783 il investit un certain David SMALL et lui remet un document, connu encore de nos jours sous le nom de Manuscrit Francken. C’est certainement dans cette dynamique que fut créé le Suprême Conseil des Etats-Unis d’Amérique le 31 Mai 1801, à Charleston, en Caroline du Sud, en grande pompe par deux frères, John MITCHELL et Frederick DALCHO. Le 4 Décembre 1802, une circulaire portait à la connaissance du monde maçonnique de la création à Charleston d’un Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, 33ème et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Parmi les fondateurs se trouve le Comte Alexandre de GRASSE-TILLY, Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil des Indes Occidentales Françaises, ou des Iles Française d’Amérique sous le Vent et dans le Vent. De retour en France, le Comte de GRASSE-TILLY installe la Loge Mère de l’Ecossime à l’Orient de Paris, la « Mère Loge Ecossaise de France ». En 1804, il instaure une Grande Loge Générale Ecossaise du Rite Ancien et Accepté. Le rite possède déjà d’autres loges à Paris et en province dont deux à Lyon. Le nombre de hauts dignitaires lui paraissant suffisant, il réunit tous les adeptes un 33ème degré dans un Suprême Conseil de France. En 1813 un second Suprême Conseil est constitué à New York, il y a ainsi une juridiction « Sud » et une juridiction « Nord ».

Conclusion

Hermétique, rosicrucien, chevaleresque, kabbaliste, chrétien mais aussi celtique et sans doute bien d’autres choses encore, on pourrait ainsi aussi le dire pythagoricien et isiaque, le symbolisme véhiculé par le REAA et ses Hauts Grades est divers, sinon disparate qu’il contient n’est pas uniformément intéressant, mais il permet une initiation progressive, graduelle. Son histoire est riche, et traditionnelle au sens de tout le corpus qui s’y rattache. C’est par l’approfondissement des trois premiers degrés symboliques, et principalement le troisième, le grade du Maître qu’on lui trouve son principal attrait. Il est riche d’une matière première au travail, encore faut-il vouloir travailler !

V\ M\ et vous tous mes F\ en vos degrés et qualités,

J’ai dit.

C\ L\

Source : www.ledifice.net

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LB 21/01/2016 11:56

Ce que j'ai lu de plus clair sur l'histoire du REAA depuis des années !!! Un triple bravo.