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Hauts Grades

Rite écossais philosophique : rite écossais moderne ou rite français écossisé ?

21 Février 2016 , Rédigé par T\ D\ Publié dans #Planches

« La maçonnerie est un loisir un peu plus intelligent que les autres loisirs. Ce loisir prend la forme d’un grand rébus pour lequel personne n’a découvert une unique réponse. Comme tous les vrais loisirs, la maçonnerie permet de jouer comme dans le monde réel mais avec des petits camarades de jeux tolérants et compréhensifs, c’est pour cela que l’on les appelle frères ». Comme ici chacun le sait : nous travaillons au Rite Ecossais Philosophique. C’est évidence que de le rappeler. Ce n’est pas inutile de rappeler ce que cela signifie. Mes F\ Bien-aimés qui décorez ces colonnes et, par là-même, les rendez belles et lumineuses, c’est de ceci dont je souhaite vous entretenir ce midi. On parle d’« Ecossais », donc d’« Ecosse », partant d’« Ecossisme ». Mais qu’est-ce que l’Ecossisme ? En vérité, il est extrêmement difficile de définir ce qu’est un rite « écossais » malgré que les termes « Ecosse »et « écossais » sont omniprésents en Maçonnerie et que les rites qui se qualifient « écossais » sont relativement nombreux : Rite Ecossais Ancien et Accepté, Rite Ecossais Rectifié, Rite Ecossais Primitif, Rite Ecossais Philosophique… On dit même que fut fondé en Belgique voici un demi-siècle un « Rite Ecossais » d’un nouveau genre - un Rite Ecossais « belge » en quelque sorte – qui porte nom « Rite Ecossais de 1962 » (tout simplement parce que constitué cette année-là…). Bien des gens se sont rassemblés sous la bannière de l’Ecossisme, mais sait-on bien toujours ce que cela recouvre exactement ? Il n’est pas inutile de rappeler que l’Ecossisme n’est pas vraiment « écossais » puisque, comme son nom ne l’indique pas, il est né…en France, dans la seconde moitié du 18ème siècle, et dans une Europe en plein bouleversement politique. Le terme « écossais », en vérité, renvoyait à l’origine aux hauts grades, soit ceux au-delà de celui de Maître Maçon : il a qualifié d’abord une certaine classe de hauts grades, puis, par la suite, son sens a été étendu pour désigner l’ensemble de la Maçonnerie des hauts grades. Et, enfin, comme il n’y avait pas au 18ème siècle la séparation stricte qui existe aujourd’hui entre hauts grades et grades bleus, l’appellation d’« écossais » en est venue à être appliquée par certains Rites à l’ensemble de leur système, y inclus les grades bleus. C’est ainsi qu’il existait dans les dernières années de l’Ancien Régime un système qui s’intitulait officiellement « Rite Ecossais Philosophique ». L’appellation figure dans des documents avignonnais des années 1780, car ce Rite s’est prioritairement développé en Avignon. Je dis bien : « développé » en Avignon, puisqu’il naquit à Marseille ; il n’y a pas de doute à ce sujet En 1774 précisément, une Loge naquit, qui s’appelait la « Loge de Saint-Jean » et cette Loge acquit très rapidement un développement extraordinaire… Comprenez bien ce qu’était 1774 et quelle était la vie à ce moment-là : en 1774, Mirabeau a 25 ans et Voltaire en a 80. Nous sommes à 15 années de la chute de l’Ancien Régime (1789) et c’est la fin du règne de Louis XV, dit le Bien-Aimé. A cette époque, la France jouit d’une situation de premier plan en Europe et, d’une certaine façon, dans le monde. Elle est le pays le plus peuplé d’Europe avec une population estimée à 26 millions d’âmes. Elle en est aussi le plus prestigieux. La langue et la culture de la Cour de Versailles rayonnent à Berlin, en Prusse, à Saint-Pétersbourg, en Russie, bref dans tout le monde « civilisé » alors connu. Dans les salons parisiens, les écrivains et les penseurs français brassent les idées et refont le monde, à l’image de leurs voisins anglais. C’est le « Siècle des Lumières ». Ce sont aussi les prémisses de la Révolution… C’est dans ce contexte que naît à Marseille la Mère-Loge du Rite : la Loge de Saint-Jean ; et cette loge, très vite, va se développer d’une façon tout-à-fait remarquable. Dans un premier temps, elle se prolonge en Avignon par la création de la Loge « Saint-Jean de la Vertu Persécutée », patentée le 31 août 1774 et l’Ouest (Toulouse, Agen, Bordeaux, Jarnac,…) comme plus au Sud (Livourne et Gênes en Italie, puis Palerme, Corfou en Grèce, Alexandrie en Egypte) et jusqu’à Saint-Domingue, et aussi Aix-la-Chapelle dans le département de la Roër (à l’époque département français), et même, m’a-t-on dit mais je n’oserais le jurer, Istanbul en Turquie. C’est ainsi que l’on va dénombrer à un certain moment jusqu’à une trentaine de Loges créées sous et par ce Régime. On peut véritablement parler d’âge d’or ! La Loge de Saint-Jean, donc, voit le jour à Marseille et très vite se répand – comme je viens de le dire – en Avignon via cet autre Atelier célèbre qu’est « Saint-Jean de la Vertu Persécutée » qui elle-même parrainera deux ans plus tard à Paris une Loge connue dans un premier temps sous le nom de « Saint-Lazare », devenue peu après « L’Equité », puis « Le Contrat Social », puis enfin « Saint-Jean d’Ecosse du Contrat Social ». Et c’est toujours à « Saint-Jean d’Ecosse du Contrat Social », la plus célèbre fille de la Loge « Saint-Jean de la Vertu Persécutée », que tous ceux qui s’intéressent au « Rite Ecossais Philosophique » font encore systématiquement référence aujourd’hui ! Et voilà comment se développe en France – voici de cela maintenant 240 ans ! – un Rite qualifié « écossais ». Ce rite, tel qu’il était pratiqué dans ces années-là, différait assez peu de celui du Grand Orient dans les grades bleus ; il en différait surtout dans les hauts grades ; mais, bien évidemment, je veux ici me concentrer sur le rituel bleu prioritairement.

On ne saurait parler d’un rite « écossais » sans évoquer l’interversion qui constitue une de ses premières caractéristiques : la fameuse « interversion écossaise ».De quoi s’agit-il ? Si les Colonnes n’avaient pas été transportées à l’intérieur de la Loge, leur emplacement ne serait pas douteux, la Bible plaçant très clairement « J » à droite et « B » à gauche à l’entrée du Temple de Salomon. Comprenez bien cela et essayez de visualiser ce qu’était le Temple de Salomon à cette époque. «J » se trouve sur le parvis à droite, soit sortant du Temple à gauche. « B » se trouve sur le parvis à gauche, donc quittant le Temple à droite. Il n’y a pas de doute à ce sujet ! Les Français – qui sont « Modernes » et le revendiquent – ont inversé cet ordre et, introduisant les Colonnes à l’intérieur, les ont disposées autrement : « J », au Rite Français, est, franchissant la porte de l’Atelier, à gauche ou, si vous préférez, dans son local, au Nord. « B » est à droite, ainsi, dans ce même lieu, au Sud. Jakin se place chez les Français au Septentrion, donc à la droite du Vénérable lorsqu’on se trouve dos à l’Orient ; Boaz est au Midi, à la gauche de celui qui tient le premier maillet de l’Atelier. C’est la fameuse « inversion française » qui d’ailleurs n’est pas spécifiquement propre au Rite Français, puisqu’aussi bien on la retrouve dans d’autres rites, tel le Rite Ecossais Rectifié ou le Rite de Memphis-Misraïm. Les Colonnes ont donc été inversées et, partant, les attributions de celles-ci. Malgré tout ce qui a été dit à ce sujet – n’en doutez pas ! – Cette disposition interpelle, tant il est vrai que les choses sont souvent bien moins simples que ce qui paraît de prime abord… Au Rite Français - appelé encore par certains « Français Moderne » – les Surveillants siègent tous deux à l’Occident, le Premier au Sud-ouest (comme c’est le cas chez nous) sous le signe de la Colonne B\ dont dépendent les Compagnons ; le Second au Septentrion, près la Colonne J\, à l’angle Nord-Ouest de la Loge, d’où il supervise ses Apprentis. C’est le contraire chez les Ecossais Anciens et Acceptés qui placent en Loge les deux Colonnes autrement : J\ est au Sud, B\ est au Nord. Le Premier Surveillant siège donc au Septentrion, sous le signe de la Colonne B\ qui se loge à l’angle Nord-Ouest de l’Atelier, et, de là, surveille les Compagnons qui siègent au Sud. La stalle du Second Surveillant est au Sud, sous le signe de la Colonne J\ et c’est du Midi qu’il va surveiller les Apprentis dont il a la charge, lesquels bien évidemment siègent au Nord. On dit qu’ainsi Jakin se trouverait plus spécifiquement associée au solstice d’hiver puisque sa colonne fait face au soleil levant, cependant que Boaz trouverait une corrélation plus spécifique avec le solstice d’été . A suivre cette thèse, aussi bien il faudrait alors dire que, dans le Rite Français, Jakin serait plus spécifiquement associée au solstice d’été, cependant que Boaz s’assimile au solstice d’hiver, mais rien ne permet objectivement d’affirmer cette chose et, plus fondamentalement, il n’y a pas de réelle différence avec la disposition du Temple de Salomon si l’on sait qu’aussi bien tout ce qui est en-haut est en bas, et inversement… Du reste, comme l’a excellemment écrit un ancien Grand-Maître de la Grande Loge de France, « les énergies dans un temple sont multiples, certaines descendent et d’autres remontent de la terre vers le ciel diffusant, dans chaque recoin, la vérité en mouvement et nourrissant chaque cellule d’une connaissance toute particulière et tout à la fois universelle ». Il est indifférent, en vérité, de savoir à quoi correspond plus spécifiquement telle ou telle Colonne, dès lors qu’on admet que l’une et l’autre sont une liaison entre le ciel et la terre et, partant, entre le spirituel et le matériel.

Quelle est au départ – basiquement – la première spécificité de notre Rite ? Voilà bien, sans doute, une question à la réponse parmi les plus difficiles qui soient… L’étude des archives de l’Atelier permet la découverte d’un ouvrage ancien et précieux où l’on peut lire que : « Notre Loge, instituée par le G\ O\ de France au rite Moderne, s’est toujours distinguée des autres par le désir d’acquérir de nouvelles connaissances Maçonniques en recherchant avec zèle et constance le vrai but de l’Ordre… ». Et plus loin que : « Notre Loge ayant été constituée au Régime Ecossais Philosophique, nous avons reconnu qu’il a pour but les Connaissances les plus élevées, (celles) qui assurent à l’homme qui peut arriver à l'explication des Symboles un Bonheur véritable et éternel ; c’est une Maçonnerie qui, depuis le Grade d’Apprenti jusqu’au dernier Degré, conduit pas-à-pas (…) à la découverte de la Vérité» (Ibid., 25ème feuillet). Un dénommé ADAMA (alias) – ancien du Grand Orient de France, qu’il déserta quelques années plus tard pour rejoindre la Grande Loge de France, et qui se présente Commandeur du KOLOB ORDER, une association sui generis qui emprunte à la Maçonnerie autant qu’au Mormonisme et évoque aussi bien l’ufologie parlant d’aéronautique - expose que l’une des premières caractéristiques du Rite Ecossais Philosophique est d’entretenir un rapport étroit avec l’Alchimie spirituelle et mystique. La référence emprunte au folklore ; l’assertion, pour autant, n’est pas dénuée de tout fondement, s’agissant à tout le moins des hauts grades tels qu’on devait les pratiquer. Il est permis de penser qu’en effet l’hermétisme y occupait une place importante et l’on a été jusqu’à qualifier le Rite Ecossais Philosophique de « rite alchimique ». Entendez « alchimie » comme ici synonyme d’ésotérisme, soit la science de l’occulte et du secret, accessible à un petit nombre d’initiés seulement et dont la pratique devait rester inconnue des profanes. On ne doute pas davantage que la pratique des rituels d’origine dérouterait plus d’un maçon de notre époque… Il est donc établi que le REP. originel entretenait avec l’alchimie des rapports étroits et il se dit que son développement majeur sur la place de Paris en 1776 doit beaucoup au F\ Alexandre Boileau, un médecin particulièrement féru d’hermétisme, membre de la Mère-Loge d’Avignon, Grand Supérieur National des Loges et Chapitres du régime écossais philosophique en France et, surtout alchimiste réputé. Je rappelle que nous sommes à ce moment deux années après la naissance du Rite à Marseille et que la loge « Le Contrat Social » – autrefois « Saint-Lazare » – essaime à tout va : on compte, en ce temps déjà, pas loin de 30 Ateliers, ce qui est substantiel. Faut-il s’étonner de cet engouement pour l’hermétisme ? Non ! A la fin du XVIIIe siècle, la Maçonnerie « égyptienne » est en vogue, qui affirme puiser ses racines dans l’Egypte des pharaons et pratique des rites d’inspiration prioritairement mystique. On rapporte que Claude-Antoine THORY, un avocat adjoint au maire du 1er arrondissement de Paris, grand botaniste connu pour sa passion des roses sur lesquelles il se commit d’un ouvrage célèbre, mais aussi l’auteur d’une non moins célèbre « Chronologie de l’Histoire de la Franc-maçonnerie Française et Etrangère» et l’un des principaux animateurs du Rite Ecossais Philosophique de l’époque, avait installé à Paris une sorte de musée de musée initiatique visant à démontrer que la Franc-maçonnerie était l’héritière des Mystères antiques et notamment des Mystères égyptiens. Il n’est pas douteux que les hauts grades du rite étaient largement empreints d’ésotérisme. C’est aussi bien cela qui lui valut à la même époque de vives frictions avec le Grand-Orient de France, puisque « Le Contrat Social » voulait bien reconnaître l’autorité du Grand-Orient pour ce qui concerne les grades bleus, mais se considérait comme une « Loge-Mère »pour les hauts grades, alors que le Grand-Orient n’y voyait qu’un atelier parmi d’autres et prenait grand ombrage des patentes de hauts grades qu’elle distribuait à tour de bras. « Ecossais Philosophique » doit donc d’abord être perçu comme « Ecossais Philosophal » et on ne saurait comprendre l’essence de ce rite hors référence à l’hypothétique substance alchimique permettant non pas seulement la transmutation des métaux vils en or, mais plus avant – et cet aspect des choses est peut-être moins connu – de prolonger la vie humaine, voire de donner la vie éternelle, ou encore d’accéder à la lumière inextinguible… Ceux qui raillent notre rite le disent mal nommé, car on dit la pierre philosophale et non la pierre philosophique. Logiquement, notre rite eût dû s’appeler : « Rite Ecossais Philosophal »… Je vous ferai grâce de la merveilleuse dissertation qui peut se concevoir sur le grade de « Sublime Maître de l’Anneau Lumineux » et j’en viens aux grades bleus.

Une des toutes premières caractéristiques de notre rite – et c’est peut-être la plus importante ! - tient à l’emplacement des chandeliers et à leur signification. Regardez, je vous prie, ces trois flambeaux qui délimitent le Pavé Mosaïque, respectivement situés aux angles S\ E\, S\ O\ et N\ O\, allumés à l’ouverture de nos Travaux et éteints lorsque ceux-ci viennent à prendre fin. En connaissez-vous la profonde signification ? Ces flambeaux – que d’autres rituels nomment « colonnettes » afin d’éviter toute confusion avec les colonnes J\ et B\– sont bien chez nous des Colonnes et ces Colonnes ne sont pas de simples éléments d’architecture. Leur signification symbolique est claire et le ternaire qu’elles composent usuellement bien connu : Sagesse est au S\ E\, qui s’identifie au Vénérable Maître, c’est, on le sait, la qualité requise pour entreprendre ; Force est au S\ O\, qui est l’apanage du Premier Surveillant, la qualité requise pour exécuter ; Beauté se positionne au N\ O\, qui personnifie le Second, la qualité de loin la plus difficile à cerner, car toujours on se pose la question de savoir si la beauté est l’harmonie dans le regard ou l’ornement de ce qui est regardé... On sait le plus souvent que ce sont les trois piliers qui supportent l’Atelier. On sait moins que ces trois « piliers-supports de loge » sont aussi, et surtout, les trois Lumières qui viennent l’éclairer. C’est peut-être la première spécificité de notre rite ; c’est sans doute la moins connue ! Ceci est ce que j’appelle le « pont-aux-ânes » de notre rituel : celui qui ne saisit pas l’essence de ce qui vient d’être dit, quoiqu’il dise, quoiqu’il pense et quoiqu’il croie savoir, ne saura rien appréhender du reste… C’est que la compréhension des Trois Lumières de la Loge n’est pas chose aisée ! Pour faire simple, disons que pour les « Anciens », les trois Grandes Lumières en maçonnerie sont la Bible, l’Equerre et le Compas, cependant que pour les « Modernes » – paradoxalement antérieurs aux « Anciens » ! – et, bien évidemment, les Rites qui s’en revendiquent : Français Traditionnel, Ecossais Rectifié, Ecossais Philosophique, ce seront le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge. Pour les premiers – apparus en 1751 et qui se qualifient eux-mêmes « Anciens » (« Antients ») –, Soleil, Lune et Vénérable Maître ne sont que Trois Lumières secondaires (« lesser lights ») et il en sera de même, bien sûr, pour le Maître de l’Atelier et ses deux Surveillants. Les petites Lumières sont ici les trois flammes dispensées par les trois chandeliers qui forment le pourtour du tapis de Loge et elles sont, au premier chef, la représentation matérielle de la bien connue triade (on pourrait dire aussi bien « trinité ») Sagesse – Force – Beauté, la Sagesse concevant le plan d’une œuvre que la Force exécute et à laquelle la Beauté apporte l’ornement .Pour les « Modernes », il en va différemment, lesquels privilégient le caractère johannite du rite et le Nouveau Testament, ce qui est un système tout autre... Le Volume de la Loi Sacrée est au premier chef la Bible et celle-ci est ouverte à la première page de l’Evangile de Saint-Jean (sur l’origine de cette querelle ancestrale et la double tradition qui s’en suit, notamment (sans exhaustivité) : Roger DACHEZ, « La querelle des « Anciens » et des « Modernes » – Nouvelles lumières sur un conflit fondamental de la Maçonnerie anglaise », Travail, Loge d’Etudes et de Recherches William Preston. Ainsi, le R\ E\ P\ est bien « moderne » qui emprunte au Rite Français : ses six Bijoux clairement subdivisés : trois « Mobiles » : l’Equerre, le Niveau et la Perpendiculaire ; L’Equerre que porte le Vénérable, qui sert à donner forme à ce qui n’en a pas et qui est la figure de la justesse et de l’équité ; le Niveau que porte le Premier Surveillant, qui sert à tirer une ligne droite et horizontale et à nous faire connaître la parfaite égalité ; la Perpendiculaire qui décore le Second, dont la vocation est d’élever perpendiculairement sur la base pour nous faire connaître que tout ce que nous entreprenons doit être dirigé par la sagesse du G\ A\ D\ L\ U\ et trois « Immobiles » : la Planche à Tracer, la Pierre Cubique et la Pierre Brute ; la Planche à Tracer, pour le Maître, qui lui sert pour ses dessins et qui est la figure de ce nouveau genre de vie que nous devons toujours suivre en tant que Maçons ; la Pierre Cubique, apanage du Compagnon, et qui lui apprend que nous devons sans cesse travailler à épurer nos mœurs et œuvrer davantage pour atteindre ce degré de perfection qui nous rapproche de notre Auteur ; la Pierre Brute, évident attribut de l’Apprenti, et qui est le premier symbole de nos imperfections que nous sommes appelés à corriger constamment trois Ornements – que certains appellent parfois « Meubles » par référence à d’anciens rituels du XVIIIème, ce qui peut créer confusion, car on parle ici de ce qui décore et non de ce qui se déplace. Au Rite Ecossais Philosophique, les trois Ornements sont : le Pavé Mosaïque qui est le sol de la Loge ; par définition, donc, la première parure de l’Atelier accessible au regard de celui qui y pénètre ; l’Etoile Flamboyante toujours présente, mais non illuminée au premier grade, posée au-dessus du Vénérable ; la Houppe Dentelée ou Cordelière à lacs d’amour, que l’on trouve sur le haut des murs ceinturant la Loge, soit sa bordure « tout autour » .l’emplacement des Colonnes (ou leur dénomination selon la place qui leur est réservée à l’entrée), les Premier et Second Surveillants étant disposés selon l’usage « moderne » : le Premier au S\ O\ devant la Colonne « B » qui est celle des Compagnons ; le Second au Septentrion devant la Colonne « J » dressée au N\ O\ et dont relèvent les Apprentis ; l’un et l’autre face au Vénérable qui, bien évidemment, siège à l’Orient. Il est tout-à-fait accessoire, à mes yeux, de savoir si cette disposition correspond ou non au Sceau de Salomon dès lors que, comme on sait, « tout ce qui est en-haut est en-bas » (« as it is above, so it is below »). Cette inversion française constituant, bien évidemment, un point de divergence majeur d’avec les Ecossais qui, prétendant revenir à la tradition ancienne, ont interverti à leur tour… les voyages au 1er grade, au nombre de trois, et qui sont à proprement parler non des épreuves destinées à effrayer le candidat, mais bien plutôt au premier chef des « purifications ». Il me faudra revenir sur ce point plus loin. le lieu des travaux qui est stricto sensu non le temple mais son porche ou son parvis (« in the porch of the Temple ») : on travaille non dans le Temple, mais en-dehors, et, comme on est dehors, on voit le ciel, donc la Voûte Etoilée. Notre catéchisme au grade d’apprenti est très clair à ce propos, qui porte :

Q. « De quoi est couverte votre Loge ? »

R. « D’un dais céleste parsemé d’étoiles »

La Loge est « ouverte » : en levant les yeux, on contemple la voûte céleste dont le bleu roi est constellé d’étoiles et parfois d’autres attributs de la sphère d’en-haut (rayons solaires, halos divers ou signes zodiacaux) et ce n’est pas décoratif uniquement. On pense, bien sûr, aux campements israélites dans le désert et aux toits de ces cabanes construits de branches et feuillages qui devaient permettre de toujours voir le ciel de l’intérieur les mots sacrés respectivement attribués à l’apprenti et au compagnon : « J… » au premier grade, « B » au second. C’est ici l’inversion des mots décidée par la Grande Loge des Modernes en 1730 aussi bien les mots de passe communiqués pendant la cérémonie : « T » au premier grade, « S » au second la position d’ordre, qui se fait la main au col, pouce en équerre de telle façon que la base du cou soit entre le pouce et l’index mais le coude appuyé contre la poitrine, soit l’avant-bras à plat sur le poitrail, non parallèle au sol. Inversement – et c’est paradoxal – il ne lui emprunte pas ses trois « Meubles » que sont Le Volume de la Loi Sacrée, l’Equerre et le Compas, puisque ceux-ci sont chez nous le Maillet, le Compas et le Glaive, ou, pour être plus précis, il substitue aux deux éléments déplaçables que sont chez les Français la Bible et l’Equerre, deux autres de même nature mais de portée différente : le Maillet qui fait écouter les ordres du Vénérable et le Glaive qui sert à punir les réfractaires. Ce sont donc l’insigne de commandement, l’instrument qui permet de tracer le cercle et l’épée qui constituent le premier mobilier de notre Atelier. Et l’épée dont ici s’agit est l’épée droite à double tranchant, non l’épée flamboyante qui est différente… Voyez encore – c’est tout-à-fait fascinant – le rôle essentiel que joue la Bible dans notre rite, évidemment présente dans le « lieu » maçonnique. Mais, à quel titre ? En tant que « lumière » ou en tant que « meuble » ? Pour les « Ecossais », il s’agit bien d’une « lumière », et c’est sur l’Autel des Serments où sont disposés Volume de la Loi Sacrée, Equerre et Compas que le postulant vient prêter serment et contracte ses obligations. La Bible ici n’est, donc, pas mobile et n’a nulle vocation à bouger ou à se transmettre, comme il en va d’un instrument. Pour les « Français », l’approche est autre : la Bible, traditionnellement ouverte au premier chapitre de l’Evangile de Jean – il n’est pas toutefois obligé que ce soit nécessairement à cette page-là ! – est objet ou symbole éminemment transmissible, donc muable, ce qui ne signifie pas pour autant que l’on va passer son temps à se la transmettre de main en main… Notre rituel pose clairement que le Volume de la Sainte Loi doit être ouvert au prologue de Jean. En cela, son caractère johannite est pleinement confirmé. Il est pour le moins surprenant que le Rite Ecossais Philosophique qui vient tant emprunter au Rite Français dans ses grades bleus ne lui ait pas repris pareillement son assemblage mobilier ! C’est toutefois moins le fait de voir dénier à la Bible cet attribut mobilier qui interpelle que le rôle au premier chef rayonnant que les Anglo-Saxons viendront assigner au « Volume de la Loi Sacrée », soit tout livre de base à caractère religieux et qui n’est pas forcément la Bible mais peut être le Coran des musulmans, le Veda des hindouistes ou la Thora des juifs. Un autre point essentiel – et qui constitue une importante divergence d’avec le Rite des « Anciens » – est qu’au troisième grade le mot sacré des Maîtres (« J...») n’est pas perdu à la disparition de l’architecte : il a simplement été changé, il est remplacé par un mot de substitution (« M...B... »). Ce mot « substitué » est un mot nouveau, qui empêche ipso facto que soit encore fait usage de l’ancien. Aussi bien, et par conséquence, la recherche ne sera pas la recherche de la parole « perdue » : cette recherche est inutile puisque l’« ancien » mot est connu. La parole n’est pas perdue, mais le risque éventuel de voir divulgué le mot sacré écarté… Le serment du candidat au premier grade mérite approfondissement. J’y reviendrai plus loin. Les pas d’apprenti seront cités pour mémoire, s’agissant à mes yeux d’une pure spécificité rituélique et non d’un trait caractéristique de «modernité ». Il n’est pas sans intérêt, toutefois, de rappeler qu’au Rite Ecossais Philosophique la marche se fait en partant du pied droit comme chez les « Français », tandis que le Rite Ecossais Ancien et Accepté fait partir du pied gauche. Je ne souhaite pas m’étendre sur la symbolique du pied d’appel, sur laquelle se peut disserter à l’infini, mais on ne peut pas ne pas voir qu’il y a ici à nouveau une similitude forte avec le Rite Français, encore que le pas d’apprenti n’est pas rigoureusement pareil puisque chez nous le creux du pied gauche vient sur les deux premiers pas se poser contre le talon du pied droit et que ce n’est qu’au troisième pas que les talons se touchent, pieds en équerre – soit une double équerre par deux fois, suivie d’une simple sur le troisième pas – cependant que le Rite Français strict fait pratiquer la double équerre par trois fois. Mais, je le rappelle, il s’agit ici de spécificités rituéliques qui ne constituent pas, à mon sens, une clef permettant un rattachement à l’une ou l’autre mouvance en particulier. Notre Rite est, par contre, « écossais » : dans sa disposition des flambeaux aux angles respectifs S\ E\, S\ O\ et N\ O\ du tapis de loge. La disposition typiquement « écossaise » des flambeaux d’angle (trois flambeaux, dont deux sont devant les surveillants et le troisième à l’Orient du côté du Midi) semble être apparue en Avignon, vers 1776, dans la loge « Saint-Jean de la Vertu Persécutée », loge-mère de la loge parisienne «Saint-Jean du contrat social » qui sera le berceau du Rite Ecossais Philosophique. Il ne peut s’agir d’une simple coïncidence, dit Pierre NOEL. La proximité dans le temps et dans l’espace suggère qu’il y eut influence réciproque. Et Pierre NOEL d’ajouter que cette disposition des flambeaux était déjà présente en 1747 dans un texte énigmatique intitulé « Les Francs-Maçons écrasés », dont on ne sait trop ce qu’il faut penser mais qui suggère en tout cas que l’idée était dans l’air depuis quelque temps déjà. Quant à l’acclamation, qui est l’acclamation écossaise : « Houzé, Houzé, Houzé ! », laquelle diffère du «Vivat, Vivat, semper Vivat !»typiquement moderne, pour ne pas dire spécifiquement française Le maçon attentif trouvera, certes, d’autres points de similitude, mais là n’est pas le plus important. Il faut rendre à Pierre NOEL cette justice d’être parmi ceux qui ont peut-être le mieux défini la spécificité des Colonnes « in-lodge » – disons plutôt « Flambeaux » qui est terme plus approprié –selon que l’on travaille au Rite Français ou au Rite. Les Colonnes se retrouvent évidemment dans tout local de Loge. Mais la signification qu’on leur donne n’est pas forcément la même partout ! Alors qu’en loge française, les Colonnes (Sagesse-Force-Beauté) et les Lumières (Soleil-Lune-Maître de la Loge) constituent deux ternaires distincts, en loge écossaise, elles sont fondues en un ensemble unique, ce qui veut dire que, chez les Ecossais, le V\ M\ et les deux S\ S\ sont à la fois Colonnes et Lumières. En d’autres termes, les trois Piliers que sont les trois chandeliers, et dont la vocation première est de supporter la loge, deviennent par une sorte de « glissement sémantique » (entendez : une substitution à un signifié de ce qui est alors perçu comme signifiant ou, si vous préférez, le fait de donner à un mot une signification dérivée de celle qu’on lui avait été attribué à l’origine) – une dérive linguistique en quelque sorte – les trois Lumières qui viennent l’éclairer. Ou, pour l’exprimer autrement, les trois Piliers qui délimitent le pavé mosaïque à ses angles S\ E\ (Sagesse), S\ O\ (Force) et N\ O\ (Beauté) viennent aussi matérialiser les trois Lumières de l’Atelier que sont chez nous le Maître de la Loge et les titulaires des second et troisième maillets. Les Piliers de l’Atelier sont donc bien plus que les simples flambeaux qu’on nomme SAGESSE, FORCE et BEAUTE et leur fonction n’est pas décorative, ni non plus de monter la garde autour du pavé mosaïque : ils éclairent la Loge ; ils l’inondent par leur lumière spirituelle, laquelle se transmet aux trois premiers Officiers qui s’en trouvent auréolés. C’est donc naturellement que le V\ M\ et les deux S\ S\ se trouvent être « Lumières» à leur tour… C’est dans les voyages du candidat au premier grade que se dessine un autre des reliefs les plus particuliers de notre rituel et ceci – voyez-le bien – est d’une appréhension également difficile. Il y a, bien sûr, trois Voyages, mais ceux-ci sont fort différents des traditionnelles Epreuves de l’Air, de l’Eau et du Feu. Il ne s’agit ici, à proprement parler, non d’épreuves destinées à effrayer le candidat, mais bien plutôt de « voyages » destinés à le purifier. Le premier voyage amène la « purification par l’eau » : l’impétrant doit se présenter lavé de toute souillure – les baptêmes par immersion ou par onction ne procèdent pas autrement – et il convient donc qu’il soit d’abord lavé, ainsi purifié par l’eau. Certes, le voyage se conduit au son d’une musique relativement bruyante, mais on est loin ici du tintamarre qui caractérise les rites modernes, le français en particulier, où le premier voyage se fait dans le vacarme le plus. A l’issue de ce premier voyage, quelques questions rituelles lui sont posées sur sa conception quant aux devoirs de l’homme. Il est essentiel de noter que le candidat reste seul devant ces interrogations : on ne lui « souffle » pas la réponse ; il s’indique qu’il trouve par lui-même réponse à ce questionnement… Ainsi purifié, le candidat accomplit son second voyage, qui est celui du feu. On le fait passer par les flammes, symboliquement bien sûr (dans la pratique, une bougie est promenée en-dessous de son bras et sa main). Le feu achève de métamorphoser le néophyte auquel il est demandé alors s’il persiste à vouloir être reçu Maçon. Une fois de plus – rappelons-le – il ne s’agit pas ici de mesurer le courage du candidat, et pas non plus de tester son degré de persévérance : ce qui importe est de savoir si, à présent par deux fois purifié, il a pleine conscience de sa démarche. Et vient le troisième voyage, le plus terrible, beaucoup plus pénible et éprouvant que les deux premiers : il lui faut voyager dans le noir. C’est, à n’en pas douter, ici la plus grande différence d’avec le rite français moderne. Le troisième voyage au rite moderne est celui du feu et ce troisième voyage se déroule plus facilement que les deux premiers, car le futur apprenti commence à prendre de l’assurance et son pas est moins chancelant. Le feu qui vient le purifier est régénérateur : le candidat, maintenant apaisé, est prêt à aller de l’avant. Purifié par l’air, puis l’eau et finalement le feu, le candidat régénéré – fortifié – ne doit plus craindre à présent les embûches ni des êtres ni des choses et peut prétendre, si non à la sérénité – on en est loin ! – du moins à s’élever spirituellement. Rien de tout cela chez nous ! C’est un voyage terrifiant que celui-là, où l’impétrant se retrouve seul avec lui-même et où on lui fait craindre d’être précipité dans le vide… Il est tellement effrayant que le 1er Surveillant demande « grâce pour le candidat », que le Vénérable refuse, ce qui bien sûr est de nature à augmenter encore son effroi. Et ce n’est pas fini... On lui réclame encore une preuve de son courage et de ses intentions. C’est l’épreuve ultime : celle du baptême par le sang, une des formes initiatiques parmi les plus anciennes, l’offrande du sang ayant été de tous temps et dans toute l’histoire de l’humanité le don le plus sacré et le plus précieux. Une alternative existe, qu’est le calice d’amertume, qu’on appelle ailleurs coupe des libations, une coupe remplie d’eau parfaitement banale en soi mais rendue amère de par l’adjonction d’un additif qui toujours rappellera au candidat l’amertume qui ne manquerait pas d’envahir sa bouche s’il venait à se parjurer… Parlons franc : il y a paradoxe. On ne peut raisonnablement pas soutenir que les voyages sont chez nous non des épreuves mais des déambulations à vocation « purificatrice » et, en même temps, imposer au candidat l’offrande de son sang ! On ne voit pas bien non plus en quoi un voyage où l’on fait – rien moins – craindre au postulant d’être précipité dans le vide serait un voyage «purificateur »… Et l’argumentation qui consisterait à dire que les seuls deux premiers voyages ont vocation purificatrice à l’exclusion du dernier ne convainc pas… Et, oui, le Rite Ecossais « Philosophal » est quelque part sans doute un rite un peu paradoxal ! J’ai évoqué plus avant le serment du néophyte sur lequel il me faut revenir. Il n’est pas douteux que, sur ce point, le Rite Ecossais Philosophique s’affiche « moderne », les similitudes entre notre rituel et celui Français étant évidentes, lesquels font l’un et l’autre plier au candidat son genou droit (c’est le contraire chez les Ecossais qui font pour l’obligation solennelle s’agenouiller le néophyte sur son genou gauche) et lui font contracter son obligation sur l’épée du Vénérable posée à plat sur la Bible et en travers de l’autel. Ce qui d’abord nécessite la présence d’un autel, parfois appelé « autel des serments », et qui se retrouve dans tous les rites mais pas forcément dressé de la même façon. Le point de savoir quel est le genou – droit ou gauche – à porter au sol est accessoire : certains diront qu’il n’y a pas au premier grade d’agenouillement ; d’autres qu’il s’indique de faire fléchir au candidat les deux afin que chacune de ses deux jambes soit repliée en équerre. Il est pareillement constant que le néophyte tient le compas ouvert et dont une des pointes (idéalement émoussée afin d’éviter tout accident) repose sur son sein gauche de la main gauche, la droite étant posée sur l’autel. La teneur du serment n’est pas non plus point de divergence, celui-ci étant sensiblement le même à chaque rite. Ce qui fait la différence, c’est le support sur lequel va se prêter le serment. Point de doute chez les « Ecossais » où l’obligation solennelle se contracte sur les Trois Lumières de la Loge que sont le Volume de la Loi Sacrée, l’Equerre et le Compas. Pas davantage de doute chez les « Français » où l’on fait mettre au candidat sa main droite sur le glaive du Vénérable, lequel est posé à plat sur le Volume de la Sainte Loi ouvert à la première page de l’Evangile de Jean, et en travers de l’autel. Le serment, donc, ici se prend sur l’épée du Vénérable inspirée par le Prologue de Saint-Jean sur lequel elle repose, et qui, pour la circonstance, n’est plus épée droite à double tranchant mais glaive flamboyant qui servira par la suite à créer, constituer et recevoir – on dit aussi « consacrer » – celui qui va cesser d’être simple récipiendaire pour devenir nouvel apprenti. Le rituel, tel que nous le pratiquons, est peu explicite et, pour être franc, pas vraiment clair qui simplement dispose: Le candidat est amené devant l’autel. On lui fait plier le genou droit sur un coussin, dans une équerre tournée vers l’Occident, la main droite sur le Volume de la Loi Sacrée et on lui fait tenir un compas dont une des pointes est dirigée vers le sein gauche. Les Frères ici se lèvent et se mettent à l’ordre .Le Vénérable se place dans l’espace entre l’autel et sa stalle, et dit : Veuillez répéter après moi, membre de phrase par membre de phrase, en substituant votre nom au mien… On ne dit pas si le Vénérable doit ou non se déganter (il se dégante au Rite Français, de la main gauche, et étend la main gauche dégantée sur celle du candidat…). On dit qu’on fait mettre au candidat sa main droite sur le Volume de la Loi Sacrée ; on ne dit rien de l’Equerre et du Compas, encore que c’est implicite puisque l’une et l’autre sont disposés sur le Livre. On affecte de croire que la dague qui se trouve sur l’autel fait office d’épée. On a coutume, à l’ouverture des Travaux, de disposer cette dague sur les trois lumières, cependant que le croquis de la disposition de la Loge qui figure au même rituel est contraire, qui fait figurer la dague pointée vers le Septentrion parallèlement au Livre, à quelques centimètres de celui-ci, plus avant sur l’autel. On saisit mal quelle différence il y a entre cette dague, censée être une épée, et l’épée posée sur la stalle du V\ M\ On se pose finalement cette question de savoir où se trouve l’Epée Flamboyante : prend-elle sa place sur l’autel des serments ou faut-il la disposer sur le plateau du Vénérable ? Il est d’évidence qu’il y a ici terrain ouvert au débat… Prolixe à plus d’un titre, très sobre sur d’autres plans, chatoyant et rigoureux en même temps, riche à n’en pas douter, évidemment beau – mais tous les rites le sont ! – le Rite Ecossais Philosophique est aussi interpellant et il est logique qu’il se soit trouvé controversé. Il est, en vérité, très proche du Rite Français traditionnel et il est très clair qu’à de nombreux égards il est au premier chef un rite moderne. Très proche, mais pas pareil ! Notre rite se retrouve « écossais » d’abord, et très simplement, de par ses propres références à l’Ecossisme et à l’appropriation qu’il fait du grade de « Maître Ecossais » et, plus généralement, des Chapitres Ecossais en général dont il s’auto-légitime la paternité. C’est très clairement ici que se situe le point de divergence – pour ne pas dire le point de rupture – le plus net d’avec la Maçonnerie française classique, spécifiquement le Grand Orient de France dont je vous ai expliqué qu’il s’accommodait fort bien des spécificités de la Mère-Loge Ecossaise du Rite Philosophique sur son territoire mais qu’il n’entendait en aucune façon reconnaître les hauts grades qu’elle prétendait conférer sous sa propre autorité. Les divergences au niveau des grades bleus sont d’impact somme toute assez relatif, sauf à pratiquer l’exégèse – ce qui n’est pas ici le propos – sous une réserve (mais de taille) : la disposition des flambeaux-piliers d’angle dont on ne rappellera jamais assez que leur emplacement aux angles respectifs S\ E\, S\ O\ et N\ O\ de notre tapis de loge fait induire la fusion des Colonnes et des Lumières, ce qui constitue une divergence majeure d’avec la configuration « moderne », laquelle dispose les trois chandeliers autrement. La trinité bien connue que composent SAGESSE, FORCE et BEAUTE, non contente de former un premier ternaire basique matérialisé en Loge Ecossaise par trois chandeliers disposés sur pied d’équerre ayant pour base l’Occident (les Français adoptant une position inverse, avec un angle d’équerre à l’Orient), vient se voir chez nous greffée d’une autre qui s’y superpose, désignée ici comme les trois lumières « autres » de l’Atelier : le VENERABLE MAITRE et les deux SURVEILLANTS. Et il y a plus qu’association étroite entre les trois Piliers qui supportent la loge et les trois Lumières autres que celles visibles en premier au tout jeune initié à qui la Lumière vient d’être donnée. Par un processus de glissement sémantique (ce procédé qui consiste à étendre ou changer la signification d’un terme sans en changer la forme) – et dont Pierre NOEL nous dit qu’il est « bien compréhensible », se dessine une nouvelle signification aux trois Grands Chandeliers (« high Candlesticks »)lesquels ne sont pas(plus) seulement l’incarnation de nos trois premières vertus, mais pareillement le siège de trois lumières qui sont autres que l’astre du jour, l’astre de la nuit et celle dispensée par le détenteur du premier maillet (« The Sun to rule the day, the Moon to rule the Night, and the Master-Mason his Lodge »). Ces Lumières sont les trois lumières des S\ E\, S\ O\ et N\ O\ de l’Atelier, matérialisées – identifiées – par le VENERABLE et les deux SURVEILLANTS, lesquels sont appelés à rayonner à leur tour. Les trois Grandes Lumières de la loge ne sont pas occultées pour autant. Loin de là. Le détenteur du premier maillet se retrouve ainsi tout en même temps « Grande Lumière » et « Grand Flambeau ». Et c’est cela sans doute qui fait la première spécificité de nos rituels bleus… Que l’on se plaise à le qualifier « Ecossais moderne » ou « Français Ecossisé », notre rite est évidemment particulier, spécifique et tout-à-fait original dans la superposition qu’il entreprend de pratiques relevant à la fois des « Anciens » et des « Modernes », tout en maintenant dans ce mariage quelque peu « contre-nature » entre vétéro- et néo- testamentaires un équilibre harmonieux. Parce que rien jamais ne perdure qui ne soit conçu dans la Sagesse… Parce que rien jamais ne demeure qui ne soit soutenu par la Force… Parce que rien jamais n’illumine si la Beauté n’est venue s’y loger…

J’ai dit !

T\ D\

Source : www.ledifice.net

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