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Hauts Grades

La fidélité

18 Juin 2016 , Rédigé par M.T Publié dans #Planches

Désir, désir de liberté, désir d'accomplissement... sont quelques-unes des puissantes raisons de l'engagement dans une voie initiatique, engagement qui reste dépendant de la capacité à sacrifier ses seuls intérêts et son confort immédiats pour se soumettre à une discipline - une ascèse - et accepter une contrainte choisie dans un espoir de réalisation plus grande. L'engagement maçonnique est celui d’un cheminement progressif qui mène de soi à l’autre, au monde et aux dieux. Il s’appuie sur la capacité à soumettre sa volonté, canaliser ses passions, discipliner sa pensée, harmoniser raison et intuition, au moyen de rituels et d’une habile mise en oeuvre des symboles et de la pensée créatrice. C’est l’exercice continu de la pensée créatrice en harmonie avec le Principe – la loi morale - qui fait passer progressivement du monde de l'avoir à celui de l'être, dans un abandon volontaire du superflu au profit de l’essentiel pour l'accomplissement de soi dans l’ouverture au monde. C'est le domaine de la conquête de la connaissance de soi qui devient quête de la Connaissance, la Gnose. L'engagement maçonnique est fondé sur la conscience de sa propre liberté et de ses limites, la conscience d'un pouvoir relatif sur soi-même et sur le monde, la sensation d'une incomplétude, le désir et la volonté d'aller plus loin, au-delà de l'horizon visible. En nous engageant par serment, en donnant notre parole, notre foi, nous témoignons de notre pouvoir, de notre capacité morale et de notre liberté. Les buts de la Franc-Maçonnerie énoncés lors de la cérémonie d’initiation et progressivement révélés par la pratique maçonnique font l’objet d’un serment solennel. Le serment constitue la clef d'accès au monde maçonnique : engagement au secret et promesse de travailler inlassablement à son propre perfectionnement pour participer à la construction d’une humanité meilleure, plus éveillée. La fidélité est la clef de voûte de toute initiation et en assure l’équilibre durable. Comme la « ligne de foi », l’axe longitudinal des navires - repère intangible qui figure sur les compas de navigation - sert à aligner le navire sur la route choisie, l’axe vertical analogue de l’homme lui sert de « ligne de foi » personnelle, de ligne directrice interne.

La fidélité est la constance, l'exactitude, la véracité et l’attachement à cette « ligne de foi » de l’homme. Cet axe virtuel, qui va du midi solaire du solstice d'été au centre de la terre, est un canal énergétique et une droite morale ; nous traversant, il contribue à déterminer notre position singulière dans la création, celle d'un mammifère instinctif, primate irrationnel mû par ses besoins vitaux et ses passions qui, dressé sur ses pieds, doué de mains, d’organes de phonation et de parole, est devenu, par une lente progression, un être sensible, intelligent, doté de conscience et de raison, capable d’idéation, conscient de sa finitude et de sa mort : un être en évolution permanente. A cause de cela, l’homme est capable de construire et de projeter, de se construire et de se projeter, dans le temps et dans l’espace, tendu vers un idéal de conquête et la quête d’une perfection qu’il exprime préférentiellement dans l’art et la spiritualité.

Si le serment sert de fondation au Temple, au soubassement qui assure sa stabilité basique, la fidélité, clef de voûte de l’édifice, en assure la stabilité sommitale. L'équilibre stable du temple idéal de l’humanité que nous aspirons à construire est ainsi assuré par le bas et par le haut. L'axe invisible qui relie le bas et le haut, la terre au ciel, constitue l’axe humain de la verticalité : un chemin d’accès, une échelle, vers le monde de l’esprit. Cet ancrage terrestre à visée cosmique dans la verticalité - qui nous constitue en constituant un repère interne - est une constante, une référence, que nous devons reconnaître et à laquelle nous devons nous attacher pour être loyal et digne de foi dans le mouvement double de voyage que nous entreprenons vers nous-mêmes et dans le monde.

Etre fidèle, c'est respecter sa foi, ses engagements, son serment et la mémoire que nous en avons ; c'est respecter l’être humain en devenir que nous sommes, conscient de ses racines et de son parcours, en re-création permanente de lui-même. Aussi, être attentif, observer et maintenir cette règle interne, conditionne notre cheminement et notre cheminement initiatique. Être fidèle, c'est être fiable – digne de confiance - promettre de faire ce à quoi nous nous sommes engagés et, fût-ce au péril de notre vie-même (notre vie physique et celle de l’esprit), être pleinement, ici et maintenant, celui qui s'engage : un être libre, un homme de devoir et de responsabilité. Sans doute devons-nous légitimement nous interroger et pouvons-nous douter de notre capacité à tenir les promesses que nous avons souscrites ? Ne sommes-nous pas présomptueux, ne présumons-nous pas de nos forces dans une entreprise trop hardie ?

La liberté de s'engager implique la connaissance et l’adhésion aux valeurs énoncées, la pleine conscience de leur portée pratique, morale et spirituelle, la ferme volonté de les respecter dans toutes leurs implications, le pouvoir de les assumer et d'en répondre devant ses pairs, ainsi que la responsabilité qui en découle : accepter ses faiblesses et ses erreurs, supporter de les voir mises en lumière, être capable de les corriger, de se corriger, de se rectifier.

Le pouvoir de s'engager implique pour un homme de reconnaître sa liberté essentielle, de se penser et se voir en devenir de lui-même, d’être capable de s'améliorer, de choisir de se perfectionner. La cérémonie maçonnique rituelle de réception reconnaît implicitement et explicitement cette liberté essentielle de l’homme et sa responsabilité ; elle témoigne, de même, de la confiance en sa capacité de renouvellement et de progression vers son accomplissement d’être humain. Le serment est la parole donnée qui engage la totalité de l'être, au-delà même de la difficulté, au moment de l'engagement, à en percevoir avec exactitude les limites. La confiance accordée à l'impétrant par les Frères de la Loge est un acte de foi dans sa capacité à devenir qui lui permettra de connaître progressivement l’étendue du champ de son engagement. Être fidèle à la loi morale est la condition première, la ligne droite qui indique la direction qui vise à la plénitude de l’être. Les préalables de l'initiation peuvent ainsi s'apparenter à la promesse des fiancés de s'engager dans une union féconde où chacun apportera, dans sa diversité, le meilleur de lui-même pour construire et transmettre. La raison autant que l'intuition, la volonté autant que la persévérance et le courage, sont nécessaires pour réussir ce projet de construction, de dépassement de soi et d'épanouissement dans un ensemble plus large – le Temple - qui dépasse et réunit les individualités pour les assembler en une harmonieuse entité. Passer du 1 au 1 + 1, puis au 3, passer de la conscience d’une unité limitée à la dyade androgyne, union des complémentaires, puis au partage, c’est passer du binaire au ternaire, puis à la transmission, dans une entreprise d'élévation qualitative et spirituelle qui dépasse l'individu et s'étend à l'humanité. Plus que de conquête de nouveaux territoires de savoir, ce travail est traditionnellement défini comme celui d’une conquête de soi, la réintégration de l’être dans l’unité primordiale, l’Un.

Quelle est cette foi, dont la racine latine fides apparaît dans le mot « fidélité », cet élément stable sur lequel nous nous appuyons pour développer notre démarche, ou qui apparaît lors de notre mise en chemin ? Quelle est cette foi, cette constante vers laquelle nous nous dirigeons, mettant notre axe de vie en alignement avec l'axe de visée de l'étoile qui nous guide ? Dans les deux cas, c'est un point de référence, la conscience du centre stable de nous-mêmes. Un rituel maçonnique dit que « La Foi est la confiance inébranlable dans les promesses de l’avenir. Elle est l’expression de la fidélité dans nos principes et dans notre idéal. Elle légitime et fortifie notre crédit en l’humanité en général, et en l’être humain en particulier, dans toutes leurs possibilités. Elle anime notre ardeur dans la recherche du Vrai, du Juste, du Beau, du Bien. » Si la foi est un point de référence, le lieu de la stabilité, la fidélité (maçonnique), quels que soient les aléas du voyage, n’est-elle pas la reconnaissance permanente de la direction et de la localisation de ce lieu, la connaissance intime d’une vérité qui se manifeste et s’impose à soi-même ? N’est-elle pas dépassement constant de soi dans la quête infinie de la Vérité dont nous avons identifié l’origine en nous ? N’est-elle pas dans l’équilibre vital harmonieux réalisé au présent, d’instant en instant, entre le passé (nos racines et notre mémoire) et l’avenir (notre projet en devenir fructueux) qui fait de nous un arbre de vie dont la sève est le courant vital, invisible mais bien réel, l’essence-même de ce que nous devons transmettre ?

J’ai dit.

Michel TOL\

Source : www.masoniclib.com

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