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Hauts Grades

Profès et Grands-Profès

5 Juillet 2017 , Rédigé par X Publié dans #histoire de la FM

 Instruction préalable :

 

La Classe Secrète des Profès et Grands-Profès s'éteignit en France pratiquement à la mort de J.B. Willermoz. On sait, par les correspondances d'Antoine Pont, son neveu, que, ne sachant à qui remettre le dépôt et les archives, Willermoz se résigna à les lui donner, Antoine Pont ne les acceptant qu'à la condition de décider, lui-même librement, s'il devait les conserver, les communiquer, ou les détruire. 

Et dans la Patente de Constitution du Grand-Prieuré des Gaules par le Grand-Prieuré d'Helvétie, il est dit qu'en 1828, c'est-à-dire quatre ans après la mort de Willermoz, le Chapitre Provincial de Bourgogne cessait définitivement ses Travaux :

"Attendu que par Acte du 2 août 1828 le Chapitre Provincial de Bourgogne, Vème Province de l'Ordre, en dénonçant au Grand-Prieuré Indépendant d'Helvétie la cessation de ses travaux lui conférait tous ces pouvoirs,

"Attendu que, sous date du 29 mars 1830, le Chapitre Provincial de Genève, par Patente spéciale, émanant de la Province d'Auvergne, IIIème Province de l'Ordre, entrée à son tour en sommeil, acquit le droit de constituer des établissements de son Rite, au lieu et place de la dite Province d'Auvergne....."

Ainsi, en France, à Lyon, de 1828 à 1830, soit dans les six années qui suivirent la mort de J .B. Willermoz, les "Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte" cessèrent leurs travaux et déposèrent leurs archives.

Comment dès lors imaginer Antoine Pont continuant de perpétuer ce qu'il avait reçu de son oncle, et en même temps abandonnant en des mains fraternelles, mais étrangères, des archives probatrices de ses pouvoirs ? Comment imaginer qu'une cessation aussi officielle, confirmée d'une remise des archives, n'eût pas eu lieu avec l'assentiment des très rares Frères qui vivaient encore à l'époque ? Or, tout porte à croire qu'il n'y en avait pas, et qu'Antoine Pont était le seul survivant, à plus forte raison dans la Profession.

Ce qui confirme cette conclusion, c'est que le Martinisme classique, créé par Papus, n'était dépositaire ni des degrés de l'Ordre Intérieur (Novice et Chevalier-Bienfaisant), ni, à plus forte raison, de la Profession. Ce qui enlève toute valeur à l'affirmation que ses Successeurs en ce domaine aient pu la posséder, c'est que ceux-ci n'accédèrent jamais à l'Ordre Intérieur : Teder et Jean Bricaud notamment. Le très-regretté Frère Chevillon avait été adoubé CBCS par le Très-Révérend Frère Camille Savoire, dans le privé. Et le très-regretté Frère Dupont, son successeur, l'avait été au sein du Grand-Prieuré des Gaules, par le successeur de celui-ci, le Très-Révérend Frère Rybinski. Ainsi donc, à Lyon, autrefois centre actif du "Villermozisme" il n'existait plus rien dans les milieux martinistes, en ce domaine.

Par ailleurs, et selon leurs propres déclarations, les promoteurs de la rénovation de l'Ordre Intérieur en France, les Très-Révérends Frères Savoire, Wibaux, Crampon, estimaient que la Profession avait dû s'étendre très tôt après la mort de Willermoz, cela même en Helvétie. En tous cas, ils ne l'avaient point reçue.

Ici, nous devons faire le point. Aux dires de deux témoins importants, dont les témoignages se recoupent dans les détails de la Cérémonie à laquelle ils participèrent à une époque voisine, à Genève, vers 1932, les Révérends Frères Eques a Rosae Caritatis et Eques a Voluntate, la Profession s'était perpétuée. Mais elle avait été malheureusement dépouillée de tout son aspect rituélique rappelant par trop le Martinisme ancien. Elle était conférée de façon fort simple, et l'essentiel en était la lecture, par l'Impétrant, de l'Instruction secrète de son grade. Ces deux Révérends Frères l'avaient reçue, du Très-Révérend Frère Charles Montchal (Eques a Monte-Calvo), Grand-Prieur d'Helvétie à l'époque, et Amez Droz Grand-Chancelier. (Pour des raisons personnelles, le Révérend Frère Eques a Rosae Caritatis décida, après la guerre de 1939-1945, de nier qu'il fût Grand-Profès, estimant que le secret devait être observé sur cela, et qu'on en parlait trop en certains milieux).

Mais c'est notamment à ce titre qu'il établit, sur des bases solides, la résurgence des Elus-Cohen pendant la période de Clandestinité. Néanmoins, il estimait que la Cérémonie avait perdu une bonne part de sa valeur sacramentelle, pour demeurer simplement un rite initiatique. Evêque gnostique, il désirait revenir à une forme absolument traditionnelle. Cette diminution de la valeur sacramentelle ancienne avait été observée par le second témoin, le Révérend Frère Eques a Voluntate et l'avait un peu déçu.

Or, c'est avec pertinence, que Probst-Biraben fait cette observation :

"Ni chez les Chrétiens ni chez les Musulmans, un Ordre ne saurait se fonder sans "consécration", de la part d'un personnage qualifié, consacré lui-même par transmission de pouvoirs depuis les Apôtres ou les Prophètes. Hugues de Payen, et Geoffroy de Saint-Omer la reçurent du Patriarche Théoclétès, issu, (par la succession apostolique) de Saint-Jean l'Evangéliste. Ce qui explique en partie leur culte pour Saint-Jean, et la doctrine du Johanisne qu'ils ont la réputation d'avoir professée.

"Ils prononcèrent les trois vœux d'Obéissance, de Pauvreté, et de Chasteté ensuite, devant le prélat catholique de la Ville Sainte (Jérusalem), Garimond, et ils prêtèrent en même temps serment de garder les routes suivies par les pèlerins, et de défendre ceux-ci à la fois contre les infidèles et contre les pillards, nombreux dans la Palestine du XIIème siècle..."

Par la suite, après des recherches poursuivies pendant plusieurs années, une forme sacramentelle, traditionnelle eu égard aux usages des Ordres Militaires anciens, d'une part, et apte à conférer à ses bénéficiaires des pouvoirs hiérurgiques d'autre part, a été établie et retenue. Désormais, la Profession de l'Ordre Intérieur puise sa source dans la Succession Apostolique de l'EGLISE GNOSTIQUE APOSTOLIQUE, remontant à Evode, premier patriarche de l'EGLISE d'ANTIOCHE, consacré par l'Apôtre Pierre, toutes choses reposant sur des pièces et des documents inattaquables.

Cette observation pertinente du Révérend Frère Probst-Biraben, est d'ailleurs confirmé par de très anciens usages de la Chevalerie.

Si celle-ci pouvait être conférée librement par le Suzerain du récipiendaire, (Empereur, Roi, grand Feudataire, ou simplement seigneur suzerain) ou par le père à son fils, par voie de transmission familiale, à partir du XIIIème siècle et avec l'apparition du rituel du "Miles Christi" (Chevalier du Christ), elle devient le privilège de certaines autorités spirituelles. Ainsi, les Abbés de monastère, les Prieurs des divers Ordres Chevaleresques, mais surtout les Evêques. Le Chevalier prend rang, dans la Hiérarchie Ecclésiastique, entre le Portier et le Lecteur. A plus forte raison s'il existe dans l'Ordre Chevaleresque une "Profession", avec ses Vœux d'Ordre, l'Evêque est seul habilité à conférer celle-ci. C'est pourquoi, par esprit d'indépendance, les mêmes Ordres (Temple, Malte, Saint—Sépulcre d'alors, Teutoniques, etc…) tiendront-ils à posséder leurs grands aumôniers, aumôniers, chapelains, etc…, dûment reçus eux-mêmes au sein de l'Ordre, détenteurs, à des degrés divers, de la Succession Apostolique. Et le Grand-Aumônier sera toujours un évêque, possédant la plénitude de celle-ci.

Ainsi, à la Chevalerie purement militaire, base de l'édifice, se substitue dans ses hauteurs, une Chevalerie spirituelle, ayant ses rites, ses traditions, ses enseignements, ses usages et ses œuvres, qu'ignorent généralement les Frères ordinaires.

C'est ce qu'avait recherché J.B. Willermooz, en constituait sa classe secrète au sein de l'Ordre Intérieur. Il le déclare en certaines de ses lettres, son but fut de perpétuer, en fait, le Martinisme et sa doctrine, ainsi que certaines "transmissions" initiatiques.

Mais ce qu'il livre en ces correspondances, est encore mieux explicité et établi par certains passages de son rarissime ouvrage in-folio : "Réponse aux assertions contenues dans l'ouvrage du R.F. L.Eques A.Fascia, Prae + Loth. et Vis. Prus. Ausine, ayant pour titre : "De Conventu Generali Latomorum apud Aques Wilhelminas, etc…" Cet ouvrage est dit "Imprimé à Lyon sur la minute déposée aux Archives du + - 1784".

Pour J.B. Willermoz, la Classe Secrète, dite de la Profession, a toujours existée, même _au sein de l'Ordre du Temple. Et il semble bien qu'il fasse allusion à une classe analogue au sein de la Stricte Observance Templière, ce qui y justifierait la réalité de ces mystérieux "supérieurs inconnus", sur lesquels on glosa tant au XVIIIème siècle et que le baron de Hund sut si bien dissimuler. Voici ce qu'en dit le Fondateur de l'Ordre de la Cité Sainte :

"Il est donc vrai que la bienfaisance, telle qu'on l'entend, n'est qu'un but accessoire, et ces allégories, ces emblèmes, sont les instructions bienfaisantes que l'Institution donne à ceux qu'elle reçoit en son sein ! S'ils étaient des signes muets, ou n'étaient susceptibles que d'une interprétation relative à l'Ordre du Temple, je demanderais pourquoi recommander avec tant de soin, au Maçon, de les méditer ? Une Société qui ne veut que soulager l'Humanité devrait-elle pour atteindre ce but, se réunir dans un temple qui ne renferme que des emblèmes ? Pour faire du bien aux hommes, est-il besoin de mettre en usage des marques de cette nature ? Quand on ne veut que rassembler des secours pour les verser sur l'indigent, on forme un bureau de charité et on ne s'occupe que de cet objet…" 

"A l'égard de l'Ordre Intérieur, il fut pareillement arrêté qu'il serait composé de deux grades ou classes : l'une d'Ecuyer-Novices et l'autre de Chevaliers. Je n'entre dans aucun détail relativement à ces grades. Celui du Noviciat a déjà été agréé tel que vous l'aviez adopté. Si je parlais à d'autres, je dirais que, d'après ce que j'ai exposé dans le cours de cet ouvrage, et particulièrement dans les chapitres II et III, on peut aisément se former une idée de ce qu'ils doivent être, et_ de ce qu'ils laissent espérer, à_ celui qui se rendra digne du titre de "Chevalier de la Foi" dont il sera décoré…" 

Cet Ordre inattendu dont se réclame Willermoz, il le qualifie déjà en un passage antérieur :

"Haut-Ordre essentiel, plus ancien que les Templiers, et qui pourrait avoir été le but primitif de la fondation du leur…" 

L'Histoire nous dit que lorsque les Croisés s'emparèrent de Jérusalem, lorsque Godefroy de Bouillon, proclamé roi de Jérusalem par ses pairs ne voulut porter que le titre de baron du Saint-Sépulcre, (qu'il transmit d'ailleurs à ses descendants, les ducs de Bouillon, princes de la Tour d'Auvergne), ils y trouvèrent une communauté chrétienne assez mystérieuse, ayant pour but la prière sur le saint Tombeau, communauté fondée par saint Jacques dès la mort du Christ, et agrandie et privilégiée par l'impératrice Hélène et l'Empereur Constantin. C'est cette communauté qui fournit les premiers chanoines de l'Ordre du Saint-Sépulcre, lesquels eurent immédiatement le privilège de conférer le collée chevaleresque aux pèlerins venus d'Europe, et ainsi, de leur conférer la noblesse personnelle.

Et ce "haut-ordre essentiel", c'est l'Ordre de Melchissedec, c'est cette succession dont se réclama le Christ, "prêtre selon l'Ordre de Melchissedec", selon les Ecritures. Succession remontant à l'époque où Abraham est sacré de cette façon, soit dix-neuf siècles avant notre ère. Ce n'est point ici le lieu d'en parler plus avant, ni de montrer comment et sous quelle forme elle fut l'apanage des Réaux + de Martinez de Pasquallis. Il convient d'observer ici la discrétion et la modestie de Willermoz, qui conclut en disant :

"J'ai reconnu ci-devant qu'il doit y avoir des Supérieurs, qui ont la faculté d'instruire, et non de commander, qui tiennent a un Ordre essentiel, plus ancien que le nôtre, et j'ai indiqué l'idée qu'on peut et qu'on doit en former…" 

La Succession Apostolique, avec ses centaines de rameaux, a toujours été soigneusement tenue à jour par les diverses Eglises constituant la Chrétienté, latine ou orientales. Chaque rameau remonte nécessairement à un des Douze. Et chacun des Douze l'a reçu du Christ, "Prêtre selon l'Ordre de Melchissedec". C'est là l'Ordre Essentiel.

 

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