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Samedi 12 janvier 2013 6 12 /01 /Jan /2013 06:33

Pour les étymologistes, tolérance vient du latin tolerare : supporter. Ce verbe « supporter », dans son sens propre, signifie : soutenir par dessous et dans son sens figuré : résister à, endurer, voire même : souffrir avec patience. Ces définitions nous apportent une notion de contrainte, un peu de violence sur soi.

L’esprit de tolérance est plus complexe. La tolérance est un concept de vie et de morale qui est un point d’orgue de la pensée subjective d’un individu. Elle dépend de son éducation familiale, civile, religieuse, de ses sentiments, de ses habitudes, de son environnement. Elle définit la capacité d’un individu à accepter une chose, avec laquelle il n’est pas en accord. Et par extension moderne, l’attitude d’un individu face à ce qui est différent de ses valeurs.

Elle apporte une notion de respect de la liberté d’autrui, de ses manières, de ses pensées, de sa façon d’agir, de ses opinions politiques et religieuses. Mais cette liberté est limitée, elle est accordée à quelqu’un en certaines circonstances ; ce n’est pas un droit, c’est une tolérance. La tolérance est couplée avec la liberté individuelle. Elle s’arrête lorsqu’elle atteint où aliène la liberté de l’autre.

La tolérance est un vaste sujet en lui-même, et vis-à-vis d’autres comportements humains, soit qu’on l’oppose : à l’intolérance, soit qu’on la juge par rapport : à l’indifférence, à la soumission , à l’indulgence, à la permissivité, au respect, voire même à la lâcheté.

J’ai donc souhaité limiter mon étude à la tolérance politique et à la tolérance religieuse qui ont connu leurs lettres de noblesse en Europe, à partir du XVII ième et au XVIII ième siècles. Les philosophes de ces siècles, en particulier ceux du Siècle des Lumières, le XVIII ième, se sont mobilisés pour imposer ces deux tolérances, souvent indissociables (ex :le cas d’une République Islamique) .

Leurs engagements en défense n’étaient pas faciles. Car les libertés de penser, d’écrire étaient étroites, et se heurtaient d’un côté à l’autorité sans concession de la monarchie absolue, avec la menace des « lettres de cachet », et de l’autre côté au fanatisme religieux qui trouvait son paroxysme dans l’inquisition.

Pour le centenaire de la mort de Voltaire, le 30 mai 1878, Victor Hugo écrivait :
« Avant la Révolution, la construction sociale était ceci :

- En bas le peuple
- Au-dessus du peuple, la religion représentée par le clergé
- A côté de la religion, la justice représentée par la magistrature.
Et, à ce moment de la société humaine,
Qu’était-ce que le Peuple ? C’était l’ignorance.
Qu’était-ce que la religion ? C’était l’intolérance.
Qu’était-ce que la justice ? C’était l’injustice ».
Dans ce climat oppressant, les philosophes, les écrivains, les scientifiques, vont apporter la connaissance qui va libérer l’homme. C’est le Siècle des Lumières dont l’aboutissement sera 1789, qui imposera l’Abolition des Privilèges et instaurera la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Pourquoi ce titre à « mon morceau d’architecture » ?
Parce que Voltaire, avec ses écrits, est le philosophe qui a défendu ardemment des causes dans lesquelles des individus avaient été condamnés à tort, sur les bases des fanatismes religieux et qu’il a présenté des réquisitoires contre les superstitions associées aux religions.

Voltaire 1694-1778, né et mort à Paris, de son vrai nom François Marie Arouet, écrivain et philosophe, occupe une place particulière dans la mémoire collective des français. Il inaugure, en effet, la figure de l’intellectuel engagé au service de la vérité, de la justice et de la liberté de penser.
Symbole des lumières, chef de file du parti philosophique, son nom reste attaché à son combat contre « l’Infâme », nom qu’il donne au fanatisme religieux et à son combat pour le progrès et la tolérance. Il est déiste et son idéal reste celui d’une monarchie modérée et libérale, éclairée par les « philosophes ». Il agit auprès des élites éclairées de l’Europe des Lumières, en se servant de son immense notoriété et prend seul la défense des victimes de l’intolérance religieuse et de l’arbitraire dans les affaires qui l’ont rendu célèbre (Calas, Sirven, Chevalier de la Barre, Comte de Lally Tollendal).

A la fin de sa vie en 1778, Voltaire est au sommet de sa gloire. La loge du Grand Orient de France : « Les Neuf Sœurs », ayant appris, à sa grande surprise, que Voltaire n’était pas Franc-Maçon, le contacte pour frapper un grand coup en faveur de son propre prestige. Elle l’initie et cette initiation a un grand retentissement qui devient pour certains le symbole de l’union des Lumières et de la Franc-Maçonnerie. Cette initiation précèdera sa mort de quelques mois. Il portera le tablier du philosophe Helvétius.

Tout le long de sa vie, Voltaire fréquente les grands et courtise les monarques. Mais il aura deux mauvaises expériences : sa déception lors de son séjour à Berlin auprès de Frédéric II de Prusse, et sa querelle avec le Chevalier de Rohan. Ces expériences vont rendre sa plume acide, vis-à-vis des puissants et de leur pouvoir.
Il nourrit son rejet du fanatisme religieux de son passage au lycée Louis le Grand , tenu par les Jésuites qu’il exécrera par la suite. Il trouvera son goût du libéralisme d’Etat lors de son exil anglais à l’âge de 32 ans. Il y fut impressionné par la liberté et le pluralisme politique et religieux de la Société Anglaise. Il estime que là où croît l’intensité des échanges marchands et intellectuels grandit l’aspiration des peuples à plus de liberté et de tolérance.

Il s’installe à Londres en novembre 1726. Il rencontre des écrivains, des philosophes, des savants. Londres est une pépinière d’intellectuels et n’oublions pas que la Franc-Maçonnerie spéculative est née le 24 juin 1717 dans le Pub « L’Oie et le Grill » à côté de la Cathédrale Saint Paul !
En fait, comme toute la Société Anglaise de cette époque, il va être sous l’influence du grand philosophe anglais John Locke, instigateur du libéralisme et de la tolérance
Voltaire tire de la doctrine de John Locke, la ligne directrice de sa morale : la tâche de l’homme est de prendre en main sa destinée, d’améliorer sa condition, d’assurer, d’embellir sa vie par la science, l’industrie, les arts et par une bonne police des sociétés.

John Locke 1632-1704 est considéré comme l’un des premiers et des plus grands penseurs du Siècle des Lumières. Sur une base empirique, il va imposer deux richesses indissociables pour l’homme : la connaissance et la tolérance.

Pour notre sujet, nous retiendrons de John Locke la « Lettre sur la Tolérance ». L’argument central de cette lettre est la distinction de l’Etat et de l’Eglise, de par leurs différences quant à leur fins temporelles ou spirituelles et les moyens employés (force ou persuasion).

Pour John Locke, il est bien clair que seul le magistrat à la charge du pouvoir temporel, qui consiste à maintenir par la loi un ordre public, assurant le bien public et la paix civile. Le magistrat n’a aucun droit sur les intérêts spirituels des individus, car chacun est libre de choisir la manière de vivre dont il estime qu’elle lui assurera le salut. Chacun peut donc adhérer librement aux dogmes qui lui plaisent. Les sociétés religieuses doivent être libres et volontaires, mais n’ont aucune légitimité quant à l’usage de la force, pas plus qu’elles n’ont le droit d’influencer les décisions de l’action politique publique.

La mission temporelle de l’Etat exige de lui qu’il protège les droits de tous les hommes quelles que soient leurs croyances et précisément afin que chaque homme puisse mener sa vie selon les croyances qu’il juge les meilleures et dont il est de droit le seul juge.

Voltaire va aussi s’inspirer d’un contemporain italien : Cesare Beccaria Bonesana (1738-1794) qui fait autorité comme juriste, philosophe, économiste et homme de lettres. Celui-ci, comme Voltaire, subit d’abord, selon ses propres dires : « huit années d’éducation fanatique et servile » dans un collège Jésuite pour jeunes aristocrates à Parme.

Il signe son chef d’œuvre à 26 ans « Des délits et des peines » qui nous pose les bases de la réflexion moderne en matière de droit pénal.
Il y établit les bases et les limites du droit de punir et recommande de proportionner la peine au délit. Beccaria pose, ainsi en principe, la séparation des pouvoirs religieux et judiciaires.

Il juge « barbare » la pratique de la torture et de la peine de mort.
« Ce n’est pas le spectacle terrible, mais passager, de la mort du scélérat qui est le frein le plus fort contre les délits » Maître Badinter s’inspira de l’œuvre de Beccaria, lors de sa croisade contre la peine de mort.
Il préconise la prévention par rapport à la répression et avance la notion de présomption d’innocence.

En France dans ce XVIII ième siècle, Diderot, élève des Jésuites du collège d’Harcourt à Paris, fut aussi un trublion par sa fécondité de semeur d’idées, ce qui lui valut la prison pour un article dans l’Encyclopédie. Il secoua lui aussi le harnais de l’absolutisme et du fanatisme religieux. Diderot s’enthousiasma jusqu’aux larmes, jusqu’au délire pour le bien, pour le beau, pour les sentiments communs de l’humanité : l’amour, l’esprit de famille. Cet enthousiasme ne peut s’exprimer, pour lui, que dans un climat sans contrainte, dans la tolérance.

Certes un froid glacial les a toujours séparés, mais dans la conquête de la liberté, de la tolérance Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) a une place prépondérante avec une œuvre qui est un monument de la littérature. Dans « L’Emile », bible de l’éducation pour certains, nous retiendrons l’éveil religieux dans le chapitre « Profession de foi du vicaire savoyard ». Rousseau y éduque Emile face à la nature en le portant vers la méditation, l’adoration, en exposant les principes de la religion naturelle. C’est un éveil de la conscience où Rousseau forme un homme riche d’une santé physique et morale à l’abri de toute contagion. Pour Rousseau l’homme naît foncièrement bon, c’est son environnement qui le rend méchant et intolérant.

Bien sûr d’autres écrivains ont aidé à l’émancipation des esprits : Montesquieu (Les Lettres Persanes, L’Esprit des Lois), Malebranche (La recherche de la vérité, Les méditations chrétiennes et métaphysiques). L’Académie Française créée par Richelieu en 1634, l’Hôtel de Rambouillet, les salons mondains étaient des lieux ouverts vers de nouvelles influences de pensées et vers la conquête de la tolérance.

Bien que vivant au XVII ième siècle, on ne peut pas passer sous silence en Angleterre Thomas Hobbes (1588-1679) qui publie une œuvre majeure le : « Leviathan », inspirateur d’un contrat social qui fonde les bases de la société civile, en définissant la légitimité du pouvoir des dirigeants, sur une autre base que la religion ou la tradition.

De même en France, René Descartes (1596-1650) avec son œuvre maîtresse « Le discours de la méthode » va apporter le raisonnement reposant sur le bon sens, lequel va mettre en difficulté l’autoritarisme, c’est-à-dire vivre sur les thèmes imposés (monarchie absolue, religion cultivant le fanatisme). Il va libérer l’esprit avec son fameux « cogito, ergo sum » (je pense donc je suis).

Concomitamment, les loges maçonniques se développent en France dans l’esprit qui a trouvé naissance au cours de la soirée du 24 juin 1717 dans le Pub : The Groose and Gridiron. Un prêtre presbytérien, James Anderson, a reçu de la Grande loge la mission d’écrire une histoire de la Franc-Maçonnerie et d’en définir les règles. Ceci aboutit au Livre des Constitutions dont voici un extrait : « Autrefois les maçons étaient obligés dans chaque pays d’être de la religion de ce pays ou de cette nation, quelle que soit cette religion, mais il est considéré maintenant comme approprié de ne les obliger qu’à la religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, et de leur laisser à eux-mêmes leurs propres opinions ; c’est-à-dire à être des hommes bons et véridiques ou des hommes d’honneur et d’honnêteté, quelles que soient les dénominations ou les croyances qui puissent les distinguer ».

Il s’agissait là d’une doctrine d’avant-garde. Et, dans un article de la Déclaration de Principe du Convent de Lausanne (septembre 1875), la Franc- Maçonnerie affirme :
« Celle-ci (La Franc-Maçonnerie) n’impose aucune limite à la recherche de la vérité et c’est pour garantir à tous cette liberté qu’elle exige de tous la Tolérance ».

Dès l’origine la Franc-Maçonnerie spéculative accepte la pluralité légitime des confessions. L’essence même de la Franc-Maçonnerie est la quête de la vérité tout en pensant qu’elle n’atteindra jamais la vérité absolue. La Franc-Maçonnerie écossaise est fondée sur la foi en un Principe-Créateur et sur la raison.

En communion avec John Locke, dans son essai « L’Entendement humain » , le Franc-Maçon doit pratiquer la tolérance. Il doit faire preuve d’humilité, en acceptant pour base l’ignorance mutuelle, et donc ne pas rejeter les autres comme des Etres obstinés, têtus, parce qu’ils ne veulent pas ou ne peuvent pas abandonner leurs opinions, pour embrasser les nôtres. La tolérance est le contraire du sectarisme et de l’intégrisme qui sont la négation de la liberté de conscience.

Le Siècle des Lumières va illuminer la Franc- Maçonnerie avec son mouvement intellectuel, philosophique et politique. Ce siècle s’est caractérisé par la croyance dans la science et la raison plutôt que dans la foi et la superstition.

La Franc-Maçonnerie a attiré à elle de nombreux philosophes, hommes de sciences et … membres de familles royales. C’est à partir de cette époque que la popularité de la Franc Maçonnerie a tout d’abord explosé, puis s’est étendue au monde entier.

Dans ce XVIII ième siècle tous ces esprits cherchent une liberté pour l’homme dans laquelle la tolérance trouve sa place. Mais la société est sous tutelle, avec une monarchie absolue qui règne et une religion intransigeante.
On situe le début de la monarchie absolue avec l’arrivée du Roi Henri IV. Les Bourbons Vendôme succèdent aux Valois. Le 13 avril 1598, l’Edit de Nantes est promulgué avec la liberté de culte pour les protestants. Cette monarchie absolue est une autocratie. Le roi concentre tous les pouvoirs. Louis XIV, très marqué par la Fronde, porte à son apogée cette gouvernance, « l’Etat c’est moi ».

Dans la chrétienté, l’Edit de Nantes n’a pas solutionné le problème catholique – protestant. Si les guerres de religions sont terminées, la lutte est cependant larvée.
Au XVII ième et au XVIII ième siècle, on voit s’affirmer de nouvelles croyances ou religions qui mettent en émoi le catholicisme et la papauté : le Piétisme cher à Kant, le Déisme cher à Voltaire, le Jansénisme de l’abbaye Port Royal cher à Racine, le Theisme cher à Auguste Comte et le concept de Grand Architecte de l’Univers que l’on trouve en particulier chez Liebniz, Wolff et Calvin, et que James Anderson empruntera.

Contre ce qu’elle considère comme une hérésie, l’église s’est dotée, sous l’impulsion du Pape Innocent III, de tribunaux particuliers ou juridictions spécialisées : l’inquisition. Les Franciscains, les Dominicains y font souvent office d’inquisiteurs. On connaît les épisodes des Cathares, des Templiers, de Jan Hus, de Jérôme Savonarole, de Giordano Bruno etc… qui se terminent sur le bûcher.

L’inquisition par la violence de son système de contrôle de la liberté de penser, de son système de terreur et en particulier par ses grands autodafés publics a durablement marqué l’imaginaire collectif.
Ces tribunaux d’exception prononcent la sentence qui est exécutée par le bras séculier. Très rarement le Roi intervient pour modifier la sentence et on peut même dire que les monarques utilisent quelquefois l’inquisition pour se débarrasser de personnes encombrantes !
En 1685 Louis XIV révoque l’Edit de Nantes en promulguant l’Edit de Fontainebleau et persécute les communautés protestantes pour l’exercice de leur culte avec les fameuses dragonnades ou « missions bottées de Louvois ».

On comprend qu’en cette fin de XVII ième siècle et en ce début de XVIIl ième siècle, la tolérance ne trouve pas sa place. Pourtant en 1260 Thomas d’Aquin, dominicain, écrivait : « Si un chrétien voit un conflit entre le dogme et sa conscience, il doit suivre sa conscience et non le dogme » et en 1100 Bernard de Clairvaux avait formulé : « La foi doit être persuadée, non imposée ».

Certes tous ces beaux esprits se réunissaient, écrivaient, mais il fallait entrer dans « l’arène », contre ces deux pouvoirs autoritaires et solidaires : une monarchie absolue et une religion sans concession.
A l’abri des puissants, sur sa frontière Franco- Suisse, Voltaire, « l’Ermite de Ferney », jouissait d’une liberté, agrémentée d’une grande notoriété européenne.
Voltaire va devenir l’avocat des condamnés face à l’obscurantisme du pouvoir et de la religion.
Il se passionne pour quatre affaires :
· l’affaire Calas 1762
· l’affaire Sirven 1764
· l’affaire du Chevalier de la Barre 1766
· l’affaire du Comte Lally Tollendal 1768

Ses convictions, sa recherche de la tolérance sont contenues dans cette citation qu’on lui prête :
« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ».
C’est un préalable qui introduit chez Voltaire la notion de tolérance, laquelle trouve son origine et sa vigueur dans l’affaire Calas.

Son œuvre le « Traité sur la Tolérance » fait suite au procès et à la condamnation à mort de Jean Calas à Toulouse, en 1763. Jean Calas appartient à une famille protestante à l’exception de sa servante catholique et de son fils converti au catholicisme. Suite au suicide de ce fils, la famille Calas se trouve faussement accusée d’homicide volontaire. Elle est mise aux fers et le père Jean Calas, à la demande du tristement célèbre Capitoul (nom des anciens magistrats municipaux de Toulouse) David de Beaudrigue, est condamné au supplice de la roue, puis étranglé et brûlé, ceci sans preuves avérées. Le contexte historique est alors encore fortement marqué par les guerres de religions françaises, des siècles précédents. La grâce de Jean Calas avait été demandée à Louis XV, sans succès. Grâce à Voltaire la famille Calas sera réhabilitée.

De même il va plaider pour la réhabilitation du Chevalier François Jean Lefèvre de la Barre, exécuté sans preuve, à Abbeville, suite à une dégradation de la statut du Christ dans cette ville. En fait, c’est surtout la simple découverte chez ce Chevalier, du « Dictionnaire philosophique » de Voltaire qui l’amène au bûcher. Statufié à Abbeville, ainsi que devant la basilique du Sacré Cœur, puis dans le square Nadar, ce Chevalier va devenir l’icône des tenants de la laïcité.
A la même époque à Castres, un couple de protestants, les Sirven, est accusé d’avoir assassiné leur fille, qui a fait un séjour dans un couvent catholique. Il est condamné à mort par contumace. Voltaire fait innocenter la famille.

Enfin, dans une soi-disant affaire de trahison, sans preuves majeures, le général Comte Lally Tollendal fut condamné à mort et exécuté. Voltaire plaida sa réhabilitation, d’abord accordée puis retirée.
Avec le « Traité sur la Tolérance », Voltaire engage un combat contre les superstitions et le fanatisme religieux. Le terme « Superstition » est pris dans son premier sens : déviation du sentiment religieux, fondée sur la crainte et l’ignorance et qui prête un caractère sacré à certaines pratiques.
Voltaire plaide pour une tolérance au sein des religions et entre les religions. Il illustre ses écrits par divers exemples historiques, religieux et même comiques.
Il souhaite l’éveil de l’homme par l’acquisition des connaissances qui éclairent son raisonnement et le sortent d’un abêtissement né de l’ignorance, dans laquelle l’Etat en place et la religion se complaisent à le laisser.

Ces expressions littéraires sont très fortes :
« Il faut hardiment chasser aux bêtes puantes, nous entendons par là l’Infâme, ce monstre que représente toute religion établie, et en particulier, la religion chrétienne dans ce qu’elle a de plus cruellement oppresseur. A la sévérité accrue du pouvoir doit maintenant répondre une véritable mobilisation contre toutes les formes du fanatisme, cette hydre à plusieurs têtes ».

Dans son œuvre « L’ingénu » faisant allusion à l’affaire Calas il écrit :
« Avec une indifférence inhumaine, un homme en place, signe la destruction d’une famille et avec quelle joie, plus barbare, des mercenaires l’exécutent ! ».

Le 30 mai 1878 pour le centenaire de Voltaire, Victor Hugo louait les qualités de pourfendeurs des injustices et du fanatisme religieux, de cet apôtre de la tolérance. Voici un extrait de cet hommage :
« Il y a cent ans aujourd’hui un homme mourait. Il mourait illustre. Il s’en est allé chargé d’années, chargé d’œuvres, chargé de la plus illustre et de la plus redoutable des responsabilités, la responsabilité de la conscience humaine avertie et rectifiée. Il s’en est allé maudit et béni, maudit par le passé, béni par l’avenir, et ce sont là, Messieurs les deux formes superbes de la gloire ».
« En présence de cette société froide et lugubre, Voltaire, seul, ayant là sous les yeux toutes ces forces réunies, la cour, la noblesse, la finance, cette puissance inconsciente, cette effroyable magistrature, si lourde aux sujets, si docile au maître, ce clergé sinistrement mélange d’hypocrisie et de fanatisme, Voltaire, seul, déclara la guerre à cette coalition de toutes les iniquités sociales, à ce monde énorme et terrible et il accepte la bataille. Et quelle était son arme ? Celle qui a la légèreté du vent et la puissance de la foudre : une plume .
Avec cette arme, il a combattu, avec cette arme il a vaincu ».

A travers Voltaire on sent poindre les prémices de la future révolution. Il combat pour la tolérance, petite sœur de la liberté. Il combat l’obscurantisme, cet état d’esprit réfractaire à la raison et au progrès, le système de ceux qui ne veulent pas voir l’instruction pénétrer dans les masses populaires.

Avec Voltaire un cycle nouveau commence. On sent que la puissance gouvernante du genre humain sera la pensée.
Victor Hugo poursuit :
« La civilisation obéissait à la force, elle obéira à un idéal. Plus d’autre souveraineté que la loi pour le peuple et la conscience pour l’individu. Pour chacun de nous les deux aspects du progrès se dégagent nettement et les voici :
- exercer son droit, c’est-à-dire, être un homme,
- exercer son devoir, c’est-à-dire, être un citoyen ».

Homme du XVIII ième siècle, Voltaire : « chaos des idées » pour les uns, « démolisseur de l’ancien régime » pour les autres, incarne les préoccupations majeures de l’homme. Il dénonce les impostures de la religion, en dévoilant les mensonges qui servent d’assise à l’autorité politique et spirituelle. Il a donné ses fondements à un exercice de la raison. Il apparaît comme le symbole le + incisif de « l’esprit français ».

Au Panthéon des grands philosophes, Voltaire serait-il fier de notre monde aujourd’hui ?

J’ai dit Vénérable Maître.

Source : www.ledifice.net

Par J\ M\ - Publié dans : Planches
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Vendredi 11 janvier 2013 5 11 /01 /Jan /2013 07:27

Est volontairement ambiguë dans son énoncé, afin de marquer l’esprit de nos Frères de ces deux qualités Maçonniques que sont la Tolérance et l’Amour avec un Grand « A ». Vertus théologales et cardinales.
Commençons par la Tolérance :
Pour tolérer, il faut implicitement qu’il y ait choix. Sans alternative nous sommes en présence de l’intégrisme ou de la dictature.
Le mot vient du latin « tolo » et de la racine sanscrite « tla » qui toutes deux ont le sens de porter, supporter. (Exemple : « Atlas » qui supporte la Voûte Céleste).

Il existe plusieurs acceptations du terme Tolérance :
Respect et reconnaissance des choix de l’autre.
Ex : J’accepte que l’autre choisisse de mourir en fumant.
Renoncement à ses droits par esprit de Tolérance.
Ex : J’accepte que l’autre fume et m’intoxique.
Latitude admise par rapport à une règle, une loi
Ex : J’accepte qu’il fume mais à partir du dessert.
Maison de Tolérance
Ex : L’autre peut y fumer ce qu’il veut.
Où encore, celle qui nous intéresse en Franc-Maçonnerie :
Laisser l’autre exprimer des opinions que l’on ne partage pas ou faire des choses que nous ne ferions certainement pas.

Dans la vie Profane les pensées d’une personne qui ne m’est rien, pourraient m’être totalement indifférentes, me conduisant à l’ignorer et donc à faire preuve d’une sorte « tolérance » qui de fait serait de l’intolérance déguisée.
Si maintenant, cette personne je la nomme mon Frère car elle ne m’est pas indifférente, il ne me sera plus possible de l’ignorer. De plus je serai obligé de tout faire pour tolérer ses idées.
La Fraternité peut conduire à une sorte de fanatisme et au gourou si l’on y prend pas garde.
Entendons-nous bien, il ne s’agit pas pour autant de renoncer à nos règles, nos idées et nos croyances et ainsi de renier toute une vie de réflexion, mais d’écouter l’autre et ce qu’il a à dire afin de comparer le résultat de sa quête à la nôtre et ainsi s’enrichir de nos mutuelles différences, de nos expériences, de nos savoirs.

Le mot « mutuelles » n’est pas gratuit. Il implique une ouverture, un échange, un partage.
Accepter ses faiblesses, conduit à Tolérer l’autre. Je préfère cette citation de Raymond Lulle :
« L’Ami se regardait lui-même afin d’être un miroir dans lequel il vit son aimé ».
Tout cela s’apprend, ce n’est pas inné.
C’est le résultat d’une approche, d’une compréhension progressive.
La somme de tous nos « savoirs » ne nous permettra, cependant pas d’approcher de la « Connaissance ».

Nous pourrions dire que nous accordons toujours le bénéfice du doute à un Frère avant qu’il s’exprime, ce que notre Rituel traduit par :
- Qu’apportez-vous en Loge ?
- Bienveillance à mes Frères.
Ou
- Serriez-vous disposé à leur tendre la main et à oublier le passé ?
Ou
- Sur quoi travaillent les Apprentis ?
- A dégrossir la Pierre Brute afin de la dépouiller de ses aspérités et à la rapprocher d’une forme en rapport avec sa destination.
Première des Tolérances, celle vis-à-vis de soi.

Mais notre Tolérance est-elle sans limite ? Sommes-nous donc laxistes ?
La réponse est différente pour chacun d’entre nous.
Nous avons tous nos règles du « jeu », celles que nous nous sommes données :
- En qui mettez-vous votre confiance ?
- En Dieu.
et celles que nous avons librement acceptées, faute de ne pouvoir faire autrement.
- Nul n’est censé ignorer la Loi.

Est-il laxiste celui qui accepte tout, même ce qui heurte ses convictions les plus profondes ?
A l’inverse, est-il intégriste celui qui rejette tout ce qui n’est pas en accord avec ce qu’il croît ?
Entre le noir et le blanc du Pavé Mosaïque, il y a ce boulevard sur lequel, lors de l’épreuve du Feu, vous avez marché droit, purifiés.
Là, il n’y avait ni laxisme, ni intégrisme, car la plume de Maat au nom du G\A\D\L\U\, avait équilibré les extrêmes afin de vous donner une seconde chance et l’accès à cette nouvelle vie, faisant ainsi preuve de tolérance, car c’est à ce moment qu’elle a lue les règles qui régissent la vie, vérifiée que vous étiez bien en conformité avec elles et acceptée vos écarts par rapport à la Loi Unique.

Avec la complémentarité du blanc et du noir, vous avez vécu le troisième terme qui permet de passer du binaire au ternaire.
Nos limites sont : La Loi Unique.
Lorsque nous disons que le G\A\D\L\U\ a créé l’homme à l’image de Dieu, je pense que l’ensemble des hommes est à peine équivalent à cette image et que donc les milles facettes différentes en sont toutes acceptables.
Les limites ne nous en sont pas connues et jamais ne le serons.
« Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. » (Socrate)

En conséquence, il nous faut toujours écouter l’autre, car il nous fait découvrir une facette de Dieu, G\A\D\L\U\ que nous aurions ignorée sans lui et qui pourtant était en nous puisque nous sommes tous à Son image…
En ce sens, la Tolérance est infinie et évolutive, totalement libre, et donc, n’est pas un droit figé dans une règle.
A la limite, être Tolérant c’est vivre une ascèse.
Dois-je tendre la joue gauche au nom de la Tolérance ?
Oui, et si je veux aller au bout de l’échange, je tends la joue droite, car je suis en position de Force par rapport à celui qui est commandé par ses muscles alors que je suis commandé par l’Esprit.
Rien ne m’empêche ensuite de conclure l’échange avec une droite sur le nez, pour lui apprendre que l’on « ne fait pas à autrui ce que l’on ne voudrait pas qu’il nous fut fait ».
Etre ni faible, ni servile.
Etre compréhensif mais pas aveugle, car malheureusement nous ne roulons pas tous pour la même écurie et il arrive que sous l’apparence de l’ange, attend le plus terrible des démons, prêt à nous sauter dessus dès que nous abattons nos défenses…

Aux cours de nos libres conversations avec les Apprentis, je leur ai posé cette question :
Christ ayant quasiment tout pardonné, était-il laxiste ?
Je vous laisse y réfléchir.
Cette question me servira de lien avec l’autre composante de ma planche qui porte sur l’Amour.
Car au centre de la Croix, se rencontrent la Connaissance et l’Amour en une seule et même Réalité.
Elles se fondent en l’Un, comme nous devons le faire avec l’autre, en Amour, abolissant la dualité pour n’en retenir que la complémentarité.

La base de notre approche tolérante, ne peut se faire que grâce à la Loi d’Amour. Sans elle il est impossible d’approcher l’autre.
L’Amour a cette particularité d’être totalement incontrôlable. Il « est ».
Celui qui aborde l’autre en état d’Amour, n’a aucun a priori, aucune défense.
Il est totalement ouvert et réceptif.
A noter que là encore il faut être deux pour qu’il y ait Amour.
Les termes utilisés pour la Tolérance sont également valables pour l’Amour.
Par exemple, et sans grivoiserie, le langage amoureux nous parle de se fondre en l’autre afin de ne plus faire qu’un. Instant magique de l’Union ! !
L’homme ne peut pas se passer d’Amour.

Une des particularités de l’Amour, c’est que c’est inépuisable. Plus on le donne, plus il grandi.
Un dicton dit que « l’Amour est aveugle » et nous savons tous que c’est vrai, car l’Amoureux ne voit pas les défauts de l’autre, mais n’en voit que les qualités.
Au delà du banal quotidien, il est bon de remarquer que c’est exactement la démarche attendue de nous pour appréhender l’autre. Condition nécessaire et sans a priori de l’ouverture totale.

Il est intéressant de remarquer qu’il est impossible de raisonner une personne amoureuse.
La Raison et l’Amour sont antinomiques. La première est le fruit d’une analyse froide par l’intellect, résultat de choix, donc intolérante quelque part, alors que le second est spontané, total et échappe à tout contrôle.
Il est intéressant de noter que l’intolérance combat par la Force et que la Force de l’Amour est celle qui lui répond.
Est-ce pour cela que notre Rituel, à la clôture des Travaux fait dire à notre Frère Premier Surveillant gardien du Pilier Force : « Que l’Amour règne parmi les Hommes » ?
Le premier est par définition finie, alors que le second est infini. Infini, car plus on Aime et plus on se rapproche de la Connaissance.

L’Oeil du Cœur est le catalyseur qui fait prendre conscience des liens qui unissent nos sens, nos observations et réflexions. L’Amour nous bouleverse intérieurement et il ne nous est pas possible d’ignorer cet état extraordinaire résultat à l’intérieur d’un événement extérieur.
La réflexion qui s’en suit conduit au fameux :
« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux ».

Je ne peux m’empêcher de citer cette chanson de Jean Férat « Aimer à perdre la raison » qui nous invite à écouter les poètes, ces êtres qui comme nous sont des artistes, des adeptes d’un art, dans notre cas l'Art Royal. Tous, nous avons en commun l’intuition qui nous vient du Divin, cette intuition qui régit nos pensées et se traduit parfois en Paroles extraordinaires.
Dans cet Atelier où l’Amour des Frères est chose normale, j’espère que l’esprit de Tolérance qui y règne, vous rendra cléments et que vous m’aurez pardonné mes erreurs et lacunes.
Pour conclure, j’attire votre attention sur le fait que dans notre Loge, il n’est pas possible de se parler directement et que nous devons toujours passer par le Vénérable Maître, le médiateur, le souteneur (de la racine tla) de cette Maison de Tolérance.

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Jeudi 10 janvier 2013 4 10 /01 /Jan /2013 07:36

A force d’être rabâchées, certaines notions, pourtant essentielles, en arrivent à perdre jusqu'à leur sens, voire à en devenir presque l’antithèse…

Constatation introductive

L’objet de cette réflexion est de se pencher sur deux notions qui semblent pratiquement constitutives de la franc-maçonnerie, au point que certains esprits n’hésitent pas à en faire des sortes de "propriétés intellectuelles" de notre Ordre, les plaçant au cœur d’une phraséologie mielleuse dont des chercheurs de lumière – donc aussi, suivant l'étymologie lux, de lucidité – gagneraient beaucoup à s’affranchir.

Pourtant il vaut la peine, plutôt que d’entonner le couplet rassurant de ce qu’il faut bien appeler la "langue de bois" maçonnique, de tenter d’approfondir ces deux notions.

Car la fraternité est bien plus que le fait d’être "gentil" avec tout le monde et en particulier avec ses Frères et/ou ses Sœurs, sous prétexte de ne pas leur faire de peine ; de les caresser dans les sens du poil afin de ne surtout pas interrompre le doux ronronnement qui n’est pas toujours absent de nos Loges.

Quant à la tolérance, elle est aux antipodes de la tendance à tout entendre et tout laisser dire, des plus vaines âneries aux plus ineptes approximations.

La méthode, une fois de plus, consiste à tenter de revenir à l’essentiel des choses, à l’élémentaire au sens propre du terme.

Alors, ces deux notions vont pouvoir révéler ce qu’elles sont, à celui qui, comme Rabelais le préconise, osent rompre l’os pour en déguster la "substantifique moelle".

Un "discours de la méthode"

Outre l’occasion de partager des agapes plus ou moins abondantes et souvent bien arrosées, le tout émaillé de propos dont la hauteur de vue forcerait l’admiration de bien des commentateurs sportifs, la franc-maçonnerie est aussi une voie initiatique ésotérique. C’est-à-dire qu’elle propose un instrumenta qui doit nous permettre à la fois de nous transmuter et d’aller au-delà des apparences.

L’ésotérisme, en effet, s’oppose à l’exotérisme en ce sens que non seulement il ne s’adresse pas à tous, mais constitue encore une démarche intérieure, qui nous appelle notamment à aller plus loin que ce qui tombe sous les sens, afin de mettre en évidence la dimension cachée de ce sur quoi se pose notre regard.

En outre, ce qui fait la spécificité de la voie maçonnique est l’utilisation des symboles, dont une bonne approche est constituée, à mon sens, par la définition issue de l’étymologie (on se souvient que le terme, originellement en Grèce antique, désigne les deux parties d’un tesson, partagé en signe d’alliance) : "quelque chose de visible qui conduit à quelque chose d’invisible."

Ainsi que nous y encourage le rituel, qui nous rappelle que "tout est symbole", nous allons donc tenter de considérer les deux notions de "fraternité" et de "tolérance" comme des symboles, dont il conviendra d’essayer de mettre en lumière la partie cachée, ou à tout le moins peu évidente, ce vers quoi ils conduisent, et dont nous savons que le langage est impuissant à rendre compte dans sa totalité.

En conclusion, nous tenterons de tirer quelques conséquences des constatations que nous aurons faites.

La tolérance

Une étude passionnée du moyen-âge nous a conduit à nous intéresser de près à un texte riche de nombreux symboles : La Quête du Graal. Les non médiévistes apprendront sans doute avec plaisir qu'il est disponible en français moderne, dans l'excellente traduction d’Albert Béguin et Yves Bonnefoy, aux éditions du Seuil, dans la collection "Points Sagesses".

Allons au commencement de la Quête : les "compagnons" de la Table Ronde (notez le terme, c’est celui du texte) sont réunis à Camaalot le jour de la Pentecôte, qui est, premier signe, la commémoration de la descente de l’Esprit-Saint sur les apôtres.

Au cours du repas, le Graal apparaît et passe devant chacun, lui servant exactement les mets qu’il désire. Alors, le bouillant Gauvain fait le serment d’entrer en Quête un an et un jour, jusqu'à ce qu’il ait retrouvé le Graal et éclairci son mystère. Naturellement, les autres Chevaliers, ne voulant passer pour des couards, s’empressent de prêter eux aussi le même serment.

Comme le Vénérable accompagne un Frère hors de la Loge de certaine cérémonie, le Roi chemine alors avec les compagnons jusqu'à l’orée d’une forêt : « Puis ils se séparèrent, le Roi s’en alla vers Camaalot, et les compagnons entrèrent dans la forêt. Et ils chevauchèrent tant qu’ils parvinrent au castel de Vagan. Ce Vagan était un prud’homme de bonne vie, qui avait été un des bons chevaliers du monde tant que dura sa jeunesse. Lorsqu’il vit les compagnons passer dans les rues de son castel, il fit fermer toutes les portes et dit que, puisque Dieu lui avait fait l’honneur de les mettre en son pouvoir, ils ne s’en iraient pas avant qu’il les eût comblés de tout ce qu’il avait. Il les retint de force, les fit désarmer et les dota de tant d’honneurs et de richesses qu’ils se demandaient d’où il pouvait tenir tout cela. Cette nuit-là, ils se consultèrent sur ce qu’il leur convenait de faire. Ils résolurent de se séparer et de suivre chacun son chemin, parce qu’on leur ferait honte s’ils allaient tous ensemble. Au matin, sitôt que le jour parut, les compagnons se levèrent, prirent leurs armes, et allèrent ouïr la messe dans une chapelle. Puis ils montèrent à cheval, recommandèrent à Dieu le seigneur de céans, et le remercièrent de l’honneur qu’il leur avait fait. Ils quittèrent alors le castel et se séparèrent comme ils l’avaient décidé, puis se dispersèrent dans la forêt, pénétrant là où elle était la plus épaisse, sans chemin ni sentier. Au moment de cette séparation, on vit pleurer ceux qui croyaient avoir le cœur dur et orgueilleux. « 

Ce court passage, riche de symboles – comme tout le livre d’ailleurs – apporte à la conception que l’on peut se faire de la tolérance un éclairage nouveau.

Il en ressort, à notre sens, que la tolérance consiste uniquement à accepter que ceux qui sont, comme nous, en quête de leur Graal, poursuivent une voie aussi valable que la nôtre, quelle que soit la direction qu’ils empruntent, car la même quête de la Lumière nous unit… pour autant que nous cherchions tous la Lumière…

Ce qui permet aussi aux compagnons de la quête de se séparer sans dommage est le fait que tous sont unis, vivifiés par la même Tradition : ils ont tous "ouï la messe".

Cela nous semble fixer avec clarté le cadre où s’exerce la tolérance, et en marquer assez bien les limites : la tolérance semble se jouer dans un double mouvement :

·    d’une part dans l’origine commune, le partage des mêmes sources ;

·    d’autre part dans la quête d’un but commun lui aussi, mais que chacun cherche à sa propre manière.

Notons enfin, pour stimuler l’esprit d’aventure qui devrait animer les initiés, que chaque compagnon pénètre dans la forêt "là où elle était la plus épaisse, sans chemin ni sentier." Il s’agit, bien entendu, du point d’entrée dans la quête, car plusieurs chevaliers seront amenés à se rencontrer au cours de l’aventure. Mais l’injonction est claire d’avoir à sortir des sentiers battus, du train-train rassurant du connu, pour oser affronter les profondeurs du mystère…

Mais la maçonnerie étant "un sport individuel qui se pratique en équipe", il convient maintenant d’explorer le second point, la fraternité.

La fraternité

L’une des images qui nous a le plus frappé dans l'un des ouvrages qu’Oswald Wirth a consacrés à notre Ordre, fut l’ouroboros entourant la devise grecque "en to pan", que l’on peut traduire littéralement – le verbe être est implicite dans les propositions prédicatives – par "le tout est un".

Si l’initiation est une voie qui doit nous permettre de nous transmuter, lorsque nous prenons conscience intérieurement de cette unité profonde du réel – dont la science moderne montre assez le processus dans le plan de la matière –, nous savons alors que nous sommes reliés essentiellement à tout ce qui est.

Dès lors, comment ne pas voir se modifier de l’intérieur, petit à petit et à la mesure de l’intériorisation de cette prise de conscience, notre manière d’être au monde et, partant, nos relations avec autrui, comme avec tout ce qui est.

L’extérieur en devient non plus "l’autre", l’ennemi potentiel, mais une modalité de ce qui est, une part du Tout dons nous sommes aussi partie. Alors, une fraternité profonde, ce que les bouddhistes appellent "compassion", marquera de plus en plus toute notre vie de son sceau. Ce ne sera plus un code comportemental exotérique qui guidera nos actions, mais ces dernières deviendront l’expression d’une conscience, d’une intériorité. Nous serons en marche, véritablement, dans une voie ésotérique.

La caractéristique d'une telle voie, est qu'elle devient le pivot même de notre existence, la source d'une vie nouvelle... qui génère ipso facto un vécu de la fraternité propre à cette voie et à ce point commun essentiel des cherchants.

On l'aura compris, la tolérance aussi bien que la fraternité, n'ont dans une perspective réellement initiatique, rien à voir avec leur assimilation moraliste, mais constituent des "effets secondaires" de l'Initiation.

Fraternellement à tous.

Source : http://www.masonic.ch/pages/editos/edito_04.htm

 

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Mercredi 9 janvier 2013 3 09 /01 /Jan /2013 09:14

La tolérance est une notion relativement récente et son concept même est encore bien loin d'être considéré comme une vertu dans notre monde actuel.

Passé ce constat sur lequel nous reviendrons, il nous faut, avant toute chose, définir cette tolérance, à laquelle nous adhérons et que nous nous efforçons de pratiquer, cultiver et propager.

Définitions de la Tolérance.

Je n'aime guère commencer une planche par la citation d'un article du dictionnaire. Je trouve cette méthode un peu réductrice par sa tendance à encadrer la réflexion et, par là même, imposer des limites à la pensée personnelle. J'ai cependant cédé et j'ai ouvert les livres. Je dis "les" livres car j'ai recueilli ainsi plusieurs définitions établies à des périodes différentes. Bien m'en a pris, car cela m'a confirmé ce que je pressentais:

- La tolérance est une notion moderne, elle a considérablement évolué dans sa forme et dans sa pratique et reste aujourd'hui capable de muter encore, ce qui lui donne le paradoxe de demeurer tout à la fois forte et fragile.

- La tolérance n'est pas un sentiment inné. L'homme, comme les autres êtres organisés, n'est pas tolérant par nature.

Mais puisque j'ai évoqué les définitions livresques, je vous en livre quelques unes :

- Augustin la définissait ainsi à la fin du IVème siècle :

"Ce qui est appelé tolérance n'a lieu d'être qu'envers les maux" .

- Antoine Furetière (Dictionnaire universel de 1684) :

" Tolérance : patience par laquelle on souffre, on dissimule quelque chose, la tolérance qu'on a pour les vices est souvent cause de leur augmentation" .

" Tolérer: souffrir quelque chose, ne pas s'en plaindre, n'en pas faire la punition. Il faut tolérer les défauts de ceux avec qui nous avons à vivre. On tolère à Rome les lieux de débauche, mais on ne les approuve pas. Il faut tolérer les abus quand on ne peut pas les retrancher tout à fait; tolérer les crimes qu'on ne peut pas punir"

L'exemple cité n'est pas sans rappeler la célèbre phrase "La tolérance, il y a des maisons pour cela! ". Son auteur, Paul Claudel s'est-il inspiré de cette définition? Toujours est-il qu'il nous renvoie à "la case départ" à une époque, 1921, où le concept de tolérance était assez proche de ce qu'il est aujourd'hui. Cette position réactionnaire illustre assez bien le côté force et fragilité que j'évoquais précédemment.

Le Grand Larousse de1927 nous offre le texte suivant :

" Tolérance : Action de tolérer, supporter avec indulgence ce qui est contraire à nos sentiments, à notre manière de voir" .

Et enfin, en 2000, le Petit Larousse illustré nous dit :

" Tolérance : respect de la liberté d'autrui, de ses manières de penser et d'agir, de ses opinions politiques et religieuses.

" Tolérant : indulgent dans les relations sociales" .

Que de différences en l'espace de quelques siècles ! Pour mieux comprendre cette évolutions, les définitions ne suffisent pas, il nous faut connaître l'histoire de la Tolérance.

Histoire de la Tolérance.

C'est en France que la Tolérance se manifeste pour la première fois de manière officielle, codifiée et formelle. Nous sommes en 1598, l'église catholique romaine en est alors à son maximum d'intolérance et dans deux ans, Giordano Bruno sera livré au bûcher…

La France est , selon la formule: "la fille aînée de l'église" et le pouvoir séculier est au main d'un monarque qui tient son pouvoir, toujours selon la formule: "de la grâce de Dieu".

Depuis près de 36 ans, catholiques et protestants se déchirent et s'entretuent. Le roi d'alors s'appelle Henri IV, c'est un homme intelligent, bien conseillé et bien entouré. Il a une volonté réelle de mettre un terme à cet affrontement entre catholiques et protestants. Habile et fin politique, il multiplie les tentatives par un engagement personnel considérable : né protestant en 1553, il abjure en 1572, se rétracte en 1576 et enfin se convertit en 1593. Sa célèbre phrase "Paris vaut bien une messe" lui vaudra de paraître comme opportuniste et il aurait ainsi maintenu cette image s'il n'avait été plus loin.

Henri IV constate alors que les voies de la rigueur et de la douceur ont échoué à faire disparaître le protestantisme du royaume, il va alors tenter de permettre la permanence, dans cette France "Très chrétienne", de la R.P.R. (Religion Prétendue Réformée). Il se fonde alors sur la conception d'alors de la tolérance : " Acceptation d'un mal que l'on ne peut pas empêcher". Le roi Henri va alors créer ce qui constitue le véritable texte fondateur de la Tolérance : l'édit de Nantes. L'édit de Nantes est promulgué en trois étapes les 3 avril, 30 avril et 2 mai 1598.

L'édit de Nantes est un ensemble de 95 articles dont certains règlent d'une manière extrêmement précise les droits et devoirs des deux communautés en présence. Hostile à tout compromis, le Pape Clément VIII proteste auprès de l'ambassadeur de France et nombreuses sont les manifestations contre cet acte régalien.

Un certain Langlet Le Poirier tente d'assassiner le roi en août 1589; il est dénoncé avant de concrétiser son projet et est ensuite condamné à mort et exécuté. 21 ans plus tard, et pour les mêmes raisons, un nommé Ravaillac parviendra à ses fins et connaîtra le même supplice. Henri IV aura payé son audace de sa vie.

Revenons à l'édit de Nantes… Dans le droit de l'ancien régime, la loi du roi n'a de réelle valeur qu'une fois qu'elle a été enregistrée par les parlements régionaux. Ainsi et selon les régions, l'édit n'est enregistré qu'entre 1599 pour les premiers et 1609 pour les plus réfractaires (Rouen), ce qui représente 11 ans entre la promulgation et la prise d'effet! C'est donc peu dire que les réticences et les résistances ont été vives.

Obstacles à l'application, manifestations, protestations, tentatives homicides puis régicide abouti, toutes ces réactions prouvent, s'il en était besoin, combien l'édit royal bouleverse les sociétés en présence et combien il est difficile de faire admettre les idées novatrices et les principes progressistes.

Quoiqu'il en fut, la loi est appliquée et les protestants peuvent désormais jouir des mêmes droits civils, publics et privés que les catholiques. Ils acquièrent également la liberté de culte et de réunion.

Citons l'article 6 de l'édit de Nantes :

"Et pour ne laisser aucune occasion de troubles et de différends entre nos sujets, avons permis et permettrons à ceux de ladite RPR, vivre et demeurer par toutes les villes de notre royaume et pays de notre obéissance, sans être enquis, vexés, molestés ni astreints à faire quelque chose pour le fait de la religion contre leur conscience, ni pour raison d'icelle être recherché ès maisons et lieux où ils voudront habiter, en se comportant au reste selon qu'il est contenu en notre présent édit".

Hélas, toutes les histoires ne se terminent pas comme les contes de fées, et, moins de cent ans plus tard, en 1685, l'édit du "Bon roi Henri" était révoqué par son propre petit fils, un certain Louis, quatorzième du nom.

Mais la première pierre était posée et le concept de la tolérance allait évoluer malgré les obstacles que tous les humanistes acharnés à le faire progresser allaient rencontrer. L'édit de Nantes peut être considéré comme le texte fondateur de la liberté de conscience et de la tolérance.

Les Anglais, alors en pleine difficulté avec leur monarchie et l'affrontement des communautés reprennent l'idée de tolérance, rapprochent l'édit de Nantes des écrits de Thomas Moore (L'utopie) et définissent la tolérance dans un sens innovant : non plus un pis aller, mais une nécessité inhérente à l'homme naturel et politique. Le pas était fait, né du besoin de concorde religieuse, la tolérance devient le moteur de la concorde religieuse et de la concorde civile. C'est véritablement à ce moment qu'apparaît le sens moderne de la tolérance et précisément en mai 1689 par le vote du "Toleration Act". Soit quatre ans après que la France eut révoqué l'édit de Nantes….

Au XVIIIème siècle, face aux églises, Voltaire et les autres philosophes du siècle des lumières semblent avoir de la peine à pratiquer la vertu de tolérance. En 1763, l'apologie mise en scène dans le "Traité sur la Tolérance" révèle une morale très claire, Elle révèle une tentation face aux religions: celle de ne faire de la tolérance qu'une entreprise de réduction de l'autre au semblable.

La tolérance entre confessions est toutefois possible et Voltaire, dans les "Lettres anglaises " ne dit-il pas :" un Anglais, comme un homme libre va au ciel comme il lui plaît" et il ajoute : "s'il y avait, en Angleterre qu'une religion, le despotisme serait à craindre; s'il y en avait deux, elles se couperaient la gorge; mais il y en a trente et elles vivent en paix et heureuses". Et l'encyclopédie conclut, en 1765, par cette définition : " La tolérance est en général la vertu de tout être faible destiné à vivre avec des êtres qui lui ressemblent."

Sur le terrain politique, et après bien des batailles, un édit qualifié de "Tolérance" est promulgué en 1787. Il correspond aux revendications de Voltaire issues de son combat lors de l'affaire Callas mais reste très en-deçà des édits de pacifications et de l'édit de Nantes. Le roi Louis XVI y accorde à ses sujets qui ne professent point la religion catholique, les droits que la nature ne cesse de réclamer en leur faveur.

Le point le plus important et le plus novateur de cet édit est qu'il crée un état civil laïque pour les sujets non catholiques ; les déclarations de naissance, de mariage et de décès peuvent être faites, pour ces derniers, devant un officier de justice en lieu et place du curé de la paroisse. Deux ans avant la révolution! C'est la préparation à la laïcisation de l'état civil français.

C'est ensuite 1789 et les révolutionnaires sont très partagés quant à la tolérance. Laborde et Mirabeau s'affrontent à ce propos le 22 août 1789. On est en pleine discussion sur la déclaration des droits de l'homme qui sera publiée le 26 août. Celle-ci est peu explicite sur la liberté de religion et la confond avec la liberté d'opinion qu'elle formule ainsi dans son article 10 : "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi" . On ne peut nier l'esprit tolérant de ce texte que l'on peut qualifier d'article de tolérance de la déclaration des droits de l'homme.

Mettant fin à la révolution, le premier consul Bonaparte signe, le 16 juillet 1801 le concordat avec le pape Pie VII. Les disposition en sont promulguées par la loi d'avril 1802 et étendues aux cultes réformés et luthériens puis au culte "israélite" (selon le terme de l'époque).

On peut interpréter le régime concordataire comme l'aboutissement de la tolérance civile, fondée sur la neutralité active de l'état qui, loin d'être indifférent, accorde son aide à tous les cultes reconnus et n'en privilégie aucun.

Ce premier pas qui va de la tolérance vers une véritable laïcité est repris par Jules Ferry en 1881 et trouve son apogée le 9 décembre 1905 au moyen de la loi de séparation de l'église et de l'état. La république assure, de manière formelle, la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes.

Mais si la tolérance est un chemin qui mène à la laïcité, il n'est pas le seul et il convient de ne pas considérer tolérance et laïcité comme synonymes.

Très rapidement, nous venons de parcourir un peu plus de quatre siècles de notre histoire moderne et nous avons vu naître et évoluer le concept de tolérance. De cette épopée, il apparaît qu'il s'agisse davantage d'une histoire de l'intolérance que d'une histoire de la tolérance.

De l'intolérance à la tolérance.

La tolérance n'est ni innée ni spontanée, c'est une démarche née de son contraire, c'est à dire venue par réaction face à l'intolérance. Réaction issue à la fois de volontés politiques et de principes humanistes. L'homme est intolérant, chacun croit détenir la vérité et dénie ce droit à l'autre. L'homme est un animal grégaire, sa constitution en sociétés est un facteur important dans le développement de son intolérance. L'intolérance individuelle devient alors intolérance sociétale, corollaire du sentiment d'appartenance et rejet commun des dissemblables.

Permettez-moi d'ouvrir une parenthèse et vous donner un exemple : J'ai toujours été troublé de ce que les groupes humains, possédant leur propre langage, ont inventé un mot pour désigner l'autre et, par là même, souligner sa non-appartenance au groupe.

Ainsi :

Pour un nudiste, je suis un "Textile" .
Pour un normand, je suis un "Horsain".
Pour un corse, je suis un "Pinzzuti".
Pour un juif, je suis un "Goy".
Pour un gitan, je suis un "Gadjio".

La liste n'est pas exhaustive, cherchez bien, il y en a d'autres. D'ailleurs, nous, francs-maçons, ne qualifions nous pas de "profane" celui ou celle qui n'appartient pas à notre assemblée ? Sans commentaire.

Je n'aurai pas l'outrecuidance d'affirmer que toute société qu'elle se constitue autour de principes religieux, d'origines ethniques, de tradition de culture ou tout à la fois, est par nature intolérante, mais je pense que toute religion, toute société porte en elle les germes de l'intolérance et que la tolérance n'est autre que l'anticorps qu'il nous faut activer et développer à la manière d'un système immunitaire.

La tolérance s'est tout d'abord appliquée au plan des religions avant d'être étendue à la liberté civile. Il s'agit bien d'une extension et non d'une substitution et au poids considérables des religions se sont ajoutés ce que j'appellerai les dogmes athées, pensons à Hitler, Staline ou Pol Pot…

Quant aux religions, si la Saint Barthélemy nous paraît bien lointaine et si nos regards se tournent volontiers vers Gaza ou Kaboul, n'oublions pas aussi de regarder ce qui perdure à Belfast.

L'affirmation de Voltaire : "l'intolérable, c'est le fanatisme" paraît ainsi toujours d'actualité. Mais comment distinguer, à travers expressions et manifestations, le fanatisme intolérable et la conviction tolérable?

La tolérance aujourd'hui.

Aujourd'hui, la tolérance reste l'instrument indispensable au progrès de l'humanité. La tolérance continue de faire face à l'intolérant, à la fois son ennemi et son géniteur.

En ce XXIème siècle naissant, deux autres dangers menacent la tolérance:

Trop de tolérance tue la tolérance.

Dans les propos publics de nombre d'hommes politiques, une expression s'est faite jour: "tolérance zéro" utilisée principalement à propos de délinquance et d'incivilité. C'est une dérive sémantique perverse qui tend à faire de la tolérance le synonyme de laxisme, permissivité ou angélisme. Toutes choses que la tolérance n'est pas. Toutes choses qui lui font perdre du terrain.

Les égoïsmes et l'indifférence de nos société modernes constituent également une menace: "Je suis tolérant" tend aussi à signifier, aujourd'hui, qu'on ne souhaite pas y regarder de trop près. "A chacun sa vérité" devient alors "Chacun pour soi" et l'on aboutit très rapidement à ce que j'appellerai la tolérance de "Dupont-la-joie" illustrée par la célèbre brève de comptoir : "Les arabes, ils ne dérangent pas pourvu qu'ils restent chez eux".

La tolérance et la franc maçonnerie.

La tolérance n'est vraiment incontestable que dans la maçonnerie libérale, les maçonneries dogmatiques, dites "régulières" restent marquées, sinon d'intolérance, du moins d'une tolérance qu'elles ne conçoivent qu'en second lieu après la croyance obligatoire. Sachons également qu'aux Etats Unis, il existe des Loges pour noirs et des Loges pour blancs.

Comme on a pu le voir, la tolérance ne doit pas être l'attitude restrictive qui supporte la différence parce qu'il est impossible de faire autrement. La tolérance exprime le fait positivement contraire du concept d'intolérance que tous les maçons doivent réprouver. La tolérance exige courage et lucidité.

La maçonnerie, conçue pour être le centre de l'union, a su poser la vraie définition de la tolérance. Rappelons nous l'article premier de notre Constitution : " ….elle a pour principe la tolérance mutuelle…" En ajoutant l'adjectif "mutuelle", l'indispensable est dit car la tolérance ne vaut que par le partage. La tolérance n'est pas une attitude univoque de ceux qui en sont adeptes, la tolérance ne s'exprime véritablement que grâce aux prosélytes.

Comment pratiquer et répandre cette tolérance qui constitue le véritable moteur de l'éthique maçonnique ? Nous disposons pour cela d'outils symboliques. L'équerre et le compas se trouvent parfaitement associés pour cet exercice.

L'équerre nous donnera les limites de la tolérance, car il y en a. L'équerre est la mesure même de l'acceptable, hors de sa rectitude, commence l'intolérable. Le compas, plus souple, plus ou moins ouvert, s'adapte aux situations, donne la dimension exacte du comportement. Et ce n'est pas un hasard si le compas, situé sous l'équerre au degré d'apprenti, commence à émerger aux compagnons et finit au premier plan pour les maîtres.

Alors, unissons nos efforts et continuons à pratiquer cette tolérance qui unit nos dissemblances. Continuons avec mesure, lucidité et humilité notre quête vers l'inaccessible.

Et puisqu'il est question de lucidité, je conclurai, très provisoirement, en citant cette réflexion de Jankelevitch :

"La tolérance, si peu exaltant que soit le mot, est une solution passable; en attendant mieux, c'est à dire en attendant que les hommes puissent s'aimer, ou simplement se connaître ou se comprendre, estimons nous heureux s'ils commencent par se supporter" .

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Mercredi 9 janvier 2013 3 09 /01 /Jan /2013 09:12

Le but d’une méthode est de substituer une idée claire, exacte et complète à une notion confuse, superficielle et incomplète.
Le but de la méthode maçonnique est de substituer une humanité dans laquelle l’acceptation de l’autre avec toutes ses différences serait une évidence et naturelle à une humanité dans laquelle l’acceptation de l’autre est exception.

Pour atteindre ce but le Grand Orient de France met à disposition de ses membres des moyens et une méthode :
Des moyens qui sont définis par l’article 1° de sa constitution
Une méthode qui consiste:

  • à tenter de polir « l’être » en taillant le « moi » par un travail assidu, qu’il soit individuel ou collectif.
  • à répandre au dehors les vérités qu’il aura ainsi acquises.
  • à préparer, l’avènement d’une humanité meilleure et mieux éclairée dans laquelle règnera la tolérance et où les valeurs de Justice, de Liberté, de Solidarité, de Fraternité et d’amour ne seront plus des mots dont on se gargarise mais une volonté ferme et résolue. Ce travail de tout les instants qui, prenant appuis sur le passé, forge le présent et prépare l’avenir.

Alors, cette méthode peut-elle participer à construction d’un monde meilleur ?

Certainement… mais, quel monde ? Le monde physique? Le monde vivant? Ou de façon plus restrictive celui des Humains qui pensent égoïstement que la construction d’un monde meilleur pour eux est, de facto, meilleur pour tous. Mais cette dimension seule, à notre sens, ne pourra pas résister encore longtemps sans y englober les autres tant aujourd’hui leur interdépendance est étroite.
Nous n’aborderons pas le sujet sous cet angle aujourd’hui, en considérant que « Le monde » évoqué par la question ne concerne que l’humain car la franc-maçonnerie, crée par l’homme et pour l’homme, n’a d’autre objectif que de s’occuper de celui–ci dans sa dimension sociale, créative et spirituelle.
En cela, nous prendrons le sujet dans sa globalité en ne dissociant pas l’esprit et les objectifs de l’idéal maçonnique du G.O.D.F définis par les moyens mis à disposition, de la méthode qui est le vecteur qui en assure leur diffusion.
Car il va sans dire que si la méthode structure pour diffuser c’est tout de même le contenu des valeurs qu’elle permet de véhiculer qui peuvent participer de la construction d’un monde meilleur.
Le présent travail, sans vouloir méconnaitre l’importance que peuvent revêtir l’étude du sacré et l’apport de l’art dans le perfectionnement intellectuel et l’amélioration morale de l’humanité, en fera toutefois abstraction afin d’en souligner sa dimension sociale.

A ce stade de notre réflexion et afin d’en éclairer l’approche, il nous apparaît nécessaire d’effectuer un bref rappel historique :
Au 17 et 18° siècle le contexte politique social et religieux entretenait des conflits partout en Europe. Les intellectuels mettaient en cause les certitudes religieuses et la paix sociale nécessitait une plus grande tolérance dans le domaine des religions. Cette préoccupation, qui agitait les esprits, se retrouvait aussi dans maçonnerie spéculative naissante. Au début du 19ème siècle, dans tous les rituels publiés, l’invocation au Grand Architecte De L’Univers ne figurait que dans la prestation de serment. Il semble cependant que l’interprétation divine du G.A.D.L.U. était la plus généralement acceptée pour se conformer à ce que souhaitaient les gouvernants de l’époque. Plus tard en 1849 la majorité conservatrice du convent, troublée par les événements de 1848 fait adopter et intégrer dans la constitution « le Principe de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme ». Cette affirmation venait en opposition avec la notion de liberté de conscience et de tolérance. A compter de 1860 et presque à tous les convents, des batailles sont livrées pour aboutir en 1877 à la révision de l’article 1°. A compter de cette date et afin de permettre à chaque maçon d’y trouver sa place, l’assemblée conventuelle précise que la Franc Maçonnerie n’est ni déiste, ni athée, ni même positive. Et, qu’en tant qu’institution affirmant et pratiquant la solidarité humaine, elle EST étrangère à tout dogme et à tout crédo religieux.

En conséquence, le Convent de 1877 décide le remplacement du principe de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme par le principe unique « De la liberté absolue de conscience » permettant ainsi à chacun de ses membres, l’exercice d’une spiritualité à l’abri de toute contrainte autre que celle librement consentie par l’acceptation des principes généraux de l’ordre définis par l’article 1° de la constitution dont lecture ci après :

« La franc maçonnerie, institution essentiellement PHILANTHROPIQUE, PHILOSOPHIQUE et PROGRESSIVE, a pour objet

  • LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ
  • L’ÉTUDE DE LA MORALE
  • LA PRATIQUE DE LA SOLIDARITÉ.

Elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité.
Elle a pour principes :

  • LA TOLÉRANCE MUTUELLE
  • LE RESPECT DES AUTRES ET DE SOI -MÊME
  • LA LIBERTÉ ABSOLUE DE CONSCIENCE.

Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique.
Elle a pour devise : LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ. »

Les moyens ainsi définis, et ayant déjà une réponse sur le pour qui (l’humanité), essayons succinctement d’approcher le sens du pourquoi (l’idéal) afin de déterminer si le comment (la méthode) peut participer de la construction d’un monde meilleur.
INSTITUTION ESSENTIELLEMENT PHILANTHROPIQUE, PHILOSOPHIQUE ET PROGRESSIVE .
La franc-maçonnerie se définit comme une institution, c’est à dire une réunion d’hommes ayant des buts et des aspirations communs. Même si la démarche du franc maçon se conçoit d’abord comme individuelle, elle se réalise surtout avec et au contact d’autres. Il s’agit bien d’un parcours initiatique « en réunion » car la franc-maçonnerie serait inexistante et inopérante sans cette interdépendance, cette symbiose, et cet égrégore qui règnent entre les frères. Si la personnalité de chacun est essentielle, être franc maçon c’est également faire partie d’un tout, d’un édifice dans lequel chaque pierre, qu’elle soit brute ou polie, est un élément indispensable à son équilibre et à son maintien.
Elle se veut essentiellement PHILANTHROPIQUE, PHILOSOPHIQUE et PROGRESSIVE,

La philanthropie, mérite que l’on s’y attarde un instant car elle est la base de l’action maçonnique, elle est une vertu douce, patiente et désintéressée qui utilise la connaissance de sa propre faiblesse pour compatir à celle d’autrui et ne demande que le bien de l’humanité.
Mais bien que la philanthropie, dans son sens premier soit synonyme de charité ou amour de l’humanité nous assistons aujourd’hui à un détournement de celui-ci. Sous son couvert nous subissons le développement de l’action de puissantes fondations à travers le monde dont le but plus ou moins avoué ne s’inscrit pas dans une démarche humaniste mais dans une forme d’engagement qui invite à reconsidérer assez sérieusement ce principe de solidarité qui nous est si cher afin de le remplacer par un principe de charité privée dans lequel la sensibilité de celui qui reçoit sera soumise aux impératifs de l’égo de celui qui donne lui-même soumis à l’influence de ses options philosophiques ou religieuses.
Au même titre que les valeurs portées par la méthode maçonnique peuvent subir l’influence de ces mêmes options dont elle se réclame et dans lesquelles elle évolue.
Mais qu’est ce que la philosophie et à quoi sert- elle ?

Reprenons à notre compte la maxime d’Epicure : La philosophie est une activité qui, par des discours et des raisonnements nous procure la vie heureuse …..
Les discours et les raisonnements, nous savons faire et eux aussi participent de la méthode maçonnique, mais contribuent- ils à construire un monde meilleur ?

Alors essayons de ne pas êtres dupes des petits bonheurs faciles et trompeurs qui s’obtiennent en cachant la réalité. Chacun de nous ressent bien que :
-« l’avoir » ne nous est pas suffisant et que « l’être » nous est indispensable.
-la recherche de cette exigence de perfection qui nous a conduits dans ce temple, nous apprend que philosopher c’est préférer la vérité même si elle est contraire à nos espérances.
-philosopher c’est la recherche de la connaissance, c’est tenter d’approcher la sagesse, c’est apprendre à vivre et à aimer la vie.
-aimer la vie c’est aimer les joies qu’elle procure et en accepter les drames qu’elle fait subir, c’est chercher à changer les choses qui dépendent de nous pour les améliorer et c’est aussi accepter, sans colère inutile et avec tolérance, celles qui n’en dépendent pas.
Et en ce sens La Franc-maçonnerie est progressive car elle oblige le franc-maçon à agir en homme conscient de ses droits et de ses devoirs, acteur d’un progrès sans cesse à inventer dans la recherche du vrai, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité.

LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ

Afin de ne pas réduire l’anthropologie à une seule étude physique ou historique de l’humanité, Kant a jugé nécessaire d’établir une anthropologie philosophique,élément indispensable et indissociable dont la sagesse prend en compte le perfectionnement de l’humanité, c’est à dire le progrès dans cette société « où l’homme se civilise, se moralise par l’art et les sciences »
Or, ces développements ne sont rendus possibles que par le caractère transcendantal de l’homme lui permettant de s’élever au dessus des lois de la nature. Ces lois il les découvre, essaie de les comprendre et les utilise. Cet homme que Voltaire désigne comme « Un animal pas comme les autres », est ainsi capable de découvrir et de dévoiler l’ordre du monde grâce à la raison qui le destine à mettre en jeu toutes ses puissances mentales pour acquérir une connaissance VRAI.
Alors s’il est vrai que l’homme est essentiellement « pensée et liberté », si exister pour lui, signifie donner un sens à tout et si, pour ce faire, il s’interroge et cherche à comprendre sans relâche le pourquoi de son interrogation , alors nous pouvons entrevoir la nature de son désir et son but. Ce désir que Platon dans le « banquet » nous fait appréhender comme « vouloir la chose dont on ne dispose pas encore » est pour chacun ce besoin vital et nécessaire d’accéder au VRAI à LA VÉRITÉ. Et nous savons que pour cela nous devrons livrer bataille car si la vérité est à découvrir, à dévoiler, elle n’est jamais donnée elle est toujours conquise.
« Nous devons gagner à la sueur de notre front, le pain de notre esprit » disait Malebranche.
Mais qu’est ce que la vérité ? Où et comment la trouver ? En suis je capable ?
Voilà les questions que se pose le franc-maçon et auxquelles nous n’apporterons pas de réponse car si la vérité philosophique se définit comme la conformité de ce que je dis avec ce qui est , nous savons tous que sa recherche est subjective et que chacun de nous doit toujours garder présent à l’esprit cette phrase d’André GIDE:
« Croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent »

L’ÉTUDE DE LA MORALE

L’étude des règles qui dirigent l’activité libre des hommes n’est pas le fait du hasard si elle constitue un élément important de l’objet du G.O.D.F. Il relève du débat permanent au sein de la loge ,que la recherche de la connaissance vrai de la morale n’est jamais définitive et ne doit relever d’aucun dogme.
Ces règles librement consenties hors du dogme délimitent cet espace de liberté, dans lequel chacun de nous évolue sans entraves ni interdits. Elles marquent le degré de civilisation d’une société et participent du bien vivre ensemble.
Là où les morales religieuses s’affirment, sans autres soucis d’explications que celles relevées dans les écrits livrés à l’interprétation d’un clergé, nous constatons à la lumière d’évènements récents qu’il n’est pas nécessaire de rapporter combien cet espace de liberté peut être restreint.
En franc maçonnerie, quand elle se juge et se commande, la morale n’est que l’affirmation de la liberté. Elle répond à la question « que dois-je faire » et ignore totalement le « que doivent faire les autres » soulignant ainsi les devoirs et les obligations que nous nous sommes fixés.
Et c’est parce qu’elle participe à une certaine conception du bien et du mal de l’autorisé et de l’interdit, de l’admissible et de l’inadmissible que la morale est en perpétuelle évolution. Toute règle librement consentie a une relation de soi à autrui bien entendu mais elle s’impose d’abord à soi comme le dit COMTE SPONVILLE pour qui « la morale n’est légitime qu’à la première personne sinon l’on n’est pas moral mais moralisateur ce qui est sensiblement différent. »
Les conséquences de la crise économique que nous vivons ne viennent – elles pas illustrer quotidiennement cet écart entre le discours moralisateur de ceux pour qui la loi morale est la cupidité et le cynisme et la pratique d’une entraide, d’un altruisme, bref d’une fraternité et d’une solidarité entre ceux qui souffrent.

LA PRATIQUE DE LA SOLIDARITÉ

Le rituel du rite français précise ainsi qu’il suit les termes de l’obligation prêtée par le nouvel initié :
« Je promets … et de mettre en pratique, en toutes circonstances, la grande loi de solidarité humaine qui est la doctrine de la franc-maçonnerie »
« Je pratiquerai l’assistance envers les faibles, la justice envers tous, le dévouement envers ma famille, ma patrie et envers l’humanité, la dignité envers moi-même. »
C’est aujourd’hui, dans ce monde en tourmente et qui souffre, dans ce monde qu’il soit physique vivant ou humain, que nous pouvons mesurer toute l’importance de cette valeur, de cette règle morale qu’est la solidarité. La franc-maçonnerie l’a voulue seulement humaine et l’a érigée en doctrine, mais ne serait-il pas nécessaire d’en étendre ses bienfaits aux mondes physique et vivant afin de ne pas en épuiser les ressources et d’en protéger les espèces.
La pratique de la solidarité, sous toutes ses formes, chacun de nous se doit au sein de la maçonnerie d’en faire une règle morale incontournable car c’est en partie par elle et la diffusion de cette chaleur humaine que nous puisons dans le travail en loge que nous pourrons participer à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité. Cette chaleur humaine qui s’alimente des principes capitaux de notre ordre que sont la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, et la liberté absolue de conscience

LA TOLÉRANCE

Tolérer c’est :

  • accepter l’opinion contraire,
  • laisser faire ce que l’on pourrait empêcher ou combattre,
  • c’est renoncer, sans abandonner, à une part de sa force, de son pouvoir, de sa colère,
  • c’est déposer et non abandonner ses métaux à l’extérieur comme à l’intérieur du temple.

La tolérance intervient quand la connaissance fait défaut en nous laissant dans le domaine des opinions. Elle fait abstraction du « moi » au bénéfice d’autrui. Elle nous oblige à nous remettre en question en nous laissant entrevoir que ce que nous tenions pour vrai ne l’est sans doute pas plus que la vérité de l’autre. Elle ne peut se concevoir que si l’action ou l’opinion tolérée n’est pas contraire à la règle morale où à la loi.

La tolérance mutuelle, est un principe fondateur de la franc-maçonnerie. Elle est le fruit d’un respect et d’une confiance réciproque entre les frères. Mais d’une confiance encore modérée dans son action dans le monde profane. Confiance modérée car dans ce monde où le cynisme et l’égoïsme règnent en maitre, le respect et l’indulgence apparaissent encore comme une faiblesse. Ce monde dans lequel la souffrance de l’autre, qu’elle soit physique ou morale, est intolérable et inacceptable pour un maçon. Son acceptation devient soit cruauté, soit égoïsme ou même indifférence.
Cependant poussée à sa limite, la tolérance finirait par se nier elle même et deviendrait faiblesse ou laxisme, servant de terreau au développement de l’intolérance. C’est ce que Karl Popper philosophe des sciences contemporain appelait le paradoxe de la tolérance et qu’il exprimait ainsi « Si l’on est d’une tolérance absolue, même envers les intolérants et que l’on ne défende pas la société tolérante contre leurs assauts, les tolérants seront anéantis et la tolérance avec eux. »
Pourtant, la maçonnerie ne nous enseigne-t-elle pas que c’est par l’acceptation de l’opinion de l’autre, le respect et l’instauration d’une confiance réciproque que nous progresserons vis à vis de ceux qui ne la respecte pas. Il s’agit donc et dans tout les cas, d’une évaluation des risques où si l’on préfère, du degré de respect et de confiance que nous devons accorder. Tolérer devient avant out une démonstration de force. Que nous abordions sa dimension politique, morale, ou religieuse, la tolérance n’existe que parce que nous permettons ce que nous sommes en mesure d’interdire ou en tout cas capable d’affronter efficacement. Il m’est facile de tolérer une opinion différente de la mienne si je me sens suffisamment fort pour ne pas être mis en danger
En voici un exemple : Je cite :
«
Tous ceux qui ne se soumettent pas à la vérité sur le bien et sur le mal moral, vérité établie par la loi divine, norme universelle et objective de la moralité, tous ceux là vivent dans le péché.
Il n’y a de liberté ni en dehors de la vérité ni contre elle.
La vérité morale s’impose à tous et ne saurait dépendre ni des cultures, ni de l’histoire, ni d’une quelconque autonomie de l’homme ou de la raison. C’est la voix de Jésus Christ, la voie de la vérité sur le bien et le mal qu’on entend dans la réponse de l’église
»
Ces paroles sont extraites de l’encyclique « veritatis splendor » publiée par Jean Paul II en 1993.
Cet exemple, en tant que maçons du G.O.D.F, il m’est facile de le tolérer car son affirmation se heurte à la force de mes convictions forgées dans le principe de liberté absolue de conscience et au refus de toute affirmation dogmatique.
Ce principe même et cette affirmation qui rendent à l’homme sa liberté de choisir le cadre dans lequel il souhaite que celle- ci s’exerce, m’incitent devant les propos d’une rare violence tenus récemment par la même institution à pratiquer l’intolérance et à prolonger mon action dans une laïcité qui, au regard de ce qui précède, ne peut être que la forme institutionnalisée de la tolérance.

LE RESPECT DES AUTRES ET DE SOI MÊME- LA LIBERTÉ ABSOLUE DE CONSCIENCE – REFUS DE TOUTE AFFIRMATION DOGMATIQUE

Nous avons évoqué un peu plus haut que le respect des autres était une composante indispensable à la tolérance pour tisser ce lien de confiance nécessaire à l’épanouissement des relations humaines. Le respect c’est considérer l’autre dans un rapport d’égalité, établir une distance suffisante pour ne pas empiéter sur ses convictions, ou son intimité. Le respect c’est également l’accepter dans ses différences.
Se respecter soi-même c’est avoir conscience du respect que devons aux autres.

Et maintenant, une fois n’est pas coutume, si nous parlions un peu du G.A.D.LU!
Comme nous l’avons indiqué dans notre bref rappel historique la volonté du convent de 1877, de rejoindre l’esprit initial des constitutions d’ANDERSON, œuvre pour une liberté absolue de conscience en précisant que les conceptions métaphysique sont du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de chacun.
Le fait de ne pas croire en un dieu révélé ne signifie pas que nous sommes contre toute spiritualité religieuse, contre toute métaphysique. Mais bien au contraire pour une spiritualité résultant du fonctionnement du cerveau qui permet dans ces domaines une évolution par l’interprétation. Cette évolution dont notre frère PROUDHON un des chefs spirituels de l’anarchisme nous en montre le chemin.
Replaçons-nous à son époque (1809- 1865) et écoutons son propos le jour de son initiation à la R.L SPUCAR à l’orient de Besançon. Au cours de l’épreuve du cabinet de réflexion à la question d’usage à cette époque qui était : quels sont vos devoirs envers Dieu ? Il répondait « GUERRE A DIEU ».
C’est lui qui quelques temps plus tard, écrivait, dans une apostrophe devenue célèbre « Nous étions comme des Néants devant ta majesté invisible à laquelle nous donnions le ciel comme dais et la terre comme escabeau; et maintenant te voilà détrôné et déchu. Ton nom, le dernier mot du savant, la sanction du juge, la force du prince, l’espoir du pauvre, le refuge du coupable, ce nom désormais voué au mépris et à l’anathème, sera sifflé parmi les hommes; car dieu c’est hypocrisie et mensonge, Dieu c’est tyrannie et misère ; Dieu c’est le mal ».
Et ce même PROUDHON après avoir été initié aux symboles de la maçonnerie, n’hésita pas à écrire je cite :
« Après avoir subi les épreuves, ….Par delà un cérémonial dont quelques détails peuvent être discutables, il est une PHILOSOPHIE, supérieure qui ne COMMUNIQUE POINT, et que je ne puis révéler, bien qu’elle constitue selon moi le véritable mystère de la Franc-Maçonnerie: le conceptualisme, la négation de toute phénoménalité, l’affirmation de l’absolu, tel est le caractère fondamental de toutes les doctrines religieuses. Le G.A.D.L.U n’est ni substance, ni cause, ni créateur, ni rédempteur, ni Satan, ni rien de ce qui correspond à un concept TRANSCENDANT. Toute métaphysique est ici écartée. C’est la personnification de l’équilibre universel, il tient le compas, le niveau, l’équerre et le marteau. Dans l’ordre moral, il est la justice. La maçonnerie n’est pas une église. Elle ne repose pas sur un dogme ni sur une adoration, elle n’affirme rien que la raison ne puisse pas comprendre.

Sous le BÉNÉFICE DE CETTE INTERPRÉTATION, je consens à rendre gloire au G.A.D.L.U dont le lumineux triangle, plus précieux pour moi que le nom d’un Jehova cruel et vindicatif m’a révélé toutes ces choses » Mais PROUDHON ajoutait
« Il faut être étrangement pauvre d’esprit, ce me semble, pour ne pas voir que le rationalisme tolérant de la F.M fondé sur le dédain de toute théologie et sur la substitution d’une idée positive et réelle au concept métaphysique, est la négation même de l’élément religieux, remplacé par l’idée de Justice dans la conscience du F.M. »
C’est sans contestation une évolution chez PROUDHON, mais le fond de sa pensée rejette toujours toute transcendance, pour se loger dans l’immanent, dans le présent, dans le réel, dans ce que la raison peut clairement comprendre.
Alors mes frères concentrons notre esprit sur la réalité de notre contact avec l’univers dont nous sommes partie intégrante et poursuivons la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité. Ainsi l’article 1° de notre constitution, enrichi des commentaires qui l’accompagnent, rattache la franc-maçonnerie, tout au long de son histoire, au domaine des valeurs morales et nous fait entrer avec celui de la sagesse qui englobe l’expérience spirituelle de l’humanité. Cette sagesse qui couvre un champ plus vaste que la spiritualité inclus des chemins profanes plus laïques.
Appliquons nous à réaliser une Franc-Maçonnerie collée aux réalités de l’univers et de la planète, ne poursuivons pas d’infructueuses cogitations apparemment métaphysiques sur lesquelles ni notre esprit, ni nos neurones n’auront prises. Tout cela nous détournerait de notre tâche d’amélioration de la société. Même si, chronologiquement, avant ou après la création de l’univers, à côté de notre hypothétique fonction d’architecte, de maitre d’œuvre, il y avait un maitre d’ouvrage, aujourd’hui son existence relèverait du domaine exclusif des conceptions métaphysiques et dogmatiques ce qui, de mon point
de vue, l’exclurait du champ de la Franc-Maçonnerie.
Pour conclure, nous dirions que « la méthode maçonnique » n’est autre que celle que nous venons d’appliquer à la rédaction de cette planche. Elle consiste en un tout dans lequel l’analyse est inséparable de la synthèse. Méthode, dans laquelle partant d’un principe général nous essayons d’en déduire toutes les idées que ce principe contient, d’en extraire les plus fécondes, et d’en étendre leur bienfait à l’humanité par une action tant individuelle que collective avec l’aide des moyens de communication moderne en faisant apparaître une franc maçonnerie sans mystères au service de l’homme.
En ce sens la méthode maçonnique participe à la construction d’un monde meilleur.
Si nous avions à la définir par un seul mot, Nous l’appellerions philanthropie

-car comme elle, c’est par l’apprentissage et l’utilisation de la connaissance de nos propres faiblesses que nous parvenons à laisser nos métaux à la porte du temple.
-Car comme elle, la maçonnerie se pratique comme une vertu patiente et désintéressée.
-Car comme elle, elle ne demande que le bien de l’humanité

Nous terminerons en citant une phrase de DESCARTES dont la maçonnerie, un siecle plus tard, s’est emparée et a instituée en méthode :
« L’on s’écoutera parler les uns les autres avec douceur et respect, sans faire paraître jamais de mépris pour ce qui sera dit dans l’assemblée. L’on ne s’étudiera point à se contredire, mais seulement à rechercher la vérité«

Source : http://www.franc-maconnerie-godf-cannes.org

Par V.G. - Publié dans : Planches
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Mardi 8 janvier 2013 2 08 /01 /Jan /2013 09:41

Je tiens à préciser que cette planche n’est pas une planche d’actualité et en aucun cas elle ne traite de l’exclusion du maçon reconnu comme tel par ses Frères mais de l’exclusion du profane à être reconnu par nous pour devenir l’un des nôtres.

Je me demande, encore aujourd’hui, les raisons qui m’ont poussées à traiter d’un sujet aussi « brûlant » et épineux.

Il est question, entre autre, de la gestuelle imposée dans nos rituels et à laquelle ne peuvent pas se conformer, entre autres, les personnes infirmes.

A première vue, les termes « Tolérance » et « Exclusion » sont, on ne peut plus antinomiques. Qui dit Tolérance, di acceptation de l’autre, de ses défauts, de sa différence.

Le franc-maçon est Tolérant. Il est dit, dans les Constitutions d’Anderson, « qu’un maçon est obligé, par son engagement, d’obéir à la loi morale ; et s’il entend bien l’Art Royal, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux. » Plus loin, « que les personnes reçues membres d’une Loge doivent être des Hommes bons et sincères, nés libres, d’âge mûr et discret, et non des esclaves, des femmes, ni des hommes immoraux ou scandaleux, mais de bonne réputation. »

Une certaine exclusion apparaît dans cette phrase, pour ce qui concerne les femmes. Ramsay disait : « ce n’est point un outrage à sa fidélité ; mais on craint que l’amour entrant avec ses charmes ne produise l’oubli de la Fraternité. Nombres de Frères et d’amis seraient de faibles armes pour garantir les cœurs de la rivalité. »

En ce qui concerne les hommes immoraux ou scandaleux, cela me semble logique et sans appel.

Les esclaves ; pourquoi pas ? Et encore !!!

Qu’en est-il aujourd’hui dans nos obédiences, dans nos loges ?

Je ne citerai pas la « seule » obédience dite « régulière » qui rejette d’un bloc tout ce qui le lui appartient pas et ceux qui ne pensent pas comme elle. Elle ne m’intéresse vraiment pas car, dans celle-ci, ne règne qu’exclusion et intolérance.

En ce qui concerne les femmes, la situation s’est bien améliorée et cela est bien, à l’exception de l’obédience préalablement citée pour qui la femme n’est bonne qu’à procréer, et encore.

Mais chez nous, Frères tolérants et fraternels, la porte de nos temples est-elle accessible à tous ?

Sommes-nous prêts à accueillir tout homme libre et de bonnes mœurs ? Même s’il est pauvre, malade, muet, aveugle, infirme ou ex-bagnard ? Jean Valjean eut-il été admis chez nous à son époque ?

Je pense que, si ce postulant est tout cela en même temps, il y a lieu d’hésiter un moment. Mais prenons un profane qui frappe à notre porte après avoir franchi dans le bon sens celle de Fresnes ou toute autre prison. Imaginons que son casier judiciaire est chargé après avoir purgé une peine de prison conséquente suite au meurtre de l’assassin de sa femme et de ses enfants. Cet homme, rejeté par la société, par ses amis peut-être, doit-il être rejeté par nous, nous qui, du jour au lendemain, pouvons être confrontés à une situation analogue ? Cet homme ayant purgé sa peine, ayant toujours été un excellent père de famille, n’est-il plus libre et de bonnes mœurs ? Doit-on lui jeter l’opprobre et ne rien faire pour soulager sa souffrance et pour l’aider à se retrouver, à retrouver son « moi » ? La main tendue n’existe-t-elle pas pour lui ?

Autre exemple d’exclusion de nos temples : le fric ! Ce fric responsable de tous les maux de l’humanité. Le Smicart, le Rmiste, le SDF a-t’il une chance d’entrer chez nous ? Il peut être libre et de bonnes mœurs, avoir un Q.I. respectable et de ce fait, pouvoir participer à nos travaux sans problème, nous apporter ses connaissance. La valeur de ses raisonnements nous serait vraisemblablement très profitable, mais malheureusement à la sempiternelle question des frères enquêteurs « pourrez-vous payer vos cotisations ? » S’il répond par trois fois : « Non ! » ; une partie peut-être, et en me privant terriblement : je renonce ! Quel serait le résultat du vote ? Bien sûr, nous ne sommes pas une œuvre de charité, mais ne nous privons pas d’une si belle pierre qui rendrait notre édifice encore plus beau et plus solide.

Je pense du fond du cœur, qu’un atelier se disant tolérant et rejetant l’exclusion sous toutes ses formes devrait pouvoir accueillir de telles situations et œuvrer à l’aider à s’en sortir en sein de sa fraternité. Le tronc de la veuve existe pour subvenir aux besoins d’un Frère ou de sa famille dans la détresse. N’est-il pas tentant d’imaginer un « tronc d’accueil d’amour » permettant de tendre la main à cet homme qui aurait pu être notre Frère ? Réfléchissez, ce n’est vraisemblablement pas une utopie.

Un autre cas d’école : un maçon est un homme debout, mais cela est incompatible avec le fauteuil roulant du tétraplégique ou même de l’hémiplégique. Notre rituel, nos déplacements en loge sont incompatibles avec ce genre de véhicule. Et pourtant… Cet homme que la maladie, l’accident, a diminué pour toujours au regard de la société, de son entourage, n’a-t’il plus le droit non plus de s’élever parmi nous dans la sagesse, la recherche de lui-même ?

Même l’initiation lui est interdite : comment voyager ? Comment prêter serment sur les 3 grandes lumières de la franc-maçonnerie ? Comment donner l ‘accolade fraternelle ? Comment enfin, entrer dans la chaîne d’union et serrer avec vigueur et tendresse les mains des Frères qu’il n’aura jamais ? Et au fait, que fait-on du Frère en pleine santé à qui cela arrive ? je ne sais pas et je suis certain que l’un d’entre vous me le dira à la fin de ma planche. Pour illustrer mon propos, je vous raconterai la belle histoire suivante : il y a quelques temps, j’ai visité un atelier et je ne regrette pas ce voyage car j’ai eu le bonheur de constater la beauté de l’amour et de la fraternité. Dans cet atelier, j’ai découvert une chose surprenante : le deuxième surveillant, troisième lumière de la loge, ne pouvait pas se déplacer dans la loge du fait d’un handicap sévère à une jambe. A chaque tenue, un Frère volontaire exécutait à sa place les déplacements d’ouverture et de fermeture des travaux suivant les invocations que ce Frère, privé de ses jambes, lançait de son plateau. Quelle émotion de voir évoluer de voir évoluer ces deux Frères en symbiose totale. L’un étant le geste, l’autre la parole, pour que la lumière rayonne sur l’ensemble es Frères de l’atelier et que les travaux puissent vivre. Qu’est-ce que l’égrégore sinon cela ?

Je poursuivrai par l’homme noble de cœur et d’esprit, parfaitement adapté à devenir une superbe pierre polie de belle qualité, mais non-voyant. Comment, tout d’abord, peut-il recevoir la Lumière ? Cela peut paraître simple car cette Lumière est en nous, vacillante dans notre corps profane, mais visible même dans les ténèbres de la cécité pour qui sait la recevoir et surtout la découvrir au plus profond de lui-même.

Mais nos ateliers et nos rituels ne sont pas fait pour celui qui est entouré de ténèbres. Notre cabinet de réflexion nous est dévoilé « sans le bandeau ». Comment imaginer ce cabinet sans la petite flamme de la bougie qui permet à l’impétrant de découvrir, sans pour cela comprendre, les multiples symboles qu’il découvre le jour de son initiation et qui porterons sa réflexion à venir ? Comment ce même aveugle pourra-t-il reconnaître cet ennemi hypothétique à qui il devra essayer de pardonner ? Comment pourra-t-il découvrir et assimiler tous ces symboles qui jalonnent notre chemin initiatique ? Comment pourra-t-il suivre nos rituels ? Comment, deuxième ou premier surveillant, pourra-t-il « voir » la main levée de ce Frère qui souhaite la parole pour demander au Vénérable-Maître le départ de celui qui ne l’a jamais vu ?

« Gémissions ! Gémissons ! Gémissions, mais espérons ! »

Je pourrais continuer cette liste terrible des exclus de nos temples et l’intolérance qui parfois y règne (« il n’a pas de voitures pour venir en tenue » ; « il a des horaires trop irréguliers dans sa profession pour être assidu » ; « il n’a rien lu sur la Franc-Maçonnerie » ; « il n’a pas assisté à des conférences, ni écouté la Grande-Loge vous parle à la T.S.F. » ; « il est pédé comme un foc » ; « il est flic » ; etc…). Mais, pour conclure cette planche, même si tous les cas dont j’ai parlé sont en fait de faux problèmes et que tous peuvent venir auprès de nous, qu’il serait beau de voir, même et surtout du monde profane, une loge qui se composerait comme suit :

Trois Frères la dirigeraient :

Le Vénérable-Maître ; ancien du Front National : ayant reçu la Lumière, ferait rayonner plus que quiconque la tolérance et le respect de l’autre dans une fraternité sans plus aucune exclusion.

Le premier Surveillant ; tétraplégique : dirigerait par sa voie d’éveil le jeune Maître malhabile dans l’ouverture et la fermeture des travaux.

Le second Surveillant ; S.D.F : offrirait les richesses de son cœur aux jeunes apprentis en leur apprenant l’humilité.

Cinq l’éclaireraient :

L’Orateur ; repris de justice : ferait respecter les lois de la franc-maçonnerie en général et de la fraternité en particulier.

Le Secrétaire ; aveugle : pour qui la planche tracée de nos travaux serait en braille et de ce fait donnerait plus de relief à ceux-ci.

Sept la rendraient juste et parfaite :

L’Expert ; sourd : lisant sur les lèvres et les yeux de son Vénérable-Maître toute la sagesse de la loge afin de mener au mieux sa tâche.

Le Couvreur ; muet à toute tentation de corruption de profanes venant forcer la porte de notre temps, mais reconnaissant les siens à la chaleur fraternelle de leurs mains.

Source : http://laurentremise.typepad.fr/

Par Bernard P - Publié dans : Planches
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Mardi 8 janvier 2013 2 08 /01 /Jan /2013 09:38

Autant galvaudée que le mot amour, la tolérance est très certaine­ment la chose du monde la plus mal partagée. Oui pourtant ne s'en réclame pas, à part quelques originaux inconscients ou au contraire trop lucides et trop francs ? En fait, de même qu'une très grande majorité de nos contemporains est prête à dire : « Je ne suis pas raciste mais... » elle pourrait tout aussi facilement ajouter : « Je suis tolérant mais... » et les restrictions qui suivraient alors transformeraient rapidement la tolérance en peau de chagrin.

La Franc-Maçonnerie, vous le savez sans doute, place la tolérance au rang de ses plus grandes vertus. On ne peut, en principe, être à la fois Franc-Maçon et intolérant. Je dis « en principe », car les Francs- Maçons demeurent des hommes. L'initiation, même quand elle est réelle, ne supprime pas toutes les faiblesses humaines et quand elle n'est que virtuelle, elle illustre admirablement la maxime : « Ne jetez pas les choses saintes aux pourceaux », la caricature d'initié étant cent fois pire que le profane le plus fruste.

N'envisageons donc que l'initiation réelle et son apport dans le domaine de la tolérance. En quoi la démarche initiatique constitue-t-elle une voie privilégiée pour vivre une telle vertu ? La réponse peut se résumer par les deux sentiments qu'elle implique et par sa méthode. Les sentiments : la confiance et l'humilité, la méthode, le symbolisme.

La confiance : pour prétendre à l'initiation maçonnique il faut avant tout faire confiance. Aucun livre si bien documenté soit-il, aucune confé­rence si habilement présentée soit-elle ne peut donner une image exacte de l'initiation. Celle-ci ne s'apprend pas, elle se vit. Celui qui y aspire doit donc faire entièrement confiance à ce qu'il ne connaît pas, hommes et institution, qu'il ait ou non des amis maçons, cela revient en fait au même. Son esprit doit donc être disponible et si tel n'est pas le cas, le devenir. Et c'est là un premier pas fait sur le chemin de la tolé­rance. L'homme qui en effet accepte de franchir la barrière de l'inconnu, sans garantie, tout simplement parce qu'il fait confiance à d'autres hommes différents de lui, mais qu'il ressent, confusément peut-être comme partageant le même idéal, cet homme-là sera plus qu'un autre apte à franchir d'autres barrières, à communiquer donc à être tolérant. Une des grandes raisons de l'accroissement actuel de l'intolérance, et ce à tous les niveaux de ce que nous appelons la vie profane, vient du manque de confiance qui règne entre les hommes. Nous vivons dans une civilisation où la preuve écrite a enterré la parole donnée et où les garanties de toutes sortes constituent les décors nécessaires à ce qu'on appelle communément une vie réussie. Cette quête effrénée du confort, cette recherche constante de garanties, ce besoin de preuves ne peuvent fabriquer que des esprits mesquins et intolérants. Pour les amateurs de sécurité et de certitudes à tout prix le fanatisme n'est pas loin. Aussi malheur à l'aventure et à l'inconnu, d'où le règne du conformisme et des réactions d'opposition qu'il suscite, qui bien souvent ne sont que d'autres conformismes, d'autant plus intolérants qu'ils sont inconscients. Et, dans les deux cas, triomphent l'orgueil de l'homme, l'affirmation égoïste du moi, l'expression sans frein ni limite de la volonté de puissance humaine génératrice de toutes les intolérances.

Contre cela l'initiation propose, après la confiance, l'humilité. Celle- ci en est d'ailleurs le corollaire. Il ne peut en effet y avoir de vraie confiance sans réelle humilité, c'est-à-dire sans une authentique remise en question de ses habitudes et des différents éléments de la vie quotidienne qui procurent le sentiment de sécurité. Mais à ce stade il faut déjà avoir pénétré dans la vie initiatique qui seule, avec bien sûr la voie mystique, peut conférer à l'humilité une valeur positive et une grande efficacité. Car dans le monde profane, dans la vie professionnelle ou politique par exemple, l'humilité ne conduit pas à grand chose, tout au plus à obtenir le qualificatif de brave homme, touchant euphémisme, qui va de pair avec le manque d'engagement et l'inefficacité. Or, tel n'est pas l'idéal maçonnique. L'humilité que nous enseignons dans nos Temples n'a pas pour but de nous empêcher de nous affirmer dans des engagements précis. N'oubliant pas ses origines compagnonniques et chevaleresques, un Franc-Maçon est par nature un homme d'action qui doit s'efforcer d'être là où il se trouve le meilleur et si possible le premier. Et c'est de son initiation qu'il puisera cette force, par la connaissance de son moi débarrassé de tous ses masques. Car en fin de compte, l'humilité initiatique est une ascèse qui mène à l'affirmation du moi, du moi réel qu'on ne parvient à connaître que par de durs efforts sur soi-même conduisant obligatoirement à la tolérance, dans le cadre maçonnique du moins. Là les efforts ne sont pas accomplis seuls. Certes le travail initiatique est d'abord affaire personnelle, mais là où il est vécu, dans la Loge, il prend une dimension communautaire et fraternelle. Aussi le Franc-Maçon peut-il dans une telle structure prendre conscience que celui qui est différent de lui n'est pas obligatoirement son ennemi. Parce qu'il est son frère, l'autre ne va pas seulement le déranger et l'agresser, il va aussi lui apporter et l'aider. Et cette aide se révélera particulièrement efficace quand l'initié parvenu à un certain stade va se trouver face à un autre. homme, à la fois plus proche et plus lointain que ses autres frères, lui-même, dépouillé de tous ses masques.

Découverte souvent bien amère que celle de cet autre, cet étranger, cet ennemi même quelquefois qui n'est que soi-même enfin mis à nu. L'atti­tude de profonde tolérance qu'elle engendre est alors fondée sur la compréhension de la nature humaine dans tous ses aspects, les plus beaux comme aussi les plus laids. Ce qui ne veut pas dire qu'une telle tolérance se nourrira d'enthousiasme naïf ou de lâche complaisance. Car pour elle, beauté ou laideur dans les manifestations humaines devront être constamment dépassées comme autant d'apparences pres­que toujours trompeuses. A l'instar de ce qui aura constitué sa propre démarche de remise en question, la recherche de son moi, véritable course d'obstacles, passage de barrières du beau et du laid intimes, l'initié s'il est logique avec lui-même ne pourra aborder ce qui est différent chez l'autre qu'avec tolérance. Par l'aide de l'autre, inconnu devenu fraternel, il se sera connu lui-même et du même coup rendu compte que l'étranger n'était pas seulement à l'extérieur de lui mais aussi en lui.

Confiance pour aller vers l'inconnu, humilité pour vivre le passage de l'inconnu au connu, voilà donc les deux conditions nécessaires pour parvenir à la tolérance au sens où nous l'entendons. Mais celles-ci ne seraient pas suffisantes sans ce qui est essentiel à la méthode maçon­nique, à savoir le symbolisme. L'enseignement maçonnique, en effet, parce qu'il ne procède d'aucune vérité révélée, n'utilise pas de dogmes. Il use uniquement de symboles dont les origines remontent aux initiations de l'Antiquité païenne et à la Bible. De par sa nature même le symbole est moins contraignant que le mot et à plus forte raison que n'importe quelle formulation dogmatique. Ce qui ne veut cependant pas dire qu'il peut avoir n'importe quelle signification. Ainsi, pour ne prendre qu'un seul exemple, le symbolisme du rite écossais pratiqué à la Grande Loge de France est-il clairement de type masculin. Les femmes ne peuvent donc qu'en être exclues, ce qui bien évidem­ment ne leur interdit pas d'autres formes d'initiation. Attitude intolé­rante dira-t-on ? Non ! Simplement cohérente. La tolérance produite par le symbolisme maçonnique ne permet pas n'importe quoi. De plus ce symbolisme est le fruit d'une Tradition qui n'est pas sans comporter quelques indications sur la manière de le comprendre. On ne peut donc supprimer ou remettre en cause ce que la Tradition a constamment enseigné, sinon il n'y a plus d'Ordre et il n'y a plus d'initiation.

Cette référence à la Tradition n'intervient-elle pas alors malgré tout comme une ombre à la tolérance maçonnique, n'est-elle pas de même nature que ce recours à l'irrationnel qui, comme me le disait il y a quelque temps un très vieux frère presque centenaire, serait à la base des plus dangereux fanatismes contemporains ? Et de citer pêle-mêle, l'Ayatollah et les sectes comme générateurs d'angoisse et de fanatisme chez les hommes. Tout en étant conscient des risques réels que tout recours à l'irrationnel fait courir à la tolérance, je, ne puis m'empêcher de songer à ceux qui proviennent de systèmes parfaitement rationnels aussi meurtriers et intolérants, pour ne pas dire plus que les idéologies religieuses fanatiques. Que certains maçons du passé aient jadis dénoncé avec vigueur l'obscurantisme religieux et ses conséquences, cela a sans doute eu sa valeur quoique leur démarche d'alors n'ait pas toujours constitué un modèle de tolérance.

Cependant aujourd'hui face à certaines idéologies totalitaires, dont le fanatisme et l'intolérance ne prennent pas leur source dans la reli­gion, un combat maçonnique antireligieux serait aussi désuet qu'inutile, voire même aberrant s'il voulait vraiment se placer sur le terrain de la lutte du rationnel contre l'irrationnel. La Franc-Maçonnerie traditionnelle et régulière se réfère en effet constamment au Grand Architecte de l'Univers, principe d'ordre de la création, base et fondement de toute initiation. Quelle que soit l'interprétation qu'un Franc-Maçon donne de ce symbole celui-ci transcende obligatoirement la raison individuelle, donc ce qui est couramment appelé, le rationnel. L'initiation tradition­nelle, accomplie à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers, qui équi­vaut à la recherche constante d'une plus grande harmonie avec ce prin­cipe d'ordre, doit donc conduire au dépassement de soi, comme cela a été dit précédemment, y compris de sa propre raison. Il s'agit donc, qu'on le veuille ou non d'une approche de l'irrationnel que le Franc- Maçon traduit en symboles, d'autres utilisant les dogmes ; d'autres encore des manifestations paranormales, aucune de ses traductions ne s'excluant d'ailleurs les unes les autres pourvu qu'elle ne prétendent pas incarner à elles seules la Vérité. Fidèle à sa vocation originelle, la Franc-Maçonnerie pratiquée à la Grande Loge de France, véritable « Centre d'Union « entre les hommes qui comme l'écrivait le pasteur Anderson au Chapitre I de ses constitutions « devient le moyen de nouer une véritable amitié parmi des personnes qui eussent dû demeurer perpé­tuellement éloignées », cette Franc-Maçonnerie-là a donc bien pour mis­sion aujourd'hui encore, de rassembler et d'unir. Par les sentiments de confiance et d'humilité qu'elle implique, par sa méthode symbolique, elle représente en Occident le seul Ordre initiatique capable d'accom­plir cette grande oeuvre dans la clarté et dans la Vérité, car la tolérance n'est pas pour elle affaire de concession, elle relève de son essence même, elle est son âme. Dans cette grande fraternité universelle qu'est la Franc-Maçonnerie, la tolérance, vous l'avez maintenant compris, ne consiste pas seulement à supporter l'autre plus ou moins contraint et forcé. Elle invite au contraire à l'entendre et à l'aimer pour être enrichi par lui par ce qu'il porte de différent.

AVRIL 1980

Source : www.ledifice.net

Par PVI - Publié dans : Planches
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Lundi 7 janvier 2013 1 07 /01 /Jan /2013 09:02

Loin de vouloir faire de l'esprit dès le début de ce tracé, il convient toutefois de signaler que le mot humour est un mot d'origine anglaise, venant lui même de l'ancien français humor qui signifie humeur. En effet, on attribuait cette disposition d'esprit qu'est l'humour à l'influence des humeurs du corps (les liquides organiques). Certains sont tentés par ailleurs d'attribuer l'origine du mot humour à la racine étymologique des mots humilité et humanité qui serait humus, le bon fumier qui fait pousser toutes sortes de fleurs y compris celle du mal.

S'il est pourtant vrai que l'humour rend humble, cette vertu - car le philosophe contemporain André Comte-Sponville la compte f bien au nombre des grandes vertus de son petit traité - cette vertu est même selon moi un instrument alchimique aux merveilleuses capacités transmutatoires. Car l'humour relativise ce qu'il touche et peut transformer des situations désespérées en catastrophes acceptables, transmuter la tristesse en joie, la désillusion en comique. Louis Scutenaire (1905-1987, écrivain belge, anarchiste de la langue française) disait que l'humour est une façon de se tirer d'embarras sans se tirer d'affaire. Juste.
Avoir de l'humour c'est prendre un peu de distance mais garder les deux pieds dans la réalité. C'est une galipette mentale mais on retombe sur ses 2 pieds. L'humour est jeu, un jeu de l'esprit. D'ailleurs ne dit-on pas "faire de l'esprit" ? Sans esprit donc pas d'humour. Cela ne nous étonne guère car le rire (à l’instar de l’esprit) est le propre de l'homme.

Par ailleurs, l’humour permet, comme la tolérance, d’accepter ou de mieux accepter (une personne, une situation). Tous deux disent oui. Tous deux s’inscrivent dans le mouvement.

Dans un monde comme le nôtre, manquer d'humour c'est manquer d'humilité, c'est manquer de lucidité, de légèreté, c'est être trop plein de soi, trop dupe de soi, trop sévère ou trop agressif, c'est manquer toujours de générosité, de douceur et de miséricorde. Or qu'est donc la tolérance si ce n'est la fille de l'humilité et de la compassion... Humour et tolérance semblent donc être au moins des cousins ! La tolérance aussi est un exercice de relativité. Elle permet aussi de recadrer et de recentrer les choses. En ce sens, humour et tolérance sont tous deux des voies du milieu. L’humour, le rire a à voir avec l’absurde mais il n’est ni vraiment le sens ni le non-sens mais plutôt un passage entre les deux. La tolérance se positionne entre refus et acceptation et nécessite souvent une approche différente de celle que l’on aurait eu spontanément pour se frayer un chemin / trouver une solution.
Humour comme tolérance ne font ni dans le trop ni dans le trop peu.
Humour et tolérance demandent de l'exercice pour être efficaces.

Ceci dit, ils me semblent nécessaires dans le groupe social. Ne serait-ce que parce que les conditions de vie de nos groupes sociaux sont complexes voire difficiles. Nos conditions humaines nous obligent à l'humilité et donc à l'humour. Elles nous y condamnent presque. D'ailleurs, ne nous entendons-nous pas dire quelques fois : mieux vaut en rire qu'en pleurer ou encore la vie est déjà bien assez triste (ou dure) comme ça ?

L'humour est un art en ce sens que comme l'art, il demande une aptitude et une certaine habileté. Il en va de même pour la tolérance qui demande une certaine pratique. Humour et tolérance ont tous deux leurs règles et leurs techniques. Humour et tolérance sont des formes d'écoute et d'aide qui vont au delà des mots et s'adressent directement à nos âmes.

L'humour est une vertu en cela que bien pratiquée elle est aussi un puissant vecteur de sens. Je rejoins volontiers le dessinateur Wolinski lorsqu'il dit que l'humour est le plus court chemin d'un homme à un autre. En effet, pour faire de l'humour, il faut jouer avec des images et des mots et donc remonter au sens. Et comme tout jeu, il a son côté distrayant mais aussi ses règles. On peut rire de tout mais pas n'importe comment.

Pratiquer l'humour c'est déguiser la réalité pour mieux lui faire toucher nos coeurs et nos esprits. L'humour est un suppositoire qui ne fait son effet que quand il est à l'intérieur. L'humour est une forme d'esprit subtile.

Humour et tolérance demandent par ailleurs une certaine liberté pour être bien pratiqués. En cela ils ne peuvent être pratiqués que par des esprits avisés et expérimentés. Voilà pourquoi je les élève au rang de vertus. Celui signifie en clair que celui qui les pratique et y tend serait vertueux. Un homme de bien comme diraient les Chinois. A propos, selon la tradition orientale, trois critères permettent de distinguer le sage des autres : l'humilité, la compassion et l'humour (c-à-d. tolérance et humour). Le sourire du Bouddha en témoigne : l'homme sage ne peut se prendre trop au sérieux.

Prenons cette petite histoire du Maître Zen qui reçoit un disciple pour un entretien. Il lui sert alors le thé dans un petit bol posé sur une table basse. Il sert le thé tout en continuant à entretenir son disciple. Il sert tant et si bien que le bol déborde et le thé se répand sur la table puis goûte au sol. Le disciple n'ose interrompre le maître qui continue à servir. Puis, n'y tenant plus, il finit par dire : "Maître, arrêtez, la tasse déborde et il y a du thé partout !". Le Maître sourit et dit : "C'est juste. Vois-tu, il en va de l'esprit comme de la tasse : lorsqu'il est plein, il ne peut plus rien recevoir". Le sens de cette image est profond. Une longue théorie et quelques livres n'eurent eu que peu de force comparativement à cette image. L’humour, le cocasse, révèle le sens, met en relief des vérités, stimule les esprits et réjouis les coeurs.

Mais pour avoir de l'humour, il faut aussi rester simple, tout en étant lucide (de luce, la lumière).
Lucidité bien ordonnée commence par soi-même, il en va de même pour la simplicité.
L'humour est comme la tolérance : il doit être éclairé et pratiqué simplement.
A trop rire on finit par pleurer.
A trop tolérer on finit par nuire.

Pour bien nuancer et comprendre l'humour, il convient de le distinguer clairement de l'ironie.
Tandis que l'humour est humble car il a pour cible soi-même, l'ironie au contraire est une arme pointée sur autrui (les hommes, les femmes, les gais, les noirs, les juifs, les vieux, les FM:., les blondes et j'en passe et des meilleures). L'ironie s'inspire d'une inquiétude ou d'une insécurité mal assumée qu'il veut travestir en puissance. D'où les -ismes (sexisme, racisme, ethnocentrisme, etc...). L'ironie abaisse, blesse, accuse, condamne, méprise. C'est vrai qu'on se moque peu des riches et des puissants. L'ironie c'est rire contre.

L'humour c'est rire avec. L'humour est donc fondamentalement fraternel. Il implique une sorte d'égalité et permet de rire de soi. J'irai même jusqu'à dire que l'humour est une forme d'amour. En tous cas il n’est pas possible sans une certaine forme de sympathie. D'ailleurs les deux mots ne riment-ils par merveilleusement bien l'un avec l'autre ? Fraternité, simplicité, éclairage, mais me direz vous, c’est très maçonnique tout ça ! Eh bien oui, je crois que, entre autres, les FF\ de tous les pays cultivent l’humour (et en tous cas doivent le faire), l'humour vrai, celui qui consiste à ne pas se prendre trop au sérieux, celui qui colore la vie et illumine les visages et les cœurs.

Mes FF\, qu’il me soit permis de finir avec cette phrase de notre F :. Pierre Dac qui disait :
« A l’éternelle triple question toujours demeurée sans réponse : qui sommes-nous ? d’où venons-nous ? et où allons-nous ?, je réponds : en ce qui me concerne je suis moi, je viens de chez moi et j’y retourne ».

CITATIONS
- L'humour est le plus court chemin d'un homme à un autre. Georges Wolinski
- L'humour est une façon de se tirer d'embarras sans se tirer d'affaire. Louis Scutenaire
- La seule chose absolue, dans un monde comme le nôtre, c'est l'humour. Albert Einstein
- L'humour, c'est la politesse du é_sespoir. Chris Marker (et non Boris Vian)
- L'humour est nénarrable, solite, décis, pondérable, commensurable, tempestif, déniable et trépide. Jacques Prévert
- Qui a de l'humour déjà presque du génie. Celui qui n'est que spirituel n'a généralement même pas d'esprit. Arthur Schnitzler
- Vouloir définir l'humour, c'est déjà prendre le risque d'en manquer. Guy Bedos
- L’éternité c’est long, surtout vers la fin. Woody Allen
- Sourire de ce qu’on aime, c’est l’aimer deux fois plus.

BIBLIOGRAPHIE
- Petit traité des grandes vertus, André Compte-Sponville
- Bouquin des Citations, Claude Gagnière
- Le petit Larousse illustré, 2004

Source : www.ledifice.net

Par L\ D\ - Publié dans : Planches
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Lundi 7 janvier 2013 1 07 /01 /Jan /2013 09:00

J’ai trois ans et c’est à l’intérieur de mes trois points que je vais vous entretenir sur la tolérance. Pour réaliser cette planche, je me suis inspiré des ouvrages suivants :
- La tolérance. par Nicole Czechowski - édition Autrement.
- La tolérance. textes choisis & présentés par Julie Saada-Gendron chez Flammarion.
- Guide des idées littéraires. par Henri Benac chez Hachette.
- Causeries initiatiques pour le travail en loge d’apprentis - édition Plantagenet.

J'ai divisé ma planche en 9 parties :
1- Pourquoi j'ai choisi de vous parler de la tolérance ?
2- Qu'est-ce que la tolérance ?
3- Les définitions des différentes tolérances.
4- La tolérance de l'esprit.
5- Tolérance et intolérance.
6- Rapport entre le Pouvoir et la tolérance.
7- Quelle est la limite de la tolérance ?
8- La tolérance est-elle une vertu ?
9- Quelle est la place de la tolérance en Franc-Maçonnerie ?

1- Pourquoi j'ai choisi de vous parler de la tolérance ?

Parce que c’est le premier sentiment que j’ai ressenti, très fort, quand je suis arrivé ici, juste après mon initiation. C’était d’ailleurs assez extraordinaire la force et la puissance de ce ressenti. Ce sujet s’est en quelque sorte, imposé à moi tout de suite et je ne souhaite pas me poser plus de questions à ce propos je le vis en frère, j’en suis très heureux, c’est tout. Ce travail m’a déjà beaucoup apporté dans ma vie personnelle. Si la Franc-maçonnerie ce n’était que çà, ce serait déjà merveilleux, mais aujourd'hui, je suis sûr de n’être qu’au début de mon chemin, ….. alors ……

Quelques jours plus tard, un soir, en rentrant d’une des premières tenues, j’ai regardé la télé. il était plus de minuit plein. Sur TF1, un débat : Je me disais, l’animateur est pas terrible, les intervenants sont agressifs, le chirurgien qui parle est con …. J’ai appliqué cette vertu de la tolérance et j’ai découvert à travers les propos des personnes que j’entendais parler à la télé ……. de la souffrance. J'ai compris.

Je peux commencer mon propos par ce qui pourrait être ma conclusion :

Tolérer c’est connaître,
connaître c’est comprendre, ou compatir, (n'est-ce pas André-Marie)
comprendre c’est aimer,
aimer c’est devenir sage,
être sage c’est devenir lumière, lumière pour les autres bien-sûr ….

tout à fait au hasard de mes lectures j’ai relevé ce propos que je laisse à votre esprit de sagacité (sagacité : vivacité d’esprit) : Si quelqu’un veut pour le salut de son âme, adopter quelque dogme ou pratiquer quelque culte, il faut qu’il croit du fond de l’âme que ce dogme est vrai, qu’il lui sera agréable, et que ce culte sera accepté par Dieu ; mais aucune peine, aucune technique, ne peut le moins du monde instiller (ou faire pénétrer) dans les âmes une conviction de ce genre.
Instiller : c’est à dire faire pénétrer au goutte à goutte.

Il faut pour changer un sentiment dans les âmes, une lumière que ne peut en aucune autre façon produire le supplice des corps pour pénétrer cette âme.

Si j’ai bien compris et sans aucune prétention, n’est-ce pas le chemin de la Franc-maçonnerie ? n’est-ce pas le chemin de tout Frère, en tout cas ce midi, j’ai trois ans, et c’est mon chemin.

2- Qu ‘est-ce que la tolérance ?

D’après VOLTAIRE (1694 – 1778) c’est l’apanage de l’humanité. Nous sommes tous pétris de faiblesses et d’erreurs ; pardonnons-nous réciproquement nos sottises, c’est la première loi de la nature. L’ignorance étant universellement partagée, la tolérance doit s’exercer de chaque homme à l’égard de tous les autres.
Il se produit un " partage d’erreurs et de vérités que les hommes se distribuent ou se transmettent ou se disputent " et personne ne peut assurer que " la vérité est constamment chez lui, et l’erreur constamment chez l’autre ".

C’est respecter la liberté de conscience, sortir des cadres établis, ouvrir les " chasses gardées ", les domaines réservés, casser les habitudes de pensée quand elles conduisent au conformisme. Le pari est de rétablir l’échange.

3- Définitions des différentes tolérances :

Le mot tolérance se rattache à la racine indo-européenne tol. Tel. tla. Dont dérive tollere et tolerare. :
Tollere : signifie soulever, enlever, quelquefois détruire.
Tolerare : signifie porter, supporter parfois combattre.
Ainsi l'idée de guerre et l'idée d'effort, sous-tendent la notion de tolérance. Cela nous renvoie plutôt à une fonction de l'intellect qui nous pousse à faire un effort pour nous arracher aux dogmes des orthodoxies ( toutes doctrines officiellement enseignées par une Eglise) et à la pesanteur de l'homogène, afin de s'ouvrir à la rencontre de l'autre différent.

Le dictionnaire me dit : Tolérant: attitude de quelqu’un qui admet chez les autres des manières de penser et de vivre différentes des siennes propres.

Ensuite si je consulte une encyclopédie je peux lire qu’il y a plusieurs sortes de tolérance, on parlera de :
- Tolérance mathématique : excédant ou insuffisance par rapport à une valeur prise pour référence.
- Tolérance physique : ce lacet de 1 mètre de long en coton est fabriqué avec une tolérance de plus ou moins 1 centimètre.
- Tolérance par abandon : latitude laissée à quelqu’un d’aller dans certains cas, contre une loi ou un règlement. Par exemple : le stationnement est toléré.
- Tolérance médicale : ce médicament n’est pas bien toléré dans telle situation par tel patient, il peut y avoir rejet, il y a acceptation ou non acceptation.
- Principe de tolérance de Carnap Rudolp (Philosophe et logicien Américain du 20ème siècle) selon lequel il ne s’agit pas de formuler des interdits mais de parvenir à des conventions.
- Tolérance de l’esprit : Je suis Tolérant avec le monde qui m’entoure, avec mes proches, dans mes idées, mes opinions, avec le monde qui n’arrête pas de se faire la guerre et de s’entre-tuer, justement, et sans doute, au début à cause d’un manque de Tolérance.
- Tolérance de la nature, ou de la matière, qu' elle soit minérale ou végétale, quand je pense à cette forêt vierge par exemple où toutes sortes de plantes poussent et se tolèrent ou ne se tolèrent pas, un lierre qui envahira un grand arbre et sera capable à force de pousser, de l’étouffer, et de le faire mourir …à moins que ce ne soit lui, le grand arbre qui se laisse envahir, se laisser mourir sans réagir … pour mieux laisser le lierre se développer et vivre.
Comme c’est curieux, est-ce que ça ne veut pas dire, qu’encore une fois, c’est la nature qui nous donne l’exemple et qui nous montre.

Comme c’est curieux, tolérer ce pourrait être : laisser l'idée de l’autre vivre et laisser la nôtre mourir…ou l’inverse ?

La nature, peut même se rebeller quand ça dépasse certaines limites, quand cela devient insupportable, intolérable, ou qu'on arrive à des déséquilibres : je pense aux tremblements de terre, aux raz de marée, aux cataclysmes de tout genre.

4- Mais je m’intéresserai à la tolérance de l’esprit, c’est à dire à un autre élément que sont la terre, l’eau, l’air, le feu, ou même le sel dont parlait mon frère Louis. Le sel n’est-il pas lui même tolérant ou non tolérant , Louis nous a démontré que là aussi le sel accepte ou rejette tolère ou ne tolère pas, que cela devient inacceptable quand c’est une addition salée, pire, que cela devient insupportable, ce manque de sel dans le cerveau de la maman de Liliane avec les effets irrémédiables dont parlait mon frère Jean-Marc.

Donc la tolérance de l’esprit, (dans son acceptation philosophique !)
à quoi ça sert me direz-vous ?
A faire évoluer l’humanité vers plus d’amour, plus de paix surtout, plus de sagesse, vers la lumière.

Je me souviens de mon premier travail ici sur la pierre avec mes frères apprentis et j'aimerais y faire référence, car tout est peut-être lié en fin de compte ?

Nous parlions des éléments que sont la Terre, L’Eau, l' Air et le Feu. j’avais dit en conclusion que chacun des éléments en combinaison avec les autres formait un tout. Et je me souviens de ma conclusion : chacun des 4 éléments est conducteur vers une autre réalité que lui-même.

La tolérance me conduira-t-elle vers une autre réalité ?
aujourd’hui j’en suis convaincu : surtout depuis que je l’ai expérimentée et appliquée dans ma vie profane, mais dans un esprit de Frère qui devait m'habiter, lors d’événement personnel grave, comme le décès de mon papa où je vois des personnes qui me sont chères se faire du mal entres elles, cela m'a guidé, éclairé pour les aider à avancer dans la paix.

5- Tolérance et intolérance.

Etre Tolérant suppose qu’on en mesure les limites et qu’on évalue les obstacles.

On respecte la loi, on ne la tolère pas. On tolère les opinions d’autrui, mais on respecte sa personne, car elle est distincte de ses opinions. On peut donc respecter cette personne sans tolérer ses opinions.

Affirmation des particularismes, diversités culturelles, une condition du savoir et non plus une concession faite à l’erreur ou au vice, conserver l’idée qu’elle est avant tout un effort sur soi, dans un discours partagé.
Car il faut avoir le courage d'aller plus loin, la force de faire les efforts nécessaires et prendre le temps.

La tolérance se définit dans l’écart des pratiques et des opinions par rapport à une norme affirmée universelle. Elle est une sorte de condescendance de la vérité pour l’erreur et ne dure qu’autant que cette erreur ne peut être résorbée. On peut du même coup lui assigner une limite. Notamment l’intolérance :

Mais qu’est-ce que l’intolérance ?

L’intolérance est partout et elle présente mille visages.
Nous tolérons la misère, l’exclusion, les sans-abri, l’ordre moral, le racisme même pour peu qu’il sache se cacher sous une apparence de bienséance. Que ne tolérons nous pas à la longue, à quoi ne finissons nous pas à nous habituer ? Lâcheté, permissivité molle, paresse, mépris, indifférence … Il faudrait retourner le problème du côté de ce verbe qui n’existe pas intolérer : qu’est-ce que l’intolérable ? ce qui provoque un refus et une insurrection. Contre un état de fait, un comportement, des idées, une injustice et qui dans le même mouvement traduit une souffrance à partir d’un certain seuil de tolérance ...

A voir les ligues nationalistes et antisémites, les attaques dans les années 1880 contre les ouvriers Italiens venus travailler en France dans le bâtiment, puis les Polonais dans les années 1950 venus travailler dans les mines de charbons, puis plus proche de nous les Nord-Africains que j’ai vu arriver, étant enfant, dans le Nord de la France.
Intolérable ! ces joueurs de Foot étrangers dans les équipes nationales et pourtant qu’est-ce qu’on est tolérant quand ils deviennent champion du monde et que la souffrance disparaît, n’existe plus et fait place à la joie et à l’amour d’un peuple éperdu de reconnaissance. Où est la limite entre tolérance et intolérance : au seuil de la souffrance je pense.

Mon frère Max, Comment parler de la tolérance ou de l’intolérance dans le monde, sans évoquer l’expérience tragique des juifs dans les pays de l’exil. Qui trois ans après la shoah confirmait la voie à prendre : indépendance politique pour les juifs, égalité civile et politique pour les minorités et respect de leur personnalité culturelle.

Compte tenu de notre histoire en diaspora, ( dispersion des juifs au cours des siècles – dispersion d’une ethnie quelconque – Tsigane ) , on comprend que la tolérance ou l'intolérance prenne en Israël une signification toute particulière.

Comment ne pas penser également de cette autre collectivité l' Afrique du Sud qui elle aussi, a tant souffert et souffre encore de l’intolérance à cause de l'apartheid.

Pour aller au delà de ce que je qualifierai " d’un respect distancié " entre deux réalités sociales, il faut un élément transcendant : la souffrance, la connaissance, et l’amour. Car d'ailleurs la volonté politique seule ne suffit pas à faire disparaître l'intolérance, on a besoin de ces éléments transcendants. Par exemple c’est aussi à l’hôpital, ou à l’université et surtout dans l’intimité d’un couple que quelque chose se construit dans une certaine proximité, connaissance, et un amour.

J'ai parlé de volonté politique:

6- Quel est le rapport entre le Pouvoir et la tolérance ?

L'intérêt d'un Etat (ou d'une petite commune par exemple) est de tenir à l’unité de religion et sous le couvert de la religion à obliger tout le monde à penser comme eux.
IL est possible de fonder la tolérance sur des dispositifs institutionnels, juridiques et politiques.
L’histoire nous montre bien aussi que le pouvoir tolère de ses administrés certains comportements ou habitudes. Le point commun de ces relations du pouvoir et de la tolérance est le caractère précaire, fugace, révocable, fongible de la tolérance .
( Fongible : qui se consomme par l’usage et peut être remplacé par d’autres choses identiques.)
Et cela garantit à un pouvoir quelqu'il soit, l’exercice d’un lien social. Allons encore plus loin, une tolérance qui se répète, se généralise devient la loi. C’est une source du droit que nulle constitution n’a prévue et pourtant, notre histoire juridique est ponctuée par ces luttes entre le flou et l’énoncé.

Avec le monopole de la loi s’est donc érigé le monopole public de la tolérance et depuis nous sommes en négociation permanente avec les détenteurs de la loi. De l’automobiliste au voleur de grands magasins en passant par les fraudeurs fiscaux la permanence de négociation s’est établie. Cette tolérance révèle une tolérance de maître à dominé.

Mais attention ne confondons pas, cela ne veut pas dire que celui qui tolère est supérieur, c'est faut. Il ne peut y avoir que réciprocité d'idées et personne ne détient LA vérité.

Là ou il y a différence, différence qu’aucun projet unitaire ne veut ou ne peut éliminer, un code de bonne conduite se constitue, que l’on nomme tolérance.

Par contre, que faire contre ceux qui érigent sciemment l’intolérance en politique ?
Et que faire contre cette intolérance vis à vis des idées qui s’aggrave dans le cas de la discrimination entre les personnes.

Prenons garde à l'énervement des passions opéré par les médias, la simplification outrancière des arguments pour mieux se faire entendre, et qui chassent la tolérance en ce qu’elle suppose de nuances, de dialogue. La complexité n’est qu’un alibi pour des intellectuels velléitaires. Le simplisme exige toujours des solutions immédiates, montrables, aisément reproductibles.
A ce sujet, depuis quelques temps, l’idée de médiation a surgi dans le social par exemple, et de cette relation humaine , restitue à chacun sa complexité et autorise une tolérance vraie, car négociée, reconnue par les individus, librement décrétée.
L’enjeu est celui là pour sortir d’une tolérance – bordel, d’une tolérance dérèglement, d’une tolérance cache-misère pour entrer dans une tolérance de dialogue.

1791 Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
art 11 : la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

7- Quelles sont donc les limites de la tolérance ?

Je l'ai dit précédemment la limite de la tolérance et de l'intolérance : c'est le seuil de la souffrance.

Attention également car une tolérance absolue peut aussi aboutir à la confusion ou à l'indifférentisme …

On peut également dire : La tolérance c'est le relativisme culturel, c'est à dire que toutes les cultures se valent. Problème : est-ce qu' au nom de la tolérance et du relativisme culturel (qui est donc que toutes les cultures se valent) on peut justifier des atteintes aux droits de l'Homme tel que l'excision par exemple.
Par contre, l'Ethnocentrisme c'est l'intolérance. C'est à dire juger la culture des autres en fonction de sa propre culture.

8- La tolérance est-elle une vertu ?

La tolérance n’a plus le même sens : elle devient le principe ou la règle pratique que l’on se donne dans un certain rapport à autrui, et plus précisément à autrui en tant qu'indiffère ou s’oppose à mes propres convictions. Qui tolère peut y trouver un bénéfice. La tolérance peut s’offrir, comme un idéal de vie en commun dont la forme exemplaire serait le dialogue, discours partagé qui nous engage à " accueillir l’étranger ".

Helvétius (philosophe Français du 18ème) fonde la liberté d’expression sur l’utilité publique : elle est un facteur de promotion de la vérité, éclairant les individus et rendant possible le progrès commun.

En matière de religion, cependant, on ne sait ni quelle est la vrai religion, ni qui est habilité à la reconnaître comme telle. Chacun est donc tenu de suivre la religion que lui indique sa conscience.
Le seul critère de vérité devient la sincérité et la tolérance avec laquelle la pratique ses membres. Voltaire le reprendra à sa manière en affirmant, dans l’article tolérance : « Que nous sommes tous pétris de faiblesses et d’erreurs » invitant à nous pardonner réciproquement nos sottises.

La tolérance repose moins sur un ensemble de devoirs énoncés par la conscience au titre d’une morale naturelle, que sur un constat d’ignorance ; dont on déduit la nécessité de reconnaître un droit à la pluralité en matière d’opinions. Cette tolérance fait prévaloir la question de la liberté sur celle de la vérité, et celle de la pratique morale sur le dogmatique.

En tout cas il paraît évident que la réponse se joue sur le plan des idées. Dans un certain sens la tolérance serait une vertu intellectuelle.
Dans cette conception, la tolérance est affaire de réciprocité ; La tolérance est mutuelle ou elle n’est pas, elle doit être tenue pour une obligation morale, un compromis utilitaire.

Il faut souligner qu'il y a une bonne et une mauvaise tolérance. La mauvaise est celle qui vient de l'indifférence à l'égard d'une vérité ou d'une hiérarchie entre les vérités, tandis que la bonne tolérance est le fait de pouvoir écouter les idées d'autrui bien qu'on ne soit pas d'accord et justement d'en discuter.
La tolérance est une véritable vertu morale et ce n'est pas simplement une indulgence pour faciliter la convivialité des hommes entre eux.
La tolérance n’est associée à l’indulgence que parce qu’elle est réciproque, n’introduisant aucun rapport de domination entre celui qui tolère et celui qui est toléré.

La tolérance apparaît comme une donnée incontestable de l’horizon intellectuel, politique et juridique du libéralisme. Pour l'homme c’est la Liberté de croyance, d’opinions, d’expression, inaliénable de se déterminer par lui-même.

Nous avons consacré à la face du monde ce propos : Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
La tolérance est un espace de Liberté, d'Egalité, de Fraternité.

La tolérance cesse également, ainsi, d’être seulement un problème de morale et de politique pour devenir une position théorique et même une des conditions du savoir. Elle suppose une séparation des savoirs sans permettre à aucun d’exercer une hégémonie, une suprématie. La science par exemple dit David Hume (philosophe du 18ème) ne pouvait naître que dans un pays de tolérance et de liberté.

Liberté de pensée, liberté intérieure de conscience, ou d’opinions dont la forme extérieure est le droit à l’expression publique. Liberté de satisfaire nos goûts de choisir les intérêts que nous poursuivons et de conduire notre vie comme nous l’entendons.
La liberté d’expression a aussi une fonction de vertu : elle permet aux hommes de développer leur entendement par une confrontation des opinions.

Pierre Bayle (philosophe du 17ème) nous fait remarquer que chacun peut reconnaître en l’autre la sincérité de ses convictions, même si la vérité qu’il soutient diffère de la nôtre. Le devoir d’obéissance à sa propre conscience fonde ainsi le droit à la liberté religieuse, droit qui n’a de sens que s’il est réciproque. Ce qui hélas, n’est pas le cas aujourd’hui dans certaines religions ou plus exactement et plus précisément avec certains extrémistes qui ne tolèrent pas les autres religions …..
Cependant, Bayle ajoute " La persévérance dans l’erreur est en réalité une fidélité à sa conscience en tant qu’elle est le signe d’une détermination invincible et insecouable vers la vérité ".

Voltaire tire les leçons de l’histoire et nous invite à la tolérance dans son fameux traité sur le sujet. L’hérésie est naturelle parce qu’elle tient à la nature bornée de notre esprit. Elle appelle à la tolérance. En revanche, le fanatisme dégénère en maladie parce qu’il consiste à prendre son opinion pour vérité unique, et à saisir les armes pour le défendre. L’intérêt des nations exige la tolérance. Nous devons mutuellement nous pardonner nos erreurs ; la discorde est le grand mal du genre humain, et la tolérance en est le seul remède.

La tolérance est une vertu humaine et une vertu sociale.

9- Quelle est place de la tolérance en Franc-Maçonnerie ?

Je l’ai dit, c’est la première des choses que j’ai très vite ressenti en venant ici : une immense tolérance, une grande écoute et un amour.
Pour l'apprenti que je suis, être tolérant c’est d’abord s’accepter soi-même, ensuite c’est accepter l’autre, c’est découvrir un autre monde et par voie de conséquence c’est progresser dans l’humanité.
Quand la tolérance s'installe, le dialogue s'ouvre, l'ignorance recule, la connaissance avance.
Lessing écrivain Allemand du 18ème et Franc-Maçon, soutient un idéal de fraternité universelle par delà les divisions religieuses, nationales ou sociales, évoquant l’idéal maçonnique de fraternité et d’universalité qui conditionne la pratique de la tolérance.

Extraits du livre de Plantagenet " Causeries initiatiques pour le travail en loge d’apprentis "
Page 27, je cite :
"un Maçon dans quelque endroit ou dans quelque circonstance que ce soit se doit à lui-même de ne pratiquer que la tolérance, de ne priser que la vertu et de ne respecter que l’intelligence et le talent".

Page 118, je cite encore :
"la loi du maçon : pondération, tolérance, fraternité."

Un peu plus loin je lis : "faire taire ses passions et oublier jusqu'à ses intérêts personnels, il se met à l’ordre. Il n’est plus un homme. Son geste l’a purifié, le cours de ses pensées s’est modifié, il n’est plus que solidarité, fraternité et amour."

Mais revenons à la question posée : qu’est-ce qu'être tolérant ?
C’est d’abord être tolérant avec soi-même c’est savoir que l’on a des opinions, des avis, des idées propres à soi et quelquefois, pour ne pas dire le plus souvent, des idées différentes des autres. Cela peut poser un problème personnel un cas de conscience dirons-nous si quelqu’un n’est pas suffisamment tolérant avec ses propres idées. C’est la première des tolérances.

Ensuite c’est d’être tolérant avec l’autre, pas toujours facile dans la vie, dans le monde, pas toujours admis par les états, les gouvernements, les ethnies, les partis, les lobbys, les corporatismes, les groupes en tous genre ……

Et pourtant c’est la seule façon de permettre d’abord à l’autre d’être lui-même, de lui accorder le droit à la liberté de conscience, de lui donner la possibilité de vous apporter quelque chose de différent, de vous enrichir, de vous donner une idée de plus , autre, qui puisse vous faire évoluer, … grandir.

Je me souviens de cet axiome : quand deux hommes se rencontrent et qu’ils échangent
1 franc, ils repartent riches d’un franc chacun, mais quand deux hommes se rencontrent et qu’ils échangent 1 idée, ils repartent riches de deux idées chacun.

Donc être tolérant avec l’autre c’est l’accepter comme il est, c’est lui permettre de le laisser s’exprimer complètement, profondément, même et surtout si on n’est pas d’accord avec ses idées, c’est mieux l’observer, mieux le laisser vivre, lui donner ou mieux je dirais : lui offrir la possibilité d’évoluer ….. à lui aussi, comme à nous d’ailleurs, bref c’est mieux le comprendre, c’est l’aimer donc.

Pour terminer mon propos :
Permettez moi de vous rapporter une deux réflexions personnelles et ensuite de vous proposer deux citations de GANDHI.

Réflexion personnelle :
- Comment combattre l’intolérance ? par encore plus de tolérance.
- Il n’y a qu’une seule arme invincible contre l’intolérance, c’est l'Amour, mais ce n’est pas une arme dont tout le monde dispose, ni dont on puisse user à l ‘égard de tous.

GANDHI. Je vous donne deux citations, la première :
<- Ma religion n’est pas une religion de prison. Elle offre une place aux plus déshéritées des créatures de Dieu. Mais elle est à l'épreuve de l’insolence, de l’orgueil de race, de religion ou de couleur. Je ne crois pas qu’il puisse y avoir sur terre une seule religion. C’est pourquoi je m’efforce de découvrir ce qu’elles ont en commun et de prêcher la tolérance mutuelle.

Deuxième citation
- La règle d’or de la conduite c'est la tolérance mutuelle, car nous ne pensons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité et sous des angles différents.

Je ne puis résister, en tant que Maître des colonnes d’harmonies au plaisir, de vous faire écouter un morceau de musique de 4 minutes environ, qui pour moi symbolise la tolérance.
Ce morceau je le décompose (bien-sûr) en 3 parties :
- 1ère partie jusque 1 mn 40 : des violons nous bercent et nous balancent dans une douceur de l’esprit, tout semble bien dans le meilleur des mondes. C’est le bonheur, c’est l'équilibre, c'est l’amour.
- Vers 1 mn 40 environ, la 2ème partie : une dissonance brutale, casse le rythme, met le trouble, nous perturbe. C’est la chose étrangère, l'autre idée, l'inacceptable.
vers 2 mn 40 : Le rythme se calme, un violon réfléchit seul, tolérant il fait la part des choses. L’humanité progresse et se redéveloppe par l'intermédiaire de la harpe qui relance un violon.
- Violon, vite accompagné par les autres violons dans la 3ème partie vers 3 mn 20 pour repartir dans une mélodie avec un bercement plus assuré et renforcé par ce nouvel apport, et pour terminer dans les toutes deux dernières secondes par un envol pour vers …plus loin et plus haut.
Musique : "Fantaisie sur Greensleeves" de Ralph Vaughan Williams (compositeur Anglais fin 19ème début 20ème)

Vénérable Maître, j'ai dit.
source :
www.ledifice.net

Par M.T - Publié dans : Planches
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Samedi 5 janvier 2013 6 05 /01 /Jan /2013 09:25

La Tradition de la Grande Loge de France fête le solstice d'hiver et Saint Jean l'Evangéliste comme d'ailleurs elle célèbre le solstice d'été et Saint Jean Baptiste.

A cette occasion de la Saint Jean d'hiver, je présenterai quelques réflexions sur l'Evangile de Jean et plus précisément sur les cinq premiers versets de son Prologue.

Il s'agit là d'éclairer et de donner sens à la référence à la Bible que fait la Maçonnerie traditionnelle française. Tout d'abord l'Evangile de Jean. Ce quatrième Evangile, quatrième Evangile car il n'a pas pu par l'originalité de sa parole et l'intériorité de son discours pren­dre place dans l'ensemble des Synoptiques. Cet Evangile a nourri les traditions ésotériques, qu'elles soient sérieuses ou qu'elles soient plus farfelues, au sens que Malraux conférait à ce terme en faisant signe au Gargantua de Rabelais. Il faut aussi dire qu'il s'agit de l'Evangile de Lumière, de l'Evangile d'Amour. Aussi ce texte constitue-t-il un des éléments fondamentaux de la Tradition occi­dentale. Cependant d'autres textes bibliques sont l'objet d'une lec­ture privilégiée en Maçonnerie et plus particulièrement à la Grande Loge de France. La Génèse, certes, mais aussi et peut-être surtout le Livre des Rois avec le récit de la construction du Temple de Salomon. Sans doute en passant de l'hébreu au grec, de la Thora à l'Evangile des tournants culturels s'accomplissent. Mais si certains s'efforcent de déceler dans ces tournants des ruptures voire des bri­sures, le Maçon y entend bien plutôt l'écho d'une parole d'unité mais non d'uniformité. Une parole de création, une parole poétique au sens où la poésie est création, une parole qui dit et porte à la pré­sence les multiples visages du sensible en leur harmonie. Aussi écoutons-nous ces paroles poétiques comme celles de la création spirituelle, comme celles de l'esprit comme vertu de création, vertu qui fonde en nous notre humanité et que, plus qu'un autre, le Maçon s'est donné la tâche de développer et de faire rayonner.

Cette création, cette construction que nous faisons nôtre est tout aussi spirituelle que matérielle. Elle est celle tout autant du Temple de pierres que celle d'une Jérusalem céleste. S'il est vrai qu'à l'écoute des textes bibliques on ne peut entendre tout à fait la même chose dans l'Hébreu de la Genèse qui dit "au commencement Dieu créa la Terre et le Ciel", et dans le grec de Jean qui dit "au com­mencement était le Verbe", il n'y a pas pour autant de discordance mais bien plutôt une symphonie de deux paroles. Certes les proces­sus de création décrits dans la Genèse et dans les autres livres de la Thora sont empruntés à des techniques : aux techniques du potier, aux techniques du sculpteur, au point que les Proverbes font dire à la Sagesse qu'elle est auprès de Dieu comme Architecte.

Nous pouvons ainsi y dételer l'éloge du travail opératif qui donne forme et esprit à une matière. L'introduction par Jean du grec "Logos" renouvelle et modifie quelque peu la conception de la créa­tion. Le modèle n'est plus technicien mais verbal. C'est la parole qui, immédiatement, dès son énonciation inscrit dans le réel ce qu'elle nomme. Le mot crée le réel. Nous y sentons l'influence du rationalisme et de l'idéalisme grecs. La Franc-Maçonnerie initiati­que, symbolique et traditionnelle telle du moins qu'elle se pratique à la Grande Loge de France se plaît à faire résonner ensemble ces deux paroles, ces deux paroles de création afin d'affirmer sa voca­tion créatrice, sa vocation tant opérative que spéculative : vocation spéculative au sens où la vraie spéculation ou la vraie connaissance est une opération de l'esprit et aussi au sens où toute opération manuelle est la manifestation d'une spéculation de l'âme. Aussi la Franc-Maçonnerie est-elle l'exercice de la raison et de l'esprit pour construire les hommes, pierres d'un Temple qui n'est point fait de pierres mortes mais d'un Temple aux pierres vives pour reprendre une fois encore une expression de Rabelais.

C'est pour cela que la Grande Loge de France se définit elle-même dès le premier chapitre de ses Constitutions comme un Ordre initiatique, traditionnel et universel, fondé sur la Fraternité. constitue une alliance d'hommes libres et de bonnes meurs„ de toutes races, de toutes nationalités et de toutes croyances. La Franc-Maçonnerie a donc pour but le perfectionnement de l'huma­nité. A cet effet les Francs-Maçons travaillent à l'amélioration constante de la condition humaine tant sur le plan spirituel et intel­lectuel que sur le plan du bien-être matériel.

Il s'agit là d'un double pari. D'un pari sur le sens et d'un pari sur l'homme. Un pari sur le sens est un pari sur la transcendance qui donne sens aux mots, aux actes et aux choses. Aussi si les Francs- Maçons pratiquent des rites, c'est pour manifester concrètement dans leurs paroles, actes et comportements que contrairement à la routine et à l'habitude profanes, ils cherchent à faire signe verres le sens. C'est pourquoi la Grande Loge de France travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers. Le Grand Architecte de l'Univers est pour nous un symbole librement interprétable qui ne serait être renfermé ou réduit dans une définition, que ce soit Dieu, l'Huma­nité ou toute autre tentative de définition qui affirme la transcen­dance sans pour autant en exclure aucune.

Ce premier pari sur le sens et la transcendance en appelle un second sur la dignité et la liberté de l'homme. L'initiation ou plus prosaï­quement et plus approximativement la libre recherche, le penser libre, qui ne serait se confondre avec la simple libre pensée avec ses connotations restrictives d'aujourd'hui, implique un sujet libre et digne qui choisit librement et dignement de s'engager dans la 'voie de la recherche sur le chemin de la pensée dans une quête initiati­que. Aussi parce qu'elle est un Ordre symbolique et traditionnel, la Grande Loge de France ne peut qu'être entièrement et intimement attachée aux Droits de l'Homme. Elle refuse ainsi toute pseudo philosophie et toute idéologie de l'exclusion puisqu'elle se dé: finit comme un centre d'union des hommes en leur diversité.

Mais revenons quelques instants encore à la référence qui est faite à la Bible, du moins au sein de la Grande Loge de France. La Bible y est désignée comme le Livre de la Loi Sacrée. Le Livre qui à la fois fait signe vers la transcendance et appelle à une libre interprétation de son texte. La Bible, Thora et Nouveau Testament, Livre des Rois ou Evangiles, n'a donc pas dans les Loges le sens du livre de la révélation, même s'il y a des Maçons qui en leur conscience et en leur foi, le reçoivent aussi comme tel. Elle est Volume de la Loi Sacrée. Par l'ouverture de ce Volume on rappelle qu'il ne serait y avoir de progrès sur le chemin de la connaissance sans progrès dans le champ de l'éthique. Si précédemment le pari sur le sens et l'invo­cation au Grand Architecte de l'Univers fondait le pari sur la liberté et la dignité de l'homme, il faut maintenant dire que le pari sur l'homme, sur sa dignité, sur sa liberté fonde en retour la possi­bilité d'un pari sur le sens. C'est bien parce que l'homme est capable de rompre avec la sphère de la volonté de puissance pour celle de l'amour et de la fraternité qu'il peut parier sur le sens et la transcendance. L'une des originalités de la démarche maçonnique c'est que l'exigence éthique précède et conditionne l'ouverture à la connaissance. Ainsi la Bible à la Grande Loge de France comme Volume de la Loi Sacrée est Livre de la Tolérance ; celui au sein duquel Bayle puisait des exemples pour défendre la liberté de conscience ; celui que Spinoza lisait et soumettait à la critique his­torique et à l'exégèse rationnelle pour y trouver argument de la nécessaire liberté de penser. Ainsi la Franc-Maçonnerie telle que la conçoit la Grande Loge de France s'engage sur ce double pari, sur ce pari sur le sens et ce pari sur l'homme : elle invoque le Grand Architecte de l'Univers et affirme en même temps la dignité, la liberté et les droits de l'homme.

Elle assure ainsi le passage pour chaque homme à la libre recherche sans jamais nier les enracinements personnels, culturels ou religieux de chacun de ses membres. Elle assure la liberté de pensée qui est plus que la simple liberté de conscience. La liberté de conscience est tolérance négative, celle qui tolère l'erreur supposée chez l'autre qui ne fait qu'accepter son errance. La liberté de pensée est une tolérance positive, celle qui transforme l'errance en quête, qui affirme la nécessité de la pluralité des chemins de cette quête afin que règne la fraternité entre les hommes.

Source : www.ledifice.net

Par PVI - Publié dans : Planches
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