Planches

Mercredi 9 janvier 2013 3 09 /01 /Jan /2013 09:14

La tolérance est une notion relativement récente et son concept même est encore bien loin d'être considéré comme une vertu dans notre monde actuel.

Passé ce constat sur lequel nous reviendrons, il nous faut, avant toute chose, définir cette tolérance, à laquelle nous adhérons et que nous nous efforçons de pratiquer, cultiver et propager.

Définitions de la Tolérance.

Je n'aime guère commencer une planche par la citation d'un article du dictionnaire. Je trouve cette méthode un peu réductrice par sa tendance à encadrer la réflexion et, par là même, imposer des limites à la pensée personnelle. J'ai cependant cédé et j'ai ouvert les livres. Je dis "les" livres car j'ai recueilli ainsi plusieurs définitions établies à des périodes différentes. Bien m'en a pris, car cela m'a confirmé ce que je pressentais:

- La tolérance est une notion moderne, elle a considérablement évolué dans sa forme et dans sa pratique et reste aujourd'hui capable de muter encore, ce qui lui donne le paradoxe de demeurer tout à la fois forte et fragile.

- La tolérance n'est pas un sentiment inné. L'homme, comme les autres êtres organisés, n'est pas tolérant par nature.

Mais puisque j'ai évoqué les définitions livresques, je vous en livre quelques unes :

- Augustin la définissait ainsi à la fin du IVème siècle :

"Ce qui est appelé tolérance n'a lieu d'être qu'envers les maux" .

- Antoine Furetière (Dictionnaire universel de 1684) :

" Tolérance : patience par laquelle on souffre, on dissimule quelque chose, la tolérance qu'on a pour les vices est souvent cause de leur augmentation" .

" Tolérer: souffrir quelque chose, ne pas s'en plaindre, n'en pas faire la punition. Il faut tolérer les défauts de ceux avec qui nous avons à vivre. On tolère à Rome les lieux de débauche, mais on ne les approuve pas. Il faut tolérer les abus quand on ne peut pas les retrancher tout à fait; tolérer les crimes qu'on ne peut pas punir"

L'exemple cité n'est pas sans rappeler la célèbre phrase "La tolérance, il y a des maisons pour cela! ". Son auteur, Paul Claudel s'est-il inspiré de cette définition? Toujours est-il qu'il nous renvoie à "la case départ" à une époque, 1921, où le concept de tolérance était assez proche de ce qu'il est aujourd'hui. Cette position réactionnaire illustre assez bien le côté force et fragilité que j'évoquais précédemment.

Le Grand Larousse de1927 nous offre le texte suivant :

" Tolérance : Action de tolérer, supporter avec indulgence ce qui est contraire à nos sentiments, à notre manière de voir" .

Et enfin, en 2000, le Petit Larousse illustré nous dit :

" Tolérance : respect de la liberté d'autrui, de ses manières de penser et d'agir, de ses opinions politiques et religieuses.

" Tolérant : indulgent dans les relations sociales" .

Que de différences en l'espace de quelques siècles ! Pour mieux comprendre cette évolutions, les définitions ne suffisent pas, il nous faut connaître l'histoire de la Tolérance.

Histoire de la Tolérance.

C'est en France que la Tolérance se manifeste pour la première fois de manière officielle, codifiée et formelle. Nous sommes en 1598, l'église catholique romaine en est alors à son maximum d'intolérance et dans deux ans, Giordano Bruno sera livré au bûcher…

La France est , selon la formule: "la fille aînée de l'église" et le pouvoir séculier est au main d'un monarque qui tient son pouvoir, toujours selon la formule: "de la grâce de Dieu".

Depuis près de 36 ans, catholiques et protestants se déchirent et s'entretuent. Le roi d'alors s'appelle Henri IV, c'est un homme intelligent, bien conseillé et bien entouré. Il a une volonté réelle de mettre un terme à cet affrontement entre catholiques et protestants. Habile et fin politique, il multiplie les tentatives par un engagement personnel considérable : né protestant en 1553, il abjure en 1572, se rétracte en 1576 et enfin se convertit en 1593. Sa célèbre phrase "Paris vaut bien une messe" lui vaudra de paraître comme opportuniste et il aurait ainsi maintenu cette image s'il n'avait été plus loin.

Henri IV constate alors que les voies de la rigueur et de la douceur ont échoué à faire disparaître le protestantisme du royaume, il va alors tenter de permettre la permanence, dans cette France "Très chrétienne", de la R.P.R. (Religion Prétendue Réformée). Il se fonde alors sur la conception d'alors de la tolérance : " Acceptation d'un mal que l'on ne peut pas empêcher". Le roi Henri va alors créer ce qui constitue le véritable texte fondateur de la Tolérance : l'édit de Nantes. L'édit de Nantes est promulgué en trois étapes les 3 avril, 30 avril et 2 mai 1598.

L'édit de Nantes est un ensemble de 95 articles dont certains règlent d'une manière extrêmement précise les droits et devoirs des deux communautés en présence. Hostile à tout compromis, le Pape Clément VIII proteste auprès de l'ambassadeur de France et nombreuses sont les manifestations contre cet acte régalien.

Un certain Langlet Le Poirier tente d'assassiner le roi en août 1589; il est dénoncé avant de concrétiser son projet et est ensuite condamné à mort et exécuté. 21 ans plus tard, et pour les mêmes raisons, un nommé Ravaillac parviendra à ses fins et connaîtra le même supplice. Henri IV aura payé son audace de sa vie.

Revenons à l'édit de Nantes… Dans le droit de l'ancien régime, la loi du roi n'a de réelle valeur qu'une fois qu'elle a été enregistrée par les parlements régionaux. Ainsi et selon les régions, l'édit n'est enregistré qu'entre 1599 pour les premiers et 1609 pour les plus réfractaires (Rouen), ce qui représente 11 ans entre la promulgation et la prise d'effet! C'est donc peu dire que les réticences et les résistances ont été vives.

Obstacles à l'application, manifestations, protestations, tentatives homicides puis régicide abouti, toutes ces réactions prouvent, s'il en était besoin, combien l'édit royal bouleverse les sociétés en présence et combien il est difficile de faire admettre les idées novatrices et les principes progressistes.

Quoiqu'il en fut, la loi est appliquée et les protestants peuvent désormais jouir des mêmes droits civils, publics et privés que les catholiques. Ils acquièrent également la liberté de culte et de réunion.

Citons l'article 6 de l'édit de Nantes :

"Et pour ne laisser aucune occasion de troubles et de différends entre nos sujets, avons permis et permettrons à ceux de ladite RPR, vivre et demeurer par toutes les villes de notre royaume et pays de notre obéissance, sans être enquis, vexés, molestés ni astreints à faire quelque chose pour le fait de la religion contre leur conscience, ni pour raison d'icelle être recherché ès maisons et lieux où ils voudront habiter, en se comportant au reste selon qu'il est contenu en notre présent édit".

Hélas, toutes les histoires ne se terminent pas comme les contes de fées, et, moins de cent ans plus tard, en 1685, l'édit du "Bon roi Henri" était révoqué par son propre petit fils, un certain Louis, quatorzième du nom.

Mais la première pierre était posée et le concept de la tolérance allait évoluer malgré les obstacles que tous les humanistes acharnés à le faire progresser allaient rencontrer. L'édit de Nantes peut être considéré comme le texte fondateur de la liberté de conscience et de la tolérance.

Les Anglais, alors en pleine difficulté avec leur monarchie et l'affrontement des communautés reprennent l'idée de tolérance, rapprochent l'édit de Nantes des écrits de Thomas Moore (L'utopie) et définissent la tolérance dans un sens innovant : non plus un pis aller, mais une nécessité inhérente à l'homme naturel et politique. Le pas était fait, né du besoin de concorde religieuse, la tolérance devient le moteur de la concorde religieuse et de la concorde civile. C'est véritablement à ce moment qu'apparaît le sens moderne de la tolérance et précisément en mai 1689 par le vote du "Toleration Act". Soit quatre ans après que la France eut révoqué l'édit de Nantes….

Au XVIIIème siècle, face aux églises, Voltaire et les autres philosophes du siècle des lumières semblent avoir de la peine à pratiquer la vertu de tolérance. En 1763, l'apologie mise en scène dans le "Traité sur la Tolérance" révèle une morale très claire, Elle révèle une tentation face aux religions: celle de ne faire de la tolérance qu'une entreprise de réduction de l'autre au semblable.

La tolérance entre confessions est toutefois possible et Voltaire, dans les "Lettres anglaises " ne dit-il pas :" un Anglais, comme un homme libre va au ciel comme il lui plaît" et il ajoute : "s'il y avait, en Angleterre qu'une religion, le despotisme serait à craindre; s'il y en avait deux, elles se couperaient la gorge; mais il y en a trente et elles vivent en paix et heureuses". Et l'encyclopédie conclut, en 1765, par cette définition : " La tolérance est en général la vertu de tout être faible destiné à vivre avec des êtres qui lui ressemblent."

Sur le terrain politique, et après bien des batailles, un édit qualifié de "Tolérance" est promulgué en 1787. Il correspond aux revendications de Voltaire issues de son combat lors de l'affaire Callas mais reste très en-deçà des édits de pacifications et de l'édit de Nantes. Le roi Louis XVI y accorde à ses sujets qui ne professent point la religion catholique, les droits que la nature ne cesse de réclamer en leur faveur.

Le point le plus important et le plus novateur de cet édit est qu'il crée un état civil laïque pour les sujets non catholiques ; les déclarations de naissance, de mariage et de décès peuvent être faites, pour ces derniers, devant un officier de justice en lieu et place du curé de la paroisse. Deux ans avant la révolution! C'est la préparation à la laïcisation de l'état civil français.

C'est ensuite 1789 et les révolutionnaires sont très partagés quant à la tolérance. Laborde et Mirabeau s'affrontent à ce propos le 22 août 1789. On est en pleine discussion sur la déclaration des droits de l'homme qui sera publiée le 26 août. Celle-ci est peu explicite sur la liberté de religion et la confond avec la liberté d'opinion qu'elle formule ainsi dans son article 10 : "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi" . On ne peut nier l'esprit tolérant de ce texte que l'on peut qualifier d'article de tolérance de la déclaration des droits de l'homme.

Mettant fin à la révolution, le premier consul Bonaparte signe, le 16 juillet 1801 le concordat avec le pape Pie VII. Les disposition en sont promulguées par la loi d'avril 1802 et étendues aux cultes réformés et luthériens puis au culte "israélite" (selon le terme de l'époque).

On peut interpréter le régime concordataire comme l'aboutissement de la tolérance civile, fondée sur la neutralité active de l'état qui, loin d'être indifférent, accorde son aide à tous les cultes reconnus et n'en privilégie aucun.

Ce premier pas qui va de la tolérance vers une véritable laïcité est repris par Jules Ferry en 1881 et trouve son apogée le 9 décembre 1905 au moyen de la loi de séparation de l'église et de l'état. La république assure, de manière formelle, la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes.

Mais si la tolérance est un chemin qui mène à la laïcité, il n'est pas le seul et il convient de ne pas considérer tolérance et laïcité comme synonymes.

Très rapidement, nous venons de parcourir un peu plus de quatre siècles de notre histoire moderne et nous avons vu naître et évoluer le concept de tolérance. De cette épopée, il apparaît qu'il s'agisse davantage d'une histoire de l'intolérance que d'une histoire de la tolérance.

De l'intolérance à la tolérance.

La tolérance n'est ni innée ni spontanée, c'est une démarche née de son contraire, c'est à dire venue par réaction face à l'intolérance. Réaction issue à la fois de volontés politiques et de principes humanistes. L'homme est intolérant, chacun croit détenir la vérité et dénie ce droit à l'autre. L'homme est un animal grégaire, sa constitution en sociétés est un facteur important dans le développement de son intolérance. L'intolérance individuelle devient alors intolérance sociétale, corollaire du sentiment d'appartenance et rejet commun des dissemblables.

Permettez-moi d'ouvrir une parenthèse et vous donner un exemple : J'ai toujours été troublé de ce que les groupes humains, possédant leur propre langage, ont inventé un mot pour désigner l'autre et, par là même, souligner sa non-appartenance au groupe.

Ainsi :

Pour un nudiste, je suis un "Textile" .
Pour un normand, je suis un "Horsain".
Pour un corse, je suis un "Pinzzuti".
Pour un juif, je suis un "Goy".
Pour un gitan, je suis un "Gadjio".

La liste n'est pas exhaustive, cherchez bien, il y en a d'autres. D'ailleurs, nous, francs-maçons, ne qualifions nous pas de "profane" celui ou celle qui n'appartient pas à notre assemblée ? Sans commentaire.

Je n'aurai pas l'outrecuidance d'affirmer que toute société qu'elle se constitue autour de principes religieux, d'origines ethniques, de tradition de culture ou tout à la fois, est par nature intolérante, mais je pense que toute religion, toute société porte en elle les germes de l'intolérance et que la tolérance n'est autre que l'anticorps qu'il nous faut activer et développer à la manière d'un système immunitaire.

La tolérance s'est tout d'abord appliquée au plan des religions avant d'être étendue à la liberté civile. Il s'agit bien d'une extension et non d'une substitution et au poids considérables des religions se sont ajoutés ce que j'appellerai les dogmes athées, pensons à Hitler, Staline ou Pol Pot…

Quant aux religions, si la Saint Barthélemy nous paraît bien lointaine et si nos regards se tournent volontiers vers Gaza ou Kaboul, n'oublions pas aussi de regarder ce qui perdure à Belfast.

L'affirmation de Voltaire : "l'intolérable, c'est le fanatisme" paraît ainsi toujours d'actualité. Mais comment distinguer, à travers expressions et manifestations, le fanatisme intolérable et la conviction tolérable?

La tolérance aujourd'hui.

Aujourd'hui, la tolérance reste l'instrument indispensable au progrès de l'humanité. La tolérance continue de faire face à l'intolérant, à la fois son ennemi et son géniteur.

En ce XXIème siècle naissant, deux autres dangers menacent la tolérance:

Trop de tolérance tue la tolérance.

Dans les propos publics de nombre d'hommes politiques, une expression s'est faite jour: "tolérance zéro" utilisée principalement à propos de délinquance et d'incivilité. C'est une dérive sémantique perverse qui tend à faire de la tolérance le synonyme de laxisme, permissivité ou angélisme. Toutes choses que la tolérance n'est pas. Toutes choses qui lui font perdre du terrain.

Les égoïsmes et l'indifférence de nos société modernes constituent également une menace: "Je suis tolérant" tend aussi à signifier, aujourd'hui, qu'on ne souhaite pas y regarder de trop près. "A chacun sa vérité" devient alors "Chacun pour soi" et l'on aboutit très rapidement à ce que j'appellerai la tolérance de "Dupont-la-joie" illustrée par la célèbre brève de comptoir : "Les arabes, ils ne dérangent pas pourvu qu'ils restent chez eux".

La tolérance et la franc maçonnerie.

La tolérance n'est vraiment incontestable que dans la maçonnerie libérale, les maçonneries dogmatiques, dites "régulières" restent marquées, sinon d'intolérance, du moins d'une tolérance qu'elles ne conçoivent qu'en second lieu après la croyance obligatoire. Sachons également qu'aux Etats Unis, il existe des Loges pour noirs et des Loges pour blancs.

Comme on a pu le voir, la tolérance ne doit pas être l'attitude restrictive qui supporte la différence parce qu'il est impossible de faire autrement. La tolérance exprime le fait positivement contraire du concept d'intolérance que tous les maçons doivent réprouver. La tolérance exige courage et lucidité.

La maçonnerie, conçue pour être le centre de l'union, a su poser la vraie définition de la tolérance. Rappelons nous l'article premier de notre Constitution : " ….elle a pour principe la tolérance mutuelle…" En ajoutant l'adjectif "mutuelle", l'indispensable est dit car la tolérance ne vaut que par le partage. La tolérance n'est pas une attitude univoque de ceux qui en sont adeptes, la tolérance ne s'exprime véritablement que grâce aux prosélytes.

Comment pratiquer et répandre cette tolérance qui constitue le véritable moteur de l'éthique maçonnique ? Nous disposons pour cela d'outils symboliques. L'équerre et le compas se trouvent parfaitement associés pour cet exercice.

L'équerre nous donnera les limites de la tolérance, car il y en a. L'équerre est la mesure même de l'acceptable, hors de sa rectitude, commence l'intolérable. Le compas, plus souple, plus ou moins ouvert, s'adapte aux situations, donne la dimension exacte du comportement. Et ce n'est pas un hasard si le compas, situé sous l'équerre au degré d'apprenti, commence à émerger aux compagnons et finit au premier plan pour les maîtres.

Alors, unissons nos efforts et continuons à pratiquer cette tolérance qui unit nos dissemblances. Continuons avec mesure, lucidité et humilité notre quête vers l'inaccessible.

Et puisqu'il est question de lucidité, je conclurai, très provisoirement, en citant cette réflexion de Jankelevitch :

"La tolérance, si peu exaltant que soit le mot, est une solution passable; en attendant mieux, c'est à dire en attendant que les hommes puissent s'aimer, ou simplement se connaître ou se comprendre, estimons nous heureux s'ils commencent par se supporter" .

Source : www.ledifice.net

Par X - Publié dans : Planches
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Mercredi 9 janvier 2013 3 09 /01 /Jan /2013 09:12

Le but d’une méthode est de substituer une idée claire, exacte et complète à une notion confuse, superficielle et incomplète.
Le but de la méthode maçonnique est de substituer une humanité dans laquelle l’acceptation de l’autre avec toutes ses différences serait une évidence et naturelle à une humanité dans laquelle l’acceptation de l’autre est exception.

Pour atteindre ce but le Grand Orient de France met à disposition de ses membres des moyens et une méthode :
Des moyens qui sont définis par l’article 1° de sa constitution
Une méthode qui consiste:

  • à tenter de polir « l’être » en taillant le « moi » par un travail assidu, qu’il soit individuel ou collectif.
  • à répandre au dehors les vérités qu’il aura ainsi acquises.
  • à préparer, l’avènement d’une humanité meilleure et mieux éclairée dans laquelle règnera la tolérance et où les valeurs de Justice, de Liberté, de Solidarité, de Fraternité et d’amour ne seront plus des mots dont on se gargarise mais une volonté ferme et résolue. Ce travail de tout les instants qui, prenant appuis sur le passé, forge le présent et prépare l’avenir.

Alors, cette méthode peut-elle participer à construction d’un monde meilleur ?

Certainement… mais, quel monde ? Le monde physique? Le monde vivant? Ou de façon plus restrictive celui des Humains qui pensent égoïstement que la construction d’un monde meilleur pour eux est, de facto, meilleur pour tous. Mais cette dimension seule, à notre sens, ne pourra pas résister encore longtemps sans y englober les autres tant aujourd’hui leur interdépendance est étroite.
Nous n’aborderons pas le sujet sous cet angle aujourd’hui, en considérant que « Le monde » évoqué par la question ne concerne que l’humain car la franc-maçonnerie, crée par l’homme et pour l’homme, n’a d’autre objectif que de s’occuper de celui–ci dans sa dimension sociale, créative et spirituelle.
En cela, nous prendrons le sujet dans sa globalité en ne dissociant pas l’esprit et les objectifs de l’idéal maçonnique du G.O.D.F définis par les moyens mis à disposition, de la méthode qui est le vecteur qui en assure leur diffusion.
Car il va sans dire que si la méthode structure pour diffuser c’est tout de même le contenu des valeurs qu’elle permet de véhiculer qui peuvent participer de la construction d’un monde meilleur.
Le présent travail, sans vouloir méconnaitre l’importance que peuvent revêtir l’étude du sacré et l’apport de l’art dans le perfectionnement intellectuel et l’amélioration morale de l’humanité, en fera toutefois abstraction afin d’en souligner sa dimension sociale.

A ce stade de notre réflexion et afin d’en éclairer l’approche, il nous apparaît nécessaire d’effectuer un bref rappel historique :
Au 17 et 18° siècle le contexte politique social et religieux entretenait des conflits partout en Europe. Les intellectuels mettaient en cause les certitudes religieuses et la paix sociale nécessitait une plus grande tolérance dans le domaine des religions. Cette préoccupation, qui agitait les esprits, se retrouvait aussi dans maçonnerie spéculative naissante. Au début du 19ème siècle, dans tous les rituels publiés, l’invocation au Grand Architecte De L’Univers ne figurait que dans la prestation de serment. Il semble cependant que l’interprétation divine du G.A.D.L.U. était la plus généralement acceptée pour se conformer à ce que souhaitaient les gouvernants de l’époque. Plus tard en 1849 la majorité conservatrice du convent, troublée par les événements de 1848 fait adopter et intégrer dans la constitution « le Principe de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme ». Cette affirmation venait en opposition avec la notion de liberté de conscience et de tolérance. A compter de 1860 et presque à tous les convents, des batailles sont livrées pour aboutir en 1877 à la révision de l’article 1°. A compter de cette date et afin de permettre à chaque maçon d’y trouver sa place, l’assemblée conventuelle précise que la Franc Maçonnerie n’est ni déiste, ni athée, ni même positive. Et, qu’en tant qu’institution affirmant et pratiquant la solidarité humaine, elle EST étrangère à tout dogme et à tout crédo religieux.

En conséquence, le Convent de 1877 décide le remplacement du principe de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme par le principe unique « De la liberté absolue de conscience » permettant ainsi à chacun de ses membres, l’exercice d’une spiritualité à l’abri de toute contrainte autre que celle librement consentie par l’acceptation des principes généraux de l’ordre définis par l’article 1° de la constitution dont lecture ci après :

« La franc maçonnerie, institution essentiellement PHILANTHROPIQUE, PHILOSOPHIQUE et PROGRESSIVE, a pour objet

  • LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ
  • L’ÉTUDE DE LA MORALE
  • LA PRATIQUE DE LA SOLIDARITÉ.

Elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité.
Elle a pour principes :

  • LA TOLÉRANCE MUTUELLE
  • LE RESPECT DES AUTRES ET DE SOI -MÊME
  • LA LIBERTÉ ABSOLUE DE CONSCIENCE.

Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique.
Elle a pour devise : LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ. »

Les moyens ainsi définis, et ayant déjà une réponse sur le pour qui (l’humanité), essayons succinctement d’approcher le sens du pourquoi (l’idéal) afin de déterminer si le comment (la méthode) peut participer de la construction d’un monde meilleur.
INSTITUTION ESSENTIELLEMENT PHILANTHROPIQUE, PHILOSOPHIQUE ET PROGRESSIVE .
La franc-maçonnerie se définit comme une institution, c’est à dire une réunion d’hommes ayant des buts et des aspirations communs. Même si la démarche du franc maçon se conçoit d’abord comme individuelle, elle se réalise surtout avec et au contact d’autres. Il s’agit bien d’un parcours initiatique « en réunion » car la franc-maçonnerie serait inexistante et inopérante sans cette interdépendance, cette symbiose, et cet égrégore qui règnent entre les frères. Si la personnalité de chacun est essentielle, être franc maçon c’est également faire partie d’un tout, d’un édifice dans lequel chaque pierre, qu’elle soit brute ou polie, est un élément indispensable à son équilibre et à son maintien.
Elle se veut essentiellement PHILANTHROPIQUE, PHILOSOPHIQUE et PROGRESSIVE,

La philanthropie, mérite que l’on s’y attarde un instant car elle est la base de l’action maçonnique, elle est une vertu douce, patiente et désintéressée qui utilise la connaissance de sa propre faiblesse pour compatir à celle d’autrui et ne demande que le bien de l’humanité.
Mais bien que la philanthropie, dans son sens premier soit synonyme de charité ou amour de l’humanité nous assistons aujourd’hui à un détournement de celui-ci. Sous son couvert nous subissons le développement de l’action de puissantes fondations à travers le monde dont le but plus ou moins avoué ne s’inscrit pas dans une démarche humaniste mais dans une forme d’engagement qui invite à reconsidérer assez sérieusement ce principe de solidarité qui nous est si cher afin de le remplacer par un principe de charité privée dans lequel la sensibilité de celui qui reçoit sera soumise aux impératifs de l’égo de celui qui donne lui-même soumis à l’influence de ses options philosophiques ou religieuses.
Au même titre que les valeurs portées par la méthode maçonnique peuvent subir l’influence de ces mêmes options dont elle se réclame et dans lesquelles elle évolue.
Mais qu’est ce que la philosophie et à quoi sert- elle ?

Reprenons à notre compte la maxime d’Epicure : La philosophie est une activité qui, par des discours et des raisonnements nous procure la vie heureuse …..
Les discours et les raisonnements, nous savons faire et eux aussi participent de la méthode maçonnique, mais contribuent- ils à construire un monde meilleur ?

Alors essayons de ne pas êtres dupes des petits bonheurs faciles et trompeurs qui s’obtiennent en cachant la réalité. Chacun de nous ressent bien que :
-« l’avoir » ne nous est pas suffisant et que « l’être » nous est indispensable.
-la recherche de cette exigence de perfection qui nous a conduits dans ce temple, nous apprend que philosopher c’est préférer la vérité même si elle est contraire à nos espérances.
-philosopher c’est la recherche de la connaissance, c’est tenter d’approcher la sagesse, c’est apprendre à vivre et à aimer la vie.
-aimer la vie c’est aimer les joies qu’elle procure et en accepter les drames qu’elle fait subir, c’est chercher à changer les choses qui dépendent de nous pour les améliorer et c’est aussi accepter, sans colère inutile et avec tolérance, celles qui n’en dépendent pas.
Et en ce sens La Franc-maçonnerie est progressive car elle oblige le franc-maçon à agir en homme conscient de ses droits et de ses devoirs, acteur d’un progrès sans cesse à inventer dans la recherche du vrai, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité.

LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ

Afin de ne pas réduire l’anthropologie à une seule étude physique ou historique de l’humanité, Kant a jugé nécessaire d’établir une anthropologie philosophique,élément indispensable et indissociable dont la sagesse prend en compte le perfectionnement de l’humanité, c’est à dire le progrès dans cette société « où l’homme se civilise, se moralise par l’art et les sciences »
Or, ces développements ne sont rendus possibles que par le caractère transcendantal de l’homme lui permettant de s’élever au dessus des lois de la nature. Ces lois il les découvre, essaie de les comprendre et les utilise. Cet homme que Voltaire désigne comme « Un animal pas comme les autres », est ainsi capable de découvrir et de dévoiler l’ordre du monde grâce à la raison qui le destine à mettre en jeu toutes ses puissances mentales pour acquérir une connaissance VRAI.
Alors s’il est vrai que l’homme est essentiellement « pensée et liberté », si exister pour lui, signifie donner un sens à tout et si, pour ce faire, il s’interroge et cherche à comprendre sans relâche le pourquoi de son interrogation , alors nous pouvons entrevoir la nature de son désir et son but. Ce désir que Platon dans le « banquet » nous fait appréhender comme « vouloir la chose dont on ne dispose pas encore » est pour chacun ce besoin vital et nécessaire d’accéder au VRAI à LA VÉRITÉ. Et nous savons que pour cela nous devrons livrer bataille car si la vérité est à découvrir, à dévoiler, elle n’est jamais donnée elle est toujours conquise.
« Nous devons gagner à la sueur de notre front, le pain de notre esprit » disait Malebranche.
Mais qu’est ce que la vérité ? Où et comment la trouver ? En suis je capable ?
Voilà les questions que se pose le franc-maçon et auxquelles nous n’apporterons pas de réponse car si la vérité philosophique se définit comme la conformité de ce que je dis avec ce qui est , nous savons tous que sa recherche est subjective et que chacun de nous doit toujours garder présent à l’esprit cette phrase d’André GIDE:
« Croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent »

L’ÉTUDE DE LA MORALE

L’étude des règles qui dirigent l’activité libre des hommes n’est pas le fait du hasard si elle constitue un élément important de l’objet du G.O.D.F. Il relève du débat permanent au sein de la loge ,que la recherche de la connaissance vrai de la morale n’est jamais définitive et ne doit relever d’aucun dogme.
Ces règles librement consenties hors du dogme délimitent cet espace de liberté, dans lequel chacun de nous évolue sans entraves ni interdits. Elles marquent le degré de civilisation d’une société et participent du bien vivre ensemble.
Là où les morales religieuses s’affirment, sans autres soucis d’explications que celles relevées dans les écrits livrés à l’interprétation d’un clergé, nous constatons à la lumière d’évènements récents qu’il n’est pas nécessaire de rapporter combien cet espace de liberté peut être restreint.
En franc maçonnerie, quand elle se juge et se commande, la morale n’est que l’affirmation de la liberté. Elle répond à la question « que dois-je faire » et ignore totalement le « que doivent faire les autres » soulignant ainsi les devoirs et les obligations que nous nous sommes fixés.
Et c’est parce qu’elle participe à une certaine conception du bien et du mal de l’autorisé et de l’interdit, de l’admissible et de l’inadmissible que la morale est en perpétuelle évolution. Toute règle librement consentie a une relation de soi à autrui bien entendu mais elle s’impose d’abord à soi comme le dit COMTE SPONVILLE pour qui « la morale n’est légitime qu’à la première personne sinon l’on n’est pas moral mais moralisateur ce qui est sensiblement différent. »
Les conséquences de la crise économique que nous vivons ne viennent – elles pas illustrer quotidiennement cet écart entre le discours moralisateur de ceux pour qui la loi morale est la cupidité et le cynisme et la pratique d’une entraide, d’un altruisme, bref d’une fraternité et d’une solidarité entre ceux qui souffrent.

LA PRATIQUE DE LA SOLIDARITÉ

Le rituel du rite français précise ainsi qu’il suit les termes de l’obligation prêtée par le nouvel initié :
« Je promets … et de mettre en pratique, en toutes circonstances, la grande loi de solidarité humaine qui est la doctrine de la franc-maçonnerie »
« Je pratiquerai l’assistance envers les faibles, la justice envers tous, le dévouement envers ma famille, ma patrie et envers l’humanité, la dignité envers moi-même. »
C’est aujourd’hui, dans ce monde en tourmente et qui souffre, dans ce monde qu’il soit physique vivant ou humain, que nous pouvons mesurer toute l’importance de cette valeur, de cette règle morale qu’est la solidarité. La franc-maçonnerie l’a voulue seulement humaine et l’a érigée en doctrine, mais ne serait-il pas nécessaire d’en étendre ses bienfaits aux mondes physique et vivant afin de ne pas en épuiser les ressources et d’en protéger les espèces.
La pratique de la solidarité, sous toutes ses formes, chacun de nous se doit au sein de la maçonnerie d’en faire une règle morale incontournable car c’est en partie par elle et la diffusion de cette chaleur humaine que nous puisons dans le travail en loge que nous pourrons participer à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité. Cette chaleur humaine qui s’alimente des principes capitaux de notre ordre que sont la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, et la liberté absolue de conscience

LA TOLÉRANCE

Tolérer c’est :

  • accepter l’opinion contraire,
  • laisser faire ce que l’on pourrait empêcher ou combattre,
  • c’est renoncer, sans abandonner, à une part de sa force, de son pouvoir, de sa colère,
  • c’est déposer et non abandonner ses métaux à l’extérieur comme à l’intérieur du temple.

La tolérance intervient quand la connaissance fait défaut en nous laissant dans le domaine des opinions. Elle fait abstraction du « moi » au bénéfice d’autrui. Elle nous oblige à nous remettre en question en nous laissant entrevoir que ce que nous tenions pour vrai ne l’est sans doute pas plus que la vérité de l’autre. Elle ne peut se concevoir que si l’action ou l’opinion tolérée n’est pas contraire à la règle morale où à la loi.

La tolérance mutuelle, est un principe fondateur de la franc-maçonnerie. Elle est le fruit d’un respect et d’une confiance réciproque entre les frères. Mais d’une confiance encore modérée dans son action dans le monde profane. Confiance modérée car dans ce monde où le cynisme et l’égoïsme règnent en maitre, le respect et l’indulgence apparaissent encore comme une faiblesse. Ce monde dans lequel la souffrance de l’autre, qu’elle soit physique ou morale, est intolérable et inacceptable pour un maçon. Son acceptation devient soit cruauté, soit égoïsme ou même indifférence.
Cependant poussée à sa limite, la tolérance finirait par se nier elle même et deviendrait faiblesse ou laxisme, servant de terreau au développement de l’intolérance. C’est ce que Karl Popper philosophe des sciences contemporain appelait le paradoxe de la tolérance et qu’il exprimait ainsi « Si l’on est d’une tolérance absolue, même envers les intolérants et que l’on ne défende pas la société tolérante contre leurs assauts, les tolérants seront anéantis et la tolérance avec eux. »
Pourtant, la maçonnerie ne nous enseigne-t-elle pas que c’est par l’acceptation de l’opinion de l’autre, le respect et l’instauration d’une confiance réciproque que nous progresserons vis à vis de ceux qui ne la respecte pas. Il s’agit donc et dans tout les cas, d’une évaluation des risques où si l’on préfère, du degré de respect et de confiance que nous devons accorder. Tolérer devient avant out une démonstration de force. Que nous abordions sa dimension politique, morale, ou religieuse, la tolérance n’existe que parce que nous permettons ce que nous sommes en mesure d’interdire ou en tout cas capable d’affronter efficacement. Il m’est facile de tolérer une opinion différente de la mienne si je me sens suffisamment fort pour ne pas être mis en danger
En voici un exemple : Je cite :
«
Tous ceux qui ne se soumettent pas à la vérité sur le bien et sur le mal moral, vérité établie par la loi divine, norme universelle et objective de la moralité, tous ceux là vivent dans le péché.
Il n’y a de liberté ni en dehors de la vérité ni contre elle.
La vérité morale s’impose à tous et ne saurait dépendre ni des cultures, ni de l’histoire, ni d’une quelconque autonomie de l’homme ou de la raison. C’est la voix de Jésus Christ, la voie de la vérité sur le bien et le mal qu’on entend dans la réponse de l’église
»
Ces paroles sont extraites de l’encyclique « veritatis splendor » publiée par Jean Paul II en 1993.
Cet exemple, en tant que maçons du G.O.D.F, il m’est facile de le tolérer car son affirmation se heurte à la force de mes convictions forgées dans le principe de liberté absolue de conscience et au refus de toute affirmation dogmatique.
Ce principe même et cette affirmation qui rendent à l’homme sa liberté de choisir le cadre dans lequel il souhaite que celle- ci s’exerce, m’incitent devant les propos d’une rare violence tenus récemment par la même institution à pratiquer l’intolérance et à prolonger mon action dans une laïcité qui, au regard de ce qui précède, ne peut être que la forme institutionnalisée de la tolérance.

LE RESPECT DES AUTRES ET DE SOI MÊME- LA LIBERTÉ ABSOLUE DE CONSCIENCE – REFUS DE TOUTE AFFIRMATION DOGMATIQUE

Nous avons évoqué un peu plus haut que le respect des autres était une composante indispensable à la tolérance pour tisser ce lien de confiance nécessaire à l’épanouissement des relations humaines. Le respect c’est considérer l’autre dans un rapport d’égalité, établir une distance suffisante pour ne pas empiéter sur ses convictions, ou son intimité. Le respect c’est également l’accepter dans ses différences.
Se respecter soi-même c’est avoir conscience du respect que devons aux autres.

Et maintenant, une fois n’est pas coutume, si nous parlions un peu du G.A.D.LU!
Comme nous l’avons indiqué dans notre bref rappel historique la volonté du convent de 1877, de rejoindre l’esprit initial des constitutions d’ANDERSON, œuvre pour une liberté absolue de conscience en précisant que les conceptions métaphysique sont du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de chacun.
Le fait de ne pas croire en un dieu révélé ne signifie pas que nous sommes contre toute spiritualité religieuse, contre toute métaphysique. Mais bien au contraire pour une spiritualité résultant du fonctionnement du cerveau qui permet dans ces domaines une évolution par l’interprétation. Cette évolution dont notre frère PROUDHON un des chefs spirituels de l’anarchisme nous en montre le chemin.
Replaçons-nous à son époque (1809- 1865) et écoutons son propos le jour de son initiation à la R.L SPUCAR à l’orient de Besançon. Au cours de l’épreuve du cabinet de réflexion à la question d’usage à cette époque qui était : quels sont vos devoirs envers Dieu ? Il répondait « GUERRE A DIEU ».
C’est lui qui quelques temps plus tard, écrivait, dans une apostrophe devenue célèbre « Nous étions comme des Néants devant ta majesté invisible à laquelle nous donnions le ciel comme dais et la terre comme escabeau; et maintenant te voilà détrôné et déchu. Ton nom, le dernier mot du savant, la sanction du juge, la force du prince, l’espoir du pauvre, le refuge du coupable, ce nom désormais voué au mépris et à l’anathème, sera sifflé parmi les hommes; car dieu c’est hypocrisie et mensonge, Dieu c’est tyrannie et misère ; Dieu c’est le mal ».
Et ce même PROUDHON après avoir été initié aux symboles de la maçonnerie, n’hésita pas à écrire je cite :
« Après avoir subi les épreuves, ….Par delà un cérémonial dont quelques détails peuvent être discutables, il est une PHILOSOPHIE, supérieure qui ne COMMUNIQUE POINT, et que je ne puis révéler, bien qu’elle constitue selon moi le véritable mystère de la Franc-Maçonnerie: le conceptualisme, la négation de toute phénoménalité, l’affirmation de l’absolu, tel est le caractère fondamental de toutes les doctrines religieuses. Le G.A.D.L.U n’est ni substance, ni cause, ni créateur, ni rédempteur, ni Satan, ni rien de ce qui correspond à un concept TRANSCENDANT. Toute métaphysique est ici écartée. C’est la personnification de l’équilibre universel, il tient le compas, le niveau, l’équerre et le marteau. Dans l’ordre moral, il est la justice. La maçonnerie n’est pas une église. Elle ne repose pas sur un dogme ni sur une adoration, elle n’affirme rien que la raison ne puisse pas comprendre.

Sous le BÉNÉFICE DE CETTE INTERPRÉTATION, je consens à rendre gloire au G.A.D.L.U dont le lumineux triangle, plus précieux pour moi que le nom d’un Jehova cruel et vindicatif m’a révélé toutes ces choses » Mais PROUDHON ajoutait
« Il faut être étrangement pauvre d’esprit, ce me semble, pour ne pas voir que le rationalisme tolérant de la F.M fondé sur le dédain de toute théologie et sur la substitution d’une idée positive et réelle au concept métaphysique, est la négation même de l’élément religieux, remplacé par l’idée de Justice dans la conscience du F.M. »
C’est sans contestation une évolution chez PROUDHON, mais le fond de sa pensée rejette toujours toute transcendance, pour se loger dans l’immanent, dans le présent, dans le réel, dans ce que la raison peut clairement comprendre.
Alors mes frères concentrons notre esprit sur la réalité de notre contact avec l’univers dont nous sommes partie intégrante et poursuivons la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité. Ainsi l’article 1° de notre constitution, enrichi des commentaires qui l’accompagnent, rattache la franc-maçonnerie, tout au long de son histoire, au domaine des valeurs morales et nous fait entrer avec celui de la sagesse qui englobe l’expérience spirituelle de l’humanité. Cette sagesse qui couvre un champ plus vaste que la spiritualité inclus des chemins profanes plus laïques.
Appliquons nous à réaliser une Franc-Maçonnerie collée aux réalités de l’univers et de la planète, ne poursuivons pas d’infructueuses cogitations apparemment métaphysiques sur lesquelles ni notre esprit, ni nos neurones n’auront prises. Tout cela nous détournerait de notre tâche d’amélioration de la société. Même si, chronologiquement, avant ou après la création de l’univers, à côté de notre hypothétique fonction d’architecte, de maitre d’œuvre, il y avait un maitre d’ouvrage, aujourd’hui son existence relèverait du domaine exclusif des conceptions métaphysiques et dogmatiques ce qui, de mon point
de vue, l’exclurait du champ de la Franc-Maçonnerie.
Pour conclure, nous dirions que « la méthode maçonnique » n’est autre que celle que nous venons d’appliquer à la rédaction de cette planche. Elle consiste en un tout dans lequel l’analyse est inséparable de la synthèse. Méthode, dans laquelle partant d’un principe général nous essayons d’en déduire toutes les idées que ce principe contient, d’en extraire les plus fécondes, et d’en étendre leur bienfait à l’humanité par une action tant individuelle que collective avec l’aide des moyens de communication moderne en faisant apparaître une franc maçonnerie sans mystères au service de l’homme.
En ce sens la méthode maçonnique participe à la construction d’un monde meilleur.
Si nous avions à la définir par un seul mot, Nous l’appellerions philanthropie

-car comme elle, c’est par l’apprentissage et l’utilisation de la connaissance de nos propres faiblesses que nous parvenons à laisser nos métaux à la porte du temple.
-Car comme elle, la maçonnerie se pratique comme une vertu patiente et désintéressée.
-Car comme elle, elle ne demande que le bien de l’humanité

Nous terminerons en citant une phrase de DESCARTES dont la maçonnerie, un siecle plus tard, s’est emparée et a instituée en méthode :
« L’on s’écoutera parler les uns les autres avec douceur et respect, sans faire paraître jamais de mépris pour ce qui sera dit dans l’assemblée. L’on ne s’étudiera point à se contredire, mais seulement à rechercher la vérité«

Source : http://www.franc-maconnerie-godf-cannes.org

Par V.G. - Publié dans : Planches
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Mardi 8 janvier 2013 2 08 /01 /Jan /2013 09:41

Je tiens à préciser que cette planche n’est pas une planche d’actualité et en aucun cas elle ne traite de l’exclusion du maçon reconnu comme tel par ses Frères mais de l’exclusion du profane à être reconnu par nous pour devenir l’un des nôtres.

Je me demande, encore aujourd’hui, les raisons qui m’ont poussées à traiter d’un sujet aussi « brûlant » et épineux.

Il est question, entre autre, de la gestuelle imposée dans nos rituels et à laquelle ne peuvent pas se conformer, entre autres, les personnes infirmes.

A première vue, les termes « Tolérance » et « Exclusion » sont, on ne peut plus antinomiques. Qui dit Tolérance, di acceptation de l’autre, de ses défauts, de sa différence.

Le franc-maçon est Tolérant. Il est dit, dans les Constitutions d’Anderson, « qu’un maçon est obligé, par son engagement, d’obéir à la loi morale ; et s’il entend bien l’Art Royal, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux. » Plus loin, « que les personnes reçues membres d’une Loge doivent être des Hommes bons et sincères, nés libres, d’âge mûr et discret, et non des esclaves, des femmes, ni des hommes immoraux ou scandaleux, mais de bonne réputation. »

Une certaine exclusion apparaît dans cette phrase, pour ce qui concerne les femmes. Ramsay disait : « ce n’est point un outrage à sa fidélité ; mais on craint que l’amour entrant avec ses charmes ne produise l’oubli de la Fraternité. Nombres de Frères et d’amis seraient de faibles armes pour garantir les cœurs de la rivalité. »

En ce qui concerne les hommes immoraux ou scandaleux, cela me semble logique et sans appel.

Les esclaves ; pourquoi pas ? Et encore !!!

Qu’en est-il aujourd’hui dans nos obédiences, dans nos loges ?

Je ne citerai pas la « seule » obédience dite « régulière » qui rejette d’un bloc tout ce qui le lui appartient pas et ceux qui ne pensent pas comme elle. Elle ne m’intéresse vraiment pas car, dans celle-ci, ne règne qu’exclusion et intolérance.

En ce qui concerne les femmes, la situation s’est bien améliorée et cela est bien, à l’exception de l’obédience préalablement citée pour qui la femme n’est bonne qu’à procréer, et encore.

Mais chez nous, Frères tolérants et fraternels, la porte de nos temples est-elle accessible à tous ?

Sommes-nous prêts à accueillir tout homme libre et de bonnes mœurs ? Même s’il est pauvre, malade, muet, aveugle, infirme ou ex-bagnard ? Jean Valjean eut-il été admis chez nous à son époque ?

Je pense que, si ce postulant est tout cela en même temps, il y a lieu d’hésiter un moment. Mais prenons un profane qui frappe à notre porte après avoir franchi dans le bon sens celle de Fresnes ou toute autre prison. Imaginons que son casier judiciaire est chargé après avoir purgé une peine de prison conséquente suite au meurtre de l’assassin de sa femme et de ses enfants. Cet homme, rejeté par la société, par ses amis peut-être, doit-il être rejeté par nous, nous qui, du jour au lendemain, pouvons être confrontés à une situation analogue ? Cet homme ayant purgé sa peine, ayant toujours été un excellent père de famille, n’est-il plus libre et de bonnes mœurs ? Doit-on lui jeter l’opprobre et ne rien faire pour soulager sa souffrance et pour l’aider à se retrouver, à retrouver son « moi » ? La main tendue n’existe-t-elle pas pour lui ?

Autre exemple d’exclusion de nos temples : le fric ! Ce fric responsable de tous les maux de l’humanité. Le Smicart, le Rmiste, le SDF a-t’il une chance d’entrer chez nous ? Il peut être libre et de bonnes mœurs, avoir un Q.I. respectable et de ce fait, pouvoir participer à nos travaux sans problème, nous apporter ses connaissance. La valeur de ses raisonnements nous serait vraisemblablement très profitable, mais malheureusement à la sempiternelle question des frères enquêteurs « pourrez-vous payer vos cotisations ? » S’il répond par trois fois : « Non ! » ; une partie peut-être, et en me privant terriblement : je renonce ! Quel serait le résultat du vote ? Bien sûr, nous ne sommes pas une œuvre de charité, mais ne nous privons pas d’une si belle pierre qui rendrait notre édifice encore plus beau et plus solide.

Je pense du fond du cœur, qu’un atelier se disant tolérant et rejetant l’exclusion sous toutes ses formes devrait pouvoir accueillir de telles situations et œuvrer à l’aider à s’en sortir en sein de sa fraternité. Le tronc de la veuve existe pour subvenir aux besoins d’un Frère ou de sa famille dans la détresse. N’est-il pas tentant d’imaginer un « tronc d’accueil d’amour » permettant de tendre la main à cet homme qui aurait pu être notre Frère ? Réfléchissez, ce n’est vraisemblablement pas une utopie.

Un autre cas d’école : un maçon est un homme debout, mais cela est incompatible avec le fauteuil roulant du tétraplégique ou même de l’hémiplégique. Notre rituel, nos déplacements en loge sont incompatibles avec ce genre de véhicule. Et pourtant… Cet homme que la maladie, l’accident, a diminué pour toujours au regard de la société, de son entourage, n’a-t’il plus le droit non plus de s’élever parmi nous dans la sagesse, la recherche de lui-même ?

Même l’initiation lui est interdite : comment voyager ? Comment prêter serment sur les 3 grandes lumières de la franc-maçonnerie ? Comment donner l ‘accolade fraternelle ? Comment enfin, entrer dans la chaîne d’union et serrer avec vigueur et tendresse les mains des Frères qu’il n’aura jamais ? Et au fait, que fait-on du Frère en pleine santé à qui cela arrive ? je ne sais pas et je suis certain que l’un d’entre vous me le dira à la fin de ma planche. Pour illustrer mon propos, je vous raconterai la belle histoire suivante : il y a quelques temps, j’ai visité un atelier et je ne regrette pas ce voyage car j’ai eu le bonheur de constater la beauté de l’amour et de la fraternité. Dans cet atelier, j’ai découvert une chose surprenante : le deuxième surveillant, troisième lumière de la loge, ne pouvait pas se déplacer dans la loge du fait d’un handicap sévère à une jambe. A chaque tenue, un Frère volontaire exécutait à sa place les déplacements d’ouverture et de fermeture des travaux suivant les invocations que ce Frère, privé de ses jambes, lançait de son plateau. Quelle émotion de voir évoluer de voir évoluer ces deux Frères en symbiose totale. L’un étant le geste, l’autre la parole, pour que la lumière rayonne sur l’ensemble es Frères de l’atelier et que les travaux puissent vivre. Qu’est-ce que l’égrégore sinon cela ?

Je poursuivrai par l’homme noble de cœur et d’esprit, parfaitement adapté à devenir une superbe pierre polie de belle qualité, mais non-voyant. Comment, tout d’abord, peut-il recevoir la Lumière ? Cela peut paraître simple car cette Lumière est en nous, vacillante dans notre corps profane, mais visible même dans les ténèbres de la cécité pour qui sait la recevoir et surtout la découvrir au plus profond de lui-même.

Mais nos ateliers et nos rituels ne sont pas fait pour celui qui est entouré de ténèbres. Notre cabinet de réflexion nous est dévoilé « sans le bandeau ». Comment imaginer ce cabinet sans la petite flamme de la bougie qui permet à l’impétrant de découvrir, sans pour cela comprendre, les multiples symboles qu’il découvre le jour de son initiation et qui porterons sa réflexion à venir ? Comment ce même aveugle pourra-t-il reconnaître cet ennemi hypothétique à qui il devra essayer de pardonner ? Comment pourra-t-il découvrir et assimiler tous ces symboles qui jalonnent notre chemin initiatique ? Comment pourra-t-il suivre nos rituels ? Comment, deuxième ou premier surveillant, pourra-t-il « voir » la main levée de ce Frère qui souhaite la parole pour demander au Vénérable-Maître le départ de celui qui ne l’a jamais vu ?

« Gémissions ! Gémissons ! Gémissions, mais espérons ! »

Je pourrais continuer cette liste terrible des exclus de nos temples et l’intolérance qui parfois y règne (« il n’a pas de voitures pour venir en tenue » ; « il a des horaires trop irréguliers dans sa profession pour être assidu » ; « il n’a rien lu sur la Franc-Maçonnerie » ; « il n’a pas assisté à des conférences, ni écouté la Grande-Loge vous parle à la T.S.F. » ; « il est pédé comme un foc » ; « il est flic » ; etc…). Mais, pour conclure cette planche, même si tous les cas dont j’ai parlé sont en fait de faux problèmes et que tous peuvent venir auprès de nous, qu’il serait beau de voir, même et surtout du monde profane, une loge qui se composerait comme suit :

Trois Frères la dirigeraient :

Le Vénérable-Maître ; ancien du Front National : ayant reçu la Lumière, ferait rayonner plus que quiconque la tolérance et le respect de l’autre dans une fraternité sans plus aucune exclusion.

Le premier Surveillant ; tétraplégique : dirigerait par sa voie d’éveil le jeune Maître malhabile dans l’ouverture et la fermeture des travaux.

Le second Surveillant ; S.D.F : offrirait les richesses de son cœur aux jeunes apprentis en leur apprenant l’humilité.

Cinq l’éclaireraient :

L’Orateur ; repris de justice : ferait respecter les lois de la franc-maçonnerie en général et de la fraternité en particulier.

Le Secrétaire ; aveugle : pour qui la planche tracée de nos travaux serait en braille et de ce fait donnerait plus de relief à ceux-ci.

Sept la rendraient juste et parfaite :

L’Expert ; sourd : lisant sur les lèvres et les yeux de son Vénérable-Maître toute la sagesse de la loge afin de mener au mieux sa tâche.

Le Couvreur ; muet à toute tentation de corruption de profanes venant forcer la porte de notre temps, mais reconnaissant les siens à la chaleur fraternelle de leurs mains.

Source : http://laurentremise.typepad.fr/

Par Bernard P - Publié dans : Planches
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Mardi 8 janvier 2013 2 08 /01 /Jan /2013 09:38

Autant galvaudée que le mot amour, la tolérance est très certaine­ment la chose du monde la plus mal partagée. Oui pourtant ne s'en réclame pas, à part quelques originaux inconscients ou au contraire trop lucides et trop francs ? En fait, de même qu'une très grande majorité de nos contemporains est prête à dire : « Je ne suis pas raciste mais... » elle pourrait tout aussi facilement ajouter : « Je suis tolérant mais... » et les restrictions qui suivraient alors transformeraient rapidement la tolérance en peau de chagrin.

La Franc-Maçonnerie, vous le savez sans doute, place la tolérance au rang de ses plus grandes vertus. On ne peut, en principe, être à la fois Franc-Maçon et intolérant. Je dis « en principe », car les Francs- Maçons demeurent des hommes. L'initiation, même quand elle est réelle, ne supprime pas toutes les faiblesses humaines et quand elle n'est que virtuelle, elle illustre admirablement la maxime : « Ne jetez pas les choses saintes aux pourceaux », la caricature d'initié étant cent fois pire que le profane le plus fruste.

N'envisageons donc que l'initiation réelle et son apport dans le domaine de la tolérance. En quoi la démarche initiatique constitue-t-elle une voie privilégiée pour vivre une telle vertu ? La réponse peut se résumer par les deux sentiments qu'elle implique et par sa méthode. Les sentiments : la confiance et l'humilité, la méthode, le symbolisme.

La confiance : pour prétendre à l'initiation maçonnique il faut avant tout faire confiance. Aucun livre si bien documenté soit-il, aucune confé­rence si habilement présentée soit-elle ne peut donner une image exacte de l'initiation. Celle-ci ne s'apprend pas, elle se vit. Celui qui y aspire doit donc faire entièrement confiance à ce qu'il ne connaît pas, hommes et institution, qu'il ait ou non des amis maçons, cela revient en fait au même. Son esprit doit donc être disponible et si tel n'est pas le cas, le devenir. Et c'est là un premier pas fait sur le chemin de la tolé­rance. L'homme qui en effet accepte de franchir la barrière de l'inconnu, sans garantie, tout simplement parce qu'il fait confiance à d'autres hommes différents de lui, mais qu'il ressent, confusément peut-être comme partageant le même idéal, cet homme-là sera plus qu'un autre apte à franchir d'autres barrières, à communiquer donc à être tolérant. Une des grandes raisons de l'accroissement actuel de l'intolérance, et ce à tous les niveaux de ce que nous appelons la vie profane, vient du manque de confiance qui règne entre les hommes. Nous vivons dans une civilisation où la preuve écrite a enterré la parole donnée et où les garanties de toutes sortes constituent les décors nécessaires à ce qu'on appelle communément une vie réussie. Cette quête effrénée du confort, cette recherche constante de garanties, ce besoin de preuves ne peuvent fabriquer que des esprits mesquins et intolérants. Pour les amateurs de sécurité et de certitudes à tout prix le fanatisme n'est pas loin. Aussi malheur à l'aventure et à l'inconnu, d'où le règne du conformisme et des réactions d'opposition qu'il suscite, qui bien souvent ne sont que d'autres conformismes, d'autant plus intolérants qu'ils sont inconscients. Et, dans les deux cas, triomphent l'orgueil de l'homme, l'affirmation égoïste du moi, l'expression sans frein ni limite de la volonté de puissance humaine génératrice de toutes les intolérances.

Contre cela l'initiation propose, après la confiance, l'humilité. Celle- ci en est d'ailleurs le corollaire. Il ne peut en effet y avoir de vraie confiance sans réelle humilité, c'est-à-dire sans une authentique remise en question de ses habitudes et des différents éléments de la vie quotidienne qui procurent le sentiment de sécurité. Mais à ce stade il faut déjà avoir pénétré dans la vie initiatique qui seule, avec bien sûr la voie mystique, peut conférer à l'humilité une valeur positive et une grande efficacité. Car dans le monde profane, dans la vie professionnelle ou politique par exemple, l'humilité ne conduit pas à grand chose, tout au plus à obtenir le qualificatif de brave homme, touchant euphémisme, qui va de pair avec le manque d'engagement et l'inefficacité. Or, tel n'est pas l'idéal maçonnique. L'humilité que nous enseignons dans nos Temples n'a pas pour but de nous empêcher de nous affirmer dans des engagements précis. N'oubliant pas ses origines compagnonniques et chevaleresques, un Franc-Maçon est par nature un homme d'action qui doit s'efforcer d'être là où il se trouve le meilleur et si possible le premier. Et c'est de son initiation qu'il puisera cette force, par la connaissance de son moi débarrassé de tous ses masques. Car en fin de compte, l'humilité initiatique est une ascèse qui mène à l'affirmation du moi, du moi réel qu'on ne parvient à connaître que par de durs efforts sur soi-même conduisant obligatoirement à la tolérance, dans le cadre maçonnique du moins. Là les efforts ne sont pas accomplis seuls. Certes le travail initiatique est d'abord affaire personnelle, mais là où il est vécu, dans la Loge, il prend une dimension communautaire et fraternelle. Aussi le Franc-Maçon peut-il dans une telle structure prendre conscience que celui qui est différent de lui n'est pas obligatoirement son ennemi. Parce qu'il est son frère, l'autre ne va pas seulement le déranger et l'agresser, il va aussi lui apporter et l'aider. Et cette aide se révélera particulièrement efficace quand l'initié parvenu à un certain stade va se trouver face à un autre. homme, à la fois plus proche et plus lointain que ses autres frères, lui-même, dépouillé de tous ses masques.

Découverte souvent bien amère que celle de cet autre, cet étranger, cet ennemi même quelquefois qui n'est que soi-même enfin mis à nu. L'atti­tude de profonde tolérance qu'elle engendre est alors fondée sur la compréhension de la nature humaine dans tous ses aspects, les plus beaux comme aussi les plus laids. Ce qui ne veut pas dire qu'une telle tolérance se nourrira d'enthousiasme naïf ou de lâche complaisance. Car pour elle, beauté ou laideur dans les manifestations humaines devront être constamment dépassées comme autant d'apparences pres­que toujours trompeuses. A l'instar de ce qui aura constitué sa propre démarche de remise en question, la recherche de son moi, véritable course d'obstacles, passage de barrières du beau et du laid intimes, l'initié s'il est logique avec lui-même ne pourra aborder ce qui est différent chez l'autre qu'avec tolérance. Par l'aide de l'autre, inconnu devenu fraternel, il se sera connu lui-même et du même coup rendu compte que l'étranger n'était pas seulement à l'extérieur de lui mais aussi en lui.

Confiance pour aller vers l'inconnu, humilité pour vivre le passage de l'inconnu au connu, voilà donc les deux conditions nécessaires pour parvenir à la tolérance au sens où nous l'entendons. Mais celles-ci ne seraient pas suffisantes sans ce qui est essentiel à la méthode maçon­nique, à savoir le symbolisme. L'enseignement maçonnique, en effet, parce qu'il ne procède d'aucune vérité révélée, n'utilise pas de dogmes. Il use uniquement de symboles dont les origines remontent aux initiations de l'Antiquité païenne et à la Bible. De par sa nature même le symbole est moins contraignant que le mot et à plus forte raison que n'importe quelle formulation dogmatique. Ce qui ne veut cependant pas dire qu'il peut avoir n'importe quelle signification. Ainsi, pour ne prendre qu'un seul exemple, le symbolisme du rite écossais pratiqué à la Grande Loge de France est-il clairement de type masculin. Les femmes ne peuvent donc qu'en être exclues, ce qui bien évidem­ment ne leur interdit pas d'autres formes d'initiation. Attitude intolé­rante dira-t-on ? Non ! Simplement cohérente. La tolérance produite par le symbolisme maçonnique ne permet pas n'importe quoi. De plus ce symbolisme est le fruit d'une Tradition qui n'est pas sans comporter quelques indications sur la manière de le comprendre. On ne peut donc supprimer ou remettre en cause ce que la Tradition a constamment enseigné, sinon il n'y a plus d'Ordre et il n'y a plus d'initiation.

Cette référence à la Tradition n'intervient-elle pas alors malgré tout comme une ombre à la tolérance maçonnique, n'est-elle pas de même nature que ce recours à l'irrationnel qui, comme me le disait il y a quelque temps un très vieux frère presque centenaire, serait à la base des plus dangereux fanatismes contemporains ? Et de citer pêle-mêle, l'Ayatollah et les sectes comme générateurs d'angoisse et de fanatisme chez les hommes. Tout en étant conscient des risques réels que tout recours à l'irrationnel fait courir à la tolérance, je, ne puis m'empêcher de songer à ceux qui proviennent de systèmes parfaitement rationnels aussi meurtriers et intolérants, pour ne pas dire plus que les idéologies religieuses fanatiques. Que certains maçons du passé aient jadis dénoncé avec vigueur l'obscurantisme religieux et ses conséquences, cela a sans doute eu sa valeur quoique leur démarche d'alors n'ait pas toujours constitué un modèle de tolérance.

Cependant aujourd'hui face à certaines idéologies totalitaires, dont le fanatisme et l'intolérance ne prennent pas leur source dans la reli­gion, un combat maçonnique antireligieux serait aussi désuet qu'inutile, voire même aberrant s'il voulait vraiment se placer sur le terrain de la lutte du rationnel contre l'irrationnel. La Franc-Maçonnerie traditionnelle et régulière se réfère en effet constamment au Grand Architecte de l'Univers, principe d'ordre de la création, base et fondement de toute initiation. Quelle que soit l'interprétation qu'un Franc-Maçon donne de ce symbole celui-ci transcende obligatoirement la raison individuelle, donc ce qui est couramment appelé, le rationnel. L'initiation tradition­nelle, accomplie à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers, qui équi­vaut à la recherche constante d'une plus grande harmonie avec ce prin­cipe d'ordre, doit donc conduire au dépassement de soi, comme cela a été dit précédemment, y compris de sa propre raison. Il s'agit donc, qu'on le veuille ou non d'une approche de l'irrationnel que le Franc- Maçon traduit en symboles, d'autres utilisant les dogmes ; d'autres encore des manifestations paranormales, aucune de ses traductions ne s'excluant d'ailleurs les unes les autres pourvu qu'elle ne prétendent pas incarner à elles seules la Vérité. Fidèle à sa vocation originelle, la Franc-Maçonnerie pratiquée à la Grande Loge de France, véritable « Centre d'Union « entre les hommes qui comme l'écrivait le pasteur Anderson au Chapitre I de ses constitutions « devient le moyen de nouer une véritable amitié parmi des personnes qui eussent dû demeurer perpé­tuellement éloignées », cette Franc-Maçonnerie-là a donc bien pour mis­sion aujourd'hui encore, de rassembler et d'unir. Par les sentiments de confiance et d'humilité qu'elle implique, par sa méthode symbolique, elle représente en Occident le seul Ordre initiatique capable d'accom­plir cette grande oeuvre dans la clarté et dans la Vérité, car la tolérance n'est pas pour elle affaire de concession, elle relève de son essence même, elle est son âme. Dans cette grande fraternité universelle qu'est la Franc-Maçonnerie, la tolérance, vous l'avez maintenant compris, ne consiste pas seulement à supporter l'autre plus ou moins contraint et forcé. Elle invite au contraire à l'entendre et à l'aimer pour être enrichi par lui par ce qu'il porte de différent.

AVRIL 1980

Source : www.ledifice.net

Par PVI - Publié dans : Planches
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Lundi 7 janvier 2013 1 07 /01 /Jan /2013 09:02

Loin de vouloir faire de l'esprit dès le début de ce tracé, il convient toutefois de signaler que le mot humour est un mot d'origine anglaise, venant lui même de l'ancien français humor qui signifie humeur. En effet, on attribuait cette disposition d'esprit qu'est l'humour à l'influence des humeurs du corps (les liquides organiques). Certains sont tentés par ailleurs d'attribuer l'origine du mot humour à la racine étymologique des mots humilité et humanité qui serait humus, le bon fumier qui fait pousser toutes sortes de fleurs y compris celle du mal.

S'il est pourtant vrai que l'humour rend humble, cette vertu - car le philosophe contemporain André Comte-Sponville la compte f bien au nombre des grandes vertus de son petit traité - cette vertu est même selon moi un instrument alchimique aux merveilleuses capacités transmutatoires. Car l'humour relativise ce qu'il touche et peut transformer des situations désespérées en catastrophes acceptables, transmuter la tristesse en joie, la désillusion en comique. Louis Scutenaire (1905-1987, écrivain belge, anarchiste de la langue française) disait que l'humour est une façon de se tirer d'embarras sans se tirer d'affaire. Juste.
Avoir de l'humour c'est prendre un peu de distance mais garder les deux pieds dans la réalité. C'est une galipette mentale mais on retombe sur ses 2 pieds. L'humour est jeu, un jeu de l'esprit. D'ailleurs ne dit-on pas "faire de l'esprit" ? Sans esprit donc pas d'humour. Cela ne nous étonne guère car le rire (à l’instar de l’esprit) est le propre de l'homme.

Par ailleurs, l’humour permet, comme la tolérance, d’accepter ou de mieux accepter (une personne, une situation). Tous deux disent oui. Tous deux s’inscrivent dans le mouvement.

Dans un monde comme le nôtre, manquer d'humour c'est manquer d'humilité, c'est manquer de lucidité, de légèreté, c'est être trop plein de soi, trop dupe de soi, trop sévère ou trop agressif, c'est manquer toujours de générosité, de douceur et de miséricorde. Or qu'est donc la tolérance si ce n'est la fille de l'humilité et de la compassion... Humour et tolérance semblent donc être au moins des cousins ! La tolérance aussi est un exercice de relativité. Elle permet aussi de recadrer et de recentrer les choses. En ce sens, humour et tolérance sont tous deux des voies du milieu. L’humour, le rire a à voir avec l’absurde mais il n’est ni vraiment le sens ni le non-sens mais plutôt un passage entre les deux. La tolérance se positionne entre refus et acceptation et nécessite souvent une approche différente de celle que l’on aurait eu spontanément pour se frayer un chemin / trouver une solution.
Humour comme tolérance ne font ni dans le trop ni dans le trop peu.
Humour et tolérance demandent de l'exercice pour être efficaces.

Ceci dit, ils me semblent nécessaires dans le groupe social. Ne serait-ce que parce que les conditions de vie de nos groupes sociaux sont complexes voire difficiles. Nos conditions humaines nous obligent à l'humilité et donc à l'humour. Elles nous y condamnent presque. D'ailleurs, ne nous entendons-nous pas dire quelques fois : mieux vaut en rire qu'en pleurer ou encore la vie est déjà bien assez triste (ou dure) comme ça ?

L'humour est un art en ce sens que comme l'art, il demande une aptitude et une certaine habileté. Il en va de même pour la tolérance qui demande une certaine pratique. Humour et tolérance ont tous deux leurs règles et leurs techniques. Humour et tolérance sont des formes d'écoute et d'aide qui vont au delà des mots et s'adressent directement à nos âmes.

L'humour est une vertu en cela que bien pratiquée elle est aussi un puissant vecteur de sens. Je rejoins volontiers le dessinateur Wolinski lorsqu'il dit que l'humour est le plus court chemin d'un homme à un autre. En effet, pour faire de l'humour, il faut jouer avec des images et des mots et donc remonter au sens. Et comme tout jeu, il a son côté distrayant mais aussi ses règles. On peut rire de tout mais pas n'importe comment.

Pratiquer l'humour c'est déguiser la réalité pour mieux lui faire toucher nos coeurs et nos esprits. L'humour est un suppositoire qui ne fait son effet que quand il est à l'intérieur. L'humour est une forme d'esprit subtile.

Humour et tolérance demandent par ailleurs une certaine liberté pour être bien pratiqués. En cela ils ne peuvent être pratiqués que par des esprits avisés et expérimentés. Voilà pourquoi je les élève au rang de vertus. Celui signifie en clair que celui qui les pratique et y tend serait vertueux. Un homme de bien comme diraient les Chinois. A propos, selon la tradition orientale, trois critères permettent de distinguer le sage des autres : l'humilité, la compassion et l'humour (c-à-d. tolérance et humour). Le sourire du Bouddha en témoigne : l'homme sage ne peut se prendre trop au sérieux.

Prenons cette petite histoire du Maître Zen qui reçoit un disciple pour un entretien. Il lui sert alors le thé dans un petit bol posé sur une table basse. Il sert le thé tout en continuant à entretenir son disciple. Il sert tant et si bien que le bol déborde et le thé se répand sur la table puis goûte au sol. Le disciple n'ose interrompre le maître qui continue à servir. Puis, n'y tenant plus, il finit par dire : "Maître, arrêtez, la tasse déborde et il y a du thé partout !". Le Maître sourit et dit : "C'est juste. Vois-tu, il en va de l'esprit comme de la tasse : lorsqu'il est plein, il ne peut plus rien recevoir". Le sens de cette image est profond. Une longue théorie et quelques livres n'eurent eu que peu de force comparativement à cette image. L’humour, le cocasse, révèle le sens, met en relief des vérités, stimule les esprits et réjouis les coeurs.

Mais pour avoir de l'humour, il faut aussi rester simple, tout en étant lucide (de luce, la lumière).
Lucidité bien ordonnée commence par soi-même, il en va de même pour la simplicité.
L'humour est comme la tolérance : il doit être éclairé et pratiqué simplement.
A trop rire on finit par pleurer.
A trop tolérer on finit par nuire.

Pour bien nuancer et comprendre l'humour, il convient de le distinguer clairement de l'ironie.
Tandis que l'humour est humble car il a pour cible soi-même, l'ironie au contraire est une arme pointée sur autrui (les hommes, les femmes, les gais, les noirs, les juifs, les vieux, les FM:., les blondes et j'en passe et des meilleures). L'ironie s'inspire d'une inquiétude ou d'une insécurité mal assumée qu'il veut travestir en puissance. D'où les -ismes (sexisme, racisme, ethnocentrisme, etc...). L'ironie abaisse, blesse, accuse, condamne, méprise. C'est vrai qu'on se moque peu des riches et des puissants. L'ironie c'est rire contre.

L'humour c'est rire avec. L'humour est donc fondamentalement fraternel. Il implique une sorte d'égalité et permet de rire de soi. J'irai même jusqu'à dire que l'humour est une forme d'amour. En tous cas il n’est pas possible sans une certaine forme de sympathie. D'ailleurs les deux mots ne riment-ils par merveilleusement bien l'un avec l'autre ? Fraternité, simplicité, éclairage, mais me direz vous, c’est très maçonnique tout ça ! Eh bien oui, je crois que, entre autres, les FF\ de tous les pays cultivent l’humour (et en tous cas doivent le faire), l'humour vrai, celui qui consiste à ne pas se prendre trop au sérieux, celui qui colore la vie et illumine les visages et les cœurs.

Mes FF\, qu’il me soit permis de finir avec cette phrase de notre F :. Pierre Dac qui disait :
« A l’éternelle triple question toujours demeurée sans réponse : qui sommes-nous ? d’où venons-nous ? et où allons-nous ?, je réponds : en ce qui me concerne je suis moi, je viens de chez moi et j’y retourne ».

CITATIONS
- L'humour est le plus court chemin d'un homme à un autre. Georges Wolinski
- L'humour est une façon de se tirer d'embarras sans se tirer d'affaire. Louis Scutenaire
- La seule chose absolue, dans un monde comme le nôtre, c'est l'humour. Albert Einstein
- L'humour, c'est la politesse du é_sespoir. Chris Marker (et non Boris Vian)
- L'humour est nénarrable, solite, décis, pondérable, commensurable, tempestif, déniable et trépide. Jacques Prévert
- Qui a de l'humour déjà presque du génie. Celui qui n'est que spirituel n'a généralement même pas d'esprit. Arthur Schnitzler
- Vouloir définir l'humour, c'est déjà prendre le risque d'en manquer. Guy Bedos
- L’éternité c’est long, surtout vers la fin. Woody Allen
- Sourire de ce qu’on aime, c’est l’aimer deux fois plus.

BIBLIOGRAPHIE
- Petit traité des grandes vertus, André Compte-Sponville
- Bouquin des Citations, Claude Gagnière
- Le petit Larousse illustré, 2004

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Par L\ D\ - Publié dans : Planches
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Lundi 7 janvier 2013 1 07 /01 /Jan /2013 09:00

J’ai trois ans et c’est à l’intérieur de mes trois points que je vais vous entretenir sur la tolérance. Pour réaliser cette planche, je me suis inspiré des ouvrages suivants :
- La tolérance. par Nicole Czechowski - édition Autrement.
- La tolérance. textes choisis & présentés par Julie Saada-Gendron chez Flammarion.
- Guide des idées littéraires. par Henri Benac chez Hachette.
- Causeries initiatiques pour le travail en loge d’apprentis - édition Plantagenet.

J'ai divisé ma planche en 9 parties :
1- Pourquoi j'ai choisi de vous parler de la tolérance ?
2- Qu'est-ce que la tolérance ?
3- Les définitions des différentes tolérances.
4- La tolérance de l'esprit.
5- Tolérance et intolérance.
6- Rapport entre le Pouvoir et la tolérance.
7- Quelle est la limite de la tolérance ?
8- La tolérance est-elle une vertu ?
9- Quelle est la place de la tolérance en Franc-Maçonnerie ?

1- Pourquoi j'ai choisi de vous parler de la tolérance ?

Parce que c’est le premier sentiment que j’ai ressenti, très fort, quand je suis arrivé ici, juste après mon initiation. C’était d’ailleurs assez extraordinaire la force et la puissance de ce ressenti. Ce sujet s’est en quelque sorte, imposé à moi tout de suite et je ne souhaite pas me poser plus de questions à ce propos je le vis en frère, j’en suis très heureux, c’est tout. Ce travail m’a déjà beaucoup apporté dans ma vie personnelle. Si la Franc-maçonnerie ce n’était que çà, ce serait déjà merveilleux, mais aujourd'hui, je suis sûr de n’être qu’au début de mon chemin, ….. alors ……

Quelques jours plus tard, un soir, en rentrant d’une des premières tenues, j’ai regardé la télé. il était plus de minuit plein. Sur TF1, un débat : Je me disais, l’animateur est pas terrible, les intervenants sont agressifs, le chirurgien qui parle est con …. J’ai appliqué cette vertu de la tolérance et j’ai découvert à travers les propos des personnes que j’entendais parler à la télé ……. de la souffrance. J'ai compris.

Je peux commencer mon propos par ce qui pourrait être ma conclusion :

Tolérer c’est connaître,
connaître c’est comprendre, ou compatir, (n'est-ce pas André-Marie)
comprendre c’est aimer,
aimer c’est devenir sage,
être sage c’est devenir lumière, lumière pour les autres bien-sûr ….

tout à fait au hasard de mes lectures j’ai relevé ce propos que je laisse à votre esprit de sagacité (sagacité : vivacité d’esprit) : Si quelqu’un veut pour le salut de son âme, adopter quelque dogme ou pratiquer quelque culte, il faut qu’il croit du fond de l’âme que ce dogme est vrai, qu’il lui sera agréable, et que ce culte sera accepté par Dieu ; mais aucune peine, aucune technique, ne peut le moins du monde instiller (ou faire pénétrer) dans les âmes une conviction de ce genre.
Instiller : c’est à dire faire pénétrer au goutte à goutte.

Il faut pour changer un sentiment dans les âmes, une lumière que ne peut en aucune autre façon produire le supplice des corps pour pénétrer cette âme.

Si j’ai bien compris et sans aucune prétention, n’est-ce pas le chemin de la Franc-maçonnerie ? n’est-ce pas le chemin de tout Frère, en tout cas ce midi, j’ai trois ans, et c’est mon chemin.

2- Qu ‘est-ce que la tolérance ?

D’après VOLTAIRE (1694 – 1778) c’est l’apanage de l’humanité. Nous sommes tous pétris de faiblesses et d’erreurs ; pardonnons-nous réciproquement nos sottises, c’est la première loi de la nature. L’ignorance étant universellement partagée, la tolérance doit s’exercer de chaque homme à l’égard de tous les autres.
Il se produit un " partage d’erreurs et de vérités que les hommes se distribuent ou se transmettent ou se disputent " et personne ne peut assurer que " la vérité est constamment chez lui, et l’erreur constamment chez l’autre ".

C’est respecter la liberté de conscience, sortir des cadres établis, ouvrir les " chasses gardées ", les domaines réservés, casser les habitudes de pensée quand elles conduisent au conformisme. Le pari est de rétablir l’échange.

3- Définitions des différentes tolérances :

Le mot tolérance se rattache à la racine indo-européenne tol. Tel. tla. Dont dérive tollere et tolerare. :
Tollere : signifie soulever, enlever, quelquefois détruire.
Tolerare : signifie porter, supporter parfois combattre.
Ainsi l'idée de guerre et l'idée d'effort, sous-tendent la notion de tolérance. Cela nous renvoie plutôt à une fonction de l'intellect qui nous pousse à faire un effort pour nous arracher aux dogmes des orthodoxies ( toutes doctrines officiellement enseignées par une Eglise) et à la pesanteur de l'homogène, afin de s'ouvrir à la rencontre de l'autre différent.

Le dictionnaire me dit : Tolérant: attitude de quelqu’un qui admet chez les autres des manières de penser et de vivre différentes des siennes propres.

Ensuite si je consulte une encyclopédie je peux lire qu’il y a plusieurs sortes de tolérance, on parlera de :
- Tolérance mathématique : excédant ou insuffisance par rapport à une valeur prise pour référence.
- Tolérance physique : ce lacet de 1 mètre de long en coton est fabriqué avec une tolérance de plus ou moins 1 centimètre.
- Tolérance par abandon : latitude laissée à quelqu’un d’aller dans certains cas, contre une loi ou un règlement. Par exemple : le stationnement est toléré.
- Tolérance médicale : ce médicament n’est pas bien toléré dans telle situation par tel patient, il peut y avoir rejet, il y a acceptation ou non acceptation.
- Principe de tolérance de Carnap Rudolp (Philosophe et logicien Américain du 20ème siècle) selon lequel il ne s’agit pas de formuler des interdits mais de parvenir à des conventions.
- Tolérance de l’esprit : Je suis Tolérant avec le monde qui m’entoure, avec mes proches, dans mes idées, mes opinions, avec le monde qui n’arrête pas de se faire la guerre et de s’entre-tuer, justement, et sans doute, au début à cause d’un manque de Tolérance.
- Tolérance de la nature, ou de la matière, qu' elle soit minérale ou végétale, quand je pense à cette forêt vierge par exemple où toutes sortes de plantes poussent et se tolèrent ou ne se tolèrent pas, un lierre qui envahira un grand arbre et sera capable à force de pousser, de l’étouffer, et de le faire mourir …à moins que ce ne soit lui, le grand arbre qui se laisse envahir, se laisser mourir sans réagir … pour mieux laisser le lierre se développer et vivre.
Comme c’est curieux, est-ce que ça ne veut pas dire, qu’encore une fois, c’est la nature qui nous donne l’exemple et qui nous montre.

Comme c’est curieux, tolérer ce pourrait être : laisser l'idée de l’autre vivre et laisser la nôtre mourir…ou l’inverse ?

La nature, peut même se rebeller quand ça dépasse certaines limites, quand cela devient insupportable, intolérable, ou qu'on arrive à des déséquilibres : je pense aux tremblements de terre, aux raz de marée, aux cataclysmes de tout genre.

4- Mais je m’intéresserai à la tolérance de l’esprit, c’est à dire à un autre élément que sont la terre, l’eau, l’air, le feu, ou même le sel dont parlait mon frère Louis. Le sel n’est-il pas lui même tolérant ou non tolérant , Louis nous a démontré que là aussi le sel accepte ou rejette tolère ou ne tolère pas, que cela devient inacceptable quand c’est une addition salée, pire, que cela devient insupportable, ce manque de sel dans le cerveau de la maman de Liliane avec les effets irrémédiables dont parlait mon frère Jean-Marc.

Donc la tolérance de l’esprit, (dans son acceptation philosophique !)
à quoi ça sert me direz-vous ?
A faire évoluer l’humanité vers plus d’amour, plus de paix surtout, plus de sagesse, vers la lumière.

Je me souviens de mon premier travail ici sur la pierre avec mes frères apprentis et j'aimerais y faire référence, car tout est peut-être lié en fin de compte ?

Nous parlions des éléments que sont la Terre, L’Eau, l' Air et le Feu. j’avais dit en conclusion que chacun des éléments en combinaison avec les autres formait un tout. Et je me souviens de ma conclusion : chacun des 4 éléments est conducteur vers une autre réalité que lui-même.

La tolérance me conduira-t-elle vers une autre réalité ?
aujourd’hui j’en suis convaincu : surtout depuis que je l’ai expérimentée et appliquée dans ma vie profane, mais dans un esprit de Frère qui devait m'habiter, lors d’événement personnel grave, comme le décès de mon papa où je vois des personnes qui me sont chères se faire du mal entres elles, cela m'a guidé, éclairé pour les aider à avancer dans la paix.

5- Tolérance et intolérance.

Etre Tolérant suppose qu’on en mesure les limites et qu’on évalue les obstacles.

On respecte la loi, on ne la tolère pas. On tolère les opinions d’autrui, mais on respecte sa personne, car elle est distincte de ses opinions. On peut donc respecter cette personne sans tolérer ses opinions.

Affirmation des particularismes, diversités culturelles, une condition du savoir et non plus une concession faite à l’erreur ou au vice, conserver l’idée qu’elle est avant tout un effort sur soi, dans un discours partagé.
Car il faut avoir le courage d'aller plus loin, la force de faire les efforts nécessaires et prendre le temps.

La tolérance se définit dans l’écart des pratiques et des opinions par rapport à une norme affirmée universelle. Elle est une sorte de condescendance de la vérité pour l’erreur et ne dure qu’autant que cette erreur ne peut être résorbée. On peut du même coup lui assigner une limite. Notamment l’intolérance :

Mais qu’est-ce que l’intolérance ?

L’intolérance est partout et elle présente mille visages.
Nous tolérons la misère, l’exclusion, les sans-abri, l’ordre moral, le racisme même pour peu qu’il sache se cacher sous une apparence de bienséance. Que ne tolérons nous pas à la longue, à quoi ne finissons nous pas à nous habituer ? Lâcheté, permissivité molle, paresse, mépris, indifférence … Il faudrait retourner le problème du côté de ce verbe qui n’existe pas intolérer : qu’est-ce que l’intolérable ? ce qui provoque un refus et une insurrection. Contre un état de fait, un comportement, des idées, une injustice et qui dans le même mouvement traduit une souffrance à partir d’un certain seuil de tolérance ...

A voir les ligues nationalistes et antisémites, les attaques dans les années 1880 contre les ouvriers Italiens venus travailler en France dans le bâtiment, puis les Polonais dans les années 1950 venus travailler dans les mines de charbons, puis plus proche de nous les Nord-Africains que j’ai vu arriver, étant enfant, dans le Nord de la France.
Intolérable ! ces joueurs de Foot étrangers dans les équipes nationales et pourtant qu’est-ce qu’on est tolérant quand ils deviennent champion du monde et que la souffrance disparaît, n’existe plus et fait place à la joie et à l’amour d’un peuple éperdu de reconnaissance. Où est la limite entre tolérance et intolérance : au seuil de la souffrance je pense.

Mon frère Max, Comment parler de la tolérance ou de l’intolérance dans le monde, sans évoquer l’expérience tragique des juifs dans les pays de l’exil. Qui trois ans après la shoah confirmait la voie à prendre : indépendance politique pour les juifs, égalité civile et politique pour les minorités et respect de leur personnalité culturelle.

Compte tenu de notre histoire en diaspora, ( dispersion des juifs au cours des siècles – dispersion d’une ethnie quelconque – Tsigane ) , on comprend que la tolérance ou l'intolérance prenne en Israël une signification toute particulière.

Comment ne pas penser également de cette autre collectivité l' Afrique du Sud qui elle aussi, a tant souffert et souffre encore de l’intolérance à cause de l'apartheid.

Pour aller au delà de ce que je qualifierai " d’un respect distancié " entre deux réalités sociales, il faut un élément transcendant : la souffrance, la connaissance, et l’amour. Car d'ailleurs la volonté politique seule ne suffit pas à faire disparaître l'intolérance, on a besoin de ces éléments transcendants. Par exemple c’est aussi à l’hôpital, ou à l’université et surtout dans l’intimité d’un couple que quelque chose se construit dans une certaine proximité, connaissance, et un amour.

J'ai parlé de volonté politique:

6- Quel est le rapport entre le Pouvoir et la tolérance ?

L'intérêt d'un Etat (ou d'une petite commune par exemple) est de tenir à l’unité de religion et sous le couvert de la religion à obliger tout le monde à penser comme eux.
IL est possible de fonder la tolérance sur des dispositifs institutionnels, juridiques et politiques.
L’histoire nous montre bien aussi que le pouvoir tolère de ses administrés certains comportements ou habitudes. Le point commun de ces relations du pouvoir et de la tolérance est le caractère précaire, fugace, révocable, fongible de la tolérance .
( Fongible : qui se consomme par l’usage et peut être remplacé par d’autres choses identiques.)
Et cela garantit à un pouvoir quelqu'il soit, l’exercice d’un lien social. Allons encore plus loin, une tolérance qui se répète, se généralise devient la loi. C’est une source du droit que nulle constitution n’a prévue et pourtant, notre histoire juridique est ponctuée par ces luttes entre le flou et l’énoncé.

Avec le monopole de la loi s’est donc érigé le monopole public de la tolérance et depuis nous sommes en négociation permanente avec les détenteurs de la loi. De l’automobiliste au voleur de grands magasins en passant par les fraudeurs fiscaux la permanence de négociation s’est établie. Cette tolérance révèle une tolérance de maître à dominé.

Mais attention ne confondons pas, cela ne veut pas dire que celui qui tolère est supérieur, c'est faut. Il ne peut y avoir que réciprocité d'idées et personne ne détient LA vérité.

Là ou il y a différence, différence qu’aucun projet unitaire ne veut ou ne peut éliminer, un code de bonne conduite se constitue, que l’on nomme tolérance.

Par contre, que faire contre ceux qui érigent sciemment l’intolérance en politique ?
Et que faire contre cette intolérance vis à vis des idées qui s’aggrave dans le cas de la discrimination entre les personnes.

Prenons garde à l'énervement des passions opéré par les médias, la simplification outrancière des arguments pour mieux se faire entendre, et qui chassent la tolérance en ce qu’elle suppose de nuances, de dialogue. La complexité n’est qu’un alibi pour des intellectuels velléitaires. Le simplisme exige toujours des solutions immédiates, montrables, aisément reproductibles.
A ce sujet, depuis quelques temps, l’idée de médiation a surgi dans le social par exemple, et de cette relation humaine , restitue à chacun sa complexité et autorise une tolérance vraie, car négociée, reconnue par les individus, librement décrétée.
L’enjeu est celui là pour sortir d’une tolérance – bordel, d’une tolérance dérèglement, d’une tolérance cache-misère pour entrer dans une tolérance de dialogue.

1791 Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
art 11 : la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

7- Quelles sont donc les limites de la tolérance ?

Je l'ai dit précédemment la limite de la tolérance et de l'intolérance : c'est le seuil de la souffrance.

Attention également car une tolérance absolue peut aussi aboutir à la confusion ou à l'indifférentisme …

On peut également dire : La tolérance c'est le relativisme culturel, c'est à dire que toutes les cultures se valent. Problème : est-ce qu' au nom de la tolérance et du relativisme culturel (qui est donc que toutes les cultures se valent) on peut justifier des atteintes aux droits de l'Homme tel que l'excision par exemple.
Par contre, l'Ethnocentrisme c'est l'intolérance. C'est à dire juger la culture des autres en fonction de sa propre culture.

8- La tolérance est-elle une vertu ?

La tolérance n’a plus le même sens : elle devient le principe ou la règle pratique que l’on se donne dans un certain rapport à autrui, et plus précisément à autrui en tant qu'indiffère ou s’oppose à mes propres convictions. Qui tolère peut y trouver un bénéfice. La tolérance peut s’offrir, comme un idéal de vie en commun dont la forme exemplaire serait le dialogue, discours partagé qui nous engage à " accueillir l’étranger ".

Helvétius (philosophe Français du 18ème) fonde la liberté d’expression sur l’utilité publique : elle est un facteur de promotion de la vérité, éclairant les individus et rendant possible le progrès commun.

En matière de religion, cependant, on ne sait ni quelle est la vrai religion, ni qui est habilité à la reconnaître comme telle. Chacun est donc tenu de suivre la religion que lui indique sa conscience.
Le seul critère de vérité devient la sincérité et la tolérance avec laquelle la pratique ses membres. Voltaire le reprendra à sa manière en affirmant, dans l’article tolérance : « Que nous sommes tous pétris de faiblesses et d’erreurs » invitant à nous pardonner réciproquement nos sottises.

La tolérance repose moins sur un ensemble de devoirs énoncés par la conscience au titre d’une morale naturelle, que sur un constat d’ignorance ; dont on déduit la nécessité de reconnaître un droit à la pluralité en matière d’opinions. Cette tolérance fait prévaloir la question de la liberté sur celle de la vérité, et celle de la pratique morale sur le dogmatique.

En tout cas il paraît évident que la réponse se joue sur le plan des idées. Dans un certain sens la tolérance serait une vertu intellectuelle.
Dans cette conception, la tolérance est affaire de réciprocité ; La tolérance est mutuelle ou elle n’est pas, elle doit être tenue pour une obligation morale, un compromis utilitaire.

Il faut souligner qu'il y a une bonne et une mauvaise tolérance. La mauvaise est celle qui vient de l'indifférence à l'égard d'une vérité ou d'une hiérarchie entre les vérités, tandis que la bonne tolérance est le fait de pouvoir écouter les idées d'autrui bien qu'on ne soit pas d'accord et justement d'en discuter.
La tolérance est une véritable vertu morale et ce n'est pas simplement une indulgence pour faciliter la convivialité des hommes entre eux.
La tolérance n’est associée à l’indulgence que parce qu’elle est réciproque, n’introduisant aucun rapport de domination entre celui qui tolère et celui qui est toléré.

La tolérance apparaît comme une donnée incontestable de l’horizon intellectuel, politique et juridique du libéralisme. Pour l'homme c’est la Liberté de croyance, d’opinions, d’expression, inaliénable de se déterminer par lui-même.

Nous avons consacré à la face du monde ce propos : Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
La tolérance est un espace de Liberté, d'Egalité, de Fraternité.

La tolérance cesse également, ainsi, d’être seulement un problème de morale et de politique pour devenir une position théorique et même une des conditions du savoir. Elle suppose une séparation des savoirs sans permettre à aucun d’exercer une hégémonie, une suprématie. La science par exemple dit David Hume (philosophe du 18ème) ne pouvait naître que dans un pays de tolérance et de liberté.

Liberté de pensée, liberté intérieure de conscience, ou d’opinions dont la forme extérieure est le droit à l’expression publique. Liberté de satisfaire nos goûts de choisir les intérêts que nous poursuivons et de conduire notre vie comme nous l’entendons.
La liberté d’expression a aussi une fonction de vertu : elle permet aux hommes de développer leur entendement par une confrontation des opinions.

Pierre Bayle (philosophe du 17ème) nous fait remarquer que chacun peut reconnaître en l’autre la sincérité de ses convictions, même si la vérité qu’il soutient diffère de la nôtre. Le devoir d’obéissance à sa propre conscience fonde ainsi le droit à la liberté religieuse, droit qui n’a de sens que s’il est réciproque. Ce qui hélas, n’est pas le cas aujourd’hui dans certaines religions ou plus exactement et plus précisément avec certains extrémistes qui ne tolèrent pas les autres religions …..
Cependant, Bayle ajoute " La persévérance dans l’erreur est en réalité une fidélité à sa conscience en tant qu’elle est le signe d’une détermination invincible et insecouable vers la vérité ".

Voltaire tire les leçons de l’histoire et nous invite à la tolérance dans son fameux traité sur le sujet. L’hérésie est naturelle parce qu’elle tient à la nature bornée de notre esprit. Elle appelle à la tolérance. En revanche, le fanatisme dégénère en maladie parce qu’il consiste à prendre son opinion pour vérité unique, et à saisir les armes pour le défendre. L’intérêt des nations exige la tolérance. Nous devons mutuellement nous pardonner nos erreurs ; la discorde est le grand mal du genre humain, et la tolérance en est le seul remède.

La tolérance est une vertu humaine et une vertu sociale.

9- Quelle est place de la tolérance en Franc-Maçonnerie ?

Je l’ai dit, c’est la première des choses que j’ai très vite ressenti en venant ici : une immense tolérance, une grande écoute et un amour.
Pour l'apprenti que je suis, être tolérant c’est d’abord s’accepter soi-même, ensuite c’est accepter l’autre, c’est découvrir un autre monde et par voie de conséquence c’est progresser dans l’humanité.
Quand la tolérance s'installe, le dialogue s'ouvre, l'ignorance recule, la connaissance avance.
Lessing écrivain Allemand du 18ème et Franc-Maçon, soutient un idéal de fraternité universelle par delà les divisions religieuses, nationales ou sociales, évoquant l’idéal maçonnique de fraternité et d’universalité qui conditionne la pratique de la tolérance.

Extraits du livre de Plantagenet " Causeries initiatiques pour le travail en loge d’apprentis "
Page 27, je cite :
"un Maçon dans quelque endroit ou dans quelque circonstance que ce soit se doit à lui-même de ne pratiquer que la tolérance, de ne priser que la vertu et de ne respecter que l’intelligence et le talent".

Page 118, je cite encore :
"la loi du maçon : pondération, tolérance, fraternité."

Un peu plus loin je lis : "faire taire ses passions et oublier jusqu'à ses intérêts personnels, il se met à l’ordre. Il n’est plus un homme. Son geste l’a purifié, le cours de ses pensées s’est modifié, il n’est plus que solidarité, fraternité et amour."

Mais revenons à la question posée : qu’est-ce qu'être tolérant ?
C’est d’abord être tolérant avec soi-même c’est savoir que l’on a des opinions, des avis, des idées propres à soi et quelquefois, pour ne pas dire le plus souvent, des idées différentes des autres. Cela peut poser un problème personnel un cas de conscience dirons-nous si quelqu’un n’est pas suffisamment tolérant avec ses propres idées. C’est la première des tolérances.

Ensuite c’est d’être tolérant avec l’autre, pas toujours facile dans la vie, dans le monde, pas toujours admis par les états, les gouvernements, les ethnies, les partis, les lobbys, les corporatismes, les groupes en tous genre ……

Et pourtant c’est la seule façon de permettre d’abord à l’autre d’être lui-même, de lui accorder le droit à la liberté de conscience, de lui donner la possibilité de vous apporter quelque chose de différent, de vous enrichir, de vous donner une idée de plus , autre, qui puisse vous faire évoluer, … grandir.

Je me souviens de cet axiome : quand deux hommes se rencontrent et qu’ils échangent
1 franc, ils repartent riches d’un franc chacun, mais quand deux hommes se rencontrent et qu’ils échangent 1 idée, ils repartent riches de deux idées chacun.

Donc être tolérant avec l’autre c’est l’accepter comme il est, c’est lui permettre de le laisser s’exprimer complètement, profondément, même et surtout si on n’est pas d’accord avec ses idées, c’est mieux l’observer, mieux le laisser vivre, lui donner ou mieux je dirais : lui offrir la possibilité d’évoluer ….. à lui aussi, comme à nous d’ailleurs, bref c’est mieux le comprendre, c’est l’aimer donc.

Pour terminer mon propos :
Permettez moi de vous rapporter une deux réflexions personnelles et ensuite de vous proposer deux citations de GANDHI.

Réflexion personnelle :
- Comment combattre l’intolérance ? par encore plus de tolérance.
- Il n’y a qu’une seule arme invincible contre l’intolérance, c’est l'Amour, mais ce n’est pas une arme dont tout le monde dispose, ni dont on puisse user à l ‘égard de tous.

GANDHI. Je vous donne deux citations, la première :
<- Ma religion n’est pas une religion de prison. Elle offre une place aux plus déshéritées des créatures de Dieu. Mais elle est à l'épreuve de l’insolence, de l’orgueil de race, de religion ou de couleur. Je ne crois pas qu’il puisse y avoir sur terre une seule religion. C’est pourquoi je m’efforce de découvrir ce qu’elles ont en commun et de prêcher la tolérance mutuelle.

Deuxième citation
- La règle d’or de la conduite c'est la tolérance mutuelle, car nous ne pensons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité et sous des angles différents.

Je ne puis résister, en tant que Maître des colonnes d’harmonies au plaisir, de vous faire écouter un morceau de musique de 4 minutes environ, qui pour moi symbolise la tolérance.
Ce morceau je le décompose (bien-sûr) en 3 parties :
- 1ère partie jusque 1 mn 40 : des violons nous bercent et nous balancent dans une douceur de l’esprit, tout semble bien dans le meilleur des mondes. C’est le bonheur, c’est l'équilibre, c'est l’amour.
- Vers 1 mn 40 environ, la 2ème partie : une dissonance brutale, casse le rythme, met le trouble, nous perturbe. C’est la chose étrangère, l'autre idée, l'inacceptable.
vers 2 mn 40 : Le rythme se calme, un violon réfléchit seul, tolérant il fait la part des choses. L’humanité progresse et se redéveloppe par l'intermédiaire de la harpe qui relance un violon.
- Violon, vite accompagné par les autres violons dans la 3ème partie vers 3 mn 20 pour repartir dans une mélodie avec un bercement plus assuré et renforcé par ce nouvel apport, et pour terminer dans les toutes deux dernières secondes par un envol pour vers …plus loin et plus haut.
Musique : "Fantaisie sur Greensleeves" de Ralph Vaughan Williams (compositeur Anglais fin 19ème début 20ème)

Vénérable Maître, j'ai dit.
source :
www.ledifice.net

Par M.T - Publié dans : Planches
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Samedi 5 janvier 2013 6 05 /01 /Jan /2013 09:25

La Tradition de la Grande Loge de France fête le solstice d'hiver et Saint Jean l'Evangéliste comme d'ailleurs elle célèbre le solstice d'été et Saint Jean Baptiste.

A cette occasion de la Saint Jean d'hiver, je présenterai quelques réflexions sur l'Evangile de Jean et plus précisément sur les cinq premiers versets de son Prologue.

Il s'agit là d'éclairer et de donner sens à la référence à la Bible que fait la Maçonnerie traditionnelle française. Tout d'abord l'Evangile de Jean. Ce quatrième Evangile, quatrième Evangile car il n'a pas pu par l'originalité de sa parole et l'intériorité de son discours pren­dre place dans l'ensemble des Synoptiques. Cet Evangile a nourri les traditions ésotériques, qu'elles soient sérieuses ou qu'elles soient plus farfelues, au sens que Malraux conférait à ce terme en faisant signe au Gargantua de Rabelais. Il faut aussi dire qu'il s'agit de l'Evangile de Lumière, de l'Evangile d'Amour. Aussi ce texte constitue-t-il un des éléments fondamentaux de la Tradition occi­dentale. Cependant d'autres textes bibliques sont l'objet d'une lec­ture privilégiée en Maçonnerie et plus particulièrement à la Grande Loge de France. La Génèse, certes, mais aussi et peut-être surtout le Livre des Rois avec le récit de la construction du Temple de Salomon. Sans doute en passant de l'hébreu au grec, de la Thora à l'Evangile des tournants culturels s'accomplissent. Mais si certains s'efforcent de déceler dans ces tournants des ruptures voire des bri­sures, le Maçon y entend bien plutôt l'écho d'une parole d'unité mais non d'uniformité. Une parole de création, une parole poétique au sens où la poésie est création, une parole qui dit et porte à la pré­sence les multiples visages du sensible en leur harmonie. Aussi écoutons-nous ces paroles poétiques comme celles de la création spirituelle, comme celles de l'esprit comme vertu de création, vertu qui fonde en nous notre humanité et que, plus qu'un autre, le Maçon s'est donné la tâche de développer et de faire rayonner.

Cette création, cette construction que nous faisons nôtre est tout aussi spirituelle que matérielle. Elle est celle tout autant du Temple de pierres que celle d'une Jérusalem céleste. S'il est vrai qu'à l'écoute des textes bibliques on ne peut entendre tout à fait la même chose dans l'Hébreu de la Genèse qui dit "au commencement Dieu créa la Terre et le Ciel", et dans le grec de Jean qui dit "au com­mencement était le Verbe", il n'y a pas pour autant de discordance mais bien plutôt une symphonie de deux paroles. Certes les proces­sus de création décrits dans la Genèse et dans les autres livres de la Thora sont empruntés à des techniques : aux techniques du potier, aux techniques du sculpteur, au point que les Proverbes font dire à la Sagesse qu'elle est auprès de Dieu comme Architecte.

Nous pouvons ainsi y dételer l'éloge du travail opératif qui donne forme et esprit à une matière. L'introduction par Jean du grec "Logos" renouvelle et modifie quelque peu la conception de la créa­tion. Le modèle n'est plus technicien mais verbal. C'est la parole qui, immédiatement, dès son énonciation inscrit dans le réel ce qu'elle nomme. Le mot crée le réel. Nous y sentons l'influence du rationalisme et de l'idéalisme grecs. La Franc-Maçonnerie initiati­que, symbolique et traditionnelle telle du moins qu'elle se pratique à la Grande Loge de France se plaît à faire résonner ensemble ces deux paroles, ces deux paroles de création afin d'affirmer sa voca­tion créatrice, sa vocation tant opérative que spéculative : vocation spéculative au sens où la vraie spéculation ou la vraie connaissance est une opération de l'esprit et aussi au sens où toute opération manuelle est la manifestation d'une spéculation de l'âme. Aussi la Franc-Maçonnerie est-elle l'exercice de la raison et de l'esprit pour construire les hommes, pierres d'un Temple qui n'est point fait de pierres mortes mais d'un Temple aux pierres vives pour reprendre une fois encore une expression de Rabelais.

C'est pour cela que la Grande Loge de France se définit elle-même dès le premier chapitre de ses Constitutions comme un Ordre initiatique, traditionnel et universel, fondé sur la Fraternité. constitue une alliance d'hommes libres et de bonnes meurs„ de toutes races, de toutes nationalités et de toutes croyances. La Franc-Maçonnerie a donc pour but le perfectionnement de l'huma­nité. A cet effet les Francs-Maçons travaillent à l'amélioration constante de la condition humaine tant sur le plan spirituel et intel­lectuel que sur le plan du bien-être matériel.

Il s'agit là d'un double pari. D'un pari sur le sens et d'un pari sur l'homme. Un pari sur le sens est un pari sur la transcendance qui donne sens aux mots, aux actes et aux choses. Aussi si les Francs- Maçons pratiquent des rites, c'est pour manifester concrètement dans leurs paroles, actes et comportements que contrairement à la routine et à l'habitude profanes, ils cherchent à faire signe verres le sens. C'est pourquoi la Grande Loge de France travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers. Le Grand Architecte de l'Univers est pour nous un symbole librement interprétable qui ne serait être renfermé ou réduit dans une définition, que ce soit Dieu, l'Huma­nité ou toute autre tentative de définition qui affirme la transcen­dance sans pour autant en exclure aucune.

Ce premier pari sur le sens et la transcendance en appelle un second sur la dignité et la liberté de l'homme. L'initiation ou plus prosaï­quement et plus approximativement la libre recherche, le penser libre, qui ne serait se confondre avec la simple libre pensée avec ses connotations restrictives d'aujourd'hui, implique un sujet libre et digne qui choisit librement et dignement de s'engager dans la 'voie de la recherche sur le chemin de la pensée dans une quête initiati­que. Aussi parce qu'elle est un Ordre symbolique et traditionnel, la Grande Loge de France ne peut qu'être entièrement et intimement attachée aux Droits de l'Homme. Elle refuse ainsi toute pseudo philosophie et toute idéologie de l'exclusion puisqu'elle se dé: finit comme un centre d'union des hommes en leur diversité.

Mais revenons quelques instants encore à la référence qui est faite à la Bible, du moins au sein de la Grande Loge de France. La Bible y est désignée comme le Livre de la Loi Sacrée. Le Livre qui à la fois fait signe vers la transcendance et appelle à une libre interprétation de son texte. La Bible, Thora et Nouveau Testament, Livre des Rois ou Evangiles, n'a donc pas dans les Loges le sens du livre de la révélation, même s'il y a des Maçons qui en leur conscience et en leur foi, le reçoivent aussi comme tel. Elle est Volume de la Loi Sacrée. Par l'ouverture de ce Volume on rappelle qu'il ne serait y avoir de progrès sur le chemin de la connaissance sans progrès dans le champ de l'éthique. Si précédemment le pari sur le sens et l'invo­cation au Grand Architecte de l'Univers fondait le pari sur la liberté et la dignité de l'homme, il faut maintenant dire que le pari sur l'homme, sur sa dignité, sur sa liberté fonde en retour la possi­bilité d'un pari sur le sens. C'est bien parce que l'homme est capable de rompre avec la sphère de la volonté de puissance pour celle de l'amour et de la fraternité qu'il peut parier sur le sens et la transcendance. L'une des originalités de la démarche maçonnique c'est que l'exigence éthique précède et conditionne l'ouverture à la connaissance. Ainsi la Bible à la Grande Loge de France comme Volume de la Loi Sacrée est Livre de la Tolérance ; celui au sein duquel Bayle puisait des exemples pour défendre la liberté de conscience ; celui que Spinoza lisait et soumettait à la critique his­torique et à l'exégèse rationnelle pour y trouver argument de la nécessaire liberté de penser. Ainsi la Franc-Maçonnerie telle que la conçoit la Grande Loge de France s'engage sur ce double pari, sur ce pari sur le sens et ce pari sur l'homme : elle invoque le Grand Architecte de l'Univers et affirme en même temps la dignité, la liberté et les droits de l'homme.

Elle assure ainsi le passage pour chaque homme à la libre recherche sans jamais nier les enracinements personnels, culturels ou religieux de chacun de ses membres. Elle assure la liberté de pensée qui est plus que la simple liberté de conscience. La liberté de conscience est tolérance négative, celle qui tolère l'erreur supposée chez l'autre qui ne fait qu'accepter son errance. La liberté de pensée est une tolérance positive, celle qui transforme l'errance en quête, qui affirme la nécessité de la pluralité des chemins de cette quête afin que règne la fraternité entre les hommes.

Source : www.ledifice.net

Par PVI - Publié dans : Planches
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Samedi 5 janvier 2013 6 05 /01 /Jan /2013 09:03

 Le poète est mort !
Il n'y a pas de bel âge pour mourir, mais enfin... il avait cent ans !
Il était assis là tranquillement sur un banc, et il avait l'air plutôt content, à contempler les arbres du jardin public et écouter les oiseaux.
Il pensait en lui-même :
« J'ai cent ans et j'suis bien content J'suis assis sur un banc Et je regarde mes contemporains... »
Mais comme le jardin public était, à cette heure-là, vide de promeneurs et de passants, il ajouta, désabusé :
« C'est dire si j'contemple rien ». Apparemment, le poète mourût content, mais les choses n'étaient pas si simples dans sa tête de poète.A défaut d'avoir pu entrer à l'Académie, il accéda directement au para­dis. Le paradis était un peu comme il l'avait imaginé et lui rappelait le petit square où, enfant, il jouait avec ses copains, à ce détail près que tous les bancs étaient occupés par des vieillards. Il choisit une place libre, et s'assit à côté du philosophe. Le philosophe, lui, était académicien. Mais il était mort bien longtemps auparavant. Il avait trois cents ans. Il commencèrent à bavarder. L'époque était bien choisie pour cette conversation, au moment où se fête, en France et partout dans le monde, le bi-centenaire de la Révolution française. Le philosophe n'avait pas connu la révolution. Il était mort 10 ans avant. Mais tout le monde s'accorde à reconnaître qu'il y avait puissamment contribué par ses écrits et ses engagements, tout au long du siècle. Ses écrits et ses engagements allaient d'ailleurs de paire : c'était un philo­sophe « engagé », comme on le dit des chanteurs, engagé par ses mots, engagé par ses actions. Les mots et les actions du philosophe avaient servi son long combat contre l'intolérance. Tout au long de sa vie, il n'eût de cesse de lutter con­tre l'intolérance, religieuse principalement, et de tenter, parfois avec suc­cès, de réhabiliter ceux qui en furent victimes. La révolution connût bien entendu ses excès, et fût un modèle d'intolé­rance, mais comme le disait Lalande, dans un discours maçonnique pro­noncé dans sa Loge, celle-là même qui quelques années auparavant avait accueilli notre philosophe en son sein : «Le malheur de notre condition est d'aller au-delà du terme ; ce sont les lois du mouvement qui nous entraînent ; et nous devons oublier les excès qui sont dans la nature » Le philosophe pouvait donc légitimement se satisfaire d'une révolution qui, en prenant pour devise les mots de « Liberté Egalité Fraternité» et en proclamant que «tous les hommes naissent libres et égaux en droit » avaient définitivement tordu le cou à l'intolérance. Ce n'était pas tellement l'avis du poète qui était plutôt du genre à penser que les Bastilles étaient encore à prendre. Ils avaient l'éternité pour en débattre.

Tolérance religieuse, civile, philosophique

A l'origine, le concept de tolérance est strictement religieux. A l'origine, c'est cependant fort tard, puisque le terme, même si on le trouve chez Montaigne, est inusité avant le XVIIème siècle, et c'est au XVII lème, qu'on en débat surtout. De même bien sûr son contraire l'intolérance et les adjectifs qui s'y rap­portent, à l'un comme à l'autre. On conçoit que sans dogme religieux il n'y ait pas lieu d'être tolérant ou intolérant. Or, les dogmes religieux ne naissent pas avec les Eglises. Ils naissent plus tard, beaucoup plus tard. Au fur et à mesure de la montée des dogmes, les concepts de tolérance et d'intolérance se génèrent spontanément. Simultanément, le mot tolérance est utilisé, plus communément cette fois dans deux domaines bien particu­liers. Le premier est le domaine monétaire. La tolérance, c'est la petite diffé­rence de poids de métal précieux, admise pour qu'une pièce de monnaie conserve sa valeur. Le second est le domaine médical. La tolérance, c'est la limite de l'accep­tation par l'organisme d'un médicament. On le voit : la tolérance, c'est affaire de petite dose. Point trop n'en faut ! Si on tolère un trop grand écart par rapport au poids d'or ou d'argent fixé pour donner sa valeur à une pièce, celle-ci n'en a plus aucune. Ecart en moins, cela va de soi. Si l'on administre une potion en ne veillant point au respect de la dose, on risque, par effet pervers, la mort du patient au lieu de sa guérison. Ecart en plus, bien entendu. Ecart en plus ou en moins, l'essentiel est de savoir garder la mesure. Au demeurant, la juste attitude est le strict respect de la norme, et tout écart est mal considéré : néfaste, préjudiciable et dangereux. En matière religieuse, tolérance est rendu synonyme d'indulgence. Les doc­teurs de la loi se contraignent à accepter, bon gré mal gré, quelques écarts d'interprétation par rapport aux dogmes de l'Eglise. Bossuet parle de «condescendance, touchant certains points qui ne sont pas regardés comme essentiels ». Les limites sont fixées. Là encore, la tolérance religieuse s'administre à petites doses puisque les Eglises ont le pouvoir de fixer le dogme, d'en autoriser l'interprétation dans le cadre qu'elles déterminent elles-mêmes, et, par voie de consé­quence, de qualifier d'hérétiques tous ceux qui dépasseront la limite. Dans l'affaire de la monnaie ou des médicaments, il faut un instrument de mesure : c'est la balance. De même les Eglises se doteront de la leur : les tribunaux écclésiastiques, dont la tâche sera de distinguer le pêcheur, cou­pable du grand écart, du paroissien, qui sait se cantonner dans les bonnes limites. Ainsi la tolérance justifie paradoxalement l'inquisition. Merci, mon Dieu ! Aux XVIIème et XVIIIème siècles, l'importance du débat religieux et ses énormes conséquences politiques, alimenteront en permanence le débat sur la tolérance. Catholique, doit-on ou non tolérer la réforme ? Protestant, doit-on ou non accepter la dissidence ? Le monde religieux se divise donc en deux parties, elles-mêmes subdivisées en deux autres parties, et ainsi de suite, selon le critère de l'acceptation ou du refus de la différence de pensée, à l'intérieur de normes très étroites. Cette pagaille nécessite que d'importants moyens soient mis en oeuvre, par les Eglises et les Etats, pour que les sanctions soient appliquées à grande échelle : législations restrictives, massacres organisés, guerres de religion. Ainsi, la tolérance justifie, paradoxalement les persécutions. Bayle et Bossuet seront, chacun dans leur camp, les deux grands anima­teurs de ce débat religieux. Bayle, en préconisant la plus grande liberté de conscience, Bossuet, en fixant les limites de cette liberté, ont l'un et l'autre utilisé et discuté le concept de tolérance civile. Si leurs opinions sont non seulement divergentes mais opposées, ils s'accordent au moins sur une définition commune de la tolérance civile, qui est la permission accordée de pratiquer d'autres cultes que le culte permis par l'Etat. La tolérance est octroyée par une autorité, non plus religieuse exclusive­ment, mais civile, le pouvoir d'Etat, qui, en fixant la norme, s'autorise à condamner ceux qui la transgressent. Pour défendre les principes de Liberté auxquels ils adhéraient, et, au minimum, pour protéger des vies humaines menacées, les philosophes du siècle des Lumières élargiront le concept à celui de tolérance philosophique. C'est, pour eux, l'admission du principe qui oblige à ne pas persécuter ceux qui pensent différemment en matière religieuse. La religion reste au coeur du débat, mais la tolérance n'est plus considérée seulement sous l'oeil du pouvoir qui légifère. La tolérance se conçoit désormais comme l'acceptation de la liberté de pensée. La tolérance devient alors une idée révolutionnaire. La tolérance n'est plus affaire de petite dose, mais un principe absolu, global, total, le corollaire des droits fondamentaux qui s'attachent à la personne humaine. Et quelques années plus tard, Mirabeau pourra dire : «Je ne viens pas prêcher la tolérance ; la liberté la plus illimitée de religion est, à mes yeux, un droit si sacré, que le mot tolérance qui voudrait l'exprimer me paraît, en quelque sorte, tyrannique lui-même, puisque l'autorité qui tolère pourrait ne pas tolérer ». Notre vieux philosophe avait appartenu au siècle des Lumières et, l'intolé­rance, il en avait été la victime. Mais jamais il n'avait baissé les bras, considérant : « Un jour tout sera bien, voilà notre espérance, Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion » Cette maxime, d'un raisonnable optimisme, l'avait constamment accom­pagné et lui avait donné quelque courage lorsque la tournure des événe­ments lui paraissait défavorable. Et puis notre philosophe croyait résolument en l'avenir de l'homme, même s'il se doutait bien que les choses iraient lentement. Il expliqua au poète, qui l'écoutait d'un air dubitatif : «Il y aura toujours des barbares et des fourbes qui fomenteront l'into­lérance, mais ils ne l'avoueront pas, et c'est avoir gagné beaucoup». Ce n'était pas l'avis du poète peu prompt à se réjouir d'une si petite vic­toire. Il voyait bien lui que la barbarie, individuelle ou collective, sponta­née ou organisée, avait le plus souvent triomphé sur la tolérance. Elle avait même été érigée en doctrines politiques ou religieuses. A l'optimisme du philosophe, il opposait son désespoir :  « Mort l'enfant qui vivait en moi, qui voyait en ce monde-là un jardin, une rivière
et des hommes plutôt frères, Le jardin est une jungle les hommes sont devenus dingues ».

Tolérance politique et tolérance morale

La montée des intégrismes, en Orient comme en Occident, a réactualisé le caractère religieux du débat sur la tolérance. Il n'empêche que, depuis la Révolution, le concept a perdu sa spécificité religieuse, au profit d'une acception beaucoup plus large, beaucoup plus globale, beaucoup plus politique. Le champ de la tolérance recouvre le domaine des opinions, en général, ce que Diderot avait pressenti en écrivant : «il y a dans les choses de goût, ainsi que dans les choses religieuses, une espèce d'intolérance que je blâme ». Comme le dit la sagesse populaire : «les goûts et les couleurs, ça ne se dis­cute pas », proverbe qui exprime bien l'idée que chacun a droit à son opi­nion et que toute opinion est respectable, et même tellement respectable qu'elle n'a pas besoin d'être discutée. Du coup, la tolérance est devenu un concept essentiellement politique. La tolérance politique est l'acceptation du pluralisme dans la conduite des affaires de l'Etat. Elle suppose et implique la démocratie et la laïcité. Elle s'oppose au totalitarisme et aux extrémismes. La tolérance étant politi­que, pleinement et totalement politique. Elle est donc au coeur de tous les débats avec ses partisans et ses adversaires. Ses adversaires la condamnent et la caricaturent. Ils la condamnent essentiellement au motif que la tolérance favorise la genèse et l'expression des pluralismes et en conséquence détruit la cohé­sion politique et sociale de la nation. Ils la caricaturent en associant systématiquement la tolérance à la fai­blesse de comportement, ou, pour parler comme nos hommes politiques, au laxisme, mot qui en remplace un autre, moins usité, le tolérantisme. C'est Beaumarchais, qui, avec humour, fait dire à l'un de ses personna­ges, aussi réactionnaire qu'odieux :«Qu'a-t-il produit (ce siècle) pour qu'on le loue ? Des sottises de toutes espèces : la liberté de penser, l'attraction, l'électricité, le tolérantisme, l'inoculation, le quinquina, l'Encyclopédie et les drames ». Au laxisme des partisans de la tolérance, les tenants de la fermeté oppo­sent ces valeurs, d'autant plus sûres qu'immuables, que sont l'ordre, la fermeté, l'intransigeance. Chacune de ces valeurs s'exprime naturelle­ment par rapport à des situations et des conduites pré-établies : l'ordre sera celui du système en place, ou système de référence, la fermeté quali­fiera la manière de conduire les affaires de la cité, l'intransigeance concer­nera la façon de réprimer les écarts, toutes situations et conduites émi­nemment politiques, au sens large du terme. Les partisans de la tolérance rétorquent plutôt en termes de morale. Car la justification de leur pensée réside d'abord dans une conception et une appréciation positive de l'homme. La tolérance morale c'est une façon de concevoir les rapports entre les hommes, sur la base d'un respect absolu des consciences, des idées, des caractères et des personnalités. Elle est indissociable non seulement de la foi en l'homme et en ses qualités, mais aussi de l'idée de sa constante per­fectibilité. Les tolérants ne peuvent pas répondre à leurs adversaires sur le plan idéo­logique ou politique. Il serait en effet paradoxal qu'il existât une idéologie Situer la tolérance sur le plan de la morale permet à ses partisans l'expres­sion de leurs idées propres comme celle des idées d'autrui. Pourvu qu'autrui montre, au minimum, quelque disposition à rendre la pareille. Ce qui règle, espérons-le une fois pour toutes, le grotesque débat sur les limites à la tolérance : «peut-on tolérer l'intolérable ? ». S'il s'agissait d'un débat idéologique, nous ergoterions sans fin sur le tolé­rable et l'intolérable en politique. Mais puisqu'il s'agit de morale, et qu'il ne s'agit que de cela, le débat est réglé d'avance. L'intolérance est définitivement intolérable. Nous nous en tenons bien entendu à l'interprétation présente du concept de tolérance, qui s'attache à son sens propre, que nous avons tenté de définir par rapport aux contextes historiques et philosophiques de l'épo­que où le problème de la tolérance fut posé avec acuité. Il existe bien entendu une série de sens figurés qui touchent à tous les domaines du comportement. Par exemple, mon patron fait preuve d'une certaine tolérance dans l'application des horaires de bureau. Qu'il ait rai­son ou non, nous pourrions en débattre longuement, nous ne le faisons pas, car d'une part cela nous arrange l'un et l'autre et que d'autre part le choix est le sien plus que le mien. Ce n'est pas là où se situe le débat fondamental : en matière de comporte­ment humain, et de morale, nous sommes en tout état de cause lui et moi d'accord, sur le fait que l'intolérance est intolérable. Encore qu'il ne soit pas toujours facile de discerner si tel comportement humain relève, ou non, de l'intolérance. Et les actes, même les plus barba­res, se parent souvent des plumes de la morale, en particulier dans les actes de barbarie collective et organisée. Et notre poète était fort troublé. Comme il l'avait été, tout au long de sa vie. Tantôt il avouait au philosophe avec émotion :  « Je ne suis qu'un militant du parti des oiseaux, des baleines, des enfants, de la terre et de l'eau ». Tantôt sa révolte l'emportait, et il se prenait non seulement à haïr la société, mais à en faire l'unique objet de sa vindicte : « J'ai chanté dix fois, cent fois j'ai hurlé pendant des mois, j'ai crié sur tous les toits...
...mais moi, on ne m'aura pas je tirerai le premier et j'oserai au bon endroit ».
Tantôt, c'était le désespoir : « Dans ma guitare, y'a plus rien , plus un mot, plus un refrain ». Le philosophe, par définition et par fonction, était infiniment plus sage. Il expliqua au poète : «Tu parles du bon et du mauvais, du juste et de l'injuste : il me paraît que tout ce qui nous fait plaisir sans faire tort à personne est très bon et très juste; que tout ce qui fait tort aux hommes, sans nous faire de plai­sir est abominable; et que ce qui nous fait plaisir en faisant du tort aux autres est... très dangereux pour nous-mêmes et très mauvais pour autrui». A défaut d'avoir la moindre valeur sur le plan des conséquences idéologi­ques que l'on devrait en tirer, ce discours a un mérite particulier : il trace en effet le cadre d'un code de conduite très simple mais très efficace, pour régir les rapports entre les êtres humains. Il fixe précisément les limites entre le tolérable et l'intolérable. Il ramène la tolérance à ce qu'elle est : une affaire personnelle de morale individuelle.

La tolérance est une vertu

Curieuse et paradoxale déviation : les maisons où officient les dames de petites vertus sont les maisons de tolérance. Cette plaisante distorsion de langage n'est pas innocente. La preuve : elle a permis un bon mot «La tolérance, il y a des maisons fai­tes pour ça », non moins innocent, ce qui en explique la célébrité. La vertu est toujours un peu ridicule. Il est vrai que n'est pas vertueux qui peut, ni même qui veut, et que l'on n'est jamais vertueux naturellement si facilement. Alors, tant qu'à faire, autant marquer son impuissance à y accéder ou sa pensée à le devenir, en la tournant en ridicule. Il faut admettre aussi que la vertu a souvent servi de prétexte à de mauvais agissements : un régime politique prétendument vertueux, avait confié à ses fonctionnaires, le travail de briser la vie de familles juives, au nom de la patrie. Bien entendu, il avait substitué à la devise «Liberté, Egalité, Fraternité» celle de « Travail, Famille, Patrie» trois mots qu'il s'est employé méthodiquement à vider de toute substance. Il n'est pas facile, dans ces conditions, de distinguer les bonnes et les vraies vertus, les fausses et les mauvaises, et d'échapper au ridicule con­temporain qui méprise ou dédaigne l'homme vertueux. Mais revenons à notre propos sur la tolérance. La tolérance, disions-nous est une vertu. Qu'est-ce que cela signifie ? Pour bien le comprendre, distinguons la vertu, de la qualité et du don.

La qualité d'abord

Par qualité, il faut entendre toute caractéristique fondamentale. La défi­nition philosophique du mot qualité, à l'origine, explique qu'il s'agit bien des caractéristiques qui définissent un corps et sans lesquelles il ne pour­rait ni exister, ni être conçu. Cette définition s'applique à l'homme. Corneille, dans Polyeucte écrit : « Daignez considérer le sang dont vous sortez, Vos grandes actions, vos rares qualités... ». C'est pourquoi d'ailleurs les nobles exclusivement étaient appelés gens de qualité, de par leur naissance et leur sang, ce qui permet à Molière de répondre :
« Les gens de qualité savent tout sans avoir jamais rien appris ».
La qualité est innée. Elle peut s'enrichir ou se détériorer, mais elle est acquise à la naissance.

Le don ensuite :

Le don aussi est inné. Mais, et la nuance est importante par rapport à la qualité, le don se détériore à coup sûr s'il n'est pas cultivé. Sans travail, le don n'est rien, ne vaut rien, ne sert à rien. Le don, inné certes, a besoin d'être exploité : au don s'ajoute alors le talent c'est-à-dire la maîtrise du savoir faire et seul son enrichissement par le talent permet au don de s'exprimer.

La vertu enfin :

La vertu est pure acquisition. Elle n'est jamais innée. Elle est pur travail, moral, intellectuel, culturel, travail sur soi-même.  Rien d'inné dans la vertu. C'est d'ailleurs ce qui rend la vertu si humaine, si spécifiquement humaine.

Résumons : La qualité est innée. Le don est inné, mais s'exploite par les connaissances acquises ou à acquérir. La vertu est pur acquis. Chacun d'entre-nous, à un moment instantané de son existence est une mosaïque - de qualités innées, - de dons innés, plus ou moins exploités par un savoir-faire acquis à force d'un travail plus ou moins approfondi, - de vertus, purement acquises. J'illustre ma pensée en comparant l'incomparable : l'homme et l'animal. C'est facilité d'exposé, je le reconnais, mais Mozart me pardonnera de le comparer à ma petite chatte. Mozart me flatte plus souvent les oreilles que je ne caresse celles de mon animal favori, je puis donc me permettre cette irrévérence. Mozart, c'est incontestable, avait des dons, révélés alors qu'il était si jeune, que l'on doit bien les considérer comme innés. Il avait aussi des qualités, lesquelles sûrement, lui ont permis d'exploiter ces dons. Mozart avait aussi des vertus dont je ne saurais dire s'il les a acquises en devenant franc-maçon ou s'il est devenu franc-maçon parce qu'ils les avaient précé­demment acquises. Mais peu importe. Disons que Mozart était doué, généralement doué, qu'il avait le goût du travail, et qu'il était tolérant. Ma petite chatte, elle aussi a des qualités et des dons. Elle a le don de la chasse et des qualités d'agilité qui lui permettent d'exploiter ce don, ce qui est dramatique pour les rongeurs de mon jardin. Elle n'est pas vertueuse pour autant. Elle n'a aucun sens de la tolérance et elle agresse systématiquement toute espèce d'animal rampant, marchant ou volant, et sans considération de poids et de taille, qui pénétrerait acci­dentellement son territoire. Elle n'est tolérante qu'à mon égard : il est vrai que je la nourris. Ma chatte n'appartient pas à l'espèce humaine. Ses qualités et ses dons relèvent de sa nature et de son instinct. Je l'aime comme cela. J'aime aussi Mozart pour ses qualités et ses dons. Où plutôt, j'aime sa musique pour ces raisons-là et j'aime le musicien, l'homme, pour ses ver­tus. Je ne l'aimerais pas s'il avait été un personnage ignoble, et sans doute dans ce cas, je n'écouterais pas sa musique. Et voilà pourquoi je dis que la vertu est humaine, spécifiquement humaine. Le vieux philosophe avait beaucoup de mal à expliquer cela au poète, autant que j'ai du mal à vous l'expliquer moi-même. Lui aussi, il utilisa une comparaison entre l'homme et l'animal : «Je pense que (l'homme) est un animal à deux pieds qui a la faculté de raisonner, de parler et de rire et qui se sert de ses mains beaucoup plus habilement que le singe... (il a) une mémoire infiniment supérieure, beaucoup plus d'idées et... une langue qui forme incomparablement plus de sons que la langue des bêtes». C'est bien pourquoi il faisait confiance à l'homme, capable de dépasser sa nature, de développer ses meilleurs instincts, de réfréner et de combattre les plus vils. Et à ce compte, la société finira bien par évoluer et les hom­mes, un jour qu'il espérait proche, vivront libres et égaux., dans un monde plus tolérant. La colère du poète était à son comble. Il hurla à en réveiller les âmes paisi­bles qui arpentaient les allées du jardin paradisiaque. « Qui a écrit que les homes
naissaient libres et égaux ? Libres, mais dans le troupeau, Egaux, devant le bourreau ».
Il était tellement fâché qu'il en devenait vulgaire, ce qui n'est pas recom­mandé pour un poète. « Passent les jours et les semaines, Y a que le décor qui évolue, la mentalité est la même, tous des tocards, tous des faux-culs ». Le philosophe était peiné. Grâce au recul conféré par deux siècles de plus, il avait pris de la hauteur : il avait pu mesurer le formidable progrès éco­nomique, social, culturel que les hommes avaient accompli. Et pourtant, il n'était pas franchement choqué car il savait bien que les hommes avaient mal partagé le progrès. Dans le fond, il comprenait le poète. Mais sa foi en l'homme était iné­branlable. Puisque le progrès, même insuffisant et mal réparti, était obser­vable, il était toujours possible d'en espérer davantage. Il décida donc d'y croire encore et se résolut d'être pour toujours :  « Amant de tous les arts et de tout grand génie, Implacable ennemi du alomniateur,
Du fanatique absurde et du vil délateur ».
Il s'arma de courage pour tenter d'entraîner le poète sur cette voie. Nous avons vu que la tolérance, vertu spécifiquement humaine, n'est ni instinctive ni naturelle. L'esprit de tolérance s'acquiert, se cultive, se développe. N'entrons pas dans le débat sur la nature de l'homme, puisqu'il ne con­cerne pas la tolérance. Mais interrogeons-nous plutôt sur la façon dont cet esprit est susceptible de germer dans le coeur des hommes, puis com­ment il peut s'y développer. Le petit de l'homme a de grands yeux : il les ouvre le jour et transmet à son cerveau, quotidiennement des milliers d'informations contradictoi­res. Les unes pèsent lourd, les autres ne lui laisseront qu'un souvenir fugace, certaines ne vivront que le temps d'une seconde, et quelques-unes tisse­ront l'écheveau de ses souvenirs. La nuit, le petit ferme les yeux. Son cerveau va décanter les informations du jour. Certaines, comme dans un ordinateur, seront immédiatement restituables, dès le réveil du lendemain. D'autres viendront enrichir un inconscient et un subconscient dont les socles se sont constitués, dit-on, dans la période pré-natale. Tout ceci est tellement complexe, que le petit va devoir trier, c'est-à-dire penser. Aucune des informations reçues n'étant objectives, sa pensée ne sera pas objective. Voilà que l'enfant est sujet pensant certes, mais sujet. Et heureusement puisque sa subjectivité est sa personnalité. Sujet unique et personnalisé, voilà notre enfant, trop tôt devenu homme, qui prend conscience que son existence est dépendante de celle d'autres sujets, non moins uniques et non moins personnalisés. Mais comme il est au centre de sa perception du monde, il ne peut pas faire autrement que de penser qu'il est le centre du monde, objet d'amour et de haine convergents vers sa personne, de même qu'il dirige comme une arme défensive ou agressive, son amour et sa haine vers autrui. C'est ainsi que les hommes, à la fois sujets et objets, communiquent entre eux. Je n'ai pas la prétention d'expliquer l'homme à travers ce raccourci méan­dreux. Ce n'est qu'une petite fable entre vous et moi, elle a pour objet d'exprimer très rapidement que les rapports humains sont infiniment complexes et qu'ils dépassent notre capacité à les appréhender. Cette démarche a un nom : elle s'appelle l'initiation. Cette démarche est la façon unique de développer en soi l'esprit de tolé­rance.  et c'est pourquoi devenir tolérant demande beaucoup de travail, en tout cas infiniment plus qu'il n'en faut pour passer le baccalauréat. Et c'est d'autant plus difficile qu'on ne trouve pas de maître es tolérance suscepti­ble de nous l'enseigner comme on m'a appris avec plus ou moins de talent, et avec plus ou moins de succès, les mathématiques ou la philoso­phie. Certes, vous en rencontrerez parfois qui vous feront la leçon : c'est qu'ils se sont octroyés eux-mêmes un diplôme qui a d'autant plus de valeur à leurs yeux qu'ils furent le propre examinateur de leurs multiples talents, et que ce jour-là ils se sont montrés très sévères, aussi sévères qu'on peut l'être lorsque l'examiné, c'est-à-dire la même personne, fait preuve d'une compétence et d'un savoir exceptionnels. Ces «gens de qualité », au sens où Molière ironisait, méritent le nom dont on les affuble : ce sont les pédants. Non, en matière de tolérance, l'apprentissage se fait seul. Il n'y a pas de maître ni d'élève, mais un homme seul, face à son miroir, et suffisamment courageux pour être tantôt l'un tantôt l'autre, et savoir au bon moment et à tout bout de champ inverser les rôles. La manœuvre a un but. Elle vise à ce que, de l'autre côté du miroir, appa­raisse non pas le reflet de soi-même, mais l'envers, qui révèle la face cachée. Elle aspire à faire prendre conscience que si l'homme est un bloc lisse ou fissuré selon les caractères, il n'est pas identique à l'extérieur, comme à l'intérieur, et que sa présentation homogène et cohérente, n'est qu'un masque qui recouvre ses contradictions. Elle amène à reconnaître, comme éléments fondamentaux de sa personna­lité, ce que les comportements quotidiens et habituels ont coutume d'occulter. Elle fait comprendre qu'on est à la fois l'un et l'autre, et démontre ainsi qu'autrui est semblable à soi-même, et que les différences entre les hommes sont infiniment moins importantes que ce qui les unit. Elle fait découvrir que nous nous différençons uniquement par l'assem­blage varié de composants identiques et donc que si nous ne sommes pas jumeaux, à coup sûr nous sommes frères. Cette démarche est celle dont procède la Grande Loge de France, maillon de la Franc-Maçonnerie Universelle, qui dès ses origines, c'est-à-dire, pour s'en tenir à la Franc-Maçonnerie moderne et à sa date de naissance officielle, en 1723, proclame dans ses Constitutions : «Un maçon est obligé d'obéir à la Loi morale... Mais, quoique dans les temps anciens les maçons fussent tenus dans chaque pays d'être de la Reli­gion, quelle qu'elle fut, de ce Pays ou de cette Nation, néanmoins il est maintenant considéré plus expédient de les astreindre à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord, laissant à chacun ses propres opi­nions ; c'est-à-dire, d'être Hommes de bien et loyaux, ou Hommes d'Honneur et de Probité, quelles que soient les Dénominations ou Con­fessions qui aident à les distinguer ; par suite de quoi la Maçonnerie devient le Centre d'union, et le moyen de nouer une Amitié sincère entre des personnes qui n'auraient pu que rester perpétuellement étrangères ». La Franc-Maçonnerie n'ayant pas le monopole de l'initiation, sa nécessité n'est pas prouvée. Mais accordons-nous au moins sur ce mérite qu'on peut lui reconnaître, que lui reconnaissent en tous cas ses membres, celui de se proposer de les aider, collectivement, à la démarche individuelle. Car l'initiation est par essence individuelle. Les arts romanesques, de la littérature au cinéma en passant par le théâ­tre, en fournissent maints exemples. Le processus est toujours identique, Déstabilisation : mort profane,
Renaissance : vie nouvelle, Reconstruction : progressive, par épreuves et paliers successifs.
Les événements dramatiques du vécu quotidien, sont, lorsqu'ils survien­nent, suffisamment douloureux pour provoquer un processus, toujours cruel. Le seul mérite de la Franc-Maçonnerie est de proposer une version pacifi­que, permanente et collective, de cette initiation individuelle. En 1723, notre philosophe n'avait pas trente ans. Il avait déjà cependant plusieurs écrits à son actif, essentiellement des pamphlets qui l'avaient fait mal voir du côté de la bonne société et l'avaient même contraint à séjourner à l'étranger plutôt qu'à Paris. Il fut d'autant plus séduit par les idées maçonniques, qu'il en professait d'identiques, Il ne devint pas franc-maçon pour autant, malgré qu'il ait été sollicité par ses amis philosophes qui, très nombreux, fréquentaient les loges. Il fut initié beaucoup plus tard. Mais il avait été de tout temps un bon compagnon de route. Aussi n'hésita-t-il pas à en parler au poète qui lui n'en voyait pas réelle­ment la nécessité. Lui-même en avait entendu parler, et avait même le souvenir vague d'un copain franc-maçon, dont les idées ne lui avaient pas paru véritablement révolutionnaires. Et puis le poète en avait marre des idées, qui ne sont jamais que des mots. Il avait tant vécu avec les mots que les mots commençaient à le fatiguer. « Fatigué, fatigué, fatigué d'espérer et fatigué de croire à ces idées brandies comme des étendards et pour lesquelles tant d'hommes ont connu l'abattoir ». Mais le philosophe n'était pas enclin à baisser les bras. Il se prenait d'ami­tié pour le poète, et voulait s'efforcer de le convaincre. Et il lui expliqua le problème et la solution : «Quand nos actions démentent notre morale, c'est que nous croyons qu'il y a quelque avantage pour nous à faire le contraire de ce que nous enseignons; mais certainement, il n'y a aucun avantage à persécuter ceux qui ne sont pas de notre avis et à nous en faire haïr, il y a donc, encore une fois, de l'absurdité dans l'intolérance ». Le philosophe voulut réconcilier le poète avec les idées généreuses, en lui faisant remarquer : «Nos histoires, nos discours, nos sermons, nos ouvrages de morale, nos catéchismes, respirent tous, enseignent tous aujourd'hui, ce devoir sacré de tolérance». Le poète résolut alors de s'endormir pour ne pas en écouter davantage. Il tourna le dos au philosophe en soupirant :  « J'crois plus à grand'chose Il est temps que j'me repose J'ai plus d'amour, plus de plaisir, plus de haine, plus de désirs ». Le philosophe en fut très malheureux. Il eût envie d'une promenade solitaire, lorsque soudain il se rappela que les membres de sa loge, «Les Neuf Sœurs », où il avait été finalement ini­tié et in extremis en 1778, se réunissaient ce soir là. Il décida de participer. N'imaginons pas que les francs-maçons puissent se targuer de détenir le monopole de la tolérance et qu'ils aient la prétention de l'enseigner à qui­conque frapperait à la porte du Temple. Les discours peuvent bien tenter de le faire, mais la Franc-Maçonnerie ne propose pas de discours. Elle offre à qui veut bien en saisir l'opportunité, une méthode qualifiée d'ini­tiatique, car, à l'instar de l'explication qui a précédé, elle tend un miroir dans lequel chacun de ses membres part à la recherche de sa propre image et, en définitive, y découvre autrui. Ce miroir, c'est la loge maçonnique, l'assemblée des frères, dans un lieu clos, temple sacralisé c'est-à-dire reconstitué dans un contexte universel. Le temple, c'est un lieu à la fois réel et symbolique. Réel, il est lieu de la réflexion et du travail des Frères. Symbolique, il représente l'univers cos­mique, le monde dans ses dimensions infiniment grandes et infiniment petites, macrocosmiques et microcosmiques. De ce fait, à l'intérieur du Temple, les frères ne sont plus les mêmes hom­mes que ceux que l'on croise dans le monde. Chacun d'entre eux apparaît aux autres comme une parcelle de l'humanité, et chaque mot, chaque phrase, chaque discours est reçu non pas comme un message médiatique habituel, mais comme un message messianique, enrichi d'universalisme. Ce mot que tu dis, cette phrase que tu construis, ce discours que tu pro­nonces, c'est ton expression et en même temps une part de la mienne, c'est ta pensée, comme c'est celle de millions d'hommes et de femmes qui, à travers le temps et l'espace, à un moment ou à un autre, dans des lieux identiques ou différents, se sont prononcés de la même façon que toi. Alors, je reçois tes mots, tes phrases, tes discours différemment et à mon tour je te parle différemment. Je t'écoute comme je te parle, je te perçois comme un autre moi-même, je me sens ton frère. Ce processus, qui se renouvelle à chaque réunion des frères en loge, a quelque chose de magique, il l'est en effet par la magie du rituel, rigou­reusement respecté dans les loges de la Grande Loge de France. Le rituel, c'est un moyen, à caractère mécanique et théâtral, qui vise à créer une rupture entre le monde profane, celui où la passion l'emporte sur la raison, la folie sur la sagesse, la haine sur l'amour, et le monde sacré où s'inversent les flux et les courants. Comme si le fleuve remontait son cours pour retourner à sa source et n'être plus qu'eau pure. Purs, nous ne le sommes jamais totalement, et le philosophe ne préten­drait pas l'être plus que le poète. Mais au moins nous essayons de nous abreuver auprès de nos frères disposés à nous donner à boire en parta­geant leur eau. Alors se développe en chacun de nous le sens d'autrui et du rapport privi­légié qui nous unit à lui. De ce fait la morale vacille : elle ne peut plus sui­vre la ligne de la verticale où le dogme circule du haut vers le bas, mais elle devient ruban horizontal, support flexible et évolutif par lequel ,'échan­gent les idées et transitent les comportements. La tolérance n'est plus alors ni ridicule ni visible. Car on comprend qu'elle est le ciment obligatoire des hommes qui oeuvrent pour le progrès de l'humanité. Notre philosophe l'avait bien mesuré : dans la société de l'Ancien Régime où l'intégrisme oligarchique freinait toute évolution progressiste, le Mou­vement des Lumières, en parfaite symbiose d'idées avec la Franc- Maçonnerie moderne dont les premiers pas ont accompagné ceux du siè­cle et qui a grandi avec lui, ont posé les bases de la société démocratique moderne. En 1789, la Révolution française a pulvérisé les institutions. Elle a suscité les espoirs les plus fous, en même temps que ses excès ont provoqué les plus cruelles désillusions. Mais elle continue de porter son message essen­tiel : les mots de « Liberté, Egalité, Fraternité» qu'elle a chipés à la Franc- Maçonnerie, ou peut-être est-ce l'inverse, grave problème qui divise les historiens, mais dont se moquent éperduement tous ceux qui, étant grave­ment privés du pouvoir de les écrire sur les pages de leurs cahiers et de les graver sur les murs de leurs édifices, pleurent en y rêvant. Ceux-là sont bien plus nombreux que nous et l'espoir est bien mince que leur nombre se réduise : c'est l'inverse qui nous menace. C'est la raison pour laquelle nous continuons à oeuvrer dans nos Temples, poursuivant notre utopie raisonnable, sans l'ombre d'un doute sur les objectifs que nous assigne notre Constitution : alliance d'hommes libres, acceptés en notre sein sans conditions de classe, de race, de religion, nous avons pour but le perfec­tionnement de l'humanité et travaillons à cet effet à l'amélioration cons­tante de la condition humaine, tant sur le plan spirituel et intellectuel que sur le plan du bien-être matériel. Nous n'acceptons aucune entrave et ne nous assignons aucune limite dans notre recherche de la vérité et de la justice, dans le respect de la pensée d'autrui et de sa libre expression. Nous croyons que les hommes finiront bien par s'unir dans la pratique d'une morale universelle et dans le respect de la personnalité de chacun. Chaque pas franchi nous réjouit le coeur, chaque recul nous horrifie. Finalement chacun d'entre nous est, tantôt le philosophe, tantôt le poète. Mais peut-on être l'un sans l'autre ? Ne sommes-nous pas condamnés à ce perpétuel débat, tant il est ardu de progresser sur le chemin de la tolérance ? Et une soirée de plus, en loge maçonnique, ne suffira certes pas à changer le monde. C'est bien ce que pensait le philosophe qui quittait ses frères après une excellente soirée qui s'était achevée, comme à l'accoutumée, par de frater­nelles agapes, qu'il avait arrosées un peu trop copieusement. Finalement, il choisit de retourner aux côtés du poète endormi, pour y finir sa nuit. Il dormit mal. Lorsqu'au matin il se réveilla, il remarqua une lueur d'amusement dans le regard du poète qui l'observait avec une ten­dre attention. Le philosophe se sentit prêt à quelque concession. Il dit tristement : «J'ai été sensiblement affligé de ton état, et je te jure qu'il n'a pas peu contribué à me persuader que le meilleur des mondes possibles ne vaut pas grand-chose». Mais le poète, d'humeur nettement plus gaillarde ce matin-là, ne l'enten­dait pas de cette oreille et il rétorqua aussi sec : «Il faut aimer la vie et l'aimer même si le temps est assassin et emporte avec lui le rire des enfants».
Le philosophe en fut rassuré. Enfin ils semblaient l'un et l'autre d'accord. Mais le poète, comme s'il avait deviné la pensée du philosophe poursui­vit :
«Comment veux-tu que j'sois d'accord Avec toi
J'ai d'jà du mal à être d'accord Avec moi».
Ce fut sa conclusion, ce sera donc la mienne. Nous quitterons là, le philosophe et le poète, qui ont bien involontaire­ment figuré dans ce scénario artificiel, mais cependant entièrement dialo­gué avec des phrases qu'ils ont l'un et l'autre écrites. Le philosophe était François-Marie Arouet, dit Voltaire. Ses dialogues sont extraits des textes suivants :
Poème sur le désastre de Lisbonne
Dictionnaire philosophique
Entretien d'un sauvage et d'un bachelier
Sixième discours en vers sur l'homme
Traité sur la tolérance
Epître à Horace
Voltaire est né il y a 295 ans. J'ai arrondi à 300.
Dans le rôle du poète : Renaud Séchan, plus connu comme chanteur sous le nom de Renaud. Si je lui ai donné 100 ans, c'est qu'il s'est attribué lui- même cet âge dans sa chanson « Cent ans », dont provient le premier extrait. Les autres extraits proviennent des chansons suivantes :
Morts les enfants
Déserteur
Société tu m'auras pas
J'ai la vie qui m'pique les yeux
Triviale poursuite
Hexagone Mistral gagnant
Socialiste
Je les remercie l'un et l'autre.

Source : www.ledifice.net

Par Jean-Paul Ricker - Publié dans : Planches
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Vendredi 4 janvier 2013 5 04 /01 /Jan /2013 07:35

Comme André Glucksmann le souligne dès l'ouverture de son der­nier livre consacré à René Descartes, l'homme du doute est aussi celui qui, comme militaire, assiste à la bataille de la Montagne Blanche où les troupes impériales de Ferdinand II écrasent celles de l'électeur du Palatinat, roi de Bohème, Frédéric V. Sans doute s'agit-il là d'un événement capital dans l'histoire des nations euro­péennes mais il s'agit aussi d'un événement symbolique de l'histoire de la pensée. Frédéric V, homme de tolérance et de culture, gardait en son esprit et essayait, tant faire se peut, de réaliser l'idéal éras­mien du mouvement évangélique, continuateur de l'esprit et de la tradition antique, pour qui "l'amour de la sagesse est aussi sagesse de l'amour". Ainsi s'était-il entouré des membres de sociétés occul­tistes s'efforçant de concilier en pratique le progrès des sciences et le progrès moral dans la tolérance et l'amour fraternel. Commenius adepte de la secte des Frères Moraves illustre cette tendance. Peut- être s'agit-il là de l'expression la plus noble de l'utopie mais, quoi qu'il en soit, la bataille de la Montagne Blanche met fin à ce rêve dans les faits. L'ère de la déception et du doute s'ouvre : l'amour de la sagesse divorce d'avec la sagesse de l'amour. Pourtant la maçonnerie spéculative naissante au XVIIIe siècle prolongeant la modification déjà apportée à la maçonnerie ancienne par la maçon­nerie acceptée veut renouveler ce pari sur l'accord de la raison et du coeur : c'est ainsi que dans les Loges se retrouvent tout autant des rationalistes rigoureux, fidèles à l'esprit de l'Encyclopédie que des "illuminés" (terme alors nullement péjoratif) annonciateurs du romantisme tel qu'il se développera en Allemagne. Or ces Frères font référencé à un Volume de la Loi Sacrée qui se trouve être la Bible. Cela demande réflexion car le rationalisme des uns et le mysticisme des autres en faisaient l'objet de la colère des institu­tions religieuses, d'autant plus que se retrouvaient dans le même lieu des protestants latitudinaires et des catholiques libéraux.

Il apparaît alors nécessaire de réfléchir sur la présence de la Bible comme Volume de la Loi sacrée dans le cadre de la double spécifi­cité maçonnique qu'est la quête du sacré et l'affirmation de la tolé­rance. Peut-être faut-il inscrire l'originalité de la démarche maçon­nique à partir de l'exigence spirituelle de la recherche toujours renouvelée d'une vérité qui fait sens, mais sans jamais l'atteindre possessivement ; en un mot, il s'agit d'une quête du sacré et d'une exigence éthique de la tolérance comme fondement de la dignité et de la liberté du sujet humain. Or, au XVIIIe siècle, la question sur la Bible s'inscrit non pas dans la pure perspective religieuse mais comme l'aboutissement d'un affrontement idéologique entre parti­sans d'une dogmatique fermée et partisans de la tolérance entendue non seulement comme liberté de conscience mais encore comme liberté de penser. Ici, il faut apporter une précision : la liberté de conscience ouvre la possibilité d'adhérer ou non selon son libre arbitre à telle ou telle religion. La liberté de conscience, au sens strict du terme, s'inscrit donc dans la sphère de la question de la liberté religieuse. La liberté de penser, plus large encore, confère à l'homme la possibilité d'user de sa raison pour pousser sa recherche du vrai jusqu'où il le peut sans rencontrer aucune entrave, fût elle religieuse. Ainsi du XVIIe siècle au XVIIIe siècle les défenseurs de la liberté de conscience comme Bayle et ceux de la liberté de penser comme Spinoza s'inspirent soit de références bibliques soit de la critique scriptuaire naissante pour affirmer non seulement le droit à la liberté de conscience et de penser mais encore la nécessité de cette liberté pour le progrès de l'homme. L'originalité de la maçonnerie spéculative consiste précisément à affirmer cette double nécessité mais dans le cadre d'une quête spirituelle.

Aussi il semble permis d'interpréter la présence de la Bible en tant que Volume de la Loi Sacrée comme le symbole de la double exi­gence initiatique et tolérante qui détermine la pratique de la Maçonnerie spéculative telle qu'elle se dégage de la Maçonnerie opérative par l'intermédiaire de la Maçonnerie acceptée. Ainsi se pose la question du serment pris sur la Bible, Volume de la Loi Sacrée indépendamment de la référence au Grand Architecte de l'Univers. En cela le Grand Architecte de l'Univers et Bible consti­tuent des références fondamentales de la pratique maçonnique mais ils n'entretiennent pas entre eux la même relation que Dieu et les Saintes Ecritures entretiennent entre eux dans le cadre des pen­sées religieuses. Il apparaît que c'est là un des points qui génèrent la suspicion des églises intégristes sur la Maçonnerie, hier comme aujourd'hui.

Cette absence de liaison organique entre le Grand Architecte et la Bible peut se montrer par le simple fait que le Grand Orient de 1787 à 1878 travaillait bien à la gloire du Grand Architecte, sans pour autant demander au néophyte de prêter serment sur la Bible. En poussant l'analyse, il faut comprendre les Constitutions d'Anderson comme l'oeuvre d'un pasteur latitudinaire cherchant à dépasser les querelles religieuses et à rencontrer dans une libre quête de la vérité les catholiques libéraux. Ce processus semble s'élargir dans l'his­toire tant de la Maçonnerie que de la pensée par le passage de la liberté de conscience à la liberté de penser. Nous nous proposons d'examiner comment à sa naissance la Maçonnerie spéculative s'inscrit dans le combat pour la liberté de conscience puis de pen­ser, et cela dans la sphère spirituelle et non pas dans celle de la pure religion ou inversement dans celle de la pure philosophie : ce qui veut dire que la quête libre du sacré par le Maçon ne le conduit pas plus vers le Dieu des Religions que vers celui des philosophes, par le simple fait que cette quête demeure constamment ouverte et que son questionnement se renouvelle constamment, sans pour autant lui interdire loin de là une interprétation religieuse ou philosophi­que.

Pour ce faire il faut d'abord indiquer qu'elles étaient les positions des adversaires de la liberté de conscience et la manière dont ils s'inspiraient de la Bible comme le font tout autant leurs partisans. Encore faut-il ici bien définir ce qu'est la liberté de conscience dans cette perspective, il ne s'agit pas de la simple liberté de conscience privée, mais de la liberté de conscience civile. Des penseurs catholi­ques à l'image de Bossuet pour qui "la foi sert de science au chré­tien" affirme non seulement le droit mais le devoir du Prince à imposer sa religion à son peuple : la raison en est que la souverai­neté n'est point ici populaire mais divine, et qu'il ne saurait y avoir d'autre raison que la raison de Dieu se faisant raison d'Etat, que le logos divin. C'est une pensée où aucune autonomie n'est laissée à la raison humaine, où toute philosophie ne peut être qu'ancillia theo­logiae. Ainsi, en 1685, dans un texte intitulé "Conformité de l'Eglise de France pour ramener les protestants avec celle de l'Eglise d'Afrique pour ramener les donatistes de l'Eglise catholi­que", Goibaud-Dubois interprète-t-il tant l'histoire de l'Ancien Testament que celle du Nouveau et plus particulièrement les textes pauliniens comme une légitimation du point de vue augustinien pour qui "Felix necessitas quae ad meliora compelli" 1°). La démarche maçonnique affirme l'inverse, il ne saurait y avoir de contrainte heureuse et même plus la démarche qui conduit vers une meilleure saisie du sacré ne peut être que le choix volontaire d'un libre arbitre. L'interprétation dogmatique s'inspire bien de la Bible : elle commente l'histoire de Paul contraint par Dieu à se convertir sur le chemin de Damas ou rappelle encore des formules comme celle des Nombres 16-45 : "Il a dompté par des châtiments très sévères la rébellion de son peuple". Face à la liberté de conscience revendi­quée, une certaine partie des Eglises réaffirme le compellere intrare d'Augustin en en faisant parfois un compellere remanere (2).

S'inspirer ainsi de la Bible c'est interdire toute autre lecture de ce Livre que celle du recueil de la Parole révélée. Est ici révélée la dif­férence entre une Bible, uniquement et totalement Livre de la Parole révélée et une Bible Volume de la Loi Sacrée qui appelle une interprétation de la raison humaine selon le libre arbitre d'un sujet doué d'une volonté autonome. Tel était d'ailleurs l'enjeu qui oppo­sait à l'époque, les savants historiens et philosophes qui s'adon­naient à la critique biblique, les philosophes plus tard de la Lumière aux partisans du littéralisme et du dogmatisme stricts : la critique savante, en effet, suppose pour le moins, le libre usage de la raison.

Face à cette position le philosophe français, Bayle, défenseur de la liberté de conscience argumente pour montrer que l'engagement religieux dans une direction non orthodoxe ne peut être réduit à un péché contre l'esprit. La position intolérante consistait à affirmer selon Paul (Galates V) que l'erreur et l'errance en religion venaient du trouble de l'esprit par la chair. Ainsi Bayle affirme : "l'adhésion à la fausseté qu'on croit être vérité n'est pas avoir de la fausseté". Apparaît tin droit à l'erreur, un droit à l'errance qui définit bien la conception de la liberté de conscience. Aussi faut-il s'adonner, dit Bayle, à une lecture allégorique et métaphorique des propos de la Bible. De plus la Bible est aussi livre d'histoire ce qui entraîne le droit et le .devoir d'user de la raison critique pour démêler le mes­sage sacré de la transmission historique : David persécute ses enne­mis en roi guerrier et non en roi prophète. Ainsi avec Bayle nous arrivons à la conclusion que "le persécuté peut ne rien valoir mais que le persécuteur est toujours injuste". Cependant il ne s'agit encore que d'une liberté de conscience et nullement d'une liberté de penser : la première est une liberté négative du droit à l'erreur donc à l'errance, la seconde est une liberté positive du droit à la recher­che et à la quête. C'est précisément cette libre recherche du sacré qui constitue l'originalité de la pensée maçonnique transformant ainsi l'errance libre fondée sur le droit à l'erreur en une libre quête fondée sur le droit à penser. Ce passage sera accompli par l'affir­mation de la liberté de philosopher de Spinoza et par l'oeuvre des philosophes de la Lumière tel que Locke.

Dans le Traité Theologico Politicus dès 1670, Spinoza s'était efforcé de montrer non seulement le bien fondé de la tolérance civile mais sa nécessité en vue de l'affirmation de la libertas philo­sophandi. Sa lecture de la Bible, jugée blasphématoire par certains, s'articule en deux points essentiels à partir d'une étude critique phi­lologique et historique : le peuple d'Israël a été élu par Dieu parce qu'il avait atteint un certain développement et non pas le peuple d'Israël connut la victoire par l'élection divine et par sa fidélité à Dieu, de plus, loin d'autoriser la contrainte l'histoire du peuple juif enseigne la liberté car il a contracté avec Dieu par une alliance libre. Mais le Traité va plus loin : "Si les hommes pouvaient régler toutes leurs affaires suivant un dessein arrêté ou encore si la fortune leur était toujours favorable, ils ne seraient jamais prisonniers de la superstition. Mais souvent réduits à une extrémité telle qu'ils ne savent plus que résoudre, et condamnés par leur désir sans mesure des biens incertains de fortune, à flotter presque sans répit entre l'espérance et la crainte, ils ont très naturellement l'âme encline à la plus extrême crédulité". Seul donc le libre usage de la raison c'est- à-dire la pensée libre leur permet une liberté de philosopher qui les met sur la route de ce qui est vrai en leur donnant la maîtrise de leurs désirs et en combattant leur crédulité au nom de la connais­sance. Aussi Spinoza résumera-t-il dans le chapitre vingtième : "Nous avons montré :

1°/ qu'il est impossible d'enlever aux hommmes la liberté de dire ce qu'ils pensent ;

2°/ que cette liberté peut-être reconnue à l'individu sans danger pour l'autorité du souverain et que l'individu peut la conserver sans danger pour ce droit, s'il n'en tire point licence de changer quoi que ce soit aux droits de l'Etat ou de ne rien entreprendre contre les lois établies ;

3°/ que l'individu peut posséder cette liberté sans danger pour la paix de l'Etat et qu'elle n'engendre pas d'inconvénients dont la réduction soit aisée ;

4°/ que la jouissance de cette liberté donnée à l'individu est sans danger pour la piété ;

5°/-que les lois établies sur les matières d'ordre spéculatif sont du tour inutiles ;

6°/ nous avons montré enfin que non seulement cette liberté peut être accordée sans que la paix de l'Etat, la piété et le droit du souve­rain soient menacés mais que, pour leur conservation, elle doit l'être."

Je vous engage fermement à comparer ces conclusions de Spinoza avec celles des titres I et II des Constitutions d'Anderson concer­nant Dieu et la Religion et du Magistrat civil et subordonné. Nous ne pourrons qu'y reconnaître le même esprit, avec plus de prudence certes, l'esprit non seulement de la liberté de conscience mais encore celui de la liberté de penser. Cet esprit est celui de Locke dont la Lettre sur la Tolérance et le traité Du Caractère raisonnable du Christianisme tel qu'il est proposé par les Ecritures et conclut à une quasi religion naturelle et à l'affirmation morale, condition de la spéculation libre : "Faites aux autres tout ce que vous voulez qui vous fût fait à vous-même", formule morale que nous reprenons dans un de nos rituels. Ainsi la Bible est posée comme Volume de la Loi Sacrée c'est-à-dire comme livre où la conscience éthique se retrouve, se ressource et non comme livre de la parole révélée sans pour autant interdire, loin de là, sa lecture comme parole révélée. Nous touchons ici le point essentiel de la pensée maçonnique spécu­lative qui quitte en continuité la tradition opérative du métier juré des anciennes obligations pour affirmer que la libre disposition de notre raison à la découverte du sacré n'est possible que par un engagement éthique dont nous prenons le serment, en tant qu'homme "libre et de bonnes mœurs" sur le Volume de la Loi sacrée, source du Droit qui donc ne saurait se réduire à une consti­tution puisque cette constitution doit fonder sa légitimité dans une source sacrée fondant à la fois la dignité du sujet en quête et le sens de cette quête et encore moins dans un livre blanc qui ne saurait affirmer la liberté de penser et d'interpréter puisqu'il n'y aurait là rien à interpréter. Nous retrouvons ici l'un des principes que Spi­noza dégage de sa lecture de la Bible : "le culte de Dieu et l'obéis­sance à Dieu consistent en la seule justice et charité." Par la libre philosophie et par la libre quête du sacré qui se veut une forme supérieure de la foi, le sage est sur la voie de la connaissance des principes et peut agir pour le bien de l'humanité par une spécula­tion libre et éclairée.

En resituant historiquement par rapport au mouvement général de la pensée la naissance de la Franc-Maçonnerie spéculative, nous nous apercevons qu'elle transforme la tradition du métier juré des anciennes obligations de la maçonnerie opérative liée à la construc­tion de l'édifice matérielle s'enracinant, comme le montrent les dif­férents textes à notre disposition, dans une perspective chrétienne et catholique en une quête spéculative fondée à la fois sur la recher­che d'une transcendance faisant sens et sur la liberté de penser, signe de la dignité du sujet humain pour autant qu'il travaille à la recherche de ce sens. Certes, ce mouvement était déjà amorcé par la maçonnerie acceptée mais il devient irréversible avec la maçonnerie andersonienne et la maçonnerie purement spéculative. L'avenir de cette tradition reprise au XVIIIe siècle semble avoir voulu s'inscrire dans deux directions : la première insistant sur la quête de la trans­cendance, l'autre sur la liberté de penser. La première aurait donc tendance à retourner à un symbolisme strict par delà les Constitu­tions d'Anderson et faisant signe aux Anciennes Obligations, l'autre mettant entre parenthèses la Bible se tourne vers le seul humanisme voire vers une désacralisation. Il semble à mes yeux que ces deux tendances, habituellement signalées par les études maçon­niques telles que celles de Ligou, en fait atrophient l'authentique démarche maçonnique qui, en particulier à la Grande Loge de France, se définit comme la prise volontaire d'un engagement moral et éthique sur les Trois Grandes Lumières, dont le Volume de la Loi Sacrée qui ne saurait être ici que la Bible, pour une recher­che transformant l'errance de l'homme en une quête. Il s'agit d'un double pari sur le sens transcendant et sur la liberté de penser. Ainsi à mes yeux la tradition de la Grande Loge, parfois baptisée du terme maladroit de troisième voie, constitue la continuation de la tradition maçonnique la plus pure si on veut admettre qu'une tradition est en soi évolutive puisqu'elle s'inscrit et parcourt l'his­toire.

1°) Heureuse nécessité qui contraint au meilleur.
2°) Forcer à entrer - forcer à rester.

Source : www.ledifice.net

Par Michel BARAT - Publié dans : Planches
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Vendredi 4 janvier 2013 5 04 /01 /Jan /2013 07:31

 TOLERANCE : Nom, féminin
Fait de tolérer quelque choses ; ce qui est tolérer, l’excédent de bagage est une tolérance sur certaines lignes aériennes,
.Tolérance grammaticale : possibilité de ne pas appliquer strictement une règle dans certains cas.
Maison de tolérance, de prostitution.

Attitude qui consiste à accepter des idées et des comportements qui ne sont pas les siens, même s’ils paraissent erronés, excessif ; largeur d’esprit en matière religieuse (surtout), philosophique, etc.… Faculté d’un organisme de supporter sans troubles morbides une substance (médicament) ou un traitement.
C’est ainsi que la tolérance est définie par le dictionnaire.

S’il est un sujet sur lequel les ressources bibliographiques ne manquent pas c’est bien celui de la tolérance, les philosophes du siècle des Lumières ont été plus que prolixes et diversifiés sur le thème, plutôt que d alourdir cette planche et de la rendre intolérable pour les auditeurs attentifs et passionnés que vous êtes, je me contenterai d’indiquer, en annexe, mes références livresques ce qui permettra à chacun un travail de recherche plus approfondi. Il me semble plus intéressant de vous livrer mes réflexions pêle-mêle, sans docte discours.

Pour moi, l’homme est tolérant, sur ses actes, ses principes, ses idées.
Là ou le bas blesse, c’est que l’homme, dans son désir de perfection voudrait qu’autrui soie comme lui, qu’autrui adopte les mêmes comportements, agisse de la même façon, pense les mêmes choses, se vêtisse à l’identique etc.…

Seulement chaque être est unique, à partir de ce moment, l’homme doit faire l’effort pour s’adapter, accepter l’autre tel qu’il est avec ses défauts, ses qualités, ses spécificités, son

Identité, accepter l’autre tel qu il est, quelque soit sa langue, sa couleur de peau, son handicap visible ou invisible… sa culture … etc.…

Pour se faire, l’homme doit effectuer un travail sur lui-même et trouver un modus vivendi acceptable.

Pourquoi acceptable parce que je crois que chaque être humain à des limites et des seuils de tolérance.

La liberté de chacun s’arrête au moment où elle nuit à un autre. Pour l’autre ce moment là devient son seuil d’intolérance.

Peut-on ? Doit-on tout tolérer ? Je ne le pense pas ! Il est des raisonnements, des pratiques, des actes qui ne peuvent être accepter, parce qu’ils sont négatifs, néfastes. Toute la question est de savoir à partir de quels moments ils peuvent être considérés comme tel ?

Il est évident que le racisme, le fascisme, les extrêmes, la peine de mort, l’esclavagisme sont intolérables…

Etre tolérant c’est trouver l’équilibre, le juste milieu.

L’équilibre est la situation où les forces en présence sont égales, de telle sorte qu aucunes ne surpasse l’autre.

Cet état du système permet toutes les évolutions, dont l’équilibre stable, l’équilibre instable sont en quelque sorte deux extrêmes.

Je ne peux m’empêcher de penser au funambule sur son fil, sans cesse à rechercher son équilibre.
L’équilibre peut sembler a priori être opposé au mouvement, mais dans les situations réelles il n y a généralement pas d’équilibre sans mouvement.

On retrouve cette association de l’équilibre dan la tradition orientale

Il est le principe du YI-KING dont le grand livre est dédié à l’étude de cette « succession de situation », d’équilibre en équilibre, au service de la transformation d l’énergie dans la durée, de cycles en cycle.

GALILEE, dans la pensée scientifique occidentale, énonce que le mouvement c’est comme l’immobilité.

Tout comme NEWTON , avec la « méthode des première et dernière raisons » se garde bien de séparer philosophie et mécanique

Dans la bible, par l’incarnation du Christ, pour avancer dans notre monde, il faut un équilibre – bien et mal -, - plus et moins - . Mais il faut aussi un point de départ, notre état actuel, et un but.

Les religions ont créées leurs règles, en fonction de leurs concepts qui au moment de la création, je me plait à le penser, étaient réfléchies et sûrement bien adaptées à l’époque. Très vite, les acteurs devant faire respecter ces règles, ont voulu les adapter… et… ont déviés… le besoin de pouvoirs… les intérêts… la politique… les ont faits dériver vers les persécutions, l’inquisition, les guerres de religion… les intégrismes. Il est effrayant de remarquer que pour 80% des conflits et des guerres, le motif principal en est la religion ou l’idéologie.

Si l’homme, en tant que personne est normalement intolérant, le groupe multiplie de façons impressionnantes et irraisonnées l’intolérance.

En Franc-Maçonnerie, le symbole du pavé mosaïque et l’équerre nous remémorent cette notion d’équilibre. L’équerre marie harmonieusement le plan verticale et le plan horizontal,

Réalisant ainsi la synthèse entre deux dimensions ayant souvent des difficultés à se rencontrer. Le Maître Secret porte un tablier de couleur blanche et à bordure noire.
L opposition du blanc et du noir symbolise aussi le conflit perpétuel existant dans l’univers des choses et dans l’âme de tout homme, entre la Lumière et l’Ombre, le bien et le mal, la vérité et l’erreur.

La vie, au fur et à mesure de nos recherches et expériences nous permet d’acquérir l’équilibre et de définir et nous concentrer vers notre but, L’équilibre et le but donne un équilibre dynamique. En quelque sorte une harmonie.

Le mot Harmonie renvoie généralement aux simultanéités sonore dans la musique. Ce terme peut cependant recevoir plusieurs autres sens, en relation ou non avec la musique et les sons. Il est dérivé du grec armonia, signifiant « arrangement », « ajustement », et désignant plus précisément la manière d’accorder la lyre.

Dans son acception la plus courante, relative aux simultanéités dans la musique, l’harmonie a suscité une abondante littérature, depuis Platon et Aristote, jusqu’à Hindemith ou Messiaen. Cependant même dans ce domaine précis, le terme peut revêtir différentes significations.

Dans ces homonymie, l’harmonie des sphères est une théorie ésotérique d’origine pythagoricienne mêlant musique et astronomie
En linguistique l’harmonie vocalique est une modification phonétique concernant les voyelles d’un même mot ou syntagme.
Dans la mythologie grecque, Harmonie est l’épouse de Cadmos et la reine de Thèbes
En astronomie, Harmonie est un astéroïde.

En composition picturale, en peinture, l’harmonie des couleurs est l’ensembles des théories sur l’assemblage de couleur pour la création d’une œuvre quelle que soit la technique.

Pour nous Francs Maçons, la colonne d’harmonie, nous permet justement, par les choix judicieux du Maître qui la dirige, d’entrer justement en symbiose avec la parole qui vient d’être énoncée dans une planche ou nous préparer au passage du monde profane au Sacré.

Si nous reprenons le premier chapitre des Constitutions d’Anderson de 1723, nous y lisons que le Franc-maçon doit se soumettre seulement à cette religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière… quelles que soient les dénominations ou croyance qui puissent les distinguer.

En d’autres termes, dès le départ, la Franc-maçonnerie spéculative accepte la pluralité légitime des confessions.
Pour se faire, on comprend la nécessité de la tolérance, qui fait de la Franc-maçonnerie un véritable centre d’union entre les hommes.
Dans sa quête de vérité, le Franc-maçon sait qu’il ne pourra jamais atteindre la vérité absolue. La vérité ne peut être perçue dans son intégralité. La quête du Franc-maçon écossais, fondée sur la foi en un Principe Créateur et sur la raison, ne peut s’appuyer que sur le demi-jour de la probabilité ?
Selon l’expression de LOCKE dans son essai sur l’entendement humain. C’est pour cette raison qu’il doit pratiquer la tolérance, mais une tolérance bien comprise. Nous devons faire preuve d’humilité face à notre ignorance mutuelles, et donc de ne pas rejeter les autres comme des êtres obstinés, têtus, ou pervers parce qu’ils ne veulent pas ou ne peuvent pas abandonner leurs opinions pour embrasser les nôtres. La tolérance est tout le contraire du sectarisme et de l’intégrisme, qui est la négation de la liberté de conscience ?

Il faut savoir que « conscience » est pris dans son terme étymologique de « connaissance » à laquelle on parvient par un acte qui consiste à séparer le vrai du faux, le contingent de l’essentiel. Elle repose sur la connaissance intime des êtres et des choses à commencer par la connaissance de soi.

Ce que je viens d’énoncer est l’idéal, une telle attitude positive n’est pas à la portée de tous les hommes, ni même, hélas de tous les francs-maçons. Pourtant, en tant que loge de St. Jean, ce but, n’est pas insurmontable, lisons attentivement le IV eme évangile et appliquons le dans la vie de tous les jours. Au chapitre 14 – verset 2 : Jean cite une parole de Jésus aux Apôtres « Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père »
N’est ce pas un message de tolérance ? C’est la tradition dans sa forme ésotérique : elle est unique, mais, elle a suivi diverses voies spirituelles – L’Inde sublime le Sacrifice – Le Bouddhisme célèbre la Charité – Le Judaïsme et l’Islam prônent l’unité – - Le Taoïsme et le Zen glorifient la simplicité – Le Christianisme exalte l’Amour.

L’étude de ces différentes religions, nous montre que la Franc-maçonnerie du Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui est un des derniers dépositaires de la tradition, reprend sous une forme syncrétique toutes ces approches pour en faire un système initiatique universel. La tolérance y est inhérente, la recherche de l’harmonie et de l’équilibre permanente.

Source : www.ledifice.net

Par P\ C\ - Publié dans : Planches
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