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Lundi 7 janvier 2013 1 07 /01 /Jan /2013 09:02

Loin de vouloir faire de l'esprit dès le début de ce tracé, il convient toutefois de signaler que le mot humour est un mot d'origine anglaise, venant lui même de l'ancien français humor qui signifie humeur. En effet, on attribuait cette disposition d'esprit qu'est l'humour à l'influence des humeurs du corps (les liquides organiques). Certains sont tentés par ailleurs d'attribuer l'origine du mot humour à la racine étymologique des mots humilité et humanité qui serait humus, le bon fumier qui fait pousser toutes sortes de fleurs y compris celle du mal.

S'il est pourtant vrai que l'humour rend humble, cette vertu - car le philosophe contemporain André Comte-Sponville la compte f bien au nombre des grandes vertus de son petit traité - cette vertu est même selon moi un instrument alchimique aux merveilleuses capacités transmutatoires. Car l'humour relativise ce qu'il touche et peut transformer des situations désespérées en catastrophes acceptables, transmuter la tristesse en joie, la désillusion en comique. Louis Scutenaire (1905-1987, écrivain belge, anarchiste de la langue française) disait que l'humour est une façon de se tirer d'embarras sans se tirer d'affaire. Juste.
Avoir de l'humour c'est prendre un peu de distance mais garder les deux pieds dans la réalité. C'est une galipette mentale mais on retombe sur ses 2 pieds. L'humour est jeu, un jeu de l'esprit. D'ailleurs ne dit-on pas "faire de l'esprit" ? Sans esprit donc pas d'humour. Cela ne nous étonne guère car le rire (à l’instar de l’esprit) est le propre de l'homme.

Par ailleurs, l’humour permet, comme la tolérance, d’accepter ou de mieux accepter (une personne, une situation). Tous deux disent oui. Tous deux s’inscrivent dans le mouvement.

Dans un monde comme le nôtre, manquer d'humour c'est manquer d'humilité, c'est manquer de lucidité, de légèreté, c'est être trop plein de soi, trop dupe de soi, trop sévère ou trop agressif, c'est manquer toujours de générosité, de douceur et de miséricorde. Or qu'est donc la tolérance si ce n'est la fille de l'humilité et de la compassion... Humour et tolérance semblent donc être au moins des cousins ! La tolérance aussi est un exercice de relativité. Elle permet aussi de recadrer et de recentrer les choses. En ce sens, humour et tolérance sont tous deux des voies du milieu. L’humour, le rire a à voir avec l’absurde mais il n’est ni vraiment le sens ni le non-sens mais plutôt un passage entre les deux. La tolérance se positionne entre refus et acceptation et nécessite souvent une approche différente de celle que l’on aurait eu spontanément pour se frayer un chemin / trouver une solution.
Humour comme tolérance ne font ni dans le trop ni dans le trop peu.
Humour et tolérance demandent de l'exercice pour être efficaces.

Ceci dit, ils me semblent nécessaires dans le groupe social. Ne serait-ce que parce que les conditions de vie de nos groupes sociaux sont complexes voire difficiles. Nos conditions humaines nous obligent à l'humilité et donc à l'humour. Elles nous y condamnent presque. D'ailleurs, ne nous entendons-nous pas dire quelques fois : mieux vaut en rire qu'en pleurer ou encore la vie est déjà bien assez triste (ou dure) comme ça ?

L'humour est un art en ce sens que comme l'art, il demande une aptitude et une certaine habileté. Il en va de même pour la tolérance qui demande une certaine pratique. Humour et tolérance ont tous deux leurs règles et leurs techniques. Humour et tolérance sont des formes d'écoute et d'aide qui vont au delà des mots et s'adressent directement à nos âmes.

L'humour est une vertu en cela que bien pratiquée elle est aussi un puissant vecteur de sens. Je rejoins volontiers le dessinateur Wolinski lorsqu'il dit que l'humour est le plus court chemin d'un homme à un autre. En effet, pour faire de l'humour, il faut jouer avec des images et des mots et donc remonter au sens. Et comme tout jeu, il a son côté distrayant mais aussi ses règles. On peut rire de tout mais pas n'importe comment.

Pratiquer l'humour c'est déguiser la réalité pour mieux lui faire toucher nos coeurs et nos esprits. L'humour est un suppositoire qui ne fait son effet que quand il est à l'intérieur. L'humour est une forme d'esprit subtile.

Humour et tolérance demandent par ailleurs une certaine liberté pour être bien pratiqués. En cela ils ne peuvent être pratiqués que par des esprits avisés et expérimentés. Voilà pourquoi je les élève au rang de vertus. Celui signifie en clair que celui qui les pratique et y tend serait vertueux. Un homme de bien comme diraient les Chinois. A propos, selon la tradition orientale, trois critères permettent de distinguer le sage des autres : l'humilité, la compassion et l'humour (c-à-d. tolérance et humour). Le sourire du Bouddha en témoigne : l'homme sage ne peut se prendre trop au sérieux.

Prenons cette petite histoire du Maître Zen qui reçoit un disciple pour un entretien. Il lui sert alors le thé dans un petit bol posé sur une table basse. Il sert le thé tout en continuant à entretenir son disciple. Il sert tant et si bien que le bol déborde et le thé se répand sur la table puis goûte au sol. Le disciple n'ose interrompre le maître qui continue à servir. Puis, n'y tenant plus, il finit par dire : "Maître, arrêtez, la tasse déborde et il y a du thé partout !". Le Maître sourit et dit : "C'est juste. Vois-tu, il en va de l'esprit comme de la tasse : lorsqu'il est plein, il ne peut plus rien recevoir". Le sens de cette image est profond. Une longue théorie et quelques livres n'eurent eu que peu de force comparativement à cette image. L’humour, le cocasse, révèle le sens, met en relief des vérités, stimule les esprits et réjouis les coeurs.

Mais pour avoir de l'humour, il faut aussi rester simple, tout en étant lucide (de luce, la lumière).
Lucidité bien ordonnée commence par soi-même, il en va de même pour la simplicité.
L'humour est comme la tolérance : il doit être éclairé et pratiqué simplement.
A trop rire on finit par pleurer.
A trop tolérer on finit par nuire.

Pour bien nuancer et comprendre l'humour, il convient de le distinguer clairement de l'ironie.
Tandis que l'humour est humble car il a pour cible soi-même, l'ironie au contraire est une arme pointée sur autrui (les hommes, les femmes, les gais, les noirs, les juifs, les vieux, les FM:., les blondes et j'en passe et des meilleures). L'ironie s'inspire d'une inquiétude ou d'une insécurité mal assumée qu'il veut travestir en puissance. D'où les -ismes (sexisme, racisme, ethnocentrisme, etc...). L'ironie abaisse, blesse, accuse, condamne, méprise. C'est vrai qu'on se moque peu des riches et des puissants. L'ironie c'est rire contre.

L'humour c'est rire avec. L'humour est donc fondamentalement fraternel. Il implique une sorte d'égalité et permet de rire de soi. J'irai même jusqu'à dire que l'humour est une forme d'amour. En tous cas il n’est pas possible sans une certaine forme de sympathie. D'ailleurs les deux mots ne riment-ils par merveilleusement bien l'un avec l'autre ? Fraternité, simplicité, éclairage, mais me direz vous, c’est très maçonnique tout ça ! Eh bien oui, je crois que, entre autres, les FF\ de tous les pays cultivent l’humour (et en tous cas doivent le faire), l'humour vrai, celui qui consiste à ne pas se prendre trop au sérieux, celui qui colore la vie et illumine les visages et les cœurs.

Mes FF\, qu’il me soit permis de finir avec cette phrase de notre F :. Pierre Dac qui disait :
« A l’éternelle triple question toujours demeurée sans réponse : qui sommes-nous ? d’où venons-nous ? et où allons-nous ?, je réponds : en ce qui me concerne je suis moi, je viens de chez moi et j’y retourne ».

CITATIONS
- L'humour est le plus court chemin d'un homme à un autre. Georges Wolinski
- L'humour est une façon de se tirer d'embarras sans se tirer d'affaire. Louis Scutenaire
- La seule chose absolue, dans un monde comme le nôtre, c'est l'humour. Albert Einstein
- L'humour, c'est la politesse du é_sespoir. Chris Marker (et non Boris Vian)
- L'humour est nénarrable, solite, décis, pondérable, commensurable, tempestif, déniable et trépide. Jacques Prévert
- Qui a de l'humour déjà presque du génie. Celui qui n'est que spirituel n'a généralement même pas d'esprit. Arthur Schnitzler
- Vouloir définir l'humour, c'est déjà prendre le risque d'en manquer. Guy Bedos
- L’éternité c’est long, surtout vers la fin. Woody Allen
- Sourire de ce qu’on aime, c’est l’aimer deux fois plus.

BIBLIOGRAPHIE
- Petit traité des grandes vertus, André Compte-Sponville
- Bouquin des Citations, Claude Gagnière
- Le petit Larousse illustré, 2004

Source : www.ledifice.net

Par L\ D\ - Publié dans : Planches
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Lundi 7 janvier 2013 1 07 /01 /Jan /2013 09:00

J’ai trois ans et c’est à l’intérieur de mes trois points que je vais vous entretenir sur la tolérance. Pour réaliser cette planche, je me suis inspiré des ouvrages suivants :
- La tolérance. par Nicole Czechowski - édition Autrement.
- La tolérance. textes choisis & présentés par Julie Saada-Gendron chez Flammarion.
- Guide des idées littéraires. par Henri Benac chez Hachette.
- Causeries initiatiques pour le travail en loge d’apprentis - édition Plantagenet.

J'ai divisé ma planche en 9 parties :
1- Pourquoi j'ai choisi de vous parler de la tolérance ?
2- Qu'est-ce que la tolérance ?
3- Les définitions des différentes tolérances.
4- La tolérance de l'esprit.
5- Tolérance et intolérance.
6- Rapport entre le Pouvoir et la tolérance.
7- Quelle est la limite de la tolérance ?
8- La tolérance est-elle une vertu ?
9- Quelle est la place de la tolérance en Franc-Maçonnerie ?

1- Pourquoi j'ai choisi de vous parler de la tolérance ?

Parce que c’est le premier sentiment que j’ai ressenti, très fort, quand je suis arrivé ici, juste après mon initiation. C’était d’ailleurs assez extraordinaire la force et la puissance de ce ressenti. Ce sujet s’est en quelque sorte, imposé à moi tout de suite et je ne souhaite pas me poser plus de questions à ce propos je le vis en frère, j’en suis très heureux, c’est tout. Ce travail m’a déjà beaucoup apporté dans ma vie personnelle. Si la Franc-maçonnerie ce n’était que çà, ce serait déjà merveilleux, mais aujourd'hui, je suis sûr de n’être qu’au début de mon chemin, ….. alors ……

Quelques jours plus tard, un soir, en rentrant d’une des premières tenues, j’ai regardé la télé. il était plus de minuit plein. Sur TF1, un débat : Je me disais, l’animateur est pas terrible, les intervenants sont agressifs, le chirurgien qui parle est con …. J’ai appliqué cette vertu de la tolérance et j’ai découvert à travers les propos des personnes que j’entendais parler à la télé ……. de la souffrance. J'ai compris.

Je peux commencer mon propos par ce qui pourrait être ma conclusion :

Tolérer c’est connaître,
connaître c’est comprendre, ou compatir, (n'est-ce pas André-Marie)
comprendre c’est aimer,
aimer c’est devenir sage,
être sage c’est devenir lumière, lumière pour les autres bien-sûr ….

tout à fait au hasard de mes lectures j’ai relevé ce propos que je laisse à votre esprit de sagacité (sagacité : vivacité d’esprit) : Si quelqu’un veut pour le salut de son âme, adopter quelque dogme ou pratiquer quelque culte, il faut qu’il croit du fond de l’âme que ce dogme est vrai, qu’il lui sera agréable, et que ce culte sera accepté par Dieu ; mais aucune peine, aucune technique, ne peut le moins du monde instiller (ou faire pénétrer) dans les âmes une conviction de ce genre.
Instiller : c’est à dire faire pénétrer au goutte à goutte.

Il faut pour changer un sentiment dans les âmes, une lumière que ne peut en aucune autre façon produire le supplice des corps pour pénétrer cette âme.

Si j’ai bien compris et sans aucune prétention, n’est-ce pas le chemin de la Franc-maçonnerie ? n’est-ce pas le chemin de tout Frère, en tout cas ce midi, j’ai trois ans, et c’est mon chemin.

2- Qu ‘est-ce que la tolérance ?

D’après VOLTAIRE (1694 – 1778) c’est l’apanage de l’humanité. Nous sommes tous pétris de faiblesses et d’erreurs ; pardonnons-nous réciproquement nos sottises, c’est la première loi de la nature. L’ignorance étant universellement partagée, la tolérance doit s’exercer de chaque homme à l’égard de tous les autres.
Il se produit un " partage d’erreurs et de vérités que les hommes se distribuent ou se transmettent ou se disputent " et personne ne peut assurer que " la vérité est constamment chez lui, et l’erreur constamment chez l’autre ".

C’est respecter la liberté de conscience, sortir des cadres établis, ouvrir les " chasses gardées ", les domaines réservés, casser les habitudes de pensée quand elles conduisent au conformisme. Le pari est de rétablir l’échange.

3- Définitions des différentes tolérances :

Le mot tolérance se rattache à la racine indo-européenne tol. Tel. tla. Dont dérive tollere et tolerare. :
Tollere : signifie soulever, enlever, quelquefois détruire.
Tolerare : signifie porter, supporter parfois combattre.
Ainsi l'idée de guerre et l'idée d'effort, sous-tendent la notion de tolérance. Cela nous renvoie plutôt à une fonction de l'intellect qui nous pousse à faire un effort pour nous arracher aux dogmes des orthodoxies ( toutes doctrines officiellement enseignées par une Eglise) et à la pesanteur de l'homogène, afin de s'ouvrir à la rencontre de l'autre différent.

Le dictionnaire me dit : Tolérant: attitude de quelqu’un qui admet chez les autres des manières de penser et de vivre différentes des siennes propres.

Ensuite si je consulte une encyclopédie je peux lire qu’il y a plusieurs sortes de tolérance, on parlera de :
- Tolérance mathématique : excédant ou insuffisance par rapport à une valeur prise pour référence.
- Tolérance physique : ce lacet de 1 mètre de long en coton est fabriqué avec une tolérance de plus ou moins 1 centimètre.
- Tolérance par abandon : latitude laissée à quelqu’un d’aller dans certains cas, contre une loi ou un règlement. Par exemple : le stationnement est toléré.
- Tolérance médicale : ce médicament n’est pas bien toléré dans telle situation par tel patient, il peut y avoir rejet, il y a acceptation ou non acceptation.
- Principe de tolérance de Carnap Rudolp (Philosophe et logicien Américain du 20ème siècle) selon lequel il ne s’agit pas de formuler des interdits mais de parvenir à des conventions.
- Tolérance de l’esprit : Je suis Tolérant avec le monde qui m’entoure, avec mes proches, dans mes idées, mes opinions, avec le monde qui n’arrête pas de se faire la guerre et de s’entre-tuer, justement, et sans doute, au début à cause d’un manque de Tolérance.
- Tolérance de la nature, ou de la matière, qu' elle soit minérale ou végétale, quand je pense à cette forêt vierge par exemple où toutes sortes de plantes poussent et se tolèrent ou ne se tolèrent pas, un lierre qui envahira un grand arbre et sera capable à force de pousser, de l’étouffer, et de le faire mourir …à moins que ce ne soit lui, le grand arbre qui se laisse envahir, se laisser mourir sans réagir … pour mieux laisser le lierre se développer et vivre.
Comme c’est curieux, est-ce que ça ne veut pas dire, qu’encore une fois, c’est la nature qui nous donne l’exemple et qui nous montre.

Comme c’est curieux, tolérer ce pourrait être : laisser l'idée de l’autre vivre et laisser la nôtre mourir…ou l’inverse ?

La nature, peut même se rebeller quand ça dépasse certaines limites, quand cela devient insupportable, intolérable, ou qu'on arrive à des déséquilibres : je pense aux tremblements de terre, aux raz de marée, aux cataclysmes de tout genre.

4- Mais je m’intéresserai à la tolérance de l’esprit, c’est à dire à un autre élément que sont la terre, l’eau, l’air, le feu, ou même le sel dont parlait mon frère Louis. Le sel n’est-il pas lui même tolérant ou non tolérant , Louis nous a démontré que là aussi le sel accepte ou rejette tolère ou ne tolère pas, que cela devient inacceptable quand c’est une addition salée, pire, que cela devient insupportable, ce manque de sel dans le cerveau de la maman de Liliane avec les effets irrémédiables dont parlait mon frère Jean-Marc.

Donc la tolérance de l’esprit, (dans son acceptation philosophique !)
à quoi ça sert me direz-vous ?
A faire évoluer l’humanité vers plus d’amour, plus de paix surtout, plus de sagesse, vers la lumière.

Je me souviens de mon premier travail ici sur la pierre avec mes frères apprentis et j'aimerais y faire référence, car tout est peut-être lié en fin de compte ?

Nous parlions des éléments que sont la Terre, L’Eau, l' Air et le Feu. j’avais dit en conclusion que chacun des éléments en combinaison avec les autres formait un tout. Et je me souviens de ma conclusion : chacun des 4 éléments est conducteur vers une autre réalité que lui-même.

La tolérance me conduira-t-elle vers une autre réalité ?
aujourd’hui j’en suis convaincu : surtout depuis que je l’ai expérimentée et appliquée dans ma vie profane, mais dans un esprit de Frère qui devait m'habiter, lors d’événement personnel grave, comme le décès de mon papa où je vois des personnes qui me sont chères se faire du mal entres elles, cela m'a guidé, éclairé pour les aider à avancer dans la paix.

5- Tolérance et intolérance.

Etre Tolérant suppose qu’on en mesure les limites et qu’on évalue les obstacles.

On respecte la loi, on ne la tolère pas. On tolère les opinions d’autrui, mais on respecte sa personne, car elle est distincte de ses opinions. On peut donc respecter cette personne sans tolérer ses opinions.

Affirmation des particularismes, diversités culturelles, une condition du savoir et non plus une concession faite à l’erreur ou au vice, conserver l’idée qu’elle est avant tout un effort sur soi, dans un discours partagé.
Car il faut avoir le courage d'aller plus loin, la force de faire les efforts nécessaires et prendre le temps.

La tolérance se définit dans l’écart des pratiques et des opinions par rapport à une norme affirmée universelle. Elle est une sorte de condescendance de la vérité pour l’erreur et ne dure qu’autant que cette erreur ne peut être résorbée. On peut du même coup lui assigner une limite. Notamment l’intolérance :

Mais qu’est-ce que l’intolérance ?

L’intolérance est partout et elle présente mille visages.
Nous tolérons la misère, l’exclusion, les sans-abri, l’ordre moral, le racisme même pour peu qu’il sache se cacher sous une apparence de bienséance. Que ne tolérons nous pas à la longue, à quoi ne finissons nous pas à nous habituer ? Lâcheté, permissivité molle, paresse, mépris, indifférence … Il faudrait retourner le problème du côté de ce verbe qui n’existe pas intolérer : qu’est-ce que l’intolérable ? ce qui provoque un refus et une insurrection. Contre un état de fait, un comportement, des idées, une injustice et qui dans le même mouvement traduit une souffrance à partir d’un certain seuil de tolérance ...

A voir les ligues nationalistes et antisémites, les attaques dans les années 1880 contre les ouvriers Italiens venus travailler en France dans le bâtiment, puis les Polonais dans les années 1950 venus travailler dans les mines de charbons, puis plus proche de nous les Nord-Africains que j’ai vu arriver, étant enfant, dans le Nord de la France.
Intolérable ! ces joueurs de Foot étrangers dans les équipes nationales et pourtant qu’est-ce qu’on est tolérant quand ils deviennent champion du monde et que la souffrance disparaît, n’existe plus et fait place à la joie et à l’amour d’un peuple éperdu de reconnaissance. Où est la limite entre tolérance et intolérance : au seuil de la souffrance je pense.

Mon frère Max, Comment parler de la tolérance ou de l’intolérance dans le monde, sans évoquer l’expérience tragique des juifs dans les pays de l’exil. Qui trois ans après la shoah confirmait la voie à prendre : indépendance politique pour les juifs, égalité civile et politique pour les minorités et respect de leur personnalité culturelle.

Compte tenu de notre histoire en diaspora, ( dispersion des juifs au cours des siècles – dispersion d’une ethnie quelconque – Tsigane ) , on comprend que la tolérance ou l'intolérance prenne en Israël une signification toute particulière.

Comment ne pas penser également de cette autre collectivité l' Afrique du Sud qui elle aussi, a tant souffert et souffre encore de l’intolérance à cause de l'apartheid.

Pour aller au delà de ce que je qualifierai " d’un respect distancié " entre deux réalités sociales, il faut un élément transcendant : la souffrance, la connaissance, et l’amour. Car d'ailleurs la volonté politique seule ne suffit pas à faire disparaître l'intolérance, on a besoin de ces éléments transcendants. Par exemple c’est aussi à l’hôpital, ou à l’université et surtout dans l’intimité d’un couple que quelque chose se construit dans une certaine proximité, connaissance, et un amour.

J'ai parlé de volonté politique:

6- Quel est le rapport entre le Pouvoir et la tolérance ?

L'intérêt d'un Etat (ou d'une petite commune par exemple) est de tenir à l’unité de religion et sous le couvert de la religion à obliger tout le monde à penser comme eux.
IL est possible de fonder la tolérance sur des dispositifs institutionnels, juridiques et politiques.
L’histoire nous montre bien aussi que le pouvoir tolère de ses administrés certains comportements ou habitudes. Le point commun de ces relations du pouvoir et de la tolérance est le caractère précaire, fugace, révocable, fongible de la tolérance .
( Fongible : qui se consomme par l’usage et peut être remplacé par d’autres choses identiques.)
Et cela garantit à un pouvoir quelqu'il soit, l’exercice d’un lien social. Allons encore plus loin, une tolérance qui se répète, se généralise devient la loi. C’est une source du droit que nulle constitution n’a prévue et pourtant, notre histoire juridique est ponctuée par ces luttes entre le flou et l’énoncé.

Avec le monopole de la loi s’est donc érigé le monopole public de la tolérance et depuis nous sommes en négociation permanente avec les détenteurs de la loi. De l’automobiliste au voleur de grands magasins en passant par les fraudeurs fiscaux la permanence de négociation s’est établie. Cette tolérance révèle une tolérance de maître à dominé.

Mais attention ne confondons pas, cela ne veut pas dire que celui qui tolère est supérieur, c'est faut. Il ne peut y avoir que réciprocité d'idées et personne ne détient LA vérité.

Là ou il y a différence, différence qu’aucun projet unitaire ne veut ou ne peut éliminer, un code de bonne conduite se constitue, que l’on nomme tolérance.

Par contre, que faire contre ceux qui érigent sciemment l’intolérance en politique ?
Et que faire contre cette intolérance vis à vis des idées qui s’aggrave dans le cas de la discrimination entre les personnes.

Prenons garde à l'énervement des passions opéré par les médias, la simplification outrancière des arguments pour mieux se faire entendre, et qui chassent la tolérance en ce qu’elle suppose de nuances, de dialogue. La complexité n’est qu’un alibi pour des intellectuels velléitaires. Le simplisme exige toujours des solutions immédiates, montrables, aisément reproductibles.
A ce sujet, depuis quelques temps, l’idée de médiation a surgi dans le social par exemple, et de cette relation humaine , restitue à chacun sa complexité et autorise une tolérance vraie, car négociée, reconnue par les individus, librement décrétée.
L’enjeu est celui là pour sortir d’une tolérance – bordel, d’une tolérance dérèglement, d’une tolérance cache-misère pour entrer dans une tolérance de dialogue.

1791 Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
art 11 : la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

7- Quelles sont donc les limites de la tolérance ?

Je l'ai dit précédemment la limite de la tolérance et de l'intolérance : c'est le seuil de la souffrance.

Attention également car une tolérance absolue peut aussi aboutir à la confusion ou à l'indifférentisme …

On peut également dire : La tolérance c'est le relativisme culturel, c'est à dire que toutes les cultures se valent. Problème : est-ce qu' au nom de la tolérance et du relativisme culturel (qui est donc que toutes les cultures se valent) on peut justifier des atteintes aux droits de l'Homme tel que l'excision par exemple.
Par contre, l'Ethnocentrisme c'est l'intolérance. C'est à dire juger la culture des autres en fonction de sa propre culture.

8- La tolérance est-elle une vertu ?

La tolérance n’a plus le même sens : elle devient le principe ou la règle pratique que l’on se donne dans un certain rapport à autrui, et plus précisément à autrui en tant qu'indiffère ou s’oppose à mes propres convictions. Qui tolère peut y trouver un bénéfice. La tolérance peut s’offrir, comme un idéal de vie en commun dont la forme exemplaire serait le dialogue, discours partagé qui nous engage à " accueillir l’étranger ".

Helvétius (philosophe Français du 18ème) fonde la liberté d’expression sur l’utilité publique : elle est un facteur de promotion de la vérité, éclairant les individus et rendant possible le progrès commun.

En matière de religion, cependant, on ne sait ni quelle est la vrai religion, ni qui est habilité à la reconnaître comme telle. Chacun est donc tenu de suivre la religion que lui indique sa conscience.
Le seul critère de vérité devient la sincérité et la tolérance avec laquelle la pratique ses membres. Voltaire le reprendra à sa manière en affirmant, dans l’article tolérance : « Que nous sommes tous pétris de faiblesses et d’erreurs » invitant à nous pardonner réciproquement nos sottises.

La tolérance repose moins sur un ensemble de devoirs énoncés par la conscience au titre d’une morale naturelle, que sur un constat d’ignorance ; dont on déduit la nécessité de reconnaître un droit à la pluralité en matière d’opinions. Cette tolérance fait prévaloir la question de la liberté sur celle de la vérité, et celle de la pratique morale sur le dogmatique.

En tout cas il paraît évident que la réponse se joue sur le plan des idées. Dans un certain sens la tolérance serait une vertu intellectuelle.
Dans cette conception, la tolérance est affaire de réciprocité ; La tolérance est mutuelle ou elle n’est pas, elle doit être tenue pour une obligation morale, un compromis utilitaire.

Il faut souligner qu'il y a une bonne et une mauvaise tolérance. La mauvaise est celle qui vient de l'indifférence à l'égard d'une vérité ou d'une hiérarchie entre les vérités, tandis que la bonne tolérance est le fait de pouvoir écouter les idées d'autrui bien qu'on ne soit pas d'accord et justement d'en discuter.
La tolérance est une véritable vertu morale et ce n'est pas simplement une indulgence pour faciliter la convivialité des hommes entre eux.
La tolérance n’est associée à l’indulgence que parce qu’elle est réciproque, n’introduisant aucun rapport de domination entre celui qui tolère et celui qui est toléré.

La tolérance apparaît comme une donnée incontestable de l’horizon intellectuel, politique et juridique du libéralisme. Pour l'homme c’est la Liberté de croyance, d’opinions, d’expression, inaliénable de se déterminer par lui-même.

Nous avons consacré à la face du monde ce propos : Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
La tolérance est un espace de Liberté, d'Egalité, de Fraternité.

La tolérance cesse également, ainsi, d’être seulement un problème de morale et de politique pour devenir une position théorique et même une des conditions du savoir. Elle suppose une séparation des savoirs sans permettre à aucun d’exercer une hégémonie, une suprématie. La science par exemple dit David Hume (philosophe du 18ème) ne pouvait naître que dans un pays de tolérance et de liberté.

Liberté de pensée, liberté intérieure de conscience, ou d’opinions dont la forme extérieure est le droit à l’expression publique. Liberté de satisfaire nos goûts de choisir les intérêts que nous poursuivons et de conduire notre vie comme nous l’entendons.
La liberté d’expression a aussi une fonction de vertu : elle permet aux hommes de développer leur entendement par une confrontation des opinions.

Pierre Bayle (philosophe du 17ème) nous fait remarquer que chacun peut reconnaître en l’autre la sincérité de ses convictions, même si la vérité qu’il soutient diffère de la nôtre. Le devoir d’obéissance à sa propre conscience fonde ainsi le droit à la liberté religieuse, droit qui n’a de sens que s’il est réciproque. Ce qui hélas, n’est pas le cas aujourd’hui dans certaines religions ou plus exactement et plus précisément avec certains extrémistes qui ne tolèrent pas les autres religions …..
Cependant, Bayle ajoute " La persévérance dans l’erreur est en réalité une fidélité à sa conscience en tant qu’elle est le signe d’une détermination invincible et insecouable vers la vérité ".

Voltaire tire les leçons de l’histoire et nous invite à la tolérance dans son fameux traité sur le sujet. L’hérésie est naturelle parce qu’elle tient à la nature bornée de notre esprit. Elle appelle à la tolérance. En revanche, le fanatisme dégénère en maladie parce qu’il consiste à prendre son opinion pour vérité unique, et à saisir les armes pour le défendre. L’intérêt des nations exige la tolérance. Nous devons mutuellement nous pardonner nos erreurs ; la discorde est le grand mal du genre humain, et la tolérance en est le seul remède.

La tolérance est une vertu humaine et une vertu sociale.

9- Quelle est place de la tolérance en Franc-Maçonnerie ?

Je l’ai dit, c’est la première des choses que j’ai très vite ressenti en venant ici : une immense tolérance, une grande écoute et un amour.
Pour l'apprenti que je suis, être tolérant c’est d’abord s’accepter soi-même, ensuite c’est accepter l’autre, c’est découvrir un autre monde et par voie de conséquence c’est progresser dans l’humanité.
Quand la tolérance s'installe, le dialogue s'ouvre, l'ignorance recule, la connaissance avance.
Lessing écrivain Allemand du 18ème et Franc-Maçon, soutient un idéal de fraternité universelle par delà les divisions religieuses, nationales ou sociales, évoquant l’idéal maçonnique de fraternité et d’universalité qui conditionne la pratique de la tolérance.

Extraits du livre de Plantagenet " Causeries initiatiques pour le travail en loge d’apprentis "
Page 27, je cite :
"un Maçon dans quelque endroit ou dans quelque circonstance que ce soit se doit à lui-même de ne pratiquer que la tolérance, de ne priser que la vertu et de ne respecter que l’intelligence et le talent".

Page 118, je cite encore :
"la loi du maçon : pondération, tolérance, fraternité."

Un peu plus loin je lis : "faire taire ses passions et oublier jusqu'à ses intérêts personnels, il se met à l’ordre. Il n’est plus un homme. Son geste l’a purifié, le cours de ses pensées s’est modifié, il n’est plus que solidarité, fraternité et amour."

Mais revenons à la question posée : qu’est-ce qu'être tolérant ?
C’est d’abord être tolérant avec soi-même c’est savoir que l’on a des opinions, des avis, des idées propres à soi et quelquefois, pour ne pas dire le plus souvent, des idées différentes des autres. Cela peut poser un problème personnel un cas de conscience dirons-nous si quelqu’un n’est pas suffisamment tolérant avec ses propres idées. C’est la première des tolérances.

Ensuite c’est d’être tolérant avec l’autre, pas toujours facile dans la vie, dans le monde, pas toujours admis par les états, les gouvernements, les ethnies, les partis, les lobbys, les corporatismes, les groupes en tous genre ……

Et pourtant c’est la seule façon de permettre d’abord à l’autre d’être lui-même, de lui accorder le droit à la liberté de conscience, de lui donner la possibilité de vous apporter quelque chose de différent, de vous enrichir, de vous donner une idée de plus , autre, qui puisse vous faire évoluer, … grandir.

Je me souviens de cet axiome : quand deux hommes se rencontrent et qu’ils échangent
1 franc, ils repartent riches d’un franc chacun, mais quand deux hommes se rencontrent et qu’ils échangent 1 idée, ils repartent riches de deux idées chacun.

Donc être tolérant avec l’autre c’est l’accepter comme il est, c’est lui permettre de le laisser s’exprimer complètement, profondément, même et surtout si on n’est pas d’accord avec ses idées, c’est mieux l’observer, mieux le laisser vivre, lui donner ou mieux je dirais : lui offrir la possibilité d’évoluer ….. à lui aussi, comme à nous d’ailleurs, bref c’est mieux le comprendre, c’est l’aimer donc.

Pour terminer mon propos :
Permettez moi de vous rapporter une deux réflexions personnelles et ensuite de vous proposer deux citations de GANDHI.

Réflexion personnelle :
- Comment combattre l’intolérance ? par encore plus de tolérance.
- Il n’y a qu’une seule arme invincible contre l’intolérance, c’est l'Amour, mais ce n’est pas une arme dont tout le monde dispose, ni dont on puisse user à l ‘égard de tous.

GANDHI. Je vous donne deux citations, la première :
<- Ma religion n’est pas une religion de prison. Elle offre une place aux plus déshéritées des créatures de Dieu. Mais elle est à l'épreuve de l’insolence, de l’orgueil de race, de religion ou de couleur. Je ne crois pas qu’il puisse y avoir sur terre une seule religion. C’est pourquoi je m’efforce de découvrir ce qu’elles ont en commun et de prêcher la tolérance mutuelle.

Deuxième citation
- La règle d’or de la conduite c'est la tolérance mutuelle, car nous ne pensons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité et sous des angles différents.

Je ne puis résister, en tant que Maître des colonnes d’harmonies au plaisir, de vous faire écouter un morceau de musique de 4 minutes environ, qui pour moi symbolise la tolérance.
Ce morceau je le décompose (bien-sûr) en 3 parties :
- 1ère partie jusque 1 mn 40 : des violons nous bercent et nous balancent dans une douceur de l’esprit, tout semble bien dans le meilleur des mondes. C’est le bonheur, c’est l'équilibre, c'est l’amour.
- Vers 1 mn 40 environ, la 2ème partie : une dissonance brutale, casse le rythme, met le trouble, nous perturbe. C’est la chose étrangère, l'autre idée, l'inacceptable.
vers 2 mn 40 : Le rythme se calme, un violon réfléchit seul, tolérant il fait la part des choses. L’humanité progresse et se redéveloppe par l'intermédiaire de la harpe qui relance un violon.
- Violon, vite accompagné par les autres violons dans la 3ème partie vers 3 mn 20 pour repartir dans une mélodie avec un bercement plus assuré et renforcé par ce nouvel apport, et pour terminer dans les toutes deux dernières secondes par un envol pour vers …plus loin et plus haut.
Musique : "Fantaisie sur Greensleeves" de Ralph Vaughan Williams (compositeur Anglais fin 19ème début 20ème)

Vénérable Maître, j'ai dit.
source :
www.ledifice.net

Par M.T - Publié dans : Planches
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Samedi 5 janvier 2013 6 05 /01 /Jan /2013 09:25

La Tradition de la Grande Loge de France fête le solstice d'hiver et Saint Jean l'Evangéliste comme d'ailleurs elle célèbre le solstice d'été et Saint Jean Baptiste.

A cette occasion de la Saint Jean d'hiver, je présenterai quelques réflexions sur l'Evangile de Jean et plus précisément sur les cinq premiers versets de son Prologue.

Il s'agit là d'éclairer et de donner sens à la référence à la Bible que fait la Maçonnerie traditionnelle française. Tout d'abord l'Evangile de Jean. Ce quatrième Evangile, quatrième Evangile car il n'a pas pu par l'originalité de sa parole et l'intériorité de son discours pren­dre place dans l'ensemble des Synoptiques. Cet Evangile a nourri les traditions ésotériques, qu'elles soient sérieuses ou qu'elles soient plus farfelues, au sens que Malraux conférait à ce terme en faisant signe au Gargantua de Rabelais. Il faut aussi dire qu'il s'agit de l'Evangile de Lumière, de l'Evangile d'Amour. Aussi ce texte constitue-t-il un des éléments fondamentaux de la Tradition occi­dentale. Cependant d'autres textes bibliques sont l'objet d'une lec­ture privilégiée en Maçonnerie et plus particulièrement à la Grande Loge de France. La Génèse, certes, mais aussi et peut-être surtout le Livre des Rois avec le récit de la construction du Temple de Salomon. Sans doute en passant de l'hébreu au grec, de la Thora à l'Evangile des tournants culturels s'accomplissent. Mais si certains s'efforcent de déceler dans ces tournants des ruptures voire des bri­sures, le Maçon y entend bien plutôt l'écho d'une parole d'unité mais non d'uniformité. Une parole de création, une parole poétique au sens où la poésie est création, une parole qui dit et porte à la pré­sence les multiples visages du sensible en leur harmonie. Aussi écoutons-nous ces paroles poétiques comme celles de la création spirituelle, comme celles de l'esprit comme vertu de création, vertu qui fonde en nous notre humanité et que, plus qu'un autre, le Maçon s'est donné la tâche de développer et de faire rayonner.

Cette création, cette construction que nous faisons nôtre est tout aussi spirituelle que matérielle. Elle est celle tout autant du Temple de pierres que celle d'une Jérusalem céleste. S'il est vrai qu'à l'écoute des textes bibliques on ne peut entendre tout à fait la même chose dans l'Hébreu de la Genèse qui dit "au commencement Dieu créa la Terre et le Ciel", et dans le grec de Jean qui dit "au com­mencement était le Verbe", il n'y a pas pour autant de discordance mais bien plutôt une symphonie de deux paroles. Certes les proces­sus de création décrits dans la Genèse et dans les autres livres de la Thora sont empruntés à des techniques : aux techniques du potier, aux techniques du sculpteur, au point que les Proverbes font dire à la Sagesse qu'elle est auprès de Dieu comme Architecte.

Nous pouvons ainsi y dételer l'éloge du travail opératif qui donne forme et esprit à une matière. L'introduction par Jean du grec "Logos" renouvelle et modifie quelque peu la conception de la créa­tion. Le modèle n'est plus technicien mais verbal. C'est la parole qui, immédiatement, dès son énonciation inscrit dans le réel ce qu'elle nomme. Le mot crée le réel. Nous y sentons l'influence du rationalisme et de l'idéalisme grecs. La Franc-Maçonnerie initiati­que, symbolique et traditionnelle telle du moins qu'elle se pratique à la Grande Loge de France se plaît à faire résonner ensemble ces deux paroles, ces deux paroles de création afin d'affirmer sa voca­tion créatrice, sa vocation tant opérative que spéculative : vocation spéculative au sens où la vraie spéculation ou la vraie connaissance est une opération de l'esprit et aussi au sens où toute opération manuelle est la manifestation d'une spéculation de l'âme. Aussi la Franc-Maçonnerie est-elle l'exercice de la raison et de l'esprit pour construire les hommes, pierres d'un Temple qui n'est point fait de pierres mortes mais d'un Temple aux pierres vives pour reprendre une fois encore une expression de Rabelais.

C'est pour cela que la Grande Loge de France se définit elle-même dès le premier chapitre de ses Constitutions comme un Ordre initiatique, traditionnel et universel, fondé sur la Fraternité. constitue une alliance d'hommes libres et de bonnes meurs„ de toutes races, de toutes nationalités et de toutes croyances. La Franc-Maçonnerie a donc pour but le perfectionnement de l'huma­nité. A cet effet les Francs-Maçons travaillent à l'amélioration constante de la condition humaine tant sur le plan spirituel et intel­lectuel que sur le plan du bien-être matériel.

Il s'agit là d'un double pari. D'un pari sur le sens et d'un pari sur l'homme. Un pari sur le sens est un pari sur la transcendance qui donne sens aux mots, aux actes et aux choses. Aussi si les Francs- Maçons pratiquent des rites, c'est pour manifester concrètement dans leurs paroles, actes et comportements que contrairement à la routine et à l'habitude profanes, ils cherchent à faire signe verres le sens. C'est pourquoi la Grande Loge de France travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers. Le Grand Architecte de l'Univers est pour nous un symbole librement interprétable qui ne serait être renfermé ou réduit dans une définition, que ce soit Dieu, l'Huma­nité ou toute autre tentative de définition qui affirme la transcen­dance sans pour autant en exclure aucune.

Ce premier pari sur le sens et la transcendance en appelle un second sur la dignité et la liberté de l'homme. L'initiation ou plus prosaï­quement et plus approximativement la libre recherche, le penser libre, qui ne serait se confondre avec la simple libre pensée avec ses connotations restrictives d'aujourd'hui, implique un sujet libre et digne qui choisit librement et dignement de s'engager dans la 'voie de la recherche sur le chemin de la pensée dans une quête initiati­que. Aussi parce qu'elle est un Ordre symbolique et traditionnel, la Grande Loge de France ne peut qu'être entièrement et intimement attachée aux Droits de l'Homme. Elle refuse ainsi toute pseudo philosophie et toute idéologie de l'exclusion puisqu'elle se dé: finit comme un centre d'union des hommes en leur diversité.

Mais revenons quelques instants encore à la référence qui est faite à la Bible, du moins au sein de la Grande Loge de France. La Bible y est désignée comme le Livre de la Loi Sacrée. Le Livre qui à la fois fait signe vers la transcendance et appelle à une libre interprétation de son texte. La Bible, Thora et Nouveau Testament, Livre des Rois ou Evangiles, n'a donc pas dans les Loges le sens du livre de la révélation, même s'il y a des Maçons qui en leur conscience et en leur foi, le reçoivent aussi comme tel. Elle est Volume de la Loi Sacrée. Par l'ouverture de ce Volume on rappelle qu'il ne serait y avoir de progrès sur le chemin de la connaissance sans progrès dans le champ de l'éthique. Si précédemment le pari sur le sens et l'invo­cation au Grand Architecte de l'Univers fondait le pari sur la liberté et la dignité de l'homme, il faut maintenant dire que le pari sur l'homme, sur sa dignité, sur sa liberté fonde en retour la possi­bilité d'un pari sur le sens. C'est bien parce que l'homme est capable de rompre avec la sphère de la volonté de puissance pour celle de l'amour et de la fraternité qu'il peut parier sur le sens et la transcendance. L'une des originalités de la démarche maçonnique c'est que l'exigence éthique précède et conditionne l'ouverture à la connaissance. Ainsi la Bible à la Grande Loge de France comme Volume de la Loi Sacrée est Livre de la Tolérance ; celui au sein duquel Bayle puisait des exemples pour défendre la liberté de conscience ; celui que Spinoza lisait et soumettait à la critique his­torique et à l'exégèse rationnelle pour y trouver argument de la nécessaire liberté de penser. Ainsi la Franc-Maçonnerie telle que la conçoit la Grande Loge de France s'engage sur ce double pari, sur ce pari sur le sens et ce pari sur l'homme : elle invoque le Grand Architecte de l'Univers et affirme en même temps la dignité, la liberté et les droits de l'homme.

Elle assure ainsi le passage pour chaque homme à la libre recherche sans jamais nier les enracinements personnels, culturels ou religieux de chacun de ses membres. Elle assure la liberté de pensée qui est plus que la simple liberté de conscience. La liberté de conscience est tolérance négative, celle qui tolère l'erreur supposée chez l'autre qui ne fait qu'accepter son errance. La liberté de pensée est une tolérance positive, celle qui transforme l'errance en quête, qui affirme la nécessité de la pluralité des chemins de cette quête afin que règne la fraternité entre les hommes.

Source : www.ledifice.net

Par PVI - Publié dans : Planches
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Samedi 5 janvier 2013 6 05 /01 /Jan /2013 09:03

 Le poète est mort !
Il n'y a pas de bel âge pour mourir, mais enfin... il avait cent ans !
Il était assis là tranquillement sur un banc, et il avait l'air plutôt content, à contempler les arbres du jardin public et écouter les oiseaux.
Il pensait en lui-même :
« J'ai cent ans et j'suis bien content J'suis assis sur un banc Et je regarde mes contemporains... »
Mais comme le jardin public était, à cette heure-là, vide de promeneurs et de passants, il ajouta, désabusé :
« C'est dire si j'contemple rien ». Apparemment, le poète mourût content, mais les choses n'étaient pas si simples dans sa tête de poète.A défaut d'avoir pu entrer à l'Académie, il accéda directement au para­dis. Le paradis était un peu comme il l'avait imaginé et lui rappelait le petit square où, enfant, il jouait avec ses copains, à ce détail près que tous les bancs étaient occupés par des vieillards. Il choisit une place libre, et s'assit à côté du philosophe. Le philosophe, lui, était académicien. Mais il était mort bien longtemps auparavant. Il avait trois cents ans. Il commencèrent à bavarder. L'époque était bien choisie pour cette conversation, au moment où se fête, en France et partout dans le monde, le bi-centenaire de la Révolution française. Le philosophe n'avait pas connu la révolution. Il était mort 10 ans avant. Mais tout le monde s'accorde à reconnaître qu'il y avait puissamment contribué par ses écrits et ses engagements, tout au long du siècle. Ses écrits et ses engagements allaient d'ailleurs de paire : c'était un philo­sophe « engagé », comme on le dit des chanteurs, engagé par ses mots, engagé par ses actions. Les mots et les actions du philosophe avaient servi son long combat contre l'intolérance. Tout au long de sa vie, il n'eût de cesse de lutter con­tre l'intolérance, religieuse principalement, et de tenter, parfois avec suc­cès, de réhabiliter ceux qui en furent victimes. La révolution connût bien entendu ses excès, et fût un modèle d'intolé­rance, mais comme le disait Lalande, dans un discours maçonnique pro­noncé dans sa Loge, celle-là même qui quelques années auparavant avait accueilli notre philosophe en son sein : «Le malheur de notre condition est d'aller au-delà du terme ; ce sont les lois du mouvement qui nous entraînent ; et nous devons oublier les excès qui sont dans la nature » Le philosophe pouvait donc légitimement se satisfaire d'une révolution qui, en prenant pour devise les mots de « Liberté Egalité Fraternité» et en proclamant que «tous les hommes naissent libres et égaux en droit » avaient définitivement tordu le cou à l'intolérance. Ce n'était pas tellement l'avis du poète qui était plutôt du genre à penser que les Bastilles étaient encore à prendre. Ils avaient l'éternité pour en débattre.

Tolérance religieuse, civile, philosophique

A l'origine, le concept de tolérance est strictement religieux. A l'origine, c'est cependant fort tard, puisque le terme, même si on le trouve chez Montaigne, est inusité avant le XVIIème siècle, et c'est au XVII lème, qu'on en débat surtout. De même bien sûr son contraire l'intolérance et les adjectifs qui s'y rap­portent, à l'un comme à l'autre. On conçoit que sans dogme religieux il n'y ait pas lieu d'être tolérant ou intolérant. Or, les dogmes religieux ne naissent pas avec les Eglises. Ils naissent plus tard, beaucoup plus tard. Au fur et à mesure de la montée des dogmes, les concepts de tolérance et d'intolérance se génèrent spontanément. Simultanément, le mot tolérance est utilisé, plus communément cette fois dans deux domaines bien particu­liers. Le premier est le domaine monétaire. La tolérance, c'est la petite diffé­rence de poids de métal précieux, admise pour qu'une pièce de monnaie conserve sa valeur. Le second est le domaine médical. La tolérance, c'est la limite de l'accep­tation par l'organisme d'un médicament. On le voit : la tolérance, c'est affaire de petite dose. Point trop n'en faut ! Si on tolère un trop grand écart par rapport au poids d'or ou d'argent fixé pour donner sa valeur à une pièce, celle-ci n'en a plus aucune. Ecart en moins, cela va de soi. Si l'on administre une potion en ne veillant point au respect de la dose, on risque, par effet pervers, la mort du patient au lieu de sa guérison. Ecart en plus, bien entendu. Ecart en plus ou en moins, l'essentiel est de savoir garder la mesure. Au demeurant, la juste attitude est le strict respect de la norme, et tout écart est mal considéré : néfaste, préjudiciable et dangereux. En matière religieuse, tolérance est rendu synonyme d'indulgence. Les doc­teurs de la loi se contraignent à accepter, bon gré mal gré, quelques écarts d'interprétation par rapport aux dogmes de l'Eglise. Bossuet parle de «condescendance, touchant certains points qui ne sont pas regardés comme essentiels ». Les limites sont fixées. Là encore, la tolérance religieuse s'administre à petites doses puisque les Eglises ont le pouvoir de fixer le dogme, d'en autoriser l'interprétation dans le cadre qu'elles déterminent elles-mêmes, et, par voie de consé­quence, de qualifier d'hérétiques tous ceux qui dépasseront la limite. Dans l'affaire de la monnaie ou des médicaments, il faut un instrument de mesure : c'est la balance. De même les Eglises se doteront de la leur : les tribunaux écclésiastiques, dont la tâche sera de distinguer le pêcheur, cou­pable du grand écart, du paroissien, qui sait se cantonner dans les bonnes limites. Ainsi la tolérance justifie paradoxalement l'inquisition. Merci, mon Dieu ! Aux XVIIème et XVIIIème siècles, l'importance du débat religieux et ses énormes conséquences politiques, alimenteront en permanence le débat sur la tolérance. Catholique, doit-on ou non tolérer la réforme ? Protestant, doit-on ou non accepter la dissidence ? Le monde religieux se divise donc en deux parties, elles-mêmes subdivisées en deux autres parties, et ainsi de suite, selon le critère de l'acceptation ou du refus de la différence de pensée, à l'intérieur de normes très étroites. Cette pagaille nécessite que d'importants moyens soient mis en oeuvre, par les Eglises et les Etats, pour que les sanctions soient appliquées à grande échelle : législations restrictives, massacres organisés, guerres de religion. Ainsi, la tolérance justifie, paradoxalement les persécutions. Bayle et Bossuet seront, chacun dans leur camp, les deux grands anima­teurs de ce débat religieux. Bayle, en préconisant la plus grande liberté de conscience, Bossuet, en fixant les limites de cette liberté, ont l'un et l'autre utilisé et discuté le concept de tolérance civile. Si leurs opinions sont non seulement divergentes mais opposées, ils s'accordent au moins sur une définition commune de la tolérance civile, qui est la permission accordée de pratiquer d'autres cultes que le culte permis par l'Etat. La tolérance est octroyée par une autorité, non plus religieuse exclusive­ment, mais civile, le pouvoir d'Etat, qui, en fixant la norme, s'autorise à condamner ceux qui la transgressent. Pour défendre les principes de Liberté auxquels ils adhéraient, et, au minimum, pour protéger des vies humaines menacées, les philosophes du siècle des Lumières élargiront le concept à celui de tolérance philosophique. C'est, pour eux, l'admission du principe qui oblige à ne pas persécuter ceux qui pensent différemment en matière religieuse. La religion reste au coeur du débat, mais la tolérance n'est plus considérée seulement sous l'oeil du pouvoir qui légifère. La tolérance se conçoit désormais comme l'acceptation de la liberté de pensée. La tolérance devient alors une idée révolutionnaire. La tolérance n'est plus affaire de petite dose, mais un principe absolu, global, total, le corollaire des droits fondamentaux qui s'attachent à la personne humaine. Et quelques années plus tard, Mirabeau pourra dire : «Je ne viens pas prêcher la tolérance ; la liberté la plus illimitée de religion est, à mes yeux, un droit si sacré, que le mot tolérance qui voudrait l'exprimer me paraît, en quelque sorte, tyrannique lui-même, puisque l'autorité qui tolère pourrait ne pas tolérer ». Notre vieux philosophe avait appartenu au siècle des Lumières et, l'intolé­rance, il en avait été la victime. Mais jamais il n'avait baissé les bras, considérant : « Un jour tout sera bien, voilà notre espérance, Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion » Cette maxime, d'un raisonnable optimisme, l'avait constamment accom­pagné et lui avait donné quelque courage lorsque la tournure des événe­ments lui paraissait défavorable. Et puis notre philosophe croyait résolument en l'avenir de l'homme, même s'il se doutait bien que les choses iraient lentement. Il expliqua au poète, qui l'écoutait d'un air dubitatif : «Il y aura toujours des barbares et des fourbes qui fomenteront l'into­lérance, mais ils ne l'avoueront pas, et c'est avoir gagné beaucoup». Ce n'était pas l'avis du poète peu prompt à se réjouir d'une si petite vic­toire. Il voyait bien lui que la barbarie, individuelle ou collective, sponta­née ou organisée, avait le plus souvent triomphé sur la tolérance. Elle avait même été érigée en doctrines politiques ou religieuses. A l'optimisme du philosophe, il opposait son désespoir :  « Mort l'enfant qui vivait en moi, qui voyait en ce monde-là un jardin, une rivière
et des hommes plutôt frères, Le jardin est une jungle les hommes sont devenus dingues ».

Tolérance politique et tolérance morale

La montée des intégrismes, en Orient comme en Occident, a réactualisé le caractère religieux du débat sur la tolérance. Il n'empêche que, depuis la Révolution, le concept a perdu sa spécificité religieuse, au profit d'une acception beaucoup plus large, beaucoup plus globale, beaucoup plus politique. Le champ de la tolérance recouvre le domaine des opinions, en général, ce que Diderot avait pressenti en écrivant : «il y a dans les choses de goût, ainsi que dans les choses religieuses, une espèce d'intolérance que je blâme ». Comme le dit la sagesse populaire : «les goûts et les couleurs, ça ne se dis­cute pas », proverbe qui exprime bien l'idée que chacun a droit à son opi­nion et que toute opinion est respectable, et même tellement respectable qu'elle n'a pas besoin d'être discutée. Du coup, la tolérance est devenu un concept essentiellement politique. La tolérance politique est l'acceptation du pluralisme dans la conduite des affaires de l'Etat. Elle suppose et implique la démocratie et la laïcité. Elle s'oppose au totalitarisme et aux extrémismes. La tolérance étant politi­que, pleinement et totalement politique. Elle est donc au coeur de tous les débats avec ses partisans et ses adversaires. Ses adversaires la condamnent et la caricaturent. Ils la condamnent essentiellement au motif que la tolérance favorise la genèse et l'expression des pluralismes et en conséquence détruit la cohé­sion politique et sociale de la nation. Ils la caricaturent en associant systématiquement la tolérance à la fai­blesse de comportement, ou, pour parler comme nos hommes politiques, au laxisme, mot qui en remplace un autre, moins usité, le tolérantisme. C'est Beaumarchais, qui, avec humour, fait dire à l'un de ses personna­ges, aussi réactionnaire qu'odieux :«Qu'a-t-il produit (ce siècle) pour qu'on le loue ? Des sottises de toutes espèces : la liberté de penser, l'attraction, l'électricité, le tolérantisme, l'inoculation, le quinquina, l'Encyclopédie et les drames ». Au laxisme des partisans de la tolérance, les tenants de la fermeté oppo­sent ces valeurs, d'autant plus sûres qu'immuables, que sont l'ordre, la fermeté, l'intransigeance. Chacune de ces valeurs s'exprime naturelle­ment par rapport à des situations et des conduites pré-établies : l'ordre sera celui du système en place, ou système de référence, la fermeté quali­fiera la manière de conduire les affaires de la cité, l'intransigeance concer­nera la façon de réprimer les écarts, toutes situations et conduites émi­nemment politiques, au sens large du terme. Les partisans de la tolérance rétorquent plutôt en termes de morale. Car la justification de leur pensée réside d'abord dans une conception et une appréciation positive de l'homme. La tolérance morale c'est une façon de concevoir les rapports entre les hommes, sur la base d'un respect absolu des consciences, des idées, des caractères et des personnalités. Elle est indissociable non seulement de la foi en l'homme et en ses qualités, mais aussi de l'idée de sa constante per­fectibilité. Les tolérants ne peuvent pas répondre à leurs adversaires sur le plan idéo­logique ou politique. Il serait en effet paradoxal qu'il existât une idéologie Situer la tolérance sur le plan de la morale permet à ses partisans l'expres­sion de leurs idées propres comme celle des idées d'autrui. Pourvu qu'autrui montre, au minimum, quelque disposition à rendre la pareille. Ce qui règle, espérons-le une fois pour toutes, le grotesque débat sur les limites à la tolérance : «peut-on tolérer l'intolérable ? ». S'il s'agissait d'un débat idéologique, nous ergoterions sans fin sur le tolé­rable et l'intolérable en politique. Mais puisqu'il s'agit de morale, et qu'il ne s'agit que de cela, le débat est réglé d'avance. L'intolérance est définitivement intolérable. Nous nous en tenons bien entendu à l'interprétation présente du concept de tolérance, qui s'attache à son sens propre, que nous avons tenté de définir par rapport aux contextes historiques et philosophiques de l'épo­que où le problème de la tolérance fut posé avec acuité. Il existe bien entendu une série de sens figurés qui touchent à tous les domaines du comportement. Par exemple, mon patron fait preuve d'une certaine tolérance dans l'application des horaires de bureau. Qu'il ait rai­son ou non, nous pourrions en débattre longuement, nous ne le faisons pas, car d'une part cela nous arrange l'un et l'autre et que d'autre part le choix est le sien plus que le mien. Ce n'est pas là où se situe le débat fondamental : en matière de comporte­ment humain, et de morale, nous sommes en tout état de cause lui et moi d'accord, sur le fait que l'intolérance est intolérable. Encore qu'il ne soit pas toujours facile de discerner si tel comportement humain relève, ou non, de l'intolérance. Et les actes, même les plus barba­res, se parent souvent des plumes de la morale, en particulier dans les actes de barbarie collective et organisée. Et notre poète était fort troublé. Comme il l'avait été, tout au long de sa vie. Tantôt il avouait au philosophe avec émotion :  « Je ne suis qu'un militant du parti des oiseaux, des baleines, des enfants, de la terre et de l'eau ». Tantôt sa révolte l'emportait, et il se prenait non seulement à haïr la société, mais à en faire l'unique objet de sa vindicte : « J'ai chanté dix fois, cent fois j'ai hurlé pendant des mois, j'ai crié sur tous les toits...
...mais moi, on ne m'aura pas je tirerai le premier et j'oserai au bon endroit ».
Tantôt, c'était le désespoir : « Dans ma guitare, y'a plus rien , plus un mot, plus un refrain ». Le philosophe, par définition et par fonction, était infiniment plus sage. Il expliqua au poète : «Tu parles du bon et du mauvais, du juste et de l'injuste : il me paraît que tout ce qui nous fait plaisir sans faire tort à personne est très bon et très juste; que tout ce qui fait tort aux hommes, sans nous faire de plai­sir est abominable; et que ce qui nous fait plaisir en faisant du tort aux autres est... très dangereux pour nous-mêmes et très mauvais pour autrui». A défaut d'avoir la moindre valeur sur le plan des conséquences idéologi­ques que l'on devrait en tirer, ce discours a un mérite particulier : il trace en effet le cadre d'un code de conduite très simple mais très efficace, pour régir les rapports entre les êtres humains. Il fixe précisément les limites entre le tolérable et l'intolérable. Il ramène la tolérance à ce qu'elle est : une affaire personnelle de morale individuelle.

La tolérance est une vertu

Curieuse et paradoxale déviation : les maisons où officient les dames de petites vertus sont les maisons de tolérance. Cette plaisante distorsion de langage n'est pas innocente. La preuve : elle a permis un bon mot «La tolérance, il y a des maisons fai­tes pour ça », non moins innocent, ce qui en explique la célébrité. La vertu est toujours un peu ridicule. Il est vrai que n'est pas vertueux qui peut, ni même qui veut, et que l'on n'est jamais vertueux naturellement si facilement. Alors, tant qu'à faire, autant marquer son impuissance à y accéder ou sa pensée à le devenir, en la tournant en ridicule. Il faut admettre aussi que la vertu a souvent servi de prétexte à de mauvais agissements : un régime politique prétendument vertueux, avait confié à ses fonctionnaires, le travail de briser la vie de familles juives, au nom de la patrie. Bien entendu, il avait substitué à la devise «Liberté, Egalité, Fraternité» celle de « Travail, Famille, Patrie» trois mots qu'il s'est employé méthodiquement à vider de toute substance. Il n'est pas facile, dans ces conditions, de distinguer les bonnes et les vraies vertus, les fausses et les mauvaises, et d'échapper au ridicule con­temporain qui méprise ou dédaigne l'homme vertueux. Mais revenons à notre propos sur la tolérance. La tolérance, disions-nous est une vertu. Qu'est-ce que cela signifie ? Pour bien le comprendre, distinguons la vertu, de la qualité et du don.

La qualité d'abord

Par qualité, il faut entendre toute caractéristique fondamentale. La défi­nition philosophique du mot qualité, à l'origine, explique qu'il s'agit bien des caractéristiques qui définissent un corps et sans lesquelles il ne pour­rait ni exister, ni être conçu. Cette définition s'applique à l'homme. Corneille, dans Polyeucte écrit : « Daignez considérer le sang dont vous sortez, Vos grandes actions, vos rares qualités... ». C'est pourquoi d'ailleurs les nobles exclusivement étaient appelés gens de qualité, de par leur naissance et leur sang, ce qui permet à Molière de répondre :
« Les gens de qualité savent tout sans avoir jamais rien appris ».
La qualité est innée. Elle peut s'enrichir ou se détériorer, mais elle est acquise à la naissance.

Le don ensuite :

Le don aussi est inné. Mais, et la nuance est importante par rapport à la qualité, le don se détériore à coup sûr s'il n'est pas cultivé. Sans travail, le don n'est rien, ne vaut rien, ne sert à rien. Le don, inné certes, a besoin d'être exploité : au don s'ajoute alors le talent c'est-à-dire la maîtrise du savoir faire et seul son enrichissement par le talent permet au don de s'exprimer.

La vertu enfin :

La vertu est pure acquisition. Elle n'est jamais innée. Elle est pur travail, moral, intellectuel, culturel, travail sur soi-même.  Rien d'inné dans la vertu. C'est d'ailleurs ce qui rend la vertu si humaine, si spécifiquement humaine.

Résumons : La qualité est innée. Le don est inné, mais s'exploite par les connaissances acquises ou à acquérir. La vertu est pur acquis. Chacun d'entre-nous, à un moment instantané de son existence est une mosaïque - de qualités innées, - de dons innés, plus ou moins exploités par un savoir-faire acquis à force d'un travail plus ou moins approfondi, - de vertus, purement acquises. J'illustre ma pensée en comparant l'incomparable : l'homme et l'animal. C'est facilité d'exposé, je le reconnais, mais Mozart me pardonnera de le comparer à ma petite chatte. Mozart me flatte plus souvent les oreilles que je ne caresse celles de mon animal favori, je puis donc me permettre cette irrévérence. Mozart, c'est incontestable, avait des dons, révélés alors qu'il était si jeune, que l'on doit bien les considérer comme innés. Il avait aussi des qualités, lesquelles sûrement, lui ont permis d'exploiter ces dons. Mozart avait aussi des vertus dont je ne saurais dire s'il les a acquises en devenant franc-maçon ou s'il est devenu franc-maçon parce qu'ils les avaient précé­demment acquises. Mais peu importe. Disons que Mozart était doué, généralement doué, qu'il avait le goût du travail, et qu'il était tolérant. Ma petite chatte, elle aussi a des qualités et des dons. Elle a le don de la chasse et des qualités d'agilité qui lui permettent d'exploiter ce don, ce qui est dramatique pour les rongeurs de mon jardin. Elle n'est pas vertueuse pour autant. Elle n'a aucun sens de la tolérance et elle agresse systématiquement toute espèce d'animal rampant, marchant ou volant, et sans considération de poids et de taille, qui pénétrerait acci­dentellement son territoire. Elle n'est tolérante qu'à mon égard : il est vrai que je la nourris. Ma chatte n'appartient pas à l'espèce humaine. Ses qualités et ses dons relèvent de sa nature et de son instinct. Je l'aime comme cela. J'aime aussi Mozart pour ses qualités et ses dons. Où plutôt, j'aime sa musique pour ces raisons-là et j'aime le musicien, l'homme, pour ses ver­tus. Je ne l'aimerais pas s'il avait été un personnage ignoble, et sans doute dans ce cas, je n'écouterais pas sa musique. Et voilà pourquoi je dis que la vertu est humaine, spécifiquement humaine. Le vieux philosophe avait beaucoup de mal à expliquer cela au poète, autant que j'ai du mal à vous l'expliquer moi-même. Lui aussi, il utilisa une comparaison entre l'homme et l'animal : «Je pense que (l'homme) est un animal à deux pieds qui a la faculté de raisonner, de parler et de rire et qui se sert de ses mains beaucoup plus habilement que le singe... (il a) une mémoire infiniment supérieure, beaucoup plus d'idées et... une langue qui forme incomparablement plus de sons que la langue des bêtes». C'est bien pourquoi il faisait confiance à l'homme, capable de dépasser sa nature, de développer ses meilleurs instincts, de réfréner et de combattre les plus vils. Et à ce compte, la société finira bien par évoluer et les hom­mes, un jour qu'il espérait proche, vivront libres et égaux., dans un monde plus tolérant. La colère du poète était à son comble. Il hurla à en réveiller les âmes paisi­bles qui arpentaient les allées du jardin paradisiaque. « Qui a écrit que les homes
naissaient libres et égaux ? Libres, mais dans le troupeau, Egaux, devant le bourreau ».
Il était tellement fâché qu'il en devenait vulgaire, ce qui n'est pas recom­mandé pour un poète. « Passent les jours et les semaines, Y a que le décor qui évolue, la mentalité est la même, tous des tocards, tous des faux-culs ». Le philosophe était peiné. Grâce au recul conféré par deux siècles de plus, il avait pris de la hauteur : il avait pu mesurer le formidable progrès éco­nomique, social, culturel que les hommes avaient accompli. Et pourtant, il n'était pas franchement choqué car il savait bien que les hommes avaient mal partagé le progrès. Dans le fond, il comprenait le poète. Mais sa foi en l'homme était iné­branlable. Puisque le progrès, même insuffisant et mal réparti, était obser­vable, il était toujours possible d'en espérer davantage. Il décida donc d'y croire encore et se résolut d'être pour toujours :  « Amant de tous les arts et de tout grand génie, Implacable ennemi du alomniateur,
Du fanatique absurde et du vil délateur ».
Il s'arma de courage pour tenter d'entraîner le poète sur cette voie. Nous avons vu que la tolérance, vertu spécifiquement humaine, n'est ni instinctive ni naturelle. L'esprit de tolérance s'acquiert, se cultive, se développe. N'entrons pas dans le débat sur la nature de l'homme, puisqu'il ne con­cerne pas la tolérance. Mais interrogeons-nous plutôt sur la façon dont cet esprit est susceptible de germer dans le coeur des hommes, puis com­ment il peut s'y développer. Le petit de l'homme a de grands yeux : il les ouvre le jour et transmet à son cerveau, quotidiennement des milliers d'informations contradictoi­res. Les unes pèsent lourd, les autres ne lui laisseront qu'un souvenir fugace, certaines ne vivront que le temps d'une seconde, et quelques-unes tisse­ront l'écheveau de ses souvenirs. La nuit, le petit ferme les yeux. Son cerveau va décanter les informations du jour. Certaines, comme dans un ordinateur, seront immédiatement restituables, dès le réveil du lendemain. D'autres viendront enrichir un inconscient et un subconscient dont les socles se sont constitués, dit-on, dans la période pré-natale. Tout ceci est tellement complexe, que le petit va devoir trier, c'est-à-dire penser. Aucune des informations reçues n'étant objectives, sa pensée ne sera pas objective. Voilà que l'enfant est sujet pensant certes, mais sujet. Et heureusement puisque sa subjectivité est sa personnalité. Sujet unique et personnalisé, voilà notre enfant, trop tôt devenu homme, qui prend conscience que son existence est dépendante de celle d'autres sujets, non moins uniques et non moins personnalisés. Mais comme il est au centre de sa perception du monde, il ne peut pas faire autrement que de penser qu'il est le centre du monde, objet d'amour et de haine convergents vers sa personne, de même qu'il dirige comme une arme défensive ou agressive, son amour et sa haine vers autrui. C'est ainsi que les hommes, à la fois sujets et objets, communiquent entre eux. Je n'ai pas la prétention d'expliquer l'homme à travers ce raccourci méan­dreux. Ce n'est qu'une petite fable entre vous et moi, elle a pour objet d'exprimer très rapidement que les rapports humains sont infiniment complexes et qu'ils dépassent notre capacité à les appréhender. Cette démarche a un nom : elle s'appelle l'initiation. Cette démarche est la façon unique de développer en soi l'esprit de tolé­rance.  et c'est pourquoi devenir tolérant demande beaucoup de travail, en tout cas infiniment plus qu'il n'en faut pour passer le baccalauréat. Et c'est d'autant plus difficile qu'on ne trouve pas de maître es tolérance suscepti­ble de nous l'enseigner comme on m'a appris avec plus ou moins de talent, et avec plus ou moins de succès, les mathématiques ou la philoso­phie. Certes, vous en rencontrerez parfois qui vous feront la leçon : c'est qu'ils se sont octroyés eux-mêmes un diplôme qui a d'autant plus de valeur à leurs yeux qu'ils furent le propre examinateur de leurs multiples talents, et que ce jour-là ils se sont montrés très sévères, aussi sévères qu'on peut l'être lorsque l'examiné, c'est-à-dire la même personne, fait preuve d'une compétence et d'un savoir exceptionnels. Ces «gens de qualité », au sens où Molière ironisait, méritent le nom dont on les affuble : ce sont les pédants. Non, en matière de tolérance, l'apprentissage se fait seul. Il n'y a pas de maître ni d'élève, mais un homme seul, face à son miroir, et suffisamment courageux pour être tantôt l'un tantôt l'autre, et savoir au bon moment et à tout bout de champ inverser les rôles. La manœuvre a un but. Elle vise à ce que, de l'autre côté du miroir, appa­raisse non pas le reflet de soi-même, mais l'envers, qui révèle la face cachée. Elle aspire à faire prendre conscience que si l'homme est un bloc lisse ou fissuré selon les caractères, il n'est pas identique à l'extérieur, comme à l'intérieur, et que sa présentation homogène et cohérente, n'est qu'un masque qui recouvre ses contradictions. Elle amène à reconnaître, comme éléments fondamentaux de sa personna­lité, ce que les comportements quotidiens et habituels ont coutume d'occulter. Elle fait comprendre qu'on est à la fois l'un et l'autre, et démontre ainsi qu'autrui est semblable à soi-même, et que les différences entre les hommes sont infiniment moins importantes que ce qui les unit. Elle fait découvrir que nous nous différençons uniquement par l'assem­blage varié de composants identiques et donc que si nous ne sommes pas jumeaux, à coup sûr nous sommes frères. Cette démarche est celle dont procède la Grande Loge de France, maillon de la Franc-Maçonnerie Universelle, qui dès ses origines, c'est-à-dire, pour s'en tenir à la Franc-Maçonnerie moderne et à sa date de naissance officielle, en 1723, proclame dans ses Constitutions : «Un maçon est obligé d'obéir à la Loi morale... Mais, quoique dans les temps anciens les maçons fussent tenus dans chaque pays d'être de la Reli­gion, quelle qu'elle fut, de ce Pays ou de cette Nation, néanmoins il est maintenant considéré plus expédient de les astreindre à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord, laissant à chacun ses propres opi­nions ; c'est-à-dire, d'être Hommes de bien et loyaux, ou Hommes d'Honneur et de Probité, quelles que soient les Dénominations ou Con­fessions qui aident à les distinguer ; par suite de quoi la Maçonnerie devient le Centre d'union, et le moyen de nouer une Amitié sincère entre des personnes qui n'auraient pu que rester perpétuellement étrangères ». La Franc-Maçonnerie n'ayant pas le monopole de l'initiation, sa nécessité n'est pas prouvée. Mais accordons-nous au moins sur ce mérite qu'on peut lui reconnaître, que lui reconnaissent en tous cas ses membres, celui de se proposer de les aider, collectivement, à la démarche individuelle. Car l'initiation est par essence individuelle. Les arts romanesques, de la littérature au cinéma en passant par le théâ­tre, en fournissent maints exemples. Le processus est toujours identique, Déstabilisation : mort profane,
Renaissance : vie nouvelle, Reconstruction : progressive, par épreuves et paliers successifs.
Les événements dramatiques du vécu quotidien, sont, lorsqu'ils survien­nent, suffisamment douloureux pour provoquer un processus, toujours cruel. Le seul mérite de la Franc-Maçonnerie est de proposer une version pacifi­que, permanente et collective, de cette initiation individuelle. En 1723, notre philosophe n'avait pas trente ans. Il avait déjà cependant plusieurs écrits à son actif, essentiellement des pamphlets qui l'avaient fait mal voir du côté de la bonne société et l'avaient même contraint à séjourner à l'étranger plutôt qu'à Paris. Il fut d'autant plus séduit par les idées maçonniques, qu'il en professait d'identiques, Il ne devint pas franc-maçon pour autant, malgré qu'il ait été sollicité par ses amis philosophes qui, très nombreux, fréquentaient les loges. Il fut initié beaucoup plus tard. Mais il avait été de tout temps un bon compagnon de route. Aussi n'hésita-t-il pas à en parler au poète qui lui n'en voyait pas réelle­ment la nécessité. Lui-même en avait entendu parler, et avait même le souvenir vague d'un copain franc-maçon, dont les idées ne lui avaient pas paru véritablement révolutionnaires. Et puis le poète en avait marre des idées, qui ne sont jamais que des mots. Il avait tant vécu avec les mots que les mots commençaient à le fatiguer. « Fatigué, fatigué, fatigué d'espérer et fatigué de croire à ces idées brandies comme des étendards et pour lesquelles tant d'hommes ont connu l'abattoir ». Mais le philosophe n'était pas enclin à baisser les bras. Il se prenait d'ami­tié pour le poète, et voulait s'efforcer de le convaincre. Et il lui expliqua le problème et la solution : «Quand nos actions démentent notre morale, c'est que nous croyons qu'il y a quelque avantage pour nous à faire le contraire de ce que nous enseignons; mais certainement, il n'y a aucun avantage à persécuter ceux qui ne sont pas de notre avis et à nous en faire haïr, il y a donc, encore une fois, de l'absurdité dans l'intolérance ». Le philosophe voulut réconcilier le poète avec les idées généreuses, en lui faisant remarquer : «Nos histoires, nos discours, nos sermons, nos ouvrages de morale, nos catéchismes, respirent tous, enseignent tous aujourd'hui, ce devoir sacré de tolérance». Le poète résolut alors de s'endormir pour ne pas en écouter davantage. Il tourna le dos au philosophe en soupirant :  « J'crois plus à grand'chose Il est temps que j'me repose J'ai plus d'amour, plus de plaisir, plus de haine, plus de désirs ». Le philosophe en fut très malheureux. Il eût envie d'une promenade solitaire, lorsque soudain il se rappela que les membres de sa loge, «Les Neuf Sœurs », où il avait été finalement ini­tié et in extremis en 1778, se réunissaient ce soir là. Il décida de participer. N'imaginons pas que les francs-maçons puissent se targuer de détenir le monopole de la tolérance et qu'ils aient la prétention de l'enseigner à qui­conque frapperait à la porte du Temple. Les discours peuvent bien tenter de le faire, mais la Franc-Maçonnerie ne propose pas de discours. Elle offre à qui veut bien en saisir l'opportunité, une méthode qualifiée d'ini­tiatique, car, à l'instar de l'explication qui a précédé, elle tend un miroir dans lequel chacun de ses membres part à la recherche de sa propre image et, en définitive, y découvre autrui. Ce miroir, c'est la loge maçonnique, l'assemblée des frères, dans un lieu clos, temple sacralisé c'est-à-dire reconstitué dans un contexte universel. Le temple, c'est un lieu à la fois réel et symbolique. Réel, il est lieu de la réflexion et du travail des Frères. Symbolique, il représente l'univers cos­mique, le monde dans ses dimensions infiniment grandes et infiniment petites, macrocosmiques et microcosmiques. De ce fait, à l'intérieur du Temple, les frères ne sont plus les mêmes hom­mes que ceux que l'on croise dans le monde. Chacun d'entre eux apparaît aux autres comme une parcelle de l'humanité, et chaque mot, chaque phrase, chaque discours est reçu non pas comme un message médiatique habituel, mais comme un message messianique, enrichi d'universalisme. Ce mot que tu dis, cette phrase que tu construis, ce discours que tu pro­nonces, c'est ton expression et en même temps une part de la mienne, c'est ta pensée, comme c'est celle de millions d'hommes et de femmes qui, à travers le temps et l'espace, à un moment ou à un autre, dans des lieux identiques ou différents, se sont prononcés de la même façon que toi. Alors, je reçois tes mots, tes phrases, tes discours différemment et à mon tour je te parle différemment. Je t'écoute comme je te parle, je te perçois comme un autre moi-même, je me sens ton frère. Ce processus, qui se renouvelle à chaque réunion des frères en loge, a quelque chose de magique, il l'est en effet par la magie du rituel, rigou­reusement respecté dans les loges de la Grande Loge de France. Le rituel, c'est un moyen, à caractère mécanique et théâtral, qui vise à créer une rupture entre le monde profane, celui où la passion l'emporte sur la raison, la folie sur la sagesse, la haine sur l'amour, et le monde sacré où s'inversent les flux et les courants. Comme si le fleuve remontait son cours pour retourner à sa source et n'être plus qu'eau pure. Purs, nous ne le sommes jamais totalement, et le philosophe ne préten­drait pas l'être plus que le poète. Mais au moins nous essayons de nous abreuver auprès de nos frères disposés à nous donner à boire en parta­geant leur eau. Alors se développe en chacun de nous le sens d'autrui et du rapport privi­légié qui nous unit à lui. De ce fait la morale vacille : elle ne peut plus sui­vre la ligne de la verticale où le dogme circule du haut vers le bas, mais elle devient ruban horizontal, support flexible et évolutif par lequel ,'échan­gent les idées et transitent les comportements. La tolérance n'est plus alors ni ridicule ni visible. Car on comprend qu'elle est le ciment obligatoire des hommes qui oeuvrent pour le progrès de l'humanité. Notre philosophe l'avait bien mesuré : dans la société de l'Ancien Régime où l'intégrisme oligarchique freinait toute évolution progressiste, le Mou­vement des Lumières, en parfaite symbiose d'idées avec la Franc- Maçonnerie moderne dont les premiers pas ont accompagné ceux du siè­cle et qui a grandi avec lui, ont posé les bases de la société démocratique moderne. En 1789, la Révolution française a pulvérisé les institutions. Elle a suscité les espoirs les plus fous, en même temps que ses excès ont provoqué les plus cruelles désillusions. Mais elle continue de porter son message essen­tiel : les mots de « Liberté, Egalité, Fraternité» qu'elle a chipés à la Franc- Maçonnerie, ou peut-être est-ce l'inverse, grave problème qui divise les historiens, mais dont se moquent éperduement tous ceux qui, étant grave­ment privés du pouvoir de les écrire sur les pages de leurs cahiers et de les graver sur les murs de leurs édifices, pleurent en y rêvant. Ceux-là sont bien plus nombreux que nous et l'espoir est bien mince que leur nombre se réduise : c'est l'inverse qui nous menace. C'est la raison pour laquelle nous continuons à oeuvrer dans nos Temples, poursuivant notre utopie raisonnable, sans l'ombre d'un doute sur les objectifs que nous assigne notre Constitution : alliance d'hommes libres, acceptés en notre sein sans conditions de classe, de race, de religion, nous avons pour but le perfec­tionnement de l'humanité et travaillons à cet effet à l'amélioration cons­tante de la condition humaine, tant sur le plan spirituel et intellectuel que sur le plan du bien-être matériel. Nous n'acceptons aucune entrave et ne nous assignons aucune limite dans notre recherche de la vérité et de la justice, dans le respect de la pensée d'autrui et de sa libre expression. Nous croyons que les hommes finiront bien par s'unir dans la pratique d'une morale universelle et dans le respect de la personnalité de chacun. Chaque pas franchi nous réjouit le coeur, chaque recul nous horrifie. Finalement chacun d'entre nous est, tantôt le philosophe, tantôt le poète. Mais peut-on être l'un sans l'autre ? Ne sommes-nous pas condamnés à ce perpétuel débat, tant il est ardu de progresser sur le chemin de la tolérance ? Et une soirée de plus, en loge maçonnique, ne suffira certes pas à changer le monde. C'est bien ce que pensait le philosophe qui quittait ses frères après une excellente soirée qui s'était achevée, comme à l'accoutumée, par de frater­nelles agapes, qu'il avait arrosées un peu trop copieusement. Finalement, il choisit de retourner aux côtés du poète endormi, pour y finir sa nuit. Il dormit mal. Lorsqu'au matin il se réveilla, il remarqua une lueur d'amusement dans le regard du poète qui l'observait avec une ten­dre attention. Le philosophe se sentit prêt à quelque concession. Il dit tristement : «J'ai été sensiblement affligé de ton état, et je te jure qu'il n'a pas peu contribué à me persuader que le meilleur des mondes possibles ne vaut pas grand-chose». Mais le poète, d'humeur nettement plus gaillarde ce matin-là, ne l'enten­dait pas de cette oreille et il rétorqua aussi sec : «Il faut aimer la vie et l'aimer même si le temps est assassin et emporte avec lui le rire des enfants».
Le philosophe en fut rassuré. Enfin ils semblaient l'un et l'autre d'accord. Mais le poète, comme s'il avait deviné la pensée du philosophe poursui­vit :
«Comment veux-tu que j'sois d'accord Avec toi
J'ai d'jà du mal à être d'accord Avec moi».
Ce fut sa conclusion, ce sera donc la mienne. Nous quitterons là, le philosophe et le poète, qui ont bien involontaire­ment figuré dans ce scénario artificiel, mais cependant entièrement dialo­gué avec des phrases qu'ils ont l'un et l'autre écrites. Le philosophe était François-Marie Arouet, dit Voltaire. Ses dialogues sont extraits des textes suivants :
Poème sur le désastre de Lisbonne
Dictionnaire philosophique
Entretien d'un sauvage et d'un bachelier
Sixième discours en vers sur l'homme
Traité sur la tolérance
Epître à Horace
Voltaire est né il y a 295 ans. J'ai arrondi à 300.
Dans le rôle du poète : Renaud Séchan, plus connu comme chanteur sous le nom de Renaud. Si je lui ai donné 100 ans, c'est qu'il s'est attribué lui- même cet âge dans sa chanson « Cent ans », dont provient le premier extrait. Les autres extraits proviennent des chansons suivantes :
Morts les enfants
Déserteur
Société tu m'auras pas
J'ai la vie qui m'pique les yeux
Triviale poursuite
Hexagone Mistral gagnant
Socialiste
Je les remercie l'un et l'autre.

Source : www.ledifice.net

Par Jean-Paul Ricker - Publié dans : Planches
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Vendredi 4 janvier 2013 5 04 /01 /Jan /2013 07:35

Comme André Glucksmann le souligne dès l'ouverture de son der­nier livre consacré à René Descartes, l'homme du doute est aussi celui qui, comme militaire, assiste à la bataille de la Montagne Blanche où les troupes impériales de Ferdinand II écrasent celles de l'électeur du Palatinat, roi de Bohème, Frédéric V. Sans doute s'agit-il là d'un événement capital dans l'histoire des nations euro­péennes mais il s'agit aussi d'un événement symbolique de l'histoire de la pensée. Frédéric V, homme de tolérance et de culture, gardait en son esprit et essayait, tant faire se peut, de réaliser l'idéal éras­mien du mouvement évangélique, continuateur de l'esprit et de la tradition antique, pour qui "l'amour de la sagesse est aussi sagesse de l'amour". Ainsi s'était-il entouré des membres de sociétés occul­tistes s'efforçant de concilier en pratique le progrès des sciences et le progrès moral dans la tolérance et l'amour fraternel. Commenius adepte de la secte des Frères Moraves illustre cette tendance. Peut- être s'agit-il là de l'expression la plus noble de l'utopie mais, quoi qu'il en soit, la bataille de la Montagne Blanche met fin à ce rêve dans les faits. L'ère de la déception et du doute s'ouvre : l'amour de la sagesse divorce d'avec la sagesse de l'amour. Pourtant la maçonnerie spéculative naissante au XVIIIe siècle prolongeant la modification déjà apportée à la maçonnerie ancienne par la maçon­nerie acceptée veut renouveler ce pari sur l'accord de la raison et du coeur : c'est ainsi que dans les Loges se retrouvent tout autant des rationalistes rigoureux, fidèles à l'esprit de l'Encyclopédie que des "illuminés" (terme alors nullement péjoratif) annonciateurs du romantisme tel qu'il se développera en Allemagne. Or ces Frères font référencé à un Volume de la Loi Sacrée qui se trouve être la Bible. Cela demande réflexion car le rationalisme des uns et le mysticisme des autres en faisaient l'objet de la colère des institu­tions religieuses, d'autant plus que se retrouvaient dans le même lieu des protestants latitudinaires et des catholiques libéraux.

Il apparaît alors nécessaire de réfléchir sur la présence de la Bible comme Volume de la Loi sacrée dans le cadre de la double spécifi­cité maçonnique qu'est la quête du sacré et l'affirmation de la tolé­rance. Peut-être faut-il inscrire l'originalité de la démarche maçon­nique à partir de l'exigence spirituelle de la recherche toujours renouvelée d'une vérité qui fait sens, mais sans jamais l'atteindre possessivement ; en un mot, il s'agit d'une quête du sacré et d'une exigence éthique de la tolérance comme fondement de la dignité et de la liberté du sujet humain. Or, au XVIIIe siècle, la question sur la Bible s'inscrit non pas dans la pure perspective religieuse mais comme l'aboutissement d'un affrontement idéologique entre parti­sans d'une dogmatique fermée et partisans de la tolérance entendue non seulement comme liberté de conscience mais encore comme liberté de penser. Ici, il faut apporter une précision : la liberté de conscience ouvre la possibilité d'adhérer ou non selon son libre arbitre à telle ou telle religion. La liberté de conscience, au sens strict du terme, s'inscrit donc dans la sphère de la question de la liberté religieuse. La liberté de penser, plus large encore, confère à l'homme la possibilité d'user de sa raison pour pousser sa recherche du vrai jusqu'où il le peut sans rencontrer aucune entrave, fût elle religieuse. Ainsi du XVIIe siècle au XVIIIe siècle les défenseurs de la liberté de conscience comme Bayle et ceux de la liberté de penser comme Spinoza s'inspirent soit de références bibliques soit de la critique scriptuaire naissante pour affirmer non seulement le droit à la liberté de conscience et de penser mais encore la nécessité de cette liberté pour le progrès de l'homme. L'originalité de la maçonnerie spéculative consiste précisément à affirmer cette double nécessité mais dans le cadre d'une quête spirituelle.

Aussi il semble permis d'interpréter la présence de la Bible en tant que Volume de la Loi Sacrée comme le symbole de la double exi­gence initiatique et tolérante qui détermine la pratique de la Maçonnerie spéculative telle qu'elle se dégage de la Maçonnerie opérative par l'intermédiaire de la Maçonnerie acceptée. Ainsi se pose la question du serment pris sur la Bible, Volume de la Loi Sacrée indépendamment de la référence au Grand Architecte de l'Univers. En cela le Grand Architecte de l'Univers et Bible consti­tuent des références fondamentales de la pratique maçonnique mais ils n'entretiennent pas entre eux la même relation que Dieu et les Saintes Ecritures entretiennent entre eux dans le cadre des pen­sées religieuses. Il apparaît que c'est là un des points qui génèrent la suspicion des églises intégristes sur la Maçonnerie, hier comme aujourd'hui.

Cette absence de liaison organique entre le Grand Architecte et la Bible peut se montrer par le simple fait que le Grand Orient de 1787 à 1878 travaillait bien à la gloire du Grand Architecte, sans pour autant demander au néophyte de prêter serment sur la Bible. En poussant l'analyse, il faut comprendre les Constitutions d'Anderson comme l'oeuvre d'un pasteur latitudinaire cherchant à dépasser les querelles religieuses et à rencontrer dans une libre quête de la vérité les catholiques libéraux. Ce processus semble s'élargir dans l'his­toire tant de la Maçonnerie que de la pensée par le passage de la liberté de conscience à la liberté de penser. Nous nous proposons d'examiner comment à sa naissance la Maçonnerie spéculative s'inscrit dans le combat pour la liberté de conscience puis de pen­ser, et cela dans la sphère spirituelle et non pas dans celle de la pure religion ou inversement dans celle de la pure philosophie : ce qui veut dire que la quête libre du sacré par le Maçon ne le conduit pas plus vers le Dieu des Religions que vers celui des philosophes, par le simple fait que cette quête demeure constamment ouverte et que son questionnement se renouvelle constamment, sans pour autant lui interdire loin de là une interprétation religieuse ou philosophi­que.

Pour ce faire il faut d'abord indiquer qu'elles étaient les positions des adversaires de la liberté de conscience et la manière dont ils s'inspiraient de la Bible comme le font tout autant leurs partisans. Encore faut-il ici bien définir ce qu'est la liberté de conscience dans cette perspective, il ne s'agit pas de la simple liberté de conscience privée, mais de la liberté de conscience civile. Des penseurs catholi­ques à l'image de Bossuet pour qui "la foi sert de science au chré­tien" affirme non seulement le droit mais le devoir du Prince à imposer sa religion à son peuple : la raison en est que la souverai­neté n'est point ici populaire mais divine, et qu'il ne saurait y avoir d'autre raison que la raison de Dieu se faisant raison d'Etat, que le logos divin. C'est une pensée où aucune autonomie n'est laissée à la raison humaine, où toute philosophie ne peut être qu'ancillia theo­logiae. Ainsi, en 1685, dans un texte intitulé "Conformité de l'Eglise de France pour ramener les protestants avec celle de l'Eglise d'Afrique pour ramener les donatistes de l'Eglise catholi­que", Goibaud-Dubois interprète-t-il tant l'histoire de l'Ancien Testament que celle du Nouveau et plus particulièrement les textes pauliniens comme une légitimation du point de vue augustinien pour qui "Felix necessitas quae ad meliora compelli" 1°). La démarche maçonnique affirme l'inverse, il ne saurait y avoir de contrainte heureuse et même plus la démarche qui conduit vers une meilleure saisie du sacré ne peut être que le choix volontaire d'un libre arbitre. L'interprétation dogmatique s'inspire bien de la Bible : elle commente l'histoire de Paul contraint par Dieu à se convertir sur le chemin de Damas ou rappelle encore des formules comme celle des Nombres 16-45 : "Il a dompté par des châtiments très sévères la rébellion de son peuple". Face à la liberté de conscience revendi­quée, une certaine partie des Eglises réaffirme le compellere intrare d'Augustin en en faisant parfois un compellere remanere (2).

S'inspirer ainsi de la Bible c'est interdire toute autre lecture de ce Livre que celle du recueil de la Parole révélée. Est ici révélée la dif­férence entre une Bible, uniquement et totalement Livre de la Parole révélée et une Bible Volume de la Loi Sacrée qui appelle une interprétation de la raison humaine selon le libre arbitre d'un sujet doué d'une volonté autonome. Tel était d'ailleurs l'enjeu qui oppo­sait à l'époque, les savants historiens et philosophes qui s'adon­naient à la critique biblique, les philosophes plus tard de la Lumière aux partisans du littéralisme et du dogmatisme stricts : la critique savante, en effet, suppose pour le moins, le libre usage de la raison.

Face à cette position le philosophe français, Bayle, défenseur de la liberté de conscience argumente pour montrer que l'engagement religieux dans une direction non orthodoxe ne peut être réduit à un péché contre l'esprit. La position intolérante consistait à affirmer selon Paul (Galates V) que l'erreur et l'errance en religion venaient du trouble de l'esprit par la chair. Ainsi Bayle affirme : "l'adhésion à la fausseté qu'on croit être vérité n'est pas avoir de la fausseté". Apparaît tin droit à l'erreur, un droit à l'errance qui définit bien la conception de la liberté de conscience. Aussi faut-il s'adonner, dit Bayle, à une lecture allégorique et métaphorique des propos de la Bible. De plus la Bible est aussi livre d'histoire ce qui entraîne le droit et le .devoir d'user de la raison critique pour démêler le mes­sage sacré de la transmission historique : David persécute ses enne­mis en roi guerrier et non en roi prophète. Ainsi avec Bayle nous arrivons à la conclusion que "le persécuté peut ne rien valoir mais que le persécuteur est toujours injuste". Cependant il ne s'agit encore que d'une liberté de conscience et nullement d'une liberté de penser : la première est une liberté négative du droit à l'erreur donc à l'errance, la seconde est une liberté positive du droit à la recher­che et à la quête. C'est précisément cette libre recherche du sacré qui constitue l'originalité de la pensée maçonnique transformant ainsi l'errance libre fondée sur le droit à l'erreur en une libre quête fondée sur le droit à penser. Ce passage sera accompli par l'affir­mation de la liberté de philosopher de Spinoza et par l'oeuvre des philosophes de la Lumière tel que Locke.

Dans le Traité Theologico Politicus dès 1670, Spinoza s'était efforcé de montrer non seulement le bien fondé de la tolérance civile mais sa nécessité en vue de l'affirmation de la libertas philo­sophandi. Sa lecture de la Bible, jugée blasphématoire par certains, s'articule en deux points essentiels à partir d'une étude critique phi­lologique et historique : le peuple d'Israël a été élu par Dieu parce qu'il avait atteint un certain développement et non pas le peuple d'Israël connut la victoire par l'élection divine et par sa fidélité à Dieu, de plus, loin d'autoriser la contrainte l'histoire du peuple juif enseigne la liberté car il a contracté avec Dieu par une alliance libre. Mais le Traité va plus loin : "Si les hommes pouvaient régler toutes leurs affaires suivant un dessein arrêté ou encore si la fortune leur était toujours favorable, ils ne seraient jamais prisonniers de la superstition. Mais souvent réduits à une extrémité telle qu'ils ne savent plus que résoudre, et condamnés par leur désir sans mesure des biens incertains de fortune, à flotter presque sans répit entre l'espérance et la crainte, ils ont très naturellement l'âme encline à la plus extrême crédulité". Seul donc le libre usage de la raison c'est- à-dire la pensée libre leur permet une liberté de philosopher qui les met sur la route de ce qui est vrai en leur donnant la maîtrise de leurs désirs et en combattant leur crédulité au nom de la connais­sance. Aussi Spinoza résumera-t-il dans le chapitre vingtième : "Nous avons montré :

1°/ qu'il est impossible d'enlever aux hommmes la liberté de dire ce qu'ils pensent ;

2°/ que cette liberté peut-être reconnue à l'individu sans danger pour l'autorité du souverain et que l'individu peut la conserver sans danger pour ce droit, s'il n'en tire point licence de changer quoi que ce soit aux droits de l'Etat ou de ne rien entreprendre contre les lois établies ;

3°/ que l'individu peut posséder cette liberté sans danger pour la paix de l'Etat et qu'elle n'engendre pas d'inconvénients dont la réduction soit aisée ;

4°/ que la jouissance de cette liberté donnée à l'individu est sans danger pour la piété ;

5°/-que les lois établies sur les matières d'ordre spéculatif sont du tour inutiles ;

6°/ nous avons montré enfin que non seulement cette liberté peut être accordée sans que la paix de l'Etat, la piété et le droit du souve­rain soient menacés mais que, pour leur conservation, elle doit l'être."

Je vous engage fermement à comparer ces conclusions de Spinoza avec celles des titres I et II des Constitutions d'Anderson concer­nant Dieu et la Religion et du Magistrat civil et subordonné. Nous ne pourrons qu'y reconnaître le même esprit, avec plus de prudence certes, l'esprit non seulement de la liberté de conscience mais encore celui de la liberté de penser. Cet esprit est celui de Locke dont la Lettre sur la Tolérance et le traité Du Caractère raisonnable du Christianisme tel qu'il est proposé par les Ecritures et conclut à une quasi religion naturelle et à l'affirmation morale, condition de la spéculation libre : "Faites aux autres tout ce que vous voulez qui vous fût fait à vous-même", formule morale que nous reprenons dans un de nos rituels. Ainsi la Bible est posée comme Volume de la Loi Sacrée c'est-à-dire comme livre où la conscience éthique se retrouve, se ressource et non comme livre de la parole révélée sans pour autant interdire, loin de là, sa lecture comme parole révélée. Nous touchons ici le point essentiel de la pensée maçonnique spécu­lative qui quitte en continuité la tradition opérative du métier juré des anciennes obligations pour affirmer que la libre disposition de notre raison à la découverte du sacré n'est possible que par un engagement éthique dont nous prenons le serment, en tant qu'homme "libre et de bonnes mœurs" sur le Volume de la Loi sacrée, source du Droit qui donc ne saurait se réduire à une consti­tution puisque cette constitution doit fonder sa légitimité dans une source sacrée fondant à la fois la dignité du sujet en quête et le sens de cette quête et encore moins dans un livre blanc qui ne saurait affirmer la liberté de penser et d'interpréter puisqu'il n'y aurait là rien à interpréter. Nous retrouvons ici l'un des principes que Spi­noza dégage de sa lecture de la Bible : "le culte de Dieu et l'obéis­sance à Dieu consistent en la seule justice et charité." Par la libre philosophie et par la libre quête du sacré qui se veut une forme supérieure de la foi, le sage est sur la voie de la connaissance des principes et peut agir pour le bien de l'humanité par une spécula­tion libre et éclairée.

En resituant historiquement par rapport au mouvement général de la pensée la naissance de la Franc-Maçonnerie spéculative, nous nous apercevons qu'elle transforme la tradition du métier juré des anciennes obligations de la maçonnerie opérative liée à la construc­tion de l'édifice matérielle s'enracinant, comme le montrent les dif­férents textes à notre disposition, dans une perspective chrétienne et catholique en une quête spéculative fondée à la fois sur la recher­che d'une transcendance faisant sens et sur la liberté de penser, signe de la dignité du sujet humain pour autant qu'il travaille à la recherche de ce sens. Certes, ce mouvement était déjà amorcé par la maçonnerie acceptée mais il devient irréversible avec la maçonnerie andersonienne et la maçonnerie purement spéculative. L'avenir de cette tradition reprise au XVIIIe siècle semble avoir voulu s'inscrire dans deux directions : la première insistant sur la quête de la trans­cendance, l'autre sur la liberté de penser. La première aurait donc tendance à retourner à un symbolisme strict par delà les Constitu­tions d'Anderson et faisant signe aux Anciennes Obligations, l'autre mettant entre parenthèses la Bible se tourne vers le seul humanisme voire vers une désacralisation. Il semble à mes yeux que ces deux tendances, habituellement signalées par les études maçon­niques telles que celles de Ligou, en fait atrophient l'authentique démarche maçonnique qui, en particulier à la Grande Loge de France, se définit comme la prise volontaire d'un engagement moral et éthique sur les Trois Grandes Lumières, dont le Volume de la Loi Sacrée qui ne saurait être ici que la Bible, pour une recher­che transformant l'errance de l'homme en une quête. Il s'agit d'un double pari sur le sens transcendant et sur la liberté de penser. Ainsi à mes yeux la tradition de la Grande Loge, parfois baptisée du terme maladroit de troisième voie, constitue la continuation de la tradition maçonnique la plus pure si on veut admettre qu'une tradition est en soi évolutive puisqu'elle s'inscrit et parcourt l'his­toire.

1°) Heureuse nécessité qui contraint au meilleur.
2°) Forcer à entrer - forcer à rester.

Source : www.ledifice.net

Par Michel BARAT - Publié dans : Planches
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Vendredi 4 janvier 2013 5 04 /01 /Jan /2013 07:31

 TOLERANCE : Nom, féminin
Fait de tolérer quelque choses ; ce qui est tolérer, l’excédent de bagage est une tolérance sur certaines lignes aériennes,
.Tolérance grammaticale : possibilité de ne pas appliquer strictement une règle dans certains cas.
Maison de tolérance, de prostitution.

Attitude qui consiste à accepter des idées et des comportements qui ne sont pas les siens, même s’ils paraissent erronés, excessif ; largeur d’esprit en matière religieuse (surtout), philosophique, etc.… Faculté d’un organisme de supporter sans troubles morbides une substance (médicament) ou un traitement.
C’est ainsi que la tolérance est définie par le dictionnaire.

S’il est un sujet sur lequel les ressources bibliographiques ne manquent pas c’est bien celui de la tolérance, les philosophes du siècle des Lumières ont été plus que prolixes et diversifiés sur le thème, plutôt que d alourdir cette planche et de la rendre intolérable pour les auditeurs attentifs et passionnés que vous êtes, je me contenterai d’indiquer, en annexe, mes références livresques ce qui permettra à chacun un travail de recherche plus approfondi. Il me semble plus intéressant de vous livrer mes réflexions pêle-mêle, sans docte discours.

Pour moi, l’homme est tolérant, sur ses actes, ses principes, ses idées.
Là ou le bas blesse, c’est que l’homme, dans son désir de perfection voudrait qu’autrui soie comme lui, qu’autrui adopte les mêmes comportements, agisse de la même façon, pense les mêmes choses, se vêtisse à l’identique etc.…

Seulement chaque être est unique, à partir de ce moment, l’homme doit faire l’effort pour s’adapter, accepter l’autre tel qu’il est avec ses défauts, ses qualités, ses spécificités, son

Identité, accepter l’autre tel qu il est, quelque soit sa langue, sa couleur de peau, son handicap visible ou invisible… sa culture … etc.…

Pour se faire, l’homme doit effectuer un travail sur lui-même et trouver un modus vivendi acceptable.

Pourquoi acceptable parce que je crois que chaque être humain à des limites et des seuils de tolérance.

La liberté de chacun s’arrête au moment où elle nuit à un autre. Pour l’autre ce moment là devient son seuil d’intolérance.

Peut-on ? Doit-on tout tolérer ? Je ne le pense pas ! Il est des raisonnements, des pratiques, des actes qui ne peuvent être accepter, parce qu’ils sont négatifs, néfastes. Toute la question est de savoir à partir de quels moments ils peuvent être considérés comme tel ?

Il est évident que le racisme, le fascisme, les extrêmes, la peine de mort, l’esclavagisme sont intolérables…

Etre tolérant c’est trouver l’équilibre, le juste milieu.

L’équilibre est la situation où les forces en présence sont égales, de telle sorte qu aucunes ne surpasse l’autre.

Cet état du système permet toutes les évolutions, dont l’équilibre stable, l’équilibre instable sont en quelque sorte deux extrêmes.

Je ne peux m’empêcher de penser au funambule sur son fil, sans cesse à rechercher son équilibre.
L’équilibre peut sembler a priori être opposé au mouvement, mais dans les situations réelles il n y a généralement pas d’équilibre sans mouvement.

On retrouve cette association de l’équilibre dan la tradition orientale

Il est le principe du YI-KING dont le grand livre est dédié à l’étude de cette « succession de situation », d’équilibre en équilibre, au service de la transformation d l’énergie dans la durée, de cycles en cycle.

GALILEE, dans la pensée scientifique occidentale, énonce que le mouvement c’est comme l’immobilité.

Tout comme NEWTON , avec la « méthode des première et dernière raisons » se garde bien de séparer philosophie et mécanique

Dans la bible, par l’incarnation du Christ, pour avancer dans notre monde, il faut un équilibre – bien et mal -, - plus et moins - . Mais il faut aussi un point de départ, notre état actuel, et un but.

Les religions ont créées leurs règles, en fonction de leurs concepts qui au moment de la création, je me plait à le penser, étaient réfléchies et sûrement bien adaptées à l’époque. Très vite, les acteurs devant faire respecter ces règles, ont voulu les adapter… et… ont déviés… le besoin de pouvoirs… les intérêts… la politique… les ont faits dériver vers les persécutions, l’inquisition, les guerres de religion… les intégrismes. Il est effrayant de remarquer que pour 80% des conflits et des guerres, le motif principal en est la religion ou l’idéologie.

Si l’homme, en tant que personne est normalement intolérant, le groupe multiplie de façons impressionnantes et irraisonnées l’intolérance.

En Franc-Maçonnerie, le symbole du pavé mosaïque et l’équerre nous remémorent cette notion d’équilibre. L’équerre marie harmonieusement le plan verticale et le plan horizontal,

Réalisant ainsi la synthèse entre deux dimensions ayant souvent des difficultés à se rencontrer. Le Maître Secret porte un tablier de couleur blanche et à bordure noire.
L opposition du blanc et du noir symbolise aussi le conflit perpétuel existant dans l’univers des choses et dans l’âme de tout homme, entre la Lumière et l’Ombre, le bien et le mal, la vérité et l’erreur.

La vie, au fur et à mesure de nos recherches et expériences nous permet d’acquérir l’équilibre et de définir et nous concentrer vers notre but, L’équilibre et le but donne un équilibre dynamique. En quelque sorte une harmonie.

Le mot Harmonie renvoie généralement aux simultanéités sonore dans la musique. Ce terme peut cependant recevoir plusieurs autres sens, en relation ou non avec la musique et les sons. Il est dérivé du grec armonia, signifiant « arrangement », « ajustement », et désignant plus précisément la manière d’accorder la lyre.

Dans son acception la plus courante, relative aux simultanéités dans la musique, l’harmonie a suscité une abondante littérature, depuis Platon et Aristote, jusqu’à Hindemith ou Messiaen. Cependant même dans ce domaine précis, le terme peut revêtir différentes significations.

Dans ces homonymie, l’harmonie des sphères est une théorie ésotérique d’origine pythagoricienne mêlant musique et astronomie
En linguistique l’harmonie vocalique est une modification phonétique concernant les voyelles d’un même mot ou syntagme.
Dans la mythologie grecque, Harmonie est l’épouse de Cadmos et la reine de Thèbes
En astronomie, Harmonie est un astéroïde.

En composition picturale, en peinture, l’harmonie des couleurs est l’ensembles des théories sur l’assemblage de couleur pour la création d’une œuvre quelle que soit la technique.

Pour nous Francs Maçons, la colonne d’harmonie, nous permet justement, par les choix judicieux du Maître qui la dirige, d’entrer justement en symbiose avec la parole qui vient d’être énoncée dans une planche ou nous préparer au passage du monde profane au Sacré.

Si nous reprenons le premier chapitre des Constitutions d’Anderson de 1723, nous y lisons que le Franc-maçon doit se soumettre seulement à cette religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière… quelles que soient les dénominations ou croyance qui puissent les distinguer.

En d’autres termes, dès le départ, la Franc-maçonnerie spéculative accepte la pluralité légitime des confessions.
Pour se faire, on comprend la nécessité de la tolérance, qui fait de la Franc-maçonnerie un véritable centre d’union entre les hommes.
Dans sa quête de vérité, le Franc-maçon sait qu’il ne pourra jamais atteindre la vérité absolue. La vérité ne peut être perçue dans son intégralité. La quête du Franc-maçon écossais, fondée sur la foi en un Principe Créateur et sur la raison, ne peut s’appuyer que sur le demi-jour de la probabilité ?
Selon l’expression de LOCKE dans son essai sur l’entendement humain. C’est pour cette raison qu’il doit pratiquer la tolérance, mais une tolérance bien comprise. Nous devons faire preuve d’humilité face à notre ignorance mutuelles, et donc de ne pas rejeter les autres comme des êtres obstinés, têtus, ou pervers parce qu’ils ne veulent pas ou ne peuvent pas abandonner leurs opinions pour embrasser les nôtres. La tolérance est tout le contraire du sectarisme et de l’intégrisme, qui est la négation de la liberté de conscience ?

Il faut savoir que « conscience » est pris dans son terme étymologique de « connaissance » à laquelle on parvient par un acte qui consiste à séparer le vrai du faux, le contingent de l’essentiel. Elle repose sur la connaissance intime des êtres et des choses à commencer par la connaissance de soi.

Ce que je viens d’énoncer est l’idéal, une telle attitude positive n’est pas à la portée de tous les hommes, ni même, hélas de tous les francs-maçons. Pourtant, en tant que loge de St. Jean, ce but, n’est pas insurmontable, lisons attentivement le IV eme évangile et appliquons le dans la vie de tous les jours. Au chapitre 14 – verset 2 : Jean cite une parole de Jésus aux Apôtres « Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père »
N’est ce pas un message de tolérance ? C’est la tradition dans sa forme ésotérique : elle est unique, mais, elle a suivi diverses voies spirituelles – L’Inde sublime le Sacrifice – Le Bouddhisme célèbre la Charité – Le Judaïsme et l’Islam prônent l’unité – - Le Taoïsme et le Zen glorifient la simplicité – Le Christianisme exalte l’Amour.

L’étude de ces différentes religions, nous montre que la Franc-maçonnerie du Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui est un des derniers dépositaires de la tradition, reprend sous une forme syncrétique toutes ces approches pour en faire un système initiatique universel. La tolérance y est inhérente, la recherche de l’harmonie et de l’équilibre permanente.

Source : www.ledifice.net

Par P\ C\ - Publié dans : Planches
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Jeudi 3 janvier 2013 4 03 /01 /Jan /2013 07:28

Les questions historiques simples appellent souvent des réponses complexes, et à l’évidence appellent parfois des réponses dépourvues de certitude absolue. La difficulté à répondre peut être causée par la façon de définir les termes de la question, les documents disponibles, souvent fragmentaires ou contradictoires, et des problèmes de parti-pris, car l’historien totalement objectif n’existe pas. Je suis, par exemple, écossais, de culture protestante, j’appartiens à la classe moyenne et je ne suis pas Franc-Maçon. L’ensemble affecte inévitablement mon approche des questions historiques telles que celle qui nous occupe ce soir : le lieu et la période d’origine de la Franc-Maçonnerie.

Mes recherches sur ce sujet ont débuté presque par erreur. En effectuant des recherches sur un tout autre sujet, je découvris des preuves de l’existence de Francs-Maçons au début du 17ème siècle en Ecosse et que beaucoup de preuves existantes avaient été négligées par les historiens universitaires. Mes recherches sur ces documents m’ont conduit à la conclusion que la Franc-Maçonnerie commence en Ecosse.

Mon hypothèse de travail quant aux composantes essentielles de la Franc-Maçonnerie était la suivante :

  • l’existence d’institutions bénévoles ou de clubs, appelés Loges, ayant des activités rituelles et conviviales,
  • le postulat que, même si les Loges s’autogouvernaient, elles appartenaient toutes à un mouvement plus vaste, aux pratiques et croyances partagées,
  • la fondation de la structure des Loges et du rituel sur les traditions et mythes des maçons opératifs médiévaux,
  • la revendication pour le métier de maçon de la première place parmi tous les métiers, parce que l’architecture était la reine des Arts et était basée sur des principes mathématiques ou scientifiques,
  • l’enseignement de la morale, au moyen d’un rituel basé sur les pratiques opératives, illustrées par un symbolisme utilisant leurs outils de travail,
  • la possession de « secrets ».

La Franc-Maçonnerie d’Ecosse au 17ème siècle

Je prétends que le mouvement qui apparut dans l’Ecosse du 17ème siècle correspond à tous ces critères. La grande époque de la Franc-Maçonnerie était sans doute encore à venir, au 18ème siècle, où elle est identifiée aux Lumières, mais ce mouvement naquît à partir d’une période antérieure de grandes réalisations culturelles, la Renaissance.

Dans la mesure où on peut dire que la Franc-Maçonnerie, qui devait syncrétiser la culture de nombreuses époques, eut un fondateur, ce fut William Schaw. Schaw était Maître des Travaux du Roi d’Ecosse, Jacques VI, et cherchait, en tant que représentant de la couronne, à placer tous les maçons opératifs d’Ecosse sous son contrôle. Il s’intitulait Surveillant Général des Maçons et fut le premier Maître des Travaux à s’attribuer le titre d’« Architecte du Roi », répandant ainsi sur les maçons une partie de la gloire qui au cours de la Renaissance s’était associée à l’architecture, envisagée comme la Reine des Sciences, ainsi que le plus grand triomphe des mathématiques appliquées au monde. Et les mathématiques étaient de plus en plus perçues comme une clé pour comprendre le monde.

A l’évidence, Schaw croyait que les maçons étaient —ou devaient être— non pas de simples artisans, mais des hommes ayant un rôle dans le progrès des mathématiques. De plus, il croyait que cette importance devait être reconnue au moyen de leur organisation et du rituel. Nous avons là, je pense, deux points significatifs. Schaw appartenait à la génération qui suivit l’apport du Protestantisme en Ecosse par la Réforme. Et Schaw lui-même était catholique (romain) fidèle à une religion interdite, et n’échappa à la persécution que grâce à l’attitude relativement tolérante de la Cour, qui l’employait. Les maçons avec lesquels Schaw travaillait étaient presque tous Protestants, mais cependant, il se peut que, comme d’autres artisans, ils aient ressenti une perte en raison de la Réforme. Auparavant, leurs guildes de métiers remplissaient d’importantes fonctions rituelles et cérémonielles. Elles avaient leurs Saints patrons, leurs processions publiques lors des fêtes de leurs Saints et leurs autels dans les églises. Les guildes étaient en partie des fraternités religieuses.

Tout cela disparut avec la Réforme. Les guildes ne furent plus concernés que par les problèmes pratiques d’organisation des règles de travail des maçons et la supervision de leur formation. Je suggère que Schaw souhaitait restaurer une partie de cette vie rituelle perdue aux maçons, au moyen des loges qu’il patronnait mais qu’il eut soin de dire clairement que la religion n’était pas impliquée, car cela eût été inacceptable dans l’Ecosse Protestante. La fierté et les mythologies des maçons médiévaux pouvaient être ressuscitées et adaptées et les Saints patrons laïcisés furent repoussés à l’arrière-plan. Les rituels et les symboles étaient voués à la morale plutôt qu’au culte, et le statut était fourni par la référence aux mathématiques et à l’architecture.

Les documents sont fragmentaires, mais Schaw établit un système de loges maçonniques en Ecosse, parallèle aux guildes officielles. En 1598 et 1599, il édicta pour elles deux ensembles de règlements, les « Statuts Schaw » régissant essentiellement la vie professionnelle des maçons, mais indiquant clairement qu’en devenant membres des loges, il y avait beaucoup à mémoriser et à garder secret. Afin de faciliter cela, on devait utiliser « l’art de la mémoire ». Il s’agissait d’un technique mnémonique dérivée de la Grèce antique et particulièrement appropriée aux maçons car elle était basée sur la création d’une construction imaginaire, au sein de laquelle on se déplaçait mentalement, en utilisant ses différentes parties comme rappels des idées ou des faits qu’elle contenait. La Renaissance était fascinée par l’Art de la mémoire, et on lui prêtait des pouvoirs quasi magiques. C’était donc pour Schaw une valeur intellectuelle significative à intégrer aux nouvelles loges rituelles qu’il créait.

Exactement au même moment que les Statuts Schaw, les premières archives écrites de loges commencent à apparaître, les plus anciennes étant de 1599. Elles révèlent un système à deux grades, apprenti et compagnon (appelé alternativement maître). Ce n’est qu’un siècle plus tard que le troisième grade apparaît (à nouveau en Ecosse) au moyen d’une séparation de compagnon et maître en deux grades distincts.

Dès le milieu du 17ème siècle, des hommes n’appartenant pas aux loges connaissent leur existence, ainsi que l’existence de leurs secrets, mystère connu sous le nom de « Mot de Maçon ». Dès la fin du siècle, nous savons ce qu’étaient certains secrets, car certains membres des loges commencent à les coucher par écrit, nous fournissant des « catéchismes maçonniques » qui soulignent les rituels d’initiations. Dès 1710, nous connaissons 25 loges en Ecosse, et les procès-verbaux d’un certain nombre d’entre elles ont survécu. En Ecosse, la Franc-Maçonnerie est, semble-t-il, bien établie. Il est vrai qu’après la mort de W. Schaw en 1602, l’organisation centrale s’est perdue, mais les loges se considèrent nettement comme étant liées les unes aux autres, et ayant un but commun.

En Angleterre, par contre, il n’existe aucune trace d’un mouvement maçonnique avant 1700. Il existe quelques références à l’initiation, mais la meilleure interprétation de celles-ci est de dire que quelques anglais commencent à être informés de l’existence de la Franc-Maçonnerie écossaise et en font l’expérience plutôt que d’affirmer qu’une Franc-Maçonnerie anglaise existe déjà.

Appartenance
Cependant, j’ai laissé de côté un aspect essentiel pour les origines de la Franc-Maçonnerie, et certains diraient que cela oriente la démonstration à l’avantage de l’Ecosse.
Qui étaient les membres des premières loges écossaises ? Très majoritairement, des maçons de métier, des travailleurs et leurs employeurs. Certains historiens en ont déduit que cela signifie que les loges écossaises étaient de simples organisations de métier. Ils avaient des idées et des pratiques grossières qui allaient être incorporées à la véritable Franc-Maçonnerie, mais celle-ci n’aurait fait son apparition qu’avec la création de loges fondées par des gentlemen, dominées par des gentlemen. Cet argument, me semble-t-il, fait de la Franc-Maçonnerie une affaire de classe sociale. Les premières loges anglaises du 18ème siècle copièrent les noms de leurs officiers, les noms de leurs grades, et leurs rituels sur les loges écossaises… Mais seule la pratique de ces rituels par des gentlemen les transformeraient en « Franc-Maçonnerie » !

Non seulement cet argument « Franc-Maçonnerie = snobisme » est étrange pour une organisation qui défend un idéal d’égalité, mais il peut être démonté par des preuves écossaises. Dès les années 1640, les loges écossaises recrutaient des membres qui n’étaient pas des opératifs. Certains étaient artisans d’autres corps de métier, mais il y avait aussi des « gentlemen », soldats, négociants et nobles. Et dès les années 1690, des loges commencent à être fondées en Ecosse par des « gentlemen » et dont les membres sont, pour la plupart, des « gentlemen ».

La Franc-Maçonnerie, me semble-t-il, a évolué en Ecosse, à partir du métier de maçon. Puis, remarquablement vite, elle est devenue à la mode dans l’Angleterre du 18ème siècle, et l’initiative de l’évolution ultérieure était désormais anglaise. L’Ecosse avait apporté sa contribution. En Angleterre, la Franc-Maçonnerie fut, dès ses débuts, un mouvement destiné aux élites sociales, sans lien aucun avec les maçons de métier.

Les origines différentes des Maçonneries anglaise et écossaise sont toujours visibles aujourd’hui. En Angleterre, la maçonnerie est toujours l’affaire des élites, hommes d’affaires et professions libérales, aristocratie. En Ecosse, ces élites sont présentes, et souvent importantes, mais il existe aussi de nombreuses loges dont les membres sont principalement des travailleurs. La Franc-Maçonnerie d’Ecosse s’est développée à partir d’organisations de travailleurs, et continue de les inclure. La Franc-Maçonnerie d’Angleterre fut importée toute faite d’Ecosse par des « gentlemen » pour leur usage propre, et ils n’avaient aucun lien avec les opératifs, ni une quelconque intention d’entrer en contact avec des gens aussi humbles.

Source : www.ledifice.net

Par D\ S\ - Publié dans : Planches
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Jeudi 27 décembre 2012 4 27 /12 /Déc /2012 07:34

Il me paraît important, avant d'aborder le thème même de mon exposé, de rappeler l'origine même de la Franc-Maçonnerie. Il permettra de com­prendre son caractère évolutif, en rappelant le mot célèbre d'Edgar Faure, qui disait ici-même, au cours d'une tenue blanche fermée, que «l'évolution, c'est la révolution sans en avoir l'R ».

A l'origine même, la loge est le lieu où les ouvriers opératifs et construc­teurs rassemblent leurs outils, et où ils discutent après le travail.

Ces opératifs se groupent en différents groupements, que l'on va appeler effectivement les loges. Ils ont leurs règles, leurs devoirs de solidarité et de fraternité. Ils ont aussi leur légende et leur rituel. Ils possèdent un système hiérarchique, et tout apprenti peut s'élever dans l'échelle sociale, c'est-à- dire devenir un jour Maître.

C'est précisément le jour où cette promotion sociale cessera d'exister que naîtra le Compagnonnage, révolte des ouvriers opératifs, qui aspirent à la promotion sociale.

Le Compagnonnage, qu'il convient de différencier de la Franc- Maçonnerie, est l'une des premières formes du syndicalisme ouvrier, et principalement connu par les poursuites judiciaires dont il est l'objet à l'époque. H n'a pas seulement pour but de préserver le secret de l'Art, niais aussi d'écarter les espions de la police.

La Franc-Maçonnerie opérative se développe particulièrement en Angle­terre, et essentiellement en Ecosse, où vont naître des loges permanentes, alors que les ouvriers opératifs allaient de loge en loge.

Pour diverses raisons, les loges écossaises vont recevoir au début du XVIIe siècle des non-opératifs, que l'on va qualifier de maçons acceptés.

Différentes explications ont été données à cette nouvelle phase évolutive de la Franc-Maçonnerie : le goût du secret, la très grande vogue de l'architec­ture à cette époque, le désir de rassembler des hommes de diverses tendan­ces religieuses à l'époque où apparaissent les premiers conflits religieux, et le goût très prononcé des Anglais pour ce que l'on appelle la convivialité.

Qu'on ne se méprenne pas surtout sur le travail effectué dans ces loges. On ne fait pas de politique, ou même de symbolisme, on se réunit volon­tiers autour d'un alambic, pour célébrer la joie de vivre, en buvant copieusement et en y chantant des chansons souvent paillardes. Un tableau du célèbre peintre Maçon Hogarth montre le retour «d'un Véné­rable Maîtrç » après une tenue plutôt arrosée.

Cependant, on y voit apparaître un nouveau degré maçonnique, dit de Compagnon. Le Maître est toujours le Maître de la loge. Mais les loges écossaises, et ensuite anglaises, vont subir une nouvelle évolution, due à l'influence des philosophes, comme Bayle, et surtout Locke, et également de la Royal Science Academy, et l'un des premiers grands Maîtres ne sera autre que Jean-Théophile Désaguliers, fils d'un pasteur de l'Eglise réfor­mée de La Rochelle, né à Aytre, et réfugié en Angleterre à la suite des per­sécutions à l'encontre des protestants. Fait important, Désaguliers est le secrétaire de Newton.

Les loges anglaises sont de plus en plus influencées par les idées de tolé­rance. Je ne reviendrais pas sur cette époque, qui a fait l'objet de très remarquables travaux d'Henri Tort, passé Grand Maître de la Grande Loge de France.

Si l'on ne pouvait réunir les églises comme le souhaitait Leibnitz, dans sa correspondance avec Bossuet, ne peut-on réunir les hommes de bonne volonté.

Comme on le sait, quatre loges de Londres au nom pittoresque vont se réunir en 1717, pour constituer la Grande Loge de Londres, et sur les instigations du Duc de Montagu, noble mais savant, une commission va être désignée, afin que « l'Histoire, les obligations, les règlements et le droit du Maître fussent imprimées ». Ces constitutions ont un caractère unique dans l'histoire de l'Angleterre, puisque l'Angleterre elle-même n'a pas, sur le plan politique, de constitution. La commission élabora ainsi des constitutions dites « Constitutions d'Anderson », du nom du pasteur James Anderson, qui en fut l'un des principaux auteurs.

Ces constitutions furent proposées en 1723 au nouveau Grand Maître de la Grande Loge de Londres, le Duc de Wharton.

L'article ter de ces constitutions doit être rappelé avec force, car il incarne à lui seul le caractère révolutionnaire de la Franc-Maçonnerie, du moins pour l'époque.

L'article I er donc, concerne Dieu et la religion, et il est ainsi conçu : un maçon est obligé par son engagement, d'obéir à la Loi morale, et s'il com­prend correctement l'Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irreligieux, mais quoique dans les temps anciens, les Maçons fussent obli­gés, dans chaque pays, d'être de la religion de ce pays, ou nation, quelle qu'elle fut, aujourd'hui il a été considéré plus commode de les astreindre seulement à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord, lais­sant à chacun ses propres opinions, c'est-à-dire d'être des hommes de bien, et loyaux, ou des hommes d'honneur et de probité, quelles que soient les dénominations ou croyances religieuses qui, elles, allaient dis­tinguer, par suite de quoi la Maçonnerie devient le centre de l'union et le moyen de nouer une amitié fidèle parmi des personnes qui auraient pu rester à une perpétuelle distance.

Ces idées, chères aux Maçons anglais, devaient rapidement gagner la France.

Il convient ici de rappeler le rôle particulièrement important dans la diffu­sion des idées nouvelles, de Charles-Louis de Secondat, né le 18 janvier 1689, au Château de la Brede. Un mendiant est son parrain, afin qu'il se rappelle toute sa vie que « Les pauvres sont ses frères ». En 1716, son oncle va lui céder sa charge de Président à mortier, tous ses biens, et il deviendra célèbre sous le nom de Montesquieu, dont on peut regretter d'ailleurs que son tricentenaire soit célébré avec peu d'éclat. Montesquieu donc, est membre de diverses sociétés, et notamment de la fameuse Société Royale de Londres, dont nous avons vu qu'elle est composée de nombreux maçons. Il parcourt l'Europe, fréquente les milieux maçonni­ques avant d'être initié le 16 mai 1730 à la très aristocratique loge «Horn » de Westminster. Il assiste à de nombreuses tenues maçonniques en France, il fera d'ailleurs initier son fils, et notamment reçoit le Grand Maître Désaguliers qu'il qualifie dans une correspondance récemment découverte et publiée par la Revue Littéraire, de Belzebuth.

Montesquieu va inspirer notamment la Constitution des Etats Unis, avec son célèbre principe de la séparation des pouvoirs, qu'il évoque dans « l'Esprit des Lois », le législatif (aux Etats-Unis le Congrès), l'exécutif (le Président), et le judiciaire (la Cour Suprême) ; principe d'ailleurs qui est à la base même de notre organisation maçonnique, puisque le législatif, c'est la Grande Loge, l'exécutif, c'est le Conseil Fédéral de la Grande Loge de France, et le judiciaire, le Jury de la Grande Loge.

Les idées de Montesquieu inspireront non seulement les constitutionnels américains, mais bien entendu les constitutionnels français.

En 1726 environ, naissent en France les premières loges.

Si elles ne vont pas tarder à susciter la méfiance des autorités, et notam­ment du Cardinal Fleury, ce n'est tant pas par leur caractère révolution­naire, que par la crainte que des émigrés Ecossais réfugiés en France com­plotent dans ces loges contre la monarchie Anglaise Orangiste, avec laquelle le Cardinal Fleury s'est allié.

Mais ne nous méprenons pas. Luquet, dans son ouvrage consacré à le Franc-Maçonnerie et l'Etat en France au XVIIIe Siècle, et édité par notre regretté Frère Jean Vitiano, rappelle que les mouches, c'est-à-dire les mouchards de la police, et dans un gazetin, c'est-à-dire un rapport, du 28 mars 1797, on peut y lire :

«Ce que l'on trouve le plus extraordinaire, c'est qu'on prétend qu'au moyen de cinq Louis d'or, toutes personnes sont admises dans cette Confraternité, même jusqu'à des laquais et des artisans, en sorte que ces sortes d'assemblées font présumer au plus grand nombre qu'il s'y passe quelque chose qui pourrait bien être contre le bien de l'Etat, et même contre les bonnes mœurs ».

Dans d'autres gazetins, on parlera même de fronde et de cabale contre l’Etat.

Cependant, une nouvelle forme de l'évolution de la Franc-Maçonnerie va apparaître en France avec l'Ecossisme.

L'Ecossisme, contrairement à son appellation, est né en France. C'est une nouvelle forme de la Franc-Maçonnerie, qui comporte un grand nombre de degrés, avec une origine chevaleresque. L'Ecossisme va avoir un succès prodigieux en France, et va se propager en Europe, et bien plus tard aux Etats-Unis.

On a beaucoup discuté sur l'origine de l'Ecossisme.

L'un des inspirateurs de cette nouvelle forme de maçonnerie devait être le Chevalier de Ramsay, qui devait vivre aux côtés de Fénelon à Cambrai de 1709 à 1715, puis ultérieurement auprès de Madame Guyon. Ramsay devait, par son célèbre discours, donner une origine chevaleresque à la Franc-Maçonnerie, mais il devait aussi développer les idées de Fénelon sur la justice et la paix.

L'importance de Fénelon dans les idées du XVIIIe siècle paraît sous- estimée à notre époque.11 faut cependant souligner le caractère initiatique de « Télémaque », roman à clés, et les efforts incessants de Fénelon pour une Europe pacifique, et mettre ainsi fin aux guerres de Louis XIV qui ont ruiné la France. Face aux partis de la guerre, Fénelon va créer une Confrérie, le «Parti du Pur Amour », où on y rencontrera un certain nombre de grands noms de l'aristocratie européenne. On peut consulter à ce sujet un très beau livre de Claude Frédéric Levy, «Capitalistes et pou­voir au Siècle des Lumières ».

Comme le rappelle également Roger Priouret dans un récent article des Deux Mondes, « Ramsay voulait, comme Désaguliers en Angleterre, et Anderson, donner un contenu doctrinal à la Franc-Maçonnerie française, et définir les quatre buts de l'Ordre : l'humanité, la morale pure, le secret inviolable et le goût des beaux-arts ».

La Franc-Maçonnerie va connaître à l'aube de la Révolution française, un énorme succès en France. Comme pouvait l'écrire Marie-Antoinette à sa mère, l'Impératrice d'Autriche : «Tout le monde en fait partie». Proba­blement pas Marie-Antoinette elle-même, mais sa grande amie, la Prin­cesse de Lamballe.

Son beau-frère, le Comte d'Artois, très probablement le Comte de Pro­vence, Louis XVIII.

L'appartenance de Louis XVI elle, est beaucoup plus douteuse. Mais il ne faut pas se méprendre sur les activités des francs-maçons.

On ne discute nullement de politique dans les Loges, c'est un lieu de ren­contre entre gens de bonne compagnie, où un frère se sent l'égal de l'autre. La loge maçonnique est, comme a pu l'écrire Pierre Chevalier, «le Cercle pour le bourgeois du XIXe siècle, le Rotary ou le Lion's Club pour le cadre du XXe siècle ». On y célèbre la vertu, on y cultive la bienfai­sance, et après les tenues, arrive le moment fort attendu du banquet. On a également l'occasion d'y entendre de la musique, grâce aux colonnes har­moniques.

Si, ainsi, les loges maçonniques vivent paisiblement, se gardant d'atta­quer la royauté et l'église, si de nombreux prêtres fréquentent les loges malgré l'excommunication de 1738, un grade maçonnique introduit vers 1761 en France par le Chevalier Dubarailhe, originaire de Nancy, qui avait été prisonnier en Allemagne, devait permettre d'accréditer la thèse des adversaires de la Maçonnerie, au terme de laquelle les maçons étaient l'ennemi de la royauté et de l'église. C'est le fameux grade de Chevalier Kadosch.

Etienne Gout Président d'Honneur de la Commission d'Histoire de la Grande Loge de France, a retrouvé à la bibliothèque de Lyon, le caté­chisme de ce grade, et les instructions secrètes qui ne devaient pas être divulguées, mais qui ont été conservées par ce collectionneur impénitent Lyonnais, qu'était Jean-Baptiste Willermoz. On y fait allusion à deux abominables personnages, Philippe Le Bel et Bertrand de Got, Archevê­que de Bordeaux, que Philippe Le Bel devait faire Pape. Ces deux person­nages bien connus étaient à l'origine de la destruction de l'Ordre du Tem­ple, et de la mort de Jacques De Molay. Il s'agissait donc pour les maçons, et essentiellement pour les Chevaliers Kadosch, de se venger de la royauté et de l'église. C'est sur ce fait que s'appuie Barruel, dont nous aurons l'occasion de reparler, pour incriminer les hauts grades, et qui confortera les accusations de tous ceux qui affirmeront avec lui que les francs-maçons des premiers degrés furent les dupes et les agents incons­cients des arrières-Loges. C'est ce thème qui va revenir dans tous les écrits des adversaires de la Franc-Maçonnerie.

Ce sont les hauts grades donc, qui ont préparé la révolution, comme le rapporte Albert Lantoine, dans «La Franc-Maçonnerie et la Révolution française », l'abbé Proyart ne fait que reprendre l'opinion de Barruel lorsqu'il écrit : «c'était parmi ces exercices atroces qui se formaient sous le nom d'élus, de Rose-Croix, de chevaliers Kadosch, de frères illuminés, tous ces êtres farouches et ces buveurs de sang que l'on devait voir 25 ans après désoler la France et épouvanter la terre. C'était à l'ombre de ces cavernes que pullulait la scélérate engeance des Jacobins ». (Abbé Proyart, « Louis XVI détrôné avant d'être Roi » cité par Albert Lantoine, dans «La Franc-Maçonnerie et la Révolution française » dans « Histoire de la Franc-Maçonnerie française », «La Franc-Maçonnerie dans l'Etat »).

Est-ce à dire qu'il n'y a pas de Loges qui ont été infiltrées par des mouve­ments pré-révolutionnaires. Le phénomène s'est incontestablement pro­duit en Allemagne, ou plus exactement en Bavière, avec les Illuminés de Bavière, dont le créateur était un professeur de droit nommé Weishaupt. L'organisation était très cloisonnée, elle comportait plusieurs degrés d'initiation, et l'objectif de Weishaupt était d'abolir toutes les lois civiles religieuses, pour supprimer en particulier la propriété. Ancien élève des Jésuites, Weishaupt utilisait leurs méthodes.

Un personnage qui va beaucoup intriguer les historiens de la maçonnerie en France, et qui selon certains, aurait voulu jouer le rôle de Weishaupt, est Nicolas de Bonneville, auteur de l'ouvrage « Les Jésuites chassés de la Franc-Maçonnerie et leur poignard brisé par les Maçons ». Bonneville souhaitait-il infiltrer les loges pour créer un programme anti-religieux et anti-révolutionnaire ? Signalons qu'il devait fonder avec son ami l'Abbé Fauchet, le Cercle Social, la Confédération Universelle des Amis de la Vérité, à laquelle appartenait le célèbre Sieyes.

A la veille de la Révolution, le Grand Orient de France a 629 Loges et 30 000 Maçons. Il existe en outre la Grande Loge de Clermont. Vont-elles jouer un rôle fondamental dans la Révolution ?

Il est bon de rappeler que la Convocation des Etats Généraux est précédée de l'Assemblée des Notables, convoqués par Calonne. Calonne suggère un certain nombre de réformes, pour redresser les finances. Il y a parmi les 59 participants toute la haute noblesse, et une majorité de Maçons, mais comme nous le rapporte Roger Priouret, l'unité de la Maçonnerie éclate à cette occasion. Le Grand Maître, le Duc d'Orléans, le futur Phi­lippe Egalité, se prononce contre Calonne et son projet d'impôts, mais pas pour des motifs nobles. « Savez-vous, dit-il, que cette plaisanterie me coûtera 300 000 Livres de rente ? ».

Le véritable Chef du Grand Orient, c'est-à-dire le Grand Administrateur Général Montmorency Luxembourg, est d'avis d'adopter les projets de Calonne, ainsi, Ô ironie, que le Comte d'Artois, qui soutiendra Calonne jusqu'au bout, mais finalement, le projet devait être rejeté.

Calonne renvoyé, et finalement après de multiples péripéties, Louis XVI se décidait de convoquer les Etats Généraux.

Monsieur Pierre Lamarque a étudié le rôle des Francs-Maçons aux Etats Généraux de 1789, et le bilan de ses travaux est le suivant : l'appartenance maçonnique de 200 députés titulaires, de 37 députés suppléants, la répar­tition entre les trois Ordres est la suivante : Le Clergé 17 ou 18, la noblesse 79, le Tiers-Etat 103 ou 117.

C'est dans la députation de la noblesse que la proportion est la plus éle­vée : 81 Francs-Maçons sur 285 députés, soit 28 %, 6 % pour le Clergé et 17 ou 19 % pour le Tiers-Etat, 107 ou 121 sur 619 élus. Il est bon de rap­peler que l'assemblée était composée de 1165 membres.

Or, dès le départ, les opinions politiques étaient plus fortes que l'influence de la Franc-Maçonnerie, et il en fut de même dans les années suivantes.

On sait que, sur l'instigation de Sieyes, les députés du Tiers-Etat déci­dent de qualifier leur Assemblée d'Assemblée Nationale, et qu'ils sont rejoints par les nobles libéraux, dont la majorité est composée de Maçons.

Le 20 juin 1789, les députés de l'Assemblée Nationale trouvent close la grande salle de l'hôtel des « Menus Plaisirs » à Versailles, où ils devaient se rassembler. C'est dans ces conditions qu'ils vont se rendre dans une salle toute proche, celle du « Jeu de Paume », où ils prononceront le fameux serment du « Jeu de Paume », sous la présidence du frère Bailly. Il faut reconnaître que ce serment a un caractère tout maçonnique, que peut-être les historiens n'ont pas retenu : l'Assemblée Nationale arrête que tous les membres de cette assemblée prêteront à l'instant serment solennel de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circons­tances l'exigeront, jusqu'à ce que la Constitution du Royaume soit éta­blie, et affermie sur des fondements solides, et que le-dit serment étant prêté, tous les membres et chacun d'eux en particulier confirmeront par leur signature, cette résolution inébranlable.

Le 4 août 1789, c'est le Duc d'Aiguillon, qui faisait partie depuis 1786 de la Société Olympique qui ne comptait que des francs-maçons qui, avec le Vicomte de Noailles, va proposer la suppression des privilèges. Louis- Marie de Noailles avait pris part à la guerre d'Indépendance des Etats- Unis, avec son parent La Fayette, qui lui aussi était maçon.

Il faut cependant rappeler que ces droits féodaux sont rachetés moyen­nant un très faible intérêt.

Les discours de Noailles ou d'Aiguillon sont accueillis par une ovation générale, et c'est l'atmosphère de la joie collective de la célèbre nuit du 4 août.

L'Assemblée Nationale va ensuite proclamer les droits de l'Homme, très inspirés par la déclaration américaine de 1776. Comment, cependant, ne pas y reconnaître des relents maçonniques, lorsqu'on y lit : « Ces droits sont déclarés d'abord naturels et imprescriptibles, et reconnus par l'Assemblée en présence et sous les hospices de l'Etre Suprême ». N'est-ce pas un hommage discret au Grand Architecte de l'Univers : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Et puis, ces droits eux- mêmes : la liberté, la propriété, la sureté, et la résistance à l'oppression.

Ainsi naît la « Bible des Temps Nouveaux », pour reprendre l'expression de Furet.

Tous les auteurs s'accordent à dire que si les maçons peuvent être divisés dans leurs divers votes, députés du Tiers-état ou de la noblesse ou du clergé, ils ne veulent pas de la chute du Roi. Ce qu'ils veulent, c'est une monarchie constitutionnelle, qui applique les principes de Liberté, d'Ega­lité et de Fraternité. Les idées de la philosophie des Lumières.

Les maçons seront beaucoup moins nombreux à l'Assemblée Législative. Il faut rappeler que les membres de l'Assemblée Nationale avaient décidé d'eux-mêmes qu'ils ne seraient pas éligibles à l'Assemblée Législative. Sur les 745 députés de l'Assemblée, on compte, selon Monsieur Pierre Lamarque, 70 maçons, dont Muraire Lacepede, et peut-être Vergniaud et Couthon.

Si les Maçons sont nombreux parmi les Girondins de la Convention, les grands ténors n'appartiennent pas à la Franc-Maçonnerie, à l'exception de Marat. Robespierre lui-même, contrairement à la légende, n'est pas maçon, mais il appartient effectivement à une famille de maçons.

La Terreur va de plus en plus arrêter les travaux maçonniques. La Franc- Maçonnerie est pratiquement en sommeil. Les caisses du Grand Orient de France sont pratiquement vides, et le Grand Maître Philippe d'Orléans, qui comme on le sait, a voté la mort du Roi, se fait désormais Egalité.

Ce fut le dimanche 24 février 1793, nous conte Pierre Chevalier, que le Journal de Paris publia dans un supplément à son n° 55, la lettre adressée par « Egalité » au journaliste Milcent :

«Paris, ce 22 février 1793, an II de la République...

Je ne puis, malgré ma dignité de Grand-Maître, vous donner aucun ren­seignement sur ces faits qui me sont inconnus ; mais je peux vous mettre en état de répondre aux réflexions et considérations relatives à moi, qu'a mêlées votre correspondant à ses récits vrais ou faux. «Tu sais qu'il a couru un bruit dans toute la France, que le citoyen Egalité, Grand-Maître de toutes les Loges, avait un grand parti à Paris. »

En effet, dès le mois de juillet 1789, le parti de la Cour répandit ce bruit qu'il croyait apparemment utile à ses vues. Un ramassis de calomniateurs contre-révolutionnaires s'en empara au mois d'octobre de la même année, et depuis un parti d'intrigants a essayé de le rajeunir... Dans un temps où, assurément, personne ne prévoyait notre révolution, je m'étais attaché à la franche-maçonnerie (sic) qui offrait une sorte d'image de l'égalité, comme je m'étais attaché aux parlements qui offrait une sorte d'image de l'égalité ; j'ai depuis quitté le fantôme pour la réalité. Au mois de décem­bre dernier, le secrétaire du Grand-Orient s'étant adressé à la personne qui remplissait auprès de moi les fonctions de secrétaire du Grand-Maître pour me faire parvenir une demande relative aux travaux de cette société, je répondis à celui-ci en date du 5 janvier:

Comme je ne connais pas la manière dont le Grand-Orient est composé, et que d'ailleurs je pense qu'il ne doit y avoir aucun mystère ni aucune assemblée secrète dans une République, surtout au commencement de son établissement, je ne veux plus me mêler en rien du Grand-Orient ni des assemblées de francs-maçons...

Je vous prie, citoyen Milcent, de faire parvenir cette réponse à votre cor­respondant par la voie de votre journal.

Je suis votre concitoyen. »

Un autre maçon, célèbre pour d'autres raisons, Choderlos de Laclos, devait jouer un rôle important dans la campagne de l'ex-Duc d'Orléans, pour s'emparer du Pouvoir. Il contribua à l'élection de ce dernier, comme député de la noblesse, l'accompagna à Londres, le fit admettre au Club des Jacobins, participa à l'agitation des Esprits contre Versailles. Ses «Liaisons Dangereuses» auraient pu lui coûter la vie, mais à la différence de son Maître Egalité, il sauvera sa tête.

Si les loges sont pratiquement en sommeil, la maçonnerie ne fut pourtant jamais interdite. Les loges se réunirent clandestinement, d'autres libre­ment ; parmi les loges qui devaient fonctionner, la Loge Themis à Cam­brai, et surtout la « Parfaite Sincérité » à Marseille, qui devait initier le 8 octobre 1793, un personnage dont on devait entendre parler plus tard, Joseph Bonaparte, dont d'ailleurs le frère, Napoléon, avait été un protégé de Robespierre Le Jeune.

Il est inutile de rappeler tous les excès de la Terreur, et le nombre de victi­mes de la guillotine, qui porte le nom d'un non moins célèbre maçon, le Docteur Guillotin.

Mais parmi les victimes, signalons au passage l'authentique aventure de Jean-Marie Gallot, franc-maçon de la loge de « l'Union » de Laval, qui, ayant refusé le serment de la Constitution Civile en 1791, est emprisonné, et le Tribunal lui ayant proposé de jurer fidélité à la République, il refusa et le Président lui dit sans ambages : « Sois sûr que tu vas être guillotiné

». « Oh, ce sera bientôt fait », répondit le Prêtre-Maçon, et Jean-Marie Gallot a été béatifié avec 18 autres martyrs de la Foi en Mayenne par Pie XII, le 19 juin 1955.

Après Thermidor, les loges se montrent relativement inactives. Cepen­dant, la Grande Loge de Clermont rallume ses feux le 24 juin 1995, et le Grand-Orient de France, en 1796.

En 1798, les loges sont officiellement autorisées.

Le rôle de la maçonnerie dans la révolution française devait provoquer de vives polémiques.

Pour certains, la maçonnerie avait tramé un complot contre la royauté et l'église. Nous avons déjà évoqué cette thèse, à propos de la création en France du grade de Chevalier Kadosch.

En 1798, dans ses mémoires, pour servir à l'Histoire du Jacobisme, parues à Hambourg, le fameux abbé Barruel n'hésitait pas à soutenir que l'exécution de Louis XVI et le renversement de tous les trônes avaient été préparés au Congrès de Wilhemsbad. Il n'hésitait pas non plus à mettre en cause les sociétés de pensée, notamment l'Académie française. L'Aca­démie française seule, métamorphosée en club d'impiété, servit mieux la conjuration des Sophistes contre le Christianisme que n'aurait pu le faire toute la colonie de Voltaire. Elle infecta les gens de lettres, et les gens de lettres infectèrent l'opinion publique.

En 1801, un écrivain, l'ex-conventionnel J.J. Mounier, s'éleva avec force contre les affirmations de Barruel, dans un livre intitulé : «De l'influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés sur la révo­lution de France», Témoin des débuts de la révolution et acteur dans les événements qui l'ont suivie, il était particulièrement qualifié pour évoquer le sujet.

Comme le rappelle Albert Lantoine, de nombreux francs-maçons applau­dirent à cette thèse, et en 1802, Abraham, dans son «Miroir de la Vérité», combat dans les termes emphatiques du Temps les conclusions de l'abbé Barruel, qui, «a endossé la tunique rouge et dégoûtante de la calomnie, lors même qu'il croyait s'approprier les ailes bleues de la renommée ».

Thory, de la même manière, va s'indigner contre les écrits qui salissent une société paisible dont le but est de pratiquer les vertus sociales, qui dans tous les temps, a donné les preuves du plus entier dévouement au Souverain et au Gouvernement.

Bien entendu, les prétendues révélations de Barruel seront une source iné­puisable pour les anti-maçons. Citons parmi les auteurs récents, Léon de Poncins, «La Franc-Maçonnerie d'après des documents secrets ». Ber­nard Fay, pour sa part, émettait la théorie selon laquelle la maçonnerie anglaise, par ses idées, avait provoqué les ruines traditionnelles de la noblesse française.

Mais le comble, dans cette histoire, c'est que les maçons, après avoir con­testé avec vigueur les idées de Barruel, allaient indirectement les repren­dre, et notamment Gaston Martin, dans son ouvrage «La Franc- Maçonnerie et la préparation de la révolution (1925)». Tout en niant la participation de la Franc-Maçonnerie dans la mort de Louis XVI, Gaston Martin s'efforce de glorifier l'action du Grand-Orient de France dans ce qu'il appelle la préparation de la révolution.

Nous avons, je crois, suffisamment développé la neutralité de la Franc- Maçonnerie à l'occasion de la révolution française. Ainsi que nous l'avons vu, il y avait des maçons dans les deux camps.

Cependant, comme nous l'avons déjà indiqué, et comme le rapportaient les mouches dès le début de la Maçonnerie en France, la maçonnerie était subversive par son existence même. Les hommes qui s'assemblent, même pour un innocent motif, nous rappelle Lantoine, échangent leurs opi­nions. Rien ne les dispose à penser comme la confrontation de ses opi­nions. Le mot de Bossuet assimilant un homme qui pense à un hérétique traduit aussi bien la lame du pouvoir spirituel que du pouvoir temporel. (Albert Lantoine, «La Franc-Maçonnerie et la révolution française»).

Les francs-maçons ont, par ailleurs, aidé à répandre l'idée de fraternité, pour avoir, dans un cercle restreint, réalisé cette idée chrétienne qui la rende plus familière aux esprits.

Une explication très moderne du rôle de la Franc-Maçonnerie et des socié­tés de pensée nous est donnée par le grand spécialiste de la révolution française, François Furet, qui épouse partiellement les thèses de Toque- ville d'une part, et d'Augustin Cochin d'autre part.

Il manque, à la fin dé l'Ancien Régime, des courroies de transmission entre le Pouvoir et ses sujets. La noblesse de Versailles est domestiquée à la Cour, d'où la thèse de ce que Cochin appelle «la Sociabilité politique», d'où un nouveau mode de relations entre les citoyens où sujets et le Pouvoir.

Les loges maçonniques, les clubs de pensée, les cafés et les théâtres ont tissé peu à peu une société de lumière très largement aristocratique et ouverte au talent et à l'argent roturier, cela, et je cite intégralement Cochin rapporté par Furet, jusqu'en 1788 constitue le contre-pouvoir.

Ce qui caractérise pour Cochin, l'opinion philosophique, c'est ce qu'elle constitue au nom des valeurs et des principes destructibles de l'Ancienne Société, une organisation et une force.

Déjà cette force, comme tout pouvoir, ne peut être toute entière publique, et peut l'être d'autant moins qu'elle ne s'avoue pas comme telle. C'est pourquoi elle a sa force cachée, ses cercles intérieurs, et elle a surtout ses sociétés secrètes comme la Franc-Maçonnerie, expression typique et inévi­table d'un pouvoir qui n'assume pas ses contraintes et dont le rôle est de tisser les solidarités et la discipline d'une hiérarchie à partir d'un recrute­ment fondé sur l'opinion.

Si la maçonnerie est si importante dans le monde historique d'Augustin Cochin, ce n'est pas comme dans Barruel parce qu'elle est l'instrument d'un complot contre l'Ancien Régime, c'est parce qu'elle incarne de façon exemplaire la chimie du nouveau pouvoir, transformant du social en politique, et de l'opinion en action. (Furet, «Penser la révolution», page 290 et suivantes).

Et par ailleurs, ce qui me paraît capital, nous nous maçons, et ce que les auteurs pour la plupart peut-être n'ont pas retenu, sauf précisément Furet, c'est que la Maçonnerie, par son rituel religieux, qui touche au plus profond une civilisation chrétienne, sacralise les valeurs morales de la Philosophie des Lumières : la tolérance, la philanthropie, la fraternité humaine.

Elle ouvre les voies d'un réformisme des élites bien plus que d'une révolu­tion des masses, c'est-à-dire qu'elle est un des ciments du Parti National, et je pense précisément à ces réunions des Etats Généraux, à ces scènes enthousiastes, où les nobles maçons abandonnent leurs privilèges, où, dans un enthousiasme général, on vote les Droits de l'Homme sous l'invo­cation de l'Etre Suprême. N'est-ce pas là vraiment une extériorisation du rituel maçonnique.

Si les maçons n'ont pas ainsi inventé «la révolution française », si la devise Liberté, Egalité, Fraternité n'a pas une origine maçonnique (elle a été inventée par Momoro).

Elle sera la devise de la République française en 1748, les loges maçonni­ques ont, par une ironie de l'histoire, propagé des idées chères à la révolu­tion française, par l'intermédiaire des loges militaires napoléoniennes.

Napoléon va conquérir l'Europe, son appartenance maçonnique a fait l'objet de multiples discussions, mais les membres de sa famille et la plu­part des hauts dignitaires sont maçons.

Or, ces loges militaires vont accepter en leur sein des ressortissants des pays conquis par les armées napoléoniennes.

Certes, ces armées ne laissent pas toujours les meilleurs souvenirs, mais ils propagent dans le monde les idées de Liberté d'Egalité et de Fraternité.

«Liberté chérie », chantaient les soldats de l'an II. La Liberté n'a certes pas conquis le monde, mais la Maçonnerie a propagé en effet dans le monde entier, les idéaux de 1789 pour un monde un peu plus juste, un peu meilleur, et un peu plus fraternel.

Conférence prononcée le samedi 18 février 1989 au Cercle Condorcet Brossolette, par Albert Monosson

Publié dans le PVI N° 72 - 1éme trimestre 1989

Source www.ledifice.net

Par X - Publié dans : Planches
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Mercredi 26 décembre 2012 3 26 /12 /Déc /2012 09:04

L'ordre Dorique


Dans les temps les plus reculés, partout dans le monde, les peuplades nomades se déplaçaient librement en érigeant des pierres dressées, symbole de la flamme céleste,
lumière qui éclaire l'esprit humain. Tous avaient en commun une vision unitaire du monde, du visible, à l'inaccessible à l'esprit humain.
Plus tard l'homme imaginatif doublé de sa ferveur religieuse, donna naissance aux Tumulus, Dolmens et bien d'autres créations.
Puis se dressèrent à travers le monde: pyramides, pagodes, basiliques, temples et
cathédrales: ouvrages des compagnons opératifs
Le 2è voyage initiatique invite les compagnons en devenir, à cultiver les 5 ordres d'architecture que sont: le dorique, l'ionique, le corinthien, le toscan et le composite.
5 ordres représentent 5 marches à gravir dans l'évolution du compagnon en construction.
Pour cela et lors de ce voyage, 2 outils symboliques lui sont offerts: la règle, synonyme de la loi morale, dirige notre conduite et le levier qui nous permettra après ciselage, de poser notre pierre en vue de l'érection du Temple symbolique.
L'architecture de la colonne de pierre du F :.M :. Opératif est comparable à l'architecture du corps humain : une base, un corps de pierres ciselées et empilées et un chapiteau, cette colonne a évolué dans l'histoire. Pour la 2è citée : des pieds, un corps soutenu par 33 vertèbres empilées et une tête dotée d'une intelligence qui doit évoluer dans le temps. Cette colonne multi séculaire du F\ M \ Opératif est riche en enseignements; donnons lui la parole.
L'ordre Dorique est le plus ancien des ordres d'architecture grecque : Le Parthénon en Grèce en est le type (447 AV JC). Harmonie des proportions, il est austère, puissant et robuste. Beauté et raison sont étroitement liées dans la colonne Dorique. Elle repose avec simplicité directement sans base sur le soubassement (stylobate).Elle est courte et massive, elle évoque force et grandeur. Sa hauteur est égale à 8 fois son diamètre de base. Son pourtour est creusé de 20 cannelures formant des crêtes vives, réduites à 16 par les Romains qui ajoutèrent une base. Son chapiteau rectangulaire est peu élevé. En fait, les phénomènes de forme qui sont apparus aux différentes époques dans l'architecture et la décoration dans les différents pays, sont tantôt de l'ordre spirituel, comme les proportions ou les styles, tantôt d'ordre plus matériel comme les éléments ornementaux empruntés tri souvent à la nature. Ils participent à la vie sociale et morale comme des êtres animés. Ils l’expriment dans l'image offerte par l'évolution des goûts comme par l'évolution des meurs. 2 colonnes symboliques prennent une place essentielle dans notre Ordre. C'est Hiram de Tyr qui coula les 2 colonnes d'airain pour le temple de Salomon, nous dit le livre des Rois. Il les nomma Jakin et Boaz. Cet artisan était rempli de sagesse, d'intelligence et de science. L'airain, alliage sacré est synonyme d'immortalité et d'inflexible justice. II est aussi le signe de l'alliance indissoluble du ciel et de la terre. Hiram coula aussi un chapiteau pour chaque colonne, orné de 200 grenades où figuraient des lys, le tout relié par 7 chaînettes festonnée.
Boaz signifie « en force » ; Cette colonne est peinte en bleu considéré comme passive, féminine associé à la lune. Elle se dresse à l'intérieur du temple de la loge, à la porte de l'occident, à gauche en entrant, coté nord. C'est la colonne des apprentis dans le silence et la pénombre du septentrion. Du mot Boaz ressort toute la signification du cabinet de réflexion : descente en soi même vers la source de lumière intérieure et profonde. EN FORCE, c'est la force profonde qui vient de cet approfondissement intérieur. Cette colonne nous parle du travail de l'apprenti ; un peu de lumière naîtra du travail au fond de soi permettant la fermentation intérieure et l'éclosion de l’œuf : renaissance de l'apprenti.
Les grenades, fleurs de lys et chaînettes, préfigurent respectivement ordonnées : le cycle de germination des graines en terre au solstice d'hiver et renaissance de l'apprenti. Puis restitution de l'apprenti à la vie pure et enfin notre chaîne d'union où l'apprenti est soutenu par ses frères dans la lente progression de sa construction, vers la connaissance de soi.
Jakin signifie : « qui établira », qui fondera. Cette colonne est de couleur blanche. Elle est considérée comme active et masculine. Associée au soleil, elle est à droite en entrant dans le temple. C'est la colonne du midi, la colonne des compagnons pèlerins, dans le sillage de la pleine lumière. Grenades, chaînettes et fleurs de lys préfigurent sur cette colonne d'autres aspects symboliques: fécondation du monde ensemencé par l'homme ouvert à l'univers, ardeur du F :.M :; vers un idéal commun et enfin : élévation vers le plus haut de la connaissance, vers la perfection, vers le divin.
Jakin nous parle aussi d'autre chose : c'est l'action de la main, du toucher, du façonnage. C'est la main qui sent et qui crée jusqu'à l'aboutissement final. Cette colonne nous parle bien de l'action qui prend la mesure de l'homme et qui agit sur la création dans une oeuvre de perfectionnement cosmique. C'est à la colonne J que le compagnon peut prendre la parole car il a acquit la capacité intérieure de dire une parole : c'est donc là qu'il reçoit son salaire. Boaz et Jakin symbolise l'accession au spirituel en interaction permanente
Approfondissement intérieure de l'apprenti, expression extérieure et action sur le monde du compagnon en progression vers la maturité féconde.
Après la colonne, laissons parler le coeur : C'est par la Foi qui n'est autre que la lumière de l'esprit nourrie par l'Amour, que nous parviendrons avec sagesse et intelligence à insérer notre pierre ciselée; dans notre temple commun, celui d'une société plus humaine ; La parole est donnée à l'ordre Ionique.

 

L'Ordre Ionique


Le sujet de ce soir m'a permis de me replonger sur mes deux années maçonniques passées à vos côtés. Grâce à cela je vais vous livrer mon sentiment profond, mes pensées actives. Je vous livrerai mon travail intérieur, mon voyage vers mon être le plus profond. Ce voyage qui m'a permis et continue encore à établir mon temple intérieur.
L'ordre d'architecture Ionique ;lorsque je me suis penché sur ce sujet, je suis resté perplexe, profane devant la complexité de cette réalisation.
L'histoire nous donne comme origine :
Les Grecs étant passés dans l'Asie mineure sous la conduite d'Ion, un de leurs chefs, voulurent élever un temple magnifique à Ephèse en l'honneur de Diane. lis cherchèrent, pour décorer ce monument, un nouvel ordre d'Architecture qui, sans être moins régulier que le Dorique, offrit un genre de beauté plus délicate, et qui fût susceptible de recevoir plus d'ornements. Comme l'ordre Dorique avait été déterminé sur le corps de l'homme, ils imaginèrent de régler les proportions du nouvel ordre sur la taille plus délicate des femmes Grecques. Poussant loin l'imitation, ils copièrent les boucles de leurs cheveux, ce qui donna lieu aux volutes du chapiteau, et ils cannelèrent les colonnes pour imiter les plis de leurs vêtements. Ce nouvel ordre fut nommé Ionique.
L'ordre ionique est l'un des trois ordres de l'architecture grecque, caractérisé surtout par un chapiteau orné de volutes et une colonne élancée ornée de cannelures profondes et possédant une base moulurée.
Les ordres d'architectures sont le départ de la construction d'édifices toujours présents de nos jours (Acropole, cathédrales,...). La précision de ces réalisations, les matières nobles employées ont permis de les faire perdurer dans les âges et les différentes générations.
La méthode maçonnique sur cet ordre nous a été transmise par nos frères opératifs.
Je pense qu'il faut prendre en compte plusieurs perceptions qu'offre à notre compréhension cet ordre.
Sur un plan maçonnique je pense que nous pouvons prendre l'inspiration du chapiteau ionique et de sa colonne qui pourrait venir du temple d'AthénaNikè qui me dévoile tout d'abord le sentiment de
    RASSEMBLEMENT: La forme d'ensemble du chapiteau rassemble deux formes, relie la face avant et le face arrière de chaque volute.
Cela nous plonge dans le rassemblement des francs maçons et de leurs idées. Nous sommes tolérant et nous nous acceptons tels que nous sommes. Nous sommes liés par notre serment et par notre existence.
Puis un sentiment
    INCOMMENSURABLE: La synchronisation parfaitement symétrique, bien équilibrée donne à la structure une dimension de grandeur et de gigantisme. La colonne si bien tendu, érigée vers l'infini.
Comme le fil à plomb garant d'une profondeur spatiale du zénith au nadir. De notre existence d'homme vers les étoiles vers l'intouchable ou presque.
Maintenant,
    Expression du CONTINU : Les volutes forment un ensemble de courbe continu qui va de l'une jusqu'à l'autre, mais cette courbe est marquée par des étapes qui sont bien séparées: d'abord elle a la forme d'une spirale, puis elle se transforme en souple horizontale un peu creusé au sommet du chapiteau, puis elle devient la spirale opposé sur l'autre côté du chapiteau.
Ces étapes peuvent être rapportées à celles franchit par le franc-maçon tout au long de son cheminement initiatique, du commencement vers l'infini. Du cabinet de réflexion ou une renaissance à lieu pour perdurer vers une progression lente mais constante.
Voyons maintenant un autre sentiment qui m'est propre
    Expression du LIE : le chapiteau est obtenu au moyen de diverses formes bien séparées visuellement qui sont parfaitement liées ensemble par leur emboîtement mutuel.
Nous sommes comme les doigts d'une seule main, nous sommes liés pour la vie. Quoique différents, comme de diverses formes existantes en architecture, nous nous reconnaissons comme frère. II est donc nécessaire de toujours tailler sa pierre de plus en plus adroitement et finement afin de tenter de devenir un homme libre tant dans sa vie maçonnique que dans sa vie profane afin d'apporter sa pierre à l'édifice.
Cette transmission de savoir et d'allégeance nous permet avec force de passer de l'état de franc maçon opérateur à franc maçon spéculatif. Ce message de la tradition transmis depuis des âges nous permet d'asseoir toute notre logique. Nous utilisons des outils de bâtisseurs. Nous taillons notre pierre brute pour approfondir notre pensée. C'est en participant à la construction de l'édifice, du temple que nous contribuons à consolider la franc maçonnerie.
Ces ordres peuvent se rapprocher aux trois colonnes du temple qui peuvent être symbolisées par la sagesse, force et beauté. La sagesse qui dirige et nous guide, la Force qui nous soutient dans toutes nos difficultés et la beauté qui orne notre conscience
La colonne de mon grade est là pour me guider sur le chemin initiatique du compagnon.
II ne faut pas oublier en conclusion que les cinq ordres, le Toscan, le Dorique, l'Ionique, le Corinthien et le Composite correspondent à la base, à la perpendiculaire, au diamètre, à la circonférence et à l'équerre.

 

L'ordre Corinthien


L'évolution de l'architecture grecque nous amène au 3è ordre fondamental qui apparu au Vè et IVè siècle av JC, l'ordre Corinthien. II se caractérise par une colonne à 24 cannelures et 18 rayons, mais pas de base, son chapiteau orné de feuilles d'acanthe d'où émergent 4 volutes, donne à cette colonne d'origine ionique un couronnement bien venu, par son efflorescence de plus en plus haute et touffue.
Ce chapiteau connaît un vif succès car en plus de son aspect esthétique, il résout le problème du chapiteau ionique qui avait l'inconvénient de ne pas être identique sur toutes ses faces et en particulier aux colonnes d'angle. Ce nouvel ordre allie désormais la force à l'élégance, supplantant le dorique majestueux par la simplicité de sa colonne trapue posée directement sur le soubassement, et l'élégance du ionique due à sa colonne élancée reposant sur une base et son chapiteau décoré de volutes en forme de corne de bélier.
Cette évolution, cet embellissement architectural, me ramène sur un plan maçonnique à notre recherche perpétuelle à nous améliorer en travaillant sur notre pierre cubique, en la façonnant coup après coup aidé du maillet et du ciseau, en effet la connaissance acquise en tant qu'apprenti associé à l'énergie, nous apporte la force pour gommer les aspérités, polir ensuite notre pierre nous ouvrant ainsi peu à peu la voix de la sagesse.
II me reviens sans cesse en tête un des symboles de l'apprenti qu'est la perpendiculaire, ce chemin vers le haut et le bas, qui nous est si bien transmis par Hermes Trismégiste dans la table d'émeraude, dont le but essentiel est de ce connaître soi même, pour trouver sa place dans l'univers, et comprendre que le sens de notre quête est la vie par l'amour. Nous passons de la perpendiculaire au niveau en tant que compagnon, nous avons acquis assez de connaissance de l'intérieur comme vers l'extérieur pour enfin envisager une construction sur des bases solides, qui nous permettrons de nous élever vers le ciel comme les colonnes du temple, les compagnons étaient d'ailleurs appelés au moyen âge, les enfants de Salomon, autrement dit nous suivons l'enseignement de nos maîtres, garant de la tradition maçonnique, au service de cette veuve et de ces orphelins.
Le 1er exemple connu de l'ordre corinthien se trouve au temple d'Apollon de Bassae­Phigalie ( fin du Vè siècle). Callimachus, célèbre sculpteur, serait l'inventeur du style corinthien, et Vitruve qui fut un grand constructeur à l'époque de jules César, nous conte dans son livre IV sur l'architecture la touchante histoire du chapiteau corinthien. II compare les proportions des trois ordres grecs à celles de l'homme, la femme et de la jeune fille. La délicatesse de cette jeune fille à qui l'âge rend la taille plus dégagée et plus susceptible de recevoir les ornements qui peuvent augmenter la beauté naturelle.
C'est une projection de l'être humain, de soi même, de l'intérieur vers l'extérieur, chercher sans cesse au fond de soi le meilleur, et ensuite le partager, l'offrir au monde. Je me rends compte que l'art de l'architecture prend comme source d'inspiration les proportions humaines pour les élever en édifices dédier dans la plupart des cas aux dieux, dans le seul but de rapprocher l'homme de Dieu, mais aussi de rapprocher Dieu de l'homme. Non pas que nous ayons besoin de croire qu'il existe un être supérieur et puissant qui créa l'univers, mais croire simplement que nous pouvons nous élever spirituellement pour mieux comprendre notre univers et accepter que nous ne somme qu'un avec lui, nous servant pour cela de nos 5 sens indispensable à notre croissance et notre recherche.
Ce style corinthien traversera le temps et les époques, il connaîtra différentes phases, tantôt enrichi, mêlé, tantôt simplifié ou abâtardi jusqu'à l'aube du 20 ème siècle. On retrouvera au moyen âge l'emploi de colonnes antiques dans certaines basiliques, voire même la juxtaposition, dans une même file de colonnes, de chapiteaux ioniques, composites et corinthiens, de fûts de diamètre, de hauteur et de types variés. Cette diversité liée d'abord à la difficulté de trouver du marbre en quantité suffisante, devient après l'époque carolingienne un véritable goût, et l'on verra des basiliques italiennes devenir de véritables musés d'art antique. Le chapeau corinthien demeurera longtemps la base du décor monumental.
Nous voyons au centre de notre temple, posée sur le pavé mosaïque, les 3 colonnettes, représentant chacune une style et positionnées en loge suivant un ordre architectural mais aussi symbolique.
En effet, la colonne Dorique qui est la plus ancienne, la plus trapue et la plus résistante était vouée au niveau du rez‑de‑chaussée qui porte le poids de l'édifice, on la retrouve en loge à l'orient face au vénérable qu'elle représente, portant lui‑même le poids de notre atelier.
La colonne tonique, plus qui était destinée aux premier étages des édifices se trouve sur la colonne Boaz et face au 1er surveillant qu'elle représente, lui‑même après le vénérable, supportant une partie du poids de l'édifice et surtout du bon accomplissement du travail des compagnons. Enfin La colonnette corinthienne qui était vouée aux second étages des constructions, placée en loge devant la colonne Jakin, est associé au 2é surveillant qui accompagne les apprentis, et assiste le venérable et le 1er surveillant dans nos travaux de loge.
L'art architectural ne cesse d'évoluer à travers les ages, utilisé pour édifié des temples à la gloire des dieux, s'enrichissant toujours plus par la tradition des siècles passés, cet art nous démontre que les croyances et les idées changent et passent, alors que les lois de l'équilibre et de la géométrie restent à jamais, elles sont la vrai tradition de notre construction personnelle, car elles ont l'avantage d'unir les hommes qui recherchent dans l'harmonie du monde, le modèle de leur équilibre intérieur.

 

Ordre Composite et Ordre Toscan


Je prendrai la suite de mes frères en traitant les ordres architecturaux ou l'on peut trouver deux types d'ordres qui sont :
Les ordres GRECS (dorique, ionique et corinthien) et le sujet de mon travail: les ordres Romains (Composite et Toscan).
Je commencerai par la définition de ces différents ordres, puis je vous donnerai mon sentiment personnel car je pense qu'il est plus intéressant qu'une copie mal faite d'ouvrage. Maintenant, en tin que compagnon, vous m'avez donné le droit à la parole.
C'est avec humilité que je vais la prendre car le verbe en est lié. Nous travaillons dans
des Loges de St‑Jean, l'Evangile selon St jean.
Saint Ignace d’Antioche ne parle‑t‑il parle du « Verbe sorti du Silence » ? ...    

Ordre composite

C'est un mélange savant d'ionique et de corinthien, c'est à dire que nous retrouvons en dessous, la volute ionique et au‑dessus une échine taillée en oves.
C'est au 16eme siècle que les architectes imaginèrent cet amalgame car ils en avaient remarqué un exemple dans l'arc de Titus. (cet arc commémore la prise de Jérusalem 70 ans après JC )

L'ordre composite allie la force dans la beauté, le tout supporté par un pilier lisse, blanc donc vierge et le tout posé sur la terre ou fondation : nos racines, le premier voyage que l'apprenti à vécu.
Le compagnon devra donc faire preuve de beauté dans son action.

Ordre toscan

C'est une imitation de l'ordre dorique Grec. Les Romains l'employèrent avant de faire la conquête de la Grèce. Sa principale caractéristique est l'absence de tout ornement, la pureté simple de l'art.
Durant notre initiation au 2e degrés et pendant notre 2e voyage, deux outils nous sont remis
La règle ‑ représentant la loi morale ‑ et le levier ‑ multipliant nos forces.
Nous retrouvons cet alliage dans le composite ( la force et la beauté, levier et règle ).
Nous sommes au grade de compagnon chacun de nous doit transmettre le savoir acquis pendant la période d'apprentissage.
Je citerai Vitruve « une construction ne tient debout que si les règles sont appliquées ».
Comme dans toute société il y a des lois, des règles à respecter, afin que chacun puisse s'épanouir grâce au bienfait de cette forme de liberté donnée.
Par contre comme nous l'indique le rituel « Ses divers styles se sont succédés dans le temps suivant l'évolution du goût des constructeurs, mais tous ont eu pour objet l'harmonie des édifices qu'ils devaient ériger. »
A nous d'adapter notre savoir par rapport à la situation. La recherche de la vérité n'est pas une science exacte car nous ne sommes confrontés qu'à des êtres vivants donc évoluant eux aussi,
à des civilisations et dans des sociétés tributaires des mêmes éléments.
Un, deux et trois . ....La force, la beauté, la sagesse.
Ces ordres d'architecture nous révèlent encore que tout est symboles; oui, mais je découvre une autre face cachée qui est l'élévation de la pensée par la connaissance que définirai par la naissance de l'être. Je suis encore dans cet état latent, c'est pour cela que l'on ne peut pas parler de maîtrise.
Il faut que j'essaye de tout emboîter pour pouvoir poursuivre mon chemin avant de vouloir le partager.
Nous avons dit, Vénérable Maître.

Source www.ledifice.net

 

Par G\ S\,J\-P\ G\ ,O\C,M\ B\ - Publié dans : Planches
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Mardi 25 décembre 2012 2 25 /12 /Déc /2012 08:57

L’ordre du jour de ce midi prévoyait une planche sur les dimensions de la vie.

Excusez moi mes frères, mais l’actualité sportive du moment, en l’occurrence, la coupe du monde de rugby, m’incite à oser une comparaison entre ce sport et notre démarche initiatique. 

Je ne parlerai pas en béotien, ayant moi-même, pendant de nombreuses années arpenté les chemins de l’Ovalie au poste de talonneur.

Comme en maçonnerie, c’est un monde où l’on se rencontre plus qu’on ne se croise et qui a tout d’une école de la vie.

Les codes s’acquièrent au fil du temps, sur le pré et dans les vestiaires où la nudité des corps nivelle les différences sociales et révèle peu à peu celle des esprits.

Il s’y raconte des légendes où s’affrontent les grands noms de notre panthéon ; il s’y vit des épopées où les émotions brutales et intenses tissent entre les hommes des liens indéfectibles.

Près de deux siècles après la naissance de ce jeu, novices et initiés partagent une culture faite de règles officielles ou officieuses, d’un langage, de rituels, d’un patrimoine et plus important que tout, un esprit !

Rappelons nous le geste frondeur de l’inventeur opératif du rugby , le jeune William Webb Elis qui , sur un terrain de football prend soudain le ballon à pleine main , et le porte dans les buts adverses , en opposition totale avec les règles du jeu.

Quel culot a-t-il fallut à ce jeune homme pour transgresser ainsi les règles établies de l’Angleterre victorienne !

Quel culot faut-il au franc-maçon dans ce monde moderne, industrialisé, rationalisé, dans ce monde où la technique et la technocratie triomphent pour affirmer que la pensée symbolique garde tout son sens et conserve toute sa valeur, constituant une approche originale de la réalité et que les outils peuvent permettre à l’homme d’aujourd’hui de déboucher sur un mode spécifique de connaissance et permettre de mieux appréhender la vie et de la vivre ?

L’idéal du rugby affirme que «  se mesurer à l’autre fait grandir ».

L’autre, a quinze têtes, trente bras et trente jambes,  est « un partenaire » avec qui l’on se construit dans l’affrontement.

Mais il suffit de coller l’oreille à une porte de vestiaire pour entendre une marée de mots d’une violence inouïe qui nous rappelle que, au rugby, la limite entre partenaire et ennemi est fragile. 

Notre vocabulaire aime jouer avec la métaphore du meurtre et de la guerre :

« Dépecer, découper en tranche, réduire en bouillie, faire de la chair à pâté, broyer, écraser….. » et tant d’autres…..

« Se construire ensemble »…. vraiment ???

Il faut reconnaître que ce combat sportif procède d’un rituel inversé par rapport à la maçonnerie ;

Ainsi devons nous laisser nos métaux (canifs, matraques, poings américains) à l’entrée du temple avant la tenue.

Au rugby, l’adversaire qui nous construit ( ?) devient tout à coup un monstre, très fort , très méchant ou au contraire , nul , vilain et boutonneux…

Mais dès que le match est fini, il est à nouveau un type sympa, plutôt vaillant, avec qui l’on va boire des coups, une bonne ambiance de salle humide en quelque sorte !

La vérité au rugby, comme en maçonnerie, c’est que l’adversaire ou le partenaire nous ressemble terriblement.

Fabien Galthié, célèbre international, répond ainsi à la question :

« Quels joueurs avez-vous le plus admirés » ?

Il en cite quelques uns et termine par ces mot : « Mais en grandissant, les modèles ont disparu. J’ai plutôt cherché à m’accomplir. A partir de 25-26 ans, j’avais surtout, en toute modestie, envie de ressembler à moi-même ». 

La beauté du rugby réside dans l’égalité et la victoire ne vaut que si l’on joue contre un adversaire à sa mesure.

L’idéal du rugby est en cela imprégné des valeurs chevaleresques chères à Coubertin : « Dis moi contre qui tu te bats, je te dirai qui tu es ».

La confrontation avec l’autre permet donc de se situer, de trouver sa place.

On se mesure à un adversaire égal, miroir de soi-même, comme dans le rituel d’initiation, pour affirmer sa propre identité.

L’idéal maçonnique dit : « se construire ensemble » et c’est bien ce qui fait l’essence même du rugby.

En fait, la franc-maçonnerie a joué un rôle déterminant dans l’émergence du sport moderne et l’évolution conjointe du courant humaniste franc-maçon et du rugby dans l’Angleterre du XIX° siècle n’est pas un hasard.

Rappelons pour mémoire qu’en 1723, le Frère James Anderson, écrivit les premières règles ou Principe -les Olds Charges toujours en vigueur aujourd’hui.

Un siècle plus tard , alors que la franc-maçonnerie commençait à exercer son influence dans la société anglaise , un personnage clé établit le lien d’origine entre les francs-maçons et le rugby : Sir Thomas Arnold , proviseur du collège de Rugby de 1828 à 1842 , et franc-maçon de grand rayonnement.

Sous son impulsion, la morale humaniste imprégna le monde de l’éducation en Angleterre, et par extension, le rugby.

Arnold arriva dans une institution affaiblie par une hiérarchie entre élèves très dure : les bizutages étaient violents, les plus jeunes se faisaient régulièrement humilier par leurs aînés qui s’adjugeaient un droit de regard tyrannique sur la vie du collège.

L’école avait reçu de nombreuses plaintes et certains éléments avaient même été exclus à la suite de rébellion contre les professeurs.

Franc-maçon à l’idéal humaniste, Arnold s’employa à changer l’esprit qui prévalait au collège : il mit au cœur de son projet éducatif l’idée d’un code de conduite de gentlemen inspiré des valeurs chrétiennes et adressé à toutes les classes sociales sans distinction de pedigree.

Cependant, s’il perçut l’impératif besoin de réformes, il eut l’intelligence de ne pas s’imposer comme un chef autoritaire et ennemi des étudiants.

Au contraire, convaincu de la justesse de ses principes, il s’appliqua à responsabiliser les élèves, à les considérer comme ses assistants et tenta habilement de changer les mentalités.

Les plus anciens ne devaient par exemple plus considérer  le commandement des plus jeunes comme un droit, mais comme un devoir.

Il fit du rugby un relais indirect de son enseignement.

Sa philosophie de l’éducation influença plusieurs générations d’élèves pour qui le rugby était un aspect essentiel de la vie de l’école.

A la fin de leurs études, les « Arnold’s men » se sentaient presque investis d’une mission messianique et voulaient partager avec la société tout entière les valeurs qui leur avaient été transmises.

Beaucoup d’entre eux continuèrent à prêcher la parole du Head master dans d’autres écoles, d’autres villes, d’autres pays.

Arnold avait de plus toujours encouragé les meilleurs talents à s’expatrier pour établir les principes chrétiens de bon gouvernement dans les nouvelles nations de l’Empire.

Cette dispersion de disciples passionnés de rugby aux quatre coins de la planète explique probablement l’essor du jeu, mais aussi sa survie. 

A Oxford, Cambridge et Rugby, dans toutes les écoles et universités qui connurent les premières le football rugby , le ferment franc-maçon servit de limon nourricier aux pratiquants , insufflant un esprit nouveau à ce sport d’équipe unique.

Dès sa naissance, le rugby s’est confondu avec les valeurs franc-maçonnes de fraternité, liberté et union entre les hommes, aussi différents soient-ils.

Le rugby porte haut et fort ces idéaux, qu’il finit même par incarner.

Il se construit autour d’un pivot moral essentiel chez les maçons : la diversité fait la force.

Une équipe et une Loge n’existent que par la complémentarité des différences, voilà notre fierté.

L’extrême variété des cultures, des morphologies, des tempéraments contribue au bonheur des hommes, à leur épanouissement.

Allons même jusqu’à dire : à leur beauté.

Antoine de Saint Exupéry, lui-même maçon écrivit :

« Si tu diffères de moi, frère, loin de me léser, tu m’enrichis. » 

Dans la pensée maçonnique, la diversité enrichit seulement si les liens se nouent, si l’agrégat, si «  l’égrégore » fait de l’addition des individus, une équipe vivante.

La solidarité, la fraternité, grands idéaux maçonniques sont au cœur du jeu ; impossible de gagner sans l’adhésion totale du groupe, sans le soutien infaillible de ses coéquipiers.

Francs-maçons et rugbymen ont d’ailleurs aussi en commun le plaisir de la fête après l’effort, il y a une grande parenté entre agapes et troisième mi-temps !

Le rugby a pris son élan grâce au souffle des bâtisseurs. Il s’est construit sur leur morale et a trouvé son identité au cœur même de leur langage.

Tout se pense en termes de construction, de poutres maîtresses, de ligne de perspective.

Le vocabulaire rugbystique se colore logiquement de la métaphore architecturale, hautement symbolique de la pensée maçonnique.

En Ovalie, par exemple, on appelle certains stades « les temples » et depuis quelques temps on y construit « des loges » !

Les gens y viennent plus pour faire du business que pour réfléchir ou échanger, mais avouons que la coïncidence est troublante.

Plus sérieusement, la mêlée est souvent appelée « cathédrale » et ce sont bien « des piliers » qui la soutiennent.

Le pilier droit, le numéro 3 est d’ailleurs considéré comme la pierre angulaire de la bâtisse.

La mêlée peut-être envisagée comme l’extension sur le terrain de la loge maçonnique : on s’y prend par les épaules et dans l’obscurité des débats, l’union des forces et des dons produit une alchimie sacrée.

Au sein de ce « tas d’hommes » se partagent les secrets  inaccessibles aux non-initiés.

Sorti de la mêlée, le ballon passe de main en main, saisissante image de la transmission de la connaissance.

Pierre Mac Orlan a dit d’ailleurs :

« Une sortie de mêlée, c’est avec le recul du temps une entrée dans la vie ». 

L’histoire du rugby est en marche, ce jeu d’adolescents crée par des adolescents cristallise les valeurs essentielles pour eux : courage, force physique, fidélité et camaraderie.

Comme le dit l’Evangile de Jean : « on ne verse pas le vin nouveau dans de vieilles outres ».

Le football revisité devient rite initiatique, passage symbolique de l’enfance à l’adolescence et gagne ses premières lettres de noblesses, aux côtés des premiers poils sur le menton, des prix d’excellence et du premier baiser avec la fille du directeur.

Fort de cette place centrale dans la vie du collège, le football rugby modifie les comportements collectifs et les mentalités, d’autant plus que le brassage social vient modifier les recrutements habituels de ces écoles d’aristocrates. 

Vous comprendrez, mes Frères, en ces temps de sports médiatisés, pourquoi j’ai voulu vous faire partager cette belle aventure qui relie depuis près de deux siècles franc-maçonnerie et rugby. 

Pour ma part, à l’adolescence, complexé par ma petite taille et peu sportif, j’ai rencontré un homme qui avait pressenti chez moi une ou deux qualités (mon présentateur en quelque sorte).

Je me suis lancé dans le rugby où j’ai acquis combativité, confiance en moi et cet esprit dont je parlais plus avant et que je revis désormais dans ma Loge.

Vous remarquerez que dans ce sport, les décisions de l’arbitre ne sont pas contestées, pas plus que celles du Vénérable Maître ne le sont dans le Temple.

Bien sûr je fus couvert de bleus , de pansements et de boue ; parfois humilié quand mon équipe se déplaçait au sud de la Loire ; dès Clermont-Ferrand nous n’étions plus de taille , mais qu’importe , nous étions cassés mais indestructibles.

Nous sommes, bien loin des chauvinismes exacerbés, totalement baignés dans les valeurs essentielles de nos Ordres avec en plus, le bonheur et l’enthousiasme du spectateur.

Frères de tous les pays rassemblez vous comme se sont rassemblés les rugby mens de tant de pays ! 

Ah ! Oui, j’oubliais les résultats de la coupe du monde…. 

Cà n’est pas l’essentiel, je suis sûr que la troisième mi-temps mettra tout le monde d’accord !!!

Par Gérard Durand - Publié dans : Planches
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