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Lundi 19 novembre 2012 1 19 /11 /Nov /2012 07:11

Dans les loges bleues il est de tradition que, derrière le Vénérable Maître, soit visible un triangle dans lequel se trouve un œil.

Il n'en a pas toujours été ainsi et si on reprend les différents rituels du R E A A, celui de 1802 indique bien un œil dans le triangle, alors que le rituel de 1820 indique que dans ce triangle est inscrit le nom de Dieu, tel qu'il est écrit en caractères hébraïques. Sous cette forme, il prend le nom de Tétragramme.

De nos jours on retrouve ce Tétragramme pour la première fois au 13èmedegré, lorsqu'il est placé sur l'autel des serments, et au 14èmedegré au dessus et derrière le Trois Fois Puissant Grand Maître.

C'est un symbole et fort justement, il ne peut être considéré comme autre chose qu'un symbole parmi tant d'autres.

En français, le nom de Dieu est écrit sous différentes formes telles que Jéhovah ou Yahvé. Toutefois avant d'aller plus loin il sera intéressant de nous pencher sur l'origine grecque du mot Tétragramme.

Le mot grec tétra signifie quatre et le mot gramma à signifie écrit ou lettre.

Le terme Tétragramme lui-même n'est pas un mot qui se trouve dans la Bible, mais c'est un mot utile pour décrire les quatre caractères hébreux employés dans le nom de Dieu. 

Là encore la traduction nous donne les informations suivantes, Jéhovah, ou Yahvé en hébreu, YHWH, le nom personnel de Dieu, est un verbe. C'est le verbe hébreu hawah, à l'imparfait.  

Le Tétragramme est peut-être le plus ancien symbole qui soit à la base de discussion religieuse chez les Israélites, depuis le temps des Patriarches.

Le nom de Dieu que nous, au hasard, prononçons Yahvésans toutefois savoir si c'est, ou pas, la bonne prononciation, celle-ci ne pouvant être impérativement établie, a toujours été retenu par les hébreux dans une très profonde vénération

Ce nom et cette prononciation furent communiqués à Moïse près du Buisson Ardent lorsque Dieu lui dit

Va dire aux enfants d'Israël, je suis Yahvé, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et de Jacob. C'est mon nom pour toujours et il restera dans vos mémoires.

Et plus loin, Il déclare encore, concernant son Nom: Je suis Yahvé. Je suis apparu à Abraham, Isaac et Jacob avec le nom de El Shaddaï, mais mon nom, Yahvé, je ne leur ai pas fait connaître.  

Retenons ce nom hébreu El Shaddaï, le Tout Puissant. C'était le nom sous lequel il avait été jusqu'alors connu par les précédents patriarches. Il est analogue à Elohim (Dieu) qui est décrit dans le premier chapitre de la Genèse comme le créateur du monde. Mais c'est sous le nom de Yahvé qu'il est maintenant pour la première fois communiqué au peuple.

Dans le chapitre 2 de la Genèse, il ne s'agit plus de Dieu Elohim, mais de l'Eternel-Dieu (Yahvé Elohim), indiquant ici un changement dans la manière de désigner Dieu, car dans ce chapitre apparaît pour la première fois, l'Homme.  

Cette annonce de son nom faite par Dieu à Moïse, avec toute une solennité et une présentation religieuse, devient et reste pour les israélites, le sujet d'une profonde vénération et crainte.

Mais les Juifs commencèrent à ressentir des scrupules de prononcer le nom sacré. C'est pourquoi l'on se mit à substituer le titre Adonaï (Seigneur) à Yahvé lors de la lecture à haute voix. Pour signaler cette substitution, les Massorètesplacèrent sous les consonnes du tétragramme YHWH, les voyelles d'un autre nom divin, Adonaï (Seigneur), à savoir e, o, a. Ils indiquaient par là que le lecteur devait prononcer Adonaï et non pas Yahvé lorsqu'il voyait le tétragramme. Mais plus tard certains ont cru devoir lire les consonnes de YHWH avec les voyelles d'Adonaï,YeHoWaH et ont pensé ainsi que Jéhovah était le véritable nom divin, alors qu'il n'avait jamais été prononcé de cette manière.

Une prononciation bi syllabique du Tétragramme telle que "Yahvé" ne permet pas le son vocalique o dans le nom de Dieu.

Pourtant, dans les dizaines de noms bibliques qui contiennent le nom divin, cette voyelle centrale apparaît, tant dans les formes premières que dans les formes raccourcies, comme dans Yonathàn.

C'est pourquoi un linguiste, le professeur Buchanan, dit au sujet du nom divin: En aucun cas la voyelle o n'est omise. Le mot était parfois abrégé en ya, mais jamais en Ya-vé. Quand le Tétragramme était prononcé en une seule syllabe, c'était Yah ou Yo. Quand il était prononcé en trois syllabes, ce devait être Yahowah ou Yahouwah.  Si tant est qu'il n'ait jamais été abrégé en deux syllabes, ce devait être Yaho.

Certains biblistes modernes sont contre l'utilisation de la forme Jéhovah, lui préférant Yahvé, ou encore la forme non vocalisée du tétragramme, comme c'est le cas aujourd'hui parmi les Juifs orthodoxes. L'argument des premiers consiste à montrer que Jéhovah n'était certainement pas la prononciation originale, et qu'il s'agit d'un terme utilisé par le moine espagnol Raymundo Martini dans son livre Pugeo Fidei en 1270. 

Le Dictionnaire de La Bible de Vigouroux définit ainsi la différence qui existe entre les termes Dieu et Jéhovah: Les diverses langues sémitiques avaient simultanément ou séparément deux noms communs pour désigner Dieu: El et Elohim. Les Hébreux ont fait usage de l'un et de l'autre, soit en parlant du vrai Dieu, soit en parlant des dieux des polythéistes. Ils avaient de plus un nom propre pour nommer le Dieu véritable, Jéhovah ou Jahvé, et c'est celui dont ils se servaient le plus souvent.  

Yahvé ou Yehovah est le Nom personnel de Dieu, lorsqu'il est en relation avec l'homme et spécialement avec son peuple. C'est le nom par lequel il s'est fait connaître comme le Dieu de l'alliance avec Israël. Dans un sens général, on dira que Elohim (Dieu) aurait suffi, mais l'addition de Yahvé, (l'Eternel) introduit une qualité de relation particulière.

Eternel est donc une tentative de rendre un sens probable au tétragramme. Même si la solution n'est pas parfaite, elle est plus satisfaisante. Elle vaut en tous les cas mieux que Jéhovah, d'autant que le nom Eternel est passé dans la langue courante en français. Qui n'a jamais dit par exemple, d'un ami ou d'un parent, qu'il était un grand voyageur devant l'Eternel!  

Yahvé Elohim (l'Eternel Dieu) a mis l'homme à l'épreuve. Cette combinaison exprime le mieux l'identification du Créateur avec la chose créée.

C'est pourquoi dans la description de la Genèse, Dieu (Elohim) est la seule désignation convenable pour celui qui donne l'existence à toutes choses mais c'est Yahvé Elohim qui apparaît quand il établit des relations morales ici-bas.

L'homme n'est plus seulement vu comme une créature mais il est mis en contact avec le créateur lui-même. Ainsi s'explique le nom donné par Dieu à Abraham, je suis El Shaddaï, le Dieu Tout-Puissant.   Le nom de Yahvé n'est jamais prononcé par les croyants juifs qui ne mettent jamais ce mot dans leur écriture, le considérant comme tabou, et lui substituant le mot Adonaï où Le Nom. (Ha Shem).

Ainsi, tandis que les juifs se refusaient à prononcer le nom divin, l'Eglise a réussi à l'éliminer complètement des manuscrits grecs et des traductions des deux parties de la Bible.

Aujourd'hui, lorsqu'un juif rencontre le Tétragramme, il lit Adonaï, Seigneur ou Ha Shem, le Nom, et non pas Yahvé comme le rend de façon très hypothétique la Bible de Jérusalem

Dans la Bible de Chouraqui, 1985, on trouve ceci : le Tétragramme Y. H. V. H. est représenté sous deux formes Y. H. V. H. Adonaï et Y. H. V. H Elohim, qui correspondent aux prononciations traditionnelle du nom divin en hébreu.

Une pratique qui a été suivie par les traducteurs de la Bible.  

Le sens exact de YHWH est controversé. On le rattache ordinairement à la racine HWH, devenue HYH, racine du verbe être, que l'on retrouve dans le célèbre récit de la révélation de Dieu à Moïse, en Exode III-13:14: Je suis celui qui suis.

Mon nom est A H Y H, et je serais continuellement avec vous et pour toujours.

C'est confirmé par la suite du même  verset:

Et il ajouta: Voici ce que tu répondras aux Israélites: AHYH m'envoie vers vous.  אהיה  

Nous pouvons lire dans la Bible que Dieu (Créateur des Univers et Protecteur du Peuple Spirituel) s'appelle Yod- He- Vav- He  (Yahvé, Jéhovah)

Le Nom est composé de 4 lettres hébraïques: le Yod, le Hé, le Vav et un deuxième Hé. En plus de la signification de chaque lettre à l'intérieur de l'Alphabet Sacré, elles représentent, chacune, une énergie active dans une période déterminée, autant en ce qui concerne la création des Univers qu'en ce qui concerne notre vie et nos problèmes personnels.

Le YOD י   représente la semence, la graine, la potentialité que doit posséder tout ce qui est porteur de quelque chose. Le Yod représente le masculin, le Père, le germe de toute chose, l'impulsion fondamentale, la Volonté.

Le HE ה   représente la Terre dans laquelle le Yod doit se matérialiser; c'est la période de formation interne, de gestation. Le Hé représente le féminin, la Mère, le moyen matériel où l'œuvre peut être réalisée; la fécondité. Ces deux lettres s'unissent pour composer le mot être, et forment le premier son prononcé par Dieu dans cet impératif célèbre de la Genèse : Soit la lumière ! C’est donc à la fois l’affirmation la plus radicale de l’Etre et l’invocation du Son Primordial.

Le VAV ז   représente le Fils, le résultat de l'action du Yod sur le Hé; c'est l'élément actif, celui qui recueille la potentialité du Yod et la transforme en actes.

Le deuxième HE ה   est le résultat final de ce cycle d'activités. C'est le fruit que donne le Fils, dont l'activité modifie les conditions dans lesquelles se trouvaient les choses dans le stade Yod Cedeuxième Hé devient donc, automatiquement, le Yod d'un nouveau cycle de créations.  Lequel se développera au niveau inférieur. De la même façon que les fruits contiennent les graines d'un arbre futur, le deuxième Hé contient les graines de nouvelles réalisations.  

La compréhension du Nom de Dieu est fondamentale pour comprendre les mécanismes de la Vie, c'est-à-dire les Lois Cosmiques. Yod- He- Vav- He constitue alors la Clef de la Cabale et le Nom correspond ainsi à tous les niveaux de l'action et peut être appliqué à toutes les situations possibles. 

Si dans les faits, la dénomination par les Hébreux du nom de Dieu sous une forme masculine représente le principe actif, les deux premières lettres du tétragramme sont un rappel aux anciennes déités, généralement hermaphrodites ou bisexuelles, reprenant dans leur essence le généreux et prolifique pouvoir de la nature. C'était une doctrine universellement reconnue dans les anciennes religions. Je pense que la franc maçonnerie a pu symboliser cette idée sous la forme du point dans un cercle.  

La prononciation du mot ayant été abandonnée, elle fut définitivement perdue à cause de la particularité de la construction du langage hébraïque qui ne comporte pas de voyelles. Les lettres étant toutes des consonnes ne peuvent donner d'indication possible. De par cette composition de l'alphabet hébreu, les sons voyelles sont insérés oralement et n'étaient jamais indiqués par écrit jusqu'à ce qu'apparaisse les points voyelles, comme ils étaient appelés, qui furent inventées par les Massorètes.  

Comme les sons voyelles ont été à l'origine insérés par le lecteur pendant sa lecture, provenant d'une connaissance orale antérieurement acquise sur la bonne prononciation du mot, il lui était impossible de vocaliser un mot qui n'avait jamais été prononcé en sa présence.

De même que nous lisons Dr que nous prononçons Docteur ou M. prononcé Monsieur, parce que nous avons aussi cette combinaison particulière de lettres, nous ne prononçons pas les lettres elles-mêmes mais les sons qu'elle suggèrent.

Les Hébreux ignorants la façon de vocaliser les 4 lettres du tétragramme, étaient incapables de prononcer ce mot et sa vraie prononciation fut finalement perdue par la majorité du peuple.  

Il n'y avait qu'une personne qui puisse dire correctement ce nom. Le Grand Prêtre, qui l'avait lui-même reçu de ses prédécesseurs et qui le prononçait chaque année le jour de l'Expiation, (Yom Kippour) et à trois reprises, quand il entrait dans le Saint des Saints.

Les traditions maçonniques ont respecté cette idée selon lesquelles les rois pouvaient avoir également ce privilège. Il est dit que Salomon avait été en possession du mot et qu'il l'avait communiqué à ses deux collègues pendant la construction du Temple.

C'est ce mot, qui par le nombre de ses quatre lettres appelées Tétragramme, devint Ineffable et Inaltérables.

Les Cabalistes et les Talmudistes l'ont enveloppé dans un faisceau de superstitions mystiques,   mais tous lui ont montré une grande vénération.

Selon les Talmudistes, si l'on connaît la bonne prononciation du mot, nous pourrons tous comprendre le chant des oiseaux, le langage des bêtes, celui des anges et des démons, l'unité du cœur. Ils disent ce que celui qui est en possession de ce mot a des pouvoirs sans limites et qu'il peut mélanger le Ciel et la Terre.

Les rabbins l'appellent Shem amphorash, ce qui veut dire Le nom qui est déclaré, et disent que David le trouva gravé sur une pierre un jour qu'il bêchait la terre. Notre 13ème degré a un symbolisme analogue, puisque le Nom est gravé et caché au fond de la terre.  

De par le caractère sacré avec lequel ce nom était vénéré, il n'était jamais ou rarement écrit en entier et par conséquence, de nombreux symboles étaient inventés pour l'exprimer. Un de ceux-ci fut la lettre י   ou Yod, équivalent à notre lettre I, J ou Y. qui était l'initiale du mot et souvent inscrite dans un triangle équilatéral. Ce triangle devenant lui-même un symbole de déité.

Ce symbole triangulaire du nom de Dieu mérite notre attention particulière, non seulement parce que le triangle a été présent dans de nombreuses religions anciennes, mais la totalité du symbole a, par lui-même, été indubitablement à l'origine de sa présence dans la franc-maçonnerie où les interprétations du symbolisme respectent la lettre et la forme. 

Du Nom Ineffable lui-même, il est dit qu'il a été préservé dans sa vraie prononciation par les Esséniens qui au cours de leurs rites secrets, se le communiquait de l'un à l'autre en chuchotant.

Auparavant, les Égyptiens, dont les rapports avec les hébreux étaient plus immédiats que tous les autres peuples, avaient une grande similitude de rites, et leur Nom Sacré était utilisé comme un passeport pour l'admission dans leurs Mystères.

Dans les mystères brahmaniques de l'hindouisme, la cérémonie d'initiation se terminait par l'instruction de l'aspirant sur le nom sacré AUM. Les trois lettres avec lesquelles on symbolisait la création, la préservation et la destruction, principes de la Suprême Déité  personnifiée dans les trois manifestations de Brahmâ, Siva, et Vishnou.

Ce sont ces mystères brahmaniques qui présentent le plus de rapport avec notre tétragramme. En effet, le sceau du Brahmatma, l'équivalent du pape pour la religion hindouiste, est composé d'un triangle isocèle, dans lequel est inclus le mot consacré dont, jusqu'à ce jour, aucune traduction n'a pu être trouvée. Ce mot sacré résumait à lui seul toute la connaissance humaine et rendait celui qui le connaissait, égal à Brahmâ. Ce mot était gravé dans un triangle d'or.

Dans les rites perses, le Nom Ineffable était également communiqué au candidat après son initiation. Mithra, la principale divinité de ces rites pris la place du Jéhovah hébreu et représentait le soleil. 

Dans les mystères introduits par Pythagore en Grèce nous trouvons également le Nom Ineffable des hébreux, obtenu sans doute par le sage durant sa visite à Babylone. On dit que Pythagore fut lui-même initié à ces mystères lorsqu'il était dans cette ville.

Le symbole qu'il adopta pour exprimer cette idée fut toutefois différent. Il est effet de 10 points distribués sous forme d'un triangle, chaque côté contenant quatre points.

Le sommet du triangle était un simple point, suivi par deux autres, puis par trois et enfin la base constituée de quatre points. Ces points, par le nombre de chaque rang, étaient en accord avec le systèmes Pythagoricien pour démontrer respectivement la Monade, ou principe actif de la nature, la Dualité ou principe passif, la Triade ou émanation terrestre de leur union, et le Quaternaire ou science intellectuelle. La totalité du nombre était 10, symbole de la perfection. Cette figure fut appelée par Pythagore la Tétractys. Un mot équivalent en signification à tétragramme, et qui fut rendu si sacré que ses fidèles le communiqua aux aspirants dans les rites Pythagoriciens.  

Voyons maintenant la construction du mot connu par ses 4 lettres, Yod, Hé, Vav, Hé.

Ce mot en accord avec le génie de la langue hébraïque, se lit et s'écrit de droite à gauche. L'écriture se fait donc sous la forme moderne  יהזה

Si nous devions le lire suivant notre écriture, nous aurions Hé, Vav Hé, Yod.  

Les écritures hébraïques ont été originalement écrites sans point voyelle. Après que ceux ci aient été ajoutés, le nom de Dieu s'écrivait H.W.H.Y.  L'équivalent phonétique français est devenu YeHVaH.

La prononciation exacte de n'importe quel mot des Ecritures hébraïques est incertaine dans tous les cas. Comme il l'a été déjà mentionné, cette écriture était dépourvue d'indication de voyelles. Lorsque des voyelles ont été ajoutées, la prononciation convenable des noms était sujette à une grande incertitude.

C'est la raison pour laquelle nous ne connaissons pas la prononciation précise du mot divin à l'époque de Moïse. De même nous ne pouvons pas être certains de la prononciation des voyelles parce qu'aucune information écrite n'a été préservée. En tant que mot écrit, le nom divin sans point voyelle est la forme qui nous intéresse dans ce travail.

Selon toute vraisemblance, la combinaison des caractères du tétragramme et de Adonaï devient YaHoVaH. Si la reproduction phonétique appropriée du nom divin tel que prononcé au temps de Moïse est vraiment YHVH, Yahovah, le mot anglais Jéhovah reproduit plus exactement les anciens caractères hébreux, que ne le fait le mot Yahvé.  

Le plus énigmatique reste la prononciation du tétragramme.

Les caractères hébreux sont fidèles et précis mais ils sont sans signification pour nous ou presque, sauf pour des rabbins érudits. C'est la tentative d'amener des consonnes à se transformer en un mot ou un nom imprononçable qui rend le sujet difficile, et il n'est pas dans mon intention de m'y essayer.

Les hébraïsants estimant  généralement que la prononciation Yahvé est la plus vraisemblable.  

La solution la plus économique serait de retranscrire simplement YHWH ou Yahvé, mais c'est prendre le risque de choquer les Juifs dans leur sensibilité. Remplacer Yahvé par Adonaï, ou Seigneur, comme le font bien des versions françaises, c'est d'une certaine façon appauvrir le texte et cela pose problème dans les expressions jumelées Adonaï Yahvé (Deutéronome 9:26). Le nommer Adonaï, c'est-à-dire Seigneur, ce n'est pas remplir et satisfaire à la signification et majesté du mot. Car Adonaï est communicable, étant aux hommes comme à Dieu. Mais Yahvé est incommunicable, ne se pouvant approprier et attribuer, sinon qu'à Dieu seul selon son essence.  

Nous savons, par les recherches archéologiques, que dans les anciens documents égyptiens écrits en démotique, les noms des dieux étaient invariablement représentés par des symboles. La franc-maçonnerie a adopté cette même disposition d'écriture, et le Grand Architecte de l'Univers est habituellement écrit par ses initiales G.A.D.L.U.

L'oeil qui voit tout, l'oeil dans le triangle est également un symbole représentant la déité, mais celle ci, pour un Maçon, est remplacée par le mot Connaissance. Cette représentation étant celle qui figure dans les loges bleues.

L'oeil ouvert a été sélectionné comme symbole de la vigilance et pour un croyant, il peut symboliser une vigilance divine prenant soin de l'univers. Les yeux de Dieu sont au-dessus de tout et ses oreilles sont ouvertes à vos larmes (Psaumes 34-15).

Sur le même principe, les Égyptiens représentaient Osiris par le symbole d'un oeil ouvert et plaçaient ce hiéroglyphe dans tous leurs temples. Son nom symbolique était représenté par cet oeil. Depuis la plus haute antiquité il était adopté comme symbole de l'activité créatrice. Pour les Égyptiens c'était la plus parfaite des figures représentant les trois éléments de la création, l'animal, le végétal et le minéral.

Cette représentation picturale de la déité sous la forme d'un triangle, fut perdue au Moyen Âge chrétien. La description de Dieu, le Père, se fit sous les traits d'un homme âgé, dès le 12ème siècle.

Mais après la période de la Renaissance les artistes revinrent à l'ancienne représentation et redéfinirent l'Etre Suprême par un triangle, le tétragramme dans lequel ces lettres, Yod, He, Vav, He, faute de pouvoir représenter Dieu, tentent de montrer ce qu'il est : l'Etre au-delà de tout être (le Nom que l'on ne prononce pas), la Trinité (le triangle), la Lumière (les rayons). Le siècle des Lumières, amateur de spéculations philosophiques, a souvent utilisé le tétragramme tel que je viens de le décrire, et personnellement je l'ai vu au fronton d'une église du Nord de la France, prés de Valenciennes.  

Pour les francs-maçons, le triangle est le delta, allusion à la quatrième lettre de l'alphabet grec. Le delta où triangle mystique, est généralement entouré d'un cercle de rayon appelé gloire. Les rayons émanant du centre du triangle symbolisent la Lumière. Elle symbolise l'éternelle lumière de la Connaissance émanant du Grand Architecte de l'Univers.  

Le franc maçon étant par principe un homme désireux de s'ouvrir à toutes les cultures, j'espère que cette étude sur le tétragramme et les différents symboles concernant le nom de Dieu, aura pu, comme elle l'a faite pour moi, vous faire progresser sur les voies de la Connaissance.  

 

J'ai dit T.F.P.G.M

 

 

ADDITIF  POUR  LE  30ème  DEGRÉ  

 

Au 27èmedegré, le bijou est un triangle d'or au centre duquel est gravé le Nom Ineffable en caractères hébraïques. Y.H.V.H.

Et toujours à ce degré, le mot sacré est I. N. R. I.

Selon le rituel actuel du 30ème degré, à l'orient est placé un triangle équilatéral, pointe en haut, dans lequel est inscrit en lettres hébraïques le nom divin Y. H. V. H.

Celui-ci devrait donc être écrit יהוה   mais si on examine les lettres inscrites dans le triangle, on trouve אדני   qui correspondent aux lettres Y N R A, écrites suivant la forme latine, c'est-à-dire de gauche à droite, et non suivant l'écriture hébraïque, c'est-à-dire ינדא

 

Or Y N R A ou I N R A est très proche du I N R I du 27ème degré qui sont aussi les initiales des noms hébreux des quatre éléments. Iam, l'eau – Nour, le feu – Ruach, l'air et Iabeshah, la terre.

 

Pourquoi cette lettre A, א   ? Et pourquoi ce changement de caractères entre ce qui est inscrit dans le livret d'instruction du grade et sa représentation graphique? Ou cette lettre A est elle un rappel à ce que Dieu dit à Moïse, en Exode III-13:14: Je suis celui qui suis (ou qui est.

Mon nom est A H Y H, et je serais continuellement avec vous et pour toujours.

C'est confirmé par la suite du même  verset:

Et il ajouta: Voici ce que tu répondras aux Israélites: AHYH m'envoie vers vous. אהיה

Dans ce cas, au 30ème degré, le triangle ne devrait-il pas avoir ces lettres AHYH inscrites, et  comme il est dit AHYH m'envoie vers vous, il serait logique que ce triangle soit pointe en bas, tel qu'il est dans les Aigles du S:.C:.D:.F:.

 

Source : www.ledifice.net



 

 

 

  

Par A.Z - Publié dans : Planches
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Samedi 17 novembre 2012 6 17 /11 /Nov /2012 22:00

Histoire, technique et survivance

Ce qui est fascinant quand on s'approche de l'Ordre Hermétique de l'Aube Dorée c'est de voir combien cette structure si brève-de 1887 à 1903 : à peine seize ans ! - A osé toucher à tous les domaines de l'occultisme aussi bien occidental qu'oriental, a effectué une gigantesque synthèse d'enseignements contradictoires ou inusités, et a influencé toutes les écoles du XX siècle dans tout le monde anglophone - et francophone.

Des audaces forgées par les chercheurs de la Golden Dawn sont considérées comme paroles d'Evangile par nombre de groupes ésotériques, soit issus directement de la Golden Dawn parce que fondés par un ancien membre, soit indirectement par la découverte de leurs travaux et l'adaptation desdits travaux à leur recherche propre.

Nous allons voir tout d'abord quels sont les chercheurs dont la GD a utilisé les découvertes ou les affirmations ; puis nous verrons l'histoire de l'Ordre proprement dit, et enfin les continuateurs de la GD et son influence actuelle.

Les maîtres-passes de la Golden Dawn

Nous pourrons voir d'abord un théoricien de la magie cérémonielle, Cornelius Agrippa, dont les travaux furent centrés sur les analogies entre les objets, les éléments, l'homme, et le cosmos. Agissant sur l'un suivant certaines règles, on pouvait agir sur l'autre par voie de sympathie et par l'union de tout en tout. Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim, (1486-1535) est un homme qui occupe tour à tour de multiples fonctions officielles, comme théologien, philosophe, linguiste, juriste et astrologue, zigzaguant avec les chasseurs de l'Inquisition qui veulent la tête de cet homme libre de toute école. Ses livres sont une référence classique sur les talismans et autres rituels de magie. Si le nom de Paracelse (1493-1541) n'est pas inconnu de la GD, c'est Agrippa qui est la base « incontournable ». Une autre base importante, bien que beaucoup plus obscure, sera le système angélique mis au point par John Dee, (1527-1608), savant gallois, à la suite de révélations vues dans du cristal de roche par le médium Kelly, visions que Dee prenait en notes. Il explique trois magies : naturelle (par sympathie), agissant sur l'élémentaire ; mathématique (nombres et figures) pour le monde céleste ; et religieuse, agissant sur le monde supra-céleste grâce à un système kabbalistique basé sur les anges. Ce système comporte une véritable langue nouvelle, avec grammaire, syntaxe, symbolisme, seule adaptée aux anges qui peuvent venir appelés par leurs vrais noms. Cela entraîne des implications aussi énormes qu'illisibles, que Dee appela « l'énochien », en référence à Enoch qui fut enlevé au ciel sans mourir.

La magie énochienne est l'un des piliers de l'enseignement secret de la GD. De bons livres (en anglais) lui ont été consacrés, et un jeu divinatoire a même été élaboré il y a peu de temps afin de faciliter le travail évocatoire de l'adepte. Bien entendu, les grands classiques de l'alchimie (Corpus Hermeticus, la Fama Fraternitatis, la Confessio Fraternitatis) et des grimoires (surtout les Clavicules de Salomon et le Livre d'Abramelin le sage) sont également utilisés, disséqués, remaniés et réorganisés. La vogue suscitée par « Le Mage » de Francis Barrett (1801) s'amplifie sans cesse, malgré les bourdes dont il est truffé, au point que Barrett fonde une association de magie, dont Montagne Summers (1880-1948) et Frédérick Hockley furent membres. Mais la France aura une grande part à l'élaboration des rituels du futur Ordre : en effet, l'une des références avouées de la GD est Papus, conjointement avec Eliphas Lévi et Court de Gébelin.

L'Ordre Hermétique de l’aube dorée

Les références

Papus (1865-1916) commence à écrire en 1884, à 19 ans et son oeuvre écrite - comme son oeuvre occulte de fondateur et de réunificateur de traditions diverses - est suivie avec passion outre-manche.

Eliphas Lévi (1810-1875) est considéré comme le Grand Kabbaliste du siècle, et ses livres sont épluchés, décortiqués, commentés avec fièvre. Il fait connaître Antoine Court de Gébelin qui avait révélé les secrets du Monde primitif en 1775 et qui avait redonné au jeu de tarots colporté dans les campagnes ses lettres de noblesse.

Les efforts des rosicruciens parisiens (Stanislas de Guaita, Joséphin Péladan) ressuscitent le vieux rêve de faire renaître tous ces héritages oubliés spécifiquement occidentaux, face à l'orientophilie grandissante due à la Théosophie de Mme Blavatski : les Templiers et leurs rites, les Rose+Croix et leur alchimie, les druides et leurs secrets celtiques, les dieux égyptiens et la force de leurs symboles, les mystères énochiens révélés à John Dee et encore inexploités, la divination et la communication avec l'Invisible comme sources de connaissance ésotérique...

Encore davantage activés à Londres par les progrès foudroyants de la Société Théosophique, révélant un monde invisible avec qui converser, et les démonstrations du spirite Douglas-Home, le projet devient de plus en plus « dans l'air du temps ».

Les fondateurs

Il devait prendre naissance dans l'esprit de trois amis francs-maçons qui étaient également membres de la « Societas Rosicruciana In Anglia » (SRIA) : le docteur William Wynn Westcott, (ami de Mme Blavatski, lecteur de John Dee, et Grand-Maître de la Societas dès 1878) ; Samuel Liddel Mathers, qui se fera plus tard appeler MacGregor Mathers, revendiquant une filiation avec le clan écossais MacGregor ; et William Robert Woodman leur ami.

On notera dans la même Societas Kenneth Mackenzie, admirateur de Eliphas Lévi qu'il était allé rencontrer à Paris, et le docteur Felkin. Tous ces noms vont vous devenir familiers, car c'est autour d'eux, et d'une dizaine à peine d'autres noms, que tout va s'édifier.

La fondation

L'une des légendes veut que le voyant Frédérick Hockley, élève de Francis Barrett et professeur de Mackenzie, meure en 1885, laissant derrière lui une vaste bibliothèque, comportant notamment des manuscrits chiffrés avec sans doute un code de la « Polygraphie » de l'abbé Trithème, initiateur de Cornelius Agrippa.Woodford, ami de Mackenzie, reçoit de lui ces documents. Il n'est pas Maçon, mais connaît le goût de Westcott pour les grimoires. Il lui passe les textes, que Westcott refile à Mathers pour décodage. Dans ces manuscrits, qui se révèlent être des notes kabbalistiques en abrégé, Westcott trouve l'adresse d'une rosicrucienne rattachée à la plus ancienne et la plus sûre branche de la vraie Rose +Croix d'origine, Die Goldenne Dammerung (L'Aurore Dorée) : Anna Sprengel, à Nuremberg.

Il la contacte aussitôt et obtient le droit d'implanter une branche anglaise de l'Ordre de la Rose+Croix sous le nom de The Hermetic Order de la Golden Dawn, ce qui sera fait en 1887. Mathers est nommé Imperator. Le premier Temple (équivalent d'une Loge maçonnique) est ouvert en 1888 sous le nom d'Isis-Uranie. Le recrutement est rapide parmi les Frères de la Societas, mais l'Ordre est ouvert aussi aux non-Maçons, et aux femmes. En 1891, Mathers annonce la mort d'Anna Sprengel et la décision de continuer à travailler en dehors du « troisième Ordre », la Rose+Croix allemande. La GD comportait alors un ordre extérieur, et depuis 1892 deux Ordres intérieurs, où se prenaient toutes les décisions concernant les rituels et les axes de travail. C'est en 1891 que meurt Woodman. Westcott et Mathers restent seuls dirigeants de l'Ordre.

Les noms secrets et les grades

La coutume des « nomen » en latin, langue sacrée des rosicruciens, est établie : au grade de Néophyte on choisissait un nomen. Les textes de l'Ordre envoyés aux adeptes portaient comme signature les initiales du nomen de l'auteur. Pour exemple, notons celui de Mathers : Frater Deo Duce et Comite Ferro (DDCF), celui de Westcott : Frater Sapere Aude (SA), celui d'Anna Sprengel : Soror Sapiens Dominabitur Astris (SDA).

On sera frappé par la ressemblance avec les coutumes de la Stricte Observance Templière d'Allemagne, transformée en rite maçonnique dit « Régime Ecossais Rectifié » par l'occultiste lyonnais Jean-Baptiste Willermoz en 1785.

La décoration des temples et nombres d'accessoires ou costumes étaient lourdement inspirés de l'Egypte ancienne, mis à part les créations symboliques propres à la GD. Voici les noms des grades de l'Ordre extérieur (Golden Dawn) : Néophyte, Zélator, Theoricus, Practicus, Philosophus. Dans l'Ordre intérieur (Ordo Rosae Rubae et Aurae Crucis) ( La Rose Rouge et la Croix d'Or), neuf mois après la cérémonie du Portail ou du Voile du Temple, on recevait le degré d'Adeptus Minor qui était subdivisé en Zelator Adeptus et Theoricus Adeptus ; puis venaient les grades d'Adeptus Major, et enfin d'Adeptus Exemptus. Les chefs portaient, dans le Troisième Ordre, les titres de Magister Templi, de Magus et enfin d'Ipsissimus.

Le contenu de l'enseignement

Voyons maintenant le panorama de ce que doit connaître, ou expérimenter, ou approfondir, l'adepte de la Golden Dawn, aidé en cela par des rituels stricts et des calendriers astrologiques tatillons :

1) Au grade de Néophyte était donnée une vue partielle de toutes les activités de l'Ordre, et des rituels déjà importants comme le Signe de Croix Qabalistique et le Rituel Mineur du Pentagramme.

2) Les autres degrés correspondent à l'Arbre des Sephiroth, clef omniprésente dans la Golden Dawn à tous les niveaux ; le Zelator correspond à Malkuth, le Theoricus à Yesod, etc.

Dans le premier Ordre les travaux magiques ne sont guère développés ; on insiste plutôt sur la connaissance de soi par des exercices comme « le Pilier du Milieu » basé sur la kundalini et l'arbre Séphirotique, l'introspection, les visions dans des dessins appelés Tattvas suivant une technique hindoue, la pratique de la Géomancie, du Tarot, et l'apprentissage des bases théoriques de la Qabal, de l'astrologie, etc. Les premiers principes de l'imagination toute-puissante sont expliqués et mis en action, principes qui seront à l'origine de toutes les théories et méthodes de visualisation créatrice dont le Nouvel Age est friand.

3) Dans le Second Ordre, la magie cérémonielle prend une place prépondérante, le Tarot est utilisé d'une autre manière, et l'Adepte est censé maîtriser de nombreux rituels, savoir fabriquer et consacrer divers objets, Bâton de Lotus, Rose+croix personnelle et pantacles, savoir étudier le pourquoi et le comment des rituels qu'il a subis autrefois dans le premier Ordre, et entrer dans le monde énochien.

4) Le Troisième Ordre était uniquement en contact avec les deux fondateurs ; il était surnommé « la Grande Loge Blanche des Adeptes » et recevait ses directives de « mahatmas » que Mathers contactait, dans le plus pur style théosophique, par clairvoyance, projection astrale, rendez-vous mystérieux, ou interrogation « par l'anneau et le disque » c'est-à-dire un pendule au-dessus d'un alphabet circulaire. Le nom de « Troisième Ordre » était aussi donné, par extension, aux Rose+Croix allemands qui, en théorie, étaient leurs supérieurs...ô combien inconnus !

La plupart des textes théoriques ont été publiés en anglais. Le recueil d'Israël Regardie, membre de l'Ordre, ne donne que les textes, peu commentés ; la version française est bien expliquée par des membres actifs de l'Ordre ; les publications de Waite ou de Crowley portent la marque des remodelages dus à leurs auteurs ; et de nombreux continuateurs, membres ou non, tels Gareth Knight, Robert Wang, Gerald Schueler, Dion Fortune, Moryason...se servent des techniques en les adaptant parfois.

Le chercheur qui voudrait opérer concrètement devrait faire une rigoureuse synthèse de ces différentes sources... A moins de recevoir directement d'un vrai Adepte les enseignements oraux qui accompagnent les textes.

Et, bien sûr, chaque continuateur se dit « seul détenteur de LA VRAIE Golden Dawn » ! Mais n'anticipons pas. Réfléchissons seulement sur des techniques aussi diverses que divergentes, basées souvent sur des phénomènes parapsychologiques subjectifs et des traditions clairement affirmées, réunies ensemble pour la première fois, le lien étant établi par des constantes comme le Tarot, la Qabal, les arcanes énochiennes...

Une telle conflagration de pensées diverses et passionnées ne pouvait qu'exploser, tant pour des raisons humaines dues au développement de l'orgueil inhérent à toute magie, que pour des raisons purement eggrégoriques, dues au remaniement de rituels et de structures au fur et à mesure que les expérimentations de l'Ordre Intérieur (RR and AC) se répercutaient sur l'Ordre extérieur (GD).

La faille

La faille se révèle au grand jour avec le départ du Docteur Westcott en 1897. La Golden Dawn était ouverte depuis dix ans. Le motif officiel du départ est le suivant : ayant oublié dans un « cab » des documents officiels de l'Ordre le mettant en cause, Westcott fut sommé par les autorités anglaises de choisir entre son poste de coroner (médecin légiste) et son appartenance à l'Ordre.

Des rumeurs sur de la magie autour des cadavres ne permettaient pas un exercice serein de ce métier à un adepte... On peut légitimement supposer que le caractère autocratique de Mathers fut pour beaucoup dans le choix final de Westcott, fondateur de la première heure.

Dégagé de tout modérateur, MacGregor Mathers s'en donna à cœur joie, régentant et décidant de tout. Qui pourra juger si, sur le plan ésotérique, les décisions de Mathers furent bonnes ou non ? Quoi qu'il en soit, les pleins pouvoirs de l'Imperator commencèrent à énerver les esprits - les esprits incarnés de ses co-adeptes.

Avec le départ de Westcott commence le déclin de l'Ordre en tant que tel. Un des points qui soulevèrent la colère des « rebelles » fut l'initiation dans l'Ordre en 1898 d'un jeune magicien, Aleister Crowley, qui, contre l'opposition des Frères et Sœurs, fut élevé au degré d'Adeptus Minor (le plus haut grade concrètement pratiqué dans l'Ordre Intérieur) par Mathers lui-même au Temple « Ahathoor » de Paris le 16 janvier 1900.

On a dit tant de mal de Crowley qu'il ne peut pas être aussi noir que cela. Si sa vie personnelle fut une succession de débauches sexuelles et de démesure, son oeuvre écrite initiatique est passionnante, lucide et équilibrée. Mais dans l'Angleterre victorienne, même dans une société secrète où se promènent anges, démons et entités, Crowley faisait figure de réincarnation de Satan lui-même, légende qu'il entretenait avec ce sourire moqueur qu'on lui voit sur certaines photos, tirant sur sa pipe et aimant à faire frissonner d'effroi les dames en chapeau à plumes...

La révélation de Mathers

Mais enfin une légende satanique se paie, et une actrice célèbre, Florence Farr, la dirigeante du Temple Isis-Uranie de Londres depuis avril 1897 donne sa démission de son poste à Mathers. Et là, va se passer une chose incroyable, un coup de tonnerre dans un ciel serein : Mathers croit voir dans cette démission une action souterraine de Westcott, et il répond à Florence Farr une lettre, datée du 16 février 1900 depuis Paris, que je traduis ici : « ...je ne peux vous laisser monter une combinaison pour créer un schisme avec l'idée de travailler secrètement ou ouvertement sous les ordres de Sapere Aude (=Westcott) sous l'impression fausse qu'il a reçu un pouvoir sur le travail du Second Ordre par Soror Dominabitur Astris (=Anne Sprengel). Tout cela donc me force à vous dire complètement (et comprenez-moi bien, je peux prouver jusqu'à la garde chaque mot que je dis ici, et plus encore...) et si je suis confronté à SA je dirais la même chose, ne serait-ce que pour l'amour de l'Ordre, et dans ces circonstances qui voudraient un coup vraiment mortel à la réputation de SA, je vous supplie de garder le secret vis-à-vis de l'Ordre pour l'instant, bien qu'au fond vous êtes parfaitement libre de lui montrer ceci, si vous le jugez convenable après mûre réflexion ».

« (Wescott) n'a JAMAIS été en communication, à aucun moment, ni personnellement ni par écrit, avec les Chefs Secrets du (Troisième) Ordre, il avait lui-même contrefait - ou fait contrefaire - la prétendue correspondance entre lui et eux, et ma langue ayant été toutes ces années liée par un Serment du Secret prévu à cet effet, prêté à lui, demandé par lui, à moi, avant de me montrer ce qu'il avait fait, ou fait faire, ou les deux. Vous devez comprendre que j'en dise peu à ce sujet, vu l'extrême gravité de la chose, et à nouveau je vous demande, aussi bien pour son amour que celui de l'Ordre, de ne pas m'obliger à aller plus avant sur ce sujet ».

Mathers ne va pas jusqu'à nier l'existence d'Anna Sprengel - qu'il confondit un temps avec une aventurière, Loleta Jackson, alias madame Horos, alias Swami Viva Ananda - mais le mot était lâché : toute la caution rosicrucienne allemande était un bluff, un énorme bluff, comme l'était d'ailleurs la fantaisiste « Histoire de l'Ordre » du même Westcott.

La chute de l'Imperator

Florence attend quelques jours, demande des explications à Westcott qui nie calmement, regrettant que les témoins de la première heure soient morts. Florence alors divulgue la lettre de Mathers à tous les Adeptes de Londres, qui élisent le 3 mars un Comité des Sept chargé de demander des comptes à Mathers. Mathers refuse fièrement de montrer quelque preuve que ce soit, ne reconnaît aucune autorité au-dessus de lui si ce n'est les dirigeants du Troisième Ordre.

Le 23 mars, il démet Florence Farr de ses fonctions ; le 29 mars, le Second Ordre réuni en assemblée plénière destitue Mathers et le chasse de la Golden Dawn, tous ordres confondus. Mathers les menace de tous les châtiments karmiques possibles, affirme qu'on ne peut le destituer sans son accord à cause de liens magiques.

Crowley le rejoint à Paris, se heurte à la sécession du temple Ahatoor, et organise avec Mathers un véritable « duel de sorcellerie » entre eux et les « rebelles ». Il est dramatique de voir un esprit aussi vaste que celui de Mathers sombrer dans cette guerre des chefs pour un pouvoir qui s'effrite de toute façon.

Chaque Temple se pense seul détenteur des « vrais » rituels, puisque leurs expériences personnelles ont été positives (et elles étaient logiquement positives, vu le magnifique travail des fondateurs sur les rituels). En plus, chaque Frater ou Soror ayant une expérience différente - de par la visualisation des Tattvas entre autres - se sent investi du devoir de « sauver la véritable Golden Dawn ».

Ce phénomène d'éclatement fut précipité par l'existence de groupes de travail secrets au sein même de l'Ordre, existence voulue par Mathers dès 1897 aux fins d'approfondissement des connaissances acquises.

Florence Farr avait ainsi fondé un groupe nommé « La Sphère ». Entre alors en scène William Butler Yeats, (1865-1939) Irlandais, futur prix Nobel de littérature en 1923. Après avoir été dirigeant d’Isis-Uranie, il quitte l'Ordre en 1901, la même année que le procès de Théo Horos et de sa femme pour escroquerie et délits sexuels, procès où le nom et les pratiques de la Golden Dawn furent mis en cause avec l'amplification déformante que vous devinez, et surtout la publication de morceaux de Rituel du Néophyte où le serment prononcé par le récipiendaire fut considéré comme un blasphème.

L'effet démoralisant sur les adeptes de l'Ordre extérieur accentua les ravages de la guerre des chefs... En 1902, le Second Ordre se donna un triumvirat pour le diriger : PW Bullock, vite remplacé par le docteur RW Felkin ; MW Blackden, égyptologue, et JW Brodie-Inner.

L'éclatement de la Golden Dawn

Ils eurent à lutter dès le départ contre Arthur Edward Waite, qui, à la tête d'un groupe d'adeptes, veut modifier le système de direction, pour des raisons qu'il expose en 1903 : être calife à la place du calife, puis faire abandonner toute magie à L'Ordre, réviser tous les rituels, et tout cela pour une bonne raison : Waite affirme que le Troisième Ordre n'existe pas.

Waite et Blackden fondèrent alors leur propre Ordre, avec un temple qu'ils appelèrent Isis-Uranie comme le premier temple de la Golden Dawn. Brodie-Inner rend son temple d'Edimbourg indépendant.

Felkin réagit par un acte magique : il abolit le nom de « Golden Dawn » et lui donne le nom de « Stella Matutina ». C'est cette branche qui est le successeur légal (et spirituel ?) de l'Ordre Hermétique de la Golden Dawn. C'est sous ce nom que Dion Fortune ou Israël Regardie connaîtront l'Ordre. Nous sommes en 1903. L'histoire de l'Ordre est finie : commence celle de ses héritiers.

Les continuateurs

La Golden Dawn eut quasi autant de successeurs que l'ordre Martiniste de Papus, tout en ayant la branche d'origine qui survit parallèlement à ses imitateurs.

Crowley

L'un des plus célèbres continuateurs de l'esprit de la GD est bien sût Crowley. Après avoir fondé son Ordre, Astrum Argentinum, il reçoit les patentes de l'Ordo Templis Orientiis lors d'un de ses nombreux voyages orientaux - d'où il rapporte aussi des yogas.

L'un des dessins fondamentaux de l'OTO représente un ovale contenant en haut un oeil à l'égyptienne, au milieu une colombe bec en bas, et en bas une Coupe enflammée frappée de la croix templière. Il eut de fréquents contacts avec Rudolf Steiner, qui se trouva imprégné de Golden Dawn pour nombre de ses théories sur l'au-delà.

Aleister Crowley mériterait un article à lui tout seul. Disons pour abréger qu'il reformula suivant ses propres calculs le corpus de la Golden Dawn, et que ses opérations sont plus historiques qu'imitables. Il meurt en 1947.

Les successeurs de Crowley quant à l'esprit se révèlent lors de la publication en 1969 de son Tarot peint sur ses ordres par lady Frieda Harris. Un dessin résolument hypermoderne, où le génie de Crowley se lance sans frein. Ses Mineures sont quasi-abstraites, mais sont accompagné d'un mot-clef explicatif. On peut alors suivre à la trace l'influence de Crowley de jeu en jeu, ou d'école en école - comme dans L'Ecole des Serviteurs de la Lumière, pour qui Anthony Clark et sa femme Elisabeth Jo Gill firent un tarot en commun, puis firent chacun un jeu entier.

Dion Fortune

Violet Mary Firth, (Soror Deo non Fortuna, d'où vient son pseudo de plume) entra à Stella Matutina en 1919, au Temple Alpha-Oméga. En 1924 elle fonde la Fraternity of the Inner Light, qu'elle dirige jusqu'à sa mort en 1946. Son oeuvre écrite est vaste et passionnante. En France elle est surtout connue pour « La Cabale Mystique » (Londres 1935 ; Adyar, éditions de la S.T. à Paris, 1937). Gareth Knight en fit partie, et ses deux livres sur la Qabal (éd. Ediru) portent la marque de l'enseignement reçu.

Le Tarot

Suivre la Golden Dawn à la piste du Tarot est bien plus facile en effet :

Waite en 1910 donne sa version dessinée des arcanes décrits dans « le livre T » de la Golden Dawn, le « Rider tarot », et l'accompagne d'un livre où il en dit trop ou pas assez. La particularité de ce jeu c'est que, contrairement au livre T, les Mineures sont des petites scènes illustrant le principe qui leur est attaché.

Mais pas de mot-clef, pas d'alchimie visible ni de Qabal partout : le mysticisme de Waite se dégage de toute magie. A partir du livre et du jeu, puis à partir du Livre T quand il commença à être diffusé sous le manteau, de nombreuses créations s'épanouirent, jusqu'aux auteurs récents comme le jeu de Hanson-Roberts, de Salvador Dali ou de la Rose sacrée…tandis que celui de Crowley inspirait Barbara Walker, spécialiste de la magie féminine, l'allemand Haindl, Gill, Clark, ou l'italien Mario…dans son « Tarot des Ages »…

Des tentatives à partir du livre T lui-même donnèrent naissance au jeu de Robert Wang, supervisé par Israël Regardie, au jeu de Gareth Knight, au jeu de Geoffroy Dowson, au jeu très fidèle de Sandra Tabatha Cicero...

Paul Foster Case, membre de l'Ordre, fonde le BOTA (Builders of Adytum), où chacun doit peindre son jeu lui-même, d'après le livre de Case ; le dessin diffère légèrement de Waite, et a les Mineures abstraites.

Le Bilan

Que dire aujourd'hui de cette comète fulgurante qui traversa la fin du siècle avec tant de lumière et de force avant de disparaître consumée par ses propres flammes ? Son influence, officielle ou cachée, revendiquée ou inconsciente, est énorme. Tous les livres de Kabbale ésotérique viennent d'elle. Sa propre vision de la Qabal, retravaillée par-dessus les distorsions de Eliphas Lévi et de Papus, diffère parfois de l'orthodoxie du Sepher Yetsira, du Bahir et du Zohar, mais elle s'impose aux non-juifs par sa clarté et son aspect pratique.

Tous les livres de magie ont pillé ses rites et ses correspondances, qu'ils l'avouent ou non. Toute étoile à cinq branches puise son sens actuel dans la Golden Dawn, et tout emploi de son tracé est basé sur ses rituels.

Tous les rituels non maçonniques s'inspirent de l'élégante simplicité de ses cérémonies, où la visualisation est reine. Nombre de techniques de bien-être ou de connaissance de soi ou de « yoga des énergies » ou de science des cristaux viennent de ses expériences et de ses exercices. C'est par elle que la Géomancie n'est pas tombée dans l'oubli, et que le Tarot, surtout à partir de la version de Waite publiée en 1910, est redevenu le LIBER MUTUS cent fois redessiné, cent fois recréé, et qui ouvre toutes les portes…

Remonter aux sources de Piobb, de Corneille Agrippa, de Le Nain ou des papyrus des musées oblige, au passage, à « jeter un coup d'œil sur ce qu'en ont fait les types de Londres ». Le rêve fou des trois amis reste dans l'aventure de la pensée comme une des plus fantastiques explorations qui ait jamais été réalisée. Qu'ils soient pour nous un modèle dans leur audace et leur beauté, et que nous ne retenions que cela.

Source : www.ledifice.net

Par X - Publié dans : Planches
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Mercredi 14 novembre 2012 3 14 /11 /Nov /2012 07:19

Au nom du GADLU, VM, mes F et S en vos Degrés et Grades, je voudrais vous présenter comment les symboles et la symbolique de la civilisation de l'ancienne Égypte nous montre la "voie juste" sur laquelle chaque franc- maçon devrait se maintenir pour tendre vers le perfectionnement de son temple intérieur, tendre vers la véritable fraternité, le véritable humanisme, la véritable rectitude morale, la véritable sagesse. Il s'agit de cette voie juste qui permet d'approcher la Beauté, cette fine lueur comparable à la perfection mais qui reste pourtant inatteignable, car le travail sur soi n'est jamais vraiment terminé et se poursuit à l'Orient éternel.
QU'EST CE QUE LA VOIE JUSTE ?
C'est la voie que nous enseignent les outils et les symboles de l'initiation. C'est la voie que nous enseignent aussi les symboles issus du livre des morts ou livre de vie de la civilisation de l'ancienne Égypte. C'est cette voie qui, inexorablement, devrait nous pousser à nous comporter à chaque instant de notre vie, uniquement dans le bien, le bon, le juste, le droit, en lutant contre tous les démons, toutes les tentations, toutes les envies qui jalonnent notre vie terrestre.
QUELLES SONT LES RACINES DE LA CIVILISATION DE L'ÉGYPTE ANCIENNE ? Dans la civilisation de l'ancienne Égypte, tout concoure à l'élévation de l'esprit. Les anciens Égyptiens n'ont jamais voulu ériger de palais royaux, ni de places militaires, mais des temples, des bâtiments religieux, dont la beauté et la dignité forcent encore le respect, depuis plus de 4.000 ans. L'art Égyptien présente toujours, pour ceux qui s'y intéressent, des personnages dignes, certes sereins mais comme préoccupés par une transcendante, un but, un objectif lointain qui oblige au maintien et à l'observation d'un code de conduite bien précis.
Toutes les pratiques et religions de la civilisation de l'ancienne Égyptienne étaient dominées par le mystère de l'autre vie, par l'unité du cosmos et par la transformation de la conscience vers son perfectionnement. La mort au lieu d'être vécue comme une fatalité, était maîtrisée pour donner place à une nouvelle naissance. La religion Égyptienne ne revêt pas un caractère dogmatique définitif tout en ayant pour seule préoccupation perceptible, les mythes et les symboles. Mais quoi qu'il arrive, elle convergeait surtout et avant tout vers l'aspiration à un renouvellement de l'être orienté vers le divin.
Il faut savoir que la vie politique et sociale de l'ancienne civilisation égyptienne était bâtie sur les principes suivants : pérennité, stabilité, désintérêt pour la conquête et l'expansion dans l'espace, pas d'impérialisme, pas de quête du pouvoir personnel, respect mutuel entre époux, charité et respect du prochain, perfection morale, répugner l'usage de la force, le salut de l'âme accordée au bout d'une vie juste.
Le pharaon devait être l'arbitre de justice : il devait en cas de guerre se montrer généreux avec les vaincus et exclure toute notion de compétition, pour rechercher à chaque instant l'harmonie universelle, la MAAT qui nous guide vers la bienveillance envers autrui, l'accomplissement de la justice dans chaque fonction, la protection du faible, la prescription de toutes mauvaises paroles, le rejet de tout écart de langage et de toute forme de colère, même quand cela est lié à une injustice. Mais cette vision, même si elle était très répandue, n'était pas accessible à tout le peuple, car elle était réservée seulement aux initiés.

QUELS SONT ALORS LES ENSEIGNEMENTS DU LIVRE DES MORTS SUR "LA VOIE JUSTE" Rappelons avant toute chose ici, que le livre des morts peut se lire et se comprendre selon qu'on le lise de manière exotérique comme un profane ou de manière ésotérique comme un initié avec les enseignements tirés des symboles.
Ainsi, tout part d'OSIRIS qui est le pharaon qui sortit l'Égypte de la privation et qui a bâti le socle et le concept de la civilisation de l'Égypte ancienne. OSIRIS, est l'être de lumière, le bon, le juste, le droit, le sage, le dieu des morts et du passage à la vie éternelle, le Seigneur de la vérité et de l'Intelligence. Il est le modèle, pour tout individu qui espère vaincre la mort.
Le processus initiatique fait référence au mythe d'Osiris. Il fut assassiné par son frère Seth (allusion à Satan), qui était jaloux de lui. Il jeta son corps dans le Nil. Le corps fut retrouvé par Isis, sœur et épouse d'Osiris, mais Seth s'en empara à nouveau et le découpa en 14 morceaux qu'il dispersa dans toute l'Égypte. De nouveau Isis repartit à la recherche des 14 morceaux avec sa sœur NEPHTYS, épouse de Seth. Elles n'en retrouvèrent que 13, le 14è, le Phallus ayant été mangé par un poisson du nom d'Oxymorphis.
Isis, grande magicienne, qui constitua la 1è momie d'alors, réussit à redonner à Osiris une vitalité réduite afin de recueillir son sperme pour faire naître son fils Horus, l'être nouveau. Il lutta contre son oncle Seth, qui représente ici l'ensemble de tous les démons qui nous bloquent dans notre démarche. Horus a vaincu Seth et a pu de ce fait aller au royaume des morts ramener Osiris à la vie. On voit ici réitérer l'image que nous pratiquons tant en maçonnerie, à savoir Osiris éparpillé et Isis allant réunir tous les éléments épars pour en sortir Horus, l'initié, l'être nouveau.
Ainsi dans le rituel d'initiation, l'initié meurt d'une mort rituelle, revisite son royaume intérieur, lutte contre les démons qui l'empêchent d'être pur, pour enfin renaître et devenir l'initié, l'être nouveau.
Osiris est mort et ressuscité : ce qui signifie la réintégration à l'unité originelle par la convergence des énergies jusqu'alors éparses dans la nouvelle âme réunie. L'appellation d'Osiris s'applique aux individus parvenus à cet état de renaissance. Osiris bien que mort, règne sur le monde inférieur immobile et néanmoins présent, pour remplir son rôle fondamental qui consiste à juger les morts devant la balance de justice et de vérité ! C'est ainsi qu'on évoque le tribunal d'Osiris qui jugera et prendra acte du devenir posthume de chaque individu en fonction de son comportement durant sa vie terrestre, grâce à la déclaration innocence énoncée par les 42 confessions négatives, dont voici quelques énoncés de fautes : je n'ai pas fait punir un serviteur par son maître, je n'ai fait pleurer personne, je n'ai causé de peine à personne, je n'ai pas mis mon nom en avant pour les honneurs, je n'ai pas rendu ma voix hautaine, je ne me suis pas rendu sourd à des paroles justes et vraies, je n'ai jamais failli dans ma fonction d'aider les plus faibles, on n'a pas eu à me faire de reproches, j'ai toujours respecté et salué celui qui était plus grand ou plus petit que moi, j'ai fait et répété le bien, j'ai toujours été juste, le mal n'a jamais habité mes pensées, je n'ai jamais agi avec arrière pensée, etc ....
Ces engagements et les devoirs qui en découlent obligent à faire le bien durant notre vie terrestre.
Le livre des morts est un livre d'initiation qui nous apprend comment continuer sur la "voie juste", en recherchant constamment en nous, l'Osiris, l'être bon et de lumière, et en luttant constamment contre les démons et les tentations intérieures.
C'est seulement quand on aura mené ce combat et vaincu les épreuves qu'on pourra prétendre être un Horus, l'être initié, qui pourra passer avec succès les épreuves du tribunal d'Osiris.
Dans notre chemin initiatique, si nous voulons rester sur la "voie juste", les Neter égyptiens doivent être pour nous des principes de vie à pratiquer, à s'approprier et à respecter. 5. Ainsi, dans l'ancienne Égypte, chaque dieu représentait un principe, un Neter.
MAAT par exemple est la déesse de la vérité, de la justice, de l'équilibre, de la droiture, de l'harmonie, de l'ordre du monde, de loi universelle, etc...
La MAAT veut dire la voie juste, celle qui est garant du tribunal d'OSIRIS, garant de la paix intérieure et de l'innocence de chaque individu. Elle est symbolisée par une balance : d'un côté le cœur, représentant nos actes durant notre vie et de l'autre la plume de MAAT, pour mesurer l'innocence du cœur comparée à la légèreté de sa plume, c'est-à-dire pour savoir si le cœur a été fidèle aux vérités de justice pour pouvoir prétendre à la vie éternelle.
Le Pharaon constitue l'exemple face à ses sujets et son peuple, parce qu'il incarne Maât, car il accomplit son œuvre en harmonie avec le cosmos pour assurer la stabilité de l'état.
On évoque souvent Maât pour souligner la véracité d'un témoignage, l'exactitude d'une mesure, l'honnêteté d'une transaction ou l'équité d'une décision de justice.
THOT est l'initiateur, dieu à tête d'Ibis qui mettra fin à la lutte entre Seth et Horus. Il préside aux relations avec l'autre monde. Thot est l'incarnation des maîtres de la sagesse, il évoque l'influence spirituelle que transmet l'organisation initiatique. Il est le NETER symbolisant de la Sagesse et des Sciences.
LE DIEU SOLAIRE "RA" est une divinité majeure. Il dispense chaque jour la vie à la terre par son énergie rayonnante au rythme de son existence, dans son trajet visible d'est en ouest avant de replonger le soir par l'ouest, dans le monde obscur et souterrain correspondant aux 12 heures nocturnes de son trajet invisible.
ISIS est la déesse qui libère les faibles et les vaincus, comme elle a su libérer Osiris.
SETH est Satan, les démons qui sommeillent en nous et que nous devons apprendre à combattre et vaincre pour pouvoir nous présenter devant Osiris le jour de notre passage vers la vie éternelle.
HORUS est l'être nouveau, né de l'immaculé conception, d'OSIRIS, mort et ressuscité et d'ISIS, sans acte consommé. Il a su vaincre les forces du mal qui sommeille en lui, et c'est en Horus que nous devons nous présenter le jour dernier. On voit d'ailleurs dans ce symbole, les fondements futurs de la religion catholique avec le parallèle entre Horus et Jésus.
ANUBIS est le dieu et le maître des mystères de l'initiation et c'est aussi le dieu à tête de chacal qui introduit les morts dans l'au-delà pour les présenter devant le tribunal d'Osiris.
A travers cette évocation de quelques dieux, on voit bien que les dieux ne se battaient pas entre eux et ne se contredisaient pas dans leurs principes. Chaque dieu respecte de manière complémentaire les mêmes principes que les autres, sachant que l'objectif final est le passage devant le tribunal d'Osiris. Ils oeuvraient dans la même direction, dans la "voie juste". Chaque dieu est complémentaire aux autres, car à eux tous, ils représentent tous les Néter, tous les principes pour "vivre juste, dans la voie juste". Ainsi, pour être dans la "voie juste", il faut commencer par être l'exemple, appliquer à soi même les principe de vérité, de justice, de générosité, d'humanisme et de tolérance et non pas demander aux autres de l'être. De ce fait, s'il nous arrive quelques fois de subir des comportements inacceptables de certains F et S, des mots violents, des situations blessantes qui n'ont pas lieu d'être, nous devons savoir qu'autant l'autre commet des erreurs, autant nous pouvons aussi en commettre. De ce fait, nous devons accepter quel que soit notre grade, de toujours apprendre à mieux écouter, mieux accepter et mieux regarder l'autre, surtout si ses remarques participent de l'effort tant attendu pour la construction de la maçonnerie universelle. D'ailleurs c'est pour cela que l'on n'entend jamais les dieux se battre entre eux, que l'on ne parle jamais des défauts des dieux, mais toujours de leurs qualités.
Pour que l'on ne parle pas de nos défauts, nous devons être constamment dans la "voie juste", du bien, du bon, du droit, de la tolérance, irréprochable et proche des autres. C'est pour tout cela que dans l'Égypte ancienne la sélection des candidats à l'initiation étaient très dure et ils devraient être reconnus apte à l'exercice des fonctions sacerdotales ou civiles pour le grand bien de la société et de l'humanité avant tout.

Nous devons donc, dans nos loges, régler de
manière irréprochable notre processus de sélection des candidats à l'initiation, notre cadre et nos règles d'enquête, mieux régler la préparation de nos tenues, pas d'ascension trop rapide pour les F/S, sans aucun comportement entre grands initiés qui soient incompréhensibles pour les nouveaux initiés, et qui leur donnerait envie de poursuivre leur chemin initiatique de façon non assidue, voire même de nous quitter. Les pharaons, grands initiés se refusaient à toute gloire, toute idée d'hégémonie ou de supériorité sur l'autre. De ce fait toute bataille de chef doit être banni, car inacceptable pour certains, qui ne comprennent pas de trouver pareille situation chez de grands initiés qui sont censés par ailleurs les aider à atteindre l'Horus, l'être nouveau, initié dans la "voie juste". On peut conclure ici que le livre des morts nous montre sans ambiguïté les deux aspects qui habitent tout individu, à savoir le bon et le mauvais, le bien et le mal. Les différentes épreuves que nous révèle les livres de morts, n'a qu'un seul objectif : nous convaincre de tendre vers le 1, l'être initié, l'être nouveau, l'Horus, celui qui doit rester sur la "voie juste" empruntant les symboles de tous les Neters susceptibles de l'aider à passer le tribunal d'Osiris pour poursuivre sa route vers la vie éternelle.
ENFIN UN MOT SUR LA CROIX ANSÉE – ANKH QUE L'ON TROUVE DANS LA MAIN DES DIEUX ET PHARAONS
Il est essentiel de s'intéresser à ces F et S qui s'interrogent sur la voie juste, et qui déçus, ne viennent plus, ne répondent plus aux appels de l'ellémosinaire, ou tout simplement décident de quitter leur tablier car, libres et de mœurs, ils sont venus d'eux-mêmes et peuvent aussi repartir librement. Il me paraît fondamental de leur tendre une main secourable, une oreille pour entendre leurs douleurs ou leurs inquiétudes, peut être même pour mieux les entendre et nous améliorer, grâce à notre regard dans notre miroir. N'est ce pas à cet effet là qu'un miroir incrusté dans la croix ansée – ankh - nous a été remis lors de notre initiation ? L'ANKH symbolise la vie, la fraternité, l'amour, la vie éternelle, le souffle de la vie éternelle, la prospérité et la stabilité. L'ankh désigne la vie éternelle et universelle cachée dans chaque chose. C'est le symbole de la naissance vers une vie éternelle, si nous savons nous rappeler et user des principes pour rencontrer Osiris dans la pureté.
Ce miroir incrusté dans l'ankh serait-il réservé exclusivement aux nouveaux initiés ? Pourquoi sur les papyrus de l'ancienne Égypte tous les dieux et pharaons, en tiennent toujours un à la main ?
Ne dit-on pas à ce sujet que quel que soit notre grade nous ne sommes que de perpétuels apprentis, toujours capables de silence, d'apprendre de l'autre, d'entendre l'autre pour mieux nous améliorer par son regard et l'image qu'il nous renvoie ?
Donc avec un regard dans ce miroir que nous tenons à la main pour la vie dite éternelle, certains soucis rencontrés par nos F et S pourraient dès lors se révéler à nous comme une lumière inespérée. Nos actions et nos décisions devraient aller forcement dans le sens d'un renforcement, d'une consolidation et de la pérennisation de nos propres fondations.
En conclusion, être dans la voie "juste" du franc-maçon consiste à d'abord s’appliquer à soi même, comme le faisaient les dieux et les pharaons, les différents principes ou Neter de la maçonnerie au lieu de le demander aux autres. Nous devons donc tous devenir des modèles d'exemplarité et prendre en tout temps conscience que nous avons les outils et les symboles pour nous améliorer.

Si tu souhaites que tes F et S soient
fraternels, commence par l’être toi-même. Si tu souhaites que tes F et S te respectent, commence toi-même par les respecter.
Si tu souhaites que tes F et S écrivent des planches, commence par en écrire toi- même.
Si tu souhaites que tes F et S t'écoutent, commence par les écouter toi-même.
Si tu veux que tes F et S te comprennent, commence par trouver les mots justes et l'endroit idéal pour leur parler.
Si tu souhaites une tenue parfaite, commence par arriver à l'heure, t'entraîner, lire lentement le rituel afin que chacun de tes F et S s'en imprègne pleinement
Si tu aimes ta loge et la prospérité de ton Obédience, commence par payer ta capitation, tes agapes sans qu'on te le demande et en cas de difficultés n'attends pas que les conflits s'installent pour aller en parler avec ton Elémosinaire.
Si un F ou une S s'en va, cherche à comprendre ses raisons et sors ton miroir de ta poche pour voir s'il n'y a pas lieu d'effectuer quelques ajustements chez toi même, mais surtout ne l'ignore pas car tu ne passeras jamais le tribunal d'Osiris, pour poursuivre ton chemin à l'Orient éternel. Ces principes doivent selon mes observations s’appliquer à toute la maçonnerie comme un contre-pouvoir obligeant à la réflexion et des décisions devraient être prises le plus vite possible en cas de manquement, avant que l'écart momentané de la jambe droite que favorise le 4è pas de la marche du compagnon, ne devienne un écart définitif, regrettable pour notre communauté tout entière. Nous devons veiller à ce que ce 4è pas ne débouche pas sur un 5è qui constitue le retour à la rectitude, à la MAAT, à la voie juste, la vérité, la justice, l'équilibre, la droiture, l'harmonie, l'ordre du monde, la loi universelle, etc...

Mais tout cela doit être une affaire de foi. Avoir la foi ne consiste pas à venir en loge
une fois par mois tout simplement pour honorer l'engagement pris lors de la cérémonie d'initiation. Avoir la foi c'est consacrer quelques instants de son temps précieux à réfléchir à des solutions pour perpétuer les structures et le système auquel on a adhéré : qu'est ce qui ne va pas, qu'est ce que je peux apporter, qu'est ce que je peux faire pour améliorer l'existant, qu'est ce que je peux faire pour aider à la pérennisation de la grandeur de l'œuvre ?
Quand toutes ces questions nous viennent à l'esprit, alors nous nous rendrons compte que nous sommes sur la "voie juste", que lors de notre confession négative devant Osiris, nous ne serons pas triste et que notre cœur s'émerveillera de toutes nos actions accomplies sur terre. Il serait bien que le sac aux propositions revienne chaque fois plein de suggestions, de propositions, de remarques constructives, afin que nous grandissions tous ensemble par le constat et les remarques de chacun d'entre nous.
Aussi, pour terminer, mes chers S et F, libres et de bonnes mœurs, abordez, suggérez pour ne pas subir, afin que l'Étoile flamboyante et les dieux de l'Égypte ancienne nous aident à rester dignement sur la "voie juste", . . . surtout pour aller vers le monde souterrain avec plénitude, espoir, bonheur et enthousiasme.

Source : www.ledifice.net

Par Benj\ Joh\ - Publié dans : Planches
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Lundi 12 novembre 2012 1 12 /11 /Nov /2012 07:12

Les religions chrétiennes actuellement groupent environ 400 millions d'individus ; le culte de Jésus est répandu dans les cinq continents ; son enseignement est à la base de la morale de la plus grande partie du globe, et Victor Cousin à plus dire que «le christianisme que le fondement de la civilisation moderne » ; et, pourtant, la question est toujours pendante de déterminer métaphysiquement la nature exacte du Christ.

Etait-il un homme ? Mais comment admettre alors le dogme fondamental du sacrifice divin pour le rachat du péché originel ?

Etait-il un Dieu ? Mais comment concilier avec le principe fondamental du monothéisme cette solution, qui aboutirait au dualisme divin ; et comment expliquer la passion et la mort de Jésus ?

Etait-il à la fois homme et Dieu ? Et, quels sont les rapports de cette divinité et de son humanité.

L'étude de ces questions a certes sa place en maçonnerie, elle permettra d'évoquer une époque où l'intolérance religieuse a joué un rôle particulièrement néface dans le monde occidental, et a condamné à la ruine toute une partie du monde.

Je n'ai pas l'intention, n'en ayant pas le temps d'examiner dans le détail toutes les argumentations des tous les problèmes que soulève ces questions ; je me bornerai donc à une analyse rapide et objective des controverses auxquelles elles donnèrent lieu au début du christianisme en m'excusant par avance de l'aridité théologique de cet exposé.

La question de la nature du Christ ne paraît guère avoir inquiété les premiers chrétiens qui ne songeaient pas a procéder à l'analyse qualitative ou quantitative de la substance humaine ou divine de Jésus. La Christologie permet de voir s'élever peu à peu la figure du Christ. Au premier siècle, Jésus apparaît seulement comme le prophète par excellence, le messie. Dans ses discours, il ne se dit fils de l'homme, jamais fils de Dieu. Cette appellation ne lui est donnée que par ceux qui l'entourent, et il est manifeste que, dans leur pensée, elle a eu une signification mystique plutôt que générique.

Chez les Pères apostoliques, on ne provoque les indications précises sur la nature du fils. Ils le désignaient sous le nom de Kupios (seigneur ) rarement Theo (dieu ) et ordinairement Theou (de Dieu ). L'Evangile de Saint-Jean comporte un prologue, que nous connaissons bien, dans lequel l'élément divin contenu en Jésus est évoqué est évoqué sous le nom de "Verbe". L'apocalypse se reconnaît à Jésus, dans certains passages, les attributs essentiels de Dieu, notamment l'éternité. Saint-Paul, dans l'Epître aux Colossiens dit qu'il est " image du Dieu invisible, le premier de toutes les créatures ; c'est par lui qu'ont été toutes choses qui sont dans le ciel, et, sur la terre. Il était avant toute chose et toute chose subsiste par lui. C'est expressions paraissent ainsi désigné une divinité inférieure, un être intermédiaire entre Dieu et les hommes. À la fin du deuxième siècle, le fils, le verbe, n'est pas encore devenu l'a égal de Dieu, Tertullien écrivait : il fut un temps où n'existait ni le péché, ni le fils, de sorte qu'alors Dieu n'était ni Juge, ni Père.

Toutefois, cette question ne pouvait laisser les théologiens indifférents. Il est remarquable qu'elle mit aux prises des prélats orientaux, qui avaient été formés dans deux écoles rivales, d'esprit tout à fait différent. L école d'Antioche préférerait aux spéculations théologiques l'étude du texte même de la bible interprétée suivant le sens naturel indiqué par la grammaire et l'histoire. L'école d'Alexandrie, au contraire, se plaisait aux spéculations métaphysiques et à la recherche des interprétations allégoriques.

L'ardeur des controverses fut encore accrue par la rivalité, d'esprit très profane, des deux sièges d'Alexandrie et de Byzance, qui prétendait chacun à la primauté en Orient.

De courant d’ opignon nettement opposé apparurent alors, d'abord chez les théologiens, au sujet de la nature du Christ.

Le premier lui déniait toute nature divine et le considérait comme un simple homme, né placé dans des conditions spéciales et chez qui avait opéré une force divine particulière. Celle d'opinion qu'il fut celle de Paul de Samosate, au troisième siècle, détruisait le dogme de la Rédemption qui a pour principe le sacrifice de Dieu lui-même et fut condamné par les conciles d'Antioche de 264, 267, et 269.

L'autre tendance visait à supprimer la personnalité distincte du verbe pour n'en faire qu'un mode de l'Etre divin se révélant en Jésus Christ, elle affirmait que les trois dénominations de Père, de Fils et de Saint Esprit ne correspondait pas à trois personnalités différentes, mais seulement à trois extensions successives de la même unité. Cette doctrine fut également condamnée par les conciles de 264,267,269. Elle se retrouve encore toutefois au IVe siècle chez Apollinaire de Laodicée qui prétendait que Jésus était Dieu, n'ont pas homme, le verbe divin ayant pris dans le sein de Marie une chair créée par d'autres éléments que ceux de la nature humaine, dont il n'avait que l'apparence.

En condamnant ces deux opinions divergentes, les conciles ne leur avaient pas opposé une définition formulant une doctrine de l'église. Tous les docteurs affirmaient alors la personnalité distincte de l'élément divin contenu dans Jésus. Mais il existait entre eux des divergences profondes. D'ailleurs, l'église, qui avait à se défendre contre des ennemis extérieurs, laissait une grande liberté au développement et à la manifestation des différentes doctrines, pourvu qu'elles ne compromettent pas la foi contenue dans la formule : « je crois en Jésus-Christ, fils unique de notre seigneur, qui a été conçu de l'esprit et qui est né de la vierge Marie. »

Formule concrète ne contenant aucune affirmation transcendante et ne se référant qu'à des faits affirmés.

Elle fut toutefois obligée de prendre position lorsque Arius commença à prêcher une doctrine manifestement contraire à ces principes de base.

Pour lui, les mots Père, Fils, engendrer, s'imposaient avec leur sens naturel ; il était impossible qu'un acte ne supposât pas un moment où il s'accomplit, que la cause ne précédât pas l'effet, que celui qui engendre n'existât pas avant celui qui est engendré, et que, par conséquent le père ne fut pas antérieur au fils. Il est difficile de connaître exactement les idées d'Arius, car tous ses écrits furent brûlés après sa condamnation. D'après ce qui est rapporté, il déclarait croire en un seul Dieu, non engendré, seul éternel, sans commencement ni naissance, principe de toutes choses, avant tous les temps, avant toutes les choses. Ce Dieu aurait donné naissance à un fils unique, créateur de toutes choses mais qui n'existait pas avant d'être engendré et qui, par conséquent, avait eu un commencement. Ce fils n'avait pas été tiré de la substance divine, puisqu'elle est simple et indivisible ; il n'était pas non plus par développement de Dieu, ni une partie consubstantielle de Dieu, ni une forme distincte d'un Dieu unique, qui serait successivement père et fils. Cet être est doué par Dieu de la plénitude de tous les attributs divins, à l'exception de l'éternité qui ne peut absolument pas appartenir à ce qui a eu un commencement. Aussi, Arius n'hésitait pas alors à le regarder comme un véritable Dieu, mais non consubstantiel au père et en quelque sorte inférieure à lui, puisqu'il ne lui manque que l'attribut de l'éternité. Aussi, Arius, fut-il accusé de paganisme comme reconnaissant des dieux inégaux de substances différentes.

Arius, évêque de Constantinople, y prêcha sa doctrine qui eut un grand retentissement et se répandit dans le peuple, provoquant des discussions passionnées et menaçant de créer un schisme. Sa condamnation par le concile d'Alexandrie de 318 provoqua de vives protestations. Les controverses s'échauffant, l'empereur Constantin, fraîchement converti au christianisme anti-arien, provoqua un concile à Nicée en 325, pour régler définitivement ces questions. Après de vives discussions, le concile condamna la doctrine d'Arius et adopta la formule suivante : « nous croyons en un seul seigneur, Jésus-Christ, fils de Dieu, fils unique de Dieu, Dieu né de Dieu, lumière issue de lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré et non fait, consubstantiel au père. Cette décision affirmait donc la nature divine du Christ, allant jusqu'à la consubstantialité. Dans l'exposition résumant ses travaux, le concile précisa sa doctrine de la façon suivant : « Jésus Christ, fils unique de Dieu, est descendu du ciel pour notre salut, il s'est incarné et le fait homme, il a souffert, a été enseveli et est ressuscité le troisième jour.

Arius fut exilé en Illirie, tous les écrits furent brûlés ; ses disciples furent exclus des privilèges attachés à la profession de foi chrétienne et soumis à des charges vexatoires. Par la suite, Constantin modifia son point de vue, et ordonna en 336 la réhabilitation d'Arius mais il mourut l'année suivante. L'attitude du gouvernement impérial varié a ensuite avec les empereurs : les conciles d'Antioche (343) et de Sardique (347) confirmèrent les décisions du concile de Nicée qui fut infirmé par le concile d'Arles (353) mais rétablies par celui de Milan (355.

L'arianisme parut un moment sur le point de triompher ; mais les dissensions entre ses partisans affaiblirent son influence et il fut définitivement condamné par le concile de Constantinople de 381.

Il repart pourtant lors des invasions barbares, car les Wisigoths, Les Vandales, les Suèves, les Ostrogoths les Burgondes les Lombards avaient été convertis par des missionnaires ariens avant leur entrée dans l'empire. Mais ils ne purent y faire de nouveaux adeptes ; ils étaient trop peu nombreux et trop nouveaux chrétiens pour l'imposer. Ils revinrent peu à peu à l'orthodoxie et il n'existe aujourd'hui aucune église arienne.

L'ère des controverses de la nature du Christ n'avait pas été close par la décision du concilie de Nicée, car, s'il avait bien posé le principe de la divinité du fils, il n'avait pas résolu deux questions essentielles : la vierge Marie donna naissance à l'homme Dieu, engendra-t-elle l'homme ou le Dieu ? Et, si elle engendra l'un et l'autre, dans quel rapport la nature divine et humaine coexiste -t -- elles dans la personne de Jésus, son fils ? Question capitale, auxquelles Nestorius d'abord, puis Euttychès essayèrent d'apporter des solutions au cours du Ve siècle.

On n'a que fort peu de détail sur la vie de Nestorius avant en accession au siège de Constantinople en 428. Il est très probable que sa doctrine fut fortement influencée par l'enseignement de Théodore de Nopsueste, qui admettait une nature essentiellement divine en Jésus-Christ, mais niait tout mélange des deux natures et toute communication à l'une d'elle des attributs de l'autre. Ainsi, il a repoussé les expressions " : Dieu est né"," Dieu a souffert"," Dieu est mort", et ne tolérait le titre de " Mère de Dieu " appliquée à Marie que comme formule imagée, dénuée de toute signification théologique.

Fidèles aux méthodes exégétiques de l'école d'Antioche, Nostorius s'attacha à tirer des faits consignés dans le nouveau testament les bases de sa doctrine sur la nature du Christ. Or, certains de ces faits : naissance d'une femme, croissance, faim, soif, tentation, connaissance limitée, subordination déclarée devant Dieu le père, souffrances et défaillances de la passion, mort, indiquant bien une nature complètement intégralement humaine, tandis que la sainteté Immaculée et des faits nombreux ne peuvent être expliqués que par une nature divine. D'où il concluait à l'existence en Jésus-Christ de deux natures essentiellement différentes, la nature humaine et la nature divine.

Son point de vue fut un jour indiqué par un prélat qui le partageait entièrement : « gardez-vous d'attribuer à la vierge Marie le titre de mère de Dieu(théotocos ) ; Marie était une créature humaine et le créateur n'a pas pu naître de la créature » et, Nestorius le soutint, en disant : « Anastase à raison, il ne faut pas l'appeler Marie mère de Dieu (theotocos ) mais elle est seulement mère de l'homme (antropotocos. Il précisa par la suite sa façon devoir. « Dire que le verbe divin, la seconde hypostase de la très Sainte Trinité, à une mère, n'est-ce pas justifier la folie des païens, qui donnaient des mères à leurs dieux ? La chair ne peut engendrer que la chair, et Dieu, pur esprit, ne peut avoir été enfanté par une femme ; la créature, d'ailleurs, n'a pu enfanter le créateur... Non, Marie n'a pas enfanté le Dieu part qui est venu la Rédemption des hommes, et le saint esprit n'a point créé le verbe divin, hypostase comme lui de la Trinité. Marie a enfanté l'homme dans lequel le verbe s'est incarné elle a engendré l'instrument Humain de notre salut. Le verbe à pris chair dans un homme mortel, mais lui-même n'est point mort et il a ressuscité celui dans lequel il s'est incarné. Jésus est cependant Dieu pour moi, car il renferme Dieu. J'adore le vase pour ce qu'il contient, j'adore le vêtement pour ce qu'il recouvre, j'adore enfin ce qui m'apparaît au dehors à cause du Dieu caché que je n'en sépare pas. Il admettait donc que le Christ avait deux natures indépendantes, en une seule personne.

Cette doctrine fut violemment combattue par Eusèbe, un rhéteur de Constantinople et par le prêtre Proclus, qui répondait ainsi à l'argumentation de Nestorius : « tous les hommes, engagés au péché par la chute d'Adam, tombaient nécessairement sous sa condamnation et dans la mort, s'ils n'avaient pas étés rachetés par une victime de la grandeur de leur dette. Aucun homme ne pouvait les racheter, puisqu'ils étaient tous coupables et avaient tous besoin d'un sauveur. Aucun ange ne le pouvait, parce qu'il n'eut point trouvé de victimes convenables. Il fallait donc que Dieu se soit fait homme afin de sauver les hommes, et qu'il devint tout ensemble et notre victime, en donnant son sang et son corps à la mort, et notre pontife, pour pouvoir se présenter au père en notre faveur et lui offrir une victime aussi grande que lui-même. Le fils de Marie a été ni seulement Dieu, ni seulement homme ; il a été Emmanuel, Dieu et homme, sans aucune confusion, Dieu fait homme sans changement ni altération de la nature humaine. » Ainsi, aux arguments puisés par Nestorius dans la constatation et l'interprétation des faits rapportés par l'Evangile, Proclus répondait en se basant sur l'interprétation de faits théologiques. Sa doctrine fut condamnée par le concile de Constantinople de 429, malgré le soutien que lui apporta Eusèbe, devenu entre-temps évêque de Dorylée.

Les Alexandrins s'empressent d'intervenir dans le débat. Cyrille, patriarche d'Alexandrie, censura âprement Nestorius dans sa lettre Pascale de 429. Des intrigues du palais impérial envenimèrent la question. Nestorius étant soutenu par l'empereur, Cyrille s'adressant à Lui et conclut avec évêque de ce siège une alliance au terme de laquelle il reconnaissait sa suprématie universelle, en échange de quoi le siège d'Alexandrie devenait le premier de l'Orient.

À la suite de cet accord, un concile tenu à Rome un 430 excommunia Nestorius, sous prétexte qu'il ne reconnaissait pas la divinité de l'enfant auquel Marie avait donné naissance. Il proteste, faisant valoir qu'il ne repoussait pas (théotocos ) lorsqu'elle était bien comprise, c'est-à-dire en ce sens que l'humanité, unie avec le verbe, est née de Marie ; ainsi le verbe est devenu homme en elle et s'est produit comme homme à sa sortie d'elle. Mais la différence entre la divinité et l'humanité en Jésus-Christ ne disparaissait pas pour autant : l'humanité était le vêtement que le verbe avait pris, le temple dans lequel il habitait. Sans doute, il y avait entre les deux natures une indissoluble conjonction et l'humanité devait être adorée avec la divinité. Mais, quoique conjointes, ces deux natures conservaient leur caractère originel, de sorte que toutes les affections humaines, souffrances etc. devaient être attribuées à la nature humaine, tandis que les propriétés divines appartenaient exclusivement à la nature divine.

Cyrille, lui, prétendait que Marie avait enfanté charnellement le verbe qui est devenu chair. D'après lui, le Christ était unique et on ne pouvait, après l'union, séparer les deux substances, ni rapporter certains passages de l'écriture sainte uniquement à l'humanité et d'autres à la divinité. Il accusait Nestorius de diviniser le Christ en deux parties ou même deux personnes : le verbe et l'homme, car il n'admettait pas une union complète, mais seulement une union relative de l'humanité et de la divinité, malgré que Nestorius précisa bien que, pour lui, les deux natures étaient réunies en une seule et même personne. Il ajoutait que, en faisant naître charnellement le Christ, Cyrille admettait une transformation de la chair en divinité.

En présence des agitations que soulevaient ces discussions, aussi bien dans les milieux religieux que dans les milieux profanes, l'empereur Théodose provoqua un concile a Ephèse, pour la Pentecôte 431.Cyrille arriva le premier, accompagné d'un millier d'hommes de main soldés au frais du trésor d'Alexandrie, qui firent régner une véritable terreur anti-nestorienne a Ephèse. Sans attendre l'arrivée des délégués syriens il ouvrit le concile sous sa propre présidence, malgré l'interdiction du commissaire impérial. Le concile ne durera d'ailleurs qu'une seule journée ; il condamna Nestorius en tenant contre lui non pas les opinions qu'il avait professées, mais celles que Cyrille lui avait faussement attribuées : et c'est ainsi que l'accusation d'avoir divisé le Christ en deux personnes à pesé sur la mémoire de ce patriarche.

En arrivant quatre jours après, les délégués syriens, mis au courant, se réunirent alors de leur côté et excommunièrent à leur tour Cyrille. Puis, arrivèrent les délégués de Rome qui offrirent leur arbitrage, et suivant l'accord passé avec Alexandrie, confirmèrent l'excommunication de Nestorius.

Pendant ce temps, a Constantinople, les moines soudoyés par l'argent de Cyrille soulevaient le peuple et les poussaient à la révolte contre les prélats nestoriens. En septembre 431 Nestorius fut relégué au couvent de Saint Eprepius fuit exilé à Pétra et enfin dans l'extrême sud de l'Egypte ou, après avoir subi de nombreux sévices, il mourut quelques années après.

L'exil et la mort de Nestorius, pas plus que sa condamnation obtenue dans des conditions aussi singulières ne fit disparaître la doctrine qu'il avait prêchée, et qui restent à en faveur dans une partie de l'orient, où, malgré les persécutions, elle fut répandue par l'école d'Edesse et celle de Nisibis, qui resta florissante jusqu'au milieu du Moyen âge. Beaucoup de leurs disciples, persécutés, furent contraints de chercher refuge en perse. En 498, fut créée les églises chrétiennes assyro-chaldéennes, qui a admirent le nestorianisme, et qui existent encore. Elle refuse à Vierge la Marie le titre de mère de Dieu, ainsi que la croyance de la substantivation. Répandue en perse, à Ceylan et en Chine, elle groupe de la majorité de ses fidèles en Syrie. Nous aurons à revenir à plus loin sur les conséquences de cette survie du Nestorianisme.

La controverse sur la nature du Christ ne se trouvera pas close par la condamnation de Nestorius. Sans doute, Cyrille avait réussi, au concile d'Ephese de 431, à faire sanctionner par la ruse et la violence la formule Alexandrine d'après laquelle Jésus-Christ, Dieu parfait et homme parfait, est consubstantiel au père relativement à sa divinité et consubstantiel à nous relativement à son humanité et que, depuis son incarnation, il possède deux natures en une seule personne ou hypostase. Cette condamnation acquise, il voulut se rallier les orientaux de l'école d'Antioche, et, dès 435, il signa, avec Jean d'Antioche, une formule qui enseignait clairement qu'il y a deux natures en Jésus-Christ. C'était la proprement un retour au Nestorianisme

Apaisée un moment par un compromis si mal exécuté, la querelle se ranima plus violente que jamais au sujet de la doctrine d'Eutychès, à laquelle ses adversaires devaient donner le nom de monophysisme, par ce qu'elle n'admet réellement dans le Christ qu'une seule nature, où l'élément divin absorbe l'élément humain. Les voies à lui avaient été ouvertes par Apollinaire de Laodicée, qui pour combattre l'arianisme, avait élaboré une doctrine réduisant la part de la nature humaine dans la personne du Christ.

On ne connaît exactement ni le lieu, ni la date de la descend naissance d'Eutychès, ni celui de sa mort. Il avait vécu toute sa vie monastique dans un couvent de la banlieue de Constantinople, d'où il n'était sorti qu'une seule foire pour combattre Nestorius. Il le jouissait d'un grand renom d'austérité. En 448, beaucoup d'un concile convoqué par Flavien, patriarche de Constantinople, pour régler diverses questions, Eusèbe de Dorylée, dont nous avions vu l'action contre Nestorius, jouant à nouveau le rôle d'accusateur, prit subitement la parole pour porter plein contre Eutychès, l'accusant de l'avoir diffamé, en même temps que les saintes écritures. Le concile accepta de statuer sur cette plainte. Eutychès ainsi amené à exposer sa pensée. Il affirma confesser deux natures, mais avant l'incarnation seulement, déclarant : « je ne puis admettre la consubstantialité, c'est-à-dire de l'identité des deux substances du corps du Christ avec le nôtre, car se serait méconnaître qu'il est le fils de Dieu. Il est incontestable que la substance d'un corps formé par un homme et une femme diffère de la substance d'un corps formé par un Dieu ou formé d'une vierge par l'opération du saint esprit. Je reconnais bien que notre seigneur, avant l'union de la divinité et de l'humanité, avait deux natures ; mais, après l'union, je n'en confesse qu'une. » Malgré l'avertissement qui lui fut donné, Eutychès maintint son point de vue et le concile le déclara convaincu d'être affectés de l'hérésie d'Apollinaire -- ce qui était manifestement inexact --, exclus de ses fonctions de prêtre ainsi que de ses dignités dans son monastère, et il l'a excommunia.

Il était noté que l'unité des deux natures avait été affirmée auparavant par Cyrille d'Alexandrie, principal adversaire de Nestorius, Eutychès de dépasser ce dernier que par la négation de la consubstantialité -- et il faut bien reconnaître que celle-ci est incompatible avec le fait que la substances de Jésus résulte de la combinaison de la nature humaine et de la nature divine ; il fallait donc bien admettre qu'elle constituait une nature sui generis.

Eutrychès ne se laissa pas décourager par la condamnation qui l'avait frappé. Il était soutenu par un grand nombre de hauts dignitaires impériaux et par Dioscore, qui avait succédé à Cyrille comme patriarche d 'Alexandrie et avait adopté ses opinions. Flavien et Eutychès s'adressèrent à chacun de son côté à l'empereur et à l'évêque de Rome Léon premier. Celui-ci adressa à Flavien une lettre approuvant la condamnation d'Eutychès. Pour mettre fin à ces désordres, Theodose réunit à Ephèse un concile.

Il eut lieu en 449, sous la présidence de Dioscore. Le pape Léon l'a appelé le brigandage d'Ephese -- parce qu'il ne voulut pas entendre ces trois légats -- qui n'avaient d'ailleurs pas qualité pour participer aux débats -- et parce qu'il fut commis contre les orthodoxes des sévices dont ceux-ci se réservaient le privilège contre leurs adversaires. Il apparaît bien des relations que nous possédons que ce concile ne fut pas plus exempt de violence et de mesures d'intimidation que ne l'avait été celui tenu dans la même de ville en 431. Finalement, il anathématisa ceux qui reconnaissaient en Jésus-Christ deux natures après l'incarnation, il déclara Eutychès innocent et sa profession de foi parfaitement orthodoxe ; il le rétablit dans la communauté de l'église et dans ses fonctions de prêtre. En revanche, Flavien et Eusèbe de Dorylée furent déposés.
Théodose étant mort en 450, sa sœur Pulchérie lui succéda. Adversaire déclaré d'Eutychès, elle demanda au Pape l'autorisation de convoquer un nouveau concile pour revenir sur la décision prise à Ephèse. IL se réunit à Chalcédoine en 451. Dès sa première réunion, il défit ce qui avait été fait à Ephèse deux ans auparavant, déposa Dioscore et cinq évêques en représailles de la condamnation prononcée contre Flavien; puis il confirma la sentence prononcée contre Eutychès à Constantinople et, repoussant la doctrine de l'absorption de la nature humaine par la nature divine, il définit ainsi le dogme qui devait devenir celui de la majorité des églises chrétiennes":

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Par F\ R\ - Publié dans : Planches
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Lundi 12 novembre 2012 1 12 /11 /Nov /2012 07:07

Honoré de Balzac, fort judicieusement nous prévient qu’il y a deux Histoires : « l’histoire officielle, menteuse, qu’on enseigne ; puis l’histoire secrète où sont les véritables causes des événements ».

Première interrogation qui se pose à l’esprit pour nous : qui est ce Christ à qui l’on donne le nom de Messie, d’Agneau de Dieu, de Parole, d’Oint, de Fils de Dieu, de Fils de David, de Roi des Juifs, et autres ! Il nous est présenté au travers 4 Evangiles qui ne permettent pas de bien cerner le personnage ! Des différences, des contradictions flagrantes peuvent y être relevées! Par exemple selon deux Evangiles, Jésus serait né à Bethléem, et selon deux autres à Nazareth, si j’ose dire ceci n’est qu’un détail! A décharge de ce flou, les Evangiles n’ont pas été écrits par des témoins directs, leurs auteurs n’ont fait que rapporter des « on dit », des suppositions, des légendes qui se sont créés autour d’un personnage central : Jésus. Voici une chronologie approximative des Evangiles : l’Evangile de Marc aurait été rédigé en 70, celui de Luc en 80, de Matthieu vers 90, et celui de Jean, le plus théologique de tous vers 110. Son Apocalypse peut-être considérée comme un best seller ! Rien n’indique que Jean soit vraiment l’auteur des écrits qui lui sont prêtés, son entourage, pouvant les avoir écrits après sa mort. Renan comptera pas moins de 15 Apocalypses parvenues jusqu’à nous et dans lesquelles on retrouve « un mélange disparate des plus crasses superstitions de tous les pays accepté sans examen, et complété par de pieuses fraudes… ».

La réalité charnelle du Christ: Flavius Josèphe juif romanisé parle à plusieurs reprises d’un personnage qu’il appelle le « Thaumaturge », mais s’agit-il bien là du Christ, jamais il en appelle au nom de Jésus. Flavius, précisons le ici est un historien né vers 37, mort vers 100, ce qu’il rapporte de son époque permet de connaître l’univers historique et culturel des toutes premières communautés chrétiennes. De 19 ans à 26 ans il va résider à Jérusalem, puis il se fixera à Rome. Il est « l’échotier » d’un « ensemble de traditions, de récits, de légendes dans lesquels puiseront s’est avéré les rédacteurs des Evangiles ». Que dit le Sanhédrin, l’Assemblée du peuple juif qui a entre autre tâche de reconnaître officiellement les vrais prophètes, de débusquer les imposteurs, il parle bien d’un homme, qui se dit, « Jésus le Messie », sans plus. Si Jésus s’était profilé comme étant vraiment le Messie qu’annonçaient les Prophètes, pourquoi les Juifs ne l’auraient-ils pas reconnu, et accueilli?

Mettons de côté tous ce qui vient d’être dit avant d’aller plus avant, et faisons déjà une synthèse sur laquelle tout le monde devrait être d’accord : le Christianisme est né d’une expérience collective. « Il est une création dans l’infini, une théologie neuve, un ensemble de visions, d’oracles et de délires sacrés ».

Le Christ… « Alors parut un homme, s’il est permis de l’appeler homme. Sa nature et son extérieur étaient d’un homme, mais son apparence plus qu’humaine, et ses œuvres divines : il accomplissait des miracles étonnants et puissants. Aussi ne puis-je l’appeler homme. D’autre part, en considérant la commune nature, je ne l’appellerai pas non plus ange. Et tout ce qu’il faisait, par une certaine force invisible, il le faisait par la parole et le commandement. Les uns disaient de lui : « c’est notre premier législateur qui est ressuscité des morts et qui fait paraître beaucoup de guérisons et de preuve de son savoir. D’autres le croyaient envoyé de Dieu. Mais il s’opposait en bien des choses à la Loi et n’observait pas le sabbat selon la coutume des ancêtres…Un grand nombre de gens se rassemblaient autour de lui. […] Christos c’est lui ». Cette relation serait une indication précieuse en faveur de l’existence de Jésus si ce texte n’avait été presque sûrement rédigé tardivement par des moines chrétiens.

Ne soyons pas déstabilisés, reprenons le cours d’une très belle histoire :

A la mort de Jésus, au lieu de se cacher, de se disperser, de fuir, les disciples se regroupent à Jérusalem avec ceux qui ont été témoins des manifestations du Seigneur ressuscité. Les disciples prêchent avec enthousiasme, un enthousiasme qui n’est pas sans déranger ! Cette communauté hétéroclite qui a à sa tête Jacques va rapidement s’accroître de Juifs qu’on appelle « hellénistes », ils sont originaires du monde gréco-romain, donc, ils sont d’une autre culture, leur langue est le grec, ce qui ne va pas faciliter les rapports, le groupe va se déchirer, la fraction « hébreux » s’oppose aux « hellénistes » dont Etienne est le chef, on murmure qu’il accomplit des « prodiges et des signes remarquables parmi le peuple », ses ennemis vont l’accuser de quatre blasphèmes : contre Dieu, contre Moïse, contre la Loi et contre le Temple de Jérusalem, les docteurs de la Loi le condamnent à mort son exécution en 37 va provoquer à l’intérieur du mouvement une scission irrémédiable. Sera à son tour exécuté Jacques, en 43, Pierre est arrêté. À en croire les « Actes des Apôtres » Saül, un Juif de Tarse, « l’avorton, le dernier des derniers » comme il se nomme lui-même va bouleverser toutes les donnes ; il aurait participé avance t-on à la lapidation d’Etienne… ou du moins l’aurait approuvée. A la suite de ces persécutions la communauté des « frères » se disperse « jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes I, 8) ce qui va positivement engendrer le développement d’une activité missionnaire, en Judée et en Samarie

Le « Christianisme Primitif », mais ne devrait-on pas dire plutôt « les Christianismes Primitifs », donnent l’impression à l’observateur superficiel d’être apparus simultanément en des régions très diverses, il n’en est rien, ils se sont mis en place par étapes, en ordre dispersé: églises araméennes, syriennes, romaines et d’autres. Le « Christianisme Primitif » avec ses variantes débute à la période, oui… à la période où vivaient encore les apôtres, c'est-à-dire à peu près vers la fin du Ier siècle et il se terminera au VI siècle quand sa doctrine unique aura été fixée par les Pères de l’Eglise, lors des Conciles de Nicée et de Constantinople, dans la plus grande discorde, confusion, et luttes politiques sous la houlette des empereurs ! (Constantinople : Charlemagne). Faire remonter le christianisme primitif au Christ voilà qui apparaît couler de source… et bien rien n’est moins évident… car en fait il n’existe aucun élément pouvant infirmer ou confirmer que Jésus de Nazareth, ou de Bethléem ait eu la volonté de fonder, de propager une nouvelle religion ayant dessein de supplanter les diverses courants « païens » existants. Ce point de départ fixé à Jésus est purement une affirmation dogmatique.

Historiquement il n’y a pas émergence d’une « Eglise primitive monobloc » sortie miraculeusement d’un bénitier! Le christianisme émerge au milieu de gens ouverts au surnaturel, et qui sont en quête de valeurs spirituelles, c’est certain. Des familles entières vont se tourner vers Celui qui est vu comme un Messie, leurs maisons deviennent des havres d’accueil pour les « frères », deviennent des espaces de prédications, des lieux de rassemblements. Ces petites communautés éparpillées ne s’unissent que lentement au travers de nombreuses épreuves, elles doivent pour survivre dans la durée s’organiser, se structurer, lutter. Au sein de ces groupes plus ou moins importants il y a des querelles de famille ! Des orientations contradictoires vont poindre, elles se formaliseront dans un mélange de croyances diverses, d’interprétations personnelles, ce mixage va forcément conduire à des déviances. Les auteurs de ces déviances seront désignés plus tard par les Saintes Ecritures comme des « faux frères « s’introduisant dans le ministère sans avoir reçu un appel Divin ». Pierre met en garde les croyants « contre ces loups cruels qui introduisent furtivement des enseignements de perdition » (2 Pier. 2.1-3) Jude s’exprime également sur ces faux frères: « Malheur à eux, car ils ont marché dans le chemin de Caïn, et se sont abandonnés à l’erreur de Balaam pour une récompense, et ont péri dans la contradiction de Coré ». Jean (1.2 19) : « Les faux frères ont faussé la Parole, ceux qui se sont trompés ont conduit dans l’erreur ». « Ils sont sortis du milieu de nous, car ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils eussent été des nôtres, ils fussent demeurés avec nous». Ces citations mettent bien en exergue les luttes souterraines qui dès le 1er siècle et à fortiori au 2ème siècle émergent, on voit clairement que de l’organisme divin de l’Eglise primitive, le pas vers l’organisation humaine est fait ! Les Eglises du IIe siècle auront à lutter, non seulement contre les attaques des païens mais devront aussi faire face à des déformations de la foi apostolique : Ebionisme, Gnosticisme, surtout, Montanisme, on peut allonger la liste. Mais arrêtons nous brièvement sur l’Ebonisme, son influence va s’étendre sur un vaste territoire : Egypte, Moyen-Orient. Composé de nombreuses communautés qui se développent aux frontières orientales de l’Empire Romain, l’Ebonisme nous est connu grâce à Irénée, à Origène et surtout grâce à Epiphane. Ce mouvement ultra-judaïsant s’appuie sur des écrits attribués à Matthieu. Son centre se situe à Pella. L’héritage juif y est omni présent. Les Ebonites considèrent Jésus comme un prophète, dont le rôle a été d’enseigner, non de sauver, il se situe pour eux dans la lignée des prophètes de la Torah. Les adeptes de l’Ebonisme repousseront l’enseignement de Paul, jugé trop libéral, marginal, ils le traitent d’apostat. Parmi les ébonites, se dessinera une mouvance « essénienne », probablement issue de la fusion des nazaréens avec les derniers esséniens de Jean Baptiste. Eux insistent sur la mission cosmique de Jésus plutôt que sur son ministère terrestre d’enseigner.

Ces communautés, dans leur diversité et malgré leurs dissensions n’en apparaissent pas moins aux yeux du petit peuple comme particulièrement ferventes, la bénédiction de Dieu les accompagne avant tout. Tout en participant à la vie sociale, les chrétiens acquièrent le sentiment qu’ils ont une vie qui leur est propre. Les « Actes » désigne leurs réunions par le mot « ecclésia »qui signifie en grec « assemblée officielle ». Ces réunions se tiennent la nuit, ce qui n’est pas sans éveiller forcément les curiosités. D’ouverture, cette « Eglise » embryonnaire ne comporte aucun dignitaire, du moins au sens où nous l’entendons aujourd’hui, sa « hiérarchie dirigeante » est constituée, de chefs de familles reconnus intègres, ils accomplissent leur ministère sous la direction et l’inspiration du Saint Esprit. Les tâches pratiques sont assumées par ceux qu’on appelle des « diacres », ils doivent être mariés afin de mieux comprendre et d’aider les couples en difficulté… cette obligation est amusante ! La diffusion du message christique est d’abord verbale, les écrits ne circuleront que tardivement. Le premier témoignage de leur circulation se situe en 140 quand Marcion, fils de l’évêque de Sinope arrive à Rome, porteur des lettres de Paul qui sont datées de 50. Ouvrons une parenthèse : Marcion est le seul personnage qui aurait pu donner certainement une inflexion autre que celle que nous connaissons à l’Eglise. Pour lui, le sang du Christ a été versé non pas pour racheter l’homme pécheur et le réconcilier avec Dieu, mais pour le soustraire au Dieu de ce Monde qu’est Yahvé. Sans craindre les foudres il dira: « Le dieu de l’Ancien Testament est un faux dieu violent, un démiurge responsable de la partie matérielle de la création ». Il est capital pour Marcion de rejeter l’Ancien Testament : l’Alliance avec Israël n’a jamais existé. Le corpus d’écritures qu’il apporte, les lettres de Paul dont il est le porteur dépeignent un Dieu spirituel d’amour et de paix. Cette prise de position le fait tout naturellement condamner, Marcion, est taxé d’extrémiste, voir d’anti-sémite. Comme hérétique il est excommunié en 144 sous le pontificat de Pie 1er. Les Eglises étant encore indépendantes administrativement les unes des autres à cette époque cette excommunication n’est valable que pour Rome. De retour dans sa province il fondera sa propre église marcionite. L’acte fondateur du Christianisme s’impose définitivement avec Origène (185-254), instigateur d’une vision personnelle, spirituelle de la Bible. Il considère que certains passages de la Bible sont indignes d’un Dieu d’amour s’ils devaient être pris à la lettre. Dans son ouvrage « De principiis » il affirme : « Yaveh est bon, le Père de Notre Seigneur Jésus Christ, a lui-même donné la loi, les prophètes et les évangiles, lui qui est le Dieu tant des apôtres que de l’Ancien et du Nouveau Testament ».

On peut citer aussi au IIe siècle un autre groupe dissident important qui s’est formé autour d’un certain Montanus, qui prétendait que le Christ s’exprimait à travers lui; le montanisme connaîtra un certain succès en Asie Mineure. On possède très peu de renseignements en fait sur le personnage, on sait seulement que c’était un païen converti au christianisme Didyme (de Thomas), qu’il fut évêque, excommunié, et qu’il n’en demeura pas moins affirmé comme l’un des « Pères de l’Eglise » ! Ce qu’on peut dire sans risque de se tromper c’est que le christianisme primitif s’est développé dans le vaste Empire romain relativement rapidement, à Rome, en 42 on aurait compté déjà plusieurs dizaines de baptisés, Suétone mentionnera, lui, la présence de chrétiens dans la communauté juive en 49. Cette « conquête » pacifique s’est d’abord déroulée dans l’indifférence des autorités, parce que ce christianisme n’est qu’une secte qui se développe loin de Rome. Durant les premières décades de son histoire cette secte ne constituera pas pour l’Empire une réalité sociologique d’une ampleur suffisante pour poser problèmes, le Pouvoir ne soupçonne pas encore ce qu’il est, et qu’il faut bien appeler : « une puissance révolutionnaire ». C’est sous Néron que les choses commenceront à vaciller, Tacite rapporte que les Chrétiens se voient désignés comme les incendiaires de Rome, d’avoir des mœurs inhumaines, c’est la répression, on arrête ceux qui confessent leur foi, ils sont soumis aux tortures les plus raffinées et les plus radicales, nous sommes en 64; c’est Tacite vers 116 qui fera état de cette épisode tragique. Vers 90 Epictète dit connaître un groupe d’hommes et de femmes qu’il nomme « Galiléens » et qui sont prêts à mourir pour leur foi. Ils disent que ne peuvent être chrétiens que ceux qui acceptent de parcourir totalement le même chemin que Jésus. L’expansion pacifique du Christianisme aurait pu se poursuivre si les juifs « intégristes », n’avaient pas désigné les chrétiens comme des dissidents, « apostats et traîtres », et mis l’accent sur leur particularisme. Il faudra l’année 112 pour qu’une lettre de Pline le Jeune alors gouverneur de Bithynie, adressée à l’empereur Trajan pose en terme explicite la question de la présence chrétienne dans l’Empire, il parle d’eux comme de gens qui animent des sociétés secrètes, et qu’ils sont peu loyale à l’Empire. En 177, sous Marc Aurèle ce sera l’atroce hécatombe des martyrs de Lyon. Au début du IVe siècle, le christianisme suscitera une telle agitation sur le territoire qu’il deviendra impératif pour Rome soit de l’éliminer, soit de le reconnaître ! L’empereur Dioclétien (245-313) qui se disait être l’incarnation de Jupiter, père de tous les dieux tentera vainement de l’éradiquer ; en finalité l’empereur Constantin le reconnaîtra pour religion officielle, ce qui est curieux, car le christianisme jusqu’à fin du IVe siècle est encore minoritaire dans la « bonne société ». Bien que cela ne soit pas exact, la Tradition chrétienne présente l’Empereur Domitien (51-96) comme le deuxième empereur en cruauté qui persécuta l’Eglise, le premier étant Lucius Domitius Ahenobarbus dit Néron que l’abréviateur païen Festus présente comme l’empereur le plus haïssable qu’ait eu à supporter Rome! Saint Augustin affirmera qu’il atteignit le sommet de la cruauté.

Un « drôle d’apôtre », si vous me permettez cette expression: Saul de Tarse, juif de la diaspora anatolienne, pharisien et spécialiste de la Torah, né vers 10, que nous avons entrevu, se mit au service de Rome, une sinistre réputation s’attachait au personnage : « il ravageait l’Eglise, il pénétrait dans les maisons, en arrachait hommes et femmes et les jetait en prison ». Converti, Paul aura du mal à « ses débuts » à rencontrer des chrétiens qui ont encore peur de lui! Il va se revendiquer comme l’un des apôtres de Jésus qui, deux années après sa résurrection lui serait apparue alors qu’il se rendait à Damas. Il se perçoit alors comme « l’instrument » désigné par Dieu pour porter la parole du Christ aux judéo-chrétiens, et à ceux qu’on appellera les Gentils. Pourtant il y a une différence qui est observable entre le « Jésus de Paul » et celui dont il sera question dans les Evangiles. Le Jésus qu’il dit lui être apparu l’amène à une réflexion des plus personnelles plus qu’il n’en répercute fidèlement le message direct, c'est-à-dire qu’il ne s’arrête pas à ce qu’a pu dire Jésus, ce qu’ont pu dire les Apôtres il prend le pas sur eux! Il ne répète pas que le Royaume de Dieu est proche, il centre son message sur un Dieu qui est intervenu en Jésus par pure grâce. Son emprise, son autorité sur un mouvement qu’il a découvert le fera considérer par certains comme le fondateur du Christianisme, historiquement, il est surtout le premier théologien chrétien. Il va voyager, malgré les dangers que cela représente à l’époque, il marche inlassablement, ses premiers prêches dans les synagogues font grand bruit, des émeutes éclatent, il goûte souvent au cachot, 2 ans à Césarée, il finira décapité à Rome. Il écrit aux communautés des lettres, les « épître »s, qui appartiennent au Nouveau Testament. Dans l’épître aux Galates (3, 28), il dit : « Vous tous baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ, il n’y a ni juif ni grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni mâle ni femelle, car tous vous ne faîtes qu’un dans le Christ Jésus », voilà qui fait fermentation ! Dans ses épîtres il insiste sur le fait qu’il faut croire à la résurrection pour être sauvé. Dans le kérygme, qui est la profession de foi condensée, fondamentale, des premiers chrétiens, et qui n’est surtout pas un dogme, la révélation n’y étant pas close, Paul dit aux Corinthiens: « Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide comme votre foi » . Cette foi dont il est question sera peu à peu précisée quand les chrétiens en auront rassemblé les principaux composants dans le Credo des Conciles de Nicée et de Constantinople, appelé également « Symbole des Apôtres »

Paul, même s’il n’est pas « l’inventeur du Christianisme » joue un rôle essentiel dans son expansion qui va prendre un style qu’on qualifiera de « paulinien ». Son message présente une nouvelle conception de Dieu: « Les Juifs demandent des miracles et les Grecs recherchent la sagesse, mais nous, nous prêchons un messie crucifié, scandale pour les Juifs, folies pour les païens », et Paul affirme, réaffirme que seul la foi sauve, « Dieu a passé contrat avec les hommes, ne les sauve que dans la mesure où ils respectent la Loi », Dieu est l’otage en quelque sorte de la fidélité de son peuple ! C’est la liberté de Dieu, par l’effet de sa grâce, de prendre l’initiative de sauver l’homme. Ce salut est accordé à tous les hommes croyants, et non aux seuls Juifs. Pour Paul, un Christianisme universel, doit se magnifier dans le stricte Evénement de la Résurrection, un Evénement qui ne requiert, et c’est capital dans son message, aucune preuve, qui n’en appelle qu’à la seule conviction individuelle. C’est au nom de cette conception que Paul, devient dissident, à la fois de la religion juive, et… des Chrétiens ! Il utilisera deux schémas de prédications, soit qu’il s’adresse aux Juifs soit qu’il s’adresse à des Grecs convertis. Pour les Judéo-chrétiens son prêche repose sur une relecture de l’histoire d’Israël, pour ceux qui ne fréquentent pas les synagogues, il leur donne pour devoir de rencontrer le vrai Dieu, sans… l’aide de la Loi. Les judéo-chrétiens deviendront finalement minoritaires, et leur influence ira en s’estompant.

L’hétéroclite et fragile communauté Judéo-chrétienne de Jérusalem sera d’abord dirigée par Pierre, puis par Jacques, elle refusera de reconnaître les Epîtres de Paul. Par delà les luttes d’influences, cette communauté s’affirmera avant tout comme voulant répandre la parole de Jésus, son message se voudra être l’expression d’un mouvement de pensée perpétuant la promesse de Dieu faite à Abraham, Isaac et Jacob, et puis le Christ n’a-t-il pas dit : « Je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir ».

D’Antioche sur l’Oronte parviendra à Jérusalem une rumeur qui se trouve rapidement confirmée, et qui va fortifier les discordes : les non juifs chrétiens sont dispensés de suivre la Loi, c'est-à-dire qu’ils sont soustraits à l’obligation de la circoncision. Les judaïsants qui voulaient être au Christ, et en même temps observer la Loi et les Coutumes crient au scandale, à la trahison. En Judée les chrétiens vont se heurter violemment aux adeptes de la Loi de Moïse comme l’attestent la présence d’ossuaires portant des graffiti qui mentionnent le nom de Jésus. En 62 le grand prêtre de Jérusalem déclenche une vague de répression contre les chrétiens, il en résulte chez les « Hellénistes » particulièrement visés : pauvreté. Pour ne pas créer une sous-division au sein de l’Eglise les Apôtres élisent « sept hommes de bonne réputation, remplis de l’Esprit et de sagesse » afin d’accomplir le devoir de l’assistance. On connaît leur nom, il s’agit d’Etienne, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas.

Les Judéo-chrétiens et chrétiens se sont implantés en 40, à Antioche de Syrie, à Corinthe, à Ephèse. C’est à Antioche qu’est rattaché un évènement décisif qui va déterminer l’avenir de la communauté des disciples, pour la première fois Luc l’auteur des Actes va employer le mot ÉGLISE. Un problème crucial va alors se poser : des juifs et des « païens » peuvent-ils cohabiter sans heurt dans cette Eglise ? Ceux qu’on appellera les « Gentils » vont devenir rapidement plus nombreux que les judéo-chrétiens, ils vont s’imposer, dicter leur loi: « que ceux qui ne veulent de leur Eglise se retirent! » En 49, ou 50 une Assemblée, plus qu’un Concile se tient à Jérusalem pour tenter de résoudre la question épineuse de la cohabitation. A ce Concile, entre guillemets on va également tenter de mettre en place pour cette Eglise un modèle d’autorité hiérarchisée, qui n’aura pas la rigidité que nous lui connaissons aujourd’hui. Si les termes d’évêque, de diacre apparaissent, ils sont interchangeables, le mot prêtre n’apparaît pas encore, l’évêque est avant tout un surveillant. Tout cela ne prendra réellement forme qu’au III siècle. Donc, à ce Concile, avant tout, il s’agit de savoir s’il faut être juif pour devenir chrétien, si la circoncision et les tabous alimentaires demeurent obligatoires. Paul sur ces questions s’est démarqué nous l’avons vu, pour lui, pour être chrétien il faut seulement une conversion intérieure et le baptême, il s’est opposé à Pierre, porte-parole des disciples, et à Jacques sur le sujet !

Paul passe, pour beaucoup être l’inventeur du Christianisme, du sien ! Le Christianisme n’a pas de fondateur au sens strict, il ressort plutôt d’une création collective et progressive qui s’est étalée sur près de deux siècles, qui a pour point de départ la destruction du Temple de Jérusalem en 70 par les troupes de Titus ; défaite qui porta un coup très sévère à toutes les communautés. La communauté juive inquiète de la tournure des évènements à la suite de ce désastre fonde son espoir dans la venue imminente d’un Messie qui chassera l’envahisseur et rétablira Israël dans ses frontières. Rome refuse aux Juifs que soit reconstruit le Temple de Jérusalem, les romains veulent faire de la ville un lieu consacré à Jupiter. A l’injure qui leur est faite les Juifs se révoltent et triomphent un bref moment sous la conduite d’un rabbin, Bar-Kosiva. Les Judéo-chrétiens fondent quant à eux leur espoir dans le retour du Christ, cet espoir va cimenter leur Eglise. Ils répètent qu’ils ont reçu le don de « l’Esprit Saint » promis par Jésus, des non juifs les rejoignent.

Ce qui va parachever la rupture des relations entre Judéo-chrétiens et Chrétiens c’est l’expulsion des lieux de culte ceux qui veulent continuer à appliquer la Loi. Cette rupture fondamentale amène les Chrétiens à se dégager du particularisme juif, elle va leur ouvrir des horizons plus larges que ceux focalisés sur une Terre Promise, et d’accomplir sous l’impulsion de Paul une destinée triomphale.

L’Histoire du Christianisme va se raccrocher aux « Actes des Apôtres » souvent remaniés, faut-il le dire, ils invitent à suivre l’expansion du christianisme qui est avant tout « œuvre de l’Esprit ». Malheureusement ces Actes ne recouvrent qu’une partie des premiers balbutiements de l’Histoire du Christianisme Primitif. Les divers autres documents qui ont fini par être tenus pour vrais sont très souvent, étayés de suppositions, ou trop tardifs, et sont plus ou moins enjolivés! Il faut attendre 1873 (!) pour qu’on découvre dans une bibliothèque de Constantinople un livre, un petit livre titré : « Didachè », ou « Doctrine des 12 Apôtres », sans nom d’auteur, probablement ayant vécu à la charnière du 1er et du IIe siècle. Le document émane d’une communauté juive convertie au christianisme. Il y est question de la morale chrétienne, du Baptême, de la hiérarchie intercommunautaire et de vie sociale en général. L’auteur insiste sur la charité, l’hospitalité et le secours mutuel qui doivent être pratiqués. Il écrit que l’unité, la sainteté, l’universalité doivent caractériser l’Eglise et que le symbole de cette unité est « le pain rompu ».

Alinéa en forme de doute ! Aujourd’hui, là, de nos jours, les athées ultra rationalistes nient la personnalité du Christ. Au crédit de leurs dires, l’histoire de Jésus n’est consignée ni dans les actes officiels ni dans les annales de l’empire romain. Les Evangiles relatent des évènements qui par leur côté spectaculaire devraient se retrouver, dans les chroniques de l’époque où ils se situent, il n’en est rien, par exemple: le massacre des nouveaux nés sous Erode, l’entrée triomphale du Christ à Jérusalem, le ciel qui s’assombrit et le rideau du Temple qui se déchire lorsqu’il meurt sur la croix, les flammes qui descendent sur les apôtres, la foule qui « parle en langue » lors de la Pentecôte etc. Rien de cela! Dans ce climat de remise en question, une étrange déclaration, en 1955, le Pape Pie XII devant un Congrès d’historiens déclare que la question de l’existence de Jésus, pour les catholiques, relève de la foi et non de la science, voilà qui peut laisser perplexe ! Il est avancé qu’il ne serait simplement et naturellement que le fils d’un homme et d’une femme, sans intervention de Dieu, se sera l’opinion d’Arius, né en 256, 270, il soutiendra que Jésus était une simple créature tirée du néant n’ayant reçu le privilège d’être le Fils de Dieu que par adoption. Arius fut tout naturellement anathémisé, on pense qu’il mourut empoisonné en 336. Cette théorie eût de si nombreux partisans que « l’Arianisme » faillit de peu l’emporter sur le christianisme ! Une autre hypothèse avancée, c’est celle selon laquelle Jésus serait devenu l’incarnation du Christ, Fils de Dieu qu’au moment de son baptême dans le Jourdain... pour une durée de trois ans. Le Christ est alors le Fils de Dieu, partie intégrante et indissoluble de la Sainte Trinité! Plusieurs éminentes personnalités affirment que les renseignements du Nouveau Testament à propos de la mort et de la résurrection de Jésus. sont tout bonnement des copies d’enseignements venant de ce qu’on a appelé les « religions à mystères ». Il est à noter que le Baptême n’est pas une innovation chrétienne, les disciples se le sont appropriés, en ont fait un geste d’entrée dans la communauté, ils l’ont enrichi par le mystère pascal. Au 1er siècle plusieurs de ces religions à « Mystères » tentaient de s’imposer, elles apparaissaient, disparaissaient, se transformaient, elles tentaient leur chance ! Chacune d’elles étaient construites autour d’un mythe, elles avaient toutes en commun, Mort et Résurrection. Retour à nos sources référents : les « Actes des Apôtres », oeuvre de Luc le compagnon de Paul.

Nouvelle tentative pour trouver le ou les fondateurs de l’Eglise Primitive !

Les « Actes des Apôtres » nous présentent comment l’Eglise primitive a été fondée : d’une manière surnaturelle par l’effusion du Saint Esprit. Dans la relation de sa première prédication, « remplit du Saint Esprit » fondateur, Pierre annonce de la part de Dieu à ceux qui veulent devenir croyants, faire partie de cette Eglise la nécessité d’une repentance, d’une conversion, d’un baptême biblique par immersion dans l’eau, donné, au nom du Père, du Fils et de l’Esprit. Ce baptême doit être accompagné d’une imposition des mains, d’une onction d’huile consacrée et de la remise d’un vêtement blanc. « Dieu seul sauve et ajoute à son Eglise, par le Saint Esprit, ceux qui deviennent croyants ». (Actes 2.47). « Et ceux là devenaient des membres d’un seul corps (1 Cor. 12.13) « Ils étaient munis des dons de l’Esprit ». (Cor. 12.7-11)

Ce qui se colporte sur ce Jésus de Nazareth, Fils de Dieu et Sauveur des hommes n’est pas sans provoquer des remous, des railleries dans une société où domine une culture à la fois raisonneuse et syncrétiste. Des intellectuels comme Cerce dénoncent même le péril que représentent ces fables qui circulent, pour l’ordre public. Autour de Jacques, se regroupent assez nombreux ceux qui veulent rester attachés aux observances juives, en particulier à la circoncision, c’est ce qu’on a appelé le « parti des hébreux » parti soutenu par les Pharisiens. Antioche la libérale se voit mettre au pilori : « En confondant le peuple élu d’Israël dans la tourbe de toute provenance, qui va forcément envahir l’Eglise, les novateurs d’Antioche tournent le dos aux prérogatives défendues par les membres de la communauté mère de Jérusalem », ils y a abandon de leur part du particularisme juif. « Dès lors, coupées des eaux vivantes du grand fleuve chrétien, s’abreuvant bientôt à des sources maléfiques, les communautés demeurées obstinément judéo-chrétiennes furent condamnées à disparaître dans les sables de l’Histoire ».

L’importance de Jérusalem dans l’émergence du christianisme est évidente, c’est la ville centralisatrice où se décident les conditions d’accueil des païens dans la communauté. Tout part et rayonne de Jérusalem. Dans la tradition d’Israël, Jérusalem est présentée d’ailleurs comme le lieu vers lequel monteront les nations aux temps eschatologiques

Qui sont les Apôtres, leur rôle ?! On trouve le mot « Apôtre » dans la Bible grecque des Septante où il a le sens d’« envoyé plénipotentiaire », il désigne les témoins de la résurrection de Jésus ; on retrouve le mot dans l’Evangile de Matthieu (19.28) où là il désigne symboliquement le peuple de la fin des Temps. Paul fera usage de ce titre quand il sera introduit auprès des Apôtres par Barnabé.

La « Bonne Nouvelle », la promesse d’un Royaume de Dieu se répand comme le feu sur herbe sèche, cette « Bonne Nouvelle » désigne un but à poursuivre, un idéal à promouvoir, désigne un bienfait suprême où se résume le don de Dieu ; (Matt.IV,17, VI,10,33). Quels sont les facteurs qui ont favorisé amplement l’expansion du christianisme : sa vocation universelle et œcuménique, la clarté de sa doctrine monothéiste ; l’organisation rigoureuse de ses communautés; une propagande habile, et puis le fait que cette religion bien qu’orientale ait été très ouverte, tout cela attira; une doctrine sociale hardie la rendit très populaire chez les humbles, les démunis. Les « Actes » parlent d’une mise en commun par les « frères », de leurs biens, l’argent était équitablement réparti, un service aux indigents existait. Cette façon de vivre rappelle fortement la communauté de Qumram qui bien que judaïque était en rupture totale avec le judaïsme officiel jugé impur. Juste un mot : le monastère de Qumram se préparait activement à vivre la fin d’un monde corrompu. Jésus fut très certainement admis au noviciat de la secte lequel durait deux ou trois ans. La communauté Esséniennes pratiquaient un culte spirituel, où il y avait le partage du pain, la charité et la solidarité étaient un devoir, les sacrifices sanglants y étaient formellement exclus, contrairement aux hébreux qui se livraient encore à la coutume du sacrifice de la brebis. Pour Luc le partage des biens matériels était un signe d’une vie chrétienne authentique, « les Biens de la Terre sont à la disposition de tous ».

Une colère de regret :

Le Christianisme Primitif s’inscrivit comme une religion des pauvres, de la main tendue. Hélas « ce beau Christianisme » deviendra avec le temps passant une puissance religieuse intolérante, une puissance financière sans partage, une puissance politique impliquée dans les rouages les plus corrompus de l’Histoire avec en toile de fond ses fastes et ses crimes! Cette mise en commun des richesses prônée par les premiers chrétiens a été reprise au XIXème siècle avec les phalanstères ! Engels trace d’ailleurs un parallèle entre la situation de ces premières communautés chrétiennes et celles des communistes de la Première Internationale.

Petites et grandes nouvelles.

Plusieurs sectes à caractère ésotérique, d’inspiration tout à fait, authentiquement chrétiennes émergent dans la confusion au premier siècle et ont pour Maître secret un certain Apollonius de Tyane, on s’est même demandé s’il n’était pas le Christ lui-même ! Les miracles qu’il accomplissait le désignaient, sa vie exemplaire, son enseignement religieux, à la fois populaire et élevé firent une impression profonde sur les foules, alors, confusion sur les personnages ? Il est d’ailleurs tout à fait impensable que les disciples ne l’aient pas rencontré, il enseignait que l’on honore Dieu par la pureté du cœur. On ne peut passer sous silence un autre personnage, contemporain de Jésus, il s’agit de Simon le Magicien dit aussi Simon le Mage, personnage hors du commun, taxé par les Judéo-chrétiens d’hérétique redoutable, il était originaire de Samarie. Souvenons-nous que les Samaritains étaient considérés par les Juifs comme racialement impurs et schismatiques. Il n’hésite pas à se présenter comme la grande Puissance divine en personne, il n’est pas son envoyé ou son prophète, il EST. Le diacre Philippe le rencontre à Samarie, où « il exerçait la magie et jetait le peuple dans l’émerveillement ». Simon est frappé des prodiges accomplis par les disciples de Jésus, et il jure, lance le défi de ressusciter lui aussi si on l’enterre. Il sollicite et reçoit le baptême. A la suite il aurait demandé à Pierre et Jean le privilège de conférer le Saint Esprit, fut-ce en achetant ce pouvoir ! Mais où cela devient curieux c’est quand il est avancé que Simon le Magicien ne serait en fait qu’une représentation déformée de Paul…

Tout l’enseignement de Jésus, un Jésus gnostique est orienté vers la prise de conscience par l’homme de son identité véritable et de la confiance qu’il doit avoir dans les possibilités de réalisation de son individualité. Jean le Théologien, « le bien aimé du Seigneur » condamnera la catéchèse du rachat des péchés de l’homme par le sacrifice d’un Sauveur.

Les Evangiles (Bonnes Nouvelles) ne sont pas une « histoire » au sens ordinaire prêté à ce mot, ni une géographie, ni une compilation désordonnée de tout ce qu’on pouvait savoir hypothétiquement sur Jésus, se sont des textes dont tous les éléments ont été coordonnés et harmonisés au plus simple, pour des gens simples. Par exemple, dans cet esprit, à l’époque d’Irénée, Tatien (v. 120-apr 173) philosophe païen converti, dans son récit « Diatessaron » harmonise… unifie les quatre Evangiles, naturellement avec sa sensibilité ! Au cours du IIe siècle un certain nombre d’écrits vont être peu à peu rassemblés à droite à gauche pour argumenter la vie du Christ, certains seront laissés de côté parce qu’ils ne font pas à l’examen l’unanimité au sein des communautés, ou qu’ils ne reflètent pas la foi de toutes les Eglises, ces écrits porteront le nom d’« Apocryphes ». Un Evangile apocryphe, celui de Thomas, qualifié de « cinquième Evangile » insiste sur l’importance de la Connaissance, et s’attache aux seules paroles de Jésus, « le Vivant ». Cet Evangile consiste en cent paroles de Jésus. « Pour s’ouvrir à la Connaissance, les hommes doivent avoir au fond d’eux-mêmes la nostalgie de leur Être essentiel », et, avoir cette interrogation : « Qui suis-je ? ». C’est à partir, disons de la première moitié du IIe siècle, que les chrétiens vont se définir avec une certaine unanimité. Ce passage de Justin de Naplouse paraîtra peut-être un peu long, mais il est tellement inactuel qu’il a sa place !

« Autrefois nous prenions plaisir à la débauche, aujourd’hui la chasteté fait nos délices. Nous pratiquions la magie, aujourd’hui nous sommes consacrés au Dieu bon en non engendré. Nous étions avides d’argent, aujourd’hui nous mettons en commun ce que nous possédons, nous partageons avec quiconque est dans le besoin. Les haines, les meurtres nous opposaient les uns aux autres, les différences des mœurs ne nous permettaient pas de recevoir l’étranger dans notre maison. Aujourd’hui après la venue du Christ, nous vivons ensemble, nous prions pour nos ennemis, nous cherchons à gagner nos injustes persécuteurs, afin que ceux qui auront vécu conformément à la sublime doctrine du Christ puissent espérer les mêmes récompenses de Dieu, le Maître du monde ».

Concluons avec quelques passages de cette apologie sous forme d’une lettre adressée à Diognète, qui décrit la vocation et l’existence chrétiennes à une époque où la société païenne est souvent méprisante et hostile, écrit qui est à dater de 190:

« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes […] leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou les rêveries d’esprits inquiets ; ils ne sont pas comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine. [ ] Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel […] Leur âme invisible est retenue prisonnière dans le corps visible » etc.

Une facette importante de cette Histoire Universelle : quelles places les femmes ont-elles occupées dans la société du temps de Jésus ? Les Apocryphes du « Christianisme Primitif » les valorisent, confirment bien qu’elles ont joué un rôle actif dans la vie de Jésus : Elisabeth, la prophétesse Anne, la veuve de Naïm, les femmes qui aident jésus dans son ministère, les femmes qui se lamentaient, ils soulignent l’importante présence de bien d’autres femmes… oui citons encore : Marie de Magdala, Marthe et Marie. Curieusement les Epîtres de Paul ignorent Marie, et méprisent, infériorisent d’une manière générale les femmes ; Paul est misogyne… peut-être pour cette simple raison ? Paul avait acheté une très belle femme dans un lupanar de Tyr, elle lui fit cadeau dit-on d’une maladie qui lui resta comme une écharde dans sa chair. Malgré son ressentiment les femmes vont tenir une place de premier plan dans les fondations pauliniennes. Il faut citer Priscille, Phoebé, ministre de l’Eglise de Cenchrées, Chloé, Apphia, Elodie…

Marc, 16, 6. 7, témoigne: « Alors que tous les disciples masculins auraient fui, trahi ou renié, les femmes auraient été présentes au pied de la Croix et auraient assisté à la mort de Jésus. C’est elles aussi qui auraient accompagné la mise au tombeau et qui, revenant le lendemain sur les lieux aurait trouvé ce tombeau vide. C’est dès lors les femmes qui auraient été les premières à recevoir l’annonce de la résurrection et à s’entendre confier la mission de porter la nouvelle aux disciples de Pierre. (Marc 16, 6.7).

Un coup de tonnerre ! Une découverte fortuite, capitale (?): les documents de Nag Hammadi. Ils sont écrits en copte, ils forment treize volumes sur papyrus ; cachés vers l’année 350, ils sont retrouvés en 1945. Ils seront reconstitués patiemment, étudiés, et encore étudiés, après une très longue période passée dans un coffre fort ! Ces documents, se composent de textes religieux et hermétiques, mais aussi d’écrits qui révéleraient des secrets sur le Christ, des secrets jugés hérétiques par Rome car s’écartant des dogmes et des traditions sur lesquels l’Eglise s’appuie. Ces documents qui datent en gros du 4e siècle n’ont donc rien de vraiment « primitifs », ils ont tendance à faire l’impasse sur certains traits bien humains… trop humains (?) du Christ, relatés par les Apôtres: « Jésus avait un corps humain, il a été parfois fatigué et a connu la faim, il a eu des émotions et des expériences humaines », les Apôtres Jean et Matthieu sont parfaitement clairs sur ces points. Mis à part cela ces documents apportent des renseignent précieux sur un mouvement : le gnosticisme qui intégré au Christianisme lui donne une coloration qui va faire de l’Evangile apocryphe de Thomas, laissé de côté, une pièce maîtresse du Christianisme Primitif. Tout de suite il apparaît que les Gnostiques envisageaient les choses divines comme une connaissance intérieure et secrète transmise par la Tradition et par l’Initiation. L’auteur du cinquième Evangile présente les clés retrouvées d’une Gnose, dont les racines profondes plongent en Orient.

« Voici les paroles secrètes que Jésus le Vivant a dites et qu’a écrites Didyme Judas Thomas le Jumeau de Jésus » logions, 13 :

« Jésus dit à ses disciples :

Comparez-moi, Dîtes-moi à qui Je ressemble.

Simon Pierre lui dit : Tu ressembles à un ange juste.

Matthieu lui dit : Tu ressembles à un philosophe sage.

Thomas lui dit : Maître ma bouche n’acceptera absolument pas que je te dise à qui Tu ressembles.

Jésus dit : Je ne suis pas ton Maître, car tu as bu. Tu t’es enivré à la source bouillonnante que Moi j’ai mesurée. Et il le prit, Il se retira, Il lui dit trois mots.

Or quand Thomas revint voir ses compagnons, Ceux-ci l’interrogèrent :

Que t’as dit Jésus ?

Si je vous disais une des paroles qu’Il m’a dites, vous prendriez des pierres,

Vous les jetteriez contre moi Et le feu sortirait des pierres Et elles vous brûleraient ».

Tirons une racine.

La Gnose implique une ferveur qui diminue jusqu’à annuler la distance entre moi et l’Autre. A la limite je suis l’Autre et « si les gnostiques ont proposé du monde une image dualiste, ce n’est pas parce que leur esprit les prédisposait à voir, face à toute entité une entité contraire, mais parce que devant la présence omniprésente et angoissante du mal, il était nécessaire de lui proposer quelque chose ». Elle est fondamentalement « non duel ». Un tel raisonnement allait à l’encontre de toute la prédication apostolique !

La création de notre Monde, son origine:

de l’Être Suprême inconnu vient une série d’émanations ou « aéons » qui sont des êtres spirituels d’un haut niveau capables de communiquer avec l’Être Suprême. Un des aéons inférieurs, qui n’est pas en contact direct avec l’« Être Suprême », va être responsable de la Création. Même si elle n’est pas totalement mauvaise, la Création est comparable à « une sphère » d’où les humains enfermés doivent s’échapper s’ils veulent se réintégrer à Dieu. Jésus enseigne que cette « aventure » est accidentelle, l’homme pourra lui même dans son enveloppe charnelle, connaître la joie de la libération. Le seul moyen qu’il a pour échapper à cette « Création maladroite et douloureuse » c’est la « Gnose » qui amène à la connaissance parfaite du vrai Dieu. Le salut consiste à surmonter l’ignorance qui accable l’homme, il peut y parvenir par sa connaissance de son soi intime. La mission du Christ a été de venir comme émissaire du Dieu Suprême, apporter la Gnose. Pour les Gnostiques, le Christ en tant qu’Être divin n’a pas eu de corps humain, il n’est pas mort, n’est pas ressuscité. Il a soit habité temporairement un homme, Jésus, soit pris une apparence humaine, une simple illusion.

Troublant Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 9, 2-10.

Troublant Evangile de Saint Thomas…

« Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Elie leur apparut avec Moïse, et ils s’entretenaient avec Jésus… ».

En écrivant ces lignes des noms de personnages que je considère en charge de messages me sont venus à l’esprit : Boehm, Martines de Pasqually, Louis Claude de Saint Martin, Swedenborg ! Ces personnages furent certainement eux aussi … missionnés… à divers degrés. C’est à la suite d’une lecture que j’ai rencontré celui qui fut peut-être plus grand gnostique paléochrétien du début du IIe siècle : Basilide, un élève de Ménandre, disciple de Simon le Magicien ! Il imaginait 365 cieux habités par des intelligences de différents degrés, il prétendait que le monde avait été créé par des intelligences du dernier ordre. Le Livre alexandrin des secrets d’Enoch parlent lui des 12 étages qui séparent Dieu des hommes, dont 9 lui sont invisibles et forment le Plérome de la Divinité. En notre XXI ème siècle beaucoup de semi chrétiens (?) considèrent Jésus seulement et surtout comme un personnage historique, un illuminé qui a été déifié par la foule. La Tradition juive fait état de plusieurs cas d’enfants nés de femmes s’étant purifiées pour obtenir du Seigneur la naissance d’un enfant missionné. Musulmans et Juifs disent : « Le Messie Jésus » n’est que le fils de Marie.

Je terminerai cette esquisse « resserrée » du Christianisme ou des Christianismes, sur cette profession de foi de Martines de Pasqually : « La chute est universelle. Tous les êtres sont tombés. Se relèveront-ils, se réconcilieront-ils avec le Créateur ? Seront-ils réintégrés dans leurs prérogatives et droits primitifs. Cette réintégration est possible, elle sera universelle. Les esprits qui actionnent et opèrent dans le surcéleste, le céleste et le terrestre, étant destinés à accomplir la manifestation temporelle de la justice et de la gloire du Créateur, ont des puissances et des opérations spirituelles temporelles bornées par leur assujettissement au temps [….] C’est pour avoir fait la volonté de Dieu que Jésus Christ, revêtu de la nature humaine, est devenu le Fils de Dieu lui-même. En imitant son exemple ou en conformant notre volonté à la volonté divine, nous entrerons comme lui dans l’union éternelle de Dieu ».

La communauté chrétienne primitive disparue reste t’il un quelque chose de leur christianisme, l’Eglise catholique « a t’elle fait le ménage? ». D’un imbroglio d’émergences, le catholicisme l’a emporté, il a balayé nombre de croyances, de vérités qui le gênaient comme par exemple la réincarnation. Sur ce sujet Flavius Josèphe notera dans ses écrits que les Pharisiens, se réservaient la possibilité d’envisager une réincarnation. Pour cette croyance on torturera, on brûlera, Rome a pratiqué sur des siècles une sorte de remake romain ! … Oui, il reste le courant Gnostique qui fascine ceux qui s’en approchent, par la lumière qu’il leur permet de distinguer. Pour la Gnose, le Dieu de l’Ancien Testament n’est qu’un ange déchu qui n’a aucune prééminence sur les autres Puissances. Le Dieu de Lumière ne pouvant être créateur des ténèbres, se sont des puissances qui ne connaissent pas Dieu qui ont crée le Monde où nous vivons, qui le gouvernent. Les Gnostiques « chrétiens » voient, concèdent tout à fait comme un moyen valable, et, c’est là une cassure totale avec Rome, de s’ouvrir à d’autres Puissances issues des mystères, grecs, des ancestrales religions orientales, pour redonner à l’homme la pureté qui l’habitait avant Adam et Eve.

« Les temps sont venus. »

« Seigneur, j’ai peur. Mon âme en moi tressaille toute.

Je vois, je sens qu’il faut vous aimer. »

Verlaine.

Source : http://prunelledeliere.canalblog.com/

Par J.E. M. - Publié dans : Planches
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Lundi 12 novembre 2012 1 12 /11 /Nov /2012 07:05

La planche de ce jour a pour thème le christianisme primitif et ses rites, cependant il est nécessaire de commencer par rappeler quelques éléments doctrinaux qui ont conditionné l’évolution ultérieure de la chrétienté. Pour des raisons de commodité, le présent exposé adopté délibérément une présentation très structurée, dont l’inconvénient est un schématisme réducteur.

La doctrine
L’enseignement de Jésus
L’enseignement de Jésus est d’abord connu au travers des écrits rédigés par les apôtres, c’est-à-dire par des textes apologétiques et démonstratifs, et non pas « historiques » au sens actuel du terme. Il reste cependant que l’analyse détaillée de ces mêmes textes, la présence d’autres sources (écrits païens et apocryphes), la connaissance du judaïsme antique et de la Bible juive permettent de déterminer avec une précision acceptable les paroles réelles de jésus.

Avant de devenir une religion constituée, l’enseignement de Jésus est d’abord un discours qui se situe avant tout dans le cadre du judaïsme: en effet, en dehors de toute autre considération (langue, géographie), l’enseignement de Jésus n’est compréhensible que par le peuple juif, élevé dans une religion monothéiste. Simultanément, cette même prédication fait éclater par certains points le judaïsme traditionnel, et trouvera (par l’intermédiaire de Paul) son plus grand succès auprès des païens.

On touche là l’ambiguïté fondamentale de Jésus, qui explique pourquoi ses contemporains ont eu du mal à le reconnaître comme le Messie.

Le Royaume de Dieu
En schématisant à l’extrême, le message de Jésus est marqué par un thème récurrent : « Le temps est accompli, et le Royaume de Dieu s’est approché : convertissez vous, et croyez à l’Evangile » (Marc 1, 15).

Le Messie
A ce titre, ses disciples reconnaissent en Jésus l’Oint du Seigneur (Messie en hébreu, Christ en grec), titre que jésus n’accepte qu’avec réticence. Cela n’empêche pas que les apôtres et les foules voient en lui le Messie Glorieux, venu rétablir la place d’Israël parmi les nations, d’où l’ambiguïté de son succès; le procès et la crucifixion de Jésus le réalisent comme Messie Souffrant, pour reprendre les termes d’Isaïe (40-55). En reprenant les évangiles, il semble que jusqu’à son procès, Jésus a hésité entre ces deux aspects du Messie.

La Loi Juive
Un autre trait caractéristique de la prédication de Jésus est son attitude par rapport à la Loi Juive. D’un côté, il déclare : « N’allez pas croire que je suis venu abroger la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu pour abroger, mais pour accomplir » (Mathieu 4, 17).

Pourtant, simultanément, sa prédication s’adresse en priorité aux déshérités, aux pêcheurs, et il n’hésite pas à interpréter cette même Loi dans un sens apparemment contraire à la tradition, au nom d’une raison supérieure, l’amour et la miséricorde divine : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat, de sorte que le Fils de l’Homme est maître même du sabbat » (Marc 2, 28).

Jésus et les païens
Au début de la prédication de Jésus, son discours s’adresse exclusivement au peuple juif, les païens et les Samaritains étant parfois cités en exemple à titre individuel : « Ne prenez pas le chemin des païens et n’entrez pas dans une ville de Samaritains; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (Mathieu 15, 24).

Il reste que progressivement, peut-être à cause des obstacles rencontrés auprès des Juifs eux-mêmes, Jésus en vient à inclure progressivement les gentils dans l’avenir messianique: « Beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux, tandis que les héritiers du Royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors » (Mathieu 8, 11).

La communauté des Douze
L’Eglise primordiale est constituée de la communauté des Douze, nombre qui symbolise clairement le nouvel Israël.

Les principales activités de Jésus sont la prière et la prédication, mais il ne crée pas lui-même de sacrement (Non, Jésus n’a pas inventé le signe de croix !). Ce n’est qu’après sa mort que les apôtres créeront les sacrements, pour obéir à ses injonctions ou pour garder sa mémoire ; il suffit de penser à la communion, ou au pardon des péchés.

La Communauté de Jérusalem
La toute première communauté chrétienne est celle des apôtres, à Jérusalem. On lui donne déjà le nom d’Eglise (du grec ecclesia), c’est à dire assemblée, car il s’agit avant tout d’une structure collégiale. Ce groupe est constitué de juifs pieux, qui ne cherchent pas la rupture avec le judaïsme, dont ils pratiquent les rites; leur seule différence, c’est qu’ils identifient Jésus au Messie anonyme de l’espérance juive.

Alors que les apôtres sont convaincus du succès de leur prédication auprès de leurs corréligionnaires, ils trouvent leur véritable auditoire auprès de la diaspora hellénisée de Jérusalem, dont Etienne est le représentant : ce groupe condamne comme idolâtre le culte rendu au Temple, et proclame pour la première fois l’autonomie du message chrétien par rapport au judaïsme. Dans la ville sainte juive, un tel discours est perçu comme sacrilège, aussi Etienne meurt lapidé tandis que la communauté chrétienne est dispersée.

Paul et la mission auprès des Gentils
Issu lui aussi de la diaspora de langue grecque, Paul est d’abord un pharisien farouche, avant de se convertir brusquement. Face à la communauté des apôtres, il affirme tenir sa mission de Dieu lui-même, et en tant que citoyen romain, va utiliser l’infrastructure romaine pour répandre la nouvelle foi auprès des Gentils (traduction grecque de l’hébreu Goyim).

Paul est le premier à donner à la nouvelle religion un enseignement théorique compréhensible hors du monde juif: en ce sens, il est « l’inventeur » du christianisme. Très rapidement, la communauté juive originelle devient minoritaire dans le christianisme; simultanément, la communauté juive rejette le christianisme comme interprétation possible du judaïsme.

Simultanément citoyen romain, de culture grecque, de religion juive, mais connaissant les cultes païens, Paul est déchiré entre de nombreuses contradictions, qu’il réussit à concilier dans une foi profonde en Jésus. Aussi, sans lui retire son originalité propre, l’élan qu’il va donner au christianisme sera marqué par ces influences contradictoires.

An schématisant à l’extrême sa pensée, Paul affirme qu’il est impossible à l’Homme de trouver seul son Salut, état qui selon lui est du seul ressort de Dieu, par l’intermédiaire de Jésus. A ce titre, seule la foi sauve, et donc toutes les observances rituelles du judaïsme sont condamnées sans recours, car inopérantes.

Les rites chrétiens primitifs
Malgré l’existence de certains rites (fraction du pain notamment) dans la Communauté de Jérusalem, on ne peut parler de rites chrétiens qu’au moment de la séparation d’avec le judaïsme traditionnel.

Le recrutement
Le christianisme connaît ses premiers succès auprès du petit peuple des villes romaines (esclaves, affranchis, artisans), d’où le sobriquet de « religion d’esclave » qui lui est initialement appliqué.

Un tel succès réalisé malgré les persécutions officielles peut s’expliquer par la conjonction de différents facteurs :
La crise du système religieux traditionnel et l’intérêt pour les religions à mystères importées d’orient (le christianisme primitif était considéré comme une religion orientale).
La fraternité affichée entre les membres, indépendamment de leur sexe, position sociale ou nationalité : « Il n’y a plus Grec et Juif, circoncis et incirconcis, barbare, Scythe, esclave, homme libre, mais Christ : il est tout et en tous » (Col 3, 11).
L’incarnation effective d’un sauveur en Jésus, homme réel et contemporain, à comparer aux créations mythiques des autres religions à mystères.
La proximité du Royaume et le salut rendu possible à tous, hors d’un enseignement ésotérique réservé à une élite.

Le recrutement s’élargit rapidement aux classes moyennes et aux gens de toute condition : « Aquilas et Prisca vous envoient bien des salutations dans le Seigneur, ainsi que l’Eglise qui se réunit chez eux » (1 Cor 16, 19). Dans le même temps, le christianisme cesse de s’opposer systématiquement à la culture païenne, mais cherche à en récupérer les meilleurs éléments, ce qui est un facteur d’attraction supplémentaire.

En revanche, la vieille aristocratie romaine et le monde paysan resteront longtemps à l’écart de cette religion nouvelle.

Les dogmes
Sans revenir sur le message de Jésus, il est nécessaire de rappeler qu’à ses débuts, le christianisme est avant tout l’observance des paroles du Maître, mais ne possède pas de corpus théologique fié explicitement. Cette mise en forme est commencée par Paul, puis continuée par les Pères de l’Eglise, mais il faudra attendre le concile de Nicée (325) pour qu’un consensus général s’établisse sur les dogmes chrétiens : « Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant… »).

De ce fait, le christianisme primitif est avant tout une fédération de petites communautés, se reconnaissant toutes dans la foi en Jésus, mais très différentes les unes des autres :
Clergé n’obéissant pas à une autorité centrale et unique.

Différence dans les rituels
Divergences qui vont jusqu’à l’hérésie dans l’interprétation des paroles de Jésus.
Ces différences subsistent de nos jours au Moyen-Orient, où existent encore des églises chrétiennes jalouses de leur indépendances : coptes, maronites… Une théologie va donc progressivement se construire, permettant, en maintenant les enseignements de Jésus, de :
Communiquer l’enseignement de Jésus à des non-juifs, en utilisant le cas échéant le vocabulaire et la culture païenne (hellénisme notamment)
Faire face à l’élévation du niveau culturel des membres (classes moyennes romaines)
Définir un corpus cohérent face aux religions à mystères
Mieux définir la foi par rapport aux déviations rituelles et doctrinales (hérésies)
Unifier les différents rituels et les écrits canoniques
Enfin, lors de la victoire du christianisme (330), faire face aux conséquences d’un recrutement de masse.

Le baptême
Rien n’indique que Jésus ait baptisé lui-même, mais selon les Evangiles, il ordonne aux apôtres de la faire en son nom : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui que ne croira pas sera condamné » (Marc 16, 16). Quoiqu’il en soit, le baptême deviendra très vite le rite d’intégration par excellence.

Les non-baptisés n’assistent qu’au début de la messe (prière, lectures bibliques et sermon), puis se retirent avant la célébration de la communion, réservée aux seuls fidèles.

Initialement, seule la foi en Jésus et le repentir sont exigés, mais très vite une instruction préliminaire est mise en place, tandis que les candidats sont parrainés et soumis à une période probatoire ; en période de persécutions, on comprend aisément les raisons de ces précautions. Le baptême effaçant tous les péchés, la tentation est grande de sa faire baptiser le plus tard possible, éventuellement sur son lit de mort, aussi de nombreux évêques fulmineront contre cette dérive.

Pour l’ensemble de ces raisons, le baptême est initialement réservé aux adultes, mais le baptême des enfants est introduit très tôt.

La cérémonie du baptême est préparée par une retraite préliminaire, tandis que le sacrement est pratiqué par immersion totale, de préférence dans la nuit de Pâques. L’immersion est complétée par une imposition des mains, qui existe encore dans le rite actuel, mais a donné lieu à un sacrement distinct : la confirmation.

La communion
Le partage du pain est déjà attesté dans la communauté de Jérusalem : « Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Actes 2, 42). Dès les débuts du christianisme, ce rite est perçu simultanément comme mémorial de la Cène et anticipation du Royaume de Dieu. Quelques années plus tard, Paul sera le premier à développer une théologie autour de ce geste.

La participation à la communion suit immédiatement l’admission des nouveaux baptisés, qui assistent à l’intégralité du culte. Ce rite est initialement intégré dans une agape communautaire et fraternelle, dont il constitue l’élément sacré : « Mais quand vous vous réunissez en commun, ce n’est pas le repas du Seigneur que vous prenez. Car au moment de manger, chacun se hâte de prendre son propre repas, en sorte que l’un a faim, tandis que l’autre est ivre » (1 Cor 10, 20).

Vers le 2ème siècle, le rituel se stabilisera autour de quelques traits principaux, tandis que l’agape sera séparée de l’Eucharistie (action de grâces), ce dernier terme servant de plus en plus à désigner la Cène. Plus tard, l’agape deviendra progressivement un repas charitable pour les pauvres et finira par disparaître; la Cène évoluera pour devenir la Messe.

Morale chrétienne et pénitence
Les premiers chrétiens pratiquent une morale volontairement austère, qui les met à contre-courant de leurs contemporains: stricte discipline de vie (jeûne notamment), renoncement aux distractions païennes ou immorales, bannissement du lucre et du luxe, valorisation de la virginité, du mariage et de la famille, promotion de la charité fraternelle.

Une telle rigueur s’explique à la fois par l’influence du dualisme grec (alors à la mode), mais aussi par la conviction d’un retour très proche de Jésus : il faut être prêt pour le Royaume. Nul doute qu’une telle sévérité a dû décourager plus d’un candidat, mais a aussi été un puissant facteur d’attraction pour les meilleurs des païens.

Compte tenu de la vie communautaire des premiers chrétiens, l’aveu des fautes et leur pardon sont publics (« Je confesse à Dieu tout puissant, je reconnais devant mes frères… »), l’un et l’autre étant du devoir de tout croyant ; encore une fois, la foi en Jésus impose le rite.

Avec l’élargissement du recrutement, une telle rigueur était difficile à maintenir, aussi après bien des hésitations se met en place un système élaboré de pénitences, allant jusqu’à l’excommunication temporaire suivie d’une réconciliation solennelle.

Avec le temps, ce rite débouchera sur la justice ecclésiastique d’une part, sur la forme moderne de la confession d’autre part.

Le clergé
La communauté de Jérusalem ne connaît pas de véritable hiérarchie, mais un Conseil des Anciens; là encore, la différenciation des fonctions apparaît avec l’autonomie du christianisme par rapport au judaïsme, puis s’accentue avec sa reconnaissance comme religion officielle de l’Empire.

Les écrits de Paul « Paul et Timothée, serviteurs de Jésus-Christ, à tous les saints en Jésus-Christ, qui sont à Philippes, avec leurs épiscopes et leurs diacres » (Phil 1, 1) attestent de la présence de Surveillants (en grec, episcopoi), et de Diacres, chargés principalement de fonctions administratives. Le titulaire du poste est initialement choisi par la communauté, dont le choix est confirmé par la hiérarchie dans le rite de l’ordination.

La transmission du pouvoir spirituel est effectuée par imposition des mains : on le voit, le rite est resté inchangé.

J’ai dit, V\ M\

Sources :
Mircea ELIADE : « Histoire des religions »
Marcel SIMON & André BENOIT : « Le judaïsme et le christianisme antique »

Source : www.ledifice.net

Par B\ V\ - Publié dans : Planches
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Dimanche 11 novembre 2012 7 11 /11 /Nov /2012 10:19

L'initié Franc-Maçon vit au rythme du monde. Il est attentif aux saisons, aux solstices, au temps qui se renouvelle. Le sablier, la clepsydre, comme le globe céleste et le globe terrestre, la voûte étoilée qui avec son zodiaque lui montre la pérennité du ciel font partie de son arsenal symbolique, s'ajoutant aux outils propre­ment dits qui lui font prendre la mesure du temps et de l'espace, la mesure de l'Homme et de l'Univers.

L'initié Franc-Maçon se situe ainsi sur un chemin dont l'entrée est annoncée par deux vivants piliers, opposés et pourtant symé­triques, séparés et pourtant jumeaux, deux piliers qui renferment le secret de la nature et le poids du monde, deux piliers qui ont de tout temps fasciné les hommes de connaissance et de désir et qui en notre civilisation portent depuis deux millénaires le nom mystérieux de Jean.

Nous revenons, dans ce cycle perpétuel dont les piliers à la fois marquent le rythme de la vie et délimitent le champ des connaissances humaines, au jour de la pleine lumière, jour où Jean le Baptiste s'apprête à mourir pour annoncer plus grand que lui et afin que Jean l'Evangéliste, au solstice d'hiver, puisse prononcer la parole mystérieuse du « consummatum est ».

Nous sommes parvenus en ce jour du Soleil triomphant à l'ins­tant très bref où les deux Jean se confondent pour tenter de faire comprendre à l'homme l'un des plus profonds mystères de la Vie.

Or ce mystère, celui du Soleil, celui de la création, ne s'expli­que pas. Il ne peut être appréhendé que par cette voie intuitive, en honneur chez tous les Francs-Maçons de la Grande Loge de

France, il ne peut qu'être suggéré symboliquement à celui qui accepte d'ouvrir les yeux. Hermès n'a-t-il pas dit : « L'éternité est image de Dieu, le monde image de l'éternité, le Soleil image du monde, l'homme image du Soleil » ?...

Ce n'est point un hasard si la Franc-Maçonnerie traditionnelle en honorant les deux Saint Jean fait référence également à la lune et au soleil qui dans tout temple maçonnique entourent à l'Orient le Delta flamboyant, image de la Divinité suprême.

Contemplez en effet les deux visages de Jean, tels que nous les ont légués dans leur merveilleuse inspiration les peintres, les sculpteurs, les imagiers d'autrefois, initiés à l'art royal. L'un, le Baptiste, sévère, farouche, lunaire. L'autre, l'Evangéliste, illuminé, plein de douceur, solaire. Or, passer de la Lune au Soleil dans les 33 degrés de la sagesse humaine c'est aller du Baptiste vers l'Evangéliste et, initié aux petits mystères, aller vers le vrai Soleil dont l'astre n'est que l'image visible, celui qui illumine la nuit des initiés capables d'affronter et de contempler en face la réalité des grands mystères. L'initiation achevée est la mise au monde de l'Homme-Soleil qui éclaire lui-même sa route.

Mais revenons à Jean le précurseur, revenons à Jean le « baptiseur » entre les mains duquel tout initié doit au préalable se confier.

Jean venait de chez les Esséniens. Ses attaches avec Oûmran sont aujourd'hui bien établies et le cardinal Daniélou a pu dire :

« Désormais la figure mystérieuse jusqu'à ce jour du Baptiste se détache sur un fonds précis au lieu de surgir d'un monde inconnu ». Et le professeur Dupont-Sommer à qui nous devons l'analyse des manuscrits de la Mer Morte affirme à propos de ces thérapeutes du Désert que Jean le Baptiste fut « très probablement » leur chef.

Or les Esséniens pratiquaient le culte du soleil. Flavius Joséphe rapporte comment, dès l'aube, « ils lui adressaient leurs vœux comme à un père, en le conjurant d'éclairer leurs âmes de sa lumière ». Bien sûr ce n'était point l'astre lui-même qu'ils honoraient ainsi mais la force de mystère qui en fait le bienfaiteur et le père nourricier des hommes. Le pain n'est-il pas en effet des rayons solaires matérialisés et tout ce que nous mangeons, tout ce que nous buvons, comme le rappelait Flammarion, ne le devons- nous pas au Soleil ?...

Ce que nous savons des Esséniens se réduit à des bribes arrachées çà et là à des manuscrits de l'époque. On sait ainsi qu'ils avaient les cheveux longs et qu'ils étaient vêtus de lin blanc. Qu'ils pratiquaient entre eux l'hospitalité fraternelle, qu'ils professaient le rite du baptême, que leur initiation durait trois ans et que le « nazaréat » (d'où le nom de Nazaréen donné à Jésus) était chez eux le grade conféré à celui qui avait reçu les plus hautes connais­sances. On sait également qu'ils étaient très éloignés des pratiques du judaïsme orthodoxe, très influencés par l'hellénism,e et surtout par la Gnose pythagoricienne. Il est signifiant d'ailleurs de rap­procher leur nom de celui des prêtres du grand Temple d'Ephèse que l'on appelait "Essènes".

Ainsi Jean le Baptiste, leur chef, tout au moins l'un de leurs guides, apparaît-il à présent à nos yeux beaucoup plus clairement, beaucoup plus nettement que jadis et son visage se détache sur un fond beaucoup plus familier au Franc-Maçon, héritier lui aussi, pour une part, du pythagorisme antique. Et l'on comprend mieux ainsi cette étonnante scène du Jourdain où l'initié Jean donne à l'initié Jésus le baptême et perd ainsi sa priorité et son pouvoir par la descente en Jésus, à cet instant unique, du Christ, du Verbe solaire.

Et l'on conçoit mieux ce vaste courant johannite où les deux Jean ne font qu'un bien sûr, qui, tout au long des siècles et depuis les Pères de l'Eglise primitive, n'a cessé de se manifester. A travers la Béatrice de Dante, derrière le sourire de la Joconde de Léonard, dans les peintures du Greco et de Botticelli, autres initiés dans les écrits d'Abélard, de Clément d'Alexandrie ou de Joachim de Flore, dans la pensée d'un Bernard de Clairvaux, dans toute la vie d'un Saint François d'Assise.

Mais qu'est donc, me direz-vous, ce courant johannite dont on entend si souvent parler et dont bien peu nous révèlent les arcanes ? En vérité la réponse est toute simple. Elle tient en deux mots : Connaissance et Amour. Deux mots dont le second a été perdu au cours des longues nuits d'agonie des martyrs de toutes les fois, dans les luttes religieuses et fratricides et dont le premier a été occulté par les dogmes des églises lorsque celles-ci voulaient garder pour elles seules le droit de détenir la Vérité.

Connaissance et Amour. Jamais l'une sans l'autre, jamais l'une au détriment de l'autre.

Il est dans les cathédrales de Chartres et de Ferrare, deux statues de Janus, c'est-à-dire de Saint Jean au double visage, étrangement éloquentes. Ce Saint Jean « bifrons » comme le Dieu latin son précurseur, tient en effet un pain (ou une galette) et une coupe. Le pain de vie et d'amour et la coupe renfermant le vin de la connaissance. Car le pain est l'amour et le vin la connais­sance. Et le pain et le vin unis c'est l'Aor-Agni des initiés hindous, l'Aor-Agni correspondant aux deux Saint Jean de l'ésotérisme chrétien.

Dans la « Didaché », la communion des premiers chrétiens sous les deux espèces, il était dit : « Nous te rendons grâce ô Père, pour la vie et la gnose que tu nous as fait connaître ». La Cène était alors vraiment encore le repas des initiés. Or, dans le pain, ou la galette plus précisément, que nous tend le Saint Jean de Chartres il y a la fève, symbole solaire de Phoebus dont le nom lui-même signifie « lumière » (Phos) et « vie » (Bios).

Quant à la coupe de la connaissance, quant au Vase qui contient la liqueur des initiés, le vin de Dionysos, le « sôma » des Hindous, déjà Ganymède, l'échanson des Dieux, l'homme du Verseau, celui qui préside précisément à notre ère nouvelle, la tenait et l'offrait aux initiés d'avant Saint Jean. La coupe c'est le Graal taillé dans l'émeraude perdue par Lucifer dans sa chute et son vin est celui qui apporte aux hommes les secrets du jardin d'Eden.

Amour et Connaissance. Les deux Jean, le Baptiste et l'Evan­géliste en sont l'un et l'autre les précieux dépositaires. Et c'est à nous qu'il appartient, pour nous approprier leurs dons ineffables, de les interroger et de les comprendre.

A Notre-Dame il est un autre Saint Jean qui lui n'est pas Janus. Mais il porte en revanche deux livres. L'un est ouvert, l'autre fermé. Or le livre, assimilable à la coupe de la connaissance résume en ses deux positions extrêmes toute la quête alchimique, toute la démarche de l'initié qui doit briser un à un les sept sceaux et, passant de la lune au soleil, illuminer le monde de tout l'amour qu'il y aura puisé.

Tel est en fait la véritable signification de ces bûchers votifs qui connaissent un regain de ferveur et de nouveau s'allument aux quatre coins de la France au soir de la Saint Jean d'été. Renouant les vieilles traditions, des hommes et des femmes, sans trop connaître parfois le sens profond de leur geste, recréent ainsi les anciens feux du soltice. Parmi eux bien sûr, il y a des initiés. Parfois ceux-ci font la chaîne d'union autour de la flamme qui monte haut et clair dans la nuit d'étoiles et le Vénérable Maître, entouré de tous ses Frères, prononce' alors des paroles rituelles venues du fond des âges.

Des paroles qui célèbrent la Vraie Lumière, celle qui en venant dans le monde éclaire tout homme, selon les versets de l'Evan­géliste. « Puisse ce feu réchauffer votre coeur, fortifier votre corps, et magnifier votre esprit. Puisse-t-il, murmure encore le Vénérable Maître se transmuer en un amour ardent pour vos semblables. Puisse-t-il illuminer à jamais votre âme !... »

Car les plus antiques initiations nous l'ont appris. Celui qui est passé par le feu ne craint plus la Lumière. Il est devenu, pour toujours, un fils de la Lumière !

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Samedi 10 novembre 2012 6 10 /11 /Nov /2012 10:05

Suivant l'Histoire Mythique des francs-maçons, la Franc-Maçonnerie ne cessa, dès les origines, d'être transmise et pratiquée au cours des âges de l'humanité.
C'est pourquoi, dans les périodes historiques qui nous sont connues, la tentation est grande de rechercher certains maillons de la chaîne, les ancê­tres spirituels en quelque sorte. Ainsi, les Templiers, les Quabbalistes du Moyen-âge, les Gnostiques du début du Christianisme ont-il fait l'objet de telles investigations, sans oublier - plus loin dans le temps - l'enseigne­ment des Temples Egyptiens.
Moins revendiqués, peut-être parce que moins connus, les Esséniens méri­tent d'attirer notre attention. Cette communauté juive qui résidait à Qumran - sur les rives de la Mer Morte - durant le premier siècle avant J.C. et qui fut dispersée quelques années avant la destruction du second Temple de Jérusalem (en 70 après J.C.) nous était connue par divers tex­tes historiques émanant de Philon d'Alexandrie, Flavius-Josephe et Pline l'Ancien.
Ces textes insistaient sur le caractère exceptionnel de la communauté, la sainteté de ses mœurs, le désintéressement total de ses membres et leur pratique assidue de toutes les vertus.
Depuis 1947, les Esséniens sont devenus infiniment célèbres avec la découverte des Manuscrits de la Mer Morte, Manuscrits qui compre­naient, entre autres, des documents internes à la communauté, tels les Hymnes, le Règlement de la Guerre des Fils de la Lumière contre les Fils des Ténèbres et le rouleau de la Règle appelé encore Manuel de Discipline.
Dès lors, l'intérêt est grand pour nous d'étudier les conceptions et les règles de fonctionnement d'une société initiatique au ter siècle avant notre ère.
Société initiatique, le fait est incontestable !
Les membres de la communauté de Qumran ne se contentent pas de prati­quer toutes les vertus ; leur objectif est la connaissance, celle des lois cos­miques et des mystères de la création. A cet effet, un enseignement ésoté­rique leur est dispensé, de manière progressive, suivant l'évolution de leur capacité de réception.
Écoutons, à ce sujet, le rouleau de la Règle (IX - 18 - 19) : «chacun, selon son esprit, selon le moment déterminé du temps, il les guidera dans la Connaissance ; et, pareillement, il les instruira des Mystères merveilleux et véridiques au milieu des membres de la communauté».
Par contre, rien ne doit être révélé aux «hommes de perversion », les pro­fanes extérieurs à la communauté «même au prix de la mort ».
Quant au mode d'enseignement, Philon d'Alexandrie nous avait déjà ren­seigné à son sujet : «le plus souvent, c'est au moyen de symboles que l'enseignement est donné chez eux, suivant une antique méthode de recherche».
Méthode symbolique, enseignement ésotérique, recherche de la connais­sance joints à un travail sur soi-même qui vise à triompher des passions pour atteindre la «liberté véritable» (Philon). Inutile d'insister pour sou­ligner la parenté avec les principes maçonniques !
Les parallèles ne s'arrêtent pas là, mais avant de poursuivre leur énuméra­tion et de parvenir au plus troublant d'entre eux — la conception essénienne du Temple — il convient de signaler deux grandes différences qu'il ne faut pas perdre de vue pour éviter les assimilations hâtives :
- En premier lieu, la communauté des Esséniens a un caractère résolu­ment religieux et l'aspect initiatique, précédemment évoqué, est insépara­ble d'un intense mysticisme dont la Franc-Maçonnerie moderne ne se fait plus l'écho.
- La seconde grande différence est que la notion, essentielle en Franc- Maçonnerie de Tolérance, ne trouve pas de correspondance chez les Esséniens. Hors de la secte, pas de vérité ni de salut !
Ces deux importantes réserves concernant l'aspect religieux et quelque peu sectaire de la communauté étant faites, nous pouvons reprendre l'examen rapide des règles qui la gouvernent.
Toutes les caractéristiques d'une société initiatique s'y retrouvent. Les candidats sont examinés par un Inspecteur et, s'ils sont acceptés, doivent accomplir une année de postulat et deux années de noviciat.
Au terme du noviciat, le candidat est pleinement intégré à la commu­nauté, ses biens sont mêlés à ceux des autres, il acquiert le droit de partici­per au repas commun, ainsi que le droit de donner son avis et de voter.
La cérémonie d'intégration comporte un serment, notamment de ne jamais révéler aux profanes les doctrines internes, sous peine des plus effroyables châtiments si on venait à trahir.
A l'intérieur de la communauté règne une stricte hiérarchie fondée à la fois sur l'ancienneté et sur le mérite, ainsi qu'une discipline rigoureuse. Lors des séances, chacun se lève lorsque son tour est venu de parler et il est rigoureusement interdit d'interrompre un Frère - car c'est aussi le nom qu'ils se donnent - au cours de son intervention.
Les Frères se doivent mutuellement bienveillance, courtoisie, amour réci­proque et entr'aide. Mais il existe aussi un devoir de remontrance, car tous sont solidaires et chacun est responsable du progrès et de l'évolution de l'autre.
Toutes ces règles sont incontestablement très voisines des règles maçonni­ques, mais on pourrait en dire autant à l'égard de nombreuses commu­nautés ou sociétés à caractère initiatique.
Il existe toutefois une parenté, plus troublante que toutes les précédentes, entre les Esseniens et la Franc-Maçonnerie telle que nous la connaissons. Cette parenté réside dans la conception même du Temple et de sa cons­truction.
Pour apprécier cette parenté à sa juste valeur, il faut rappeler qu'à l'épo­que où la communauté de Qumran vécut, le Temple de Jérusalem — lieu vénéré entre tous dans le judaïsme — n'était pas encore détruit. Pourtant, les Esseniens considèrent l'édifice sacré avec méfiance et n'y accomplis­sent pas leurs sacrifices.
Ecoutons Henri Corbin dans son ouvrage « Temple et Contemplation» :
«Face au second Temple désormais souillé et profané et dont elle s'est séparée, la communauté de Qumran a conscience de constituer elle- même, symboliquement, le Nouveau Temple comme Temple Spirituel. Miqdash Adam : la traduction par «temple humain » est déjà éloquente. Celle que propose Gartner est plus précise : «un temple d'hommes », c'est-à-dire un temple consistant en hommes. La communauté comme «maison de Dieu» porte le sceau de l'éternité : le Temple éternel est désormais en voie de réalisation dans la communauté. Les sacrifices offerts dans ce Temple, constitué par les membres de la communauté, sont de nature purement spirituelle»...
Allons plus loin. Les Esséniens reprennent et adaptent le verset célèbre d'Isaïe (28-16) :
«Voici, j'ai mis en Sion une pierre, une pierre éprouvée, une pierre angu­laire de prix, solidement posée ; celui qui la prendra n'aura pas hâte de fuir».
Ainsi que l'indique Henri Corbin : «l'herméneutique Qumranienne met au pluriel «les pierres éprouvées ». Le fondement, posé par Dieu, le rocher, ce sont les vérités que l'Herméneutique de la Torah, la loi juive, révèle à la communauté. Les «pierres éprouvées» sur lesquelles est basée la nouvelle alliance, ce sont les membres de la communauté.
Ainsi, non seulement les Esséniens poursuivent l'idéal de construction d'un Temple éternel, universel, de nature purement spirituelle - ce qui est caractéristique de la Franc-Maçonnerie - mais encore ils utilisaient, pour les hommes appelés à construire ce Temple, le symbolisme - omni­présent en Franc-Maçonnerie - de la pierre brute qui doit être taillée, ce qu'ils nommaient «pierres éprouvées ».
Une remarque sur le symbolisme, si important, de la pierre.
En Hébreu, la pierre se dit Even, mot particulièrement intéressant car on retrouve dans sa composition le mot Av qui signifie «le père» et le mot Ben qui signifie «le fils ». Mot à mot, on peut traduire Even par « fils du père ». ou « fils du principe premier ». Ce qui fait dire aux commentateurs que la pierre représente l'homme conscient de sa filiation divine, l'homme spirituel.
Cette remarque explique en partie la pérennité du symbole de la pierre pour représenter l'homme en voie d'initiation.
L'assemblage des «pierres éprouvées» doit permettre la construction du Temple Universel. Cet idéal de construction puise sans doute son origine à la source même de la tradition judo-chrétienne, dans le livre de la Genèse (II.3).
« Elohim bénit le septième jour et le sanctifia, car en ce jour il se retira de toute l'oeuvre qu'il avait créée pour qu'elle soit faite (traduction de Zohar) ».
Ce verset, très commenté en Quabbale a des conséquences importantes. Il implique qu'Elohim a créé l’œuvre en principe (c'est l'une des traductions du mot Bereschit «au commencement ») qu'il en a tracé les plans, mais qu'elle reste à faire, à construire, suivant la volonté de l'Architecte. Et c'est évidemment la vocation de l'homme, maçon sur le chantier de l'édi­fice en construction.
L'édifice est un Temple, car le Temple est le lieu où doit s'établir la com­munication entre l'homme et Dieu. Il est ainsi sous-entendu que l'établis­sement de cette communication est le but même de la création.
L'originalité des Esseniens — et c'est là leur principale parenté avec la Franc-Maçonnerie — est d'avoir dépassé l'idée de l'existence obligatoire d'un édifice matériel. L'ensemble des hommes composant la commu­nauté représente le véritable Temple éternellement construit par le travail de chaque membre sur lui-même. Et ce Temple a vocation de s'étendre à l'infini par tous les nouveaux volontaires qui viennent rejoindre la com­munauté.
Comme souvent dans les époques troublées, les Esseniens croyaient la fin des temps proche. Le Temple serait bientôt achevé et, dans une sorte d'apocalypse, les fils de la lumière triompheraient définitivement des fils des ténèbres.
Il faut bien reconnaître que, vingt-et-un siècles plus tard, la construction se poursuit toujours et que les ténèbres sont loin d'être dissipées. Toute­fois, le message de Qumran garde sa valeur :
Le Temple de Jérusalem, sur la souillure et la destruction duquel des générations de juifs se sont lamentées est le symbole de la désacralisation de l'homme lui-même considéré comme Temple.
L'Homme, gouverné par ses passions, détournant ses regards du ciel pour se consacrer exclusivement à la Terre, figure le Temple souillé que la pré­sence divine (la Schekinah) a déserté et qui sera détruit.
Par contre, construire le Temple, rétablir la communication entre ciel et terre, c'est faire le Temple en soi, pratiquer l'ascèse initiatique que les Esséniens - il faut bien le dire - ont poussé jusqu'à son ultime perfection.
Vers l'année 63 après J.C., la communauté de Qumran fut dispersée et partit en exil. On retrouve sa trace à Damas, grâce à l'écrit qui fut retrouvé dans une synagogue du Caire et qui porte le titre «Ecrit de Damas ». Puis les Esséniens disparaissent définitivement de l'Histoire que nous connaissons.
Mais, il est évident que leurs enseignements ont survécu.
A travers la Quabbale, c'est certain : ainsi que le note Dupont-Sommer «la secte essenienne, ainsi que certains auteurs l'avaient antérieurement pressenti, semble avoir été le foyer initial de ce mysticisme, de cet ésoté­risme juifs qui connurent au Moyen-Age, notamment avec la Quabbale, d'extraordinaires développements.
Et, à travers la Quabbale, dont l'influence sur l'élaboration des rituels maçonniques est généralement reconnue, c'est probablement la Franc- Maçonnerie elle-même qui véhicule aujourd'hui le message fondamental des Esseniens, vérifiant ainsi la réalité de cette chaîne traditionnelle qui était évoquée tout à l'heure.
Au ler siècle avant notre ère, les hommes de Qumran utilisaient un symbolisme de construction très voisin du symbolisme maçonnique. Sur les rives de la Mer Morte était déjà posé - comme l'exprime l'hymne VI «le fil à plomb de vérité pour contrôler les pierres éprouvées ».
Ces hommes bâtissaient Miqdash Adam «le Temple de l'Homme », cons­cients que l'édifice à construire, suivant les plans de l'Architecte est lié à l'évolution de l'homme par l'effort et la connaissance.

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Jeudi 8 novembre 2012 4 08 /11 /Nov /2012 07:34

Le Rituel d’Initiation d’un profane est riche de références aux Mythes, tout comme la Franc-Maçonnerie fait continuellement référence à des Mythes : égyptiens, grecs, bibliques, chevaleresques.
Pourquoi ce souci d’un référentiel aussi particulier que la Mythologie ancienne ? Que représente-t-elle, cette science au croisement entre éthique, ethnologie, symbolisme, philosophie et art littéraire ? Ne pourrions-nous nous exprimer de manière plus directe et contemporaine, plutôt que de faire recours à la métaphore mythologique, souvent fondée sur une vision scientifique du monde désormais dépassée par les connaissances de la science positive ?
Pourquoi lors du dernier Convent, le Grand Maître nous a demandé d’amplifier les connaissances mythologiques ?

J’essaierai de donner une réponse à chaque question par l’analyse de la mythologie même.

Pierre VINCENTI PIOBB écrivait, à propos de la mythologie :
« Lorsque la Littérature aura cessé de tout exprimer sous la forme du roman – pourtant si souple et si ingénieuse qu’elle est susceptible de charmer et d’instruire à la fois – lorsqu’elle éprouvera le besoin de donner aux pensées une tournure plus utile et plus pratique pour le perfectionnement de l’humanité, elle reprendra, peut-être, les méthodes de l’Antiquité.
Celles-ci n’ont pas dit leur dernier mot – autant qu’il semble.
Certes, les Anciens, ceux de la Grèce, de l’Egypte et de la Chaldée – ceux de la Chine ancestrale également, ont su si bien raconter les histoires.
Il faut vraiment être un petit bourgeois dont les fibres cardiaques sont cuirassées d’une cote de la Bourse, pour ne pas saisir toute la beauté des mythologies du passé.
Ceux qui veulent y voir des traditions populaires sont ou des malfaisants ou des niais... »

La mythologie semble être différente et beaucoup plus complexe qu’un simple ouvrage littéraire.
En réalité la Mythologie est une méthode d’enseignement et de transmission d’un savoir fondamental pour la société humaine. (J’emploie le mot « fondamental » dans son acception étymologique, c’est-à-dire : fondement et non pas celle historique : important). On arrive à cette conclusion parce que dans l’histoire plurimillénaire de l’humanité, la mythologie a toujours exposé une métaphysique, liée à une conception cosmogonique, source d’une vision philosophique de la réalité. Par conséquent la métaphysique donnant naissance à une philosophie pouvait rassembler les hommes, voir les peuples qui se reconnaissaient dans cette pensée, dans une période spécifique et dans un lieu géographique donné.
C’était ainsi que les philosophies engendraient les religions, qui, loin d’être les croyances telles que nous les considérons aujourd’hui, avaient pour but la pratique d’une morale se rattachant à une condition éthique définie. C’était une manière de régler les comportements réciproques des composants d’une société humaine, afin de mieux vivre ensemble. Néanmoins étant un absolu philosophique concernant la « science du Bien et du Mal » pouvait être affirmé comme un dogme.
Et telle a été la situation du Christianisme, lorsqu’à partir du mythe du Christ, qui est l’histoire d’un Dieu devenant Homme, sa philosophie a voulu s’imposer comme mouvement politique pour remplacer l’Empire Romain.
Ce dernier avait toujours respecté les différentes cosmogonies, les différentes mythologies et les relatives philosophies, se limitant à la seule domination militaire et économique. Mais sa conception pluraliste de la philosophie devait se transformer en son pire ennemi, car elle n’a pas permis de faire face au dogme monothéiste, qui prétendait unifier les hommes en une unique vision du bien et du mal.
On entrevoit ici la complexité d’une conception mythologique et la nécessité d’en comprendre les mécanismes pour juger objectivement les phénomènes philosophiques, moraux, politiques de l’humanité.
Car pour schématiser, nous pouvons affirmer que : la mythologie est l’exposé d’une métaphysique. Cette dernière s’exprime par une philosophie qui relie les hommes dans une religion. La religion crée un dogme qui engendre une morale. La morale règle la vie d’une société. En remontant le parcours nous nous apercevons que toutes les société ont été bâties sur une fondation mythologique et que c’est la banaliser de la considérer comme un ensemble de traditions populaires ou de fables pour enfants.

Techniquement il faut faire une certaine différence entre un mythe, une légende et une fable. La distinction se situe au niveau du contenu, mais aussi sur la forme littéraire : la fable étant le récit le plus artistiquement conçu et le plus libre dans l’expression.

Le Mythe : le mythe peut être « constitutif » ou « relatif ». Il est constitutif lorsqu’il parle d’un Dieu et qu’il fondateur d’une religion. Il s’agira, donc, d’un mythe constitutif fondamental. C’est celui qu’il faut aborder lorsqu’on veut étudier une métaphysique. Par exemple le mythe de Vénus est constitutif, car il traite du principe d’attraction universelle, à l’origine de notre vie sur cette planète et une des forces fondamentales pour notre astrophysique. La religion de Vénus a été une des plus importantes de l’antiquité gréco-romaine.
Mais une religion est issue d’une philosophie et, en même temps, elle développe un positionnement philosophique, lequel a parfois besoin d’être précisé, surtout dans les rapports qu’il instaure avec la pensée fédératrice.
Pour faire cela le Mythographe fait recours au mythe constitutif accessoire, qui traite d’un dieu (voir d’un principe ou d’une force) en relation étroite avec celui du mythe fondamental.
Par exemple lorsque dans le mythe du Christ, donc de l’humanisation de la Divinité on doit faire référence à l’humus énergétique de l’être, à la terre nourrice, on introduit le mythe de la Vierge, à laquelle nous attribuons le processus matériel d’anthropomorphisation de la divinité abstraite.

Aux principes métaphysiques font suite les manifestations philosophiques, qui, ayant un rapport avec la psychologie humaine, peuvent (et souvent doivent) donner des directive éthiques. Or l’éthique est étroitement dépendante des coutumes traditionnelles d’un lieu géographiquement défini, d’un peuple. C’est le motif pour lequel parfois nous sommes amenés à confondre mythologie et ethnologie ou tradition populaire.
Deux autres types de mythes vont spécifier le mythe fondamental : il s’agit des mythes relatifs : celui moral et celui ethnique.
Le premier doit avoir une fonction éducative pour les individus, comme, par exemple, le mythe de Persée, fils de Jupiter et néanmoins sans qualité divine. Il s’agit d’un héros dont les exploits sont, pour les jeunes, un modèle à imiter.
Le deuxième a une fonction initiatique, afin d’enraciner les hommes dans la tradition culturelle de leur pays. C’est le cas d’Orphée, fils d’Apollon, et des mystères Orphiques, très importants dans les traditions initiatiques grecques.

La Légende : afin de détailler le mythe, les auteurs se servaient des affabulations, plus au moins artistiques. Ces affabulations prenaient la forme de légendes à caractère ethnique ou morale, en fonction de leur finalité.
L’affabulation consiste à utiliser une histoire vraie – ou susceptible de l’être – pour en faire un mythe. L’affabulation est donc l’adaptation mythique d’une réalité. Elle donne à penser que l’histoire racontée représente ce qui est susceptible de survenir dans la vie courante ; ou bien, ce qui constitue des faits qui se sont réellement produits.
Son rôle éducatif ne reste plus à être démontré, c’est presque une évidence.
La légende type est celle d’Hercule. On sait qu’elle a une réplique phénicienne, si bien que beaucoup ont pensé que le Héros grec avait été emprunté à Tyr. Ce n’est nullement nécessaire de supposer une importation mythique. L’Hercule grec et l’Hercule phénicien, que l’on voit en statue, sous le nom de colosse d’Amathonte, sont tous deux le même personnage légendaire dont l’existence se trouve racontée « à titre d’exemple généralisé » pour une raison touchant les questions métaphysiques, mais non pas concernant celles-ci.
Les légendes sont philosophiques et non pas religieuses.

La Fable : enfin les fables viennent compléter l’œuvre mythographique. La fable utilise uniquement l’invention ; aujourd’hui nous dirions le virtuel. Tout est possible dans les fables, où l’irréalité semble prendre concrétude par la forme artistique poussée. La fable a une finalité initiatique et d’élévation progressive de l’âme humaine. Elle fait appel au senti, au coté féminin de l’être, pour l’éveiller à la perception d’un domaine autre que celui de la réalité matérielle quotidienne. Elle fait appel à la vue éloignée, à la mise en perspective de la subjectivité individuelle. D’ailleurs elle s’adresse à l’individu et non pas à la collectivité sociale, car l’initiation est individuelle et pour elle l’humanité peut progresser dans son ensemble, par l’amélioration et l’élévation individuelle de ses composants.
La fable plus que les autres forme sus exposées fait recours au symbolisme et à la métaphore, et, comme le symbolisme, elle est faite pour toucher l’âme des individus.
Parfois les fables ont une seule source commune, comme les fables de La Fontaine, dérivées de celles de Phèdre, qui se refont à celles grecques d’Esope et aux Védas hindous. Mais le plus souvent elles sont indépendantes et enracinées dans des cultures spécifiques, comme Les Milles et une Nuit arabes ; Schéhérazade venant de Perse.
Mais toutes ont en commun une voie initiatique, des épreuves, la lutte entre le bien et le mal en chacun de nous, un dernier obstacle à franchir et la conquête finale d’une lumière qui éveille notre âme endormie sous les toiles d’araignée des habitudes et des lieux communs.

La Franc-Maçonnerie, comme toute autre société initiatique, bâtit sa structure éducative progressive autour d’un mythe fédérateur : celui de l’homme droit axé sur sa conscience d’être matériel et spirituel, masculin et féminin, humain et divin. Un homme sublimé après avoir été putréfié, mort et ressuscité. Or comme les différents peuples définis géographiquement avaient des mythes, des religions, des légendes et des fables adaptés à leur culture et à leur histoire, ainsi le Franc-Maçonnerie fait recours à des mythes interprétant des sensibilités particulières. On appelle ceux-ci des Rites.
Le Mythe constitutif fondamental au Rite de Memphis-Misraïm est celui d’Osiris, de la mort et de la résurrection.

Monsieur (Madame), s’initier « c’est apprendre à mourir » dans le Monde Antique ! La corde que vous portez dès cet instant au cou ne doit donc point, à vos yeux, revêtir de caractère infamant, ni vexatoire. Il ne s’agit point d’une inutile brimade. Cette corde symbolique n’est autre que l’image du lien fluidique reliant votre forme subtile à l’enveloppe charnelle que la Mort matérielle vous a fait abandonner. Quittant la Chambre de Réflexion et son appareil funèbre, vous traversez, ainsi qu’en un mauvais rêve, le sombre Amenti, l’Hadès, le Royaume des morts. Guidé par l’Hermès souterrain, conducteur des âmes dans l’Au-delà, vous vous dirigez en aveugle vers la Lumière ineffable, et ce sous sa seule conduite. Que ceci vous fasse pénétrer l’ésotérique enseignement de notre Rituélie : sans nulle intervention providentielle, sans quelque occulte et mystérieuse prédestination, il y a peu de chances pour que l’âme humaine, enténébrée, retrouve le chemin de sa Liberté première. Tel est l’enseignement formel de la Gnose...

Le Mythe constitutif accessoire est celui d’Isis : la force d’attraction universelle, qui arrive à rassembler ce qui est épars et apparemment perdu, par un amour inconditionné.

Nous vous faisons toucher la terre, notre mère à tous, que l'antiquité a nommée Déméter ou Isis. Souvenons-nous que nous sommes terre et que nous retournerons à la terre, n'oublions pas que la Vie et l'Amour sont une seule et même chose. Nos ancêtres ont écrit « l'Amour est plus fort que la Mort ».

Mais il y a aussi le mythe relatif d’Hermès, d’Agapée et de Séléné avec ses rites lunaires. Cet ensemble nous situe dans l’espace culturel d’Occident et dans la philosophie de l’enseignement progressif, basé sur le rapport entre Maître et Elève. C’est la différence fondamentale entre l’Initiation Occidentale et celle Orientale, cette dernière fondée plus sur la solitude et la méditation.

Monsieur (Madame), héritière des antiques cénacles ésotériques et occultes, la Franc-Maçonnerie a conservé le secret d'un très ancien breuvage, véritable philtre, composé de plantes cueillies à certaines époques lunaires, travaillées et infusées à certaines autres, et finalement consacrées selon les Rites millénaires. Ce breuvage a pour but de vous dépersonnaliser. Quelques semaines après son ingestion, inoffensive quant à la santé physique, votre personnalité passée se dissoudra lentement. Insensiblement, avec les jours, vous deviendrez un autre être. Lentement l'Egrégore qui anime et conduit notre antique Société, vous pénétrera, substituera sa volonté à la votre et, au prochain anniversaire de votre Réception, il ne restera plus rien de l'homme (la femme) que vous êtes actuellement. Vous ne serez plus alors, selon l'antique et très occulte formule que "pareil au cadavre que la main du laveur des morts tourne et retourne à son gré". Une dernière fois, Monsieur (Madame), consentez-vous à mourir à votre vie passée ?

Nous continuons la cérémonie d’initiation par l’introduction des fables initiatiques : celle des voyages sur le chemin ardu des épreuves et du combat contre soi-même ; contre sa propre carapace faite d’ambition, d’orgueil, de réminiscences d’un passé que l’on évite d’abandonner par commodité et, peut-être, par lâcheté. Notre cadavre nous est montré par terre avec un poignard dans le cœur : c’est le traître, mais non pas le traître envers l’Ordre, mais envers nous-mêmes. Nous serons vraiment des initiés, lorsque nous aurons su nous débarrasser de notre manifestation pour rejoindre l’unité essentielle de l’être. Les tâches les plus humbles nous attendent, sur le chemin de l’initiation. Saurons nous les affronter sans nous sentir lésés dans nos acquis sociaux ? Saurons-nous, directeurs de sociétés, chefs d’entreprises, juristes célèbres, servir les autres sans nous sentir abaissés au rang de bonnes. Saurons nous, ouvriers manuels, étudier les conceptions les plus ardues ? Voilà le sens éducatif et initiatique de la grande fable de l’initiation maçonnique.

Monsieur (Madame), puisque telle est votre volonté, quoi qu'il arrive, de devenir Maçon. Et que c'est librement que vous acceptez les conséquences de toute cette rituélie ésotérique, sur vous-même et en vous-même, il vous appartient donc de continuer votre lente assimilation à l'Âme de notre Fraternité. Tout à l'heure vous avez bu le Breuvage de l'Oubli, destiné à vous dépersonnaliser, à vous enlever tout volonté propre. Voici une seconde Coupe, celle du Breuvage de Mémoire, l'Eau de Mnémosymée… Quand vous l'aurez absorbée, votre possession sera totale, absolue. l’Âme occulte de la Maçonnerie tout entière sera passée en vous. En n'importe quelle région du Monde, vous ne ferez plus qu'un avec tous vos Frères et Sœurs. Leurs amitiés, leurs répugnances seront les vôtres. Alors que l'Eau d’Oubli faisait de vous un corps sans vie, sans volonté propre, l'Eau de Mémoire, fera de vous le Maçon militant, le véritable Enfant de la Veuve.

La légende clôture la cérémonie : celle de la veuve et de l’orphelin ; une histoire vraisemblable. Une histoire qui met le néophyte face à la philosophie maçonnique ; au concept plus difficile à intégrer : celui de l’amour inconditionnel ; de l’amour qui offre sans rien demander en retour ; qui accepte l’autre sans critique, tout simplement parce qu’il est issu de la même unité. Et c’est dans ce petit et simple geste de l’aumône que l’on glorifie la devise Liberté, Egalité, Fraternité, devenant pour toujours le guide lumineux de l’Initié.

Il reste un dernier Rite à accomplir, notre séculaire Fraternité a pris en charge le soutien d’une malheureuse Veuve et de son Enfant. C’est au nom de cette Veuve et de cet Orphelin que je vous demande de bien vouloir verser votre obole dans le Tronc de Bienfaisance. Frère (Sœur) Maître des Cérémonies accompagnez notre Frère (Sœur) Hospitalier auprès de notre nouvel(le) apprenti(e) afin qu'il (elle) lui verse son obole.

Mon Frère (Ma Sœur) nous savions que vos métaux ne vous étaient pas rendus. Si notre Frère Hospitalier a malgré cela été délégué près de vous, c'est pour vous montrer combien il est pénible de ne pouvoir secourir son prochain dans le malheur. Frère Expert, veuillez rendre ses métaux à notre apprenti. Le tronc de bienfaisance circulera à la fin de nos travaux, vous y déposerez votre obole. Puisse, l’Initiation que vous venez de recevoir vous faire comprendre toute l’importance de cet acte de charité.

Pourtant, sachez que lorsque je vous ai parlé d’aumône en faveur d’une Veuve et d’un Orphelin, ce n’était pas d’une aumône matérielle, ni à des personnages de chair, que je faisais allusion…La Veuve et son Orphelin, entités-principes dont la Maçonnerie ne prétend être que la main agissante, et la servante fidèle, ne sont point de ce Monde ! Pour votre instruction présente, il importe que vous y voyez déjà bien autre chose. Dès à présent, admettez, si vous le voulez bien, qu’il s’agisse de l’Humanité toute entière, privée de son Animateur initial, l’Homme Total, et que le but de la Maçonnerie Humaine soit de rebâtir ce Foyer lointain où l’Humanité a grandi, où elle a connu le Bonheur ineffable. Et d’ores et déjà, vous concevrez que la nécessaire édification d’un Temple Social ici-bas, but immédiat de la Franc-Maçonnerie, se double, en des plans plus subtils et en des « Régions Spirituelles » fort lointaines pour la créature charnelle, de l’édification d’un autre Temple, parure d’un Jardin Mystique, au sein, lui-même, d’un Eternel Royaume et que la Franc-Maçonnerie dénomme l’Orient Eternel. Et ce Temple, c’est d’abord en nous-même que nous devons l’édifier, selon l’adage antique « OMNIA AB UNO ET IN UNUM OMNIA », soit : « Un est en Tout et Tout dans Un !» Les pierres de ce Temple sont nos possibilités . Il dépend donc de nous que par leur taille elles deviennent des Vertus morales, intellectuelles et spirituelles.

J’ai dit.

  

Source : www. ledifice.net

Par G\ C\ - Publié dans : Planches
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Jeudi 8 novembre 2012 4 08 /11 /Nov /2012 07:24

De tous temps les sociétés initiatiques on eu recours aux mythes comme « tuteur » de la formation et de l’évolution de leurs adeptes. Soit en reprenant des mythes plus anciens et en les adaptant soit en les créant de toutes pièces. Ainsi en va-t-il du Compagnonnage avec le père Soubise, maître Jacques ou Salomon.
Des Roses-Croix avec Christian Rosencrus issus de l’imagination d’un certain Jean Valentin Andrea (1586-1654) abbé d’Adelsberg, dans un titre « Fama fraternilatis » puis « Réforme universelle du monde entier » et enfin « Rosa florescens, contra Menapii calumnias ». Des sociétés inspirées de des ouvrages se formèrent par la suite en Allemagne et perdurent jusqu’à nos jours…
La maçonnerie n’échappe pas à cette règle et les analogies sont nombreuses avec d’autres légendes et autres emprunts aux civilisations méditerranéennes.

Pas évident quand on se réclame de la tradition laïque au GODF !
Alors pourquoi continuons-nous à étudier ces mythes et légendes ?
Pour continuer le travail de rectification commencé le jour de notre initiation, le travail sur soi afin d’inlassablement enrichir notre réflexion, notre connaissance des subtilités, des émotions, des ressorts intimes qui motivent l’Homme et induisent son comportement. S’améliorer et améliorer la société ….. nous nous y efforçons sans doute … mais la tâche n’est pas achevée comme nous le répète sans cesse, et avec justesse, notre rituel.

Le mythe du meurtre et de la résurrection est un classique des sociétés initiatiques. Pour nous elle intervient dans l’univers de la construction du temple de Salomon.
Le mythe antérieur qui a sans doute fortement influencé cette légende est celui d’Isis ou plus précisément par analogie le mythe d’Osiris.

Ce mythe nous est essentiellement connu par le récit tardif de Plutarque, car les textes égyptiens eux-mêmes sont peu nombreux et assez évasifs.
Selon ce mythe le Dieu Seth, jaloux de son frère Osiris, va s’attaquer physiquement à lui et le tuer. Comment?
Ayant obtenu les mensurations de son frère (qui, selon la légende était un géant), Seth fit fabriquer un magnifique coffre qu’il promit d’offrir lors d’un banquet à celui à qui il s’adapterait le mieux. Naturellement ce fut Osiris.
Lorsque ce dernier se fut allongé dans le coffre, les 72 complices de Seth en clouèrent le couvercle et jetèrent dans le Nil ce qui allait devenir le premier sarcophage, et Osiris périt noyé mettant fin a un règne de 28 ans, (durée qui peut être rattaché au cycle lunaire de 28 jours).
Le sarcophage clos, parfaitement adapté à la forme d’Osiris dérive jusqu’à Byblos où il se trouve emprisonné, encastré, dans le tronc d’un tamaris. Le souverain local fait couper l’arbre qui devient une colonne du palais royal.
Après de multiples péripéties, Isis réussit à retrouver le cadavre de son frère et mari, et le ramena en Égypte. Malgré toutes ses précautions, Seth retrouva le cadavre de son frère et il entra dans une colère noire, et pour interdire à son frère une sépulture digne de son rang, il découpa le cadavre en morceaux. Il dispersa ensuite les morceaux, pensant ainsi se débarrasser définitivement de sa victime.
Mais Isis ne s’avoua pas vaincue, elle entreprit de recueillir les morceaux épars de son époux et entrepris une seconde quête.

Celle-ci consiste à rassembler les différents morceaux d’Osiris dispersés par Seth afin de reconstituer le corps d’Osiris. Seul le phallus d’Osiris ne fut pas retrouvé, avalé par un poisson !.
Isis, avec l’aide de sa sœur Nephtys et d’Anubis réussit à reconstituer l’intégrité physique d’Osiris qui représente ainsi la première momie. Anubis, en reconstituant le corps de son père défunt devint le précurseur « modèle » des embaumeurs.
Isis, par la magie de son verbe, réanime alors son époux et après s’être transformée en milan ou en hirondelle lui redonne le souffle en battant des ailes. Elle reconstitue magiquement le phallus, puis elle réussit à se faire féconder pour pouvoir ainsi concevoir un fils, un héritier, Horus.
On voit ainsi que dans ce mythe, on ne peut pas parler d’une résurrection mais plutôt d’un renouvellement d’existence, d’une perpétuité. Horus continua d’aider aux fonctions essentielles d’Osiris qui « revit » où « survit » grâce à lui.

Pour les Egyptiens Osiris était relié à l’agriculture, sa mort et sa résurrection symbolisant les cycles végétatifs.
La légende tardive de Plutarque correspond en fait à une mise en forme de textes égyptiens authentiques plus anciens où le corps d’Osiris n’est pas démembré mais plutôt se décompose. Comme vous le voyez il y a là une évolution vers le contenu de notre rituel. Dans cette version Isis arrête magiquement cette décomposition grâce à l’aide de Thot et d’Horus. Ceux-ci revivifient le corps en déversant sur lui des signes Ankh (ce hiéroglyphe signifiant « la VIE »). Au passage ce signe Ankh est également utilisé, avec la même signification de « souffle », « vie » chez les … Dogons.

Puisque nous sommes dans un contexte symbolique j’avancerai une analogie osée.
Qu’est ce qui est perdu dans le mythe d’Osiris ? C’est son phallus. C’est lui qui est « substitué » magiquement par Isis et c’est à partir de ce « membre retrouvé » (les associations de mots ne sont pas fortuites) que le pouvoir symbolique du mythe est perpétué.
Dans notre rituella fertile semence d’Osiris « perdue » est devenue la parole.
Cela doit donner à la transmission orale, une importance vitale; à commencer par nos différents rituels qui constituent autant de clefs permettant de perpétuer la tradition maçonnique.
Il est clair que nous avons peu de secrets corporatifs à nous communiquer pour élaborer notre « chef d’œuvre » compagnonnique. Alors réfléchissons à ces paroles distillées dans nos cérémonies … Imprégnons nous de leurs sens profonds et surtout soyons les passeurs, si ce n’est du savoir maçonnique (de la science), des conditions de mise en situation de les acquérir.

Il me revient une formule maçonnique qui symbolise pour moi la continuité de la chaîne maçonnique de transmission entre nous:

Recevoir
Apprendre à recevoir
Apprendre à donner
Donner

Cette tâche, notre tâche, n’est pas chose facile, les embûches sont nombreuses.
Des détails contenus dans les deux mythes nous le suggèrent. Tout d’abord la quête du corps est longue ; Isis s’y reprendra même à deux fois…
La découverte du corps, de la substance, de notre quête n’est pas suffisante. Il y a ensuite une phase magique dans le mythe égyptien pour pouvoir utiliser ce corps. Phase dans laquelle Isis est aidée par d’autres personnages. …Pour nous également… Ne faut-il pas en déduire que la quête de notre but n’est pas un simple parcours de santé ? Qu’il nous faudra du temps, nous aider de tous les enseignements glanés au cours de notre cheminement et, enfin que ce ne peut être une quête solitaire, ce n’est qu’ensemble que nous pourrons créer la synergie nécessaire à la poursuite du cycle de vie maçonnique.
Et encore nous faudra-t-il éviter bien des obstacles.
… Ce ne sont pas des sauterelles ou un scorpion représentant le malheur ou la sécheresse dans les légendes égyptiennes, mais bien des dangers plus « humains » :

Ces dangers peuvent être externes à nous même, mais, ne nous leurrons pas, … ces dangers sont bien potentiellement présents en chacun de nous.

Rectifions !!!

Car notre mythe n’est-il pas l’esprit maçonnique par excellence présent en chaque maçon ? Poursuivre l’œuvre c’est continuer de faire vivre la maçonnerie dans ce qu’elle a de plus beau de plus pur « l’idéal maçonnique ». Et ces travers qui nous guettent que sont-ils ?, sachons les reconnaître afin d’éviter de s’égarer et se perdre.

Dans notre mythe, le premier défaut incarne l’ignorance, non pas qu’il soit sot ou inculte mais simplement parce qu’imbu de sa connaissance que je qualifierai de « technique », nous pouvons ne pas voir en quoi, au-delà de notre œuvre personnelle, s’inscrit celle-ci dans quelque chose de plus grand cette connaissance.

Le second défaut symbolise le fanatisme. C’est un « Ayatollah », il détient l’outil qui permet de vérifier l’équerrage de la pierre taillée et l’applique à tous oubliant sans doute de se l’appliquer à lui même. Sachons être tolérants entre nous, non parce que nous sommes lâches ou complaisants, mais parce que c’est la garantie de notre propre expression de maçon libre avec nos propres défauts.

Le troisième, toujours selon la légende, symbolise l’ambition. Celle-ci tue au sens que pour parvenir à son but il faut éliminer l’autre. S’accaparer le chantier, la corporation, prendre le pouvoir pour diriger l’œuvre de façon partiale ou doctrinaire. Mais là la légende s’égare, cela n’existe pas !

Rectifions, rectifions !

La Franc-maçonnerie a, semble-t-il, également utilisé initialement des rituels basés sur d’autres légendes.
La légende des trois fils est présente sur un document en Anglais daté de 1726.
Cette légende raconte comment trois fils se rendirent sur la tombe de leur père pour trouver les indices du secret que possédait ce fameux prédicateur.
Dans la tombe ils trouvèrent un corps presque entièrement décomposé dont les os se détachaient en les touchant. Ils essayèrent de le relever … et devant l’état de décomposition le nommèrent d’un mot que nous connaissons également !
Pour information le père s’appelait Noé et les 3 fils Sem ; Cham et Japhet.

La seconde légende est datée de 1926. Bazalliell était réputé pour ses connaissances en matière de construction de bâtiment. Les 2 frères du roi Alboy-in souhaitaient être instruits par Bazalliell qui ne fut d’accord qu’à condition qu’ils ne révèlent rien sans se joindre à un autre pour faire une triple voix. A sa mort son épitaphe fut « Ci-gît la fleur de la Maçonnerie frère d’un roi et de deux princes. Ci-gît le cœur qui savait tous les secrets. Ci-gît la langue qui ne révéla rien. ». Et tout le monde pensa que les secrets furent à jamais perdus puisque les princes qui étaient tenus par leur serment n’étaient que deux et non trois. Voici donc une autre version perte d’un secret.

Il existe plusieurs rites qui s’appuient sur un support, un mythe différent, pour aider à réfléchir sur d’autres thèmes, d’autres qualités maçonniques. …

Rappelons-nous les défauts énumérés plus haut :
Sur l’ignorance, notre démarche est initialement inscrite dans les trois degrés qui mènent à la maîtrise.
Il nous faut donc discerner l’essentiel de l’accessoire dans notre engagement initiatique.
Le fanatique lui voulait « tailler » les autres avec son référentiel personnel …. Peut importe le rite, le parcours, l’important est le but.

L’important est d’être fidèle à notre propre référentiel. Veillons simplement à ce qu’il ne soit pas faussé et appliquons le à nous même avant de vouloir l’imposer à d’autres.
Enfin l’ambition de ceux qui voudraient, à coup de maillet, forger la maçonnerie à leur volonté, à leur intérêt.
Le perfectionnement impose, encore plus qu’ailleurs, de se garder de ces défauts et lorsqu’ils sont découverts, de les éradiquer.

Rectifions, rectifions, rectifions.

La Maçonnerie, son rituel, ses mythes, et après ? ….

Et si une partie de la réponse était dans une autre question « La Maçonnerie, et avant ? » !
Cette question, nous pouvons, nous devons, nous la poser de temps en temps pour vérifier si les raisons qui nous ont poussé à entrer en maçonnerie sont des faits aujourd’hui avérés, où bien si nous nous sommes trompés sur certains principes.
En avons-nous « perdus » ?
N’en avons-nous pas trouvé d’autres auxquels nous ne pensions pas initialement ? Certains se sont-ils « substitués » ? Comme la fraternité, difficilement perceptible de l’extérieur ou l’étendu du concept de laïcité ?

Ce questionnement paraît important et devoir être remis sans cesse sur l’ouvrage … C’est à ce prix que nous servirons notre ordre et donnerons envie à des profanes de nous rejoindre.

 

Source : http://www.franc-maconnerie-godf-cannes.org/la-loge-au-travail

Par JCD - Publié dans : Planches
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