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Lundi 15 octobre 2012 1 15 /10 /Oct /2012 07:33

Sur un moment privilégié de l’initiation, et pour moi ce fut le plus intense, car ce n’est qu’au terme du troisième voyage que j’ai retrouvé mes esprits.
Epreuves ou purifications ?
Alchimie ou pas alchimie ?
Ce petit travail ne prétend pas à l’érudition ni à être complet. En effet j’ai à de nombreuses reprises simplifié et schématisé afin de me concentrer sur l’essentiel. On pourra donc me contester sur de multiples points de détail.

La Préhistoire.
Dans les loges écossaises du 17ème siècle la réception d’un nouvel apprenti comportait des brimades et des humiliations diverses, qui relevaient plus du bizutage que d’une quelconque « transmission d’une influence spirituelle » (voir David Stevenson « Les Origines de la Franc-Maçonnerie. Le siècle écossais 1590-1710 »). Il en est resté quelque chose chez nous à l’époque actuelle (souvenez-vous du premier voyage).

Les débuts anglais.
Si 1717 vit la naissance de la première Grande Loge, celle de Londres et de Westminster, ce fut durant les années 1720-1730 que se mirent en place les caractéristiques principales d’un Ordre tel qu’il persiste encore aujourd’hui : dédoublement du premier grade, apparition de la légende d’Hiram, formation de loges sur le Continent.
A cette époque le candidat à la réception (the making of a mason), on ne parlait pas encore d’initiation, subissait déjà des épreuves dénuées de tout caractère purificatoire : dépouillement des métaux, dénudation partielle, aveuglement.
Ces cérémonies primitives ne faisaient aucune référence à l’Alchimie, à la Kabbale ou à la Mystique rosicrucienne.

En 1730, année de la parution du « Masonry Dissected » de S. Prichard, le récipiendaire effectuait un tour de la Loge (les Anglais n’utilisent pas le terme de voyage). Cette perambulation est bien à l’origine des « voyages » français d’aujourd’hui. Elle subsiste, immuable, dans les loges anglo-saxonnes, où elle est le prétexte à la présentation du Candidat aux Surveillants puis au Vénérable Maître.

Les débuts français.
Les débuts de la maçonnerie française sont caractérisés par la coexistence plus ou moins harmonieuse de loges « jacobites » (Anglais, Ecossais et Irlandais exilés partisans de la famille déchue des Stuarts) et « anglicanes » (Anglais et Français initiés à Londres, puis Français initiés à Paris par des Anglais).

En 1737, date de la première divulgation française, René Hérault, lieutenant de police de Paris n’eut aucun mal à découvrir les secrets des maçons, grâce à une dame de petite vertu, actrice à l’Opéra, qui les soutira de la bouche d’un de ses amants (il faudra un jour étudier le rôle de la femme dans l’histoire de la F\ M\, ce qui est tout à fait différent de l’histoire de la maçonnerie féminine). Hérault les publia sous forme d’un pamphlet « La Réception d’un Frey-Maçon ». A l’époque, on ne parlait pas de Franc-Maçon, mais bien de Frey-Maçons ou de Fri-Maçons, ce qui indique bien l’origine britannique de l’Ordre en France, quoi que puisse en penser un ancien Sérénissime G\ M\ du GOF. A nouveau on ne parle pas d’initiation, mais bien de réception. Le terme d’initiation ne fera son apparition, et encore très timidement, dans le vocabulaire maçonnique français qu’à la fin du 18ème siècle.
Le postulant, aveuglé, dépouillé de ses métaux et bijoux, le genou droit dénudé, le pied gauche en pantoufle, est introduit par son parrain. On lui fait faire trois tours, puis après qu’il ait réaffirmé sa conviction, on lui débande les yeux, et tous le Frères sont en cercle autour de lui, l’épée à la main. Puis viennent le serment prononcé sur la Bible ouverte à l’Evangile de Saint Jean, la remise du tablier et des gants (d’homme et de femme) et enfin l’explication des secrets des deux grades, apprenti et compagnon (à cette époque les deux premiers grades étaient conférés simultanément, aussi bien en Angleterre qu’en France), avec la communication des mots en J et B. Plus loin Hérault décrit le rituel de table avec ses termes empruntés à la vie militaire (les travaux de table ou de banquet remontent donc loin dans le temps) et l’acclamation « Vivat ».

Le pamphlet résume bien ce que la maçonnerie française doit à l’Angleterre : la préparation du candidat, l’obligation et ses châtiments aussi sanguinaire que fictifs, l’usage rituel du compas, l’habillement (tablier et gants) ainsi que les mots en J et B. Il identifie aussi les principales innovations françaises, inconnues aujourd’hui encore, des loges britanniques : trois voyages et non un seul, le cercle des épées, le serment sur l’Evangile de Saint Jean, la remise de gants de femme (mais les Français se devaient d’être plus galants et plus prévenants à l’égard du beau sexe que les Anglais), l’acclamation « Vivat » et les travaux de table.
Par contre, il est clair qu’il n’y a ni éléments ni purifications.

Les rituels, authentiques ceux-là, des années suivantes sont tout aussi probants.
Ainsi ceux du Marquis de Gages et de sa loge montoise « La vraie et parfaite Harmonie » (1767). Le candidat préparé comme ci-dessus, est remis entre les mains du Premier Surveillant. Celui-ci le fait voyager par trois fois autour de la loge, c’est-à-dire derrière les FF\ assemblés autour du tapis de loge.
Au terme du deuxième voyage intervient ensuite un geste nouveau : la « Marque de Salomon »
« Alors le Maître dit :
Monsieur ce que vous avez passé jusqu’à cette heure n’est rien en comparaison des épreuves qu’il vous reste à subir ».

« Alors le maître dit :
Monsieur comme il faut que tout bon maçon soit marqué du sceau de Salomon, sur quelle partie de votre corps voulez vous que l’on vous l’applique, ordinairement c’est sur l’épaule. Pendant ce petit discours on lui fait sentir la chaleur près de l’épaule avec une pelle rougie. Lorsque le Récipiendaire a répondu qu’on le pose selon la coutume on lui pose sur la partie échauffée un morceau de glace ».

Les trois voyages ne comportent ni purifications ni rencontre des éléments. Les commentaires du Vénérable insistent sur leur caractère pénible, voire périlleux de l’exercice. Il s’agit bien d’épreuves qu’il faut surmonter avec vaillance, même et surtout si elles ne sont que symboliques.
Au deuxième grade, ce rituel comporte l’épreuve (symbolique) de la saignée.
Un rituel de Lyon de 1772 est en tout point semblable à celui de Mons, en ce qui concerne les trois voyages, si ce n’est que c’est le Second Surveillant qui conduit les voyages.
Il convient de noter que le rituel du 18ème siècle qui réside sur les pages confidentielles de la FIF, mentionne le premier voyage, ce qui laisse supposer qu’il y en d’autres, mais dont il ne parle pas. Ici aussi, il n’y a ni épreuve ou purification, ni élément.

L’émergence des rites.
Les trois rituels cités ci-dessus n’appartiennent à aucun rite. A l’époque les rites n’existaient pas. Leur genèse fut le résultat de l’apparition incontrôlée des Hauts-Grades, dits Ecossais, que l’on peut situer entre 1745 et 1785. Leur développement comporte en gros trois étapes :

  • apparition spontanée, indépendante, de grades inédits de provenances diverses ;
  • leur organisation en série hiérarchisées ;
  • l’établissement d’un pouvoir régulateur au sommet de la dite série.

Le scénario est simple. Une loge reçoit un étranger, un voyageur qui susurre qu’il détient les « véritables » secrets d’un ordre sublime. Les maçons de l’endroit, appâtés par l’inconnu, se précipitent, et pour quelques écus se font recevoir Grand Elu, Chevalier d’Orient, Prince Rose-Croix. La désillusion est rapide, à la hauteur des illusions premières. Elle n’empêche que nos sectateurs sollicitent bien vite leur admission à d’autres mystères, plus sublimes encore et au titres encore plus ronflants : chevalier Kadosh, de la Toison d’Or ou du Soleil, Empereur d’Orient et d’Occident.
Ainsi naquirent des séries de Hauts-Grades, que l’on baptisa du nom de rite, mot emprunté à l’Eglise (rite latin, orthodoxe, copte, maronite,…).
A l’origine, ces Rites ne désignaient que ces constructions, souvent hétéroclites, de grades « supérieurs » qui affectaient de compléter l’enseignement des degrés symbolique.
Mais ils eurent une conséquence de taille : le contenu des grades bleus fut remanié pour l’adapter au message des Hauts-Grades, afin de mieux « préparer » le candidat futur aux enseignements à venir.

Les purifications dans les Hauts-Grades.
Les rites de purification sont contemporains de cette évolution. La plus ancienne mention que j’en connaisse se trouve dans le catéchisme d’un Haut-Grade de 1749, celui de « Petit Ecossais Apprenti » (non il ne s’agit pas d’un forme d’humilité, c’est pour pouvoir passer ensuite au grade de Grand Ecossais Apprenti et cela résulte de la prolifération des Hauts-Grades)
« Demande : Etes-vous Ecossais ?
Réponse : Oui, je le suis. J’ai été purifié par l’eau et le feu. »
En fait les éléments et les purifications sont inséparables de l’Ecossisme, cette mouvance protéiforme d’origine française.
Au grade de « Maître de Loge » (équivalent continental de l’installation ’ésotérique’anglaise, qui fut par la suite incorporé dans l’échelle du R.E.A.A. où il occupe la 20ème place), le récipiendaire est reçu « entre le fer et le feu », parce qu’il est « purifié de la tête aux pieds par le fer et le feu ».

Mais les éléments ne sont pas les seuls moyens de purification. Ailleurs, celles-ci se feront par des parfums. Dans la maçonnerie « égyptienne » (1778-1784) de Giuseppe Balsamo, dit Cagliostro, elles interviennent aux grades de Compagnon et de Maître de l’Intérieur (ce sont des Hauts-Grades) ; au deuxième, le récipiendaire est purifié par quatre parfums : l’encens, la myrrhe, le benjoin et le baume du Pérou.
Ces quelques exemples, et je pourrais en citer d’autres, montrent que les rites de purification étaient chose courante dans les Hauts-Grades de l’époque.

Le Rite Ecossais Philosophique.
Ce rite naquit dans le Midi de la France, à Marseille et Avignon. Il était pratiqué à Paris par la loge « Saint Jean du Contrat Social ». Les rites pratiqués en Avignon ont été publiés dans Renaissance Traditionnelle, n° 54-55.
On y trouve la purification par l’eau après le premier voyage, la purification par le feu après le deuxième, celle de la saignée après le troisième.
Ce Rite Philosophique est exemplaire, c’est un véritable cas d’école dans le débat inachevé sur les « influences extérieures », sur ces hypothétiques écoles ésotériques, kabbalistiques, alchimiques qui se seraient greffées sur le corps maçonnique.

Son titre déjà, « philosophique » qui ne brille guère par la modestie, et semble plutôt constituer un de ces appâts qui font miroiter beaucoup de choses. Que les SS\ et les FF\ de l’atelier PHILO de FMPOL ne prennent pas ombrage de mes propos !
Remarquons simplement que si les rituels « philosophiques » comportent deux éléments, et non quatre, ils ne font aucune référence, même voilée au Grand Œuvre. Par contre on peut voir dans les purifications par l’eau et le feu un rappel du baptême (eau) et de la purification par le Saint Esprit (feu),

Le Rite Français.
Echaudé par la prolifération anarchique des Hauts-Grades et désireux d’y mettre de l’ordre, le Grand Orient de France établit une Chambre des Grades, qui en 1786, reconnut un système en quatre ordre (Elu, Ecossais, Chevalier d’Orient, Rose-Croix) et voulut l’imposer aux loges de sa correspondance. Il créait ainsi un rite nouveau, qualifié de « Français » bien qu’il ne soit qu’une synthèse des Rites « Ecossais », mais pour se démarquer de ceux-ci. L’appellation, à tort, servit aussi à désigner les grades bleus de cette obédience, alors que ceux-ci sont incontestablement d’origine britannique.
Dans ces rituels de 1786, les épreuves par l’eau et par le feu sont présentes au deuxième et troisième voyage, témoignage incontestable de l’influence écossaise.

La description du Cabinet de Réflexion surprend par l’absence du mot VITRIOL. Par contre il signale la présence de vases d’eau, de sel et de soufre ainsi que de la représentation d’un coq et d’un sablier, ainsi que des maximes murales (Si la curiosité t’a conduit ici, va-t’en. Si tu crains d’être éclairé sur tes défauts, tu seras mal parmi nous…).
La comparaison des deux rites, le français et le philosophique, montre en tout cas une approche différente : le premier insiste sur la notion de purification, le second sur celle d’épreuve.

Le Rite Ecossais Rectifié
Le RER fut établi à Lyon, entre 1778 et 1787 par J.B. Willermoz, sur base de l’enseignement de Martinez de Pasqualy (je simplifie). Les éléments apparaissent au nombre de trois, et non deux : le feu, l’eau et la terre. Au cours de ces voyages, le récipiendaire, aveuglé, doit reconnaître le feu au Midi (premier voyage), l’eau au Septentrion (deuxième voyage), la terre à l’Occident (troisième voyage). Ces trois éléments lui enseignent la structure de la Matière. Le rituel vise à une prise de conscience : le récipiendaire doit saisir dans sa chair ces trois éléments corporels dont il est fait et dont il doit se dégager pour entrer dans la voie spirituelle…
Le RER est très précis à ce propos. Il n’y a que trois éléments : Feu, Eau, Terre, comme il n’y a que trois principes fondamentaux : Soufre, Sel et Mercure. En fait, par nature, le RER est trinitaire, et associe :
Sud, Soufre, Feu, premier voyage
Nord, Sel, Eau, deuxième voyage
Ouest, Mercure, Terre, troisième voyage

Tout cela rappelle furieusement l’alchimie me direz-vous. Et pourtant ce ne sont là que des conceptions qui n’ont rien d’original pour l’époque, partagées par les alchimistes, comme par leurs adversaires. Et Willermoz était de ces derniers, puisqu’il interdisait formellement l’entrée dans son Ordre aux partisans de l’art alchimique, qu’il considérait comme une route absolument opposée à la Science Spirituelle.

Le REAA
Bientôt surgit un nouveau venu, redoutable, intriguant, d’autant plus sûr de lui et dominateur que ses racines étaient incertaines. Le REAA, fort de ses 30 Hauts-Grades, proposa trois degrés bleus nouveau, prétendument détenteur de l’authentique tradition des Anciens, en fait inventés pour les besoins de la cause. J’ai essayé de montrer le caractère artificiel et fabriqué de ces derniers, et d’établir qu’ils furent écrits entre 1804 et 1812 par des ambitieux qui voulait subjuguer la maçonnerie française (Message 380, Les degrés bleus du REAA). Je ne suis pas sûr d’avoir été compris quand je lis sous la signature d’un F\ d’outre Quiévrain (cela fonctionne dans les deux sens) que j’aurais prétendu qu’ils étaient faux. Tous les rituels ont été inventés un jour et ont évolué par la suite.

Le Guide du Maçon Ecossais (1815-1820) ne mentionne qu’une seule purification, celle par le feu au cours du troisième voyage. Les deux premiers voyages ne comportent aucune purification. Ce qui est bien la preuve que ce n’est pas le REAA qui est à l’origine des quatre purifications.
Les tenants du système comprirent bien vite qu’il y avait là une lacune qu’il fallait combler. La purification par l’eau réapparut au deuxième voyage.

L’air et la terre
Jusqu’alors, nos rituels (sauf au RER pour la terre) ne parlent ni de l’air ni de la terre. L’usage de préparer le candidat dans une chambre obscure est attesté dès le début de la maçonnerie française et anglaise. Il souligne le passage des ténèbres à la lumière, thème central de la réception maçonnique depuis les premiers documents anglais (1720-1730).
Le premier voyage ne comportait jusque là aucune allusion à l’air. Le récipiendaire est bousculé, malmené, et on lui explique que ce premier voyage représente le tumulte des passions, les conflits d’intérêts.
Le 19ème siècle vit dans le séjour obscur et les aléas du premier voyage des épreuves purificatoires supplémentaires, par la terre et le feu. Clavel cite ces nouvelles purifications dès 1843.

Relevons toutefois qu’il n’est nul besoin de l’alchimie pour justifier les quatre éléments. La division de la Matière en quatre éléments constitutifs est une conception traditionnelle d’une rare banalité. Cet ajout se réfère explicitement aux « antiques initiations égyptiennes » (voir Cauchois et Ragon), et d’ailleurs à cette époque le terme d’initiation est largement utilisé pour désigner la cérémonie de réception.

Les derniers avatars
Le rituel officiel du GOF, remanié par Louis Amiable en 1887 (dix ans après l’évacuation du GADLU) supprima les épreuves, qu’il remplace par un commentaire plein d’à propos.
« L’initiation se faisait fort simplement dans les loges françaises du 18ème siècle. On l’a beaucoup compliquée au 19eme siècle, en y mêlant des particularités que l’on croyait empruntées aux initiations de l’Ancienne Egypte. On cherchait à éprouver le courage du récipiendaire par des moyens terrifiants. On simulait la quadruple purification par les quatre éléments des anciens, c’est-à-dire par la terre, l’air, l’eau et le feu….Vous ne devez pas vous étonner s’il vous arrive de vous trouver en présence de quelques pratique de ce genre. Vous n’en serez pas troublé non plus, sachant que le progrès est lent et que l’évolution humaine est complexe ».
Amiable avait raison, les maçons continentaux avaient bel et bien introduit des particularités étrangères aux traditions britanniques initiales. Que leur abandon témoigne d’un progrès sur le plan symbolique reste à démontrer. Et c’est ainsi que les voyages symbolisent alors l’enfance, la jeunesse, l’âge mûr.

L’entrée en scène des occultistes
Cette refonte des rituels heurta certaines susceptibilités, dont celle d’Oswald Wirth, auteur d’une trilogie qui reste aujourd’hui, hélas, le best seller de la littérature maçonnique. Wirth était féru d’occultisme qui fleurissait en cette fin de siècle et il apprêta la maçonnerie à une bien curieuse mode. Pour Wirth, la rencontre des éléments assimile l’initiation maçonnique au processus alchimique : la transformation du profane en un initié rappelle et imite la transformation de la matière dans l’Athanor.
Ce vernis nouveau plut à certains de ses contemporains. Il répondait à un goût pour le mystère et le merveilleux, d’autant plus aisément que le symbolisme hermétique, abscons et redoutable n’est plus guère compris de nos jours. Cette obscurité permet n’importe quel développement sans risque d’être contredit. Elle permet de dire tout et n’importe quoi, ainsi que son contraire.

Puis vint Guénon, qui ne vit dans l’alchimie qu’un aspect particulier d’un ésotérisme plus vaste. Il fait de l’initiation un bouleversement ontologique de l’être par l’action d’une influence spirituelle qualifiée, c’est-à-dire attachée à une organisation initiatique traditionnelle. Le processus relève, qu’on le veuille ou non, de ce que l’on appelle communément la magie.

Conclusions
L’histoire nous enseigne que les épreuves ou purifications, ignorées à l’origine, apparurent, vers 1750 seulement, dans les Hauts-Grades, puis s’imposèrent dans les grades bleus, et cela sur le continent uniquement.
La théorie des éléments est une conception commune depuis l’Antiquité. Platon l’exposa dans Timée. Les premiers chrétiens les connaissaient également. La structure quaternaire de la matière est un lieu commun de quasi toutes les traditions.

A la fin du siècle dernier, certains s’avisèrent que les éléments relevaient de l’alchimie. Cette lecture nouvelle s’inséra tout naturellement dans le système guénonien, appréhension globale de la totalité cosmique, de son organisation et de sa finalité. Celui-ci renvoie à une Tradition Primordiale. Celle-ci suppose la réalité d’une initiation, au sens guénonien du terme chez les bâtisseurs de l’Antiquité, et une continuité de fait et d’intention entre ces bâtisseurs et les francs-maçons d’aujourd’hui. J’ai lu dans un livre maçonnique, dont je tairai le titre, que la meilleure preuve de l’existence de cette continuité ésotérique secrète était précisément qu’elle n’ait laissé aucune trace dans l’histoire. Disons qu’aucune preuve ne vient étayer ces affirmations et qu’elles sont pour le moins suspectes. Non, là je suis trop gentil, il s’agit en fait d’affabulation !

Rappelons que la maçonnerie est une société conviviale qui vit le jour à une époque (le début du 18eme siècle) et dans un pays (l’Angleterre) qui sortait d’années ensanglantées par l’intolérance meurtrière et les guerres fratricides.
La lecture des anciens rituels révèle le lent processus par lequel des dépôts successifs vinrent recouvrir le noyau originel. Ce qui n’était au départ que l’accueil dans une société réservée devint une cérémonie complexe et lourde de sens.

Réflexions a posteriori
C’est vrai, l’élaboration des Hauts-Grades en a pris pour leur grade, car à mes yeux leurs développements relèvent de la mystification vénale. Non je n’ai pas la dent dure avec le REAA et je n’ai pas voulu me le farcir. J’ai le plus profond respect et la plus grande estime pour les FF\ Jean-Claude TOS et Marcel WUI, mais je tiens le comte de Grasse-Tilly pour un être malfaisant et sans scrupule (on lira à ce propos avec profit André Doré, Vérités et légendes de l’histoire maçonnique). C’est vrai, je ne connais rien de la maçonnerie de Memphis Misraïm. Il est exact que je suis un adepte des degrés bleus du RFM. Oui, j’ai une sainte horreur des agités de l’occultisme, tels Wirth et Guénon, de leurs divagations et de leurs fantasmes. Les historiens demandent des faits, les ésotéristes élaborent des mythes.

Par contre je trouve qu’il est erroné de croire que nous sommes véritablement passé des sciences « occultes » aux lumières des sciences véritables. Il existe de fortes raisons de douter que la coupure soit aussi radicale que le croit l’opinion courante.
Ainsi je voudrais revenir sur deux reproches qui sont couramment adressés a l’alchimie. D’une part cette pratique archaïque aurait été d’un ésotérisme qui la rendait inaccessible au commun et consolidait ainsi une séparation oligarchique entre les détenteurs et les exclus du savoir. D’autre part elle aurait confondu allègrement recherche intellectuelle et intérêts matériels : la quête de la pierre philosophale peut aussi bien être conçue comme un exercice aidant à l’élévation spirituelle que comme pratique visant à des fins économiques. Il suffit d’énoncer ces reproches pour constater à quel point la science contemporaine, et plus particulièrement la physique, tombe sous le coup des mêmes griefs. Mais c’est là un autre débat.

Je vous embrasse toutes et tous fraternellement

Source : www.ledifice.net

Par D\ D\ - Publié dans : Planches
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Dimanche 14 octobre 2012 7 14 /10 /Oct /2012 00:28

De l’importance de ses écrits dans la Franc-maçonnerie

Si je désire vous entretenir de st Jean, c’est tout d’abord afin de définir à quelle personne la franc-maçonnerie fait mention.

Ensuite, s’agissant du livre sacré au-dessus duquel l’impétrant exprime sa promesse de Franc-maçon, il était intéressant d’approfondir les raisons qui font de ces textes un corpus utilisé au sein de nos Loges.

Saint Jean

La Bible mentionne de nombreux Jean dans les textes du Nouveau Testament :

·         Jean le Baptiste

·         Jean fils de Zébédée

·         Jean frère de Jacques

·         Jean, disciple aimé de Jésus

·         Jean l’Evangéliste

·         Jean le Théologien

·         Jean le Divin

·         Jean le Presbytre

Commençons donc par Jean le Baptiste. Il fut probablement membre de la secte des Esséniens, dont la théologie mettait en avant le Maitre de lumière combattant le Maître des ténèbres dans l’optique d’une victoire finale.

L’idéologie essénienne était formée de deux piliers, l’austérité et la pureté. L’Eglise a fixé son anniversaire le 24 juin, afin d’associer ce personnage biblique à la fête païenne du solstice d’été. Associé au solstice d’été Jean le Baptiste représente la lumière du soleil à son apogée et symbole du feu créateur nécessaire à la vie. Son apostolat n’est-il pas de baptiser le Maître ? De par cet acte, il devient l’Initiateur, tel le Vénérable placé à l’Orient.

Jean le Baptiste baptise d’eau, mais il nous dit que celui qui viendra baptisera par le feu. Nous retrouvons là, deux éléments l’eau et le feu, représentation de la Lune et du Soleil, symboles maçonniques placés à l’Orient.

Si Jean le Baptiste est vénéré par la chrétienté, il l’est aussi par l’islam[1] et son tombeau se trouve dans la grande mosquée des Omeyades à Damas. Sa tombe fait l’objet de pèlerinages très fréquents.

Jean le Baptiste est donc le saint Jean en usage dans la Franc-maçonnerie lors de la Saint Jean d’été.

Poursuivons donc dès maintenant avec 3 autres Jean :

  • Jean fils de Zébédée
  • Jean frère de Jacques
  • Jean, disciple aimé de Jésus

Les recherches des exégètes assument que ces trois Jean sont en fait la même et seule personne.

Trois Jean sont encore mentionnés dans la Bible, il s’agit de :

  • Jean l’Evangéliste
  • Jean le Théologien
  • Jean le Divin

Les preuves comparatives des textes et les informations des Pères de l’Eglise, ayant connu l’Apôtre Jean, mènent à penser qu’il s’agit de la même et seule personne, soit Jean l’Apôtre de Jésus.

Un dernier Jean est encore nommé,

  • Jean le Presbytre

Quel est donc ce Jean le Presbytre ? Dans les écrits de Papias[2] connus d’Eusèbe, ce dernier relève que Papias distingue clairement 2 Jean, un apôtre faisant partie des douze, dont le témoignage est rapporté par les gens qui l’ont entendu et le second, Jean le Presbytre disciple du Seigneur. Jean le Presbytre était un vénérable membre de l’Eglise chrétienne d’Ephèse. Son tombeau se trouve également dans cette ville où il est vénéré. Tous deux, par une étrange coïncidence vivait à Ephèse. Il est intéressant de noter qu’Ephèse disposait d’une Ecole johannique rattachée à l’Apôtre Jean.

Cette information est relayée par Irénée[3] qui a connu Polycarpe[4], lequel a connu Jean l’Evangéliste, vivant à Ephèse.

Nous avons donc déterminé de quel Jean nous parlions au travers des différents textes. Au final, nous avons trois Jean :

  • Jean le Baptiste, dont nous avons déjà parlé
  • Jean, Apôtre de Jésus, appelé aussi l’Evangéliste, le Théologien, le Divin,

et encore un autre Jean, nommé

  • Jean le Presbytre (ou l’Ancien), dont nous parlerons ultérieurement.

L’Eglise fête Jean l’Evangéliste le 27 décembre, juste après le solstice d’hiver lorsque le soleil est le plus bas dans le ciel et celle de la renaissance de la lumière. Symbole de la lutte contre les ténèbres en vue d’atteindre l’amour divin. L’animal représenté avec Jean est l’aigle.

Nous disposons de quelques informations sur la vie de saint Jean. Il serait né aux environs de 19 avant JC, dans la région du lac de Tibériade. Après que Jésus soit décédé sur la Croix, Jean accueille chez lui et prend soin de sa mère, la Vierge Marie. Puis il commence à prêcher en Samarie et à Éphèse (où il opère plusieurs miracles) avant d’être appelé à Rome par l’empereur Domitien, en 95 (persécution). C’est pour cette raison que la fête de la St Jean, à Rome, se célèbre devant la porte Latine[5]. Il sera selon la légende supplicié en étant plongé dans l’huile bouillante, mais en sortit sans éprouver aucune souffrance.

Après une période d’exil sur l’île de Patmos (en mer Égée), il retourne à Éphèse où il passe le reste de sa vie et mourut en 104 après JC, sous le règne de Trajan.

Saint Jean est le patron des professionnels du livre (libraires, éditeurs, auteurs, relieurs, imprimeurs, etc.), des compositeurs, des tanneurs, des théologiens et des écrivains. Il est invoqué contre les risques d’empoisonnement.

Les écrits

Arrêtons-nous maintenant, sur les textes rédigés par Jean. Nous avons trois corpus importants, dans l’ordre chronologique, nous trouvons :

  • Le 4ème Evangile de Jean
  • Les trois Epîtres de Jean
  • L’Apocalypse

Pourtant il semble que la rédaction de certains documents ne soit pas de la main de Jean l’Evangéliste, mais de celle de Jean le Presbytre. L’écrivain en ayant rédigé certains en recueillant les paroles de Jean l’Evangéliste.

Le 4ème évangile est construit en plusieurs strates :

1. document narratif (appelé C) d’origine palestinienne

2. complément également d’origine palestinienne

3. Document narratif écrit à Ephèse s’ouvrant sur le monde grec (païen)

4. addition de textes mineurs à Ephèse.

Que nous offre ce 4ème évangile ? Il représente une œuvre originale, très personnelle, ne serait-ce que pour son prologue dont l’interprétation ne cesse de soulever bien des controverses, même si son auteur a pris le soin de préciser ses intentions. Jean propose une relecture des grandes traditions d’Israël. Ce texte apparaît comme très polémique et anti-juif, le Juif est celui qui se ferme à la révélation divine.

Nous sommes en présence d’un témoin de la rupture qui s’opère avec le judaïsme suite à la ruine du Temple et la chute de Jérusalem en 70 après JC. Jean met en avant la tradition biblique mais aussi certaines conceptions du judaïsme hellénistique, aussi bien que l’essénisme qumrânien. Il n’a dû recevoir sa forme définitive qu’au début du 2ème siècle, dans un milieu asiate, probablement à Ephèse.

Jean prend parti pour un judaïsme authentique, il fustige et condamne les chrétiens qui acceptent de manger les idolothytes[6]. Jean apparaît dans la ligne d’Apollos[7]. L’Asie va développer un judéo-christianisme original. C’est de là aussi qui naîtront les espérances millénaires[8].

Il est celui qui met en avant la plus grande spiritualité par l’usage du terme « Logos[9] ». Ce symbolisme est la clé de voute de la pensée johannique, reprise par de nombreuses sectes et développée par la suite dans les Loges maçonniques sous la forme du Grand Architecte de l’Univers.

Saint Augustin notera encore les affinités du prologue avec les doctrines platoniciennes ainsi que celles de Plotin, donc un apport de la philosophie grecque. Les exégètes ont souvent contesté la valeur de ce 4ème évangile en raison de son caractère théologique et de son symbolisme.

Pour ce qui est des trois Epîtres de Jean, écrite à Ephèse, la première semble constituer une introduction au 4ème évangile.

Nous devons là encore étudier quels en sont les auteurs. Nous avons ici trois documents d’importance inégale. Les affinités de style et de doctrine les font attribuer au même auteur que l’évangile et l’Apocalypse. Jean le Presbytre serait l’auteur, pour au moins, l’une d’entre elles.

L’apocalypse (du grec apocalypsis – Révélation) a été écrite lors de l’exil de saint Jean à Patmos. Ce document est généralement daté de la fin du règne de Domitien (81 – 96). La plupart des exégètes doutent de l’unité d’auteur entre l’Apocalypse et le 4ème évangile. Cependant, les affinités profondes de doctrines, malgré la différence évidente de genre littéraire, invitent pourtant à attribuer les deux œuvres à la même école johannique. L’apocalypse s’adresse aux 7 Eglises d’Asie mineure :

v Ephèse

v Smyrne

v Pergame

v Thyatire

v Sarde

v Philadelphie

v Laodicée.

Dans ce corpus, Jean reprend, comme source, les livres de Daniel et d’Isaïe et développe librement l’interprétation des symboles de la tradition ancrée dans l’Ancien Testament.

Une lecture fondamentaliste recherche la chronique anticipée des événements de la fin des temps. Pour déchiffrer le plan mystérieux de la Providence, l’auteur de l’Apocalypse recourt au symbolisme compliqué, souvent tiré de prophéties antérieures et s’emploient à déterminer la date de la prochaine intervention de Dieu.

Ce livre, concernant les derniers temps du monde, a exercé une influence extraordinaire sur la spiritualité des premiers siècles chrétiens et du Moyen-âge et sur l’art dans toutes ses manifestations.

Ce genre littéraire a inspiré de nombreux auteurs au gré des siècles, tels Dante et sa Divine Comédie, William Blake et ses œuvres ésotériques, Victor Hugo et La Légende des siècles. Chez certains écrivains on perçoit plus un gnosticisme postchrétien qu’une inspiration biblique.

Le symbolisme

L’Apocalypse a donné, au gré des siècles, de nombreux symboles, repris par des divers courants, dont la Franc-maçonnerie.

Dans l’iconographie, saint Jean l’Evangéliste est représenté tenant à la main un vase sacré d’où sort un serpent, symbole de la connaissance. Le vase sacré rappelle l’ésotérisme du Saint Graal dont la liqueur procure santé et connaissance. On attribue aussi à saint Jean la lettre « G », en fait le petit Gamma grec, lettre utilisée au passage du 2ème grade de la FM. L’on ne saurait oublier l’Aigle, qui accompagne saint Jean, symbolisant le soleil par tous les anciens peuples.

Saint Jean est parfois auréolé d’un nimbe représentant le quadruple Gamma, swastika mystique de la connaissance parfaite. C’est à Saint Jean l’Apôtre qui fut transmis toute chose. Il devient par-là l’image parfaite de l’Initié dans la FM.

Pour conclure, l’Evangile de Jean est un message d’amour universel et de connaissance complète du Logos. Seule la pensée johannique utilise le terme grec de Logos en reprenant la Genèse « Au commencement était le Logos (Verbe) et le Logos était tourné vers Dieu et le Logos était Dieu ». Le Logos, selon Jean est l’artisan de la création, la vraie lumière. Mais le Verbe a été perdu, cachés maintenant dans les textes hermétiques du 3ème degré. Notre recherche est donc de retrouver le Verbe. Chacun détient une part du Logos et l’amour universel permettra de la découvrir dans son entière plénitude. Dans ce sens nous rejoignons la pensée néo-platonicienne qui représente le Logos comme la première émanation de l’UN, inférieure à celui-ci, mais supérieur à l’âme.

J’ai dit.

Aigle, le 31 mars 2009.

Source : http://www.cda-aigle.ch/

   

 

 

Par X - Publié dans : Planches
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Samedi 13 octobre 2012 6 13 /10 /Oct /2012 12:14

Cet extrait rituélique n’est qu’un exemple des diverses allusions à Saint Jean qu’offre la Franc-Maçonnerie au travers de ses rituels et de ses symboles. Pourquoi nous rattachons-nous, comme d’ailleurs la majorité des Ordres Initiatiques occidentaux, à Saint Jean ?

Sur un plan historique, de nombreuses hypothèses, souvent contradictoires ou peu fondées, allant des antiques cénacles philosophiques perses appelés Jehan aux corporations de constructeurs dites Confraternités de Saint Jean en passant par les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem, furent ainsi avancées afin d’expliquer à tout prix l’origine étymologique de loge de Saint Jean en la rattachant à des événements indubitables.

En ce qui me concerne, ces controverses de chroniqueurs – même passionnantes ne me retiennent pas. Du point de vue symbolique, elles ne sont d’ailleurs que d’un intérêt secondaire et la Tradition demeure en la matière beaucoup plus enrichissante. Car, une fois de plus, c’est en elle que nous trouverons nos réponses …
René GUENON ne s’y est point trompé : il y voit une succession spirituelle johannite et ésotérique de l’Ordre du Temple et des Collèges de la Rose+Croix, qui avaient également pour patron Saint Jean. Assurément, il faut rendre témoignage que la Franc-Maçonnerie a reçu l’héritage de nombreuses organisations initiatiques antérieures et a ainsi permis à de nombreux concepts philosophiques issus de civilisations ou de traditions éteintes de demeurer vivants non seulement comme vestiges du passé mais également comme germes du futur.

Saint Jean, abstraction faite de tout esprit religieux dogmatique, se révèle particulièrement fécond d’enseignements ésotériques et initiatiques. Chacun s’accorde à le reconnaître. Je vais donc tenter de vous exposer que la Symbolique qui lui est rattachée se retrouve intégralement dans nos symboles maçonniques, ce qui justifie pleinement l’appellation de loge de Saint Jean.

Avant de commencer à vous faire part de mes réflexions et élucubrations, j’attirerai votre attention, V\M\ et vous tous mes BB\AA\FF\, sur un postulat de départ personnel: pour moi, il ne fait nul doute que tous nos rituels sont profondément infusés des traditions kabbalistiques et alchimiques. Je dirais même que la Franc-Maçonnerie en elle même reste une superbe transposition de la divine Alchimie. A ce propos, il est assez curieux de remarquer que l’Alchimiste et le Franc-Maçon travaillent tous les deux à la perfection de leur pierre respective …Ceci mériterait certainement que j’y consacre une autre planche…

La Franc-Maçonnerie ne se place pas uniquement sous le patronage de l’apôtre Jean mais bien sous celui des deux Saints Jean : l’évangéliste, Jean Boanergès, et le précurseur, Jean Baptiste. Pour moi, il ne fait nul doute que sur un plan ésotérique, ils se confondent dans un même symbolisme. N’y a-t-on pas vu Janus, le dieu aux deux visages mais à la seule réalité, le Saturne alchimique ? Maçonniquement, il ne peut échapper que les noms mêmes de ces deux personnages ont pour initiales les lettres J et B, inscrites sur les colonnes de la Loge en rappel des noms Jakin et Boaz du temple de Salomon ! D’autre part, ils sont fils, l’un de Zacharie et l’autre de Zébédée, dont l’initiale Z est l’hiéroglyphe de l’éclair et du tonnerre z. Ils sont donc fils du tonnerre ou initié par le feu. Or, le tonnerre se retrouve également dans le voyage du candidat à l’initiation maçonnique…

JEAN BAPTISTE le précurseur.

Jean le Baptiste est le fils de Zacharie. Celui-là même qui avait perdu la parole à cause de son incrédulité, la retrouve par son obéissance à la naissance de son fils. Jean le Baptiste, témoin de La Lumière, permet donc à son père de retrouver la parole perdue. Son application à « la parole
perdue » des Franc-Maçons qui ont reçu la Lumière, et dès lors en sont les témoins, est évidente.
N’oublions pas à ce propos, que l’Art des alchimistes n’a pas pour objet la recherche de l’or matériel mais bien la pierre philosophale, et donc sur un plan spirituel, la parole perdue, c’est-à-dire l’épuration de l’âme, la réintégration de l’homme, matière même du Grand Œuvre dans son essence divine originelle. A ce propos, il convient de rappeler que c’est la lettre hébraïque Shin c, signifiant le feu, qui mise au milieu du Tétragramme divin h w h y (Yod Hé Vav Hé) dont la Tradition enseigne que la prononciation - donc la parole - fut perdue et figurant parfois sur le sautoir du Vén\M\, engendre le nom divin IESCHOUAH h w c h y. Celui-ci se rapporte à la séphire Tiphéreth, sphère kabbalistique de la pierre philosophale, de la maîtrise maçonnique et du sublime 18ème degré…

Nazoréen, Jean Baptiste ne pouvait, comme Samson, se couper les cheveux, symbole de l’énergie spirituelle rayonnante, le phallos des Hellènes. En Alchimie, les cheveux désignent le Rébis de l’œuvre, la pierre au rouge parfait. Re-bis, la chose double et pourtant unique, or il y a deux Saint Jean qui ne forment qu’un…

Saint Jean Baptiste fut décapité par Hérode, il eut donc la gorge tranchée, ceci rappelle bien entendu le signe d’apprenti mais allons un peu plus loin sur le chemin ésotérique. Dans le Grand Œuvre Alchimique, après le stade de la putréfaction correspondant indubitablement au degré d’apprenti, il faut « couper la tête au corbeau », c’est-à-dire enlever les scories ou maçonniquement équarrir la pierre brute, qui est précurseur de la quintessence symbolisée par l’étoile flamboyante au degré de compagnon dont les sommets sont marqués par la main sur le cœur dans le signe d’ordre…

On associe souvent Jean Baptiste à Elie et à Hénoch, également témoins de la Lumière qui doivent revenir à la fin des temps. Le premier serait certes à mettre en relation avec Elie Artiste des Rose+Croix et des Alchimistes dont le rôle est capital dans la génération de la pierre philosophale. Le second joue un grand rôle dans les légendes maçonniques. Hénoch est le seul homme qui a été réintégré de son vivant, en corps, âme et esprit, dans le Royaume d'Eden. Et, en ce qui me concerne, la réintégration spirituelle reste la substantifique moelle de l’initiation maçonnique. Ce n’est donc pas sans conséquence que Jean est associé à ces deux personnages…

La fête de Saint Jean Baptiste est située à un moment astronomique qui en révèle le sens caché. C’est le 24 juin, au solstice d’été, quand le soleil parvient à son apogée de puissance et de rayonnement. C’est alors l’éveil des feux de la St Jean, le symbole de la lumière venant illuminer l’Esprit. Jean représente donc symboliquement l’annonciateur du principe universel et unique du Feu-Principe, de la Lumière, émanation et manifestation de la Cause première.

Etymologiquement, IOANNES serait formé de deux mots chaldéo-hébraïques : io et Oannès. Io signifie pigeon et Oannès était le dieu sumérien qui apporta l’initiation aux hommes et leur transmis la lumière. Cet « homme-poisson » instruisait les hommes en les sciences et les arts, également en agriculture et dans le secret des métaux, dans leur fonte…

Le feu en raison de sa profonde signification ésotérique, joue un rôle capital de médiation et de purification dans toutes les initiations traditionnelles. Celles-ci ont toujours pour objet la mort mystique de l’homme profane suivie de la résurrection de l’initié, du nouvel homme, qui aspire à la Connaissance parfaite par la Rédemption et la réintégration, la communion totale avec la cause première, l’Amour spirituel... C’est également ce soleil spirituel symbolisant la Connaissance, que représente Hercule vêtu d’une peau de lion et d’or, symboles solaires et dont les 12 travaux ne sont autres que les phases du Grand Œuvre Alchimique…

Mais la fête solsticiale est également la fête de l’eau purificatrice et génératrice. Il y a, malgré les apparences, souvent trompeuses, une correspondance entre l’eau et le feu. Il faut d’abord un baptême de l’eau avant celui du feu. Les philosophes alchimiques brûlent par l’eau et lavent par le feu nous enseigne Flamel. Telle est la lessive philosophique. Laver latone. Solve et Coagula …C’était tout le message et le symbole de la Rose+Croix marquant la réalisation du Grand Œuvre : I.N.R.I. Igné Natura Renovatur Integra ; c’est également le symbolisme de Saint Jean.

Sur un plan plus exotérique, Jean le Baptiste fut assassiné pour ses idées d’égalité sociale, de liberté, de fraternité, de renoncement, de repentir et parce qu’il avait consacré sa vie à ouvrir les yeux des Hommes à la Lumière brillant dans les ténèbres. Ce qui n’est point sans rappeler l’idéologie maçonnique ainsi que la persécution cléricale dont elle fut victime. Il n’est donc point étonnant qu’il fût choisi comme saint patron.

Jean l’évangéliste.

L’apôtre préféré du Christ apparaît dans les évangiles comme le modèle-type des initiés. Inutile de rappeler que son Prologue et son Apocalypse sont à juste titre considérés comme de véritables monuments ésotériques et alchimiques en hommage à La Lumière. Selon plusieurs auteurs, Saint Pierre symboliserait l’église extérieure, exotérique, tandis que Saint Jean, l’église intérieure, ésotérique et gnostique. Dès lors, avons-nous ici encore une preuve du rattachement de la Franc-Maçonnerie à la tradition gnostique ?

N’a-t-il pas été désigné par son maître comme « le fils du tonnerre » ? Il est donc initié par le feu et dépositaire des secrets cachés de la Sagesse. Il est aussi consacré, suite au dernières paroles au Golgotha, comme « fils de la Vierge », expression similaire au fils de la Veuve, et désignant les initiés. Sur un plan alchimique, le fils de la vierge se nourrit en son sein de son lait tout comme le lait virginal ou lait de la lune est en rapport avec l’opération du Grand-Œuvre appelée « multiplication » qui nourrit de ce lait la pierre philosophale afin d’en multiplier son pouvoir.
Et le maçon n’est-il pas celui qui témoigne de son initiation par son comportement différent dans la vie profane et après s’être transmuté individuellement, peut devenir facteur de changement sociétaire.

Symbolisme de Saint Jean ou symbolisme franc-maçonnique ?

Dans le cadre de cette planche limitée par le temps de parole qui me fut donné, je n’évoquerai qu’un seul symbole johannite que l’on retrouve facilement en maçonnerie : le gamma grec, mais sachez qu’ils sont multiples : l’aigle, l’oiseau initiateur qui vole le plus haut et peut contempler le soleil, la toison d’or, l’agneau, le daleth hébraïque, Janus, le soleil et la lune…

Le Gamma grec (ou la lettre G)

La lettre symbolique que l’on attribue à Saint Jean est le gamma grec qui représente en minuscule graphiquement et astrologiquement la tête du bélier. Nous sommes ici en présence d’un glyphe profond, au sens multiple. Il représente non seulement la materia prima des alchimistes mais le moment où il faut commencer le Grand Œuvre. Or le bélier zodiacal en hébreu Tholeh l f h - possède la même valeur numérique, les mêmes lettres et le même nombre de lettres que la rosée. Le bélier de part sa vigueur souligne le feu essentiel et suggère l’eau aérienne stable. Mais le petit gamma grec est également symbole du chêne, arbre sacré des druides, symbole de l’agent primordial mais aussi de la materia prima. Mais le plus intéressant, c’est que les feuilles de cet arbre portent parfois des excroissances appelées noix de galle d’où, en langue des oiseaux, gala. Et gala (•8 en ancien grec, signifie lait, allusion au lait virginal des alchimistes qui nourrit Saint Jean et la Pierre philosophale, tous deux fils de la Vierge. La Tradition est infaillible. Comme dirait l’Evangéliste, que celui qui a des oreilles entende !

Précisons que le gamma grec majuscule n’est autre qu’une équerre : « Toutes nos équerres sont des signes et tous nos signes se font par l’équerre ».

La Franc-Maçonnerie conservant depuis des siècles l’ésotérisme traditionnel a fait de ce symbole la lettre G qui apparaît bien évidemment au grade de compagnon, basé sur le chiffre 5, sur la quintessence. Elle se veut avant tout l’expression du Feu-principe, de la Lumière, de la Connaissance, de la Vie, arcane suprême de l’initiation maçonnique.
Par ailleurs, initiales multiples de Géométrie, gnose ou de God, déformation du iod hébraïque y, symbole du sel alchimique ou initiale de la matéria prima, la lettre G fut certes le sujet de nombreuses planches. N’étant pas l’objet de la mienne aujourd’hui, je ne m’y attarderai pas plus longtemps.

CONCLUSIONS

Ces quelques lignes sur les deux Saints Protecteurs de la Franc-Maçonnerie ne sont évidemment qu’une faible ébauche de ce qui pourrait être dit sur un sujet en étroit rapport avec la Tradition Gnostique. Les aspects traditionnels et le symbolisme de la Lumière et de la Connaissance liés à
Jean sont très profonds et remontent loin dans le temps tout en restant vivant dans notre initiation maçonnique. Le patronage de Saint Jean se révèle le symbole secret de la Puissance Illuminatrice, dont la couleur symbolique est le rouge que nous trouvons sur nos tabliers de maîtres et dans les hauts grades de l’Ecossisme.

L’incomparable valeur du message universel de Saint Jean et de la philosophie transcendantale qu’il renferme permet d’envisager pleinement le rôle immense que la Franc- Maçonnerie est appelée à jouer de par cet héritage reçu de la Rose+Croix.
Elle peut ainsi satisfaire le besoin métaphysique ou religieux - intérieur à chaque homme. Par un retour à ses sources, elle peut être une voie privilégiée, celle de l’Art Royal, ouverte à tout homme indépendamment de sa foi, mais considérant comme « sacrés » les principes de valeur absolue de la personne humaine, de mission spirituelle de l’homme, de perfectibilité tant individuelle que sociale du genre humain par la voie johanniste de la Connaissance et de l’Amour. Ceci constitue également le fondement métaphysique de la Fraternité Maçonnique.

J’ai dit, V\ M\

Source : www.ledifice.net

Par A\ D\ - Publié dans : Planches
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Samedi 13 octobre 2012 6 13 /10 /Oct /2012 09:01

Introduction

Saint Jean-Baptiste et Saint Jean l'Evangéliste sont évoqués dans le rituel du premier grade du R.E.A.A. à la clôture des travaux lorsque le V.'. M.'. demande au premier surveillant : «Comment s'appelle la Loge », il est alors répondu que «c'est une loge de Saint Jean » et à la question suivante : «Pourquoi» le deuxième surveillant répond : «Parce que Saint Jean- Baptiste et Saint Jean l'Evangéliste ont été les patrons des anciens Maçons ». Mais la réponse n'est pas complète puisque le V.'. M.'. demande au deuxième surveillant: «Allez-vous plus loin » et il répond : « Saint Jean-Baptiste est le précurseur de la Lumière ; Saint Jean l'Evangéliste disciple du Maître est celui qui a rendu témoignage de la Vérité et qui a été choisi de transmettre aux hommes l'Evangile de l'Amour, et il est enfin considéré comme une initié parfait».

Les symboles utilisés dans ce dialogue sont d'origine biblico-cosmiques et attestent d'une relation étroite entre les deux saints. En effet, Saint Jean-Baptiste est associé au solstice d'été (temps) et au tropique du Cancer (espace) et Saint Jean l'Evangéliste au solstice d'hiver et au tropique du Capricorne. Ils sont fêtés par la communauté chrétienne les 24 juin et 27 décembre et par les francs-maçons lors des tenues et agapes des saints jean d'été et d'hiver.

Ils interrogent principalement sur une vision prophétique et visionnaire de la destinée humaine. La dimension transcendantale qui en découle, symboliquement représentée par la Lumière contrastée que provoque les deux solstices interpelle sur le mouvement perpétuel et l'éternité ainsi que sur l'espace et l'infini.

Symbolique astrologique

A ce stade de l'analyse, il faut parler de l'importance de la symbolique astrologique associée aux deux solstices. Saint Jean-Baptiste, précurseur de la Lumière est celui qui fait prendre conscience de la Lumière mais ne la crée point. Associé au Cancer, signe cardinal et à dominante d'eau, il informe sur la sensibilité germinative de la lumière qui doit naître du sentiment vécu et non point sur la force d'un raisonnement. Ainsi, l'Homme qui ressent les vertus transformatrices du Cancer est à même de percevoir ce qu'il cherche s'il veut bien utiliser les composantes symboliques du signe, c'est à dire ressentir et vivre ses sentiments dans la réalité énergétique du solstice d'été qui montre que la Lumière est la plus forte parce que le soleil est au plus haut sur l'horizon. Tout dans cet instant particulier de la Saint Jean d'été est évolutif, car sous l'influence conjointe d'un ressenti à dominante lunaire et d'une force solaire à son apogée peut naître la conscience d'un foyer cosmique ( symbolisme de la maison quatre).

A l'opposé du signe du Cancer se trouve celui du Capricorne sous la maîtrise de saturne. C'est un signe cardinal et de terre, relié symboliquement au milieu du Ciel et proche de l'étoile polaire qui a été importante dans la mythologie égyptienne et biblique car elle ne bouge pas tout au long de l'année dans la voûte étoilée. Sa symbolique atteste de l'immuabilité de l'essentiel quelles que puissent en être les vicissitudes propres à l'évolution des sociétés. Saint Jean l'Evangéliste est le disciple du maître car il traduit dans la réalité (signe de terre) les vertus de la Lumière ressentie dans l'eau du cancer. C'est donc sur l'axe Cancer-Capricorne que sont nés l'Evangile qui porte son nom, trois épîtres et une Apocalypse.

En maçonnerie, la Bible contenant l'Evangile de Jean est appelé Volume de la Loi Sacrée . Elle est déposée sur l'autel de la Vérité et ouverte à l'Evangile de Jean.

Rappelons qu'en astrologie le signe du capricorne est placé au plus haut dans le ciel et qu'il symbolise de par sa position tout ce qui est important au devenir de l'homme en particulier et de sa communauté en générale. Saturne, maîtresse du signe du Capricorne, planète froide, persévérante et affranchie de toute subjectivité communiquera donc l'essence du contenu de l'évangile de Jean c'est à dire la Vérité par l'Evangile de l'Amour comme le précise si justement le rituel, mais aussi tout ce qui touche à la substance maçonnique, émanation naturelle de l'essence symbolisée par le G.'. A.'. D.'. L.'. U.'.

Ce premier dialogue entre le V.'. M.'. et le deuxième surveillant trace les grands axes de la méthode et de la symbolique qui lui est appropriée mais l'essentiel se trouve finalement dans le discours du V.'. M.'. avec le premier surveillant qui interroge à nouveau sur la loge de saint Jean et qui demande : «Quelle est la signification mystique de ma demande et de votre réponse ». Le premier surveillant répond alors : «La première nous incite à méditer l'origine et le mystère des Choses, la seconde nous fait souvenir que la Maçonnerie bien entendue nous propose des symboles qui conduisent notre esprit vers le Juste et le Vrai». Cette dernière phrase confirme que le rituel est une exégèse mythologique et non théologique et littérale comme aurait pu le laisser croire le premier dialogue avec le deuxième surveillant.

Mythes et symboles

Avant d'aborder le prologue de l'évangile de Jean proprement dit, examinons ce que signifie l'exégèse mythologique pour un maçon en rappelant tout d'abord que le mythe est à la fois une réponse sensitive et imagée de la pensée humaine aux nombreuses questions primordiales touchant à l'origine du monde et sa cause, la mort et son mystère ainsi que la vie et son sens mais qu'il est aussi une véritable histoire sacrée.

Afin d'illustrer celle-ci le rituel du REAA utilise des symboles provenant de nombreuses cultures: cosmiques avec la lune et le soleil, pythagoriciens avec les quatre éléments et le G.'. A.'. D.'. L.'. U.'. , bibliques avec le Volume de la Loi sacrée, compagnoniques avec le fil à plomb, le niveau et l'équerre, alchimiques avec V.I.T.R.I.O.L., universels avec les couleurs et enfin proprement maçonniques avec le cabinet de réflexion et les trois points.

Cette grande diversité de l'origine des symboles est la confirmation éclatante que les concepteurs du rituel veulent donner au mythe d'Hiram une dimension spatio-temporelle hors de la synchronicité du temps et de la géographie terrrestre.

La communauté maçonnique, comme toutes les communautés culturelles, est fondée sur une vision mythologique car les réponses apportées par l'adepte lors de son initiation sont à la fois indispensables pour son évolution spirituelle, mais surtout utiles pour la communauté des Frères, qui se retrouve ainsi plus unie et plus forte face au mystère profond de l'existence. Cette force retrouvée par le nouveau maillon calme en quelque sorte l'effroi devant la mort en le sublimant en amour fraternel et de la vie en général. L'éthique morale qui en résulte est une vision nouvelle du Juste et du Vrai, tel que le narre le rituel du premier grade du REAA.

Il est intéressant de noter que toutes les précautions sont prises dans la dimension mythique maçonnique afin d'éviter une exégèse littérale. En effet, seul compte le combat intérieur et le respect qui lui est du ; car le mythe est une épopée, une sorte de grande aventure de la lutte du genre humain pour retrouver de la clarté intérieure et le sens de la vie. Cette lutte entre le bien et le mal, entre les intentions perverses et sublimes qui s'affrontent dans la psyché humaine est la réalité de la condition humaine. La clarté initiatique découlant d'un rituel maçonnique n'est qu'une lucidité nouvelle développée par le mythe qui éclaire sur le mal qui nous aveugle en développant l'égoïsme, la vanité et l'orgueil mais aussi sur le bien, qui permet d'harmoniser les fonctions matérielles et sexuelles et finalement, de vivre une spiritualité libre de tout dogme. L'éthique morale dans un tel contexte sera de considérer la Vie, seule réalité tangible perçue par la raison, comme le bien le plus précieux préexistant à toute société humaine, et d'en comprendre son sens tout au long du parcours ici bas.

La Vérité pour le franc-maçon est la loi de l'harmonie car rien n'est plus équilibré que la création humaine puisqu'elle est la source principale de l'entendement. La difficulté bien sûr consiste en fait à vivre une loi d'amour dans une dynamique comportementale toujours changeante. L'art de vivre, en fait l'Art Royal des francs-maçons est cette culture de l'adaptation dans une conscience altruiste de la communauté que nous symbolisons par l'édification du Temple universel.

Le Prologue de Jean

L'Evangile (littéralement heureuse nouvelle) de Jean figure dans le Nouveau Testament. C'est un écrit majeur du Volume de la loi sacrée puisque dans la loge nous le plaçons sur l'autel de la Vérité et l'ouvrons au premier chapitre. Associé à deux épées croisées et un chandelier à trois branches, il est au cœur du processus initiatique. Sa signification doit être recherchée en relation avec la substance propre du rituel maçonnique, mais aussi avec celle contenue dans l'Ancien et le Nouveau Testament, car elle est l'aboutissement éclairé d'un processus dynamique des idées.

En effet, si la Genèse parle de la souffrance pathologique liée à la chute (perte du paradis) et de l'avènement de la conscience, l'Ancien Testament insiste surtout sur les efforts que doit entreprendre l'homme pour s'affranchir de cette souffrance. Le Nouveau Testament s'attache aux possibilités pour l'homme de trouver une issue vers la félicité. Enfin le Prologue de l'Evangile de Jean indique que cette démarche vers la joie est conforme au sens évolutif de la vie terrestre dans l'intégralité d'un processus cyclique. La signification ésotérique du Prologue est donc clair, il donne les clés pour affronter le mystère de la mort et du sens de la vie.

Rappelons avant d'aller plus loin les neufs premiers verset de ce Prologue :

«1Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. 2 Il était au commencement auprès de Dieu.3 Par lui tout a paru et sans lui rien n'a paru de ce qui est paru. 4 En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes ;5 et la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas saisie. 6 Il y eut un homme envoyé de Dieu, son nom était Jean. 7 Il vint en témoignage pour témoigner au sujet de la lumière , afin que tous par lui fussent amenés à la foi. 8Celui-là n'était pas la lumière.9 C'était la lumière, la véritable, qui illumine tout homme en venant dans ce monde»

Premier Verset

Le premier verset «Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu» est fondamental quant à un éclaircissement sur le fondement épistémologique de la pensée humaine. En effet, le mot Verbe qui se dit en latin verbum est la traduction du mot grec Logos signifiant la parole. Le Verbe est donc la Parole du G.'. A.'. D.'. L.'. U.'..

Il symbolise le fait évident pour l'esprit de l'homme que le monde, ne peut pas être conçue comme un effet sans cause, ni comme l'effet d'une cause connaissable. Il est donc créé comme l'effet d'une cause inconnaissable qui ne peut être imaginée que dans une dimension humaine. Ce qui est important c'est donc le mystère de la création et non la création en elle-même comme le souligne le premier surveillant dans la clôture des travaux «nous incite à méditer l'origine et le mystères des Choses » Ainsi, le Logos, ou la Parole ou la Connaissance est un chemin de vie qui donne accès aux mystères du G.'. A.'. D.'. L.'. U.'.

Le Logos est pour le franc-maçon intimement inclus dans l'ordre maçonnique qui symbolise la légalité et la cohérence du monde dans une dimension initiatique. Le Logos est comme le dit le premier verset: «auprès de Dieu et il était Dieu. » Cela signifie que pour l'homme l'existence du monde est organisée (théorie du Big bang) mais qu'il est mystérieusement organisé car il est l'effet d'une cause inconnaissable. En résumé cela signifie qu'il y a deux mystères: l'aspect mystérieux de l'organisation et la cause inconnaissable de la création.

Finalement le mystère de l'organisation rejoint le mystère des origines.

La prise de conscience par le maçon de ce double mystère ne peut que l'engager à respecter davantage la Vie sous toutes ses formes car elle est la réalité à l'échelle humaine du secret maçonnique. Vivre cette réalité dans la loi de l'harmonie par l'étude systématique du rapport des symboles les uns avec les autres conduira comme l'indique le deuxième surveillant à la clôture des travaux: «toutes nos actions vers le Juste et le Vrai»

Verset 2

A la fin du premier verset du Prologue, il est dit: «...et le Verbe était Dieu». Cette dernière affirmation est pour le chrétien la confirmation du dogme de l'incarnation puisque le Verbe est compris comme une divinité préexistante entièrement identifiée par Jésus ; tandis que pour les francs-maçons, le Verbe est un symbole et Jésus un homme réel. Ainsi ce premier verset montre à l'évidence que le Prologue de Jean est la source du mythe et non du dogme de l'incarnation.

Rappelons encore une fois que l'exégèse mythologique du prologue n'est qu'une explication symbolique de la vie en évolution qui interpelle la conscience du commencement, c'est à dire aussi loin que l'esprit humain puisse remonter dans le temps jusqu'à l'instant imaginé d'une rupture évolutive traduite en maçonnerie par la recherche du Juste et du Vrai. Le processus initiatique qui agit sur l'élévation du niveau de conscience est inclus dans le mythe de l'incarnation puisqu'il a comme ambition de calmer les angoisses existentielles (de la mort, du mystère des origines, etc.) en proposant un chemin qui donne du sens à la Vie et qui rend cette évolution positive.

Aimer ses Frères est la première manifestation tangible de cette reconnaissance comme l'exprime le premier surveillant à la clôture des travaux : «Saint Jean l'Evangéliste disciple du Maître est celui qui a rendu témoignage de la Vérité et qui a été choisi de transmettre aux hommes l'Evangile de l'Amour, et il est enfin considéré comme un initié parfait».

Transmettre aux hommes l'Evangile de l'Amour nécessite au préalable d'avoir confiance dans un processus initiatique franc-maçonnique qui est évolutif et qui exclu, rappelons-le encore une fois, tout dogmatisme littéral et religieux. Cette confiance est magistralement confirmée par Jean, considéré dans le rituel du REAA comme un initié parfait, car en baptisant Jésus et tous ceux qui frappent à la porte du Temple il a tout simplement montré l'importance que l'on doit accorder à une symbolique de la renaissance intérieure par l'élimination du vieil homme, en fait, à renoncer à l'attachement des désirs matériels. Le baptême par l'eau est symbolisé dans le rituel du premier grade du REAA avec le deuxième voyage. Il engage le récipiendaire à réfléchir et méditer la symbolique de l'eau, élément dominant du signe du Cancer associé analogiquement à Jean-Baptiste, en rapport avec l'émotivité générée par l'initiation, dans le but de mieux comprendre les vertus d'une renaissance spirituelle qui débouche, non pas dans un endroit fermé et austère mais, dans une dimension infinie symbolisée par L'Evangile de l'Amour. La confiance qui a été donnée à un ami (parrain du candidat) sera alors récompensée puisqu'elle ouvrira les portes d'un état où règne plus de Lumière et plus de Justice.

Verset 3

Le verset trois «Par lui tout a paru et sans lui rien n'a paru de ce qui est paru » signifie que tout ce qui existe et créé ici et ailleurs appartient au mystère de l'origine et au mystère de l'organisation (logos) et que rien n'est existant seul, car tout est relié à l'ensemble des faits et phénomènes connus et inconnus inclus dans le dynamisme de l'évolution.

A la lecture de ce verset, nous mesurons combien la vanité de l'homme est grande et son orgueil démesuré lorsqu'il désire s'affranchir d'un mystère par la raison. Définir l'inconnaissable n'est que pure spéculation métaphysique qui n'entraîne que malheur et désespoir car la certitude dans ce contexte est dogmatique et non évolutive. L'entendement alors ne sert que la cause du dogme qui n'est en réalité qu'une spéculation coupée de sa dimension mythique. Une telle attitude aboutit nécessairement au matérialisme dogmatique qui niant l'évidence du mystère exalte une philosophie du hasard associée à une pseudo-explication d'un dieu prométhéen réellement existant. Les dogmes sont la plaie de l'humanité car ils assombrissent la clairvoyance intérieure, dissocie la réalité de son contenu mythique, neutralisent l'entendement de l'évolution spirituel et enferment toutes les potentialités psychiques par nature évolutives dans un carcan linéaire sans horizon.

La compréhension du mythe d'Ouranos permet en fait de mieux comprendre où se situe la naissance du dogme dans la psyché humaine, car comme il a été dit plus haut, tout est relié à tout, inclus l'intentionnalité positive et négative.

En l'homme existe conjointement une puissance chaotique, créative et éruptive de type uranien puis une puissance organisatrice et tyrannique de coloration saturnienne et finalement une puissance participative et légale d'essence jupitérienne qui seule assure la cohésion d'une communauté. La Puissance cohabite dans l'homme et se révèlent à travers ses actes . Pour que la puissance d'essence uranienne (créative) évolue jusqu'à la puissance jupiterienne (associative et participative), il ne faut pas rompre l'engagement et la confiance qui lient l'Homme aux mystères de la condition humaine. Il ne faut point créer de dieu ou d'idoles et se substituer à eux. Chronos (Saturne) est la représentation de la puissance tyrannique parce qu'il a émasculer son père Ouranos sur l'ordre de Gaïa sa mère et qu'il a ensuite eu peur de perdre cette puissance par la répétition, par ses propres enfants, de ce qu'il avait fait à son père. Il a donc ordonner de les tuer. Mais Rhéa, épouse de Chronos a soustrait son fils Zeus (Jupiter) à la tuerie et lui a demander de combattre et d'abattre son père. L'acte accompli, Zeus a partagé la puissance avec Hades et Poséidon ce qui a permis la venue d'Athéna, déesse de la Sagesse. Ce mythe montre que la Sagesse naît à la fin du processus évolutif de la puissance. Le dogme de quelque nature soit-il reste au niveau de Chronos qui «l'entretient » par la peur et la tyrannie.

Force, Sagesse et Beauté sont les trois valeurs constitutives d'un rituel maçonnique qui peuvent être associée analogiquement aux vocables Verbe, Vie et Lumière. Pourquoi ?

Verset 4

Le quatrième verset du prologue dit. « En lui était la Vie et la vie était la Lumière des hommes. » Cela signifie que le Verbe (Connaissance), associé analogiquement à la Force, contient toute la puissance du mystère des origines et de son organisation et que cette Force, qui engendre l'organisation de la matière, est la Lumière des Hommes, car la vie est le seul critère que possède l'homme de la vérité ou de l'erreur objective sur le sens de la vie. Cette complicité psychologique et intime ne peut venir que de son sentiment d'être vivant, d'être en harmonie avec son environnement et de vivre cette relation par la Beauté.

Les francs-maçons sont les fils de la Lumière. Ils ont choisi d'être seuls face à cette complicité et de la vivre dans l'amour d'une communauté de FF.'. pour finalement trouver un chemin personnel qui mène vers l'harmonisation des désirs et la félicité. Cette solitude nourrie de l'esprit organisateur et harmonisateur de la matière est en quelque sorte l'état premier de la condition humaine, puisque dans la réalité des formes, l'homme naît et meurt seul, mais elle est surtout la clé pour développer l'intuition qui permet de retrouver la substance propre aux mystères enfouis au plus profond de la conscience. Le nouvel état qui résulte d'une telle démarche (solitude) se traduit dans la réalité par un charisme qui transmute les doutes sur le sens de l'évolution. Vivre ce charisme c'est accorder encore plus de force au silence qui règne dans l'infinitude de la pensée, car il est vraiment le puit sans fond de la créativité. Boire à ce puit, c'est savoir parler vrai, c'est traduire par l'intelligence du coeur tous les actes volitifs.

Il est dit dans le rituel du premier grade après les trois voyages «Que la discipline de l'Apprenti commence par le silence et finit par la méditation». Une telle phrase place le maçon face à sa capacité d'écoute et d'entendement de sa psyché. Cette attitude est nécessaire afin d'affermir la volonté car rien ne peut se créer sans une profonde analyse de sa Vérité en relation avec la vie en évolution symboliquement représentée par les rituels maçonniques du REAA.

Verset 5, 6 et 7

Le cinquième verset «Et la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont point saisie » affirme que la lumière ne ternit pas au contact des ténèbres mais qu'elle reste toujours pure puisqu'elle est aussi ténèbre dans son essence. C'est à travers la compréhension d'une triade en l'occurrence les trois grandes lumières (Soleil, Lune et l'Orient ) que l'explication de ce verset devient lumineuse. En effet, pour l'homme la perception du monde organisé se réalise à travers une dualité cosmique symbolisée par la Lune et le Soleil qui rythme les saisons mais aussi le tempérament. Ombre et lumière agissent dans la Nature et par analogie dans le psychisme humain. Vaincre les ténèbres, c'est à dire comprendre l'exaltation des désirs matériels, ce n'est que retrouver la même lumière qui éclaire une nouvelle voie que les maçons appellent l'Orient. Le rituel dit que «C'est à l'Orient que tout s'accomplit» car en effet, c'est ici que la triade donne du sens à l'histoire de sa vie et à celles des sociétés humaines.

La prise de conscience de cette dynamique évolutive vers le Beau et le Vrai que symbolise la Lumière est irréversible car «les ténèbres ne l'ont point saisie». Regarder vers l'Orient c'est savoir vivre et partager dans la vie de tous les jours les valeurs cosmiques symbolisées par le Soleil et la Lune mais c'est aussi reconnaître qu'il existe toujours une vérité en quelque sorte surconsciente, c'est à dire au-delà de l'entendement intellectuel qui permet de lutter contre une tendance subconsciente qui tend à nier l'évolution.

Le pavé mosaïque symbolisant la dualité est donc présent tout au long de la vie. Son action agit sur les plans matériels, psychiques et spirituels. Le doute qui en résulte est permanent dans la conscience, c'est pourquoi le maçon au fond de lui-même sait que la quête de la recherche de la Lumière et plus importante que la Lumière en soi car il lui est demander de tailler sa pierre. Il cultivera donc toutes les vertus propres au travail, c'est à dire la ténacité, la persévérance, la confiance en ses FF.'. et ses convictions et combattra avec force, dans son for intérieur, les tendances contraires. Ainsi, il pourra cheminer heureux et traverser les vicissitudes de l'existence sans jamais perdre sa foi, symbolisée par la recherche de la Lumière.

Jean-Baptiste est le témoin de la Lumière comme le rappelle les versets six et sept du prologue «Il y eut un homme envoyé de Dieu, son nom était Jean. Il vint en témoignage pour témoigner au sujet de la lumière, afin que tous par lui fussent amenés à la foi. » Il est considéré en maçonnerie comme un initié parfait. Pourquoi ? Jean-Baptiste, précurseur de la Lumière, symbolise l'élan intérieur qui caractérise tout homme qui veut témoigner de la lumière. Cet élan, cette ferveur est la quintessence de tous les actes volitifs accomplis dans l'esprit de l'Orient. C'est une sorte de point d'équilibre extatique béatifiant la qualité de l'instant ressenti lors d'une initiation par exemple, c'est à dire en élargissant le niveau de conscience jusqu'à la perception symbiotique d'une plénitude amoureuse de la condition humaine associée à l'immortalité de l'âme. La fraternité maçonnique vécue en loge est le rappel constant de ce point d'équilibre. Sans elle rien ne se passe, tout reste figé dans un endroit clos et austère qui rigidifie les plus beaux concepts.

La force de l'initié est à chercher tout d'abord dans la confiance qu'il porte à sa conviction (libre choix) d'adhérer à l'ordre et à celle de son parrain garant du témoignage de Jean-Baptiste considéré comme un initié parfait. La dernière phrase du verset : << ...afin que tous par lui fussent amenés à la foi» signifie que l'évolution spirituelle, telle que la conçoit la voie maçonnique ne peut se faire ni dans un système dogmatique, ni dans une immanence de la Raison mais dans l'affirmation d'une conviction éclairée et personnelle que la vie a un sens pour soi dans celle des autres et que la clarté qui en résulte débouche sur le respect des droits et devoirs qui découle de la sincérité de sa ferveur (foi).

Verset 8

Le verset huit dit que: « Celui-là n'était pas la lumière, mais il devait témoigner au sujet de la Lumière ». Il confirme que Jean-Baptiste en tant qu'homme n'est pas la Vérité, mais qu'il connaît la Vérité puisqu'il doit témoigner sur elle, tout comme le maçon, qui est capable, grâce à son initiation, de distinguer l'erreur de la Vérité. La vocation de la franc-maçonnerie est de perpétuer la Lumière qui habite tous les hommes libres et de bonne moeurs qui désirent entreprendre le voyage initiatique. Le devoir est donc clair il s'agit de ne pas laisser perdre le message de l'Evangile de l'Amour. Témoigner n'est pas chose facile lorsque la situation politique est contraire à l'idéal éthique découlant de la foi. Il s'agit alors d'être courageux, de ne point faiblir devant les forces dévastatrices matérialistes qui créent de la culpabilité et de la déraision.

Comme Jean-Baptiste, le maçon continuera à baptiser c'est à dire à être l'ami de tous ceux qui frappent à la porte du temple. Disponible, prévenant, les jambes dans l'eau du fleuve de la vie et la tête dans les étoiles, il donne avec humilité ce qu'il connait le mieux c'est à dire son amour de l'humanité. Ce message ne contient aucunes plus-values matérielles, ni reconnaissances sociales, mais pour celui qui témoigne, il est de la plus haute importance, car il donne du sens à sa vie.

Verset 9

Le verset neuf dit que : «C'était la lumière, la véritable qui illumine tout homme en venant dans le monde ». Voilà à nouveau les vertus de l'initiation confirmées dans cette phrase qui, par ailleurs, est reprise telle quel dans le rituel du premier grade du REAA.

C'est en effet la responsabilité de l'initié devant la loi éthique qui veut que nous soyons tous concernés par la lumière puisqu'elle «illumine tout homme en venant dans le monde». Cette affirmation est au-delà de l'entendement humain car elle est parcequ'elle est éternel. Nous retrouvons ici, le mystère de l'origine et le mystère de son organisation dans une traduction éthique et mythique. Si le verset affirme que c'est la véritable lumière, c'est parce qu'il sous-entend qu'il peut exister une fausse lumière. Le mythe de la recherche de la Vérité passe inévitablement par une lutte impitoyable qui engage l'initié à se libérer des désirs inutiles (fausses lumières) afin de déboucher sur une plus grande lucidité de lui-même. La Vérité est d'abord sa propre vérité comprise dans une dimension mythique. Cette nouvelle lucidité permet à l'initié de comprendre l'histoire des civilisations et la sienne en particulier à travers le sens de la Lumière, qui est avant tout la Vérité sur l'homme.

Conclusion

Aime ton prochain comme toi-même est l'aboutissement naturel de cet effort de vérité. C'est du reste la condition nécessaire qui assure une cohésion créatrice d'une communauté d'homme que nous symbolisons en maçonnerie par la Loge. Cette aventure de soi-même dans la conscience des autres, mais surtout dans l'esprit de l'éternel Sagesse, place la franc-maçonnerie comme la société qui témoigne de la Lumière hors de tout dogmatisme et d'autoritarisme culturel.

Le prologue de l'Evangile de Jean est ouvert sur l'Autel de la Vérité. Il relie le mythe d'Hyram symbolisant les efforts que doit entreprendre tout initié qui désire s'affranchir de la souffrance primordiale au mythe du Christ symbolisant la foi en l'essence de la vie apportée par l'Evangile de l'Amour. Ces deux mythes inclus dans le cycle évolutif de la condition humaine ne sont actifs qu'à partir du moment où l'initié les fait vivre en lui. Ils forment alors une triade représentant les trois piliers qui soutiennent la base d'un temple universel que les francs-maçons construisent depuis la nuit des temps. Etre opératif dans ce chantier c'est donner à la fois du sens à sa vie et aux mystères de l'origine mais c'est aussi ne pas douter de la qualité du travail accompli, car il est effectué dans un lieu où les outils sont connus de tous et où les actes maladroits sont toujours repris par celui qui observe et oeuvre dans l'esprit de l'Eternel Sagesse.

La conscience du Tout n'a pas de frontières, elle est en permanence dans toute Vie, elle est La Vie au-delà de tout entendement raisonnable.

L'espérance mystique de l'Evangile de Jean est finalement une foi inébranlable en la capacité illimitée de l'esprit humain de s'affranchir des ténèbres pour retrouver les bienfaits de la Vie (Lumière), mais aussi d'être ému devant les mystères de l'existence et de son harmonie sous-jacente.

Source : http://www.fideliteprudence.ch/stjean.htm

Par André M. - Publié dans : Planches
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Samedi 13 octobre 2012 6 13 /10 /Oct /2012 08:56

Le 27 décembre 2005, alors qu’il était en visite officielle à la Loge St. John no 3 de Québec et que je l’accompagnais pour ainsi fêter le solstice d’hiver et saint Jean l’Évangéliste, le Grand Maître, le PVF John A. Prosnick, me demanda d’expliquer par écrit les raisons pour lesquelles les Francs-maçons fêtent les deux saints Jean : Jean le Baptiste le 24 juin ; Jean l’Évangéliste le 27 décembre. Voici le fruit de mes recherches.

La réponse à une telle question doit d’abord porter sur la définition et la signification symbolique des solstices et des cérémonies auxquelles l’arrivée de ces deux événements annuels donnaient lieu autrefois ; elle concerne également le choix historique, par l’Église chrétienne, des deux saints Jean pour marquer symboliquement ces solstices ; elle doit montrer le lien historique existant entre la Maçonnerie opérative, la Maçonnerie spéculative et les deux saints Jean ; elle doit enfin expliquer pourquoi les Francs-maçons actuels fêtent ces deux saints et, en même temps, l’arrivée des solstices.

Définition et signification symbolique des deux solstices

Le solstice du 24 juin marque le début de l’été ; celui du 27 décembre, le début de l’hiver – les équinoxes marquant le début des saisons du printemps et de l’automne dans nos régions tempérées. Cependant, le caractère symbolique des solstices ne coïncide pas avec le caractère général des saisons correspondantes. En effet, le solstice d’hiver ouvre la phase ascendante du cycle annuel ; le solstice d’été en ouvre la phase descendante – d’où le symbolisme gréco-latin des portes solsticiales représentées par les deux faces de Janus : l’une, celle d’un jeune homme (l’avenir, l’année qui commence) ; l’autre, celle d’un vieillard (le passé, l’année qui se termine). Son image doit engager le Maçon à regarder en arrière en même temps qu’en avant ; pour préparer à l’humanité les voies du progrès, il faut tenir compte des leçons de l’histoire . Par ailleurs, il est aisé de constater que c’est la porte hivernale qui introduit la phase lumineuse du cycle, et la porte estivale sa phase d’obscuration

L’Église chrétienne et le culte des deux saints Jean

L’Église chrétienne a remplacé le culte romain de Janus par celui des deux saints Jean en choisissant ces personnages parce qu’ils ont le même nom, et en plaçant leurs fêtes aux dates des solstices. Jean le Baptiste ouvre la porte estivale et annonce le cycle d’obscuration. Jean l’Évangéliste ouvre la porte hivernale et annonce le cycle d’illumination : la Nativité à la fin du cycle estival et, un peu plus tard, durant cycle hivernal, la résurrection du Christ. C’est pourquoi Jean l’Évangéliste rapporte lui-même dans son évangile les paroles du Baptiste : « Il faut que lui grandisse et que je décroisse». La naissance du Christ est ainsi placée arbitrairement le 25 décembre – alors que l’on a la preuve qu’il est né au printemps – afin de corroborer la prophétie du Baptiste : l’annonce de la venue du Christ, qui met un terme à l’Ancienne Alliance (l’Ancien Testament) et commence la Nouvelle.

Il faut aussi considérer le fait que les deux saints Jean sont des hommes et non des femmes, et l’on peut dire que cela « tombe bien » pour l’Église, car ils symbolisent, à travers les solstices, le Christ chronocrator, celui qui dirige, qui domine le temps – direction suprême de la vie et de l’univers, fonction céleste entre toutes, que seul un homme peut assumer.

Afin de conférer le titre de chronocrator au Christ, le symbole de ce dernier et de la chrétienté devient alors la croix, qui remplace le poisson. Bien avant de devenir l’emblème du christianisme, la croix fut en de nombreuses régions du monde, l’image du cosmos. Formée par l’intersection de deux perpendiculaires, la croix découpe l’espace en quatre. Or, quatre correspond aux saisons (printemps, été, automne, hiver), aux éléments (terre, eau, air, feu), aux points cardinaux (orient, midi, occident, septentrion), aux phases de la Lune (nouvelle, croissante, pleine, décroissante), à l’année (deux équinoxes et deux solstices), aux âges de la vie (enfance, jeunesse, maturité, vieillesse) et aux moments du jour (aube, midi, crépuscule, nuit) .On peut y ajouter le symbolisme de la règle de 24 pouces : la division de la journée du Maçon entre la prière, le travail, le repos et le sommeil .C’est tout cela que domine le Chronocrator ; les deux saints Jean le symbolisent par leur foi commune et les dates de leurs fêtes.

Il faut enfin regarder un autre point : Jean le Baptiste baptise les croyants dans l’eau ; on peut dire qu’il travaille « de ses mains », il est un « opératif », alors que Jean l’Évangéliste écrit et fait un travail intellectuel, il est un « spéculatif » : à eux deux, ils symbolisent le corps et l’esprit, la Maçonnerie opérative et la Maçonnerie spéculative, le Pavé mosaïque, mais aussi l’eau et le feu – l’eau (et la terre), évidemment, pour le Baptiste, et le feu (et l’air) pour l’Évangéliste. Ce dualisme symbolique est d’ailleurs confirmé par la vie même des deux saints.

Jean le Baptiste, fils du prêtre Zacharie et d’Élisabeth, cousine de Marie, se retira très tôt au désert pour se préparer, par la prière et le jeûne, à sa mission de précurseur du Christ. À trente ans, il parut sur les rives du Jourdain, prêchant un baptême de repentir pour la rémission des péchés. Il était vêtu de peaux de chameau et d’une ceinture de cuir, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage. Les juifs accouraient pour l’écouter. Il se défendait d’être le messie : « Un autre vient dont je ne suis pas digne de dénouer les sandales. Moi, je vous baptise dans l’eau, mais lui vous baptisera dans l’esprit » : en Maçonnerie, Jean le Baptiste est l’Initiateur, celui qui, grâce à l’épreuve de l’eau, prépare le chemin vers la réalisation de la Beauté, de la Force et de la Sagesse. Le roi Hérode Antipas ayant épousé sa nièce Hérodiade, femme de son frère, Jean le Baptiste s’éleva contre cet inceste. Hérode le fit emprisonner. Salomé, fille de Hérodiade, dansa pour Hérode et le séduit – un autre inceste aux yeux du Baptiste. Hérode lui ayant offert ce qu’elle désirait, Salomé lui demanda, sur les instances de sa mère, la tête de Jean .C’est ainsi que Jean-Baptiste fut décapité. Sa mort – celle de son corps en particulier – symbolise la fin abrupte de l’Ancien Testament, la phase descendante du cycle solaire. L’animal qui le symbolise est le mouton, un animal « terrestre » très paisible.

Fils de Zébédée, patron de pêche à Bethsaïde, Jean l’Évangéliste était ce jeune pêcheur de Galilée qui, avec André, suivit le Christ lorsqu’il entendit Jean le Baptiste le désigner « l’Agneau de Dieu». Le Christ l’appelait parfois « fils du tonnerre » en raison de son ardeur – d’où le symbole du feu qu’on lui accole. Après la Pentecôte, il prêcha à Éphèse, en Asie mineure. Arrêté et conduit à Rome, il fut plongé dans une cuve d’huile bouillante, près de la porte Latine, sans en ressentir de douleur . Sous la persécution de Domitien, il fut exilé dans l’île de Pathmos durant quinze mois ; c’est là qu’il écrivit l’Apocalypse, un livre prophétique. Revenu à Éphèse, il y dirigea des communautés chrétiennes et écrivit le quatrième Évangile et trois Épîtres, afin de réfuter les hérésies. Il atteignit, dit-on, une extrême vieillesse . La mort tardive et paisible de Jean l’Évangéliste tranche avec la mort subite et violente de Jean le Baptiste ; on peut y voir le symbole de la vie éternelle de l’esprit, opposée à la vie brève et pleine de souffrances du corps. L’animal qui symbolise Jean l’Évangéliste est l’aigle, un animal « aérien », fougueux comme le feu – quoique le feu purificateur soit aussi associé à l’été, et donc au Baptiste . D’ailleurs, saint Jean l’Évangéliste a pour surnom « l’Aigle de Pathmos ».

Jules Boucher signale par ailleurs que, d’après certains auteurs, saint Pierre symboliserait l’Église « extérieure » et saint Jean, l’Église « intérieure ». Aussi, ajoute Boucher, a-t-on vu dans le nom de saint Jean l’Évangéliste, utilisé par la Maçonnerie, la preuve évidente de son rattachement à la gnose considérée comme la doctrine secrète et intérieure de l’Église . Ce raisonnement est intéressant, mais que fait-il du Baptiste ? La Maçonnerie fête les deux saints Jean, et non un seul.

Les deux saints Jean, la Maçonnerie opérative et la Maçonnerie spéculative

Les anciennes guildes ne s’occupaient pas seulement des affaires courantes de leur métier, lequel était appelé un « mystère », mais elles prenaient également soin de la santé spirituelle de leurs membres ; à cette fin, elles employaient un prêtre ou un chapelain, qui dirigeait leurs cérémonies religieuses et offrait des messes ou des prières pour le repos de l’âme des défunts. C’est pourquoi chaque guilde avait un saint patron ; les membres des guildes étaient souvent liés à une église particulière où, en certaines circonstances, ils organisaient des célébrations . Elles étaient à l’image des métiers dans l’Antiquité, placés sous la protection d’une divinité .

Parmi les saints patrons des maçons et des tailleurs de pierre, on trouve les saints suivants : Blaise, Thomas, Louis, Grégoire, Alpinien, Marin, Martin, Étienne, sainte Barbe et « les Quatre Couronnes », ainsi que les fêtes religieuses de l’Ascension et de l’Assomption ; mais saint Jean n’en fait pas partie .

Au sujet des Quatre Couronnes, dans La Légende dorée, Jacques de Voragine déclare que

Les Quatre Couronnes s’appelaient Sévère, Sévérien, Carpophore et Victorin. Par ordre de Dioclétien, ils furent battus de verges plombées jusqu’à ce que mort s’ensuive. On fut pendant très longtemps sans trouver les noms des quatre martyrs et l’Église, faute de connaître leurs noms, décida de célébrer leur fête le même jour que celle de cinq autres martyrs, Claude, Castor, Symphorien, Nisostrate et Simplice, qui subirent le martyre deux ans plus tard. Ces cinq martyrs étaient sculpteurs ; et comme ils se refusaient à sculpter une idole pour Dioclétien, ils furent enfermés vivants dans des tonneaux plombés et précipités dans la mer, en l’an du Seigneur 287. C’est donc le jour de la fête de ces cinq martyrs que le pape Milchiade (311-314) ordonna que fussent commémorés, sous le nom des Quatre Couronnes, les quatre autres martyrs dont on ignorait les noms. Et bien que, par la suite, une révélation divine eût permis de connaître les noms de ces saints, l’usage se conserva de les désigner sous le nom collectif des Quatre Couronnes. On célèbre leur fête le 8 novembre .

alors que, selon Joseph Léti,

Cinq maçons [chrétiens], qui pourraient aussi être des sculpteurs, furent mis à mort sous le règne de Dioclétien à cause de leur refus d’exécuter la statue d’une divinité païenne. En même temps qu’eux, furent passés par les armes quatre soldats [romains] qui ne voulaient pas encenser l’auteur de cette divinité. Les neuf cadavres ayant été ensevelis ensemble, la tradition, qui n’a rien retenu des cinq premiers, ne conserva que les quatre autres qui probablement portaient la couronne de centurion, ce qui conférait la plus haute classe des gradés de la milice .

Les Quatre Couronnes furent les saints patrons des loges opératives allemandes au Moyen Âge. Plus tard, Moïse et Salomon devenaient ceux de la Franc-maçonnerie anglaise et les deux saints Jean ceux de la Franc-maçonnerie américaine et de nombreuses autres Obédiences d’Europe continentale et d’ailleurs.

Toutefois, pour Oswald Wirth, l’expression « Loge de saint Jean » dérive bel et bien du titre que portaient au Moyen Âge les corporations constructives : « Confraternités de saint Jean» – sans toutefois que l’on sache avec précision lequel des deux saints la Maçonnerie honore en invoquant son nom .Tous les métiers francs célébraient le culte général de saint Jean .

Un document ancien, la Charte de Cologne, signale qu’avant l’an 1440, la société des Francs-maçons était connue sous le nom de « Frères de Jean », et qu’ils ont commencé à s’appeler « Maçons Francs et Acceptés » à Valenciennes. À cette époque, dans les Flandres, grâce à l’assistance et à la richesse de la fraternité, les premiers hôpitaux furent érigés en vue de soulager les personnes atteintes du feu de saint Antoine  Une autre partie de la Charte dit que les auteurs de ces associations s’appelaient « Les Frères consacrés à Jean » parce qu’ils imitaient Jean le Baptiste .

Le nom de Jean se rattache aussi à la légende du « Prêtre Jean » (XIIe ou XIIIe siècle), qui aurait été un souverain tartare. Jusqu’au XVIIIe siècle, le négus d’Abyssinie était appelé de ce nom ; nombre d’empereurs d’Abyssinie ont porté le nom de Jean .

La Maçonnerie ne se rattache pas aux corporations, qui réglementaient étroitement les métiers, mais aux confréries de métiers libres, dits « francs », d’origine religieuse. Le privilège de franchise existait dans les abbayes et surtout dans les domaines du Temple. Les commanderies templières attirèrent de nombreux artisans qui pouvaient, sous la protection des Templiers, passer librement d’une commanderie à l’autre – comme saint Jean l’Évangéliste a pu voyager malgré les multiples épreuves qu’il a subies durant sa longue vie. Les Templiers portaient une vénération particulière à saint Jean, confondant facilement, dans leurs invocations, l’Évangéliste et le Baptiste, puisque le 24 juin donnait lieu à de grandes réjouissances. Lorsque l’Ordre du Temple fut dissous, en 1312, par le pape Clément V, les biens des Templiers furent attribués aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, avec les privilèges et droits accordés à leurs anciens possesseurs. Les franchises dont bénéficiaient les gens de métiers furent donc maintenues, et elles existaient encore au moment de la Révolution française .C’est pourquoi les maçons du Temple, ou « francs maçons », se placèrent sous la protection de saint Jean .

La Maçonnerie actuelle et la fête des deux saints Jean

Ce n’est donc pas par hasard si c’est précisément le 24 juin 1717, à Londres, que quatre Loges, où opératifs et spéculatifs se côtoyaient, s’unirent en Grande Loge et élirent un Grand Maître.

Des dissensions se produisirent rapidement au sein de ces Loges. Elles avaient pour origine la différence de statut social entre les maçons de métier et les Maçons acceptés. Il en résulta qu’à côté des Loges régulières régies par la Grande Loge de Londres subsistèrent des Loges indépendantes généralement désignées sous le vocable de « Loges de saint Jean ». Elles s’unirent à des maçons irlandais indépendants pour former, en 1751, la Grande Loge rivale, dont les membres revendiquaient le titre de « Maçons anciens » (parce qu’opératifs), les Maçons de la première Grande Loge étant dits « Maçons modernes » . Cette situation perdura jusqu’à la réconciliation des deux Grandes Loges et la création, en 1813, de la Grande Loge Unie d’Angleterre. Mais de ce schisme étaient issus, dès 1753, deux systèmes de classification des Loges, les Loges « anciennes » ayant conservé l’appellation de « Loge de saint Jean » pour toutes leurs Loges et s’étant donné des titres distinctifs variés, et celles de la Grande Loge des « modernes » ayant adopté deux autres saints patrons : Moïse et Salomon, et ayant rejeté l’ancienne dédicace générale à saint Jean.

Dans certaines Obédiences, les Loges des trois premiers Degrés sont appelées « Loges de saint Jean » ou « Loges de Saint-Jean ». On y place souvent la Bible ouverte à la première page de l’Évangile de saint Jean, parfois qualifié d’« Évangile de l’Esprit », dont les cinq premiers versets – ou prologue – sont un véritable monument ésotérique (32) :

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était, au commencement, auprès de Dieu. Tout, par lui, a été fait, et, sans lui, rien n’a été fait. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.

Les plus anciens rituels maçonniques confirment l’utilisation de l’expression « Loge de Saint-Jean ». Voici les questions que l’on pose encore actuellement à un Frère visiteur lorsqu’il se présente dans une telle Loge, et les réponses qu’il doit donner :

Le Vénérable Maître: D’où venez-vous, mon Frère ?
Le Frère visiteur: D’une loge de Saint-Jean.
Le Vénérable Maître: Que fait-on dans une loge de Saint-Jean ?
Le Frère visiteur: On y tresse des couronnes pour la vertu ; l’on y forge des chaînes pour les vices.
Le Vénérable Maître: Que venez-vous faire ici ?
Le Frère visiteur: Vaincre mes passions, soumettre ma volonté à mes devoirs et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.
Le Vénérable Maître: Qu’apportez-vous en Loge ?
Le Frère visiteur: Bienveillance à tous mes Frères .

Et le Vénérable Maître, lorsqu’il ouvre officiellement les Travaux dans l’une de ces Loge, prononce solennellement la formule suivante :

À la gloire du Grand Architecte de l’Univers, au nom de la Franc-maçonnerie universelle et sous les auspices de la Grande Loge …, en vertu des pouvoirs qui m’ont été conférés, je déclare ouverte au Grade d’Apprenti cette Respectable Loge de Saint-Jean, constituée à l’Orient de … sous le no … et le titre distinctif … À moi mes Frères, par le signe, la batterie et l’acclamation écossaise (batterie : 0 – 0 – 0 ; acclamation : Houzzé ! – Houzzé ! – Houzzé !). Mes Frères ! Nous ne sommes plus dans le monde profane, nous avons laissé nos métaux à la porte du temple ; élevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la Lumière!

Dans ces Loges, on célèbre les fêtes des deux saints Jean. Mais il n’est pas exclu que des Loges qui ne sont pas « Loges de saint Jean » fêtent également saint Jean le Baptiste et/ou saint Jean l’Évangéliste – avec ou sans référence au solstice. C’est ainsi que la Loge St. John no 3 (GRQ), AF & AM, à l’Orient de Québec, fête chaque année son patronyme le 27 décembre et, en même temps, l’arrivée du solstice d’hiver et le début d’un temps nouveau. Par ailleurs, la Loge Golden Rule no 5 (GRQ), AF & AM, à l’Orient de Stanstead, organise chaque année, aux environs du 24 juin, une Tenue au Grade de Maître, en plein air, sur le sommet du mont Owl’s Head, dans les Cantons de l’Est. Ces diverses célébrations montrent bien que même si toutes les Obédiences n’ont pas adopté la classification de la « Maçonnerie johannite », leurs Loges sont libres de rendre hommage aux deux saints Jean et de fêter le passage d’un solstice à l’autre.      

L’expression « Maçonnerie johannite » a été introduite par le Révérend Dr George Oliver (1783-1870) pour désigner le système de maçonnerie dont les deux saints Jean sont reconnus comme les patrons, et à qui les Loges sont dédicacées. Ce système contredisait celui du Révérend Dr Samuel Hemming (1768-1828), auteur du rituel de « synthèse » adopté par la Grande Loge Unie d’Angleterre, lors de sa création, en 1813, par la fusion des « Modernes » et des « Anciens », et dans lequel la dédicace des Loges est faite à Moïse ou à Salomon. Oliver était fortement opposé à ce changement – par ailleurs très critiqué par plusieurs Obédiences – et écrivit à ce sujet un livre intéressant  . Mais les Hemming Lectures sont demeurées le système autorisé par la Grande Loge Unie d’Angleterre .Selon la définition donnée par Oliver, le système pratiqué aux États-Unis est une Maçonnerie johannite .

Il ne faut pas confondre la « Maçonnerie johannite » et les Johannites, secte religieuse maçonnique établie à Paris en 1814 par Raymond de Fabre-Palaprat (1775-1838), Grand Maître de l’Ordre du Temple.

Les Templiers célébraient leurs fêtes les plus importantes le 24 juin ; la Maçonnerie n’aurait, à ce propos, que perpétué une coutume de l’Ordre du Temple. Dans le monde profane, la Saint-Jean d’été est marquée par des feux qui sont encore allumés en maintes régions ; le folklore est riche de traditions s’y rapportant . Ajoutons enfin que saint Jean-Baptiste est le protecteur du Québec.

Au même titre que Hiram Abif, Hiram de Tyr et Salomon, les deux saints Jean sont des personnages importants de la symbolique maçonnique. Il convient de les vénérer en toute connaissance car, pour un Maçon, la connaissance, c’est la Lumière. Et la connaissance peut commencer par l’étude du symbolisme du Pavé mosaïque et de la place des deux saints Jean dans la Maçonnerie.

Source : http://roughashlar.com/

Par T.V. Fr. Jacques Ruelland, - Publié dans : Planches
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Vendredi 12 octobre 2012 5 12 /10 /Oct /2012 07:37

Jean-Baptiste occupe une place prépondérante dans l’Evangile. C’est par l’annonce de sa naissance que commence le récit évangélique, c’est par le baptême qu’il donne à Jésus que celui-ci commence sa vie publique. La présence de Jean-Baptiste parcourt en filigrane tout l’Evangile et, malgré les tentatives des évangélistes d’en minimiser l’importance, elle se révèle inséparable de la vie de Jésus-Christ.

Luc (1-13), pour décrire la naissance de Jésus, évoque l’Ange Gabriel qui parle de celle de Jean-Baptiste à Zacharie et fait surtout ressortir les divergences entre les deux. Le futur Jean sera "grand devant le Seigneur", tandis que le futur Jésus sera appelé le"Fils de Dieu". Jean sera le "Précurseur", tandis que Jésus sera le "Sauveur".

Mais à y regarder de plus près, les choses ne sont pas aussi simples. Jean n’est pas le"faire-valoir" de Jésus que la lecture de Luc donnerait à penser. C’est un réel Maître spirituel qui, avant d’accomplir sa mission, s’y est longuement préparé par une vie ascétique. D’ailleurs, l’histoire de la naissance de Jean rapportée par Luc est incompatible avec les faits et Jean le Baptiste était beaucoup plus âgé (1) que Jésus et le baptême de Jésus était celui d’un disciple et non d’un Fils de Dieu.

On ne nie plus aujourd’hui la connexion de Jean le Baptiste avec le milieu essénien. Une solide formation dans le centre de Qumram a dû précéder sa vie d’ermite dans le désert ; et le prédicateur qui en a émergé fut un vrai guide pour le peuple. Essénien d’origine (2), il s’était cependant démarqué de cette secte juive qui prêchait l’immortalité de l’âme et pratiquait les vertus et la fraternité.

Au lieu de se cantonner dans l’élitisme essénien, il est allé vers les foules, et au lieu des ablutions quotidiennes exigées à Qumram, il baptisait une fois pour toutes dans le repentir et le renouveau intérieur.

Marginal parmi les prophètes d’Israël, il a prêché cette pureté du dedans, par opposition à la fierté d’appartenance au Peuple Elu : « Ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes :nous avons Abraham pour père ; car, je vous le déclare, Dieu peut, des pierres que voici, susciter des enfants à Abraham » (Luc 3-8).

Sa grande humilité lui faisait dire : « Il s’en vient quelqu’un de plus puissant que moi,dont je ne suis pas digne de délier la courroie des sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint » (Luc 3-16). Voilà donc en quoi il fut l’authentique Précurseur : il dévoila aux gens cette exigence d’intériorité, ainsi qu’une notion d’universalisme, jusque-là totalement absentes.

Jean le Baptiste affiche sa rupture avec la classe sacerdotale d'Israël. Il rejette tout compromis et exhorte le croyant à vivre selon sa foi, sous peine d'être exposé à la« colère qui vient ». et dit avec force que le Seigneur attend un changement réel et radical de mode de vie. « Produisez donc des fruits qui témoignent de votre conversion! ».

La grandeur de cet homme transparaît dans la modestie de cette affirmation et dans sa conscience de prêcher en vain dans le "désert" des futilités humaines, accomplissant sa mission jusqu’au bout. "Je suis la voix qui crie dans le désert!" – les évangiles de Matthieu, chap. 3; ou Marc chap. 1; ou Luc chap. 3.

Aujourd'hui encore, des traditions religieuses confessent Jean le Baptiste comme leur guide (exemples : les Sabéens qui regroupent quelques centaines de milliers de fidèles en Irak notamment ou les Mandéens, présents dans les mêmes régions). De même, le Coran laissera une place éminente à Jean le Baptiste, appelé « Yahya » (" il vit ").

Jean le Baptiste et Jésus, apparentés par leurs mères, avaient déjà dû se rencontrer et auraient même probablement vécu un certain temps ensemble au monastère de Qumram ou dans une école de mystères en Egypte. Jean-Baptiste est l’aîné de Jésus dans la vie et dans la voie, ainsi que dans cette quête spirituelle, ce qui suppose, à un moment ou à un autre, une relation « Maître disciple ».

Si Jean le Baptiste et Jésus étaient étroitement associés au début du ministère de Jésus, de nombreux détails indiquent qu’ils étaient surtout de féroces rivaux (3). Hugh Schonfield note que des sources chrétiennes font apparaître qu’une secte juive importante rivalisait avec les disciples de Jésus. Pour elle, Jean Baptiste était le vrai messie (4)… La rivalité farouche entre les deux clans et l’influence de Jean le Baptiste sur Jésus étaient trop connues et empêchaient le clan de Jésus de dénigrer le Baptiste,sauf à se contenter d’accentuer son rôle secondaire.

Quand Jean le Baptiste fut mis dans la prison de Machéronte, ses disciples ont dû l’informer des oeuvres retentissantes de Jésus. Luc nous dit alors (VII 18-19) qu’il en appela deux et les envoya dire au Seigneur : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? ». On se trouve confronté là à un dilemme. Si cette parole est de Jean le Baptiste, elle est en contradiction avec le reste de son discours sur Jésus, à moins qu’elle n’ait une justification !! Jean-Baptiste n’ignorait pas les susceptibilités de ses disciples face au succès grandissant de Jésus. Ceux-ci s’étaient même plaints en direct à Jésus, à propos du jeûne : « Pourquoi nous et les Pharisiens jeûnons, tandis que tes disciples ne jeûnent pas ? » (Matthieu IX 14). En les envoyant à Jésus, porteurs de la question rapportée parLuc, alors qu’il savait son sort scellé et sa fin proche, Jean le Baptiste voulait-il, en fait,convaincre ses propres disciples de la nature divine de Jésus ?

Ou bien faut-il voir dans les questions du Baptiste la confirmation de la thèse d’un complot politico-religieux ?? Du fait que Jean le Baptiste représentait une force politique et surtout spirituelle, il devenait gênant… Etait-il le vrai Messie (au sens chef militaire) attendu par les juifs et que craignaient les Romains ? Dés lors, son arrestation et sa condamnation auraient été ourdies par le puissant clan qui soutenait et finançait Jésus, avec ou sans sa participation (*).

D’ailleurs, dés son emprisonnement, Jésus a pris le contrôle de son groupe lors d’une réunion publique rapportée dans l’épisode, à défaut de miracle, de la multiplication des pains.

Selon le mythe de Salomé, c'était lors de la fête d'anniversaire d'Hérode que ce dernier, excité par la danse de sa fille, accéda à la demande de sa femme de faire décapiter Jean le Baptiste. En fait, les motivations d’Hérode étaient strictement politiques, relatives à la grande influence de Jean le Baptiste ainsi qu’aux critiques formulées quant à son mariage avec une princesse arabe du royaume de Nabatée, laissant croire que Le Baptiste se rangeait dans le camp du roi Aretas, de Pérée, ennemid’Hérode, et que cela risquait de retourner la population contre Hérode Antipas.

A noter un autre épisode curieux de l’évangile apocryphe dit Proto evangelicum ou livre de Jacques qui insiste sur l’importance de Jean le Baptiste. Dans l’épisode du massacre des innocents relaté dans cet évangile, c’est Zacharie qui est interrogé par Hérode,furieux car il dit : son fils est appelé à devenir roi d’Israël (Proteva. Jacques, 23-1).

Depuis Origène, l’Eglise a systématiquement exercé (entre autres) une censure sur la stature réelle de Jean-Baptiste. Pour l’église, Jean le Baptiste acquiert une part de la gloire et de la souveraineté qui, pour les chrétiens, n'appartient qu'à Jésus.

Si la religion de Jean le Baptiste, dont l’existence est établie, était devenu le culte dominant de la région méditerranéenne, plutôt que la religion christique, nous ensaurions plus sur ce fascinant personnage.

Si Paul avait eu une personnalité moins forte ou n’avait pas écrit ses épîtres, il estpossible que le culte de Jean le Baptiste se serait imposé au monde antique (6)… Pour comprendre le contexte, citons les propos édifiants de ce même Paul : « Que chacun soit soumis aux puissances régnantes ; car il n’y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu : Les puissances qui existent sont ordonnées par Dieu ; en quelque sorte, celui qui fait del’opposition aux puissances résiste à l’ordre établi par Dieu. »

Les membres de l’église de Jean le Baptiste furent persécutés et exterminés par l’église… mandéens, simoniens, dosithéens, noisari, voire templiers, plus encore à partirdu concile de Nicée vers 325 après JC. Les johannites sont toujours dans la clandestinité.

Les Templiers avaient probablement connaissance des origines réelles du christianisme,par des documents ou objets trouvés ou saisis pendant l’existence de l’Ordre. Ils vénéraient Jean le Baptiste. Ils doivent une partie de leurs connaissances gnostiquesaux « Johannites d’Orient » ou « chrétiens originaux ». L’Agneau de Dieu était leur sceau et la tête coupée de Jean Baptiste faisait partie deleurs emblèmes. Les Templiers fonctionnaient essentiellement comme une école demystères, avec une hiérarchie reposant sur l’initiation et le secret., et selon certain eshypothèses, le sens du mot « Baphomet » était l’anagramme d’une traduction fort ancienne de Sagesse.

Avant sa dernière montée à Jérusalem, Jésus se retira de nouveau au-delà du Jourdain,à l’endroit où Jean avait baptisé au début (Jean X 40).

Jésus, répondant aux questions des disciples, leur dit : "Moi aussi, je vous poserai une question ; répondez-moi et je vous dirai de quel droit j’agis ainsi : le baptême de Jean était-il du ciel ou des hommes ? dites-moi !" Or ils se faisaient entre eux ce raisonnement : si nous disons : du ciel, il va nous répondre : alors, pourquoi n’avez-vous pas cru en lui ? Et si nous disons : des hommes, nous devons redouter la foule, car tous tiennent Jean pour un véritable prophète. Ils répondirent donc à Jésus : "Nous ne savons pas." Alors Jésus leur dit : "Moi non plus, je ne vous dirai pas de quelle autorité je fais cela." (Marc XI 29-33). Il est important de souligner, dans cet épisode, l’autorité que Jésus lui-même reconnaît à Jean dans son activité baptismale.

Une question fondamentale : Mais de qui Jean Le Baptiste détenait-il le rituel de baptême qui n’existait pas dans la religion juive, y compris chez les Esséniens ?

Au tout début de notre ère, les sectes gnostiques forment un ensemble disparate d’églises au point de croisement des courants juif hétérodoxe, judéo-chrétien, chrétien orthodoxe et gnostique. Bien que le terme gnose signifie « connaissance parfaite », ce qui caractérise le mieux les mouvements gnostiques n’est pas cette prétendue connaissance, que finalement d’autres traditions affirment aussi posséder, mais plutôt un dualisme Matière – Divin qui s’accompagne d’un rejet du monde Matériel. Le but principal du gnostique est la délivrance de la parcelle divine qu’il porte en lui-même. Il veut libérer cette parcelle du monde matériel corrompu qui l’aliène, et remonter vers les sphères célestes.

La gnose est donc une parcelle de la connaissance des réalités divines de nature religieuse et ésotérique, supérieure à celle des simples croyants et qui donnerait accès au salut.

L’enseignement des Gnostiques est contenu dans Corpus Hermeticum, dans la Pistis Sophia et également dans l’évangile selon Thomas.

Jean Le Baptiste est-il un gnostique ? Deux mille ans plus tard, le débat n'est toujours pas clos. Pour le judaïsme, Jean-Baptiste est un faux prophète ; pour l'islam, il est l'égal de Jésus ; pour le christianisme, il est à la charnière des deux alliances, " le plus grand des prophètes " et " le plus petit dans le Royaume ". Alors que des groupes de " Baptistes " le célèbrent comme Messie, les rédacteurs des Evangiles le restituent ou le cantonnent à ses fonctions de précurseur et de témoin.

D’après les exégètes qui se sont consacrés à l’analyse des Actes de Jean, textes apocryphes (7), il ne fait aucun doute que Jean le Baptiste était un gnostique chrétien.

Jean l’Évangéliste est à jamais uni à Jean le Baptiste, tous deux connurent Jésus,enseignèrent la vertu et moururent en martyres. L’Evangile de Jean (original) est un texte johannite qui n’est pas dans l’esprit chrétien : c’est le plus gnostique du Nouveau Testament. On retrouve dans l’évangile de Jean desparallèles avec les écrits mandéens, ceux de Simon le magicien et les textes gnostiques coptes en particulier Pistis Sophia. Les dix-huit premiers versets de l'évangile selon saint Jean l’évangéliste constituent une sorte de poème appelé Prologue et bien connu des Francs-maçons. « Fuit homo missus aDeo, cui nomen erat Joannes. » Il y eut un homme, envoyé de Dieu; son nom était Jean. ». Le contenu philosophique et la profondeur de ce texte le rendent universel...

Le prologue de l’Evangile de St Jean « Au commencement était le Verbe… », écrit dans un langage poétique très solennel, répond au début du Livre de la Genèse : « Au commencement Dieu créa le Ciel et la Terre » et reprend le concept du Logos, dérivé des idées du philosophe juif néo-platonicien Philon d’Alexandrie, contemporain de Jésus.

Au moment de se séparer pour aller prêcher dans toutes les régions du monde, les Apôtres tirèrent au sort pour savoir où chacun devait aller. A Jean, le disciple Bien-aimé, revint l'évangélisation de l'Asie-Mineure. Les Evangélistes avaient l’intention délibérée de réduire autant que possible l’importance de la relation entre Jésus et Jean-Baptiste (et, accessoirement, leur commune relation avec les Esséniens) . Comme Matthieu et Luc, qui essayent de mettre maladroitement une sourdine au discours dithyrambique de Jésus sur Jean-Baptiste, en faisant dire à Jésus que le plus petit dans le Royaume est plus grand que lui (Jean-Baptiste). A croireque Jean le Baptiste serait exclu du Royaume !

Dans son verset IV 2, Jean l’Evangéliste insinue : bien qu’à vrai dire ce ne fût pas Jésus qui baptisât mais ses disciples, alors qu’un chapitre avant, dans son verset III 22, ildisait le contraire : Jésus, accompagné de ses disciples, se rendit en Judée ; il yséjourna avec eux et il baptisait.. L’Evangéliste essaye donc d’"excuser" Jésus de fairecomme Jean-Baptiste. Et pour finir, Jean l’Evangéliste, cette fois, va jusqu’à prétendreque Jean-Baptiste ne connaissait pas Jésus !

Une tradition ancienne veut que Jean vécut ensuite à Ephèse avec Marie. Qu'il y écrivit le quatrième évangile. Qu'un séjour à Patmos fut l'occasion d'une révélation qui devint l'Apocalypse. Qu'enfin, lorsqu'il fut vieux, il ne sût que rabâcher l'essentiel de ce que le Christ lui avait enseigné et donné de découvrir :"Dieu est amour. Aimez-vous les uns les autres."

Selon la tradition, Jean l’évangéliste aurait été amené d'Ephèse à Rome, chargé de fers,sous l'empereur Domitien. Il aurait été condamné par le sénat à être jeté dans l'huile bouillante. Cette condamnation aurait été exécutée devant l'actuelle Porte Latine. Il en serait sorti plus frais et plus jeune qu'il n'y était entré. Le fait n'est pas prouvé, mais il fallait bien que Jean soit venu à Rome, comme Pierre et Paul.Il y a souvent une ambiguïté ou une confusion entre Jean le Baptiste et Jean l’Evangéliste, entretenue par les johannites. « S'agit-il de Saint-Jean dit le baptiste, autrement dit le témoin de la Lumière ou de Saint-Jean l'évangéliste, l'Apôtre que Jésus aimait ? Est-ce une référence directe au Nouveau testament ? Serait-ce la partie du christianisme qui influença dans son symboleet dans sa pensée la philosophie maçonnique ? S'agit-il tout simplement de mettre aucœur de la tenue maçonnique le Logos, fortement présent dans le Prologue de Jean, ce Logos qui est la Parole mais aussi l'esprit qui doit être sans cesse en mouvement et encréation pour vivre ? »(8)

Le dieu Janus, Dieu bifrons à deux visages, est-il à l’origine des fêtes aux solstices d’été et d’hiver ? Il est dit habituellement que l’une de ses faces est tournée vers le passé et l’autre vers l’avenir. Mais, il y a un troisième visage au milieu, ce visage est invisible, c’est le visage du présent.Dans l'antiquité, Janus était le Dieu de l'initiation et présidait notamment aux Collegia Fabrorum ou initiations de métiers. Au symbolisme de Janus se rattachent un ensemble de conceptions sur les portes solsticiales (la fête de Janus a Rome était célébrée aux deux solstices), sur le symbolisme des clefs et du passage, sur celui des petits mystères et des grands mystères, etc..

Dans ces temps immémoriaux, les peuples païens célébraient le solstice d'été par ungrand feu de joie, symbolisant la lumière qui était à son apogée.

Dans le christianisme, les fêtes solsticiales de Janus sont devenues celles des deux Saint Jean et, de la France catholique de Clovis, on conservera la tradition du feu de joie pour célébrer la naissance de Saint Jean le Baptiste, les toujours célèbres Feux de la St Jean.

Dans la mesure où la Franc-maçonnerie est un héritage des corporations de constructeurs, ce symbolisme a été naturellement intégré et "adapté". L'expression de Loge de Saint Jean a été ainsi conservée et c’est là, mes FF :., que nous élevons des temples à la vertu et que nous creusons des cachots pour les vices...

La fête de la Saint-Jean Baptiste était célébrée tous les 24 juin et celle de Jean l’Evangéliste le 25 décembre, à la date présumée de la naissance de Jésus. Les maçons fêtent depuis le moyen age la naissance du soleil intérieur à la Saint Jean d’hiver et à l’apogée de la lumière spirituelle à la Saint Jean d’ été. Ils commémorent le souvenir de l’apôtre Jean qui faisait de l’or avec sa baguette de même que le vénérable tente de transformer les initiés virtuels en initiés réels à l’aide de son maillet.

La Franc-maçonnerie s’est toujours présentée comme une tradition johannique parallèle à l église de Pierre .Les deux Saint Jean figurent à la fois dans le temps qui passe et dans nos traditions.Elles figurent aussi, de façon invisible, dans notre présent, celui dans lequel nous devons vivre et auquel la démarche initiatique et maçonnique invite ses initiés à se réaliser, àévoluer et persévérer, et in fine à transmettre.

J’ai dit, V:. M:.

Source :
http://latolerance.blogspot.fr/2008/12/loge-de-saint-jean.html

Par l'Orateur JCT. - Publié dans : Planches
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Vendredi 12 octobre 2012 5 12 /10 /Oct /2012 07:35

Cette réflexion a pour but de montrer les analogies entre le PROLOGUE DE JEAN, Le Rituel d’ouverture des travaux au grade d’Apprenti, et la pensée de Teilhard sur l’origine du monde
La valeur d’un symbole ésotérique est celle que des personnes veulent bien lui accorder. L’ancienneté d’un symbole ne lui confère pas obligatoirement un caractère sacré. L’attirance qu’exerce un symbole sur les hommes donne une idée du fonctionnement psychologique de leur cerveau, c’est un désir d’éternité, pulsion tout à fait respectable et naturelle.
Les Compagnons bâtisseurs et les F.°.M.°. réguliers ont ceci de commun : ils ne commencent leurs travaux qu’après avoir ouvert le Volume de la Loi Sacrée (l’une des trois grandes lumières de la Franc Maçonnerie) au Prologue de l’Evangile de Jean.
Ce texte, à en juger les styles différents qui le transcrivent, a vraisemblablement été écrit par des personnes de cultures et de sensibilités différentes, notamment les deux premiers logions qui s’inspirent de l’hermétisme égyptien. Je rappelle brièvement l’histoire de la Bible : entre le 3ème et le 2e siècle, 70 docteurs en théologie (d’où le nom de Septante donné à la première Bible) firent une compilation de tous les textes anciens se rapportant notamment à la religion des Hébreux ; lesquels étaient rédigés en plusieurs dizaines de langues différentes. Tous ces textes furent traduits en grec pour constituer ainsi la première Bible.
1er logion
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu, le Verbe était un Dieu (note 1), Il était au commencement auprès de Dieu. »
2e logion
« Par Lui tout a paru et sans Lui rien n’aurait paru de ce qui est paru. En Lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. »
Les deux mots les plus chargés de signification de ce texte sont : lumière et Verbe, qui se rapportent respectivement à l’énergie et à l’information. Ils sont le facteur divin de la création de l’univers. On retrouve cette notion dans un texte intitulé La Vision d’Hermes (note 2), personnage de la mythologie égyptienne qui aurait peut-être été contemporain de Moïse. On pourrait traduire ce texte en langage moderne par « Dieu est énergie et information de toutes choses ». L’énergie (ou la Force) serait la lumière, l’information serait le Verbe. Quoi qu’il en soit, cette formule n’est pas sans analogie avec certaines hypothèses de la physique contemporaine.
A propos du Verbe-Lumière dans les religions de l’Egypte ancienne, il faut savoir que celles-ci se référaient au dieu Amon-Râ, représenté par le soleil, supérieur à tous les autres dieux, lesquels étaient considérés comme des démiurges (cf. Larousse, démiurge = créateur). Dans ce contexte de l’Egypte ancienne, Amon-Râ était l’élément lumière et Osiris l’élément Verbe. Cet ensemble Verbe-lumière s’écrivait avec un hiéroglyphe représentant un soleil dans une bouche, soit un cercle dans une ellipse. Mais il ne faut pas confondre ce dessin avec un œil, hiéroglyphe qui existe aussi et possède une signification différente, celle de l’œil de la conscience humaine. On peut voir en de très nombreux endroits ces deux hiéroglyphes gravés ou peints sur des murs, à Louxor et à Abou-Simbel par exemple .
En entraînant le peuple hébreux vers la Terre Promise, Moïse, qui était jusque là grand inspecteur des cultes pour toutes les régions d’Egypte, emprunta aux religions dont il était l’un des chefs, la doctrine du Verbe-Lumière afin de l’utiliser dans la nouvelle religion qu’il avait conçue pour le peuple hébreux.
Il se trouve que certains concepteurs de la F.°.M.°. empruntèrent à leur tour des symboles à plusieurs cultures religieuses et notamment talmudiques, égyptiennes, hermétiques, celtes, chrétiennes et même soufies. Ainsi, le Delta Lumineux que nous voyons au-dessus de l’Orient de nos Temples fait partie de cet héritage culturel. Le triangle équilatéral avec le hiéroglyphe du Verbe-Lumière en son centre est typiquement d’origine égyptienne. Parfois, le hiéroglyphe est remplacé par le mot sacré Yahvé dont l’une des significations est voisine.
Le triangle équilatéral est lui-même un hiéroglyphe se rapportant à Dieu : les trois côtés égaux de ce triangle représentent une trinité divine. Le Delta lumineux, qui représente Dieu, doit donc obligatoirement être un triangle équilatéral avec, en son centre, le hiéroglyphe « Soleil dans Bouche » (selon Enel) .
Le triangle isocèle plat, quant à lui, avec un véritable œil dans son centre, représente l’homme-individu évoluant vers sa propre perfection. L’œil est sa conscience (selon Enel). D'ailleurs l'oeil ne peut en aucun cas émettre la lumière, il n'est fait que pour la recevoir.La base du triangle plat (le plus grand des 3 côtés) représente l’espace-temps, tandis que les deux petits côtés convergent vers l’achèvement de l’Homme.
Il serait incohérent (et donc contraire à notre Rite) de placer un oeil au centre du Delta Lumineux, plutôt que le hiéroglyphe du Verbe-Lumière ; ce serait trahir le Prologue de Jean qui est la référence suprême choisie par la F.°.M.°. dont le but est de retrouver la Parole perdue dont le Prologue de Jean est l’une des pistes.Nous devons respecter cette Tradition ou aller voir ailleurs !

N O T E S

Note 1 : Dans ce logion en version grecque il est écrit Theos qui signifie Dieu puisqu’il est écrit O.Theos qui signifie « un dieu », ce qui laisse entendre une « hiérarchie platonicienne de démiurges » (créateurs). Nous sommes ici dans l’ésotérisme absolu.

Note 2 : Cf le livre d’Edouard Schuré (librairie académique Perrin édition 1960) intitulé LES GRANDS INITIES . Le chapitre 3 est consacré à Hermès, pages 155 à 160 concernant « la vision d’Hermes »

Note 3 : cf le livre intitulé Les Origines de la Genèse et l’Enseignement des Temples de l’Ancienne Egypte, de l’égyptologue Enel qui a écrit 10 livres sur l’Egypte. Edité en 1985 par Maisonneuve et Larose (15 rue Victor Cousin à Paris). Les hiéroglyphes concernant le Verbe-Lumière sont expliqués pages 24 et 25    
L’étymologie du mot logion vient, évidemment, du grec logos. Le terme de logion est utilisé pour les versets de l’Evangile Apocryphe de Thomas. J’ai estimé qu’il était intéressant de l’appliquer à l’Evangile de Jean

PROLOGUE DE JEAN en langage ésotérique
Traduction de l’hébreux en français par A.Chouraki

1er logion
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était un Dieu, Il était au commencement auprès de Dieu
2e logion
Par Lui tout a paru et sans Lui rien n’aurait paru de ce qui est paru ; en Lui était la vie et la vie était la lumière des hommes ; et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbrers ne l’ont pas arrêtée.
3e logion
Parut un homme envoyé de Dieu, et son nom était Jean ; il vint en témoignage, pour témoigner au sujet de la lumière afin que tous crussent par lui ; celui-là n’était pas la lumière, mais il devait témoigner au sujet de la lumière.
4e logion
La lumière, la véritable qui illumine tout homme, venait dans le monde ; Il était dans le monde ; et par lui le monde a paru, et le monde ne l’a pas connu ; Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas accueilli.
5e logion
Mais à tous ceux qui l’ont reçu Il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, Il a donné cela à tous ceux qui croient en son Nom, car ceux-là ne sont pas nés du sang, ni du vouloir de la chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.
6e logion
Et le Verbe est devenu chair et Il a séjourné parmi nous ; et nous avons contemplé sa gloire, gloire comme celle que tient de son père un Fils unique, plein de grâce et de vérité.
7e logion
Jean témoigne à son sujet et il crie : c’était Celui dont j’ai dit : celui qui vient après moi est passé devant moi, parce que avant moi Il était.
8e logion
Car de sa plénitude nous avons tous reçu grâce sur grâce ; car la Loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.
9e logion
Dieu, personne ne l’a jamais vu ; un Fils unique qui est dans le sein du Père, Celui-là l’a fait connaître.

PROLOGUE DE JEAN en langage exotérique

1er logion Au moment du big-bang l’Information du Principe Créateur était dans la matière. Le Principe Créateur était un Dieu qui était auprès de Dieu.
2e logion Par Lui tout a été créé, sans Lui rien n’aurait été créé. En Lui était la vie spirituelle qui est la vraie vie, celle qui éclaire la pensée des être humains. Cette lumière traverse l’inertie de la vie sans être arrêtée. Les ténèbres ne sont rien en elles-mêmes, elles sont seulement l’absence de lumière.
3e logion Parut un envoyé de Dieu, son nom était Jean (Le Baptiste), il vint témoigner de l’existence de la lumière divine, afin que son témoignage puisse convaincre les êtres humains de la réalité de cette lumière.
4e logion La lumière de la vraie vie de l’Esprit, qui est dans tous les êtres humains sans qu’ils le sachent, leur était ainsi annoncée. Le Principe Créateur était dans le monde, et le m :onde n’aurait pas existé sans Lui. Il est venu dans le monde, mais ceux-là même qui avaient été créés par Lui n’ont pas cru en Lui.
5e logion Mais à tous ceux qui L’ont reconnu comme Créateur et accueilli comme tel, Il a donné le pouvoir d’être des Fils de Dieu, et ceux là savent qu’ils ne sont pas nés uniquement d’œuvre de chair, mais d’œuvre divine.
6e logion Le Principe Créateur est Lui-même devenu Homme, Dieu fait Homme a vécu parmi les Hommes. Nous avons contemplé sa Gloire et avons reconnu qu’Il était bien Celui qu’Il disait être.
7e logion Jean (Le Baptiste) témoigne à son sujet et crie : « C’est bien Celui dont j’ai dit : Ce Dieu fait Homme, ce Fils de Dieu qui est venu pour parler après moi est plus important que moi, parce que avant moi IL ETAIT déjà, de toute éternité… »
8e logion De ce Dieu Fait Homme nous avons reçu l’Espérance et la Foi, c’est Lui qui avait été annoncé par Moïse et qui devait proclamer sa Loi d’Amour Universel.
9e logion Le Dieu Principe Créateur, aucun homme ne l’a jamais vu et ne le verra jamais, hormis son Fil Unique, ce Dieu Fait Homme, qui, Lui, L’a fait connaître.   
Remarques : Les 5 premiers logions sont très antérieurs à la venue du Christ, ils remontent aux traditions anciennes de l’imbricationde la Transcendance et de l’Immanence.
Les 4 derniers logions sont néotestamentaires et comme tous les textes de Jean (l’Apôtre)on ne sait pas s’il les a écrits lui-même ; ce serait peut-être ses disciples après sa mort.

 

Source : http://www.associationlyonnaise-teilhard.com/J-P-Fresafond-La-doctrine-du-Verbe-Lumiere_a194.html

Par Jean-Pierre Fressafond - Publié dans : Planches
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Vendredi 12 octobre 2012 5 12 /10 /Oct /2012 07:31

 

Source : http://www.stella-maris-gldf.com/

L’histoire des relations de la Bible et de la Franc-maçonnerie au cours de ces derniers siècles apparait aussi mouvementée que celle de ces couples qui n’ont cessé de se séparer, de se partager, de se retrouver, pour enfin vivre sur leurs vieux jours une relation sereine, beaucoup plus profonde que l’accord inconscient, simple, conformiste et quelquefois imposé de leurs débuts.

C’est à l’occasion du serment que la Bible, les Ecritures, voire les Evangiles, peut-être l’Evangile de Saint Jean, furent d’abord présents en Loge, bien qu’il faille attendre plusieurs siècles avant que cela soit clairement attesté par un manuscrit. Aux alentours de 1268, déjà « Le maître qui garde le métier doit faire jurer à l’apprenti sur les Saints Évangiles, qu’il se conformera aux usages et coutumes du métier » nous indique le manuscrit du Livre des Métiers d’Etienne Boileau, prévôt de Paris. De même en 1370, le serment, le Livre, et la loge apparaissent ensemble dans l’ordonnance de la Cathédrale d’York : « Le chapitre de l’église Saint pierre d’York ordonne ce qui suit pour les maçons qui travailleront aux ouvrages de la dite église Saint Pierre : de la saint Michel jusqu’au premier dimanche de Carême, ils se rendront chaque matin à leur travail dans la loge qui est disposée pour le travail des maçons… » Suit un ensemble de règles concernant les horaires, les pauses casse-croute et la boisson, qui se conclut ainsi : « et il jurera sur le Livre de garder et observer consciencieusement et aussi activement qu’il le pourra, sans ruse, feinte ni tromperie, tous les points de ladite ordonnance… » Rien n’indique expressément dans le texte que ce livre sur lequel le maçon d’York prête serment soit la Bible, mais à cette époque, dans l’Europe chrétienne, le Livre désigne le plus souvent les Saintes Ecritures, surtout dans une ordonnance du chapitre de la cathédrale d’York. A cette même époque d’organisation du métier de maçon outre-manche, le quatorzième point du manuscrit Regius, 1390, étend l’obligation de serment à tous les maçons du royaume : « Sur tous les points susmentionnés il faut que tu sois assermenté ; et tous doivent prêter le même serment des maçons, de gré ou de force… », sans toutefois préciser les modalités de ce serment.

Ce n’est que deux siècles plus tard, après avoir franchi l’étape cruciale de l’invention de l’imprimerie par Gutenberg avec l’impression de la Bible à quarante deux lignes en 1455, que nous trouverons, dans le manuscrit d’origine anglaise Grand Lodge 1, daté de 1583, plus de précisions sur la prestation du serment.Il s’git d’une phrase en latin, que l’on retrouvera pendant plusieurs siècles dans de nombreux manuscrits d’origine anglaise : « Alors l’un des anciens tient le livre, et ils poseront la main sur le livre, et alors on doit lire les devoirs ». Plane encore une petite incertitude entre le livre des constitutions rédigé à cette même époque et la Bible, pour la prestation du serment des maçons. Cependant le contexte, en particulier la prière finale, « votre salut éternel est en votre pouvoir par ce livre qui est en votre main. Amen, ainsi-soi-il. » laisse à penser que ce livre ne peut être que la Bible.
Un siècle passe encore, et c’est enfin un manuscrit écossais des archives d’Edinburgh qui apportera la première confirmation précise de l’utilisation de la Bible en Loge. Ce document, qui porte le titre « Quelques questions à propos du mot de maçon – 1696 », et semble être le premier document maçonnique à caractère rituel connu, décrit la manière de donner le mot de maçon : « Tout d’abord vous devez faire agenouiller la personne qui va recevoir le mot… vous lui faites prendre la Bible et, posant sa main droite dessus, vous devez l’exhorter au secret… » Voici enfin la confirmation du serment sur la Bible, et on pourrait même se demander si elle n’est pas ouverte à l’évangile de Saint Jean en lisant la manière dont ce manuscrit décrit l’entrée du nouvel apprenti : « Me voici, moi le plus jeune et le dernier apprenti entré, qui viens de jurer par Dieu et par Saint Jean ».

Le manuscrit Sloane, lui aussi d’origine écossaise, à peu près de la même époque, 1700, de même que le manuscrit Chetwoode Crawley, encore un manuscrit écossais de la même époque, reprennent la même phrase : « Me voici, moi le plus jeune et le dernier apprenti entré qui vient de jurer par Dieu et par Saint Jean… » Mais l’innovation de ce dernier manuscrit, c’est que la Bible n’y est plus seulement utilisée comme support du serment mais aussi comme texte de référence pour définir les mots de maçon : « Où trouve-t-on les mots ? En I Rois, chap 7ème, verset 21 et II Chron. 3ème chap. dernier verset. » Evolution essentielle, la Bible n’est plus seulement pour le franc-maçon la garantie du parjure par la perte du salut éternel, elle devient au tournant du XVIIIème siècle le livre où il pourra trouver la référence de ses mots, dans un premier temps, et plus tard de ses légendes.

Les manuscrits et divulgations maçonniques du début du XVIIIème siècle, comme le manuscrit Wilkinson, qui d’après les historiens reflète bien l’activité maçonnique anglaise entre 1724 et 1730, précisent et fixent les modalités du serment exactement tel que nous le prêtons encore aujourd’hui, et confirment la présence de la Bible en Loge : « Quels sont les meubles de la Loge ? La Bible, le compas et l’équerre ». Mais ils développent aussi cette nouvelle orientation d’une Bible à ouvrir et à lire en quête des mots et des légendes : « Voir chapitre 3 du 2ème livre des Chroniques, verset 17, où vous trouverez le nom de la colonne de gauche devant le Temple, et de celle de droite » nous indique le manuscrit Wilkinson. Cela devient encore plus évident dans le manuscrit Graham, daté de 1726 : « Je reconnais que vous êtes entré, maintenant je vous demande si vous avez été élevé ? Oui je l’ai été. Dans quoi avez-vous été élevé ? J’ai été élevé dans la science de nos originels tant par la tradition que par l’Ecriture…»

Pendant près d’un siècle les divulgations successives et les premières publications autorisées de rituels, qu’ils soient de rite moderne ou ancien, n’apporteront aucune modification sensible à ces éléments, si ce n’est la précision française, dans La réception d’un Frey-maçon, en 1737 : « le récipiendaire est amené au milieu de l’espace décrit comme il est marqué ci-dessus, en trois temps, vis-à-vis le Grand-Maître, qui est derrière un fauteuil sur lequel on a mis le livre de l’Evangile selon saint Jean… ». La présence de la Bible en Loge, et la prestation de serment sur la Bible, seront attestés aussi bien par la divulgation Trois Coups Distincts (rite écossais), que par le rituel de la Mère Loge Ecossaise de Marseille (rite français), qui précise lui aussi « sur le St Evangile ».

Je me cantonnerai, pour la suite de l’histoire, à ces rituels écossais, qui conduiront aux rituels du Rite Ecossais Ancien et Accepté du début du XIXème siècle, en remarquant que la Bible, le Compas et l’Equerre, après avoir été des « meubles » de la loge, ou les « trois colonnes » dans la manuscrit Dumfries de 1711, deviennent pour la première fois les « Trois grandes Lumières dans la Maçonnerie » en 1760 dans Trois Coups Distincts, avec cette précision : « La Bible pour diriger et gouverner notre foi ; l’équerre pour mettre nos actions d’équerre ; le compas pour nous maintenir dans de justes bornes envers tous les hommes, particulièrement envers un frère. » A l’issue de la Révolution française, l’orée du XIXème siècle trouvera ces rituels inchangés à un détail près : la Bible ne gouverne plus notre « foi », elle « règle et gouverne notre loi » Accident de transcription, ou volonté délibérée ? Le fait est que ce mot « loi », prémices du vocable « Volume de la Loi Sacrée », introduit une nouvelle signification sensiblement différente de la « foi », à l’issue du Siècle des Lumières où des maçons comme Jean Théophile Désaguliers estiment que la « forme la plus parfaite [de gouvernement] est celle qui s’approche au plus près du gouvernement naturel de notre système selon les Lois établies par le Très-Sage et Tout-Puissant Architecte de l’Univers. »

C’est une vingtaine d’année plus tard que se produira le plus grand bouleversement : La Bible a disparu du Rituel selon les Anciens Cahiers, rédigé en 1829 sous l’égide du Suprême Conseil de France, remplacée sur l’autel des serments par les Statuts Généraux de l’Ordre. A l’image de ce XIXème siècle qui vit fleurir l’ésotérisme maçonnique, avec Jean Marie RAGON et Oswald WIRTH parmi bien d’autres, et se définir la spécificité spirituelle du Rite Ecossais Ancien et Accepté avec Jean Pons VIENNET et Adolphe CREMIEUX pour ne citer qu’eux, ce rituel, s’il reconnait d’entrée « L’existence d’un Dieu, Grand Architecte de l’Univers, Auteur de tout ce qui est », place un tout nouvel accent sur la méthode maçonnique : « En quoi consiste le mode employé en Maçonnerie ? Dans des mystères et dans des allégories. Quelles conséquences morales résulte-t-il de ces allégories ? La nécessité de l’instruction… Que signifient ces purifications ? Que pour être en état de jouir de la Lumière de la Vérité, il faut se dégager de tout préjugé et se livrer avec ardeur à l’étude de la Sagesse… Comment se nomme cette Loge ? Elle se nomme Loge de Saint Jean. Que veut dire cette dénomination ? Comme Saint Jean, que les anciens nommaient Janus, semble garder les portes du ciel et les ouvrir à l’astre radieux du jour, la route céleste que parcourt le Soleil fut nommée le Temple ou l’empire de Janus. De même aussi la Loge, où travaille les Maçons pour parvenir à la connaissance de la Vérité qui est la vraie Lumière, est nommée Loge de Saint Jean, parce qu’elle est une image de l’univers. » Les maçons écossais ne jurent plus sur la Bible, mais ils proclament qu’ils effectuent un travail symbolique, en quête de la Vérité qui est la vraie Lumière, dans un Temple qui est le symbole de l’univers.

En 1875, le Convent de Lausanne du Rite Ecossais Ancien et Accepté exprime au monde sa vision spirituelle dans une proclamation, rédigée de la main même d’Adolphe Crémieux, si dense et si précise qu’elle sera dorénavant lue à tous les futurs maçons du rite avant leur prestation de serment. Dans un discours ultérieur le Grand Commandeur et Grand Maître du Rite Écossais Adolphe CREMIEUX développe cette vision : « La religion maçonnique n’est pas ce qu’on appelle une religion. La franc-maçonnerie les admet toutes, elle n’en repousse aucune… Soyez catholiques, protestants, juifs, mahométans, la Maçonnerie ne vous le demande pas… Le spiritualisme est donc le fond réel de la Maçonnerie. » La Bible n’est plus ouverte en loge, mais le franc-maçon de notre rite acquiert une spiritualité.

Il faudra attendre plus d’un siècle pour que la Bible fasse son retour dans les rituels de la Grande Loge de France, sous le nom de Volume de la Loi Sacrée. Le 18 Septembre 1953, sous le titre La Maçonnerie universelle et la Grande Loge de France, le convent de la grande Loge décidait d’inclure dans ses constitutions la présence sur l’autel des serments du Volume de la Loi Sacrée. Le Frère rapporteur, Etienne GOUT, argumentait ainsi : « cette réforme ne sera qu’un simple retour à la tradition autrefois observée par l’écossisme français, et la présence sur l’autel du Volume de la Loi Sacrée n’implique, pour les Maçonneries qui l’admettent, aucune obligation de croyance à un principe religieux déterminé. » Ce terme « Volume of the Sacred Law » naquit aux Indes au milieu du XIXème siècle, quand les juridictions anglo-saxonnes commencèrent à recevoir des musulmans, des hindous, des parsis, des sikhs, et que l’on dut faire prêter serment à ces nouveaux membres non sur la Bible, mais sur les Livres Saints de leurs religions respectives. On retrouve ici l’écho de la préoccupation de Crémieux et du Convent de Lausanne : « Aux hommes pour qui la religion est la consolation suprême, la maçonnerie dit : cultivez votre religion sans obstacle, suivez les inspirations de votre conscience ; la Franc-maçonnerie n’est pas une religion, elle n’a pas un culte. »

C’est ainsi que les rituels successifs imprimés depuis par la Grande Loge de France, jusques et y compris le rituel de 1984, encore en vigueur dans les années 90, consacreront le serment de l’apprenti « sur les trois grandes lumières de la franc-maçonnerie: le Volume de la Loi Sacrée, le Compas et l'Equerre ». Ces rituels préciseront que « Les Livres Traditionnels admis par la FM sont la Bible, composée de l'ancien et du nouveau testament; les Védas de l'Hindouisme; le Tripitaka du Bouddhisme; le Coran des musulmans; le Tao Te King des Taoïstes; les Quatre Livres de la doctrine de Koung-Fou-Tseu; le Zend Avesta du Zoroastrisme » et que « Le Volume de la Loi Sacrée, symbole de la Tradition, peut-être ouvert à tout endroit. Si ce volume est la Bible on l'ouvre de préférence à II Chroniques 2-5 ou à I Rois 6-7 où il est question de la construction du Temple de Salomon… »

La Bible dite « maçonnique » que l’on retrouvera alors le plus souvent dans les loges, éditée par Jean Vitiano, était dotée d’une « Introduction au Volume de la Loi sacrée » de sept pages expliquant et justifiant l’utilisation de la Bible pour le travail maçonnique : « La Bible est, en effet, un grand livre, aussi grand que le monde, contenant entre ses feuillets tout ce qui est propre à symboliser le fini et l’infini, le contingent et le permanent, la matérialité la plus profonde comme la plus haute spiritualité et pour s’exprimer simplement, toute la terre en même temps que tout le ciel. »

Enfin, aussi étrange que cela puisse paraitre, et bien que l’usage en ait été beaucoup plus ancien, c’est seulement au tournant du XXIème siècle que le rituel de la Grande Loge de France précisera la présence de la Bible : « Les Trois Grandes Lumières… sont constituées par : le Volume de la Loi Sacrée (à la Grande Loge de France c’est la Bible), le Compas et l’Equerre… Le Volume de la Loi Sacrée sera obligatoirement ouvert pendant les Travaux au Prologue de l’Evangile de Saint-Jean. » La boucle est bouclée, le maçon français de rite Ecossais prête de nouveau son serment sur le prologue de l’Evangile de Saint Jean comme son prédécesseur trois ou quatre siècles auparavant à Edinburgh. Mais sa relation à la Bible n’est plus la même. Comme ces vieux amants terribles, après plusieurs siècles de tribulations Bible et Franc-maçonnerie Ecossaise en France se sont retrouvés officiellement, sans s’être en fait jamais vraiment quittés, mais sur un plan beaucoup plus profond. Notre relation à la Bible n’est plus du tout la même que celle du maçon de la Cathédrale d’York.

Au fil de l’évolution du Rite nous avons appris à y trouver nos mots et nos légendes, à y rechercher les « Lois » de l’Univers et « la science de nos originels », l’histoire mythique d’une partie de l’humanité en quête de sa relation avec la Divinité, avec la Transcendance qu’elle pressent. Nous avons appris à utiliser « les symboles et les allégories » pour en percevoir les significations profondes, entrant ainsi dans une perspective ésotérique du Livre. Nous avons appris à utiliser la Bible pour nous « livrer avec ardeur à l’étude de la Sagesse » afin de « parvenir à la connaissance de la Vérité qui est la vraie Lumière ». Nous avons appris à y rechercher « tout ce qui est propre à symboliser le fini et l’infini, le contingent et le permanent, la matérialité la plus profonde comme la plus haute spiritualité » construisant ainsi une recherche spirituelle qui « n’impose aucune limite à la recherche de la Vérité » et n’implique « aucune obligation de croyance à un principe religieux déterminé », nous conduisant en quelque sorte au cœur de toutes les religions, car « La franc-maçonnerie les admet toutes, elle n’en repousse aucune ».

Cette lecture symbolique de la Bible, en quête du sens, de la Vérité et de la Lumière, cette perception ésotérique du Volume de la Loi Sacrée, n’est pas une invention nouvelle de la Franc-maçonnerie. Il existe depuis toujours un ésotérisme chrétien pour lequel il ne peut y avoir d'interprétation correcte des sens cachés de l'Ecriture sans l'enseignement intérieur de l'Esprit, de sorte que la plupart de ses multiples sens échappe au plus grand nombre. Les anciens Pères assimilaient les Ecritures à la robe, aux mille couleurs, tissée d'or, portée par la fiancée royale. Pseudo-Denys l’aréopagite les compare au Vème siècle à des voiles sacrés à travers lesquels luit le rayon divin. Saint Grégoire le Grand assure au VIème siècle que c'est ainsi qu'on pourra trouver « sous la lettre, la moelle des paroles mystiques » et St Jérôme qu’« il est malaisé de deviner où peuvent être la source scellée et le jardin clos de l'Ecriture ». La Renaissance, après la chape de plomb du moyen-âge, verra refleurir cette quête de la connaissance cachée derrière l’exotérisme du Livre, avec Dante puis Pic de la Mirandole, en y ajoutant la recherche de l’Unité, d’une pensée qui réconcilie foi et raison, avec Lulle puis Ficin et Nicolas de Cuse. Dans Le Banquet Dante veut nous faire partager cette science, « perfection dernière de notre âme… mais combien petit nombre demeurent ceux-là qui pourront parvenir à la pratique de tous désirée. Oh bienheureux le petit nombre de ceux-là qui siègent à la table où l’on mange le pain des anges ! » Et pour cela le premier enseignement consiste dans la recherche des sens cachés : « Les Ecritures se peuvent entendre et se doivent exposer principalement selon quatre sens. L’un s’appelle littéral et ne s’étend pas plus que la lettre des paroles feintives comme le sont les fables des poètes. L’autre s’appelle allégorique, et c’est celui qui se cache sous le manteau de ces fables, vérité celée sous beau mensonge… Le troisième sens s’appelle moral, et c’est celui dont les écolâtres se doivent de relever les traces dans les Ecritures… Le quatrième sens s’appelle anagogique, c'est-à-dire sur-sens ; et c’est quand spirituellement on expose une écriture, qui, encore que déjà vraie au sens littéral, vient par les choses signifiées donner signifiance des souveraines choses de la gloire éternelle. »

L’ésotérisme mystique juif, la Kabbale, n’a pas un enseignement différent. Ce sont les quatre niveaux de compréhension du Pardes, le Jardin, depuis le Pshat, littéral, puis le Remez, signe sous-entendu, jusqu’au Drash, le recherché, et enfin au Sod, le secret. Le Zohar, livre des splendeurs de la kabbale hébraïque, écrit vraisemblablement par Rabbi Moïse de Leon à la fin du XIIIème siècle, décrit ces même quatre niveaux de compréhension du Livre, sous une forme allégorique cette fois : « La partie la plus visible d’un homme, c’est le vêtement qu’il porte, et ceux qui manquent d’entendement, quand ils regardent l’homme, peuvent ne pas voir en lui plus que ce vêtement. Pourtant c’est en réalité le corps de l’homme qui fait la fierté de ses vêtements, et son âme est la gloire de son corps. Il en est de même pour la Torah. Ses récits qui rapportent des choses du monde composent l’habit qui couvre le corps de la Torah. Et ce corps est composé des préceptes de la Torah, ses principes majeurs. Les hommes sans entendement ne voient que les récits, les vêtements; ceux qui ont un peu plus de sagesse voient également le corps. Mais les véritables sages, ceux qui servent le Roi Très-haut, ceux qui se tenaient au mont Sinaï, pénètrent jusqu’à l’âme, jusqu’à la Torah véritable qui est la racine fondamentale de tout. Aux temps futurs il leur sera accordé de pénétrer jusqu’à l’âme même de l’âme de la Torah. »

L’ésotérisme de l’Islam, Chiite, Ismaélien ou Soufi, utilise lui aussi la métaphore du Jardin : Le premier Cheikh jette un coup d’œil par-dessus le mur mais ne franchit pas la porte, le deuxième rentre dans le jardin et s’y endort, le troisième le visite en détail admirant ses splendeurs, et le quatrième devient comme fou, s’acharne dessus et le met sens dessus dessous. Abd-el-Qader al Jilani, inspirateur au XIIème siècle de la plus ancienne des confréries soufies, la Qadiriyya, ne s’exprime pas autrement dans Le Secret des Secrets lorsqu’il parle de la Connaissance : « La première s’intéresse aux préceptes de la religion portant sur les obligations relatives aux choses et aux actions de ce monde. La seconde concerne le sens intérieur et la raison de ces préceptes… La troisième section se rapporte à l’essence spirituelle elle-même, qu’on appelle sagesse. La quatrième section considère l’essence intérieure de cette essence, qui est la Vérité. »

Cette recherche des sens cachés des Écritures, l’herméneutique des Chrétiens, la voie de la Shari’a, religion littérale, vers la Haqiqa, vérité et réalité spirituelle, pour les Musulmans, le passage de la Torah, la Loi, à la Qabbalah, l’enseignement transmis par la tradition, pour les juifs, cet ésotérisme a traversé, nous le voyons, toute les religions du Livre en s’appuyant sur le symbole comme outil de compréhension et de transmission. Cette recherche ésotérique se donne comme objet de quête la connaissance de l’Un de Maître Eckhart « Je conduirai la noble âme dans un désert et là je parlerai à son cœur : L’Un avec l’Un, l’Un de l’Un, l’Un dans l’Un et, dans l’Un, éternellement Un », ou de Al Ahadiyyah, l’unité divine insaisissable d’Abou Bakr Kalabadhi « les pensées ne le cernent point, les voiles ne le cachent point, et pourtant les regards ne l’atteignent point », ou de l’En-Soph de Moïse de Leon « Il se désigne lui-même En-Soph, l’infini. Il n’a ni forme ni apparence, et aucun vase ne peut Le contenir, ni aucun moyen Le saisir. »

Si ces trois lectures ésotériques du Livre sont si proches entre elles dans leurs moyens et dans leurs fins, et si proches de celle dont la franc-maçonnerie écossaise a hérité par l’histoire de notre rite, c’est qu’elles ont toutes une source commune, plus ancienne. Cette source, cette tradition qui a inspiré toute une lignée de philosophes de Platon jusqu’à nos jours et ensemencé toutes les religions du Livre, c’est la Gnose néo-platonicienne.

Les éléments essentiels de cette Tradition sont assez bien délimités. Sa première caractéristique est une aspiration à la cohérence logique entre les différents aspects de la philosophie, de la logique et de la métaphysique, associée à une nostalgie latente de ce qui est « en bas » vers ce qui est « en haut », source de son origine. Sa deuxième caractéristique est la méthode symbolique, que Porphyre appliqua à la lecture d’Homère, Philon d’Alexandrie puis les Kabbalistes à la Bible, et les Ishraqyun arabo-perses puis les Soufis au Coran. Pour la Gnose néo-platonicienne, le livre est une énigme qui offre à chacun la possibilité d’y trouver les significations cachées. Enfin, et ce n’est pas le moins important, sa troisième caractéristique est une conscience forte de l’unicité du Principe de ce que nous appellerions la Grande Architecture de l’Univers : « Toute multiplicité participe d’une manière ou d’une autre à l’Un » écrit déjà Proclus, successeur de Platon à la tête de l’académie.

Quand on compare le mode de lecture du Volume de la Loi sacrée issu de l’évolution de la maçonnerie Ecossaise en France avec cette Tradition, on comprend à quel point elle a ensemencé notre rite, faisant de nous ses héritiers. Il n’est donc pas étonnant que nous ayons choisi d’ouvrir dans nos loges le Volume de la Loi Sacrée au premier chapitre de l’Evangile de Jean. Car ce prologue est l’expression même de la Gnose. Les rapports du Poïmandrès, premier livre d’Hermès où l’on « trouve déjà l’idée de la gnose », et du prologue de l’Evangile de Jean sont manifestes, les phrases se correspondant une à une : « Il est très probable qu’ils ont été écrits à des dates peu éloignées l’une de l’autre, dans des milieux où les mêmes idées et les mêmes expressions avaient cours, l’un parmi les judéo-grecs d’Alexandrie, l’autre parmi ceux d’Ephèse. Ce qui est certain c’est que le Poïmandrès est sorti de cette école des Thérapeutes d’Egypte. » Cette école des Thérapeutes où il était d’usage de placer sa main entre sa gorge et son cœur lorsque l’on prenait la parole au cours des agapes rituelles.

C’est la confrontation, au cœur de la pensée maçonnique écossaise du XIXème siècle, de cette très ancienne tradition avec les fruits du siècle des Lumières, liberté de pensée, respect de la raison et de la science, qui a fait éclore la spiritualité que nous vivons aujourd’hui au sein du Rite Écossais Ancien et Accepté. Liberté de pensée qui est dans notre franc-maçonnerie écossaise la liberté d’une pensée qui se construit et se confronte avec celle des autres, dans le respect et l’écoute, mais sans abdiquer de sa propre logique. Une pensée qui n’hésite pas, pour y réfléchir sans provocation mais avec rigueur, à remettre à plat tous les dogmes, que ce soient ceux des religions ou ceux de la pensée unique, ceux des médias ou ceux de l’opinion publique. Remise à plat qui n’a pas pour but d’arriver à une opinion commune, à une pensée maçonnique, mais qui a pour but de permettre à chaque frère d’asseoir plus profondément sa pensée personnelle. Car il n’y a pas de pensée maçonnique, pas de dogme maçonnique, chacun est libre de construire, ou de reconstruire, avec l’aide de ses frères, sa propre pensée dans un cheminement qui sera de toute façon un chemin intérieur et personnel.

Il n’y a pas de pensée maçonnique, mais il y a ce qu’on peut appeler une méthode maçonnique, bien que je n’aime pas le mot de méthode avec tout ce qu’il exprime à tort de rigidité. Disons plutôt un chemin, une voi(e), une voie maçonnique comme il y a d’autres voies dans de nombreuses Traditions de par le monde. Cette voie comporte l’apprentissage de l’écoute par le silence, indispensable à l’ouverture aux autres. Elle comporte aussi un autre apprentissage essentiel, celui du regard, la conversion du regard qui éveille notre conscience à ce qui nous dépasse, au-delà de l’apparence matérielle sur laquelle on s’arrête trop facilement. Cet éveil de la conscience à ce qu’il y a dans le monde au-delà du fric et de la frime, cet éveil de la conscience à cet univers dans lequel nous vivrons et nous mourrons, à ces hommes et ces femmes que nous côtoyons et qui ne seront plus dorénavant des concurrents ou des gêneurs mais d’autres nous-mêmes, dignes de respect et d’amour, cet éveil de la conscience à ce qui peut nous transcender et donner un sens à notre vie, c’est cela l’Initiation.

Grâce à notre double héritage, tradition millénaire de la gnose et liberté de pensée du siècle des Lumières, cet éveil de la conscience ne nie pas la matérialité de l’univers qui nous entoure, mais ouvre les yeux de chacun sur ce qui autour de lui peut le transcender, découverte intérieure progressive de la Transcendance. Cet éveil de la conscience ne nie pas l’altérité, mais ouvre le cœur sur l’essence de l’autre et de soi, découverte progressive de l’Immanence. Ainsi se trouve jeté un pont entre le Matérialisme d’ un COMTE-SPONVILLE et l’Humanisme en quête de Transcendance d’un Luc FERRY, ouvrant la voie de la cohérence intérieure dans la perception du sens de la vie.

Ainsi je crois que si l’on peut reprendre le mot d’Adolphe CREMIEUX, quand il écrivait que la franc-maçonnerie écossaise n’était pas une religion, mais une spiritualité, cette spiritualité à comme caractère essentiel d’être une spiritualité libre, exempte de tout dogme. C’est une spiritualité car elle ouvre l’esprit sur ce qu’il y a au-delà de la matérialité brute, mais ce n’est pas une religion car elle n’apporte pas de révélations toutes faites. Elle n’apporte pas de réponses, mais aide à se poser des questions. Elle n’impose pas de dogmes, mais aide à réfléchir. Elle ne propose pas de gourous ou de docteurs de la Loi, mais l’aide des frères de la Loge. Elle ne conduit pas à une croyance, mais permet de reconstruire sa propre cohérence intérieure et de donner un sens à sa vie.

Cette voie spirituelle bien particulière pourrait bien être l’apport décisif de la Grande Loge de France à ce XXIème siècle qui s’ouvre, ce XXIème en manque désespéré de sens, ce siècle qui voit se vider les églises et se remplir les rayons ésotérisme des librairies, ce siècle qui voit fleurir les sectes de toutes sortes. Cette spiritualité libre devrait répondre parfaitement au besoin que ressentent confusément nos contemporains, cette « foule sentimentale » qui rêve d’ « étoiles et de voiles » et que ne satisfait plus le matérialisme et la frime de notre société de consommation, mais qui a rejeté cependant les dogmes et les mystères de la religion de ses pères. Cette spiritualité libre doit en tout cas permettre à celui qui a faim de nourriture spirituelle, et soif de Connaissance, d’approcher la Transcendance sans pour autant abdiquer de la cohérence de sa pensée et de sa vie.

Par X - Publié dans : Planches
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Vendredi 12 octobre 2012 5 12 /10 /Oct /2012 07:20

La Franc-Maçonnerie a été définie comme une « institution d’initiation spirituelle au moyen de symboles » (Assemblée des Grands Maîtres Européens 1952) ou encore comme un « ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la fraternité » (Constitutions de la Grande Loge de France). Ce caractère initiatique de l’institution maçonnique définissait déjà les Loges de Francs-Maçons opératifs.

Nous savons en effet qu’au moyen âge, après la réception au grade d’apprenti, avait lieu, au grade de compagnon, une initiation où étaient délivrés un certain nombre d’enseignements concernant la géométrie, l’art de bâtir, puis des « mots, signes et attouchements » qui permettaient aux maçons de se reconnaître, et enfin un enseignement ésotérique qui leur permettait de progresser dans leur recherche intellectuelle et spirituelle. Il en est de même aujourd’hui dans les Loges où se réunissent les Francs-Maçons spéculatifs, si bien que l’on a pu dire, à juste titre, que seule, en Occident, la Franc-Maçonnerie avait su conserver et perpétuer la tradition initiatique.

II est de fait que l’initiation est un moment important, certainement le moment le plus important de notre vie maçonnique. En effet, on ne naît pas Franc-Maçon, mais on est « fait » Franc-Maçon par l’initiation. On pourrait même ajouter que celui qui se ferait une idée claire de l’initiation maçonnique, se ferait une idée juste de la Franc-Maçonnerie, de son projet fondamental et de son essence profonde, de son éthique.

Aussi convient-il de s’interroger, une fois encore, sur l’initiation, sur sa finalité, sa nature, ses modalités et sur la signification qu’elle peut revêtir pour l’homme de notre temps.

« On entend en général, par initiation, un ensemble de rites et d’enseignements oraux, qui poursuit la modification radicale du statut social et religieux de l’homme à initier », a écrit Mircéa Eliade. Et il ajoute d’une manière plus savante : « Philosophiquement, l’initiation équivaut à une modification ontologique du régime existentiel » (Naissances mystiques, éd. Gallimard).

Ainsi l’initiation, le projet initiatique, est de provoquer une radicale et fondamentale modification de notre pensée et de notre être, de notre manière de penser et de notre manière de vivre. Il s’agit, comme le disent nos vieux rituels, « de passer des ténèbres à la lumière » et, par cette lumière qui nous illumine, de changer notre être et notre vie. En effet, la finalité de l’initiation n’est pas seulement « théorique », mais pratique, disons « éthique ». Il ne s’agit pas seulement d’aller vers la lumière et de se reposer dans une vaine et stérile contemplation, mais par cette lumière de nous entraîner à une action plus efficace et plus juste. Souvenons-nous que le « Noûs » (mot grec signifiant « esprit » ou « intelligence ») de Platon comme le « Logos » de Jean, ce n’est pas seulement l’Esprit qui nous illumine, mais c’est l’Esprit qui nous transforme (et qui nous transforme par cette illumination).

Ainsi le but essentiel de l’initiation maçonnique est de changer l’homme et c’est en ce sens qu’elle est éthique, car l'éthique, c’est ce qui veut essentiellement changer l’homme ; et ne confondons pas ici éthique avec moralisme et moralisation.

En employant un autre langage, nous dirions que l’initiation veut nous faire passer de l’homme de la nature à l’homme de la culture, du vieil homme à l’homme nouveau. Elle veut susciter une nouvelle naissance et la rendre possible.

Mais pour atteindre ce but, elle doit utiliser certains moyens, se soumettre à certaines conditions : La première condition, extrinsèque, de toute initiation aux « mystères de la Franc-Maçonnerie », est d’être un homme « né libre et de bonnes mœurs ». La deuxième condition, intrinsèque celle-là, est la mort symbolique du sujet à initier, comme le rappelle encore Eliade : « La majorité des épreuves initiatiques impliquent une mort rituelle, suivie d’une nouvelle naissance ».

Celui qui aspire à la lumière doit d’abord, dans une première épreuve, se dépouiller de tout son passé, des préventions, des préjugés que la vie profane a pu accumuler en lui. Il doit mourir à ce qu’il était, redevenir en quelque sorte un enfant, un « enfant nu ». Mais cette remise en question, cette sorte d’autocritique radicale, ne sauraient se passer n’importe où et n’importe comment. Elles ne peuvent s’effectuer que dans un lieu séparé du monde et dans un temps autre que celui de tous les jours ; un espace et un temps séparés, secrets, non pas dans un quelconque édifice, mais dans un Temple, c’est-à-dire dans un espace et un temps sacrés, sacralisés par le Rite lui-même.

Cette initiation ne saurait également s’effectuer n’importe comment. Elle comporte une série d’épreuves (au « Rite Ecossais Ancien et Accepté » les épreuves de la terre, de l’air, de l’eau, et du feu) subies au cours de voyages symboliques.

On voit par là que l’on ne saurait recevoir la Lumière, si d’abord on n’a pas su franchir certains obstacles, surmonter certaines épreuves, si ensuite on n’a pas suivi un itinéraire, ce qui implique l’idée du temps, celui-ci étant une condition nécessaire à l’épanouissement, à l’accomplissement du sujet à initier.

Enfin, cet itinéraire ne peut être accompli qu’à la première personne, nous voulons dire que nul autre que nous-même ne saurait l’accomplir. La recherche initiatique est une expérience personnelle dans laquelle on ne peut dissocier le pensé et le vécu, le conceptuel et l’existentiel.

Et c’est parce que, en elle, ne peuvent être dissociés le pensé et le vécu, que toute initiation est au sens propre indicible, intraduisible. La dire, la raconter, c’est toujours la dénaturer, c’est en trahir l’esprit. Et c’est en ce sens que par définition toute initiation est secrète. Nous venons de dire qu’il n’y a pas d’initiation sans épreuves et sans voyages. N’est-ce pas affirmer que la maîtrise elle-même est l’aboutissement d’un long et difficile cheminement ? N’est-ce pas comprendre que l’homme n’est que dans la mesure où il se fait ?

Or n’est-ce pas ce que veut nous montrer Goethe dans son roman Les années d’apprentissage de Wilhelm Meister, dont le seul titre est déjà significatif ? Le héros de ce roman, Wilhelm Meister, dont on peut penser qu’il est Goethe lui-même, se cherche par des chemins obscurs, s’égare en de vaines poursuites, se perd même dans des routes sans issues, et comprend seulement à la fin qu’il a poursuivi des chimères et qu’ il ne peut se retrouver lui-même, et s’accomplir, qu’en retrouvant l’action et la vie réelle.

A la même époque et, semble-t-il, dans un même esprit où sans doute la pensée maçonnique n’était pas absente, le philosophe Hegel, dans son ouvrage La Phénoménologie de l’Esprit, décrit une sorte d’odyssée de la conscience, à la recherche de soi et du savoir absolu : cheminement long et difficile, marqué par des arrêts, des étapes, qui sont nécessaires à sa progression, ces arrêts et ces étapes étant des figures ou des moments de la vérité. Et peu à peu se dégage cette idée que « la vérité de l’esprit c’est son action », que la vérité de l’esprit c’est l’histoire de l’esprit lui-même en train de se faire et de se conquérir. Et Alain commentant Hegel peut écrire : « la pensée humaine doit se délivrer et ne le peut jamais sans peine », ajoutant : « ce qui fait l’esprit réel, c’est ce qu’il fait ».

L’initiation maçonnique veut, elle aussi, nous délivrer, dégager en l’homme ce qui est esprit, mais elle ne peut le faire qu’en le confrontant à des obstacles et à des épreuves, selon un long et difficile chemin.

Veut-elle, peut-elle, comme l’écrivait naguère René Guénon, permettre à l’homme « de dépasser les possibilités de l’état humain, de rendre effectivement possible les états supérieurs, de construire l’être au-delà de tout état conditionné quel qu’il soit » (Aperçus sur l’initiation, Ed. Dervy) ? Peut-être, pour quelques rares privilégiés.

Plus modestement, nous dirions que le projet de l’initiation maçonnique est de permettre à tout homme de devenir un « autre homme », un homme véritable, c’est-à-dire de découvrir en lui ce qui est sagesse, force et beauté, de découvrir sa propre spiritualité, ce qui en lui est amour et vérité. Cependant, nous ajouterions, tout de suite, que l’homme, tout homme, ne peut devenir un homme véritable, s’il ne veut se dépasser dans une recherche, une action et une œuvre qui sont à la fois la condition et la raison d’être de ce dépassement. Il s’agit, une fois encore, de savoir découvrir notre dimension « verticale » ou spirituelle, et de vouloir l’accomplir et la réaliser.

Nous disions que l’initiation n’a de sens que parce qu’elle nous permet d’appréhender une certaine idée de notre être et de la vérité qui le constitue, et qu’elle n’a de valeur que parce qu’elle est une découverte, liée à une démarche elle-même vécue, nous dirons existentielle. En ce sens, on pourrait semble-t-il la rapprocher de la connaissance ou de l’expérience poétique. Paul Valéry écrit que : « l’émotion poétique consiste dans une perception naissante, dans une tendance à voir le monde autrement ». L’initiation comme la poésie est une manière originale et spécifique de percevoir et d’appréhender l’univers et les hommes comme nous-mêmes, autrement.

Et Marcel Proust ne parle pas différemment : n’écrit-il pas, lui aussi, dans A la Recherche du Temps Perdu : « Le seul véritable voyage, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux ». La vocation profonde de l’initiation maçonnique est aussi de nous apprendre à voir « autrement », de nous donner « d’autres yeux », de nous donner un autre regard sur l’Univers des choses et des êtres.

Ce nouveau regard, qui constitue une conversion de notre âme tout entière, doit entraîner la mutation radicale de notre être profond et doit changer notre vie. Mais là encore, sachons rester lucides et sachons « raison garder ». Souvenons-nous que l’étymologie nous enseigne que le mot initiation veut dire « entrée », « commencement ». René Guénon lui-même distingue « l’initiation virtuelle » de « l’initiation réelle », expliquant par la suite que « entrer dans la voie, c’est l’initiation virtuelle », « et suivre la voie, c’est l’initiation réelle ». Souvenons-nous aussi qu’il y a des degrés dans toute initiation, comme l’enseignait déjà à Socrate, il y a vingt-cinq siècles, Diotime de Mantinée. Souvenons-nous aussi que l’on ne devient pas compagnon, maître, en un jour, sans patience et sans travail.

La Loge maçonnique veut donner à l’homme d’aujourd’hui, comme elle a donné à celui d’hier, les outils symboliques qui lui permettront de se retrouver dans sa vérité et de se conquérir dans sa liberté.

L’initiation maçonnique nous permettra d’entrer dans la voie. Mais c’est à nous seul qu’il appartient de « suivre la voie », à nous seul qu’il appartient par notre effort et notre patience, notre intelligence et notre volonté, de passer de l’initiation « virtuelle » à l’initiation « réelle », de transformer une promesse en une réalité, une espérance en une certitude, un chemin de connaissance en un chemin de vie.

Source : http://www.masonic.ch/pages/textes/chemin.htm

Par F:. André C:., F:. Michel B:. - Publié dans : Planches
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Jeudi 11 octobre 2012 4 11 /10 /Oct /2012 07:36

INTRODUCTION :

La lettre « G » et son symbolisme dans la FM Opérative, semblent être de fait une sorte d'énigme maçonnique par la richesse d'interprétations et de commentaires qu'elles génèrent. Du fait de la complexité de la tache, je n'ai pas hésité à utiliser le travail de réflexion d'auteurs maçonniques connus qui sont par essence plus avancés sur le chemin de la connaissance. Par respect pour leurs travaux, je joindrai un rapide descriptif de leurs bibliographies à la fin de cette planche.

La lettre « G » se trouve placée au centre de l'étoile Flamboyante, autre fort symbole maçonnique. Il semble qu'elle ait été présente très tôt dans le matériel symbolique de la Maçonnerie spéculative, d'après Jules Boucher auteur auquel on peut accorder un certain crédit, il évoque les années 1730. Il souligne aussi que la lettre, dans sa graphie actuelle, est d'origine récente, je cite « Primitivement le « G » avait la même valeur phonétique que le C ; c'est ainsi qu'en latin on rencontre indifféremment les formes Caius, ou Gaius, Cnoeus ou Gnoeus, etc. Lorsque le C fut devenu presque absolument homophone du K, le besoin se fit sentir de représenter le son G par une lettre nouvelle .C'est dans la seconde moitié du v° siècle de Rome que fut inventée cette lettre qui visiblement est une simple modification du C ».

Pour les maçons, il semble que cette lettre « G » a été :
1. Soit considéré purement et simplement comme l'initiale d'un mot à trouver.
2. Ou comme la traduction d'une lettre ancienne (dans d'autres alphabets), l'herméneutique devant se déplacer sur la lettre ancienne elle-même.
3. Ou comme un graphisme pur.

Examinons successivement ces trois Hypothèses de recherches, et les différentes interprétations qu'elles ont données.

1- La lettre « G » comme initiale d'un mot à découvrir : il y 2 écoles selon le rite maçonnique plus exactement selon qu'on est en tradition Française ou Anglaise.
1) Pour La tradition anglaise dite ancienne : (c'est à dire la plus récente historiquement). Elle la complète tout simplement pour en faire « GOD », c'est à dire DIEU.Le raisonnement semble logique, la FM spéculative ayant vu le jour en Angleterre, il semblerait normal d'utiliser l'anglais pour compléter cette lettre et en trouver le sens. Mais cette explication semble malheureusement un peu limitée au sens ésotérique, et contestée par des érudits tel que Jules Boucher, qui nous signale dans ses écrits, que rien ne prouve, je cite : « que cette lettre n'existait pas déjà du temps de la FM Opérative , dont L'origine elle n'est pas anglaise, de ce qu'on ne voit pas , pourquoi l'idée de Dieu se trouverait insérée au 2° degré en association avec l'étoile Flamboyante , elle y apparaîtrait même comme une « incohérence » comme une « redondance », selon ce que cette dernière représente ».

Même avis pour un autre auteur maçonnique E. Plantagenet qui nous fait observer que d'un point de vue initiatique, je cite : « l'ésotérisme d'un symbole hermétique ne peut en aucun cas, trouver sa source dans un langage moderne, quelque il soit. Ce n'est pas en puisant de ci, de là, empiriquement dans toutes les langues anciennes et modernes ou l'on peut en découvrir des mots qui commencent par G et entrent plus ou moins dans le cadre de ce que l'on veut démontrer, qu'il est possible de les rendre plus convaincantes ». Examinons maintenant l'autre école.

2) La lettre « G » dans La tradition Maçonnique Française : L'initiale « G » apparaît comme l'initiale de « Géométrie », cinquième des sciences (dans la nomenclature traditionnelle), ce qui introduit le nombre du grade « 5 », qui est le nombre du compagnon (2+3=5) et semble de fait en adéquation avec le rite du degré concerné le deuxième. Cette explication semble satisfaire cette fois ci plusieurs auteurs maçonniques, commençons par Ragon de Bettignies, je cite « ».Même avis de la part d'Edouard E. Plantagenet qui écrit, « les anciens rituels donnent à la lettre « G » le sens fondamental de « Géométrie ». Ils le justifient en faisant observer, avec raison, que de tous temps la géométrie à, objectivement et subjectivement, été considérée comme base essentielle de l'initiation maçonnique. D'autre part cette science étant la cinquième de celles dans lesquelles le Maçon « doit observer sa foi », elle s'apparente étroitement avec l'étoile Flamboyante et devient ainsi, par définition, la science spécifique de l'Initié au second degré. En donnant la quintuple définition de « Géométrie », « Gravitation », « Génération », « Génie » et « Gnose » à la lettre « G », il semble que la formule la plus propre à lui rendre sa valeur initiatique a été trouvée. Elle pourrait admirablement compléter l'enseignement qui se dégage pour le Néophyte des cinq voyages, car si ceux-ci lui ont appris « comment » le Compagnon doit travailler, les cinq valeurs de la lettre « G » lui indiquent « à quoi » il doit s'attacher dans son travail. A la « méthode intellectuelle », objective, s'ajoute ainsi la « méthode spirituelle », subjective ; la première fournit au Compagnon les moyens d'avancer, la seconde lui indique la direction qu'il doit suivre ».La controverse se situe cette fois ci, sur les 4 mots ajoutés à « Géométrie », « Gnose », « Génération », « Génie », « Gravitation », ou là, l'avis n'est plus aussi unanime car d'après Daniel Ligou et son dictionnaire de la Franc-maçonnerie, ces 4 mots ne sont que des qui dénaturent les structures simples et significatives d'un rite. Sans rentrer dans cette polémique, en tant que compagnon, je trouve que la dernière interprétation se référant au mot « Géométrie », a le mérite par rapport a la précédente explication de signification déiste « G » pour God, d'être plus cohérente d'un point de vue initiatique, et avec l'ensemble du rite du 2°degré, tout marqué de compagnonnage avec ses outils, ainsi qu'avec le passé de bâtisseurs de cathédrales de la FM Opérative.

3) Autre interprétation, la lettre « G » devient l'initiale du mot « Graal », et devient de fait un symbole alchimique. Théorie, défendue particulièrement par Jules Boucher, le « G » ne serait que l'initiale de la matière première du Grand Œuvre Alchimique (Germe ?). Insertion à priori intéressante, car il semblerait d'après mes lectures qu'il existe des précédents dans la Maçonnerie Symbolique.L'auteur argumente « Nous remarquerons que la lettre « G » est précisément la lette initiale de la matière première en Alchimie .Nous ne croyons pas devoir donner ici ce nom que les Adeptes ont révélé pêle-mêle avec les mots : noix de galle, chêne, toison etc. Ce que nous venons de dire doit suffire à ceux qui savent. (Ce qui ne peut être mon cas). L'étoile Flamboyante, active entourant la lettre « G » montre le chemin qui conduit à l'Hexagramme étoile équilibré, idéogramme classique de la pierre Philosophale. L'étoile Flamboyante est alors la « quintessence », au sens hermétique du terme, et la lettre « G » devient l'initiale de « Graal », de ce Graal qui est le voile du feu créateur, feu qui rayonne et qui flamboie ». Seule interrogation concernant cette explication, pourquoi introduire un symbole de cette dimension « le Grand Œuvre, ou Graal » au 2° degré ? Alors que par définition, le compagnon ne peut le comprendre, du fait qu'il n'a pas atteint par son travail « l'Adepta »ou la « connaissance parfaite ? » La lettre « G » comme initiale se référant à des anciens alphabets :

4) La lettre « G », cette fois dans un autre alphabet, l'alphabet Grec :

1. La lettre « G » ne serait que le « Gamma Grec » majuscule qui a la forme d'une équerre. A ce sujet voici l'argumentaire d'E.Ribaucourt, je cite « cette lettre se perpétue dans les premiers siècles de l'ère vulgaire parmi les sociétés symboliques dont il serait oiseux de faire l'énumération ; enfin ce furent nos ancêtres, les francs-maçons de métier, constructeurs d'églises, plus soucieux de la forme que du fond, qui adaptèrent leur symbole, l'équerre, à leurs mystères et substituèrent le symbole géométrique de l'équerre, au symbole antique de la lettre Gamma .La forme était la même, mais le symbole changeait de signification. Aussi les francs-maçons qui leur succédèrent éprouvèrent-ils le besoin de rétablir la lettre Gamma, mais en prenant pour symbole le « G ». Ce « G » fut donc l'équivalent du Gamma Grec ».
Avis similaire pour l'éminent spécialiste D.Ligout, mais avec une complémentarité solaire ( un deuxième niveau de compréhension ) :

A) la lettre « G » pour le Gamma Grec majuscule, et pour le Gamma grec minuscule la « Version solaire » :

2. Pour lui la lettre « G » nous rappelle bien le Gamma Grec majuscule, mais il va plus loin dans cette perspective, je cite ; « Le Gamma Grec minuscule symbolise en astrologie le bélier, signe de feu. On peut alors, à juste titre, mettre en évidence l'identité de nature avec l'étoile, avec qui elle est associée mais sans redondance. En effet, le « G » circonscrirait alors plus étroitement la nature de l'étoile et sa fonction possible dans la structure du rite : cela confirmerait qu'il s'agit du « Soleil », et non de l'étoile polaire, comme cela est proposé dans certaines pratiques rituelles dégradées par un scientisme primaire et qui tournent à la prédication moralisante ». Laissons lui la rigueur de ces propos, et regardons l'autre version alternative :

B) La Version Polaire :

Pour Jean-Chevalier dans son dictionnaire des Symboles, il est d'avis que le « G » est la représentation du Gamma Grec, mais qu'au deuxième niveau il symbolisme la grande Ourse, voici son argumentaire : « 4 Gammas assemblés forment un Svastika, symbole polaire, et indiquent les quatre position de la grande Ourse, rythme du jour et de l'année ; le fil à plomb joint parfois la lettre « G » au centre du svastika : Le « G » apparaît ainsi comme un substitut de la grand Ourse, et donc comme une figuration de pôle Céleste ( Boum, guet, gues). Il symbolise un centre directeur ou illuminateur ».

5) « G » Comme transposition d'une lettre ancienne (Hébraique) :

3. Explication donnée par Delaulnaye dans son livre « Le tuileur du 33 degré de l'Ecossisme ancien dit et accepté », je cite : La lettre « G » n'est mise là que pour le « Iod » Hébreu initial du mot sacré « Ieoah » et que souvent on lui substitue par abréviation. Dans l'interprétation Cabalistique, le « Iod » signifie principe ; employé comme monogramme, il devient « L'Hiéroglyphe naturel de l'Unité de Dieu », il poursuit sa théorie en expliquant que dans les langues anciennes, les lettres étaient des signes qui représentaient des objets concrets et exprimaient des nombres. Avec ces lettres nombres on formait des schèmes dont la signification résultait du sens des lettres et de leurs positions relatives dans le schème. Par exemple en hébreu :

 Aleph 1 désignait le taureau et était représentée par le signe qui évoque la tête et les cornes.

Beth 2 désignait la maison et était représentée par le signe qui évoque l'habitat et l'ouverture de la porte.

Guimel 3 désignait le chameau et était représentée par le signe qui évoque la tête et le cou de l'animal.

Enfin selon la Cabale, dans la symbolique des nombres voici l'essentiel pour ce qui concerne « YOD » ou « Dieu » : Les neufs premières lettres-nombres sont disposées sur une ligne horizontale : Aleth (1) Beith (2) Guimel (3)…jusqu'a Teith (9). Les neufs lettres-nombres suivantes sont disposées horizontalement sous la ligne précédente : Yod (10) Khaf (20) Lamed(30)…jusqu'a Zsadé (90). Enfin une troisième ligne est placée sous la deuxième : Qôf (100) Reish (200)… Les dizaines et les centaines ne sont pas des nombres conformes au système décimal en Arithmologie :

(1) = (1)
(10) = (1) + (0) = (1)
(100) = (1) + (0) + (0) = (1)

Les trois lettres de la première colonne, Aleph, Yod, et Qôf se réfèrent à l'Unité, mais à des plans différents. Si l'on réfère la ligne supérieure au plan divin et la ligne inférieure au plan humain, alors la ligne intermédiaire est celle qui relie l'humain au divin (3). ALEPH est par essence, inaccessible ; YOD est le symbole par lequel l'homme perçoit et exprime qu’Aleph est. D'ou le commentaire du Thuileur de Delaulnaye « Yod devient l'Hiéroglyphe naturel de l'unité de Dieu ».

6) Même origine Hébraïque, mais pas avec la même lettre pour le docteur A. E. Chauvet. La lettre « G » en Hébreu remplacerait la troisième lettre de l'alphabet Hébraïque le « Ghimel ». D'après sa théorie, ce signe se rapporte à un principe ou a une puissance de coagulation, de condensation, de compression, je cite : « Ghimel est spécifiquement le symbole de la coagulation. Par suite des idées antiques sur la formation de l'embryon dans le sein maternel-résultat de la coagulation de la semence paternelle-à « Ghimel » fut attribué le symbolisme de la génération dans tous les mondes et accessoirement, celui de l'organisation de ce qui a été généré ou produit dans les mondes naturels créés. De même, par extension du premier sens, il correspondait à celui de généré, singulièrement dans le monde Divin ou le Généré et le générateur ne sont qu'Un, dans leur unité de nature. Dans le monde Divin, Ghimel correspond à la fois au « Père », générateur, et au « Fils VERBE » généré qui, dans les mondes crées, devient générateur à son tour, comme principe dans la Nature naturante ».

Il nous reste à voir enfin, les trois autres explications qui cette fois se situent aux niveaux du graphisme.

7) La lettre « G » prise comme graphisme Pur :

A) Première explication donnée par D. Ligou dans son dictionnaire de la FM, je cite : « On a remarqué que « G » est très proche de la spirale. Or il y a une corrélation directe entre le « Pentagramme », le « Nombre d'or », les logarithmes népériens et la construction de la spirale.
On eût pu certes figurer une spirale mais, comme elle est de longueur infinie, il faut l'arrêter et si on le fait par exemple à la manière de la nature (escargot, ou nummulithes) on obtient effectivement un graphisme très proche du « G ». L'auteur conclut, « Cette interprétation est intéressante sur le plan de la structure du 2°degré, car, outre sa cohérence purement logique avec l'étoile, elle intègre un élément du métier de constructeur particulièrement riche et qu'il y avait donc intérêt à cacher soigneusement. Et il y a un éclairage réciproque avec une réponse d'une ancienne instruction : Pourquoi vous êtes vous fait recevoir Compagnon ?Pour connaître la lettre « G » ».

B) Deuxième version, pour Nagrodski : La lettre « G » comme signe pour nous rappeler la « section doré » : Je cite : « La lettre « G », placée au centre de l'étoile Flamboyante des Francs-Maçons, n'est qu'un signe représentant le « Nœud », signe destiné à souligner ou à montrer du doigt le tracé géométrique de la section Doré ».

C) Troisième version, la lettre « G » représente l'idéogramme du sel :

Ostwald Wirth qui constate une anomalie intéressante symboliquement <>, et de la sa théorie, je cite : « La lettre « G » est la troisième des plus anciens alphabets ; elle eut primitivement la forme d'une équerre. En sa forme latine, elle rattache à l'équerre une circonférence ouverte. L'idéogramme alchimique du Sel devient G, s'il est tracé d'un seul trait, sans contacts aux extrémités ; mais en unissant le cercle à l'équerre, la forme usuelle de la lettre « G » a pu achever de séduire les créateurs de du symbolisme moderne. Quand a la signification il va la chercher dans les mots « gloire » « Génie », « Gravitation », « Gnose », et à la réponse à la question du Vénérable < ne signifie t'elle pas autre chose ? Plus grand que vous vénérable et qui peut être plus grand que moi, qui suis maître dans une loge juste et parfaite ? C'est Dieu lui-même ».

En aparté il faut rappeler que pour O. Wirth le sel signifie « La sagesse qui conçoit ».

CONTROVERSE :

La difficulté dans la recherche de la connaissance, c'est que ces explications, celle de « G » pour le Gamma Grec, ainsi que celles qui se référent aux lettres Hébraïques (« G » pour Yod , ou pour Gamma) sont fortement contredites dans le dictionnaire de la FM de Daniel Ligou, ou l'auteur annonce comme arguments contradictoires « Si les anciens maçons ont voulu intégrer le Gamma, pourquoi l'avoir traduit en latin, alors que le Delta est resté tel et que le symbole astrologique est demeuré intact. La même remarque vaut pour les auteurs qui remontent à la lettre Hébraïque (qui n'est d'ailleurs pas la même selon les auteurs) et sur l'exégèse desquels, il serait fastidieux de s'étendre ».

CONCLUSION :

En Conclusion, il est certain que cette liste ne peut se prétendre exhaustive. De par mon érudition Franc-maçonnique incomplète, j'ai conscience, que par omission involontaire d'autres explications tout autant significatives, et intéressantes n'ont pas été relatées dans cette planche. Je n'ai cité dans mon travail, que les interprétations les plus rencontrées au cours de mes lectures. Mais il est aussi certain, qu'aux fils des années, avec l'avancé de la recherche scientifique, des recherches archéologiques (exemple « Quram »), de l'étude des langues anciennes (tel que 'Hébreu etc.) d'autres explications verront le jour, et qu'indubitablement, avec un autre regard, fort de ces nouvelles données, d'autres compagnons, dans le futur plancheront avec ferveur sur ce même symbole en les utilisant. De fait tout « symbole » de par sa nature à plusieurs sens, plusieurs niveaux de compréhension en graduation, accessible différemment selon le niveau de connaissance de celui qui l’étudie. Et là ou le profane ne voit qu'une lettre « G » sans grand intérêt à priori, le compagnon plus initié peut entrevoir d'autres explications mais elles ne seront qu'une autre étape devant lui permettre si il en est capable spirituellement et intellectuellement de gravir un nouvel échelon dans sa recherche de la « connaissance » (gnose), tout en sachant qu'elle ne s'arrêtera jamais du fait qu'elle lui par essence inaccessible seule Dieu détient la Vérité. On peut noter une diversité des origines de la lettre « G » dans les différentes interprétations citées, mais on peut aussi constater que dans toutes, avec un sens initiatique plus ou moins gradué on retrouve un rappel au « principe universel » et c'est la à mon avis ce que je peux retenir aujourd'hui. Ce qui fait, qu'a mon grade de compagnon, j'ai un petit un faible, certainement dû à mon niveau de compréhension, pour la Tradition Maçonnique Française, avec le mot « Géométrie » appelé aussi « Art Royal »et la richesse de son symbolisme (triangles, pentagrammes etc.). Je ne pense pas que les 4 autres mots complémentaires, Génie, Génération, Gravitation, Gnose, fassent redondances avec le mot « Géométrie », mais qu'au contraire ils sont là pour indiquer au compagnon comment lui permettre d'espérer réussir de mener à son terme sa recherche de la vérité universelle.

Source : http://esmp.free.fr/Bbilio-Numerique

Par X - Publié dans : Planches
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