Jeudi 16 janvier 2014 4 16 /01 /Jan /2014 18:14

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Par T.DX - Publié dans : Facebook
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Jeudi 16 janvier 2014 4 16 /01 /Jan /2014 11:53

Le Un est devenu Deux.

Nous sommes dans le premier instant de la création du monde, dans la lumière du premier matin, au début du temps. La pierre brute nous situe dans l’instant du commencement, dans celui de la « première fois ». La différenciation en pierre brute et en pierre cubique privilégie le voyage, le déplacement de l’être en devenir. Support des possibilités de toutes actions créatrices, la pierre brute met à la disposition de celui qui veut accomplir le travail une abondance de possibilités. Car elle n’est pas seulement un bloc de pierre, mais elle est toutes les pierres. En ce sens elle est un résumé de la voie initiatique artisanale, qui consiste à travailler sur un matériau pour façonner quelque chose selon les lois d’harmonie. « A quoi travaillent les Apprentis ? » « A dégrossir la pierre brute afin de la dépouiller de ses aspérités et à la rapprocher d'une forme en rapport avec sa destination ». « Quelle est donc cette pierre brute ? » « C'est le Profane, produit grossier de la nature, que l’Art de la Franc-maçonnerie doit polir et transformer ». Quel est cet Art de la Franc-maçonnerie ?

Laissons répondre Oswald WIRTH: "Cet art est « l’Art Suprême est celui de bien vivre. Se considérant comme les ouvriers du Grand Architecte de l’Univers, nous devons nous appliquer à remplir la tâche qui nous incombe dans l’oeuvre de la création car le monde n’es pas achevé. Apprendre à travailler, tout est là ! L’initiation au Grand Art est un perpétuel apprentissage de la Vie. Ce qui nous importe le plus c’est de nous initier aux mystères de la vie. Vivre, agir et travailler ont toujours été synonymes pour les initiés. Le travail est donc la condition de la vie »". La piste peut semblée bien balisée, en revanche, l’objectif n’est pas défini, et les Maîtres présents qui ne sont pas « des Maîtres à penser », n’en savent pas plus que les Frères Apprentis, sur la finalité de la démarche, et peut-être plus encore le Vénérable Maître qui, pour montrer son ignorance, se décoiffe à l’ouverture des travaux, lorsque la Lumière apparaît, en signe d’humilité. La seule chose possible est d’indiquer, par touches subtiles, quelques voies à explorer ; mais le gros du travail est dans la lente maturation des éléments que vous « grappillerez » par vous-mêmes, tenue après tenue, réflexion après réflexion et que vous assemblerez pour construire un Frère qui deviendra Compagnon et peut-être un jour Maître. De quoi s’agit-il vraiment ? S’agit-il d’un simple accomplissement personnel, qui ne prendrait en compte qu’une considération morale, et qui n’aurait en fait aucun rapport avec l’initiation ? Le dégrossissement de la Pierre brute n’est-il pas un véritable Art, dont la fonction n’est pas uniquement de nous faire découvrir, de nous révéler le Beau, mais de: Cet « Art qui révèle à la conscience la Vérité sous une forme sensible », selon la belle formule d’HEGEL reprise par Henri TORT NOUGUES. Et il poursuit : " N’est-il pas une activité essentielle", Et comme l’a admirablement écrit Ferdinand ALQUIE: « Il se charge de l’espoir et apparaît, avec l’amour, comme le messager de l’attente de l’homme. Il nous restitue le sens de notre destinée et apparaît comme le moment suprême et la manifestation de l’esprit,  le signe même de l’homme. » « La maçonnerie, en subordonnant l‘activité de chaque maçon, non à sa propre fantaisie, mais à la réalisation d’un Plan, fait appel à cette transmutation qui est un véritable Art. Le Maçon va donc prendre la pierre brute qu’il est, il sera la matière première du Grand OEuvre. » « Matière première et outil, il sera également le produit de son propre travail, dans lequel il se sera fait l’instrument de l’activité ordonnée et progressive de l’Univers ». Le Grand OEuvre, c’est le travail que doit accomplir notre conscience sur elle-même pour se purifier, se sublimer, et transformer nos facultés, nos instincts et même nos passions en les élevant sur un plan supérieur. Nous avons donc le pouvoir de vouloir ou non dégrossir la pierre pour lui donner une forme susceptible de la rétablir en sa véritable place à savoir le Centre, d’où viendront et d’où partiront toutes les manifestations, parce que de ce Centre, tout se meut selon une Loi universelle dont nous devons être les témoins. Nous devons participer de cette Loi universelle dans la simplicité de notre Etre. Parce qu’il faut de l’humilité pour accepter de dégrossir la Pierre Brute, mais il faut de l’ambition, une véritable ambition métaphysique, pour se vouloir un destin personnel confondu dans le destin de l’espèce humaine et pour passer du « connais-toi toi-même » au « découvres à quoi tu sers». Sommes-nous si loin de ce temps où la Loge n’était avant tout qu’une bâtisse adossée à l’édifice en cours de construction, un lieu couvert où les ouvriers se réunissaient pour se reposer, se restaurer, ranger leurs outils, parler des problèmes du chantier et préparer le travail du lendemain, dans ce lieu où les Compagnons enseignaient aux plus jeunes, les Apprentis, les arcanes du métier, à ces hommes qui ne savaient ni lire ni écrire, mais qui possédaient une expérience et une connaissance intuitive de leur Art comme un véritable Secret? C’est une véritable démarche artistique à laquelle nous sommes conviés, que l’on peut rapprocher des trois étapes fondamentales de l’initiation : 1. la quête de la lumière, véritable ascèse silencieuse d’un humble postulant plongé dans les ténèbres acceptant d’être guidé dans ses voyages ; ascèse qui est tout à la fois une méthode, une règle, un sacrifice et un rite impliquant la volonté de l’impétrant. 2. La Contemplation dans la chaîne d’Union précédée par Trois Grands Coups et où nous découvrons le début et la fin de l’oeuvre à réaliser, la pierre brute et la pierre cubique à pointe. La réalisation du dégrossissage de la pierre semble impossible sans la contemplation de l’œuvre finale. 3. l’initié comprend que l’art est la bonne manière de créer, de se créer et qu’en fait l’homme est la fin essentielle de l’Art ; l’œuvre lui permet également de découvrir que le Secret de l’Art repose en fait en l’artiste lui-même. Pierre Hadot, dans « Plotin ou la simplicité du regard » nous dit que:  « l’Art ne doit donc pas copier la réalité : il ne serait alors que la mauvaise copie de cette copie qu’est l’objet qui tombe sous nos sens.  La vraie fonction de l’Art est « heuristique » : par lui, nous découvrons, nous « inventons », au travers de l’oeuvre qui cherche à imiter, le modèle éternel, l’idée, dont la réalité sensible n’était qu’une image ». Cette définition donne tout son sens à celle de l’Art selon St THOMAS D’AQUIN : « L’art est l’imitation de la nature dans son mode opératoire » C’est-à-dire l’imitation de la nature comme cause et non comme effet, la réalisation de l’oeuvre pouvant alors être vu comme une véritable imitation de l’activité divine. Placées à l’Orient, la pierre brute et la pierre cubique sont des pierres de lumière. Ne concrétisent-elles pas cette lumière que nous sommes venus cherché ? Pour que la pierre brute engendre une oeuvre rayonnante de lumière du premier matin, il faut qu’un travail soit effectué, conformément au travail primordial accompli par le Grand Architecte de l’Univers, et consistant à penser et à formuler le Verbe. La pierre est brute non point parce qu’elle n’a pas encore été taillée, mais parce que sa destination nous reste à découvrir. Par Trois Coups de maillet portés, l’initié enclenche un processus sonore, ouvrant ainsi la voie initiatique par la formulation du Verbe et il comprend que son travail consiste à reconnaître la cause divine de la manifestation, à extraire de la pierre toutes les formulations dont elle est grosse ; il comprend que la « pierre brute », c’est l’homme « charnel » qui porte en lui l’image latente, potentielle, de Dieu et que la « pierre cubique à pointe », lui donne le modèle de l’homme « déifié », qui a accédé à la « ressemblance ». En bâtissant son oeuvre, la Loge agit pour que le Principe soit l’architecte de sa propre demeure. Sur le Tableau de Loge, pierre brute et pierre cubique sont représentées de part et d’autre de la porte, le long des colonnes. Les métaux laissés à la porte du Temple sont des métaux à transmuter, pour qu’ils soient purifiés, c’est-à-dire activés, il faut les y faire entrer. Ce n’est pas par hasard qu’ils sont apportés au Nord, au pied de la pierre brute sur le Plateau du Frère Hospitalier. Le qualificatif de « brut » ne signifie pas « primitif » ; le travail de l’Apprenti, par trois coups de maillet, n’est pas le début d’une énumération de travaux mais constitue un éveil de la démarche initiatique. La pierre brute n’est pas une pierre au sens matériel du terme ; elle symbolise la substance mystérieuse de la création, et cette substance est à la fois matière et esprit. Au pied à la pierre brute, l’Apprenti est placé face aux quatre éléments par lesquels il vient d’être purifié lors de la cérémonie d’initiation. Il ne s’agit pas d’un nettoyage, il ne s’agit pas d’un lavage, mais d’une réorientation. Purifier, c’est orienter vers la Lumière. Il est placé face à l’origine du processus initiatique, car la pierre brute est un témoin de cette origine, elle est une pierre mémoire de la première fois, qui contient en elle le germe de la création. Les Trois Coups de maillet portés par l’Apprenti sont une mise en harmonie, une écoute de la musique de la pierre, ils expriment l’acte de création du monde et établissent la ternaire de l’organisation de la vie dans son origine, dont le coup de maillet du Vénérable maître, à l’ouverture des travaux, pourrait être un écho. Dans la pierre brute, matière et esprit semblent indifférenciés, et il faut une impulsion créatrice pour que les éléments s’organisent, pour que l’esprit anime l’oeuvre. Les Trois Coups de maillet portés par l’apprenti constituent cette impulsion en la pierre brute, et la pensée ternaire jaillit comme au premier matin. Le ternaire s’éprouve par une participation à l’oeuvre, qu’il s’agisse des Trois Coups de maillet sur la pierre brute, des trois pas, du mouvement selon les trois piliers. Par le ternaire, la dualité n’est plus une opposition d’éléments figés de manière inconciliable. Par son aptitude à susciter un mouvement de réunion des contraires, le ternaire permet l’émergence d’une pensée créatrice. Le rituel d’ouverture et de clôture des travaux est la célébration et la mise en oeuvre de cet accomplissement. En effet comme on formule le nombre trois en Loge, par trois coups de maillets, trois pas, trois piliers, trois Grandes Lumières, on montre à l’Apprenti un chemin pour penser suivant trois qualités : la Sagesse, la Force, la Beauté. Ainsi le Trois établit-il que la liberté ne consiste pas seulement à choisir une chose ou son contraire, mais suscite un mouvement de la conscience entre les antagonismes de la dualité et suggère une pensée affranchie du binaire, une pensée suscitant le discernement. La pensée ternaire reproduit ce que le Principe a accompli au début de la création ; les trois premiers sons, reproduits sur la pierre brute, support du travail primordial, semblent être de la nature du Verbe. Les Trois Coups de maillet portés par l’Apprenti l’inscrivent comme partie prenante en qualité de « Frère ». Cet instant du travail primordial est gravé en chaque être par la puissance du Ciseau et du Maillet. Lors de la célébration de la tenue principielle, notre nom est changé pour celui de « Frère », et nous adoptons une vêture rituelle qui marque ce changement de monde. Pour être en fonction dans le Temple, il faut enlever tout ce qui n’est pas de la nature de la fonction. En devenant des êtres de fonctions, nous devenons des êtres porteurs de forces de création. La purification n’est donc pas une astuce pour se débarrasser de ses souillures, mais l’activation, par les éléments, des êtres de fonction. Si c’est un être en fonction qui accomplit le travail primordial, l’acte rituel ne peut plus être considéré au plan d’un simple événement humain. Ce travail n’est pas accompli par tel ou tel individu, mais par l’Apprenti archétypal et au nom de tous les Frères de la Loge. Il ne s’agit donc pas simplement d’un geste de métier, à reproduire régulièrement pour améliorer l’individu et tendre vers la perfection. Par délégation du Vénérable Maître, l’Expert montre à l’Apprenti comment accomplir ce travail, et le laisse faire ensuite, sans lui préciser exactement la manière de porter les coups : ni leur rythme, ni leur emplacement, ni l’angle d’attaque des outils. Pour l’accomplissement de ce travail, l’Apprenti devient le maître du jeu. Est-il accompli par un individu ou par un être incarnant une fonction, celle du grade d’Apprenti? On pourrait se demander si ce travail relève véritablement de la responsabilité de l’Apprenti. Les Trois Coups de maillet portés sur la pierre, ne correspondent-ils pas à trois actes majeurs : - celui impliquant la Sagesse, c’est-à-dire une connaissance de l’harmonie ; - celui impliquant la Force impliquant une connaissance du dynamisme de la réalisation, la manière d’incarner l’idée juste ; - celui impliquant la beauté correspondant au fini de son oeuvre, à l’art de prolonger l’oeuvre du Principe. Se trouver en présence de la pierre brute, ne revient-il pas pour l’apprenti à inverser le cours du temps et à regagner l’origine inconcevable dont il est issu ? Si ce travail est la marque du commencement de la vie initiatique, elle est toujours là, devant nous, et on réessaye constamment de la travailler, mais elle reste brute, et on continue à faire accomplir l’acte rituel par les Apprentis. Chaque être est unique et irremplaçable ; l’individu n’est pas une fin en soi, mais un outil de travail que l’on veut mettre au service d’une oeuvre ; « Se connaître soi-même, c’est se conformer à l’ordre de l’univers » dirait Bruno Etienne.  Devenu « Frère », à l’instar des Compagnons Opératifs réalisant leur chef d’oeuvre, nous devons par notre travail sur nous-mêmes, comparer nos progrès intimes réalisés, avec nos motivations pour que l’oeuvre soit conforme à ce que nous voulons être, pour devenir ce que, sans doute, nous sommes déjà : des êtres de chair et de sang mais aussi des êtres d’esprit. Le rituel est l’expression d’un travail artisanal accompli, exigeant que chaque Frère membre d’une Loge soit un artisan dans sa fonction. Si artisan est « celui qui fait vivre », la fonction du « Frère », c’est de faire vivre le matériau, c’est de faire vivre la pierre brute. Cette pierre est unique dans l’édifice tout entier, comme elle doit l’être pour symboliser le Principe dont tout dépend. N’y a-t-il pas là une analogie entre le « premier » et le « dernier », entre le « Principe » et la « fin » : la construction représente la manifestation, dans laquelle le Principe n’apparaît que comme l’achèvement ultime. C’est en vertu de cette analogie que la « première pierre », la pierre brute peut être regardée comme un « reflet » de la « dernière pierre », de la « pierre angulaire ». Cette pierre qui a une forme spéciale et unique qui la différencie de toutes les autres, et qui ne peut trouver sa place au cours de la construction, parce que les constructeurs ne peuvent comprendre sa destination et décident de « la rejeter parmi les décombres ». La destination de la pierre ne peut être comprise que par une autre catégorie de constructeurs, qui à ce stade n’interviennent pas encore : ce sont ceux qui sont passés « de l’équerre au compas », c’est-à-dire de la forme carrée à la forme circulaire, symbolisées par la terre et le ciel; la forme carrée correspond à la partie inférieure de l’édifice, et la forme circulaire à sa partie supérieure, constituant la voûte. « La pierre angulaire » est bien une « clef de voûte ». C’est la pierre qui « achève » ou « couronne » l’édifice. Elle est l’« oeil » de la voûte, la « pierre d’achèvement » et ne peut être placée que par le haut. Elle représente un « accomplissement » et la fin ultime du « Grand Oeuvre ». Lors de la cérémonie d’initiation, l’Apprenti a traversé les épreuves des éléments en tant que potentialités ; il reçoit ensuite son nom de « Frère » et voit la distinction pierre brute/pierre cubique. Il perçoit les matériaux à travailler, il perçoit le chemin menant de l’une à l’autre pierre, il perçoit deux visions indissociables, complémentaires, de la totalité du chemin initiatique à parcourir. Hélas ! Ou peut-être heureusement, nous ignorons tout du Plan du Grand Architecte de l’Univers. « Hélas ! », parce que, en possession de ce Plan, la vie serait plaisamment simplifiée, bien qu’un peu monotone ; « Heureusement », car ce manque de précision du produit fini nous confère une responsabilité et une autonomie qui motive et valorise notre quête. Et nous comprenons que ce que nous cherchons vraiment ce ne sont pas des «Frères », au sens profane du terme, mais puisque nous sommes « les enfants de la veuve », nous cherchons peut-être un « Père », c’est-à-dire « Celui qui est plus grand que nous ». La Lumière que nous avons, un soir reçue, symbolise celle dont parle Jean dans son prologue : « Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu». Nous sommes « Frères » parce que nous travaillons « à la gloire du Grand Architecte de l’Univers ». Le travail que nous entreprenons, nous renvoie au mot sacré de l’Apprenti qui signifie « en lui la Force » ; il reformule le Devoir que nous avons de continuer l’oeuvre commencée « dans la Liberté, la Ferveur et la Joie ». Cette Joie qui est la grande caractéristique de notre esprit. Cette Joie qui est un critère de Vérité. Cette Joie qui est un acte de détachement de soi, et l’antidote de l’orgueil qui nous guette tous sur notre voie initiatique. Quand on possède cette Joie, personne ne peut nous la ravir, car elle ne dépend de rien si ce n’est ce qui est au plus profond de notre Cœur. Car l’Apprenti doit trouver, en lui, cette Joie qui sera : - à la fois, le plus agréable des leviers et la plus belle des forces - à la fois, la source et le fleuve qui irriguera son cœur puis tout son Etre. Et cette Joie ne pourra que vivre chez le Compagnon et le Maître qu’il deviendra un jour. Méditons mes Frères, sur la phrase que prononce à la fin de chacune de nos tenues, le Frère Second Surveillant sous forme de souhait et qui est en fait le rappel constant de la Tradition : « Que la Joie soit dans les coeurs ». Pour l’Apprenti, Il est l’heure de chercher et de retrouver le Cœur, véritable tombeau de Vérité, pour y découvrir le véritable signe, le véritable Plan du GADLU.

J’ai dit.

 

Source : www.ledifice.net

Par Jean-Marie DOU\ - Publié dans : Planches
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Mercredi 15 janvier 2014 3 15 /01 /Jan /2014 06:59

Habitué à m’adresser à des plus jeunes qui, dans la matière que j’enseigne, ont tout à apprendre de moi, je ne cacherai pas les difficultés que j’ai rencontrées à écrire cette première planche symbolique, ne voyant pas bien ce que je pourrais apporter de nouveau en particulier aux plus anciens des maîtres de cette loge rompus au maniement des symboles. Les rôles sont ici inversés, c’est moi qui ai tout à apprendre, d’où un certain sentiment d’impuissance et même de désarroi face à la tâche qui m’est demandée. Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre et accepter ce qui m’apparaissait comme une contradiction, à savoir le fait de devoir présenter en public un travail qui s’adressait avant tout à moi-même. Mais il est sans doute vrai que les errements et tâtonnements de tout novice peuvent être aussi instructifs pour tous ceux qui ne désespèrent pas de peaufiner encore le travail sur eux-mêmes entrepris il y a si longtemps de celà. Je vous livre donc à l’état brut l’avancée de ma réflexion, un point de vue le plus sincère possible et sans doute bien naïf après un peu plus d’un an passé parmi vous. Le choix de la pierre brute à dégrossir s’est très tôt imposé à moi, sans doute, motivé par l’aspect naturel de ce matériau auquel j’ai été confronté dès mes premières années quand il s’agissait de débarrasser les champs fraîchement labourés de tous ces cailloux stériles pour les placer ensuite sur les chemins afin d’accéder plus aisément aux cultures. Ce qui montrait déjà que même à l’état brut, le moindre caillou d’apparence modeste peut se révéler utile à condition de trouver la place qui lui convient. Et bizarrement, j’ai toujours éprouvé un certain plaisir à passer mes journées à déplacer toutes ces pierres qui finissaient par m’écorcher les mains. Malgré sa dureté et ses aspérités, la pierre a en effet un aspect charnel qui se révèle au contact de la main de celui qui s’en saisit. Ce n’est pas un hasard si les vêtements sont le plus souvent absents des sculptures, alors qu’en peinture, le nu n’est apparu que tardivement. Le travail du sculpteur est un travail sur le convexe et le concave, le vide et le plein évoquant évidemment la dualité féminin-masculin, l’attitude passive de celui qui subit opposée à l’engagement de celui qui agit. L’homme européen a conçu le travail sur la nature comme la rencontre entre une intention et la matière, faisant jaillir une forme nouvelle par la force de sa pensée. Et c’est dans la sculpture qu’apparaît le plus clairement cette adéquation entre nature et culture, entre matière et esprit.

Outre sa connotation sensuelle, c’est la beauté de la pierre qui m’a séduit, préférant l’aspect esthétique - tailler pour embellir - au côté fonctionnel du travail sur la pierre - tailler pour bâtir -. Perpétuellement confronté au regard de mes élèves dans mon métier, j’ai toujours été persuadé de l’importance de l’exemplarité. L’influence que l‘on exerce sur les autres de manière le plus souvent inconsciente est un facteur fondamental de notre rôle dans la société. La pierre s’offre au regard et ses différentes facettes sont mises en valeur par l’éclat du soleil. Dans le cabinet de réflexion, je me souviens avoir été intrigué par ces pans de rochers noirs qui me faisaient face et dont la présence en ce lieu me paraissait tellement incongrue que j’en avais fini par me demander s’ils étaient naturels ou factices. Cette irruption de la nature à l’état brut dans un lieu savamment et minutieusement aménagé par l’homme avait quelque chose d’inquiétant par le fait même de l’obscurité, cette fille du chaos pour les Grecs, domaine mystérieux d’invisibles et gigantesques métamorphoses. Il manquait à ces pierres noires les rayons du soleil pour retrouver un aspect plus chaleureux. Il leur suffisait de quitter leur caverne pour bénéficier des bienfaits de la lumière. Taillée avec soin, la pierre finira par prendre sous l’éclairage qui lui convient des airs reposants et rassurants. Si je devais trouver un modèle précis pour diriger mon ciseau, je le prendrais dans ces personnes rencontrées au fil des ans et dont l’assurance tranquille reflète une sérénité, une clairvoyance, un équilibre intérieur, une sorte de solide sagesse toujours prête à se mettre au service des autres. Ayant su s’affranchir des vicissitudes de la vie quotidienne, ces hommes que j’admire semblent opposer une immense sérénité aux flammes des passions : par leur persévérance et leur travail, ils semblent avoir refait avec succès le troisième voyage et cette purification par le feu que j’ai découvert lors de mon initiation.

Ces « maîtres à penser » ont compris que leur force n’avait de sens que mise au service des autres dont l’avis leur semble étonnamment nécessaire. Et il est vrai qu’un certain recul est indispensable au maçon qui taille sa pierre pour apprécier le travail accompli et distinguer les imperfections, les irrégularités restantes. D’où la nécessité d’un regard différent sur l’œuvre en construction. Ce regard est celui de l’apprenti qui sans cesse rappelle au maître combien son art est difficile, mais surtout combien il est difficile de faire preuve de pédagogie pour transmettre les règles et les connaissances acquises. Le métier de tailleur de pierres a quasiment disparu et celui qui veut l’apprendre se retrouve aujourd’hui bien démuni. Et celui qui sait, mais se montre incapable de transmettre son savoir, risque de voir disparaître avec lui tous les fruits du travail d’une vie. A quoi sert de savoir si l’on garde ses connaissances pour soi ? J’en ai connu plus d’un, de ces profs brillants dans leur matière, mais incapables d’éveiller la moindre lueur d’intérêt chez leurs élèves.

Méfions-nous de l’éclat trop vif d’une pierre trop bien polie. Car tailler la pierre est un art subtil. En la débarrassant de ce qu’il considère comme des défauts, le tailleur maladroit peut la priver de tout ce qui faisait son originalité et lui ôter tout son sens. Dans la tradition hébraïque, le passage de la pierre brute requise pour les autels à la pierre taillée, dans la construction du Temple de Salomon, marque une sédentarisation du peuple élu, sédentarisation ressentie non pas comme un progrès, mais comme une stagnation, un immobilisme dangereux. Dans la Bible, la taille désacralise l’œuvre de Dieu et symbolise l’action humaine substituée à l’énergie créatrice. Le terme « dégrossir » plutôt que « tailler » me convient parfaitement. Devenue trop lisse, trop « parfaite », la pierre perd de son authenticité. Aujourd’hui, la pierre se découpe à la machine. Il n’est plus possible de distinguer un bloc d’un autre, elle se trouve « dépersonnalisée », vidée de son sens, à l’image du monde actuel où l’individu a tendance à être dégradé au rang de numéro, ravalé au niveau de simple outil sans existence propre, sans autre raison d’être que de servir un système qui finira par l’étouffer.

Certes, une pierre isolée n’est rien. Elle n’a d’utilité que comprise dans un ensemble. Dans les cols des Andes péruviennes comme dans le Cantal sur le flanc Est du Puy Griou, la coutume veut que les voyageurs ajoutent une pierre à des tas qui, avec le temps, prennent des dimensions pyramidales. Sans doute faut-il voir dans cette tradition une illustration de la conscience collective. Pour un apprenti, il est réconfortant de se sentir comme faisant partie d’un tout. Solidement encadré, il sait que les autres sont prêts à corriger ses erreurs qui pourraient mettre en péril la solidité de l’édifice. Le mur ainsi constitué trouve son assise en terre - vers la fameuse pierre cachée des sages -, mais il s’élève vers le soleil en quête de lumière, dans la lignée des pierres dressées de nos ancêtres de Carnac, Stonehenge ou autres.

Mais l’emploi de la pierre trouve son couronnement quand il dépasse le simple empilement d’éléments semblables disposés selon une même orientation. Ce qui parachève la beauté de l’édifice, c’est quand il s’agit d’une construction résultant de forces orientées différemment comme c’est le cas dans les voûtes de nos caves ou les ogives de nos cathédrales. La solidité de l’ensemble naît de la convergence de ces deux groupes de forces opposées en un seul point : la clef de voûte dont le rôle stabilisateur n’est pas sans rappeler la chaleureuse assurance de certain vénérable. Notre diversité fait notre richesse. Nous ne devons pas apprendre à devenir comme les autres, mais bien à accepter cette différence. Dégrossir sa propre pierre ne devrait avoir pour but que de nous permettre de vivre ensemble dans une tolérance mutuelle qui, peut-être, nous éviterait de revivre les ébranlements tragiques qu’a connus le monde au cours du siècle passé.

Car pourquoi s’acharner à dégrossir notre pierre ? Quel but poursuivons-nous au juste ? Nous faut-il tous devenir des « Mère Teresa » dont le courage et le don de soi n’ont certes pas d’égal chez nous, mais dont le dévouement n’a pourtant peut-être pas fait autant pour le genre humain que tel ou tel homme d’état dont l’action politique a souvent été rendue possible par des compromis plus ou moins louches ? Parmi tous nos découvreurs de vaccins ayant sauvé la vie à des millions de gens, parmi tous ceux qui ont lutté contre l’esclavagisme, qui luttent encore contre le travail des enfants ou pour tant d’autres nobles causes, on ne devait pas trouver que des modèles de vertu ! Et certains soirs d’agapes un peu trop conviviales, je ne pense pas être un modèle d’exemplarité, sans pour cela être taraudé par les remords. Se connaître soi-même. Pourtant j’ai l’impression de ne me connaître que trop bien. Je ne crois guère me leurrer sur mes défauts, mes points faibles ; je vois bien les endroits où pointer le ciseau en priorité. « Dégrossissement de la pierre brute, autrement dit formation de l’individu en vue de l’exact accomplissement de sa fonction humanitaire et sociale ». Que voilà une belle définition ! Mais que ma pierre à moi me semble coriace. On m’a bien mis un maillet et un ciseau en main, mais le maniement de ces instruments me semble bien délicat. Encore englué dans mes certitudes de profane et surtout dans mes habitudes d’enseignant, façonné par le long apprentissage de mon métier de prof, il ne m’a pas été facile d’accepter sans broncher une remise en question radicale de mes méthodes de travail, et que d’efforts sont nécessaires pour tenter de sortir de ma gangue afin de déchiffrer le monde et trouver un sens plus profond à ma propre existence. A mes débuts parmi vous, je cherchais un mode d’emploi, j’avais besoin de recettes, de ficelles, je souhaitais un moule tout fait, oubliant que la taille de la pierre exclut la technique du moulage. Tailler, c’est enlever, alléger, sans possibilité d’ajouter. Chez le sculpteur, pas de place pour le repentir. D’où la nécessité d’avancer avec une extrême prudence, en faisant preuve de patience sans laquelle le moindre coup précipité pourrait être synonyme de mutilation irrémédiable.

Sans doute ne faut-il pas pousser trop loin la comparaison, le travail sur soi laisse en effet place à l’erreur, aux remises en question des acquis, et la rémission est toujours possible. A la différence de l’artiste qui doit bien à un moment donné s’arrêter de travailler sur son œuvre lorsqu’il décide, moment sans doute au combien difficile, qu’il la considère comme achevée, la pierre, des éternels apprentis que nous sommes, n’est jamais totalement dégrossie. L’action de l’air et de l’eau sur elle peut certes la purifier en la débarrassant de certaines scories, mais elle signifie aussi une érosion lente, insidieuse, qui peut, entraîner une irrémédiable désagrégation si l’on n’y prend garde. Et cette nécessaire vigilance à l’égard de soi-même est évidemment d’autant plus difficile à mettre en œuvre qu’elle s’inscrit dans la durée. Pauvre Sisyphe roulant éternellement sa pierre qui ne cesse de redégringoler sitôt atteint le sommet de la colline, je vois bien combien il est long et rude, ce chemin parsemé de tous les grains que mes efforts ont arrachés à la pierre un à un, au fil du temps qui s’écoule comme les grains dans le sablier. Et que de persévérance me sera encore nécessaire pour que ma pierre finisse par trouver sa place dans l’œuvre commune avant de redevenir poussière. 

Source : www.ledifice.net

Par X - Publié dans : Planches
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Mardi 14 janvier 2014 2 14 /01 /Jan /2014 09:40

Les loges maçonniques du XVIIIème siècle dans le secret de leurs travaux ont su marier la tradition opérative et la chevalerie.

La recherche de la lumière semble être à l’origine de l’association des dernières voies initiatiques encore praticables en occident. La franc-maçonnerie est le grand réceptacle traditionnel d’éléments très anciens et hautement symboliques. Elle fut composée dés son ouverture spéculative par de nombreux officiers et chevaliers de noblesse. Ces derniers voulaient redonner corps à une tradition alliant action et spiritualité. Il ne faut donc pas s’étonner qu’au Siècle des Lumières, la loge maçonnique devienne la crypte protégeant le trésor des anciennes initiations. Trois courants ont présidé à la naissance de la franc-maçonnerie " spéculative " : le courant opératif - celui du métier qui repose sur les connaissances géométriques qui sont la base de l’architecture - le courant religieux ésotérique - avec son contre-versant hermétique qui libère le langage du dogme, et le courant chevaleresque qui engage enfin le maçon spéculatif dans un combat. Les deux premiers sont bien connus. Le troisième mérite un certain nombre d’éclaircissements pour comprendre son extraordinaire adaptation inspirant la plupart des rituels des différents rites. Il existe une symbolique et d'une mythologie commune entre chevalerie et maçonnerie. L'idéal chevaleresque est une source profonde du système écossais, et de la coutume écossaise depuis Robert de Bruce et la légende de la pierre de Scone. Cet idéal fonde le pouvoir royal plus que le pape lui-même. La chevalerie se réclame comme la franc-maçonnerie d’une tradition immémoriale. Les traces sont anciennes et partent de la tradition primordiale. La caste guerrière est toujours présente dans toutes les civilisations. Elle remplit une fonction indispensable à l’édifice testamentaire et se réfère à l’idéal et à un imaginaire agissant se traduisant dans l’engagement du corps jusqu’au sacrifice. C’est par le sacrifice qu’elle établit un lien supérieur avec le créateur ou le centre ontologique. Dans l’Ancien Testament, Dieu interdit à David de construire le Temple, car il appartient à cette caste guerrière et à trop de sang sur les mains. Les deux Saint-Jean dont se réclame la franc-maçonnerie sont les descendants du roi David au même titre que le Christ. À ce titre les maçons peuvent aussi se réclamer de la caste chevaleresque. L’esprit chevaleresque connut son plein développement au moyen-âge puis s’ennoblira au point de perdre la couleur du sang et l’idée d’un centre totalisant. Sa présence au plan initiatique sera entretenue dans des cercles fermés tels la" Massénie du Saint-Graal " ou les "Fidèles d'Amour " chers à Dante. La démarche gibeline de restauration du pouvoir impérial face au Pape sera un support puissant qui fit choisir Jérusalem plutôt que Rome dans tous les rituels maçonniques, y compris les rituels catholiques ou Stuardistes. C’est l’esprit du Temple dans sa construction, sa destruction et sa libération qui motivera les deux initiations. La première bâtit le temple la seconde le libère. La chevalerie en franc-maçonnerie nous vient de la légendaire Écosse, du moins celle que sur le continent, le génie français put imaginer. La Légende de Saint André évangélisant l’Écosse, l’ordre chevaleresque de Saint André du Chardon ainsi que les tombes
templaro-maçonniques d'Écosse appuyées par la symbolique profonde de la très curieuse chapelle de Rosslyn, bâtie par les Sinclair, rejoignent la légende des templiers réfugiés en Écosse et mystérieux acteurs de la victoire de Bannockburn. De cet ensemble mythique se dégage le sentiment qu’une vérité universelle fut importée en Irlande et en Écosse et que les loges opératives et les chevaliers « acceptés »en furent dépositaires.
Les ordres chevaleresques structurèrent la chevalerie occidentale : celui du Temple, bien sûr, mais aussi celui de Saint-Lazare, des Hospitaliers de Saint Jean, des Chevaliers du Saint-Sépulcre ou des Chevaliers teutoniques. Ils vont ordonner la quête autour de cause et d’actes spécifiques. Le sens symbolique donne mission à l'Ordre Écossais de créer un authentique Empire spirituel en faisant de ses adeptes de nouveaux Chevaliers de l'Esprit. Ainsi le chevalier-maçon du XXIème Siècle, ne se considère plus comme gardiens in situe du Temple et de la Terre Sainte. Les défaites subies et la chasse dont ils furent victimes orientent les chevaliers à promouvoir leur temple intérieur, dans l’idée fraternelle de rependre la lumière autour d’eux. Cette notion fut apprise en Orient.

Le mariage de la truelle et de l’épée.

C’est ainsi que nous aurions pu intituler notre recherche. Le mariage de la truelle et de l’épée fut basé à la fois sur une nécessité et sur un consentement mutuel. La nécessité découle de la source vétérotestamentaire qui indique que pour rebâtir le Temple détruit il faut marier la truelle et l’épée. D’autres facteurs historiques ont créé un rapprochement entre une corporation initiatique et les ordres de chevalerie dès le moyen-âge. La présence de la chevalerie dans le système maçonnique pose un certain nombre de questions qui sont loin d’être résolues. Cependant, il est possible d’émettre un certain nombre d’hypothèses qui à défaut d’être démenties par la recherche historique ou prouvée par des documents authentiques, alimentent et densifient la mythologie maçonnique qui ne s’en lasse pas. Notre article fait suite à celui paru dans la RDM2 page 134, et tente d’apporter quelques précisions. On retrouvera certains développements plus adaptés aux grades de chevalerie de la franc-maçonnerie du Rite Ecossais dans sa version primitive en consultant le Maître parfait Ecossais et le Chevalier de saint André aux Editions du Maçon. La légende, tout autant que l’histoire, fonde l’imaginaire du maçon et du chevalier ouvrant ainsi de véritables et valables perspectives initiatiques pour lesquelles, il faut en convenir, une sèche rationalité ne ferait pas l’affaire. L’initiation maçonnique comme l’initiation chevaleresque nous propulsent au seuil du monde de la connaissance, qui n’est pas inconnu des Francs-Maçons. En effet, la pratique de nos ainés constitue un véritable patrimoine initiatique que nous transmettons d’initié en initié. Ce trésor se niche non pas dans les soubassements de notre conscience, mais bien au contraire dans ce que j’appellerais une supra conscience. Cette supra conscience se situe au fond de notre boîte crânienne et ne demande qu’a être réveillée par l’intuition du cœur. Assis sur le seuil de la perception d’une totalité, nous sommes pris de vertige face aux profondeurs de l’Être et à l’infini de l’univers. Franchir ce seuil consiste à harmoniser l’être et le tout, autrement dit, faire en sorte que l’homme pentagramme devienne hexagramme. Embrasser en tant qu’homme une totalité qui nous dépasse, tel est le but et l’apport de la chevalerie. Pour atteindre cet objectif, il faut se réapproprier les états inférieurs de l’être puis progresser au plan initiatique jusqu'à n’être non plus un corps réagissant, ni même un homme « bien pensant » et bien construit, mais un homme « esprit ». Seul l’esprit est capable d’embrasser le Tout. À ce stade, c’est l’imaginaire qui sert de support de projection mentale pour réaliser ce dessin initiatique. L’imaginaire se nourrit de vécu et d’espoir ; il active le corps pour atteindre un état de délivrance ou de libération de l’esprit. Nous voyons poindre l’idée du sacrifice utile qui deviendrait un passage, que nous trouvons dans la légende d’Hiram comme dans la chevalerie terrestre et céleste. Nous verrons à quel point l’imaginaire, devenu réalité efficace dans un espace cérébral appelé « imaginal », peut intervenir dans les modalités d’expression d’une pensée devenue foi conceptuelle ou idéal. Se posera le problème du contact entre Dieu et l’homme. Pour le chevalier, le contact se fait « entre Ciel et Terre », dans un monde médian. Ainsi le penser et l’agir du franc-maçon ou du chevalier, passe par une conception consciente et modélisée par l’initiation. L'initiation est une expérience vécue par le jeu du rituel. Qu’elle soit de métier ou d’armes, l’initiation induit des comportements d’une grande cohérence logique, qui sont fondés sur les intuitions plus que des raisonnements. L’intuition et favorisée par l’acquis ancestral de schémas que les mythes nous relatent. Les mythes sont agissants comme les symboles. Nous les avons en nous dans la plénitude de leurs significations, héritage du souvenir d’un lointain passé que d'aucuns qualifient d’âge d’or de l’humanité. C’est ainsi que nous pouvons affirmer que la franc-maçonnerie symbolique traditionnelle et spirituelle, dans ses développements modernes, a su préserver un symbolisme de tradition, né d’une intuition fondée sur des images projetées en soi. Cette relation entre les projections personnelles et la culture traditionnelle des symboles fait apparaitre une universalité symbolique transculturelle et transfrontalière. Ce constat nous pousse à considérer le symbolisme traditionnel comme une modalité d’expression première qui échappe à la babélisation des langues. Toutes les traditions de par le monde font une place de choix au bâtisseur et au combattant. Nous en pressentons la complémentarité, il nous faudra la démontrer.

Un bref aperçu historique peut-il nous conforter sur l’existence d’un lien entre franc-maçon et chevalerie ? Pour y répondre, il faut constater une évidence : un chevalier est par nature un homme d’armes, un militaire qui porte l’épée. Mais il est vrai que les ordres de chevalerie ont adoubé des nobles qui n’ont pas eu de fonction militaire. C’est le décorum chevaleresque qui prit le pas sur la tradition de l’adoubement entre hommes d’armes, ceci résulte d’une dénaturation par la noblesse du sens premier de la chevalerie. Rien ne dit cependant que cet adoubement nobiliaire n’excluait les notions d’idéal et de sacrifice. Nous dirons simplement que cette évolution fit sortir des douves l’adoubement pour l’installer dans les dorures de la cour. Notre deuxième constat porte sur l’installation d’un nombre important d’officiers et bas officiers Écossais et Irlandais sur le continent en 1688 dans le sillage des Stuarts en exil. Ils pratiquaient le Rite Ecossais en loges militaires et l’esprit chevaleresque était présent sur les colonnes. Un certain nombre de ces officiers étaient membres d’ordre chevaleresque, ou avaient déjà la qualité de maître Écossais. Le XVIIe siècle voit l’arrivée dans l’Ordre artisanal, héritier des corporations de métiers appelé Craft en Angleterre, de l’Ordre chevaleresque, ou du moins d’hommes titrés dans la hiérarchie militaire. Parmi ces non opératifs, on peut citer deux cas reconnus. Sir Robert Moray officier au service des Stuarts fut reçu en 1641 dans une loge décentralisée d’Edinburgh. Elias Ashmole capitaine de l’Armée de Charles 1er Stuart est fait franc-maçon le 16 octobre 1646 à Warrington. Tous les deux sont officiers portant l’épée, et ont démontré des qualités chevaleresques. On notera qu’ils furent reçus dans des loges dotées de surveillant et n’ont pas de maître de loge, ce qui correspond à l’organisation des loges écossaises de l’époque. Évidemment, ce fait sera éludé dans les constitutions d’Anderson de 1717. Le pasteur Anderson défend le point de vue « whig » ainsi que Désaguliers qui est appointé par Georges 1er. Rien n’est divulgué dans les constitutions sur les sources opératives écossaises à cause de leurs implications Stuartistes. On cite le registre de la Loge Coustos Villeroy qui en fait état d’une pratique chevaleresque en 1737. Le registre critique une pratique imposée par la loge du Grand Maître jacobite et catholique Lord Darwentwater. Il s’agissait lors des réceptions de tenir l’épée à la main, comme il est fait en chevalerie. En Écosse la lettre ]de la grande Maîtresse des franches maçonnes à Harding l’imprimeur, nous dit : la Loge du Temple de Salomon devenue « la loge de Saint Jean de Jérusalem(…) la plus ancienne et la plus pure (…) et la fameuse vieille loge écossaise de Kilwinning » ont eu des rapports avec les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ou chevaliers de Malte de l’Ordre des hospitaliers. On notera que la plupart des loges se nommaient loge de Saint-Jean et qu’au nom de ce lien historique et mythique, vers 1745 elles se transformèrent en loge de Saint-Jean de Jérusalem dont celle du Grand Maître le conte de Clermont. On associe le caractère immémorial de la loge Kilwinning, aux liens particuliers entretenus avec certains ordres de chevalerie durant les croisades. C’est donc dès l’origine de Kilwinning qu’un lien est évoqué avec l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem plutôt que l’ordre du Temple. Le manuscrit Stuartiste n° 3077 de la bibliothèque Calvet à Avignon en atteste en 1780 : « Pourquoi nos assemblées sont dédiées à Saint-Jean ? – C’est pour apprendre aux maçons combien ils doivent être unis puisqu’ils s’assemblent sous les auspices de celui qui ne prêcha jamais que la paix, la concorde, et l’amour de ses frères ; d’ailleurs les maçons s’étant unis aux chevaliers de Saint Jean ils en adoptèrent le patron. » La référence à l’Ordre du Temple apparaît en Allemagne vers 1733 d’après Le Forestier. Il fit une carrière intéressante, mais écourtée en France par l’œuvre de Willermoz et le Convent de Wilhelmsbad en 1782 et par l’intention de la SOT de rétablir l’ordre du Temple ce qui ne pouvait convenir aux lois des pays. Le lien chevaleresque préexistait, la question du lien avec la chevalerie du Temple se pose, car Jean Baptiste Willermoz lui-même reconnaissait que dans sa propre Loge dès 1752 ]on y faisait référence dans la transmission du 4em grade pour présider la loge. « J’apprenais mystérieusement à ceux auxquels je conférais le 4em grade de la Loge, qu’ils devenaient successeurs des Chevaliers (Templiers) et de leurs connaissances, je l’ai ainsi répété pendant dix ans comme je l’avais appris de mon prédécesseur, qui l’avait appris lui-même par une ancienne tradition, dont il ne connaissait pas l’origine. » Cette transmission était sans rapport direct avec les prétentions de la SOT créée en 1755 par baron du Hund (eques ab Ense) qui prévalait en Allemagne. La question du lien entre la franc-maçonnerie et la chevalerie du Temple avec les deux grades consacrés à cet effet à savoir l’Écuyer Novice et le Chevalier du Temple fut sévèrement critiqué par Robert Ambelain par un article paru en 1974 : « Si on discute encore sur les origines des emprunts à la tradition chevaleresque dans la confection des échelles de grades maçonniques, sur la part de Ramsay, sur les initiatives allemandes, sur la valeur de la tradition de Kilwinning, personne ne conteste que la référence à l’institution de la chevalerie est entrée telle quelle dans la tradition maçonnique, sinon comme un corps étranger au moins avec le destin d’un greffon. » On notera que cette assertion est à replacer dans la filiation directe avec la chevalerie du temple, mais ne remet pas en cause le lien initiatique du bâtisseur et du chevalier. Robert Ambelain semble privilégier le lien par les trois composantes qui sont l’apport de Ramsay, la tradition kilwinnienne, et une certaine interprétation allemande. Le greffon ne fut pas le fait du hasard et trouve sa justification moins dans le désir de chevalerie que dans une connexité historique et légendaire propre à l’Écosse. C’est ce que tenterons de démontrer. Peut-on faire remonter à une date plus antérieure le mariage de la truelle à l’épée ? En Écosse la légende historique attachée au grade de saint André du Chardon fait une référence expresse à l’aide apportée par des templiers en exil de France incorporés aux loges de maçons opératifs et qui firent la victoire de Robert Bruce à la bataille de Bannockburn en 1314. Ici commence l’histoire ou la légende fondatrice des grades de chevalerie écossaise du Chardon d’Écosse qui nourrit le Maître Ecossais-Chevalier de Saint-André au Rite Ecossais Primitif. L’Ancienne Alliance entre L’Écosse et la France fut aussi vecteur de transmission de légende et traditions qui par mimétisme et du fait de l’exil de 1688 se transfèrent de l’Écosse à la France. Nous pensons au surplus qu’un rapprochement est à faire entre le destin des Stuarts dans la perte et la tentative de reconquête du trône d’Angleterre par Jacques II et la légende d’Hiram. Au demeurant le mythe Hiramique de la parole perdue s’inspire à notre sens, de la perte de la pierre de Scone par les dynasties Écossaise au profit des Anglais. Depuis 847, elle fut en effet la pierre du sacre des rois Ecossais, sur laquelle ils se tenaient debout pour recevoir l’onction. La pierre taillée ou gravée est l’œuvre du maçon antique. Symboliquement c’est le maçon qui fait les fondations du pouvoir royal. Importée des lointaines contrées de l’Orient en Irlande, elle fut transportée en Écosse. Selon la tradition, le royaume appartiendrait aux Écossais tant que la pierre resterait dans leur pays. Confisquée en 1296, la pierre fut prise par Édouard Ier comme butin de guerre et emportée à l'abbaye de Westminster où elle fut placée sous la King Edward's ChairLes rois Anglais s’en servirent pour leur sacre dans la position assise comme en signe de domination du symbole. La pierre du destin perdue il fallut en trouver une de substitution et donc il y a assimilations entre la parole perdue et la pierre du sacre perdue. Retrouver la pierre de Scone c’est retrouver la plénitude des pouvoirs des souverains écossais, et la voix au chapitre. Cette pierre du sacre est par sa nature symbolique pierre venue du ciel ou en rapport avec le divin. Elle est une clef de voûte et une porte sur le céleste. C’est un deuxième point qui vient alimenter l’origine écossaise du mythe d’Hiram où finalement le chevalier combattant pour la reconquête est acteur de l’histoire. L’ensemble des points légendaires sortis des brumes des Highlands vont faire conjuguer la Quête chevaleresque et l’art de bâtir des maçons. Chacun dans son ordre va raconter la même histoire et tendre vers la même lumière par des chemins différents. En filigrane la question qui se pose sera le lien entre la pierre du sacre et la chevalerie de la reconquête. Nous pensons que l’Écosse et ses légendes sont une source sérieuse et parfois négligée qui permet d’expliquer une des formes primitives de la franc-maçonnerie chevaleresque, soit une maçonnerie de la reconquête. Nous en tiendrons compte dans cette étude sur la franc-maçonnerie et la chevalerie.

Sommes-nous certains que ce qui lie la franc-maçonnerie à la chevalerie ne soit rien d’autre qu’un gout immodéré des maçons du XVIIIe siècle pour les titres et le port de l’épée ? Nous voyons trop de commentaires dévalorisants sur ce point, et nous souhaitons en savoir plus. Je ne pense pas que des générations de francs-maçons soient tombées sous les coups de leur égo, au point d’embrasser des titres ronflants, creux, et sans portée aristocratique réelle. Déjà Maitre, l’âge aidant, ils développent une sagesse qui les éloigne d’un titre qu’ils ne peuvent pas faire valoir. Le goût pour les titres et les honneurs n’ont pas fondé la relation initiatique entre le franc-maçon et le chevalier. L’attraction pour la chevalerie semble liée par l’essence de la chevalerie authentique dont le Temple et les Hospitaliers ne sont que des surgeons aux ordres et dans un idéal particulier impliquant le service de l’Église et du Nouveau Testament. Ainsi, nous plaçons la relation entre la franc-maçonnerie et la chevalerie à un niveau supérieur à toutes les branches contingentes de l’ordre chevaleresque. Nous pensons que l’association des deux branches initiatique s’est faite parle haut, c'est-à-dire par l’essence même de l’art de bâtir et de combattre. Dans le cadre d’une première réponse à ce mariage du maçon et du chevalier, nous avons une réponse que nous avions déjà étudiée au premier degré dans l’étude sur la symbolique des outils : L’idée dirige la force et la force réalise l’idée. Cette expression signifiait dans un étonnant aller-retour, la complémentarité indispensable et équilibrée entre la matière et l’esprit, et plus précisément entre le ciseau et le maillet. Désormais nous élevons, comme il se doit, notre réflexion à un niveau supérieur : l’idée est l’idéal du chevalier, la force est la technicité réalisatrice et opérative du maçon et enfin l’épée axiale qui est l’expression de la volonté divine. Une deuxième question se pose, pourquoi le chevalier intervient en franc-maçonnerie après l'émergence de celle-ci ? On pourrait être tenté de faire une hiérarchie entre le détenteur de l’idée inscrite dans le ciel et son exécuteur terrestre. Cette réponse biaisera l’intérêt des deux voies traditionnelles qui sont complètes et autonomes par leur nature propre. Il ne peut donc y avoir de subordination. On peut simplement répondre à cet ordonnancement qu’un chevalier dûment adoubé peut s’intégrer au rite initiatique de la franc-maçonnerie et c’est ce que firent les templiers réfugiés en Écosse en 1314. Ceci fait partie intégrante de l’histoire réelle et mythique du REP notamment. De même le RER indique que trois chevaliers du temple fuient en Écosse dans des cavernes prés d’Heredom. Ils rejoignent les chevaliers de Saint André du Chardon d’Écosse. En 1340 ils fondèrent l’ordre maçonnique, ordre préparatoire à l’admission dans l’ordre équestre. Le RER explique ainsi la complémentarité de l’ordre maçonnique et de l’ordre équestre, le premier servant de vivier au second. Ceci ne suppose pas une hiérarchie qui minore l’ordre maçonnique. L’erreur d’une interprétation simpliste serait d’installer la dépendance d’une tradition au profit exclusif de l’autre. Elle suppose une hiérarchie ce qui en matière de voie initiatique ne peut être admis. Chacune des deux voies se suffit à elle-même. Il faut trouver une autre explication. Il est un fait incontestable qu’il a toujours existé une perméabilité entre les voies initiatiques. Elles sont composées d’éléments comparables dans leur progression et finissent comme nous le savons par se réunir au sommet. Pourtant dans cette suite logique mettant le travail de la matière par la sueur avant le sacrifice par le sang, nous avons dans le jeu d’échec un début de réponse. Le cheval ou cavalier se déplace sur l’échiquier d’une manière particulière. Il commence sa course comme les pas d’un apprenti, puis emprunte ceux du compagnon et pour finir comme un maître. Donc le cavalier connait déjà les pas et la progression du maçon. Le cycle chevaleresque se caractérise par la maîtrise de l’animalité du cheval à l’égal du maçon qui maîtrise sa propre animalité. Le chevalier se situe plus haut en intermédiation sur son cheval avec le ciel, alors que le maçon a les pieds sur terre et sous terre en creusant les fondations. Dernier point, si le cavalier démarre sur une case noire il finit sur une case blanche et le cavalier est la seule pièce qui peut sauter les obstacles. Nous en déduisons qu’aucune subordination entre les deux voies n’est acceptable. Cependant la classification subterrestre et terrestre de l’une a pour complément la classification terrestre et céleste de l’autre. On établit une superposition. Le chevalier doit récapituler l’initiation maçonnique dans sa progression spirituelle. Il n’y a donc pas de subordination, mais une superposition correspondante à la nature des trois voies initiatique. Le lien est-il matériel ou spirituel ? Ce qui est transmis au plan initiatique, ne peut concerner une cause réduite au plan matériel, quelque soit d’ailleurs, la noblesse de l’objet social. Il est bien entendu qu’en matière initiatique ni la cause territoriale ni la cause religieuse ne peuvent dominer la cause spirituelle. Il faut admettre qu’aucune reconstruction du temple de Salomon ne peut perdurer au plan matériel. Seule la reconstruction au plan spirituel est possible. En conséquence, le mélange des causes matérielles et spirituelles porte à confusion. Il faut voir dans le message initiatique de ces chevaliers un trésor qui n’est ni sonnant ni trébuchant. Il en est de même en alchimie, on ne peut confondre l’aspect spirituel, et la pratique du souffleur qui chercherait la richesse matérielle. Le lien existait bien au plan de l’enseignement alchimique, spirituel et céleste, avec une chevalerie éclairée. Le maître maçon et le chevalier se purifiaient à la même fontaine située au pied du mont Scion ou était construit le Temple. À cette fontaine appelée SHIloha, ils pratiquaient la purification rituelle notamment des mains et des yeux, avant de se mirer dans l’eau, puis se rendaient au Temple… Rappelons que l’armement de chevalier est effectif au REP et au RER et qu’il n’implique pas une appartenance à l’Ordre du Temple trop contingent en regard de sa nature. L’arment produit donc des effets liés à l’éveil de l’esprit, et la notion d’imaginaire commun. Nous pouvons donc affirmer que le seul élément humain et matériel ne peut suffire à établir un lien. Le liant s’exprime dans la quintessence de ses propres valeurs dans les deux ordres. Ils aboutissent tous les deux au sacrifice, d’Hiram d’un coté et de Saint-André de l’autre. On voit bien que le premier appartient à l’univers de l’Ancien Testament, et que le second est sur le chemin du Nouveau sans renier l’Ancien. Les deux suppliciés partagent une renaissance pour ne pas dire une ressuscitation en esprit. Ce qui est transmis lors de l’initiation ou de l’adoubement ce sont des éléments hautement symboliques. La transmission d’une cause matérielle ne peut s’inscrire dans le plan divin. La matérialité est par définition une dégénérescence de l’esprit au sens métaphysique. La cause reste dans tous les cas spirituelle, elle permet la réalisation de l’homme sur le plan matériel. Bien tailler sa pierre ou défendre une cause juste ne peut se faire qu’en fonction d’une Loi venue d’en haut. Ladite Loi organise un retour au divin, libérant l’esprit contenu dans la matière. Voici donc la nature d’un lien spirituel qui est commun aux deux ordres. L’épée céleste vient en aide à la truelle terrestre pour la construction du Temple de Jérusalem. Cette association dans le même corps situe ce dernier en tant que médiateur entre terre et ciel. Une épée viendra désormais défendre le temple contre la perte du sens du divin. L’homme dans sa faible nature cède régulièrement à son animalité symbolisée par retour de l’adoration des idoles. Le lien entre la franc-maçonnerie et la chevalerie se situe dans une cause commune aux deux traditions qui est cette exigence de connaissance spirituelle et sacrée, faisant participer l’homme au grand dessin de la création.

Cet aspect chevaleresque en franc-maçonnerie trouvera sa confirmation dans les écrits de Ramsay. Le chevalier Ramsay, chevalier de l’ordre de Saint-Lazare dans ses deux célèbres discours dont celui de 1738 associa la chevalerie à la franc-maçonnerie. Sur les origines de la franc-maçonnerie, il évoque les Ordres de Chevalerie et cite « nos ancêtres les croisés » dont le langage secret « rappelle le souvenir, ou de quelque partie de notre Science, ou de quelque vertu morale, ou de quelque mystère de la Foi. » Il y aurait donc un « mystère » à découvrir, certainement de nature initiatique, soit un enseignement ou un éveil qui lierait la Franc- maçonnerie et la Chevalerie dans une même finalité. Cette finalité se distingue du lien spirituel que nous avons vu précédemment. Elle se fonde sur un souvenir commun d’un épisode guerrier remontant aux destructions successives du Temple à Jérusalem, à la reconquête des lieux Saints par les croisades, puis à la destruction de l’Ordre du Temple en 1314. Ainsi se perpétue le cycle de la construction destruction à travers les âges. C’est le grand souvenir et le grand rendez-vous aux pieds de la muraille entre Occident et Orient. L’affrontement est fondateur et se reproduit inéluctablement en divers mondes et époques. C’est au moment des croisades que nous sommes rentrés dans la période d’une redécouverte spirituelle et intellectuelle de l’Orient. Cette redécouverte peut se décrire comme un élargissement de l’esprit. L’élargissement donne accès au sacré au-delà du dogme religieux. C’est particulièrement vrai dans l’échange intellectuel et technique apporté par l’occupation musulmane sur la péninsule ibérique. L’affrontement fusionnel Orient-Occident, ensemença les deux civilisations pour les ressemblances et les racines qu’elles avaient en partage. Si le fait fonde l’histoire, le souvenir teinté d’idéaux alimente le mythe qui se charge d’expliquer l’origine. La quête du Graal ou de la Lumière est un dérivatif de ce souvenir commun. Cette finalité originelle apparaît clairement dans la construction et la défense du Temple de Salomon, l’épée dans la main droite et la truelle dans la gauche. Que faut-il bâtir, que faut-il défendre ? Un centre point ce contact entre la création et Dieu, qui porte en lui, dans son architecture même le plan divin qui n’est rien d’autre que l’expression d’une loi universelle. De tout cela l’homme n’est qu’un témoin devenu acteur par son initiation à ce secret, un médiateur entre la Terre et le Ciel. Il n’est plus un démiurge, car il a bien compris les limites de l’exercice, il veut retrouver et défendre la maison des origines, qui n’est autre que le retour au centre primordial. C’est ce que nous appellerons le secret du chevalier écossais de Ramsay. Recouverte d’un voile d’une bienséance diplomatique, une vérité se laisse entrevoir dans ses deux discours. Nous devons d’abord rechercher ce qui est véritablement initiatique dans la chevalerie, en recherchant les éléments rituéliques et symboliques qui autorisent un véritable "commencement".

(…) suite à paraître.

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/

Par E.°.R.°. - Publié dans : Planches
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Lundi 13 janvier 2014 1 13 /01 /Jan /2014 06:34

Parmi les faisceaux de connaissances pouvant mener l'individu aux portes de l'initiation, ceux concernant le sang sont très discrets. Le court article qui va suivre ne tiendra pas compte des aspects polémiques de la question Nous n'aborderons pas le problème de la " contre initiation ", ceux que le sujet intéresse se tourneront vers GUENON qui parait être meilleur expert. Cependant nous utiliserons les avis d'auteurs théosophes, hermétistes ou martinistes avérés.

A. DES NOTIONS BIOLOGIQUES

Le sang est un liquide rouge qui circule dans les veines, les artères. les capillaires et qui irrigue tous les tissus de l'organisme auxquels il apporte des éléments nutritifs issus de la digestion et l'oxygène. De même, il recueille les déchets pour les conduire vers les organes éliminant (reins, poumons, peau). Le sang se compose de deux parties :

  • Une partie liquide : le plasma qui renferme l'eau, des sels minéraux, des vitamines, des enzymes, des hormones, des glucides, des lipides, des protides, les produits de la digestion, des déchets, des métabolismes.
  • Une partie en suspension : des cellules ou éléments figurés. Ce sont les globules rouges, les globules blancs et les plaquettes.

Du caractère biologique su Sang :

L'acide désoxyribonucléique (ADN) est le constituant essentiel des chromosomes du noyau cellulaire présent dans le sang. Les chromosomes contiennent nos gènes ; chaque cellule en contient 23 paires. Ils constituent toute notre mémoire depuis notre premier ancêtre jusqu'à nous.

B. QUELQUES NOTIONS BIBLIQUES

1. Un symbole de vie

(Ecq. 14,18) L'expression " La chair et le sang " suffit dans la Bible à désigner l'homme. La vie est si précieuse aux yeux de YAHWE que dès la première Alliance avec NOË il proclame que celui qui répand le sang devra répondre du sien car " Il a créé l'homme à son image et à sa ressemblance " (Gn 9, 5-6). Répandre le sang d'un innocent jusqu'à nos jours est un crime. Mais YAHWE a tellement horreur des " hommes de sang " que même le roi DAVID se voit refuser l'honneur et le droit de construire le TEMPLE non pas pour avoir versé en abondance le sang de ses ennemis mais pour avoir injustement versé celui d'un seul innocent (I Chr 22,8).

2. Un symbole d'épouvante

(Ex 7,17,19-20) Le Nil charriant le sang fut l'une des plus terribles plaies d'Egypte. Mais que dire des visions d'apocalypse où " la lune ", " le tiers de la mer " ou encore " les mers, les fleuves, les sources " se transforment en sang (Ap. 6,12) (Ap 88) (Ap 16,3-4).

3. Le sang comme un interdit alimentaire

Toute vie appartient à Dieu. Toutefois NOË est autorisé à disposer de la vie des animaux pour se nourrir seulement si auparavant la chair est saignée et vidée car " L'âme de la chair est dans le sang " (Gn 9, 3-4). En effet, nous verrons plus loin que dans le sang réside le mercure spécifique de l’espèce.

4. Un agent Purificateur et Alliance

La circoncision a un rôle purificateur. Ce rite sanglant à la particularité d'imprimer dans le corps du fidèle la marque de l'Alliance (Ex 4, 2-26). Ce rôle purificateur est illustré par Çippora qui dira à son fils " tu es pour moi un époux de sang " évitant grâce à la circoncision l'inceste avec lui. Il est intéressant de souligner à ce propos une des positions de la psychanalyse moderne illustrée par Germain Dieterhem " La force vitale (i.e. éros ou libido) véhiculée par le sang ne doit pas être confondue en tant que phénomène avec des notions de souillures et d'impuretés en ce sens que cette souillure et cet impur ne viennent pas de l'extérieur mais de la fuite effective vers l'extérieur de cette "force vitale" intérieure ". Plus loin Germain Dieterhem poursuit : " Les forces qui sont en action si elles ne se dirigent pas exactement dans le sens prescrit échappent au sacrifiant et au prêtre et elles se retournent contre eux, terribles ".

5. Les rites sacrificiels

Dans les anciens rites sacrificiels, le prêtre aspergeait de sang l'Autel, le faisait couler sur les parois ou sur les cornes. Moise pratiqua de la sorte pour consacrer Aaron comme grand prêtre (Ex 29,21). Lorsque EZECHIEL lors d'une vision voit la gloire de YHVH pénétrer le TEMPLE, le prophète reçu des instructions précises pour la consécration du sanctuaire par l'aspersion du sang (EZ 43, 18-20).  Sans effusion de sang il n'y a pas rémission de pêchés " (He 9,22). Cependant, depuis le sacrifice de l'AGNEAU accomplit de manière parfaite, les innombrables sacrifices de l'ancienne ALLIANCE sont caduques. La messe est un sacrifice qui intègre la notion d’immolation. En effet, le Sacrifice du Christ récapitule, intègre et transcende tous les sacrifices de l’ancienne Alliance :

  • oblation (minha) : offrande des prémices de la terre (galettes de farine, d’huile et d’encens) dont une partie était brûlée (consacrée) et le reste consommé par les Prêtres. La forme la plus connue est le rite des 12 pains de proposition (Iehem panim) représentant les 12 tribus d’Israël. Ces pains étaient déposés dans le Temple et on brûlait dessus un peu d’encens. Ils étaient renouvelés chaque sabbat et les anciens pains étaient mangés par les Prêtres.
  • l’holocauste (olah) : (Lev 9,17 No 28,34 Ex 29,42 Ez 46,13 Ez 29,39) le mot grec signifie " entièrement brûlé ". La victime (taureau ou bouvillon) après avoir été saignée, était intégralement brûlée par le feu (en hébreux alah signifie " monter ") sur l’autel (consécration et offrande à Dieu). Le sang de la victime était répandue aux quatre coins de l’autel. L’animal était substitué à l’homme par le rite préliminaire de la sémikha (imposition de la main de l’offrant sur la tête de la victime). Cela signifiait que l’offrant se rattachait et s’offrait à Dieu .
  • le sacrifice de paix (zebah shelaminm) : (Ex 23,18 34,25) sous trois espèces, c’est un sacrifice de communion avec Dieu pour les grandes solennités. Le sang et les graisses de la victime étaient immolé et le reste servait de nourriture aux fidèles et aux prêtres. Une espèce est la zebah todah (sacrifice de louange ou d’action de grâce) que l’on retrouve dans la Messe sous la forme d’Eucharistie : après des chants d’action de grâce, immolation de la victime avec circumambulation autour de l’autel puis offre de pains et libations de vin dans une coupe appelée " coupe du salut ".
  • hattat : rite de purification et d’expiation pour le péché. Imposition des mains sur la victime et une partie brûlée et l’autre consommée par les prêtres. On retrouve le " bouc émissaire " vêtu de rouge (couleur symbolique du péché) pour les péchés du prêtre et du peuple.

C. ETHNOLOGIE VAUDOU : LE SANG

La vision occidentale et judéo-chrétienne du monde est une singularité parmi tant d'autres. Par exemple dans l'ancien Dahomey (actuellement le Benin) berceau du Vaudou que représente le sang ? Géographiquement et historiquement le Vaudou est originaire des plateaux d'Abomey à 200 km du port de Cotonou à l'intérieur des terres.

1. Le sang : fluide par excellence

Le sorcier, le guérisseur, le charlatan béninois quelque soit son niveau de connaissance occulte réelle, lorsque vous le consultez vous demandera une kyrielle de fournitures. Immanquablement sur la liste figurera un animal vivant dont le sang sera répandu en offrande aux différentes divinités concernées par votre problème. Selon les sacrificateurs vaudou, le sang contiendrait un mystérieux élément liant le visible à l'invisible et de ce fait, est capable d'obliger ou du moins de disposer les interlocuteurs invisibles à " prêter davantage l'oreille ". Cette thèse avait été soulignée par GUENON qui pensait à propos de certains aspects du sang qu'il " constitue effectivement l'un des liens de l'organisme corporel avec l'état subtil de l'être vivant… l'état subtil est lié à l'état corporel de deux façon différentes et complémentaires, par le sang, quant à la qualité calorique, et par le système nerveux quant à la qualité lumineuse ". La recherche de ce fluide mystérieux pour les rites vaudou explique les sacrifices humains qui eurent cours jusqu'à son abolition aux environs des années 1868.

2. Les mots de pouvoir dans le vaudou

Dans les rites vaudou les incantations contiennent en elles-mêmes :

  • Le sens de leur destination, c'est le sens littéral.
  • Leur mode d'activation grâce à l'altération vocale particulière du sens littéral.
  • L'indication de l'élément végétal qui est l'agent médian.
  • L'indication de l'animal correspondant dont le sang conduit au changement de niveau vibratoire.

Seul le tour de main reste secret et fait l'objet d'une transmission orale au sein des couvents vaudou.

D. LES VERTUS DU SANG

Au risque de répétitions, le sang grâce à sa conscience nous garde vivant. Il véhicule l'âme de notre chair la NEFESH hébraïque dont le départ entraîne la mort. Il transmet la chaleur dans tout le corps. Il connaît intimement tous les recoins du corps. Il imprime en sa mémoire toutes nos passions, nos vertus, de même qu’il contient déjà celles de nos innombrables ancêtres. Mais il est bien plus encore je veux suivre en cela 0.V. de MILLOZ de LUBICZ sur ce point que " Le sang est proche parent du feu et de la lumière ; au même degré qu'eux il résulte de la transmutation instantanée de la lumière incorporelle ". Le sang est la " Lumière des hommes " et les siens ne l’ont pas connue. C’est pourquoi il est dit " que le royaume des cieux appartient aux simples d’esprit et aux enfants ".

E. LE SANG ESOTÉRIQUE

1. Le symbolisme

(Gn 2, 10-14) Un fleuve sort du jardin de l'EDEN et se divise en quatre bras :

  • Le 1er s'appelle le PISHÔN, il contourne tout le pays de HAVILA où il y a l'or pur et là se trouve le bdellium, la pierre de cornaline.
  • Le 2éme est le GIHÔN contourne le pays de Kush.
  • Le 3éme le TIGRE coule à l'Orient d'Assur.
  • Le 4éme l'EUPHRATE.

Au-delà du sens littéral, on peut y voir un sens symbolique, notamment au niveau des couleurs. Rappelons que les anciens distinguaient quatre principaux tempéraments définis suivant la prédominance dans l'organisme des quatre humeurs dont les natures sont :

  • la lymphe : de couleur blanche et de caractère lunaire. C'est un élément de substantiation.
  • le sang : de couleur rouge est de caractère solaire, c'est un élément d'animation et de vitalisation. Il est aussi élément de substantiation.
  • la bile : de couleur verte et de caractère corrosive. C'est un élément de séparation.
  • l'atrabile : de couleur noire. C'est un élément de contraction

La lymphe et le sang sont de caractère altruiste. Le sang est confiant, généreux et régénérateur. La lymphe est la nourrice du corps entier. Au moindre danger pour l'organisme, elle est prête à sacrifier ses leucocytes. La bile et l'atrabile sont deux serviteurs de la volonté égoïste du moi. Comme l'Eden, le corps humain lui aussi est baigné par un fleuve qui se divise en quatre bras. Personnellement, j’établerai la correspondance suivante :

  • le Pishôn est le sang,
  • le Gihôn est l'atrabile,
  • le Tigre est la lymphe,
  • l'Euphrate est la bile.

Mais de l'EDEN l'homme n'a plus de souvenir sauf une très vague nostalgie qui se manifeste par un mal-être persistant.

2. Porte d'Eden et porte du cœur

(Gn 3, 24) " Il (i.e. YHVH Dieu) bannit l'homme et il posta devant le jardin d'Eden les Chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l'arbre de vie ". (traduction de la Bible de Jérusalem). Voici une autre traduction de E. DHORME : " Il chassa l'homme et il installa à l'ORIENT du jardin d'Eden les Chérubins et la flamme tournoyante de l'épée pour garder la route de l'arbre de vie ". Je vous livre un commentaire sur ce verset du livre de Nachash : " Il chassa l'être adamique devenu étranger à son ancien milieu et pèlerin dans son nouveau ; puis pour défendre le milieu organique (privilégié), il établit fortement un ensemble de puissances destructrices tirées de son centre vivant : les KEROUBIM, par essence Feu vivant et dévorant en perpétuel mouvement autour de ce centre et chargés de l'opposer à tout accès vers la substance de vie ". En méditant ces trois extraits, on pourrait déduire ceci : L'être adamique (la conscience de l'homme rouge) devint inconscient de son propre ORIENT (centre = source de vie) afin de défendre le milieu organique(jardin = appareil circulatoire) fut placé sous un contrôle réflexe très puissant dissuasif lors de toute tentative d'approche directe en provoquant par accélération cardiaque différents malaises allant du physique au psychologique. Voilà donc l'homme hors de son chez lui. MILOSZ nous fait cependant entrevoir un espoir car le sang " En se transformant en clarté physique, cette lumière devient également circulation, création de l'espace - matière organique (chair) " et par ce biais nous enseigne que contacter la conscience du sang est réalisable et favorise l’intégration de la lumière en nous. Cette entreprise n'est pas sans danger car les " CHÉRUBINS " ou " KÉROUBIM " veillent au seuil de l'Eden. Il ne faut pas perdre de vue que les fonctions de tous les gardiens du seuil sont doubles :

  • Celle de protéger de tout danger celui qui sollicite le passage lorsqu'il n'est pas prêt.
  • Celle de faire évoluer le pèlerin afin de le qualifier pour une prochaine tentative.

Cette double fonction dans le cas des KÉROUBIM se manifeste par le NOM. En effet, la structure de KEROUB (K R B ) contient les mêmes lettres que bârakah (B R K) signifiant bénir :

  • (B R K) : Force de bénédiction.
  • (K R B ) : Sévérité juste.

Tout retour de l'homme vers l’EDEN est conditionné par une transformation. L'ART ROYAL est une des voies possibles.

F . LA DIMENSION INITIATIQUE DU SANG

CESARE DELLA RIVIERA dans son texte " Accès à l'Antre de Mercure " écrit ceci :

· " Afin de t'éviter toute errance, il te convient d'abord de savoir que la terre, que nous foulons n'est pas le véritable élément terrestre… Tu ne peux par lui arriver au céleste DON ; mais à l'ORIENT tu trouveras une porte la plus ample et la majeure entre toutes celles qui, a ceci, nous donnent facilité... Une autre entrée, selon d'autre se trouve dans les grands monts de la LYBIE. Hermès, pareillement en désigne une en certaine partie de la Mer Rouge ".

Mais avant d'essayer de pénétrer dans ses grands monts de la LYBIE, remettons-nous en mémoire quelques notions sur l'ART le plus susceptible de nous conduire au but.

  1. SAVORET définit l'ART ROYAL en ces termes :

· " L'alchimie vraie, l'alchimie véritable est la connaissance des lois de la vie dans l'homme et dans la nature et la reconstitution du processus par lequel cette vie adultérée ici bas par la chute adamique, peut recouvrir sa pureté, sa splendeur sa plénitude et ses prérogatives primordiales ; ceci dans l'homme moral s'appelle rédemption ou régénération, réincrudation dans l'homme physique ; purification dans la nature ".

L'alchimie enseigne les trois règnes sont modelés suivant les trois principes alchimiques :e sel, l'agent actif. Le sel est le feu. Le mercure favorise la cohésion. Le soufre qui porte l'âme la spécificité. L'importance du sel est telle qu'il est dit dans l'Evangile " Vous êtes le sel de la terre ". Les trois principales étapes de 1'œuvre alchimique sont :

  • La mortification,
  • le SOLVE,
  • le COAGULA.

Très longtemps la mortification ou purification me fut incompréhensible. Elle consiste simplement en la distinction en nous-même de trois types de sensations. Dans l’homme normal ces sensations sont regroupées et intimement imbriquées dans un nébuleux chaos. Les trois sensations séparées et différenciées constituent la découverte des trois principes alchimiques en nous. Ceci est la vraie purification. Dès lors, toute conception morale et de culpabilité doit tomber. Tout ceci s'entend ORA et LABORA. Il n'est pas inutile de dire que le sel est un feu qui nous infuse durant notre recueillement dans la prière devant la porte de l'Eden : " Frappez et l'on vous ouvrira ". Vous pourrez lire (Ma,C 9,49) " Chacun en effet sera salé par le Feu " : c'est clair, le sel est le feu. Sur le plan opératif, la purification consiste en la prise de conscience par l'individu de chaque type de sensation innée dans chacun des organes internes que les anciens nommaient sous les vocables de grottes, monts, etc… Chaque organe étant la réflexion des planètes qui incarnent des fonctions du macrocosme, nous devons pouvoir par sympathie les connaître (Co-Naitre). Ceci est représenté dans notre rite par le chandelier à sept branches. " L'attention portée sur une partie du corps fait de cette partie un aimant d'ÉNERGIE, c'est elle qui est capable de donner cette plénitude de vie capable de surmonter la maladie, l'angoisse et l'anxiété lorsqu'elle est concentrée dans le cœur et même d'éveiller nos sens supérieurs. Le plus grand obstacle à la pénétration du feu ou sel est notre cerveau, c'est lui qui tue la présence à soi ". C'est ce que nous confie Schwaller de LUBICZ.

G. L'ARCANE DU SANG DANS L'ALCHIMIE INTERNE

L'extrait qui suit justifie à lui tout seul l'importance de l'alchimie interne. Schwaller de LUBICZ écrit en effet " La manifestation la plus tangible du monde des causes est celle des fonctions qui régissent notre existence. Ces fonctions se sont incarnées dans notre corps physique sous forme d'organes qui sont des spécifications de la conscience. Disons organes, disons planètes… parlons du cœur ou du soleil nous aurons simplement cité des manifestations fonctionnelles de la même vie ". Les anciens enseignaient les mêmes vérités. Ainsi le mot Orient que je rapportais de Cesare Della Riviera désigne le Cœur ou soleil tandis que le groupe de mots Mer rouge désigne lui, le sang.

1. Fil d'Ariane : Le Sang

Si les anciennes écoles initiatiques ne disent pas clairement les méthodes qu'ils enseignaient, ils nous les laissent entrevoir. Plus haut nous avons vu que le chemin de l'Eden était gardé par les K.R B. Nous ne pouvons donc aller au sang et au cœur directement. Nous savons :

  1. Que le c est un feu vivant.
  2. Que nous pouvons le tracter durant la prière donc nous en charger davantage.
  3. Que l'attention portée sur une partie du corps l'aimante.

Les anciens laissent entrevoir deux méthodes pour l’intégration du Mercure.

Première Méthode :

Le PRANAYAMA enseigne que l'air contient une force subtile, le PRÂNA. Nous savons aussi que la respiration profane permet de modifier le PH sanguin. Selon l'enseignement yogique, la concentration sur la force subtile cachée dans le souffle, constitue un moyen d'atteindre et de " purifier " le I . C'est ce qui fait dire dans le " de Pharmaco Catholico " :

" Mercure s'appuie particulièrement sur les poumons à cause de l'élément air. Lui qui en tant qu'esprit envahit et pénètre les deux autres principes : c et Q , c’est à dire le corps et l'âme qui réunit et lie constamment au moyen de la chaleur naturelle ". Demandons-nous sur quoi doit agir le feu chez celui qui veut relâcher et transformer cette union ?

Deuxième Méthode :

Elle consiste à se concentrer sur le sang qui peut être atteint par le biais de la sensation de chaleur corporelle. Ceci est plus clairement expliqué par LUBICZ : " Il s'agit d'éprouver la vie comme une énergie chaude qui remplit le corps entier ". N’est pas ce que le V. M. nous suggère de faire lorsqu'il autorise le Ceryx muni d'une mèche allumée à accompagner le premier Mystagogue jusqu'à l'autel où se trouve le chandelier à sept branches ? Bernard de TREVISE dans son songe VERT parle d'une mer rouge parce qu'elle est du sang. Au-dessus flotte une île qui comprend sept royaumes où l'auteur est emmené par un " tourbillon ". Vivant J. BOHME, le feu de la vie humaine (Mercure spécifique) réside dans le sang mais un second sang (Mercure universel) doit s'insérer dans le sang humain irascible et dans le feu de la mort (allumé par la "chute"), pour le noyer. Ce feu de la mort ECKHARTSHAUSEN le nomme fervent de la mort et le spécifie encore sous le vocable de Gluten. Il est contenu dans le sang. C’est le mercure spécifique, celui de l’espèce. (Gn 2,12) Ce bdellium est présent avec l'or et l'onyx dans le pays que contourne le PISHON. A ce sujet GICHTEL me parait fulgurant de clarté en conseillant : " L'opération a lieu dans le cœur et ici la porte des cieux [ i e. des états occultes ] est frappé avec violence ... Et cela demande un travail acharné, une sueur de sang [ le " travail d'HERCULE " de la " séparation " ] ". Je pense que l'allusion est pour la séparation d'avec le Gluten Mais pourquoi dit-il juste après : " Parce qu’alors l’âme doit lutter contre Dieu [ pour se maintenir et ne pas " se dissoudre " dans la lumière] et contre les hommes [ pour dépasser en même temps la condition humaine ] ". L’enseignement hermétique répond que " traverser la Mer Rouge, c'est traverser les eaux de corruption, ces EAUX qui ne sont pas autre chose que CHRONOS " et on expliquait que " ce que Moise appelle Mer Rouge c'est le sang " et " dans le sang se trouve l'épée serpentée de flamme fait pour barrer l'accès à l'ARBRE DE VIE ". L'ART ROYAL permet donc une transformation dans le principe subtil du sang. Dans Jean XVII 22.23, Jésus dit : " Je leur ai donné et communiqué la gloire que vous m'avez donnée, afin qu'ils soient un comme nous sommes, un en eux, et eux avec moi afin qu'ils soient parfaits dans l'unité ". Le Gluten, voilà l'ennemi à éliminer. Purifier l’âme humaine corrompue par ce Gluten présent dans le sang justifie l’expression qu'il n'y a pas de rémission sans effusion de sang. Ceci signifie donc sacrifier l'âme animale la NEFESH et partir à la " Queste du GRAAL ". C'est donc aller à la conquête du SANG DIVIN qui seul peut restaurer l'état édénique originel.

2. Combattre le Gluten

Par l'intermédiaire du rite d'initiation chevaleresque donc d'un pacte divin, était donné au chevalier le moyen de sublimer et éthérifier son sang. Il met ainsi en lumière la qualité la plus élevée et spirituelle de l'impétrant. Les moyens traditionnels fournis au chevalier pour exalter la spécificité de son sang, étaient les suivants :

  • le sens du sacrifice,
  • le culte de la vérité,
  • celui de la loyauté,
  • la vertu au sens virtus, c’est à dire force,
  • l'honneur non pas égoïste mais plutôt le sens très noble.

Ces moyens permettaient d'aspirer à une réalisation authentique. Le chevalier qui entreprenait une voie de purification héroïque et qui était prêt à sacrifier son propre sang parvenait ainsi à éliminer le gluten. Ce processus indique le sens du mot foi (i.e. Fides). C'est se conformer à une conception traditionnelle et faire qu'elle devienne Sang de son propre sang. Une fois cette conviction établie en vous alors seulement naîtra le sens de la responsabilité car elle sera le produit de votre conscience actuelle : le mal qui rend l'homme pêcheur n'étant pas dans l'acte même mais dans la transgression d'une conviction. Tous ne pouvant pas devenir chevalier, le Christ en instituant l'EUCHARISTIE conféra au prêtre un grand pouvoir. En effet, le prêtre, nous dit ECHARTSHAUSEN, est un séparateur de la nature pure d'avec la nature impure. Un séparateur de la substance qui contient tout, d'avec la matière destructible qui occasionne la douleur et la misère. Le sacrifice, ou ce qui a été séparé, consiste dans le pain et le vin :

  • le Pain est la substance qui contient tout,
  • le Vin est la substance qui vivifie tout.

Dans la claire compréhension de la CHAIR et du SANG de Jésus-Christ réside la vraie et pure connaissance de la régénération effective de l'homme. Le mystère de l'union avec Jésus-Christ, non seulement spirituellement mais aussi corporellement est le mystère suprême de l'ÉGLISE. DEVENIR UN avec lui en esprit et en être telle est la suprême réalisation. Concluons par (Jean 4, 21-23-24) : " Le temps vient, et il est déjà venu. Que les vrais adorateurs adoreront le PÈRE en ESPRIT et en VÉRITÉ car le PÈRE demande de tels adorateurs. DIEU est ESPRIT et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en ESPRIT et en VÉRITÉ ".

J’ai dit,

Source : www.ledifice.net

Par M\ T\ - Publié dans : Planches
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Samedi 11 janvier 2014 6 11 /01 /Jan /2014 10:09

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Par X - Publié dans : Facebook
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Vendredi 10 janvier 2014 5 10 /01 /Jan /2014 07:00

V\M\ et vous tous mes frères en vos grades et qualités, si l'on voulait écrire ou simplement penser sur un thème, il me semble que le triangle fait partie de ces sujets de réflexions qui sont inépuisables.
En effet le triangle peut être abordé à plusieurs niveaux :
Au niveau spirituel (le père, le fils, le saint esprit ),
Au niveau reproduction (le père, la mère, l'enfant : 1+1=1),
Au niveau architectural : Les pyramides,
Au niveau Imaginaire : le triangle des Bermudes,
Au niveau géométrique,
Au niveau symbolique : le triangle présent dans de nombreuses croyances.
Ce sont ces 2 derniers niveaux qui retiendront mon attention.
Etymologiquement triangle veut dire 3 angles
En géométrie, le triangle peut être :
- Quelconque 3 côtés inégaux,
- Isocèle 2 côtés égaux,
- Equilatérale 3 côtés égaux, il est aussi isocèle,
- Rectangle avec un angle droit.
Le triangle rectangle peut, par les dimensions données à ses côtés, être isocèle ou quelconque.
Le triangle de Pythagore est rectangle et ses côtés sont dans le rapport de 3 à 4 ce qui donne pour l'hypoténuse le chiffre 5. C'est le seul triangle qui soit dans une progression arithmétique de raison 1.
Après cette évocation du triangle au niveau géométrique, je vais maintenant aborder l'aspect symbolique.
Et puisque je me trouve entre les colonnes, je vais vous parler du triangle dans la loge, au grade d'apprenti.
A ce grade, le triangle est matérialisé de différentes façons.
Nous le retrouvons :
- delta lumineux (facultatif dans le rituel),
- chandeliers (qui devraient être de forme triangulaire),
- sur la pierre cubique surmontée d'une pyramide,
- sur la laie : dont les 2 côtés ont une forme triangulaire,
- et au niveau du tablier dont la bavette triangulaire est relevée.
Cette bavette, rabattue aux autres grades, semble avoir, pour l'apprenti que je suis, un triple rôle de protection :
- protection des éclats, dus au travail de la pierre brute,
- protection au niveau des centres énergétiques inférieurs,
- protection au niveau de nos passions sexuelles.
Nous noterons, que si nous plions la partie carrée du tablier, nous obtenons 2 autres triangles.
Aux autres grades lorsque la bavette est repliée, 2 autres triangles sont formés de part et d'autre cette bavette.
Cette énumération rend compte des triangles visibles dans la loge au grade d'apprenti. Mais essayons d'aller plus avant.
Afin de progresser dans mes investigations, j'aurai pu lire de nombreux ouvrages, réfléchir la lumière de leurs illustres auteurs, et partir dans des explications brumeuse dans lesquelles je me serais probablement perdu.
A cette alternative, j'en ai préféré une autre, plus personnelle. J'ai donc choisi d'irradier ma propre lumière, même si elle est encore très faible. Toutefois, je suis conscient de prendre cette fois le risque de me tromper. Risque que j'accepte volontiers, car mon interprétation est très certainement trop personnelle. Car en réalité, tout se passe simplement au niveau du ressenti - ce qui est somme toute assez subjectif -.
Comme cette vision matérielle, représente uniquement ce que nos yeux peuvent voir, Je vous invite maintenant à un survol virtuel de la loge.
Que voit-on ?
3 la gouvernent
Le V\M\ le 1er et le 2° S\, un triangle se forme pointe à l'orient.
3 l'organisent
Le secrétaire, l'orateur et le couvreur forment un 2° triangle dont la pointe à l'occident.
Il semble que dans le 1er triangle tout part du V\M\ et tout lui revient.
Sans le 2° il n'y aurait aucune organisation en loge.
Mais poussons encore un peu plus loin notre voyage au-dessus de la loge.
Imaginons que nous superposons les 2 triangles. Nous obtenons le sceau de Salomon. Le centre de ce sceau se trouve être le centre de la loge. A l'endroit même où est posé le tableau de loge. En ce centre, le maximum d'énergie est concentré. Le V\M\ placé à l'orient, en est le catalyseur principal.
En y regardant de plus près, nous pouvons découvrir un 3° triangle, sa pointe est à l'occident. Cette fois, c'est l'emplacement des 1° et 2° M\ d\C\ ainsi que le tuileur qui permet de dessiner ce triangle.
Pour organiser l'arrivée, le déplacement en loge et le départ des maçons.
Si nous le superposons au triangle pointe à l'orient, nous voyons une nouvelle fois se dessiner le sceau de Salomon.
Il est normal de retrouver qu'un seul triangle pointant à l'est car c'est la source de la lumière.
Si le 1er sceau de Salomon représentait la stabilité, le côté spirituel de la loge, le 2°, lui ,permet le mouvement, et c'est la dimension dynamique de la loge qui s'exprime.
Ces 2 représentations, du sceau de Salomon, sont le pendant l'une de l'autre. La stabilité d'une part et la dynamique de l'autre. Sans ces 2 aspects les choses se figent et n'évoluent pas. Ici nous atteignons donc l'équilibre nécessaire à chaque chose.
L'évocation du sceau de Salomon me fait inévitablement penser aux séphirots de la kabbale. Je pourrais en effet disserter sur la superposition que l'on peut faire entre le schéma de la loge et le schéma séphirotique (dans lequel plusieurs triangles sont représentés) mais la complexité du thème nécessiterait que l'on s'y consacre entièrement.
Si le rituel impose une place à chacun nous voyons que tout cela a été mûrement et longuement réfléchit, décidé, réalisé. Aucune part n'a été laissée au hasard. L'improvisation n'existe pas.
D'ailleurs, c'est aussi le cas dans d'autres loges, régies par d'autres rites (comme par exemple le rite écossais). Là, le 2° S\ n'occupe pas la même place, toutefois nous retrouvons le triangle. Mais ici, l'étoile n'a plus que 5 branches.
Après un bref rappel géométrique, notre voyage nous a permis de mettre en lumière certains aspects du triangle à l'intérieur de notre loge, ainsi que dans une autre.
Tout cela m'incite à penser que la maçonnerie actuelle est le fruit de nombreux courants de pensée. Selon sa loge mère, on suit un rite ou un autre. Mais qu'importe le chemin extérieur, puisque le plus important est celui que nous faisons à l'intérieur de nous même.
Quant au triangle, il semble être le minimum indispensable au commencement de toutes choses.
" Au commencement était le verbe. "
Le verbe lui-même avait peut être la forme d'un triangle puisqu'il symbolise l'énergie :
- l'énergie protectrice (comme la bavette du tablier),
- l'énergie constructrice (la laie et la pierre cubique)
- l'énergie Concentrée (au centre de la loge).
Nous sommes en droit de nous demander si le triangle ne serait pas tout simplement Le Créateur ?
J'ai dis V\M\

Source : www.ledifice.net

Par x - Publié dans : Planches
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Jeudi 9 janvier 2014 4 09 /01 /Jan /2014 07:01

Le Secrétaire en loge siège à l’Orient, face à l’Orateur, dans l’alignement de la colonne septentrionale et sous la lune à la droite du V\M\. Voilà pour la disposition dans l’espace et voilà que cet emplacement n’est pas anodin, nous le verrions à divers degrés. Mais l’on sait qu’en tout premier lieu, le Secrétaire, ici-même, fait fonction de “mémoire” de la Loge. Et, qu’est-ce que la mémoire? Au sens latin “memoria”, elle est l’“aptitude à se souvenir” mais je ne peux m’empêcher de penser, depuis que cette charge m’incombe, que le Secrétaire est, dans la pratique, plus dans le “mémorandum”, c’est à dire comme “l’Aide-Mémoire” de son Atelier et de ses membres. L’“Aide­Mémoire”, au sens propre, est censé rappeler les points essentiels d’une question, d’un débat, d’une narration, d’une décision tel le Mémorandum donc qui est l’objet même de ce qui doit-être rappelé. Le secrétaire est le Témoin qui écrit la synthèse et qui préserve l’Histoire de la Loge, au service de la Loge. Au service parce qu’il aide ses frères à se rappeler, et simplement aussi au service des autres comme tout un chacun dans une loge maçonnique puisque, quelle que soit sa charge, son plateau, c’est bien de fraternité et de devoir dont on parle et non de pouvoir ou de gloriole; notre charge EST le service et, pour ma part, plus encore depuis que j’ai accepté la charge de Secrétaire, cette utilité à la Loge, mes frères, m’honore et sincèrement me comble.
Donc, l’Aide-Mémoire de la Loge se doit d’être utile aux frères par l’Ecoute, la Rédaction et la Restitution lue des travaux en loge. Son devoir est de rédiger l’esquisse des travaux en cours puis de dresser la planche d’architecture qui sera soumise à l’approbation des Maîtres à la Tenue suivante. Le secrétaire est chargé de la correspondance, sous mandement, à l’intérieur comme à l’extérieur, des convocations, des rapports avec le Grand Secrétariat, de la mise à jour des registres. Il assiste au dépouillement des votes et note le montant du Tronc de la Veuve enfin, il signe avec le V\M\ la plupart des planches officielles et pièces administratives. Voilà presque exhaustivement l’activité et les obligations dues à sa charge.
Le Secrétaire, “Scriba” , est le copiste, le greffier et prend son origine dans l’Administration Royale (David et Salomon les employaient déjà comme spécialistes pour, entre autres choses, la rédaction des Lois); parce qu’il sait lire et écrire (mais aussi... épeler!). De même, le Scribe est “Docteur de la Loi” chez les Juifs. —Petite parenthèse toute personnelle, Moïse n’était-il pas, finalement, le scribe de Yavhé???
Bon, en fait, le Secrétaire est par delà et avant tout le dépositaire des Secrets, selon l’origine même du mot, secret du sacré et sacré du secret dont les racines proches portent sur l’idée du “séparé de, réservé à”. Oui, il s’agit bien ici de ce qui ne doit pas être révélé au profane, de ce qui est caché, à savoir, cet ensemble de “connaissances” réservées à quelques uns et, au sein même des Ateliers, de ce qui reste inconnu d’un degré à l’autre. Voilà de quoi est garant le Secrétaire qui, par la rédaction, par l’Ecrit, laisse une trace concrète de la pensée et donc de l’Oral en Loge.
Lorsque l’on parle d’Ecrit, on sous-entend, comme vu ci-avant, “scribere”, c’est à dire l’action de tracer des caractères, terme dérivé de l’indoeuropéen voulant dire “gratter, inciser” ou le “Skariphos grec” qui nous donnera “la scarification”. N’est-ce pas intéressant ici, par ce raccourci éthymologique, de passer de notre Ecrit contemporain (manuscrit- tapuscrit - courriel ... ) à la scarification ancestrale en vigueur chez de nombreuses ethnies encore aujourd’hui? Car la trace superficielle pratiquée au rasoir à même la peau des enfants participe pareillement du sacré. Sûrement que cela apparaît barbare pour nos “bonnes” civilisations ( pardonnez la litote!) mais c’est, à l’instar du baptême chrétien quelquepart et sans doute, le symbole de notre relation au cosmos et aux Dieux comme de l’appartenance à une tribu ou une caste. C’est donc un signe de reconnaissance fraternelle tout autant que le partage de croyances et rituels appropriés. Et cela parle bien sûr au Maçon que je suis qui utilise, même si cela est invisible au profane, des signes de reconnaissance et d’appartenance!
Dans ce sens, scarification oblige, le Tracé vif est à Vie.
Et, quand je parle de tracé vif, je parle aussi et bien sûr du tracé de l’instant, à l’instant. Ce qui est marqué à un moment T, devient permanent, inscrit d’une manière durable. Le Tracé s’inscrit, de constat, comme la gravure des secrets dans le Temps: “Scarifié dans le passé, Lu au présent, Cultivant notre avenir”.
Le marquage, trace concrète de la pensée (et pour nous en Loge, trace de notre Oral), devient alors “fondateur” et donc fondamental. On peut alors dire que la Trace fait l’Histoire. Elle ne crée pas l’Histoire, non, mais elle en est fondation... plus ou moins stable. N’en déplaise aux révisionnistes!
Tout cela met en évidence un paradoxe qui m’intéresse particulièrement: en effet, de tout temps, l’inscription faites par des scribes, des tailleurs, des sculpteurs, des sorciers, bref, des initiés à la transmission par le marquage, l’incision, le ciselage, le dessin ou l’écriture, s’intégrait à un rituel confinant au secret. Au secret de caste, d’appartenance, aux secrets des Dieux qui n’étaient divulgués, a forciori, qu’à certains, donc à une élite (ce qui n’est pas péjoratif, l’Elite je veux dire). Or, si l’on connaît aujourd’hui quelque peu l’art rupestre, le cunéiforme Sumérien ou le hiéroglyphe égyptien, c’est parce que le tracé est par devers lui objet même de communication.
Paradoxe donc, le Secret sert au partage des Savoirs et devient par cela mode lui-même de communication. Et si je vais jusqu’au bout de ce que d’aucuns prendraient pour un sophisme, le secret, le “séparé”, devient alors lui-même divulgation... ou facteur du partage, de la réunion, la réunification, etc. Je pourrais en déduire qu’à termes donc, le Secret a pour but de se faire connaître par la vulgarisation du savoir, vulgarisation dans son sens originel de “vulgus” et donc d’accessible à tous (ce qui, à mon sens, n’est pas du tout péjoratif, non plus!).
Dans cette approche, le Secrétaire serait bien le dépositaire du secret pour mieux le restituer ensuite. Malheureusement, les secrets ne sont pas tous bons à savoir pour l’Humanité et, ce, pour une raison toute simple: les secrets ne sont pas Vérité et demeurent humains (au même titre que le mensonge d’ailleurs)!!!
Digression terminée, “revenons à nos moutons”, comme disait Abraham.
Au regard de ce qui précède, considérons maintenant la place cardinale du scribe en atelier, soit le Secrétaire en loge, à l’Orient et dans l’alignement de la Colonne septentrionale. Positionné physiquement à la pointe de la branche Nord-Est d‘un pentagramme formé des 5 qui éclairent la Loge et la rend Juste, la vision plongeante qu’il a de cette place sur l’Atelier lui permet un regard global pour suivre les travaux afin de les retranscrire au mieux. Pour ma part, c’est effectivement une autre vision, donc approche, de notre Atelier et des FF\ qui le compose et il me semble que l’inverse est vrai puisque le Secrétaire, par sa fonction et l’emplacement de son plateau est mis en exergue au regard et au jugement fraternel de tous. Il n’est pas infaillible et se doit donc de respecter les critiques constructives de ses FF\ pour affiner son tracé.
Le F\ Secrétaire est donc placé sous la Lune (émanation même de la lumière solaire... de même que la planche synthétique des travaux précédents est et doit-être le juste Reflet de tout ce qui s’est passé et dit en Loge). Quant à son symbole (marqué au sautoir), il est le dessin de deux plumes entrecroisées qui définissent sa fonction. La plume et... la Lune donc ou, disons plus exactement, la plume, la croix et la lune.
Le symbolisme de la Plume, taillée en stylet comme représentant de l’écriture même (voire de l’écrivain), est aussi, par sa légereté, image du souffle et du verbe, donc de la Vie elle-même dans les cosmogonies les plus répandues, de l’ascencion céleste et de la clairvoyance. Dans moult civilisations, elle est directement associée à la Lune, elle même symbole de la connaissance indirecte puisque reflet de la Lumière solaire. Cette Plume dite aussi Qalam dans la tradition Islamique participe de la Création primordiale, elle écrit la Destinée sur le Livre, ou “tablette” qui participerait de la “Materia Prima”. Cette même “Calame” se retrouve comme outil concret de traçage chez les Sumériens.
Quant à la Lune, elle est aussi liée au Secret de part l’apparition et la disparition de sa rondeur ou de ses croissants dans le temps circonvolutif. Plume et Lune sont donc liées par le Savoir et la Connaissance cachés (ce qui n’est pas antinomique!). Quant à l’entrecroisement des deux plumes, sans développer ici la multiplicité des interprétations et la puissance du sens symbolique de la croix depuis l’antiquité, retenons simplement sa magnifique représentation de l’Orientation et de la Médiation, ce qui, pour le Secrétaire, en tant qu’“Aide Mémoire de la Loge” (j’insiste) s’affirme dans la mesure ou il décide, et donc oriente, de ce qui lui paraît essentiel de graver pour le bon fonctionnement de sa Loge. C’est une responsabilité lourde car, même si ce qu’il trace est voté— il n’y a pas si longtemps, son esquisse était validée en fin de chaque tenue—, ce qu’il omet peut être définitivement perdu. En effet, lorsque le F\ Secrétaire prête serment, il s’engage sur les Trois Grandes Lumières, à devenir “la Mémoire” de la Loge, à “Ecrire” en rappelant les décisions et tout ce qui paraît essentiel, à assurer la “Continuité” et la “pérénité”. Il fait sien son rôle et s’investit donc en tant que personne; sa responsabilité est de consigner ce qui “lui paraît être utile à tous”. Sa réflexion et son arbitrage tracé, telle “la croix” citée plus haut, prend ici une place prépondérante; et l’on comprendra aisémment que l’art du Secrétaire dans la restitution orale des travaux de la Loge participe plus de la Rhétorique que de la Dialectique.
Pour terminer ici, je me propose de vous réciter ce petit texte du XVI I I e siècle, que tout le monde assurément connaît et de vous en faire une interprétation très très personnelle, uniquement sur les premières strophes sachant que la chanson se termine en amours libertines et que son décryptage pourrait être sujet à un travail bien autre, voire à la controverse :
" Au clair de la Lune (éclairage émanent, reflet de la connaissance)
Mon ami Pierrot (Kefa, Simon Pierre, la Pierre fondatrice, voire Philosophale (oups!))
Prête moi ta Plume (le Qalam originel)
Pour écrire un mot (s’entend sur le livre créateur soufiste)
Ma chandelle est morte (je n’ai plus la lumière de l’intuitif assimilable au Soleil)
Je n’ai plus de feu (j’en suis mourant, sans plus de vitalité et ne peux transmuter)
Ouvre moi ta porte (par Janus, montre moi le Chemin, la Voie)
Pour l’amour de Dieu (et, enfin, accéder la sagesse) " .
Je trouve cette comptine particulièrement adaptée au Secrétaire qui écrit sous la réflexion lumineuse de l’Astre nocturne et qui sans sa plume est et restera des plus démunis, soit... le pauvre d’esprit.

J’ai dit V\M\

source:
www.ledifice.net

Par H\ M\ - Publié dans : Planches
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Mardi 7 janvier 2014 2 07 /01 /Jan /2014 06:35

Je me souviens de ma 1ère tenue, le jour de mon initiation, où la tête encore tourneboulée par mes voyages, j’ai entendu le Second surveillant répondre à la question posée par le VM : « à quelle heure les FM arrêtent-ils le travail ? », « il est minuit VM ».
« minuit !!! non déjà ?! », un rapide et discret coup d’œil à ma montre m’indique pourtant qu’il n’est que 22h30 !
Alors là bien sur, je m’interroge… Lorsque qu’il est 20h30, mes Frères disent qu’il est « midi », et à 22h30 ils disent qu’il est « minuit », un code secret probablement !
Les Travaux en loge, du fait de leur caractère rituel, se déroulent symboliquement en conformité harmonique avec les cycles naturels, et notamment avec le parcours journalier du soleil car nous sommes dans un rite solaire, dont les bornes sont les mouvements du soleil.
Tout Temple est à cet effet orienté Est / Ouest, selon la course du soleil qui diffuse sa lumière.
Cette Lumière, nous l’avons reçu le jour de notre initiation, lorsque Profane nous étions encore aveuglé par notre bandeau.
Cette Lumière nous était nécessaire, pour nous faire comprendre combien les ténèbres de l’ignorance et la nuit profonde des passions nous aveuglait et sont préjudiciables au bonheur de l’Homme.
Initié, et donc cherchant perpétuel, nous avons besoin d’être éclairés, d’être guidés pour nous diriger et avancer.
Non pas par un gourou bien sur, mais par une lumière qui éclaire notre esprit, une lumière qui nous éclaire dans la nuit, car on ne prend conscience de la lumière que par rapport aux ténèbres.
C’est le rôle des 5 lumières de notre loge que de nous éclairer dans la nuit.
Le soleil préside au jour et la lune à la nuit, le Vénérable Maître préside à la loge pour l’éclairer.
Le soleil symbolise la connaissance directe, immédiate et intuitive.
Il est indissociable de la lune et avec elle, il présente une alternance complémentaire du jour et de la nuit, de la vie et de la mort.
Cette orientation donnée par le soleil est essentielle à l’Apprenti qui cherche sa voie dans les ténèbres.
L’Apprenti travaille dans l’ombre, au Nord, car une exposition trop brutale à la lumière l’aveuglerait ; il se construit progressivement, par étape.
Il est dépendant du Maître, mais espoir de renouveau pour lui-même et pour la loge, toujours selon un cycle immuable.
Le Compagnon travaille au Sud, au midi, en pleine lumière ; cette lumière qui l’illumine lui est indispensable dans sa découverte du monde.
Le Maître lui, est devenu une lumière, qu’il réfléchit.
Il trans­met ainsi ce qu'il a lui-même reçu, en partageant ses réflexions personnelles, pour orienter ses Frères et les amener à réfléchir et développer leurs propres recherches.
Ce faisant, il se modifie lui-même et se perfectionne encore.
Effacer symboliquement les murs et le plafond nous permet d’ouvrir notre loge sur l’univers, sur un espace sacré qui va du Nadir au Zénith, du Nord au Sud et de l'Occident à l'Orient.
L’Est correspond au printemps et au soleil levant du matin.
Le Sud correspond à l’été et au midi.
L’Ouest correspond à l’automne et au soleil couchant du soir.
Le Nord correspond à l’hiver et à minuit
Les travaux maçonniques se déroulent symboliquement de midi à minuit.
Midi / minuit représente 12h, 12 comme les 12 travaux d’Hercule, les 12 tribus d’Israël, les 12 Apôtres de Jésus, les 12 mois de l’année …
La largeur du Temple va du septentrion (le Nord) au midi (le Sud).
Le midi appartient donc à la fois à l’espace (sud) et au temps (l’heure).
On voit donc son importance symbolique dans le Temple, l’espace, et le temps de la cérémonie maçonnique.
Midi marque le passage du profane au sacré ; le temps profane s'arrête, laissant place au temps sacré, dont l'intensité est plus importante que la durée.
A ce moment précis, la construction de notre temple intérieur commence, fait de compréhension mutuelle et de tolérance.
Midi signifie la mi-journée. C’est le moment où l’on fait le bilan de sa matinée et où l’on planifie son après-midi.
De même, au midi de sa vie, devenu adulte, l'Homme fait le bilan de son enfance et de son adolescence.
Il a vaincu certaines ténèbres durant cette période, il a fait la paix avec lui-même et a maintenant trouvé sa place dans la cité.
Les biens matériels ne suffisent plus à satisfaire son besoin légitime de reconnaissance sociale, il cherche une autre voie.
Attiré par la Lumière, il comprend que le moment est venu de s'avancer sur le chemin de l'initiation.
Si la lumière ne le brûle pas, il pourra alors redonner ce qu'il a reçu lui-même et travailler sans relâche au bonheur commun, en se rendant utile à ses semblables, ses Frères.
Les FM travaillent de midi à minuit, càd de l’heure à laquelle le soleil se trouve au zénith et où l’ombre n’existe pas, et donc ne peut fausser la vision des choses, à l’heure où l’ombre est omniprésente et empêche toute activité, le soleil étant alors passé à l’opposé, au nadir.
Minuit marque le retour au profane, la reprise du tic tac de nos montres.
C'est l'heure du repos, un repos mérité après un dur labeur.
Cependant la fermeture des travaux ne veut pas dire que tout est fini, bien au contraire, la lumière qui a éclairé nos travaux doit continuer de briller en nous pour que nous achevions au dehors l’œuvre commencée dans le temple.
Minuit signifie les ténèbres, mais cela signifie également l’émergence prochaine de la lumière au jour nouveau, lumière qui va s’intensifier jusqu’à midi, lorsque le soleil sera de nouveau au zénith, triomphant ainsi des forces de la nuit.
Pour ceux d’entre vous qui ont eu la chance de vivre une éclipse totale, ils n’auront pas manqué d’être surpris par le silence soudain et total qui se fait dans la nature à la tombée des ténèbres, et par l’aussi soudaine reprise d’une vie intense dés que réapparaît la lumière.
C’est la symbolique des cycles : cycle journalier, cycle annuel, cycle de l’ombre et de la lumière, cycle du bien et du mal, cycle de la vie et de la mort …
Une analogie peut également être établie entre les phases d’une journée et les phases d’une année.
Midi et minuit jouent en effet dans le cycle journalier un rôle analogue à celui joué par les 2 solstices d’été et d’hiver dans le cycle annuel.
Midi / minuit correspondent aux milieux du jour et de la nuit, comme les 2 solstices correspondent aux milieux de l'été et de l'hiver astronomique.
Tous ces cycles sont immuables et leur issue est inéluctable, mais toujours dans un but de renouvellement, de régénérescence.
Moi-même, depuis mon initiation, je ressens cette régénérescence, mon perfectionnement, qui émerge difficilement de mes réflexions et de mon travail, accompli avec la bienveillance de mes Frères.
J’aime ainsi à penser que l’avenir n’est pas ce qui vient vers nous, mais ce vers quoi nous allons.

J’ai dit, Vénérable Maître

Source ; www.ledifice.net

Par O\ I\ - Publié dans : Planches
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Lundi 6 janvier 2014 1 06 /01 /Jan /2014 07:03

Le LoGos et son signe

Notre Loge est dite “de St. Jean” et nous prêtons serment sur les trois grandes lumières de la Maçonnerie qui sont Le Compas, l’Équerre et le Volume de la loi sacrée. Le compas et l’équerre sont des sujets souvent abordés dans nos Ateliers, par contre nous débattons rarement de la troisième lumière sur laquelle repose nos deux outils : Le prologue de l’évangile de St. Jean.

Au commencement était le Verbe,

et le Verbe était auprès de Dieu,

et le Verbe était Dieu.

Il était au commencement avec Dieu.

 Tout fut par Lui,

et sans Lui rien ne fut.

 De tout être Il est la vie,

la vie est la lumière des hommes.

 La lumière luit dans les ténèbres,

et les ténèbres ne l’ont pas saisie.

Pourquoi la tradition maçonnique du Rite Écossais Ancien et Accepté s’attache-t-elle au prologue de St. Jean ? Pourquoi ne prêtons-nous pas serment sur un des trois autres évangiles celui de Matthieu, de Luc ou encore sur celui de Marc? En fait ces trois derniers évangiles racontent en parallèle la même histoire. En cela, ils sont qualifiés de Synoptiques qui signifie “sous le même regard”. Ils sont avant tout descriptifs, ils témoignent de la vie de celui qu’ils considèrent comme le fils de Dieu et, constituent la base de la Foi chrétienne. Leur différence n’est pas à trouver dans le message transmit mais plutôt dans la forme choisie car chacun d’eux s’adresse à des populations et à des cultures différentes. Matthieu, qui avec Jean est le seul apôtre parmi les évangélistes, écrit pour les communautés Juives de Syrie et de Palestine. Son texte original est en Araméen, la langue sémitique du Christ. Il est construit pour être compris par une civilisation organisée à partir de la Loi de Moïse. Luc, qui était un médecin Syrien helléniste, s’adresse à des Païens Grecs. Son texte comporte peu de références au judaïsme, mais il fait la part belle à l’hellénisme. Marc, qui comme Luc n’était pas un apôtre, s’adresse à des païens lointains de culture latine. Le livre qui fait partie de nos grandes lumières est tout autre. Sa structure est différente de celle qui prévaut pour les Synoptiques. Le manuscrit le plus ancien connu provient d’Egypte, il est écrit en grec et porte la date de l’an 115. Malgré l’utilisation de la plus élaborée des anciennes langues indo-européennes, son auteur a su garder vivantes les séquences verbales sémitiques, il introduit également toute une série de correspondances gématriques ou numériquesqui seront plus tard développées dans le livre de l’Apocalypse. Plus que les autres évangiles, il comporte plusieurs niveaux de lectures : un premier niveau, relativement simple, corporel et littéral ; un second niveau symbolique qui s’adresse à la Psyché et qui s’exprime par des personnages absents des autres évangiles tels que Nicodème, Lazare ou la Samaritaine et enfin un troisième niveau qui s’adresse à l’Esprit et qui est en relation étroite avec la gnose juive pré-chrétienne. Une quatrième lecture existe, elle déborde la raison et, pour l’instant, je n’en parlerai pas. De la vie de Jean nous ne connaissons pratiquement rien, nous savons cependant, par la relation de ses actes, qu’il est juif, érudit, qu’il est prêtre et consacré, très probablement de la tribu des Lévites. Pour cet initié, le Salut ne passe plus uniquement par la Foi en la résurrection, le Salut passe également par la voie de la Connaissance. Écoutez une nouvelle fois le premier verset du prologue qui contient le fondement philosophique d’une de nos trois grandes lumières.

Au commencement était le LoGos

et le LoGos était auprès de DIEU (ton Théon) qeon

et le LoGos était Dieu (Théos) qeoz

En marge de l’idée maîtresse de ce prologue qui est la doctrine du LoGos, il est important de s’attacher au texte original Grec, car lorsque Jean dit « et le verbe était auprès de DIEU », il utilise le terme “ton Théon” qui signifie Le DIEU vivant, celui qui dépasse notre entendement. Par contre lorsqu’il dit, à la fin du verset, « et le Verbe était Dieu », alors il utilise le terme “Théos”. Or chez les Grecs, on appelait Théos tous les êtres parvenus au plus haut degré de spiritualité. Pythagore en parle dans ses “Vers d’Or” et il nous dit que nous pouvons tous devenir des Théos. L’évangéliste, qui nous occupe ce soir, le mentionne également lorsque, relatant les paroles du Christ, il dit : « N’est-t-il pas écrit dans la Tora : vous êtes des Dieux ? ». Jean, dans son prologue, introduit donc 3 niveaux de déité différents, dans leur essence, de la trinité dogmatique : Père ; Fils et St. Esprit. Il y a pour Jean : Le DIEU suprême, (ton Théon),  les hommes de haute spiritualité, les éveillés (Théos) et le LoGos, le Christ qui est la parole et la lumière de la Vie, l’intermédiaire et l’intercesseur entre les hommes et leur Créateur. Pour comprendre une des relations cachée de la maçonnerie avec l’évangéliste, il est intéressant de se souvenir que le texte initial est rédigé en Grec ancien et que LoGos s’écrit avec les signes majuscules Lambda et Gamma. Le Lambda ressemble à notre A majuscule sans barre centrale et le Gamma majuscule ressemble à un L inversé. Voici donc le LoGos (LoGos), le verbe créateur, la lumière de la vie. Et le LoGos placé comme ceci sur le prologue de l’évangile de St. Jean, dans une Loge de St. Jean ! Certains d’entres vous penserons que je force la coïncidence, que je joue avec les signes et les symboles ! C’est vrai et je ne prétends pas avoir raison, j’explore simplement un champ auquel nos anciens ont peut-être pensé. J’associe ce qui a été divisé, j’unifie la trinité des grandes lumières et j’utilise le double sens symbolique si cher à la gnose chrétienne dont Jean est le plus parfait représentant.

La Gnose & le Nom divin

Que savons nous de la Gnose ? Quels sont les liens qui, à travers les âges, nous lient à cette cosmogonie hermétique ? Comment pouvons-nous, dans le fatras maçonnique, entendre les voix de Basilide d’Alexandrie, d’Hermès ou de l’illuminé de Pathmos ? Pourquoi et comment cette gnose se retrouve-t-elle sur notre autel, sur nos murs, dans notre cabinet de réflexion ? Pour comprendre la Gnose, il est tout d’abord nécessaire de se souvenir que, pour un Sémite, le nom… c’est l’essence de l’être. Ainsi, pour la Gnose, la connaissance du Nom divin équivaut à la connaissance de la Divinité. Cette connaissance est le domaine d’étude tout à la fois étroit et immense que se sont donné les gnostiques. Leur but n’étant pas de connaître Dieu, ils savent que cela ne peut pas se concevoir, leur but est celui que nous , connaîtrons plus tard au travers de l’Alchimie spéculative, leur but est… la naissance de l’homme intérieur. Lorsque, devant le buisson ardent, Moïse questionne : « si les enfants d’Israël me demande quel est ton Nom, que répondrai-je » Dieu alors dit : « Ehyèh asher Ehyèh ». (eheyeh asher eheyeh Version prononçable). Nombreuses ont été les traductions de cette phrase, peu d’entre elles cependant s’attachèrent à la séquence verbale originelle. Cette approche est pourtant essentielle car toutes les langues sémitiques ont en commun de posséder deux séquences verbales, le temps de l’accompli et le temps de l’inaccompli. Le premier temps peut être compris comme une séquence descendante multiple. Semblable la lumière des étoiles, cette séquence vient vers l’homme, c’est, premièrement le futur qui comporte tout le concept de prédestination, qui inclut les joies et les épreuves auxquelles l’homme ne pourra pas échapper. Lorsque cette lumière touche l’homme, la séquence prend forme matérielle, elle est le présent. Lorsqu’elle le traverse, elle devient le passé et entre dans la mémoire. La seconde séquence, celle de l’inaccompli, est ascendante, elle monte de l’être vers les étoiles. Elle définit la volonté de l’homme qui se dresse face à son destin et cherche à s’accomplir, à se connaître, à changer le court de la vie. Par l’utilisation du terme “asher” qui signifie “le devenir” « Ehyèh asher Ehyèh» (eheyeh asher eheyeh) entre dans cette séquence ascendante et doit donc être traduit par « Je suis celui que Je serai ». Le Dieu d’Israël dit que de tout temps il fut, mais il ajoute qu’il est aussi dans l’inaccompli, dans le changement. De l’indifférenciation, il progresse vers la différenciation et l’homme, sa créature, fait partie intégrante de ce changement. À l’époque du Christ, le Nom Divin ne pouvait être prononcé que par le grand prêtre, dans le temple, le jour des Expiations. Ce nom Divin était redoutable et le prononcer était un grave sacrilège. Ce Nom “Je suis celui que Je serai”, traduit en grec par “Ego Eimi” est le pivot central de l’évangile de Jean. On admet généralement que le Christ fut livré à la crucifixion car son ascendant sur le peuple d’Israël était devenu insupportable pour les autorités religieuses juives. C’est juste mais en partie seulement car les populations juives espéraient de tous leurs vœux le Messie qui les délivrerait du joug romain. Ils attendaient le prophète qui restaurerait la grandeur du peuple élu. Ils livrèrent également le Christ à Pilate pour une raison différente, ils le livrèrent car à chaque demande d’identité, le Christ répondait invariablement : « Ego Eimi », il répondait en utilisant le nom Divin que nul ne pouvait prononcer. En cela le “prophète” commettait un sacrilège et se comportait en mécréant ignorant la loi religieuse.

L’humain & sa lumière

Revenons à l’évangile de Jean et à la gnose. J’ai dit tout à l’heure que le but de la Gnose était la naissance de l’être intérieur mais aussi, que son domaine d’étude était la connaissance de lu divin. Pourquoi cet amalgame, que pouvons-nous comprendre à cela. La relation en est fort simple, cependant pour ne pas me perdre dans une explication sans fin, je laisserai maître Eckart répondre à ma place : Il dit « L’œil par lequel je regarde Dieu est l’œil par lequel Dieu me regarde ». Le VITRIOL des Maçons ne nous dit rien de différent. La lumière qui brille au tréfonds de la nature humaine est la lumière divine. Tu désires te connaître, connaître ton essence, va à l’intérieur de ton humanité et tu y trouveras le “Théos” qui de tout temps parle à ton oreille en lui disant « Répètes après moi : “Ego Eimi“, toi et ton Dieu vous ne faite qu’Un ». Ceci est la révélation de Jean l’évangéliste. Ceci est la raison pour laquelle le signe du Christ est posé sur le livre du Nom dans les loges de St. Jean. Certains diront « cette affirmation est du domaine de la foi » et, bien sûr, ils ont raison. Je répondrai simplement que la foi est aussi indispensable à l’homme que l’air qu’il respire. Je répondrai aussi que je ne connais aucun homme aucune femme qui ne tienne debout sans désirer ardemment une partie de cette certitude éphémère que nous appelons la foi ! Beaucoup cependant croient ne plus avoir la foi, beaucoup croient qu’elle est inutile, qu’elle n’est … qu’une réminiscence d’un passé religieux aujourd’hui dépassé. Ils ont tort, notre foi et nos croyances, même incomprises, sont littéralement la terre sur laquelle nous marchons. Pour ceux qui ont la prétention d’être sans foi, pour ceux qui n’ont pas cultivé leur foi, vient un jour où les circonstances de la vie les forcent, comme le dit si joliment Thérèse d’Avila : « à s’asseoir seul à la table du malheur ». Alors, ils se retrouvent sans aucune des petites croyances imperceptibles qui si longtemps les avaient tenus debout. Beaucoup d’entre vous mes frères savent très exactement, par expérience, ce que veut dire Thérèse d’Avila lorsqu’elle parle d’être assise seule à la table du malheur. Cette expérience de la douleur, par laquelle l’homme perd, en un instant, toutes ses croyances, s’appelle la déréliction. Elle est une grande souffrance, mais peut aussi devenir une chance inespérée que certains ne connaîtront jamais. Les femmes et les hommes se construisent aux extrêmes de la vie, ils se construisent dans l’amour et le partage mais aussi dans la perte et dans l’abandon. L’Âme invisible parle sans cesse, elle parle et elle demande a être entendue mais le bruit du monde, souvent, couvre sa voix. Ainsi va notre nature humaine, c’est dans la détresse et dans le malheur qu’enfin nous pouvons écouter. Alors, lorsque par le temps et par la force, l’oreille s’est ouverte, on l’entend et elle dit la consolation et la tendresse et l’amour. Elle dit que tout a un sens et que, même si nous ne le comprenons pas, il nous faut, à tout prix, garder confiance. Comme Jean nous le répète dans son évangile, l'Âme nous dit que de tout temps, elle fut avec nous. À ceux qui ont su préserver leur foi, elle dit son appartenance à la Lumière. À nous les maçons, elle dit le lieu de rencontre, le lieu où le compas et l’équerre touchent le livre du Nom. Cependant mes frères, je dois, ce soir, vous faire un aveu et une confidence. Tout ce que je vous ai dit concernant Dieu et son Nom n’a pour moi que peu d’importance. Je l’ai fait pour vous, je l’ai fait parce que l’un d’entre vous me l’a demandé. Je vous le dis maintenant car je pense sincèrement que parler de Dieu c’est babiller autour du silence, que parler de Dieu c’est danser en rond autour de l’immobilité. Dans ce sens, je ne crois pas en un Dieu, au contraire, j’utilise mon énergie à me tenir aussi éloigné que possible de toute croyance. Ma certitude et ma foi sont d’un autre ordre : Je sais et, par intuition je connais, un et un seul des mystères du monde, c’est l’unique chose que je puisse aujourd’hui, en toute humilité, partager avec vous : Mes Frères : l’Âme (certains dirons le “Théos”) existe ; elle est notre part de déité et trop souvent nous oublions d’écouter sa voix et trop souvent nos actes ne reflètent pas sa grandeur.

Vénérable, j’ai dit

Source : www.ledifice.net

Par GLSA - Publié dans : Planches
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