Dimanche 14 octobre 2012 7 14 /10 /Oct /2012 10:19

Sur l’autel, recouvert d’une nappe blanche, se trouvent trois bougies allumées, la patène contenant le pain et le calice contenant un mélange de vin et d’eau. Le calice et la patène sont recouverts d’un voile blanc. (NB : On veillera à ne pas avoir plus de pain que de participants. Ce pourra être soit du pain levé soit des hosties.)

Les fidèles se mettent en cercle devant l’autel et se tiennent par la main. Le célébrant, revêtu de l’étole, se tient au milieu du cercle et traçant le Tau, il dit : « Au nom du Père Inconnu, du Logos Monogène et de l’Esprit Paraclet ! »

Tous : Amen !

Le célébrant lit (ou chante) l’Hymne du Sauveur, à laquelle les participants répondent par l’Amen.

Hymne du Seigneur

Gloire à toi, Père !

Gloire à toi, Logos !

Gloire à toi, Grâce ! Amen !

Gloire à toi, Esprit !

Gloire à toi, Saint !

Gloire à ta gloire ! Amen !

Nous te louons, Père !

Nous te rendons grâces, Lumière dans laquelle les ténèbres n’habitent pas ! Amen !

Voilà pourquoi nous rendons grâces !

Je veux être sauvé et je veux sauver. Amen !

Je veux être délivré et je veux délivrer. Amen !

Je veux être blessé et je veux blesser. Amen !

Je veux être engendré et je veux engendrer. Amen !

Je veux manger et je veux être mangé. Amen !

Je veux écouter et je veux être écouté. Amen !

Je veux être compris par l’intelligence, moi qui suis tout entier intelligence. Amen !

Je veux être lavé et je veux laver. Amen !

La Grâce danse !

Je veux jouer de la flûte, dansez tous. Amen !

Je veux jouer une complainte, frappez-vous tous la poitrine. Amen !

L’Ogdoade chante avec nous. Amen !

La Dodécade danse en haut. Amen !

Au Tout il appartient de danser en haut. Amen !

Celui qui ne danse pas ignore ce qui se passe. Amen !

Je veux fuir et je veux rester. Amen !

Je veux mettre en ordre et je veux être mis en ordre. Amen !

Je veux être unifié et je veux unifier. Amen !

Je n’ai pas de maisons et j’ai des maisons. Amen !

Je n’ai pas de lieux et j’ai des lieux. Amen !

Je n’ai pas de temples et j’ai des temples. Amen !

Je suis une lampe pour toi qui me regardes emdash Amen !

Je suis un miroir pour toi qui me comprends. Amen !

Je suis une porte pour toi qui frappes à moi. Amen !

Je suis un chemin pour toi, le passant. Amen !

En répondant à ma danse, vois-toi en moi qui parle, et voyant ce que je fais, garde le silence sur mes mystères.

Toi qui danses, comprend ce que je fais, car elle est tienne, cette souffrance de l’Homme que je dois endurer.

En effet tu ne pourrais absolument pas comprendre ce que tu souffres si je n’avais pas été envoyé pour toi comme Logos par le Père.

Toi qui as vu ce je fais, tu m’as vu comme souffrant et l’ayant vu, tu n’es pas resté immobile, mais tu as été tout entier mis en mouvement.

Ayant été mis en mouvement, tu as connu ton ignorance ; mais tu possèdes en moi un lit pour t’étendre.

Repose-toi sur moi.

Qui je suis, tu le sauras quand je m’en irai.

Tel qu’on me voit maintenant, je ne suis pas.

Ce que je suis, tu le verras quand tu viendras.

Si tu connaissais la souffrance, tu posséderais l’absence de souffrance.

Connais la souffrance et tu posséderas l’absence de souffrance.

Ce que tu ne connais pas, je te l’enseignerai.

Je suis ton Dieu, non celui du traître.

Je veux que les âmes saintes soient mises en harmonie avec moi.

Connais le discours de la sagesse.

À nouveau, dis-moi :

Gloire à toi, Père !

Gloire à toi, Logos !

Gloire à toi, Esprit !

Ce qui est mien, si tu veux vraiment le connaître, voici :

Par le Logos je me suis joué en toutes choses et je n’ai en rien connu la honte.

Moi j’ai dansé ; toi, comprends tout cela et l’ayant compris, dis :

Gloire à toi, Père !

Gloire à toi, Logos !

Gloire à toi, Esprit ! Amen !

Les participants se lâchent les mains ; ils ouvrent le cercle du côté de l’autel. Le célébrant se tourne vers l’autel, s’incline avant de prendre le livre dans lequel se fera la lecture. Il se tourne vers les participants pour lire.

Lecture

Mes bien-aimés, écoutez ces enseignements de la gnose :

« Dans le Principe était le Logos, et le Logos était tourné vers Dieu, et le Logos était Dieu. Il était dans le Principe tourné vers Dieu. Tout fut par lui et sans lui, rien ne fut de ce qui est. En lui était la Vie, et la Vie était la Lumière des Hommes. Et le Lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point comprise. Il était la Lumière véritable qui éclaire tout Homme venant en ce monde. Il était dans le monde et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas connu. Il est venu vers les siens et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui ont cru en son nom, il a donné le pouvoir de devenir Enfants de Dieu ; ceux-là ne sont pas nés du sang ni de la volonté de la chair ni de la volonté d’un homme, mais ils sont nés de Dieu.

Et le Logos est devenu chair et il a planté sa tente parmi nous et il a révélé sa Gloire, comme celle du Monogène qu’il tient du Père, pleine de Grâce et de Vérité. De son Plérôme en effet nous avons tous reçu et Grâce sur Grâce.

La Loi nous a été donnée par Moise ; la Grâce et la Vérité nous sont venues par Jésus le Christ. Nul n’a jamais vu Dieu ; Dieu Monogène, qui est dans le sein du Père, lui nous l’a fait connaître. »

On peut aussi lire un autre texte johannique (un passage des Ch. 97 à 102 des Actes de Jean, ou un passage de l’Apocryphon de Jean, ou de l’Interrogatio Joannis ou valentinien (par ex. Évangile de Vérité).

Homélie et/ou méditation silencieuse

Liturgie eucharistique

Le célébrant se tourne vers l’autel, il s’incline et découvre la patène et le calice.

Prière eucharistique

Nous te rendons grâce et nous célébrons l’eucharistie, Père, au nom de ton Fils Jésus Christ,

pour tous tes enfants dispersés dans le Kénôme : qu’ils quittent l’amertume du monde pour la douceur de Dieu, le charnel pour le spirituel, le physique pour l’angélique, le visible pour l’invisible, la créature pour le Plérôme, le monde pour l’Eon, l’esclavage pour l’état de fils,

et parviennent à la pleine connaissance de tes mystères. Éclaire leur intelligence, qu’ils accomplissent ta volonté par le Nom de Jésus le Christ ; et ils accompliront ta volonté, maintenant et toujours, étant parfaits en toute grâce et toute pureté.

Gloire à toi dans ton Fils et ton Monogène, Jésus le Christ, maintenant et toujours. Amen ! (Chant du Trishagion Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, prend pitié de nous !

Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, prend pitié de nous !

Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, prend pitié de nous !)

Prière de consécration

À genoux, mes bien-aimés !

Les fidèles s’agenouillent, tandis que le célébrant poursuit :

Quelle louange, quelle parole d’offrande, quelle Action de grâces pourrions-nous prononcer en rompant ce pain, sinon de te nommer, toi seul, JESUS ?

Il étend les mains sur le pain et le calice.

Nous glorifions ton nom de FILS qui a été dit par toi.

Nous te glorifions comme la PORTE qui donne l’accès !

Nous te glorifions comme la RESURRECTION révélée par toi pour nous !

Nous te glorifions comme le CHEMIN !

Nous te glorifions comme la SEMENCE, comme le LOGOS, la GRACE, la FOI, le SEL, la PERLE INDICIBLE, le TRESOR, la CHARRUE, le FILET, la GRANDEUR, le DIADEME, comme celui qui à cause de nous a été appelé FILS DE L‘HOMME, comme la VERITE, le REPOS, la CONNAISSANCE, la PUISSANCE, le COMMANDEMENT, la CONFIANCE, la LIBERTE, le REFUGE trouvé en toi !

Car tu es, Seigneur, la RACINE DE L’IMMORTALITE, la SOURCE DE L’INCORRUPTIBILITE et le FONDEMENT DES EONS, toi qui reçois tous ces noms à cause de nous afin qu’en usant d’eux pour t’appeler, nous connaissions ta grandeur, invisible pour nous dans le présent, mais visible seulement pour les purs, qui se forment dans ton Homme unique !

Il trace le Tau sur le pain, le rompt, l’élève et dit :

TOUTO ESTIN TO SOMA PEUMATIKON TOU CHRISTOU !

Il trace le Tau sur la coupe, l’élève et dit :

TOUTO ESTIN TO HAIMA PNEUMATIKON TOU CHRISTOU !

Communion

Prions ensemble :

« Notre Père qui es aux cieux

Que ton Nom soit sanctifié

Que ton Règne vienne

Que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel

Donne-nous aujourd’hui notre pain suressentiel

Remets-nous nos dettes comme nous les remettons aussi à nos débiteurs

Et ne nous soumets pas à l’illusion mais délivre-nous de l’Archonte.

Car c’est à toi qu’appartiennent le Règne, la Puissance et la Gloire, pour les Eons des Eons.

Amen »

Le célébrant poursuit :

« Venez les bénis de mon Père ! »

Tous se relèvent. Le célébrant donne du pain à chaque fidèle, disant à chacun :

« Reçois la paix, bien-aimé(e) du Père ! »

Il leur donne ensuite la coupe, en disant à chacun :

« Reçois la semence de Lumière, bien-aimé(e) du Père ! »

Il dit ensuite :

« Que moi aussi je reçoive avec vous la paix et la semence de lumière, bien-aimés ! »

Il communie à son tour. Il vide la coupe, et la recouvre, ainsi que la patène.

Prière d’Action de grâce

Rendons grâces au Seigneur !

Nous glorifions ton nom, qui nous détourne de l’égarement et de l’illusion cruelle !

Nous te glorifions, toi qui nous as fait voir de nos yeux ce que nous avons vu !

Nous rendons témoignage à ta bonté qui s’est révélée de diverses façons !

Nous louons, Seigneur, ton nom excellent qui a convaincu d’erreur ceux que tu as convaincus d’erreur !

Nous te rendons grâces, Seigneur Jésus-Christ, car nous avons confiance en ton amour qui est immuable !

Nous te rendons grâces, à toi qui as désiré que notre nature soit sauvée !

Nous te rendons grâces, à toi qui nous as donné la conviction irrécusable que tu es le seul Dieu, maintenant et toujours !

Nous, tes serviteurs à bon droit rassemblés et restaurés, nous te rendons grâces, ô Saint, toi qui règne dans le Plérôme, maintenant et toujours !

Tous : Amen !

Bénédiction

Le célébrant étend les bras sur les fidèles.

Le Christ Jésus soit avec vous pour toujours.

Si vous l’aimez avec pureté, vous posséderez, indéfectible, la communion avec lui.

Car lorsqu’il est aimé, il devance en amour ceux qui l’aiment !

La paix soit avec vous, bien-aimés, (il trace le Tau) au nom du Père Inconnu, du Logos Monogène et de l’Esprit Paraclet !

Tous : Amen !

 

Source : http://www.esoblogs.net/318/messe-gnostique-de-saint-jean/

Par Tau Jonas - Publié dans : spiritualité
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Dimanche 14 octobre 2012 7 14 /10 /Oct /2012 10:16

Un certain nombre de points sont à fixer tout d'abord.

DEFINITION ET DELIMITATION DU SUJET.

Que faut-il entendre par johannisme, ou théologie johannique? S'agirait-il pour nous d'exposer la pensée religieuse de l'apôtre Jean telle qu'elle s'exprime, disons, dans l'épître, dans le prologue de l'évangile, et, éventuellement, dans l'Apocalypse, en laissant le soin d'étudier l'évangile dans son ensemble à ceux qui ont pour mission de nous renseigner sur la carrière et la prédication de Jésus? Nous ne croyons pas à la possibilité d'une telle répartition. Il y a entre les écrits du groupe johannique, et tout particulièrement entre l'évangile et l'ép., une parenté si étroite, pour le fond comme pour la forme, qu'il faut les traiter comme un tout et y voir les documents d'une pensée qui, si fortement qu'elle ait été influencée par Jésus, n'en a pas moins conservé ses caractères propres et son originalité. Il est certain, d'autre part, que cette pensée s'allie à bien des éléments qui ne sont pas de la création de l'apôtre; le johannisme, comme le paulinisme et l'Évangile lui-même, est né sur le terrain du judaïsme et en a gardé les croyances; aussi, dans l'exposé qui va suivre, n'aurons-nous pas à nous préoccuper de relever toutes les affirmations doctrinales qui peuvent se rencontrer sous la plume de l'apôtre, mais seulement celles qui lui sont particulières ou qu'il a marquées de son empreinte personnelle.

NOS SOURCES.

Le groupe des écrits johanniques, tel que la tradition l'a constitué, comprend l'évangile, les trois ép. désignées sous les noms de 1, 2 et 3_Jean, et l'Apocalypse. Nous n'aurons guère à tenir compte de 2 et 3_Jean, qui sont de simples billets et qui, malgré leur incontestable intérêt historique, n'ajoutent rien d'essentiel à la connaissance que nous avons de la pensée de l'apôtre. Mais ferons-nous usage de l'Apocalypse? On sait (voir art. spécial sur ce livre) que l'unanimité complète à son sujet ne se fit qu'assez tardivement dans
l'ancienne Église et que, parmi les savants modernes, un grand nombre estiment que cet ouvrage est si différent de l'évangile et de l'épître et s'inspire de préoccupations qui leur sont si manifestement étrangères qu'il est impossible de l'attribuer au même auteur. Nous serions assez porté à penser que des liens plus nombreux qu'on ne le dit communément unissent ces divers écrits; qu'ils s'adressent au même groupe d'Églises; (cf. Ap 1-3) qu'ils emploient les mêmes expressions caractéristiques du vocabulaire johannique; qu'on y
perçoit la même tendance à relever partout les traces de la lutte tant de fois séculaire qui met aux prises le bien et le mal, la foi et l'incrédulité, la lumière et les ténèbres, l'Église et le monde, Dieu et Satan; et que, s'il n'est pas absolument certain qu'ils soient de la même main, il y a des raisons sérieuses d'estimer qu'ils ont vu le jour dans le même milieu et appartiennent à la même famille spirituelle. Il faut pourtant bien convenir que le caractère très spécial de l'Apoc, empêche d'amalgamer ses tableaux aux récits de l'évangile et aux exhortations de l'ép., et qu'il est indiqué de l'étudier pour elle-même. Sans nous interdire d'avance toute allusion à ce livre énigmatique, c'est donc  avant tout à l'évangile et à l'épître que nous emprunterons les éléments principaux de notre exposé.

INTERPRETATION DU LANGAGE JOHANNIQUE.

Nous croyons utile de rappeler dès le seuil de notre étude que la tournure d'esprit très particulière de l'apôtre Jean impose certaines précautions à celui qui entreprend de lui servir d'interprète. Ce serait certainement faire fausse route que d'étudier la pensée de Jean en usant des mêmes méthodes exégétiques que pour la pensée de Paul. Paul était un logicien; ses idées se distinguent nettement les unes des autres et en même temps s'enchaînent par un lien toujours apparent, sinon toujours très solide; aussi peut-on être certain,
lorsque l'on trouve sous sa plume une énumération telle que celle de 1Co 1:30, que l'analyse grammaticale du passage en donnera la clé; la disposition des mots dans le texte original et les conjonctions qui les relient avertissent d'emblée le lecteur qu'il a d'abord sous les yeux une affirmation générale: Christ devenu notre sagesse, puis que cette affirmation est reprise et justifiée par les trois termes suivants: justice, sanctification et rédemption, qui introduisent chacun une idée précise, différente de celle qui précède aussi bien que de celle qui suit. Autre est la mentalité johannique. Jean est un contemplatif et un intuitif; il ne procède pas par déductions, mais par affirmations; et ses affirmations se superposent plutôt qu'elles ne se succèdent; elles se reproduisent tantôt d'une façon pure et simple et tantôt avec l'adjonction de quelque élément nouveau, grâce auquel le deuxième terme, tout en recouvrant le premier, le dépasse d'un côté ou de l'autre. Il faudra par conséquent se garder, soit dans l'interprétation exégétique, soit dans le traitement homilétique d'un texte de Jean, de tenir ses distinctions
verbales pour des distinctions réelles; la déclaration de Jn 14:6: «Je suis le chemin, la vérité et la vie» a un tout autre caractère que l'énumération paulinienne rappelée plus haut, et ce serait se fatiguer inutilement l'esprit que de vouloir découvrir à tout prix une progression logique de l'un à l'autre de ces termes. Il serait tout aussi vain, pensons-nous, de chercher dans les écrits de
Jean les éléments d'un système que l'on s'appliquerait ensuite à reconstruire à grand renfort de «car» et de «donc». Attendons-nous plutôt à y trouver un certain nombre d'intuitions fondamentales ou, si l'on préfère, d'expériences, dont l'ensemble constitue moins une démonstration qu'un témoignage et qui ont pour but, comme elles ont pour effet, de déterminer chez le lecteur l'attitude de la foi plutôt que de répondre à ses besoins intellectuels. Nous ne pouvons nous défendre de l'impression que ces ouvrages, où l'on a découvert
parfois tant de métaphysique et de théologie, ont un caractère beaucoup plus pratique et plus directement religieux qu'on ne le croit généralement.

DIVISION DE NOTRE EXPOSE.

Elle nous sera fournie par l'apôtre lui-même qui, dans la conclusion de l'évangile, formule en ces termes les raisons qui l'ont déterminé à prendre la plume: «Ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom» (Jn 20:31). Nous avons tout lieu de croire, en effet, que ces quelques mots ne sont pas  seulement le résumé de l'évangile mais celui de la prédication tout entière de l'apôtre; cette prédication ou, mieux encore, ce témoignage avait pour but de mettre en lumière:
(a) le caractère divin de la personne et de la mission de Jésus,
(b) la certitude du salut qu'il apporte, sous la forme de la vie éternelle, à ceux qui croient en lui. La personne et l'oeuvre de Christ, tels sont les sujets sur lesquels nous aurons à fixer notre attention.
I LA PERSONNE DU SAUVEUR.
Nous aurons à distinguer ici entre le témoignage que Jésus se rend à lui-même dans les discours rapportés par l'évangéliste et le témoignage qui lui est rendu par son disciple dans l'évangile et dans l'épître.
1. Le témoignage que Jésus se rend à lui-même. On constate à première vue, en lisant le 4 e évangile, que les discours qu'il renferme, loin de posséder la même variété et la même richesse que les propos rapportés par les Synoptiques, roulent sur un unique sujet; quelle que soit l'occasion qui les fait naître, ces discours ou ces discussions n'ont qu'un thème, et ce thème c'est le témoignage que Jésus se rend à lui-même. Cherchons donc à en recueillir les
éléments principaux:
A. L'ENVOYE DE DIEU. Ce qui frappe en premier lieu le lecteur de l'évangile, c'est l'insistance avec laquelle Jésus s'y donne pour un homme revêtu d'une mission divine. Assurément, il n'y a pas, sur ce point, contradiction entre les Synoptiques et Jean. Le Christ des Synoptiques possède à un haut degré la certitude d'agir au nom de Dieu et il n'hésite pas à exercer des droits que tous, autour de lui, regardaient comme des prérogatives divines; (cf. Mr 2:10,Mt
10:40,Lu 10:16) mais tandis que les déclarations de ce genre sont plutôt rares chez les Synoptiques, il est à peine exagéré de dire que, chez Jean, on les trouve pour ainsi dire à chaque page. Inutile de rappeler tous les p assages où se rencontre la locution: Celuiqui m'a envoyé ou une expression analogue; voir les ch. 5, 6, 7, 8, 12, 14, 17 et spécialement ce dernier, où l'idée de l'envoi de Jésus par le Père alterne avec celles de son prochain retour dans la gloire (verset 5) et de l'envoi de ses propres disciples (verset 18). Cette certitude que Jésus possède d'être un envoyé de Dieu est pour lui un soutien et un stimulant; un soutien, parce que tant qu'il fait l'oeuvre pour laquelle il a été envoyé, il est à l'abri de tout danger (Jn 11:9), et un stimulant, parce que tant qu'il est au monde il doit faire l'oeuvre de Celui qui l'a envoyé (Jn 9:4 et suivant). D'autre part, la mission qu'il avait reçue de Dieu aurait dû lui ouvrir l'accès des coeurs; il ne fait pas son oeuvre propre; il ne cherche pas sa propre gloire et, pour cette raison, il devrait être cru sur parole et cela d'autant plus que sa qualité d'envoyé divin, bien loin de n'être attestée que par ses déclarations personnelles, l'est par le quadruple témoignage:
de Jean-Baptiste, qui l'a présenté à ses disciples comme l'agneau de Dieu (Jn 1:29) et qui n'a pas hésité à s'effacer devant lui (Jn 3:25,36, cf. Jn 5:31-35);
de l'Écriture et principalement de Moïse, qui ont annoncé sa venue (Jn 5:39-47);
de Dieu même, qui a confirmé sa mission par les oeuvres qu'il lui a donné le pouvoir d'accomplir et qui sont précisément des signes qui devraient lever tous les doutes (Jn 5:37 10:38 etc.);
des coeurs droits, qui reconnaissent immédiatement dans sa parole un message d'En-haut (Jn 7:17).
B. LE CHRIST.
Bien qu'écrit en dehors de Palestine, après la ruine de Jérusalem et pour des lecteurs qui n'ont pas de raisons spéciales de s'intéresser aux espérances juives, le 4 e évang, tient à relever que Jésus est le Christ et qu'en sa personne les promesses de Dieu à son peuple ont trouvé leur plein accomplissement. L'évangile, nous l'avons vu, fut écrit précisément pour établir de façon absolument certaine que Jésus était le Christ (Jn 20:31). Alors que les Synoptiques nous montrent Jésus réprimant avec énergie toute proclamation intempestive de sa messianité (Mr 1:25) et, même après l'entretien solennel
de Césarée de Philippe, interdisant sévèrement à ses propres disciples de dire à personne qu'il fût le Christ (Mr 8:30), la messianité de Jésus, d'après Jean, est chose reconnue dès le début dans le groupe d'amis qui s'est formé autour de lui (Jn 1:41-45); et la Samaritaine a à peine mentionné le nom du Christ que
Jésus lui répond: «Je le suis, moi qui te parle» (Jn 4:26, cf. 9:37 10:24 et suivant). Il faut remarquer, d'autre part, que chez les Synoptiques l'attente messianique--et c'est précisément ce qui motive les réticences et les précautions de Jésus--est encore étroitement liée aux espérances de restauration politique de la nation juive, alors que le Messie, chez Jean, a cessé d'être un libérateur juif; il appartient à l'humanité et sa venue doit avoir pour effet d'abolir les privilèges religieux d'Israël (cf. Jn 2:19 4:21-24   Jn 12:20 et suivant). La tâche qui a été confiée à Jésus en tant que Christ n'est pas de glorifier ou d'affranchir une nation particulière; il est le don de Dieu à un monde mauvais, plongé dans les ténèbres du péché et de la corruption (Jn 3:16), et c'est vers lui qu'un jour se tourneront tous les regards (Jn 12:32).
Sa venue parmi nous est précisément la preuve suprême de l'amour de Dieu, non pour Israël seulement mais pour tous les hommes. Cette mission niverselle implique de toute nécessité l'existence d'un lien étroit et même unique entre Dieu et celui qui en est chargé; et ceci nous amène à considérer un troisième aspect sous lequel Jésus s'est présenté.
C. LE FILS DE L'HOMME ET LE FILS DE DIEU.
Jésus affirme l'existence du lien qui l'unit à Dieu et en indique la nature en appelant Dieu son Père et en se désignant lui-même comme le Fils de Dieu, ou même d'une façon plus absolue encore comme le Fils. Il faut noter à ce propos que, dans le 4 e évangile, le Père est ainsi nommé par rapport au Fils et non par rapport aux croyants ou à l'ensemble des êtres humains. Dans les Synoptiques,
Jésus, pour se désigner, lorsqu'il ne parle pas à la première personne, se sert de préférence de l'expression le Fils de l'homme. Ce titre n'est pas  inconnu de jean, qui le met plusieurs fois dans la bouche de Jésus (Jn 1:51 3:13 6:27,62 8:28 12:23 13:31). Plusieurs de ces passages impliquent, comme dans les
Synoptiques, un contraste entre la dignité du Fils de l'homme et sa situation présente; on sent très bien que ce titre, tout en mettant celui qui le porte en relation avec l'humanité, (cf. Jn 5:27: parce qu'il est fils d'homme) l'isole aussi du reste des hommes en lui donnant un nom qu'il est seul en droit de revendiquer. Le Fils de l'homme, chez Jean plus encore que chez les synoptiques, est un personnage qui domine notre race; son origine céleste est nettement affirmée: «Personne n'est monté au ciel, sinon celui qui est  descendu du ciel, le Fils de l'homme, qui est dans le ciel» (Jn 3:13), c'est-à-dire celui qui, tout en vivant ici-bas, reste en rapport avec sa patrie céleste et avec Celui qui l'a envoyé. Sur sa tête les cieux sont ouverts et les anges montent et descendent pour lui communiquer les choses d'En-haut (Jn 1:51); sa mission est de faire connaître aux hommes les mystères du plan divin, les choses célestes (Jn 3:12); il doit être «élevé» afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle (Jn 3:15); à l'abaissement auquel il s'est volontairement soumis succédera le retour dans la gloire qu'il a momentanément abandonnée; et ceux-là mêmes qui se scandalisent de ses prétentions et refusent de l'entendre davantage
le verront de leurs yeux monter où il était auparavant (Jn 6:62). Si ce titre de Fils de l'homme fait déjà ressortir le rang et la dignité uniques que Jésus revendique pour lui-même, c'est encore bien davantage le cas du titre de Fils de Dieu ou de Fils que Jésus se donne couramment. Les passages où ces termes se rencontrent sont si nombreux qu'il est superflu de les citer expressément. Deux ou trois de ces passages, où l'expression «le Fils de Dieu» est en apposition au mot Christ (Jn 11:27 20:31), pourraient faire penser qu'il
s'agit ici d'une appellation honorifique se rattachant à la fonction messianique. Mais un coup d'oeil jeté sur les nombreux versets où le nom du Christ n'est pas mentionné fait constater qu'en appelant Dieu son Père et en se disant lui-même le Fils ou le Fils de Dieu, Jésus entend bien se donner pour un être qu'un rapport unique unit à Dieu. Sans doute, c'est un rapport de subordination et de
dépendance (Jn 14:28); le Fils prie le Père et lui rend grâces, c'est le Père qui le dirige et lui montre d'heure en heure ce qu'il doit faire (Jn 5:19). Mais, d'autre part, le Fils est la révélation du Père (Jn 14:9,20,23,26); le Père a remis toutes
choses entre ses mains (Jn 13:3); et Jésus va jusqu'à dire: «Le Père et moi, nous sommes un» (Jn 10:30, cf. Jn 17:22). Il n'est guère possible de ramener cette unité, comme on tente assez souvent de le faire, à une unité morale, à une parfaite communion de vues et de volonté, comme si Jésus voulait simplement affirmer qu'entre Dieu et lui, il n'y a ni désaccord, ni obstacle. Ses paroles
vont incontestablement plus loin. Indépendamment de toutes ses autres
déclarations, il suffit de lire ses derniers entretiens avec ses disciples pour voir à quel point il réclame des siens une obéissance qui n'est due qu'à Dieu et promet une aide qu'il est au pouvoir de Dieu seul d'accorder. De plus, deux paroles au moins nous empêchent absolument de réduire la conscience de Jésus à la simple conviction de son unité religieuse et morale avec Dieu; ce sont celles dans lesquelles il affirme non seulement l'origine céleste de sa personne
et de sa mission, mais sa préexistence, sa présence auprès de Dieu antérieurement à toute histoire humaine et même à toute création: «Avant qu'Abraham fût, je suis» (Jn 8:58) et «Rends moi la gloire que j'avais auprès de toi avant que le monde fût» (Jn 17:5). Il est certain que, par ces déclarations, Jésus s'attribue, soit par rapport à Dieu, soit par rapport au monde, une place et un rôle uniques. Jamais aucun prophète de l'A.T., jamais aucun chrétien,
si convaincu fût-il d'avoir été dès l'éternité l'objet de l'élection divine, n'a tenu un langage approchant de celui que Jésus tient ici. Nous avons dans ces deux mots l'expression la plus haute de la conscience qu'il avait de la valeur unique de sa personne et de l'importance sans égale de sa mission.

2. Le témoignage de l'évangéliste.

Ce témoignage pourrait être recueilli tout au long de l'évangile. Mais comme l'évangéliste a tenu à exposer dès le prologue sa conception de la personne de Jésus et comme c'est là qu'il le fait de la façon la plus complète, c'est tout particulièrement à ce morceau que nous vouerons notre attention. Le prologue du 4 e évang, n'est pas, comme on le dit souvent, un fragment de pure théologie ou de philosophie religieuse, dans lequel l'auteur se livrerait à des
spéculations hasardées sur les origines métaphysiques de l'histoire qu'il s'apprête à raconter. Si on le prend dans son ensemble, on voit que c'est bien plutôt un témoignage, une sorte de profession de foi destinée à faciliter au lecteur l'intelligence des tableaux qui vont passer sous ses yeux. Il y a correspondance étroite entre le prologue et l'épilogue déjà cité (Jn 20:31) aussi bien qu'entre le prologue de l'évangile et le début de l'ép., dont le caractère
éminemment pratique ne saurait être contesté. (cf. 1Jn 1:1-4) Il est vrai qu'un lecteur moderne ne peut guère s'empêcher de relever dans ce morceau de lux sortes d'affirmations, les unes d'ordre directement religieux et ayant trait à l'expérience personnelle de l'auteur, les autres d'ordre théologique et rendant compte de l'impression que la personne de Jésus avait produite sur lui et sur
ses frères en la foi (voir verset 16: Nous avons tous reçu). Mais il paraît peu probable que l'écrivain lui-même eût admis pareille distinction, et il est évident qu'à ses yeux l'action de Jésus et l'explication qu'il en donne sont étroitement liées; cette explication n'était pas pour lui une simple conjecture, mais l'expression de la vérité même, et faisait partie intégrante de sa foi.
L'apôtre, pour exprimer ce que Jésus lui a apporté, fait usage de quatre termes, qui vont deux par deux, la vie et la lumière,  la grâce et la vérité (voir spécialement v. 4 et v. 17). Nous l'avons déjà dit, ce serait une erreur de chercher à distinguer nettement ces quatre notions; les deux formules ont le même sens et le second terme explique le premier bien plus qu'il n'y ajoute un
élément nouveau, et chacun de ces mots, même considéré isolément, exprime la réalité tout entière. En Jésus, donc, Jean a trouvé la vie, la vraie vie; c'est aussi le témoignage qu'il place dans la bouche de Pierre après la crise que provoqua le discours sur le pain de vie (Jn 6:68). Nous verrons plus tard ce qu'il entend par ce terme de vie ou de vie éternelle. Pour le moment, nous nous bornons à noter que, comme toute vie vient de Dieu, dire que Jésus nous apporte  la vie revient à affirmer que, par son moyen, nous entrons en rapport
avec Dieu; en lui et par lui, la grâce divine, la miséricorde divine s'est approchée de nous; s'il est en état de nous donner la vie, c'est qu'il est lui-même lumière et vérité et que nous trouvons en lui la révélation parfaite et définitive de Dieu. D'autres messagers divins, dont le prologue fait mention, Moïse, Jean-Baptiste, ont été des lumières, nous ont apporté certains dons de la grâce; mais la plénitude de la lumière et de la grâce ne se trouve qu'en celui que Jean appelle le Fils unique de Dieu: «Personne ne vit jamais Dieu; le
Fils unique, celui qui est dans le sein du Père, lui nous l'a fait connaître» (verset 18).
Un être céleste est donc apparu en la personne de Jésus. Nous serait-il possible de marquer le rapport qui l'unit à Dieu autrement que par cet  anthropomorphisme de Fils ou de Fils unique que nous venons de rappeler? Jean le fait en lui donnant dès la première ligne du prologue le nom grec de Logos. Ses deux affirmations cardinales à ce sujet sont celles-ci: «le Logos était au commencement...» (verset 1) et «le Logos est devenu chair» (verset 14). Que signifie ce terme énigmatique, et d'abord comment faut-il le traduire? Deux traductions sont possibles: la traduction traditionnelle de Parole ou de Verbe et la traduction plus philosophique de Raison. Le mot a les deux sens dans la langue grecque; mais la première traduction a pour elle toutes les vraisemblances; dans le N.T. tout entier, le terme logos n'a jamais d'autre sens que celui de mot ou de discours; puis, l'auteur du 4 e évang, (voir Jean, évangile de) est un Juif et un Juif palestinien, et l'on sait le rôle que joue dans l'A.T, et dans la théologie du judaïsme la notion de la parole de Dieu; enfin nous tenons pour évident qu'il y a analogie voulue entre le début de l'évangile et le premier chap, de la Genèse, où reviennent par huit fois ces mots: «Et Dieu dit...» Sans doute, il n'y a pas opposition ni même distinction très tranchée entre parole et raison; le  logos, en général, est ou bien la raison en activité et s'exprimant par le langage, ou bien la parole en tant que produit de la raison; suivant le contexte l'un des sens pourra prédominer, sans que l'autre soit complètement exclu; dans le cas qui nous occupe, nous estimons que c'est à bon droit que le sens de Parole a été généralement préféré.
En ce qui concerne cette Parole antérieurement à son incarnation, l'évangéliste affirme:
Sa divinité éternelle: «La Parole était au commencement, et la Parole était auprès de Dieu et la Parole était Dieu» (verset 1). On conteste parfois que les mots: au commencement, impliquent l'éternité de la Parole divine; le commencement, ici comme dans la Genèse, ne peut signifier, dit-on, que le commencement du monde, les origines du temps; mais il faut répondre que les trois était qui suivent ont une valeur descriptive plutôt que narrative, et que si dans la Genèse il s'agit bien d'un acte: Dieu créa, il s'agit ici d'un état: la Parole était. Elle était, elle existait quand toutes choses commencèrent, quand l'acte créateur se produisit. La Parole était non pas avec Dieu, comme disent nos
traductions, mais auprès de Dieu, vers Dieu (grec pros, terme qui n'implique ni l'immanence complète ni la distinction absolue, mais une distinction tendant à l'unité), distincte de Dieu, mais unie à lui.
Son activité dans la création. C'est par elle que s'est manifestée la volonté créatrice de Dieu: «Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle» (verset 2), allusion évidente à Ge 1, où chaque création nouvelle est introduite par un ordre de Dieu.

Ses fonctions révélatrices. C'est par elle que Dieu se fait connaître. La même Parole qui retentit à la création pour tirer le monde du néant se fait entendre dans le coeur de l'homme pour lui révéler Dieu. Elle était la lumière des hommes  (verset 4), et cette lumière a brillé et brille encore pour retirer
de leurs ténèbres les hommes, qui, malheureusement, refusent de l'accueillir (verset 6). Il ne nous est pas possible de dire avec précision comment l'évangéliste concevait l'existence auprès de Dieu de cette Parole distincte de lui et pourtant inséparable de lui; les termes auxquels la théologie eut recours pour exprimer cette relation: hypostase, personne, ne jettent aucune lumière sur le problème. Au reste, l'intention de l'évangéliste n'était pas de nous
renseigner sur l'existence prétemporelle de la Parole, mais de nous préparer au grand fait de son incarnation  «La Parole est devenue chair» (verset 14). L'expression nous paraît choisie pour écarter l'idée que, par l'incarnation, la Parole aurait changé de nature. C'est le même être qui a été actif dans la création et qui est apparu ici-bas, qui a fait sa demeure parmi nous. Cet être
est devenu chair; il est devenu visible; il a pris un corps; il a vécu temporairement sur la terre; mais c'est bien avec la Parole elle-même et non pas seulement avec un de ses agents que les témoins du Christ ont frayé; c'est elle qu'ils ont contemplée et qui les a fait naître à la vie d'En-haut. L'incarnation implique-t-elle, comme on le dit parfois, un appauvrissement de la Parole, une sorte de diminution à laquelle elle aurait consenti en venant parmi nous? Nous
ne le pensons pas. En tout cas rien, dans les expressions de l'apôtre, n'est de nature à nous le faire supposer. Pour nous en tenir au prologue, nous constatons que l'évangéliste, après avoir affirmé l'incarnation de la Parole, ajoute immédiatement: «Elle a habité parmi nous...pleine de grâce et de vérité» et, dans une sorte de parenthèse qui retarde la marche de la phrase: «Nous avons contemplé sa gloire, une gloire semblable à celle d'un fils unique
venant d'auprès de son père.» Cette gloire, invisible, sans doute, pour les incrédules, brillait de tout son éclat devant les yeux de la foi, qui n'eut aucune peine à la discerner. Le salut que nous apporte la Parole est un salut complet, parfait, définitif; en elle se trouve non pas seulement un rayonnement, mais la plénitude de la vie éternelle (verset 16). Il est vrai que, dans le cours de l'évangile, sa gloire, qui est identique à la connaissance de sa vraie nature, apparaît comme voilée et ne se révèle que progressivement aux yeux des disciples; il fallut la résurrection pour la leur révéler intégralement; néanmoins elle était là, dès le commencement, tout entière; même ici-bas, le Fils de l'homme continue à être celui qui est dans le ciel (Jn 3:13); le lien qui l'unit au Père est parfait (Jn 10:30 11:42 14:9 et suivant); si, à mainte reprise, Jésus parle de son élévation prochaine et de la glorification qui suivra (Jn 3:14 6:62 12:23,32 et surtout Jn 17:5), ce qui changera, ce sont ses rapports avec le monde et les dispositions du monde à son égard; la gloire qu'il va obtenir n'est pas une béatitude qui lui manquait encore, mais la pleine reconnaissance de ce qu'il est et n'a jamais cessé d'être.
D'où Jean a-t-il tiré sa conception du Logos? Est-ce un emprunt qu'il fait à la philosophie du temps, ou une notion biblique qu'il adapte à ses expériences et à ses convictions chrétiennes? Les défenseurs de l'authenticité du 4 e évang, se prononcent, dans la règle, pour la deuxième hypothèse, et les adversaires pour la première, ceux-ci étant généralement d'avis que c'est le philosophe juif Philon d'Alexandrie qui a fourni ce terme et la conception qui s'y rattache. C'est un problème difficile à trancher et sur lequel, vraisemblablement, les avis se partageront toujours. Il nous paraît en outre que c'est une question secondaire. Cette question n'aurait réellement de l'importance que s'il était prouvé que la notion introduite dans le prologue a réagi sur la façon dont l'auteur a rapporté les faits; si, par exemple, il mettait dans la bouche de Jésus des propos sur le Logos qu'il n'a certainement jamais tenus. Mais ce n'est en aucune façon le cas. Si forte que soit la différence entre les langages johannique et synoptique, il est
certain que les affirmations fondamentales sont très voisines et que de multiples analogies peuvent être relevées entre le témoignage que Jésus se rend à lui-même chez les Synoptiques et celui que Jean met dans sa bouche. Le terme Logos ne se trouve que dans le prologue de l'évangile, au début de l'épître (1Jn 1:1) et dans un passage de l' Apo (Ap 19:13). De plus, ceux-là mêmes qui admettent une certaine dépendance de l'évangile à l'égard de Philon sont obligés de reconnaître qu'il y a de notables différences entre les conceptions des deux écrivains. Il y a peu d'affinité entre le Dieu de Philon,
qui est le Dieu transcendant du judaïsme postérieur et du platonisme, et le Dieu Père du 4 e évang, dont la notion est si étroitement liée à l'A.T, et à l'enseignement de Jésus; peu d'affinité entre le Logos de Philon, qui est surtout la raison divine, principe immanent de l'être divin, et le Logos johannique, véritable personne, capable de s'incarner dans un être humain; peu d'affinité
entre l'intérêt cosmologique qui s'attache au Logos de Philon, et la mission avant tout révélatrice et rédemptrice assignée au  Logos du 4 e évangile; peu d'affinité enfin entre le caractère abstrait et philosophique du Logos de Philon, qui sert d'intermédiaire entre Dieu et le monde de la matière, et le rôle historique du Logos de Jean, descendu ici-bas pour répondre à l'espérance messianique. Ces différences tendraient à prouver que si Jean a emprunté quelque chose à Philon, c'est tout au plus le terme de Logos ; encore cet emprunt purement verbal n'est-il nullement établi. Pourquoi veut-on qu'il ait été impossible à un Juif palestinien de se servir de ce mot à moins qu'il n'ait subi une influence étrangère? Nous avons déjà signalé le rôle important que joue dans l'A.T, la notion de la parole de Dieu; on connaît, d'autre part, la tendance, perceptible déjà dans les Psaumes et dans les Proverbes, (cf. Pr 8:22-31) à personnifier certains attributs divins. Pourquoi Jean ne serait-il pas, lui aussi, entré dans cette voie? Et si l'on nous demandait ce qui aurait pu l'y engager, nous répondrions que les déclarations de Jésus, telles qu'elles étaient
gravées dans son souvenir et telles qu'il les a consignées dans l'évangile, peuvent parfaitement l'y avoir conduit.
II L'OEUVRE DU SAUVEUR.
La notion du salut qui, dans la théologie paulinienne, se ramène à celle de la justification, se traduit, dans la théologie johannique, par la notion de vie ou de vie éternelle. Quelle est la portée de ce terme? C'est ce que nous avons maintenant à déterminer en recherchant tout d'abord à quoi il s'oppose et quel est le mal auquel la vie éternelle doit porter remède.
1. Le monde sans Dieu.
Nous aurions pu dire tout simplement le monde (voir ce mot); car, dans le langage johannique, le monde est précisément ce qui s'oppose à Dieu, le royaume sur lequel Satan exerce sa domination. Que faut-il entendre par ce terme? Pas le monde matériel; il serait aussi inexact de dire que Jean fait de la matière le principe du mal que de prétendre que Paul voit dans le corps la source du péché; ni l'un ni l'autre ne peuvent être taxés de dualisme. Le monde, au sens johannique, c'est l'humanité; la chose ressort avec évidence des nombreux passages où il est question du péché du monde, du jugement
du monde et surtout de l'amour dont le monde a été l'objet de la part de Dieu; mais c'est l'humanité hostile à Dieu, asservie à Satan, travaillée, tourmentée, pervertie par les instincts mauvais dont l'anime celui qui la tient en son pouvoir et qui est appelé pour cette raison le prince de ce monde (Jn 14:30). Le monde,
dans la conception de Jean, n'est pas ce champ mélangé de bon grain et d'ivraie dont nous parle l'une des paraboles de Jésus; c'est un champ qui ne produit que de l'ivraie; tout, dans sa vie, procède d'un principe mauvais; il est tout entier au pouvoir du Malin (1Jn 5:19). Il résulte de ce fait qu'en plus d'un passage, sans que la notion primitive d'humanité soit totalement effacée, le terme monde devient synonyme de péché; être du monde signifie appartenir au royaume du mal, tout comme, chez Paul, marcher selon la chair signifie vivre dans le péché. Mais sommes-nous sûrs, avant d'aller plus loin, que lorsque Jean parle du péché, il prend ce terme dans le sens où il est généralement employé dans le reste du N.T.? Dans la Bible, le péché est présenté comme un acte de révolte ou tout au moins de désobéissance; il est défini comme la transgression de la loi et classé ainsi parmi les phénomènes d'ordre moral ou volontaire. Or on rencontre parfois l'assertion que, pour Jean, le péché est un fait de nature, qu'il réside dans notre incapacité de créatures,
appartenant à un ordre de choses passager et périssable, à nous élever à une vie supérieure, et qu'il n'impliquait aucune responsabilité spéciale jusqu'à la venue du Christ et à la résistance que les hommes lui ont opposée. «Si je n'étais pas venu et si je ne leur avais pas parlé, dit le Christ johannique, ils n'auraient pas de péché» (Jn 15:22). Il est certain que, pour Jean, le péché par
excellence est l'incrédulité, le refus de reconnaître en Jésus le Sauveur et de se soumettre à sa parole; c'est le péché auquel il n'y a pas de remède, parce qu'il consomme la rupture entre le pécheur et Dieu. Mais, précisément, d'où provient l'incrédulité? De ce que la lumière fait défaut? De ce que la révélation divine est entourée de tant d'obscurités qu'il est impossible aux âmes sincères de la discerner? Nullement. C'est même l'une des thèses principales de l'évangile que l'incrédulité des Juifs a des causes morales. Dieu a suffisamment rendu témoignage à son envoyé pour que celui-ci soit en droit de les rendre responsables de leur égarement (Jn 5:41-47). La venue de Jésus a, sans doute, provoqué une crise; mais, si elle a mis en lumière le péché, elle ne l'a pas créé; il était là et n'attendait que l'occasion de se manifester (Jn 3:19-21). Et si
nous demandons à Jean quel est le fond ou la nature intime de ce péché, il nous répond que pécher, c'est se vouloir soi-même, c'est rechercher sa propre gloire (Jn 5:44), c'est se laisser entraîner par ses propres convoitises (1Jn 2:16), c'est surtout refuser d'aimer ses frères. En péchant, on se met sous le joug du
diable, dont on accomplit la volonté (Jn 8:44); d'où il résulte que le pécheur se sépare de Dieu; il vit dans les ténèbres,  c'est-à-dire qu'il est privé de la vraie connaissance de Dieu; il vit dans le mensonge, c'est-à-dire dans ce qui trompe, qui séduit et qui passe; pécher, c'est donc se condamner à périr. Monde, péché, condamnation, ténèbres, mensonge, mort, autant de termes qui
s'appellent et qui décrivent autant d'aspects de la vie sans Dieu.
2. La vie éternelle.
Connaissant l'état de l'homme sans Dieu, nous sommes à même de comprendre ce que Jean entend par le salut ou, pour nous servir de sa
propre expression, par la vie éternelle. Ce terme, si fréquent sous sa plume, se rencontre aussi chez les Synoptiques, où il est également synonyme de salut. Demander ce qu'il faut faire pour être sauvé ou pour hériter la vie éternelle revient exactement au même. Il y a toutefois cette différence entre les Synoptiques et Jean que lorsque les premiers emploient le terme de vie ou de vie éternelle, ils lui donnent régulièrement une portée eschatologique (Mt 18:8
19:16 25:46); la vie éternelle est la récompense de ceux qui auront servi le Christ avec fidélité. Cet aspect de la vie éternelle n'est pas inconnu de Jean; l'évangile, sans y insister, annonce la résurrection (Jn 5:28 et suivant, cf. Jn 11:24 et suivant); l'épître rappelle à ses lecteurs que leur qualité d'enfants de Dieu, bien que réelle, n'éclate pas encore au grand jour (1Jn 3:2); néanmoins, ce qui caractérise très nettement l'enseignement johannique sur ce point, c'est qu'elle est un bien présent, dont les croyants sont dès maintenant en possession (Jn 3:36). En quoi consiste cette vie? Jean ne la définit nulle part; mais il n'est pas difficile de constater que ce qu'il entend par ce mot se rapproche beaucoup de ce que Paul appelle la rédemption, c-à-d, l'affranchissement des conséquences morales et religieuses, temporelles et éternelles du péché. Périr est dès à présent le sort auquel est condamné quiconque appartient au monde; «le monde passe, avec sa convoitise» (1Jn 2:17); la vie dont il se vante n'est qu'une illusion; la paix qu'il donne est une fausse paix (Jn 14:27); et celui qui lui appartient ne sait sur qui s'appuyer (Jn 6:68). Jésus, lui, donne la vie; d'abord la vie qui demeure, qui est au-dessus de tous les accidents et que la mort même ne peut interrompre (Jn 11:25); et c'est aussi la vraie vie, celle qui donne conscience d'avoir pris pied dans la réalité,
dans le «véritable» (1Jn 5:20); c'est la vie qui satisfait, qui ne laisse au fond du coeur aucun désir inassouvi; quiconque la connaît ne va plus chercher ailleurs ce qu'il possède désormais en abondance; en un mot, c'est la perfection du bonheur (Jn 4:13 et suivant). Cette vie est une force; celui qui l'a reçue se sent
supérieur au monde; il a vaincu le Malin (1Jn 5:18); bien plus, il devient à son tour générateur de vie; il exerce sur ceux qui l'entourent une action qui les arrache au monde et les met en contact avec la vie: «Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront de son sein».--Mais (Jn 7:38) cette vie, d'où vient-elle? Qu'est-ce qui l'engendre en nous? Jean répond à cette question en identifiant la vie et la lumière (Jn 1:4). Or, la lumière, c'est la vraie connaissance de Dieu; celui qui est né de Dieu et qui, par conséquent, vit, c'est celui qui connaît Dieu (Jn 17:3). De quelle connaissance s'agit-il ici? Évidemment
pas d'une connaissance purement intellectuelle; il ne suffit pas, pour vivre, d'avoir une notion correcte de Dieu et de savoir que Jésus est venu de sa part. Le mot connaître est employé ici dans son acception hébraïque; c'est la connaissance pratique, résultant non d'un enseignement mais d'une relation personnelle. Connaître Dieu, dans le langage des prophètes, c'est l'avoir rencontré et, surtout, c'est lui obéir. De même, dans le langage johannique, connaître Dieu, c'est avoir cru à son amour et faire sa volonté. Vivre revient ainsi à aimer Dieu et à garder ses commandements; quiconque en est là est
sorti définitivement des ténèbres et a échappé à la puissance de la mort. Enfin, cette vie, qu'est-elle dans sa réalisation pratique? Ne serait-elle qu'un sentiment indéfinissable de bien-être et de joie procédant de la certitude de l'amour de Dieu? Comme elle est née de l'amour, elle se réalise et se manifeste dans l'amour. Jésus, chez Jean, fait de l'amour la marque distinctive de ceux qui lui appartiennent (Jn 13:35), et l'épître nous rappelle que «nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères» (1Jn 3:14 4:7). Il résulte de là que, comme nous avons pu établir une sorte d'équivalence entre les termes monde, péché, ténèbres, haine, mort, les termes vérité, lumière, amour, vie, sans être absolument synonymes, sont étroitement liés et décrivent le salut dans sa cause objective (lumière), dans sa réalisation subjective (vie), dans sa manifestation et ses effets (amour). Il
nous reste à voir comment ce salut est l'oeuvre du Fils de Dieu et par quel moyen nous nous l'approprions.
3. L'oeuvre du Christ.
Pour saint Paul, toute l'oeuvre du Christ se concentre dans sa mort et sa résurrection; la prédication de l'apôtre a pour but unique de présenter la croix et de tourner les regards de ses auditeurs vers le Christ crucifié. Ce point de vue, qui fut celui de toute l'Église primitive, est loin d'être étranger à Jean qui, en maint passage, fait allusion à l'oeuvre rédemptrice du Christ et à sa mort
expiatoire. Jésus est désigné aux disciples de Jean-Baptiste comme «l'Agneau qui ôte le péché du monde» (Jn 1:29), et l'épître nous rappelle que si quelqu'un vient à tomber en faute, nous avons auprès du Père un intercesseur en la personne de Jésus, «qui est une victime expiatoire pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier» (1Jn 2:2, cf. 1Jn 4:10 5:6). Néanmoins, ce n'est point sous cet. aspect que l'oeuvre du Christ est
présentée en général dans les deux écrits qui servent de base à la présente étude. Dans la prière sacerdotale, Jésus s'exprime en ces termes: «J'ai achevé l'oeuvre que tu m'as donnée à faire» (Jn 17:4); il résulte de ce passage, comme, du reste, de l'ensemble de la prière que, dans la conception johannique, c'est le ministère de Jésus, ministère qui se poursuit aujourd'hui par l'intermédiaire de
l'Esprit (Jn 14:15-21,28 16:12-16); qui constitue son œuvre propre; sa mort, heure douloureuse, qui marque le point culminant de sa carrière terrestre (Jn 12:23,28), ouvre en même temps une nouvelle phase de son existence; c'est le point de départ de son élévation, la condition et le commencement de sa glorification. En quoi donc,a consisté son oeuvre? Elle n'est définie nulle part
plus clairement que dans la prière sacerdotale et notamment dans ce mot: «J'ai fait connaître ton nom aux hommes que tu m'as donnés du milieu du monde» (Jn 17:6). C'est là le point essentiel. Christ est le Sauveur, celui qui donne la vie éternelle, parce qu'il apporte ou, mieux encore, qu'il est lui-même la parfaite révélation de Dieu. Sa tâche fut de vivre en qualité de Fils de Dieu parmi les hommes, afin qu'en le contemplant, ils en vinssent à connaître Dieu lui-même,
dans son amour insondable et sa volonté sainte. L'envoi du Fils couronne et achève toutes les révélations de Dieu; la série des prophètes, de Moïse à Jean-Baptiste, lui a frayé la voie; tous furent d'authentiques messagers de Dieu; tous furent éclairés d'une lumière divine dont le rayonnement guidait ceux qui consentaient à les suivre. Il est, lui, la lumière, la vérité; lui seul peut dire:
«Je suis le chemin, la vérité et la vie» (Jn 14:6) parce qu'en lui seul Dieu s'est révélé dans la plénitude de sa grâce et de sa miséricorde; ses disciples ont trouvé en lui le seul berger véritable; il a été pour eux la porte, qui les a introduits dans le vrai bercail, où ils sont désormais en sécurité (Jn 10);
c'est lui qui, en leur manifestant le Père, a fait d'eux tous des enfants de Dieu (1Jn 3:1). Il se trouve que, par cette oeuvre, Jésus a opéré parmi les hommes un jugement ou un triage que certains passages présentent comme le but même de sa venue (Jn 9:39); ceux qui sont «de Dieu» ou «de la vérité» ont immédiatement reconnu sa voix; ceux qui sont «du monde» n'ont ni pu, ni voulu le reconnaître. Pour les premiers, il a été un libérateur; la vérité
qu'il leur a fait connaître les a affranchis (Jn 8:30 et suivants), les a dégagés de l'influence de ce monde, qui ne peut plus ni les séduire par ses plaisirs trompeurs, ni les effrayer par ses menaces et ses mauvais traitements (Jn 16:33). Quant à ceux qui sont «du monde», leur attitude à l'égard de Jésus est leur propre condamnation; en demeurant incrédules, ils montrent ce qu'ils sont et à qui ils appartiennent; ils sont les serviteurs ou les fils de celui qui est appelé le père du mensonge ou de l'opposition à Dieu, et leur châtiment est de rester ce qu'ils sont, de demeurer dans l'esclavage, attachés à ce qui périt pour périr eux-mêmes avec ce qu'ils ont recherché. Tel est aussi, d'après les ch. 13 à 16 de l'évangile, la double activité de l'Esprit qui, après le départ de Jésus, continuera son oeuvre ici-bas, affermissant les disciples, leur remettant en
mémoire les choses que Jésus leur avait annoncées, leur en enseignant même de nouvelles, les rendant capables d'accomplir des œuvres encore plus grandes que les siennes et, d'autre part, jugeant le monde et mettant en lumière sa condamnation.
Dans cette oeuvre, la mort de Jésus ne joue pas un rôle distinct de celui de sa vie; avant même de les quitter, Jésus pouvait dire à ses disciples: «Vous êtes déjà nets, à cause de la parole que je vous ai annoncée» (Jn 15:3, cf. Jn 13:10). Néanmoins, nous l'avons dit, la mort de Jésus est fréquemment relevée dans l'évangile et l'épître; plus clairement que chez les Synoptiques, on voit dans
l'évangile que Jésus y marchait consciemment dès le début de son ministère, mais elle est présentée sous un autre jour que dans le reste du N.T. D'une part, la croix est présentée comme une sorte de piédestal, qui, en élevant le Fils de l'homme, augmentera son pouvoir d'attraction. A cette hauteur où ses adversaires l'auront hissé, tout oeil le verra; l'humanité tout entière dirigera ses
regards vers lui et, dans sa mort même, à la fois si pleine de soumission à la volonté de Dieu et si royale, les hommes, enfin convaincus, reconnaîtront le Fils de Dieu (Jn 3:14 12:24-32). D'autre part, la mort de Jésus est pour les disciples la confirmation suprême de l'amour que leur maître leur portait. Pour les sauver, celui qui avait déjà consenti à prendre vis-à-vis d'eux l'attitude de
l'esclave et à leur laver les pieds, acceptera la mort ignominieuse de la croix; berger fidèle au troupeau dont la garde lui a été confiée, il combattra jusqu'à la mort pour le salut de ses brebis (Jn 10).
Telle est l'oeuvre de Jésus. Comment nous atteint-elle et par quel moyen nous l'approprions-nous? La réponse de Jean est identique à celle de Paul: par la foi. Le salut est un don gratuit de l'amour de Dieu et nous ne pouvons que l'accepter avec confiance et reconnaissance. Il y a cependant une nuance entre la conception johannique et la conception paulinienne de la foi. Pour Jean, la foi est tout d'abord l'intelligence ou l'intuition de la vraie nature de Jésus; croire en lui, c'est reconnaître en lui le Fils de Dieu et prendre vis-à-vis de lui l'attitude qu'entraîne une telle découverte. Pour Paul, la foi est avant tout confiance en Jésus et acceptation de l'oeuvre de réconciliation qu'il a accomplie en notre faveur. Mais il est évident qu'il n'y a pas opposition entre ces deux conceptions, dont la différence tient à la façon dont le salut s'était présenté à l'un et à l'autre; il faut même dire qu'elles sont une dans le fond,
puisque la foi, chez Paul et chez Jean, a le même objet et porte les mêmes fruits; chez Jean, la foi, née de la contemplation du Christ, se traduit d'elle-même en amour (voir ce mot), et Paul, après avoir insisté sans se lasser sur la pleine suffisance de la foi, n'en déclare pas moins avec l'accent le plus convaincu: «Quand j'aurais toute la foi, jusqu'à transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien» (1Co 13:2).

Source : http://456-bible.123-bible.com/westphal/2861.htm

Par Aug. Th. - Publié dans : spiritualité
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Dimanche 14 octobre 2012 7 14 /10 /Oct /2012 00:28

De l’importance de ses écrits dans la Franc-maçonnerie

Si je désire vous entretenir de st Jean, c’est tout d’abord afin de définir à quelle personne la franc-maçonnerie fait mention.

Ensuite, s’agissant du livre sacré au-dessus duquel l’impétrant exprime sa promesse de Franc-maçon, il était intéressant d’approfondir les raisons qui font de ces textes un corpus utilisé au sein de nos Loges.

Saint Jean

La Bible mentionne de nombreux Jean dans les textes du Nouveau Testament :

·         Jean le Baptiste

·         Jean fils de Zébédée

·         Jean frère de Jacques

·         Jean, disciple aimé de Jésus

·         Jean l’Evangéliste

·         Jean le Théologien

·         Jean le Divin

·         Jean le Presbytre

Commençons donc par Jean le Baptiste. Il fut probablement membre de la secte des Esséniens, dont la théologie mettait en avant le Maitre de lumière combattant le Maître des ténèbres dans l’optique d’une victoire finale.

L’idéologie essénienne était formée de deux piliers, l’austérité et la pureté. L’Eglise a fixé son anniversaire le 24 juin, afin d’associer ce personnage biblique à la fête païenne du solstice d’été. Associé au solstice d’été Jean le Baptiste représente la lumière du soleil à son apogée et symbole du feu créateur nécessaire à la vie. Son apostolat n’est-il pas de baptiser le Maître ? De par cet acte, il devient l’Initiateur, tel le Vénérable placé à l’Orient.

Jean le Baptiste baptise d’eau, mais il nous dit que celui qui viendra baptisera par le feu. Nous retrouvons là, deux éléments l’eau et le feu, représentation de la Lune et du Soleil, symboles maçonniques placés à l’Orient.

Si Jean le Baptiste est vénéré par la chrétienté, il l’est aussi par l’islam[1] et son tombeau se trouve dans la grande mosquée des Omeyades à Damas. Sa tombe fait l’objet de pèlerinages très fréquents.

Jean le Baptiste est donc le saint Jean en usage dans la Franc-maçonnerie lors de la Saint Jean d’été.

Poursuivons donc dès maintenant avec 3 autres Jean :

  • Jean fils de Zébédée
  • Jean frère de Jacques
  • Jean, disciple aimé de Jésus

Les recherches des exégètes assument que ces trois Jean sont en fait la même et seule personne.

Trois Jean sont encore mentionnés dans la Bible, il s’agit de :

  • Jean l’Evangéliste
  • Jean le Théologien
  • Jean le Divin

Les preuves comparatives des textes et les informations des Pères de l’Eglise, ayant connu l’Apôtre Jean, mènent à penser qu’il s’agit de la même et seule personne, soit Jean l’Apôtre de Jésus.

Un dernier Jean est encore nommé,

  • Jean le Presbytre

Quel est donc ce Jean le Presbytre ? Dans les écrits de Papias[2] connus d’Eusèbe, ce dernier relève que Papias distingue clairement 2 Jean, un apôtre faisant partie des douze, dont le témoignage est rapporté par les gens qui l’ont entendu et le second, Jean le Presbytre disciple du Seigneur. Jean le Presbytre était un vénérable membre de l’Eglise chrétienne d’Ephèse. Son tombeau se trouve également dans cette ville où il est vénéré. Tous deux, par une étrange coïncidence vivait à Ephèse. Il est intéressant de noter qu’Ephèse disposait d’une Ecole johannique rattachée à l’Apôtre Jean.

Cette information est relayée par Irénée[3] qui a connu Polycarpe[4], lequel a connu Jean l’Evangéliste, vivant à Ephèse.

Nous avons donc déterminé de quel Jean nous parlions au travers des différents textes. Au final, nous avons trois Jean :

  • Jean le Baptiste, dont nous avons déjà parlé
  • Jean, Apôtre de Jésus, appelé aussi l’Evangéliste, le Théologien, le Divin,

et encore un autre Jean, nommé

  • Jean le Presbytre (ou l’Ancien), dont nous parlerons ultérieurement.

L’Eglise fête Jean l’Evangéliste le 27 décembre, juste après le solstice d’hiver lorsque le soleil est le plus bas dans le ciel et celle de la renaissance de la lumière. Symbole de la lutte contre les ténèbres en vue d’atteindre l’amour divin. L’animal représenté avec Jean est l’aigle.

Nous disposons de quelques informations sur la vie de saint Jean. Il serait né aux environs de 19 avant JC, dans la région du lac de Tibériade. Après que Jésus soit décédé sur la Croix, Jean accueille chez lui et prend soin de sa mère, la Vierge Marie. Puis il commence à prêcher en Samarie et à Éphèse (où il opère plusieurs miracles) avant d’être appelé à Rome par l’empereur Domitien, en 95 (persécution). C’est pour cette raison que la fête de la St Jean, à Rome, se célèbre devant la porte Latine[5]. Il sera selon la légende supplicié en étant plongé dans l’huile bouillante, mais en sortit sans éprouver aucune souffrance.

Après une période d’exil sur l’île de Patmos (en mer Égée), il retourne à Éphèse où il passe le reste de sa vie et mourut en 104 après JC, sous le règne de Trajan.

Saint Jean est le patron des professionnels du livre (libraires, éditeurs, auteurs, relieurs, imprimeurs, etc.), des compositeurs, des tanneurs, des théologiens et des écrivains. Il est invoqué contre les risques d’empoisonnement.

Les écrits

Arrêtons-nous maintenant, sur les textes rédigés par Jean. Nous avons trois corpus importants, dans l’ordre chronologique, nous trouvons :

  • Le 4ème Evangile de Jean
  • Les trois Epîtres de Jean
  • L’Apocalypse

Pourtant il semble que la rédaction de certains documents ne soit pas de la main de Jean l’Evangéliste, mais de celle de Jean le Presbytre. L’écrivain en ayant rédigé certains en recueillant les paroles de Jean l’Evangéliste.

Le 4ème évangile est construit en plusieurs strates :

1. document narratif (appelé C) d’origine palestinienne

2. complément également d’origine palestinienne

3. Document narratif écrit à Ephèse s’ouvrant sur le monde grec (païen)

4. addition de textes mineurs à Ephèse.

Que nous offre ce 4ème évangile ? Il représente une œuvre originale, très personnelle, ne serait-ce que pour son prologue dont l’interprétation ne cesse de soulever bien des controverses, même si son auteur a pris le soin de préciser ses intentions. Jean propose une relecture des grandes traditions d’Israël. Ce texte apparaît comme très polémique et anti-juif, le Juif est celui qui se ferme à la révélation divine.

Nous sommes en présence d’un témoin de la rupture qui s’opère avec le judaïsme suite à la ruine du Temple et la chute de Jérusalem en 70 après JC. Jean met en avant la tradition biblique mais aussi certaines conceptions du judaïsme hellénistique, aussi bien que l’essénisme qumrânien. Il n’a dû recevoir sa forme définitive qu’au début du 2ème siècle, dans un milieu asiate, probablement à Ephèse.

Jean prend parti pour un judaïsme authentique, il fustige et condamne les chrétiens qui acceptent de manger les idolothytes[6]. Jean apparaît dans la ligne d’Apollos[7]. L’Asie va développer un judéo-christianisme original. C’est de là aussi qui naîtront les espérances millénaires[8].

Il est celui qui met en avant la plus grande spiritualité par l’usage du terme « Logos[9] ». Ce symbolisme est la clé de voute de la pensée johannique, reprise par de nombreuses sectes et développée par la suite dans les Loges maçonniques sous la forme du Grand Architecte de l’Univers.

Saint Augustin notera encore les affinités du prologue avec les doctrines platoniciennes ainsi que celles de Plotin, donc un apport de la philosophie grecque. Les exégètes ont souvent contesté la valeur de ce 4ème évangile en raison de son caractère théologique et de son symbolisme.

Pour ce qui est des trois Epîtres de Jean, écrite à Ephèse, la première semble constituer une introduction au 4ème évangile.

Nous devons là encore étudier quels en sont les auteurs. Nous avons ici trois documents d’importance inégale. Les affinités de style et de doctrine les font attribuer au même auteur que l’évangile et l’Apocalypse. Jean le Presbytre serait l’auteur, pour au moins, l’une d’entre elles.

L’apocalypse (du grec apocalypsis – Révélation) a été écrite lors de l’exil de saint Jean à Patmos. Ce document est généralement daté de la fin du règne de Domitien (81 – 96). La plupart des exégètes doutent de l’unité d’auteur entre l’Apocalypse et le 4ème évangile. Cependant, les affinités profondes de doctrines, malgré la différence évidente de genre littéraire, invitent pourtant à attribuer les deux œuvres à la même école johannique. L’apocalypse s’adresse aux 7 Eglises d’Asie mineure :

v Ephèse

v Smyrne

v Pergame

v Thyatire

v Sarde

v Philadelphie

v Laodicée.

Dans ce corpus, Jean reprend, comme source, les livres de Daniel et d’Isaïe et développe librement l’interprétation des symboles de la tradition ancrée dans l’Ancien Testament.

Une lecture fondamentaliste recherche la chronique anticipée des événements de la fin des temps. Pour déchiffrer le plan mystérieux de la Providence, l’auteur de l’Apocalypse recourt au symbolisme compliqué, souvent tiré de prophéties antérieures et s’emploient à déterminer la date de la prochaine intervention de Dieu.

Ce livre, concernant les derniers temps du monde, a exercé une influence extraordinaire sur la spiritualité des premiers siècles chrétiens et du Moyen-âge et sur l’art dans toutes ses manifestations.

Ce genre littéraire a inspiré de nombreux auteurs au gré des siècles, tels Dante et sa Divine Comédie, William Blake et ses œuvres ésotériques, Victor Hugo et La Légende des siècles. Chez certains écrivains on perçoit plus un gnosticisme postchrétien qu’une inspiration biblique.

Le symbolisme

L’Apocalypse a donné, au gré des siècles, de nombreux symboles, repris par des divers courants, dont la Franc-maçonnerie.

Dans l’iconographie, saint Jean l’Evangéliste est représenté tenant à la main un vase sacré d’où sort un serpent, symbole de la connaissance. Le vase sacré rappelle l’ésotérisme du Saint Graal dont la liqueur procure santé et connaissance. On attribue aussi à saint Jean la lettre « G », en fait le petit Gamma grec, lettre utilisée au passage du 2ème grade de la FM. L’on ne saurait oublier l’Aigle, qui accompagne saint Jean, symbolisant le soleil par tous les anciens peuples.

Saint Jean est parfois auréolé d’un nimbe représentant le quadruple Gamma, swastika mystique de la connaissance parfaite. C’est à Saint Jean l’Apôtre qui fut transmis toute chose. Il devient par-là l’image parfaite de l’Initié dans la FM.

Pour conclure, l’Evangile de Jean est un message d’amour universel et de connaissance complète du Logos. Seule la pensée johannique utilise le terme grec de Logos en reprenant la Genèse « Au commencement était le Logos (Verbe) et le Logos était tourné vers Dieu et le Logos était Dieu ». Le Logos, selon Jean est l’artisan de la création, la vraie lumière. Mais le Verbe a été perdu, cachés maintenant dans les textes hermétiques du 3ème degré. Notre recherche est donc de retrouver le Verbe. Chacun détient une part du Logos et l’amour universel permettra de la découvrir dans son entière plénitude. Dans ce sens nous rejoignons la pensée néo-platonicienne qui représente le Logos comme la première émanation de l’UN, inférieure à celui-ci, mais supérieur à l’âme.

J’ai dit.

Aigle, le 31 mars 2009.

Source : http://www.cda-aigle.ch/

   

 

 

Par X - Publié dans : Planches
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Samedi 13 octobre 2012 6 13 /10 /Oct /2012 12:54

Ce terme est employé d'une façon particulière dans le prologue de Jean (Jn 1:1,18), dans 1Jn 1:1 et dans Ap 19:13. Dans tous ces textes johanniques il désigne le Christ. Nous avons coutume de le traduire par «la Parole» ou «le Verbe». Cette dernière traduction a été choisie pour conserver au mot le genre masculin; mais la traduction «la Parole» rend mieux le sens du terme, sans cependant correspondre à toutes ses significations.
Les allusions dans 1Jn 1:1 et Ap 19:13 ne nous renseignent pas sur la signification de cette expression, si étonnante au premier abord. C'est que ces deux textes, en l'employant, présupposent soit la connaissance du prologue de Jean soit, tout au moins, la connaissance de la théorie visée par ce prologue. C'est donc dans celui-ci seul que nous pouvons nous
renseigner sur la signification exacte de l'identification de Jésus-Christ avec le Logos.
Or le prologue du 4° évang, s'y trouve à la place occupée dans Matthieu et Luc par les généalogies de Jésus et les récits de sa naissance, et incontestablement le rôle que le prologue doit jouer dans Jean est pareil à celui de ces récits dans Matthieu et dans Luc. Il doit montrer que Jésus-Christ, tout en n'étant pas un simple mortel, est né homme.
C'est ce que signifie dans le prologue la doctrine de l'incarnation. Le Logos en lui-même n'est pas homme, mais il a eu à un certain moment les marques distinctives de la nature humaine, c'est-à-dire le corps réellement charnel (Jn 1:14).
Mais qu'était ce Logos avant d'être fait chair? Le début du prologue (Jn 1:1) l'indique: «Au commencement était la Parole et la Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu.» Être divin, le Logos a été fait homme. Le Christ a préexisté à son activité terrestre, en étant auprès de Dieu et en étant Dieu lui-même. Mais cette même idée, l'apôtre Paul et d'autres auteurs du N.T. l'ont exprimée sans se servir du terme: le Logos. Comment se fait-il que l'auteur de Jean le mette au début de son évangile? A quelles tendances de la pensée chrétienne de Jean ce terme répond-il?
La Parole de Dieu, non pas comme un être divin, personnel, mais comme expression de la volonté divine accomplit, d'après Ge 1, l'oeuvre de la création. Or, sans aucun doute, l'auteur de Jean en parlant du Logos songe à cette action créatrice de la parole divine.
C'est pourquoi son évangile commence par les mêmes mots que la traduction grecque de Ge 1. Et dans le verset 3 et le verset 10 du prologue l'auteur constate expressément que tout a été fait par le Logos.
Mais le Logos s'adresse en particulier aux hommes (Jn 1:9 et suivant). En effet, Dieu a parlé aux hommes par les prophètes et les autres envoyés divins de l'A.T. Il s'est révélé à ceux-ci par sa parole, adressée par ex. à Amos (Am 1:3,6 etc.) et à Osée (Os 1:1 4:1 etc.). La parole de Dieu n'est donc pas seulement créatrice, elle révèle aussi Dieu aux hommes. Comme la parole humaine, en exprimant un ordre, réussit souvent à faire exécuter la volonté de l'homme, et comme cette parole fait souvent connaître aux autres hommes la nature de celui qui l'a prononcée, ainsi c'est par sa parole que Dieu, d'après l'A.T., crée ce qu'il veut, et c'est par elle qu'il se révèle Enfin, au fond de la parole de l'homme nous percevons ses réflexions, l'exercice de sa raison. Aussi le terme de logos en grec signifie-t-il très souvent raison (cf. p. ex. le mot: logique). La parole de Dieu est donc en même temps l'expression de sa raison parfaite.

En affirmant que Jésus-Christ est le Logos, la parole divine, le prologue de Jean déclare:
que la création du monde est elle-même l'œuvre de Jésus-Christ et ne peut avoir un sens différent de celui de l'oeuvre rédemptrice du Sauveur;
que le Christ est la parfaite révélation de Dieu, et
que sa doctrine, l'enseignement chrétien, est l'expression de la raison divine qui est parfaite.
Mais toutes ces idées ne sont pas pour l'auteur du prologue des notions abstraites, elles sont toutes réalisées en la personne de Jésus-Christ. C'est lui qui a été le réalisateur des intentions du Dieu créateur, c'est lui qui a révélé Dieu et c'est lui qui aux yeux de tous les croyants présente la raison parfaite de Dieu. Le Logos de Dieu n'est pas une idée pure, il est lui-même une personne divine, le fils unique de Dieu qui s'est incarné en Jésus-Christ. Or, il va de soi que pour le prologue de Jean, Jésus-Christ a la même fonction essentielle que pour le christianisme primitif en général, qu'il est avant tout le Sauveur. De là cette antinomie apparente, d'ailleurs commune à tout le christianisme primitif, que Dieu est considéré à la
fois comme le créateur et le sauveur, qu'il a été l'auteur du monde sans que ce monde soit jusqu'à présent son royaume, que toutes les choses ont été faites par le Logos, qui, en venant dans le monde, entrait dans son domaine et qui tout de même n'y est point reçu par
les siens (Jn 1:11).
Le Logos, pour Jean, pouvait d'ailleurs être facilement considéré comme le Sauveur. Car d'après cet évangile les croyants sont sauvés par la révélation de la gloire divine, par l'apparition de la grâce de Dieu. Le Logos est plein de grâce et de vérité (Jn 1:14). Le
Logos a créé le monde, il a parlé par les prophètes, mais c'est en Jésus-Christ qu'il s'est incarné et c'est en lui qu'il donne aux croyants non une loi comme celle de Moïse, mais la grâce et la vérité (Jn 1:16 et suivant). Ce sont donc des tendances authentiquement chrétiennes qui s'affirment avec grande force dans le développement du prologue du 4 e évang, concernant le Logos. Jésus-Christ est véritablement issu du Dieu de l'A.T., du Dieu
Créateur; il n'en est pas un aspect passager, mais en lui Dieu a réalisé de toute éternité sa volonté créatrice et rédemptrice; en lui il s'est affirmé finalement dans toute sa splendeur par son oeuvre de salut qui comportait la descente du Logos dans la chair. D'autres
chrétiens des premiers temps n'insistèrent pas sur tous les points de vue développés dans cette doctrine du Logos, ils en mirent d'autres en avant, mais incontestablement c'était sa piété chrétienne qui amena l'auteur de Jean à voir en Jésus-Christ le Logos divin. Aussi
n'est-il pas étonnant de voir que l'identification de Jésus-Christ avec la Parole de Dieu fut accueillie par un assentiment très vif de la plupart des milieux chrétiens d'alors.
Dans ces conditions on pourrait croire à l'origine purement chrétienne de la notion du Logos et de son identification avec celui qui est venu sauver les hommes et leur apporter la révélation définitive de l'essence même de Dieu. Mais de très nombreux faits sont là pour prouver que cette notion a préexisté au christianisme et que dans son histoire préchrétienne elle a eu des significations plus ou moins rapprochées de celles que nous avons constatées dans la notion johannique.
Parmi les philosophes grecs un certain nombre ont insisté sur le caractère raisonnable que l'organisation de l'univers présentait à leurs yeux. C'était la raison qui dominait et gouvernait le monde. Or cette raison, le principe dominant du monde, avait été nommée le
Logos dès le V e siècle par Heraclite d'Éphèse. Et, à peu près deux siècles plus tard, l'importante école stoïcienne avait également employé ce nom pour désigner le principe divin de la raison qui d'après sa doctrine se manifestait dans toute la vie de l'univers. Il
est vrai que pour les Stoïciens cette puissance divine du Logos n'était pas séparée du monde, maïs qu'elle lui était immanente. Néanmoins la notion du Logos, principe divin de l'organisation du monde, était ainsi familière à la pensée grecque de longs siècles
avant l'apparition du Christ et la publication de l'évangile johannique. Et comme l'école stoïcienne a été la plus influente dans les derniers siècles ayant et les premiers siècles après notre ère, l'idée du Logos est restée connue dans les milieux qui s'intéressaient à la philosophie. Cependant, à elle seule cette notion philosophique du Logos principe du monde n'a que très peu de points de contact avec la notion johannique. Car celle-ci non
seulement présuppose la transcendance de Dieu, mais elle prête aussi à la divinité un caractère beaucoup plus personnel. Et puis, tout en insistant sur l'unité de Dieu et du Logos, elle distingue tout de même l'un de l'autre. Enfin elle n'a pas comme la notion stoïcienne
un aspect purement intellectuel, mais elle est bien plus spécifiquement religieuse.
Or la plupart des nuances qui distinguent la notion johannique de celle des philosophes grecs, nous les rencontrons déjà dans la spéculation religieuse du paganisme et du judaïsme préchrétiens. Les penseurs religieux du paganisme oriental, de l'Egypte surtout, mais aussi de la Babylonie, de l'Iran et de l'Asie Mineure, ont, en effet, cherché, en partie du moins, à donner à leurs spéculations un caractère plus général en identifiant leurs divinités, parfois si
spéciales, avec des notions générales que, du temps hellénistique, ils tiraient souvent des systèmes philosophiques de la Grèce. Ils donnaient cependant à ces notions une forte empreinte religieuse. Or, il semble que d'assez bonne heure la notion du Logos ait joué un rôle dans la pensée religieuse de certains théologiens égyptiens qui s'inspiraient à la fois de la philosophie stoïcienne et des systèmes religieux de leur pays. Chez ces penseurs le Logos désigne un dieu inférieur qui sert d'intermédiaire entre le dieu supérieur et les hommes auxquels il veut se révéler. Dans ces systèmes le Logos n'est donc pas uniquement la raison stoïcienne, il est surtout la parole divine. Car il est évident que l'idée si simple de la parole divine, manifestation et révélation de Dieu, n'était pas réservée à la seule
religion israélite, mais qu'elle se rencontrait aussi dans le monde païen. Cependant, nous ignorons si les théories concernant le dieu Logos ont été très répandues dans le monde païen à l'approche de notre ère.
Ce que nous ne savons pas davantage, c'est si le judaïsme palestinien avait lui aussi développé une doctrine de la parole divine qui pourrait en une certaine mesure avoir servi de point de départ à la doctrine johannique. Certes, dans la littérature religieuse du judaïsme palestinien et babylonien ultérieur, nous constatons l'usage fréquent de la formule: «La parole (metnra) de Dieu a fait ceci ou cela.» Mais d'abord il paraît douteux que cette formule soit autre chose qu'une façon déguisée de désigner Dieu lui-même. En effet, par crainte de prononcer le nom de Dieu, les Juifs depuis le temps de Jésus avaient coutume d'utiliser de nombreuses formules de ce genre (voir Ange de l'Eternel). Mais même
si la formule dont nous parlons ne provient pas uniquement de cette crainte, si elle doit effectivement désigner un être divin médiateur entre Dieu et le monde, nous ignorons si l'usage de cette formule remonte au temps de la publication de Jean.
A côté du judaïsme orthodoxe, il y avait en Palestine et dans les territoires environnants des sectes plus ou moins hétérodoxes. Il semble que parmi ces sectes les disciples de Jean-Baptiste aient joué un certain rôle. Or il est incontestable que le prologue de Jean est
dirigé contre la prétention de ces disciples de Jean-Baptiste de considérer leur maître comme le sauveur, prétention qu'on retrouve plus tard dans les écrits mandéens. Ces groupes baptistes identifiaient-ils déjà Jean-Baptiste avec la parole divine? Le
prologue de Jean ne ferait-il que suivre leur exemple dans sa doctrine du Logos incarné? Nous n'en savons rien et nous ne pouvons ni exclure entièrement cette supposition qui n'a rien d'impossible, ni la considérer comme un fait acquis. En tout cas, pour l'histoire de la
doctrine du Logos comme pour tant d'autres problèmes, les lacunes si considérables de notre connaissance des mouvements religieux dans le judaïsme du I er siècle ap. J.-C, ne nous permettent pas de prononcer un jugement définitif.
Il reste un domaine, dans la pensée contemporaine de la naissance du christianisme, qu'il nous faut examiner pour savoir si l'auteur du 4° évang, pourrait y avoir  sa doctrine concernant le Logos. C'est la pensée religieuse du judaïsme hellénistique, c-à-d, de ceux d'entre les Juifs qui, ayant émigré dans les pays subissant l'influence de la civilisation
mi-grecque, mi-orientale, créée par les conquêtes d'Alexandre, avaient eux-mêmes adopté avec la langue grecque une partie de cette civilisation. Nous ne connaissons pas non plus parfaitement la pensée religieuse de ces Juifs, mais du moins en possédons-nous dans
quelques écrits apocryphes de l'A.T., avant tout dans la Sapience, puis dans des fragments de différents auteurs juifs hellénistiques et enfin et surtout dans l'ensemble des écrits de Philon d'Alexandrie, d'assez considérables documents authentiques. Or si la Sapience montre, par le rôle qu'elle attribue à la Sagesse divine dans la création et l'organisation du monde, combien la pensée religieuse hellénistique même chez les Juifs était portée à admettre des
intermédiaires entre Dieu et le monde, nous trouvons chez certains autres auteurs, surtout chez Philon, des théories concernant le Logos même. On a longtemps désigné Philon et certains de ses précurseurs du nom de philosophes juifs. En réalité ils sont tous des théologiens, des penseurs religieux. Ils utilisent certes des notions philosophiques, mais uniquement pour développer leur pensée religieuse. C'est ainsi que la notion du Logos chez Philon--on peut aisément négliger ici les doctrines de ses précurseurs--contient,
pour ainsi dire, toute la notion stoïcienne, mais en outre il s'agit pour lui de la parole divine créatrice, révélatrice et éducatrice.
Le Logos est pour Philon un être divin intermédiaire, comme le Logos chez les théologiens païens dont nous avons parlé et comme la Sagesse divine dans le livre de la Sapience. Aussi a-t-on souvent cru pouvoir dériver uniquement de la doctrine philonienne les développements de Jn 1:1,18 concernant le Logos. Et en effet, dès la première moitié du II° siècle, l'influence des écrits de Philon sur les écrivains chrétiens, par ex. Papologète Justin Martyr, est incontestable. Mais d'autre part la doctrine religieuse du Logos a été certainement plus répandue qu'on ne le supposait autrefois. Jean peut avoir connu la notion du Logos sans avoir eu connaissance de la doctrine philonienne. En tout cas, il est plus que probable que ce soit cette doctrine religieuse du Logos, connue par lui sous la forme
philonienne ou sous une autre, qui ait donné à l'auteur de Jean l'idée que Jésus-Christ a été ce Logos, la parole divine créatrice, organisatrice, révélatrice et éducatrice. Peut-être a-t-il même déjà trouvé chez certains penseurs religieux, comme par exemple les disciples de Jean-Baptiste, l'idée de l'incarnation du Logos.
Mais quel qu'ait été le point de départ des réflexions de l'auteur du 4 e évang, sur les rapports entre Jésus-Christ et le Logos de Dieu, le résultat auquel ces réflexions ont abouti est conforme, à l'essence même du christianisme primitif. L'usage exclusivement cosmologique que, sous l'influence de Philon, la théologie chrétienne à partir du IIIe siècle a souvent fait de la notion du Logos a rendu quelque peu suspecte cette notion elle-même
aux théologiens de nos jours. Mais en réalité l'auteur de Jean, en déclarant que Jésus-Christ est le Logos, entend proclamer que toute l'oeuvre de Dieu, l'oeuvre de salut pour les hommes non moins que la création et l'organisation du monde, se résume en la révélation
définitive, l'oeuvre de salut du Christ depuis son incarnation jusqu'à sa résurrection. Et tout son évangile doit servir à illustrer cette thèse authentiquement chrétienne.

Source : http://456-bible.123-bible.com/westphal/3187.htm

Par X - Publié dans : spiritualité
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Samedi 13 octobre 2012 6 13 /10 /Oct /2012 12:14

Cet extrait rituélique n’est qu’un exemple des diverses allusions à Saint Jean qu’offre la Franc-Maçonnerie au travers de ses rituels et de ses symboles. Pourquoi nous rattachons-nous, comme d’ailleurs la majorité des Ordres Initiatiques occidentaux, à Saint Jean ?

Sur un plan historique, de nombreuses hypothèses, souvent contradictoires ou peu fondées, allant des antiques cénacles philosophiques perses appelés Jehan aux corporations de constructeurs dites Confraternités de Saint Jean en passant par les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem, furent ainsi avancées afin d’expliquer à tout prix l’origine étymologique de loge de Saint Jean en la rattachant à des événements indubitables.

En ce qui me concerne, ces controverses de chroniqueurs – même passionnantes ne me retiennent pas. Du point de vue symbolique, elles ne sont d’ailleurs que d’un intérêt secondaire et la Tradition demeure en la matière beaucoup plus enrichissante. Car, une fois de plus, c’est en elle que nous trouverons nos réponses …
René GUENON ne s’y est point trompé : il y voit une succession spirituelle johannite et ésotérique de l’Ordre du Temple et des Collèges de la Rose+Croix, qui avaient également pour patron Saint Jean. Assurément, il faut rendre témoignage que la Franc-Maçonnerie a reçu l’héritage de nombreuses organisations initiatiques antérieures et a ainsi permis à de nombreux concepts philosophiques issus de civilisations ou de traditions éteintes de demeurer vivants non seulement comme vestiges du passé mais également comme germes du futur.

Saint Jean, abstraction faite de tout esprit religieux dogmatique, se révèle particulièrement fécond d’enseignements ésotériques et initiatiques. Chacun s’accorde à le reconnaître. Je vais donc tenter de vous exposer que la Symbolique qui lui est rattachée se retrouve intégralement dans nos symboles maçonniques, ce qui justifie pleinement l’appellation de loge de Saint Jean.

Avant de commencer à vous faire part de mes réflexions et élucubrations, j’attirerai votre attention, V\M\ et vous tous mes BB\AA\FF\, sur un postulat de départ personnel: pour moi, il ne fait nul doute que tous nos rituels sont profondément infusés des traditions kabbalistiques et alchimiques. Je dirais même que la Franc-Maçonnerie en elle même reste une superbe transposition de la divine Alchimie. A ce propos, il est assez curieux de remarquer que l’Alchimiste et le Franc-Maçon travaillent tous les deux à la perfection de leur pierre respective …Ceci mériterait certainement que j’y consacre une autre planche…

La Franc-Maçonnerie ne se place pas uniquement sous le patronage de l’apôtre Jean mais bien sous celui des deux Saints Jean : l’évangéliste, Jean Boanergès, et le précurseur, Jean Baptiste. Pour moi, il ne fait nul doute que sur un plan ésotérique, ils se confondent dans un même symbolisme. N’y a-t-on pas vu Janus, le dieu aux deux visages mais à la seule réalité, le Saturne alchimique ? Maçonniquement, il ne peut échapper que les noms mêmes de ces deux personnages ont pour initiales les lettres J et B, inscrites sur les colonnes de la Loge en rappel des noms Jakin et Boaz du temple de Salomon ! D’autre part, ils sont fils, l’un de Zacharie et l’autre de Zébédée, dont l’initiale Z est l’hiéroglyphe de l’éclair et du tonnerre z. Ils sont donc fils du tonnerre ou initié par le feu. Or, le tonnerre se retrouve également dans le voyage du candidat à l’initiation maçonnique…

JEAN BAPTISTE le précurseur.

Jean le Baptiste est le fils de Zacharie. Celui-là même qui avait perdu la parole à cause de son incrédulité, la retrouve par son obéissance à la naissance de son fils. Jean le Baptiste, témoin de La Lumière, permet donc à son père de retrouver la parole perdue. Son application à « la parole
perdue » des Franc-Maçons qui ont reçu la Lumière, et dès lors en sont les témoins, est évidente.
N’oublions pas à ce propos, que l’Art des alchimistes n’a pas pour objet la recherche de l’or matériel mais bien la pierre philosophale, et donc sur un plan spirituel, la parole perdue, c’est-à-dire l’épuration de l’âme, la réintégration de l’homme, matière même du Grand Œuvre dans son essence divine originelle. A ce propos, il convient de rappeler que c’est la lettre hébraïque Shin c, signifiant le feu, qui mise au milieu du Tétragramme divin h w h y (Yod Hé Vav Hé) dont la Tradition enseigne que la prononciation - donc la parole - fut perdue et figurant parfois sur le sautoir du Vén\M\, engendre le nom divin IESCHOUAH h w c h y. Celui-ci se rapporte à la séphire Tiphéreth, sphère kabbalistique de la pierre philosophale, de la maîtrise maçonnique et du sublime 18ème degré…

Nazoréen, Jean Baptiste ne pouvait, comme Samson, se couper les cheveux, symbole de l’énergie spirituelle rayonnante, le phallos des Hellènes. En Alchimie, les cheveux désignent le Rébis de l’œuvre, la pierre au rouge parfait. Re-bis, la chose double et pourtant unique, or il y a deux Saint Jean qui ne forment qu’un…

Saint Jean Baptiste fut décapité par Hérode, il eut donc la gorge tranchée, ceci rappelle bien entendu le signe d’apprenti mais allons un peu plus loin sur le chemin ésotérique. Dans le Grand Œuvre Alchimique, après le stade de la putréfaction correspondant indubitablement au degré d’apprenti, il faut « couper la tête au corbeau », c’est-à-dire enlever les scories ou maçonniquement équarrir la pierre brute, qui est précurseur de la quintessence symbolisée par l’étoile flamboyante au degré de compagnon dont les sommets sont marqués par la main sur le cœur dans le signe d’ordre…

On associe souvent Jean Baptiste à Elie et à Hénoch, également témoins de la Lumière qui doivent revenir à la fin des temps. Le premier serait certes à mettre en relation avec Elie Artiste des Rose+Croix et des Alchimistes dont le rôle est capital dans la génération de la pierre philosophale. Le second joue un grand rôle dans les légendes maçonniques. Hénoch est le seul homme qui a été réintégré de son vivant, en corps, âme et esprit, dans le Royaume d'Eden. Et, en ce qui me concerne, la réintégration spirituelle reste la substantifique moelle de l’initiation maçonnique. Ce n’est donc pas sans conséquence que Jean est associé à ces deux personnages…

La fête de Saint Jean Baptiste est située à un moment astronomique qui en révèle le sens caché. C’est le 24 juin, au solstice d’été, quand le soleil parvient à son apogée de puissance et de rayonnement. C’est alors l’éveil des feux de la St Jean, le symbole de la lumière venant illuminer l’Esprit. Jean représente donc symboliquement l’annonciateur du principe universel et unique du Feu-Principe, de la Lumière, émanation et manifestation de la Cause première.

Etymologiquement, IOANNES serait formé de deux mots chaldéo-hébraïques : io et Oannès. Io signifie pigeon et Oannès était le dieu sumérien qui apporta l’initiation aux hommes et leur transmis la lumière. Cet « homme-poisson » instruisait les hommes en les sciences et les arts, également en agriculture et dans le secret des métaux, dans leur fonte…

Le feu en raison de sa profonde signification ésotérique, joue un rôle capital de médiation et de purification dans toutes les initiations traditionnelles. Celles-ci ont toujours pour objet la mort mystique de l’homme profane suivie de la résurrection de l’initié, du nouvel homme, qui aspire à la Connaissance parfaite par la Rédemption et la réintégration, la communion totale avec la cause première, l’Amour spirituel... C’est également ce soleil spirituel symbolisant la Connaissance, que représente Hercule vêtu d’une peau de lion et d’or, symboles solaires et dont les 12 travaux ne sont autres que les phases du Grand Œuvre Alchimique…

Mais la fête solsticiale est également la fête de l’eau purificatrice et génératrice. Il y a, malgré les apparences, souvent trompeuses, une correspondance entre l’eau et le feu. Il faut d’abord un baptême de l’eau avant celui du feu. Les philosophes alchimiques brûlent par l’eau et lavent par le feu nous enseigne Flamel. Telle est la lessive philosophique. Laver latone. Solve et Coagula …C’était tout le message et le symbole de la Rose+Croix marquant la réalisation du Grand Œuvre : I.N.R.I. Igné Natura Renovatur Integra ; c’est également le symbolisme de Saint Jean.

Sur un plan plus exotérique, Jean le Baptiste fut assassiné pour ses idées d’égalité sociale, de liberté, de fraternité, de renoncement, de repentir et parce qu’il avait consacré sa vie à ouvrir les yeux des Hommes à la Lumière brillant dans les ténèbres. Ce qui n’est point sans rappeler l’idéologie maçonnique ainsi que la persécution cléricale dont elle fut victime. Il n’est donc point étonnant qu’il fût choisi comme saint patron.

Jean l’évangéliste.

L’apôtre préféré du Christ apparaît dans les évangiles comme le modèle-type des initiés. Inutile de rappeler que son Prologue et son Apocalypse sont à juste titre considérés comme de véritables monuments ésotériques et alchimiques en hommage à La Lumière. Selon plusieurs auteurs, Saint Pierre symboliserait l’église extérieure, exotérique, tandis que Saint Jean, l’église intérieure, ésotérique et gnostique. Dès lors, avons-nous ici encore une preuve du rattachement de la Franc-Maçonnerie à la tradition gnostique ?

N’a-t-il pas été désigné par son maître comme « le fils du tonnerre » ? Il est donc initié par le feu et dépositaire des secrets cachés de la Sagesse. Il est aussi consacré, suite au dernières paroles au Golgotha, comme « fils de la Vierge », expression similaire au fils de la Veuve, et désignant les initiés. Sur un plan alchimique, le fils de la vierge se nourrit en son sein de son lait tout comme le lait virginal ou lait de la lune est en rapport avec l’opération du Grand-Œuvre appelée « multiplication » qui nourrit de ce lait la pierre philosophale afin d’en multiplier son pouvoir.
Et le maçon n’est-il pas celui qui témoigne de son initiation par son comportement différent dans la vie profane et après s’être transmuté individuellement, peut devenir facteur de changement sociétaire.

Symbolisme de Saint Jean ou symbolisme franc-maçonnique ?

Dans le cadre de cette planche limitée par le temps de parole qui me fut donné, je n’évoquerai qu’un seul symbole johannite que l’on retrouve facilement en maçonnerie : le gamma grec, mais sachez qu’ils sont multiples : l’aigle, l’oiseau initiateur qui vole le plus haut et peut contempler le soleil, la toison d’or, l’agneau, le daleth hébraïque, Janus, le soleil et la lune…

Le Gamma grec (ou la lettre G)

La lettre symbolique que l’on attribue à Saint Jean est le gamma grec qui représente en minuscule graphiquement et astrologiquement la tête du bélier. Nous sommes ici en présence d’un glyphe profond, au sens multiple. Il représente non seulement la materia prima des alchimistes mais le moment où il faut commencer le Grand Œuvre. Or le bélier zodiacal en hébreu Tholeh l f h - possède la même valeur numérique, les mêmes lettres et le même nombre de lettres que la rosée. Le bélier de part sa vigueur souligne le feu essentiel et suggère l’eau aérienne stable. Mais le petit gamma grec est également symbole du chêne, arbre sacré des druides, symbole de l’agent primordial mais aussi de la materia prima. Mais le plus intéressant, c’est que les feuilles de cet arbre portent parfois des excroissances appelées noix de galle d’où, en langue des oiseaux, gala. Et gala (•8 en ancien grec, signifie lait, allusion au lait virginal des alchimistes qui nourrit Saint Jean et la Pierre philosophale, tous deux fils de la Vierge. La Tradition est infaillible. Comme dirait l’Evangéliste, que celui qui a des oreilles entende !

Précisons que le gamma grec majuscule n’est autre qu’une équerre : « Toutes nos équerres sont des signes et tous nos signes se font par l’équerre ».

La Franc-Maçonnerie conservant depuis des siècles l’ésotérisme traditionnel a fait de ce symbole la lettre G qui apparaît bien évidemment au grade de compagnon, basé sur le chiffre 5, sur la quintessence. Elle se veut avant tout l’expression du Feu-principe, de la Lumière, de la Connaissance, de la Vie, arcane suprême de l’initiation maçonnique.
Par ailleurs, initiales multiples de Géométrie, gnose ou de God, déformation du iod hébraïque y, symbole du sel alchimique ou initiale de la matéria prima, la lettre G fut certes le sujet de nombreuses planches. N’étant pas l’objet de la mienne aujourd’hui, je ne m’y attarderai pas plus longtemps.

CONCLUSIONS

Ces quelques lignes sur les deux Saints Protecteurs de la Franc-Maçonnerie ne sont évidemment qu’une faible ébauche de ce qui pourrait être dit sur un sujet en étroit rapport avec la Tradition Gnostique. Les aspects traditionnels et le symbolisme de la Lumière et de la Connaissance liés à
Jean sont très profonds et remontent loin dans le temps tout en restant vivant dans notre initiation maçonnique. Le patronage de Saint Jean se révèle le symbole secret de la Puissance Illuminatrice, dont la couleur symbolique est le rouge que nous trouvons sur nos tabliers de maîtres et dans les hauts grades de l’Ecossisme.

L’incomparable valeur du message universel de Saint Jean et de la philosophie transcendantale qu’il renferme permet d’envisager pleinement le rôle immense que la Franc- Maçonnerie est appelée à jouer de par cet héritage reçu de la Rose+Croix.
Elle peut ainsi satisfaire le besoin métaphysique ou religieux - intérieur à chaque homme. Par un retour à ses sources, elle peut être une voie privilégiée, celle de l’Art Royal, ouverte à tout homme indépendamment de sa foi, mais considérant comme « sacrés » les principes de valeur absolue de la personne humaine, de mission spirituelle de l’homme, de perfectibilité tant individuelle que sociale du genre humain par la voie johanniste de la Connaissance et de l’Amour. Ceci constitue également le fondement métaphysique de la Fraternité Maçonnique.

J’ai dit, V\ M\

Source : www.ledifice.net

Par A\ D\ - Publié dans : Planches
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Samedi 13 octobre 2012 6 13 /10 /Oct /2012 12:07

L’une des deux fêtes les plus importantes de la Franc-Maçonnerie est la St Jean d’été.
Cette cérémonie se situe au solstice d’été, le 21 juin, le jour le plus long de l’année, l'un des deux moments de l'année pendant lesquels le soleil atteint ses positions les plus méridionale et septentrionale, aux tropiques du Capricorne et du Cancer célestes.
L’autre fête, c’est la St Jean d’hiver, au solstice d’hiver, le jour le plus court de l’année. Les Francs-Maçons fêtent le solstice (de "sol stare" pour marquer l'arrêt du soleil) d'hiver. Une fête païenne qui a été christianisée puisqu'on fête alors la Saint Jean d'hiver.
La Saint Jean d'Eté est consacré à Saint Jean Baptiste tandis que la Saint Jean d'Hiver (27 décembre) honore Saint Jean l'Evangéliste dont l'attribut est l'aigle. Pour les Maçons, Saint Jean l'Evangéliste représenterait l'Initié. A noter qu'il fut aussi le saint patron des Templiers et d'autres ordres de chevalerie. Dans certaines Obédiences ou Loges qui utilisent la Bible, le Volume de la Loi Sacrée est ouvert sur le prologue de l'Evangile selon Saint Jean.
Originaire du village de Bethsaïde, Jean était un pêcheur du lac de Tibériade comme son père Zébédée (qui aurait épousé Salomé, la fille d'un premier mariage de Joseph) et son frère Jacques. Ils furent des disciples de Jean le Baptiste qui déclara : "Celui qui vient derrière moi est plus grand que moi". C'est Saint Jean Baptiste qui leur montra Jésus de Nazareth en leur déclarant : "Voici l'agneau de Dieu". Jean et Jacques devinrent des pêcheurs d'hommes.
Jean est considéré comme "le disciple que Jésus aimait".
Il put le suivre sur la montagne du Thabor pour entendre une voix venue du ciel dire : "Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute ma complaisance : Ecoutez- Le". Le Christ le choisit pour s'asseoir à ses côtés lors de la dernière Cène. Et Jean le suivit jusque dans la cour du Grand Prêtre lorsqu'il fut arrêté. Fidèle d'entre les fidèles, il sera le seul parmi les apôtres, au pied de la croix. C'est lui également qui fut le premier au tombeau et découvrit les bandelettes sur le sol.
Selon une tradition, Jean vécut ensuite à Ephèse avec Marie. C'est là qu'il écrivit le 4e évangile. Pendant son exil à Patmos, il eut la révélation de l'Apocalypse (le terme même d'apocalypse signifie révélation).
Saint Jean aurait été amené d'Ephèse à Rome, chargé de fers, sous le règne de l'empereur Domitien. Il fut condamné par le sénat à être jeté dans l'huile bouillante devant l'actuelle Porte latine. Selon un site chrétien, il en serait sorti "plus frais et plus jeune" qu'il n'y était entré. Il serait décédé en 99 ou en 101.
Certains voient dans les deux Jean la représentation des phases ascendantes et descendantes du soleil. Ils se retrouveraient dans le dieu romain bicéphale Janus.

Pourquoi St Jean ?

St Jean, car ce vocable symbolise pour les maçons la Gnose ; et cette Gnose est symbolisée par la lettre G inscrite dans l’Etoile à 5 branches que l'on retrouve dans les temples maçonniques. Les Templiers célébraient aussi leur fête la plus importante le jour de la St Jean d’été, et les francs-maçons perpétuent ainsi le souvenir et le rite, pour ne pas dire le mystère.
St Jean, c’est Janus, le dieu au double visage des Romains. Il symbolise le passé et l’avenir, l’année qui finit et celle qui commence.
Le solstice d’été, c’est une vieille fête païenne, que l’on célèbre encore chez nous avec les feux, et dans les pays Scandinaves, à la Ste Lucie, Sainte Lux, la fête de la Lumière. C’est de lumière qu’il s’agit. Et la lumière, c’est la Connaissance. Le jour de l’initiation, un franc-maçon reçoit la Lumière. Et l’on nomme les francs-maçons les fils de la Lumière, comme avant eux les Esséniens.
Le jour de la St Jean d'été, cette lumière est symbolisée par le tracé au cordeau d'une étoile à cinq branches. Ce pentagramme a la pointe en haut, dirigée vers l’Orient. Car la Lumière vient de l’Orient, et c’est là que se trouve le Vénérable en loge.
Il y aurait beaucoup trop à dire sur le pentagramme.
Sachez pourtant que c’est grâce à lui que se calcule le Nombre d’or, 1,618. Le Nombre avec lequel on bâtit en harmonique, Ce Nombre est un rapport. Un rapport tel que la plus petite partie par rapport à la plus grande a le même rapport que la plus grande par rapport au tout. Pour savoir comment se calcule ce Nombre si particulier, reportez vous au livre page 191. Sachez cependant qu’il est symbolisé par le « carré long », un rectangle dont le plus petit coté est la moitié du plus grand, et qui se retrouve sur l’équerre du Vénérable, dont l’une des branches est le double de l’autre.

Le pentagramme, c’est aussi l’Homme. Comme le disait Hildegarde de Bingen : « l’Homme se divise dans la longueur, du sommet de la tête aux pieds, en cinq parties égales ; dans la largeur, formée par les bras étendus d’une extrémité d’une main à l’autre, en cinq parties égales. »
Les bras à l’horizontale s’inscrivent dans les branches supérieures, les jambes écartées dans les branches inférieures, et la tête dans la branche du haut. 2 + 2 + 1. L’union est réalisée, c’est d’ailleurs le symbolisme du 5. On joint par ce nombre le principe terrestre (2 –> les jambes) au principe céleste ou cosmique (3 –> la tête et les bras).
Nous avons là les 5 extrémités. Deux fois un nombre pair, féminin, désignant la matrice, et une fois un nombre impair, mâle. L’Homme est donc androgyne. Le pentagramme désigne l’androgyne. On a bouclé la boucle. Le nombre 5 est donc le symbole de la structure de l’Homme. Trois éléments en haut (la tête et les bras) et deux éléments en bas (les jambes). Nous avons là l’accord du cosmique et du terrestre, et l’Homme est bien le Temple de l’univers.

Voyons maintenant comment nous allons construire cette Etoile :
De l’Orient, le 1, on va vers le 2 ; on va de l’Unité primordiale à la division, la chute. C’est la chute de l’esprit dans la matière, rapide, presque verticale. Elle est indispensable, comme le passage par la terre, par l’humus, pour être régénéré.
Du 2, on va vers le 3. On remonte plus lentement. L’esprit organise la matière, en rencontrant de nombreuses difficultés.
Du 3, on va vers le 4. De l’organisation naît la réflexion.
Du 4, on va vers le 5. C’est une nouvelle chute, plus lente, où l’Homme va prendre pleinement conscience de son être, de son ego. Le tiers supérieur s’unit avec le binaire de la base. Ainsi se crée l’androgynat. Ainsi se crée l’Homme.
Enfin, du 5 on remonte vers le 1, vers l’Orient, vers l’Unité. L’Homme est réalisé et tend maintenant vers l’Adam cosmique. Il est en état pour recevoir. L’Etoile est tracée. La Loge aussi. Le Naos est en place. Il peut désormais donner la Lumière, la Connaissance.
De la Connaissance naît l’Amour, et de l’Amour naît le Don.
Engageons-nous donc, tout simplement tels que nous sommes, dans un voyage, dont chacun sait ce qu’ils ont de formateur… et peut-être bien d’initiatique !
Depuis que l’Humanité a accédé à la conscience, elle s’est rendue compte de la régularité des cycles qui rythment sa vie. Parmi une multitude, le premier et le plus immédiat est sans doute celui de l’alternance régulière des jours et des nuits. Alors, par la pensée et l’imagination, essayons d’en re-marquer les moments essentiels :
C’est d’abord ce que les hindous appellent « l’heure de Brahmâ » : le soleil va se lever, un côté du ciel s’éclaircit. Le noir profond pâlit en bleu, une couronne claire annonce l’imminence de l’astre de la lumière. De l’autre côté du ciel, c’est encore la nuit semée d’étoiles.
Depuis l’émergence dorée de l’astre du jour, la lumière ne va cesser d’augmenter, jusqu’à midi plein. Le soleil est alors à son zénith et l’ombre d’un bâton fiché en terre est la plus courte de la journée. Après cette apothéose, ce minuscule mais perceptible temps d’arrêt, l’ombre s’allonge et la course parabolique du char de Phébus tend à rejoindre l’occident pour y disparaître dans un flamboiement majestueux et mélancolique. La nuit alors envahit le ciel par l’est, où commencent de scintiller, après Vénus, les myriades galactiques.
Nos ancêtres auraient pu s’en tenir là et aller se coucher…
C’est d’ailleurs ce que beaucoup ont fait ! Mais quelques originaux, que la nuit fascine, ne peuvent aller aussi tôt essayer de trouver dans le sommeil l’oubli des questions qui les habitent. Ils observent, notent et pensent.
Ils ont vu et compris que la nuit et le jour sont complémentaires, donc semblables et comparables. A l’instar de tout ce qui vit, la nuit, comme le jour, naît, croît, atteint une apogée pour ensuite diminuer, et mourir. Et de même que le milieu du jour inaugure la marche vers la nuit, le milieu de la nuit annonce l’arrivée de la lumière. De jours en jours et de nuits en nuits, l’observation s’est affinée. Une activité interprétative a suivi, elle a donné naissance à l’Astrologie.
Mais revenons au cycle journalier. Les quatre temps forts : aurore, midi, crépuscule et minuit, marquent la structure de tous les cycles et permettent de s’orienter sur la Terre qui nous porte. Ils sont en somme le témoin de lois universelles.
Et nos Temples, comme les Cathédrales et tous les Temples dignes de ce nom, sont orientés, au moins symboliquement : selon l’Orient d’abord, d’où vient la Lumière, puis le Midi, où brille le Soleil, et le Septentrion, domaine de la Lune, enfin l’Occident, où se trouve la porte qui conduit à l’extérieur de l’espace sacré. Un Temple est donc un condensé symbolique de l’Univers et de son harmonie.
Un ancien texte dit d’ailleurs qu’il y a trois Temples : l’être humain, que nous sommes, le Temple terrestre, où nous avons pris place, et le Temple parfait de l’Univers.
Kosmos, en grec, désignait à la fois une mise en ordre et un embellissement : c’est donc à une fête des lois cosmiques que nous convie la Saint-Jean d’Hiver. Il s’agit au fond, en vivant consciemment ce temps fort dans le Temple terrestre, de mettre le Temple de l’Homme en harmonie avec le Temple Universel.
Car le cycle que nous venons d’évoquer permet aussi de rendre compte des saisons de l’année : l’aube de l’année, le passage de la nuit au jour, est l’équinoxe de printemps ; les feux de midi sont aussi ceux du Solstice et de la Saint-Jean d’Été ; l’automne est le soir de l’année et, en cette Saint-Jean d’Hiver, Minuit plein va sonner à l’horloge solsticiale.
C’est donc en héritiers d’une longue tradition que nous nous sommes assemblés afin de passer symboliquement ensemble le cap, la porte du Solstice d’hiver, dédiée depuis l’avènement du christianisme à Saint-Jean l’Évangéliste et, auparavant, à Janus, le dieu au double visage des Romains. Le symbole cosmique passe, de civilisation en civilisation, toujours identique dans son essence malgré la diversité de ses manifestations culturelles.
Ce qui a été dit du cycle journalier une fois transposé au cycle annuel va nous permettre de comprendre à la fois la dédicace de la Fête à l’Évangéliste et l’importance toute particulière que lui accordent les initiés.
Au solstice d’été, la lumière est manifeste, c’est l’apothéose de la clarté. Nous avons tous peu ou prou en mémoire les feux de la Saint-Jean, le 24 juin. Pourtant, au milieu de la joie exubérante de ceux qui se fient aux apparences, ceux qui savent ne peuvent s’empêcher d’avoir un pincement au coeur car ils ont conscience de ce que, malgré la canicule et l’éclat des jours, la marche inexorable vers les longues nuits d’hiver est amorcée.

Mais à la Saint-Jean d’Hiver, les mêmes sont dans la joie, au coeur de la plus longue nuit de l’année, car elle marque le début de l’ascension de la clarté, de la victoire de la Lumière sur les ténèbres. Pour eux, le Minuit de l’année devient le Midi des sages.
Pour le comprendre, mettons à nouveau en relation ces deux temps forts, inséparables comme le sont les deux visages de Janus :
Le solstice d’Été est dédié au Baptiste essentiellement pour deux raisons : c’est d’une part le point culminant et terminal de l’Ancienne Loi, qui voit poindre, selon les mots du Christ, son accomplissement. Or à fin juin, la lumière est à son maximum. En second lieu, le Baptiste a désigné le Christ au monde en disant « Il faut qu’il croisse et que je diminue ». Or dès le Solstice d’été, la lumière va diminuer, jusqu’à celui d’hiver.
Si le Solstice d’été est donc le moment de la lumière manifestée, extérieure en somme, celui d’hiver est la fête d’une lumière plus subtile, que seule peut révéler une connaissance intérieure.
Lumière des yeux ou lumière du cœur, clarté visible ou invisible, deux modes de relation au monde sont ainsi illustrés et, à l’image du cycle qui les rend explicites, révélés comme complémentaires. C’est ce que l’on appelle la connaissance ésotérique, qui se définit par rapport à la connaissance exotérique oppose le monde des sens à celui de l’intériorité, et les révèle, nous l’avons dit, comme complémentaires. Aussi, s’il peut être indiqué par les sens, c’est intérieurement que le grand mystère du Cosmos parle véritablement à l’homme en quête d’éveil.
Alors, la dédicace à celui qui est venu annoncer le triomphe du Logos incarné n’est plus une énigme, mais revêt la clarté de l’évidence. « L’heure vient, et c’est maintenant, où les adorateurs de mon Père l’adoreront en esprit et en vérité. »
Mais ce triomphe est avant tout celui, infiniment subtil, de l’intériorité, au-delà et même malgré le monde des évidences ou de l’apparence : « La Lumière luit dans les Ténèbres, les Ténèbres ne peuvent L’atteindre. »
Nos prédécesseurs dans la voie, les constructeurs de Cathédrales, l’ont d’ailleurs illustré d’une façon inattendue mais très explicite dans le porche Sud de la Cathédrale de Lausanne.
Il est constitué de quatre parties dessinant un rectangle, que les Anciens appelaient un carré long. Au sommet de chacun des côtés, en haut et au centre, figure un cartouche circulaire : à l’Orient il représente un jeune Soleil, au Midi un Soleil adulte et à l’Occident un Soleil âgé. Mais au Septentrion figure un cartouche où est sculpté un agneau portant une bannière, symbole christique s’il en est.
Ainsi, la Lumière spirituelle, issue du Logos, prend naissance au Nord, au plus noir de la nuit comme au plus froid de l’année. Elle n’est perceptible qu’au sein du silence intérieur de qui a su faire un instant taire ses bavardages devant l’ineffable.
Et c’est vers elle que convergent ce que Don Juan, le maître de Castaneda, appelle « les voies qui ont du coeur » et dont la clé nous est offerte par Saint-Exupéry, dans la bouche du Renard : « L’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le coeur. »
Puisse cet essentiel, discret comme un mot d’amour, mais résonnant, à l’échelle du Cosmos, jusqu’aux confins de l’Univers, illuminer pour chacun l’année qui s’ouvre.

Source : www.ledifice.net

Par E\ S\
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Samedi 13 octobre 2012 6 13 /10 /Oct /2012 09:01

Introduction

Saint Jean-Baptiste et Saint Jean l'Evangéliste sont évoqués dans le rituel du premier grade du R.E.A.A. à la clôture des travaux lorsque le V.'. M.'. demande au premier surveillant : «Comment s'appelle la Loge », il est alors répondu que «c'est une loge de Saint Jean » et à la question suivante : «Pourquoi» le deuxième surveillant répond : «Parce que Saint Jean- Baptiste et Saint Jean l'Evangéliste ont été les patrons des anciens Maçons ». Mais la réponse n'est pas complète puisque le V.'. M.'. demande au deuxième surveillant: «Allez-vous plus loin » et il répond : « Saint Jean-Baptiste est le précurseur de la Lumière ; Saint Jean l'Evangéliste disciple du Maître est celui qui a rendu témoignage de la Vérité et qui a été choisi de transmettre aux hommes l'Evangile de l'Amour, et il est enfin considéré comme une initié parfait».

Les symboles utilisés dans ce dialogue sont d'origine biblico-cosmiques et attestent d'une relation étroite entre les deux saints. En effet, Saint Jean-Baptiste est associé au solstice d'été (temps) et au tropique du Cancer (espace) et Saint Jean l'Evangéliste au solstice d'hiver et au tropique du Capricorne. Ils sont fêtés par la communauté chrétienne les 24 juin et 27 décembre et par les francs-maçons lors des tenues et agapes des saints jean d'été et d'hiver.

Ils interrogent principalement sur une vision prophétique et visionnaire de la destinée humaine. La dimension transcendantale qui en découle, symboliquement représentée par la Lumière contrastée que provoque les deux solstices interpelle sur le mouvement perpétuel et l'éternité ainsi que sur l'espace et l'infini.

Symbolique astrologique

A ce stade de l'analyse, il faut parler de l'importance de la symbolique astrologique associée aux deux solstices. Saint Jean-Baptiste, précurseur de la Lumière est celui qui fait prendre conscience de la Lumière mais ne la crée point. Associé au Cancer, signe cardinal et à dominante d'eau, il informe sur la sensibilité germinative de la lumière qui doit naître du sentiment vécu et non point sur la force d'un raisonnement. Ainsi, l'Homme qui ressent les vertus transformatrices du Cancer est à même de percevoir ce qu'il cherche s'il veut bien utiliser les composantes symboliques du signe, c'est à dire ressentir et vivre ses sentiments dans la réalité énergétique du solstice d'été qui montre que la Lumière est la plus forte parce que le soleil est au plus haut sur l'horizon. Tout dans cet instant particulier de la Saint Jean d'été est évolutif, car sous l'influence conjointe d'un ressenti à dominante lunaire et d'une force solaire à son apogée peut naître la conscience d'un foyer cosmique ( symbolisme de la maison quatre).

A l'opposé du signe du Cancer se trouve celui du Capricorne sous la maîtrise de saturne. C'est un signe cardinal et de terre, relié symboliquement au milieu du Ciel et proche de l'étoile polaire qui a été importante dans la mythologie égyptienne et biblique car elle ne bouge pas tout au long de l'année dans la voûte étoilée. Sa symbolique atteste de l'immuabilité de l'essentiel quelles que puissent en être les vicissitudes propres à l'évolution des sociétés. Saint Jean l'Evangéliste est le disciple du maître car il traduit dans la réalité (signe de terre) les vertus de la Lumière ressentie dans l'eau du cancer. C'est donc sur l'axe Cancer-Capricorne que sont nés l'Evangile qui porte son nom, trois épîtres et une Apocalypse.

En maçonnerie, la Bible contenant l'Evangile de Jean est appelé Volume de la Loi Sacrée . Elle est déposée sur l'autel de la Vérité et ouverte à l'Evangile de Jean.

Rappelons qu'en astrologie le signe du capricorne est placé au plus haut dans le ciel et qu'il symbolise de par sa position tout ce qui est important au devenir de l'homme en particulier et de sa communauté en générale. Saturne, maîtresse du signe du Capricorne, planète froide, persévérante et affranchie de toute subjectivité communiquera donc l'essence du contenu de l'évangile de Jean c'est à dire la Vérité par l'Evangile de l'Amour comme le précise si justement le rituel, mais aussi tout ce qui touche à la substance maçonnique, émanation naturelle de l'essence symbolisée par le G.'. A.'. D.'. L.'. U.'.

Ce premier dialogue entre le V.'. M.'. et le deuxième surveillant trace les grands axes de la méthode et de la symbolique qui lui est appropriée mais l'essentiel se trouve finalement dans le discours du V.'. M.'. avec le premier surveillant qui interroge à nouveau sur la loge de saint Jean et qui demande : «Quelle est la signification mystique de ma demande et de votre réponse ». Le premier surveillant répond alors : «La première nous incite à méditer l'origine et le mystère des Choses, la seconde nous fait souvenir que la Maçonnerie bien entendue nous propose des symboles qui conduisent notre esprit vers le Juste et le Vrai». Cette dernière phrase confirme que le rituel est une exégèse mythologique et non théologique et littérale comme aurait pu le laisser croire le premier dialogue avec le deuxième surveillant.

Mythes et symboles

Avant d'aborder le prologue de l'évangile de Jean proprement dit, examinons ce que signifie l'exégèse mythologique pour un maçon en rappelant tout d'abord que le mythe est à la fois une réponse sensitive et imagée de la pensée humaine aux nombreuses questions primordiales touchant à l'origine du monde et sa cause, la mort et son mystère ainsi que la vie et son sens mais qu'il est aussi une véritable histoire sacrée.

Afin d'illustrer celle-ci le rituel du REAA utilise des symboles provenant de nombreuses cultures: cosmiques avec la lune et le soleil, pythagoriciens avec les quatre éléments et le G.'. A.'. D.'. L.'. U.'. , bibliques avec le Volume de la Loi sacrée, compagnoniques avec le fil à plomb, le niveau et l'équerre, alchimiques avec V.I.T.R.I.O.L., universels avec les couleurs et enfin proprement maçonniques avec le cabinet de réflexion et les trois points.

Cette grande diversité de l'origine des symboles est la confirmation éclatante que les concepteurs du rituel veulent donner au mythe d'Hiram une dimension spatio-temporelle hors de la synchronicité du temps et de la géographie terrrestre.

La communauté maçonnique, comme toutes les communautés culturelles, est fondée sur une vision mythologique car les réponses apportées par l'adepte lors de son initiation sont à la fois indispensables pour son évolution spirituelle, mais surtout utiles pour la communauté des Frères, qui se retrouve ainsi plus unie et plus forte face au mystère profond de l'existence. Cette force retrouvée par le nouveau maillon calme en quelque sorte l'effroi devant la mort en le sublimant en amour fraternel et de la vie en général. L'éthique morale qui en résulte est une vision nouvelle du Juste et du Vrai, tel que le narre le rituel du premier grade du REAA.

Il est intéressant de noter que toutes les précautions sont prises dans la dimension mythique maçonnique afin d'éviter une exégèse littérale. En effet, seul compte le combat intérieur et le respect qui lui est du ; car le mythe est une épopée, une sorte de grande aventure de la lutte du genre humain pour retrouver de la clarté intérieure et le sens de la vie. Cette lutte entre le bien et le mal, entre les intentions perverses et sublimes qui s'affrontent dans la psyché humaine est la réalité de la condition humaine. La clarté initiatique découlant d'un rituel maçonnique n'est qu'une lucidité nouvelle développée par le mythe qui éclaire sur le mal qui nous aveugle en développant l'égoïsme, la vanité et l'orgueil mais aussi sur le bien, qui permet d'harmoniser les fonctions matérielles et sexuelles et finalement, de vivre une spiritualité libre de tout dogme. L'éthique morale dans un tel contexte sera de considérer la Vie, seule réalité tangible perçue par la raison, comme le bien le plus précieux préexistant à toute société humaine, et d'en comprendre son sens tout au long du parcours ici bas.

La Vérité pour le franc-maçon est la loi de l'harmonie car rien n'est plus équilibré que la création humaine puisqu'elle est la source principale de l'entendement. La difficulté bien sûr consiste en fait à vivre une loi d'amour dans une dynamique comportementale toujours changeante. L'art de vivre, en fait l'Art Royal des francs-maçons est cette culture de l'adaptation dans une conscience altruiste de la communauté que nous symbolisons par l'édification du Temple universel.

Le Prologue de Jean

L'Evangile (littéralement heureuse nouvelle) de Jean figure dans le Nouveau Testament. C'est un écrit majeur du Volume de la loi sacrée puisque dans la loge nous le plaçons sur l'autel de la Vérité et l'ouvrons au premier chapitre. Associé à deux épées croisées et un chandelier à trois branches, il est au cœur du processus initiatique. Sa signification doit être recherchée en relation avec la substance propre du rituel maçonnique, mais aussi avec celle contenue dans l'Ancien et le Nouveau Testament, car elle est l'aboutissement éclairé d'un processus dynamique des idées.

En effet, si la Genèse parle de la souffrance pathologique liée à la chute (perte du paradis) et de l'avènement de la conscience, l'Ancien Testament insiste surtout sur les efforts que doit entreprendre l'homme pour s'affranchir de cette souffrance. Le Nouveau Testament s'attache aux possibilités pour l'homme de trouver une issue vers la félicité. Enfin le Prologue de l'Evangile de Jean indique que cette démarche vers la joie est conforme au sens évolutif de la vie terrestre dans l'intégralité d'un processus cyclique. La signification ésotérique du Prologue est donc clair, il donne les clés pour affronter le mystère de la mort et du sens de la vie.

Rappelons avant d'aller plus loin les neufs premiers verset de ce Prologue :

«1Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. 2 Il était au commencement auprès de Dieu.3 Par lui tout a paru et sans lui rien n'a paru de ce qui est paru. 4 En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes ;5 et la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas saisie. 6 Il y eut un homme envoyé de Dieu, son nom était Jean. 7 Il vint en témoignage pour témoigner au sujet de la lumière , afin que tous par lui fussent amenés à la foi. 8Celui-là n'était pas la lumière.9 C'était la lumière, la véritable, qui illumine tout homme en venant dans ce monde»

Premier Verset

Le premier verset «Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu» est fondamental quant à un éclaircissement sur le fondement épistémologique de la pensée humaine. En effet, le mot Verbe qui se dit en latin verbum est la traduction du mot grec Logos signifiant la parole. Le Verbe est donc la Parole du G.'. A.'. D.'. L.'. U.'..

Il symbolise le fait évident pour l'esprit de l'homme que le monde, ne peut pas être conçue comme un effet sans cause, ni comme l'effet d'une cause connaissable. Il est donc créé comme l'effet d'une cause inconnaissable qui ne peut être imaginée que dans une dimension humaine. Ce qui est important c'est donc le mystère de la création et non la création en elle-même comme le souligne le premier surveillant dans la clôture des travaux «nous incite à méditer l'origine et le mystères des Choses » Ainsi, le Logos, ou la Parole ou la Connaissance est un chemin de vie qui donne accès aux mystères du G.'. A.'. D.'. L.'. U.'.

Le Logos est pour le franc-maçon intimement inclus dans l'ordre maçonnique qui symbolise la légalité et la cohérence du monde dans une dimension initiatique. Le Logos est comme le dit le premier verset: «auprès de Dieu et il était Dieu. » Cela signifie que pour l'homme l'existence du monde est organisée (théorie du Big bang) mais qu'il est mystérieusement organisé car il est l'effet d'une cause inconnaissable. En résumé cela signifie qu'il y a deux mystères: l'aspect mystérieux de l'organisation et la cause inconnaissable de la création.

Finalement le mystère de l'organisation rejoint le mystère des origines.

La prise de conscience par le maçon de ce double mystère ne peut que l'engager à respecter davantage la Vie sous toutes ses formes car elle est la réalité à l'échelle humaine du secret maçonnique. Vivre cette réalité dans la loi de l'harmonie par l'étude systématique du rapport des symboles les uns avec les autres conduira comme l'indique le deuxième surveillant à la clôture des travaux: «toutes nos actions vers le Juste et le Vrai»

Verset 2

A la fin du premier verset du Prologue, il est dit: «...et le Verbe était Dieu». Cette dernière affirmation est pour le chrétien la confirmation du dogme de l'incarnation puisque le Verbe est compris comme une divinité préexistante entièrement identifiée par Jésus ; tandis que pour les francs-maçons, le Verbe est un symbole et Jésus un homme réel. Ainsi ce premier verset montre à l'évidence que le Prologue de Jean est la source du mythe et non du dogme de l'incarnation.

Rappelons encore une fois que l'exégèse mythologique du prologue n'est qu'une explication symbolique de la vie en évolution qui interpelle la conscience du commencement, c'est à dire aussi loin que l'esprit humain puisse remonter dans le temps jusqu'à l'instant imaginé d'une rupture évolutive traduite en maçonnerie par la recherche du Juste et du Vrai. Le processus initiatique qui agit sur l'élévation du niveau de conscience est inclus dans le mythe de l'incarnation puisqu'il a comme ambition de calmer les angoisses existentielles (de la mort, du mystère des origines, etc.) en proposant un chemin qui donne du sens à la Vie et qui rend cette évolution positive.

Aimer ses Frères est la première manifestation tangible de cette reconnaissance comme l'exprime le premier surveillant à la clôture des travaux : «Saint Jean l'Evangéliste disciple du Maître est celui qui a rendu témoignage de la Vérité et qui a été choisi de transmettre aux hommes l'Evangile de l'Amour, et il est enfin considéré comme un initié parfait».

Transmettre aux hommes l'Evangile de l'Amour nécessite au préalable d'avoir confiance dans un processus initiatique franc-maçonnique qui est évolutif et qui exclu, rappelons-le encore une fois, tout dogmatisme littéral et religieux. Cette confiance est magistralement confirmée par Jean, considéré dans le rituel du REAA comme un initié parfait, car en baptisant Jésus et tous ceux qui frappent à la porte du Temple il a tout simplement montré l'importance que l'on doit accorder à une symbolique de la renaissance intérieure par l'élimination du vieil homme, en fait, à renoncer à l'attachement des désirs matériels. Le baptême par l'eau est symbolisé dans le rituel du premier grade du REAA avec le deuxième voyage. Il engage le récipiendaire à réfléchir et méditer la symbolique de l'eau, élément dominant du signe du Cancer associé analogiquement à Jean-Baptiste, en rapport avec l'émotivité générée par l'initiation, dans le but de mieux comprendre les vertus d'une renaissance spirituelle qui débouche, non pas dans un endroit fermé et austère mais, dans une dimension infinie symbolisée par L'Evangile de l'Amour. La confiance qui a été donnée à un ami (parrain du candidat) sera alors récompensée puisqu'elle ouvrira les portes d'un état où règne plus de Lumière et plus de Justice.

Verset 3

Le verset trois «Par lui tout a paru et sans lui rien n'a paru de ce qui est paru » signifie que tout ce qui existe et créé ici et ailleurs appartient au mystère de l'origine et au mystère de l'organisation (logos) et que rien n'est existant seul, car tout est relié à l'ensemble des faits et phénomènes connus et inconnus inclus dans le dynamisme de l'évolution.

A la lecture de ce verset, nous mesurons combien la vanité de l'homme est grande et son orgueil démesuré lorsqu'il désire s'affranchir d'un mystère par la raison. Définir l'inconnaissable n'est que pure spéculation métaphysique qui n'entraîne que malheur et désespoir car la certitude dans ce contexte est dogmatique et non évolutive. L'entendement alors ne sert que la cause du dogme qui n'est en réalité qu'une spéculation coupée de sa dimension mythique. Une telle attitude aboutit nécessairement au matérialisme dogmatique qui niant l'évidence du mystère exalte une philosophie du hasard associée à une pseudo-explication d'un dieu prométhéen réellement existant. Les dogmes sont la plaie de l'humanité car ils assombrissent la clairvoyance intérieure, dissocie la réalité de son contenu mythique, neutralisent l'entendement de l'évolution spirituel et enferment toutes les potentialités psychiques par nature évolutives dans un carcan linéaire sans horizon.

La compréhension du mythe d'Ouranos permet en fait de mieux comprendre où se situe la naissance du dogme dans la psyché humaine, car comme il a été dit plus haut, tout est relié à tout, inclus l'intentionnalité positive et négative.

En l'homme existe conjointement une puissance chaotique, créative et éruptive de type uranien puis une puissance organisatrice et tyrannique de coloration saturnienne et finalement une puissance participative et légale d'essence jupitérienne qui seule assure la cohésion d'une communauté. La Puissance cohabite dans l'homme et se révèlent à travers ses actes . Pour que la puissance d'essence uranienne (créative) évolue jusqu'à la puissance jupiterienne (associative et participative), il ne faut pas rompre l'engagement et la confiance qui lient l'Homme aux mystères de la condition humaine. Il ne faut point créer de dieu ou d'idoles et se substituer à eux. Chronos (Saturne) est la représentation de la puissance tyrannique parce qu'il a émasculer son père Ouranos sur l'ordre de Gaïa sa mère et qu'il a ensuite eu peur de perdre cette puissance par la répétition, par ses propres enfants, de ce qu'il avait fait à son père. Il a donc ordonner de les tuer. Mais Rhéa, épouse de Chronos a soustrait son fils Zeus (Jupiter) à la tuerie et lui a demander de combattre et d'abattre son père. L'acte accompli, Zeus a partagé la puissance avec Hades et Poséidon ce qui a permis la venue d'Athéna, déesse de la Sagesse. Ce mythe montre que la Sagesse naît à la fin du processus évolutif de la puissance. Le dogme de quelque nature soit-il reste au niveau de Chronos qui «l'entretient » par la peur et la tyrannie.

Force, Sagesse et Beauté sont les trois valeurs constitutives d'un rituel maçonnique qui peuvent être associée analogiquement aux vocables Verbe, Vie et Lumière. Pourquoi ?

Verset 4

Le quatrième verset du prologue dit. « En lui était la Vie et la vie était la Lumière des hommes. » Cela signifie que le Verbe (Connaissance), associé analogiquement à la Force, contient toute la puissance du mystère des origines et de son organisation et que cette Force, qui engendre l'organisation de la matière, est la Lumière des Hommes, car la vie est le seul critère que possède l'homme de la vérité ou de l'erreur objective sur le sens de la vie. Cette complicité psychologique et intime ne peut venir que de son sentiment d'être vivant, d'être en harmonie avec son environnement et de vivre cette relation par la Beauté.

Les francs-maçons sont les fils de la Lumière. Ils ont choisi d'être seuls face à cette complicité et de la vivre dans l'amour d'une communauté de FF.'. pour finalement trouver un chemin personnel qui mène vers l'harmonisation des désirs et la félicité. Cette solitude nourrie de l'esprit organisateur et harmonisateur de la matière est en quelque sorte l'état premier de la condition humaine, puisque dans la réalité des formes, l'homme naît et meurt seul, mais elle est surtout la clé pour développer l'intuition qui permet de retrouver la substance propre aux mystères enfouis au plus profond de la conscience. Le nouvel état qui résulte d'une telle démarche (solitude) se traduit dans la réalité par un charisme qui transmute les doutes sur le sens de l'évolution. Vivre ce charisme c'est accorder encore plus de force au silence qui règne dans l'infinitude de la pensée, car il est vraiment le puit sans fond de la créativité. Boire à ce puit, c'est savoir parler vrai, c'est traduire par l'intelligence du coeur tous les actes volitifs.

Il est dit dans le rituel du premier grade après les trois voyages «Que la discipline de l'Apprenti commence par le silence et finit par la méditation». Une telle phrase place le maçon face à sa capacité d'écoute et d'entendement de sa psyché. Cette attitude est nécessaire afin d'affermir la volonté car rien ne peut se créer sans une profonde analyse de sa Vérité en relation avec la vie en évolution symboliquement représentée par les rituels maçonniques du REAA.

Verset 5, 6 et 7

Le cinquième verset «Et la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont point saisie » affirme que la lumière ne ternit pas au contact des ténèbres mais qu'elle reste toujours pure puisqu'elle est aussi ténèbre dans son essence. C'est à travers la compréhension d'une triade en l'occurrence les trois grandes lumières (Soleil, Lune et l'Orient ) que l'explication de ce verset devient lumineuse. En effet, pour l'homme la perception du monde organisé se réalise à travers une dualité cosmique symbolisée par la Lune et le Soleil qui rythme les saisons mais aussi le tempérament. Ombre et lumière agissent dans la Nature et par analogie dans le psychisme humain. Vaincre les ténèbres, c'est à dire comprendre l'exaltation des désirs matériels, ce n'est que retrouver la même lumière qui éclaire une nouvelle voie que les maçons appellent l'Orient. Le rituel dit que «C'est à l'Orient que tout s'accomplit» car en effet, c'est ici que la triade donne du sens à l'histoire de sa vie et à celles des sociétés humaines.

La prise de conscience de cette dynamique évolutive vers le Beau et le Vrai que symbolise la Lumière est irréversible car «les ténèbres ne l'ont point saisie». Regarder vers l'Orient c'est savoir vivre et partager dans la vie de tous les jours les valeurs cosmiques symbolisées par le Soleil et la Lune mais c'est aussi reconnaître qu'il existe toujours une vérité en quelque sorte surconsciente, c'est à dire au-delà de l'entendement intellectuel qui permet de lutter contre une tendance subconsciente qui tend à nier l'évolution.

Le pavé mosaïque symbolisant la dualité est donc présent tout au long de la vie. Son action agit sur les plans matériels, psychiques et spirituels. Le doute qui en résulte est permanent dans la conscience, c'est pourquoi le maçon au fond de lui-même sait que la quête de la recherche de la Lumière et plus importante que la Lumière en soi car il lui est demander de tailler sa pierre. Il cultivera donc toutes les vertus propres au travail, c'est à dire la ténacité, la persévérance, la confiance en ses FF.'. et ses convictions et combattra avec force, dans son for intérieur, les tendances contraires. Ainsi, il pourra cheminer heureux et traverser les vicissitudes de l'existence sans jamais perdre sa foi, symbolisée par la recherche de la Lumière.

Jean-Baptiste est le témoin de la Lumière comme le rappelle les versets six et sept du prologue «Il y eut un homme envoyé de Dieu, son nom était Jean. Il vint en témoignage pour témoigner au sujet de la lumière, afin que tous par lui fussent amenés à la foi. » Il est considéré en maçonnerie comme un initié parfait. Pourquoi ? Jean-Baptiste, précurseur de la Lumière, symbolise l'élan intérieur qui caractérise tout homme qui veut témoigner de la lumière. Cet élan, cette ferveur est la quintessence de tous les actes volitifs accomplis dans l'esprit de l'Orient. C'est une sorte de point d'équilibre extatique béatifiant la qualité de l'instant ressenti lors d'une initiation par exemple, c'est à dire en élargissant le niveau de conscience jusqu'à la perception symbiotique d'une plénitude amoureuse de la condition humaine associée à l'immortalité de l'âme. La fraternité maçonnique vécue en loge est le rappel constant de ce point d'équilibre. Sans elle rien ne se passe, tout reste figé dans un endroit clos et austère qui rigidifie les plus beaux concepts.

La force de l'initié est à chercher tout d'abord dans la confiance qu'il porte à sa conviction (libre choix) d'adhérer à l'ordre et à celle de son parrain garant du témoignage de Jean-Baptiste considéré comme un initié parfait. La dernière phrase du verset : << ...afin que tous par lui fussent amenés à la foi» signifie que l'évolution spirituelle, telle que la conçoit la voie maçonnique ne peut se faire ni dans un système dogmatique, ni dans une immanence de la Raison mais dans l'affirmation d'une conviction éclairée et personnelle que la vie a un sens pour soi dans celle des autres et que la clarté qui en résulte débouche sur le respect des droits et devoirs qui découle de la sincérité de sa ferveur (foi).

Verset 8

Le verset huit dit que: « Celui-là n'était pas la lumière, mais il devait témoigner au sujet de la Lumière ». Il confirme que Jean-Baptiste en tant qu'homme n'est pas la Vérité, mais qu'il connaît la Vérité puisqu'il doit témoigner sur elle, tout comme le maçon, qui est capable, grâce à son initiation, de distinguer l'erreur de la Vérité. La vocation de la franc-maçonnerie est de perpétuer la Lumière qui habite tous les hommes libres et de bonne moeurs qui désirent entreprendre le voyage initiatique. Le devoir est donc clair il s'agit de ne pas laisser perdre le message de l'Evangile de l'Amour. Témoigner n'est pas chose facile lorsque la situation politique est contraire à l'idéal éthique découlant de la foi. Il s'agit alors d'être courageux, de ne point faiblir devant les forces dévastatrices matérialistes qui créent de la culpabilité et de la déraision.

Comme Jean-Baptiste, le maçon continuera à baptiser c'est à dire à être l'ami de tous ceux qui frappent à la porte du temple. Disponible, prévenant, les jambes dans l'eau du fleuve de la vie et la tête dans les étoiles, il donne avec humilité ce qu'il connait le mieux c'est à dire son amour de l'humanité. Ce message ne contient aucunes plus-values matérielles, ni reconnaissances sociales, mais pour celui qui témoigne, il est de la plus haute importance, car il donne du sens à sa vie.

Verset 9

Le verset neuf dit que : «C'était la lumière, la véritable qui illumine tout homme en venant dans le monde ». Voilà à nouveau les vertus de l'initiation confirmées dans cette phrase qui, par ailleurs, est reprise telle quel dans le rituel du premier grade du REAA.

C'est en effet la responsabilité de l'initié devant la loi éthique qui veut que nous soyons tous concernés par la lumière puisqu'elle «illumine tout homme en venant dans le monde». Cette affirmation est au-delà de l'entendement humain car elle est parcequ'elle est éternel. Nous retrouvons ici, le mystère de l'origine et le mystère de son organisation dans une traduction éthique et mythique. Si le verset affirme que c'est la véritable lumière, c'est parce qu'il sous-entend qu'il peut exister une fausse lumière. Le mythe de la recherche de la Vérité passe inévitablement par une lutte impitoyable qui engage l'initié à se libérer des désirs inutiles (fausses lumières) afin de déboucher sur une plus grande lucidité de lui-même. La Vérité est d'abord sa propre vérité comprise dans une dimension mythique. Cette nouvelle lucidité permet à l'initié de comprendre l'histoire des civilisations et la sienne en particulier à travers le sens de la Lumière, qui est avant tout la Vérité sur l'homme.

Conclusion

Aime ton prochain comme toi-même est l'aboutissement naturel de cet effort de vérité. C'est du reste la condition nécessaire qui assure une cohésion créatrice d'une communauté d'homme que nous symbolisons en maçonnerie par la Loge. Cette aventure de soi-même dans la conscience des autres, mais surtout dans l'esprit de l'éternel Sagesse, place la franc-maçonnerie comme la société qui témoigne de la Lumière hors de tout dogmatisme et d'autoritarisme culturel.

Le prologue de l'Evangile de Jean est ouvert sur l'Autel de la Vérité. Il relie le mythe d'Hyram symbolisant les efforts que doit entreprendre tout initié qui désire s'affranchir de la souffrance primordiale au mythe du Christ symbolisant la foi en l'essence de la vie apportée par l'Evangile de l'Amour. Ces deux mythes inclus dans le cycle évolutif de la condition humaine ne sont actifs qu'à partir du moment où l'initié les fait vivre en lui. Ils forment alors une triade représentant les trois piliers qui soutiennent la base d'un temple universel que les francs-maçons construisent depuis la nuit des temps. Etre opératif dans ce chantier c'est donner à la fois du sens à sa vie et aux mystères de l'origine mais c'est aussi ne pas douter de la qualité du travail accompli, car il est effectué dans un lieu où les outils sont connus de tous et où les actes maladroits sont toujours repris par celui qui observe et oeuvre dans l'esprit de l'Eternel Sagesse.

La conscience du Tout n'a pas de frontières, elle est en permanence dans toute Vie, elle est La Vie au-delà de tout entendement raisonnable.

L'espérance mystique de l'Evangile de Jean est finalement une foi inébranlable en la capacité illimitée de l'esprit humain de s'affranchir des ténèbres pour retrouver les bienfaits de la Vie (Lumière), mais aussi d'être ému devant les mystères de l'existence et de son harmonie sous-jacente.

Source : http://www.fideliteprudence.ch/stjean.htm

Par André M. - Publié dans : Planches
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Samedi 13 octobre 2012 6 13 /10 /Oct /2012 08:56

Le 27 décembre 2005, alors qu’il était en visite officielle à la Loge St. John no 3 de Québec et que je l’accompagnais pour ainsi fêter le solstice d’hiver et saint Jean l’Évangéliste, le Grand Maître, le PVF John A. Prosnick, me demanda d’expliquer par écrit les raisons pour lesquelles les Francs-maçons fêtent les deux saints Jean : Jean le Baptiste le 24 juin ; Jean l’Évangéliste le 27 décembre. Voici le fruit de mes recherches.

La réponse à une telle question doit d’abord porter sur la définition et la signification symbolique des solstices et des cérémonies auxquelles l’arrivée de ces deux événements annuels donnaient lieu autrefois ; elle concerne également le choix historique, par l’Église chrétienne, des deux saints Jean pour marquer symboliquement ces solstices ; elle doit montrer le lien historique existant entre la Maçonnerie opérative, la Maçonnerie spéculative et les deux saints Jean ; elle doit enfin expliquer pourquoi les Francs-maçons actuels fêtent ces deux saints et, en même temps, l’arrivée des solstices.

Définition et signification symbolique des deux solstices

Le solstice du 24 juin marque le début de l’été ; celui du 27 décembre, le début de l’hiver – les équinoxes marquant le début des saisons du printemps et de l’automne dans nos régions tempérées. Cependant, le caractère symbolique des solstices ne coïncide pas avec le caractère général des saisons correspondantes. En effet, le solstice d’hiver ouvre la phase ascendante du cycle annuel ; le solstice d’été en ouvre la phase descendante – d’où le symbolisme gréco-latin des portes solsticiales représentées par les deux faces de Janus : l’une, celle d’un jeune homme (l’avenir, l’année qui commence) ; l’autre, celle d’un vieillard (le passé, l’année qui se termine). Son image doit engager le Maçon à regarder en arrière en même temps qu’en avant ; pour préparer à l’humanité les voies du progrès, il faut tenir compte des leçons de l’histoire . Par ailleurs, il est aisé de constater que c’est la porte hivernale qui introduit la phase lumineuse du cycle, et la porte estivale sa phase d’obscuration

L’Église chrétienne et le culte des deux saints Jean

L’Église chrétienne a remplacé le culte romain de Janus par celui des deux saints Jean en choisissant ces personnages parce qu’ils ont le même nom, et en plaçant leurs fêtes aux dates des solstices. Jean le Baptiste ouvre la porte estivale et annonce le cycle d’obscuration. Jean l’Évangéliste ouvre la porte hivernale et annonce le cycle d’illumination : la Nativité à la fin du cycle estival et, un peu plus tard, durant cycle hivernal, la résurrection du Christ. C’est pourquoi Jean l’Évangéliste rapporte lui-même dans son évangile les paroles du Baptiste : « Il faut que lui grandisse et que je décroisse». La naissance du Christ est ainsi placée arbitrairement le 25 décembre – alors que l’on a la preuve qu’il est né au printemps – afin de corroborer la prophétie du Baptiste : l’annonce de la venue du Christ, qui met un terme à l’Ancienne Alliance (l’Ancien Testament) et commence la Nouvelle.

Il faut aussi considérer le fait que les deux saints Jean sont des hommes et non des femmes, et l’on peut dire que cela « tombe bien » pour l’Église, car ils symbolisent, à travers les solstices, le Christ chronocrator, celui qui dirige, qui domine le temps – direction suprême de la vie et de l’univers, fonction céleste entre toutes, que seul un homme peut assumer.

Afin de conférer le titre de chronocrator au Christ, le symbole de ce dernier et de la chrétienté devient alors la croix, qui remplace le poisson. Bien avant de devenir l’emblème du christianisme, la croix fut en de nombreuses régions du monde, l’image du cosmos. Formée par l’intersection de deux perpendiculaires, la croix découpe l’espace en quatre. Or, quatre correspond aux saisons (printemps, été, automne, hiver), aux éléments (terre, eau, air, feu), aux points cardinaux (orient, midi, occident, septentrion), aux phases de la Lune (nouvelle, croissante, pleine, décroissante), à l’année (deux équinoxes et deux solstices), aux âges de la vie (enfance, jeunesse, maturité, vieillesse) et aux moments du jour (aube, midi, crépuscule, nuit) .On peut y ajouter le symbolisme de la règle de 24 pouces : la division de la journée du Maçon entre la prière, le travail, le repos et le sommeil .C’est tout cela que domine le Chronocrator ; les deux saints Jean le symbolisent par leur foi commune et les dates de leurs fêtes.

Il faut enfin regarder un autre point : Jean le Baptiste baptise les croyants dans l’eau ; on peut dire qu’il travaille « de ses mains », il est un « opératif », alors que Jean l’Évangéliste écrit et fait un travail intellectuel, il est un « spéculatif » : à eux deux, ils symbolisent le corps et l’esprit, la Maçonnerie opérative et la Maçonnerie spéculative, le Pavé mosaïque, mais aussi l’eau et le feu – l’eau (et la terre), évidemment, pour le Baptiste, et le feu (et l’air) pour l’Évangéliste. Ce dualisme symbolique est d’ailleurs confirmé par la vie même des deux saints.

Jean le Baptiste, fils du prêtre Zacharie et d’Élisabeth, cousine de Marie, se retira très tôt au désert pour se préparer, par la prière et le jeûne, à sa mission de précurseur du Christ. À trente ans, il parut sur les rives du Jourdain, prêchant un baptême de repentir pour la rémission des péchés. Il était vêtu de peaux de chameau et d’une ceinture de cuir, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage. Les juifs accouraient pour l’écouter. Il se défendait d’être le messie : « Un autre vient dont je ne suis pas digne de dénouer les sandales. Moi, je vous baptise dans l’eau, mais lui vous baptisera dans l’esprit » : en Maçonnerie, Jean le Baptiste est l’Initiateur, celui qui, grâce à l’épreuve de l’eau, prépare le chemin vers la réalisation de la Beauté, de la Force et de la Sagesse. Le roi Hérode Antipas ayant épousé sa nièce Hérodiade, femme de son frère, Jean le Baptiste s’éleva contre cet inceste. Hérode le fit emprisonner. Salomé, fille de Hérodiade, dansa pour Hérode et le séduit – un autre inceste aux yeux du Baptiste. Hérode lui ayant offert ce qu’elle désirait, Salomé lui demanda, sur les instances de sa mère, la tête de Jean .C’est ainsi que Jean-Baptiste fut décapité. Sa mort – celle de son corps en particulier – symbolise la fin abrupte de l’Ancien Testament, la phase descendante du cycle solaire. L’animal qui le symbolise est le mouton, un animal « terrestre » très paisible.

Fils de Zébédée, patron de pêche à Bethsaïde, Jean l’Évangéliste était ce jeune pêcheur de Galilée qui, avec André, suivit le Christ lorsqu’il entendit Jean le Baptiste le désigner « l’Agneau de Dieu». Le Christ l’appelait parfois « fils du tonnerre » en raison de son ardeur – d’où le symbole du feu qu’on lui accole. Après la Pentecôte, il prêcha à Éphèse, en Asie mineure. Arrêté et conduit à Rome, il fut plongé dans une cuve d’huile bouillante, près de la porte Latine, sans en ressentir de douleur . Sous la persécution de Domitien, il fut exilé dans l’île de Pathmos durant quinze mois ; c’est là qu’il écrivit l’Apocalypse, un livre prophétique. Revenu à Éphèse, il y dirigea des communautés chrétiennes et écrivit le quatrième Évangile et trois Épîtres, afin de réfuter les hérésies. Il atteignit, dit-on, une extrême vieillesse . La mort tardive et paisible de Jean l’Évangéliste tranche avec la mort subite et violente de Jean le Baptiste ; on peut y voir le symbole de la vie éternelle de l’esprit, opposée à la vie brève et pleine de souffrances du corps. L’animal qui symbolise Jean l’Évangéliste est l’aigle, un animal « aérien », fougueux comme le feu – quoique le feu purificateur soit aussi associé à l’été, et donc au Baptiste . D’ailleurs, saint Jean l’Évangéliste a pour surnom « l’Aigle de Pathmos ».

Jules Boucher signale par ailleurs que, d’après certains auteurs, saint Pierre symboliserait l’Église « extérieure » et saint Jean, l’Église « intérieure ». Aussi, ajoute Boucher, a-t-on vu dans le nom de saint Jean l’Évangéliste, utilisé par la Maçonnerie, la preuve évidente de son rattachement à la gnose considérée comme la doctrine secrète et intérieure de l’Église . Ce raisonnement est intéressant, mais que fait-il du Baptiste ? La Maçonnerie fête les deux saints Jean, et non un seul.

Les deux saints Jean, la Maçonnerie opérative et la Maçonnerie spéculative

Les anciennes guildes ne s’occupaient pas seulement des affaires courantes de leur métier, lequel était appelé un « mystère », mais elles prenaient également soin de la santé spirituelle de leurs membres ; à cette fin, elles employaient un prêtre ou un chapelain, qui dirigeait leurs cérémonies religieuses et offrait des messes ou des prières pour le repos de l’âme des défunts. C’est pourquoi chaque guilde avait un saint patron ; les membres des guildes étaient souvent liés à une église particulière où, en certaines circonstances, ils organisaient des célébrations . Elles étaient à l’image des métiers dans l’Antiquité, placés sous la protection d’une divinité .

Parmi les saints patrons des maçons et des tailleurs de pierre, on trouve les saints suivants : Blaise, Thomas, Louis, Grégoire, Alpinien, Marin, Martin, Étienne, sainte Barbe et « les Quatre Couronnes », ainsi que les fêtes religieuses de l’Ascension et de l’Assomption ; mais saint Jean n’en fait pas partie .

Au sujet des Quatre Couronnes, dans La Légende dorée, Jacques de Voragine déclare que

Les Quatre Couronnes s’appelaient Sévère, Sévérien, Carpophore et Victorin. Par ordre de Dioclétien, ils furent battus de verges plombées jusqu’à ce que mort s’ensuive. On fut pendant très longtemps sans trouver les noms des quatre martyrs et l’Église, faute de connaître leurs noms, décida de célébrer leur fête le même jour que celle de cinq autres martyrs, Claude, Castor, Symphorien, Nisostrate et Simplice, qui subirent le martyre deux ans plus tard. Ces cinq martyrs étaient sculpteurs ; et comme ils se refusaient à sculpter une idole pour Dioclétien, ils furent enfermés vivants dans des tonneaux plombés et précipités dans la mer, en l’an du Seigneur 287. C’est donc le jour de la fête de ces cinq martyrs que le pape Milchiade (311-314) ordonna que fussent commémorés, sous le nom des Quatre Couronnes, les quatre autres martyrs dont on ignorait les noms. Et bien que, par la suite, une révélation divine eût permis de connaître les noms de ces saints, l’usage se conserva de les désigner sous le nom collectif des Quatre Couronnes. On célèbre leur fête le 8 novembre .

alors que, selon Joseph Léti,

Cinq maçons [chrétiens], qui pourraient aussi être des sculpteurs, furent mis à mort sous le règne de Dioclétien à cause de leur refus d’exécuter la statue d’une divinité païenne. En même temps qu’eux, furent passés par les armes quatre soldats [romains] qui ne voulaient pas encenser l’auteur de cette divinité. Les neuf cadavres ayant été ensevelis ensemble, la tradition, qui n’a rien retenu des cinq premiers, ne conserva que les quatre autres qui probablement portaient la couronne de centurion, ce qui conférait la plus haute classe des gradés de la milice .

Les Quatre Couronnes furent les saints patrons des loges opératives allemandes au Moyen Âge. Plus tard, Moïse et Salomon devenaient ceux de la Franc-maçonnerie anglaise et les deux saints Jean ceux de la Franc-maçonnerie américaine et de nombreuses autres Obédiences d’Europe continentale et d’ailleurs.

Toutefois, pour Oswald Wirth, l’expression « Loge de saint Jean » dérive bel et bien du titre que portaient au Moyen Âge les corporations constructives : « Confraternités de saint Jean» – sans toutefois que l’on sache avec précision lequel des deux saints la Maçonnerie honore en invoquant son nom .Tous les métiers francs célébraient le culte général de saint Jean .

Un document ancien, la Charte de Cologne, signale qu’avant l’an 1440, la société des Francs-maçons était connue sous le nom de « Frères de Jean », et qu’ils ont commencé à s’appeler « Maçons Francs et Acceptés » à Valenciennes. À cette époque, dans les Flandres, grâce à l’assistance et à la richesse de la fraternité, les premiers hôpitaux furent érigés en vue de soulager les personnes atteintes du feu de saint Antoine  Une autre partie de la Charte dit que les auteurs de ces associations s’appelaient « Les Frères consacrés à Jean » parce qu’ils imitaient Jean le Baptiste .

Le nom de Jean se rattache aussi à la légende du « Prêtre Jean » (XIIe ou XIIIe siècle), qui aurait été un souverain tartare. Jusqu’au XVIIIe siècle, le négus d’Abyssinie était appelé de ce nom ; nombre d’empereurs d’Abyssinie ont porté le nom de Jean .

La Maçonnerie ne se rattache pas aux corporations, qui réglementaient étroitement les métiers, mais aux confréries de métiers libres, dits « francs », d’origine religieuse. Le privilège de franchise existait dans les abbayes et surtout dans les domaines du Temple. Les commanderies templières attirèrent de nombreux artisans qui pouvaient, sous la protection des Templiers, passer librement d’une commanderie à l’autre – comme saint Jean l’Évangéliste a pu voyager malgré les multiples épreuves qu’il a subies durant sa longue vie. Les Templiers portaient une vénération particulière à saint Jean, confondant facilement, dans leurs invocations, l’Évangéliste et le Baptiste, puisque le 24 juin donnait lieu à de grandes réjouissances. Lorsque l’Ordre du Temple fut dissous, en 1312, par le pape Clément V, les biens des Templiers furent attribués aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, avec les privilèges et droits accordés à leurs anciens possesseurs. Les franchises dont bénéficiaient les gens de métiers furent donc maintenues, et elles existaient encore au moment de la Révolution française .C’est pourquoi les maçons du Temple, ou « francs maçons », se placèrent sous la protection de saint Jean .

La Maçonnerie actuelle et la fête des deux saints Jean

Ce n’est donc pas par hasard si c’est précisément le 24 juin 1717, à Londres, que quatre Loges, où opératifs et spéculatifs se côtoyaient, s’unirent en Grande Loge et élirent un Grand Maître.

Des dissensions se produisirent rapidement au sein de ces Loges. Elles avaient pour origine la différence de statut social entre les maçons de métier et les Maçons acceptés. Il en résulta qu’à côté des Loges régulières régies par la Grande Loge de Londres subsistèrent des Loges indépendantes généralement désignées sous le vocable de « Loges de saint Jean ». Elles s’unirent à des maçons irlandais indépendants pour former, en 1751, la Grande Loge rivale, dont les membres revendiquaient le titre de « Maçons anciens » (parce qu’opératifs), les Maçons de la première Grande Loge étant dits « Maçons modernes » . Cette situation perdura jusqu’à la réconciliation des deux Grandes Loges et la création, en 1813, de la Grande Loge Unie d’Angleterre. Mais de ce schisme étaient issus, dès 1753, deux systèmes de classification des Loges, les Loges « anciennes » ayant conservé l’appellation de « Loge de saint Jean » pour toutes leurs Loges et s’étant donné des titres distinctifs variés, et celles de la Grande Loge des « modernes » ayant adopté deux autres saints patrons : Moïse et Salomon, et ayant rejeté l’ancienne dédicace générale à saint Jean.

Dans certaines Obédiences, les Loges des trois premiers Degrés sont appelées « Loges de saint Jean » ou « Loges de Saint-Jean ». On y place souvent la Bible ouverte à la première page de l’Évangile de saint Jean, parfois qualifié d’« Évangile de l’Esprit », dont les cinq premiers versets – ou prologue – sont un véritable monument ésotérique (32) :

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était, au commencement, auprès de Dieu. Tout, par lui, a été fait, et, sans lui, rien n’a été fait. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.

Les plus anciens rituels maçonniques confirment l’utilisation de l’expression « Loge de Saint-Jean ». Voici les questions que l’on pose encore actuellement à un Frère visiteur lorsqu’il se présente dans une telle Loge, et les réponses qu’il doit donner :

Le Vénérable Maître: D’où venez-vous, mon Frère ?
Le Frère visiteur: D’une loge de Saint-Jean.
Le Vénérable Maître: Que fait-on dans une loge de Saint-Jean ?
Le Frère visiteur: On y tresse des couronnes pour la vertu ; l’on y forge des chaînes pour les vices.
Le Vénérable Maître: Que venez-vous faire ici ?
Le Frère visiteur: Vaincre mes passions, soumettre ma volonté à mes devoirs et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.
Le Vénérable Maître: Qu’apportez-vous en Loge ?
Le Frère visiteur: Bienveillance à tous mes Frères .

Et le Vénérable Maître, lorsqu’il ouvre officiellement les Travaux dans l’une de ces Loge, prononce solennellement la formule suivante :

À la gloire du Grand Architecte de l’Univers, au nom de la Franc-maçonnerie universelle et sous les auspices de la Grande Loge …, en vertu des pouvoirs qui m’ont été conférés, je déclare ouverte au Grade d’Apprenti cette Respectable Loge de Saint-Jean, constituée à l’Orient de … sous le no … et le titre distinctif … À moi mes Frères, par le signe, la batterie et l’acclamation écossaise (batterie : 0 – 0 – 0 ; acclamation : Houzzé ! – Houzzé ! – Houzzé !). Mes Frères ! Nous ne sommes plus dans le monde profane, nous avons laissé nos métaux à la porte du temple ; élevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la Lumière!

Dans ces Loges, on célèbre les fêtes des deux saints Jean. Mais il n’est pas exclu que des Loges qui ne sont pas « Loges de saint Jean » fêtent également saint Jean le Baptiste et/ou saint Jean l’Évangéliste – avec ou sans référence au solstice. C’est ainsi que la Loge St. John no 3 (GRQ), AF & AM, à l’Orient de Québec, fête chaque année son patronyme le 27 décembre et, en même temps, l’arrivée du solstice d’hiver et le début d’un temps nouveau. Par ailleurs, la Loge Golden Rule no 5 (GRQ), AF & AM, à l’Orient de Stanstead, organise chaque année, aux environs du 24 juin, une Tenue au Grade de Maître, en plein air, sur le sommet du mont Owl’s Head, dans les Cantons de l’Est. Ces diverses célébrations montrent bien que même si toutes les Obédiences n’ont pas adopté la classification de la « Maçonnerie johannite », leurs Loges sont libres de rendre hommage aux deux saints Jean et de fêter le passage d’un solstice à l’autre.      

L’expression « Maçonnerie johannite » a été introduite par le Révérend Dr George Oliver (1783-1870) pour désigner le système de maçonnerie dont les deux saints Jean sont reconnus comme les patrons, et à qui les Loges sont dédicacées. Ce système contredisait celui du Révérend Dr Samuel Hemming (1768-1828), auteur du rituel de « synthèse » adopté par la Grande Loge Unie d’Angleterre, lors de sa création, en 1813, par la fusion des « Modernes » et des « Anciens », et dans lequel la dédicace des Loges est faite à Moïse ou à Salomon. Oliver était fortement opposé à ce changement – par ailleurs très critiqué par plusieurs Obédiences – et écrivit à ce sujet un livre intéressant  . Mais les Hemming Lectures sont demeurées le système autorisé par la Grande Loge Unie d’Angleterre .Selon la définition donnée par Oliver, le système pratiqué aux États-Unis est une Maçonnerie johannite .

Il ne faut pas confondre la « Maçonnerie johannite » et les Johannites, secte religieuse maçonnique établie à Paris en 1814 par Raymond de Fabre-Palaprat (1775-1838), Grand Maître de l’Ordre du Temple.

Les Templiers célébraient leurs fêtes les plus importantes le 24 juin ; la Maçonnerie n’aurait, à ce propos, que perpétué une coutume de l’Ordre du Temple. Dans le monde profane, la Saint-Jean d’été est marquée par des feux qui sont encore allumés en maintes régions ; le folklore est riche de traditions s’y rapportant . Ajoutons enfin que saint Jean-Baptiste est le protecteur du Québec.

Au même titre que Hiram Abif, Hiram de Tyr et Salomon, les deux saints Jean sont des personnages importants de la symbolique maçonnique. Il convient de les vénérer en toute connaissance car, pour un Maçon, la connaissance, c’est la Lumière. Et la connaissance peut commencer par l’étude du symbolisme du Pavé mosaïque et de la place des deux saints Jean dans la Maçonnerie.

Source : http://roughashlar.com/

Par T.V. Fr. Jacques Ruelland, - Publié dans : Planches
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Vendredi 12 octobre 2012 5 12 /10 /Oct /2012 07:37

Jean-Baptiste occupe une place prépondérante dans l’Evangile. C’est par l’annonce de sa naissance que commence le récit évangélique, c’est par le baptême qu’il donne à Jésus que celui-ci commence sa vie publique. La présence de Jean-Baptiste parcourt en filigrane tout l’Evangile et, malgré les tentatives des évangélistes d’en minimiser l’importance, elle se révèle inséparable de la vie de Jésus-Christ.

Luc (1-13), pour décrire la naissance de Jésus, évoque l’Ange Gabriel qui parle de celle de Jean-Baptiste à Zacharie et fait surtout ressortir les divergences entre les deux. Le futur Jean sera "grand devant le Seigneur", tandis que le futur Jésus sera appelé le"Fils de Dieu". Jean sera le "Précurseur", tandis que Jésus sera le "Sauveur".

Mais à y regarder de plus près, les choses ne sont pas aussi simples. Jean n’est pas le"faire-valoir" de Jésus que la lecture de Luc donnerait à penser. C’est un réel Maître spirituel qui, avant d’accomplir sa mission, s’y est longuement préparé par une vie ascétique. D’ailleurs, l’histoire de la naissance de Jean rapportée par Luc est incompatible avec les faits et Jean le Baptiste était beaucoup plus âgé (1) que Jésus et le baptême de Jésus était celui d’un disciple et non d’un Fils de Dieu.

On ne nie plus aujourd’hui la connexion de Jean le Baptiste avec le milieu essénien. Une solide formation dans le centre de Qumram a dû précéder sa vie d’ermite dans le désert ; et le prédicateur qui en a émergé fut un vrai guide pour le peuple. Essénien d’origine (2), il s’était cependant démarqué de cette secte juive qui prêchait l’immortalité de l’âme et pratiquait les vertus et la fraternité.

Au lieu de se cantonner dans l’élitisme essénien, il est allé vers les foules, et au lieu des ablutions quotidiennes exigées à Qumram, il baptisait une fois pour toutes dans le repentir et le renouveau intérieur.

Marginal parmi les prophètes d’Israël, il a prêché cette pureté du dedans, par opposition à la fierté d’appartenance au Peuple Elu : « Ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes :nous avons Abraham pour père ; car, je vous le déclare, Dieu peut, des pierres que voici, susciter des enfants à Abraham » (Luc 3-8).

Sa grande humilité lui faisait dire : « Il s’en vient quelqu’un de plus puissant que moi,dont je ne suis pas digne de délier la courroie des sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint » (Luc 3-16). Voilà donc en quoi il fut l’authentique Précurseur : il dévoila aux gens cette exigence d’intériorité, ainsi qu’une notion d’universalisme, jusque-là totalement absentes.

Jean le Baptiste affiche sa rupture avec la classe sacerdotale d'Israël. Il rejette tout compromis et exhorte le croyant à vivre selon sa foi, sous peine d'être exposé à la« colère qui vient ». et dit avec force que le Seigneur attend un changement réel et radical de mode de vie. « Produisez donc des fruits qui témoignent de votre conversion! ».

La grandeur de cet homme transparaît dans la modestie de cette affirmation et dans sa conscience de prêcher en vain dans le "désert" des futilités humaines, accomplissant sa mission jusqu’au bout. "Je suis la voix qui crie dans le désert!" – les évangiles de Matthieu, chap. 3; ou Marc chap. 1; ou Luc chap. 3.

Aujourd'hui encore, des traditions religieuses confessent Jean le Baptiste comme leur guide (exemples : les Sabéens qui regroupent quelques centaines de milliers de fidèles en Irak notamment ou les Mandéens, présents dans les mêmes régions). De même, le Coran laissera une place éminente à Jean le Baptiste, appelé « Yahya » (" il vit ").

Jean le Baptiste et Jésus, apparentés par leurs mères, avaient déjà dû se rencontrer et auraient même probablement vécu un certain temps ensemble au monastère de Qumram ou dans une école de mystères en Egypte. Jean-Baptiste est l’aîné de Jésus dans la vie et dans la voie, ainsi que dans cette quête spirituelle, ce qui suppose, à un moment ou à un autre, une relation « Maître disciple ».

Si Jean le Baptiste et Jésus étaient étroitement associés au début du ministère de Jésus, de nombreux détails indiquent qu’ils étaient surtout de féroces rivaux (3). Hugh Schonfield note que des sources chrétiennes font apparaître qu’une secte juive importante rivalisait avec les disciples de Jésus. Pour elle, Jean Baptiste était le vrai messie (4)… La rivalité farouche entre les deux clans et l’influence de Jean le Baptiste sur Jésus étaient trop connues et empêchaient le clan de Jésus de dénigrer le Baptiste,sauf à se contenter d’accentuer son rôle secondaire.

Quand Jean le Baptiste fut mis dans la prison de Machéronte, ses disciples ont dû l’informer des oeuvres retentissantes de Jésus. Luc nous dit alors (VII 18-19) qu’il en appela deux et les envoya dire au Seigneur : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? ». On se trouve confronté là à un dilemme. Si cette parole est de Jean le Baptiste, elle est en contradiction avec le reste de son discours sur Jésus, à moins qu’elle n’ait une justification !! Jean-Baptiste n’ignorait pas les susceptibilités de ses disciples face au succès grandissant de Jésus. Ceux-ci s’étaient même plaints en direct à Jésus, à propos du jeûne : « Pourquoi nous et les Pharisiens jeûnons, tandis que tes disciples ne jeûnent pas ? » (Matthieu IX 14). En les envoyant à Jésus, porteurs de la question rapportée parLuc, alors qu’il savait son sort scellé et sa fin proche, Jean le Baptiste voulait-il, en fait,convaincre ses propres disciples de la nature divine de Jésus ?

Ou bien faut-il voir dans les questions du Baptiste la confirmation de la thèse d’un complot politico-religieux ?? Du fait que Jean le Baptiste représentait une force politique et surtout spirituelle, il devenait gênant… Etait-il le vrai Messie (au sens chef militaire) attendu par les juifs et que craignaient les Romains ? Dés lors, son arrestation et sa condamnation auraient été ourdies par le puissant clan qui soutenait et finançait Jésus, avec ou sans sa participation (*).

D’ailleurs, dés son emprisonnement, Jésus a pris le contrôle de son groupe lors d’une réunion publique rapportée dans l’épisode, à défaut de miracle, de la multiplication des pains.

Selon le mythe de Salomé, c'était lors de la fête d'anniversaire d'Hérode que ce dernier, excité par la danse de sa fille, accéda à la demande de sa femme de faire décapiter Jean le Baptiste. En fait, les motivations d’Hérode étaient strictement politiques, relatives à la grande influence de Jean le Baptiste ainsi qu’aux critiques formulées quant à son mariage avec une princesse arabe du royaume de Nabatée, laissant croire que Le Baptiste se rangeait dans le camp du roi Aretas, de Pérée, ennemid’Hérode, et que cela risquait de retourner la population contre Hérode Antipas.

A noter un autre épisode curieux de l’évangile apocryphe dit Proto evangelicum ou livre de Jacques qui insiste sur l’importance de Jean le Baptiste. Dans l’épisode du massacre des innocents relaté dans cet évangile, c’est Zacharie qui est interrogé par Hérode,furieux car il dit : son fils est appelé à devenir roi d’Israël (Proteva. Jacques, 23-1).

Depuis Origène, l’Eglise a systématiquement exercé (entre autres) une censure sur la stature réelle de Jean-Baptiste. Pour l’église, Jean le Baptiste acquiert une part de la gloire et de la souveraineté qui, pour les chrétiens, n'appartient qu'à Jésus.

Si la religion de Jean le Baptiste, dont l’existence est établie, était devenu le culte dominant de la région méditerranéenne, plutôt que la religion christique, nous ensaurions plus sur ce fascinant personnage.

Si Paul avait eu une personnalité moins forte ou n’avait pas écrit ses épîtres, il estpossible que le culte de Jean le Baptiste se serait imposé au monde antique (6)… Pour comprendre le contexte, citons les propos édifiants de ce même Paul : « Que chacun soit soumis aux puissances régnantes ; car il n’y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu : Les puissances qui existent sont ordonnées par Dieu ; en quelque sorte, celui qui fait del’opposition aux puissances résiste à l’ordre établi par Dieu. »

Les membres de l’église de Jean le Baptiste furent persécutés et exterminés par l’église… mandéens, simoniens, dosithéens, noisari, voire templiers, plus encore à partirdu concile de Nicée vers 325 après JC. Les johannites sont toujours dans la clandestinité.

Les Templiers avaient probablement connaissance des origines réelles du christianisme,par des documents ou objets trouvés ou saisis pendant l’existence de l’Ordre. Ils vénéraient Jean le Baptiste. Ils doivent une partie de leurs connaissances gnostiquesaux « Johannites d’Orient » ou « chrétiens originaux ». L’Agneau de Dieu était leur sceau et la tête coupée de Jean Baptiste faisait partie deleurs emblèmes. Les Templiers fonctionnaient essentiellement comme une école demystères, avec une hiérarchie reposant sur l’initiation et le secret., et selon certain eshypothèses, le sens du mot « Baphomet » était l’anagramme d’une traduction fort ancienne de Sagesse.

Avant sa dernière montée à Jérusalem, Jésus se retira de nouveau au-delà du Jourdain,à l’endroit où Jean avait baptisé au début (Jean X 40).

Jésus, répondant aux questions des disciples, leur dit : "Moi aussi, je vous poserai une question ; répondez-moi et je vous dirai de quel droit j’agis ainsi : le baptême de Jean était-il du ciel ou des hommes ? dites-moi !" Or ils se faisaient entre eux ce raisonnement : si nous disons : du ciel, il va nous répondre : alors, pourquoi n’avez-vous pas cru en lui ? Et si nous disons : des hommes, nous devons redouter la foule, car tous tiennent Jean pour un véritable prophète. Ils répondirent donc à Jésus : "Nous ne savons pas." Alors Jésus leur dit : "Moi non plus, je ne vous dirai pas de quelle autorité je fais cela." (Marc XI 29-33). Il est important de souligner, dans cet épisode, l’autorité que Jésus lui-même reconnaît à Jean dans son activité baptismale.

Une question fondamentale : Mais de qui Jean Le Baptiste détenait-il le rituel de baptême qui n’existait pas dans la religion juive, y compris chez les Esséniens ?

Au tout début de notre ère, les sectes gnostiques forment un ensemble disparate d’églises au point de croisement des courants juif hétérodoxe, judéo-chrétien, chrétien orthodoxe et gnostique. Bien que le terme gnose signifie « connaissance parfaite », ce qui caractérise le mieux les mouvements gnostiques n’est pas cette prétendue connaissance, que finalement d’autres traditions affirment aussi posséder, mais plutôt un dualisme Matière – Divin qui s’accompagne d’un rejet du monde Matériel. Le but principal du gnostique est la délivrance de la parcelle divine qu’il porte en lui-même. Il veut libérer cette parcelle du monde matériel corrompu qui l’aliène, et remonter vers les sphères célestes.

La gnose est donc une parcelle de la connaissance des réalités divines de nature religieuse et ésotérique, supérieure à celle des simples croyants et qui donnerait accès au salut.

L’enseignement des Gnostiques est contenu dans Corpus Hermeticum, dans la Pistis Sophia et également dans l’évangile selon Thomas.

Jean Le Baptiste est-il un gnostique ? Deux mille ans plus tard, le débat n'est toujours pas clos. Pour le judaïsme, Jean-Baptiste est un faux prophète ; pour l'islam, il est l'égal de Jésus ; pour le christianisme, il est à la charnière des deux alliances, " le plus grand des prophètes " et " le plus petit dans le Royaume ". Alors que des groupes de " Baptistes " le célèbrent comme Messie, les rédacteurs des Evangiles le restituent ou le cantonnent à ses fonctions de précurseur et de témoin.

D’après les exégètes qui se sont consacrés à l’analyse des Actes de Jean, textes apocryphes (7), il ne fait aucun doute que Jean le Baptiste était un gnostique chrétien.

Jean l’Évangéliste est à jamais uni à Jean le Baptiste, tous deux connurent Jésus,enseignèrent la vertu et moururent en martyres. L’Evangile de Jean (original) est un texte johannite qui n’est pas dans l’esprit chrétien : c’est le plus gnostique du Nouveau Testament. On retrouve dans l’évangile de Jean desparallèles avec les écrits mandéens, ceux de Simon le magicien et les textes gnostiques coptes en particulier Pistis Sophia. Les dix-huit premiers versets de l'évangile selon saint Jean l’évangéliste constituent une sorte de poème appelé Prologue et bien connu des Francs-maçons. « Fuit homo missus aDeo, cui nomen erat Joannes. » Il y eut un homme, envoyé de Dieu; son nom était Jean. ». Le contenu philosophique et la profondeur de ce texte le rendent universel...

Le prologue de l’Evangile de St Jean « Au commencement était le Verbe… », écrit dans un langage poétique très solennel, répond au début du Livre de la Genèse : « Au commencement Dieu créa le Ciel et la Terre » et reprend le concept du Logos, dérivé des idées du philosophe juif néo-platonicien Philon d’Alexandrie, contemporain de Jésus.

Au moment de se séparer pour aller prêcher dans toutes les régions du monde, les Apôtres tirèrent au sort pour savoir où chacun devait aller. A Jean, le disciple Bien-aimé, revint l'évangélisation de l'Asie-Mineure. Les Evangélistes avaient l’intention délibérée de réduire autant que possible l’importance de la relation entre Jésus et Jean-Baptiste (et, accessoirement, leur commune relation avec les Esséniens) . Comme Matthieu et Luc, qui essayent de mettre maladroitement une sourdine au discours dithyrambique de Jésus sur Jean-Baptiste, en faisant dire à Jésus que le plus petit dans le Royaume est plus grand que lui (Jean-Baptiste). A croireque Jean le Baptiste serait exclu du Royaume !

Dans son verset IV 2, Jean l’Evangéliste insinue : bien qu’à vrai dire ce ne fût pas Jésus qui baptisât mais ses disciples, alors qu’un chapitre avant, dans son verset III 22, ildisait le contraire : Jésus, accompagné de ses disciples, se rendit en Judée ; il yséjourna avec eux et il baptisait.. L’Evangéliste essaye donc d’"excuser" Jésus de fairecomme Jean-Baptiste. Et pour finir, Jean l’Evangéliste, cette fois, va jusqu’à prétendreque Jean-Baptiste ne connaissait pas Jésus !

Une tradition ancienne veut que Jean vécut ensuite à Ephèse avec Marie. Qu'il y écrivit le quatrième évangile. Qu'un séjour à Patmos fut l'occasion d'une révélation qui devint l'Apocalypse. Qu'enfin, lorsqu'il fut vieux, il ne sût que rabâcher l'essentiel de ce que le Christ lui avait enseigné et donné de découvrir :"Dieu est amour. Aimez-vous les uns les autres."

Selon la tradition, Jean l’évangéliste aurait été amené d'Ephèse à Rome, chargé de fers,sous l'empereur Domitien. Il aurait été condamné par le sénat à être jeté dans l'huile bouillante. Cette condamnation aurait été exécutée devant l'actuelle Porte Latine. Il en serait sorti plus frais et plus jeune qu'il n'y était entré. Le fait n'est pas prouvé, mais il fallait bien que Jean soit venu à Rome, comme Pierre et Paul.Il y a souvent une ambiguïté ou une confusion entre Jean le Baptiste et Jean l’Evangéliste, entretenue par les johannites. « S'agit-il de Saint-Jean dit le baptiste, autrement dit le témoin de la Lumière ou de Saint-Jean l'évangéliste, l'Apôtre que Jésus aimait ? Est-ce une référence directe au Nouveau testament ? Serait-ce la partie du christianisme qui influença dans son symboleet dans sa pensée la philosophie maçonnique ? S'agit-il tout simplement de mettre aucœur de la tenue maçonnique le Logos, fortement présent dans le Prologue de Jean, ce Logos qui est la Parole mais aussi l'esprit qui doit être sans cesse en mouvement et encréation pour vivre ? »(8)

Le dieu Janus, Dieu bifrons à deux visages, est-il à l’origine des fêtes aux solstices d’été et d’hiver ? Il est dit habituellement que l’une de ses faces est tournée vers le passé et l’autre vers l’avenir. Mais, il y a un troisième visage au milieu, ce visage est invisible, c’est le visage du présent.Dans l'antiquité, Janus était le Dieu de l'initiation et présidait notamment aux Collegia Fabrorum ou initiations de métiers. Au symbolisme de Janus se rattachent un ensemble de conceptions sur les portes solsticiales (la fête de Janus a Rome était célébrée aux deux solstices), sur le symbolisme des clefs et du passage, sur celui des petits mystères et des grands mystères, etc..

Dans ces temps immémoriaux, les peuples païens célébraient le solstice d'été par ungrand feu de joie, symbolisant la lumière qui était à son apogée.

Dans le christianisme, les fêtes solsticiales de Janus sont devenues celles des deux Saint Jean et, de la France catholique de Clovis, on conservera la tradition du feu de joie pour célébrer la naissance de Saint Jean le Baptiste, les toujours célèbres Feux de la St Jean.

Dans la mesure où la Franc-maçonnerie est un héritage des corporations de constructeurs, ce symbolisme a été naturellement intégré et "adapté". L'expression de Loge de Saint Jean a été ainsi conservée et c’est là, mes FF :., que nous élevons des temples à la vertu et que nous creusons des cachots pour les vices...

La fête de la Saint-Jean Baptiste était célébrée tous les 24 juin et celle de Jean l’Evangéliste le 25 décembre, à la date présumée de la naissance de Jésus. Les maçons fêtent depuis le moyen age la naissance du soleil intérieur à la Saint Jean d’hiver et à l’apogée de la lumière spirituelle à la Saint Jean d’ été. Ils commémorent le souvenir de l’apôtre Jean qui faisait de l’or avec sa baguette de même que le vénérable tente de transformer les initiés virtuels en initiés réels à l’aide de son maillet.

La Franc-maçonnerie s’est toujours présentée comme une tradition johannique parallèle à l église de Pierre .Les deux Saint Jean figurent à la fois dans le temps qui passe et dans nos traditions.Elles figurent aussi, de façon invisible, dans notre présent, celui dans lequel nous devons vivre et auquel la démarche initiatique et maçonnique invite ses initiés à se réaliser, àévoluer et persévérer, et in fine à transmettre.

J’ai dit, V:. M:.

Source :
http://latolerance.blogspot.fr/2008/12/loge-de-saint-jean.html

Par l'Orateur JCT. - Publié dans : Planches
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Vendredi 12 octobre 2012 5 12 /10 /Oct /2012 07:35

Cette réflexion a pour but de montrer les analogies entre le PROLOGUE DE JEAN, Le Rituel d’ouverture des travaux au grade d’Apprenti, et la pensée de Teilhard sur l’origine du monde
La valeur d’un symbole ésotérique est celle que des personnes veulent bien lui accorder. L’ancienneté d’un symbole ne lui confère pas obligatoirement un caractère sacré. L’attirance qu’exerce un symbole sur les hommes donne une idée du fonctionnement psychologique de leur cerveau, c’est un désir d’éternité, pulsion tout à fait respectable et naturelle.
Les Compagnons bâtisseurs et les F.°.M.°. réguliers ont ceci de commun : ils ne commencent leurs travaux qu’après avoir ouvert le Volume de la Loi Sacrée (l’une des trois grandes lumières de la Franc Maçonnerie) au Prologue de l’Evangile de Jean.
Ce texte, à en juger les styles différents qui le transcrivent, a vraisemblablement été écrit par des personnes de cultures et de sensibilités différentes, notamment les deux premiers logions qui s’inspirent de l’hermétisme égyptien. Je rappelle brièvement l’histoire de la Bible : entre le 3ème et le 2e siècle, 70 docteurs en théologie (d’où le nom de Septante donné à la première Bible) firent une compilation de tous les textes anciens se rapportant notamment à la religion des Hébreux ; lesquels étaient rédigés en plusieurs dizaines de langues différentes. Tous ces textes furent traduits en grec pour constituer ainsi la première Bible.
1er logion
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu, le Verbe était un Dieu (note 1), Il était au commencement auprès de Dieu. »
2e logion
« Par Lui tout a paru et sans Lui rien n’aurait paru de ce qui est paru. En Lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. »
Les deux mots les plus chargés de signification de ce texte sont : lumière et Verbe, qui se rapportent respectivement à l’énergie et à l’information. Ils sont le facteur divin de la création de l’univers. On retrouve cette notion dans un texte intitulé La Vision d’Hermes (note 2), personnage de la mythologie égyptienne qui aurait peut-être été contemporain de Moïse. On pourrait traduire ce texte en langage moderne par « Dieu est énergie et information de toutes choses ». L’énergie (ou la Force) serait la lumière, l’information serait le Verbe. Quoi qu’il en soit, cette formule n’est pas sans analogie avec certaines hypothèses de la physique contemporaine.
A propos du Verbe-Lumière dans les religions de l’Egypte ancienne, il faut savoir que celles-ci se référaient au dieu Amon-Râ, représenté par le soleil, supérieur à tous les autres dieux, lesquels étaient considérés comme des démiurges (cf. Larousse, démiurge = créateur). Dans ce contexte de l’Egypte ancienne, Amon-Râ était l’élément lumière et Osiris l’élément Verbe. Cet ensemble Verbe-lumière s’écrivait avec un hiéroglyphe représentant un soleil dans une bouche, soit un cercle dans une ellipse. Mais il ne faut pas confondre ce dessin avec un œil, hiéroglyphe qui existe aussi et possède une signification différente, celle de l’œil de la conscience humaine. On peut voir en de très nombreux endroits ces deux hiéroglyphes gravés ou peints sur des murs, à Louxor et à Abou-Simbel par exemple .
En entraînant le peuple hébreux vers la Terre Promise, Moïse, qui était jusque là grand inspecteur des cultes pour toutes les régions d’Egypte, emprunta aux religions dont il était l’un des chefs, la doctrine du Verbe-Lumière afin de l’utiliser dans la nouvelle religion qu’il avait conçue pour le peuple hébreux.
Il se trouve que certains concepteurs de la F.°.M.°. empruntèrent à leur tour des symboles à plusieurs cultures religieuses et notamment talmudiques, égyptiennes, hermétiques, celtes, chrétiennes et même soufies. Ainsi, le Delta Lumineux que nous voyons au-dessus de l’Orient de nos Temples fait partie de cet héritage culturel. Le triangle équilatéral avec le hiéroglyphe du Verbe-Lumière en son centre est typiquement d’origine égyptienne. Parfois, le hiéroglyphe est remplacé par le mot sacré Yahvé dont l’une des significations est voisine.
Le triangle équilatéral est lui-même un hiéroglyphe se rapportant à Dieu : les trois côtés égaux de ce triangle représentent une trinité divine. Le Delta lumineux, qui représente Dieu, doit donc obligatoirement être un triangle équilatéral avec, en son centre, le hiéroglyphe « Soleil dans Bouche » (selon Enel) .
Le triangle isocèle plat, quant à lui, avec un véritable œil dans son centre, représente l’homme-individu évoluant vers sa propre perfection. L’œil est sa conscience (selon Enel). D'ailleurs l'oeil ne peut en aucun cas émettre la lumière, il n'est fait que pour la recevoir.La base du triangle plat (le plus grand des 3 côtés) représente l’espace-temps, tandis que les deux petits côtés convergent vers l’achèvement de l’Homme.
Il serait incohérent (et donc contraire à notre Rite) de placer un oeil au centre du Delta Lumineux, plutôt que le hiéroglyphe du Verbe-Lumière ; ce serait trahir le Prologue de Jean qui est la référence suprême choisie par la F.°.M.°. dont le but est de retrouver la Parole perdue dont le Prologue de Jean est l’une des pistes.Nous devons respecter cette Tradition ou aller voir ailleurs !

N O T E S

Note 1 : Dans ce logion en version grecque il est écrit Theos qui signifie Dieu puisqu’il est écrit O.Theos qui signifie « un dieu », ce qui laisse entendre une « hiérarchie platonicienne de démiurges » (créateurs). Nous sommes ici dans l’ésotérisme absolu.

Note 2 : Cf le livre d’Edouard Schuré (librairie académique Perrin édition 1960) intitulé LES GRANDS INITIES . Le chapitre 3 est consacré à Hermès, pages 155 à 160 concernant « la vision d’Hermes »

Note 3 : cf le livre intitulé Les Origines de la Genèse et l’Enseignement des Temples de l’Ancienne Egypte, de l’égyptologue Enel qui a écrit 10 livres sur l’Egypte. Edité en 1985 par Maisonneuve et Larose (15 rue Victor Cousin à Paris). Les hiéroglyphes concernant le Verbe-Lumière sont expliqués pages 24 et 25    
L’étymologie du mot logion vient, évidemment, du grec logos. Le terme de logion est utilisé pour les versets de l’Evangile Apocryphe de Thomas. J’ai estimé qu’il était intéressant de l’appliquer à l’Evangile de Jean

PROLOGUE DE JEAN en langage ésotérique
Traduction de l’hébreux en français par A.Chouraki

1er logion
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était un Dieu, Il était au commencement auprès de Dieu
2e logion
Par Lui tout a paru et sans Lui rien n’aurait paru de ce qui est paru ; en Lui était la vie et la vie était la lumière des hommes ; et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbrers ne l’ont pas arrêtée.
3e logion
Parut un homme envoyé de Dieu, et son nom était Jean ; il vint en témoignage, pour témoigner au sujet de la lumière afin que tous crussent par lui ; celui-là n’était pas la lumière, mais il devait témoigner au sujet de la lumière.
4e logion
La lumière, la véritable qui illumine tout homme, venait dans le monde ; Il était dans le monde ; et par lui le monde a paru, et le monde ne l’a pas connu ; Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas accueilli.
5e logion
Mais à tous ceux qui l’ont reçu Il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, Il a donné cela à tous ceux qui croient en son Nom, car ceux-là ne sont pas nés du sang, ni du vouloir de la chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.
6e logion
Et le Verbe est devenu chair et Il a séjourné parmi nous ; et nous avons contemplé sa gloire, gloire comme celle que tient de son père un Fils unique, plein de grâce et de vérité.
7e logion
Jean témoigne à son sujet et il crie : c’était Celui dont j’ai dit : celui qui vient après moi est passé devant moi, parce que avant moi Il était.
8e logion
Car de sa plénitude nous avons tous reçu grâce sur grâce ; car la Loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.
9e logion
Dieu, personne ne l’a jamais vu ; un Fils unique qui est dans le sein du Père, Celui-là l’a fait connaître.

PROLOGUE DE JEAN en langage exotérique

1er logion Au moment du big-bang l’Information du Principe Créateur était dans la matière. Le Principe Créateur était un Dieu qui était auprès de Dieu.
2e logion Par Lui tout a été créé, sans Lui rien n’aurait été créé. En Lui était la vie spirituelle qui est la vraie vie, celle qui éclaire la pensée des être humains. Cette lumière traverse l’inertie de la vie sans être arrêtée. Les ténèbres ne sont rien en elles-mêmes, elles sont seulement l’absence de lumière.
3e logion Parut un envoyé de Dieu, son nom était Jean (Le Baptiste), il vint témoigner de l’existence de la lumière divine, afin que son témoignage puisse convaincre les êtres humains de la réalité de cette lumière.
4e logion La lumière de la vraie vie de l’Esprit, qui est dans tous les êtres humains sans qu’ils le sachent, leur était ainsi annoncée. Le Principe Créateur était dans le monde, et le m :onde n’aurait pas existé sans Lui. Il est venu dans le monde, mais ceux-là même qui avaient été créés par Lui n’ont pas cru en Lui.
5e logion Mais à tous ceux qui L’ont reconnu comme Créateur et accueilli comme tel, Il a donné le pouvoir d’être des Fils de Dieu, et ceux là savent qu’ils ne sont pas nés uniquement d’œuvre de chair, mais d’œuvre divine.
6e logion Le Principe Créateur est Lui-même devenu Homme, Dieu fait Homme a vécu parmi les Hommes. Nous avons contemplé sa Gloire et avons reconnu qu’Il était bien Celui qu’Il disait être.
7e logion Jean (Le Baptiste) témoigne à son sujet et crie : « C’est bien Celui dont j’ai dit : Ce Dieu fait Homme, ce Fils de Dieu qui est venu pour parler après moi est plus important que moi, parce que avant moi IL ETAIT déjà, de toute éternité… »
8e logion De ce Dieu Fait Homme nous avons reçu l’Espérance et la Foi, c’est Lui qui avait été annoncé par Moïse et qui devait proclamer sa Loi d’Amour Universel.
9e logion Le Dieu Principe Créateur, aucun homme ne l’a jamais vu et ne le verra jamais, hormis son Fil Unique, ce Dieu Fait Homme, qui, Lui, L’a fait connaître.   
Remarques : Les 5 premiers logions sont très antérieurs à la venue du Christ, ils remontent aux traditions anciennes de l’imbricationde la Transcendance et de l’Immanence.
Les 4 derniers logions sont néotestamentaires et comme tous les textes de Jean (l’Apôtre)on ne sait pas s’il les a écrits lui-même ; ce serait peut-être ses disciples après sa mort.

 

Source : http://www.associationlyonnaise-teilhard.com/J-P-Fresafond-La-doctrine-du-Verbe-Lumiere_a194.html

Par Jean-Pierre Fressafond - Publié dans : Planches
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