Vendredi 26 octobre 2012 5 26 /10 /Oct /2012 07:22

Depuis environ une semaine, a surgi et s’est étendue à divers blogs ce qu’il faut bien appeler une controverse de mauvais aloi. Elle a eu pour point de départ des prises de position de martinésophobes s’armant de Louis-Claude de Saint-Martin afin de mieux combattre Martines de Pasqually, et elle a ensuite dérivé sur la prière et la valeur relative de ses divers modes, en externe et en interne.  

Je n’épiloguerai pas sur la comparaison-opposition entre Saint-Martin et Martines, sauf pour remarquer que l’éloignement du Philosophe inconnu à l’égard de l’Ordre des élus coens n’a pas été réservé à ce dernier exclusivement, et qu’il en a marqué autant à l’égard de la maçonnerie, en l’espèce le Régime écossais rectifié constitué par Jean-Baptiste Willermoz, et bien davantage à l’égard de l’Eglise catholique romaine. Si cet éloignement valait condamnation, cette condamnation a dû s’appliquer aux trois. Mais y a-t-il eu condamnation ? A l’égard de l’Eglise, indubitablement. A l’égard du Régime rectifié et de l’Ordre coen, c’est beaucoup plus douteux. Dans les deux cas, il les taxe de superfluités provoquant de la dissipation loin du « centre ». Quant aux mises en garde au sujet des éventuels résultats des invocations pratiquées dans la rituélie coen, elles ressortissent à la plus élémentaire prudence, à l’instar de celles dont l’Eglise prévient les membres de son clergé qui pratiquent des exorcismes. Je cite Emile Dermenghem dans sa préface à son ouvrage Les Sommeils (Paris, La Connaissance, 1926) :  

« Il craignait non seulement les illusions auxquelles toute métapsychique donne parfois lieu, mais aussi les dangers des opérations magiques qui risquent de faire intervenir des agents inférieurs ou même mauvais, qui entretiennent en nous « l'orgueil et l'ambition de vouloir briller par nos propres puissances », et qui, au lieu d'anéantir le moi pour lui faire trouver l'Absolu, peuvent l'inciter à user des forces naturelles et occultes dans un esprit de domination et d'égoïsme. « Avec une habileté qui nous jette dans des aberrations bien funestes, le principe des ténèbres fait qu'avec de simples puissances spirituelles, de simples puissances élémentaires ou figuratives, peut-être même avec des puissances de réprobation, nous nous croyons revêtus des puissances de Dieu » (Ecce homo).

(Les Sommeils, pp.33-34)  

La mise en garde est sévère, mais elle n’étonnera aucun mystique, car tous savent que, comme nous en avertit l’apôtre, « Satan lui-même se déguise en ange de lumière » (2 Corinthiens 11, 14). De même tout prêtre qui célèbre les saints mystères sait que, si les puissances angéliques concélèbrent avec lui, les puissances démoniaques se rassemblent pour lancer contre lui leurs attaques. Et cela en dehors de toute « opération » coen. Car la divine liturgie est une opération infiniment plus puissante, et même infiniment puissante, et donc infiniment honnie par Satan.  

Et pourquoi croit-on que Martines imposait à ses émules l’assistance à a messe et la pratique des sacrements de l’Eglise ? Par goût des formes cérémonielles ? point du tout : parce qu’il avait compris intuitivement que cette pratique, et singulièrement celle du sacrement des sacrements qui est l’eucharistie, était leur véritable palladium. Chose que n’a pas comprise Saint-Martin qui, tout entier axé sur l’interne, n’a jamais senti la puissance incomparable, parce que divine, des sacrements. Pour lui, il est évident que les sacrements ne sont que des formes, ou des formalités, dont il est préférable de se passer. On peut appliquer à ces formes ecclésiales les réflexions suivantes :  

« Les personnes qui ont du penchant pour les établissements et sociétés philosophiques, maçonniques et autres, lorsqu'elles en retirent quelques heureux fruits sont très portées à croire qu'elles le doivent aux cérémonies et à tout l'appareil qui est en usage dans ces circonstances. Mais avant d'assurer que les choses sont ainsi qu'elles le pensent, il faudrait avoir essayé de mettre aussi en usage la plus grande simplicité et l'abstraction entière de ce qui est forme et si alors on jouissait des mêmes faveurs, ne serait-on pas fondé à attribuer cet effet à une autre cause; et à se rappeler que notre Grand Maître a dit : "Partout où vous serez assemblés en mon nom, je serai au milieu de vous"[Matthieu 18, 20]. » (Saint-Martin, Mon Livre vert, Paris, Cariscript, 1991).  

C’est de ce refus radical du formalisme que provient son incompréhension elle aussi radicale de la nature de l’Eglise. Mais je m’engage sur un terrain que j’ai dit vouloir éviter…  

Pour finir, cet éloignement manifesté par Saint-Martin envers les pratiques coens ne l’a pas empêché d’être fidèle jusqu’au bout à la mémoire de celui qu’il dénommait « mon premier maître » et dont il devait écrire : « Cet homme extraordinaire dont je n’ai jamais réussi à faire le tour ».  

Je ne discuterai pas davantage sur les diverses formes de la prière et sur la supériorité supposée de la prière intérieure sur la prière extérieure, me réservant d’y revenir en une autre occasion en exposant ce qu’enseigne en la matière la Tradition des Pères de l’Eglise.  

Entrons donc dans la controverse elle-même et détaillons-en les points :  

1) Saint-Martin a éprouvé de la méfiance contre l’Ordre coen et a cherché à dissuader ceux qui lui appartenaient ou qui souhaitaient y entrer ;  

2) L’Ordre coen véhicule des conceptions hétérodoxes :  

3) L’Ordre coen se livre à des opérations magique ;  

4) L’Ordre coen est donc pernicieux, voire dangereux et entraîne à la dérive les chrétiens qui s’y laisseraient prendre ;  

5) Willermoz lui-même n’a finalement éprouvé que méfiance envers lui et s’en est définitivement éloigné après la mise en sommeil de l’Ordre en 1781 par le Souverain Maître Las Casas ;  

6) Willermoz a transféré tout ce que le martinésisme avait de bon dans le Régime écossais rectifié.  

Sur les points 1) à 4), je renvoie pour l’essentiel au blog « Un martinésiste chrétien » (http://reconciliationuniverselle.over-blog.com/) dont l’animateur, Esh, d’une part fait justice des accusations infondées, mais d’autre part procède aux corrections qu’appelle la pensée parfois erronée de Martines, en sorte que lui qui avait été qualifié « plus juif que chrétien » devienne plus chrétien que juif. Ce travail remarquable de justesse qu’accomplit Esh mérite grande attention.  

Je précise simplement au passage que l’éloignement que Saint-Martin manifeste à l’endroit de l’Ordre coen – et simultanément à l’endroit de la maçonnerie - vient avant tout du choix radical que lui-même a fait de la « voie du cœur » (je déteste l’expression « voie cardiaque » popularisée par Papus qui pour moi a un relent d’opération chirurgicale…) à l’exclusion de toute autre, et qu’il voudrait voir empruntée par tous les « élus » (les lettres de Salzac que publie Esh sont à cet égard symptomatiques) : entreprise pour le moins risquée et qui ne pouvait qu’échouer. Nous en reparlerons dans le billet à venir sur la prière.  

Pour ce qui est du caractère supposé maléfique de l’Ordre coen, je voudrais prendre à témoin les bons auteurs. Je citerai Jean-Marc Vivenza, qui est tenu pour un expert en la matière. Dans son ouvrage Les Elus coëns et le Régime écossais rectifié (Grenoble, le Mercure Dauphinois, 2010), il écrit (pp. 54-56) :  

« Nous sommes bien loin de cette prétendue "magie", dont on a longtemps soutenu, et l'on soutient, hélas, encore dans divers opuscules plus ou moins sérieux, qu'elle constituait la base des pratiques de l'Ordre des Elus Coëns […].

« Or, disons-le fortement, si les rites, instructions et catéchismes de l'Ordre des Elus Coëns, contiennent effectivement des éléments empruntés à un certain courant à l'intérieur duquel Cornelius Agrippa occupe une place non négligeable, cependant en aucun cas le but, nous disons bien le "but" des opérations enseignées par Martinès, c'est-à-dire l'objectif visé et entrevu par les Réaux-Croix, ne relève de la magie, fût-elle angélique ou "divine". Les opérations, au sommet de l'Ordre, il importe d'y insister tant la question est centrale, sont subordonnées à la manifestation de la "Chose" qui n'est autre que la Sainte Présence de Jésus-Christ [...].

« Convoquant, dans certaines circonstances, les anges afin qu'ils l'aident à accomplir son travail, l'élu s'adonnait donc surtout, et tout d'abord, à d'intenses purifications, implorant le secours du Compagnon fidèle qui lui fut attribué par l'Eternel de manière à ce qu'il intercède pour lui auprès du Très Haut et qu'ensuite, seulement, béni et sanctifié, il soit en mesure de s'avancer, en tremblant, devant la "Sainte Présence" du Verbe.

« Le culte primitif, que transmit Martinès de Pasqually, est non pas de nature "magique", il est essentiellement, par les quatre temps qui le constituent à présent que, depuis le crime d'Adam, nous nous trouvons absolument tous marqués par la faute et le péché, un culte d'expiation, de purification, de réconciliation et de sanctification. Tel est le difficile et contraignant labeur auquel devaient s'astreindre les disciples de Martinès, et l'on comprend peut-être mieux pourquoi cette tâche ne pouvait convenir, et ne concerner, qu'une élite de maçons choisis, c'est-à-dire "élus", souhaitant se plier à une rude discipline morale et spirituelle les faisant vivre dans le monde presque comme des moines, ou plus exactement des prêtres, auxquels il ne manquait même pas l'obligation de la récitation de leur bréviaire puisque, de six heures en six heures, les élus coëns qui se devaient impérativement par ailleurs d'assister aux principales messes festives de l'Eglise, œuvrant inlassablement, chaque jour que Dieu faisait, à se rendre digne de recouvrer leur "première propriété, vertu et puissance spirituelle divine", étaient contraints à la lecture des prières de l'Ordre composées principalement des sept Psaumes de la pénitence, de diverses oraisons pieuses et d'invocations particulières, s'endormant, la nuit venue, en prononçant dans leurs lits le De Profundis. »  

Et encore, du même Jean-Marc Vivenza (Louis-Claude de Saint-Martin et la théurgie des Elus coens) :

« L’élu coën, qui devait impérativement être catholique pour se conformer à la règle prescrite par Martinès, et avait juré, lors de ses serments, de « rester fidèle à la sainte religion apostolique et romaine », avant chacune des cérémonies assistait à la messe en communiant, ceci sans compter la rigoureuse observation de la Prière des six heures, (six heures du matin, midi, dix-huit heures et minuit), qui ne pouvait avoir nulle dérogation et était une obligation formelle. Enfin, pour sa purification, l’élu récitait les sept Psaumes de Pénitences à chaque renouvellement de Lune et les jours qui faisaient suite aux périodes de travail, de même qu’il lui fallait dire l'Office du Saint Esprit tous les jeudis, prononcer le Miserere, debout face à son Orient, et le De Profundis, en se mettant la face contre terre. »  

Ainsi (si l’on me passe cette expression plaisante), la messe est dite ! A moins de considérer les coens comme autant de tartuffes… ce qui serait d’une totale invraisemblance, notamment pour un personnage aussi pieux que Willermoz.  

Mais je n’en resterai pas là ; j’appelle à la rescousse un personnage dont nul ne peut révoquer en doute le jugement : j’ai nommé Joseph de Maistre, l’auteur catholique romain par excellence, et même papiste [1]. Qu’écrit-il dans Les Soirées de Saint-Pétersbourg (Lyon & Paris, 1821) :  

« Les connaissances surnaturelles sont le grand but de leurs travaux et de leurs espérances ; ils ne doutent point qu'il ne soit possible à l'homme de se mettre en communication avec le monde spirituel, d'avoir un commerce avec les esprits et de découvrir ainsi les plus rares mystères. Leur coutume invariable est de donner des noms extraordinaires aux choses les plus connues sous des noms consacrés ; ainsi un homme pour eux est un mineur, et sa naissance émancipation. Le péché d'origine s'appelle le crime positif ; les actes de la puissance divine ou de ses agents dans l'univers s'appellent des bénédictions, et les peines infligées aux coupables, des pâtiments. Souvent je les ai tenus moi-même en pâtiment, lorsqu'il m'arrivait de leur soutenir que tout ce qu'ils disaient de vrai n'était que le catéchisme couvert de mots étranges. J'ai eu l'occasion de me convaincre, il y a plus de trente ans, dans une grande ville de France [Lyon], qu'une certaine classe de ces illuminés avait des grades supérieurs inconnus aux initiés admis à leurs assemblées ordinaires ; qu'ils avaient même un culte et des prêtres qu'ils nommaient du nom hébreu Cohen... Ces hommes, parmi lesquels j'ai eu des amis, m'ont souvent édifié ; souvent ils m'ont amusé, et souvent aussi... Mais je ne veux point me rappeler certaines choses. Je cherche au contraire à ne voir que les côtés favorables. »

(XIe entretien, 4e chapitre)  

Certes il n’accepte pas qu'un prêtre dût nécessairement être thaumaturge et kabbaliste. Il appelle cela une « séduisante erreur », à cause de quoi il juge le martinisme [2] plutôt dangereux dans les pays catholiques, quoiqu'il soit, selon lui, des plus utiles dans les pays schismatiques et protestants et même, à une époque d'incrédulité, dans les pays catholiques imprégnés d'irréligion. Car, dit-il, « ce système s'oppose à l'incrédulité générale, il est chrétien jusque dans ses sciences ; il accoutume les hommes aux dogmes et aux idées spirituelles », il les rapproche des doctrines catholiques, préserve du « rienisme protestant » et maintient « la fibre religieuse de l'homme dans toute sa fraîcheur ». (cité dans Les Sommeils, pp. 41-42) ;  

Et le comte de déclarer au sénateur (qui a fait l’apologie des martinistes) que ces explications audacieuses peuvent être utilement accueillies pourvu qu'on ne les considère pas nécessairement comme des dogmes absolus. Ces systèmes lui paraissent acceptables si on les « propose modestement pour tranquilliser l'esprit... » s'ils « ne mènent surtout ni à l'orgueil ni au mépris de l'autorité... On tâtonne dans toutes les sciences, pourquoi la métaphysique, la plus obscure de toutes, serait-elle exceptée ? » (Les Sommeils, p. 43).  

On le voit, rien sur de supposées pratiques magiques, voire sulfureuses, que l’Eques a Floribus eût été bien placé pour connaître. D’ailleurs Jean-Marc Vivenza a découvert dans les documents privés de Joseph de Maistre que celui-ci, quand il était ambassadeur de Sardaigne à Saint-Pétersbourg, avait pratiqué des « opérations » coens. Joseph de Maistre invoquant le diable ? on voit le ridicule de la chose…  

Pour le reste je renvoie, je le répète, au blog du Martinésiste chrétien.  

J’ai mentionné Willermoz, ce qui me conduit aux points 5) et 6).  

Les documents concordent tous pour prouver que, si Willermoz a parfois été fort irrité par le comportement de l’homme Martines, sa créance en l’initié, et initiateur, n’a jamais faibli. Inutile de multiplier les textes, contentons-nous de la grande lettre des 12-18 août 1821 à Jean de Turkheim, sa « lettre testament » comme on l’a appelée, où Willermoz prend la peine de répondre en détails, avec renvois au Traité sur la réintégration, à plusieurs points de doctrine, huit au total, sur lesquels son correspondant lui avait demandé des éclaircissements que le patriarche (91 ans) lui donne de bon gré. Et comme Turkheim lui avait demandé des détails sur Martines, voici ce que conte Willermoz :  

« Comme vous désirez connaître Pasqually en long et en large sur tout ce qui le concerne, voici à son sujet une anecdote connue de moi seul et qui ne doit pas devenir publique.

"Etant à Paris, au jour qu'il avait choisi pour me conférer mes derniers grades, il m'assigna pour les recevoir un jour suivant à Versailles ; il y assigna en même temps quelques autres Frères de degrés inférieurs et les plaça aux angles de l'appartement où ils restèrent jusqu'à la fin en silence ; lui debout au centre et moi seul à genoux devant lui, aucun autre ne pouvant rien entendre de ce qui se passait entre lui et moi. Avant la fin du cérémonial il me tombe tout subitement les bras sur les épaules et son visage collé contre le mien, il m'inonde de ses larmes, ne pouvant pousser que de gros soupirs. Tout étonné, je lève les yeux sur lui et j'y démêle tous les signes d'une grande joie. Je veux l'interroger ; il me fait signe de garder le silence. L'opération terminée, je veux le remercier de ce qu'il vient de faire pour moi, et j'en étais tout ému. - "C'est moi, me dit-il, qui vous dois beaucoup et beaucoup plus que vous ne pensez. Vous avez été pour moi l'occasion du bonheur que j'éprouve. J'étais depuis un certain temps tombé dans la disgrâce de mon Dieu pour certaines fautes que le Monde compte peu, et je viens de recevoir la preuve, le signe certain de ma Réconciliation. Je vous la dois, parce que vous en êtes la cause et l'occasion. J'étais malheureux ; je suis maintenant bienheureux. Pensez quelquefois à moi, je ne vous oublierai jamais." Et en effet, depuis lors, j'ai reçu de lui beaucoup de preuves d'amitié et de grande confiance. »  

Y a-t-il là la moindre trace de défiance, de répulsion, ou même de critique ? Quarante années après la fin supposée de l’Ordre coen, quarante-sept ans après le décès de Martines de Pasqually, le temps était propice à une remise en question, à l’expression de doutes, s’il dût y en avoir…Rien de tel ! au contraire, dans une autre lettre au même Turkheim du mois précédent de juillet , on trouve cette fameuse formule souvent citée : « Cet homme extraordinaire auquel je n’ai jamais connu de second ». L’admiration était toujours là, intacte.  

Mais, pourrait-on objecter, tout cela ne s’applique qu’à la doctrine, à laquelle en effet Willermoz avait adhéré au point d’en faire la substance même de la Profession et de la Grande Profession ; mais point aux opérations qu’il avait évidemment abandonnées. Eh bien, non. C’est le contraire qui apparaît à la lecture d’une lettre que Rodolphe Saltzmann écrivit à Willermoz le 22 septembre 1813 (publiée dans Renaissance Traditionnelle n° 150, avril 2007) [3]. Satzmann écrit :  

« Mon premier acte de gratitude et de la plus vive reconnaissance a été rendu à Celui qui a daigné bénir mon voyage et vous donner la volonté et les forces nécessaires d'opérer pour sa gloire et mon salut. Le second s'adresse à vous, mon T[rès] C[her] et P[uissant] M[aîtr]e, qui m'avez donné une nouvelle preuve bien précieuse de votre amitié. Vous m'avez sacrifié un repos, que votre grand âge vous rend si nécessaire, et vous avez pour ainsi dire couronné votre ouvrage. Car je n'ose espérer recevoir encore davantage, et je ne dois m'occuper qu'à bien profiter de ce que j'ai reçu et d'être fortifié dans la voie dans laquelle j'ai eu le bonheur d'entrer. Mais vous ne négligerez pas ce que vous avez semé et vous nourrirez la flamme que vous avez allumée. [...]

« Ne m'oubliez pas, mon T.C. et P.M. Songez à votre élève dans vos prières et aux jours et heures destinés à des travaux supérieurs. Envoyez-moi, aussitôt qu'il sera possible, ce que vous m'avez promis et battons le fer pendant qu'il est encore chaud. Ah ! s'il était possible de m'envoyer ce qui est marqué par + après les noms usités ![...] » [Signé] Ab Hedera.  

Selon son habitude, Willermoz a mis sur la lettre une annotation , qui est :  

« Fre Saltzmann à moi W. [...] Son contentement de ce que j'ai fait pour lui à Lyon, Gd Archi. Il espère l'Invo[cation] promise. »  

Autrement dit, à 83 ans, Willermoz a pratiqué une cérémonie de réception de Grand Architecte. Curieuse façon de manifester de l’ « éloignement » !  

On pourrait multiplier les preuves documentaires, mais celles-ci me paraissent suffire pour l’instant. Du moins justifient-elles l’expression que j’ai employée au début : une controverse de mauvais aloi. On est libre d’adhérer à Saint-Martin et pas à Martines, on est libre d’adhérer à Martines et pas à Saint-Martin, on est libre de n’adhérer ni à l’un ni à l’autre ; mais on n’est pas libre, si l’on veut rester honnête, de justifier son choix par des affirmations sans preuve ou par des preuves controuvées, des documents sollicités. Ce n’est pas honorable, et d’ailleurs ce n’est pas crédible.  

 

[1][1] Du Pape (Lyon, 1819) fut le premier ouvrage « ultramontain » de l’histoire.

[1][2] Ne nous y trompons pas, ce vocable englobe aussi le « martinésisme », terme qui n’avait pas encore été inventé.

[3] Et signalée par A Valle Sancta dans son blog.

Source : http://orthodoxeoccident.blogspot.fr/

Par X - Publié dans : histoire de la FM
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Jeudi 25 octobre 2012 4 25 /10 /Oct /2012 07:45

En 1778, consécutivement à une initiative de Louis-Claude de Saint-Martin, motivée par les meilleures intentions mais néanmoins porteuse de germes de discorde, apparaissait une querelle dont le Temple Coen de Versailles fut le théâtre particulier.

Les évènements survenus dans ledit Temple ainsi que les motifs de cette querelle sont exprimés dans différents courriers du Parfait Maître Salzac du Temple de Versailles conservés dans les anciennes archives Villareal. Il est ainsi intéressant de publier la lettre de Salzac à Frédéric Dishrelatant la visite de Saint-Martin au Temple de Versailles. Dans ce courrier, Salzac se plaint des agissements de Saint-Martin qui, tout en étant toujours dans l'Ordre, tend à éloigner les frères du Temple des pratiques de l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coens de l’Univers. Voici dans son intégralité cette lettre datant de mars 1778 :

« Très Haut, Très Respectable et Très Puissant Maître, voici du travail de M. l'abbé, qui pourra vous présenter quelque intérêt. On ne sait encore quel volume cela aura, à cause du développement que l'on peut donner à une telle matière. Vous m'en donnerez votre avis et, si cela vous agrée, je pourrai vous faire passer quelque autre chose avec les instructions du 45.

Je vous renvoie le billet de M. de Las Cases ; il a sa place marquée chez vous, tout de même que les petites histoires que je vous ai envoyées de Londres. Je n'en avais aucune explication quand M. de Saint-Martin est venu me voir, ce dont il faut que je vous fasse le conte. Comme il n'a pas cru devoir me confier qui l'a poussé dans ces vues, non plus qu'au frère Mallet qui était présent, je vous serai reconnaissant de nous instruire là-dessus, si toutefois je ne vous apprenais rien.

Il parait d'après ce T. P. M. que nous sommes dans l'erreur et que toutes les sciences que Don Martinès nous a léguées sont pleines d'incertitudes et de dangers, parce qu'elles nous confient à des opérations qui exigent des conditions spirituelles que nous ne remplissons pas toujours. Le frère Mallet a répondu que, dans l'esprit de Don Martinès, ses opérations étaient toujours de moitié pour notre sauvegarde, soit deux contre deux, pour parler comme notre maître, et que par conséquent si peu que nous fissions pour remplir la cinquième puissance que l'adversaire ne peut occuper, nous étions assuré de l'avantage. Mais le T. P. M. de Saint-Martin se tient à cette dernière puissance et néglige le reste, ce qui revient à placer le coche devant les quatre chevaux.

Nous lui avons fait observer que rien n'autoriserait jamais des changements semblables ou plutôt suppressions; que nous avions toujours opéré ainsi avec Don Martinès lui-même, a et que pour le présent nous n'avions qu'à nous louer de ses instructions. Je vous fais grâce du reste et des remarques peu aimables du frère Mallet.

M. de Saint-Martin ne donne aucune explication; il se borne à dire qu'il a de tout ceci des notions spirituelles dont il retire de bons fruits; que ce que nous avons est trop compliqué et ne peut être qu'inutile et dangereux, puisqu'il n'y a que le simple de sûr et d'indispensable. Je lui ai montré deux lettres de Don Martinès qui le contredisent là-dessus, mais il répond que ce n'était pas la pensée secrète de D. M.; que la lumière se fera en nous sans qu'il soit besoin de tout cela et que nos bonnes intentions sont les plus surs garants de sécurité.

Qu'objecter à cela sinon ce qu'a toujours dit le Grand Souverain, ce qu'il nous a prouvé par ses actes et ce que nous prouvent tous nos travaux. Pour conclure nous lui avons fait entendre que nous étions peu déterminés à le suivre dans sa voie. Au bout de quatre heures il est parti fort mal content. »

Il est une autre lettre du 3 février 1779 au même Frédéric Dish, beaucoup plus critique à l'encontre de Saint-Martin, dont voici un extrait :

« … En attendant, c'est avec une satisfaction bien vive que j'ai appris qu'il n'y avait rien de vous dans les propositions du T. P. M. de Saint-Martin. Il y a trois mois que j'ai reçu confirmation du P. M. de Calvimont et de quelques autres frères de L... que ce T. P. M. n'avait aucun droit ni pouvoir à cet égard. Ces frères sont très attristés de la méchante posture où les mettent depuis deux ans des nouveautés que j'ai toujours jugées peu convenables à notre bien.

Tout est venu confirmer mes craintes, en ce que la reprise de leurs anciens travaux ne leur a donné aucun des fruits qui faisaient autrefois leur joie : bien au contraire. Je n'ose écrire que nous avons été la risée de nos ennemis ; mais il me faut bien rendre à l'évidente. Il semblerait que leur conduite ait profondément irrité nos majeurs et que les liens qui nous unissaient aient été rompus.

Voici donc la belle besogne de M. de Saint-Martin. Ils ont été dans cette malheureuse affaire les victimes de leur confiance dans un frère dont tous nous louons la vertu, mais dont les grands avantages d'esprit prévalent trop sur une juste estimation de nos besoins et sur une naturelle équité. Aujourd'hui il est notoire que les séduisantes propositions de ce T. P. Maître n'étaient que les fruits d'un esprit mieux intentionné que mûri, et que les intelligences qu'il en avait reçues n'étaient qu'une nouvelle machination de notre ennemi. Latet anguis in herba, et il a toujours une astuce prête, comme dans le récit que vous me faites si agréablement de votre cordeau dont j'aurais préféré une division par huit, ou par quarante-huit, ce qui est encore mieux à mon avis.

Pour conclure ils sont conseillés de s'adresser au Grand-Souverain, qui doit être de retour si j'en crois des nouvelles de Rouen, car le P. M. Substitut n'a rien voulu faire.

Pensez à moi pour votre cordeau.

Votre très fidèle et dévoué frère.

Salzac. »

Les choses s'envenimaient donc entre Louis-Claude de Saint-Martin et les émules du temple de Versailles. Alors nous nous posons la question : pourquoi une telle querelle entre hommes de désir?

Pour répondre à cette question, il nous faut établir clairement quels étaient les griefs et mises en garde de Saint-Martin vis-à-vis des pratiques Coens et si ces mises en garde étaient vraiment opportunes.

Louis-Claude de Saint-Martin prétend donc « que nous sommes dans l'erreur et que toutes les sciences que Don Martinès nous a léguées sont pleines d'incertitudes et de dangers, parce qu'elles nous confient à des opérations qui exigent des conditions spirituelles que nous ne remplissons pas toujours.» Quand nous étudions de près les exigences préparatoires et l’ascèse que demandait Martinès à ses émules, exigences parfaitement connues de Saint-Martin, il est pour le moins paradoxal de lire une telle mise en garde. En effet, Saint-Martin et Martinès concordent parfaitement sur l’impérative nécessité d’une ascèse morale et spirituelle qui pour le premier permet d’opérer la purification d’un cœur encore impur afin de le rendre digne un jour d’accueillir le Christ en ami, et pour le second d’opérer les opérations de réconciliation en toute sérénité et sans crainte des attaques ennemies. Pour Martinès, cette ascèse passe en effet par une observance de règles corporelles – ce qui lui confère un caractère vétérotestamentaire mais pas exclusivement pour autant, l’Eglise du Christ ayant conservé quelques unes de ces règles – mais aussi par la prière suivant une forme proche de la liturgie latine, par l’observation des rites de l’Eglise de Rome ainsi que par la participation à ses sacrements. Et que peut-on demander de mieux à un chrétien que la participation régulière aux saints sacrements de l’Eglise ? Quelle meilleure préparation que celle qui permet de recourir aux grâces et forces de l’Esprit-Saint et à la participation au Christ ? Les prières préparatoires de pénitence, d'action de grâce et de demande, la participation a la liturgie et au sacrément de l'eucharistie, les différents offices liturgiques dont celui du Saint Esprit ne sont pas nécessaires au recouvrement de l'image déjà rétablie par le baptême dans la Nouvelle Alliance. Non, mais ils sont indispensables à bien ancrer en l'homme cette image, à la nettoyer de toute scorie, à l'entretenir et à l'amener progressivement vers la ressemblance. Alors dans cet état le Coen peut prétendre à opérer ses travaux de réconciliation. L'âme de l'homme à été blanchie et nettoyée par le sacrifice du Christ qui par son sang à lavé une fois pour toutes notre sang. Et c'est pour cela que si nous respectons une ascèse de vie et spirituelle qui permet de conserver cette blancheur et redonner à l'âme un peu de son éclat original nous pouvons prétendre d'entrer dans le Sanctuaire et nous approcher sans crainte du Saint des Saints. Cette ascèse est donc pour les émules un véritable jeûne corporel et spirituel.

Saint-Martin appelle quant à lui à la naissance du Christ dans le cœur de l’homme par la prière. Martinès de son côté appelle à cette présence réelle par le sacrement de l’Eucharistie, sacrement reçu en toute pureté par des émules pratiquant une prière quotidienne et une véritable pénitence du cœur et de l’esprit. Rien de mieux, sauf à remettre en doute l’efficacité et la réalité des sacrements et la nécessité du culte liturgique, points que Saint-Martin abordera effectivement plus tard et qui n’est pas notre sujet.

Notons, que si Martinès exige la fidélité à l'église de Rome c'est qu'il ne connaissait vraiment que cette seule église à l'exception peut-être de celles issues de la Réforme et dont le décharnement sacramentel et rituélique ne pouvait d'évidence pas lui convenir alors qu’il entrait plus en résonnance avec les visions de Saint-Martin. L'Eglise d'Orient n’était pas non plus familière à Martinès, voire même sa théologie inconnue. Willermoz dont la culture religieuse était beaucoup plus affirmée tiendra compte des différentes sensibilités et confessions bien que ne cachant pas son attachement à Rome.

Saint-Martin estime donc que les opérations théurgiques des Coens sont dangereuses. Interrogeons-nous alors sur le type de danger que de telles opérations peuvent faire courir et la façon dont nous pouvons les prévenir.

Relativement à la prévention, le point a été soulevé et traité au niveau de la préparation. Nous n’y revenons donc pas. Relativement au danger qu’encourrait un homme préparé, la réponse du frère Mallet est la suivante : «dans l'esprit de Don Martinès, ses opérations étaient toujours de moitié pour notre sauvegarde, soit deux contre deux, pour parler comme notre maître, et que par conséquent si peu que nous fissions pour remplir la cinquième puissance que l'adversaire ne peut occuper, nous étions assuré de l'avantage. Mais le T. P. M. de Saint-Martin se tient à cette dernière puissance et néglige le reste, ce qui revient à placer le coche devant les quatre chevaux. » Ce passage nécessite à l’évidence quelques commentaires. Pour l’éclairer, reportons-nous au Traité de la Réintégration dans lequel, Martinès disserte sur les cinq doigts de la main de la façon suivante :

« Par la puissance du commandement, l'homme pouvait encore plus les [mauvais démons] resserrer dans la privation en leur refusant toute communication avec lui ; ce qui nous est figuré par l'inégalité des cinq doigts de la main, dont le doigt médium figure l'âme, le pouce, l'esprit bon, l'index, l'intellect bon ; les deux autres doigts figurent également l'esprit et l'intellect démoniaques. Nous comprendrons aisément par cette figure, que l'homme n'avait été émané que pour être toujours en aspect du mauvais démon, pour le contenir et le combattre. La puissance de l'homme était bien supérieure à celle du démon, puisque cet homme joignait à sa science celle de son compagnon et de son intellect, et que, par ce moyen, il pouvait opposer trois puissances spirituelles bonnes contre deux faibles puissances démoniaques ; ce qui aurait totalement subjugué les professeurs du mal, et par conséquent, détruit le mal même.»

Mallet objecte ainsi dans sa réponse que les opérations sont toujours « de moitié pour notre sauvegarde, soit deux contre deux. » Nous retrouvons-donc bien ici l’enseignement de Martinès relativement à l’opposition entre l’esprit bon compagnon et son intellect bon et l’esprit de prévarication et son intellect mauvais. Ainsi, les opérations des esprits sont-elles bien deux contre deux et de moitié au bénéfice du mineur spirituel donc pour la sauvegarde de l’homme. Mallet oppose aussi à Saint-Martin que « si peu que nous fissions pour remplir la cinquième puissance que l'adversaire ne peut occuper, nous étions assuré de l'avantage » signifiant par là le rôle qui est celui de l’opérant qui par sa force d’âme et sa puissance retrouvée, et avec le soutien des esprits bénins, parvient à soutenir l’action des esprits mauvais. Même si cette puissance d’âme du mineur n’est plus l’égale de celle dont il disposait à son origine, celle-ci existe toujours. Et justement, le Coen doit travailler inlassablement au renforcement de cette puissance et au recouvrement de la science qui était la sienne et qui restaure en lui l’image en la rendant de plus en plus semblable à son modèle. Ainsi, si peu que cette image divine soit restaurée dans l’homme, celle-ci lui donne l’avantage nécessaire. Ne mettons donc pas, comme le dit Mallet, le coche devant les chevaux et ne doutons pas de l’aide que peut nous apporter notre bon compagnon et qui nous rend ainsi supérieur aux esprits malins. Placer le coche avant les chevaux revient pour l’homme à penser qu’il doit agir prioritairement à toutes les autres créatures spirituelles, qu’il est le seul maître de sa restauration et que les forces spirituelles qui sont auprès de lui pour l’aider et le servir sont indépendantes voire impuissantes tant qu’il n’aura pas opéré sa réconciliation, qu’il ne peut les diriger et qu’il ne peut que subir leurs actions et réactions. Tout au contraire, les forces angéliques sont au service de l’homme ici et maintenant et oeuvrent de concert avec lui à sa réhabilitation. La pure intention de l’âme de l’homme, sa demande ferme, persévérante et sincère sont les outils sûrs par lesquels le mineur spirituel obtiendra les aides nécessaires de l’Esprit-Saint et de son bon compagnon qui lui permettront de se présenter en supériorité devant les forces spirituelles ennemies.

Ce point étant analysé et éclairci, nous devons bien constater qu’à lui seul il ne peut entretenir une telle controverse. En effet, il n’y aurait point de querelle si les seules différences s’arrêtaient à la forme que prend pour chacun la préparation nécessaire et les dangers éventuels d’une mauvaise préparation.

Non, ce qui opposera Saint-Martin et les Coens se concentre principalement autour de la forme théurgique que prennent les travaux des Elus Coens. En effet, Salzac nous rapporte le fond de la pensée de Saint-Martin qui explique « que ce que nous avons est trop compliqué et ne peut être qu'inutile et dangereux, puisqu'il n'y a que le simple de sûr et d'indispensable.» Il n'est pas surprenant que Saint-Martin, dont la sensibilité piétiste s'affirmera de plus en plus avec l'étude de Jacob Böhme - jusqu'à rejeter toute forme rituelle ainsi que l'Eglise et ses sacrements[3]  - ait eu une telle réflexion. En fait, Saint-Martin s’oppose à la forme rituelle des travaux, opposition naissante qu’il avait déjà formulée à son maître Martinès de Pasqually dans cette question : « Maître, comment, il faut tout cela pour prier le bon Dieu ! » le Grand Souverain répondant : « Il faut bien se contenter de ce que l'on a.»

Cette question concentre encore aujourd’hui les critiques de certains saint-martinistes envers les pratiques Coens. Mais les martinésistes doivent considérer la réponse donnée par le Grand Souverain qui dépasse la portée de la question et sous-tend tout le fondement externe de l’approche opératoire. En effet, s’il faut tout cela à l’homme actuel pour opérer son culte, c’est que l’homme reste, du fait de la chute, et malgré la rédemption opérée par le Christ, un mineur spirituel enfermé dans une forme corporelle. Et donc, le culte de louanges et d’actions de grâce qu’il devait opérer originellement doit maintenant obligatoirement être adapté à cette nouvelle condition de l’homme déchu. Ainsi de tout spirituel qu’il était, ce culte est devenu spirituel-temporel. Martinès exprime ceci très clairement dans le Traité :

« Ce culte, que le Créateur exige aujourd'hui de sa créature temporelle, n'est pas le même que celui qu'il aurait exigé de son premier mineur, s'il fût resté dans son état de gloire. Le culte que l'homme aurait eu à remplir dans son état de gloire n'étant établi qu'à une seule fin, aurait été tout spirituel, au lieu que celui que le Créateur exige aujourd'hui de sa créature temporelle, est à deux fins : l'une temporelle et l'autre spirituelle. Voilà ce qui a produit la prévarication de notre premier père.»

et plus loin :

« Adam, étant devenu impur devant le Créateur par son incorporisation matérielle, ne pouvait avoir qu'une postérité de matière, condamnée, de génération en génération, à opérer un culte mixte du spirituel et du matériel.»

Aussi pour s’accommoder de la forme corporelle de l’opérant ainsi que de toute forme de matière dans laquelle le Coen opère « il faut bien se contenter de ce que l'on a » c'est-à-dire une constitution établie sur une forme corporelle et une vie dans un monde de matière. Et il faut justement utiliser cette matière à notre propre avantage. Car en assignant à l’homme comme nouvelle résidence cet univers matériel, créé à l’origine pour préserver les régions surcélestes de toute souillure et ainsi contenir l’action des esprits de prévarication, l’Eternel n’a pas uniquement exercé sa justice envers l’homme mais lui a aussi donné les moyens de sa réconciliation. Car c’est par l’observation des lois naturelles et par effet d’analogie que l’homme accède aujourd’hui à la connaissance de lois et de vérités d’un ordre bien supérieur. C’est par la nature et la création générale et universelle que se rétablit aussi en partie la communication entre Dieu et l’homme. Ainsi l’homme doit-il opérer sa réconciliation avec et grâce aux moyens matériels qui lui sont donnés – et qui ne sont donc pas que des épreuves à son encontre – et doit aussi œuvrer à la restauration et la re-sacralisation de cet univers souillé par l’action des esprits déchus et aujourd’hui sa propre action. La matière est ce que nous possédons aussi et ce par quoi nous devons donc agir.

En fait, pour couper court à la querelle, Salzac finit par conclure dans sa lettre de mars 1778 que la vérité sur toutes ces choses s’imposera d’elle même comme un fruit des travaux. Et pour les frères du Temple de Versailles la vérité est donc dans ce qu’a toujours dit le Grand Souverain, « ce qu'il nous a prouvé par ses actes et ce que nous prouvent tous nos travaux. »

Quelles furent alors les conséquences pour le Temple de Versailles de cette controverse et de la tentative de réforme de Louis-Claude de Saint-Martin ? Des éléments de réponse nous sont donnés dans la lettre suivante du 3 février 1779. Le trouble ayant été installé au sein du Temple, et des modifications ayant été introduites dans la forme et le fond des opérations, les travaux se trouvèrent altérés et perturbés. Les résultats ne furent plus au rendez-vous et les frères se trouvèrent quelque peu désemparés. Et Salzac d’écrire : «Ces frères sont très attristés de la méchante posture où les mettent depuis deux ans des nouveautés que j'ai toujours jugées peu convenables à notre bien. » constat qui eut dû être considéré comme le résultat d’une tentative regrettable, une maladresse de jeunesse par celui-là même qui écrivit de fort belle manière quelques vingt ans plus tard : « J'ai désiré faire du bien, mais je n'ai pas désiré faire du bruit, parce que j'ai senti que le bruit ne faisait pas de bien, et que le bien ne faisait pas de bruit. » (De l’esprit des Choses)

Ce constat de maladresse Salzac le fit quand, relatant le dénouement de cet épisode de la vie du temple, il ne condamna aucunement Saint-Martin qui est alors toujours son frère dans l’Ordre. En effet, il conlut sur Saint-Martin en le décrivant comme « un frère dont tous nous louons la vertu, mais dont les grands avantages d'esprit prévalent trop sur une juste estimation de nos besoins et sur une naturelle équité. Aujourd'hui il est notoire que les séduisantes propositions de ce T. P. Maître n'étaient que les fruits d'un esprit mieux intentionné que mûri, et que les intelligences qu'il en avait reçues n'étaient qu'une nouvelle machination de notre ennemi. »

Cette conclusion met cependant en lumière un autre constat. En effet, si Saint-Martin estime que par leurs opérations les Coens s’exposent aux esprits malins, Salzac répond que par ses agissements Saint-Martin s’est mépris sur ce qu’est la bienfaisance et l’équité. En effet, Saint-Martin a préjugé des moyens qui étaient utiles ou inutiles aux frères ; il a pensé que chacun, à son image, pouvait et devait suivre une voie intérieure, entièrement tournée vers la mystique alors même que par leur condition corporelle les frères avaient besoin de support matériel. L’exigence de la voie de Saint-Martin était-elle alors trop forte pour les frères Coens versaillais ? Peut-être, sûrement même. Et c’est la raison pour laquelle Salzac pense que Saint-Martin a été, malgré lui, l’agent de la volonté perverse du Malin. En surestimant les forces des frères par une exigence trop importante, en leur imposant une voie guidée par une sensibilité qui n’était pas la leur, il finit par détourner les hommes de leur but et par les amener dans une voie dans laquelle ils finiraient par s’épuiser et abandonneraient tous travaux. Ainsi, comme souvent, le Malin pave ses routes de bonnes intentions. Alors, la voie de Saint-Martin était-elle moins délicate, moins dangereuse et escarpée que celle de Martinès ? Nous ne nous prononcerons pas sur ce point, étant particulièrement respectueux de l’une et de l’autre. Les voies mystiques comportent elles aussi leurs écueils et parfois nul ne sait si la contemplation ou l'état extatique qu'une méditation suscite sont guidés par les bons ou mauvais éléments. L’astral n’y est pas étranger et le psychisme peut là aussi jouer de vilains tours.

Les mésaventures de nos frères du XVIIIèmesiècle devraient pour tous les saint-martiniens et martinésistes être considérées comme une leçon de prudence et de fraternité. Cependant, il est curieux et désappointant de voir dans certains échanges sur la toile ou ailleurs, comment ce débat est encore parfois relancé.

Dans les voies qui sont les nôtres chacun aspire, avec ferveur et avec toute la pureté de cœur qui lui est donnée, à un but semblable tout en n'étant pas tout à fait identique. Chacun œuvre à sa réconciliation d'une façon et par des moyens qui sont propres à la voie qu’il aura choisie et qui lui convient le mieux. Les martinésistes pour leur part, fidèles à l'enseignement et les travaux dont ils ont hérité de leur Maître Martinès œuvrent par ce qu’il est convenu d’appeler l'externe ; les martinistes ou plutôt saint-martiniens oeuvrent par l’interne, la voie cardiaque c'est-à-dire une pratique plus mystique dirons-nous pour simplifier.

Malheureusement nous entendons encore trop souvent les critiques de nos amis saint-martiniens qui semblent désirer poursuivre de nos jours cette controverse du XVIIIème siècle. Ces critiques se portant encore sur la forme même et l’inspiration des rituels Coens vont jusqu’à qualifier ceux-ci de magiques et occultistes.

Nous ne devons pas nous le cacher, et les Elus Coens du XVIIIème siècle le savaient[6]  , certaines inspirations des travaux opératoires Coens se trouvent - entre autres - dans Cornelius Agrippa, lui même n'ayant effectué qu'un recensement des pratiques occultistes et ésotéristes du Moyen-Âge et de la Renaissance consignées dans certains ouvrages. Nous citerons à titre dexemple le Pape Léon III et son Enchiridion, Grosschedel ab Aicha et son Calendarium Naturale Magicum (originalement conçu par Tycho Brahé), le Picatrix, le Legemeton ainsi que d'autres sources encore reprises par le R.P. Esprit Sabbathier dans L'ombre idéale de la sagesse universelle. Si Martinès s'inspira donc de façon évidente de certains éléments d'occultisme consignés dans l'ouvrage d'Agrippa De Occultia Philosophia il n'en reprit que certains (sceaux planétaires, caractères des alphabets dits magiques pour l'essentiel) mais ne développa aucunement ni magie naturelle, ni magie céleste et les aspects talismaniques du martinésisme se bornèrent à cette époque à l'utilisation de pentacles protecteurs très chrétiens, à l'image de ceux qu'arborent de façon pertinente les martinistes de nos jours. Notons de plus que si Agrippa fut inquiété d'hérésie du fait de son attachement aux théories de kabbale chrétienne présentées par Reuchlin, il ne fut jamais condamné et triompha de ses accusateurs. Enfin il ne fut ni accusé ni condamné pour magie bien que certains tentèrent de l'amener sur ce terrain. Bien au contraire, dans le Livre III du De Occultia il prit le soin de condamner certaines pratiques dites magiques (goétie, nécromancie, arts divinatoires, magie mathématique) et de mettre en garde sur l’usage de certaines autres (théurgie et cabale) sans préparation et discernement.

Les emprunts de Martinès à l’occultisme médiéval ou de la Renaissance s'arrêtent à peu près là, à l'exception encore de l'Heptameron de Pietro d’Abano qui fut repris sous le titre de De circulo et ejus compositiones dans un manuscrit du Fonds Z de la main de Saint-Martin.

Les textes invocatoires, les prières de bénédiction, les encensements et les exorcismes sont quant à eux très inspirés – quand ils ne sont pas copiés – des rituels de la liturgie romaine.

Enfin, concernant les noms d’esprits du Registre des 2400 Noms leurs origines sont diverses et multiples. Notons cependant des emprunts à la kabbale chrétienne (repris de même dans Agrippa et le Legemeton), à la mystique hébraïque et au Livre d’Enoch ainsi qu’au Sepher Raziel Ha-Malakh. Nous nous arrêterons là, les sources du Regsitre des 2400 noms méritant à elles seules une longue étude.

Ces emprunts donc très limités permettent-ils pour autant, comme se plaisent à le faire certains, de qualifier la théurgie Coen de magie? Certainement pas à notre sens. Car le but des travaux théurgiques martinésiens est très différent de celui de nombreux travaux théurgiques et/ou magiques. Ici l’objet n'est pas pour l’opérant d'acquérir des pouvoirs sur les choses ou êtres matériels et corporels, d’obtenir de « super-puissances » pour son seul profit, en sommant Dieu de les lui accorder ; l’objectif n’est pas de tenter une ressemblance forcée motivée par l’orgueil et l’ambition, mais plutôt, suivant la volonté divine et les pouvoirs reconquis grâce à une ascèse exigeante, d’appeler à lui les bonnes faveurs angéliques et les dons de l'Esprit-Saint afin d’obtenir une certaine illumination mais aussi afin d’opérer sa réconciliation ainsi que celle de toute la création. L’orgueil et l’ambition personnelle sont bien étrangers à cette perspective. Ceci, et il est juste de le rappeler, doit se faire avec la plus grande prudence et ne peut être tenté qu’après s’être préparé par une purification du coeur et de l’âme, ainsi que de celle du corps, préalables nécessaires à de tels travaux. On est donc assez éloigné de l’attitude du mage qui tenterait, sans avoir fait l’effort nécessaire d’expiation et de renoncement, d’obtenir quelques bénéfices personnel lui permettant d’affirmer sa domination sur les choses et les êtres. Notons au passage que la Rose-Croix s'inspira largement, bien avant Martinès, de toutes ces sciences et même bien au-delà en allant aussi chercher son inspiration dans d'autres contrées que l'Europe très chrétienne. Martinès s'inspira aussi de ce mouvement ce qui renforce la compatibilité de sa voie avec la Grande Église.

Nous devons aussi noter que dans ses travaux, l’émule n’opère pas juste dans son cœur, à la différence du saint-martiniste travaillant intérieurement par la prière. Il opère sur et pour tous les hommes, pour l’univers et donc pour la réconciliation universelle. Raison pour laquelle il opère extérieurement, au centre de ce macrocosme et de ses différentes régions figurées par le tracé d’opération, univers dont il est le microcosme.

Quand nous regardons de près les arguments parfois avancés par les détracteurs de la voie Coen, nous ne pouvons aussi qu’être surpris de constater une imparfaite compréhension de cette voie que certains qualifient de totalement vétérotestamentaire et ignorante des bienfaits de la Nouvelle Alliance. Surprenante affirmation quand Martinès lui même a écrit que les dernières opérations de réconciliation avaient étaient réalisées par le Christ sur la croix.

Les travaux d’invocation ne relèvent quant à eux nullement des invocations du Grand Prêtre dans le Temple, même si par la forme certaines similitudes se dégagent. Ces travaux ne sont par réservés à un seul Elu agissant sous le couvert du voile du Temple. Ils sont destinés à tous les émules ayant suivi la voie avec sincérité et ayant démontré, par leur assiduité et le résultat que les travaux opèrent graduellement sur eux-mêmes, leur capacité à réaliser une telle œuvre. Les ordinations viennent couronner ces efforts et aider chaque candidat à restaurer en lui les pouvoirs, puissances et vertus qu’il travaille à recouvrer. C’est l’influx nécessaire pour remettre en ordre l’homme déchu et déstructuré afin de l’aider à recouvrer la ressemblance avec son Créateur. Et tout au contraire d’une telle affirmation du caractère vétérotestamentaire de la voie Coen, force est de constater que les œuvres des Elus de l’Ordre ne sont rendues possible que parce que le Christ a opéré une oeuvre de rédemption et de régénération. Et cette oeuvre du Christ restaure en l’homme de désir l’image autrefois déformée par la chute lui permettant ainsi d’opérer de nouveau avec force et puissance sur les régions spirituelles afin de prétendre à la ressemblance du Créateur et à la parfaite réconciliation.

En cela, j’ose le dire, les Coens se différencient de la pensée de Louis-Claude de Saint-Martin qui ne voit souvent que l’état déchu de l’homme et difficilement l’œuvre de restauration déjà effectuée par Notre Seigneur Jésus-Christ par son sacrifice, sa résurrection et le don de l’Esprit que chaque chrétien reçoit dans la sacrement du Baptême. Non, le Christ n’est pas mort pour rien. Par le sang versé, il a circoncis toute l’humanité et opéré le dernier holocauste sanglant. Par sa descente aux limbes il est allé relever les Saints et les Patriarches et leur a ouvert la porte des Cieux. Le sacrificateur sacrifié a ainsi purgé l’homme de ses souillures. A lui de conserver l’éclat de cette nouvelle blancheur et de faire vivre le feu de l’Esprit qui est ranimé en lui.

Je voudrais enfin terminer ce trop long exposé par une simple question que l’on ne manquera pas de nous poser. Toutes les voies sont-elles donc utiles?

En ces domaines, nulle conclusion ne peut être définitive ni applicable à l’ensemble des hommes de désir. Utiles et nécessaires ? Certainement pas pour tout le monde et je dirais à chacun de trouver la sienne sans condamner les autres. Les voies qui mènent à la réconciliation et à l'illumination sont nombreuses et sont le fruit de la divine Providence ; rejeter telle ou telle voie serait se priver des secours que cette même Providence met à notre service ; et opposer les voies entre-elles reviendrait à déclarer que la Providence rentre en contradiction avec elle-même et donc se fourvoie. Ceci est folie car il est folie et blasphème de penser que Dieu est inconstant, changeant et que ses décrets ne sont vrais que temporairement.

Gardons-nous donc d'opposer les hommes aux hommes, les voies aux voies, les saint-martinistes aux martinésistes. Ceci est discours de polémistes, d'hommes de controverses et d'esprits se refermant sur leurs préjugés au lieu de s'ouvrir aux mystères divins. Et rendons plutôt grâce à Dieu pour la multitude des secours qu'il nous accorde à la mesure de nos propres forces, sensibilités et inclinations.

Paix Joie et Bénédictions à toutes et tous.

 

Source : http://reconciliationuniverselle.over-blog.com/

Par X - Publié dans : histoire de la FM
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Jeudi 25 octobre 2012 4 25 /10 /Oct /2012 07:36

Cependant, conscient des difficultés que rencontrent alors les temples et de la nécessaire protection dont ceux-ci doivent pouvoir jouir afin de poursuivre leurs travaux en toute discrétion, à l’abri de toute influence et de toute tentative de dévoiement, Las Casas complète sa réponse par la proposition suivante :

« Vous pouvez donc, si vous le jugez utile à votre tranquillité, vous ranger dans la correspondance des Philalèthes, pourvu que ces arrangements n'entraînent rien de composite. Et puisque les déplacements du T. P. M de T... ne lui permettent pas de prendre en charge vos archives, faites en le dépôt chez M. de Savalette. Vous le ferez sous les sceaux ordinaires. La correspondance et les plans mensuels, ainsi que les catéchismes et cérémonies des divers grades, doivent être scellés de leur orient particulier. Les plans annuels, les tableaux et leurs invocations, ainsi que les différentes explications générales et secrètes, doivent porter ma griffe ou, à son défaut, celle du P. M. Substitut Universel que je préviens par le même courrier ».

Cette réponse de Las Casas, qui laisse aux temples le choix de leur destinée, est couramment et un peu étrangement interprétée par les historiens maçonniques comme un acte de dissolution, ou dans le meilleur des cas, une directive de fermeture des temples des différents Orients. Cependant si nous analysons la teneur de ce courrier, force est de constater que Las Casas ne demande aucunement aux temples de cesser leurs travaux ; il recommande uniquement aux temples qui le souhaitent de s'en remettre à l'administration et aux bons auspices des Philalèthes représentés par Savalette de Langes, Élu Coen du temple de Paris, qui est le véritable inspirateur et fondateur de ce groupe d’hommes, de différentes provenances maçonniques, se désignant comme « amis de la vérité » et conservateurs des différents systèmes, secrets, mythes maçonniques, hermétistes et ésotéristes, et dont les travaux se concentrent autour des la loge des Amis Réunis établie au Grand Orient.

Cependant, avec une grande prudence, Las Casas précise que cette mise sous tutelle ne sera possible et ne pourra être pérenne que dans la mesure où les Philalèthes respecteront les travaux des Coens et qu’aucun élément étranger à la doctrine ou aux modes opératoires de l'Ordre ne sera introduit. Ainsi Las Casas pense-t-il assurer l'intégrité et la survivance de l'Ordre, ou du mois de ses enseignements et travaux, auprès de frères qui en connaissent, du fait de leur appartenance, et les mystères et les principes.

Connaissant les divergences d'objectifs et de vision qui pouvaient opposer Willermoz à Savalette, et donc les Directoires rectifiés aux Philalèthes, et qui se cristallisèrent autour du Convent de Wilhelmsbad – et plus tard dans le refus des Directoires de participer aux Convents des Philalèthes à Paris en 1785 et 1790 - on ne s'étonnera pas d'une telle recommandation de la part de Las Casas qui met ainsi les temples à l’abri de l’emprise du système des Directoires rectifiés. Et même si nous reconnaissons pleinement le rôle stratégique, primordial et décisif des Directoires dans la conservation et la transmission prudente de la doctrine de Martinès, nous reconnaissons aussi l’utilité de la mesure conservatoire de Las Casas. En effet, alors même que le grand Souverain ne pensait pas pouvoir à lui seul régler les différents et maintenir l’ordre au sein des Orients, cette mesure permit aux temples Coens de continuer à se développer et à leurs travaux de se dérouler en toute tranquillité à une époque où le magnétisme et le somnambulisme s’emparaient de certains temples, et où l’esprit lyonnais se concentrait sur la constitution d’un nouveau Régime maçonnique et chevaleresque.

Ainsi en 1784 Sébastien de Las Casas remet-il les destinées de l'Ordre entre les mains des Philalethes en confiant toutes les archives de l’Ordre à Savalette de Langes.

Cependant, ce transfert, non pas d’autorité spirituelle et souveraine, mais de « protectorat », ne s’accompagne ni de la fermeture ni de la dissolution des temples. Au contraire, ceux-ci continuent à travailler en silence et en toute discrétion. Nous voulons pour témoignages de cette activité :

- les instructions du temple de Bordeaux envoyées au temple de Toulouse pour une célébration en date du 24 mars 1787 ;

- la réception du Chevalier de Guibert le 24 mars 1788 auquel le frère Vialette d’Aignan – reçu en 1785 – s’adresse en ces mots :

« Vous venez d'être initié, mon Très Cher Frère, dans un ordre qui, ayant pour but de ramener l'homme à sa glorieuse origine, l'y conduit comme par la main, en lui apprenant à se connaître, à considérer les rapports qui existent entre lui et la nature entière dont il devait être le centre s'il ne fût pas déchu de cette origine, et enfin à reconnaître l'Être suprême dont il est émané. »

De même, les travaux théurgiques continuent comme en témoigne une correspondance de 1792 de Louis-Claude de Saint-Martin à Kirchberger relatant les travaux et expériences d’Hauterive au sujet desquelles le baron le questionnait :

« Je vous dirai seulement que j’ai connu M. d’Hauterive, et que nous avons fait un cours ensemble. » (Lettre du 11 août 1792)

puis :

« Votre 7ème question sur M. d’Hauterive, me force à vous dire qu’il y a quelque chose d’exagéré dans les récits qu’on vous a faits. Il ne se dépouille pas de son enveloppe corporelle : tous ceux qui, comme lui, ont joui plus ou moins des faveurs qu’on vous a rapportées de lui, n’en sont pas sortis non plus. (…) Il n’en est pas moins vrai que si les faits de M. de Hauterive sont de l’ordre secondaire, ils ne sont que figuratifs relativement au grand œuvre intérieur dont nous parlons ; et s’ils sont de la classe supérieure, ils sont le grand œuvre lui-même. Or, c’est une question que je ne résoudrai pas, d’autant qu’elle ne vous avancerait à rien. »(Lettre du 6 septembre 1792)

enfin :

« Quant à l’article touchant M. d’Hauterive, il est encore très conforme à mes propres idées. Cette séparation de l’âme et du corps n’est sans doute pas réelle, je me la représente comme un songe dans lequel on peut très bien voir son propre corps sans mouvement. Vous me dites : si les faits de M. d’Hauterive sont de la classe supérieure, c’est le grand œuvre lui-même. Voilà sans doute une très grande vérité, c’est la thé… [théurgie] des anciens, et un semblable fait bien avéré équivaut à un principe. » (Lettre du 16 octobre 1792)

Cette correspondance est d’autant plus intéressante qu’elle nous renseigne en 1792 sur la reconnaissance que peut avoir Saint-Martin de la nature supérieure dont peut participer la théurgie.

Le temple de Lyon lui-même poursuit quelques activités après 1780. Une correspondance entre Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz, en date du 3 février 1784, en atteste, montrant l’intérêt toujours vif de ce dernier pour les travaux théurgiques :

« Par la dernière, je vous ai promis Très-Cher Maître, une autre épitre, et la voici. L’intention est une bonne chose, mais elle ne suffit pas ! Voyez Oza… Mais sans aller jusque là, je sais ce qui m’est arrivé pour avoir employé un « Nom » qu’on m’avait donné pour merveilleux !… Je ne l’écrirai pas, mais j’en ai eu assez pour n’y pas revenir. Je croirais donc que nous devrions nous borner à ceux qui sont parfaitement connus : Anges, Archanges, etc… »

Même si ces activités lyonnaises sont vraisemblablement très ralenties ou interrompues - comme nous l’avons vu précédemment - par les activités mesméristes et le développement du Directoire d’Auvergne entre 1785 et 1790, elles ne sont pas inexistantes ou reprennent par la suite. En témoigne le récit de Joseph-Antoine Pont au neveu de Willermoz, de sa réception dans l’Ordre :

« Je suivis son conseil [de Madame Provensal] et vers 1795, je fus initié. Comme vous, sans doute, très Cher Frère, je croyais qu'au grade suivant je trouverais la perle promise ; comme tant d'autres, je me trouvai au terme sans avoir découvert ce bijou...» 

Enfin, des activités parisiennes sont organisées par le très actif et influant Bacon de la Chevalerie qui reçut le Chevalier d’Harmensen. Ce dernier relate son entrée dans l’Ordre dans un courrier du 12 juillet 1806 au très puissant marquis de Chefdebien d’Armissan, Haut Dignitaire du Grand Orient, promoteur du très prisé Rit Primitif de Narbonne appelé aussi Rite des Philadelphes, auquel le chevalier d’Harmensen sollicite son admission :

« En avouant que le Rit Primitif m'était tout à fait inconnu, je demandais à le connaître, et mon ardeur était mon seul titre, puisque je n'appartiens à aucun Rit qui conduise à celui-là, et je crois ce que j'ai toujours dit. Le Frère Bacon de la Chevalerie, envers qui j'ai usé de même sorte, relativement au Rit Cohen, qu'il professe, m'a traité avec plus d'indulgence. Mais vous l'eussiez fait comme lui, si nous nous étions trouvés plus rapprochés, et si la distance et les malentendus des lettres ne m'avaient fait perdre dans votre esprit, alors que je croyais faire ce qui m'était possible, pour, au contraire, y gagner. »

Le marquis lui répond alors en date du 23 juillet de la même année :

« Je vous félicite d'avoir inspiré un juste intérêt au Très Révérend Frère Bacon de la Chevalerie. Je le reconnais pour Maître dans la carrière du Rit C. (Cohen), peu connu, et qui doit rester tel ; avec les connaissances variées et multipliées, que vous possédez et ce que vous pourrez acquérir, auprès de cet Illustre Substitut Universel, …»

La correspondance du marquis de Chefdebien nous intéresse à deux titres. Premièrement parce qu’elle révèle une existence encore reconnue des Elus Coens en 1806 et deuxièmement, pour la qualification qui est attribuée à Bacon de la Chevalerie de Substitut Universel du Rit Cohen, qui lui n’est pas qualifié d’Ordre.

En effet, du fait de son placement sous la « tutelle » des Philalèthes et de Savalette de Langes, l’Ordre s’est vu comme rattaché au Grand Orient. Ainsi est-il vu comme un Rit et non comme un Ordre par les quelques Hauts Dignitaires ayant connaissance de son existence. De même Bacon de la Chevalerie est-il reconnu sous cette dignité dans le tableau général des frères affiliés ou initiés au Rit Primitif et que nous reproduisons :

N° 49 : Bacon de la Chevalerie, ancien officier-général, né et domicilié à Paris. Décoré de tous les grades de divers Rits, notamment, Grand-Inspecteur du 32° degré du Rit Ecossais, dit ancien et accepté ; Rose-Croix X , Substitut Universel du Grand-Maître des E. C, depuis 3766 ; Grand-Officier d'Honneur honoraire au Grand-Orient de France ; Assoc. III. 10-11 mai 1806. 2e, 3e, 4e. Député des Hauts Ateliers de la Souveraine Grande Loge des P. auprès des Hauts Ateliers du Grand-Orient de France, et représentant du Rit Primitif, ayant séance au Grand Directoire des Rites.

Ce titre de Substitut, réellement conféré par Martinès en 1766, lui fut contesté après 1772 par les derniers membres du Tribunal Souverain de l’Ordre. En effet, dans une lettre à Willermoz en date du 12 octobre 1773, Martinès qualifie expressément le T.P.M. Desère du titre de Substitut de l’Ordre :

« Dans la chose les éloges que le T.P.M. Desère substitut universel D.L. m’a fait de votre exactitude à remplir scrupuleusement tous vos devoirs dans la chose et envers ceux qui vous suivent me met dans le cas de ne vous laisser rien plus désirer pour vous mettre en même d'aller tout seul au but que vous désirez de la Chose que vous avez embrassé (…). En conséquence, je me dispose à faire passer au T.P.M. Du Roy d’Hauterive, nouvellement ordonné par correspondance R+, quelques instructions pour qu’il vous les fasse passer avec le consentement du T.P.M. Desère substitut. »

On pourrait donc en déduire logiquement, comme le firent nombre de Coens, que Bacon fut destitué de sa charge par Martinès en 1772, peu avant son départ pour Saint Domingue. Cette possibilité, qui devint certainement une rumeur dans l’Ordre, fut vivement contestée par Bacon de la Chevalerie qui s’en expliqua à Willermoz dans un courrier du 24 septembre 1775 déclarant :

« Je n'ai fait aucun usage de l'autorité qui m'a été confiée, que je conserve parce que nulle créature humaine peut me la ravir ; que des hommes aveugles et livrés à un instant d'inconséquences ont crû trop légèrement que j'avais perdue. »

Dans son affirmation relative à l’impossibilité humaine de lui ravir son autorité, Bacon de la Chevalerie doit certainement s’appuyer sur les Règlement et Statuts Généraux de l’Ordre qui stipulent que « Il [le Souverain] est en droit d’annuler les nominations faites, s’il est prouvé que les sujets nommés ne soient pas dignes ou se soient rendus indignes de leurs élections ». Compte tenu de l’incertitude relative à cette destitution, il semble évident qu’aucune enquête officielle n’ait été menée relativement à Bacon et donc que, réelle ou non, cette destitution, prononcée par Martinès de son seul chef et sans instruction préalable, puisse donc de ce fait être considérée comme sans effet.

Quoi qu’il en soit, 10 ans plus tard, Bacon de la Chevalerie est toujours reconnu comme Substitut par le marquis de Chefdebien au Prince Chrétien de Hesse-Darmstadt, qui reproduit dans son carnet de notes autographes une note qu'il avait écrite le 12 janvier 1782 à l’occasion de son entretien avec le marquis :

« Ayant décidé un voyage, il [Martines] élut pour son successeur un nommé Bacon de La Chevalerie et au-dessous de lui cinq autres [Saint-Martin, Willermoz, De Serre, Du Roy d’Hauterive, et Lusignan] (…)

Ces cinq personnages n'ont pas voulu reconnaître Bacon de La Chevalerie comme chef, parce qu'il est encore très inconstant dans la vraie discipline de la vie. »

Encore une fois, le marquis de Chefdebien d’Armissan se trouve à l’origine de cette qualification. Quel crédit doit-on réellement y porter au-delà de celui de désirer entretenir de bonnes relations avec son frère et ami au sein du Grand Orient, promoteur et représentant du Rit Primitif, Bacon de la Chevalerie ? Ou alors, peut on admettre, comme autre possibilité, que Martinès ait souhaité doter l’Ordre de deux Substituts se partageant chacun un Grand Orient ? Cette hypothèse se révèle possible dans la mesure où, dans un courrier du 20 janvier 1806, de Bacon de la Chevalerie écrit à Chefdebien :

« Il [le G :.O :.] a nommé un Consistoire pour prendre connaissance des diverses demandes de ce genre [accueil en son sein de Rits se faisant connaître sous l’étendard d’une constitution morale] ; les membres en sont classés par districts ; chaque district est composé de cinq frères. J’ai été destiné à faire nombre dans celui des grades les plus éminents et les moins connus. Je ne suis cependant point Philalèthe, mais je suis, comme vous le savez, Susbtitut Universel pour la partie Septentrionale du Rev :. Ordre des Élus Coëns :. (Rit extrêmement peu connu). » 

En se présentant comme Substitut de l’Ordre pour la partie septentrionale, Bacon offre pourrait confirmer la possibilité d’existence d’un autre Substitut pour la partie méridionale, possibilité offerte par les Règlemente et Statuts de l’Ordre qui stipulent que « Le substitut du souverain est celui que le souverain choisit pour être son coadjuteur. S’il l’est pour tout l’Ordre il a droit sur tout l’Ordre ; s’il n’est que pour une nation, il n’a droit que sur cette nation (…)»  Nous n’en saurons pas plus sur ce point, ni sur Desère (ou de Serre) à propos duquel les archives de l’Ordre semblent très discrètes. Mais c’est bien au titre de Substitut du Rit Cohen que Bacon de la Chevalerie est reconnu par le Grand Orient comme représentant des « grades les plus éminents et les moins connus ».

Notons cependant une chose : Bacon parle bien ici du Révérend Ordre des Elus Coëns et précisera dans une nouvelle lettre à Chefdebien en date du 26 janvier 1807 :

« Quant au Supplément, vous ne pouvez pas douter, T:.C:.F:., que je ne reçoive avec une vive reconnaissance, et que je n'accepte, avec respect, la Députation des Hauts Ateliers de la Souveraine G:.L:. des Ph:. auprès des Hauts Ateliers du G:.O:.de F:. près duquel la R:.L:.des Ph:. m'a déjà accordé la faveur de me nommer représentant du Rit Primitif, qui m'a donné le droit de séance au G:. Directoire des Rites, ou la non activité du Directoire Ecossais et le silence absolu des Elus C:. toujours agissants sous la plus grande réserve, En Exécution Des Ordres Suprêmes du Souverain Maître :. Le G:.Z:.W:.J :. »

Ainsi, en 1807 Bacon de la Chevalerie suggère-t-il que l’Ordre est encore gouverné par un Souverain Maître dont nous ignorons tout sinon que son nom est formulé sous la forme d’un quadrilettre.

Alors, suivant cette affirmation, et contrairement à ce qui est communément admis, Sébastien de Las Casas ne serait pas le dernier Grand Souverain de l’Ordre ? N’ayant pu identifier à qui faisait réellement allusion le T.P.M. de la Chevalerie, il est difficile de l’affirmer. Certains auteurs pensèrent que les quatre lettres mentionnées par Bacon pouvaient représenter quatre Souverains Juges R+ dont de Grainville, Willermoz et deux autres non identifiés. Compte tenu des relations de l’Ordre avec le frère Coen lyonnais, ceci semble peu vraisemblable. Encore moins vraisemblable du fait du décès de Grainville en 1794.

Il semble donc ne pas y avoir de solution à cette énigme. Cependant, nous référant aux écritures saintes et à la pensée mystique du 18ème siècle et mettant à profit les différents enseignements légués par le Grand Souverain Martinès de Pasqually, nous nous risquerons à une proposition personnelle.

En effet, la titulature commençant par « Le G.Z » permet de supposer que ces lettre ne figurent pas un nom propre mais un complément de titulature ou une qualité. Nous trouvons ainsi en Zacharie 4 :

« Qui es-tu, grande montagne, devant Zorobabel ? Tu seras aplanie. Il posera la pierre principale au milieu des acclamations : Grâce, grâce pour elle! » La parole de l'Eternel me fut adressée, en ces mots : « Les mains de Zorobabel ont fondé cette maison, et ses mains l'achèveront ; et tu sauras que l'Eternel des armées m'a envoyé vers vous. Car ceux qui méprisaient le jour des faibles commencements se réjouiront en voyant le fil à plomb dans la main de Zorobabel. »

Ces versets, bien que faisant allusion à la reconstruction du temple par Zorobabel, n’en font pas moins allusion à la création de l’univers par son grand Architecte dont Zorobabel n’est qu’une figure. La lettre G précédant le Z signifierait alors Grand. Nous trouvons cette appellation de Grand Zorobabel dans le cantique 547 du pasteur gallican et fondateur de la société méthodiste, John Wesley (1703-1791) :

« Viens relève une âme abattue,

Dans ses embarras, ses conflits ;

Mais qui s’est toujours attendue

De voir tes desseins accomplis ;

De voir ôter ses péchés tous,

Par le sang versé sur nous.

D’en voir la montagne aplanie,

Devant toi, grand Zorobabel,

Et par ta puissance infinie,

Atteignit-elle jusqu’au ciel :

Aplanis-donc, ô mon Seigneur,

La grande montagne en mon ceour. »

Ainsi, Grand Zorobabel désignerait Notre Seigneur Jésus-Christ. Alors qu’en est-il du W et du J. Si nous cherchons dans le même sens nous retrouverons dans le W celui du centre des cercles d’opération Coens, W qui se rapporte à Chiram en tant que caractère, le même Chiram étant une préfiguration du Christ ainsi que nous l’enseignent les différentes instructions et catéchismes de l’Ordre. Reste la lettre J dont nous ferons l’économie, son rapport avec le divin Nom nous apparaissant que trop évident.

Ainsi expliqué, nous voyons un rapport direct entre le quadrilettre exprimant le nom du Souverain et le divin tétragarammaton.

Ceci reste néanmoins une interprétation que nous devons passer à l’épreuve de la numérologie martinésienne. Il convient pour cela de prendre pour chaque lettre sa correspondance numérique dans l’alphabet hébreux : G:3 – Z:7 – W:6 – J:10 soit au total 26, nombre guématrique du tétragrammaton, et dont l’addition arithmosophique donne 8 soit le nombre de la double puissance quaternaire du Christ.

Ainsi Bacon semblerait placer l'Ordre sous la protection souveraine et l'inspiration spirituelle-divine de Notre Seigneur Jésus-Christ ainsi que sous la conduite spirituelle-temporelle d'un Substitut Universel. Ce Substitut ayant pour charge, en l'absence de tout autre Souverain, et conformément aux Statuts et Règlements Généraux de l’Ordre comme coadjuteur du Souverain jouissant de tous les droits, d’assurer la subsistance temporelle discrète de l'Ordre ainsi que la transmission spirituelle des sciences, connaissances et mystères primitifs dont il reste le dépositaire en tant que réceptacle permanent des puissances et connaissances par la seule volonté de Notre Seigneur et l'opération divine de son Esprit.

Posons-nous alors la question suivante et répondons au fond de notre coeur : de quel plus Grand Souverain pourraient provenir des ordres suprêmes devant orienter les travaux des Elus Coens d’hier, d’aujourd’hui et de demain ?

Il est important aussi de réaliser que Bacon, en dépit de ses hautes fonctions maçonniques et de son attachement aux Directoires rectifiés, a toujours su préserver l'Ordre et montrer aux frères Coens, par son exemple, la possibilité d'une coexistence heureuse des différents systèmes dans la paix et l'harmonie, rompant de ce fait avec les considérations et défiances de Martinès relativement à l'aspect apocryphe de toute maçonnerie. Coexistence, et vis à vis du Rit Rectifié, proximité exempte de tout sectarisme et d'esprit d'exclusion, n'opposant jamais un système à l'autre, quand dans un courrier du 23 avril 1808 à Willermoz, dénué de tout esprit de querelle, il demandait :

« Dans ces circonstances j'ai recours à votre amitié pour m'aider de tous les documents qui sont à votre disposition, car j'ai laissé à St. Domingue, et par conséquent perdu, tous mes papiers, vêtements et instruments concernant les Directoires et même les Élus Coën.

J'attends de vous, T :.C :. et B :.A :.F :. réponse prompte et satisfaisante ; mandez moi surtout que vous vous porter bien et que vous êtes heureux.

Vous savez, mon cher Willermoz, à combien de titres je vous suis dévoué et pour la vie.

Rue Guisarde, no. la. f. St. Germain.

Bacon de la Chevalerie.

P. S. - Si Vous me confiez les codes et Rituels et autres instructions, je les copierai et vous les renverrai aussitôt après la copie. »

Bacon de la Chevalerie doit sur ce point rester un modèle de conduite, de tolérance et d’intelligence pour tous les Coens et Maçons d'aujourd'hui et de demain. Tout comme tout Maçon Rectifié devrait, à l’image de Willermoz qui dans un courrier du 24 septembre 1818 à Türckheim déclarait tenir « de coeur et d’âme » à Martinès et à son initiation, considérer d’une façon attentive et ouverte les travaux de leurs grands frères Coens.

Alors, arrivés au bout de cette étude, quels enseignements pouvons-nous tirer ?

Le premier, que l’Ordre, dirigé par son Substitut Bacon de la Chevalerie, continua quelques activités au moins jusqu’en 1808. Que même si nous n’en connaissons pas les noms et que rien ne soit consigné dans les archives portées à la connaissance des historiens, il est possible que des Réaux+Croix aient été ordonnés par Bacon tardivement du fait des droits totaux dont ce dernier jouissait. Enfin, et surtout, que l’Ordre, suivant l’intention que nous prêtons à son dernier Substitut, est maintenant placé sous la bienveillante protection de Notre Seigneur Jésus Christ. Et qu’à ce titre, et suivant que la divine Providence le jugera digne et juste, nous sommes autorisés à penser que l’Ordre peut se manifester à tout moment par la volonté, le désir pur et la pratique juste de Coens de désir, élus par Notre Seigneur, dont ils reçoivent les grâces et comme l’écrivit Willermoz, « que le Tout-puissant plein d'amour et de miséricorde peut, quand il voudra faire naître des pierres mêmes des enfants d'Abraham. »

Que ceux qui ont des oreilles pour entendre, entendent.

 

Source : http://reconciliationuniverselle.over-blog.com/12-index.html

Par x - Publié dans : histoire de la FM
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Jeudi 25 octobre 2012 4 25 /10 /Oct /2012 07:28

Après la disparition en 1774 de Martinès de Pasqually à Port-au-Prince, l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coens de l’Univers ne fut pas pour autant mis en sommeil dans la mesure où un successeur avait été désigné par le feu Grand Souverain en la personne de Armand-Robert Caignet de Lestère qui resta brièvement à la tête de l’Ordre jusqu’à sa mort en 1779. Le troisième (et dernier ?) Grand Souverain désigné fut alors Sébastien de Las Casas qui, contesté et peu à l’aise dans la gestion délicate d’affaires internes soulevées par les huit Orients de l’Ordre, décida de renoncer à ses dignités et mettre un terme à ses fonctions en 1781 dans des conditions sur lesquelles nous reviendrons.

Durant cette période difficile, Martinès étant passé à l’Orient éternel sans pour autant avoir achevé son œuvre et principalement la rédaction complète de l’ensemble des grades et rituels du système, l’Ordre ne resta pas inactif, bien au contraire.

Nous prendrons pour témoins de cette activité deux Orients particuliers dans l’histoire de l’Ordre qui furent ceux de Lyon et de Toulouse.

Du côté lyonnais, l’histoire des Elus Coens est entièrement attachée à l’œuvre magistrale de Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824). En effet, ordonné Reau+Croix en 1768 et membre du tribunal Souverain depuis 1772, celui-ci avait très justement diagnostiqué les faiblesses structurelles de l’Ordre Coen contraint entre les Statuts Généraux de 1767 difficilement applicables et des rituels toujours mal établis en 1774 après la disparition de son fondateur. Aussi, avait-il conçu le sage projet de préserver le dépôt doctrinal de l’Ordre dont il sentait la conservation en danger.

C’est ainsi, qu’à l’ombre de la rectification maçonnique qu’il avait entreprise depuis 1772/1773 sous les auspices de la Stricte Observance, ou Réforme de Dresde, il créa avec un génie indéniable en 1778 à l’occasion du Convent des Gaules qui vit la concrétisation de la Réforme de Lyon, appelée Régime Ecossais Rectifié, une classe secrète dans ledit Régime. Cette troisième classe, appelée la Profession, avait pour but de servir de conservatoire à la doctrine de Martinès de Pasqually afin de l’enseigner sous forme d’instructions et sous le nom de Science de l’Homme - ou Initiation - aux frères les plus zélés et les plus désireux qui accèderaient ainsi à ce sanctuaire du Régime. Cette classe secrète, bien que dépositaire de l’essentiel de la doctrine des Elus Coens, ne proposait cependant aucun travail théurgique. Les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte qui y étaient admis en tant que Profès puis Grand Profès n’étaient assujettis à aucune autre obligation que l’étude de la doctrine et sa progressive propagation au saint des différentes classes du Régime, la pratique constante de toute forme de bienfaisance comme voie de réalisation et régénération spirituelle ainsi qu’à la défense de la sainte religion chrétienne.

Alors Willermoz ayant introduit au sein du Régime Ecossais Rectifié les principaux enseignements de son Maître Martinès de Pasqually - tout en se gardant prudemment d’y intégrer la pratique des travaux opératoires - avait-il pour autant pour dessein d’arrêter les travaux Coens ? Avait-il aussi pour objectif corollaire de substituer à l’Ordre Coen - quelque peu affaibli depuis la disparition de son premier Grand Souverain et fondateur Martinès de Pasqually, - la classe terminale du nouveau régime maçonnique ainsi constitué, classe dont la relation avec le Haut et Saint Ordre était exposée dans les instructions secrètes données aux Chevaliers qui l’intégraient ?

Rien de moins évident quand on se penche sur l’activité des temples lyonnais entre 1778 et 1785. En effet, pendant ces quelques années, l’activité du temple Coen de Lyon fut importante. En témoignent quelques correspondances échangées durant cette période, ou même postérieurement à celle-ci, relatant l’activité du Temple de Lyon et celle plus particulière de Willermoz.

Dans une lettre qu’il adresse au Prince Charles de Hesse-Cassel, Grand Profès, datée du 12 octobre 1781, Jean-Baptiste Willermoz présente l’Ordre Coen en ces termes à celui qu’il allait bientôt recevoir dans l’Ordre juste après le Convent de Wilhelmsbad de 1782 qui assierrait définitivement le Régime Rectifié :

« II est essentiel que je prévienne ici V.A.S. que les degrés du dit Ordre renferment trois parties. Les trois premiers degrés instruisent sur la nature divine, spirituelle, humaine et corporelle ; et c'est spécialement cette instruction qui fait la base de celles des Gr. Profès que V.A.S. pourra le reconnaître par leur lecture ; les degrés suivants enseignent la théorie cérémoniale préparatoire à la pratique qui est exclusivement réservée au 7e et dernier. Ceux qui sont parvenus à ce degré, dont le nombre est très petit, sont assujettis à des travaux ou opérations particulières qui se font essentiellement en mars et septembre. Je les ai pratiqués constamment et je m'en suis très bien trouvé……… Quoique les premiers des dits grades soient enveloppés de quelques formes maçonniques qui sont abandonnées dans les grades plus élevés, je reconnus bientôt que cet Ordre avait un but plus élevé que celui que l'on attribuait à la maçonnerie [...] »

Bien des années plus tard, le même Prince, dans des courriers datés des 23 novembre 1826, 10 décembre 1826 et 29 octobre 1829 évoquera à son tour sa réception au prince Chrétien de Hesse-Darmstatd lui-même Grand Profès et Coen[2] en témoignant de son intérêt encore important pour les enseignements de l’Ordre :

« Pourriez-vous me faire part des extraits de Pascal [lire Pasqually]. Feu ab Eremo [Willermoz] me fit lecture de plusieurs morceaux de celui en 1782, après le Convent de Wilhelmsbad, après m'avoir reçu dans les trois premiers grades de Coens ou Cohens. Je ne vous nommerai que les 7 degrés de l'autel qu'Abel érigea. »

puis :

« Je serai bien aise de lire les trois degrés de Coen. Voilà 44 1/2 ans que j'y fus

reçu ; je ne m'en rappelle plus que du 3ème où je fus assis dans un cercle, et

l'Abrenuncio. Des extraits de Pascal. qu'ab Eremo me lut je me souviens entre

autres que l'autel qu'Abel érigea avait sept dégrés. Pour le mot Coen, qui me fut

donné comme un mystère, je crois savoir que c'était un degré de haut Prêtre

Égyptien. N'ayant plus revu ab Eremo je suis resté à ce 3ème degré. Combien en avez-vous, Chérissime Frère ? »

enfin :

« Ab Eremo me lut Pascal à Wilhelmsbad lorsqu'il m'eut donné, ou plutôt reçu

dans l'Ordre des C...s, quelques fragments d'un manuscrit auquel il parait fort

attacher un prix infini. Il s'y trouvait un autel de 7 marches qu'érigea Abel. Aussi les 7 fils de Noé. Je me flattais que c'est le même manuscrit, mais sinon et qu'il y a seulement de la morale, des phrases, du verbiage et point d'historique, de faits, d'instructions, alors cela ne saurait m'intéresser et ne me l'envoyez pas si je n'y puis rien découvrir apprendre d'utile aux connaissances. »

De même, un courrier de l’Abbé Fournié à Willermoz, en date du 5 mars 1781, donnant quelques nouvelles de l’éducation du jeune Pasqually, fils de Martinès, que les Coens espéraient voir arriver un jour à la tête de l’Ordre, indique une activité théurgique toujours régulière des temples de Lyon et Bordeaux ainsi que de Willermoz :

« et par la s'il plait a Dieu, il deviendra sage successeur de notre Gd. M. […] Je me recommande a vos prières et à vos travaux d'équinoxe et vous prie de croire que dieu merci je n’oublie point ceux de votre O. dans les miennes, vous remerciant très humblement et à tous mes ff. des cent cinquante livres que vous m’avez procuré. »

Ainsi l’ensemble de ces correspondances nous montrent que, postérieurement à 1778 et donc à la création de la classe de la Profession, les travaux Coens de Willermoz et des différents frères ayant construit et adopté la Réforme de Lyon, se poursuivent au sein de l’Ordre. Plus encore, les réceptions aux différents grades de frères Grand Profès, qui se feront jusqu’en 1785, semblent indiquer que c’est au sein même de cette classe de la Profession que Jean-Baptiste Willermoz et les frères Elus Coens ayant intégré le Régime Rectifié allaient recruter les candidats à l’ordination dans l’Ordre des Coens.

Y a-t-il alors eu intention dans ce sens de la part de Jean-Baptiste Willermoz dès l’établissement de cette classe ? Tout porterait à le penser, rien ne permet de le démontrer.

En revanche, ce que ces correspondances démontrent et ce que nous pouvons donc affirmer, sans crainte de faire injure à l’histoire, c’est que jamais Willermoz ne pensa à cette époque se détacher des Coens et de faire de la Profession une sorte de substitut à l’Ordre.

Tout au contraire, nous pouvons témoigner d’une activité tout particulièrement importante dans le Temple Coen de Toulouse notamment sous la bienveillante et très dynamique impulsion de Jean-Jacques du Roy d’Hauterive, Substitut de l’Ordre, et membre du Tribunal Souverain avec Willermoz.

Ce temple toulousain, sous la conduite du conseiller Mathias Du Bourg, Grand Profès (successeur de Mazade de Percin depuis 1780), reçut en effet nombre de frères Rectifiés dont le Grand Profès Antoine Castillon (Antonius ab Erce), dépositaire du Collège Métropolitain de Montpellier signalé en 1780 par d’Hauterive. Ce dernier frère n’arrêta ses travaux au sein du temple toulousain qu’en 1785 pour des motifs certainement liés aux évolutions du Temple de Lyon et des Grands Profès lyonnais à partir de cette date. Nous reviendrons sur ces évènements par la suite.

Ainsi est-il maintenant clairement établi que, bien après le Convent de Wilhelmsbad, les Chevaliers Profès continuèrent leurs activités dans l’Ordre Coen et même purent au sein de leurs Collèges respectifs procéder à la préparation de ceux des Grands Profès qu’ils recevraient ultérieurement dans l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coens de l’Univers.

A partir de 1780, la société française connut un grand intérêt pour les expériences de somnambulisme et magnétisme animal, notamment au travers des travaux du Docteur Mesmer. Cet engouement n’épargne pas les sociétés spiritualistes et illuministes.

Ainsi, dès 1784 Jean-Baptiste Willermoz assiste à quelques séances de magnétisme à Lyon au sein de la société La Concorde. La vogue du mesmérisme traverse alors la France de cette époque et le temple Coen de Toulouse n’est pas non plus épargné par les expériences de magnétisme animal. Les frères Coens toulousains accueillent même en 1785 le comte Maxime de Puysegur, haute figure du magnétisme, auquel ils pensent alors proposer son admission dans l’Ordre.

Cette même année 1785 est aussi un tournant majeur dans l’activité du Temple de Lyon. En effet, Willermoz et les Elus Coens lyonnais se passionnent rapidement pour ces expériences de fluide magnétique et les vertus thérapeutiques y afférent. Ainsi, pensent-ils que si les messagers divins consentaient à venir en aide aux hommes de bonne volonté qui cherchaient à guérir leurs semblables, ils ne refuseraient certainement pas de répondre aux hommes de désir qui les interrogeraient sur ce qui intéressait la foi et le salut des âmes. Certains Coens voient donc dans ces nouvelles expériences un excellent moyen de communiquer avec l’invisible d’une façon beaucoup plus simple que celle enseignée par leur ancien Maître et ainsi d’accéder plus efficacement à la réconciliation. Plus simple mais peut-être pas moins délicate et pas moins exempte d’écueils, en témoigne cette correspondance de Louis-Claude de Saint-Martin au Conseiller Mathias Du Bourg du temple de Toulouse en date du 21 avril 1784 :

« Le magnétisme animal sur lequel vous me questionnez, T. Ch. M. tient aux lois de la pure physique matérielle. Il n’y a rien de plus, absolument. Libre à ceux qui le voudront et qui le pourront d’y ajouter ce qu’ils auront de surplus. Ceux qui n’en sont pads là pourront se trouver quelquefois embarrassés. Car ce magnétisme, tout pur physique qu’il est, agit plus directement sur le principe animal que tous les autres remèdes ; et par conséquent il peut sans s’en douter ouvrir la porte plus grande ; or quand la porte est toute grande ouverte la canaille peut entrer comme les honnêtes gens, si l’on n’a pas soin de poster des sentinelles fermes et intelligents qui ne laissent l’accès qu’aux gens de bonne compagnie. Cet inconvénient est grand ; mais il serait inintelligible à toute l’école mesmérique , à commencer par le maître ; aussi je garde cette idée pour moi, et pour ceux qui sont capables de l’entendre. »

Du côté lyonnais, Willermoz développe des expériences de somnambulisme puis de magnétisme spirituel auxquelles il se consacre jusqu’en 1789. Ces expériences et les travaux y afférent se font au travers de sommeils organisés avec la « medium » Mlle Rochette. Puis sont présentés dans l’aéropage lyonnais des feuillets écrits par un Agent Inconnu en état de transe, Agent qui se révèlera bien plus tard être Mme de Vallière, somnambule psychographe, chanoinesse de Miremont, soeur du Duc de Monspey, Elu Coen proche de Willermoz.

Sans pour autant rentrer en profondeur dans l’histoire des temples Coens et du magnétisme à cette époque[2], nous devons signaler la fondation par Willermoz, à la demande de l’Agent Inconnu, de la Société des Initiés et en particulier de la Loge Elue et Chérie de la Bienfaisance dont les activités consacrées au somnambulisme et au magnétisme, et surtout à l’étude des cahiers de l’Agent, prirent vite le pas sur les travaux du Temple Coen lyonnais, voire passagèrement sur le développement du Régime Rectifié.

Ainsi, les différentes communications et révélations faites par cet Agent au travers des cahiers remis aux émules, communications supposées d’origine spirituelle dont le rédacteur se faisait l’agent, ont un impact important sur la perception de notre bien aimé Coen lyonnais et de ses frères relativement aux travaux de théurgie.

Les communications de l’Agent, fruits d’une imagination débordante et d’un psychisme troublé, sont toutes empreintes de catholicisme fervent, d’élans affectifs et sentimentaux, de réflexions d’ordre maçonniques ou relatives à l’enseignement de Martinès de Pasqually, mêlés de quelques considérations gnostiques et d’éléments rédigés dans une langue inconnue s’avérant difficilement déchiffrables. Ces écrits ne remettent évidemment pas en cause ni la pertinence ni la valeur de la doctrine de Martinès, du moins jamais en profondeur. Cependant ils la font tendre vers un catholicisme classique pour l’époque et visent à simplifier les formes Coens. Fini les prescriptions diverses et même si certaines d’ordre alimentaire sont retenues, la théurgie opératoire se voit remplacée par l’amour qui est la clé et la source de toute purification. Les écrits de l’Agent tendent ainsi à réformer les rituels ainsi que certains enseignements de l’Ordre, comme ce fut aussi le cas pour la maçonnerie rectifiée et tout particulièrement avec le changement du nom de l’Apprenti.

Les interrogations relatives aux travaux Coens que suscitent les révélations de l’Agent dans l’esprit de Jean-Baptiste Willermoz se lisent clairement au détour d’une correspondance en date du 8 mai 1786. Vialette d’Aignan, de l’Orient de Toulouse, adresse alors à l’abbé Fournié, de l’Orient de Bordeaux, la réponse de Willermoz relativement à la demande insistante de l’abbé d’intégrer la Société des Initiés. Dans cette correspondance, Vialette d’Aignan exprime le refus de Willermoz à intégrer dans l’Initiation un frère dont la qualité de Coen ne pouvait être remise en cause, mais qui n’y avait pas été appelé par l’« Ange » de l’Agent qui seul décidait en la matière. En fait, Willermoz dissimule par cette argumentation sa réticence envers cette admission, réticence probablement fondée sur sa volonté de réforme de l’Ordre Coen qui pouvait ne pas être partagée par le candidat.

Ainsi Vialette d’Aignan explique-t-il à Fournié qu’il aurait « sûrement été appelé si la chose eut dépendu des frères de cet Orient [de Lyon], mais ... ne l'étant pas, on ne vous conseillait pas d'y venir ».

Mais plus intéressant encore pour le sujet qui nous concerne, les informations données par Lyon dans la même lettre sur les activités Coens :

« parce que tous les FF Cn de Lyon ayant été réunis à l'Initiation générale, il ne se tenait plus aucune assemblée des Cn ; que ce n'était pas négligence, mais devoir ; parce que l’Initiation avait fait connaître les erreurs qui s'étaient glissées dans les travaux de l'Ordre des Cxn et même le danger attaché à quelques uns des plus pratiques. Loin que l'Ordre soit aboli, me disait-on, il n'a fait que se réunir au tronc dont il s'était mal à propos détaché ; et de ce tronc il ressortira en son temps un nouvel Ordre de Cxn plus pur, plus vrai, et moins mélangé des idées humaines : le nouveau ne sera composé que de ceux qui seront élus pour cela, et qui seront pris parmi les Initiés qui seront destinés pour l’oeuvre de la onzième heure.»

Tout est dit : l’Ordre ne doit pas être aboli mais réformé. L’agent de cette réforme est l’Initiation, c'est-à-dire l’ensemble des révélations et communications de l’Agent Inconnu dont on saura par la suite qu’elles ne furent malheureusement pas toujours d’origine spirituelle, mais souvent très inspirées par le psychisme de l’Agent et les idées de son frère Coen, contrairement à ce que nos initiés lyonnais pouvaient espérer.

D’ailleurs, des doutes commencent à s’installer dans l’esprit de Willermoz dès 1786, certaines visions ne se réalisant pas et certaines considérations relatives aux Elus Coens et à la franc-maçonnerie s’avérant contestables ou erronées. De plus, une partie des communications semblent trouver leur origine dans les idées du frère de l’Agent, l’Elu Coen de Monspey, plutôt que dans des révélations célestes. Aussi, en 1788 les relations se tendent entre l’Agent Inconnu, et Willermoz. Ce dernier essaie alors de récupérer les cahiers et archives de la société qu’il préside encore à la demande de l’Agent. Puis en 1790, suite aux dites tensions, Willermoz se voit destitué de la présidence de la Société des Initiés au profit de Paganucci. Il en garde cependant les archives. A partir de cette date il n’y aura plus de relation entre Willermoz et la famille de Monspey jusqu’en 1806 où Willermoz récupère le reste des archives et des cahiers d’instructions de Mme de Vallière avant de rompre toute relation.

Cependant, malgré cet éloignement relatif des travaux théurgiques causé par l’enthousiasme et le goût spiritualiste de Willermoz pour les révélations attractives de l’Agent, ce dernier ne cesse jamais de se considérer comme un Coen et continue à entretenir une correspondance avec les frères Coens proches. Cette correspondance lui permet aussi de se tenir informé des travaux de l’Ordre. Une lettre de Périsse du Luc, datée du 23 mars 1790 montre que Willermoz est toujours proche de ses frères et que la distance qu’il a prise vis-à-vis des travaux de l’Ordre n’est pas officiellement communiquée. Willermoz semble être resté très modéré et discret dans ses critiques. En effet, on peut lire :

« Il me paraît par la lettre de mon frère ou que vous avez été malade à l’eq. [lire équinoxe] ou comme je le pense, que vous en avez pris le prétexte pour vous retirer en particulier. St. Martin arrivé depuis peu de Strasbourg en a fait autant, je pense, puisqu'il a été passer ces jours là à la campagne. Je ne l'ai pas encore vu, quoique j'aie entre les mains un nouvel ouvrage de lui dont vous ne m'avez pas parlé et cependant l'ex. vient de Lyon. Il a pour titre L'Homme de Désir format in-8° et 301 paragraphes. Il me parait au coup d’oeil, n'ayant pu que le parcourir, faire beaucoup d'allusions hyérogliphiques et mystiques aux travaux des Coh...

Jugez-le et dites-moi ce que vous en pensez. J'y ai vu de belles choses, de très obscures et mystique-poétique que l'auteur détestait grandement autrefois. Souvent il prend le ton élevé du Psalmiste et son Cantique, plus souvent encore le style apocalyptique, tout cela mêlé des tournures de la poésie allemande d'un Klopstock et d'un Gessner par où l'on voit qu'il a pris à Strasbourg le goût du terroir. Mais qu’importe le style et la forme, si les idées en sont grandes, sublimes et instructives, et j'en ai rencontré un grand nombre de cette classe et surtout de très profondes. »

Ainsi, bien des années plus tard, Willermoz exprimera particulièrement cet attachement aux Coens, à leur Maître Martinès, et aux travaux de l’Ordre envers lesquels il revint dans de biens meilleures dispositions après la parenthèse de l’Agent Inconnu et les troubles de la révolution. Cet attachement se lit en particulier dans une correspondance maintenant célèbre avec le Baron de Lansperg en date du 10 octobre 1821 :

« Quelques heureuses circonstances me procurèrent dans un de mes voyages d’être admis dans une société bien composée et peu nombreuse dont le but, qui me fut développé hors des règles ordinaires [c’est-à-dire oralement] me séduisit. Dès lors tous les autres systèmes que je connaissais (car je ne puis juger de ceux que je ne connaissais pas) me parurent futiles et dégoûtants. C’est le seul où j’ai trouvé cette paix intérieure de l’âme, le plus précieux avantage de l’humanité relativement à son être et à son principe. »

Willermoz évoque ici sans aucune ambiguïté son attachement au système entier, et non pas seulement à sa doctrine, système qui fut le seul dans lequel il trouva « cette paix intérieure de l’âme, le plus précieux avantage de l’humanité relativement à son être et à son principe. »

Et cet attachement est le seul motif qui l’amène, au crépuscule de sa vie et alors même qu’officiellement l’Ordre semble dissous, à recevoir de nouveaux Coens dans les différents grades. Ainsi, dans une lettre en date du 22 septembre 1813, Saltzmann (1749-1821) remercie-t-il Willermoz pour son ordination au grade de Grand Architecte :

« Mon premier acte de gratitude et de la plus vive reconnaissance a été rendu à Celui qui a daigné bénir mon voyage et vous donner la volonté et les forces nécessaires d'opérer pour sa gloire et mon salut. Le second s'adresse à vous, mon T.C. et P. Me, qui m'avez donné une nouvelle preuve bien précieuse de votre amitié. Vous m'avez sacrifié un repos, que votre grand âge vous rend si nécessaire, et vous avez pour ainsi dire couronné votre ouvrage. Car je n'ose espérer recevoir encore davantage, et je ne dois m'occuper qu'à bien profiter de ce que j'ai reçu et d'être fortifié dans la voie dans laquelle j'ai eu le bonheur d'entrer. Mais vous ne négligerez pas ce que vous avez semé et vous nourrirez la flamme que vous avez allumée. (...)

Ne m'oubliez pas, mon T.C. et P.M. Songez à votre élève dans vos prières et aux jours et heures destinés à des travaux supérieurs. Envoyez-moi, aussitôt qu'il sera possible, ce que vous m'avez promis et battons le fer pendant qu'il est encore chaud. Ah ! s'il était possible de m'envoyer ce qui est marqué par + après les noms usités ! (...) »

Fre Saltzmann à moi W. [...] Son contentement de ce que j'ai fait pour lui à Lyon, Gd Archi. Il espère l'Invo[cation] promise. [Note de Willermoz]

Cette lettre est d’un intérêt majeur dans la mesure où elle nous montre également les bonnes dispositions dans lesquelles notre Coen lyonnais est revenu relativement aux travaux d’invocation qu’il ne manque pas de recommander au nouveau reçu en précisant même qu’il continue lui-même à les pratiquer !

Mais encore, il est vraisemblable que Saltzmann ait reçu d’autres grades postérieurement à 1813. En effet, quatre années plus tard, dans une correspondance avec le Baron Jean de Türkheim (1760-1822) en date du 16 février 1817, Saltzmann informé de l’intérêt que Türkheim porte à l’enseignement de Martines[4], conseille à ce dernier :

« Pour obtenir ce que vous semblez désirer, il faudrait faire le voyage de Lyon, pendant qu'il en est temps encore. Il est vrai que j'ay obtenu les communications. J'en ai encore reçu à mon dernier voyage de Lyon ; mais je n'ai pas le pouvoir de conférer les grades. »

Ainsi, en dépit d’un éloignement relatif et passager, Jean-Baptiste Willermoz resta-t-il constamment fidèle au système Coen dont il ne manqua pas de vouloir faire bénéficier tous les hommes de foi et de désir jusqu’à la fin de sa vie. 

L’histoire de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coens de l’Univers après 1780 ne peut se confondre avec celle du temple de Lyon qui, bien qu’étant un des établissements qui marqua le plus l’Ordre par les immenses qualités spirituelles et initiatiques de certains de ses membres imminents, eut, comme nous l’avons présenté, une évolution particulière par rapport à celle de la plupart des autres établissements de l’Ordre. Aussi revenons maintenant sur l’histoire générale de l’Ordre dont celle du temple de Lyon ne représente qu’un aspect et un épisode particuliers, aussi importants et significatifs puissent-ils être.

Depuis plusieurs années déjà – que nous pouvons situer autour de 1777-1778 – l’Ordre connaît des problèmes que les différents Orients confessent à leur Grand Souverain et qui sont encore exposés en 1780 à Sébastien de Las Casas, Grand Souverain en charge, dont nous avons évoqué les difficultés au début de notre étude.

En effet, dans un courrier du 16 août 1780, plusieurs Orients soumettent à Las Casas des requêtes pressantes. Bien que ne disposant pas de cette correspondance, nous pouvons en deviner le motif par l’analyse de courriers ultérieurs entre différents membres de l’Ordre.

Ainsi Du Roy d’Hauterive – toujours très attaché, actif et fidèle à l’Ordre même depuis son exil londonien - écrit à Mathias Du Bourg le 22 septembre 1786 en dénonçant « les doctrines d’erreur et de mensonge qui ont fait leurs efforts pour se glisser dans l’ordre et qui, jusqu’à présent, n’ont séparé que les Lugduniens qui, selon votre dernière, viennent de rompre les seuls liens qui les unissent à nous, ayant rompu depuis longtemps les liens spirituels et ayant formé de la science un monstre hideux de magnétisme, prophétisme, directoires, ayant séparé tous nos principes comme gangrène (…) »

Du rejet de d’Hauterive de la maçonnerie et des frères Coens qui la pratiquent, nous avons un autre témoignage dans une correspondance de Saint-Martin à Willermoz en date du 15 janvier 1787 :

« J’ai rencontré par hasard d’Hauterive le surlendemain de mon arrivée [le 10 janvier à Londres]. L’entrevue a été froide de sa part je ne sais pas même s’il n’avait pas dessein de l’esquiver […]. J’ai voulu le mettre à même de voir Tieman, il n’a pas voulu prétendant qu’il ne pouvait regarder comme étant de ses frères tous ceux qui tenaient à la maçonnerie. »

Même si ces correspondances sont postérieures de six et sept ans aux revendications des temples auprès du Grand Souverain, les éléments portés à notre connaissance sont révélateurs des problèmes antérieurement rencontrés par l’Ordre et liés à l’évolution de certains frères ; évolution problématique pour les différents Orients dont les griefs sont exposés en 1780.

Ainsi, la réponse qu’apporte Las Casas à la requête des Orients est en totale cohérence avec un objet qui serait vraisemblablement une demande d’exclusion de certains frères pour des pratiques jugées inacceptables au regard de l’Ordre. Et nous le devinons au travers des correspondances mentionnées, les points soulevés n’étaient certainement pas étrangers aux activités liées aux expériences de somnambulisme et de magnétisme, mais aussi - et peut-être surtout – à la fréquentation de la maçonnerie dite apocryphe, voire pire, à la divulgation au sein de cette maçonnerie des secrets et mystères de l’Ordre, chose formellement interdite par les Statuts et Règlements Généraux de 1768.

Ces griefs pouvaient particulièrement viser les frères membres des nouveaux Directoires rectifiés, Directoires dont les frères Coens qui s’y étaient rattachés affichaient une attitude prosélytiste au sein de l’Ordre ; Directoires aussi au sein desquels étaient enseignés, au plus haut niveau, de façon discrète mais certainement connue de certains, la doctrine et les mystères de l’Ordre.

Las Casas répond alors à la requête des Orients de la façon suivante, refusant d’exclure des frères ayant maqué à leurs engagements envers l’Ordre et qui n’avaient, selon lui, de comptes à rendre qu’à leur fidélité à la Chose :

« Je ne veux que me conformer aux principes de mes devanciers. C'est la conduite la plus sage ; c'est celle que me dictent mes propres engagements. Tous nos sujets sont libres, et, s'ils viennent à manquer aux choses de l'Ordre, ils se rendent à eux-mêmes une justice pleine et entière puisqu'ils se privent de tous les avantages qui accompagnent ces choses, et qu'ils ne peuvent plus travailler que sur leur propre fond et à leurs risques et périls, sans grande chance d'obtenir quelque vérité qui ne cache pas un piège atroce. Mais si chacun est libre de sortir, s'il se croit libéré de toute obligation envers la chose, je vous déclare qu'il n'est pas en mon pouvoir d'agir en faveur de ceux qui se sont laissé suborner de l'Ordre : c'est la coutume ; c'est ainsi qu'en ont usé tous mes prédécesseurs et cela pour des raisons majeures devant lesquelles je m'incline et m'inclinerai toujours dans l'intérêt de l'Ordre, quelque affliction que je puisse éprouver du pâtiment d'un sujet. »

Cependant, conscient des difficultés que rencontrent alors les temples et de la nécessaire protection dont ceux-ci doivent pouvoir jouir afin de poursuivre leurs travaux en toute discrétion, à l’abri de toute influence et de toute tentative de dévoiement, Las Casas complète sa réponse par la proposition suivante :

« Vous pouvez donc, si vous le jugez utile à votre tranquillité, vous ranger dans la correspondance des Philalèthes, pourvu que ces arrangements n'entraînent rien de composite. Et puisque les déplacements du T. P. M de T... ne lui permettent pas de prendre en charge vos archives, faites en le dépôt chez M. de Savalette. Vous le ferez sous les sceaux ordinaires. La correspondance et les plans mensuels, ainsi que les catéchismes et cérémonies des divers grades, doivent être scellés de leur orient particulier. Les plans annuels, les tableaux et leurs invocations, ainsi que les différentes explications générales et secrètes, doivent porter ma griffe ou, à son défaut, celle du P. M. Substitut Universel que je préviens par le même courrier ».

Par X - Publié dans : histoire de la FM
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Jeudi 25 octobre 2012 4 25 /10 /Oct /2012 07:14

Tout est gloire dans la création. Ou plutôt devrions-nous dire que tout fut originellement créé par la gloire divine, et pour manifester la gloire divine, et que consécutivement tout fut originellement créé dans un état glorieux. Tout, c'est-à-dire les entités spirituelles émanées du sein de la divinité, puis la création qui suivit la prévarication des premiers esprits et enfin l’homme. Ainsi Martinès de Pasqually commence-t-il son traité par les mots suivants : « Avant le temps, Dieu émana des êtres spirituels, pour sa propre gloire, dans son immensité divine. » (Traité, 1)

Mais qu’entend-on au juste par gloire divine ? Pour bien comprendre les écrits des auteurs du XVIIIème siècle il est important de saisir et manipuler le mieux possible la langue de cette époque. Aussi nous irons chercher dans le Dictionnaire de Trévoux (1771) le sens précis de différents termes repris dans cette étude afin de respecter au plus près la pensée et l’intention de l’auteur du Traité de la réintégration, sans la déformer par des concepts modernes n’ayant pas cours à son époque. Ainsi, nous reportant audit dictionnaire, nous notons au mot gloire : « se dit encore de la Majesté divine, de la splendeur qui marque sa puissance et sa grandeur infinie. (…) Les théologiens on distingué dans lui [Dieu] deux sortes de gloire ; l’une qu’ils appellent interne, qu’ils font consister dans l’infinité de ses perfections ; et l’autre externe, qu’ils font consister dans la manifestation de ses attributs. C’est dans ce sens qu’ils ont dit que Dieu avait créé le monde pour sa propre gloire. » Enfin, une signification subsidiaire, mais interpellante : « se prend encore pour ornement ». Ainsi Martines écrit-il :

« Ces premiers chefs [premiers esprits émanés] avaient une connaissance parfaite de toute action divine, puisqu'ils n'avaient été émanés du sein du Créateur que pour être moins [sic pour témoins] face à face de toutes les opérations divines de la manifestation de sa gloire. » (Traité, 3)

La gloire consistant en la manifestation des attributs divins, toute la création doit alors témoigner de la puissance et de la majesté divine. Et puisque Dieu crée pour sa propre gloire, toute la création est nécessairement remplie de cette gloire divine. Et de même, au coeur de cette création, l’homme n’est pas en reste puisque bien qu’émané postérieurement à la prévarication des premiers esprits, sa gloire et sa grandeur n’en furent aucunement amoindries, bien au contraire :

« Aussi la forme dans laquelle Adam fut placé était purement spirituelle et glorieuse, afin qu'il pût dominer sur toute la création, et exercer librement sur elle la puissance et le commandement qui lui avaient été donnés par le Créateur sur tous les êtres. » (Traité, 47)

Et encore :

« Il [le mineur] avait les mêmes vertus et puissances que les premiers esprits ; et quoiqu'il ne fût émané qu'après eux, il devint leur supérieur et leur aîné par son état de gloire et la force du commandement qu'il reçut du Créateur. (…) C'était dans cet état qu'il devait manifester toute sa puissance pour la plus grande gloire du Créateur en face de la création universelle, générale et particulière (…) Adam, dans son premier état de gloire, était le véritable émule du Créateur. » (Traité, 6)

Quel éclairage et quelle révélation ! Ainsi, l’homme par sa constitution glorieuse autant que par ses attributs étendus, est considéré comme émule, c'est-à-dire encore selon Le Trévoux « regardé comme étant d’un mérite égal ». Nous ne suivrons pas cette définition à la lettre, ne pouvant estimer les vertus et puissances de l’homme égales à celles de son créateur – l’homme ne devant son existence qu’à l’amour de Dieu qui est l’action de création divine, mais conclurons cependant que l’homme était à l’image et à la ressemblance du Créateur. Nous soulignerons aussi que, Dieu étant toute gloire et n’ayant d’autre limite que cette gloire qui inonde toute émanation et toute création – c'est-à-dire aucune limite - la forme glorieuse de l’homme, son corps de gloire, participe pleinement de l’image divine. Et cette image est aussi similitude de mode d’action et d’opération par la puissance créatrice donnée au premier homme-Dieu :

« Adam avait en lui un acte de création de postérité de forme spirituelle, c'est-à-dire de forme glorieuse, semblable à celle qu'il avait avant sa prévarication : forme impassive et d'une nature supérieure à celles de toutes les formes élémentaires. » (Traité, 22)

De même toute la création est image du Créateur : « Il est appelé Créateur, parce que de rien il a tout créé, et que toute sa création provient de son imagination ; et c'est parce que sa création provient de son imagination pensante divine qu'elle est appelée image. » (Traité, 116). Aussi pouvons-nous déduire de ce qui précède que toute la création est glorieuse ou plutôt inondée de la gloire du Créateur. Toute, pourra-t-on alors objecter en se référant à la création universelle (l’univers), générale (la terre) et particulière (les habitants de la terre et des cieux) ? N’est-il pourtant pas dit par Martinès que :

« Ces premiers esprits ayant conçu leur pensée criminelle, le Créateur fit force de loi sur son immutabilité en créant cet univers physique, en apparence de forme matérielle, pour être le lieu fixe où ces esprits pervers avaient à agir, à exercer en privation toute leur malice. » (Traité, 6)

Il y a ici une opposition apparente à notre affirmation qu’il nous faut relever et expliquer. L’univers physique d’apparence matérielle semble, d’après le précédent passage du Traité, avoir été créé dès la prévarication des premiers esprits, mais aussi avant l’émancipation de l’homme et sa propre chute :

« L'homme ne fut émané qu'après que cet univers fut formé par la Toute-puissance divine pour être l'asile des premiers esprits pervers et la borne de leurs opérations mauvaises, qui ne prévaudront jamais contre les lois d'ordre que le Créateur a donné à sa création universelle. » (Traité, 6)

Cette création, qualifiée comme étant « en apparence de forme matérielle », ne peut donc pas être glorieuse, objectera-t-on pertinemment. Martinès ajoute d’ailleurs :

« Tout ce qui les distingue [forme glorieuse et forme de matière apparente], c'est que la première était pure et inaltérable, au lieu que celle que nous avons présentement est passive et sujette à la corruption. » (Traité, 23)

Mais regardons de plus près et poursuivons dans le texte :

« C'est en réfléchissant sur un état si glorieux [le sien] qu'Adam conçut et opéra sa mauvaise volonté au centre de sa première couche glorieuse que l'on nomme vulgairement : paradis terrestre, et que nous appelons mystérieusement : terre élevée au-dessus de tout sens. (…) Cette couche spirituelle, dans laquelle le Créateur plaça son premier mineur, fut figurée par 6 et une circonférence. Par les six cercles, le Créateur représentait au premier homme les six immenses pensées qu'il avait employées pour la création de son temple universel et particulier. Le septième, joint aux six autres, annonçait à l'homme la jonction que l'esprit du Créateur faisait avec lui pour être sa force et son appui. » (Traité, 22)

Ainsi, si comme le dit Martinès, l’homme que nous savons avoir été émancipé au centre de l’univers, était alors placé au centre d’une couche glorieuse, toute spirituelle, « pour agir dans toutes ses volontés sur les formes corporelles actives et passives (Traité, 6) », cette couche glorieuse, figurée par six cercles relatifs aux six pensées du Créateur, devait alors être semblable dans sa substance à l’ensemble de la création considérée comme image de ces six pensées. Aussi, cette création primitive, résultat direct et immédiat de l’opération des six pensés divines, ne pouvait-elle être matérielle et n’avait encore que l’apparence de forme matérielle, apparence de forme conçue dans la pensée divine.

Cette création, que nous appelons primitive, bien que devant présenter en elle toutes les formes corporelles imaginées par Dieu et contenues dans les six pensées du Créateur, n’était donc pas encore la création corporelle d’apparence matérielle. Les essences spiritueuses - innées dans les esprits ternaires détachés dans l’axe feu central consécutivement à la prévarication des premiers esprits - furent originellement produites par ces esprits inférieurs et mineurs ternaires de façon indifférenciée, constituant ainsi un chaos dans le matras philosophique ou matrice vierge de création. Ce chaos, par la densité des essences spiritueuses indifférenciées qui le composaient, constituait déjà l’espace sur lequel les esprits prévaricateurs déchus et chassés de l’immensité divine pouvaient exercer leur action maléfique et ténébreuse. Cette action était par ailleurs limitée dans ses effets par la barrière spirituelle que composaient les esprits ternaires rassemblés en un axe feu central qui sépare la création primitive de l’immensité surcéleste et divine et protège ainsi tous leurs habitants spirituels de toute souillure de ténèbres.

Par son intention 1. sa volonté 2. et sa parole 3. le Créateur enfanta alors l’action 4. - qui est le Verbe de création - et imprima ainsi ses six pensées divines dans le chaos. Ce Verbe de création, centre du ternaire d’intention, de volonté et de parole, exprime réellement les six pensées divines de création par le nombre 6 qui est la somme de ce ternaire par 1+2+3. Par ce ternaire dont il est le centre, le Verbe du Créateur détient une puissance ternaire créatrice qu’il imprime alors sur le chaos sous la forme d’un triangle qui modèle ainsi toute forme apparente à l’intérieur dudit chaos. Chaque forme a donc pour base ce ternaire que nous représentons aussi par soufre, sel et mercure ou les trois principes de création.

C’est ce qui nous est conté dans la Genèse, par l’image de la Sagesse divine flottant au-dessus des eaux du chaos et les ordres du Créateur qui sont Verbe de création : « La terre n’était que chaos et vide. Il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme et l’Esprit de Dieu planait au-dessus de l’eau. Dieu dit : « Qu’il y ait de la lumière ! » et il y eut de la lumière. »[1]L’abîme est entendu suivant Martinès comme le lieu de privation dans lequel ont été précipités les esprits déchus et sur lequel ceux-ci opèrent leurs actions ténébreuses.

« Et c'est pour avoir tenté cette opération opposée aux lois immuables de l'Eternel Créateur, que les démons se trouvent n'avoir d'autre puissance que cette puissance quinaire de confusion, et qu'ils sont précipités dans les abîmes de la privation divine pour une éternité. » (Traité, 240)

Ce lieu est dit de privation car étant coupé de l’immensité surcéleste, dans laquelle opèrent les esprits restés fidèles ou encore nouvellement émanés du sein du Créateur, ainsi que de l’immensité divine. Ces abîmes, qui sont l’espace des eaux inférieures et chaotiques, sont dites ténébreuses car séparées de l’immensité surcéleste, appelée aussi eaux célestielles, par l’axe feu central des esprits ternaires qui composent ensemble un voile épais à la lumière divine ; de même qu’elles ne sont pas encore illuminées par la gloire du Verbe de Création qui doit y être enfanté. Ainsi, de par cette privation nous pouvons dire que ce voile constitue pour les esprits déchus de véritables ténèbres, enveloppant les abîmes qui ne sont pas encore chaos organisé. Martinès ne fait ici que restituer, sous la forme particulière qui est la sienne, l’exégèse des Pères de l’Eglise. Nous reprenons ici les enseignements de Saint Basile le Grand et Saint Grégoire de Nysse relatifs aux six jours de la création dans deux citations qu’il nous est apparu important de reproduire malgré leur longueur :

« Nous disons donc que les ténèbres ne sont pas par elles-mêmes une substance, mais une certaine disposition de l’air provenant de la privation de lumière. Mais de quelle lumière un endroit du monde s'est-il trouvé tout-à-coup privé, en sorte que les ténèbres étaient répandues sur les eaux? Faisons réflexion que s'il existait un monde avant ce monde sensible et corruptible, il était sans doute dans la lumière: qu'en effet, ni les puissances angéliques, ni les armées célestes, ni en général les êtres raisonnables et les esprits exécuteurs de la volonté de Dieu, ceux qui ont un nom parmi nous comme ceux qui n'en ont pas, n'étaient dans les ténèbres, mais menaient une vie conforme à leur nature, dans la lumière et dans une joie spirituelle (…) Si les réprouvés sont envoyés dans les ténèbres extérieures, ceux qui ont fait des actions dignes de la récompense possèdent le repos dans une lumière surnaturelle, cette lumière dont Salomon dit : La lumière est pour les justes à jamais (Prov. 13, 9). Rendons grâces, dit Saint Paul, à Dieu le Père, qui nous a rendus dignes d’avoir part à l’héritage des saints, c'est-à-dire, à la lumière (Col. 1, 22). Si les réprouvés sont envoyés dans les ténèbres extérieures, ceux qui ont fait des actions dignes de la récompense possèdent le repos dans une lumière surnaturelle.»

Et aussi :

« La séparation des eaux opérée par l’interposition du firmament, d’une part n’est pas incompatible avec cette façon de voir, d’autre part s’enchaîne logiquement si l’on considère l’Ecriture. Le texte de l’Ecriture enchaîne en effet, après avoir parlé de la terre : une ténèbre était au-dessus de l’abîme et l’Esprit de Dieu était porté au-dessus de l’eau. Nous pouvons conjecturer que l’Esprit de Dieuest aussi loin d’être ténèbre qu’il est étranger à tout mal et on peut citer à ce propos mille paroles de la Sainte Ecriture : Dieu est lumière véritable et habite une lumière inaccessible ; l’Esprit de Dieu est par sa nature ce qu’est Dieu lui-même ; si dieu et l’Esprit ont une seule et même nature et si Dieu est lumière, il faut bien conclure que l’Esprit de Dieu aussi est lumière ; d’autre part la lumière met immanquablement dans la lumière ce sur quoi elle est portée. Donc l’eausur laquelle l’esprit de Dieu était porté était immanquablement dans la lumière et à l’abri de l’ombre, et ce qui n’était pas dans la ténèbre n’avait absolument pas besoin d’un être qui l’illuminât.

Si ces idées sont recevables, l’eau sur laquelle l’Esprit de Dieu était portéest autre chose que la nature portée à descendre des eaux qui coulent ici-bas ; elle est séparée par le firmament de l’eau pesante et portée à descendre. Si est également nommée eau par l’Ecriture cette substance dont nous conjecturons, en élevant le niveau de notre étude, qu’elle désigne le plérôme des puissances intelligibles, il ne faut pas qu’on se laisse abuser par l’homonymie. Car aussi bien Dieu est un feu dévorant, mais le terme est exempt la signification matérielle du mot feu. Donc, comme quand tu entends dire que Dieu est un feu, tu penses qu’il est autre chose que le feu d’ici-bas, de même quand tu reçois l’enseignement d’une eau soumise à l’Esprit de Dieu, tu ne dois pas penser qu’il s’agit d’un élément porté à descendre qui vient s’écouler sur la terre ; car l’Esprit de Dieu n’est pas porté sur les êtres terrestres et instables.

Donc, afin d’éclairer cette pensée et de la rendre plus claire, nous reprendrons avec concision le sens de ce que l’Ecriture a dit : le firmament, qui a été appelé ciel, est la limite de la partie sensible de la création. Ce qui la remplace au-delà de cette limite, c’est la création intelligible, dans laquelle il n’y a ni forme, ni grandeur, ni position en un lieu, ni mesure par intervalles, ni couleur, ni figure, ni quantité, ni aucune autre des choses visibles sous le ciel (…) Donc lorsque j’entends le mot abîme dans l’Ecriture, je dis qu’est désignée la masse des eaux car c’est ainsi que le définit aussi le psaume : les abîmes furent troublés, masse du retentissement des eaux ; et lorsque j’entends la ténèbre qui l’accompagne, je pense que c’est que la puissance lumineuse qui réside dans la nature des êtres n’est pas encore apparue.»

A l’opposé de cela, l’Esprit de Dieu, ou Sagesse divine, flottait au-dessus des eaux célestielles, c'est-à-dire inondait de sa lumière et de sa gloire l’immensité surcéleste où résident les intelligences et tous les ordres et classes angéliques. Martinès l’Ecriture Sainte en mentiponnant : « Ainsi flottait l’esprit divin avant qu’il séparât la lumière d’avec les ténèbres et que chaque chose chaotique eût pris sa place naturelle selon sa loi. » (Traité, 207)

Aussi, lorsque Dieu dit : « Qu’il y ait de la lumière ! » il enfante par ce commandement son Verbe de Création qui vient habiter le chaos afin d’y apporter la lumière et l’inonder de la gloire divine. Par les différents commandements successifs le Créateur procède ensuite à l’organisation du chaos suivant ses six pensées qui, comme nous l’avons vu précédemment, sont mises en action par le Verbe de Création doublement fort qui engendre ainsi l’entièreté de la création glorieuse primitive.

C’est bien cette création primitive, que nous appelons paradis terrestre, que l’homme émancipé dans son corps de gloire d’apparence de forme triangulaire – portant ainsi l’image de la pensée du Créateur - vint habiter avant sa chute afin de dominer toute création de forme apparente et agir pour la molestation, mais aussi le repentir, des esprits prévaricateurs, et commandant pour cela sur les différentes classes d’esprits ou hiérarchies spirituelles.

« L'intention se joint à la création de l'univers, qui est figuré par un cercle immense, dans l'intérieur duquel le général et le particulier, sont mis en action et en mouvement. La volonté se joint à la création du général ou de la terre, qui est figurée par un triangle, ainsi que la figure qu'en avait conçue le Créateur dans son imagination pensante devait être représentée. La parole rejoint l'émanation particulière des mineurs spirituels, habitant dans la forme corporelle particulière terrestre, forme semblable à celle de la terre, et qui a été également produite conformément à l'image de la pensée divine. » (Traité, 47)

Cette création étant le fruit direct de la volonté divine par le Verbe Créateur qui est la lumière de ce monde créé, celle-ci ne peut être que pure, glorieuse et lumineuse, inondée de l’Esprit de Dieu. C’est pourquoi Martinès attribue à cette création le nom de couche glorieuse. Et ce n’est qu’à l’occasion de la chute d’Adam que cette création primitive, subissant une transmutation profonde, prend son aspect définitif et que toutes les formes originellement créées sont alors déchues en formes d’apparence de matière ténébreuse recevant, en elles une nature active et passive. Ces formes sont dites ténébreuses, non pas parce qu’elles seraient intrinsèquement mauvaises, ou que la matière qui les constitue depuis leur dégradation serait impure et intrinsèquement mauvaise et corrompue, mais parce qu’étant maintenant privées de la lumière divine qui en a été retirée[4]. Martinès résume cette mutation profonde dans les trois opérations suivantes qui ont donné lieu à ce qu’il appelle l’explosion des corps chaotiques :

« La première action est la descente du mineur général dans la forme corporelle générale terrestre ; la seconde est la jonction de l'esprit divin majeur avec le mineur ou âme générale ; la troisième est la borne de l'étendue que l'esprit majeur fixa lui-même au corps général et aux corps particuliers, tant célestes que terrestres, par l'ordre du Créateur, ainsi que les différentes facultés et propriétés qu'il donna à tous les corps (…) C'est par ces trois opérations que la création universelle reçut les lois, préceptes et commandements, que se fit l'explosion du chaos. Alors chaque forme corporelle contenue dans le chaos prit son action et opéra selon l'ordre qu'elle avait reçu. Il ne faut pas croire que l'explosion du chaos se soit faite par la descente de l'esprit mineur, ni par la jonction de l'esprit majeur avec lui, mais seulement par la retraite que fit cet esprit majeur ou doublement fort de l'enveloppe chaotique pour aller se réunir à son père ; et ce ne fut que dans ce moment que toute chose se présenta en nature passive et active aux yeux du Créateur, conformément à l'image qu'il s'en était formé. » (Traité, 123)

Ainsi la création glorieuse fut comme transmuée en une création d’apparence matérielle, à l’inverse de la transmutation alchimique des métaux. En effet, cette transmutation se fit par retrait du Verbe de Création, c'est-à-dire retrait de la lumière et de l’Esprit de Dieu. C’est cette dé-spiritualisation de la création qui donna naissance aux formes passives qui devinrent consécutivement animées d’une vie animale inférieure qui est le feu généré et transmis par les esprits de l’axe feu central. En conséquence aussi, du fait de sa prévarication, Adam ne put récolter comme fruit de son opération impure, qu’une forme de matière ténébreuse et non une forme glorieuse comme le verbe divin de création originellement inné en lui devait le permettre :

« Adam, rempli d'orgueil, traça six circonférences en similitude de celles du Créateur, c'est-à-dire qu'il opéra les six actes de pensées spirituelles qu'il avait en son pouvoir pour coopérer à sa volonté de création. Il exécuta physiquement et en présence de l'esprit séducteur sa criminelle opération. Il s'était attendu à avoir le même succès que le Créateur éternel, mais il fut extrêmement surpris ainsi que le démon, lorsqu'au lieu d'une forme glorieuse, il ne retira de son opération qu'une forme ténébreuse et toute opposée à la sienne. Il ne créa en effet qu'une forme de matière, au lieu d'en créer une pure et glorieuse telle qu'il était en son pouvoir. » (Traité, 23)

Doit-on penser pour autant que la création soit de ce fait privée de toute lumière et que le monde soit irrémédiablement tombé dans les ténèbres ? Que la seule lumière élémentaire soit aujourd'hui celle qui puisse, par le soleil, éclairer et féconder cette seconde création qui serait alors une sorte d'abîme abandonnée a la domination des légions de celui que nous appelons le Prince de ce monde ? Que le Créateur aurait définitivement mis cet univers en totale privation de sa gloire ?

Ce serait oublier que selon Martinès chaque corps de la nature, animé ou inerte, est habité par un véhicule de feu émané des esprits de l'axe et qui anime et contient chaque corps dans sa forme ; et que ce feu, de par son origine toute spirituelle, est à même de recevoir toute énergie et toute influence divine qui sont autant de manifestations de la gloire du Créateur. Que de même les agents spirituels du surcéleste actionnent sur ces agents inférieurs de l’axe par l’ordre et la puissance d’action qu’ils leur donnent en application de la pensée et de la volonté du Créateur ainsi que par les vertus et pouvoirs que ces mêmes agents déversent sur les sept corps planétaires qui les communiquent à leur tour à toute la création générale terrestre.

« C'est dans le surcéleste que s'opèrent la pensée et la volonté divines, c'est de là que proviennent l'ordre, la vertu et la puissance d'action de tous les esprits qui actionnent dans l'univers. Les sept cieux reçoivent du surcéleste toutes leurs vertus et tous leurs pouvoirs, et ensuite les communiquent au corps général terrestre. » (Traité, 215)

Mais encore, selon Martinès, bien que le monde ait été manifesté sous sa forme actuelle par le retrait de la double puissance du Verbe de création divin, il n'en reste pas moins que notre terre reste actionnée en son centre par la quatriple puissance divine qui opéra originellement à sa création par la volonté, l'intention, la parole et le Verbe de création qui sont quatre manifestant cette quatriple puissance du Créateur. Et que cette toute puissance agit toujours au centre de la terre qu'elle nourrit tout en déversant sur ses productions et ses habitants tous les bienfaits divins qui sont ainsi perceptibles à l'homme et bénéfiques à sa forme corporelle ainsi qu’à son âme animale. Martines évoque ceci en ces mots :

« Je t'apprendrai, Israël, que, par le sommet de la montagne spirituelle, tu dois entendre le type du cercle rationnel le plus élevé de tous les cercles célestes (…) tu reconnaîtras de plus que cette montagne spirituelle, portant le nombre dénaire ou  occupe le centre du réceptacle général, et que puisque la terre a une forme triangulaire, cette montagne doit être à la terre ce que le point ou le centre est à un triangle. Tu sais que cette montagne s'appuie sur le corps général terrestre ; cela ne te fait-il pas connaître que cette terre renferme en elle-même un être vivant émané du Créateur et semblable à celui qui est renfermé dans la forme apparente de tous les mineurs. Ce qui te confirme ce que je te dis, c'est la régularité et l'ordre infini de tout ce qui s'opère sur ce corps général terrestre. » (Traité, 218)

Enfin Martinès considère que toute la création bénéficie encore, malgré la chute, des vertus et puissance divines – que certains Pères à la suite de Saint Grégoire Palamas appelleront énergies divines – qui se déversent incessamment sur elle :

« Les vertus et les puissances de l'Éternel s'opèrent et s'opéreront jusqu'à la fin des siècles sur la montagne spirituelle dont je t'ai parlé, et, de là, elles se répandent sur le corps général terrestre pour se faire ressentir aux trois parties de cette terre et aux formes de tous ses habitants, soit dans le général, soit dans le particulier. Ici le mot général est attaché aux animaux irraisonnables, et le mot de particulier à ceux qui sont animés d'un être spirituel divin, tant céleste que surcéleste. » (Traité, 218)

C’est dans cette même création matérielle qu’Adam fut alors précipité pour revêtir sa forme corporelle de matière apparente. Cette opération s’entend par une sorte de transmutation inverse similaire à celle des formes originellement créées :

« Le Créateur, par sa toute-puissance, transmua aussitôt la forme glorieuse du premier homme en une forme de matière passive, semblable à celle qui était provenue de son opération horrible. Le Créateur transmua cette forme glorieuse en précipitant l'homme dans les abîmes de la terre d'où il avait sorti le fruit de sa prévarication. » (Traité, 24)

Cette transmutation est une dé-spiritualisation de la forme corporelle de l’homme qui, maintenant privée de la lumière divine – à l’instar de toute forme de création – se voit précipitée au centre de la terre et retenir impression des éléments et donc de la matière sous l’action d’un nouveau feu, non plus spirituel-divin, mais spirituel-temporel, produit par les agents, ou causes secondes, de la création matérielle qui sont les esprits ternaires de l’axe. Le retrait de cette lumière divine plonge alors la forme corporelle de l’homme dans la ténèbre. Cette ténèbre est encore épaissie par le vêtement de matière élémentaire qui vient habiller l’homme dépouillé de son habit glorieux :

« D'un autre côté, cette formation corporelle du Christ nous retrace l'incorporation matérielle du premier homme, qui, après sa prévarication, fut dépouillé de son corps de gloire, et en prit lui-même un de matière grossière en se précipitant dans les entrailles de la terre. » (Traité, 91)

De même, par une sorte d’aliénation, le verbe de création de forme spirituelle glorieuse originellement inné dans Adam fut transmué en un verbe de création de forme corporelle, producteur, non plus d’essences spirituelles, mais bien d’essences spirituelles-temporelles ou spiritueuses :

« Depuis sa prévarication, il est provenu de lui [Adam] des formes corporelles matérielles, et sujettes, comme la sienne, à la peine temporelle, au lieu que, s'il fût resté dans son état de gloire, il ne serait émané de lui que des formes corporelles spirituelles et impassives de la création, formes dont le Verbe était en lui. Tel est le changement qui s'est fait dans les lois d'action et d'opération du premier mineur ; il avait la puissance, dans son état de gloire, de faire usage des essences purement spirituelles pour la reproduction de sa forme glorieuse, au lieu que, depuis son crime, étant condamné à se reproduire matériellement, il ne peut faire usage que des essences spiritueuses matérielles pour sa reproduction. Je t'ai dit qu'Adam avait inné en lui le Verbe puissant de création de sa forme spirituelle glorieuse ; tu peux aisément t'en convaincre en réfléchissant que, pour, opérer aujourd'hui la reproduction de la forme matérielle, il faut que tu aies en toi un Verbe qui actionne, émane et émancipe hors de toi des essences spiritueuses suivant la loi de nature spirituelle temporelle.» (Traité, 235)

Ainsi, par sa prévarication, Adam entraîna la chute et la dégradation de toute la création simultanément à celle de sa propre forme. Aussi Martinès écrit-il :

« C'est pour cela enfin que les démons n'ont pu empêcher que le monde fût tel qu'il est, après le changement de la forme glorieuse de l'homme en forme de matière. » (Traité, 116)

Voici donc un éclairage différent de la pensée de Martinès relativement à la création, pensée qui, à première lecture, peut paraître pour le moins surprenante et quelque peu hétérodoxe  mais qui, sur ce point du moins, ne s’éloigne guère de la pensée des Pères. Martinès semble parfois se contredire car son écriture est désordonnée ; les éléments de son récit sont posés dans une chronologie parfois approximative tout du long de l’œuvre dont il faut, comme un puzzle, rassembler les pièces éparses pour en contempler la véritable teneur dans toute sa hauteur. Et ainsi, au résultat, après étude approfondie, le sens directement apparent est souvent rectifié.

Aussi nous le répétons, car ceci est fondamental, toute la création originelle - c'est-à-dire toutes les formes originellement issues de la pensée du Créateur et mises en œuvre par l’impression du Verbe de création sur les essences spiritueuses indifférenciées (ou chaos) émanées par des agents spirituels inférieurs – toute la création originelle, disons-nous, est glorieuse à l’image de son créateur relativement à l’homme et porte l’empreinte glorieuse de son créateur relativement à l’univers créé. Et cette image ou empreinte, quoi que défigurée ou altérée par la chute, reste et restera pour l’éternité, et ne sera dissipée qu’à la fin des temps lorsque le Créateur décidera de tout faire rentrer dans l’unité de son immensité divine :

« La même faculté divine qui a tout produit, rappellera tout à son principe, et de même que toute espèce de forme a pris principe, de même elle se dissipera et réintégrera dans son premier lieu d'émanation. » (Traité, 116)

(à suivre)

Source : http://reconciliationuniverselle.over-blog.com/

Par x - Publié dans : spiritualité
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Mercredi 24 octobre 2012 3 24 /10 /Oct /2012 08:21

Première Invocation journalière aux agents supérieurs solaires en jonction avec les agents supérieurs de Sabataïr surnommé Saturne.

 

ô toi, S. 15., (pour est) ô toi, A.8., (pour ouest), ô toi, A.9. (pour nord) etc..., Je vous

réclame et vous invoque comme puissance supérieure de l’habitacle temporel où sont

contenues toutes les puissantes opérations journalières et spirituelles temporelles ; c’est sur

vous que l’éternel a manifesté la loi d’ordre de l’action de tout être créé en vertu et puissance comme vous. Cette manifestation ne s’est opérée par la divinité que  pour l’avantage et la plus grande gloire de l‘homme divin de la terre : c’est pour cet auguste titre et en ma qualité d’homme-dieu puissant que je vous commande d’être soumis, obéissants et débonnaires à mon commandement. Obéissez sans délai à mon verbe redoutable et puissant selon qu’il est conçu par mon intention devant vous et mis en action par mon opération. Oui ! Je vous conjure et vous soumets à ma puissance supérieure à la vôtre ! Je vous assujettis à moi par ma parole formidable, je vous consacre par le nom ineffable ô +10 A.28. et par celui que par respect et par crainte je n’ose ici nommer et qui est l’agent majeur de mon opération. Je vous consacre tel par l’autorité que j’ai reçue du Dieu des Dieux vivants et par tout ce que j’ai de plus sacré et par le même nom ineffable du Dieu du Sabbat ô + 10 A.28.. Je joins la puissance des principaux chefs régionnaires de la sphère planétaire de Sabataïr à la votre. Oui ! Je l’invoque et réclame d’être en jonction avec vous au centre de mon opération, ô S.16., ô S.5., ô S.15.. Ecoutez la voix de celui qui vous parle au nom de l’Eternel Dieu d’Israël ! Obéissez sans délai à la force du verbe de l’homme-dieu de la terre, qui vous fait conjuration et commandement d’être en conjonction ternaire avec le corps général terrestre. Dévoilez à ma vue et à mon entendement toutes les choses que je désire connaître de lui, de vous et de ceux avec qui vous faites jonction, selon la forte puissance de mon invocation et de ma convention ! Qu’il vous souvienne pour un temps immémorial du redoutable commandement qui vous fut fait par Josué lorsqu’il suspendit votre réaction spirituelle temporelle et arrêta le cours de votre opération journalière sur la vallée de Gabaon, lieu où vous avez satisfait à l’intention et au verbe de Josué en sa qualité d’homme-dieu de la terre. Oui ! Je suis ce Josué qui toutefois semblable à lui en vertu et puissance spirituelle divine vous fais commandement d’obéir promptement à mon verbe de puissance immuable, qui vous somme tous ensemble par le nom formidable, de l’Eternel ô + 10 A.28.. Terreur, frémissement vous soient donnés par lui et par celui qui vous invoque, ô S.15., ô A.8., ô A.9., ô S.16., ô S.5. et je vous assujettis par la véritable parole dont Josué se servit lorsqu’il vous fit commandement d’opérer avec lui la défaite des ennemis du culte de l’éternel et des siens qui s’opposaient à toutes ses opérations spirituelles divines. Soyez tous entièrement consacrés à celui qui vous réclame pour coopérer ensemble notre puissance spirituelle temporelle pour la plus grande gloire et justice du créateur et de sa créature ! Soyez à elle come elle est à vous. Amen. Amen. Amen. Amen.

  

Seconde Invocation journalière aux agents supérieurs de Meraï surnommé Mercure, pour le lundi spirituel et non pour le Lundi temporel.  

 

Ô toi M.10., ô M.93., ô M.21., Je vous réclame et vous invoque par la triple et la

quatriple forte puissance que l’Eternel créateur a mis par la force de la sienne sur sa créature

mineure, toutefois supérieure à celle temporelle majeure ! Je suis cette créature puissante que l’Eternel a consacré pour être l’agent plus que parfait à ceux spirituels temporels. Votre

puissance est bornée dans sa faculté d’action et d’opération et celle de l’homme-dieu de la

terre ne l’était point avant sa prévarication. Qu’il vous souvienne de la vérité de ce que

j’avance devant vous ! Je vous réitère le premier commandement qui vous fut fait par le

premier homme qui a assujetti votre puissance à la sienne par la puissance de sa parole ! Je

suis ce premier homme qui se présente devant vous tous, revêtu de sa première vertu et

puissance spirituelle. Alerte, terreur et frémissement vous soient donnés par la triple et

quatriple puissance du verbe qui vous commande et vous ordonne d’obéir sans retard au contenu de mon invocation tracée devant vous par le tableau de mon opération. Je vous conjure par tout ce que j’ai de plus sacré, par tout ce qu’il y a de plus saint et par la redoutable puissance de ô M.52. et de ô M.47. qui président sur vous tous depuis les angles d’Est et d’Ouest jusqu'à votre région visuelle, je vous conjure encore par le nom très Saint de l’action de l’Eternel ô M.68., qui préside encore sur vous depuis l’angle du nord jusques à votre région, pour que l’intelligence la plus puissante qui est innée chez vous se joigne à mon être spirituel et à celui temporel. Je vous contrains par toutes les puissances supérieures à la votre que vous fassiez jonction avec celui qui vous l’ordonne de par l’Eternel, de par son action et de par mon opération, d’être dans toutes les circonstances de cette vie temporelle intimement liés et assujettis à Celui qui vous réclame. oui, ô M.10., ô M.93., ô M.21., je vous assujettis et vous consigne à moi uniquement ainsi que vous le fûtes par ordre du Créateur à l’homme Dieu de la terre après sa réconciliation spirituelle divine pour toujours. Par cet ordre supérieur éternel vous devîntes les sujets de ce premier homme en faveur duquel toutes puissances d’actions et d’opérations vous fut donnée pour sa plus grande gloire spirituelle temporelle. ô M.10., ô M.93., ô M.21. oui, Je vous parle à chacun de vous en particulier, j’assujettis votre vertu spirituelle et temporelle, Je vous commande en conséquence et je vous somme de suivre scrupuleusement la consigne spirituelle temporelle que je vais donner à chacun de vous en particulier. Allés, parcourrez, et opérés spirituellement votre puissance dans les trois régions terrestres ou je vous consigne

pour tel temps limité que l’on fixe à volonté, rapportez-moi fidèlement toutes les choses

temporelles que vous savez m’être les plus nécessaires et les plus urgentes pour mon bien être spirituel et pour celui temporel. Je vous fais le même commandement et vous donne la même consigne en faveur de mes semblables et surtout en faveur de ceux et celles qui se réclament à moi et pour lesquels je suis forcé de vous invoquer. (On nomme les personnes que l’on veut favoriser dans l’opération). Je vous consigne au centre desdites régions pour que vous manifestiez votre puissance contre celles des hommes ordinaires de la terre ; leurs puissances sont plus conventionnelles que spirituelles, c’est en conséquence que je vous ai attachés auprès des êtres supérieurs des conventions matérielles temporelles afin que vous déterminiez leurs actions et leurs opérations selon mes désirs ; déterminés aussi leurs pensées semblables aux miennes, disposés leur Intention en ma faveur et pour ceux auxquels je m’intéresse ; obtenez de ces êtres mondains et du créateur toutes les choses indispensables qui sont attachées à la vie temporelle et spirituelle dont j’ai grand besoin. Je vous conjure par tout ce que je suis et par tout ce que vous êtes dans l’immensité de votre région planétaire pour que vous demeuriez ferme et inébranlable dans la consigne que je viens de vous donner pour le temps limité par l’homme Dieu de la terre ; que votre retraite ne soit faite qu’après toute opération et que tout succès de convention ait eu lieu selon l’intention et l’opération de celui qui peut plus que vous rapportez exactement, promptement et effectivement à celui en faveur duquel vous devez opérer toutes les choses pour lesquelles il vous met en action et ainsi qu’il vous les a marquées dans ses cercles d’opération ! Allez par le mot redoutable ô M. 52, revenez par le mot formidable de sa double puissance ô M.72 et rapportez par le mot formidable de sa Triple Essence ô M.3, à l’Homme-Dieu de la terre qui est la conclusion de la quatriple essence divine. Amen. Amen. Amen. Amen.

 

Troisième invocation journalière aux agents supérieurs de Maïr surnommé Mars, pour le Mardi spirituel et non pour le mardi temporel.

 

Ô PR. 24., ô PR. 25., ô PR. 26.! Je vous réclame et vous invoque comme puissance

supérieure de l’immensité de votre région planétaire ! C’est sur vous que le Créateur a fondé

par des lois immuables les puissantes opérations journalières, d’action, de réaction et de

végétation corporelle, temporelle et spirituelle en faveur du corps général terrestre et de tous les corps particuliers célestes. C’est en vertu de ces mêmes lois et puissances que je vous réclame et vous invoque par la puissance supérieure à la vôtre que le tout puissant Dieu créateur a mis innée en moi ; c’est par cette même puissance que je vous fais commandement d’être toujours prêts dans toutes les circonstances de ma vie temporelle et spirituelle à obéir au commandement de l’Homme-Dieu de la terre ; toute puissance ne vous a été donnée qu’en faveur de la créature spirituelle et temporelle, cette même puissance est soumise à la force de celle que le créateur a mise innée en moi, ô, ô, ô (les mêmes). Ecoutez mon invocation et répondez à mon opération ! Je vous commande de soumettre votre puissance à la mienne pour qu’elles soient intimement liées ensemble dans toutes les oeuvres et opérations quelconques que j’opérerai dans ce bas monde pour l’avantage de mon être temporel et spirituel et pour ceux en faveur desquels je m’intéresse le plus afin de les rendre dignes du fruit de mes opérations. Obéissez à mon verbe et à sa puissance spirituelle divine ! Oui ! Je vous conjure par le mot redoutable ô M.6, par le mot ineffable ô M.68. et par le mot tout puissant invincible ô M.76., que vous fassiez végéter dans mon être spirituel et dans celui temporel que j’habite pour un temps limité, les différents principes d’opérations divines qui ont pu se dissiper de mon être spirituel. Je vous conjure encore, ô, ô, ô (les mêmes esprits) de me rapporter fidèlement toutes les différentes choses que vous savez m’être nécessaires pour les différentes opérations du culte divin pour lesquelles l’homme Dieu fut émancipé de l’immensité divine ; Je vous commande également, en faveur de ceux et celles pour lesquels je suis obligé de rappeler, pour le même sujet. Je vous ordonne de manifester votre puissance végétative spirituelle divine et

temporelle au centre du tableau que j’ai planté devant vous et où sont tracées les différentes figures destinées à votre attention, afin que je puisse désormais ne plus errer dans ma conduite spirituelle et temporelle, dans le produit de mon opération et dans mes différentes invocations ; telles sont les choses que j’attends et prétends de la force de votre puissance et de celle de mon opération pour un temps immémorial. Amen. Amen. Amen. Amen. …

Source : le Manuscrit d’Alger

Par Martinez de Pasqually - Publié dans : Rites et rituels
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Mercredi 24 octobre 2012 3 24 /10 /Oct /2012 08:09

Je vous conjure, Esprits puissants et purs qui dominez sur les armées spirituelles et qui êtes sans cesse devant le trône de l'Eternel, je vous conjure, Esprits, qui êtes envoyés dans le temps pour la manifestation de la gloire et de la justice du Créateur ; Je vous conjure, Esprits, qui êtes préposés pour la formation, l'entretien et la succession de toutes les formes célestes et terrestres ; Je vous conjure et vous somme tous, par la puissance redoutable de ce nom sacré ô + 10 du Dieu qui seul a été, est et sera, qui seul est le principe, la vie et la fin de toutes choses ; qui seul est fort, saint et élevé ; qui seul a fondé les siècles, le monde, le ciel, la terre et la mer et qui seul les détruira ; qui seul a séparé le jour d'avec la nuit, la Lumière d'avec les ténèbres, le pur d'avec l'impur ; et qui seul a pu sceller de son nom les oeuvres immuables de sa pensée, de sa volonté et de son action en faisant apparaître deux grands luminaires ; Je vous conjure tous, ô Esprits aussi infinis en nombre, que différents en noms et vertus, pour que la force invincible du nom que j'invoque devant vous, ô +10  et avec vous, vous daignez m’être favorables dans toutes les occasions où j'aurai recours à vous par ce nom et pour mes besoins tant spirituels que temporels. Secourez-moi selon les vertus et les facultés qui vous sont réparties à chacun par la tendresse et la miséricorde de l'Eternel pour l'avantage de l'homme. Entendez les demandes que je fais dans ce travail, contribuez par votre intercession et par vos soins à leur accomplissement selon mon désir et autant qu'en tout ou partie elles seront conformes à  la volonté du Créateur notre Dieu. Suppléez par votre intelligence à tout ce que ma volonté incertaine avait de contraire à cette volonté inaltérable. Purifiez dès maintenant et à jamais

mon corps, mon coeur et mon âme par votre pureté, par vos inspirations, par votre charité pour l'homme, pour cette créature si précieuse à l'Eternel, si majestueuse dans son origine, si faible et si dégradée aujourd'hui par sa propre faute, mais si digne encore de vos soins et de votre secours depuis la promesse de sa rédemption. Ô Esprits émanés comme moi du sein fécond du Père Eternel, vous le savez, sa gloire dont vous êtes si jaloux, ( barré : serait imparfaite) n’est pas complète tant que l'homme restera soumis à sa justice ; c'est pour abréger le cours de cette justice dont l'effet est cependant nécessaire, qu'il vous est ordonné de veiller sur nous et de nous guider lorsque nous vous appelons sincèrement pour nous conduire au pied du Réconciliateur divin qui nous a rachetés par le plus grand mystère de charité et du consolateur adorable par qui ce mystère s'accomplit sans cesse. Je m'adresse particulièrement et nommément à vous, ô bienheureux Esprits, qui êtes chargés par l'Eternel de veiller à la réconciliation entière de mon être spirituel ; je vous conjure par le nom puissant de Dieu clément et miséricordieux, ô + 1 0. de venir au secours de mon âme toutes les fois qu'elle sera en danger de succomber au mal ; toutes les fois qu'elle vous appellera par ses désirs, par ses soupirs et par ses méditations ; toutes les fois qu'elle aura faim et soif d'intelligence, d'instructions et de conseils. Je vous le demande plus particulièrement à toi ô (on nomme son bon ange gardien connu ou adoptif) auquel je suis expressément confié par l'Eternel ; et je te conjure de m'aider à obtenir la protection et l'assistance des Esprits que j'ai invoqués et la soumission de ceux qui me restent à invoquer. Je m'adresse aussi particulièrement à vous, Esprits qui êtes chargés par l'Eternel de veiller à la formation, à l'entretien et à la succession des parties qui constituent mon corps

matériel ; je vous conjure par le même nom puissant du dieu créateur et première cause de tout ce qui apparaît, o + 1 0. de venir au secours de ma forme corporelle matérielle toutes les fois qu'elle sera en danger d'une dissolution prématurée; toutes les fois que quelqu’une de ses parties perdra l'équilibre et l'ordre établi pour sa durée fixée par l'Eternel ; et toutes les fois que je vous appellerai pour rétablir et réparer le dérangement de ma santé ; je vous soumets pour ce à la puissance supérieure à la vôtre de l’esprit qui est établi mon guide et mon Gardien o + (on le nomme) et je te le commande encore plus particulièrement à toi ô + L. 64. pour la constitution de ma forme et à toi o + L.69. pour l’oeuvre et l’entretien de ma forme, et à toi o + L.76. pour la réparation et la succession des parties de ma forme jusque au moment fixé pour son entière destruction ; unissez-vous tous trois pour l'accomplissement de ma demande et indiquez-moi clairement ce que je dois faire ou éviter pour la conservation de ma santé en général. Je m'adresse aussi particulièrement et nommément à vous, Esprits dégagés des liens de la matière, qui jouissez maintenant du fruit de vos vertus et dont j'ai le bonheur de porter les noms, ô (on nomme ses patrons réels et adoptifs) je vous conjure par ce nom que vous avez invoqué avec tant de confiance et de ferveur ô +10 de contribuer à mon salut éternel par vos prières et votre intercession auprès du Père des miséricordes, auprès du fils Rédempteur et auprès de l'Esprit consolateur. Obtenez pour moi les grâces, les secours et la clémence de la Divinité qui vous récompensera aujourd'hui dans les combats que vous avez livrés dans ce séjour où je suis amer ; faites que j'en sorte triomphant comme vous en m’assistant de vos lumières. Je m’adresse enfin directement et nommément à vous, esprits puissants qui dirigez les planètes en surveillant à ceux qui les gouvernent, ô (on nomme les huit anges des planètes) je vous conjure par ce nom qui est votre loi ô + 10 de me faire connaître chacun selon votre charge tout ce qu'il m'est nécessaire de savoir touchant vos astres, leurs habitants, leurs destinations et leurs actions et influences les uns avec les autres et singulièrement avec la terre. Je le demande plus particulièrement encore à toi ô (on nomme l'ange du jour) fais-moi connaître tout ce qui concerne ta planète et son rapport direct avec la terre que j'habite, avec les formes particulières et avec tous les êtres raisonnables et irraisonnables qui y sont renfermés. Qu’au nom de Dieu tout puissant ô +1 0 je vous conjure tous, Esprits que j'ai invoqués en ma qualité d'image et de ressemblance divine et en vertu de vos rapports et de votre mission dans le temporel à cause de l'homme seul dont vous êtes établis les guides et les compagnons, je vous conjure par la puissance infinie des noms de l’Eternel ô + 1 0  que vous entendiez favorablement les demandes et les prières que je fais à l’Eternel par votre canal, que vous les portiez au pied de son trône, purifiées par vous et que vos vœux ardents et efficaces m'en fassent obtenir l'accomplissement dans ce travail et pendant tout le cours de ma durée temporelle. Ô esprits qui approchez de plus près la majesté de celui qui est, portez-y aussi mes prières pour tous les ouvrages du Créateur, pour toutes ses créatures, pour toute la Nature ! Joignez-vous à moi pour obtenir de sa clémence infinie envers l'homme un adoucissement à la privation où sont condamnés ceux de mes semblables qui n’ont pas encore satisfait à sa justice depuis leur séparation d'avec la matière ; joignez-vous à moi pour obtenir de sa miséricorde la propagation de la lumière de son nom, de son culte et de sa volonté parmi nos semblables ; joignez-vous enfin à moi pour obtenir de son immutabilité d'abréger les temps où tout doit rentrer dans l'unité adorable d'où tout est émané. Amen. On fera les demandes particulières sans confusion, en s'adressant aux Esprits analogues à chaque demande. Si la planète en action qui est celle du jour offre une croix, c'est un signe de succès.

 

Source : le Manuscrit d’Alger

Par Martinez de Pasqually - Publié dans : Rites et rituels
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Mercredi 24 octobre 2012 3 24 /10 /Oct /2012 08:02

  

Le premier banquet est celui de la Trinité.

Le second est celui de St Jean-Baptiste.

Le troisième est celui de St Jean l'Evangéliste.

Le quatrième est celui de Pâques qui se fait à la troisième fête.

Pour la fête de la Trinité

Tous les frères de chaque établissement assisteront à une messe qui sera commencée à neuf heures et demie pour être finie à dix heures et demie ; et reviendront tous au (barré : temple) parvis du temple.

Tous les officiers dignitaires monteront dans le temple (* page 20), on en allumera toutes les lumières, alors les chefs conducteurs feront entrer tous les frères en général aux usages ordinaires.

Le T.R.M. d'Orient dit au Maître de Cérémonies de faire placer dans le cercle qui entoure celui du centre où est placée l'Etoile flamboyante douze frères des plus avancés en grade et des plus anciens sans cependant y comprendre aucun officier dignitaire.

On attachera au plancher perpendiculairement sur l'étoile du centre un oriflamme de l'intérieur de laquelle pendra une touffe de 12 rubans couleur de feu assez longs pour que les 12 frères qui sont placés comme il a été dit puissent tenir d'une main chacun un de ces petits rubans. Cet oriflamme sera blanc, bordé d'une faveur noire sur le côté qui regardera le midi et une faveur bleue sur le côté qui regardera le septentrion. L’entre-deux sera bordé d'une faveur rouge. Les surveillants du porche sont placés dans le temple en face des surveillants du temple au dessous des circonférences formant entre eux quatre un carré parfait comme il est figuré dans un grand temple par les quatre étoiles placées de même. Le T.V.Me. d'occident se tient aussi debout entre les deux surveillants ; le T.R.Me. d'Orient se tient de même entre les deux siens ; le Maître des Cérémonies du temple sur la droite du T.R.Me. d'orient ; le Maître des cérémonies du porche sur la droite du T.V.Me. d'occident. Les autres officiers dignitaires se placeront en colonne derrière leur chef conducteur respectif. Le Maître des cérémonies en plaçant les 12 frères observera de leur faire laisser un passage libre à l'orient et à l'occident pour que les deux maîtres de ces parties puissent entrer dans le centre et en sortir sans causer de dérangement. En ce jour, on n’allume aucune bougie du porche, tout y reste dans les ténèbres, attendu que les 3 principales lumières figurées par le T.V.Me. d'occident et ses deux surveillants n'y sont point. Les frères du porche seront placés dans leur classe aux usages ordinaires, ils seront debout faisant face au trône d'orient. Le Maître des cérémonies observera de faire tenir le petit ruban de la touffe de l'oriflamme de la main gauche aux six frères qui seront placés du côté du midi et de la main droite aux six qui seront du côté du septentrion. Si dans un temple, il se trouvait encore d’autres frères surnuméraires, le Maître des cérémonies les fera placer hors du cercle où sont les 12 premiers et derrière eux et tout contre eux de manière qu'ils puissent tenir chacun le bout du cordon d'Elu d'un de ces 12 premiers. Sur une ou plusieurs circonférences.

Les 12 frères célébrants seront habillés d'une veste, culotte, bas et souliers blancs ; ils n’auront sur eux aucun métal, pas même une épingle. Tous les autres frères ce jour-ci auront s'il est possible un manteau noir, veste, culotte, souliers de même ; les uns et les autres n'y auront point de boucles.

Tous les frères seront tête nue pendant toute la cérémonie, excepté les deux Maîtres d'orient et d'occident et les autres dignitaires qui auront chacun la coiffure qui leur est prescrite par les statuts généraux. Tous les frères en général ne se vêtiront que du cordon d'élu et du cordon bleu. Ceux qui auront le ruban blanc le porteront aussi par dessus le tout selon leur grade.

Tout étant ainsi disposé, les deux chefs conducteurs entrent au centre des circonférences sans glaive à la main, l'un après l'autre, ayant l'étoile du centre entre eux deux et ils prennent la posture prescrite. Le T.R.Me. d'orient dit au T.V.Me. d'occident : "Béni soit celui qui vient à moi dans ce lieu au nom de l'Eternel ô + 10. " Le T.V.Me. d'occ. répond : "Loué soit celui qui me parle au nom de l'Eternel" et prononce le même mot. Tout ceci se dit à voix basse. Le .R.Me. d'orient dit ensuite de même "Je veille sur toi homme, depuis ton origine, veille donc aussi sur moi, toi qui es mon image et ma ressemblance". Le T.V.Me. d'occident répond "amen" après quoi ils se marquent réciproquement le front entre les deux yeux un peu au-dessus des sourcils avec du cinabre rouge qu'ils tiennent sur eux dans une petite boite mise dans leur ceinture. Le doigt médius de l'un et de l'autre sera seul allongé, les autres doigts de

la main seront fermés et contenus par le pouce. Le T.R.Me. d'orient commence et dit avant et ayant le doigt à un pouce du front du V. Me. "Sois marqué par moi, homme dieu, image et ressemblance divine du sceau redoutable et invincible qui dirige et conduit tout l'univers dans sa course passagère, ainsi que tous les mineurs qui l'ornent par leur présence et le décorent par leur vertu et puissance spirituelle divine ; et qu'en vertu de cette marque que j'applique sur ton front, (il appuie le doigt sur le front du V. Me. jusqu’à la fin) ton âme soit jointe avec l'Esprit Saint qui est chargé de sa conduite, de sa pensée, de sa mémoire et de ses actions quelconques ; et que purifiée par lui, elle puisse lire plus particulièrement dans le Livre de Science universelle divine et spirituelle, ainsi que nos prédécesseurs l'ont obtenu par le secours de celui qui te fait marquer par moi en son nom (le même ô + 10) ". Après quoi le T.R.Me. d'orient baise le front du T.V.Me. d'occident en s'appuyant réciproquement les deux mains sur les épaules, ensuite il s'inclinent l'un devant l'autre ayant les deux mains chacun en croix sur la poitrine le bout des doigts proches des muscles de l'épaule. Ils quittent cette attitude pour reprendre celle des deux mains sur les épaules l'un de l'autre. Alors le T.V.Me. d'occident fait la même cérémonie sur le T.R.Me. d'orient et lorsqu'il est dans le moment du doigt près du front du T.R.Me. d'orient, il dit " Je rends grâce à ta bonté infinie, ô très haut et très V. Me pour le mineur qu'il t'a plu de faire marquer de ton sceau redoutable et invincible, pour la protection duquel il a été et il est devenu semblable à toi en toutes tes oeuvres, vertus, paroles, pensées et puissance spirituelles et par ce mot redoutable (il prononce le même mot ô + 10) je persiste dans mon intention immuable, d'être empreint en toi-même comme tu es en moi. Amen. Il baise le front du T.R.Me. d'orient, ils s'inclinent tous deux les bras croisés comme ci dessus et retournent chacun à leur place.

Les deux conducteurs s'assoient dans un fauteuil placé aux pieds de leurs trônes et toujours entre leurs surveillants. Le T.R.Me. d'orient aura sur sa droite un tabouret sur lequel sera la bible, sur la gauche un autre tabouret sur lequel sera le livre des statuts et du cérémonial de l'ordre ; il tiendra sur ses genoux une assiette de terre cuite sur laquelle il y aura la petite boite où est la couleur rouge.

Le T.R.Me. d'orient dit au T.V.Me. d'occident de faire avancer devant lui le plus ancien des frères qui tiennent les rubans de l’oriflamme pour renouveler son obligation au G. A. de l'U. et à l'ordre. Le T.V.M. d'occident va prendre le plus ancien de ces frères, le conduit à pas libres par la main droite devant l'orient, lui fait mettre le genou droit en terre entre les deux tabourets qui se trouvent un peu en avant du T.R.Me. d'orient et les mains en équerre sur les deux livres qui sont dessus les tabourets. Lorsque le plus ancien des douze frères est ainsi placé le T.V.Me. d'occident retourne s'asseoir sur son fauteuil ; après quoi le T.R.Me. d'orient demande à ce Frère :

1° quelle est sa façon de parler sur l'ordre qu'il a embrassé volontairement.

2° quel avantage il pense pouvoir retirer de son entrée dans l'ordre.

3° quel but il imagine que peut avoir l'ordre.

Le T.R. Me d’orient lui fait un petit discours en conséquence de ses réponses à ces trois questions. Après quoi il lui fait renouveler ses engagements ainsi qu’il suit :  

Renouvellement des engagements  

Je, (N. N. de famille et de baptême) promets au G. A. de l'Univers d'être inviolablement attaché à sa sainte loi, à ses préceptes, à ses commandements, à ma religion, à mon Roi, à ma patrie et à mes frères. 

Je promets d'être fidèle observateur des lois, règlements et cérémonies de l'ordre des coëns que j'ai volontairement embrassé et dans lequel je persiste volontairement aussi. Je promets sur ma parole d'honneur de ne me soustraire en rien à aucun de ces engagements, d'obéir avec docilité aux chefs de l'ordre et en particulier de ce temple en tout ce qu'ils m'ordonneront concernant le bien de l'ordre et de ses membres. Je prends tous mes frères ici présents à témoins de ce renouvellement de mes engagements que je fais en présence des chefs conducteurs et des officiers dignitaires de ce temple. Qu'ainsi Dieu soit à mon aide et me tienne pour un temps immémorial en sa sainte garde. amen.

Ensuite le T.R.Me. d'orient marque le front du frère avec la couleur rouge en lui disant le doigt appuyé sur le front : "Sois marqué, homme, du Signe Saint et très Saint, redoutable et invincible que l'Eternel fit donner par l'Esprit Saint de vertu, de force et de puissance à son fidèle serviteur Abraham ; et que par ce même signe tu sois toute ta vie l’emblème réel de celui qui te fait marquer par moi tant en vertu, qu'en force et en puissance. Amen.

Pendant que l'on marque le frère au front, le T.V.M. d'occident quitte sa place, vient derrière lui et lorsque le Me d'orient a cessé de parler il prend le frère par la main droite et le conduit à pas libres à la place où il l'avait pris. Il prend actuellement et de même le second frère, le conduit à l'orient, lui fait prendre la même attitude et retourne s'asseoir sur son fauteuil. Il en fait autant pour les dix autres frères célébrants.

Les douze frères célébrants conserveront, étant marqués, la même place et attitude dans le cercle qu'auparavant et ce jusqu’à la fin de la cérémonie du renouvellement des engagements.

Si les autres frères qui les entourent sont trop nombreux, pour ne pas trop allonger la cérémonie, le T.V.M. d'occident en fera deux bandes, le plus ancien de chaque bande ou le plus élevé en grade sera à la tête. Il prendra seul l'attitude des 12 premiers devant le T.R.Me. d'orient, il répondra pour lui et pour sa bande aux trois questions et fera de même pour le renouvellement d'engagement en son nom et pour tous les frères de sa bande ; tous ces frères auront derrière lui le genou droit en terre, la main gauche en équerre de champ sur la terre, le bras allongé le long du corps et la main droite également en équerre de champ sur la terre, le bras tendu en avant à sa hauteur naturelle. Ils resteront dans cette attitude jusqu’à ce que le frère qui est à la tête se relève, ce qu'ils feront aussi pour regagner tous leurs places.

Après que les frères assistants auront tous renouvelé ainsi leurs engagements sans recevoir cependant le sceau qui n'est donné qu'aux douze célébrants, le T.V.Me. d'occident, s'il n'est point R+, et le R. Me. Inspecteur du temple partagent tous les officiers dignitaires en deux bandes, les font placer comme il a été dit pour les frères assistants trop nombreux, se mettent chacun à la tête d'une bande et prêtent successivement leur renouvellement d'engagements comme ci-dessus.

Cette cérémonie étant finie tous les officiers dignitaires et tous les autres frères reprennent leur place ordinaire de travail ouvert, excepté les deux conducteurs d'orient et d'occident et les douze frères célébrants. Le T.R.Me. d'orient dit au T.V.Me. d'occident de faire approcher de lui deux frères dans les douze célébrants. Le T.V.M. d'occident va les prendre chacun par une main et à pas libres, les conduit à l'orient et reste derrière eux. Ces deux frères et le T.R.Me. d'orient forment ensemble une circonférence en s'appuyant réciproquement les mains sur les épaules. Etant ainsi, le T.R.M. leur dit à demi voix : "Mes frères, qu'il vous souvienne que le sang du juste crie encore vengeance aux cieux et qu'en cette mémoire, il vous est défendu de par l'Eternel de tremper vos mains dans le sang de vos frères et de souiller vos mains par aucune impureté. Ne soyez point avides de sang et n'en mangez jamais, puisqu’il vous est défendu, parce qu’en lui gît la vie".

Après cela le T.R.Me. d'orient fait placer ces deux frères l'un à sa droite l'autre à sa gauche ; pendant ce temps le T.V.Me. d'occident va chercher deux autres frères célébrants, les conduit et les place de même et se tient en arrière d'eux. Le T.R.Me. d'orient fait avec eux et leur dit la même chose qu'aux deux premiers et les fait placer de même à sa droite et à sa gauche. On en use ainsi successivement pour ces douze frères, de sorte qu'à la fin ils se trouvent placés six à droite et six à gauche du T.R.Me. d'orient et le T.V. Maître d'occident reprend sa place.

Nota. Toute cette cérémonie n'a lieu jusqu’ici que pour les officiers dignitaires et les frères du Temple et du Sanctuaire.

Après qu'elle est finie, le T.V.Me. d'occident rentre dans le Porche à sa place ordinaire sans cependant que ses deux surveillants se déplacent du Temple où ils restent. Le Maître des cérémonies du Porche le suit ensuite faisant porter par deux des frères gardes les livres qui étaient sur les deux tabourets à l'orient, ils seront placés de même à l'occident et seront gardés par les deux frères gardes, le glaive à la main et à l'ordre. Le T.V.Me. d'occident dit au Maître Inspecteur du Porche de faire mettre deux à deux tous les apprentifs Compagnons et Maîtres de cette classe et de les conduire ainsi devant lui sur une colonne, ou sur deux seulement s'ils sont trop nombreux ; les deux plus anciens Maîtres seront à leur tête et le chef de chaque bande pratiquera tout ce qui a été prescrit pour le Temple. Ensuite tous les officiers dignitaires du Porche feront la même chose. Après que le T.V.M. d'occident aura fini sa cérémonie dans le Porche, on reportera dans le même ordre les livres où ils étaient dans le Temple. Alors les Surveillants du Porche reprennent leurs places ordinaires de travail ouvert.

Cette cérémonie sera célébrée dans le Temple régulièrement assemblé et les quatre portes du Temple seulement ouvertes. Les trois portes du Porche ne s'ouvrent point parce qu'il n'y en a point en ce jour. La batterie pour l'ouverture du temple est celle d'Elu par quatre fois quatre qui sera cependant répétée par le T.V. Maître d'occident et ses deux surveillants qui sont dans le temple. Cette batterie par son addition indique le nombre spirituel.

Pendant que les surveillants du porche y rentrent pour occuper leurs places accoutumée, le Maître des cérémonies de cette classe va à pas libre avec une bougie à la main demander de la lumière du temple au Maître des cérémonies du Temple ; celui-ci prend cette bougie et va à pas libres l'allumer à une de celles qui brûlent sur l'autel d'orient, la présente allumée en se mettant à l'ordre au T.R.Me. d'orient qui prononce dessus ô + 10 du centre, la rend au Maître des cérémonies du Porche, étant tous les deux à l'ordre. Ce dernier toujours à l'ordre va au trône d'occident, présente la bougie au T.V. Maître qui prononce dessus le même mot, en allume son chandelier et la lui rend ensuite ; de là il va allumer lui-même les bougies des deux surveillants de sa classe et remet ensuite cette bougie au premier frère garde du Porche pour qu'il en allume toutes celles des autres dignitaires, pendant qu'un autre frère garde, en ayant

allumée une autre bougie, va éclairer toutes celles qui sont placées dans le Porche selon le cérémonial général de l'ordre.

Après que l'illumination du Porche sera faite, le T.R.Me. d'orient, ou le T.V. Maître d'occident, ou l'un ou l'autre Maître Orateur fera un discours instructif sur la cérémonie de ce jour. On en trouvera un précis à la suite de ce cérémonial.

Le discours d'instruction étant fini, le T.R.Me. d'orient fermera les quatre portes du Temple et les trois du Porche, quoique ces dernières n'ayant pas été ouvertes, et qu’il n'y ait point eu de mot, de consigne, de signe et de batterie donnés dans cette classe. Les surveillants cependant et le T.V.Me. d'occ. rendront à l'ordinaire les signes et batterie. 735  Cette fermeture faite par la classe du Porche aux usages ordinaires et de concert avec ceux du Temple, fait allusion à la jonction filiale que les étrangers idolâtres firent au sortir d'Egypte avec les enfants d'Israël en se soumettant à suivre leur loi divine et spirituelle que Dieu avait donné par la voix de Moïse. Ce qui a été renouvelé depuis par l’affiliation des gentils à la loi du Christ, après que toutes ses opérations spirituelles contenues dans cette loi furent entièrement finies par lui.

Tous les frères, tant du Temple et du Porche que les visiteurs qui auront assisté à cette cérémonie, pourront à la suite faire ensemble un repas très frugal, où il ne sera fait aucune cérémonie de l'ordre. Le chef recommandera seulement le respect et la décence après une pareille solennité et veilleront à ce qu'on ne s'entretienne ni de Religion, ni de politique ni de choses mondaines. Le chef conducteur fera une courte prière au commencement et à la fin du repas.

fin de la cérémonie du jour de la Trinité

Le T.R.Me. d'orient après avoir fait le feu nouveau et en avoir allumé la bougie destinée pour le centre avec les cérémonies prescrites, va seul au centre du tracé, la tenant de la main gauche, pour y tracer le mot sur 10, ensuite il fait sur cette bougie avant de la placer et après qu'elle est placée tout ce qui est prescrit pour cette cérémonie. Après quoi, restant à genou du genou droit seulement ayant la main gauche à l'ordre, le Me des cérémonies lui donne un glaive. Le T.R.Me. d'orient l'ayant pris de la main droite s'appuie dessus un moment pendant lequel il fait une prière pour sa purification. Ensuite il fait sur lui les trois signes du glaive et le 4e sur la terre, ce qu'il répète trois fois, finissant par jeter le glaive hors du cercle, à chaque fois qu'il porte le coup sur la terre, il dit abrenuntio. 

Restant dans la même attitude, mais avançant la main droite en équerre du champ sur la bougie du centre, il prononce, au signe de Moïse, le mot qui y est tracé et dit à haute voix : 

ô Eternel notre Dieu, nous t'offrons le sacrifice de nos esprits, de nos âmes et de nos corps, pour que nos pensées, volontés et actions te soient agréables dans la solennité que nous allons célébrer en l'honneur de ta Majesté et de ton essence unitrinaire ; donne à chacun de nous le désir sincère et la force de remplir ta loi sainte, afin que nous puissions tous jouir en toi et par toi des promesses que tu as daignées nous faire par ta pure miséricorde. Béni soit ton saint Nom ô + 10. Amen.

Après quoi le Maître des cérémonies présente au T.R.M. d'orient une bougie que celui-ci allume à celle du centre et la lui rend en se relevant et va ensuite à sa place aux usages ordinaires. Le Maître des cérémonies allume et en fait allumer toutes les bougies, répond aux mots 

Pour la fête de St Jean-Baptiste 

Au retour de la messe, tous les frères (étant) rendus au Parvis du temple et les officiers dignitaires entrés dans le temple, le T.R.M. d'orient ordonne le tracé qui n'est en ce jour qu'un quart d'angle à l'est, terminé par un double rayon au centre duquel on mettra une tête de chevreuil sur un plat de terre et à côté le nom d'esprit de Jean sur 8. avec sa bougie. Le Maître des cérémonies place ensuite sept glaives en circonférence au centre de l'appartement. Le T.R.Me. d'orient ayant fait le feu nouveau, en allume la bougie du quart d'angle et va la placer avec les cérémonies prescrites sur le nom de l'Esprit de Jean. Après quoi, il ordonne l'entrée de tous les frères dans le temple. Le Maître des cérémonies les fait tous placer indistinctement avec les dignitaires sur une seule ligne depuis l'angle du nord jusqu’à celui d'ouest et même jusqu’à celui du sud si les frères étaient nombreux et s'ils l'étaient encore plus, il les ferait ranger sur deux lignes en s’y mettant ensuite lui-même. Ils seront placés par grades et par ancienneté. Tous les frères étant ainsi placés, le T.R.M. d'orient va prendre à pas libres un des sept glaives du centre et retourne à l'ouest, d'où il commence la marche de Ballet (.) du pied droit ; au premier pas, il lance de la main droite un coup de son glaive vers midi en disant abrenuncio, au second pas, il en fait autant vers le nord ; au troisième pas, vers midi et ainsi successivement jusqu'à ce qu'il soit arrivé à l'angle d'est. Y étant arrivé, il y entre par trois pas balancés à l'ordinaire, tombe le genou droit en terre ; pendant ce temps il doit avoir la main gauche à l'ordre ; il fait sur lui les trois signes du glaive et le 4e sur la tête de chevreuil en disant abrenuncio, ce qui se répète trois fois. Il finit par laisser le glaive plongé dans la tête de chevreuil, ensuite restant dans la même attitude, il avance la main droite en équerre sur la bougie, la gauche restant à l'ordre, prononce trois fois sans aucun signe le nom sur 8 qui est dessous et dit à haute voix :

Je te conjure, ô esprit de Ionan, par toi et par ceux qui sont avec toi, de faire jonction avec mon esprit, mon âme et mon corps et de les présenter à l'Eternel pour qu'il me fasse la grâce que je puisse participer dignement à l'opération sainte que tu as faite pour sa plus grande gloire sur cette surface. Amen.

Le T.R.Me. d'orient se relève ensuite et reste debout à côté de l'angle, delà il appelle successivement six autres frères du temple les plus avancés en grades et les plus anciens en commençant par le V.M. d'occident qui viennent faire entièrement la même chose et pendant ce temps il tient sur la tête de celui qui la fait sa main droite en équerre. Excepté ces sept frères, tous les autres ne sont qu'assistants. Cette cérémonie étant finie, le T.R.Me. d'orient fera tracer une circonférence au centre de l'appartement dans laquelle il tracera les mots, caractères et hiéroglyphes qu'il jugera à propos avec leur bougie. Cela étant fait et chacun ayant repris sa place ordinaire, il ouvre les travaux à l'ordinaire. Il fait un discours instructif sur la cérémonie du jour et procède ensuite à la nomination des dignitaires ou à la confirmation des anciens, à la vérification des travaux des frères pour leur avancement en grade et à l'inspection des registres du temple. Après quoi il ferme les travaux aux usages ordinaires et fait effacer le tracé. Ce jour est destiné pour donner communication au Souverain de toutes les opérations qui se sont faites dans le temple pendant l'année. Pour le repas voyez celui de la Trinité. 

Pour la fête de St Jean l'Évangéliste. 

Tout le cérémonial est le même que le précédant excepté qu'il y aura une tête de chevreau avec le nom de l'Esprit de Jean l'Évangéliste sur 8 dans le quart d'angle. S'il y a quelque remplacement de dignitaire à faire, le T.R.M. d'orient le fait un jour par intérim et sans cérémonie. 

Pour la fête de Pâques qui se célèbre la 3e des trois fêtes. 

Au retour de la messe tous les frères étant rendus aux parvis, le T.R.Me d'orient fait rôtir un agneau entier après en avoir ôté tout ce qu'il convient, les frères tous décorés se rangent au banquet qui est servi à l'heure ordinaire. On ouvre le travail comme aux deux précédentes fêtes sans ordre ni consigne. Ensuite il fait un exorcisme sur l'agneau que l'on a placé devant lui et le bénit. Il découpe après les deux filets de l'agneau dans toute leur longueur en  observant de ne pas scier, il les partage en autant de petites portions qu'il y a de frères à table et leur en présente un à chacun au bout d'une fourchette ; une seule bouchée suffit ; il leur donne aussi à chacun en même temps une bouchée de pain. Les frères restent debout pendant toute cette cérémonie sans quitter leur place parce que le T.R.Me. d'orient fait la ronde en faisant à voix basse des prières relatives. Ce qui restera de l'agneau sera donné aux pauvres. Cette cérémonie fait allusion à la nourriture spirituelle que le C. a donné à ses disciples par sa mort. L'agneau étant mangé comme il est dit, les frères s'assoient et font leur repas à l'ordinaire. Voyez aux fêtes précédentes. 

Canevas d'un discours d'instruction pour la fête de la Trinité. 

Le T.R.Me. d'orient dans le centre d'une circonférence entouré de douze frères tenant chacun un ruban de l'oriflamme, fait allusion à la seconde opération que l'Eternel manifesta à Moïse pour lui donner pouvoir force et puissance pour délivrer son peuple élu de l'esclavage d'Egypte. Les douze rubans font allusion aux douze dons spirituels divins que Moïse y reçut et qui le rendirent si fort, si savant et si supérieur dans toutes ses opérations spirituelles pour le bien et contre le mal. Il devint lui-même le second type de la manifestation de la gloire du Dieu vivant comme Noé en avait été le premier type lorsque l'Eternel le choisit pour être spectateur de sa justice contre la terre et ses habitants qu'il réduisit en cadavres à l'exception du petit nombre conservé dans l'arche pour rendre témoignage de ce fléau dont Dieu a puni la terre et ses habitants et de sa justice qu'il exercerait contre ceux qui marcheront contre sa loi, préceptes et commandements. Noé est donc un premier type par son témoignage et par la réconciliation qu'il a faite du reste des mortels avec Dieu ainsi qu'il a appris à connaître par un signe mystérieux l'arc-en-ciel que Dieu avait donné vie à la terre et réconcilié le reste des mortels avec elle. Noé réconcilia le tout avec l'Eternel. C'est de cette première époque que le travail de Noé fut appelé opération puissante sur la vertu des eaux qui sont le second principe de la création universelle.  L'Eternel manifesta sa seconde opération divine en présence de Moïse dans le désert d'Horeb où il l'avait appelé pour recevoir ses ordres de puissance La forêt de ce désert était assez considérable ; Moïse étant au centre de cette forêt, entendit une voix effroyable et vit tout de suite descendre autour de lui douze traits de feu qui l'environnèrent si promptement qu'il craignit d'en être consumé ; son trouble fut si grand qu'il ne put soutenir l'attitude qu'il avait prise pour recevoir les commandements de Dieu, il acheva sa prosternation en terre en y appuyant sa face, sa vue physique matérielle ne pouvant plus supporter le grand feu spirituel qui l'environnait. Dans cette nouvelle attitude il reçut enfin les ordres de l'Eternel et fut marqué du quatriple sceau de Dieu, dont deux étaient empreints visiblement sur son front à côté de chaque oeil sous la forme de deux rayons de feu spirituel qui rendaient sa face éblouissante aux yeux de tous lorsqu'il faisait usage de sa quatriple puissance divine. Ce sont ces deux rayons que l'on prend vulgairement pour deux cornes sur le front de Moïse. C'est ce feu spirituel qui entourait la forêt d'Horeb pour en écarter tout profane qui a fait dire de même que Dieu avait apparu à Moïse dans un buisson ardent. La circonférence formée par douze frères est la figure de cette circonférence mystérieuse. Le T.R. Maître d'orient au centre de cette circonférence représente l'Eternel dans celle du désert d'Horeb ; l'entrée du T.V.Maître d'occident dans la circonférence fait allusion à celle de Moïse dans la circonférence mystérieuse. La communication secrète que les deux conducteurs du Temple font entendre dans la circonférence du centre est la figure de celle que Moïse eut avec Dieu secrètement en présence de sa cour spirituelle pour aller faire sortir son peuple de l'esclavage, le diriger et le conduire en force et puissance à sa destination. Les douze frères qui tenaient les rubans couleur de feu font allusion aux douze principaux chefs d'Israël sur lesquels Moïse rendit réversible ses douze dons spirituels sans que cela diminue rien de sa puissance pour la conduite particulière du peuple de Dieu qui était expressément soumise à Moïse. Les lumières qui brillent dans ce temple ont chacune leur nom mystérieux, leurs vertus et leurs puissances et font allusion aux différents Esprits saints qui ont assisté à l'opération que l'Eternel a faite en faveur de Moïse et de son peuple chéri. La marque mise sur le front des douze frères par le T.R.M. d'orient est la figure de celle que Moïse mit sur le front des douze principaux chefs d'Israël auxquels il communiqua par le moyen du signe du sang de l'holocauste de pacification, la vertu, la puissance et l'autorité spirituelle de correspondance divine. Le serment que les douze frères célébrants font entre les mains du T.R.M. d'orient fait allusion à l'acceptation cérémonielle de culte divin que les chefs firent entre les mains de Moïse pour leur servir de règle cérémonielle pour mettre en usage et en pratique les vertus et puissances qui leur avait été transmises par autorité divine avant la loi donnée. L'obligation renouvelée par tous les frères assistants du temple fait allusion à l'acceptation que les Israëlites firent de la loi divine que Moïse leur donna après l'avoir descendu du haut de la montagne mystérieuse dénommée Sinaï. Le renouvellement d'engagement que tous les frères de l'ordre font entre les mains du T.V.Maître d'occident après la grande cérémonie faite, fait allusion au serment de fidélité, de soumission et d'affiliation que les étrangers idolâtres firent pour adopter la loi divine que Moïse avait donné aux enfants d'Israël.

Source : le Manuscrit d'Alger

Par Martines de Pasqually - Publié dans : Rites et rituels
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Mercredi 24 octobre 2012 3 24 /10 /Oct /2012 08:00

Le grade de Réaux-Croix reste l’un des plus énigmatiques du système initiatique de l’ordre des Chevaliers Maçons élus coëns de l’univers. Alors qu’il existe nombre de textes et documents sur les cérémonies d’initiation aux divers grades de l’ordre fondé par Martinès de Pasqually, celui qui couronne sa hiérarchie n’est que partiellement connu. Dans le livre qu’il a consacré à l’étude des grades coëns, Les Sept Sceaux des Élus coëns, Serge Caillet se livre à une enquête minutieuse sur les diverses sources permettant de soulever les mystères qui entourent le grade de Réaux-croix ; Il évoque en particulier « deux pièces majeures » y faisant référence : une note de Louis-Claude de Saint-Martin figurant dans le Fonds Z, les « Extraits des notes manuscrites confiées par le maître de la Chevalerie», et l’« Extrait de préparation et de précaution pour une réception de R+ » dans le Manuscrit d’Alger .Serge Caillet souligne que ces documents, d’une parfaite cohérence, permettent de « reconstituer les grandes lignes et le cadre de la cérémonie». Or, il existe une autre source, la lettre adressée par Martinès de Pasqually à Jean-Jacques Bacon de la Chevalerie le 2 mai 1768. Dans ce texte, le Grand Souverain décrit à celui qui est alors son Substitut Universel la procédure qu’il doit suivre pour conférer le grade de Réaux-Croix à Jean-Baptiste Willermoz, lors d’une cérémonie prévue les 11, 12 et 13 mai 1768 à Paris. Contrairement à qui est dit parfois, Bacon de la Chevalerie n’outrepasse pas ses droits en conférant ce grade. Par contre, Martinès de Pasqually lui reproche d’avoir promis à Willermoz de l’initier en dehors des périodes d’équinoxe. Ce défaut ne permettant pas d’attaquer « à l'Est directement, ce temps étant passé », Martinès de Pasqually recommande donc à Bacon de la Chevalerie : « Attaquez l'angle de l'Ouest comme votre chef angle. » Le Grand Souverain précise cependant qu’une opération « faite hors de son temps est sans fruit ». De fait, devant le peu de bénéfices recueillis par Willermoz, Martinès de Pasqually proposera bientôt de corriger cette situation en procédant à une « ordination par correspondance sympathique». Par la suite, il se montrera plus vigilant sur les modalités de transmission au grade de Réaux-Croix et se réservera le privilège de la conférer. La mise en parallèle de cette lettre avec les deux « pièces majeures » évoquées au début de cette étude donne l’impression qu’il s’agit là de la source à partir de laquelle ces dernières ont été rédigées. Elles en reprennent en effet les éléments essentiels, suivant exactement les phases du cérémonial décrit dans la lettre de Martinès de Pasqually. Il s’agit donc d’un document capital, que Gustave Bord a publié dans La Franc-Maçonnerie en France des origines à 1815.Gérard van Rijnberk lui-même ne le reproduit pas dans l’ouvrage qu’il a consacré au fondateur des Élus coëns. Pourtant, il s’intéresse à son ordination, car il publie d’autres lettres évoquant cet épisode, notamment celle de Martinès de Pasqually à Jean-Baptiste Willermoz, datée du 16 février 1770, où le Grand Souverain lui propose de rectifier l’ordination qu’il a reçue en 1768. Lorsqu’il évoque le livre de Gustave Bord, Gérard van Rijnberk s’interroge sur les sources utilisées par cet auteur « animé d’un esprit anti-maçonnique et anti-occultiste, mais historien honnête ». En l’absence d’informations, il se contente de constater qu’il « a puisé des documents importants dans des archives, sur lesquelles il ne donne pas de précisions » (ibid.). Le livre de Gustave Bord est en effet fort bien documenté. Outre le document qui nous intéresse, il y donne des informations assez précises sur l’histoire de l’ordre des Élus coëns [8]. Il reproduit d’ailleurs une version intéressante de la signature de Martinès de Pasqually ornée de glyphes caractéristiques. (G. Bord, p. 287) Observons également que l’ouvrage de Gustave Bord comporte une notice biographique très documentée sur Bacon de la Chevalerie (p. 328-337) [9], tout comme il offre de nombreuses informations au sujet de Savalette de Langes et de la loge des Amis réunis (p. 342-355 ; 358-362). Ses sources pourraient provenir du fonds Villaréal, c’est-à-dire de documents hérités des Philalèthes, parmi lesquels figurait une part importante des archives des Élus coëns .Gustave Bord réservait-il pour le second volume de son étude les précisions concernant les origines des documents qu’il présente ? Nous l’ignorons, celui-là n’ayant pas été publié. Plus tard, Alice Joly reprendra de larges extraits de la lettre de Martinès de Pasqually dans Un mystique lyonnais et les secrets de la franc-maçonnerie, ouvrage publié en 1938 .Si elle ne reproduit pas cette lettre dans son intégralité, elle restitue cependant l’ordination de Willermoz dans son contexte. Parmi les documents majeurs que nous évoquions au début de notre étude figurent les « Extraits des notes manuscrites confiées par le maître de la Chevalerie ». Lorsque Robert Amadou publie ces textes en 1984 dans la revue L’Esprit des choses, il ne souligne pas leurs relations avec la lettre de Martinès de Pasqually à Bacon de la Chevalerie . Pourtant, ces « extraits » semblent y puiser leur source et complètent même à merveille le texte reproduit par Gustave Bord. Les notes de Saint-Martin comportent en effet les hiéroglyphes et la prière évoqués dans la lettre de Martinès de Pasqually, des éléments que Gustave Bord n’a pas reproduits. La copie des prières semble cependant lacunaire, c’est du moins ce qu’on peut penser lorsqu’on les compare avec celles qui figurent dans le second témoin, le Manuscrit d’Alger. En 1999, la revue L’esprit des choses a publié le fac-similé de ce second témoin, « Extrait de préparation et de précaution pour une réception de R+ », d’après le Manuscrit d’Alger .Ce texte suit exactement le même plan que celui de la lettre de Martinès du 2 mai 1768 ; cependant, il est plus précis. Il offre même plus de détails que l’ensemble formé par la lettre et les « Notes » de Saint-Martin (Fonds Z). Les hiéroglyphes y sont introduits par des titres plus explicites : « Première prière à la tête au Nord... », ils sont associés à des nombres absents de la reproduction publiée dans L’Esprit des choses d’après le Fonds Z. De même, les instructions pratiques et les prières y sont plus complètes. Contrairement au texte du Fonds Z, les invocations ne commencent pas par « Tu es saint, père de toutes choses... », mais par « Ô + 10, tu es saint, ô père de toute choses... ». Cette désignation, typique des rituels élus coëns, se répète d’ailleurs plusieurs fois à l’intérieur des prières, alors qu’elle est absente des « Notes » du Fonds Z. Malgré ces lacunes, la lettre de Martinès de Pasqually à Bacon de la Chevalerie concernant l’initiation de Willermoz demeure un document de première importance. Elle est sans doute le témoin le plus ancien du grade de Réaux-Croix et elle a d’autant plus d’intérêt qu’elle est de la main même de l’auteur du rituel en question. Il est d’ailleurs intéressant d’étudier ce document en parallèle avec l’analyse proposée par Serge Caillet dans lesSept Sceaux des Élus coëns (p. 259-285). Pour permettre cette étude, nous reproduisons la lettre de Martinès de Pasqually en lui joignant quelques uns de ses compléments figurant dans le Fonds Z et dans le Manuscrit d’Alger

Lettre de Martinès de Pasqually à Bacon de la Chevalerie

« À Bordeaux, le 2 mai 1768. « Je réponds T. H. T. R. M. aussi promptement que je le peux à la demande que vous me faites touchant le grade de Réaux-Croix que vous voulez donner à notre T. H. T. R. M. de Willermoz . Je ne me refuserais jamais pour que ce R. M. soit récompensé à tous égards et même avec satisfaction, personne plus que lui le mérite davantage. Vous me permettrez P. M. de vous faire les observations secrètes de notre loi abstraite à ce sujet. Vous ne devez point ignorer que nous ne jouissons en notre qualité d'hommes, d'image et de ressemblance divine que de deux choses qui sont réellement en notre pouvoir, qui sont les différents actes cérémoniaux de nos opérations qui sont au nombre de quatre, auxquelles il nous est donné une seule puissance à chaque, qui font quatre puissances, ce qui complète avec les quatre cérémonies le nombre infini de huit. Toutes ces choses nous sont données avec précision d'heures, de jours, de semaines, de mois, de lunes et d'années. Et que par ce moyen en suivant scrupuleusement ce qui nous est prescrit par Dieu même, nous osons nous attendre à un succès plus considérable de nos travaux que lorsque nous en sortirons. Vous savez que je vous ai toujours dit qu'il n'était point en mon pouvoir de satisfaire entièrement l'homme à ce sujet et qu'à Dieu seul appartenait cette sublime opération. À toutes ces choses près, T. P. M. comment pouvoir nous promettre quelque succès en faveur du candidat que vous voulez admettre à une opération hors de son temps, un fruit prématuré est hors de saison, une opération de principe faite hors de son temps est sans fruit. Vous me répondrez à tout cela comment faire ? Je lui ai promis. Je dirai à cela tant pis, vous avez mal promis, ces sortes de choses sont-elles en votre pouvoir ? Indifféremment cela ne se peut d'aucune façon si nous ne suivons scrupuleusement ce qui nous est prescrit. La précision de la cérémonie ne suffit pas seule, il faut encore une exactitude et une sainteté de vivre au chef qui mène les cercles d'adoption intellecte (sic) il lui faut donc une préparation spirituelle faite par la prière, la retraite et la moration, vous avez su comment je me suis comporté à Paris à cet égard. Cependant je ferai mes efforts pour abandonner mes affaires domestiques afin de me disposer a vous fortifier dans votre opération, pour récompenser le zèle et les travaux laborieux au R. M. de Willermoz, que je crois être digne du succès que je lui désire dans cette opération, il ne dépendra pas de moi pour qu'il soit satisfait. Qu'il vous souvienne que c'est le dernier et le premier. Vous observerez pour cette cérémonie de faire les mêmes cercles que je fis pour la réception du T. P. M. de Luzignan, vous attaquerez l'angle de l'Ouest comme votre chef angle. Il ne vous est point permis d'attaquer à l'Est directement, ce temps étant passé. Vous ferez toutes les mêmes cérémonies, tant en prières qu'en parfum ; vous n'offrirez d'autre holocauste d'expiation que la tête d'un chevreuil mâle, que vous ferez acheter indifféremment au marché, laquelle tête sera avec sa peau velue. Vous la préparerez ainsi que l'on prépare le chevreuil avant de l'égorger. Ensuite vous dresserez trois feux nouveaux. Dans celui qui sera au Nord vous mettrez la tête sans langue ni cervelle mais bien avec les yeux. Dans celui qui sera au Midi vous y mettrez la cervelle. Dans celui qui sera à l'Ouest vous y mettrez la langue. Lorsque le tout brûlera le candidat jettera trois grains de sel assez gros dans chaque feu. Ensuite il passera ses mains par trois fois sur chaque flamme de chaque feu en signe de purification. Il aura le genou droit à terre et l'autre debout et dira ensuite ce mot ineffable que vous trouverez marqué dans l'écrit ci-joint ainsi que leur nombre, caractères et hiéroglyphes, lesquels seront tracés devant chaque feu tel qu'ils sont marqués. Si on ne peut avoir une tête de chevreuil, on prendra la tête d'un agneau couverte de sa peau. Il faut absolument que sa peau soit noire, sinon l'holocauste serait action de grâce et non d'expiation. Le candidat fera la cérémonie de la tête d'agneau ou de chevreuil avant tout autre cérémonie. Les cercles et l'appartement où l'on fait l'opération seront entièrement préparés ainsi que nous avons jadis fait. Vous aurez de l'eau comme il convient, vous commencerez votre opération le onze du courant, vous suivrez le 12 et finirez le 13 pour que vous vous rencontriez aux jours relatifs ou manquement de la saison. Par le nombre des jours que je vous fixe, vous remarquerez le nombre de confusion par 11/2. Le nombre terrestre et corporel par 12/3 et par 13/4 puissance. Ensuite vous ferez commencer par les invocations ordinaires et conjurations entre lesquelles vous joindrez celle du commandeur d'Orient. Après les trois jours d'opérations faites, vous ramasserez soigneusement les cendres des trois feux que vous joindrez à celle que je vous ai donnée. Vous donnerez au candidat un scapulaire pareil à celui des autres R.+C. Vous lui ferez faire un talisman égal aux autres, vous assemblerez pareillement vos deux P. M. R.+ dont l'un et l'autre feront chaque jour une opération et vous ferez la dernière, il est égal qui des deux commence. Vous observerez de faire dire au candidat la prière qui est à la suite des mots d'abord qu'il aura passé les mains ouvertes sur le feu de l'holocauste, vous aurez de toute nécessité deux réchauds un peu grands pour faire consumer la langue et la cervelle, et celui qui sera sous la cheminée de la Chambre figurera le Nord, les deux réchauds figureront le Midi et l'Ouest, conformément à l'ancien usage, ou l’on portait des caisses grillées pour faire les holocaustes en campagne. Voilà T. P. M. tout ce que je puis faire en faveur du zèle du R. M. de Willermoz. Dieu fasse qu'il l'entende et qu'il retire de cette opération tout l'avantage et le succès qu'il mérite. J'abandonne avec plaisir mes propres affaires pour sa satisfaction, ne comptant pas beaucoup sur la propagation de l'ordre par la lenteur que je lui vois. Je vous prie d'assurer le R. P. M. de Willermoz de mon sincère attachement. Ne faites fautes de prévenir tous les R. R. M. M. Réaux Croix de l'opération que vous allez faire à l'extraordinaire, n'importe qu'ils soient ou non avertis quinze jours d'avance comme il convient. Si vous n'agissiez point comme je vous le dis, les R.+ pourraient très bien vous refuser la reconnaissance du R.+ que vous auriez fait et m'en porter leurs plaintes pour qu'il ne fut point inscrit dans mes circonférences secrètes ainsi que dans mon répertoire universel. Faites écrire par un des R. P. R.+ au T. P. M. de Champoléon, au T. P. M. de Grainville, au T. P. M. de Luzignan pour éviter toutes sortes de discussion. Vous n'oublierez point de faire boire le calice en cérémonie après la réception et vous donnerez le pain mystique ou cimentaire à manger à votre Réaux + nouvellement reçu dans la même cérémonie que vous m'avez vu faire. » Les hiéroglyphes évoqués dans la lettre de Martinès de Pasqually ont été reproduits à partir des « Notes » figurant dans le Fonds Z. Ils devaient être dessinés près des trois feux où se consumaient les différentes parties de l’holocauste : au Nord, la tête de chevreuil, au Sud, sa cervelle et à l’Ouest, sa langue. Nous les reproduisons d’après l’article publié par Robert Amadou .Les prières utilisées dans ce rituel diffèrent légèrement selon les deux sources. Dans les deux versions, elles se terminent par un petit texte qui se réfère à des actes accomplis avant les prières. Le Manuscrit d’Alger est le seul à reproduire les noms des esprits devant être inscrits sur le tracé théurgique de la cérémonie du grade de Réaux-Croix. Ces noms et les nombres qui leur sont associés ne sont pas toujours très lisibles. Toutefois, en se reportant à un autre document des Élus coëns, la Table alphabétique des 2400 noms il est possible de les interpréter correctement.

 Prières selon le Manuscrit d’Alger :

ô + 10 , Tu es saint, ô Père de toutes choses, dont la volonté est accomplie par ta propre puissance, tu es saint et tu veux être connu de tout homme de sens intellectuel, ayant établi toutes choses pour lui ; tu es saint et plus grand que toutes louanges, toi dont l’image est toute la nature ; reçois mes sacrifices verbaux par l’holocauste qui brûle devant toi, qui est purifié par cette flamme et que je te présente de tout mon cœur et de toute mon âme. Le candidat passe ici trois fois ses mains ouvertes en équerre sur la flamme du feu où il fait sa prière en prononçant le mot qui y est tracé ; ensuite il continue la prière. Suite de la prière Ô+10 , ô Dieu indissoluble, indivisible et infini, toi qui ne peut être prononcé que par le silence, donne-moi force, puissance et secours pour que je ne retombe plus dans l’ignorance des connaissances qui sont selon mon essence.  Ô+ fortifie moi et éclaire les chefs régénérateurs qui me font concourir au grade que tu accordes par ta pure miséricorde à tes vrais élus ; Examine leurs vœux et mes prières pour que je sois marqué par eux du sceau de la réconciliation et que je reçoive en conséquence l’intelligence et la puissance qui y sont attachées. Éclaire les hommes de cette génération, tes enfants qui sont encore enfermés dans les ténèbres par l’ignorance où ils sont de ta science divine que tu me fais communiquer aujourd’hui par tes fidèles élus. Je rendrai témoignage à tous les humains, autant que tu le permettras, de la vérité et de la sainteté des connaissances que j’aurai acquises dans ce grade pour ta plus grande gloire et leur plus grande satisfaction. Donne-moi le don de les ramener à toi ô+10, qui es et qui aime ta créature. Ô+ 10, ton homme qui par ta miséricorde infinie vient d’être béni en ton nom, sur lequel ton nom a été imposé, et qui a eu le bonheur de réunir ton nom adorable, ton homme désire d’être sanctifié et en union avec toi. Ô+ comme tu lui en as donné la puissance, accorde-moi de ne me servir jamais des vertus, facultés et puissances que je reçois qu’à cette fin. Amen, Amen, Amen, Amen. Pendant que le candidat prie, l’opérant sera à son côté droit et lui dira à chaque feu : Qu’il te soit accordé par l’Éternel Ô+10, ce que tu lui as demandé, ce que tu lui demandes et ce que tu lui demanderas selon sa volonté, Amen. Ensuite le R+ député pour la réception prendra de la cendre du feu qui se trouve devant le candidat au nord et lui en mettra une pincée au haut du front à la naissance des cheveux. Il fera le même souhait oratoire et la même cérémonie de la cendre au candidat au dessus de l’œil droit au sud ; il en fera autant à l’ouest au dessus de l’œil gauche de façon que le candidat soit marqué au front par une figure triangulaire des cendres de son holocauste ; il gardera ce signe jusqu’à la fin de la première opération. Le candidat sera aussi marqué par le sceau (11) [3].  On se rendra dans la chambre d’opération le premier jour à six heures après midi pour faire le tracé des cercles. Les planètes seront tracées sur les deux angles d’est et d’ouest et non ailleurs. (12) À neuf heures on allumera les feux nouveaux avec bois et charbon préparés.  On ouvrira ensuite la tête avec le couteau de cérémonie (13), de circonférence en circonférence pour ôter la cervelle, on en ôtera aussi la langue : il faudra remettre à la tête l’os que l’on aura enlevé pour pouvoir en ôter la cervelle afin qu’il brûle avec le reste de la tête. On pratiquera les autres cérémonies qui suivent cette opération, ainsi qu’il est dit. (14)A minuit on entre dans le cercle de retraite pour les invocations et conjurations pour en sortir selon l’usage à une heure. On fera les quatre prosternations aux quatre angles où on aura placé à chaque un nom sur 7, de plus qu’à l’ordinaire. Voici quelques noms pour cet effet. Ils sont tirés du grand alphabet (15) de 7.9.5.4. portant sur 7 et sur 10. Ces noms portent sur chaque jour de la semaine, attendu qu’il ne faut pas les faire servir deux jours de suite, ce qui serait contre leur destination. Ils sont marqués par lettres algébriques célestes (16) ces noms sortent, par les chiffres que l’on voit de leur rang, de leur nombre, de leur puissance et de leur produit et fonction (17). Il faut se servir d’un parfum prescrit (18).

A 93 Dimanche Adornaïk Soleil 7. 3
B 83 Lundi Brammati Lune 7. 3
C 34 Mardi Cimarmora Mars 7. 3
D 62 Mercredi Dazalmum Mercure 7. 3
E 86 Jeudi Éduemor Jupiter 7. 3
F 55 Vendredi Serphiel Venus 7. 3
G 94 Samedi Gezmoriak Saturne 7. 3 (19).

Prières selon les « Notes » de Saint-Martin du Fonds Z :

« Tu es saint, père de toutes choses, duquel la volonté est accomplie par ta propre puissance. Oui, tu es saint, et tu veux être connu par ton homme des sens intellectuels, ainsi que tu as établi toutes choses pour lui. Tu es saint, plus puissant et plus grand que vertu et louange, duquel l’image est toute nature. Reçois mes sacrifices verbaux par l’holocauste qui brûle devant toi, présenté de cœur et d’âme, purifié par cette flamme. Passer trois fois les mains en équerre sur la flamme du feu où il fait sa prière, puis répéter le mots ci-dessus. Ô indissoluble, ô indivisible, ô indéfini, toi qui ne dois être prononcé que par le silence, donne-moi force, puissance et secours pour que je ne retombe plus dans l’ignorance des connaissances qui sont selon mon essence, ô W.  Fortifie-moi et illumine les chefs régénérateurs qui me font concourir à la grâce que tu accordes par ta pure miséricorde à tes vrais élus, exauce leurs vœux et ma prière pour que je sois marqué du sceau de l’intelligence et de la puissance que tu leur donnes. Éclaire les hommes de ma génération, tes enfants qui sont enfouis dans les ténèbres par l’ignorance de la grâce que je vais recevoir par tes fidèles élus. Je suis certain de cette grâce et j’en rendrai témoignage à tous les humains, ô W. Je passerai le reste de ma carrière en vie et lumière. Ô père éternel, tu es saint, ton homme est béni, il désire être sanctifié avec toi, ainsi que tu lui en as donné toute puissance. Amen, amen, amen, amen. » Le candidat sera au côté droit du chef qui lui dira, après qu’il aura fini à chaque feu : Qu’il te soit accordé de l’Éternel ce que tu lui as demandé. Ensuite, le chef prend de la cendre dudit feu [celui du Nord] et lui en met une pincée à la pointe des cheveux. Id. au Midi, au dessus de l’œil droit - id. à l’Ouest, au-dessus de l’œil gauche. Le candidat sera ainsi marqué triangulairement de la cendre de l’holocauste, ne le pouvant être du sang par l’événement. Il gardera la marque de son signe jusqu’à la fin de l’opération . Se rendre à six heures précises dans la chambre ; y préparer tout ; à neuf heures, allumer les trois feux nouveaux. Ouvrir ensuite en circonférence, avec le couteau de cérémonie, la tête. L’os que l’on aura ainsi en circonférence, le mettre sur la tête qui brûle, parce que la tête doit être entière, sans cervelle et sans langue. À minuit, les prières et invocations ; en sortir à une heure et demie, et même deux, n’ayant pas d’heures fixes à cause du bouleversement du temps .L’ensemble de ces documents permet de se faire une idée assez précise de la cérémonie d’initiation au grade de Réaux-Croix, une bien étrange cérémonie. Après avoir reproduit la lettre de la Martinès de Pasqually à Bacon de la Chevalerie, Gustave Bord ajoutait : « On a vraiment peine à croire qu'en plein XVIIIe siècle il y avait encore des gens se livrant à ces pratiques surannées et ridicules, surtout lorsqu'on constate que Willermoz n'était pas parmi les plus exagérés, et qu'en dehors de la maçonnerie c'était un brave homme, un honnête commerçant et un bon père de famille.» Alice Joly se montrera plus ironique :  « Je ne sais si Jean-Baptiste Willermoz reçut l’ordination au milieu d’une âcre fumée de chairs et de poils brûlés, ni s’il but le calice et mangea le pain de la singulière communion des Coens. Une seule chose est sûre : aucun phénomène surnaturel ne vint l’assurer du succès de ces étranges cérémonies».  À la lecture de ces éléments, on comprend mieux la position de Saint-Martin lorsque ce dernier nous confiait dans ses mémoires : « Lorsque dans les premiers temps de mon instruction je voyais le maître P. |Pasqually] préparer toutes les formules et tracer tous les emblèmes et tous les signes employés dans ses procédés théurgiques, je lui disais : Maître, comment, il faut tout cela pour prier le bon Dieu ! Je n'avais guère que 25 ans lorsque je lui tenais ce langage ; aujourd'hui que je suis près d'en avoir le double, je sens combien mon observation était fondée, et combien dès mon plus bas âge, j’ai offert des indices de l'espèce de germe qui était semé en moi. »À l’époque où Saint-Martin écrivait ses mots, il avait abandonné depuis longtemps les pratiques théurgiques pour se livrer à la seule initiation qu’il jugeait digne d’intérêt : « celle par où nous pouvons entrer dans le cœur de Dieu, et faire entrer le cœur de Dieu en nous, pour y faire un mariage indissoluble qui nous rend l’ami, le frère et l’épouse de notre divin Réparateur. Il n’y a d’autre mystère pour arriver à cette sainte initiation, que de nous enfoncer de plus en plus jusque dans les profondeurs de notre être, et de ne pas lâcher prise, que nous ne soyons parvenus à en sortir la vivante et vivifiante racine ; parce qu’alors tous les fruits que nous devrons porter, selon notre espèce, se produiront naturellement en nous et hors de nous, comme nous voyons que cela arrive à nos arbres terrestres, parce qu’ils sont adhérents à leur racine particulière, et qu’ils ne cessent pas d’en pomper les sucs».

Source : http://www.philosophe-inconnu.com/

Par Clairembault - Publié dans : Rites et rituels
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Mardi 23 octobre 2012 2 23 /10 /Oct /2012 07:36

Un aspect pneumatologiste des travaux martinésistes : le rituel de la bougie et du lot du centre

Afin de s’assurer de la régularité et des résultats de leurs travaux et opérations, les Elus Coens veilleront à se présenter devant l’Eternel et ses anges le corps et l’âme purifiés. Le corps par les ablutions rituelles des mains et pieds ainsi que du visage ; l’âme par le feu. Mais quel feu ?

Le rituel de la bougie et du mot du centre du cercle d’opération nous donne de précieuses informations à ce sujet. En effet, l’opérant, agenouillé au bord du cercle intérieur dit :

« Ô lumière pure, symbole du chef de mon âme, à qui l’éternel a confié le soin de ma pensée, de ma volonté, de mon action et de ma parole, fais que par ton feu radieux, mon âme soit purgée et mes lèvres purifiées, afin que la parole que je vais prononcer opère pour la plus grande gloire de l’éternel, pour mon instruction, et pour l’édification de mes semblables. Amen. »

Ici, la lumière du centre est appelée « symbole du chef de l’âme ». Mais qui est donc ce chef dont il est dit que l’Eternel lui confia le soin des pensées, volonté et action qui sont les attributs de l’âme, du mineur spirituel, et dont l’expression est celle de l’image divine qui est le propre de l’homme ?

Selon Martinès de Pasqually, et compte tenu de la chute, le mineur spirituel ne peut seul accéder aux lumières divines qui rendront sa pensée, sa volonté et son action opérantes et justes. Seul, le mineur ne peut plus opérer selon les pouvoirs et puissances qui étaient les siens originellement. Il doit tout espérer du secours de son gardien, dont la jonction se fera par l’intellect que celui-ci lui enverra et qu’il devra accepter librement. Cet intellect féconde et illumine sa pensée, fortifie sa volonté et guide son action. Chaque fois que le mineur acceptera cet intellect, il se joindra à son gardien jusqu’à ne faire plus qu’un avec lui :

« Lorsque l’âme et l’intellect sont joints et spiritualisés, ils se confondent avec l’esprit dont était émané l’intellect et tous trois ensemble se rejoignent à la Divinité, ayant rempli chacun leur fonction avec succès.» 

L’âme impassive et spirituelle se met ainsi en état de recevoir impression de son gardien et donc l’illumination qui est la récompense des esprits mineurs ayant de ce fait recouvré la communication avec leur créateur. Aussi peut-on dire que le gardien et son intellect sont le chef de cette âme humaine – mineur spirituel - dont Dieu leur confie le soin. Un chef qui donne aussi une puissance nouvelle d’action et d’opération à cette âme incorporisée et donc affaiblie par sa prison de matière. Martinès l’exprime en ces termes :

« L’âme est un feu, simple en sa puissance et faible en ce bas monde. Elle fortifie sa puissance par son intellect, recevant de lui un second feu plus pur et plus puissant que le sien » 

Ainsi, de même que la fortification, l’action de purification du mineur se fait-elle par cet esprit et l’intellect qui en est l’émanation. Par la purification des lèvres, organes de l’expression du verbe - qui est la manifestation de la pensée et de la volonté ainsi que la mise en action de cette pensée - se réalise la purification de l’âme. Et c’est alors que, l’âme ainsi purifiée, l’opérant pourra prononcer le mot du centre, mot de puissance qui est l’expression de ses pouvoirs désormais recouvrés.

Cette vision martinésiste de la purification, de la fortification et de l’illumination par la médiation de l’esprit – ou gardien – et de son intellect n’est-elle cependant pas trop restrictive pour un chrétien ? N’exclut-elle pas trop radicalement l’action directe de l’Esprit Saint ?

Consécutivement à la purification des lèvres, opérée en insufflant la flamme de la bougie de façon à faire pénétrer en soi le feu qui en est l’essence, l’opérant porte les mains en équerre sur le visage et dit à basse voix la tête inclinée au-dessus de la bougie posée au centre du cercle intérieur :

« Viens, esprit saint +7, entoure le feu qui t’est consacré pour être ton trône puissant et dominant sur toutes les régions du monde universel ! Domine selon ma pensée sur moi et sur mes frères ici présents ! »

Ainsi il apparaît pour la première fois que l’opérant appelle un esprit saint à descendre sur un feu qui lui serait consacré. Mais de quel esprit saint parle-t-on ?

En effet, du fait du manque de majuscule – ou plutôt d’une règle peu établie pour les majuscules - dans les rédactions du 18ème siècle et de l’appellation d’esprit saint que donne Martinès aux esprits majeurs septénaires, et par extension à tout esprit bénin, il est difficile de savoir de prime abord si l’on s’adresse ici à l’esprit majeur bon compagnon – au gardien dont nous avons parlé précédemment – ou bien au Saint Esprit. Cette interrogation est renforcée par le fait que les esprits majeurs septénaires peuvent être assimilés à des agents du Saint Esprit et que Martinès leur assigne, entre autres, comme mission de véhiculer les dons de l’Esprit et les grâces divines. Nous pourrions alors supposer que l’opérant s’adresse bien ici à cette classe d’esprits à laquelle son gardien particulier est rattaché.

Cependant, l’opérant continue son invocation en disant :

« Eloigne de ces cercles tout esprit de ténèbres, d’erreurs et de confusion, afin que nos âmes puissent profiter du fruit des travaux que l’ordre donne à ceux qui se rendent dignes d’être pénétrés par toi +7, qui vis et règne avec le père et le fils à jamais. Amen. »

La fin de cette invocation à l’esprit saint ne fait plus aucun doute dans la mesure où son action est associée à celle du Père et du Fils. Ainsi, c’est bien au Saint Esprit, troisième personne de la divine Trinité, que l’opérant s’adresse afin qu’il répande sur lui et tous les frères présents sa céleste lumière en dominant sur eux par leur pensée, et afin qu’il protège les lieux et les opérations de sa toute puissance.

L’Esprit Saint est donc appelé, dans ce but d’illumination et de protection des frères, à entourer le feu dont on dit qu’il lui est consacré. En effet, lors de l’allumage du feu nouveau, qui est la source du feu central – quand ce n’est pas directement lui - l’opérant dit :

« Je te conjure, Esprit +7, que j’invoque par ma puissance et par tout ce qui est en ton pouvoir et au mien, pour que ton feu spirituel embrase la matière que je consacre au sein de ces circonférences ; que le feu élémentaire qui y réside s’unisse avec le tien par contribuer à la lumière spirituelle des hommes de désir et qu’ils soient animés de ton feu de vie. »

Par cette conjuration, l’opérant appelle la force, la puissance et les vertus sanctifiantes, fortifiantes et vivifiantes de l’Esprit Saint à descendre sur la bougie. Par quelle opération ? Tout simplement par analogie et correspondance entre le feu de l’Esprit et le feu élémentaire. Ainsi, le feu de l’Esprit est-il appelé à s’unir au feu de la bougie qui lui devient de ce fait consacrée. Nous sommes ici bien au-delà d’un symbolisme conventionnel du feu et des lumières comme on pourrait le trouver dans des rituels maçonniques et particulièrement au Rite Ecossais Rectifié. Ici, le feu n’est plus symbole. L’Esprit est appelé à habiter le feu. Et c’est la raison pour laquelle la purification des lèvres n’est pas un acte symbolique mais une opération réelle.

Si comme nous le disons l’Esprit habite et entoure le feu de la bougie qui est son trône, l’opérant qui agit doit nécessairement être pourvu de quelque puissance lui permettant d’obtenir cette faveur divine. La dimension sacerdotale, conférée par les ordinations, s’exprime pleinement dans cet acte simple mais fondamental. Nous sommes ici au-delà d’une simple opération théurgique ; nous sommes dans une liturgie de l’Esprit Saint, dans un acte qui, sans pouvoir prétendre être sacramentel, est un acte consécratoire opérant. Le sacerdoce Coen est ici sacerdote du ministère de l’Esprit Saint. Quelle admirable mais aussi redoutable vocation !

Ceci est fondamental et conditionne donc le succès de toutes les opérations. Le culte Coen se place sous la protection de l’Esprit Saint et agit dans l’Esprit et par l’Esprit qui seul confère à l’opérant les puissances et vertus nécessaires au succès des opérations et ordinations qu’il place sous la protection de l’Esprit Saint. Nous comprenons alors que cette opération soit réservée aux Conducteurs en Chef des temples.

Ainsi, fort de l’Esprit, quand l’opérant dans son invocation, demande que le feu qui est le trône de l’Esprit Saint devienne « puissant et dominant sur toutes les régions du monde universel » c’est aussi à une re-sanctification de l’univers qu’il appelle et donc à la réconciliation universelle.

 

Source : http://reconciliationuniverselle.over-blog.com

Par X - Publié dans : Rites et rituels
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