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Hauts Grades

Cosmogonie chrétienne

2 Novembre 2005 , Rédigé par E CATZEFLIS Publié dans #hauts grades

  
La Création des premiers éléments
 
  
Après avoir débuté par ces paroles « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre », le texte biblique ajoute : « La terre était informe et nue, les ténèbres couvraient la face de l'abîme; et l'Esprit de Dieu était porté sur les eaux. » (Genèse ch.I v.  2).

Dans le premier verset il n'est question que du ciel et de la terre, tandis que, dans le second, il est parlé de l'Esprit de Dieu, des eaux, de la terre et de l'abîme.   Nous allons voir le sens de ce quaternaire et, d'abord, du binaire qui l'a précédé.

Ce n'est pas le firmament physique qu'il faut entendre par le mot ciel, mais le plan de l'Esprit, le séjour des anges.   Voici ce qu'en dit saint Thomas d'Aquin  : « Dans ces paroles : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » le mot ciel, selon Strabus, signifie l'empyrée ou ciel de feu et non pas le firmament que nous voyons.   Bède et saint Basile sont du même avis.   Le Ciel empyrée, selon ces trois auteurs, n'est autre que le séjour des bienheureux... »

La terre, opposée au mot ciel, ne signifie pas seulement notre planète, mais toute matière.

Or la Tradition antique enseignait précisément que, lorsque le Verbe ou Logos, créa-teur unique du Monde réel, issu de l'Absolu inconnaissable, S'est manifesté sur les écrans relatifs du temps et de l'espace, Il a d'abord donné naissance à deux principes : l'Etre et le Non-Etre.   Ce dernier n'est pas le néant qui serait l'impossibilité d'exister, mais l'inertie, le principe passif opposé à la spontanéité de l'Etre.   Le non-être est capable de devenir et, en fait, il est appelé à l'existence par l'action du Principe actif et spontané.   C'est le Ciel et la Terre du texte sacré.

Dans cette trinité : Verbe, Etre et Non-Etre, qui correspond à Esprit, Énergie ou Âme et Matière, l'Énergie, à son tour, s'est polarisée en Substance et Essence.   D'où les quatre principes suivants :

Esprit, Substance, Essence et Matière lesquels, pour former le Monde réel, se sont manifestés par les éléments des Anciens : le Feu, l'Air, l'Eau et la Terre.

Ces éléments sont donc  « des formes de l'Énergie, des agents cosmiques qui représentent le processus par lequel l'Esprit s'incarne dans la matière, l'Etre dans le non-être, le Ciel dans la terre. »

Le Feu représente l'Esprit créateur; l'Air est ce même Esprit descendant au rôle de la Substance qui est « la faculté de rester indivisible à travers toutes les modifications qui constituent le progrès de la Vie ».   L'Eau tient de la Matière; « c'est l'Essence en tant qu'issue de la Matière pour s'élever vers l'Esprit »; et l'Essence est elle-même « la faculté d'arriver au plus haut degré de réalité et de durée ».   Enfin la Terre est la Matière en tant que substance concrète.

Dans le texte mosaïque cité plus haut, ces quatre éléments sont représentés par les mots Esprit (ou Feu), eaux (air et eau) et terre.

Qu'on ne nous accuse pas de faire là de l'ésotérisme ou bien, après avoir, nous-mêmes, précédemment combattu et écarté le  panthéisme, de le réintégrer de nouveau, sous une forme déguisée, en définissant, selon les astrologues, chaque élément par un rôle spécial de l'Esprit, comme nous l'avons fait plus haut, accusation qui serait inexacte et contraire à notre pensée.

Il n'en reste pas moins certain que le non-être n'est appelé à l'existence que par la puissance de l'Etre.

Il ne faut donc pas s'étonner si les différents modes de cette action créatrice ont reçu des noms matériels, figurant un lien spécial entre l'espace et l'Esprit qui l'informe et desti-nés, d'ailleurs, à nous en faciliter la compréhension.

L'erreur panthéiste consiste à affirmer que la Nature est émanée de la substance de Dieu, qu'elle est ce Dieu inconnaissable manifeste.   Or le temps et l'espace constituent l'étoffe même de la Nature,  tandis qu'ils n'ont rien de commun avec l'Absolu et ne peuvent, en aucune manière, donner une idée de Lui.   Ces deux facteurs comportent les notions de succession d'étendue, de limites, toutes incompatibles avec celle de l'Absolu qui est la permanence, l'infini la plénitude, l'immutabilité.   La difficulté que nous avons de concevoir Dieu provient même de ce que, ne constatant autour de nous que des modalités de l'espace et du temps, nous nous obstinons à vouloir nous Le représenter avec ces données imparfaites et bornées.   C'est, au con-traire, en faisant abstraction complète de ces idées relatives que nous pourrions entrer dans la voie qui mène à la notion de l'Absolu.

Ainsi la nature n'est pas Dieu, mais elle est le non-être appelé à l'existence par l'action divine.

La doctrine catholique la plus orthodoxe reconnaît explicitement le rôle et la présence spéciale de Dieu dans les moindres choses créées.   « La cause exemplaire des créatures, est-elle hors de Dieu ? » demande saint Thomas .   Et voici sa réponse : « L'artisan qui donne à la matière des formes déterminées a sous les yeux ou dans l'esprit un modèle qu'il veut reproduire.   La divine Sagesse renferme ainsi les raisons de tous les êtres, c'est-à-dire leurs idées, formes ou exemplaires; et, quoique ces idées se multiplient dans les choses extérieures, elles ne diffèrent pas, en réalité, de l'essence divine, dont la ressemblance est diversement communiquée aux créatures.   De cette manière, l'exemplaire de tout ce qui existe est non seulement en Dieu, mais est Dieu même. »

Dans un autre chapitre, le même théologien s'exprime ainsi : « Dieu opère-t-il dans tout être qui opère ? » -Dieu opère dans tout agent.   « Seigneur, vous avez opéré dans toutes vos oeuvres », disait un jour Isaïe (XXVI, 12).

« Il ne faut pas entendre, toutefois, que les agents soient dépouillés de leurs opéra-tions propres.   Dieu opère dans tous les êtres finalement, puisque toute oeuvre a pour but un bien quelconque; effectivement, comme la première cause qui a donne leur vertu aux causes secondes; formellement, en maintenant les agents dans tout leur être.   De cette sorte il est l'agent le plus intime dans toutes les opérations possibles, comme il est la cause de ce qu'il y a de plus profond dans les choses. »

Ces deux citations du plus célèbre des théologiens suffiront à calmer les scrupules des orthodoxes timorés.   Voici, au surplus, parmi les maîtres modernes, l'opinion de l'un des plus illustres, le Père Gratry, dans son bel ouvrage « Les Sources »; au chapitre « Les aphorismes de la science du devoir » :
«  Je supplie Dieu d'ouvrir les yeux à tous les hommes qui pensent, afin qu'ils se liguent pour comprendre et pour faire comprendre ce point : Le Père est avec nous; notre Dieu est en nous.   Il vit en nous et il veut nous guider, et nous, ses enfants libres, nous suivons ou résistons.   Eh quoi !   est-ce que la profonde séduction du Panthéisme, jointe à sa manifeste absurdité, ne nous ouvriront pas les yeux ?   Ne comprenez-vous pas qu'assurément tout être n'est pas Dieu, mais qu'en tout être est Dieu, surtout dans l'âme intelligente et libre où il opère, éclaire, inspire ? »

Oui « tout être n'est pas Dieu », car les imperfections, les laideurs, les violences, les convoitises que les créatures manifestent ne sauraient évidemment provenir de Lui, souveraine perfection et doivent, par suite, représenter, dans ces êtres, les convulsions de l'Inerte à qui il coûte d'être arrachée à elle-même et amenée à l'activité libératrice du Principe spontané.

Par contre, « en tout être est Dieu »; cette affirmation de l'abbé Gratry est aussi légitime que la précédente, et on ne saurait guère la taxer de panthéisme.   C'est le rayon divin qui se trouve dans toute créature, qui doit la conduire à son salut en la dépouillant, par les travaux et les épreuves de la vie  évolutive, de l'égoïsme et des ténèbres qu'elle contient et qui l'asservissent et en l'amenant graduellement vers l'affranchissement et la lumière de l'amour.

L'Évangile de saint Jean ne dit-il pas que « le Christ est la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde » ?   et, au chapitre XVII de ce même livre, dans Sa prière, après la Cène, Jésus, parlant de Ses disciples, ne s'adresse-t-Il pas à Son Père en ces termes : « Je suis en eux et vous en moi, afin qu'ils soient consommés dans l'unité...  Afin qu'ils soient un tous ensemble, comme vous, Père, êtes en moi et moi en vous : qu'ils soient de même un en nous » ?

A différentes reprises Jésus S'est identifié avec les créatures : « Ce que vous avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi-même que vous l'avez fait ».   Il nous recommande constamment de prier « le Père qui est dans le secret » et qui voit et juge intérieurement toutes nos actions; Il nous déclare que le Ciel est en dedans de nous. »

Saint Paul, de son côté, affirme que nous sommes enfants et héritiers de Dieu et cohéritiers de Jésus-Christ (Romains VIII, 16,17), que nous sommes de race divine (Actes XVII, 28).

Nous pourrions multiplier les citations; celles que nous avons produites suffiront.   Oui, Dieu est, en tout être, le Principe qui le guide vers sa destinée, la sauvegarde qui le protège des abîmes, la source de toute inspiration et de tout bien.   Cette présence mystérieuse et universelle, c'est Jésus, le Verbe divin « par qui tout a été fait ».

Ne soyons donc pas étonnés si l'on a défini par un rôle spécial de l'Esprit chacun des quatre éléments qui ont contribué, au cours des six jours de la création, à la constitution des êtres individuels et, finalement, à celle de l'homme, couronnement de l'oeuvre.

L'Oeuvre des six jours
 
 
Dans le récit biblique les paroles commentées : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre.   La terre était informe et nue..., etc. » sont situées avant les versets relatifs aux six jours de la création proprement dite.   C'est qu'elles se rapportent, en effet, à la production des premiers éléments non encore individualisés.   L'action créatrice va se préciser au cours des six jours ou périodes, comme nous allons le voir, en ce sens qu'elle va assigner à chaque élément son rôle spécial, en vue de concourir à la constitution et au progrès des êtres individuels.

Les trois premières « époques » représentent le courant involutif suivant lequel le Feu spirituel, sous forme de Lumière (oeuvre du premier jour) est descendu d'abord au niveau du firmament des eaux, ou de la substance et de l'essence (réalisation de la deuxième époque), pour aboutir à la région de la terre (au cours de la troisième).

Les trois autres périodes répondent au courant ascensionnel, pendant lequel les anges qui président à la formation des êtres (les Puissances planétaires de l'Astrologie), et qui correspondent aux luminaires, oeuvre du quatrième jour, selon la Bible, vont guider l'évolution des premières créatures les plus simples, les poissons et les oiseaux (produits du cinquième jour), puis celle des animaux supérieurs et de l'homme (oeuvre du sixième et dernier).

D'après la Genèse, aussitôt que Dieu S'est placé en face du Non-Etre pour faire apparaître le Ciel et la Terre, avec les premiers éléments, Il dit : « Que la lumière soit » et la lumière fut.
 Pour saint Augustin, cette lumière, la première constituée, représente la nature angélique.   Or l'ange est l'expression même de la Pensée, de la Volonté divine.

Selon les astrologues, « le Soleil spirituel, premier principe et chef du Zodiaque, est, en effet, la représentation du Verbe divin dans l'activité de notre Monde »; c'est lui qui distribue la vie, c'est-à-dire la spontanéité et qui est, dans chaque individu, intérieurement, « la conscience de sa propre unité et de son origine divine ».   La spontanéité est le principe radical de l'être, le germe de la liberté, ce qui constitue essentiellement la vie; la force et l'énergie »en sont que les servantes.

Saint Jean l'Évangéliste l'a bien dit : « En Lui (le Verbe) était la vie et la vie était la lumière des hommes. »

Dans le monde élémentaire, le Soleil spirituel « partage la Pensée divine qui lui a été confiée en autant de pensées individuelles qu'il est nécessaire d'en distribuer dans le cycle qui naît », puis il leur communique la volonté progressivement libre jusqu'à ce qu'elles arrivent à l'illumination définitive.   « Il n'exerce aucune contrainte sur les créatures, mais Il les sollicite incessamment par la palpitation de Ses ondes amoureuses. »

Transposez cette description astrologique en termes chrétiens, ajoutez-y la notion surnaturelle de la grâce et vous verrez l'analogie qu'elle présente avec l'action de notre Christ qui veut, en effet, le salut de tous les êtres, les appelle tous à l'amour et à la connaissance du Père et ne cesse de « solliciter » le pécheur, comme « le bon berger qui laisse là tout le troupeau et va chercher la brebis égarée, parcourt les vallées et les montagnes et ne revient qu'après l'avoir retrouvée et ramenée ».

Le second jour, suivant la Genèse, « Dieu dit : Que le firmament soit fait au milieu des eaux et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux.   Et Dieu fit le firmament et il sépara les eaux qui étaient sous le firmament d'avec celles qui étaient au-dessus... » De quelles eaux s'agit--il ?   Celles qui sont sous le firmament spirituel sont les inférieures, domaine turbulent des forces passionnelles, là où les êtres sont encore dans le degré de la bestialité et où se livrent ces luttes implacables et s'exercent ces conflits et ces convoitises violentes dont la vie animale est le théâtre.

Quand les créatures ont franchi le firmament intermédiaire, elles accèdent au domaine des eaux supérieures et spirituelles. C'est pourquoi la Bible ajoute : « Et Dieu donna au firmament le nom de Ciel ».

Ainsi, à cette deuxième période, l'expression du Feu spirituel, la lumière, formée le premier jour, s'est abaissée d'un degré dans sa marche.   Elle est descendue dans la région des « eaux » ou des éléments Air et Eau des Anciens, dans le plan passionnel et sentimental.   Nous allons la voir, au troisième jour, arriver jusqu'à la matière physique, jusqu'à la terre.

En effet, à cette troisième période, Dieu dit : (Gen. I, 9) : « Que les eaux qui sont sous le ciel se rassemblent en un seul lieu et que l'élément aride paraisse.   Dieu donna à l'élément aride le nom de Terre... »

C'est la fin du courant involutif ou descendant.   Observons-le, maintenant, dans sa phase ascensionnelle, avec les trois périodes suivantes de la création, où les premiers êtres formés, d'abord rudimentaires, vont recevoir des organismes de plus en plus compliqués et perfectionnés, capables de mieux recevoir et manifester la vie spirituelle.

Il fallait que cette évolution fût guidée par des agents du Verbe divin, intermédiaires entre Lui et les créatures et collaborateurs de Son oeuvre providentielle.   Aussi trouvons-nous, à cette époque de  transition entre les deux courants descendant et ascendant, c'est-à-dire au quatrième jour selon la Bible, la mention des luminaires ou astres qui doivent présider à la naissance et au gouvernement des êtres.

Lorsqu'il s'était agi de la création des premiers éléments, c'est l'agent supérieur qui a été formé le premier, la lumière, avant la séparation des eaux et l'apparition de la terre.   Il y avait lieu, alors, de préparer les séjours ou lieux de résidence destinés à recevoir, nourrir et abriter les êtres individuels futurs.   Dieu a, pour ainsi dire, bâti la maison en vue d'y amener des occupants.   Dans cette construction grandiose, Il a commencé par l'élément fondamental : la lumière, qui devait guider et éclairer tout le reste.   De même, lorsqu'il s'est agi de constituer les créatures individuelles elles-mêmes, les âmes, ce sont les habitants de la lumière, les anges, destinés à gouverner leurs frères inférieurs, que Dieu a formés les premiers.

L'opinion matérialiste et mécaniste qui représente la vie comme naissant fortuitement, d'abord dans les êtres rudimentaires, pour être transmise ensuite, par filiation progressive, aux individus supérieurs, n'est en effet que le résultat d'une observation superficielle.   Une étude plus approfondie montre qu'antérieurement à ce courant évolutif que la science observe, parce qu'il est apparent, il y a eu un courant involutif, invisible pour nous, par lequel, au contraire, c'est la vie supérieure, la lumière d'En Haut, qui s'est la première abaissée vers le non-être, vers l'espace inerte, pour le vivifier et l'élever vers elle.   Sans cette première descente des forces spirituelles, l'évolution ascensionnelle dont nous observons les effets devient incom-préhensible.   Aussi les savants transformistes ont ils eu beau chercher, ils n'ont pas pu encore expliquer la genèse de la vie dans les êtres inférieurs et les protozoaires et ne le pourront jamais, d'après leur système.

Il est absurde de penser que la vie puisse naître du hasard et animer les premières formes végétales ou animales, si celles-ci ne l'ont pas d'abord reçue de l'Etre existant par lui-même, source de toute vie, et cela par l'intermédiaire d'autres créatures supérieures quoique invisibles.

Nos yeux de chair ne voient que le résultat de cette action mystérieuse qui se traduit par l'évolution des formes matérielles.   Cela nous porte à conclure hâtivement à la naissance spontanée de la vie, au début, dans les plus simples de ces formes, ce qui est une vue imparfaite et inexacte des choses.

C'est donc à juste titre que Moïse a placé au quatrième jour, au commencement du courant ascendant, l'apparition des « corps de lumière » dans le firmament; ces astres sont comme les séjours spéciaux des grands êtres ou génies qui devaient présider à la vie des créatures et cette affirmation de l'astrologie n'est guère contraire à notre foi.   Saint Augustin n'a-t-il pas dit : « Si les corps célestes sont animés, leurs âmes font partie de la société des anges » ?

Nous étudierons le rôle spécial de ces êtres, en rapprochant, sur ce sujet, les données chrétiennes de celles anciennes cosmogonies et en en montrant les divergences.

Pour le moment, contentons-nous d'avoir marqué la légitimité de la mention qui a été faite, dans le récit biblique, de l'apparition de ces astres à la quatrième époque de la Création.   Et, pour ce qui concerne l'oeuvre des cinquième et sixième époques, rappelons que ce qu'en dit le texte sacré est conforme aux données des sciences modernes, en relatant que ce sont les créatures les plus simples, « les poissons et les oiseaux », qui ont vu le jour les premières et ensuite les animaux supérieurs, pour aboutir enfin à la formation de l'homme, sommet de la création, destiné à établir le lien entre le monde de la matière et celui de l'Esprit.
 
 La Providence et les lois cosmologiques

 
 
 L'étude du développement de la Création et de l'évolution des êtres montre une constante sollicitude de la part du Créateur, qui s'exerce par l'intermédiaire d'Anges ou Agents du Verbe.

Voici comment les théologiens envisagent la question : « Les anges gouvernent-ils les créatures corporelles ?...  La force d'un corps étant moins universelle que celle d'une substance spirituelle, les êtres corporels sont régis par les anges : tel est le sentiment non seulement des saints Docteurs, mais encore des philosophes qui ont reconnu l'existence des êtres spirituels . »

« Les « corps célestes » peuvent être regardés comme la cause des mouvements variés et multiformes des corps inférieurs...  Ils peuvent même avoir sur notre intelligence et sur notre volonté une action indirecte... » Enfin il y a un « destin » en ce sens, dit Boëce « qu'il est une disposition inhérente aux choses mobiles, par laquelle la Providence les soumet à ses desseins. » __ « La rencontre de deux serviteurs envoyés au même lieu par un maître qui n'a pas fait connaître à l'un la mission de l'autre, est fortuite pour eux; elle ne l'est pas pour le maître lui-même, qui a tout ordonné . »

« Les Pères de l'Église ont admis, comme les Platoniciens, que divers esprits sont préposés aux différentes classes des êtres matériels.   Saint Augustin va jusqu'à dire qu'il n'est nulle chose visible qui ne soit sous la présidence d'une puissance angélique...  On peut croire, avec Origène, que des anges régissent les bêtes et président à la naissance des animaux, à l'accroissement des arbustes, des plantes et des autres choses . » 

Quant aux classes diverses de ces Anges, on sait que la théologie en admet neuf : les Séraphins, les Chérubins, les Trônes, les Dominations, les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Archanges et les Anges.   Il est intéressant de noter les attributions que saint Grégoire et saint Denis assignent, d'après l'Écriture, à quelques-uns de ces ordres angéliques :
 «  Les Séraphins (Isaïe VI) retracent, par leur nom, l'amour divin dont ils sont enflammés, et l'action puissante qu'ils exercent par l'illumination, que l'on compare à un incendie.   Les Chérubins (Ezech. X) possèdent le privilège de la science. »

 «  Les Trônes reçoivent en quelque sorte Dieu en eux-mêmes dans une habitation et sont toujours ouverts pour le posséder et le transmettre aux autres. »

 Les Dominations ont la mission de gouverner les créatures et il en est ainsi des autres ordres qui ont chacun une fonction spéciale dans la direction de l'Univers.

Sur ce même sujet, il sera suggestif de comparer le passage du Sermon sur la Montagne de Sédir (pages 25 et suivantes) dans lequel il nous donne une idée du gouvernement spirituel de notre planète.   Les lecteurs de ce beau livre se rappellent, sans doute, la poétique description de cette île de rêve, reposant au milieu d'un lac d'azur qui occupe, lui-même, le sommet d'une montagne irréelle sise à deux mille cinq cents lieues de la France...  Là six êtres extraordinaires, qui ne sont pas semblables à nous, qui ne sont cependant pas des fantômes, mais bien des hommes vivants avec des corps spiritualisés et rayonnants de splendeur, se livrent à diverses occupations :
 «  Un scribe recueille tout ce que les hommes élaborent de saint et livre au feu ce qui est impur...  C'est Elie revenu sous le nom du Baptiste...  Derrière lui se tient Enoch, le septième fils d'Adam, l'inventeur de la science... »

 «  Un voyant, parcourant l'univers, recherche les bénédictions que le Sauveur y sème, les apporte à la Terre et remporte du livre d'Elie ce que les autres mondes peuvent en recevoir...  C'est Jean le Vierge, le fils adoptif de Marie...  Derrière lui se tient Jacques qui contemple et prie dans la retraite la plus occulte. »

 Enfin Moïse est là la figure vivante de l'Acte et du Vouloir et, derrière lui, se tient Melchissédec, le roi de Justice, le prêtre sans parents.

 «  Et tous ensemble, ces six sont un seul être et un seul esprit; ces trois sphères sont une seule sphère : la forme du futur règne de Dieu ici-bas. » « Un septième être les contient tous, les dirige et les emploie comme il le juge à propos.   Et on le nomme le Seigneur de la Terre. »

 «  Par Enoch et par Elie parviennent aux créatures les eaux célestes qui les nourris-sent; par Jacques et par Jean, les clartés qui les illuminent; par Melchissédec et par Moise les bénédictions qui les guérissent. »

Ici il y a lieu de nous demander si l'on ne pourrait pas faire un rapprochement entre le tableau de ces six êtres avec leur Seigneur le Christ et celui des six Puissances planétaires de l'Astrologie, avec leur chef le Soleil zodiacal.   Les attributions de ces diverses puissances ne sont-elles pas comparables entre elles ?   Selon les astrologues, le Soleil, Mars et Jupiter représentent le feu divin dans son pouvoir créateur et illuminateur; le rôle de Saturne et de Mercure est d'ordre intellectuel, tandis que la mission de Vénus est sentimentale et tutélaire.   C'est de la même manière que nous avons vu, tout à l'heure, des privilèges et influences similaires attribués aux collaborateurs du Christ par Sédir et aux divers ordres angéliques par les théologiens.

L'analogie est donc évidente, mais ce n'est qu'une analogie.   Il n'y a pas identité entre les Puissances planétaires ou Génies des anciennes cosmogonies et les Anges du christianisme; les uns et les autres existent, mais dans des plans différents.   Les premiers appartiennent à l'astral, au domaine de l'Invisible créé, soumis au Destin, à ce que l'on appelle le « Spiritus mundi ».   Les seconds seuls relèvent du « Royaume de Dieu », du domaine incréé de la Liberté et du Surnaturel, domaine absolument distinct du Monde et transcendant, ainsi que nous le verrons plus loin.

L'analogie apparente du rôle des uns et des autres vient de ce que les deux royaumes (celui de l'Absolu et celui du Relatif) sont, pour ainsi dire, concentriques et s'interpénètrent.   L'Absolu pénètre le relatif, comme l'éther, selon les savants, pénètre toute matière, tout en lui laissant son action propre et en ne gênant nullement ses mouvements.

oute initiative qui part du Royaume de Dieu se répercute dans les divers plans du Créé, selon le mode d'être spécial à ces plans.   Il n'y a donc pas lieu de s'étonner s'il existe une analogie entre les divers êtres et modes d'action des êtres qui habitent ces plans différents.   L'homme lui-même n'est-il pas un microcosme « formé à l'image de son Créateur » ?

Les Anges collaborateurs du Verbe ne sont donc pas les mêmes entités spirituelles que les génies planétaires de l'occultisme, bien que ceux-ci aient, dans l'Invisible créé ou astral, des attributions analogues à celles des Anges dans le Royaume de Dieu.

Il y a, entre ces deux catégories d'êtres, une autre distinction essentielle que nous tenons à mentionner : Jupiter, Mars, Saturne et les autres Génies des Anciens apparaissent comme des entités très distantes, qui se contentent d'influencer les créatures pour leur bien, sans jamais pourtant s'abaisser jusqu'à elles, tandis que notre Christ et Ses collaborateurs, bien qu'appartenant au Royaume incréé et  absolu, se sont volontairement humiliés jusqu'à notre niveau; ils ont pris des corps de chair, sont apparus dans l'histoire de notre humanité et nous ont donné, eux-mêmes, personnellement, l'exemple du sacrifice.   Le Christ n'est pas seulement Dieu, mais Dieu et Homme.   Elie, Jean, Moïse, Enoch, Jacques et Melchissédec ne sont pas des entités cosmiques, mais, d'une part, des Anges du Tout-Puissant au sens théologique du mot et, d'autre part, des figures humaines et vivantes.

e christianisme a donc rapproché le Ciel de la Terre, en élevant et surnaturalisant celle-ci et en y établissant ce pont qui permet à ses habitants d'atteindre l'Absolu.   Il a été le couronnement du grandiose édifice du salut dont les bases ont été jetées depuis la création.

Il a ennobli, élevé, confirmé, précisé les espérances que les hommes, avant lui, ne faisaient qu'entrevoir, comme au travers d'un voile.   C'est là l'illustration de cette idée de saint Augustin que la sagesse des Anciens était une préfiguration de la sagesse de L'Évangile.
 
 Le rôle de l'Homme dans l'Univers

 
 L'étude de l'Oeuvre des six jours révèle dans l'action créatrice, comme nous l'avons vu l'existence de deux courants, comprenant chacun trois phases distinctes :

1° le courant involutif par lequel le Feu céleste, représentant le Verbe divin, après avoir traversé le plan abstrait, descend au monde intermédiaire des eaux astrales, pour aboutir enfin au plan sensible, à la région de la Terre;

2° le courant évolutif ou ascendant qui est, au contraire, une remontée des êtres, sous l'influence des Anges des régions de la Matière à travers les régions astrales et mentales, vers celles de l'Esprit.

Ainsi le Cosmos a une constitution triple, savoir :

a) le Monde abstrait....  (le Mental, les Nombres) 

b) le Monde des forces...  (l'Astral, le Spiritus Mundi) 

c) le Monde sensible....  (les corps physiques)

Ces trois mondes sont soumis au Destin, à la Loi et constituent l'Univers créé.

Au-dessus de ce dernier, il y a le Royaume de Dieu, c'est-à-dire l'Absolu, l'Incréé, le domaine de la grâce, là où le Destin n'a plus d'empire et où s'exercent la Miséricorde et la Liberté.

Cette distinction essentielle entre la nature et le Surnaturel, le fini et l'Infini, est ce qui caractérise les trois grandes religions qui se réclament de la révélation primitive faite à Abraham: le christianisme, le judaïsme et l'islamisme.   Toutes trois professent la transcendance divine et se gardent bien d'identifier la Nature et son Auteur; elles préservent ainsi leurs fidèles du poison fascinant du panthéisme; car ce dernier n'est qu'un matérialisme déguisé, faussement idéalisé, et c'est ce qui en fait le charme trompeur et décevant.  Dans cette distinction capitale entre le Monde et Dieu, disons-nous, réside la grande et antique Tradition.   Les études les plus récentes et les plus lumineuses sur la Kabbale juive et sur les vrais  enseignements des anciens rabbins, celles d'un chevalier Drach, d'un Vulliaud, etc., tout en faisant justice de l'accusation gratuite de panthéisme lancée, à la légère, contre les dits enseignements, montrent, au contraire, leur caractère nettement monothéiste et leur parfaite concordance avec les doctrines les plus élevées du christianisme.   Malgré les divergences de détail ou d'expression, le fond n'a pas varié depuis l'origine : il consiste à affirmer l'existence d'un Etre absolu qui, ayant créé l'univers, ne l'a pas laissé aller au hasard, ni abandonné à jamais à la rigueur du Destin, mais s'est penché sur lui pour le sauver de son inertie native et l'amener au royaume de la Liberté.   Ce geste de miséricorde et de secours, c'est le Messie, c'est l'Incarnation du Verbe, l'Envoyé du Père.

La croyance à la transcendance et à la sollicitude divine pour la Création se ramène donc, en définitive, à la doctrine de Jésus-Christ Fils unique de Dieu « par qui tout a été fait » et tout doit être sauvé, et si l'unanimité des fidèles des trois grandes religions précitées n'y adhèrent pas encore, c'est que les temps ne sont pas révolus : il viendra une époque où ils y adhéreront, car ce dogme forme le fond, la quintessence de leur foi en un Dieu providence, indépendant du monde.

Selon cette doctrine, il doit y avoir communication constante entre le Créateur et Son oeuvre, entre le Ciel et la terre.   Quelle sera, parmi les Puissances créées, celle plus spécialement chargée de cette communication, celle qui, selon l'expression de F.-Ch.  Barlet, « aura pour mission de recevoir l'influx éternel de divinité, de le réaliser par un effort personnel adéquat », puis de le transmettre au monde sensible et, par contre, de faire évoluer et progresser ce dernier, de manière à le spiritualiser, à son tour, et à le conduire vers son Créateur ?   « Ce sera l'Homme, l'homme universel, fait à l'image de Dieu et dont l'humanité terrestre n'est que le rudiment primordial. »

Nous trouvons, en effet, dans la constitution de l'homme la correspondance exacte de celle que nous avons signalée pour le Cosmos : par son corps physique il appartient au monde sensible; par son magnétisme et ses fluides il est en relation avec l'Astral et, enfin, son intelligence le fait communiquer avec l'Abstrait.   Voilà pour le plan soumis au Destin.

Quant au Royaume surnaturel de la Liberté, l'homme peut aussi se mettre en rapport avec lui, grâce à son âme éternelle qui est, comme dit Sédir « la fenêtre par laquelle nous voyons Dieu. » Nous avons déjà prouvé, par les textes théologiques les plus vénérables, que la croyance à la présence spéciale de Dieu en nous est conforme à l'orthodoxie chrétienne.

Nous saisissons, ainsi, toute l'importance, la dignité du rôle de l'homme et, en même temps, sa grande responsabilité.   Collaborateur du Verbe divin dont la lumière existe en lui, prêtre universel, intermédiaire entre la Nature et Dieu, l'homme a la charge morale des créatures inférieures à lui, dont il est le chef et auxquelles il doit communiquer les grâces reçues du Soleil spirituel qui est le Christ.   Heureux sera-t-il s'il comprend l'excellence de sa mission et la réalise par son effort persévérant vers la sainteté !   Mais combien grande sera sa chute, lourde sa dette et profonde sa misère si, intervertissant son rôle, il devient un sujet de scandale pour les êtres placés au-dessous de lui!

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