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Hauts Grades

Cosmogonies égyptiennes

3 Novembre 2005 , Rédigé par C Smeesters Publié dans #hauts grades

Elles sont au nombre de trois mais représentent les variations politiques d’un seul et même thème : la création par le soleil à partir de l’élément liquide.

La cosmologie héliopolitaine est la plus ancienne. Au début était le Noun, élément liquide incontrôlé ou "chaos " qui, après la création, reste cantonné aux fanges du monde organisé qu’il menace d’envahir si l’équilibre de l’univers est rompu. Il est le séjour des forces négatives et de ce qui échappe aux catégories de l’univers : les âmes en peine qui n’ont pas bénéficié des rites funéraires appropriés ou les enfants mort-nés. De ce chaos est issu le soleil "qui est venu à l’existence de lui-même ". Son apparition se fait sur une butte de terre émergeant de l’eau, symbolisée par la pierre benben, objet d’un culte à Héliopolis. Ce dieu, qui est son propre créateur, est alternativement Rê, le soleil proprement dit, Atoum, l’être ach evé par excellence ou encore Khepri, représenté sous la forme d’un scarabée.

Le démiurge, en se masturbant, met au monde un couple, le dieu Chou, le Sec, et la déesse Tefnout, l’Humide. De l’union du Sec et de l’Humide naît un deuxième couple : le Ciel Nout et la Terre Geb. Ils ont quatre enfants : Isis et Osiris, Seth et Nephtys. Le second couple est stérile. Le premier, qui est fertile, constitue le prototype de la famille royale.

Osiris, roi d’, est assassiné par son frère Seth, contrepartie négative et violent de la force organisatrice symbolisée par le pharaon. Il s’empare du trône après sa mort. Isis, modèle de l’épouse et de la veuve, aidée de sa sœur Nephtys, reconstitue le corps dépecé de son mari. Anubis, le chacal né des amours illégitimes de Nephtys avec Osiris, embaume le roi défunt. Puis Isis donne le jour à un fils posthume, Horus, homonyme du dieu solaire d’Edfou et, comme lui, incarné par un faucon. Elle le cache dans les marais du Delta à proximité de la ville sainte de Bouto avec la complicité de la déesse Hathor, la vache nourricière. L’enfant grandit, et après une longue lutte contre son oncle Seth, obtient du tribunal des dieux présidé par son grand-père Geb d’être réintégré dans l’h&e acute;ritage de son père qui lui se voit confier le royaume des morts.

A ce schéma du règne des dieux se greffent de nombreuses légendes secondaires.

Il est peu question de la création même des hommes qui semble contemporaine à celle du monde. Une exception, la légende de "l’œil de Rê ". Le soleil perd son œil. Il envoie ses enfants Chou et Tefnout à la recherche du fugitif mais le temps passe sans que ceux-ci ne reviennent. Il décide donc de remplacer l’absent. Entre-temps, l’œil fugitif revient et se voit remplacé. De rage, il se met à pleurer et de ses larmes (remout) naissent les hommes (remet). Rê le transforme alors en cobra et l’accroche à son front : il est l’ur³ us chargé de foudroyer les ennemis du dieu.

Le thème de l’œil endommagé ou remplacé connaît plusieurs développement. Il sert aussi à expliquer la naissance de la lune, second œil de Rê confié à Thot, le dieu scribe à tête d’Ibis. Il évoque également l’œil "sain " d’Horus. Celui-ci en effet perdit un œil lors du combat qui l’opposa à Seth pour la possession du royaume d’Égypte ; Thot le lui aurait rendu et en aurait fait le prototype de l’intégrité physique. C’est la raison pour laquelle il figure d’ordinaire sur les cercueils où il garantit au mort le plein usage de son corps.

Rê, roi des dieux, doit lutter pour conserver son pouvoir que tentent de lui ravir chaque nuit lors de sa course dans l’au-delà des ennemis acharnés conduits par Apophis, personnification des forces négatives.

D’autres tentatives sont menées contre le roi des dieux. Par exemple, Isis, la Grande Magicienne, tente de prendre le pouvoir sur Rê en le faisant mordre par un serpent. Pour être sauvé, il doit révéler à la déesse ses noms secrets.

L’Égypte possède aussi le mythe de la révolte des hommes contre leur créateur qui décide de les détruire. Il envoie sur terre son œil sous la forme de la déesse Hathor. Celle-ci dévore en un jour une partie de l’humanité puis s’endort. Rê, jugeant la punition suffisante répand de la bière qui, mêlée aux eaux du Nil, à l’apparence du sang. A son réveil, la déesse lape ce breuvage et s’écroule, ivre. L’humanité est sauvée mais Rê, déçu par elle, se retire dans le ciel, sur le dos de la vache céleste qui sera soutenue par le dieu Chou. Il remet l’administration de la Terre à Thot et les serpents, insignes de la royauté, à Geb.

La cosmologie hermopolitaine : Hermopolis, aujourd’hui Achmounein à environ 300 km du Caire, capitale du XVe nome de Haute Égypte a élaboré sa propre cosmologie. Le point de départ est le même qu’à Héliopolis : un chaos liquide dans lequel s’ébattent quatre couples de grenouilles et de serpents qui s’unissent pour créer et déposer un œuf sur une butte émergeant de l’eau. Ces couples sont chacun composé d’un élément et de sa parèdre : Noun et Naunet, l’océan primordial, Het et Hehet, l’eau qui cherche sa voie, Kekou et Keket, l’obscurité, Amon, le dieu caché et Amaunet.

La troisième cosmogonie est connue par un document unique et tardif (règne du souverain kouchite Chabaka à la charnière du VIIe et VIe siècle av. JC). Il s’agit d’une dalle en granit provenant du temple de Ptah à Memphis et conservée au British Museum. Elle combine les éléments des deux précédentes tout en reconnaissant au dieu local Ptah le rôle de démiurge. La création se fait par combinaison de la pensée et du verbe.

Du mythe à l’Histoire

L’intégration du mythe à l’Histoire est connue par les listes royales qui reproduisent les données des cosmogonies (plus particulièrement celle de Memphis) et évoquent l’Age d’Or durant lequel les dieux ont régné sur Terre.
Au départ se trouve le fondateur Ptah dont le rôle est proche de celui de Khnoum le potier qui a créé l’humanité sur son tour avec de l’argile. Rê lui succède. Il est le prototype de la royauté qu’il cédera à Chou, l’air, séparateur de la Terre et du Ciel. Suivront Geb puis Osiris. Enfin, c’est Horus qui monte sur le trône. Le Canon de Turin donne ensuite une séquence de trois dieux : Thot, Maât, représentant l’équilibre, et un Horus dont le nom est perdu. Neuf dieux leur succèdent et assurent la transition vers le pouvoir des fondateurs humains. Le Canon de Turin cite le premier "roi de Haute et de Basse Égypte " : Meni (Ménès chez Eratosthène et Manéthon) qui est peut-être Narmer ou le roi Scorpion. La pierre de Palerme parle du roi Aha qui serait peut-être le "nom d’Horus " de Narmer-Ménès.

 

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