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Hauts Grades

Alexandre : la bataille du Granique

3 Janvier 2006 , Rédigé par Arrien Publié dans #enseignements tactiques

Cependant Alexandre marche en ordre de bataille vers le Granique ; fait avancer les Hoplites en colonnes formées par la phalange doublée ; dispose la cavalerie sur les ailes, les bagages à l'arrière-garde. Pour observer les mouvements de l'ennemi, Hégéloque marche en avant avec les éclaireurs, soutenu par un gros de cinq cents hommes, formé de troupes légères et de cavaliers armés de sarisses.
On approchait du fleuve, lorsque des éclaireurs, revenant à toute bride, annoncent que toute l'armée des Perses est rangée en bataille sur la rive opposée. Alexandre fait aussitôt les dispositions du combat. Alors Parménion s'avançant : « Prince, je vous conseille de camper aujourd'hui sur les bords du fleuve, en l'état où nous sommes, en présence de l'ennemi, inférieur en infanterie ; il n'aura point l'audace de nous attendre ; il se retirera pendant la nuit ; et demain, au point du jour, l'armée passera le fleuve sans obstacle ; car nous l'aurons traversé avant qu'il n’ait le temps de se mettre en bataille. Il serait en ce moment dangereux d'effectuer ce passage ; l'ennemi est en présence ; le fleuve est profond, rempli de précipices ; la rive escarpée, difficile : on ne peut aborder qu'en désordre et par pelotons, ce qui est un grand désavantage ; et alors il sera facile à la cavalerie de l'ennemi, nombreuse et bien disposée, de tomber sur notre phalange. Que l'on reçoive un premier échec, c'est une perte sensible au présent, c'est un présage funeste pour l'avenir ».
Mais Alexandre : « J'entends, Parménion ; mais quelle honte de s'arrêter devant un ruisseau après avoir traversé l'Hellespont ! Je l'ai juré par la gloire des Macédoniens, par ma vive résolution d'affronter les dangers extrêmes : non, je ne souffrirai point que l'audace des Perses, rivaux des Macédoniens, redouble, si ces derniers ne justifient d'abord la crainte qu'ils inspirent. »
À ces mots, il envoie Parménion prendre le commandement de l'aile gauche, tandis qu'il se dirige vers la droite. Philotas est à la pointe de l'aile droite, avant la cavalerie des Hétaires, les Archers et les corps des Agriens qui lancent le javelot ; il est soutenu par Amyntas, avec les cavaliers armés de sarisses, les Péones et la troupe de Socrate. Près d'eux, le corps des Argyraspides, commandé par Nicanor, suivi des phalanges de Perdiccas, de Coenus, de Cratère ; d'Amyntas et de Philippe. À l'aile gauche se présentait d'abord la cavalerie thessalienne, commandée par Calas, ensuite la cavalerie auxiliaire ayant à sa tête Philippe, fils de Ménélas ; enfin les Thraces, sous la conduite d'Agathon. Près d'eux sont l'infanterie, les phalanges de Cratère, de Méléagre et Philippe, qui s'étendent jusqu'au centre. Les Perses comptaient vingt mille hommes de cavalerie, et presque autant d'étrangers à leur solde composant leur infanterie. Le front de leur cavalerie étendu bordait le rivage ; l'infanterie derrière, le site formant une éminence.
Dès qu'ils découvrirent Alexandre, (et il était facile de le reconnaître à l'éclat de ses armes, à l'empressement respectueux de sa suite) et son mouvement dirigé contre leur aile gauche, ils la renforcent aussitôt d'une grande partie de leur cavalerie. Les deux armées s'arrêtèrent quelques instants et se mesurèrent du rivage en silence et avec une même inquiétude. Les Perses attendaient que les Macédoniens se jetassent dans le fleuve pour les charger à l'abordage.
Alexandre saute sur son cheval ; il ordonne au corps d'élite qui l'entoure de le suivre, et de se montrer en braves ; il détache en avant, pour tenter le passage, les coureurs à cheval avec les Péones et un corps d'infanterie conduit par Amyntas, précédé de l'escadron de Socrate. Ptolémée doit donner à la tête de toute la cavalerie qu'il commande. Alexandre, à la pointe de l'aile droite, entre dans le fleuve au bruit des trompettes et des cris de guerre redoublés, se dirigeant obliquement par le courant, pour éviter en abordant d'être attaqué sur sa pointe, et afin de porter sa phalange de front sur l'ennemi.
Les Perses, en voyant approcher du bord Amyntas et Socrate, leur détachent une grêle de flèches ; les uns tirent des hauteurs sur le fleuve ; les autres, profitant de la pente, descendent au bord des eaux : c'est là que le choc et le désordre de la cavalerie furent remarquables ; les uns s'efforçant de prendre bord ; les autres de le défendre. Les Perses lancent des traits ; les Macédoniens combattent de la pique. Ceux-ci, très inférieurs en nombre, furent d'abord repoussés avec perte ; en effet, ils combattaient dans l'eau sur un terrain bas et glissant, tandis que les Perses avaient l'avantage d'une position élevée, occupée par l'élite de leur cavalerie, par les fils de Memnon et par Memnon lui-même. Le combat devint terrible entre eux et les premiers rangs des Macédoniens qui, après des prodiges de valeur, y périrent tous, à l'exception de ceux qui se retirèrent vers Alexandre, lequel avançait à leur secours avec l'aile droite. Il fond dans le plus épais de la cavalerie ennemie où combattaient les généraux : la mêlée devient sanglante autour du roi.
Cependant les autres corps macédoniens abordent à la file. Quoique l'on combattit à cheval, on eût cru voir un combat d'homme de pied contre homme de pied. Tel était l'effort de chevaux contre chevaux, de soldats contre soldats ; les Macédoniens luttant contre les Perses pour les ébranler et les repousser dans la plaine ; les Perses pour renverser les Macédoniens et les rejeter dans le fleuve. Enfin, ceux d'Alexandre l'emportent, tant par la force et l'expérience, que par l'avantage de leurs piques solides opposées à des plus faibles : celle d'Alexandre se rompt dans l'effort du choc ; il veut emprunter la lance de son écuyer Arès : « Cherchez-en d'autres, » lui dit Arès en lui montrant le tronçon de la sienne, avec lequel il faisait encore des prodiges. Alors Démarate, Corinthien, l'un des Hétaires, présente la sienne à Alexandre. Il la prend, et avisant Mithridate, gendre de Darius, qui s'avançait à cheval, pique vers lui avec quelques cavaliers de sa suite, et le renverse d'un coup de lance dans le visage. Roesacès attaque Alexandre, et lui décharge sur la tête un coup de cimeterre repoussé par le casque qu'il entame. Alexandre le perce d'outre en outre. Spithridate, prêt à le frapper par derrière, levait déjà le bras que Clitus abat d'un coup près de l'épaule. Cependant une partie de la cavalerie a passé le fleuve et rejoint Alexandre. Les Perses et leurs chevaux, enfoncés en avant par les piques et de tous côtés par la cavalerie, incommodés par les hommes de traits mêlés dans ses rangs, commencèrent à fuir en face d'Alexandre. Dès que le centre plia, la cavalerie des deux ailes étant renversée, la déroute fut complète ; les ennemis y perdirent environ mille chevaux.
Alexandre arrête la poursuite et pousse aussitôt vers l'infanterie, toujours fixée à son poste, mais plutôt par étonnement que par résolution. Il fait donner la phalange et charger en même temps toute sa cavalerie ; en peu de moments tout fut tué ; il n'échappa que ceux qui se cachèrent sous des cadavres ; deux mille tombèrent vivants au pouvoir du vainqueur. Les généraux des Perses qui périrent furent Niphates, Petènes, Spithridate, satrape de Lydie, Mithrobuzanes, gouverneur de Cappadoce, Mithridate, gendre du roi Darius, Arbupales, petit-fils dArtaxerxès et fils de Darius, Pharnace, beau-frère du prince, Omar, général des étrangers. Arsite échappé du combat, se sauve en Phrygie, où, désespéré de la ruine des Perses dont il était la première cause, il se donna dit-on, la mort.
Du côté des Macédoniens il périt, dans le premier choc, vingt-cinq Hétaires. Alexandre leur fit élever à Dium des statues d'airain de la main de Lysippe, le seul des statuaires Grecs auquel, il permit de reproduire ses traits. Le reste de la cavalerie ne perdit guère plus de soixante hommes, et l'infanterie trente. Le lendemain Alexandre les fit ensevelir avec leurs armes et leur équipage. Il exempta les auteurs de leurs jours et leurs enfants de payer, chacun sur leur territoire, un tribut de leurs personnes et de leurs biens. Il eut le plus grand soin des blessés, visitant les plaies de chacun d'eux, leur demandant comment ils les avaient reçues, leur donnant toute liberté de s'entretenir avec orgueil de leurs exploits. Il accorda aussi les derniers honneurs aux généraux Persans et à ceux même des Grecs à leur solde qui avaient péri avec eux dans le combat ; mais il fit'mettre aux fers ceux d'entre eux qu'il avait pris vivants, et les envoya en Macédoine pour être esclaves, parce que, désobéissant aux lois de la patrie ils s'étaient réunis aux Barbares contre les Grecs.
Il envoya à Athènes trois cents trophées des dépouilles des Perses pour être consacrés dans le temple de Minerve, avec cette inscription : Sur les Barbares de l'Asie, Alexandre et les Grecs à l'exception des Lacédémoniens.
Il nomma Calas satrape de la province que gouvernait Arsite, à la condition d'en percevoir les mêmes tributs que l'on payait à Darius ; les Barbares étant descendus des montagnes pour se rendre à lui, il les renvoie chez eux. Il pardonna aux Zélites qui n'avaient combattus que malgré eux avec les Barbares.
Il envoie Parménion s'emparer de Dascilium, qui, dépourvu de garnison, lui ouvrit ses portes.

 

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