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Hauts Grades

15ème GRADE - CHEVALIER D'ORIENT ou de L'ÉPÉE.

7 Septembre 2012 , Rédigé par Jean MOURGUES Publié dans #Planches

Le quinzième grade du REAA est dit le premier des grades capitulaires. C'est une dénomination qui mériterait d'être comprise et sans doute nuancée dans son application.

Il faut bien comprendre que l'on ne travaille pas à tous les degrés. Il faut donc distinguer les ateliers, des degrés que l'on étudie. En réalité, c'est une convention qui impose les décisions en fonction du nombre et des affinités.

La plupart du temps, peu de travaux s'effectuent réellement, en dehors des Loges de Perfection, des Chapitres et des Conseils, quand ces ateliers travaillent, ce qui n'est pas toujours le cas. Il arrive fréquemment que la cérémonie de passage, où le candidat reçoit les enseignements de son nouveau grade soit la seule occasion de réunion des frères.

Est-ce que cela a une importance ?

Sur le plan symbolique, on peut considérer que le chapitre rassemble les frères qui ont atteint la plénitude de leur conditionnement maçonnique. Ce sont selon les termes de la tradition des Maçons accomplis ou des Maçons finis. Ils ont reçu les indications qui leur permettent de situer à sa place la détermination initiatique dont ils ont pris connaissance depuis leur entrée dans l'ordre.

Ils savent donc, qu'en gros, I'initiation, c'est la démarche progressive par laquelle chacun apprend ce qu'il lui faut savoir pour vivre et pour mourir.

Cette définition ne privilégie pas les voies maçonniques, et de fait ces voies n'ont pas à être privilégiées. Les enseignements de la vie, de l'Art et de la religion, ajoutés à ceux de la connaissance scientifique contribuent de façon suffisante à l'édification de ceux qui cherchent.

On s'initie, c'est-à-dire que l'expérience sur laquelle on établit la démarche par laquelle on prend conscience de l'unité et de l'identité de la personne est insignifiante si on ne l'assimile pas.

On s'initie, comme l'on se trompe. Le verbe est révélateur. Se tromper n'est pas être trompé. S'initier n'est pas être initié. Recevoir n'est rien si l'on ne fait pas sien l'apport extérieur, si l'on n'est pas le constructeur de soi.

Au 15e Grade, la légende évoque la construction du Deuxième Temple celui qui est reconstruit après la captivité de Babylone.

Les juifs ont certes des ennemis. Mais ils ont refusé que d'autres qu'eux-mêmes soient autorisés à travailler à la construction de leur Temple. La Bible ici fait allusion à un recours au Roi de Babylone pour que seuls les Israélites soient autorisés à édifier le Temple.

D'où les menaces, d'où les dangers, d'où une défense vigilante.

On ne devine que trop bien les raisons qui ont pu déterminer les Juifs à garder leur identité. Et il est vrai que le drame de toutes les nations c'est qu'elles se perdent dans la construction de l'édifice commun. Les chantiers sont de véritables creusets au cœur desquels s'élaborent d'autres identités par l'échange, I'amalgame, la confusion et l'alliance.

Les villes sont ces creusets, où chacun tend à conserver une identité qui se délite, et se montre agressif précisément parce qu'il la sent se défaire.

Le fait est connu. Est-il compris, est-il vécu? La nécessité de travailler, la truelle dans une main et l'épée dans une autre a dû être celle de tous les défenseurs d'une société naissante. Tant dans la période du Moyen Age commençant, que dans les années de marche vers l'ouest en Amérique. Les préhistoriens diront sans doute également que les conflits entre les sédentaires et les nomades se réglèrent de façon analogue, les constructions s'élevant toujours plus ou moins comme un défi à la vie sous la tente.

Il y a là un double mouvement dont il faut comprendre la complexité: les constructions solides apparurent d'abord comme une rupture de la communauté nomade. Une sorte de refus et une orientation nouvelle de la relation sociale. Oui, mais la ville en même temps attira par son marché, et constitua une autre forme de communauté. Laquelle est la vraie?

Il y a fort à parier que les Temples sont les premières institutions d'un système où le capital, I'épargne, la prévision et la sécurité furent envisagés par la communauté comme des moyens nécessaires à l'élaboration d'une vie nouvelle.

La civilisation du désert est riche de sa vérité vécue. La civilisation sédentaire est riche d'attente et de promesse.

Le passage de l'une à l'autre est en quelque sorte le passage de la nécessité à la convention. Dans le désert, où dans le cours des errances, la pression des éléments, et la production naturelle sont les contraintes déterminantes

Dans la ville, la protection est assurée et la division du travail et du temps provoque des évolutions. Il faut y régler la vie de façon plus abstraite que dans les vastes étendues, où le soleil et la lune, le vent, la pluie, la soif, la faim pèsent sur tous.

Est-ce que la civilisation urbaine est venue de l'Orient? Est-ce le mythe solaire qui a été à l'origine de la dénomination des chevaliers au 15e Grade?

Le fait est que l'Orient a toujours joué un rôle attractif, alors qu'il faut observer curieusement que les populations semblent s'être déplacées, en Europe et en Amérique tout au moins, toujours de l'Orient vers l'Occident. Comme si les hommes avaient fui l'Orient.

En réalité, les religions, les épices, les richesses métalliques sont venues de l'Orient précisément parce que les civilisations y ont eu leur berceau. Mais les exilés furent peu à peu obligés de chercher d'autres sources de vie, sans se défendre de la nostalgie des origines.

Est-ce finalement une mythologie utile?

Le mirage de l'Orient a été une source de fantaisie et de fausse sagesse. Les hommes ont besoin pour vivre d'une expérience acquise sur le terrain, et dans les pratiques quotidiennes, I'observation, la réflexion et la patience jouent plus que l'imitation de ce que l'on ne comprend pas. Si l'orient est une mine de tout premier ordre pour l'historien des religions, il n'y a pas de recettes miracles pour la vie nouvelle qui peu à peu se développe sur d'autres bases. Le retour aux sources est utile à condition qu'on en mesure la difficulté. Ceux qui veulent vivre comme les anciens doivent accepter aussi leurs épreuves et leurs solutions. Par contre, ceux qui affrontent le monde nouveau doivent savoir transposer les acquis de l'humanité disparue.

 

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