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Hauts Grades

18ème degré REAA INRI Jésus le Nazaréen, roi des Juifs

28 Septembre 2012 , Rédigé par Patrick Carré Publié dans #Planches

L’accomplissement du devoir poussé jusqu’au sacrifice conduit du Maître Secret au GEPSM. Le Parfait est alors prêt au passage pour changer d’espace et de temps quand sa Raison seule « n’a plus droit au chapitre ». En Souverain Chapitre, il n’est plus dans la progressivité, l’évolution mesurée et même pondérée d’une transformation intérieure. Le Chevalier résorbe en lui tous les symboles qui illustrent son univers où tout devient symbole et porteur de sens et l’accompagne vers un au-delà de lui-même, dans un autre espace-temps de perception comme dans la gravure de Dürer « Le Chevalier, la Mort et le Diable ».   
La visière du heaume relevée, le Chevalier chemine sur son destrier le regard plongé en lui-même, détendu et garde baissée dans un univers sec et calciné où les branches des arbres ne portent nul signe de vie. Il tourne le dos à une chimère en forme de bouc, symbole de possession et d’abandon à la superstition et à l’irrationnel. Le Diable proche de lui, presque à le toucher, le regarde et semble lui parler en silence du temps qui passe et le rapproche de la mort, et lui dire au fond « A quoi bon ? Tu as beau renoncer aux chimères de ton esprit et à l’exubérance de la nature, tu n’échapperas pas à la mort et à la décomposition qui me ressemble ».    
A cet instant le Chevalier, qui n’est plus le même mais pas encore un autre, chemine entre deux mondes, l’ancien où tout se désunit et le maintient dans la matière, et le nouveau qu’il pressent et auquel il aspire, symbolisé par la place forte qui domine le paysage et les vallées, siège d’une vie collective et spirituelle où semble régner l’ordre et l’esprit. Cet « entre-temps » rappelle l’heure du Parfait Maçon, qui porte le même nom lors de la reprise et de la suspension des travaux au 18ème degré du REAA. L’heure de la reprise est celle où « le voile du Temple s’est déchiré, où les ténèbres et la consternation se répandirent sur la terre, où les outils de la Maçonnerie furent brisés, …et où la Parole fut perdue ». L’heure de la suspension est ce moment où « la Parole est retrouvée, …où les outils ont repris leurs formes antérieures, où les ténèbres se sont dissipées, où la lumière est revenue dans tout son éclat … ».
Ce double tableau à la même heure, au même moment symbolise autant la partition de la conscience entre lumière et ténèbres que leur manifestation alternée autour d’un axe stable en conscience, hors de l’espace et du temps. Les ténèbres sont celles d’une conscience obscurcie impliquée dans l’univers mouvant des formes illusoires, celles du monde manifesté, conditionné, de l’écoulement perpétuel des choses, qui s’agrègent en composés, naissent et disparaissent indéfiniment, caractérisées dans le bouddhisme par l’impermanence, la vacuité (absence d’être propre) et des souffrances multiples. Le but du Chevalier est de mettre fin à cette dégradation de la conscience et en triomphant des ténèbres, de parvenir à réintégrer dans la lumière un degré supérieur de conscience.
La symbolique du Souverain Chapitre se substitue à celle des degrés de Perfection. Au chemin chaotique de la perfectibilité dans les degrés de Perfection symbolisé par des mouvements d’ascensions et de chutes, le Souverain Chapitre substitue le déploiement par le Cœur, au centre immobile de la Croix, de l’Amour du Christ, l’onde suprême embrassant le monde. Sa manifestation dans le cœur des Chevaliers R+C s’effectue dans un espace-temps sacré où la dimension « Ordre ou Chaos » se substitue à l’alternative « Bien ou Mal », où la saisie de la Vérité est immédiate et se substitue à l’illumination progressive de la conscience. Ces passages à d’autres niveaux d’exigence et de conscience sont illustrés par les 15ème, 16ème et 17ème degré du REAA.
Au 15ème degré, les Chevaliers d’Orient et de l’Epée font le choix de la liberté en passant le pont du fleuve Starbuzanaï, quittant les fausses idoles d’un pouvoir étranger, ou d’un monde intérieur immanent, pour accéder à Jérusalem et à la transcendance, mettant fin dans leur cœur au sentiment d’exil permanent symbolisé par leur durée de captivité. Au 16ème degré, les Princes de Jérusalem font appel à l’autorité du roi Darius pour mettre fin au chaos généré par les Samaritains vouant un culte aux valeurs éthiques et morales converties en dieux païens, et pour rétablir l’ordre nécessaire à l’élévation de la conscience dans l’adoration du vrai Dieu. Au 17ème degré, les Chevaliers d’Orient et d’Occident s’unissent pour garder le passage de la conscience à une autre temporalité, un temps sacré où les chevaliers du passé renaissent dans les chevaliers de l’avenir, dans un présent sans cesse renouvelé et dans l’état de vigilance nécessaire aux gardiens du Temple.
L’axe autour duquel s’effectuent ces révolutions en conscience, où les ténèbres et la lumière se succèdent, est l’axe du monde, le très riche symbole de l’axe solsticiel. Pour la légende, Janus, dieu latin de l’initiation aux mystères, détenait les clefs des portes solsticielles, portes des enfers et des cieux : « la porte des dieux » qui correspond à la Saint-Jean d’hiver et à la renaissance du soleil, dans le signe du Capricorne, et « la porte des hommes » qui correspond à la Saint-Jean d’été et à la mort cyclique du soleil, dans le signe du cancer. Dans cette dimension cosmologique, l’axe du monde relie le signe du cancer au signe du capricorne, et fait tourner autour de lui les enfers et les cieux qui les symbolisent.
L’axe du monde croise la terre en un point appelé Centre du Monde, immobile comme le centre d’une roue en mouvement, comme le Graal au centre de la Table Ronde, le vase contenant le sang du Christ, symbole de son Cœur et de son Amour. Il rassemble autour de lui des Chevaliers qui connaissent dans la quête du Graal des fortunes diverses et des échecs, tels Perceval, coupable de la mort de sa mère, ou Lancelot, coupable d’un amour interdit envers Guenièvre. Seul Galaad, nouvel archétype du Christ, sans la moindre attache sur terre, parvient au but ultime. D’où la nécessité pour les chevaliers des légendes d’avoir un cœur pur pour aboutir dans leurs quêtes spirituelles, toute pollution par les sentiments corporels ou matériels du cœur fermant le canal conduisant à l’esprit du Centre du cœur et d’un Centre du Monde commun à tous.
Le Galaad du 14ème degré du REAA se bat pareillement jusqu’à la mort devant l’entrée d’un canal semblable conduisant à la Voûte Sacrée, pour en interdire l’accès aux soldats de Nabuchodonosor. Il se bat d’abord comme tous les GEPSM qui défendent la ville avec courage, mais ne peuvent résister à la force des conquérants. Seul Galaad reste en adoration et en contemplation du Nom Ineffable, s’interdisant jusqu’à la mort de baisser la garde devant l’ennemi pour rester dans cet état, autrement dit se l’interdisant absolument, pour rester en conscience dans l’absolu, au contact de l’Absolu. Toute profanation du cœur est proscrite pour rester en état de contempler le Nom Ineffable, et conserver l’état de Grâce en lequel le Cœur est relié à l’Esprit.
C’est en ce lieu, au Centre du Cœur, que la Parole est retrouvée. « I.N.R.I. C’est la Parole ! » se réjouit le Très Sage. La Parole qui vient du Centre du Cœur ne dit pas la vérité, ni une vérité, mais s’exprime « en vérité ». La Parole du Christ « En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma Parole, il ne verra jamais la mort. » (Jean 8 :51) illustre le combat de Galaad et sa victoire dans le Cœur des Chevaliers. Ainsi « la recherche de la Parole Perdue se confond avec celle de la Vérité. Elle demeure la tâche fondamentale jamais achevée des Chevaliers Rose-Croix. » (rituel du 18ème degré). L’Evangile apocryphe de Thomas rapportant la Parole de Jésus illustre cette quête chevaleresque : « Heureux sont-ils, ceux que l’on a persécutés dans leur cœur, ce sont ceux-là qui ont connu le Père en vérité. » (loggion 69) « Quand il sera réduit à l’unité, il sera rempli de lumière ; mais tant qu’il sera divisé, il sera rempli de ténèbres. » (loggion 61)
« S’ils vous demandent : « Quel est le signe de votre Père en vous ? », répondez-leur : « C’est un mouvement et un repos. » (Thomas, loggion 50) Au centre de la croix, l’axe du Monde passe par le Cœur des Chevaliers R+C, lui imprimant selon les Traditions, à la fois un mouvement et un repos. Ainsi le « Dhyana », pratique hindouiste de méditation à l’origine du Zen au Japon, dont le nom signifie " agir ", " être " (Nna) " centré " " au milieu de " (Dhyan), s’applique au centre de la roue du « Dharma », la loi universelle du fonctionnement du monde et de l’esprit, traduit aussi par morale, devoir, vertu, droiture, « ce qui doit être » ou « l’action juste », que le bouddhisme s’attache à transmettre et expliquer.
Il s’agit de recouvrer un équilibre émotionnel, de s’épanouir et se réaliser en allant au bout de soi-même. Cette réalisation que l’on nomme bonheur, appelée « eudaimonia » dans l’ancienne philosophie grecque et « sukkha » dans le bouddhisme, dont témoignent les Chevaliers Rose+Croix par ces mots « J’ai ce bonheur », est un état d’épanouissement, un bonheur indépendant des circonstances extérieures et des émotions négatives, qui ne peut s’atteindre que lorsque l’on parvient à se relier à la source de son être intérieur, centre immobile et racine du souverain Bien, demeurant « en Bouddha ou « en Christ » selon les traditions. La transformation des émotions peut se faire en cultivant quatre qualités : l’amour, l’équanimité (égalité d’humeur ou sérénité), la compassion et la joie. Celles-ci s’équilibrent chaque fois que l’une d’entre elles se pervertit par son excès. Ainsi, par exemple, l’amour peut devenir attachement, d’où le besoin de l’équanimité. Celle-ci peut devenir à son tour indifférence, d’où le besoin de la compassion envers ceux qui souffrent. À son tour, celle-ci peut conduire à la dépression. Il faut donc apprendre à se réjouir du bonheur d’autrui.
Les liens qui s’établissent entre ces quatre qualités et relèvent d’un réel travail moral et mental, rappellent ceux qui relient dans « La Chrysopée du Seigneur » de Raymond Lulle (1235-1315) les quatre vertus cardinales, la Force, la Prudence, la Tempérance et la Justice (voir 2ème partie de ce travail). Ainsi la première Vertu qu’il importe de développer en nous est celle de la Force, car nous devons être fort contre nous-même et contre nos vices. Mais en contrepartie, nous devons en tant qu’esprit libre nous défier avec prudence de la force et de tout ce qui justifie la prééminence de la chair sur l’Esprit. Quand la Prudence l’emporte sur la Force, la Tempérance apparaît, attentive aux « variations suscitées par l’infini amour des êtres pour les êtres, et de Dieu pour eux tous », la Justice étant son « pendant » dans l’axe vertical des Justes.
Le positionnement dans l’espace des quatre qualités, l’amour à droite, l’équanimité à gauche, la compassion en haut, la joie pour autrui en bas, semble ordonnancer le tracé d’un « Quatre de chiffre », symbole courant au XVème siècle dans les « marques » des imprimeurs, des tailleurs de pierres et d’autres « Métiers ». Les vertus peuvent prendre la place de ces « marques d’amour » dans un tracé similaire, la force à droite, la prudence à gauche, la tempérance en haut et la justice en bas. On peut se demander, si le but ultime du « quatre de chiffre », par sa ligne brisée et son trait ininterrompu, n’est pas en entrecroisant les lignes de fixer et d’activer le point central d’une croix, ce tracé physique symbolisant un travail mental équivalent pour les « marques d’amour » et les vertus, l’Art du Trait atteignant ici sa dimension méta-physique.
C’est en ce point central que réside l’essentiel pour le Chevalier Rose+Croix, lieu d’éclosion de la Rose d’Amour et d’émanation de son parfum, lieu de mouvement et de repos de la roue cosmique. « Celui qui est près de moi est près de la flamme, et celui qui est loin de moi est loin du Royaume. » (Thomas, loggion 181). Là, dit Fulcanelli, brûle « le feu de roue » que l’Alchimiste entretient nuit et jour, ainsi qu’un autre feu, le feu secret qui fait tourner la roue, « l’étincelle vitale communiquée par le Créateur à la matière inerte, l’esprit enclos dans les choses, le rayon igné » « mis en lumière » par l’autre sens de l’acronyme INRI « Igne Natura Renovatur Integra » : La Nature est renouvelée entièrement par le Feu.

Source : http://www.patrick-carre-poesie.net

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Timothée Bée 28/09/2012 15:39


Très bonnes pensées. Une est la Roue, deux sont les feux, trois leurs vertus et quatre les chevaliers !


Fraternellement


Timothée