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Hauts Grades

18ème degré REAA INRI La Nature est renouvelée entièrement par le Feu

28 Septembre 2012 , Rédigé par Patrick Carré Publié dans #Planches

Le cheminement maçonnique dans le cadre du REAA conduit à épeler et transmettre INRI, ce que font les Chevaliers Rose+Croix lors de la cérémonie de la Cène après avoir entouré la table fraternelle. Depuis Tubalcain (mot de passe du 3ème degré), le forgeron mythique qui le premier sut mettre en œuvre les métaux dans sa forge, le feu est quelque part à l’œuvre et nous travaille de l’intérieur. Le feu du forgeron qui agit sur les métaux annonce le feu qui renouvelle la Nature, l’un agissant sur la matière et la Raison dans le monde temporel, l’autre sur le Cœur dans un projet global impliquant l’Etre dans son ensemble, jusqu’à l’adhésion à sa nature spirituelle.
Deux éléments, la Nature et le Feu, et le processus de transformation de l’une par l’autre, constituent le mot sacré du Chevalier Rose+Croix, INRI « La Nature est renouvelée entièrement par le Feu ». Ce mot n’est pas un personnage légendaire ou mythique extrait ou non de la Bible comme ce fut le cas dans les degrés précédents, mais le secret dévoilé d’un travail à effectuer en nous-mêmes, sur cette Nature que l’on « doit » renouveler entièrement à l’aide du feu que l’on « doit » entretenir.
La Nature
La Nature fait corps et âme avec les Chevaliers Rose+Croix qui sont parvenus à « rassembler ce qui est épars ». Cette Nature se révèle en eux-mêmes, d’abord comme une substance qu’ils découvrent et comprennent par la Raison, puis comme une essence intimement mêlée à leur dimension spirituelle, qu’ils rencontrent et connaissent par le Cœur. Dans quelle mesure le ChR+C peut-il d’une part garder un œil ouvert, découvrir et agir en conscience sur cette nouvelle dimension, et d’autre part se déployer à la lisière de l’inconscient dans cette dimension consubstantielle à lui-même ?
La connaissance de la Nature rappelle celle de l’alchimiste, et s’établit par l’imitation, une reproduction de la Nature qui tenterait d’échapper au tragique de la matière et de l’esprit entravé par le corps. Il revient à l’Art Royal de reproduire, quoique dans un laps de temps réduit, la même opération de transformation que la Nature a mis des siècles à parfaire. L’Œuvre renvoie au temps de la Création où Dieu débrouille le chaos, donne forme et sens en séparant les éléments. En réalisant le parcours inverse de celui de la dégradation, l’Alchimie parvient à la fois à une Rédemption de l’homme et à une réversion de la matière qu’elle porte à son degré de perfection.
L’Alchimiste réinvente le labeur souterrain, le feu intérieur de la terre, d’où le symbolisme des origines, celui de la grotte ou du labour (labeur, travail) cuit par le soleil, et tente de comprendre les opérations qui mènent de l’informel à l’ordre, incarnant la devise « Ordo ab Chao ». Les textes font l’analogie entre la cuisson des éléments et l’image de la croissance végétale. Dans la nature, sous l’effet de la chaleur, l’eau s’élève en nuages et permet à la chaleur de pénétrer dans la matière terrestre. Ainsi Paracelse, alchimiste et médecin, séparait la matière subtile et les trois principes (Soufre, Mercure et Sel) de la matière grossière, dans un but de purification et d’évolution, afin de transmettre comme un remède les vertus régénérées de la nouvelle préparation aux individus dont la santé était menacée par un déséquilibre.
Ces trois Principes, présentés au récipiendaire dans le Cabinet de réflexion de l’Initiation maçonnique, sont présents dans toute chose, quel que soit son règne - animal, végétal minéral. Le Principe Soufre peut être considéré comme « l’Âme », le Principe Mercure comme « l’Esprit » et le Principe Sel comme la Matière, le corps, l’aspect le plus physique. Ces Principes, dans leur manifestation (dans le monde), ont comme support une forme : dans le monde végétal, par exemple, le Principe Soufre se manifeste sous forme d’un corps gras qui est l’huile essentielle de la plante ; le Mercure se manifeste lors de la fermentation (la « putréfaction » en langage alchimique) et se caractérise par l’alcool ; le support du Principe Sel est représenté par les sels minéraux, solubles et insolubles, de la plante. Le Mercure est le lien qui permet de relier le Soufre au Sel. L’alchimie se propose d’effectuer une séparation la plus parfaite possible des trois Principes (par l’intermédiaire de leurs supports respectifs), d’effectuer sur chacun des supports une purification absolue. Puis la réunion des supports purifiés qui ont pu « fixer » les Principes conduit soit à l’Elixir, soit à la Pierre, lesquels constituent l’achèvement de l’œuvre sous sa forme liquide (Élixir) ou solide (Pierre). C’est l’heure du Parfait Maçon, où la Pierre cubique est séparée du liquide et sue sang et eau.
Les trois supports sont ainsi travaillés séparément par des Solve-Coagula (dissolutions-évaporations), par des distillations successives et par des carbonisations (au four - l’athanor), ces opérations ayant pour but à la fois d’éliminer les impuretés et de « fixer » progressivement les Principes Soufre et Mercure sur le Sel totalement purifié. Il est à remarquer que c’est le Sel, partie la plus " matière ", la plus physique de la Matière Première, qui va servir de support matériel à l’Âme et à l’Esprit. Les Adeptes établissent tout naturellement une similitude avec le corps de l’alchimiste. Se purifiant, ils s’ouvrent progressivement aux Principes divins, selon le principe métaphysique de la correspondance Microcosme-Macrocosme. Ils mettent en œuvre les formules de la Table d’Emeraude « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut Et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », « Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais doucement, avec grande industrie », et relient le mouvement et les voyages des initiations maçonniques aux feux à l’œuvre en eux-mêmes.
Ainsi au Moyen-Age, dit Fulcanelli dans Le Mystère des Cathédrales, « la rose centrale des porches se nommait « Rota, la roue ». Or, la roue est l’hiéroglyphe alchimique du temps nécessaire à la coction d la matière philosophale et, par suite, de la coction elle-même. Le feu soutenu, constant et égal que l’artiste entretient nuit et jour au cours de cette opération, est appelé, pour cette raison, « feu de roue ». Cependant, outre la chaleur nécessaire à la liquéfaction de la pierre des philosophes, il faut, en plus, un second agent, dit « feu secret » ou philosophique. C’est ce dernier feu, excité par la chaleur vulgaire, qui fait tourner la roue et provoque les divers phénomènes que l’artiste observe dans son vaisseau. » « La rose représente donc, à elle seule, l’action du feu et sa durée ».
Le Feu
L’entretien du Feu peut s’inscrire symboliquement sur les deux axes d’une croix, la croix potencée du tablier ou la croix latine du bijou du Chevalier Rose+Croix :
Sur l’axe horizontal en rassemblant des idées et des valeurs qui serviront de combustible au feu intérieur,
Sur l’axe vertical en soufflant avec mesure comme le Souffleur alchimiste sur les braises, et en laissant le feu universel de l’Amour se découvrir en nous et faire son œuvre.
Ces parités de sens et de niveaux (combustibles plus ou moins subtils, Feu de chacun et Feu universel) sur les deux axes de la croix se conjuguent et sont reliés entre eux depuis que le Chevalier d’Orient et de l’Epée en nous a gagné la Liberté de Passer des uns aux autres sur chacun des axes en passant par le centre de la croix. Sur l’axe horizontal il s’agit de relier les idées au sacré en écartant celles qui font barrage à ce lien, et sur l’axe vertical de mettre en perspective le feu de notre travail intérieur et un feu supérieur d’œuvre aboutie.
Ce feu n’éclaire pas comme les étoiles en nombres variés qui éclairent symboliquement les degrés ( 8+1 au 9ème degré, 3+5+7+9 au 14ème degré). Leurs nombres s’adressent à la Raison et concourent à la cohérence globale du rituel. D’autres étoiles brillent en permanence sur le plateau des Présidents de ces degrés ( 1 étoile noire au 4ème, 1 étoile blanche au 14ème) et donnent aux tenues un sens qui dépasse le temps des travaux et tend vers l’éternité, jusqu’à l’étoile de cire jaune sur le plateau du Très Sage symbolisant la flamme éternelle.
C’est cette flamme qui permet au Très Sage d’enflammer les restes de pain et de vin à la fin de la cérémonie de la Cène et de dire « Le feu régénère toutes choses » puis « Tout est consommé ». En fait ce sont les Chevaliers Rose+Croix qui pour l’essentiel ont consommé ce pain symbole de nourriture spirituelle, et ce vin symbole de Connaissance, et l’ont consumé en eux-mêmes sur leurs propres feux. Le Feu a la propriété de régénérer entièrement notre Nature, en particulier quand nous sommes en fraternité, le cœur en paix et l’âme sereine ouverte au grand vent de l’Esprit.
Ainsi INRI devient une vérité, et le Feu un élément produisant un résultat régulier. Comme dans toute réaction chimique, nous savons que si nous sommes en fraternité, et si nous travaillons sur nous-mêmes en respectant notre Nature, le Feu agira sur elle pour la régénérer régulièrement et entièrement. Le résultat de ce travail sur nous-mêmes n’est plus indéterminé et sans cesse remis sur le métier, mais certain et renouvelé nécessairement, comme la joie des Chevaliers d’Orient et d’Occident qui accourent pour apporter au Très Sage la Parole retrouvée INRI.
La première étape de l’initiation reliée au Feu est la Calcination, l’holocauste symbolisé par la mort d’Hiram. Elle exige que l’Homme offre son moi personnel sur l’autel du sacrifice, qu’il meure comme Hiram choisit la mort plutôt que de céder à la paresse, à la brutalité et aux forces obscures démoniaques, symbolisées par les trois mauvais Compagnons et leurs outils (la règle, l’équerre et le maillet) qui deviennent des armes en les détournant de leur usage et en inversant leur symbolisme. Le travail qui ne respecte pas la raison d’être des outils, la place des « œuvriers » et la finalité du chantier est voué aux flammes et à la destruction.
La deuxième étape de l’initiation est la Transmutation. Lors de la calcination précédente, l’aspirant dépose son moi personnel sur l’autel des holocaustes ; au cours de la transmutation, le pouvoir qui animait sa nature inférieure se transforme en force animique (relative à l’âme) et se manifeste sous forme de vertus. Les degrés de Perfection du REAA aux 13ème et 14ème degrés soulignent les étapes et certains aspects de cette évolution. Dans le symbolisme alchimique la force cosmique ignée qui vit en l’Homme, la fournaise où cette œuvre s’accomplit est souvent symbolisée par un lion. On dépeint celui-ci sous différentes postures dont chacune symbolise une étape du degré de transmutation. Sur la lame XI du Tarot, la Force, une jeune fille qui représente les pouvoirs de l’âme éveillée maintient mi-ouverte mi-fermée la gueule d’un lion. Cette image symbolise l’âme qui exerce son plein contrôle sur la force ignée.
La sublimation constitue le troisième degré de l’initiation. A cette étape, tous les vestiges de la personnalité se transmuent et s’incorporent à l’esprit. Dès lors, l’initié perçoit également les choses dans la lumière de l’esprit. Jadis, quand l’Homme vivait en harmonie plus intime avec les royaumes spirituels, les rois devaient être initiés avant d’accéder au trône. Le lion devint ainsi l’un des principaux motifs décoratifs des trônes royaux. L’exemple sans doute le plus célèbre demeure le trône du roi Salomon, magnifique estrade d’or à laquelle on accédait par six marches sur lesquelles, à chaque extrémité, se tenait un lion d’or, et deux lions se tenaient à côté des accoudoirs (1R 10:18-20 ; 2Ch 9:17-19).
Le lion a de tout temps représenté le Feu cosmique, cette force ignée qui imprègne l’univers et qui constitue la vie cachée du minéral, de la plante, de l’animal et de l’Homme. Aussi longtemps que cette force ignée s’exprime de façon effrénée, l’Homme demeure semblable à une fournaise. Mais, dès que la volonté spirituelle la met sous son contrôle, l’Homme s’immunise contre le feu et peut désormais le franchir sans en subir de contrecoups. Lorsqu’il contrôle ce Feu, INRI s’est accompli et l’Homme commence à vivre une existence toute de douceur et de pureté. Il peut ainsi traverser indemne « la fosse aux lions », car la loi de l’unité et de l’amour le protège. Il devient un initié du Feu, un roi du Feu et, dans tous les royaumes, les citoyens du Feu le connaissent et obéissent à sa volonté.
La Nature renouvelée
Mais le travail se poursuit par ailleurs. Alphidius l’alchimiste, disait : « Tu dois savoir que, lorsque nous dissolvons, nous sublimons et calcinons aussi sans interruption », indiquant que l’œuvre purificatrice se poursuit même après que l’initié a atteint le degré élevé de la sublimation. Il doit en effet sans cesse veiller à ce que la personnalité ne déserte pas l’esprit pour aller renouer avec son ancienne existence séparative et limitative. Il perçoit en conscience l’unité immanente de sa Nature renouvelée sur les trois plans physique, moral et spirituel, et peut sans craindre de se perdre se projeter dans la transcendance de l’Etre. Le REAA appelle pareillement les Frères à travailler en eux-mêmes à différents niveaux, en déployant leur énergie aux premiers degrés tout en rayonnant d’Amour en qualité de ChR+C.
La Nature est renouvelée quand leur regard s’est transformé jusqu’à percevoir en conscience l’omniprésence de ses principes et de ses lois, quand ils font Alliance avec la Vertu et les hommes vertueux en qualité de GEPSM, et relient les quatre vertus cardinales (force, prudence, justice, tempérance) aux trois vertus théologales (foi, espérance, charité). « Dans l’Homme, dit Raymond Lulle, les éléments susceptibles de faire débuter l’œuvre sont les quatre Vertus Cardinales, savoir : Force, Prudence, Tempérance et Justice. Le Sage qui a su développer en son Ame ces quatre vertus est assuré, de par leur présence même, de voir se développer en lui, à leur tour, les Trois Vertus Théologales, savoir : Foi, Espérance et Charité.
« Lorsque ces Quatre Vertus Cardinales seront devenues actes de tous les instants, en toi, Fils du Soleil et de la Lune, les Eléments de l’œuvre seront prêts à entrer dans le jeu des générations supérieures. Alors, dans ton Ame, paraîtront trois hôtes nouveaux, les Vertus Théologales, qui ont nom Foi, Espérance et Charité. Force était Feu, Justice était Air, Tempérance était Eau et Prudence était Terre. En cette seconde série, Foi sera Soufre, Espérance sera Mercure et Charité sera Sel. Ainsi la pratique suivie et attentive des Vertus Cardinales génère et suscite l’action des Trois Vertus supérieures. A leur tour, lorsque nos trois principes supérieurs sont définitivement acclimatés en nous, ils s’empressent d’éveiller d’autres présences, celles des Puissances de la dyade suprême : Intelligence et Sagesse ». ( La Chrysopée du Seigneur )
La Nature est renouvelée entièrement par le Feu quand ils reviennent sur terre enveloppés du parfum de tous les parfums, celui de la rose-amour, pour transmettre et donner du bien-être, le Bien Etre à leurs Frères, développer une immense compassion au delà des formes et des apparences. Une fois l’individualité dissoute dans le grand tout, ils comprennent que la source de la vie est unique, que la distance n’existe pas, que les sentiments et les pensées de tous sont aussi les leurs, que la vie est fluidité, osmose, qu’Etre c’est agir, cultiver en soi et chez les autres volontairement et consciemment des sentiments et des pensées positives, et tout particulièrement celui de la joie de vivre.
INRI La Parole est retrouvée et gardée, partagée et transmise par les ChR+C, humbles passeurs de lumière et d’Amour, et résonne en chacun régulièrement, renouvelant indéfiniment leur présence au monde, ici et maintenant, et leur pensée devient immortelle, tel le Phénix qui brûle et renaît de ses cendres.
Etre ici et maintenant
C’est le vouloir, et le sachant
Se voir voyant sans être sage,
Sans en rechercher la cause
Etre avec l’Autre en symbiose,
En harmonie, en partage,
Cœur et conscience à l’ouvrage
Pour élever l’homme à la rose. (*)

Source : http://www.patrick-carre-poesie.net/

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