Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

1er degré REAA Enquêtes et Parrainages

24 Novembre 2012 , Rédigé par Patrick Carré Publié dans #Rites et rituels

Enquêtes et Parrainages
Enquêtes et parrainages donnent un cadre réglementaire et moral à l’aventure humaine extraordinaire qu’est l’initiation maçonnique. Ils recadrent les premiers pas des postulants et leurs premiers échanges avec leurs Frères présentateurs et parrains. Au delà du principe d’une même règle pour tous, il s’agit de mettre les Maçons présents et futurs en état de transmettre et de recevoir l’initiation dans des conditions optimales, et de permettre à la Loge de croître en préservant son équilibre et son identité.

Les enquêteurs sont les gardiens du seuil de la Loge et de la Maçonnerie en général. Les parrains sont les passeurs et les garants de ceux et celles qui s’intègreront dans la grande Chaîne d’union, et deviendront peut-être un jour à leur tour enquêteurs et parrains d’autres maillons. Cette notion de passeur et de gardien, essentielle pour un groupe initiatique, trouve sa correspondance dans l’esprit de chaque Maçon confronté à des idées et paroles étrangères à ses connaissances, qu’il se doit d’appréhender avant de les intégrer en conscience, ou éventuellement de les écarter pour ne pas déséquilibrer son édifice intérieur.
Les enquêtes
Les enquêtes s’inscrivent dans les procédures précédant les initiations et les affiliations définies dans les art 124 et suivants des Règlements Généraux de la GLDF.
Art 124 : Toute initiation ou affiliation est précédée d’une demande signée par le candidat et contresignée par un Maître Maçon de la Loge …

Art 127 : Lorsque le Vénérable Maître a donné à la Loge connaissance de la demande d’initiation, sans toutefois faire connaître les noms des présentateurs, la Loge délibère sur la prise en considération. S’il n’y a pas d’opposition, cette prise en considération est assimilée à un premier tour de scrutin favorable et le Vénérable Maître désigne les trois enquêteurs …

Art 128 : Les enquêteurs désignés font chacun un rapport écrit dont le Vénérable Maître donne lecture à la Loge sans révéler le nom des auteurs. La signature des enquêteurs est détachée des rapports qui sont conservés au dossier de l’intéressé …

Art 137 : … Les rapports des enquêteurs et le testament du néophyte sont incinérés en présence du nouveau Frère, au cours de son initiation …

Ces articles fixent un cadre à des rencontres et des échanges d’idées entre le candidat et les enquêteurs, chacun jouant un rôle en total décalage par rapport à la vie courante. Il est en effet peu ordinaire de parler de soi à des inconnus qui, même avec bienveillance, peuvent nous interroger sur nous-même et d’emblée soulever les voiles de notre histoire. Pourtant on s’aperçoit après quelques années que l’essentiel de l’aventure maçonnique se concentre là en quelques heures, l’un s’appliquant à connaître l’autre, prémisses d’une approche plus profonde où l’Un dans son unité tendra un jour vers l’Autre dans son universalité.

En invitant les enquêteurs à découvrir les véritables motivations du postulant, les enquêtes permettent en effet d’aller au-delà des premières impressions d’une rencontre et de dépasser les limites d’une conversation ordinaire, et constituent de ce fait un double challenge. Pour le postulant, il s’agit d’être sincère, quelles que soient les questions posées. Mais il ne suffit pas d’être sincère pour être juste, car derrière des dates et des faits objectifs se cachent une dimension subjective et des ressentis qui nuancent souvent le sens du discours. Les idées qui circulent passent par les filtres subjectifs du postulant jusqu’à dessiner des traits de caractères parfois plus intéressants que les idées elles-mêmes. Les idées peuvent passer, mais la personnalité en capacité de porter ou non un projet de vie maçonnique est déjà là.

Pour l’enquêteur, tout en posant les questions recommandées par le formulaire, il s’agit de creuser les réponses, d’y percevoir une cohérence et peut-être même l’indicible. Si les meilleures des paroles sont dites avec le cœur, quel que soit leur contenu, les mots employés sont souvent révélateurs d’idées et de portes qu’il suffit de pousser pour mieux percevoir le candidat. L’enquêteur doit cependant veiller à ne pas aller trop loin dans son questionnement pour ne pas paraître indiscret et préserver ses secrets, pour ne pas dévoiler ce que le postulant doit découvrir lui-même en Maçonnerie, pour ne pas lui révéler ce qu’il recherche au fond de lui sans le savoir. Secret, dévoilement, révélation, trois niveaux d’approches complémentaires qui s’appliquent ici à mots couverts, et s’imposeront plus clairement au cours du cheminement initiatique.

Le ternaire omniprésent en Maçonnerie est déjà à l’œuvre pour construire un contenu et une structure aux enquêtes, les trois enquêteurs formant le premier triangle vivant rencontré par le candidat. Lui-même peut figurer le point central d’un triangle équilatéral vers lequel convergent le regard des enquêteurs placés aux trois points du triangle. Mais quelle part de lui-même peut-elle être visée et perçue conjointement sous trois angles différents : son savoir et ses idées, son parcours personnel et professionnel, même illustrés par un curriculum vitae riche et éloquent ? Le cœur seul peut jouer ce rôle de point focal et rallier à lui harmonieusement les perceptions diverses de ceux qui cherchent à le comprendre vraiment, et mieux encore à le connaître en vérité.

Les parrainages

Dans nos Loges, nous pratiquons généralement la cooptation. C’est le moyen traditionnel du parrainage qui présente l’avantage d’une connaissance préliminaire du candidat. Le Frère qui fait le lien entre lui et la Loge est le présentateur ou le parrain, avec une nuance entre l’un et l’autre. Le présentateur est le Frère Maître de la Loge qui présente un candidat sans forcément bien le connaître. Le parrain, lui, engage sa responsabilité personnelle vis à vis de la Loge. Même si le mot parrain a disparu de nos règlements et rituels avec le contreseing et l’engagement d’un Frère présentateur, Maître et membre de la Loge, l’idée de l’engagement auprès du candidat reste essentielle.

Il arrive aussi fréquemment qu’un Maître veuille présenter un candidat dans une autre Loge que la sienne. Il appartient au Vénérable Maître de cette autre Loge de demander à un Maître de faire sa connaissance en vue d’être prêt, si son opinion est favorable, à devenir son parrain. Si le candidat est accepté par la Loge, l’usage le plus satisfaisant moralement et régulièrement consiste à faire placer le « parrain d’origine » et le présentateur derrière l’impétrant, lors de la scène du miroir pendant l’initiation, puis de les placer tous deux à côté de lui lorsqu’il prête son serment solennel, et enfin que le présentateur prenne l’engagement prévu par le rituel de suivre le nouvel initié dans sa vie maçonnique.
Il y a également un nombre non négligeable de candidats qui se présentent spontanément, après avoir été attirés par ce qu’ils ont lu ou entendu au sujet de la Franc-Maçonnerie. Même s’il existe encore des Loges qui considèrent les candidats spontanés comme un trop grand facteur de risques, elles doivent au moins transmettre la demande au Grand Secrétariat, qui la fera suivre à une Loge proche du candidat. Il appartient à son Vénérable Maître de le confier à l’un des Frères de la Loge durant le temps nécessaire (un mois, six mois, un an), jusqu’à ce que le Frère désigné devienne son présentateur, et donc ipso facto son parrain. Ces candidats spontanés font pour la plupart d’excellents maçons.

L’engagement du parrain est un engagement moral, un acte par lequel il promet d’être présent aux côtés de son filleul pour le soutenir au cours de sa vie maçonnique et de son cheminement initiatique. Plus globalement l’engagement purement moral est un accord passé entre deux personnes qui subordonnent l’exécution de leurs obligations à leur loyauté respective. Si cet engagement moral ne crée pas véritablement un lien de droit, pouvant entraîner des sanctions juridiques en cas de non respect de cet engagement, il crée un lien de devoir tout aussi puissant qui met en devoir le parrain d’éclairer son filleul et de répondre aux questions qui ne trouvent pas de réponse en Loge.

Le parrain légitime surtout le questionnement intérieur du jeune initié, qui est le « pendant » des questions-réponses du rituel et des rapports qu’il entretient au sein de la Loge avec tous ses Frères et en particulier avec son instructeur le Frère Deuxième Surveillant. Au delà de la dimension humaine, des échanges à cœur ouvert et du réconfort parfois nécessaire quand le doute s’installe dans la vie maçonnique, la seule présence du parrain est un rappel permanent à la dimension intérieure du cœur, à l’enracinement de ce qui devient le Devoir, conduisant à passer de manière insensible du devoir faire au devoir être.

Les difficultés rencontrées symbolisées par les épreuves de l’initiation deviennent sous l’œil bienveillant et fraternel du parrain les indices d’un parcours personnel, d’une personnalité tendant à s’affirmer et à imprimer dans la Loge une marque à nulle autre pareille, rayonnant de sa propre lumière et réfléchissant celles des Frères, le tout ordonnancé par le rituel des Tenues et les liens fraternels. Et surtout l’empathie ambiante permet d’accepter et de reconnaître, au-delà des épreuves, les progrès et les changements à réaliser en soi-même, les avancées souhaitées ou promises mais non encore réalisées, et globalement les limites successives de l’évolution intérieure.

Dans une Loge d’hommes libres et de bonnes mœurs, la fraternité conforte l’action, alors que dans le monde profane les relations d’altérité conduisent souvent à la réaction, à la dépendance et aux rapports binaires potentiellement conflictuels. Dans sa Loge l’initié accepte ainsi plus aisément ses limites et reconnaît ses paliers de progression à travers le symbolisme des degrés du Rite auquel il travaille, en particulier ceux du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Et c’est paradoxalement en prenant conscience de ses limites qu’il peut tendre au-delà, l’être à la limite de lui-même révélant un autre être en puissance.

Enquêtes et parrainages se complètent pour donner un cadre pérenne aux prémisses de l’initiation maçonnique, pour que les dimensions humaine et initiatique s’équilibrent harmonieusement dès les premiers pas de l’impétrant. Plus ces « attaches » sont solides et plus les Maçons peuvent avancer d’un pas mesuré et « régulier » et trouvent aisément leurs marques dans leur Loge mère. Le cœur et les symboles s’y relient en permanence pour tracer un espace intermédiaire entre les prémisses de l’initiation et sa finalité, l’alpha et l’oméga de la présence en Loge.

Il appartient à chacun de mettre en lumière cet espace le temps des Tenues, où les moments les plus forts sont vécus lors des transmissions, des initiations en particulier. Tout compte depuis les premiers mots des enquêteurs et des parrains pour que s’accomplissent ces re-naissances.

Source : /www.patrick-carre-poesie.net/

Partager cet article

Commenter cet article