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Hauts Grades

2ème grade Chevalier de la Toison d’Or (2)

13 Septembre 2012 , Rédigé par Loge de recherche Pierre d'Aumont Publié dans #Rites et rituels

Explication du tableau

Le tableau offre d’abord à nos vues une mer d’airain, emblème de la mer philosophique de laquelle, par le moyen de la massue d’Hercule et du glaive de Jason, c’est-à-dire des instruments de la nature et de l’art, l’on doit extraire les trois principes, sel, soufre et mercure, désignés par les trois marches, et les réunir dans le pavé cubique pour être ensuite, par le feu élémentaire naturel et surnaturel du chandelier à trois branches, divisé dans les alambics, représentés par les Colonnes d’Hercule, en fumée rouge et en fumée blanche, pour produire par la croix - je veux dire la poudre de projection – et mériter par là la couronne de laurier que tout artiste doit ambitionner, comme le non plus ultra de l’Art royal que nous avons atteint par nos combats et nos victoires. Aison, qui eut pour père Créthée, Eole pour aïeul, pour bisaïeul Jupiter et pour épouse Alcymède, fille d’Antiokhos, avait déjà envoyé son fils Jason sur le mont Pélion pour y être élevé dans l’art de la médecine par le centaure Chiron, lorsque Pélias, son oncle, lui usurpa le trône que sa naissance et son mérite lui avaient acquis.

Jason, ayant appris une si triste nouvelle et assez éclairé dans la théorie de l’art dont il voulait faire un jour profession, quitta le mont Pélion, après avoir remercié son maître des soins qu’il avait pris pour lui, et se rendit dans la Thessalie pour revendiquer de son oncle Pélias la couronne qu’il avait injustement arrachée à son père Aison.

Pélias, surpris de la démarche de Jason et craignant d’ailleurs son mérite, lui promit de la lui restituer toutefois à condition qu’il irait auparavant conquérir la Toison d’or. Les difficultés d’une entreprise où tant de héros avaient échoué ne rebutèrent point Jason. Il accepta la proposition et, pour se mettre en devoir de l’exécuter, il s’associa cinquante hommes qu’il nomma Argonautes, tous de la race des dieux, et fit construire par Argus le vaisseau Argo dont la déesse Minerve lui avait donné le dessin. Le bois de ce vaisseau fut tiré du mont Pélion et celui du mât pris dans les forêts de Dodone dont les arbres avaient accoutumé de rendre des oracles. Dès que ce vaisseau fut fini, Jason le fit appareiller et l’approvisionna pour dix mois et nomma Lyncée pour son vice-amiral, et pour ses pilotes Orphée, Tiphys et Ancaios.

Eurypylos, fils de Neptune, informé du dessein de Jason et sachant qu’il était prêt à partir, vint lui faire présent, avant son départ, d’une terre noire que Médée, à son arrivée à Colchos, regarda comme un présage le plus heureux.

Tout étant ainsi disposé et le vent étant favorable, Jason s’embarqua avec ses compagnons, fit lever l’ancre, déployer la voile qui était de couleur noire et partit.

On ne tarda pas à s’apercevoir qu’Hercule était un peu incommode tant parce qu’il faisait presque aller le navire à fond par la pesanteur de son corps qu’à cause qu’il était aussi de trop grande vie et consommait trop de provisions ; de plus, qu’il rompait à tout propos la rame. Mais il arriva un accident qui les en délivra heureusement : c’est qu’ayant amené avec lui son cher Hylas et qu’un jour, pressé de soif, il l’eut envoyé chercher de l’eau fraîche, il tomba dans la fontaine où il en puisait ; ce qui fit dire que les Nymphes l’avaient enlevé. Cela fut cause qu’il quitta la compagnie et le vaisseau pour l’aller chercher.

Jason aborda d’abord à l’île de Lemnos pour se rendre Vulcain favorable, qui était adoré dans cette île, et s’acquérir les bonnes grâces d’Hypsipylé dont l’odeur était puante pour avoir manqué de respect à Vénus, qui seule conserva la vie à son père Thoas qui pour lors était roi de l’île.

Au sortir de Lemnos, les Tyriens livrèrent un sanglant combat aux Argonautes qui furent tous blessés, à l’exception de Glaukos qui disparut et fut mis au nombre des dieux de la mer.

Après le combat, les Argonautes abordèrent à Marsyas, à Cyzique, à l’Ibérie, et s’arrêtèrent ensuite dans la Bébrycie où Amycos qui y régnait avait accoutumé de défier au combat du ceste  ceux qui arrivaient dans ses Etats. Pollux accepta le défi et le fit périr sous ses coups.

De la Bébrycie, les Argonautes se rendirent vers les Scythes de la Lybie par où l’on va en Egypte. Le danger qu’il y avait à traverser les Scythes fit prendre à Jason et à ses compagnons le parti de porter le vaisseau sur leurs épaules pendant deux jours à travers les déserts de la Lybie ; au bout de quel temps, ayant retrouvé la mer, ils remirent le vaisseau à flot et furent rendre visite à Phinée, prince aveugle et sans cesse tourmenté par les Harpies dont il fut délivré par Calaïs et Zétès, enfants de Borée, qui avaient des ailes.

Phinée devint plus clairvoyant des yeux de l’esprit que du corps et leur indiqua la route qu’ils devaient tenir. « Il faut, leur dit-il, premièrement aborder aux îles Cyanées qu’on nomme autrement Symplégades ou écueils qui s’entre-heurtent. Ces îles jettent beaucoup de feu mais vous en éviterez le danger en envoyant une colombe. Vous passerez de là en Bithynie et laisserez à côté Thynias. Vous verrez Maréandyne, Achérusia, la ville d’Aiétès, Carambis, le marais Anthémoeisis, la Cappadoce, les Chalybes, et arriverez enfin au fleuve Phase qui arrose la terre de Circé et, de là, en Colchide où est la Toison d’or ».

Avant d’y arriver, les Argonautes perdirent leur pilote Tiphys et mirent Ancaios à sa place. Toute la troupe débarqua enfin sur les terres d’Aiétès, fils du Soleil et roi de Colchos, qui leur fit un accueil très gracieux.

Mais comme ce roi était extrêmement jaloux du trésor que Phrixos avait conservé et suspendu dans un bois au dieu Mars, lorsque Jason parut devant lui et l’eut informé du motif qui lui avait fait entreprendre un voyage si pénible, il parut consentir de bonne grâce à sa demande ; mais pour le détourner de son projet, il lui fit un détail immense des obstacles qui s’opposaient à son désir. Il lui prescrivit des conditions si dures qu’elles auraient été capables de rebuter Jason si Junon n’eût convenu avec Minerve de l’encourager et rendre Médée amoureuse de lui, afin qu’au moyen des enchantements de cette princesse il fût garanti des périls où il allait s’exposer pour pouvoir résister dans ses entreprises.

Médé, en effet, ayant vu Jason, prit un tendre intérêt pour lui. Elle lui releva le courage et lui promit tous les secours qui dépendraient d’elle, pourvu qu’il s’engageât à lui donner sa foi.

Jason le lui ayant promis, cette princesse lui donna un onguent pour s’oindre le corps et se garantir par son moyen du venin du dragon, et une eau pour éteindre le feu qui sortait des narines des deux taureaux gardiens de la Toison d’or.

Jason ainsi préparé attaqua d’abord les deux taureaux avec l’eau, les soumit au joug et, après les avoir fait labourer, il les tua ainsi que le dragon qu’il endormit par un pharmaque (19) somnifère et auquel il arracha les dents qu’il sema ; et de cette semence naquirent quantité d’hommes armés qui se tuèrent les uns les autres. Jason ainsi victorieux de ces monstres enleva la Toison d’or.

Après cette expédition il épousa Médée et retourna en Thessalie avec elle et les Argonautes ; et dans la crainte qu’Aiétès ne les poursuivît, Médée amena avec elle le petit Absyrtos, son frère, qu’elle mit en pièces, dispersant ses membres sur le chemin afin que son père, s’amusant à les recueillir, il leur donnât un plus grand temps et le loisir de s’échapper.

Jason, arrivé en Thessalie, entra en possession du royaume de son père et Médée rajeunit le vieillard Aison par la boisson de la Toison d’or.

Enfin, le vaisseau Argo qui l’avait conduit à Colchos et ramené dans sa patrie fut mis au rang des dieux par toute la cour céleste.

Cette histoire finie, le Très Illustre Chevalier, après avoir félicité le Chevalier nouveau reçu, fait la clôture du conseil de guerre comme suit.

Clôture du 2ème conseil de guerre

Le Très Illustre Chevalier frappe un coup de son glaive sur la table et se lève, ce que font aussi tous les Chevaliers. Ensuite il dit à tous les Illustres Chevaliers de la Toison d’Or :

D. A quelle heure se ferme le conseil de guerre ?
R. Un instant après la victoire.
D. En quel temps obtient-on la victoire ?
R. Après dix mois de combat.
Après cette réponse, le Très Illustre dit :

« Illustres Chevaliers de la Toison d’Or, puisque le conseil de guerre se ferme un instant après la victoire et qu’on obtient la victoire après dix mois de combat, je vous annonce avec la plus grande satisfaction que nous sommes arrivés à ce terme et que nous voilà possesseurs de la Toison d’or ».

Nota. A ces dernières paroles du Très Illustre, tous les Chevaliers font le signe et crient Victoire ; après quoi, le Très Illustre continue :

« Hâtons-nous donc de retourner dans notre patrie et dans la crainte que les méchants, les fols et les ignorants ne nous enlèvent un trésor si précieux, mettons en pièces nos écrits afin que, tandis qu’ils seront occupés à en ramasser les débris, nous puissions leur échapper et aller jouir tranquillement et à l’ombre de nos lauriers des avantages que nos combats et nos victoires nous ont si justement mérités ».

Après que le Très Illustre aura fini de parler, tous les Chevaliers feront l’un après l’autre la marche ordinaire et diront trois fois Io paean ! F\ F\.

Ces paroles sont le chant qu’on entendit quand Apollon eut tué à coups de flèches le serpent Python et qu’on entonnait aux jeux publics et aux triomphes ; ainsi terminent-ils le conseil.

Quelques précisions sur ce rituel

Le Rituel qui précède date du XVIIIème siècle et, le moins que l’on puisse dire, est qu’il est éminemment alchimique ; comment ne pas y reconnaitre la « patte » d’un des alchimistes les plus réputés de son époque : le père Bénédictin Antoine Joseph Pernéty qui l’adapta pour le Rite des Illuminés d’Avignon. Même si Dom Pernéty fut une sommité en matière d’alchimie, il a souvent une façon très personnelle d’évoquer certains aspects de l’Art, comme la plupart des alchimistes connus, D’ailleurs, chacun ayant sa propre sensibilité et sa propre personnalité, cela donne parfois des comparaisons énigmatiques particulièrement difficiles à déchiffrer.

Pour prendre un exemple flagrant, voyons les deux symboles les plus apparents utilisés tout au long de la cérémonie : la massue et le glaive. Pourquoi utiliser deux armes aussi éloignées l’une de l’autre qu’un écraseur naturel et un tranchant fabriqué de main d’homme ? Personne n’ignore que la massue était l’arme favorite d’Héraclès (ou d’Hercule) et que ce dernier fut du nombre des Argonautes, tout au moins pendant une certaine période, puisqu’il dut quitter le groupe en cours de route pour se consacrer d’urgence à la reprise de ses douze travaux. Pendant le Rituel, on demande au nouveau reçu de frapper le globe de sa massue ; c’est une façon discrète de signaler qu’en alchimie la « Terre » (la materia prima, la pierre philosophique ou l’antimoine) doit être pilée pour en séparer les principes et ainsi mieux parvenir à les purifier. On retrouve cette fonction dans l’instruction de Vaillant Général : - « Quelles sont vos armes ? » - « La massue d’Hercule et mon glaive ». – « A quoi devez-vous vous en servir ? » - « A purger la terre et la mer des monstres qui l’infectent ». La massue joue donc, ici, le rôle du pilon qui sert à réduire en poudre, dans le mortier, l’antimoine ou la première matière. Il faut préciser que l’allusion à la massue est relativement rare dans les textes alchimiques, mais, pas inexistante. Par contre, la représentation du glaive est nettement plus fréquente ; n’oublions pas que le glaive, l’un des symboles de la Justice, devrait toujours être manié par un Sage. Dans l’Art d’Hermès, c’est un outil précieux en bien des circonstances, notamment pour occire le dragon noir, scène représentée, le plus souvent, par l’action d’un vaillant chevalier (incarné ici par Jason) qui le manie avec une dextérité sans pareille. Au début de l’œuvre au noir, il permet donc de faire mourir la matière afin de forcer sa renaissance dans le bon sens. Il est également utilisé pour « ouvrir » l’œuf des Philosophes, et là encore, il est question de la séparation des trois principes, le blanc étant le Mercure qui représente l’Esprit, le jaune, le Soufre qui symbolise l’Âme, et la coquille, le Sel associé au Corps. Dans tous les cas, le glaive devrait être représenté flamboyant, ou plutôt «igné », puisqu’il est sensé être le Feu issu du Sel, seul capable de provoquer cette ouverture.

Nul récit mythique n’a autant inspiré les alchimistes que ce périlleux voyage de Jason et de ses compagnons, partis à la conquête de la Toison d’Or. Fulcanelli lui-même nous apprend que cette Toison, « dans le langage des adeptes, désigne la matière préparée pour le Grand Œuvre, mais également le résultat final ». Elle fut aussi une source d’inspiration pour des auteurs de toutes époques : Histoire de Jason en 1563 par Jacques Gohory, Aureum vellus (Toyson d’Or) en 1612 par Salomon Trismosin, et, plus proche de nous, Alchimie en 1964 par Eugène Canseliet, pour n’en citer que quelques-uns. Il faut dire, pour justifier cet engouement, que cette traversée mouvementée réunit les principaux ingrédients symboliques propres à l’opération alchimique ou s’en rapproche significativement :

  • voyage maritime vers la Colchide sur l’Argo,
  • sacrifice du bélier « Chrysomelle » et utilisation de sa toison pour retenir l’or,
  • mort du dragon endormi par Jason grâce au breuvage préparé par Médée,
  • dents dudit dragon semées au « Champ de Mars »,
  • acquisition du précieux trophée,

(Pour certains auteurs, la Toison d’Or ne serait que le parchemin supportant le secret de la « Chrysopée » ou fabrication de l’or, mais rien ne vient étayer cette affirmation.)

Il ne fait aucun doute que la « Voie humide » est privilégiée dans ce récit. Bien que cette voie soit plus longue et parfois plus difficile que la voie sèche, elle est aussi plus sûre quant au résultat final. Les « opérations » se multiplient comme autant de combats à gagner pour remporter la victoire, et donc parvenir au Grand Œuvre et à sa récompense. Mais, comme pour tout périple dangereux, un besoin de protection se fait sentir de façon impérative. Le navire Argo, dédié à une divinité, ainsi que le sacrifice du bélier rappellent le passage de l’alchimiste à « l’oratoire » afin d’y réitérer sa Foi et obtenir le fameux « donum Dei », le don de Dieu sans lequel il ne pourrait rien. Rappelons pour mémoire que la figure de proue du navire construit par Argos avait été taillée dans une branche du chêne sacré de Zeus à Dodone, cadeau d’Athéna qui l’avait douée de parole pour récompenser la ferveur des Argonautes envers elle et Apollon ; encore une image plaisante de la Foi profonde récompensée.

Ensuite, la mort du dragon est souvent représentée en alchimie pour imager la transformation de la terre noire en un composé blanchâtre qui sera ensuite décomposé par l’action du Feu des Philosophes. Les dents du dragon semblent se rapporter aux germes que contient toute matière morte, ou plutôt « inerte », pour accéder à une nouvelle vie. Une fois semées, comme elles le seront ici, au Champ de Mars, on obtient ce que les métallurgistes nomment « boutons de retour » permettant d’affiner tout métal adéquat et le transformer en or. Mais, avant d’obtenir ce précieux résultat, il faudra en passer par des combats épiques, comme ceux que connurent Jason et ses compagnons, contre une horde d’adversaires armés issus de chaque dent mise en terre. Heureusement, ces combattants se dressent souvent les uns contre les autres, atténuant ainsi le risque de défaite. C’est ce à quoi nous sommes confrontés avec nos pires ennemis : nos vices.

Quand au précieux trophée, arraché par Jason à l’adversité, il s’agit bien de la Pierre philosophale, présentée ici sous la forme d’une toison de bélier chargée de paillettes d’or.

Certains passages de l’instruction au grade de Chevalier de la Toison d’Or demandent également quelques précisions.

Le mot d’ordre est : « Segam ed meelhteb », c’est-à-dire « Mages de Bethleem » en inversant les mots. Comment doit-on interpréter cette référence aux trois Rois Mages qui vinrent honorer la naissance du Christ ? Quel rapport y a-t-il entre ces derniers, la Toison d’or et l’alchimie ?

Tout d’abord, chacun d’eux apporta un cadeau caractéristique de l’honneur à mettre en exergue, mais possédant également un aspect alchimique. Dans le très bon ouvrage de Jean Chopitel et Christiane Gobry sur les « Rois Mages », on apprend que « les trois présents offerts par les Rois Mages au Roi des rois symbolisent le ternaire de la manifestation humaine, Corps-Âme-Esprit, ou plutôt l’accomplissement de ce ternaire dans la royauté, la prêtrise et le prophétisme, qui représentent respectivement la renaissance à la materia prima, à l’eau purifiée et au feu de l’Esprit ». Vient ensuite un passage de René Guénon qui renforce encore cette démonstration. Il nous dit : « Les Rois Mages, par l’hommage qu’ils rendent au Christ et par les présents qu’ils lui offrent, reconnaissent expressément en Lui la source de cette autorité dans tous les domaines où elle s’exerce : le premier (Melchior) lui offre l’or et le salue comme roi ; le second (Gaspard) lui offre l’encens et le salue comme prêtre ; enfin le troisième (Balthazar) lui offre la myrrhe et le salue comme prophète ou Maître spirituel par excellence, ce qui correspond directement au principe commun des deux pouvoirs : sacerdotal et royal. L’hommage est ainsi rendu au Christ, dès sa naissance humaine, dans les « trois mondes » dont parlent toutes les doctrines orientales : le monde terrestre, le monde intermédiaire, et le monde céleste ». La conclusion semble évidente, grâce au rapprochement entre la vision des Rois Mages et celle des alchimistes : le Sel correspond à l’encens, à la prêtrise et représente le Corps ou principe émanant de la fusion Eau-Terre ; le Mercure correspond à la myrrhe, à la prophétie et représente l’Esprit ou principe émanant de la fusion Air-Eau ; enfin, l’or peut être assimilé à l’Âme, donc au principe résultant de la fusion Feu-Air, c’est cette Âme Soufre qui doit se transmuter de pierre en or obtenant ainsi la couronne « Royale » et le pouvoir qui lui correspond.

Le second justificatif de ce mot d’Ordre concerne l’étoile que suivirent les Mages afin de parvenir à destination et ainsi avoir la possibilité de rendre leur hommage. A plusieurs reprises, nous avons eu l’occasion d’évoquer cette « étoile » qui apparaît dans le substrat alchimique à la fin de l’œuvre au blanc, l’étoile qui surgit dans le compost et dont le nom « compost-stella » désigne également le chemin de Saint-Jacques ; c’est, en quelque sorte, une exhortation à persévérer qui nous dit : « tu es sur le bon chemin, continue ! ». Ceci justifie le mot d’Ordre et le passage de l’instruction : « Pourquoi prenez-vous ces mots pour notre Ordre ? » - « Parce que comme eux j’ai été éclairé par une étoile qui m’a conduit à la vérité ».

Dans cette instruction, nous retrouvons aussi une mention évoquant l’unité et le retour à cette unité par les nombres de 1 à 4 et par le 10, symbole de l’univers. « Combien frappez-vous de coups pour entrer dans la salle du conseil de guerre ? » - « Un seul grand coup avec le pied droit ». – « Pourquoi cela ? » - « Pour montrer qu’après avoir commencé par 1 et continué par 2, 3, et 4, je suis enfin parvenu à l’unité par le 5ème, moitié du nombre sphérique qui est 10, et qu’en outre je sais opérer ». Précisons : nous sommes tous les rejetons du premier homme ayant connu l’unité parfaite, l’alliance suprême avec le Divin, désignées par le 1. Par suite d’une erreur de parcours, il eut conscience de sa possible dualité, le 2. Puis nous avons découvert l’existence d’une échappatoire permettant de corriger cette erreur et de connaître une nouvelle alliance avec le Dieu de notre cœur : c’est l’utilisation du ternaire pour revenir à une certaine perfection, donc par les vertus du 3 grâce auquel les alchimistes conçurent les trois principes : Sel, Mercure et Soufre. Mais comment obtinrent-ils ces trois principes ? En utilisant les seuls éléments dont ils pouvaient disposer sans limite : le Feu, l’Air, l’Eau et la Terre, d’où le 4. Enfin, en mixant intelligemment les « Principes », ils pouvaient accéder au 5, qu’ils nommèrent « Quintessence » en créant une cinquième essence capable de prodiges. Seule cette Quintessence est apte à recréer la matière incorruptible et donc immortelle. Il semble que Pythagore avait déjà sous-entendu cette conception des choses à l’aide de sa « Tétractys » puisque : 1+2+3+4 = 10 et que 1+0 = 1, le retour à l’unité, à condition d’en passer par le 5 et de l’acquérir justement.

Pour terminer cette explicitation des deux rituels, détaillons quelque peu le tableau du grade. La mer d’airain symbolise le lieu où l’on se purifie ou bien, ici, l’endroit que l’on doit purifier. Elle correspond, en alchimie classique à la materia prima de laquelle seront extraits les trois principes issus des quatre éléments, comme on l'a vu précédemment. Cette materia prima est la pierre des philosophes, la terre noire, ou encore l’antimoine, En alchimie spirituelle, elle nous représente directement puisque c’est en nous que doivent avoir lieu toutes les transmutations. Elles nous permettront peu à peu de devenir « l’Elie artiste », c’est-à-dire celui qui a réussi son retour à l’unité et conclut ainsi sa nouvelle alliance avec Dieu. Les trois marches représentent chacune l’un des trois principes : Mercure, Sel et Soufre émanant de la mer d’airain, extraits à l’aide de la massue et du glaive (ou en clair : le pilon du mortier et le Feu). Cette phase est celle de la dissolution (le solve) permettant de purifier plus facilement chaque partie extraite. La Pierre cubique est sensée contenir la réunion des trois principes une fois purifiés (c’est le coagulat). L’ensemble ne peut se réaliser sans l’aide du Feu secret des Philosophes, symbolisé ici par le chandelier à trois branches. Dans l’explication succincte du tableau donnée au cours de la cérémonie, il est bien précisé que le chandelier produit un Feu élémentaire naturel et surnaturel. Tout alchimiste sait que le Feu secret est d’une nature double et qu’il ne brûle pas les doigts, comme le disait si bien Eyrénée Philalèthe. Le Feu naturel incite inexorablement le Feu surnaturel à venir lui prêter main forte et, bien que la nature de ce Feu ne puisse être divulguée, d’où son qualificatif de « secret », il semble que le problème ne soit pas trop difficile à résoudre ! Les deux colonnes d’Hercule, que l’on peut comparer aux colonnes du Temple de Salomon, symbolisent les alambics ou les fourneaux d’où sortent des fumées, rouges pour l’une et blanches pour l’autre. L’axe horizontal de la Croix, le matériel, conjoint à l’axe vertical, le spirituel, produit, en son centre, le résultat final dit Pierre philosophale ou poudre de projection (rouge rubis). Enfin, lorsque la victoire est acquise, …les lauriers suivent…

Pour conclure cette approche explicative du Rituel de Général des Argonautes et Chevalier de la Toison d’Or, disons que les symboles alchimiques, évidents ou non, sont légion, et proviennent, sans conteste, de la qualité de leur auteur; Ils nécessiteraient de plus longues explications seules accessibles aux véritables Adeptes.

Ajoutons simplement que ces deux grades se retrouvent dans des Rites très différents de 1750 à 1980, une belle longévité, qui va du « Rite philosophique de Marseille » en 1750, en passant par les « Illuminés d’Avignon » en 1766, le « Rite hermétique de Montpellier » vers 1776, la « Loge du Contrat Social », autrefois « Loge Saint-Lazare à Paris », en 1776, le Rite de Saint-André d’Ecosse en 1806, le Rite de Memphis de 1839, et jusqu’au Rite de Memphis-Misraïm créé en 1875. Ce n’est qu’à la réforme de ce dernier, lorsque fut adoptée en partie l’organisation du Rite écossais ancien et accepté, en 1980, que ces grades disparurent.

Voici donc, au travers de ce superbe Rituel, quelques belles leçons d’espérance, de persévérance et de foi qui font résonner en nous la 2ème Epître de Pierre (1, 19) : « Jusqu’à ce que le jour vienne à paraître et que l’Etoile du matin se lève en nos cœurs… ».

G\ B\

 

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