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Hauts Grades

Les Templiers(1)

26 Avril 2005 , Rédigé par Olivier Publié dans #hauts grades

 

L’ordre Temporel des Templiers

 

L’ordre du Temple naît au cours du XII e siècle des suites de l’issue victorieuse de la première croisade(1096-1099) marquée par la prise de Jérusalem et la constitution des États Latins d’Orient.

Après la disparition précoce et brutale du pieux GODEFROY de BOUILLON, son frère BAUDOIN  de Boulogne, alias BAUDOIN PREMIER puis son cousin BAUDOIN SECOND, prennent successivement le titre de rois de Jérusalem.

Sous le règne du dernier, un double constat s’impose brutalement :

Comment préserver l’intégrité des frontières du fragile royaume et assurer dans le même temps la sécurité des routes qui depuis Jaffa et Saint Jean d’Acre exposent les pèlerins, toujours plus nombreux depuis le reconquête de la Ville Sainte à de multiples dangers ?

La réponse est apportée par GUILLAUME de TYR :

« … quelques nobles chevaliers, hommes dévoués à Dieu, et animés de sentiments religieux, se consacrèrent au service du Christ…, il leur fut enjoint de travailler de toutes leurs forces et pour la rémission de leurs pêchés à protéger les routes et les chemins et de s’appliquer à défendre les pèlerins…  »

Ainsi HUGUES de PAYNS, GEOFFROY de  SAINT OMER,PAGAN de MONTDIDIER , ARCHAMBAUD de SAINT AMAND, , GEOFFROY de BRISSOL, , GONDEMARE ,  ROSSAL ,HUGUES RIGAUD et ANDRE de MONTBARD, le propre oncle de Saint Bernard prononcèrent leurs vœux devant le Patriarche THEOCLETES soixante septième successeur de l’Apôtre Saint Jean l’Évangéliste et « … comme ils n’avaient ni église, ni résidence fixe, le roi leur concéda… un logement dans le palais qui est situé auprès du Temple du Seigneur, du côté du midi… »

La Milice des Pauvres du Christ était née. Apparu en l’an 1118 et reposant sur le postulat de la Croisade, l’Ordre se réfère toutefois aux concepts antérieurs de « guerre juste » et de « guerre sainte » de Saint Augustin (354-430 ).

Pour celui-ci une guerre n’est juste qu’en présence de trois critères :

 

·        L’autorité du souverain : seuls dieu et le pape ou le roi peuvent décider si le recours à la guerre est justifié.

·        Une juste cause : la cause sera toujours juste quand il s’agira de corriger une injustice.

·        Une intention droite : dont le principe même interdit toute violence gratuite.

 

L’autre grand apport de Saint Augustin à l’Ordre Templier réside dans l’expression de ce dernier qui conçoit le clerc comme un combattant utilisant des armes spirituelles par opposition au laïc qui doit lutter et vaincre avec des armes temporelles à sa disposition.

Saint Augustin établit ainsi une hiérarchie fonctionnelle où le clerc qui incarne la fonction spirituelle ( l’âme ) commande au guerrier qui lui incarne la fonction corporelle (le corps ) tout comme « .. l’âme fait mouvoir le corps… »

Ainsi dès le V ème siècle la pensée augustinienne porte l’embryon du concept des ordres monastico-militaires à savoir celui d’établir un groupe d’hommes à la fois clercs et guerriers, maniant armes temporelles et spirituelles pour mener la guerre juste et gagner la guerre sainte qui se confond en la pleine réalisation spirituelle de la Voie Héroïque dominée elle même par la sublimation de la mort.

Bien que nourri par les concepts augustiniens, l’Ordre Templier s’appuie avant tout sur la croisade dont l’idée dérive quelque peu, de celle du Pèlerinage rite purificateur par excellence.

 

Il est vrai que la limite entre les deux reste floue, comme l’illustrent l’expression « pèlerinage armé » pour désigner la première croisade ou l’usage d’itinéraires de pèlerinage pour assurer conquêtes et reconquêtes ; à l’image du Chemin de Compostelle pour la « Reconquista » du Cid.

Le pèlerinage en Terre Sainte a cependant cette exclusivité d’établir un contact concret avec un ensemble de lieux marqués par le Divin, il auréole dès lors la rémission de tous pêchés et donne la valeur de martyr et l’accès paradisiaque à tous ceux qui disparaissent en chemin.

 

C’est dans un tel état d’esprit accentué par les excès du Calife Fatimide HAKEM que la croisade prônée en 1095 par l’appel de Clermont  du Pape URBAIN II prendra forme.

Son contenu au fil du temps gagnera en symbolisme, ainsi à l’institution première de la Paix de Dieu entre chrétiens destinée à détourner la violence profane vers les non chrétiens se greffera avec Saint Bernard la vertu d’engagement susceptible de donner à tous croisés :l’opportunité de réintégrer la Grâce Divine en défendant au prix de sa vie, une terre sainte et spirituelle.

Le port de la croix d’étoffe est ainsi ce symbole qui concrétise l’association du pèlerin aux souffrances du Christ.

 

Avec les premiers désastres, l’écrasement de l’armée croisée par SALADIN à HATTIN en Juillet 1187, puis la perte de Jérusalem en octobre de la même année, la papauté fera usage du côté pénitentiel de la croisade avant que celle-ci ne soit progressivement remplacée dans les esprits par l’idée de mission lancée par Saint François d’Assise en 1219.

L’Ordre Templier apparaît dans une société morcelée et hiérarchisée, la société féodale connaît en effet deux sortes de liens :

 

·        Un lien vertical constitué par un ensemble d’institutions et d’usages créant et entretenant des relations réciproques, l’Ordre échappe toutefois à celui-ci car en tant qu’institution religieuse il ne relève que de l’autorité papale.

·        Un lien horizontal dominé par un découpage du pouvoir public, notamment des terres et dans lequel l’Ordre s’impliquera profondément à travers legs et dons multiples.

L’axe de cette société demeure cette caste guerrière issue des mondes mérovingien et carolingien, désignée sous le terme de Chevalerie à laquelle l’Église sut fournir un réel contexte spirituel.

 

En christianisant, en effet l’antique remise des « armes viriles » la Chrétienté créa à la fois une société d’hommes sacralisée :un Ordre mais dessina une voie : la Voie Chevaleresque qui autorise chacun selon sa propre mesure à bâtir son perfectionnement spirituel pour mieux harmoniser sa « …mortelle individualit酠»

L’Ordre du temple propose au postulant de suivre la modalité spirituelle de la Chevalerie pour atteindre la perfection « dans la lumière directe du… Christ… »

Ici, le suzerain est assimilé à l’Ordre et à l’Église, quant à la Courtoisie, elle ne s’adresse qu’à la Femme Céleste ou Sublimée : la Vierge Marie.

 

N’est-ce pas d’ailleurs à Saint Bernard que revient l’invention et l’usage du terme de Notre Dame ? Création originale ayant réussi la synthèse entre la fougue de la Chevalerie et les idéaux spirituels de Paix et de Charité, le Temple sut parfaitement conjuguer vie militaire et religieuse.

Il fut ainsi en quelque sorte une institution « androgyne » à la fois passive ou (réceptrice) par la prière et contemplation et active (ou émettrice) par l’action guerrière à l’image des antiques confréries.

D’ailleurs, « l’entrée en la Maison du Temple » revêtait les allures d’un authentique rituel initiatique, signifiant par là que l’Ordre possédait une dimension symbolique certaine, le huit clos de la réception du futur templier, le fait que celle ci se pratiquait la nuit, nous renvoient plus que jamais aux mystères des initiations antiques.

Selon son lieu de résidence, la vie du templier diffère , toujours prêt en Orient à « …chasser… d’un cœur intrépide les ennemis de la Croix du Christ, allant constamment de par les routes… la peau tannée par la chaleur et la cotte de mailles… »,  il est en Occident davantage un moine sachant mettre en valeur les terres achetées ou léguées ainsi qu’un expert dans toutes les activités bancaires.

 

Bien que pour le templier, la vie soit à la fois ascèse et combat un tel concept dut rapidement être rattaché à un cadre, une Règle destinée à discipliner « … les corps et âmes… » et officialisée par la Papauté.

Cette reconnaissance fut accordée en 1128 au cours du Concile de Troyes, le Temple reçut alors du Pape Honorius III la Règle Cistercienne fortement inspirée par Saint Bernard.

Jusqu’ici, la première règle de type augustinien se résumait en l’obligation de prononcer les trois vœux monastiques , de promettre soumission au « Maître du Temple de Jérusalem » et de respecter jeûnes et abstinences tout en soulignant les devoirs du chevalier.

Avec la règle cistercienne qui précise droits et devoirs des frères et réitère les obligations , précautions et interdits, l’Ordre se structure en trois niveaux reproduisant ainsi les ‘trois états de la société médiévale que sont :

 

·        Les Oratores : ceux qui prient (les chapelains)

·        Les Bellatores : ceux qui combattent ( les chevaliers et sergents)

·        Les Laboratores : ceux qui travaillent ( les domestiques et servants)

 

A côté de la Règle, il existe d’autres dispositions comme les Retraits ou textes traitant des fonctions administratives , les Statuts qui précisent les détails des cérémonies et les Egards qui notifient interdits, exclusions et pénitences.

Enfin certains témoignages font aussi état d’une Règle Secrète propre à l’existence d’un Ordre Intérieur.

Toute la finalité du Temple se confond en la garde de la Terre Sainte celle ci impliquait souvent une lutte armée mais engendrait parfois des rencontres fortes faites de traités d’alliance et d’échanges avec les musulmans.

 

L’Ordre eut ainsi accès à d’autres niveaux de connaissances humaines comme les écrits des philosophes grecs de l’Antiquité retraduits par les érudits perses islamisés, il découvrit bien avant son arrivée en Europe via l’Espagne des Almohades, l’Art d’Hermès ou l’Alchimie en vogue en Égypte fatimide.

Tout aussi fécond fut le constat de partager la valeur commune des protagonistes chrétiens et musulmans de la Chevalerie, en effet au « miles » se superpose au travers de rites similaires : jeûnes, pénitences, code d’honneur le « fata » islamique dont l’archétype est Ali le gendre de Mahomet.

Tous ces points communs devaient faire naître une estime mutuelle entre adversaires même si les combats étaient acharnés et sans pitié. Certains iront même jusqu’à affirmer que quelques seigneurs musulmans furent adoubés.

En contact permanent avec tous les aspects de la société proche orientale le Temple noua dès l’époque d’Hughes de Payns des rapports étroits avec les locaux et gagna dès lors le respect et l’amitié de nombreux princes musulmans.

 

Ces rapports étaient renforcés par les multiples liens que l’Ordre tissait par l’entremise des relations économiques et financières ainsi que par son activité diplomatique visant à instaurer un espace politique et religieux voire un ensemble unifié supra spirituel.

A tous ces contacts, il faut aussi ajouter des liens purement spirituels que l’Ordre Templier entretint avec certains groupes musulmans comme non musulmans (manichéisme, zoroastrisme, gnosticisme, l’Église Copte).

Ces échanges relevaient davantage du métaphysique que des données strictement religieuses, c’est la Tradition Primordiale qui était là mise en valeur, celle là même dont la connaissance et les interprétations étaient devenues incompréhensibles à la majorité.

Dans ses rapports avec l’Islam, l’Ordre privilégia toujours le CHIISME mystique et initiatique et son interlocuteur privilégié fut l’Ordre des ASSACIS ( de l’arabe ASSAS qui signifie gardien).

Celui ci réfugié au nord de la Perse dans la forteresse d’ALAMUT, structuré en société secrète sous l’autorité absolue du Maître de la Montagne , n’hésita pas dans sa lutte contre le SUNNISME à utiliser terreur et assassinats.

Nombreuses sont les similitudes entre les deux institutions à commencer par leur esprit d’indépendance et leurs doctrines.

L’Ordre des Assacis étudia le Coran dans un sens ésotérique, enseignant que Dieu se confond en la Raison Universelle dont l’attribut principal est la Connaissance et le noble art des armes.

N’est-ce pas là ce que faisait le Temple avec la Bible et l’Évangile de Saint Jean à cette différence près que l’interprétation de l’esprit et du symbole primait sur la lettre et le maniement des armes du moins en Occident ?

En dehors d’une durée de manifestation à peu près semblable dans le temps, et d’une pratique initiatique rattachée à une tradition comme à une vision de l’unicité du Sacré, les deux ordres partageront aussi une soudaine destruction entreprise par les pouvoirs établis.

Les mongols et le sultan BAIBARS précéderont seulement de quelques années en 1271, le roi Philippe le Bel et le Pape Clément V dans leur politique d’anéantissement.

Avec la perte de la Terre Sainte en 1291, et le retour via Chypre de l’Ordre Templier en France, le Temple voit son prestige amoindri.

L’Orient latin perdu, est-il encore nécessaire que l’Ordre conserve ses richesses, ses privilèges, ses armes ?

Ces interrogations associées aux révélations d’hérésie faites par un templier apostat vont mettre en marche une infernale machine répressive alimentée en premier lieu par la cupidité d’un roi et les indécisions d’un pape. Au delà des faits, il existe cependant d’autres raisons, il est admis que le Temple contraria le désir secret de Philippe IV le Bel qui était d’instaurer un ordre religieux réunissant le Temple et l’Hôpital, d’en prendre la direction avant d’évangéliser les pays musulmans et d’instaurer une monarchie universelle.

Dans l’esprit du roi, ce nouvel ordre désigné sous l’appellation d’Ordre des Chevaliers de Jérusalem aurait vu sa maîtrise revenir de génération en génération au fils aîné de la famille royale et obtenir comme privilège suprême le droit de regard sur l’épiscopat voire l’élection papale. C’est d’ailleurs tout le sens de certaines actions du roi comme : sa volonté émise de voir s’installer la papauté en France, son « appui bienveillant » apporté à l’élection du futur Clément V, sa tentative vaine de se faire admettre au sein du Temple.

Philippe le Bel ne pardonna jamais à l’Ordre d’avoir par son refus de fusion avec les hospitaliers, anéanti son grandiose projet.

En fait il n’est pas interdit de penser que le roi et l’Ordre des templiers partageaient un désir identique, celui d’établir une Théocratie, d’où cette lutte en coulisse exprimée au travers d’accusations spiritualo-profanes destinées aux non initiés et qui ne pouvait se conclure que par la défaite de l’une ou l’autre partie.

Le deuxième acteur de « l’affaire du Temple » fut Bertrand de Got, alias le Pape Clément V. Fin lettré et éminent juriste, il n’a ni caractère ni force morale et son attitude fut d’emblée circonspecte.

Ne pouvant croire initialement aux calomnies portées contre l’Ordre, il céda au fil du temps aux instances du roi pour se résoudre finalement à la suppression du Temple sans toutefois le condamner, le tout en parfaite connaissances des vices de forme des procès royaux et des accusations fantaisistes. Là encore néanmoins, les pressions du pouvoir royal n’expliquent pas tout.

 

Sans s’égarer on peut imaginer que le pape eut la révélation de certaines pratiques incomprises que l’Église de Pierre  ne pouvait accepter sous peine de les valider et de mettre en danger l’intégrité du dogme. De plus, l’Ordre du XIVe siècle n’est plus d’un point de vue doctrinal celui du XIIe , bien que toujours chrétien, il a évolué vers une dimension qui n’est plus en adéquation avec l’Église de Rome.

Cette dimension est « johannique » voire gnostique, son but ultime est une réalisation de nature supra traditionnelle au sein de laquelle l’Église de Pierre est dans l’impossibilité d’occuper une place dominante. Ainsi trop puissant temporellement et extrêmement dangereux spirituellement, l’Ordre du Temple pour Philippe le Bel et Clément V doit impérativement disparaître mais c’est oublier que des cendres de Jacques de Molay s’envolera l’éclatant Phénix.

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