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Hauts Grades

Les Templiers(2)

26 Avril 2005 , Rédigé par Olivier Publié dans #hauts grades

 

Les énigmes templières

 

 Avec sa disparition brutale , l’Ordre du Temple laisse derrière lui un ensemble ’énigmes nées d’accusations et d’aveux jamais résolus à ce jour. Certaines, cquises sous la persécution, sont à rejeter cependant, d’autres furent obtenues librement comme celles déposées devant la Commission pontificale voire devant le pape en personne.

 

Le fait que le pouvoir royal ait déformé certaines de ces accusations n’efface en rien leur réalité, au contraire elles paraissent reposer sur un fond de vérité confirmant ainsi qu’il se déroulait bien au sein du Temple des évènements singuliers et inconnus des autres ordres de l’époque.

L’aveu le plus courant est celui du reniement du Christ et de la Croix, ce rite se pratiquait la nuit en huis clos en la chapelle ou dans la salle capitulaire, l’officiant, (un chevalier ou chapelain) assisté de chevaliers et sergents entouraient le nouveau frère, la Croix qui comportait souvent l’image du crucifié était posée à terre. Au delà des hypothèses multiples plus ou moins acceptables telles que le rejet de l’Église Exotérique de Pierre l’influence islamique du « mauvais maître » alias GERARD de RIDEFORT, tout ici exprime un rite purement initiatique dont le contenu symbolique est incompris par récipiendaires et officiants, d’où le parfum d’hérésie que l’on connaît.

En fait, l’existence du rite suggère celle d’un cercle intérieur d’initiés dans l’Ordre que l’on pourrait imaginer structuré en trois niveaux donnant lieu à trois types distincts de réceptions :

·        Le premier, sans rite ni mystère, était réservé à la majorité des frères comme l’affirment les aveux de nombre d’entre eux jurant ne rien connaître de telles pratiques.

·        Le second où se pratiquait le reniement du Christ

·        Le troisième réservé aux seuls membres du Chapitre Général :

«…nous avons trois articles … » déclarait le frère GAUCERANT de MONTPEZAT, « …

que personne ne connaîtra jamais excepté Dieu… et les Maîtres…. »

 

Ainsi, on peut concevoir que c’est au deuxième niveau que le frère devenait réellement templier par l’accomplissement d’un rite de passage où mourrait le « vieil homme » encore empreint de christolâtrie pour que surgisse le « nouvel homme »

Tout cherchant ne doit-il pas d’abord se plonger dans les ténèbres pour ensuite se relever dans la lumière ici apportée par le groupe d’affiliation en l’occurrence l’Ordre ?

Cette « descente » et cette « remontée » pourraient avoir été symbolisées par le reniement du Christ, Jésus apparaissant dès lors davantage sous une figure humaine voire humanisée, que divine figure assimilée par analogie au récipiendaire que ses propres pêchés pouvaient conduire à sa « mort » à sa crucifixion symbolique à la perte de son Paradis. Ainsi, plus qu’une »…véritable abjuration.. ; » le reniement du Sauveur est davantage « …une sorte d’épreuve où l’on devait témoigner de la faculté de dépasser une forme exotérique, simplement religieuse et dévotionnelle du culte… » Autre chef d’accusation : les baisers interdits donnés aux frères par ceux qui les recevaient comme le commente HUGUES de BURE :

« …J’ai été reçu dans la Commanderie… par le frère… précepteur…,j’enlevai tous mes vêtements sauf chemise et braie et il me remit le costume et le manteau de l’Ordre, il me baisa ensuite sur les lèvres puis au nombril et à l’épine dorsale… » Là encore la réalité de ces baisers reproduit un rite initiatique antique totalement incompris, celui-ci fait référence à « l’activation des potentialités de l’Énergie ou du Verbe alimentant les centres forces diversifiés des actions humaines. C’est ce que les traditions orientales désignent sous le terme de KUNDALINI et de CHAKRAS.

Le baiser buccal symbolise toute la transmission du souffle de l’initiateur à l’initié, le souffle représentant lui-même l’Esprit et le Verbe Divin Créateur.

Le second baiser donné sur le plexus sacré avait pour fonction de transmettre la force créatrice spiritualo-temporelle émanée de la « Vénus » antique, de cette Beauté absolue créatrice des œuvres issues de l’Intelligence. Le troisième baiser appliqué sur l’ombilic liait le frère à l’Ordre qui la recevait.

L’ordre d’application de ces baisers avait une profonde importance, l’on, devait commencer par le bas, le plexus sacré où siègent les souffles de la matière brute puis continuer par le ventre lieu d’élaboration et de création pour terminer par la bouche et la tête lieu du souffle purifié et siège du Divin car « l’homme nouveau » doit partir du bas de la matière première pour parvenir en haut, à la matière purifiée.

Une telle « élévation symbolique » fut d’ailleurs jusqu’au XVIIIe siècle présente au sein de l’Église où cardinaux comme prélats baisaient successivement les pieds, genoux, et ventre du Pape, éliminant dès lors le parfum de scandale et le caractère spécifiquement templier de ce rite qu’une certaine conception de l’Histoire nous a imposée.

 

L’autre accusation sérieuse portée contre l’Ordre Templier et source de malentendus qui excitèrent l’imagination des détracteurs contemporains et ultérieurs fut celle de l’adoration du BAPHOMET et de son idolâtrie. Confondu avec l’image de la tête adorée soi-disant par les Templiers le BAPHOMET aurait désigné la tête idole en question alors qu’il existe plus que jamais deux réalités bien distinctes :

En premier lieu , le terme BAPHOMET ne fut jamais prononcé par les Templiers à l’exception d’un seul le frère sergent occitan GAUCERANT qui s’accusa à titre individuel d’avoir adoré une image Baffométique un BAPHOMET qui en langue d’Oc était une déformation populaire désignant MAHOMET.

Ignorant par ailleurs que l’Islam interdit toute représentation humaine, dans l’esprit du frère occitan, une telle image assimilée à tort à une image mahométane ne pouvait être qu’une représentation païenne.

De là, les erreurs d’interprétation affirmant l’existence d’une influence musulmane dans les croyances secrètes du Temple que l’autorité royale saura déformer à souhait et que les auteurs des siècles suivants teinteront d’occultisme.

L’accusation d’idolâtrie en revanche, porte davantage à réflexion à la lecture du Procès Verbal d’avril 1310 :

« …ils adoraient … cette idole, ils la vénéraient… comme leur Sauveur, spécialement dans leurs grands chapitres,… ils disaient que cette tête… donnait à l’Ordre toutes ses richesses, qu’elle faisait fleurir les arbres, qu’elle faisait germer. Ils entouraient cette tête de cordelettes, les lui faisaient toucher puis ils ceignaient leurs corps avec ces cordelettes… »

 

L’aspect de la tête diffère selon les témoins, masculine et féminine pour certains, hideuse et angélique pour d’autres, elle présente donc deux faces comme JANUS.

Sa matière est tout aussi variée à ce point que les témoignages contradictoires et le fait que les juges et les gens d’armes chargés de perquisitionner les commanderies n’aient jamais mis en évidence une seule de ces têtes, nous laisse à penser que celles-ci n’ont jamais matériellement existé.

Il semble qu’elles fassent appel à une expérience dramatisée de la conscience propre à chaque templier pendant sa réception, d’un choc initiatique en présence de la Lumière, celle-là même « … qui éclaire nos travaux… »

En fait nous sommes ici en présence d’une captation par l’homme d’une sagesse et d’une Connaissance, d’une Gnose au sens le plus élevé du terme qui est celle de la « Vierge Sophia » qui donne : vie éternelle, gloire et richesse au plan spirituel, cela s’entend. Le rite de la tête quant à lui, s’inscrit comme une donnée essentielle de la Tradition Primordiale, ce qui explique qu’elle soit présente universellement tant chez les grecs avec la tête de la Méduse que chez les vikings, avec celle de MIMIR qu’ODIN venait consulter, que chez les aztèques avec celle de TEZCATLIPOCA.

Ce rite qui est celui de la décollation renvoie à une double initiation, en coupant la tête d’un adversaire (initiateur), le vainqueur (néophyte) s’approprie à la fois l’énergie transcendante et la puissance spirituelle du Maître, il abandonne dès lors son corps de chair au bénéfice de l’Esprit.

Loin d’être une idole, la tête templière est définitivement la base d’un rite initiatique de type héroïco solaire, à la fois moines et guerriers, les templiers par le rite de la décollation symbolique de la tête s’appropriaient la puissance spirituelle et l’Esprit pour mieux se préparer à vaincre les ennemis visibles mais ceux aussi plus redoutables qui siègent dans les profondeurs de l’Être et qui influencent l’Âme et l’Esprit de chacun.

Quant au problème rapporté au lien entre la tête idole et la cordelette portée par les frères et qui selon les aveux était ceinte après avoir été passée autour du cou de la tête en question n’y a t il pas encore malentendu quand on sait que cette pratique est tout à fait conforme au rite chrétien de la bénédiction et de la conservation d’un objet ? La cordelette, symbole de chasteté du moine, étant ici tout simplement bénie par la mise en contact avec un objet sacré reliquaire assimilé dans le cas présent à la tête idole.

 

Enfin, d’autres accusations persistent comme celle de la Règle Secrète ou celle de la Réception dans l’Ordre des chevaliers excommuniés.

La Règle secrète renvoie inévitablement à l’existence d’un Ordre intérieur, de nombreux aveux dont ceux du précepteur de Laon, GERVAIS de BEAUVAIS convergent dans ce sens :

« … il y avait dans l’Ordre un règlement si extraordinaire et sur lequel un tel secret devait être gardé que chacun aurait préféré se faire couper la tête que de le révéler… »

 

Jacques de Molay nia toujours l’existence des deux mais il est curieux de constater que peu avant le 13 octobre 1307, le grand Maître ait détruit un certain nombre ‘exemplaires de la Règle toutefois : de quelle règle s’agissait-il ? De la règle officielle ou de la Règle secrète ? Même s’il apparaît logique qu’un Ordre initiatique et parallèle désire que son règlement ne soit accessible qu’aux seuls frères qualifiés l’Histoire a conservé son secret.

La réception et l’inhumation en terre chrétienne des chevaliers excommuniés fut un autre des griefs portés contre le Temple, l’exemple du Comte d’Essex, Geoffroy de

MANDEVILLE mort excommunié et inhumé par les templiers d’Angleterre en 1143 est particulièrement révélateur. Il exprime une évolution de l’esprit de l’Ordre allant à l’encontre d’un dogme fondamental du Christianisme officiel et traduisant de fait une opposition à l’autorité de l’Église romaine dont les représentants sont en principe seuls maîtres du pouvoir « de lier et délier ».

Cette évolution se fait pleinement sentir dans la différence qui marque la Règle latine de l’Ordre adoptée au Concile de Troyes en 1128 de la Règle française de 1140.

La première, en effet, interdit expressément toute admission de chevaliers excommuniés alors que la seconde les accepte voire les recherche, à la condition unique qu’ils expriment un repentir sincère.

Certes, tout ceci répond avant tout à une nécessité militaire sous tendue par la vertu élémentaire de charité chrétienne, néanmoins cette volonté affichée de donner à tous l’ultime occasion de se racheter est aussi bernardine de conception. Saint Bernard, en effet, ne déclare-t-il pas se réjouir de voir l’Ordre s’ouvrir « aux impies,…aux sacrilèges car le Christ a triomphé d’eux avant de triompher par eux… »

En cela, il reste conforme au message de Saint Jean l’Évangéliste fondé sur l’Amour Universel dont nul ne saurait être exclu et fait du Temple, plus que jamais une église Johannique.

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