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Hauts Grades

Le CBCS : RER06

5 Mai 2005 , Rédigé par R AMADOU Publié dans #hauts grades

Dans le Rite Ecossais, ce grade remplace le grade de Chevalier qui lui correspond dans la Stricte Observance Templière ( un rituel de ce dernier grade a été publié par Ostabat, Le Symbolysme, juillet-octobre 1971, pp. 226-244 ).

I. - Sens et Origine.

1. - Le sens du titre est ambigu, son origine a été ennuagée.

Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte connote évidemment l'idée de charité, qui est le devoir essentiel du dit Chevalier; I'organisation chevaleresque, bien sûr, et particulièrement l'Ordre du Temple. Car la Cité Sainte est Jérusalem. Mais cette manière de dire Templier , qui semblerait embarrasser, a un objet precis: de déclarer que les C.B.C.S. sont des Templiers sans en être tout en étant. Ou, si l'on préfère, que le rapport de la Maçonnerie, et singulierement du Rite Ecossais Rectifié, à l'Ordre du Temple n'est pas au juste celui que croit la Stricte Observance Templière. ( Le Convent des Gaules réservera la question de la filiation templière, alors que Wilhelmsbad la tranchera dans le sens de la renonciation, sauf au plan spirituel ).

Que cette intention ait été celle de Willermoz et de ses amis ne semble pas douteux. Mais d'autres facteurs ont-ils contribué à forger l'expression ?

2. - La Loge Rectifiée de Willermoz à Lyon se nommait La Bienfaisance. Mais le mot et l'adjectif correspondants sont communs dans le vocabulaire maçonnique. Puis on a signalé un grade de Chevalier Bienfaisant qui aurait été pratiqué à Metz et aussi l'influence éventuelle du grade dit Ecossais de Saint-Martin, dont le titre aurait pu se traduire, par allusion à l'état du légionnaire romain et à son geste proverbial, Chevalier Bienfaisant ( Cf Amadou, Louis-Claude de Saint-Martin et la Franc-Maçonnerie , Le Symbolisme, juillet-septembre 1970, pp.285-307 et janvier-février 1971, pp. 43-73 ). Mais c'est vouloir expliquer obscurum per obscurius.


C'est cependant l'opinion de R. Le Forestier qui écrit dans son livre sur la FrancMaçonnerie templière et occultiste aux XVIIIè et XIX siècles ( Paris, Aubier-Montaigne, Louvain, Nauwelaerts, pp.433-434 ): <~ Le titre de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, que prit le rite mystique sorti de la Réforme de Lyon avait eté déjà usité dans un Système de Hauts Grades cultivé depuis 1770 par un Chapitre souché sur la Loge Saint-Théodore de Metz . Le degré suprême de ce Système régional s'appelait Ecossais Rectifié de Saint-Martin; il avait pour héros éponyme l'illustre évêque de Tours, le chevalier romain qui avait partagé son manteau avec un pauvre, acte de charité rappelé par de nombreux tableaux et statues exposés dans les églises de France. La Cité Sainte dont les membres du Chapitre Saint-Theodore se proclamaient les Chevaliers était donc Rome. Leur plus haut grade localisait en France le thème fondamental d'un haut grade plus ancien, I'Hospitalier de Palestine, qui faisait allusion à la charité active pratiquée par les moines guerriers appartenant à l'Ordre religieux qu'avait fondé, pour la protection des pèlerins en Terre sainte, Saint Jean évêque de Jérusalem. Autant de phrases, autant d'erreurs.

3. - Au demeurant, je ne pense pas que ni Chevalier ( qui d'ailleurs était le titre du dernier grade de la Stricte Observance ) ni Bienfaisant ( si conforme à la vocation des Maçons Chevaliers ) requièrent des explications compliquées. Celles-ci, en toute hypothèse, n'exprimeraient, il me semble, que des raisons supplémentaires.

Quant à la Cité Sainte , outre la référence prétendue discrète à l'Ordre du Temple, à cette ville où Salomon avait construit le sanctuaire qui est le type essentiel de la Maçonnerie, point n'est besoin d'aller chercher loin les raisons, d'ailleurs liées à la raison majeure, pourquoi les Chevaliers Maçons aimaient à la mentionner.

II. - Fondation des C.B.C.S.

Le chapitre provincial d'Auvergne, à la date du 28 août 1778, reconnaît comme il a reconnu depuis longtemps la nécessité indispensable de réformer la dénomination du SaintOrdre; le Code des règlements généraux des provinces, des instructions particulières des officiers, le précis historique de l'Ordre, le rituel de vestition et cérémonies et les règles; de purger les unes et les autres des additions arbitraires qui y ont été faites par les différents frères a Spica aurea et ab Ense [ sc. Weiler et Hund respectivement ], ainsi que des cérémonies et règles trop monacales pour pouvoir convenir dans un Ordre tel que le nôtre dans un siècle tel que celui où nous vivons. )> ( Registre des délibérations du Grand Directoire, B.M. Lyon Ms. 5 481, p. 70, Cf déjà à la date du 25 avril 1777, ibid., p. 8 ).

La question du titre C.B.C.S. , qui donnerait son nom à l'Ordre entier de la Stricte Observance métamorphosée au plan national, fut mise sur le tapis au cours de la premiere séance du Convent des Gaules, le 25 novembre 1778:

Les respectables Frères Chanceliers requirent que la dénomination de l'Ordre fut le premier objet à arrêter, que tous les membres de l'Ordre désiraient voir abolir l'ancien nom. Ils représentent que l'Ordre avait porté pendant quelques années celui de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte dans un temps où ils n'avaient aucune possession; que son nom n'était point connu, qu'il pourrait remplir le but qu'on se propose en désignant l'Ordre sous une dénomination qui ne serait aperçue que par les membres qui le composent, et que sans cesser d'appartenir au même Ordre, on annonce, en reprenant l'ancien nom, une renonciation absolue aux possessions qu'ils ont eues depuis un autre nom.>)

Donc, I'on traitera l'affaire au cours de la deuxième séance.

Le 27 novembre, deuxième séance, I'objet de la dénomination de notre Saint Ordre ayant été mis en délibération, il fut arrêté unanimement qu'il serait désigné dorénavant sous la qualification de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. Lors de la sixième séance, le 3 décembre 1778, Willermoz lit la partie historique de l'instruction du grade, rédigée par ses soins. Le Convent statue que cette instruction serait jointe aux actes officiels du Convent, mais non enregistrée, qu'elle serait ensuite confiée aux représentants des Préfectures charges des réceptions et instructions des Chevaliers pour être déposée dans chacune entre les mains des Frères à qui il croira devoir les adresser. Le 5 décembre 1778, au cours de la huitième séance, on a fixé les signes, mots et attouchements des Novices et le nouveau signe des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte.
III. - Documents.

Les documents relatifs au C.B.C.S. sont nombreux. Citons, principalement, les dépôts de la Bibliothèque Municipale de Lyon ( fonds Willermoz ) et du Grand Orient a La Haye ( fonds Kloss ). Le Code général des règlements de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte arrêté au Convent des Gaules tenu en novembre 1778 a été commodément repris ap. Jean Tourniac, Principes et problèmes spirituels du Rite Ecossais Rectifie et de sa Chevalerie templière ( Dervy-Livres, 1969, pp. 305-350 ). Un rituel de réception a été publié par Jean Kostka ( alias Jules Doinel, Lucifer démasqué, Paris-Lyon, Delhomme et Briguet, s.d. [ 1895 ], pp. 274-296 ).

IV. - Le grade.

l. - Le grade de C.B.C.S. n'est pas un grade maçonnique, car l'Ordre des C.B.C.S. est un Ordre équestre souché sur une base maçonnique en quatre degrés symboliques. Cependant, la terminologie est assez flottante ( par analogie avec le ballottement où est soumise au sein du Rite Ecossais Rectifié la question des rapports entre la Maçonnerie et le Temple mediéval ). Aussi bien le C.B.C.S. est-il armé , et la Franc-Maçonnerie est-elle considérée comme la pépinière du Saint-Ordre.

Chaque Chevalier, au moment de son armement, reçoit, comme dans la Stricte Observance, un nom d'Ordre ( nomen in ordine; p. ex. Jean-Baptiste Willermoz était Eques ob Eremo, Joseph de Maistre, Eques a Floribus, etc ), une devise en latin tirée des psaumes et des armes.

2. - Pour le regroupement de l'Ordre intérieur en Commanderies, Préfecture, Grands Prieurés Cf ECUYER NOVICE. Le Code fournit toutes indications sur ce système. Retenons que la Maçonnerie symbolique est sous le contrôle de l'Ordre intérieur et que le Grand Maître Général gouverne les six grades du Rite Ecossais Rectifié.

3. - Le rituel d'armement prescrit, avant la réception proprement dite, que le Commandeur s'adresse à l'Ecuyer novice en ces termes qui annoncent le sens du grade, le sens de l'Ordre:

Le dépôt de la science primitive de l'homme, conservé dans les anciens mystères, brille de tout son éclat dans le Temple célèbre que Salomon avait élevé dans la Cité Sainte à la gloire de l'Eternel qui daigna l'habiter. Vous voyez l'image, tracée devant vous, de son Saint Sépulcre. Ce Temple fut détruit, les sages se retirèrent dans les déserts et y préférèrent d'abord la vérité aux honneurs du siècle. Bientôt, sentant le besoin d'une activité utile et pénible, ils rentrèrent dans le monde où, apprenant la persécution de beaucoup de leurs Frères, ils déchirèrent leur sein, tranquilles de leur innocence et qu'aucun remords ne troublait leur coeur, et que rien en eux ne donnait de moyens d'observer leur fortune. Le sanctuaire du Temple redevint l'asile de l'éternelle et auguste vérité, son parvis, celui du malheur; on y consolait la veuve, I'orphelin y trouvait un père, les voyageurs un défenseur, le malade et le pauvre des secours généreux, telle est l'origine de l'Ordre des Templiers, des Frères vertueux dont nous tirons la nôtre, et aux vertus desquels vous êtes appelé à succéder.

La science, cachée auparavant dans des réduits écartés où elle mettait au-dessus des besoins ceux qui la professaient, fut alors consacrée au bonheur de l'humanité; mais le Temple s'écroula, et les Maçons propageant l'existence et les fruits d'un Ordre célèbre, le réédifièrent, adapté par une réforme sage aux besoins et à la situation actuelle de l'Europe. Il a repris dans ce siècle, le dix-huitième, son nom de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte pour l'allégorie du Saint Sépulcre de Jérusalem en Palestine, et sera, pour le reste de votre vie, une école de bienfaisance, un foyer de lumière et l'asile de l'amitié la plus douce.

Par le pouvoir qui m'a été conféré, je vais vous recevoir dans le Saint Ordre.

4. - Dans le discours d'instruction qui suit la réception proprement dite, I'Ordre du Temple est d'emblée mis en cause: sa fondation en 1125, ses malheurs que la jalousie de sa richesse causa. <~ Nous dit le Commandeur, qui sommes leurs descendants avons une tradition bien certaine des malheurs qui ont occasionné la destruction de notre Ordre.
Mais trois Templiers s'échappèrent et trouvèrent refuge en Ecosse, dans des cavernes près d'Heredom. Ils s'associèrent avec les Chevaliers de Saint-André du Chardon d'Ecosse, d'où le quatrième grade.
A Heredom, en 1340, fut fondé l'Ordre des Francs-Maçons par les Templiers. Ils avaient prévu, et il demeure, que les trois premiers grades sont des épreuves imposées aux candidats à l'intérieur. L'Ecuyer novice comprend alors le sens de son passage par la Maçonnerie. Deux emblèmes sont chers à l'Ordre des C.B.C.S. Le phénix fut choisi par les illustres fugitifs qui continuèrent le Saint Ordre pour remplacer l'ancien sceau du Temple, où figuraient deux cavaliers sur un cheval. Le pélican, d'autre part, signifie les secours que l'Ordre ancien fournissait aux commanderies de son ressort et la bienfaisance qui, depuis la réforme de l'Ordre, caractérise le Chevalier.

V. - Altérations et déviations.

1. - Au cours des ans, le rituel a subi des altérations. Donnons-en deux exemples. En Suisse, la dénonciation de l'infamie du pape Clément V s'accompagne de propos très généralement antipapistes, où les institutions de l'Eglise au Moyen Age sont dénoncées, à la seule exception... de l'Ordre du Temple. Curieuse rencontre, en milieu écossais rectifié, du laïcisme maçonnique et de l'atavisme protestant.
Deuxième exemple: la plupart des rituels modernes, depuis une date que je n'ai pu encore fixer mais qui se situe au XIXè siècle, comportent, à la fin de la cérémonie, une scène pendant laquelle les Chevaliers présents, Grand Prieur ou son délégué en tête, délient leur nouveau confrère de ses serments maçonniques. L'idée, clairement expliquée, est belle, plus étrangère à la tradition des C.B.C.S. dans la forme que dans le fond. Mais c'est une innovation.

2. - La position médiane de l'Ordre des C.B.C.S. est difficile à tenir; elle prête aux déviations vers la gauche ou vers la droite.

a ) Vers la gauche, en quelque sorte, dévièrent les Frères de Francfort, Darmstadt et Wetzlar surtout, qui sous la conduite du Baron de Dittfurth résistèrent aux décisions du Convent de Wilhelmsbad. Fatigués des Hauts Grades, des Ordres intérieurs et autres superstructures, ils n'en voulurent plus rien savoir. L'Union éclectique naquit de leur lassitude et de leur maçonnisme éclairé plus qu'illuminé.

b ) A droite, en revanche, il faut situer la singulière histoire du Chapitre des C.B.C.S. de Francfort, au commencement du XIXè siècle. Félix Kretschmar, érudit francfortois des années 1920, en a recueilli les éléments dans un lot d'archives à lui venu de son compatriote et parent Johann Friedrich von Meyer ( 1772-1849 ). Une correspondance, étayée par plusieurs documents, et conservée dans un fonds privé d'archives dites archives S.O. >), me permet, avec l'autorisation de son dépositaire, de résumer ainsi l'affaire que je me propose d'analyser ailleurs.

Un certain nombre de C.B.C.S. de Darmstadt et de Francfort, auxquels vinrent se joindre quelques C.B.C.S. de Strasbourg, les uns et les autres membres en outre de la Grande Profession, et fervents de théosophie, gardèrent, dans une Allemagne peu favorable, leur fidélité au Rite Ecossais Rectifié - mieux vaudrait dire ici à l'Ordre des C.B.C.S. Car s'ils innovèrent eux aussi, ce fut pour détacher l'Ordre intérieur, dont ils constatèrent crûment le caractère non maçonnique, des quatre premiers grades du Rite Ecossais Rectifié . Dans leur néo-Ordre des C.B.C.S., ils admirent des profanes , se contentant de leur communiquer, avant de les recevoir Ecuyers Novices, non pas les grades, mais les cahiers des grades symboliques. Johann Friedrich von Meyer, hermétiste très chrétien ( son nom d'Ordre était Eques a Cruce ), ami et protégé de Christian de Hesse-Darmstadt, substitut du Grand Maître Charles de Hesse-Cassel, fut l'un d'eux. On lui laissa même le soin de rédiger un Projektierte Statute des Rittertums der heiligen Stadt, nouvelle manière. ( Les papiers de Kretschmar en comprennent une copie ). Vers 1830, selon Kretschmar, le Chapitre cessa ses travaux.

Deux documents conservés dans le fonds Kloss du Grand Orient des Pays Bas apportenl une information précieuse et complémentaire sur le Chapitre des C.B.C.S. de Francfort qui s'y manifeste davantage, semble-t-il, comme un collège de Gands Profès. En particulier, leur activité paraît s'être poursuivie jusqu'en 1835, puisque l'une des deux pièces est constituée par le livre des travaux du collège de 1827 à cette date.

 

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