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Hauts Grades

de la SO au RER(extrait)

22 Mai 2005 , Rédigé par Pierre Noël Publié dans #histoire de la FM

..Les rituels du Rite Ecossais Rectifié furent élaborés en quelques vingt-quatre années, de 1775 à 1809, qui virent un travail intense et une mise en place laborieuse. On peut y distinguer quatre étapes essentielles : les rituels de Lyon, ceux de Wilhelmsbad, la version "courte" de 1785, la version "longue" de 1788, cette dernière caractérisée par une imprégnation martinéziste qui devait culminer dans le rituel de 1809. Rien n'empêcherait, aujourd'hui, les loges rectifiées de choisir l'un ou l'autre de ces rituels successifs, tous conformes à un moment de la pensée du fondateur.

 

L'empreinte d'un seul homme, Willermoz, donna à toute cette entreprise une cohérence que peuvent lui envier bien des Rites maçonniques. Convaincu que la maçonnerie devait enseigner des "vérités essentielles", il les trouva, ou crut les trouver , dans l'enseignement de Martinez de Pasqually. Ainsi instruit, il n'eut de cesse qu'il ait imprégné l'institution maçonnique de ce martinézisme, allusif dans les grades bleus, apparent dans les discours et l'Instruction finale du quatrième grade, avoué dans les Instructions secrètes de la Profession. Reconnaissons qu'il sut habilement se servir de la tradition maçonnique française pour communiquer un message théosophique qui lui était étranger.

Mais si le martinézisme est sans conteste la ligne directrice de la réforme, la structure du Rite reste celle de la maçonnerie ordinaire, c'est à dire une adaptation plutôt réussie de l'héritage britannique. Heureusement d'ailleurs puisque cela seul justifie qu'il ait sa place au sein de la maçonnerie régulière. Nous pouvons sans crainte poser la prémisse suivante : le Rite Rectifié est une forme parmi d'autres de maçonnerie traditionnelle qui s'en distingue par un apport doctrinal extra-maçonnique dont chacun fait ce qu'il lui plaît, Martinez n'étant ni un juge infaillible ni, a fortiori, un Père de l'Eglise.

 

Le christianisme du Rite, si souvent allégué, est, à mes yeux, un faux problème. Certes Willermoz était un chrétien dévot et un catholique engagé, ce que n'étaient ni Martinez ni Saint-Martin, chrétiens eux aussi mais bien peu orthodoxes. Les rituels qu'il rédigea s'en ressentirent malgré le soin qu'il mît à les rendre acceptables aux luthériens de Strasbourg et d'ailleurs. Vu le personnage, on ne peut s'étonner d'affirmations écrites sous l'Empire telles : "Les Juifs, les mahométans et tous ceux qui ne professent pas la religion chrétienne ne sont pas admissibles dans nos loges" (Instruction finale du quatrième grade) ou encore "L'institution maçonnique, tous les faits le démontrent, est religieuse et chrétienne" (lettre de 1814-1815, in cahiers verts, n°10-12, 1992, pp. 241-268). Willermoz était un homme de son temps, d'une époque où les Juifs n'étaient que tolérés dans la société. Rien ne sert de le lui reprocher, n'est pas l'abbé Grégoire qui veut ! Remarquons plutôt qu'il fallut 1809 pour que soit explicitée une exclusion jusque là tacite. Outre une radicalisation due à l'âge que j'appellerais volontiers le syndrome de Jean Barrois, j'y verrais plutôt la réaction à une situation nouvelle qui rendait plausible ce qui était autrefois impensable : la candidature d'un Juif à l'initiation maçonnique. N'avaient-ils pas enfin acquis, en 1791, ce droit de cité que l'Ancien Régime leur avait toujours refusé ?

Les oeillères et les petitesses du patriarche lyonnais, pour compréhensibles (je ne dis pas excusables) qu'elles soient, suffisent en tout cas pour que nous refusions, sans crainte d'altérer la "tradition", des affirmations aujourd'hui inacceptables même pour l'Eglise de Jean-Paul II. Certains affirment, certes, que le Rite Rectifié est chrétien dès le premier grade et ne peut accepter que des chrétiens à l'initiation. Cette évidence découlerait du contenu des rituels, sans même qu'il faille insister sur la personnalité de son rédacteur. Or les rituels symboliques , si on veut bien les lire naïvement, ne disent rien de tel. Ils sont d'abord des rituels maçonniques entièrement basés sur la construction du temple de Salomon et sa réédification par Zorobabel, sans contenu intrinsèquement chrétien.

La clause de "fidélité à la Sainte Religion Chrétienne" de l'obligation ,le nom de baptême du candidat et celui de son père (question qui revient à exclure les convertis, un comble même à l'époque), la question d'ordre concernant la religion chrétienne (introduite après Wilhelmsbad) sont des ajouts de surface qui ne changent rien ni au fond des rituels ni à leur "efficacité" initiatique, ni même à l'économie générale du système comme le démontre à satiété l'usage constant des loges Rectifiées belges qui les ont supprimés depuis l'introduction du Rite dans ce pays. L'exposition de l'évangile de Saint Jean est une constante de la maçonnerie continentale depuis son introduction en France et ailleurs . Quant aux prières elles ne présentent aucun caractère confessionnel et peuvent être prononcées par tous. Qu'en conclure sinon que les grades bleus rectifiés sont exclusivement "vétéro-testamentaites" comme leurs homologues du Rite Moderne Belge ou du Rite Anglais (ce qui bien sûr n'interdît à personne d'en faire une lecture chrétienne, comme c'est depuis toujours le lot du Pentateuque ou de ce merveilleux chant d'amour charnel qu'est le Cantique des Cantiques). Willermoz lui-même l'admit dans une lettre adressée à Bernard de Türckheim (8 juin 1784, in Renaissance Traditionnelle, 26:285, 1978) :

"Vous ne pouvez nier que les trois premiers grades ne peuvent présenter que des emblèmes et des symboles...tous fondés sur le temple de Jérusalem ou l'Ancien Testament qui lui-même est fondé sur la Loi écrite ou religion révélée qui a succédé à la Loi ou religion naturelle, lesquelles sont désignées dans nos loges par les deux colonnes du vestibule".

L'Instruction finale de 1809 ne dit rien d'autre :

"Tout ce que vous avez vu jusqu'à présent dans nos loges a eu pour base unique l'Ancien Testament et pour type général le temple célèbre de Salomon à Jérusalem qui fut et sera toujours un emblème universel".

Avec le quatrième grade apparaît une autre dimension. Le tableau final est la première référence chrétienne univoque qui soit présentée au maçon rectifié dans le corps d'un rituel, et non dans une glose connexe ou un commentaire parallèle. Rien là que de très normal puisque ce tableau "dont l'explication est si facile figure pour le maçon le passage de l'Ancienne Loi qui a cessé à la Nouvelle apportée aux humains par le Christ" (Instruction finale).

 

Le message est clair. Si les grades bleus sont "vétéro-testamentaires" et maçonniques, ce cycle est clos par le quatrième grade qui annonce ou plutôt ouvre le cycle chevaleresque chrétien. Les deux Ordres, maçonnique et équestre, articulés par un grade de transition, sont distincts comme le sont le Craft britannique et l'Ordre des Knights Templar (ou du Red Cross of Constantine), articulés par le degré intermédiaire du Royal Arch. Dans les faits, le Rite Rectifié s'aligne sur la maçonnerie anglo-saxonne qui offre une série de degrés non-confessionnels et d'autres, chrétiens, ouverts à tous ceux qui en acceptent la spécificité. Rien n'empêche donc qu'un maçon reçoive les quatre premiers grades du Rite rectifié et s'abstienne de poursuivre si sa conscience lui interdit d'accepter le christianisme de l'Ordre Intérieur. N'est-ce pas ce que Willermoz écrivait dans la lettre déjà citée de 1814-1815 :

 

"La première des trois question d'Ordre présentée à la méditation du candidat dans la chambre de préparation est ainsi formulée : quelle est votre croyance sur l'existence d'un Dieu créateur et Principe unique de toutes choses, sur la Providence et sur l'immortalité de l'âme humaine, et que pensez-vous de la religion chrétienne ? A cette question le candidat répond librement tout ce qu'il veut et on ne le conteste nullement. On lui présente les mêmes questions aux deuxième, troisième et quatrième grades et on ne le conteste point sur ses réponses. Mais au quatrième on le prévient que le moment est venu de faire connaître franchement ses pensées sur leur contenu et que ses progrès ultérieurs dans l'Ordre dépendront de la conformité de ses principes et opinions avec ceux de l'Ordre".

 

Le candidat répond donc librement à la question "sans qu'on le conteste", il peut exprimer une conviction qui ne soit pas celle de son interlocuteur et néanmoins être reçu jusqu'au quatrième grade inclus. Qu'espérer de mieux ? Son admission dans l'Ordre Intérieur, seule, dépendra "de la conformité de ses réponses". Laissons là le côté déplaisant et inquisitorial du questionnaire, impensable de nos jours (dans les Ordres chrétiens anglo-saxons, le candidat doit reconnaître une Foi trinitaire sans que nul ne s'avise de s'informer si elle est "conforme" aux principes de l'Ordre), contentons-nous de l'aveu même s'il est involontaire, ce que je concède volontiers. Sans doute Willermoz a-t-il mal mesuré ses paroles, n'ayant jamais prévu la lecture iconoclaste que j'en fais, pas plus qu'Anderson n'a imaginé ce que certains feraient de son "athée stupide" ! Qu'importe si, dans une intuition prémonitoire, le lyonnais a laissé échapper un propos qui, aujourd'hui, permet la pratique harmonieuse d'un des Rites les mieux conçus que la maçonnerie connaisse, en parfaite concordance avec les principes de la Franc-Maçonnerie régulière .

 

Stricte Observance 1775.
 Symboles des grades bleus et devises
 Lumière en deux temps, "Sic transit Gloria Mundi"
 Ecossais vert : quatre lumières, un tableau (Hiram ressuscitant)

Lyon 1776.
 symbole du 4°grade (lion...)

Lyon 1778.
 questions d'Ordre
 disposition "écossaise" des lumières
 maximes
 Question-test évangile de Saint Jean
 omission des pénalités
 miroir au 2°
 mausolée du 3°
 Ecossais : deuxième temple
   trois tableaux
   Zorobabel
découverte du "Nom"

Wilhelmsbad 1782
 triangle d'Orient
 allumage des flambeaux
 prières
 nom de baptême et "Sainte religion Chrétienne"
 structure ternaire de l'homme
 ouverture successive aux trois grades
 disparition du mot de maître
 ébauche du 4° grade (saint André)

Lyon 1785
 Phaleg
 déplacement du flambeau du S.E. au 3°

Lyon 1788
 Justice et Clémence
 épreuves des éléments
 rejet des métaux
 vertus cardinales

Lyon 1809 (4°grade)
 4° tableau
 Saint André
 discours et instruction martinézistes

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