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Hauts Grades

4ème degré REAA : Le Maître Secret Qui est-il ? D’où vient-il ? Où va-t-il ?

5 Juillet 2012 , Rédigé par Patrick Carré Publié dans #Planches

Le MS ouvre la suite des degrés de Perfection en posant un ensemble de préalables nécessaires à leur compréhension, et même à celle du Rite Ecossais Ancien et Accepté dans son ensemble. Ce qui peut expliquer son apparition au XVIIIème siècle postérieure aux autres degrés. Il prépare les Maîtres à saisir le sens du mythe d’Hiram et de l’univers qu’il sous-tend par une série de pistes de réflexions et d’idées, qui sont autant de chemins d’accès à la Connaissance et de clés d’éveil de la Conscience.


Le MS travaille «
dans le Temple du Roi Salomon, devant le Saint des Saints » et perçoit à l’Orient, tracés en noir sur fond blanc « un grand cercle dans lequel est placé le Triangle sacré, pointe en haut, portant en son centre l’Etoile flamboyante ». L’étoile ne s’attache pas au cercle du Maître et rayonne en son sein de sa propre lumière, se détache des tracés réfléchis du cercle et du triangle et se perçoit tel un bijou chatoyant dans son écrin. Elle ne porte pas le G en son centre comme au grade de Compagnon, mais n’est-ce pas pour en susciter l’idée, pour transmettre sous la forme voilée des questionnements et des injonctions du grade l’idée de Vérité, et re-susciter en mémoire la trace d’une Parole perdue, jusqu’à faire pressentir l’essentiel indicible (pré-sentir l’essence-ciel indice-cible) qui les sous-tend ?


Aux trois premiers degrés la Bible est ouverte au Prologue de l’Evangile de Saint-Jean « Au commencement était le Verbe … ». Elle est ouverte en degrés de Perfection au
Premier Livre des Rois où est relatée la construction du Temple de Salomon. A la vision linéaire de l’évolution et du travail intérieur se substitue la perception transversale d’un chantier symbolisé par la construction du Temple et la poursuite de l’œuvre d’Hiram. Mais en nous substituant à lui, ne sommes-nous pas prédestinés à rencontrer les mêmes obstacles que lui ? Les degrés du Rite de Perfection mettent les points sur les « i » de la réalité des épreuves à surmonter. Ce « i » de l’alphabet latin s’apparente à l’homme debout les pieds à l’équerre et la tête dans les étoiles, à la lettre « vav » de l’alphabet hébraïque, de valeur numérique 6 et dont l’image représente un clou, une cheville de charpentier, surmontée par le « yod », de valeur numérique 10 réduite à 1 au degré de MS, et n’est pas sans rappeler la batterie par 6 et 1 du grade que nous retrouverons à la fin de ce travail.


A l’expression symbolique du temps de travail « De midi à minuit » comportant un commencement et une fin définis, reconnus comme tels, le MS substitue un temps de présence et d’absence latentes. Au début des travaux «
l’éclat du jour a chassé les ténèbres et la grande Lumière commence à paraître », à leur clôture « nous sommes à la fin du jour ». La lumière à travers sa nature et sa propagation symbolise le travail intérieur du Maçon en réflexion. En optique, lorsque les ondes lumineuses rencontrent un obstacle ou rentrent dans un autre milieu, chaque point de la surface de séparation devient le point de départ de deux nouveaux trains d’ondes. Celui qui est réfléchi reste dans le premier milieu et celui qui est réfracté pénètre dans le second milieu et se propage perpendiculairement à ce front d’ondes, en traçant une Equerre, semblable à l’équerre d’argent du voile noir transparent porté par le MS lors de son initiation. Il est pour une part éclairé par cette lumière en diffraction qui résulte de ses « réflexions », tendant vers la Connaissance, et par la grande Lumière qu’il reçoit et diffracte en lui. Il passe de l’Equerre au Compas, sous le Laurier et l’Olivier qui témoignent de l’ouverture de son Compas et de ses prises de Conscience, à mesure qu’il reçoit son salaire et que la paix s’empare de lui.


Le MS n’est plus dans le binaire conflictuel des premiers degrés, mais dans les fondations d’un espace en lui-même qui doit se substituer au champ clos des conflits intérieurs interminables. Il doit en sortir pour être plus en paix, pour être « en mesure » d’entendre parler son cœur, dans le
Secret et le silence, car les nobles pensées viennent du cœur. Il doit pour cela consolider ses idées, en les éclairant sous le prisme des symboles et de l’analogie « Vous ne prendrez pas les mots pour des idées et vous vous efforcerez toujours de découvrir l’idée sous le symbole ». Il doit par ailleurs les intégrer et les animer de sa propre vie pour en faire des symboles vivants comme la Clé d’ivoire. Le silence du MS, qui n’est plus réglementaire mais s’impose de lui-même, devient l’espace médiateur d’une voix intérieure que seul son cœur sait entendre et reconnaître.


Par contraste avec le silence, les injonctions du grade ré-ordonnancent le MS et le re-constituent en respectant la devise
Ordo Ab Chao, qui signifie « l’ordre le chaos », et non pas « l’ordre dans le chaos », et il peut choisir justement de mettre en valeur cette part d’ordre qui s’affirme dans le chaos. Après les degrés symboliques où le questionnement est étalé sur plusieurs étapes dans une même continuité, les degrés de perfection étagent les questions sur plusieurs niveaux entre lesquels va et vient le MS, et mettent en perspective ses attentes et ses idées. D’un côté, l’être qui se recentre sur lui-même : « vous déciderez par vous-même de vos opinions et de vos actions ». De l’autre, au bout de cette perspective « les hautes régions de la Connaissance spirituelle » vers lesquelles il se hâte « de peur que la mort le surprenne avant d’avoir approché le sommet ».


Le MS se remet en cause et se renouvelle de manière rationnelle et irrationnelle Dans l’irrationnel en parlant de fatalité, de nécessité, de destinée, de malheur, en alliant la détermination et l’avertissement «
Le Devoir est la grande Loi de la Franc-Maçonnerie, inflexible comme la Fatalité, exigeant comme la Nécessité, impératif comme la Destinée » « Malheur à ceux qui aspirent à ce dont ils sont indignes » « Malheur à ceux qui veulent assumer une charge qu’ils ne peuvent pas porter » « Malheur à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui, ensuite, les négligent ». Il reste rationnel également dans l’appréhension du monde. Mais il s’agit moins d’être logique que de garder le sens des proportions et de la mesure, de développer un regard attentif et mesuré, même quand il perçoit par éclairs la Vérité qu’il pressent « Quelque admiration que vous inspire le spectacle de l’Univers, du macrocosme au microcosme, souvenez-vous que vous ne l’admirez qu’en proportion de votre faiblesse, en présence de son immensité » « la Vérité est une lumière que l’homme perçoit plus ou moins confusément. Elle peut pourtant se révéler dans tout son éclat à celui qui veut ouvrir les yeux et regarder ».


Le questionnement du MS est semblable au laser qui dessine sur l’écran de sa conscience le champ limité de ses connaissances, et prend conscience de l’espace en trois dimensions qui les contient. La Raison structure point par point de l’intérieur ce volume perçu également de l’extérieur, cette fois en faisant appel à sa sensibilIté. Le MS est en deuil et souffre de la perte irréparable de Maître Hiram. Ses larmes absorbent plus la lumière qu’elles ne la reflètent, comme
les larmes d’argent sur les écussons. Il est en manque de tout ce que symbolise et vitalise Hiram Abi, et il est déjà à la tâche pour combler ce vide. C’est cet espace noir du deuil qu’il re-construit et re-structure en devenant plus responsable, plus « conséquent », et en se remettant « en cause » personnellement.


Le MS est conséquent du seul fait que rien n’est sans conséquence. Chaque mot, chaque idée manifeste un engagement, et peut devenir signe, unité de mesure, et même signe de signe, mesure de mesure, unité de tout, Unité du Tout. Le MS doit interroger les idées qui émanent de lui comme celles qu’il reçoit pour savoir s’il doit ou non les prendre en compte «
vous n’accepterez aucune idée que vous ne compreniez et ne jugiez vraie ». Ce qui l’amène à devenir Passeur et Gardien de l’idée de Vérité. Le Passeur agit plus en connaissance de cause, recherche la cause des causes, relie les idées entre elles pour que passe et circule à travers elles l’idée de Vérité jusqu’à toucher son cœur. Le Gardien veille à la préserver justement des contre-vérités dissimulées dans les mots à contre-emploi qu’il descelle dans les flots de paroles, pour ne laisser passer, ne desceller (dé-sceller) que les mots justes. Ainsi lors de l’initiation au grade, le Trois Fois Puissant Maître, remplissant ces deux fonctions, « descend de son trône, le sceptre (sceau du secret) sur les lèvres, place sa main droite sur le cœur des récipiendaires et leur appuie le Sceptre sur les lèvres ».


Il ravive par là-même le besoin inné de
Connaissance qui habite le MS et le relance dans sa quête de la Parole Perdue, de ce qui s’exprime en lui-même comme en chacun, de soi-même, en soi-même, pour soi-même. De soi-même car le désir se nourrît de lui-même comme l’Amour de l’Amour. En soi-même car il exprime l’Etre de désir. Pour soi-même car il doit s’accomplir comme se constitue le Delta reliant l’immanence à la transcendance, la balustrade à la resplendeur du Z figurant sur la clé du MS, qui sépare et relie dans le Temple du Roi Salomon le Saint du Saint des Saints. Il ravive en lui-même ce « secret qui aspire à être dévoilé » « le moyen d’exprimer sous une forme qui peut être retrouvée une vérité qui nous dépasse » et constitue « une quête de Dieu puisque Dieu, inconnaissable en Sa nature, est tout à la fois le Tout Autre transcendant, et le Tout Proche immanent » comme l’indique notre TIFClaude Guérillot.


L’âge symbolique du Maître est de sept ans et plus, et met en œuvre le signe mathématique « plus » de l’addition comme facteur d’être, signe du lien des Nombres entre eux et de leurs transformations.
Les Nombres sont semblables aux coraux qui se dé-multiplient ou s’additionnent en colonies d’individus identiques et uniques, chaque espèce développant des fonctions particulières pour s’adapter à son milieu. L’âge de « sept ans et plus » témoigne de la mesure des choses par la quantité, du « règne de la quantité » évoqué par René Guénon, mais aussi de sa prise en compte dans l’être spirituel qui se déploie par paliers perefa nadio ny rano nitana, fa tsy misy ceptibles et niveaux d’être différents des autres. L’âge du MS de « trois fois vingt-sept ans accomplis » illustre ces dépassements structurés en multipliant le nombre trois par le trois élevé à la puissance trois, la réalisation une par une fois trois de l’accomplissement triple (ou trine-unitaire, trinitaire) par trois fois trois .


«
La batterie de sept coups par six et un » illustre cette transition entre deux états d’être, cette fois sans faire appel aux signes mathématiques élémentaires, mais plutôt à la conjonction de coordination « et » qui relie et coordonne les termes de l’histoire de l’être qui s’accomplit. Après l’établissement, la reconnaissance de ces niveaux d’être complémentaires, le MS achève son œuvre à « son niveau » par la complétion, qui signifie en mathématique l’inclusion d’une structure (ici le Nombre six) dans une autre structure complète la plus petite possible (ici le Nombre un). A moins que cela ne soit l’inverse par inclusion du un dans le six. Dans les deux cas le MS s’incorpore à lui-même et devient le témoin de sa propre re-création. Résonnant encore de son acclamation « à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers » il répond à la question « Etes-vous MS ? Je m’en glorifie ».


Le MS ouvre la suite des degrés de Perfection, de plans et d’états d’être reliés entre eux et entrant plus ou moins en « correspondance », chacun étant à la fois disjoint et relié aux autres pour re-constituer un tout cohérent. En Perfection le Maçon ne rassemble pas seulement ce qui est épars mais apprend à travailler et à se réaliser à plusieurs niveaux à la fois, en élevant de ce fait
des colonnes gravées qui résonnent entre elles quand elles témoignent des justes proportions du Temple qu’elles ceinturent et couronnent.

Source : www.patrick-carre-poesie.net

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