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Hauts Grades

Discours sur l'ésotèrisme maçonnique

4 Janvier 2007 , Rédigé par gibelain Publié dans #hauts grades

DISCOURS  SUR L'ESOTERISME MACONNIQUE

 

 

Un grand poète, l'une des gloires du siècle d'Auguste, et qui, par son génie, fut jugé digne des faveurs de l'initiation, Virgile voulant consacrer, dans le sixième livre de son immortel poème quelques uns des rites des mystères égyptiens, au moment d'aborder ces révélations redoutables, pour détourner de sa tête les malé­dictions fulminées contre les divulgateurs des secrets de l'ini­tiation, s'écrie : "0 dieux: dont l'empire s'étend sur les âmes, "ombres silencieuses, impénétrable Chaos, Phlégéton aux ondes "dévorantes, lieux sur lesquels plane au loin de silence de la "nuit, qu'il me soit permis de raconter ce que j'ai entendu sous votre puissante protection, qu'il me soit pardonné de révéler"des choses plongées dans les profondeurs de l'abîme, et "environnées de nuages mystérieux."  

 

Je n'ai point à former de pareils voeux, mes Frères, je n'ai point à solliciter un pareil pardon. L'auditoire éminent au milieu duquel ma voix se fait entendre, me dispense de ces ombrageuses précautions. Environné des lumières les plus é­clatantes de l'Ordre, en présence de ce sénat auguste, si un sentiment de regret se fait jour dans mon âme, c'est d'être, moi-même, si peu à la hauteur du sublime sujet que je suis appelé à traiter, du savant auditoire qui daigne m'honorer de son attention.  

 

Un philosophe grec, après avoir parcouru l'Egypte, et visité les principaux sanctuaires de la science, rapporte (fait con­firmé au reste par les annales de l'Ordre, et consigné dans le préambule des statuts généraux) qu'un des points princi­paux de la doctrine des prêtres de l'Egypte était la division de la science sacrée en exotérisme ou science extérieure, et ésotérisme ou science intérieure. C'est par ces deux mots grecs qu'il traduisait les deux mots hiératiques dont, comme on le sait, il était interdit de se servir hors du temple.  

 

"Les prêtres, ajoute-t-il, ne sont prodigues d'aucune par­tie de leur sciences de longs travaux, de profondes études, de rudes épreuves sont imposées au néophyte pour arriver au moindre degré de l' exotérisme. Quant à l'ésotérisme, ils sont plus sévères encore: nul secours, nul conseil, nul en­couragement n'est donné à celui qui veut y pénétrer. C'est par la force seule de son esprit et l'inspiration divine qu'il doit y parvenir. Ce sont des mystères dans les mystè­res, et il arrive fréquemment que les prêtres les plus haut placés en dignité ont à peine fait un pas dans la partie mystique de la science sacrée."La statue d'Isis, toujours voilée, même pour les prêtres, le Sphinx accroupi à la porte du temple, dans l'attitude du repos et du silence, étaient les deux emblèmes de ces derniers secrets; et cette conduite des dépositaires des mys­tères était dictée par la plus haute sagesse. Le despotisme des hommes forts, des violents, s'étendait sur toute la terre. Partout l'inexorable vae victis: était le seul droit international et politique; partout les fronts devaient se baisser ou être écrasés. Qui ne comprend dès lors que les dé­positaires des titres primitifs de la grandeur humaine, de sa dignité sublime, de son égalité devant le Créateur, de son inaliénable liberté, devaient cacher ce trésor, et ne le com­muniquer qu'à ceux que de longues épreuves en avaient fait reconnaître dignes; car avant que de le communiquer, il fal­lait être sûr que le nouvel adepte n'irait pas en vendre la révélation à ses ennemis.  

 

Le christianisme fit faire un pas immense à l'humanité; exal­tateur des mystères, il en popularisa la partie morale. La tâche de la philosophie fut moins difficile dès lors; ses voies étaient aplanies, elle put être plus explicite dans ses ensei­gnements, car le christianisme avait forcé les puissances à reconnaître le fait comme le droit de la discussion reli­gieuse, de l'enseignement des intelligences. L'esprit humain, par la force d'expansion qui lui est naturelle, fit le reste, et la liberté de la pensée fut proclamée.  

 

C'est grâce à ce progrès, qui, dans un sens bien réel, nous place dans une position bien meilleure que celle des philoso­phes de l'antiquité, qu'il nous est permis, sans nous mettre en opposition avec nos augustes traditions, de soulever en partie le voile redoutable de la Maçonnerie, sans toutefois le déchirer entièrement; car si nous n'avons plus à craindre des irruptions de la force brutale dans les domaines sacrés de la pensée, nous ne pourrions sans crime exposer aux légè­retés de l'irréflexion, aux mépris de l'ignorance, aux fausses interprétations de la mauvaise foi, aux préventions du fana­tisme, un ensemble de connaissances qui demande, pour être apprécié, un esprit attentif, préparé, un coeur pur et indé­pendant, ne cherchant que la vérité et la justice.  

 

Montrons donc le but, montrons-le sans crainte, proclamons-le dans nos loges comme au milieu du monde; annonçons-le à nos frères aussi bien qu'aux profanes, car il est noble, il est sublime. Faire de l'humanité un peuple de frères, réunir dans la charité ceux que l'intérêt divise, et faire voir un ami à serrer sur son cœur dans l'ennemi sur qui se dirigeait le glaive homicide. Quant à la science, qui est le moyen pour arriver à ce but magnifique, procédons avec sagesse. "Nul n'est digne de la science, disent nos traditions, qui ne l'a conquise par ses propres efforts." Sur ce point, mes frères, soyons un peu plus condescendants que nos maîtres sévères; montrons de loin cette science, et s'il nous est interdit d'y introduire celui qui n'a pas, comme Josué, ceint l'épée des forts pour entrer dans la Terre promise transportons au moins lé néophyte sur la montagne d'ou on peut la découvrir. Peut-être, enflammé d'ardeur à cette vue, il travaillera à mériter de faire partie de l'armée élue.  

 

L'Ésotérisme maçonnique embrasse le cercle entier de l'activité de l'âme humaine: toute science, tout art, toute pensée  

 

y trouve son cadre, son poste, son rang; seulement, négligeant la partie élémentaire et pratique, l'Esotérisme n'embrasse que la partie transcendante et métaphysique. Laissant à l'Esotérisme l'esprit qui dispose, le talent qui exécute, il ne se réserve que le génie qui crée.  

 

Trois cycles, unis dans un ordre mystérieux, se correspon­dant par une chaîne indivisible, et s'engendrant réciproque­ment d'une manière ineffable, forment le Temple mystique. 

Le premier peut s'appeler, pour les profanes, le cycle his­torique: il se compose de trois degrés dont la série philoso­phique embrasse le développement social de l'humanité tout entière, et de chaque peuple en particulier, dans trois pé­riodes symboliques, qui sont toute l'histoire: la sociabili­té, la famille, la liberté.  

 

Le second cycle est le cycle poétique. Les neuf Muses, gra­cieuses filles de l'imagination, soutiennent la guirlande sa­crée qui le couronne, Les colonnes de son temple, du plus é­clatant marbre de Paros, portent d'ingénieux emblèmes consa­crés à la gloire des enfants de l'Harmonie et de la Fantaisie aux ailes d'or. Les trois Grâces, Aglaia, Thalie et Euphrosine, au maintien noble et décent, veillent à l'intérieur du temple. Artistes inspirés dont la toile ou le bloc nous transmettent les sublimes inspirations, savants profonds qui lisez dans les par trois mystères: l'homme est corps, âme et intellect: réfléchis; et pourtant si ces recherches profondes t'ef­fraient, neuf cieux sont décrits sur la voûte symbolique du temple, tu peux les parcourir. Neuf puissances célestes y président, et tu pourras prendre place au milieu d'elles, si tu sais t'en rendre digne. La volonté intelligente habi­te le premier, la parole sympathique le second, l'esprit or­ganisateur le troisième, la puissance qui crée la soumission le quatrième, l'énergie sociale le cinquième, le gouvernement des peuples le sixième, la domination des intelligences le septième, le génie qui découvre la vérité le huitième, le sage qui pense et vit en Dieu occupe le neuvième et se repose éternellement au pied du trône de Brahms."  

 

Telles sont, mes Frères, autant qu'il m'a été permis d'être clair, les grandes masses de la science ésotérique. En dire davantage serait prévarication; en avoir autant dit est peut-être imprudence. Mais cette imprudence nous sera pardonnée, car c'est le pur amour de la propagation de la vérité et des sublimes lumières qui l'a provoquée. C'est pour répondre, au­tant qu'il peut être permis de le faire, aux imprudents et aux insensés qui, & peine sur le seuil du temple de la Maçon­nerie, croyant que tout est dans les symboles extérieurs qui frappent leurs yeux, se retirent avec dédain, et disent ; Nous avons regardé au fond de l'abîme de la science, et nous n'y avons trouvé que le vide. Imprudents et insensés: vous n'avez pas seulement soulevé le premier voile de la statue mystérieuse d'Isis, la courtine du temple d'Apollon est res­tée silencieuse pour vous: allez, mais ne blasphémez pas ce que vous ignorez:  

 

Pour nous, mes Frères, pénétrés de la hauteur de notre mis­sion, forts du témoignage de notre conscience, appuyés de l'autorité et de la sagesse de tant de beaux génies qui nous ont légué leur science par le moyen de la tradi­tion maçonnique, marchons à notre but, marchons-y avec per­sévérance; l' oeuvre du progrès, cette oeuvre dont le travail fait gémir dans les douleurs toutes les nations euro­péennes, est entre nos mains. Encore une fois Memphis, si nous avons foi en notre mission, Memphis aura civi­lisé le monde:

 

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Pierre Kremmer 17/08/2009 19:24

Ceci est un article de MARCONIS DE NEGRE qui a paru dans la revue LE VOILE D'ISIS il y a environ 150 ans.Je suis d'avis qu'il faut le signaler mon frère. 

gerardja 05/01/2007 18:28

Très cher ami,Pour un usage plus aisé de tes très intéressants articles, te serait-il possible de remplacer (ou d'ajouter) ton cartouche Archives par celui intitulé Articles récents qui, grâce à un lien en bas, permet d'accéder à la liste complète de tes articles ?Ma mémoire personnelle est insuffisante pour pouvoir me souvenir du mois où tu publié sur tel ou tel sujet.Bien à toi.