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Hauts Grades

valeur initiatique du 13°grade

5 Janvier 2007 , Rédigé par AJT Publié dans #hauts grades

Il m’a fallu longtemps avant d’entamer cette rédaction. Avoir produit une planche sur « la Gnose » et une autre sur « je suis… » s’est avéré être un handicap. L’impression d’avoir à traiter le même sujet, même sous une forme un peu différente, se doublait d’un manque de clarté dans une réflexion, qui n’a pas encore trouvé son point d’équilibre, mais surtout sa cohérence.

Quant à l’analyse, ce qui n’échappera pas au lecteur…certainement plus éclairé, elle me semblait pouvoir prendre un grand nombre de directions : symbolisme dans la légende concernée, la légende comme support à l’élaboration de la pensée, maçonnerie et spiritualité, universalisme des questions existentielles, etc… Il a fallu choisir et se limiter à ce qui, très arbitrairement, et par petites touches successives, paraissait essentiel au moment précis de l’écriture. 

 

Par ailleurs, cette approche de la connaissance que constitue toute nouvelle initiation, et plus particulièrement au 13° grade, reste, comme l’exprime le rituel de ce grade, « incommunicable et ne peut être que vécue.. ». Elle agit, semble-t-il, au moins à ce stade, comme une lente maturation dans un cheminement intérieur qui n’a rien à envier aux pratiques digestives de certains ruminants. Nous allons donc nous efforcer de transcrire ce qui est réputé incommunicable, puisque tel est l’exercice demandé.  

 

Lors d’une conversation récente avec un ami maçon d’obédience anglo-saxonne, ce dernier me déclarait à propos du 13° grade : « après avoir reçu le pouvoir sacerdotal, puis le pouvoir royal, le 13° grade te confère le pouvoir prophétique ». Cela reviendrait à atteindre le stade ultime du soufisme, celui de Malamati…auquel je n’ai pas le sentiment d’avoir accédé… Bien qu’il m’arrive parfois de le regretter, l’accès à de telles confortables certitudes m’est empêché par le doute persistant du « cherchant » qui désespère de trouver un jour une vision cohérente du monde qui l’entoure , des êtres qui le peuplent et de leur fonctionnement. Dans l’urgence du quotidien, il ne reste d’autre choix, si ce terme a un sens ici, que de vivre en accord avec ses propres contradictions,... et de chercher encore...Succédant au grade de Grand Architecte, celui de Chevalier de Royal Arch met en scène trois personnages venus de Babylone et dont les pas sont guidés vers les ruines du temple de Salomon à la reconstruction duquel ils souhaitent participer. Au fond d’un puits ils découvrent , portant l’inscription du nom sacré, un bijou qu’Hiram aurait jeté là pour qu’il échappe à ses agresseurs.  

 

Cette légende qui pourrait constituer la trame d’un scenario ou d’une bande dessinée, sous réserve d’y ajouter quelques ingrédients  est souvent attribuée à l’historien grec Philostorge IV°, V° qui relate la vie de l’empereur Julien (355-363) lequel avait entrepris la reconstruction du temple de Jérusalem. 

 

Hiram, dont l’ombre plane sur les ruines du temple, ne se trouve plus directement au centre de cette légende dont le contexte n’est pas sans rappeler les rois mages de la bible . Il est à noter que presque tous les rituels utilisent ce terme de mage, y compris le nôtre, ce qui laisse entendre qu’il s’agit de personnages ayant un pouvoir spécifique qui pour n’être pas tout à fait naturel au commun des mortels, pourrait atteindre les confins du surnaturel...  

 

« Magu », qui nous a donné Mage, en vieux perse désignait un prêtre .Si un rapprochement peut être fait, nous pourrions dire que l’initié ne s’identifie pas nécessairement au mage, mais, que le mage ne peut pas ne pas être initié. (- pardon pour la litote-) Ils sont trois, eux aussi, viennent d’Orient, aussi, guidés, les uns par la bonne étoile, d’autres par le soleil, étoile par excellence, qui leur indiquera où se trouve Adonaï ou plutôt sa représentation scripturale.  

 

De telles similitudes tendent à prouver, à défaut de sources communes plus que vraisemblables, au moins l’utilisation parallèle et la permanence d’un mythe et d’une culture, identiques, dont le berceau se trouve au Moyen Orient. Dans son acception éthymologique, l’initiation se veut être un commencement ; chaque initiation constitue donc un nouveau départ vers une nouvelle « terra incognita », un nouveau pallier de compression pour atteindre je ne sais quelle sphère,  quelle atmosphère, je ne sais quel souffle…quel éther… mais la curiosité reste intacte tout comme la soif de comprendre pour celui qui n’est peut-être pas tout à fait un libertin totalement irréligieux,  ...  

 

Dans un premier temps, le début de la légende au 13° grade rappelle le symbole du fil à plomb, doublé d’une subtilité puisque la verticalité se situe dans un cercle, figuré ici par le puits au fond duquel se trouve, peut-être, la « vérité ». mais avec certitude, le Centre de l’idée ou l’idée au centre…du cercle. Bien des développements pourraient être produits, y compris sur un plan strictement symbolique, sur ce qui vient d’être énoncé. De nombreuses  variantes existent entre les différents rites et les différentes obédiences, mais elles ne portent que sur les motivations ou les mobiles et non pas sur l’essentiel des faits qui sont relatés dans cette légende, à savoir : mages venus d’Orient et descente dans les entrailles des ruines du temple, découverte d’un bijou ou d’un document portant l’inscription YHVH.  

 

Cette descente à l’intérieur de la caverne, ou de la crypte comme à l’intérieur de soi, est complétée par l’expérience renouvelée de la terre qui peut représenter à la fois la mort et la re-naissance. Une telle forme de palingénésie ne saurait être assimilée à une résurrection telle que peut la concevoir le christianisme, mais une fois encore, liberté est laissée à chacun d’interpréter en fonction de ses convictions.  Cette re-naissance peut se justifier, précisément au 13° grade, par une co-naissance au sens ou l’entendaient Paul Claudel ou Bergson.  

 

Mais cette co-naissance dans un cadre maçonnique symbolise l’initiation conçue cette fois comme une altération, voire éventuellement, une élévation, du niveau de conscience. Cette modification du niveau de conscience n’est elle que le fruit d’une recherche personnelle, la résultante d’un travail sur soi, l’évolution de l’individu sur la voie de la sagesse ? Se peut-il qu’à terme l’homme puisse mieux se dominer et se comprendre pour mieux comprendre l’autre ?  

 

 Des trois mages il en est un au moins, dans notre rituel, qui semble habité par la connaissance et agir en pressentant ce qu’il va trouver. C’est lui qui par le mot approprié donne l’ouverture des différentes portes, escaladant à sa façon, l’arbre de vie, de Melkut à Kether. C’est lui qui annoncera à ses deux compères que le nom découvert est celui de l’ineffable. C’est lui aussi qui portera le bijou à son cou . Il est initié complet…et son attitude à l’égard de ses deux compères tend à démontrer qu’il participe à leur émulation, nous pourrions dire à leur initiation. Souvenez-vous que vous ne serez jamais initié que par vous même ne signifie pas que nous pouvons nous passer d’autrui. Les autres ce n’est pas l’enfer pour parodier Sartre, mais l’enrichissement. Cependant l’initiation ne saurait être qu’expérience personnelle.  

 

La lecture des rituels d’York, Martinistes, et d’autres rituels écossais de  différentes obédiences donne, pour l’essentiel, une appréhension très voisine, mais strictement religieuse, et plus spécifiquement chrétienne du 13° grade ou de son équivalent. L’influence historique du protestantisme sur la maçonnerie, au moins à son origine,  n’a plus à être démontrée, à mon sens, et je lui soupçonne un attrait tout particulier pour une certaine forme de gnosticisme qui me semble percer sous bien des textes maçonniques, y compris les nôtres. L’étincelle divine des gnostiques, qui pousse à la connaissance du transcendant, fait partie intégrante de l’âme protestante dans sa recherche individuelle du salut.Le 13° degré me paraît plus particulièrement orienté en ce sens qui rompt, me semble-t-il, avec les précédents grades. Je ne peux m’empêcher de citer là, le propos d ‘un pasteur protestant dont le nom s’est perdu dans les méandres de ma mémoire, mais qui illustre bien, je crois, les propos précédents : 

« seul dieu est laïc, mais l’homme souffre de maladies cléricalement transmissibles ».  

 

Pour anodine qu’elle paraisse, cette phrase, à laquelle j’adhère sans réserve, remplace aisément une longue explication.  

 

Ainsi, dans cette hypothèse (gnostique), pourrait se justifier la condamnation de la Maçonnerie par les autorités catholiques quand les protestantes se montrent plus tolérantes sur le sujet. Ce propos n’engage que son auteur, bien sûr et pourrait expliquer aussi la présence, à côté de bien d’autres termes plus rationalistes, de celui de Gnose, de prime abord inattendu, dans l’étude de la lettre G au deuxième degré des loges bleues. 

De là découle tout naturellement que l’homme ne pourrait se passer d’une relation avec un principe fondateur, une force supérieure quelle qu’elle soit… et quelle qu’en soit la définition. 

Affirmer que la voie du Sacré n’est pas l’apanage des seules religions, ( j’ai eu à plancher aussi sur ce sujet) tend à confirmer l’hypothèse gnostique, sous réserve de considérer que la gnose est essentiellement expérience personnelle du transcendant sans adhésion à un dogme. 

 

Il est peut-être opportun de rappeler ici que les astrologues de Babylone ( nos mages ) adhéraient aux thèses gnostiques…tout comme les Esséniens,  peuple dont serait issu un des grands initiés cités par E. Shuré: Jésus . Pour se convaincre que le curseur a bien été déplacé vers une certaine forme de spiritualité et de sacré, ( pour ne pas dire religieuse, au sens étymologique du terme), il suffit de constater que notre rituel utilise pour la première fois le terme de « divinité » puis de « saint nom » avant de citer ADONAÏ, alors qu’il s’efforce par ailleurs de laïciser ses textes en gommant toute référence religieuse, ou biblique, par des traductions et des extrapolations à connotations plus rationalistes voire psychanalytiques. ( cf : l’explication au 14° grade de « je suis… » donnée dans notre rituel… )  

 

 Pour cette raison, en lisant notre rituel au 14° grade, les exégètes et les gloseurs y perdraient leur âme mais surtout leur grec ou à défaut leur hébreux puisque tous les textes originaux, auxquels il est fait référence, sont écrits dans ces deux langues. Sauf à considérer que la maçonnerie serait antérieure au christianisme et au Judaïsme, et dans ce cas, ces derniers lui aurait emprunté une bonne partie de leur substance, dans l’hypothèse inverse, c’est la maçonnerie qui intègre des éléments bibliques et kabbalistiques.  

 

Pourquoi ne pas énoncer plus clairement le parti pris ( gnostique de mon point de vue ) qui pour ce qui me concerne n’a rien de choquant, mais dont je conçois qu’il puisse être rédhibitoire pour d’autres. Ce point reste un mystère que j’espère voir se dissiper par la suite. A moins que je ne fasse complètement fausse route dans mon analyse… J’ai l’impression désagréable d’avoir une partie seulement des cartes en main, mais la distribution n’est sans doute pas terminée.  

 

Pour ma part, je partage ce qu’expose très habilement Nicolescu ( physicien au CNRS ) et qui pourrait se définir de la façon suivante: le sacré en tant qu’expérience est source d’une attitude trans-religieuse. Elle nous permet d’apprendre à connaître et apprécier les spécificités des traditions religieuses et areligieuses qui nous sont étrangères, pour mieux percevoir les structures communes qui les fondent et parvenir ainsi à une vision trans-religieuse du monde. Cette attitude trans-religieuse, commente-t-il, n’est en contradiction avec aucune tradition religieuse et aucun courant agnostique ou athée dans la mesure où ces courants reconnaissent la présence du sacré. Cet énoncé me semble assez bien traduire la valeur initiatique du 13° grade, telle que je la conçois.  

 

Bien sûr, au delà de l’utilisation des séphiroth, l’usage de la langue hébraïque peut se justifier puisque nous sommes à Jérusalem sur les ruines du temple de Salomon, berceau funeste de toutes les religions « abrahamiques » qui en revendiquent toutes la possession.  Mais la référence à l’arbre de vie, sur lequel bien des commentaires pourraient être faits, n’est pas commune à tous les rituels.  

 

Kether ouvre sur le nom divin. Accession à la connaissance donc au pouvoir, mais sans donner à ce terme de connotation spécifique…Ironie de l’histoire, ou subtilité de l’histoire, à la parole perdue succède un mot imprononçable ; le nom de l’ineffable …  Adonaï ou YHVH désignent une situation ( seigneur) ou un état ( il est ) et en aucun cas une personne précise, à moins qu’elle ne soit, par un groupe d’initiés, « reconnue comme telle ». YHVH- il est, en hébreux- signifie aussi : vivre ou faire exister : c’est l’activité du créateur ! ! ! ? ? ?  

 

Telle est une des questions fondamentales, et je n’y ai pas de réponse. Alors, puisqu’il  est ineffable, je veux me résoudre, si il me fallait absolument en donner une définition, à y voir une entité transcendantale et universelle au delà de tous les mythes et de toutes les religions, capable de fédérer l’humanité.  

 

Néanmoins, et ce n’est pas contradictoire, je partage volontiers le contenu de la citation de Durkheim, pour compléter le propos précédent :        seul celui qui s’est éveillé à son être essentiel peut dire « je suis »  

 

L’accès à la connaissance, par le cœur et/ou par la raison ouvre sur EN SOPH qui n’est peut être, dans une première approche, qu’une autre façon de définir la situation qui est la nôtre. Nous vivons dans un monde fini, nous pourrions dire défini et éphémère, ce qui rend impossible, aux mortels que nous sommes, l’approche de EN SOPH. Vertige de l’infini, de l’immensité de l’univers dont la finalité comme les origines m’échappent en effet. Vertige devant l’inaccessible compréhension des phénomènes qui gouvernent le monde et à une échelle infiniment plus petite, l’individu. Mais ne peut-on concevoir l’ambivalence de En Soph comme le néant, ou au contraire comme le chaos, le non être ou le monde inorganisé, l’absence ou le trop… ? l’inaccessible ou l’interdit… 

La Kabbale, d’où sont issues les Sephiroth, répond à cette question et se fonde sur l’impossibilité de reconnaître Dieu comme substance puisqu’il est en dehors de toute norme accessible pour l’être humain. Il est En soph, illimité, non-être portant en lui toutes les formes d’être…le souffle créateur. 

Cette réflexion inachevée, incomplète, modeste et probablement brouillonne aux yeux du lecteur, reflète très imparfaitement les doutes et les interrogations de son auteur. Peut-être n’a-t-il pas su approfondir les subtilités de ce grade qu’il conçoit, à cet instant, comme une impasse, mais pas un cul-de-sac, bien sûr, une étape qu’il sent probablement plus importante qu’il n’y paraît, voire essentielle.

 Je retiens néanmoins que ce grade permet d’aborder de façon incontournable les questions liées à l’existence et à l’essence de l’être.

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