la légende d'Hiram(RER)

Publié le par Rituel RER

Le temps étant venu où Salomon devait élever un temple à la gloire du Grand Architecte de l'Univers, sur les plans tracés par une main céleste, qui avaient été remis à David son père, il fut aidé dans cette grande entreprise par Hiram, roi de Tyr. Ce prince lui fournit en abondance les matériaux les plus précieux et lui procura un grand nombre d’excellents ouvriers. Mais il lui fit un don bien plus estimable en lui envoyant Hiram Abif, Tyrien de nation, l’architecte le plus célèbre de l’Univers et l’ouvrier le plus habile dans tous les ouvrages de l’art.

Salomon étant doué de la plus haute sagesse reconnut tout le prix des talents et des Lumières d’Hiram ; il lui donna sa confiance, le chérit comme son père et l’établit chef principal de tous les ouvriers qui travaillaient à la construction du Temple.

Hiram Abif les sépara d’abord en trois classes pour leur donner à chacun une paie proportionnée à leur mérite et à leurs talents ; il donna à chaque classe des signes, attouchements et mots différents. Il appela les premiers ou les Apprentis à la colonne J pour y recevoir leur salaire et les Compagnons à la colonne B. Mais il introduisit les Maîtres dans la chambre du milieu pour y être récompensés selon leur grade. Un ordre si bien établi devait assurer la tranquillité de toutes les classes et l’autorité de leur chef. Mais l’orgueil, l’envie et la cupidité traînent à leur suite le désordre, la confusion et le crime.

Trois Compagnons perfides conçurent le détestable projet de forcer Hiram Abif à leur donner le mot de Maître pour s’en procurer la paie et de l’assassiner s’il le leur refusait. Dans ce dessein, ils se placeraient à trois différentes portes du temple à l’heure où, après que les ouvriers s’étaient retirés, Hiram avait coutume d’aller seul vérifier les travaux. Le Maître étant entré à son ordinaire par la porte d’occident et voulant ensuite se retirer par celle du midi, il y trouva un des Compagnons qui lui demanda arrogamment le mot de Maître avec menace de le tuer s’il le lui refusait ; et, sur le refus du Maître Hiram, ce scélérat lui donna un grand coup de marteau sur l’épaule gauche. Le Maître Hiram chercha son salut dans la fuite et, se présentant pour sortir par la porte du nord, il y trouva le second assassin qui lui fit la même demande avec la même menace et, sur son refus, ce monstre lui porta un grand coup de massue sur l’épaule droite, dont il fut presque terrassé. Cependant, il eut encore la force de se sauver vers la porte d’orient, mais il y trouva le troisième Compagnon qui, le voyant déjà affaibli par les coups qu’il avait reçus, lui demanda impérieusement le mot de Maître. Hiram ne put se dissimuler l’extrémité du danger où il se trouvait en le refusant, mais il préféra son devoir à la conservation de sa vie et le Compagnon, irrité d’éprouver le même refus et conduit par sa cupidité, lui porta un grand coup de maillet sur le front qui le fit tomber mort.

 Ces furieux, voyant le Maître Hiram mort, résolurent d’enterrer son cadavre, espérant que leur crime resterait inconnu ignoré, mais comme il était encore jour, ils le couchèrent d’abord sous un monceau de pierre et, la nuit étant survenue, ils le transportèrent sur un lieu élevé aux environs du temple, où ils l’enterrèrent. Le Roi Salomon, qui aimait tendrement le Maître Hiram, s’affligeait de son absence et, après que sept jours furent écoulés sans le voir reparaître, étant fort inquiet de son sort, il ordonna à neuf Maîtres d’en faire la recherche et de lui en rendre compte. Les neuf Maîtres se partagèrent en trois bandes, trois d’entre eux sortirent par la porte du midi, trois par celle du nord et enfin les trois autres prirent leur route par la porte d’orient, pour tenter de découvrir les traces du Maître Hiram. Ils le cherchèrent inutilement dans tous les environs du temple, mais trois d’entre eux, attirés par l’éclat d’une Lumière extraordinaire, se dirigèrent vers l’éminence où le cadavre avait été enterré. Là, accablés de fatigue et de lassitude, ils s’assirent. Mais, à l’instant, ils s’aperçurent que la terre avait été fraîchement remuée en cet endroit ; voulant en approfondir la cause, ils se mirent à fouiller et ils trouvèrent un cadavre qu’ils reconnurent à la lame d’or triangulaire dont il était encore décoré, pour être le corps de notre respectable Maître Hiram. Aussitôt, ils avertirent de leur découverte les deux autres bandes de Maîtres, en leur faisant signe de venir à eux et ceux-ci reconnurent également le corps du Maître Hiram. L’état où ils le trouvèrent leur fit voir aisément qu’il avait été assassiné et ils ne purent soupçonner de ce meurtre abominable que quelques méchants Compagnons qui auraient voulu lui arracher le mot de Maître pour en avoir la paie. Dans la crainte où ils furent qu’il n’eût été forcé de le leur dévoiler, ils projetèrent ensemble de ne plus employer l’ancien mot et d’y substituer la première parole qu’ils prononceraient entre eux en exhumant le cadavre d’Hiram. Après cet accord, ils plantèrent une branche d’épine nommée acacia pour reconnaître le lieu où il était et ils allèrent porter cette triste nouvelle à Salomon.

Le roi Salomon ayant appris la mort tragique du Maître Hiram fut extrêmement affligé de sa perte et, pour témoigner la vénération et la tendre amitié qu’il avait pour lui, il ordonna à tous les Maîtres d’aller exhumer son corps et de le transporter dans le temple ; et, ayant approuvé la résolution qui avait été prise de ne plus employer le mot de Maître, il fut convenu d’y substituer la première parole qu’ils prononceraient entre eux en déterrant le cadavre. Les Maîtres s’empressèrent tous d’exécuter les ordres de Salomon, mais les neuf Maîtres qui avaient été chargés de faire les premières recherches se hâtèrent de devancer leurs camarades et, étant arrivés les premiers sur l’éminence où ils avaient vu le cadavre du Maître Hiram, ils reconnurent facilement le lieu qu’ils avaient désigné par la branche acacia et se mirent en devoir de le déterrer. L’un d’eux le prit par le doigt index, mais la peau se détacha de l’os et lui resta dans la main ; un autre le prit par le doigt du milieu, mais la chair lui resta aussi dans la main ; enfin, un troisième essaya de l’enlever en le prenant par le poignet, mais comme aux deux premiers, la chair lui resta dans la main.

Alors il s’écria M... B..., ce qui signifie "le corps est corrompu" ou "la chair quitte les os" et il se mit en devoir d’exhumer le cadavre ; les neuf Maîtres se réunirent à lui pour l’enlever et ils le retirèrent en effet de la fosse, en présence de tous les autres Maîtres qui étaient survenus en cet endroit. Ils portèrent le corps du respectable Maître Hyram dans le temple avec une grande pompe, étant décorés des marques de leur grade, avec des gants blancs pour témoigner qu’ils étaient innocents du sang de leur Maître.

Le roi Salomon lui fit faire des obsèques magnifiques dans le temple et, pour récompenser le zèle et la fermeté de son architecte, il fit placer sur son tombeau la lame d’or triangulaire sur laquelle la parole des Maîtres était gravée et il en confia la garde à ses plus intimes favoris. Après les funérailles, tous les Maîtres se rangèrent en cercle pour exécuter leur projet de substituer un autre mot à la parole des Maîtres ; celui qui avait relevé le corps d’Hiram donna le mot M... B... à celui qui était sur sa droite pour le faire circuler jusqu’à ce qu’il fut connu de tous et ce mot est resté depuis aux Maîtres pour se reconnaître entre eux.

 

 

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