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Hauts Grades

la mort de Roland

1 Août 2005 , Rédigé par La chanson de Roland Publié dans #chevalerie

Alors, Roland sent qu'il perd la vue,
Il se relève, il fait autant d'efforts qu'il le peut ;
La couleur de son visage s'en est allée.
Devant lui il y a une pierre grise :
Il frappe dix grands coups pleins de colère et de rage.
L'acier grince, il ne se rompt pas, il ne s'ébrèche même pas.
« Eh ! dit le Comte, Sainte Marie, aide-moi !
Eh ! Durendale, ma bonne, un tel malheur n'est jamais arrivé !
Maintenant que je vous quitte, j'ai bien des soucis à me faire pour vous.
J'ai remporté tant de batailles d'homme à homme avec vous,
J'ai combattu et remporté tant de grandes terres,
Que Charles possède, lui qui a la barbe chenue.
Que jamais un homme qui fuit devant son ennemi ne vous tienne !
C'est un fort bon vassal qui vous a portée pendant tout ce temps,
Il n'y en aura plus jamais de tel dans notre libre France. »

Roland frappe sur la pierre grise :
L'acier grince, il ne se brise pas, il ne s'ébrèche pas.
Quand le Comte voit qu'il ne peut pas fendre son arme ,
Il commence à se lamenter en lui-même :
« Eh ! Durendale, que tu es claire et blanche !
Le soleil brille sur toi et se reflète !
Charles était dans la vallée de Morienne
Quand Dieu du ciel lui envoya son ange lui demander
De te donner à un Comte valeureux :
Donc ce noble roi, ce grand roi, me l'a mise au côté.
Avec elle je lui ai conquis l'Anjou et la Bretagne,
Je lui ai conquis le Poitou et le Maine,
Avec elle je lui ai conquis la libre Normandie,
Je lui ai conquis la Provence et l'Aquitaine
Et la Lombardie et toute la Romagne ;
Avec elle je lui ai conquis la Bavière et toutes les Flandres,
Et la Bulgarie et toute la Pologne,
Constantinople, dont il a reçu le respect,
Et la Saxe, où il fait selon sa volonté.
Avec elle je lui ai conquis l'Écosse et l'Irlande,
Et l'Angleterre, où il avait son domaine.
J'en ai tant conquis pour lui de ces royaumes et de ces terres,
Pour Charles qui en est maître et qui porte barbe blanche.
Pour cette épée j'ai le coeur lourd, j'ai de la peine,
Je préférerais mourir plutôt que de la laisser entre des mains païennes !
Dieu le père, ne laissez pas la France dans une telle honte ! »

Roland frappe sur une pierre grise.
Il frappe plus de coups que je ne saurais vous dire.
L'épée grince, mais elle ne se tord pas, elle ne se brise pas,
Elle rebondit vers le ciel.
Quand il voit qu'il n'arrivera pas à la fendre,
Roland se lamente doucement en lui-même :
« Eh ! Durendale, comme tu es belle et très sainte !
Dans ton pommeau d'or il y a maintes reliques :
Une dent de Saint Pierre et du sang de Saint Basile,
Et des cheveux de Monseigneur Saint Denis,
Et un morceau du vêtement de Sainte Marie.
Il n'est pas convenable que des païens te possèdent :
C'est par des chrétiens que vous devez être servie.
Que jamais l'homme qui vous tient ne soit un couard !
J'aurai, grâce à vous, conquis beaucoup de vastes terres
Que Charles possède, lui qui a la barbe fleurie,
Et l'empereur en est puissant et riche. »

Alors Roland sent que la mort le travaille,
Qu'elle lui descend de la tête jusque dans le corps.
Il a couru jusque sous un pin,
Il se couche sur l'herbe verte, face contre terre,
Dessous lui il met son épée et son olifant.
Il tourne le visage vers la gent païenne.
Il fait cela car il veut surtout
Que Charles dise, ainsi que tous ses gens :
« Le noble Comte est mort en conquérant. »
Il se frappe la poitrine, à petits coups, plusieurs fois.
Pour demander le pardon de ses péchés il tend son gant vers Dieu.
 
Alors Roland sent que son temps est terminé.
Il est là, sur un sommet pointu, qui regarde vers l'Espagne.
Il se frappe la poitrine d'une main :
« Dieu, pardonne-moi, au nom de tes vertus,
Pour mes péchés, les grands et les petits,
Tous ceux que j'ai commis depuis l'heure de ma naissance
Jusqu'à ce jour où je suis ainsi frappé ! »
Il tend son gant droit vers Dieu.
Les anges du ciel descendent à lui.

Le comte Roland est allongé sous un pin.
Il a tourné le visage vers l'Espagne.
Le souvenir de maintes choses lui vient,
De tant de terres qu'il a vaillamment prises,
De sa douce France, des hommes de son lignage,
De Charles, son seigneur, qui l'a nourri.
Roland ne peut manquer de pleurer, de soupirer,
Mais il ne veut pas oublier sa propre personne.
Il se frappe la poitrine, il demande pitié à Dieu :
« Vrai Père, toi qui jamais n'a menti,
Et qui as rappelé Saint Lazare de la mort,
Et qui as protégé Daniel des lions,
Préserve mon âme de tous les dangers,
Malgré les péchés que j'ai pu commettre au cours de ma vie ! »
Il a offert son gant droit à Dieu ;
Saint Gabriel l'a pris par la main.
Roland incline la tête sur son bras ;
Il part à sa fin les mains jointes.
Dieu lui envoie son ange chérubin,
Et Saint Michel du Péril de la Mer ;
Et Saint Gabriel vient se joindre à eux.
Ils emportent l'âme du comte au paradis.

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