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Hauts Grades

l'Oeuvre alchimique

17 Août 2005 , Rédigé par Dom Pernety Publié dans #symbolisme

Œuvre. Les Philosophes comptent plusieurs œuvres, quoiqu'il n'y en ait proprement qu'une, mais divisée en trois parties. La première qu'ils appellent œuvre simple, est la médecine du premier ordre, ou la préparation de la matière qui précède la parfaite préparation, c'est l'œuvre de la Nature. La seconde partie appelée œuvre moyenne, est la préparation parfaite, la médecine du second ordre, l'élixir et l'œuvre de l'Art. La troisième est la multiplication, et l'œuvre de l'Art et de la Nature.

La première préparation purge, mondifie les corps et les teint en apparence; mais sa teinture n'est pas permanente à la coupelle. La seconde opération, ou médecine du second ordre, mondifie et teint les corps d'une teinture permanente, mais sans beaucoup de profit.

La médecine du troisième ordre est proprement le Grand Œuvre. H demande plus de sagacité et d'industrie, et teint parfaitement les corps avec beaucoup de profit, parce qu'un grain seul convertit en or ou argent des millions de grains des métaux imparfaits. Philalèthe assure qu'il a expliqué fort clairement tout l'œuvre et son régime dans son ouvrage, qui a pour titre : Enarratio methodica Trium Gebri medicinarum, seu de vera confectione lapidis Phîlosophici; et ajoute à la fin de cet ouvrage que tout est renfermé dans ces quatre nombres 448, 344, 256, 224; qu'il est même impossible de réussir sans la connaissance de ces nombres. Je les ai mis ici pour la satisfaction de ceux qui voudront se donner la peine d'en chercher l'explication. Toutes ces opérations composent proprement ce qu'on appelle le Grand Œuvre, l'Œuvre des Sages. Ainsi nommé de son excellence par dessus toutes les autres productions de l'Art. Morien dit que c'est le secret des secrets que Dieu a révélé aux saints prophètes, dont il a mis les âmes dans son saint Paradis.

Le grand œuvre tient donc le premier rang entre les belles choses : la nature sans l'Art ne peut le faire, et l'Art sans la nature l'entreprendrait en vain. C'est le chef-d'œuvre qui borne la puissance des deux; ses effets Sont si miraculeux, que la santé qu'il procure et conserve, la perfection qu'il donne à tous les composés de la nature, et les grandes richesses qu'il produit, ne sont pas ses plus hautes merveilles. S'il purifie les corps, il éclaire les esprits; s'il porte les mixtes au plus haut point de leur perfection, il élevé l'entendement aux plus hautes connaissances. Plusieurs Philosophes y ont reconnu un symbole parfait des mystères de la Religion Chrétienne; ils l'ont appelé le Sauveur de l'humanité et de tous les êtres du grand monde, par la raison que la médecine universelle, qui en est le résultat, guérit toutes les maladies des trois règnes de la nature; qu'il purge tous les mixtes de leurs taches originelles, et répare par sa vertu le désordre de leur tempérament. Composé de trois principes purs et homogènes, pour ne constituer qu'une substance très supérieure à tous les corps, il devient le symbole de la Trinité; et les adeptes disent que c'est de là qu'Hermès en a parié dans son Pymandre, comme l'aurait fait un Chrétien. Leur élixir est originairement une partie de l'esprit universel du monde, corporifié dans une terre vierge d'où il doit être extrait pour passer par toutes les opérations requises avant d'arriver à son terme de gloire et de perfection immuable. Dans la première préparation il est tourmenté, comme le dit Basile Valentin, jusqu'à verser son sang; dans la putréfaction il meurt; quand la couleur blanche succède à la noire, il sort des ténèbres du tombeau, et ressuscite glorieux; il monte au ciel, tout quintessencié; de là, dit Raymond Lulle, il vient juger les vivants et les morts, et récompenser chacun selon ses œuvres; c'est-àdire, que les bons Artistes, les Philosophes, connaissent par les effets qu'ils ont bien opéré et cueillent les fruits de leurs travaux, pendant que les souffleurs ne trouvent que cendres et poussières, et sont condamnés au feu perpétuel de leurs fourneaux, sans pouvoir jamais réussir. Raymond Lulle ajoute que l'élixir a la puissance de chasser les démons, parce qu'ils sont ennemis de l'ordre, du concert et de l'harmonie, et qu'il remet les principes des choses dans un accord parfait; c'est en rétablissant cet accord, qu'il remet l'équilibre dans les humeurs du corps humain, et qu'il en guérit les maladies.

Toutes ces merveilles qui ont charmé le cœur des Philosophes, en éclairant leur esprit sur les plus obscurs et les plus mystérieux secrets de la nature, ont irrité l'esprit des ignorants, qui ne jugent de tout que par les sens. Us ont en conséquence aboyé contre ce trésor, dont ils ne pouvaient avoir la possession, et ont fait passer le Grand Œuvre pour une savante chimère, une rêverie, une illusion. Ils ne peuvent comprendre qu'une substance élémentaire puisse guérir toutes sortes de maux, quelque incurables que les Médecins ordinaires les aient déclarés; ils ne sauraient se persuader qu'elle puisse agir sur tous les corps d'une manière si étonnante, que du cristal elle fasse des diamants, du plomb elle fasse de l'or; et accusent les Philosophes d'impostures, lorsqu'ils assurent qu'ils l'ont fait et qu'ils en ont fait les expériences. Heureusement pour les Philosophes, des gens savants, bien reconnus pour tels, comme sont Beccher, Stahl, Kunkel, Borrichius, et tant d'autres, ont pris la défense du Grand Œuvre, et en ont soutenu la réalité et l'existence. Il n'est pas nécessaire, après ce qu'ils en ont dit, d'en faire l'apologie. On peut voir le Discours préliminaire qui se trouve à la tête des Fables Egyptiennes et Grecques dévoilées.

Il faut que le grand œuvre soit une chose bien aisée à faire, puisque les Philosophes se sont tant appliqués à le cacher, et qu'ils l'ont appelé en même temps un amusement de femmes, et un jeu d'enfants. Lorsqu'ils ont dit que c'était un ouvrage de femmes, souvent ils ont fait allusion à la conception de l'homme dans le ventre de sa mère; parce que, suivant Morien, l'ouvrage de la pierre est semblable à la création de l'homme : premièrement, il faut la conjonction du mâle et de la femelle; en second lieu, la conception, puis la naissance, enfin la nourriture et l'éducation. Le Grand Œuvre est aussi appelé mer orageuse, sur laquelle ceux qui s'embarquent sont exposés perpétuellement à faire naufrage, et cela à cause des grandes difficultés qui se rencontrent pour réussir parfaitement. On peut voir ces difficultés dans le Traité de Théobaldus de Hogelande, et dans le Traité de l'or de Pic de la Mirandole.

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