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Hauts Grades

Vitriol

17 Août 2005 , Rédigé par Dom Pernety Publié dans #symbolisme

Vitriol. Il est peu de matière qui ait tant exercé les Chymistes que le vitriol commun. Ils l'ont pris pour la matière du magistère des Philosophes; et il faut avouer que rien n'était plus propre à tromper ceux qui prennent les paroles des Sages à la lettre. Ils se sont d'ailleurs tant répandus en éloges sur ce sel minéral, qu'il est bien difficile de ne pas donner dans le piège qu'ils tendent aux ignorants, au moins en apparence, puisqu'ils avertissent tous qu'il ne faut pas s'arrêter aux mots, mais au sens qu'ils cachent. Ils ont en conséquence proposé l'énigme suivante, dont les lettres initiales de chaque mot réunies sont Vïtriolum. Visitabis interiora terrœ, rectificando inventes occultum lapidem, veram medicinam. Quelques-uns, au lieu d'occultum lapidem ont mis oleum Umpidum. Tout l'œuvre et sa matière sont, disent-ils, contenus dans ces paroles. Mais comme ce terme de vitriol est équivoque, et qu'il peut s'entendre de tous les vitriols tant naturels qu'artificiels, extraits des pyrites, des minéraux, des eaux vitrioliques ou des métaux, les Chymistes ont eu tort de l'appliquer en particulier au vitriol Romain, ou à celui de Hongrie, dont le premier participe de Mars, et le second de Vénus. Il est vrai que Rupe Scissa dit qu'il faut prendre le Romain; mais s'il avait fallu en faire usage comme étant la matière de la pierre, l'aurait-il nommé par son nom propre ? Quand on sait qu'ils cachent le nom propre de la matière presque avec plus de soin que tout le reste, on se tient sur ses gardes contre l'ingénuité apparente de ces Auteurs.

Planiscampi a expliqué cette espèce de logogriphe Visitabis, etc., du vitriol de l'or fait avec l'huile de Saturne; d'autres l'ont entendu du vitriol de l'argent fait par le même moyen. Le premier, dit cet Auteur, sert à travailler au rouge, et le second au blanc. Si à ces deux vitriols joints ensemble par due proportion, on ajoute le mercure de l'or, et le tout passé par le feu des vrais Chymistes, on le rendra, dit-il, semblable en vertu, en puissance et richesse à ce magnifique Prince que plusieurs cherchent et que peu trouvent.

En parlant des cristaux d'étain ou vitriol de Jupiter, Planiscampi observe qu'étant mêlés avec celui du mercure et réduits en huile, cette huile rend le soufre solaire végétal. Roger Bacon qui avait observé la même chose, en fut si étonné, qu'il commença son Traité qui a pour titre, Miroir des sept chapitres, par le nom de Jupiter, et chaque chapitre a pour commencement une des lettres de ce nom mis en logogriphe comme celui de Vitriolum. Les voici : In Verbis Prœsentibus Inverties Terminum Exquisitum Rei. On n'en aurait pas moins de tort de regarder cette préparation comme un acheminement à l'œuvre des Philosophes; quoique les dernières lettres de chaque mot qui finit chaque chapitre, étant réunies, composent le mot Stannum : favor, projectromS, deleT, totA, tameN, bitumeN, nutU, œtrnuM. Bacon avait en vue tout autre Jupiter que l'étain commun.

Il ne faut donc pas s'amuser à tous ces pièges que les Philosophes tendent aux ignorants, et à ceux que l'amour des richesses tyrannise assez pour leur faire risquer les biens réels dont ils sont en possession, pour courir après des monts d'or qu'on leur promet. Ceux qui voudront pénétrer dans le sens caché de ces paroles, Visitabis, etc., doivent étudier la Nature et ses procédés, les combiner avec ce que disent les Auteurs Hermétiques, et voir ensuite si ce qu'ils disent de la matière de l'œuvre peut convenir à ce que la Nature emploie pour semence des métaux, non pas précisément comme semence éloignée, mais prochaine, et de quelle matière on doit l'extraire. Etre ensuite bien convaincu, tant par l'expérience journalière, que par ce que disent les Philosophes, qu'on ne doit pas prendre les deux extrêmes, mais le milieu qui participe des deux. Comme pour faire un homme, on ne réussirait pas en prenant une tête, un bras et les autres membres d'un homme parfait, ni la première semence éloignée qui se trouve dans les éléments, les plantes et les animaux qui servent à sa nourriture, mais la semence propre de l'homme travaillée dans lui-même par la nature. On réussirait aussi mal, si pour faire du pain on prenait du grain de froment tel qu'il est, ou du pain déjà cuit et parfait. Ce n'est ni l'un ni l'autre, mais la farine, qui est faite du grain, et travaillée pour cet effet.

Les Philosophes assurent qu'on ne peut parler plus clairement de la matière et des opérations de l'Œuvre que l'a fait Hermès dans sa Table d'Emeraude, en ces termes : « Ceci est vrai, et sans mensonge, ce qui est dessous est semblable à ce qui est dessus. Par ceci on a et on fait les merveilles de l'œuvre d'une seule chose. Et comme tout se fait d'un par la médiation d'un, ainsi toutes choses se font par la conjonction. Le Soleil en est le père, et la Lune la mère. Le vent l'a porté dans son ventre. La Terre est sa nourrice, la mère de toute perfection. Sa puissance est parfaite, s'il est changé en terre. Séparez la terre du feu, et le subtil de l'épais avec prudence et sagesse. Il monte de la terre au ciel, et redescend du ciel en terre. Il reçoit par-là la vertu et l'efficacité des choses supérieures et inférieures. Par ce moyen vous aurez la gloire de tout. Vous chasserez les ténèbres, toute obscurité et tout aveuglement; car c'est la force des forces qui surmonte toutes forces, et qui pénètre les corps les plus durs et les plus solides. En cette façon le monde a été fait, et les conjonctions surprenantes et les effets admirables qu'il produit. Voilà le chemin et la voie pour faire toutes ces merveilles. C'est ce qui m'a fait donner le nom d'Hermès Trismégiste, ou trois fois » grand, ayant les trois parties de la sagesse ou philosophie du monde universel. Voilà tout ce que j'ai à dire de l'œuvre solaire. »

Pour accompagner cette Table d'Emeraude, on y a joint un emblème chymique enfermé dans un double cercle. Entre les deux circonférences sont écrites les paroles que j'ai rapportées, Visitabis, etc. D'un côté on voit le Soleil, au-dessous le caractère de Mars, et au-dessous de Mars celui de Saturne. De l'autre côté est la Lune, au-dessous Vénus et puis Jupiter. Au milieu est une coupe dans laquelle tombent un rayon du Soleil et un rayon de la Lune; et sous le pied de cette coupe est placé, comme pour soutien, le caractère astronomique de Mercure. Au-dessous de tous ces caractères sont d'un côté un Lion et de l'autre une Aigle à double tête, comme celle des armes de l'Empire. L'un marque le fixe et l'autre le volatil. Les amateurs de cette Science pourront faire leurs réflexions là-dessus. On peut dire en général que le Vitriol vert des Philosophes est leur matière crue, leur Vitriol blanc est leur magistère au blanc, et leur Vitriol rouge, ou leur Colcotar, est leur soufre parfait au rouge.

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