Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

la Tradition

17 Août 2005 , Rédigé par O WIRTH Publié dans #hauts grades

Foi et la Philosophie. - La Gnose. - L'Hermétisme. Les esclaves de la lettre. - L'Occultisme contemporain.

Alexandrie fut en son temps la capitale intellectuelle du monde antique. Des écoles célèbres y attiraient les sages de toutes les nations : l'Orient et l'Occident se rencontraient dans ce centre cosmopolite qui mettait en contact la Phénicie, la Chaldée, la Perse et l'Inde avec la Grèce classique, Rome et la Gaule. Toutes ces contrées apportèrent les traditions religieuses et scientifiques au pied du trône des Ptolémées. Des Juifs hellénisés traduisirent leur Bible, qui fut pour la première fois rendue accessible aux Gentils par la version dite des Septante. Le babylonien Bérose produisit une œuvre du même ordre en consignant tout ce qu'il savait concernant sa patrie. De précieux enseignements furent ainsi recueillis de toutes parts et comparés. On s'efforça de les coordonner en une synthèse philosophique qui, tout en ne restant malheureusement qu'à l'état d'ébauche n’en exerça pas moins une puissante influence sur le développement du christianisme.

Celui-ci s'est recruté tout d'abord parmi des gens sincères, mais peu éclairés. Les premiers chrétiens furent des esprits ardents, frappés des vices de leur époque qu'ils se proposaient de corriger. Dans leurs assemblées secrètes, ils paraissaient conspirer contre les institutions établies : on les redoutait comme des révolutionnaires farouches, ennemis de toute hiérarchie sociale. Ils proclamaient les hommes égaux devant un Dieu unique, et admettaient une révélation surnaturelle, rendue accessible à tous par la foi. Toute recherche indépendante de la Vérité devenait à leurs yeux condamnable, de même que les arts et les sciences des païens. A ces hommes d'action étroitement disciplinés, à ces partisans d'une égalité démocratique poussée jusque dans le domaine de l'intelligence, s'opposaient des rêveurs beaucoup plus inoffensifs. Ils se disaient gnostiques et se prétendaient initiés aux mystères des anciens hiérophantes. Cultivant des connaissances accessibles aux seuls esprits d'élite ils se targuaient de posséder les secrets les plus cachés de la nature ; aussi, à l'occasion, se montraient-ils théurges et thérapeutes. Les Chrétiens n'étaient à leurs yeux que des ignorants dangereusement fanatisés dont ils méprisaient la grossièreté ; quant à eux, ils se complaisaient à de subtil spéculations sans parvenir à se mettre d'accord sur une doctrine uniforme. Tout disciple de la Gnose aspirait à devenir le confident direct de la divinité et, par suite, ne croyait guère qu'en lui-même. Le gnosticisme se partageait ainsi en une multitude de sectes offrant le spectacle d'une complète anarchie intellectuelle.

Chrétiens et gnostiques devaient nécessairement se combattre. La lutte se prolongea mais la victoire était acquise d'avance à la discipline et au grand nombre. Devenu formidable, le parti chrétien triompha définitivement lors de la conversion de Constantin. Implacable désormais à l'égard de ses adversaires, il proscrivit tout ce qui se rattachait aux anciens cultes et persécuta en particulier les partisans de la Gnose. Traqués à titre d'hérétiques, ceux-ci durent dissimuler leurs doctrines sous le couvert des voiles plus épais.
Ainsi naquirent les sciences secrètes ou occultes, qu'un symbolisme ingénieux dérobe à la curiosité des indiscrets. Au premier rang figure l'Alchimie, l'art des transmutations métalliques, qui servit de trame à tout un vaste système d'allégories. On conçut la métallurgie mystique, aux opérations calquées sur celles que la nature accomplit dans les êtres vivants. Une profonde Science de la Vie se cacha sous des symboles spéciaux ; elle s'efforça de résoudre les plus troublantes énigmes et rechercha les bases de la Médecine universelle. 
Celle-ci devait porter remède à tous les maux, tant à ceux de l'esprit et de l'âme qu'à ceux du corps, de plus, il lui appartenait de guérir les maladies sociales tout comme les infirmités des individus isolés.

Tous ces bienfaits étaient liés à la préparation de l'Élixir de Vie et de la fameuse Pierre philosophale. Les adeptes cherchaient le moyen d'assurer à tous les êtres une santé inaltérable et de mettre l'homme à l'abri de toutes les misères. Dans ce but, ils se proposaient de conduire toute chose au degré de perfection dont elle est susceptible : c'est ce qu'ils appelaient changer le plomb en or. Ils pratiquaient le Grand Art, l'Art par excellence, ou l'Art sacerdotal et royal des anciens Initiés ; en leur qualité de prêtres, ils interprétaient les lois de l'harmonie universelle, qu'ils appliquaient à titre de rois.

Des conceptions aussi grandioses font éclater les crânes trop étroits. Tous les alchimistes ne furent pas des hommes de génie : la cupidité suscita des chercheurs d'or fermés à tout ésotérisme ; ils prirent tout au pied de la lettre, si bien que leurs extravagances n'eurent bientôt plus de bornes. Tandis que les souffleurs vulgaires se livraient à cette cuisine incohérente dont se dégagea plus tard la chimie moderne, les Philosophes dignes de ce nom, les amis de la sagesse intrinsèque, prenaient soin de « séparer le subtil de l'épais avec délicatesse et une rare prudence », comme le recommande la Table d'Émeraude d'Hermès Trismégiste : rejetant les scories de la lettre morte ils ne retenaient que l'esprit vivifiant de l'enseignement des maîtres. Mais le public a confondu les sages avec les fous Il repousse en bloc tout ce qui n’est pas à sa portée la plus immédiate ou n'a pas reçu l'estampille des pontifes ayant su capter sa confiance.

Cependant, parmi nos contemporains, quelques esprits aventureux ont osé pénétrer dans les catacombes des traditions perdues. La voie fut ouverte par Eliphas Levi (l'Abbé A.-L. Constant), dont M. Stanislas de Guaita, dans ses Essais de Sciences maudites et son Serpent de la Genèse se révèle le plus brillant disciple.

Ces recherches ont une extrême importance du point de vue de la thérapeutique occulte. Elles ont fait apprécier les traités d'Alchimie, qu'on déchiffre nouveau, en dépit de leur style figuré à l'excès.

 

Partager cet article

Commenter cet article