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Hauts Grades

alchimie et Franc-Maçonnerie

17 Août 2005 , Rédigé par O WIRTH Publié dans #hauts grades

L’OEUVRE DES SAGES

Opérations. - Couleurs. - Oiseaux hermétiques. L'Union du Soufre et du Mercure. - L'Etoile des Mages. La Rose-Croix.

La Pierre philosophale est un Sel purifié, qui coagule le Mercure , pour le fixer en un Soufre éminemment actif.

L'Oeuvre comprend donc trois phases :
La purification du Sel,
La coagulation du Mercure,
Et la fixation du Soufre.

Mais au préalable, il faut se procurer la Matière philosophique. Cela n'entraîne pas à de grandes dépenses, car elle est fort commune et se rencontre "partout".

Cependant, elle demande à être discernée. Tout bois n'est pas bon pour faire un Mercure. La nature nous offre des matériaux qu'on ne saurait faire entrer dans la construction du temple de la Sagesse. Il est des vices rédhibitoires qui font écarter le profane avant même qu'il soit soumis aux épreuves.

Supposons néanmoins l'artiste en possession d'une « matière » convenable à ses projets. Il s'empressera aussitôt de la nettoyer, afin de la débarrasser de tout corps étranger qui pourrait adhérer accidentellement à sa surface.

Cette précaution étant prise, le sujet est enfermé dans l'Œuf philosophique hermétiquement luté.

Il est ainsi soustrait à toute influence venant de l'extérieur: la stimulation mercurielle lui fait défaut ; son feu vital dès lors baisse, languit et finit par s'éteindre.

Ce langage serait assez déconcertant si, pour le comprendre, on ne se reportait à la traduction que la Franc-Maçonnerie en offre dans ses usages. Le rituel prescrit de dépouiller le Récipiendaire des métaux qu'il porte sur lui, puis de l'emprisonner dans la Chambre des Réflexions, où il se trouve en présence d'emblèmes funèbres, qui l'invitent à se préparer à la mort. Isolé, réduit à ses propres ressources, l'individu cesse de participer à la vie générale : il meurt et sa personnalité se dédouble. La partie éthérée se dégage et abandonne un résidu désormais « informe et vide » comme la terre antérieurement à son imprégnation par le souffle divin (Genèse I, 2).

Ainsi apparaît le chaos philosophique dont la couleur noir, est figurée par le Corbeau de Saturne. On peut voir dans cet oiseau l'image des ténèbres qui étaient sur la face de l'abîme ;  on lui oppose la Colombe, le symbole de l'Esprit de Dieu se mouvant sur le dessus des eaux. Privée de vie, la matière tombe en putréfaction. Toute forme organique est alors dissoute, et les Eléments se confondent dans un tohu-bohu désordonné. Mais la masse putréfiée renferme un germe, dont la dissolution favorise le développement. Ce foyer d'une nouvelle coordination commence par s’échauffer, en raison des énergies qui s’y trouvent emmagasinées. La chaleur dégagée repousse l’humidité et s’enveloppe d’un manteau de sécheresse. Ainsi se reconstitue l’écorce terrestre qui sert de matrice au Feu, qu’elle sépare de l’Eau.

Cette séparation des Eléments rétablit la circulation vitale, qui a pour effet de soumettre la Terre impure à un lavage progressif. L’Eau alternativement extériorisée puis résorbée, fait passer le résidu chaotique du noir au gris, puis au blanc, en passant par les couleurs variées de l'arc-en-ciel, représentées par la queue de paon.
Or, la blancheur a pour symbole le Cygne dont Jupiter prit l'aspect pour s'unir à Léda. Le maître des dieux représente en cela l'Esprit qui féconde ; la Matière purifiée par des ablutions successives. C'est le souffle aérien qui pénètre la Terre, pour en faire surgir l'Enfant philosophique. 
Tandis que l'embryon se développe dans le sein maternel, la Terre se recouvre d'une luxuriante végétation, grâce à l'humidité aérienne dont elle est imprégnée ; c'est l'apparition de la couleur verte, celle de Vénus, dont la Colombe est l'oiseau favori.

Désormais il n'y a plus à obtenir que la couleur rouge, celle qui marque l'achèvement de l'oeuvre simple ou Médecine du premier Ordre. Elle annonce la parfaite purification du Sel, laquelle rend possible l'accord rigoureux entre l'agent interne  et sa source extérieure d'action .

Le Feu individuel en vient alors à brûler d'une ardeur toute divine, et manifeste le pur Soufre philosophique, dont l'image est le Phénix.

Cet oiseau merveilleux était consacré au Soleil et on lui supposait un plumage écarlate. Il représente ce principe de fixité qui réside dans le foyer de notre Feu central, où il semble se consumer sans cesse, pour renaître continuellement de ses cendres.

Pour conquérir cette , immuabilité l'initiative particulière ne doit plus s'exercer que sous l'impulsion directe du Centre moteur universel ; c'est la communion de l'Homme avec Dieu, ou l'harmonie pleinement réalisée entre le Microcosme et le Macrocosme.

Parvenu à cet état, le Sujet prend le nom de Rebis, de res bina, la chose double. On le représente par un androgyne unissant l'énergie virile à la sensibilité féminine. Il est indispensable, en effet, de réunir les deux natures, si l'on veut réaliser la coagulation du Mercure, autrement dit attirer le Feu du Ciel et se l'assimiler. L'adepte vainqueur des attractions élémentaires possède la vraie liberté, car l'esprit domine en lui sur la matière : il s'est rendu pleinement Homme en surmontant l'animalité. De même que la tête, commande aux quatre membres, un cinquième principe doit subjuguer les Eléments ; c'est la Quintessence, qui est l'essence même de la personnalité ou, si l'on préfère, l'entéléchie assurant 1a persistance de l'être.

Cette mystérieuse entité a pour symbole le Pentagramme, ou l'Etoile du Microscome qui, sous le nom d'Etoile Flamboyante, est bien connue des Francs-Maçons. Ils en ont fait l'emblème caractéristique de leur deuxième grade, auquel on ne peut prétendre qu'après avoir été successivement purifié par la Terre, l'Air, l'Eau et le Feu. Les épreuves initiatiques sont calquées en cela sur les opérations du Grand Œuvre ; les quatre purifications se rapportent à la putréfaction (Terre), à la sublimation de la partie volatile du Sel (Air), à l'ablution de la Matière (Eau) et à la spiritualisation du Sujet (Feu). La dernière épreuve fait allusion à l'embrasement qui remplit l'être d'une ardeur toute divine, dès que son foyer d'initiative s'exalte à la chaleur du Feu-Principe animateur de toutes choses.

La Quintessence est parfois représentée par une rose à cinq pétales.

Dans l'une de ses figures, Nicolas Flamel nous montre ainsi la Rose hermétique sortant de la pierre mercurielle sous l'influence de l'Esprit universel. D'autre part, les mystiques rosicruciens combinaient la rose avec la croix et y voyaient l'image de l'Homme-Dieu que nous portons en nous. Le Sauveur était à leurs yeux la Lumière divine qui resplendit au sein de l'âme épurée. Ce n'est d'abord qu'une étincelle, un frêle enfant né de la Vierge céleste, autrement dit de cette essence psychique transcendante, immaculée, universelle, qui est destinée à nous envahir. Cet envahissement refoule ce qui est inférieur en nous : ainsi la Femme apocalyptique écrase la tête du Serpent, séducteur de notre vitalité terrestre, tandis que le Rédempteur grandit pour nous diviniser en nous illuminant.

 

LE MAGISTERE DU SOLEIL

L'Illumination. - La Maîtrise. - La Réintégration dans l'Unité. - L'or philosophique. - La Sagesse. - Le Pélican. - L'Etoile de Salomon.

 

Selon les rites initiatiques, le bandeau de l'ignorance profane tombe des yeux du Récipiendaire dès que celui-ci a été purifié par les Eléments. Cette quadruple purification a pour effet de rendre  l'écorce terrestre perméable et transparente ; aussi désormais la lumière extérieure peut être aperçue du dedans. Mais il ne suffit pas à l'Initié de voir la Lumière il lui incombe de l'attirer, pour la concentrer sur le foyer radical de sa personnalité. C'est ce qui s'appelle coaguler le Mercure.
En vue de cette opération le Feu intérieur doit tout d'abord être exalté. L'ardeur centrale extériorise ainsi l'humidité animique, qui transforme l'atmosphère individuelle en un milieu réfringent,
propre à recueillir et à condenser la clarté diffuse de l'Azoth. Grâce à cette réfraction, la personnalité finit par s'imprégner intégralement de Lumière coagulée.
Il importe alors de rendre permanent l'état qui a. su être atteint. On ne peut y parvenir qu'en induisant une circulation vitale nouvelle et plus transcendante que celle qui s'effectue dans le domaine ordinaire des Eléments. 
Mais la conquête d'une vie plus élevée suppose toujours une mort préalable. Or, ce n'est plus cette fois le Profane qui périt au sein des ténèbres pour renaître à la Lumière, c'est l'Initié qui meurt élevé au-dessus de terre et cloué sur la croix, en vue d'accomplir le Grand Oeuvre.
Cette mort représente le sacrifice total de soi-même. Elle exige le renoncement à tout désir personnel. C'est l'extinction de l'égoïsme radical, et par suite l'effacement du péché originel. Le moi étroit disparaît, absorbé dans le soi de la Divinité.
Une semblable absorption investit l'Homme de la souveraine puissance. L'être qui n'est plus esclave de rien devient par ce seul fait maître de tout. Sa volonté ne formule que les intentions même de Dieu et à ce titre elle s'impose irrésistiblement. 

Mais, en réalisant l'idéal chrétien le sage parfait ne saurait plus s'adonner à aucune entreprise arbitraire. Sa mission de rédempteur le détache de toute mesquinerie. Il ne peut être question pour lui de fabriquer de l'or vulgaire, susceptible de tenter les avares. Lorsque la pierre philosophale est projetée sur les métaux en fusion, c'est en or philosophique qu'elle les transmue, c'est-à-dire en un trésor inaliénable, dont la valeur est absolue et non de simple convention.
Cet or se rapporte à la plus haute somme de perfection dont un être soit susceptible du triple point de vue intellectuel, moral et physique. C'est ainsi que la pierre philosophale devient la suprême médecine à la fois de l'esprit, de l'âme et du corps. Elle procure la santé parfaite et rétablit la créature déchue dans les droits primitifs de sa création.

Mais, pour rendre autrui parfait il faudrait être parfait soi-même. Or, qui oserait prétendre à la perfection ? N'est-elle pas un modèle que l'on peut suivre, mais qu'on n'atteint jamais ? Il en est ainsi lorsque l'on parle de la perfection absolue. Mais ce n'est pas à elle que fait allusion l'or philosophique, qui ne représente que le degré de perfection compatible avec la nature de chaque être. Dès que l'on a soi-même atteint ce degré on peut efficacement remplir le rôle de sauveur. La plus modeste lumière contribue à dissiper les ténèbres, et pour guérir les autres il suffit d'être sain.

Une étincelle divine brille d'ailleurs en tout homme. Elle étouffe le plus souvent sous l'épaisseur de la matière. L'initiation allège celle-ci et avive la flamme sacrée. Dans l'être humain elle développe l'Homme-Principe en faisant éclore le germe des potentialités latentes que nous portons en nous. On ne saurait rien demander de plus; car toute construction est parfaite dès qu'elle est conforme au plan conçu par l'architecte. Or, il ,s'agit ici de l'Architecte souverain ordonnateur de toutes choses.
D'un autre côté, l'homme n'est rien par lui-même : tout lui vient du dehors ; c'est ce qui lui permet de participer à la toute-puissance dans la mesure où il se rapproche de sa source. Or, pour se rapprocher de Dieu, il suffit de faire sa volonté et de l'aimer.
Faire la volonté de Dieu, c'est travailler à la réalisation du plan divin et, comme une tâche déterminée est assignée à chaque être, tout le devoir consiste à la remplir fidèlement. Le mérite ne réside pas dans les oeuvres grandioses, mais dans celles qui répondent aux exigences de (harmonie générale. Dans le concert universel, les exécutants doivent s'appliquer non pas à faire beaucoup de bruit, mais à fournir strictement la note qui leur est demandée. 
Remplir rigoureusement sa destinée, telle est donc toute l’ambition du sage. Gloire, honneurs, richesses, plaisir et satisfactions, rien à ses yeux ne peut avoir du ,y prix. Il ne voit dans le monde qu'un théâtre où les personnalités se donnent en spectacle. Les  acteurs paraissent sur  scène affublés d'accoutrements d'emprunt, et ils jouent leur rôle avec conviction, oubliant qu'à la chute du rideau,  ils dépouilleront leurs y oripeaux pour redevenir eux-mêmes.

Dans ces conditions, le personnage que l'on incarne importe assez peu. Prince ou mendiant, héros ou traître, l'essentiel est de bien jouer, en répondant exactement aux intentions de l'auteur.

Cependant, si la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse, la simple docilité n'en est pas la fin. La soumission et l'obéissance sont indispensables, mais, à elles seules, elles ne suffisent pas pour élever vers Dieu : notre élévation se proportionne au degré d'Amour dont nous sommes capables.

Le Pélican est, de ce point de vue, l'emblème de cette charité sans laquelle on ne saurait être qu'un airain qui résonne ou une cymbale retentissante. Cet oiseau blanc alimente ses petits de son propre sang. Il est l'image de l'âme qui se dévoue sans réserve. C'est dans le sentiment qui unit l'individu à tous les êtres que réside la suprême vertu, la « force forte » de toute force.

L'adepte qui brûle de cet amour infini obtient le Sceau de Salomon. Ce signe de la puissance magique par excellence, se compose de deux triangles entrelacés, qui sont les symboles alchimiques du Feu et de l'Eau . Ils représentent plus particulièrement ici la nature humaine unie à la nature divine.

L'Hexagramme ou l'Etoile du Macrocosme est ainsi l'emblème de la théurgie, qui s'appuie sur l'alliance de la Volonté et du Sentiment, alors que la Magie simple se base sur la seule Volonté de l'adepte portée à sa plus haute puissance. Son pantacle est en cela le Pentagramme ou l'Etoile du Microcosme.  Le mage développe son individualité, il exalte son Soufre et devient un centre puissant d'initiative personnelle. Il se rattache à l'initiation masculine ou dorienne, à l'encontre du mystique, qui se conforme aux principes de l'initiation féminine ou ionienne lorsqu'il s'efface devant une puissance extérieure à lui-même (Mercure). Quant au théurge, sa supériorité consiste à concilier l'activité du mage et la passivité du mystique. C'est un chaînon de la suprême hiérarchie : il commande et il obéit, il transmet l'ordre reçu d'en haut à ce qui est placé sous lui, maître dirigeant le travail d'autrui il assure la réalisation du plan de l'éternel Architecte.

 

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MG3 30/04/2010 00:11



bonsoir - votre sîte est riche d'enseignement merci - je voudrais citer l'oeuvre de Dante A (la Divine comédie) qui reste une alchimie complète dans son aura -
peut-être que seul Dieu peut donner la cle du grand oeuvre - en effet si je puis me permettre le pouvoir d'agir ne se transmet pas - je dirai qu'il est en soi a force de travail - celui
qui pourra possèder la clé du Grand Oeuvre ne le dévoilera jamais - s'il le dévoile cela voudra dire qu'il ne le connaît pas ou encore qu'il n'atteindra jamais la lumière
qu'il ne sera jamais un phénix - car tout ce qui est vide est plein - la pierre


 


 


 


philosophale restera ptre - la quintessence dans l'absolu  



BONNEROT 19/08/2005 02:17

Si je peux en compléemtn ajouter ce texte donr lz tableau donné pourrait êtere décalé, texte pouvant être une sorte de complément ?
L'œuvre Alchimique et la Sainte Messe
Extraits d'une communication aux journées Canseliet - 5 décembre 1999

Le jeudi saint 1831, Cyliani réalisait seul la transmutation. Le jeudi de l'an 30, le Christ instituait la Cène.
Ce clin d'œil offert par Cyliani nous invite à réfléchir sur les données de la Révélation Chrétienne qui s'articulent sur trois axes : La Chute originelle, les conséquences de la Chute, la Gloire à venir.
I -BeReACHYT, pose le problème, dès le début de la Genèse, de la prescience d'une chute antérieure, en ce que notre création visible résulte d'une volonté que nous traduisons par le fait que la création est un acte de justice rendu selon une condition de réciprocité (1). Cet acte de justice basé sur une condition mystérieuse est attaché à un état auquel est parvenu ce qui était avant notre création et qu'il ne nous appartient pas de comprendre. En revanche, il n'est pas sans importance de noter que la Création exposée par les secondes tables de la Loi s'inscrit dans un scénario en lequel existent les cieux, la terre informe et vide, les ténèbres couvrant l'abîme, le Souffle de Dieu planant sur les eaux et que les jours 1, 2, 3, sont des actes de séparation des éléments antérieurs présents. En ce qui touche le sort des eaux du 2° jour figurant au-dessus de l'étendue des cieux, il n'en sera plus question dans le récit évoqué, tout portant ensuite sur le reste de cette Création qui sera amenée à connaître la chute dite originelle. André SAVORET ne manqua pas de s'interroger quant à certains de ces points en sa belle étude sur Le quatrième jour de la genèse (2).
L'homme étant créé avec la même âme que celle des quadrupèdes : NePheSH-ChaYah (3 ), il lui convient d'acquérir son âme par sa patience, son endurance ( Luc XXI, 19 ), en ce que l'image doit tendre à la ressemblance de Dieu, ce qui pourra se faire dès lors qu'il reprendra sa mission de cultiver et garder le jardin d'Eden, c'est-à-dire en empêchant l'expansion de la chute pré-originelle et en participant à l'expansion du lieu où ne résida pas cette chute.
La gloire à venir est issue de la Réparation qu'il incombe à l'homme d'accomplir, maintenant que l'Incarnation lui donne les moyens de retrouver pour lui - mais non pour la Nature qui fut entraînée dans la Chute - une conditions originelle le replaçant dans la capacité à obéir aux devoirs qui lui incombaient, participer à l'effacement de la chute initiale et à l'expansion de la Création.
Si le salut de l'homme est acquis (4), il lui revient d'agir pour le monde ( Jean XVII, 9 ). Pour les Pères Byzantins, la Nature n'est pas autonome et participe à Dieu qui est le Centre de Tout, et Basile ne manquera pas, évoquant analogiquement la germination de la terre, de rappeler que " l'ordre de la nature trouvant son principe dans ce premier commandement [Genèse I, 11], parcourt toute la suite des temps, jusqu'à ce qu'il soit parvenu à l'achèvement de l'ensemble "(5). Cet achèvement de l'ensemble [ de la Création ], pose un problème qui ne relève pas du domaine du " Naturel "(6), mais de la Grâce. Alors que l'homme devait contrôler la Nature (Genèse II, 15), par la Chute, il se trouve contrôlé par elle : la nature devient le domaine et l'instrument de Satan ( Matthieu IV, 8-11). Pour les Pères, il est un Mystère, comment parvenir à cette Rédemption de la Création sinon déjà par des particuliers comme les bénédictions et exorcismes, tel le sacrement du Baptême ou l'exorcisme du Cosmos, par la grande bénédiction des eaux…
II - l'institution de l'Eucharistie permet, selon la Foi des Pères, la participation réelle au Corps glorifié du Christ, autorisant l'homme à participer à l'incorruptibilité. Pour les théologiens Byzantins, l'Eucharistie c'est le Corps humain du Christ transfiguré, en hypostase dans le Logos, et pénétré d'énergies divines.
" Ayant pénétré, moi, Philalèthe, philosophe anonyme, les arcanes de la médecine, de la chimie et de la physique, j'ai décidé de rédiger ce petit traité, l'an 1645 de la Rédemption du monde et le trente troisième de mon âge… " (7).
Cyliani n'hésite pas à associer le jeudi saint à l'œuvre, lorsque Philalèthe rappelle que nous sommes dans les temps de la Rédemption, l'œuvre alchimique ne relevant ni de l'ordre strictement et uniquement du Spirituel, ni de l'ordre strictement et uniquement du matériel, elle relève de la Grâce qui est de l'ordre du Mystère. Si l'Eucharistie constitue une anticipation de la Rédemption acquise comme manifestation de la réunion du ciel et de la terre, but eschatologique de la Création entière, Canseliet ne manquera pas de rappeler que " la miraculeuse transsubstantiation [qui] est l'image la plus exacte de la transmutation alchimique " (8).
Messe Explication Analogie
1- Avant Messe :
Ensemble de prières : Tension vers Dieu Préparation de la
- rattachement : Anges … incorporant le Cosmos Conscience
-recueillement…
Evangile Parole du Christ

2 - Offertoire :
Orientation des Expression de la Orientation de la
intentions Conscience Conscience

3 - Rites de la Consécration
-Epiclèse transcendance du temps Esprit Universel ou
Feu, qui agit sur la
matière et la libère
- Institution Actualisation La Pierre


4- Communion Réception de la Grâce, Rédemption de ce
du Don de Dieu qui a pu chuter

5- Action de Grâce :
- rappel des intentions Réorientation Offrande de la Pierre
- rappel et renvoi des
éléments du rattachement
-bénédiction et renvoi des Renvoi des participants devenir…
fidèles vers la Lumière

III - L'action de grâce ou offrande de la Pierre déterminera ce que sera celui qui a la Pierre, ceci est d'une extrême importance. Cyliani n'hésite pas à commencer sa préface par ce témoignage : " Le ciel m'ayant permis de réussir à faire la pierre philosophale " (9), lorsque Philalèthe déclare : " Que la sainte Volonté de Dieu fasse ce qu'il lui plaira, je me reconnais indigne d'opérer de telles merveilles ; j'adore cependant en elles la sainte Volonté de Dieu, à qui toutes les créatures doivent être soumises, puisque c'est en fonction de lui seulement qu'il les créa et les maintient créés." (10). De la même façon que pour le célébrant ce dernier peut, dans sa vie spirituelle, accomplir des choix ou s'en remettre à la Volonté divine, l'alchimiste devra accomplir des choix ou s'en remettre à cette Volonté ( Jean XVII, 18) : nous entrons dans le cadre des différentes vocations, l'important sera d'avoir été fidèle. Vers quel dessein s'oriente celui qui a la Pierre ? S'agit-il d'agir dans le monde en pratiquant la Médecine par exemple, ou de se fondre en Dieu en acquérant l'incorruptibilité ? Convient-il de penser la Pierre comme un particulier qui donnerait outre l'or, une médecine universelle en faveur de la rédemption immédiate d'une matière ? La Pierre relève-t-elle de l'universel, et ne convient-il pas après l'avoir dédicacée, de participer à la transfiguration du Cosmos en coopération avec Le Créateur ? Ce serait aider à retrouver la condition d'avant la Chute et l'état actuel de notre conditions sans la chute : nous entrons dans le salut universel qui s'oppose au salut personnel, attaché à la sphère des particuliers. Alors, qu'importe la Voie, qu'elle soit Alchimique, qu'elle soit liée aux Sacrements et à la Prière, différente encore mais jointe à Dieu, Origène en son Explication du Notre Père nous déclare : " si Sa Volonté est faite sur la terre comme elle l'est au ciel, tous nous serons ciel" (11).


Jean-Pierre BONNEROT

(1) J-P BONNEROT : Le Prologue de Saint Jean dans la tradition chrétienne et l'exégèse scripturaire, Cahiers d'Etudes Cathares 1984, N° 102.
(2) A. SAVORET Le quatrième jour de la Genèse offert sur le site Internet de Roland SOYEZ orlando3@club-internet.fr, la référence du texte originel n'est pas donnée.
(3) J-P BONNEROT : Approche d'une vision chrétienne de la Chevalerie, Cahiers d'Etudes Cathares 1985, N° 107.
(4) J-P BONNEROT : La Prière Sacerdotale, Cahiers d'Etudes Cathares 1986, N° 111 & 112.
(5) BASILE : Homélies sur l'Hexaéméron, 5°, 116D ; SC, Cerf Ed.
(6) L'homme ne peut par ses propres moyens se sauver. Cf. J-P BONNEROT : Judas ou les conditions de la rédemption, Cahiers d'Etudes Cathares 1984, N° 104, notamment.
(7) Eyréné Philalèthe : L'entrée ouverte au palais fermé du roi, Préface I, nombreuses éd.
(8) E. CANSELIET : Alchimie…, l'œuvre alchimique de la Sainte Messe, Pauvert Ed, 1978.
(9) On lira s'il est possible l'éd. de B. HUSSON : Deux traités alchimiques du XIX° siècle,
Omnium littéraire Ed, 1964, à défaut, rééd. Chacornac- Editions Traditionnelles.
(10) Eyréné Philalèthe : op. cit. Préface III.
(11) Origène : Explication du Notre Père § 26, nombreuses éd.