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Hauts Grades

A la recherche de l'Arche de Noé

5 Décembre 2012 , Rédigé par La plume et le rouleau Publié dans #spiritualité

LES TENTATIVES SERIEUSES D’ASCENSION COMMENCENT AU XIXEME SIECLE

Au XIXème siècle, le site du Mont Ararat fait partie de l’empire ottoman. C’est à partir de cette époque que les tentatives vont s’enchaîner à un rythme effréné. En 1800, l’américain Claudius James Rich tente l’aventure. Sans succès. En 1829, c’est le tour de l’arménien (c’est bien le moins) Khatchadour Abovian : nouvel échec. La même année, l’alpiniste estonien Friedrich Parrot de Dorpat, fort de son succès au Mont Rose (Alpes françaises) et au Mont Perdu (Pyrénées) se lance à son tour à l’assaut du Mont : il est le premier à parvenir au sommet.Au plan de l’alpinisme, c’est un beau succès. Au plan de l’archéologie, c’est un fiasco : car d’arche, point…Pourtant, en 1833, une patrouille militaire turque revient en assurant avoir vu « la proue d’un très grand vaisseau sortant d’un glacier » (rappelons que l’Ararat est un volcan recouvert par les glaces).En 1876, un anglais du nom de Viscount James Bryce, homme politique, diplomate et professeur de droit, redescend, triomphant, du Mont Ararat : un morceau de bois de 1 m X 20 cms à la main ! Son récit a tout d’une affabulation : aucune société scientifique ni religieuse ne se donne même la peine de l’examiner… Le même scepticisme et la même déconvenue attendent également le glaciologue britannique Gascoyne qui revient, en 1883, avec un récit douteux de « restes d’un antique vaisseau pris dans la glace ». En 1893, c’est un ecclésiastique qui tente de nouveau l’aventure : l’archidiacre de Jerusalem et de Babylone Jean Joseph Nouri escalade le Mont. Il en revient enthousiaste, ayant vu là-haut (avec les yeux de la foi ?) un assemblage de « poutres d’un rouge sombre, d’un bois très épais » dont il prétend qu’il constitue les restes de la célèbre embarcation.De riches américains proposent alors de financer une expédition avec l’ambition d’exposer le trophée lors de l’exposition universelle de Chicago de 1896 : peine perdue, les autorités ottomanes refusant un éventuel visa… d’exportation !C’est au début du XXème siècle que le décollage (c’est le cas de le dire) de nouvelle technologie va donner un nouvel essor aux espoirs des explorateurs bibliques de tout poil. C’est qu’avec les progrès de l’aviation, on peut désormais voir les choses de haut et disposer de points de vue inaccessibles à de simples pèlerins pédestres. En 1916, l’aviateur russe Vladimir Roskovitski survole l’Ararat sur son versant oriental et aperçoit l’auguste vestige qu’il photographie ! Hélas, le cliché n’est pas rendu public assez vite et disparait dans les tourments de la révolution bolchevique !L’entre-deux-guerres voit une période de relative accalmie sur le front diluvien mais, dès 1949, les expéditions reprennent. Le docteur Smith, missionnaire américain en retraite et qui se dit appelé par Dieu lui-même (c’est une manie chez les Américains), se lance à la recherche de l’arche, avant de renoncer lamentablement. Les expéditions ultérieures sont cependant compliquées par la Guerre Froide : la Turquie adhère à l’OTAN en 1952 et sa frontière avec l’Union Soviétique devient dès lors hautement « sensible ».L’année 1955 est marquée par une expédition à la couverture médiatique d’une rare intensité (spécialement en France). Un dénommé Fernand Navarra, 41 ans, démolisseur de bateau de profession, avait déjà tenté, sans succès, l’ascension en 1952 et 1953. En 1955, il s’élance de nouveau à l’assaut de l’Ararat en compagnie de son fils de 11 ans. Dans des conditions de difficultés et de risque invraisemblables, Navarra, s’attaque à la glace et, le 6 juillet exactement, à 7 heures du matin (Paris Match le raconte avec emphase), Navarra extrait de la glace un morceau de bois de 1,50 m ! « Refoulant ses larmes » et « gorgé de fierté » nous narre l’hebdomadaire qui ne recule pas devant le poids des mots, il crie « j’ai trouvé ! » (On s’en serait douté).Il revient en France, triomphant, et n’hésitera pas à découper le morceau de bois en divers morceaux qu’il offrira à des hôtes qui lui sembleront dignes de recevoir la précieuse relique… Pour divers archéologues qui se penchent sur le morceau, celui-ci se situe dans une « fourchette » de 3 000 à 5 000 ans : celle du Déluge ! Mais, depuis 1940, on a découvert le « carbone 14 » : cet « isotope » radioactif de carbone. Simplifions-en la compréhension. Un organisme vivant assimile les atomes de carbone de toute nature mais, durant sa vie, la proportion de radiocarbone « 14 » par rapport au carbone « normal » est de 0,000000000001 pour 1. À partir de l'instant où cet organisme meurt, la quantité de radiocarbone qu'il contient ainsi que son activité radiologique décroissent au cours du temps selon une loi exponentielle. Un échantillon de matière organique issu de cet organisme peut donc être daté en mesurant, à un instant t le rapport entre « carbone 14 » et « carbone normal », ce qui permet de déduire par calcul l’année de la mort de l'organisme.On soumet donc le morceau de bois de Navarra à l’examen. Le verdict est sans appel : moins de 1 300 ans...

LE SITE DE « DURUPINAR », NOUVEAU GRAAL DILUVIEN

C’est en 1959 que survient un évènement qui va entrainer, un an plus tard, l’expédition la plus spectaculaire jamais organisée et dont nous allons découvrir le suspense haletant. En 1959, donc, un capitaine de l'armée turque du nom d'Ilhan Durupinar identifie, lors d'une mission aérienne de cartographie menée pour le compte de l’OTAN, un étrange site montagneux situé au nord-est du pays, dans les monts Tenderuk. Ce site avait été mis fortuitement à jour une dizaine d’années auparavant, en 1948, suite à de fortes pluies combinées à trois séismes qui avaient débarrassé l’endroit de la couche de boue qui le recouvrait. Vu de loin (et de haut), il s’agirait de la forme d’un bateau ! Certes, si l’on se réfère à la lettre exacte de la Bible, le site n’est pas directement sur l’Ararat. Mais il n’en est pas loin : il se situe près d'un village appelé Uzengili, à environ trois kilomètres au nord de la frontière turco-iranienne, dans la province d’Agri et à seulement à vingt-deux kilomètres au sud de l’Ararat. Une broutille, à l’échelle biblique. Informé, le gouvernement turc décide donc d’envoyer, en 1960, une expédition en direction du « site de Durupinar », laquelle comprend notamment un pasteur protestant du nom de George E. Vandeman, le capitaine turc Ilhan Durupinar et des archéologues et géologues. Quand le petit groupe arrive enfin sur le site (1 804 mètre d’altitude), il y a bel et bien là une forme immense (près de 200 mètres de long), en forme de barque pointue à l’avant ! C’est l’étonnement, l’incrédulité, l’émotion qui frappent les hardis explorateurs. Toucherait-on enfin au but ? Les explorateurs arpentent le site et se mettent à creuser. Objectif : trouver des morceaux de bois. Quant aux bords de ce « bateau » sont-ils en pierre ou en minéral issu d’une fossilisation ? Car, dans ce cas, compte tenu de la lenteur de la transformation d’une matière minérale en pierre (plusieurs millions d’années !), l’« arche » serait aussi vieille que cela ? Est-ce réaliste ? Evidemment, non. Rappelons à cet égard quelques éléments simples (et grossiers) de chronologie historique :

- 13 000 000 000 d’années : formation de l’univers (« Big Bang »)

- 4 600 000 000 d’années : formation de la Terre

- 3 600 000 000 d’années : apparition de la vie (premiers organismes primitifs simplifiés)

- 200 000 000 d’années : les dinosaures

- 65 000 000 d’années : disparition des dinosaure

- 3 000 000 d’années : l’homo habilis (l‘hominidé tient un outil dans sa main pour travailler

- 100 000 d’années : l’homo sapiens (il enterre ses morts)

- 70 000 ans : Néolithique (« La guerre du Feu »…)

- 40 000 ans : la grotte de Lascaux

- 4 000 : les alignements de Carnac

- 3 761 : date présumée de la Création du monde selon les calculs fondés sur les données bibliques

- 2 200 ans : La pyramide de Chéops

- 800 : Bouddha

- 769 : Fondation de Rome

- 430 : apogée d’Athènes, construction du Parthenon sur l’Acropole

- 200 : La Grande Muraille de Chine

- 52 : Alésia

« 0 » : naissance de Jésus Christ (date conventionnelle compte tenu des incertitudes de comput)

1000 : an Mil

2006 : Ouverture du blog des chroniques de la Plume et du Rouleau (c’est important aussi)

Vous aurez observé au moins trois choses :D’abord que la présence de l’homme sur la Terre est un phénomène extrêmement récent et, à l’échelle de l’univers, largement anecdotique : un peu de modestie, donc…Ensuite qu’il a fallu longtemps pour passer de l’anthropopithèque qui s’est mis debout dans la savane (« Lucie ») à l’homme (vaguement) civilisé que nous sommes devenus : 3 millions d’années soit 1 500 fois le laps de temps qui nous sépare de Jésus ! Enfin que, à l’évidence, les données littérales bibliques ne correspondent pas du tout aux réalités archéologiques et scientifiques. Pendant deux jours, les géologues creusent le site de Durupinar. Ils dynamitentmême le sol à l'intérieur de la formation à l'allure de bateau. Mais l'équipe est déçue : elle ne trouve que de la terre et des rocs. De bois, aucun. Il faut se rendre à l’évidence qui corrobore les premières constatations : le site est uniquement le fruit d'un caprice de la nature, sans intervention humaine. C’est un site naturel. Curieux, certes, mais naturel...Inutile de dire que cette conclusion géologique n’a pas convaincu les forcenés les plus irréductibles qui, régulièrement, vont visiter ce site aisément accessible et qui voient dans l’étonnant vaisseau de pierre la véritable arche de Noé à jamais pétrifiée. Pour d’autres, la déception a été à la mesure de l’attente mais a bien vite laissé place, de nouveau, au fol espoir : si l’arche n’est pas là, c’est qu’elle est (forcément) ailleurs ! Et les expéditions reprennent : 1962, 1963, 1966, 1973, 1977 notamment, avec Ron Wyatt et David Fasold, deux protestants fondamentalistes américains qui tentent, sans convaincre personne, de mettre en avant des résultats positifs de recherche de métal sur le site…. Dans les années 1980, un astronaute américain, James B. Irwin, tente lui aussi l’aventure. Sans succès : « J’ai fait tout ce qui m’était possible mais l’arche continue à nous échapper » reconnaît-il piteusement… La quête de l’arche de Noé n’est pas sans péril : en 1990, l’australien Allen Roberts est même kidnappé quelque temps par la guérilla kurde ! Depuis lors, chaque année ou presque apporte son lot de marcheurs et de chercheurs qui reviennent invariablement bredouilles. Aux morceaux de bois parfois rapportés triomphalement et sans rapport avec les dimensions imposantes de l’Arche, le quotidien arménien Azg a trouvé une réponse globale : « L’arche de Noé n’est pas le seul bateau échoué sur Ararat (…) De nombreux pécheurs avaient aussi construit leurs propres embarcations en même temps que Noé, si bien que lors du Déluge, toute une flotte s’est échouée sur l’Ararat » ! (Azg, 6 août 2007). Il est en effet habituel que, à l’issue d’une tempête, tous les bateaux s’échouent à la même place, non ? (Sans même parler de la capacité de ces pauvres diables de pêcheurs à survivre 200 jours dans leur barcasse…) Devant ces échecs cent fois essuyés, et à partir des années 1990, de nouvelles technologies sont sollicitées : les satellites ! En 1995, l’armée américaine déclassifie une série de clichés initialement pris en 1949 et qui avaient révélé une « anomalie » située à l'extrémité nord-ouest du plateau occidental du mont Ararat, à 4 724 mètres d'altitude, à environ 2 kilomètres du sommet et au bord d’une pente très abrupte. En 2004, un riche homme d'affaires américain, Daniel McGivern acoquiné avec un professeur turc autrefois accusé de falsifications de photos, annonce alors avec force médiatisation une expédition coûteuse (900 000 dollars) afin d'établir la vérité sur l' « anomalie d'Ararat ».Il rassemble des images satellitaires spécialement réalisées mais ne reçoit finalement pas l’autorisation de la part des Turcs de gravir le sommet. Ses photos seront alors examinées par la CIA qui conclura prosaïquement à des « couches linéaires de glace recouvertes par de la glace et de la neige crûment, en tout cas : d’arche de Noé, point ! plus récemment accumulées ». Espérons toutefois que ces spécialistes américains n’étaient pas les mêmes qui jurèrent, en 2003, que le dictateur irakien Saddam Hussein fabriquaient des armes de destruction massives. Disons-le Redevenons sérieux. Place à l’érudition. La vraie.

A LA RECHERCHE DE L’EAU DU DELUGE…

Et commençons par une constatation basique : avant de chercher l’arche, préoccupons-nous du Déluge dont les traces, logiquement, devraient inscrites dans le sol. Quand le déluge a-t-il eu lieu ? Les exégètes juifs ont calculé, à rebours, le nombre des générations supposées entre David et Moïse pour arriver à une « fourchette ». Ramenée à l’aune du calendrier chrétien (pour que tout le monde comprennent), le Déluge aurait eu lieu entre 3 402 av. JC et 2 462 av. JC. Qu’en disent les archéologues et les géologues ? Rétablissons la chronologie, une fois de plus. La dernière des grandes glaciations a lieu il y a 100 000 ans et entraine une baisse du niveau des océans de l’ordre de 120 mètres. Par voie de conséquence, la Mer Noire, par exemple (nord de la Turquie) devient « endoréique » (= elle est alimentée par le Danube, le Don et le Dniepr et les eaux de pluie mais n’a pas d’écoulement extérieur, ses eaux s’évaporant simplement, comme la mer Caspienne actuelle). A l’époque, la Mer Noire ne communique plus avec l’actuelle Mer de Marmara dont elle est séparée par une langue de terre (un isthme) ni, bien sûr, avec la Mer Méditerranée. Le niveau de l’eau sur les rives de la Mer Noire est alors d’environ 100 mètres plus bas que celui d’aujourd’hui et, évidemment, les pêcheurs s’installent au plus près de l’eau. Environ 80 000 ans plus tard (c’est long !), le climat se réchauffe. Il y a donc 10 à 17 000 ans, les glaciers fondent, le niveau des mers et des lacs monte progressivement et oblige les civilisations établies sur les rives à s’installer plus haut. Le processus est lent. A la fin des années 1990, pourtant, des géologues américains (William Ryan et Walter Pitman) affirment que la région de la Mer Noire a été brutalement inondée il y a environ 7 500 ans. Cet évènement inopiné et inédit aurait, selon eux, fortement marqué les esprits des civilisations contemporaines et aurait contribué à forger le mythe du Déluge. Cette thèse n’a jamais fait l’objet d’un consensus de l’ensemble de la communauté scientifique internationale. Un universitaire français comme René Létolle, par exemple, a calculé que, même sur la base d’une débâcle des glaciers et d’une crue de fleuves telle que celle que l’on observe pour le Yukon (Canada) ou l’Indus (Inde), la montée des eaux aurait pris au moins vingt ans. Et « si cette hypothèse était confirmée, on devrait trouver des traces de telles crues postglaciaires, ce qui n’est pas le cas » dit-il (L’Histoire n° 251). Nous n’entrerons pas dans ce débat de spécialistes. L’essentiel est ailleurs. Depuis la fin du XIXème siècle, la recherche sur la bible a considérablement progressé du point de vue archéologique. Les « littéralistes », ceux qui tiennent la Bible pour un livre écrit d’un bout à l’autre dans un temps très court, sur l’inspiration de Dieu, et qu’il faut donc prendre au « pied de la lettre » sont de moins en moins nombreux et leur influence, réelle aux Etats-Unis, reste largement cantonnée à cette zone. Curieusement, ce sont des ecclésiastiques qui, parmi les premiers, se mettent à douter sérieusement de la Bible… ! Ainsi que le dit Luc Malterre (Les collections de L’Histoire – n°13), « c’est dans le catholicisme que naît l’exégèse critique moderne ». En 1890, Marie-Joseph Lagrage, un « dominicain » (l’ordre religieux de Saint Dominique est pourtant le plus « puriste » en matière de dogme chrétien) se rend à Jérusalem et y fonde un établissement d’enseignement qui prendra plus tard le nom d’« Ecole biblique de Jérusalem ». Son objectif : arpenter les lieux saints pour y retrouver les endroits où se sont déroulés les évènements mentionnés dans la Bible. Pourtant, rapidement, Lagrange déchante : il reconnaît que Moïse ne peut, par exemple, avoir objectivement vécu quarante ans avec quelques centaines ou milliers de personnes, femmes et enfants dans un désert où rien de pousse ! Alors ? Alors Lagrange propose une autre lecture, plus symbolique et moins littérale de la Bible : c’est un avant-gardiste. Trop. Bientôt taxé alors de « moderniste » par le pape Pie X en 1907, son ouvrage « commentaire sur la Genèse » est interdit de publication ! Mais en 1943, le pape Pie XII reconnait, dans son encyclique « Divino Afflante Spiritu » « la légitimité du discernement des genres littéraires dans l’Ecriture » : une position réaffirmée par le Concile de « Vatican II » (1962), lequel donne une impulsion décisive à la lecture non exclusivement littéral du texte biblique. Quant au père Lagrange, à l’heure où nous écrivons ces lignes, il fait l’objet d’un « procès en béatification » (= destiné à être admis au rang de « saint ») : une belle revanche... Ainsi, depuis 118 ans, l'École prestigieuse fondée par Lagrange mène à la fois des recherches archéologiques de haut niveau en Israël et dans les territoires et pays adjacents, et l'exégèse des textes bibliques avec pour objectif d’« Accepter que foi et raison débattent et s'éclairent mutuellement et de comprendre et faire comprendre la Bible, en étant attentif à son contexte, celui d’autrefois et celui d’aujourd’hui » (page d’accueil du site internet de l’école).

LA BIBLE, SYNTHESE DE MYTHES RELIGIEUX A DESTINATION DU PEUPLE JUIF

L’on sait désormais que la Bible est « un ensemble de livres composés, peu à peu, dans le milieu de la communauté juive, au cours du 1er millénaire avant l’ère chrétienne (…) On pense aujourd’hui que les éléments les plus anciens de la Bible peuvent remonter au IXème – VIIIème siècle av. JC. (…) L’époque de la domination perse sur le Moyen Orient, de 539 av. JC à 333 av. JC est un moment crucial dans l’histoire de la rédaction de la bible. C’est le moment où elle est rédigée comme un ensemble cohérent qui répond à une nécessité historique précise : trouver une forme d’identité aux Juifs pour que ceux-ci ne se dissolvent pas dans la masse des sujets de l’immense empire perse. Au peuple d’Israël, la Bible donne une histoire commune construite sur un schéma sans cesse renouvelé : le peuple se montre infidèle à Dieu qui lui envoie un oppresseur, puis Dieu lui pardonne et lui envoie un sauveur. » (François Briquel-Chatonnet, Les collections de L’Histoire n°13). La Bible est donc, pour les Juifs de l’empire perse, le moyen de ne pas se faire assimiler. S’adressant aux peuples du Proche Orient, la Bible s’approprie notamment des récits (le mythe d’un déluge et d’un navire salvateur) qui peuplent déjà tout un fonds mythologique préexistant. Ainsi en est-il de l’« épopée d’Atrahasis » écrite en akkadien (la langue de l’ancienne Babylone vers 1640 av. JC) où le dieu Enki demande au héros Atrahasis de démanteler sa maison pour construire un bateau en roseau afin d’échapper au déluge qu’un autre dieu, Enlil, va envoyer pour éradiquer l’humanité. Ainsi en est-il également de la « légende de Zizudra », écrite à la même époque mais en sumérien. Ainsi en est-il encore de la légende de Gilgamesh (roi d’Uruk) qui date de 2000 av. JC mais à laquelle on incorpore un épisode « diluvien » vers 1300 av. JC…Et ce récit de la survenance d’un déluge et la construction d’un bateau par un héros central va se décliner progressivement dans l’ensemble des cultures de l’humanité tout entière : on retrouve ainsi un récit de déluge dans la mythologie grecque (dont le « Noé » s’appelle Deucalion), en Inde (où il s’appelle « Manu ») ou même en Amérique du Sud. Partout, dans toutes les civilisations, la force symbolique de ce récit et sa violence frappent les imaginations : Dieu est en colère, il massacre ses propres créatures en n’accordant que parcimonieusement son pardon à quelques rares élu(e)s. Son pittoresque, aussi, frappe les imaginations : un bateau énorme, des animaux qui y rentrent deux par deux, des pluies torrentielles, un oiseau lâché et qui ne revient pas (signe qu’il a trouvé une terre où se poser)…Que faut-il en conclure ? Que, pour s’établir, une société a besoin de mythes fondateurs : des légendes merveilleuses, des actes héroïques, des batailles, des couronnements, des révolutions, des martyrs, du sang, des larmes, des drames … A cet égard, toutes les religions prennent part à cette entreprise de fondation en fournissant aux sociétés auxquelles elles sont attachés ce type d’évènements et la Bible, de par ses épisodes particulièrement romanesques, offre une mine inépuisable d’évènements édificateurs pour les croyants. Elle répond ainsi aux besoins de l’âme humaine qui, pour échapper à la tristesse matérielle du quotidien, à l’incompréhension née des malheurs et des circonstances accablantes, réclame, pour pouvoir survivre, du merveilleux, du surnaturel, des apparitions, des anges, des transformations, des miracles…. De l’espérance, quoi. Le Déluge et l’arche de Noé constituent l’un de ces mythes, et probablement celui le plus connu de l’ouvrage lui-même le plus connu de l’histoire de l’humanité. Mais en chercher la trace matérielle et tangible serait comme tenter de retrouver un poil de la barbe de Charlemagne ou un fil de la culotte du roi Dagobert…Car nous savons, ainsi que nous l’explique Antoine de Saint-Exupéry dans son livre « Le petit prince » : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ».

La Plume et le Rouleau © 2008 Tous droits réservés

Source : http://laplumeetlerouleau.over-blog.com/article-16376821.html

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