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Hauts Grades

A propos des landmarks

14 Août 2012 , Rédigé par Thierry M. Publié dans #histoire de la FM

Qu’est-ce qu’un Landmark ?

La traduction française courante de ce terme est : point de repère. Traditionnellement, les landmarks étaient, pour les maçons opératifs, des marques au sol délimitant la surface de l’édifice à construire et permettant ainsi d’en définir l’étendue et la forme.

La première mention maçonnique de ce mot apparaît dans les Constitutions d’Anderson de 1723 à la page 70 qui termine les « Règlements Généraux », préalablement recueillis par George Payne en 1720 et insérés par le célèbre pasteur dans son ouvrage paru trois ans plus tard.
Ainsi le paragraphe XXXIX de ces Règlements précise que : « Chaque tenue annuelle de Grande Loge possède le pouvoir et l’autorité pour promulguer de nouveaux règlements ou pour apporter des changements à ceux-ci, pour le véritable profit de l’ancienne fraternité, à condition, toutefois, que les anciens landmarks soient soigneusement conservés et que de tels changements ou nouveaux règlements aient été proposés et acceptés au cours de la troisième réunion trimestrielle qui précède la grande Fête annuelle ».
Remarquons tout d’abord que dans la Grande-Bretagne et l’Irlande de la fin du dix-septième et du début du dix-huitième siècle le mot landmark évoquait au lecteur plusieurs textes de la Bible dans la version couramment lue alors, la King James version. Cette version dite du roi Jacques est celle que fit adopter Jacques VI Stuart, roi d’Écosse, lorsqu’en 1603 il succéda, sous le nom de Jacques 1er roi d’Angleterre et d’Irlande, à Élisabeth 1ère, morte sans descendance. Outre de permettre une lecture du texte sacré dans la langue vernaculaire de tous les sujets du royaume, la King James Bible entendait doter celui-ci d’une commune référence en matière de textes bibliques, que l’on fut anglican, presbytérien (c’est à dire calviniste) ou même catholique.

Ainsi lit-on dans la version française de la Bible Louis Segond, en Deutéronome 27.17 : « Maudit soit celui qui déplace les bornes de son prochain », verset que la King James exprime en anglais par : « Cursed is the one who moves his neighbour’s landmark ».
On trouve encore dans les Proverbes 22.28 : « N’enlève pas les anciens landmarks que tes pères ont posés ».
On pourrait continuer l’énumération des textes mais il suffit de savoir que le mot hébreu gevoul qui est ici traduit par landmark apparaît deux cent quarante fois dans l’Ancien Testament. Il avait en hébreu biblique le sens de frontière, limite. Il semble être de la même racine que le mot gavlout, d’une part, qui signifie tressage et que le mot Geval, d’autre part, qui est le nom hébreu de la ville appelée en grec Byblos.

Située environ à une soixantaine de kilomètres au nord de Sidon, cette ville était le centre d’un royaume phénicien, le pays des guiblites, d’où étaient originaires les maçons et tailleurs de pierre qui furent employés à la construction du temple de Salomon à Jérusalem. De là nous vient le mot gibelin auquel les rituels maçonniques donnent encore aujourd’hui le sens d’« excellent maçon ». Ceci nous permet de formuler l’hypothèse que les frontières devaient à l’époque être marquées par des cordes tendues entre des piquets, ce que la tradition maçonnique représente par la houppe dentelée figurée par une corde à nœuds délimitant le pourtour de la loge.
La signification biblique du mot landmark est donc frontière, borne délimitant une possession, à ne pas dépasser, d’où l’interprétation du terme landmark par la tradition maçonnique comme représentant a priori tout ce qui est rigoureusement identifiable à la forme et à l’essence de la Franc-Maçonnerie elle-même. Désignant un principe d’action ayant existé depuis une époque reculée, voire inconnue, de temps immémoriaux dira-t-on dans certains rituels, et appartenant à la loi écrite ou orale, le Dr Mackey en a donné une liste de vingt cinq qui a été adoptée par de nombreuses Grandes Loges des États-Unis. Leur nombre a pu varier selon les auteurs, nous reviendrons plus loin à la liste qui, depuis 1929, fonde a minima la Régularité des Grandes Loges et leur reconnaissance mutuelle.
On peut affirmer qu’aujourd’hui les landmarks constituent les grands principes fondamentaux de notre système particulier de morale, lesquels furent adoptés par les fondateurs de la première Grande Loge à partir de 1717 car considérés comme essentiels.
Les sources des Landmarks dans le Métier de Maçonnerie sont les Old Charges. Ces sources mettent en évidence un fait fondamental : la maçonnerie œuvre à la gloire de Dieu, reconnu sous son attribut de Créateur et désigné sous le nom de Grand Architecte de l’Univers.
Les Caractéristiques d’un Landmark établies par le Dr Mackey sont les suivantes :

  1. Le Landmark est immémorial
  2. Le Landmark est immuable (il ne peut pas être abrogé)
  3. Le Landmark est inchangeable (il ne peut pas être modifié),
  4. Le Landmark est principe fondateur.
  5. Le Landmark est universel (universel faisant référence à la proposition du Créateur faite à tous les hommes de bonne volonté de croire en Lui et en Sa volonté révélée afin de parfaire Son œuvre)

L’approche ci-dessous ne concerne que la « Franc-Maçonnerie de Tradition », c’est-à-dire les grades ou degrés réunis sous l’obédience d’une Grande Loge régulière. Ce qui évitera toute distorsion vers un rite ou un autre.
Notre Franc-Maçonnerie, comme son nom l’indique, déroule son cheminement sur le schéma évolutif du métier de maçon, compris comme bâtisseur allant de la pierre brute au chef de chantier. La cohérence de ce choix entraîne la dédicace de l’œuvre à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, d’une part, la foi en Sa volonté révélée d’autre part.
Les Constitutions de la période spéculative (Constitutions d’Anderson de 1723 et de 1738 et Ahiman Rezon de 1756) reprennent les Landmarks fondamentaux et utilisent le thème général de la construction du Temple de Salomon comme figure symbolique de la réalisation spirituelle.
Dans ce sens, il n’y a pas rupture avec la période opérative, seul le matériau change, on passe de la pierre à l’homme comme matériau qui doit être travaillé afin d’être mis en conformité avec le plan de Dieu, Grand Architecte de l’Univers.
Les Landmarks sont indissociables de :

  • La foi en Dieu et en sa volonté révélée
  • Un comportement moral conforme à l’alliance avec Dieu
  • Le respect des lois comme signe de liberté
  • La pratique de la fraternité et de la bienfaisance comme règles du métier.

C’est ce qui a permis à la Grande Loge Unie d’Angleterre de définir, le 4 septembre 1929, les critères sur lesquels se fonde la régularité d’une puissance maçonnique, et, partant, de toutes celles qui se placent sous son obédience. En voici les termes et les conditions :

  1. La régularité de son origine, c’est-à-dire que chaque Grande Loge aura été créée par une Grande Loge régulière dûment reconnue et par trois Loges ou plus régulièrement constituées.
  2. Que la foi au Grand Architecte de l’Univers et en sa volonté révélée sera une condition essentielle pour l’admission des membres.
  3. Que tous les initiés devront prêter leur obligation sur le Volume de la Loi Sacrée ou les yeux fixés sur ce livre ouvert par lequel s’exprime la révélation d’en-haut, à laquelle l’individu venant d’être initié est, sur sa conscience, irrévocablement lié.
  4. Qu’une Grande Loge et les loges bleues placées sous son autorité seront exclusivement composées d’hommes, et que chaque Grande Loge n’entretiendra aucun rapport maçonnique de quelque nature que ce soit avec des loges mixtes ou avec des corps qui admettent des femmes comme membres.
  5. Que la Grande Loge exercera une juridiction souveraine sur les Loges soumises à son contrôle, c’est-à-dire qu’elle sera un organisme responsable, indépendant et entièrement autonome, possédant une autorité unique et incontestée sur le métier ou les degrés symboliques (apprenti enregistré, compagnon du métier et maître maçon) placé sous sa juridiction, et qu’elle ne sera en aucune façon subordonnée à un Suprême Conseil ou à tout autre puissance maçonnique revendiquant un contrôle ou une surveillance de ces degrés, ni ne partagera son autorité avec ce Conseil ou cette puissance.
  6. Que les trois grandes lumières de la franc-maçonnerie (c’est-à-dire le Volume de la Loi Sacrée, l’Équerre et le Compas) seront toujours exposées pendant les travaux de la Grande Loge ou des loges placées sous son contrôle, la principale de ces lumières étant le Volume de la Loi Sacrée.
  7. Que les discussions d’ordre religieux et politique seront strictement interdites en loge.
  8. Que les principes des anciens Landmarks, coutumes et usages du métier seront strictement observés.

A la lecture de ces critères fondamentaux (les « basic principles »), la maçonnerie régulière se déclare résolument théiste. Le Grand Architecte de l’Univers n’est ni un symbole, ni un vague concept philosophique, mais bien le Dieu créateur, cause ultime qui est à l’origine du monde manifesté et qui fait alliance avec l’homme dans les textes sacrés des religions révélés. La régularité maçonnique témoigne ici d’une volonté essentiellement latitudinaire de réunir des hommes de toutes confessions qui aient en commun de croire et d’accepter la révélation d’en haut. C’est sur ces bases d’universalité que la maçonnerie spéculative s’est construite au début du XVIIIème siècle. Le franc-maçon, comme l’écrivait James Anderson en 1723, ne sera donc jamais « un athée stupide ou un libertin irréligieux ».

Notons cependant qu’en 1949 la Grande Loge Unie d’Angleterre modifiera légèrement le principe n°2 en remplaçant « la foi en Dieu et en sa Volonté révélée » par : « …la foi en l’Être Suprême… » évitant ainsi prudemment de faire directement allusion à la révélation, celle-ci variant selon les différentes confessions monothéistes. Remarquons à ce propos l’abondance des textes judéo-chrétiens qui ne sont pas considérés aujourd’hui comme canoniques et qui constituent donc implicitement une littérature « non-révélés » au regard des traditions juives et chrétiennes : ainsi des écrits qoumraniens, des pseudépigraphes de l’Ancien Testament tels que le « Livre d’Hénoch », par exemple, et des textes apocryphes chrétiens tels que « l’Évangile de Thomas », « l’Apocalypse de Pierre » ou encore la correspondance de Paul et de Sénèque, pour ne citer que ceux-là.
Les textes canoniques sur lesquels se fondent les révélations ayant de toute évidence fait l’objet au cour de l’histoire d’une sélection opérée par les différents maîtres et théologiens qui se sont succédés.

Pour en revenir aux « basic principles » il n’en reste pas moins que cette formulation plus conforme à l’esprit de la première version des Constitutions d’Anderson parue en 1723 considère bien « l’Être Suprême » comme le « Principe Créateur » de l’univers, « l’Unique » dont procède toutes choses pour employer la terminologie néo-platonicienne chère à Plotin.
D’un esprit analogue est la règle en douze points de la Grande Loge Nationale Française qui, à la lecture, paraît cependant moins juridique que la définition des huit conditions de la régularité qu’elle inclut néanmoins. Devant être lue en loge une fois l’an, il m’a paru opportun de la rappeler :

  1. La franc-maçonnerie est une fraternité initiatique qui a pour fondement traditionnel la foi en Dieu, Grand Architecte de l’univers.
  2. La franc-maçonnerie se réfère aux sources de la fraternité, notamment quant à l’absolu respect des traditions spécifiques de l’Ordre, essentielles à la régularité de la juridiction.
  3. La franc-maçonnerie est un Ordre, auquel ne peuvent appartenir que les hommes libres et respectables, qui s’engagent à mettre en pratique un idéal de paix, d’amour et de fraternité.
  4. La franc-maçonnerie vise ainsi, par le perfectionnement moral de ses membres, à celui de l’humanité tout entière.
  5. La franc-maçonnerie impose à tous ses membres la pratique exacte et rigoureuse des rituels et du symbolisme, moyens d’accès à la connaissance par les voies spirituelles et initiatiques qui lui sont propres.
  6. La franc-maçonnerie impose à tous ses membres le respect des opinions et des croyances de chacun. Elle leur interdit en son sein toute discussion ou controverse, politique ou religieuse. Elle est ainsi un centre permanent d’union fraternelle où règnent une compréhension tolérante et une fructueuse harmonie entre des hommes qui, sans elle, seraient restés étrangers les uns aux autres.
  7. Les Franc-maçons prennent leurs obligations sur un Volume de la Loi Sacrée, afin de donner au serment prêté sur Lui le caractère solennel et sacré indispensable à sa pérennité.
  8. Les Franc-maçons s’assemblent, hors du monde profane, dans des loges où sont toujours exposées les trois grandes lumières de l’Ordre : un Volume de la Loi Sacrée, une Équerre et un Compas, pour y travailler selon le rite, avec zèle et assiduité, et conformément aux principes et règles prescrits par la Constitution et les Règlements Généraux de l’obédience.
  9. Les Franc-maçons ne doivent admettre dans leurs loges que des hommes majeurs, de réputation parfaite, gens d’honneur, loyaux et discrets, dignes en tous points d’être leurs frères et aptes à reconnaître les bornes du domaine de l’homme et l’infinie puissance de l’Éternel.
  10. Les Franc-maçons cultivent dans leurs loges l’amour de la patrie, la soumission aux lois et le respect des autorités constituées. Ils considèrent le travail comme le devoir primordial de l’être humain et l’honorent sous toutes ses formes.
  11. Les Franc-maçons contribuent, par l’exemple actif de leur comportement sage, viril et digne, au rayonnement de l’Ordre dans le respect du secret maçonnique.
  12. Les Franc-maçons se doivent mutuellement, dans l’honneur, aide et protection fraternelle, même au péril de leur vie. Ils pratiquent l’art de conserver en toute circonstance le calme et l’équilibre indispensable à une parfaite maîtrise de soi.

A lire ces textes, on saisit que ce qui a guidé ceux qui les ont rédigés et les Grandes Loges qui les ont promulgués ou acceptés, est une volonté affirmée de réalisation spirituelle, volonté qui se situe ouvertement dans le prolongement de celle que recherchaient les constructeurs des cathédrales du Moyen Age, les maçons des Anciens Devoirs. Par ailleurs quel sens pourraient avoir les termes de « réalisation spirituelle » pour un individu qui serait totalement dépourvu de l’intuition première, fondamentale, nécessaire et suffisante, de la transcendance divine ?

Avant de conclure, rappelons que :

  • Les Landmarks sont les bornes de la Tradition du Métier,
  • Les Landmarks sont le lieu où s’accomplit la Transmission du Métier,
  • Les Landmarks sont les garants de la Régularité d’une Grande Loge.

Le non-respect d’un seul d’entre eux suffit à disqualifier l’organisation qui le transgresserait, de sa régularité et, même, de son caractère franc-maçonnique.

J’aimerais enfin citer quelques passages des Constitutions de 1723 notamment au sujets des loges :
« les personnes reçues membres d’une loge doivent être des hommes bons et sincères, nés libre, d’un âge mûr et discrets et non des esclaves, des femmes, ni des hommes immoraux ou scandaleux, mais au contraire de bonne réputation » ;

mais aussi les Règlements Généraux dont nous avons déjà parlé, en particulier le point VIII :
« Si un groupe ou une coterie de maçons entreprennent de leur propre mouvement de former une loge sans l’ordre du Grand Maître, les loges régulières ne les favoriseront ni ne les appuieront et elles ne les reconnaîtront point pour frères légitimes, ni n’approuveront leurs actions et leurs pratiques, mais les traiteront comme des rebelles, à moins qu’ils ne se soumettent à ce que le Grand Maître prudemment ordonnera et qu’il les autorise par sa permission authentique qui sera communiquée aux autres loges suivant ce qui se pratique lorsqu’une nouvelle loge doit être enregistrée dans la liste des loges ».

Que chacun, par conséquent, tire les conclusions qui s’imposent concernant la pratique de la Franc-Maçonnerie Régulière et la fidélité qu’elle exige.

Source : http://sagesse357.com

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