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Hauts Grades

A propos du Masculin et du Féminin

8 Décembre 2012 , Rédigé par Marcel Comby Publié dans #Conférences

Si l’on s’en tient aux réalités de l’ordre du manifesté (notre monde terrestre) les notions de masculin et de féminin s’imbriquent dans un ensemble confus et incohérent. Il faut partir de l’hypothèse que l’Homme en général est SYMBOLE. Ce terme est pris dans le sens de ce qui est transparent, de ce qui nous renvoie à une réalité plus élevée.

Dieu est envisagé comme le Principe Suprême situé au-delà de toute forme, de toutes distinctions, de toutes différences, renfermant toute chose dans son Unité (dans sa non dualité). D’où il découle que toute manifestation du Principe, c'est-à-dire toute création, devra se distinguer de lui tout en demeurant en Lui. La création procède donc d’une différenciation, d’une dualité au sein de la Non dualité.
La « manifestation universelle », autrement dit la Création, comporte un double principe : l’un est actif ; l’autre est passif. Cette vision de l’Univers est partagée par différentes Traditions de l’humanité.

La Tradition Egyptienne parle de Osiris et Isis
La Tradition Chinoise parle du Yin et du Yang
La Tradition Hindoue parle de Purusha et de Prakriti
La Tradition chrétienne parle du Verbe créateur et de la Vierge

En d’autres termes il s’agit de la dualité : principe masculin et principe féminin.
On devine une certaine logique
l’acte de créer : principe masculin
l’état de créé : principe féminin
Telle semble être l’origine de cette grande notion de dualité à partir de laquelle s’organise le Monde, se construisent et s’énoncent les grands dogmes de la religion catholique.
Adam et Eve, cités dans la Genèse, constituent l’exemple primordial de cette bipolarité : masculin – féminin.

Les questions fondamentales que je me suis posées durant ma vie, se rapportent au cloisonnement existant entre les conceptions occidentales et les conceptions orientales de l’Etre. J’ai été, de façon permanente, attaché, non à un syncrétisme des religions, mais à une vision unifiée de l’esprit…d’autant plus que la science moderne fait découvrir de nouvelles réalités. En ce sens, le problème de la place de Marie, Mère de Dieu et celui de l’âme, dans la métaphysique chrétienne, m’ont inspiré de nombreuses réflexions. Venons-en à l’essentiel :

Selon la philosophie du Védantâ, Dieu doit être conçu comme une Réalité Infinie excluant toute limite et toute détermination. La conception universelle et totale de la Divinité supposerait l’existence d’une « Possibilité universelle » qui se reflète à tous les niveaux de l’Existence universelle qui en constitue « l’apparence extérieure ». Ainsi tout être manifesté tel l’être humain, n’est que l’apparence ou la manifestation extérieure de sa « possibilité principielle » qui représente alors son « Archétype éternel » en Dieu. (cf JUNG) L’ensemble de tous les Archétypes représente, au niveau de la Divinité une « conception » de la Divine Essence, conception purement principielle, non manifestée et indifférenciée. Dans ce cadre, se situe par exemple ce que l’Eglise catholique appelle : l’Immaculée Conception. Selon ce schéma de pensée, le Mal réside dans l’illusion séparative ou séparativité apparente. Cela entraîne cet état mental selon lequel l’entité manifestée « Homme » semble complètement autonome.. .
Le Mystère concernant la Vierge, exempte du péché originel, est donc lié au fait surnaturel selon lequel Marie s’identifie à la Possibilité Universelle, ce qui n’affecte pas sa liberté ni l’ensemble de ses caractéristiques humaines. La dogmatique mariale ne peut donc être discutée au seul niveau des neurones, des chromosomes et de la logique formelle ! Retrouver en soi son « Archétype éternel », c’est réaliser en soi le mystère de la Vierge, ce qui dépasse de loin les démarches purement affectives que nous inspire la féminité et le courage d’une femme que nous jugeons sublime. On se retrouve un peu au sein des doctrines orientales qui s’appuient sur le principe de l’identification et de la fusion…avec, il est vrai, une Réalité tout autre. : la Nature.

Au niveau du Cosmos et de la Genèse, il est écrit : « L’Esprit de Dieu se mouvait sur les eaux… ». Le symbolisme associé à cette phrase fait apparaître le double Principe, sachant que les eaux représentent, par leur plasticité, la soumission au principe actif de l’Esprit.

Au niveau de la nature humaine, le couple Adam – Eve représente « l’Androgyne primordial » et au niveau le plus bas, se situent l’homme et la femme tels que nous les connaissons. Notre société actuelle se risque d’introduire un élément de chaos dans cette belle hiérarchie du manifesté, en ne reconnaissant plus les valeurs spécifiques des deux sexes dans leurs essences respectives.
Dans la démarche inverse qui va du manifesté au Non manifesté, le Mystère nous conduit vers l’existence du couple : Saint-esprit – Vierge Marie et celle du couple : Christ – Eglise. Ici le couple se comprend comme la Réalité présidant à une nouvelle naissance qui s’opère par une alchimie spirituelle débouchant sur un état de l’âme. Cet état ontologique n’est en rien une situation morale ou un ensemble d’actes vertueux, mais quelque chose d’indicible qui se traduit théoriquement par le fait qu’on est !, à l’exemple des eaux primordiales qui offrent toute leur plasticité à la volonté divine.
Trois conditions, sont requises pour atteindre effectivement cette plasticité de l’âme.
1 --- La transmission de l’influence spirituelle ou communication du Saint-esprit par les rites tels que les sacrements. C’est, d’une certaine manière : la Voie.
2 --- La connaissance de la doctrine donc de la Vérité.
3 --- La pratique de la méditation et de l’oraison qui conduit à la Vie,
au sens le plus large.

En récitant l’Ave Maria, l’âme s’applique à elle-même les paroles de l’Ange à Marie, et la répétition quasi indéfinie, le rythme du Rosaire, engendre cette vibration qui transforme l’âme en son prototype virginal. L’Ave Maria contient, comme deux joyaux incrustés, les noms de Jésus et Marie, et de ce fait, apparaît comme le moyen susceptible de créer dans l’âme une réceptivité à la Grâce qui est l’application à l’univers humain du Fiat Lux de le Genèse venant organiser le chaos, du mystère de l’Incarnation, du Verbe, Lumière du monde, descendant dans le sein virginal de Marie, pour y engendrer le Christ. L’âme humaine doit donc s’identifier au sein virginal de Marie pour devenir le « lieu » de la Génération du Verbe. La Volonté du Père est d’engendrer éternellement le Fils.
Cette « naissance éternelle » du Fils se produit en dehors du temps et de l’espace : l’âme devient alors, dans ces conditions, intemporelle et s’inscrit dans une perspective ontologique qu’on ne sait pas imaginer.

Notre raison, notre langage, notre cœur, ne peuvent saisir le sens primordial et toute la portée du Mystère selon lequel l’âme s’identifie à la Vierge . Cette affirmation rend compte d’une certaine continuité et d’une complémentarité des métaphysiques occidentales et orientales.
L’homme occidental se noie dans son activisme et son matérialisme. Il redoute tout ce qui lui paraît abstrait et intangible, alors il se réfugie parfois dans le faux « merveilleux », une solution qui l’arrange et qui lui procure des vérités illusoires. En fait, l’homme de notre temps régressera, dans tous les cas où il perdra progressivement…ce qu’on pourrait appeler la conscience de son âme !

Les deux mots : Masculin – Féminin ne s’appliquent pas seulement au domaine biologique incluant le sens de l’individu, mais à un domaine plus élevé et plus étendu.
Le mâle émet la puissance de vie ; ce principe est sujet à la mort.
La femelle est porteuse de vie et elle anime.
Eve issue d’Adam signifie que l’élément spirituel est au-delà de l’élément vital.
Adam précède Eve : le vital est antérieur au spirituel.
La distinction mâle et femelle est un signe de séparation (eaux supérieures et eaux inférieures ; ciel et terre dans la Genèse) Dans le premier récit de la Création, l’homme est androgyne : la séparation n’a pas encore eu lieu. Cette séparation est à la base de la dualité : animus – anima, à la base de toutes les dualités. Le don et la réceptivité. Par la suite dans le Christ il n’y a plus ni homme ni femme. Chaque être humain retrouve en lui son image. Le masculin et le féminin sont les deux dimensions de l’unique plérôme du Christ. En Dieu ces deux aspects complémentaires sont parfaitement unifiés.
Pour Nicolas Berdiaeff, la femme est plus liée à l’âme du monde et c’est à travers sa force que l’homme communie avec elle. Dans les évangiles les femmes sont porteuses d’aromates et par conséquent elles ont un grand rôle à jouer. On a dit un jour que la femme était l’avenir de l’homme et on parle de « L’Eternel féminin ». Teilhard de Chardin y voit là le reflet de l’Amour, une grande force cosmique. Marie est la plus parfaite incarnation de cet Eternel féminin rempli de fabuleuses richesses. Toute femme possède donc en soi tous les constituants transcendantaux de la Beauté divine. Serait-ce rendre gloire à Dieu que d’attribuer à la femme une mission pour laquelle elle n’est créée ?

Jésus était un transmetteur de la puissance de la Vie ! Pourquoi pas « l’Eternel
Masculin » ?
Marie serait alors la trace de l’axe de la Vie selon Teilhard.
L’intérêt des visions de Teilhard sur ce sujet réside dans le fait que la Mère de Dieu n’est pas qu’une créature que l’on vénère souvent d’une manière trop anthropomorphique, mais la partenaire « cosmique » du Verbe qui s’est incarnée en elle, une Energie lumineuse et chaste.. Teilhard, dans l’Eternel Féminin, montre tous les aspects de la Femme qui transcendent notre propre interprétation qui s’appuie le plus souvent sur le sexe. En ce sens Teilhard a sublimé ses perceptions de la féminité en les transposant dans une mystique mariale qui n’est pas sans cohérence avec le dogme catholique.
Teilhard est sensible à la beauté et il sait que cette réalité peut tout aussi bien conduire vers le vrai et le bien que vers l’abîme des passions incontrôlées. On retrouve d’ailleurs dans la Sagesse hindoue le principe de « fusion » avec la mère divine, symbole du principe féminin., force vitale universelle.

 

Source : http://www.associationlyonnaise-teilhard.com/

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