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Hauts Grades

Ah Seigneur Mon Dieu

27 Juillet 2013 , Rédigé par B\ P\ Publié dans #Planches

Ce signe d’horreur au 3ème degré de notre rite a de quoi surprendre. Il arrive en fin d’un long processus d’entrée en chambre du milieu ; les pas et signes des 2 premiers degrés bien sur et ensuite les pas du 3ème représentatif déjà d’un certain courage dans l’enjambement du cadavre et qui se poursuit par le signe pénal pour se terminer donc par cette élévation des 2 bras au dessus de la tête, doigts tendus et ouverts et finissant par la chute brutale des deux mains sur le tablier , la figure devant marquer 2 expressions à mon sens bien différentes : la surprise et l’accablement tout en prononçant cette courte et sibylline phrase :

A\S\M\D\

Est il nécessaire de rappeler que la fin du signe de maître nous remet en mémoire le passage, lors de l’initiation, de la découverte du lieu de sépulture du Maître Hiram par les 9 Maîtres envoyés par Salomon.
La sémantique maçonnique n’indique pas de nuance dans la hiérarchie de cette phrase. Le rituel écrit les premières lettres de chacun de ces mots, A,S,M,D en majuscule et suivies des 3 points réglementaires. Cela ne nous donne aucune indication de l’importance individuelle de chaque mot et surtout du ton ou du rythme à donner à la prononciation de ces 4 mots.
Le « A » à priori devrait être suivi d’un « H ». Cette interjection exprimera ainsi une émotion vive et donnera plus de force au reste de la phrase qui suit. Pourtant le rituel nous demande d’avoir une expression de surprise et il faudrait à ce moment écrire ah « H.A », mais c’est un détail, car le reste nous ouvre un vaste domaine d’investigation, d’interprétation et de développement. La phrase doit-elle être dite d’un seul tenant, c'est-à-dire « ASMD » sans virgule ni césure ou peut-on mettre une virgule après Seigneur (AS , MD) changeant complètement le sens qu’on peut donner au termes de Seigneur et de Dieu.
Dans la première façon de prononcer sans faire de pause, on peut considérer que le seigneur et Dieu ne font qu’un. Cette phrase, et son sens mystique, en nommant Dieu implicitement comme notre Seigneur dérogerait au principe d’universalité et de liberté que nous donne la notion du Grand Architecte de l’Univers. D’ailleurs les constitutions d’Anderson, celle de 1723, dépassent, avec courage pour l’époque, le serment d’allégeance des maçons opératifs qui devait être prêté à l’église et à la trinité dogmatique par les corporations de métiers pour laisser place à chacun d’exprimer sa libre opinion.
Même si nous nous réclamons de la sagesse de Maître Hiram, même si nous louons sa sagesse et pleurons sa disparition, nous n’en célébrons pas le culte.
Non, il ne peut s’agir de revenir à une louange, une incantation et ceci malgré la mort présente. Cette mort symbolique, revécue par l’entremise des pas et de la gestuelle du maître, est-elle un hommage à une fin de vie brutale et doit-elle refléter notre tristesse et pleurer sur la perte de la parole perdue ou bien signifie-t-elle l’espérance et la joie de penser qu’Hiram a mérité de partir pour l’Orient Eternel ou il reposera indéfiniment, l’œuvre accomplie, ayant obtenu la connaissance suprême. Notre rôle, alors sera de partir toutes affaires cessantes à la recherche des mots véritables.
Cette attitude d’espoir face à la mort confirme que notre besoin n’est pas dans la soumission aveugle dans un seul seigneur et maître. Il nous faut donc reprononcer la phrase différemment. Un temps de pause et donc nécessaire après le mot seigneur : « Ah Seigneur,…mon Dieu » afin de bien séparer les deux termes. Dans ce cas précis quel sens peut-on donner à ces mots de Seigneur et de Dieu.
Mon bien aimé F\ Quillet est très avare de sens ne donnant que l’étymologie latine du mot : « Seniorem », accusatif du mot Senior qui donnera par la suite Sir et monsieur. Allons donc plus loin. En hébreu l’origine est Adon signifiant maître se transformant en Adony, forme de politesse pour s’adresser au roi puis Adonaï adjoint dans un premier temps au tétragramme YHWH, enfin seul quand par respect, le nom divin ne fut plus prononcé.
En grec, l’origine est Kyrios, le maître de maison. Les Grecs, hommes libres, n’utilisent pas de mots spéciaux pour parler aux dieux de l’Olympe. Seule la liturgie chrétienne prononcée en grec avant la préemption du latin a repris ce mot. Nous l’avons aujourd’hui encore dans l’expression « kyrie eleison, christé eleison », « Seigneur ayez pitié », répété par ailleurs 9 fois dans le cérémonial.
Le sens de « kyrios » changera en quelques siècles de puissance catholique. Les évangiles (ou leur traduction) sont flous sur la désignation qui en résulte :
S’adresse-t-on à Dieu ou à Jésus en évoquant kyrios ?
Paul écrit Kyrios Jesous, mais c’est surtout pour défier l’empereur de Rome, occupant d’Israël qu’on appelait kyrios Kaiser. Puis le mot « Christ » a prévalu pour désigné Jésus.
Car, Hiram et sa légende désire être un exemple pour nous tous. En nous offrant sa mort, il nous indique clairement le chemin à suivre grâce à l’usage des outils traditionnels qui mériteront de s’affiner, de se préciser et de se sublimer par la suite. Jamais donc Hiram n’aura souhaiter devenir Dieu et être idolâtrer.
Seigneur dans l’expression qui nous retient aujourd’hui est bien celle de Maître, maître de la maison, maître du Temple, Maître constructeur et reconnu en cela par tous et devant être honoré pour ses qualités et porter en perpétuation de sa mémoire le titre de Seigneur.
Il est clair pour moi que le Grand Architecte n’est pas le Dieu des religions du livre. Mais l’esprit religieux du XVIIIème ne peut absolument pas être comparé aux nôtres. A l’époque le salut ne pouvait être que dans la religion. Il était si important de ne pas se démarquer de cette règle tacite que même nos constitutions évoquent impérativement de ne pas être un athée stupide.
Dans son dictionnaire philosophique, Voltaire pouvait écrire :
« Toute nouvelle secte était accusée d’égorger des enfants et tout philosophe qui s’écarte du jargon de l’école sera accusé d’athéisme ».
Alors les philosophes et les instigateurs du mouvement maçonnique du XVIIIème seront les initiateurs du renversement de la dépendance à la religion. Dieu reste omniprésent, certes, mais la Loi morale, la philosophie, la raison prennent lentement le dessus sur la croyance aveugle et servile. La philosophie ne peut évidemment toujours pas prouver l’existence de Dieu, mais la Loi ou le Devoir sont là pour parfaire à la réalisation de l’œuvre.
A l’ouverture et à la fermeture de nos travaux, nous glorifions le Grand Architecte de l’Univers. Nous croyons plus ou moins implicitement à une organisation transcendante du chaos vers l’ordre ainsi qu’à une création de la lumière par l’ouverture du Livre au prologue de Jean. Voltaire encore : « je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger. »
La liaison peut ainsi être faite entre le Grand Architecte de l’Univers, constructeur de l’univers et Hiram, bâtisseur du temple et ceci régit par les lois de la géométrie et de la beauté, demandant par ce fait que chacun d’entre nous soit une bâtisseur de pierre vivante
Je n’aurai pas la prétention de vous donner une définition de Dieu. Chacun doit conserver son opinion.
La croyance est une intime persuasion. C’est une vision personnelle, un avis, qui garde par nature un caractère hypothétique. Mais cela ne veut pas dire qu’une croyance ne puisse être fondée.
Et pourtant Voltaire nous mettait en garde, trop de foi induit l’intolérance
«Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant?»
Toute notre démarche maçonnique se veut une quête vers la Lumière, se veut recherche de la Vérité.
Un Maçon libre est obligé par son état de se conformer à la Morale et ne sera jamais un athée, ni un libertin sans religion. Tel est une part de nos statuts.
Cela étant dit, la foi religieuse est l’adhésion à un corpus révélé. Elle suppose une adhésion sans faille à une doctrine.
Nous maçons, nous devons nous efforcer d’être lucides par rapport à la foi. Aucune Vérité n’est définitive dans le champ de nos recherches, il nous appartient de douter, de toujours chercher la vérité, la nôtre microscopique et celle des autres et du monde, macroscopique afin de garder notre esprit critique et notre plaisir à nous poser des questions.
Pour terminer voici une version plus hermétique et énigmatique.
Comme il y a, parait-il beaucoup de sens caché ou interprétable en maçonnique, ces quatre lettres écrites sans voyelle pourraient en interprétant l’écriture hébraïque devenir ASMD, soit "ASMODÉE", autre nom de Satan et signifiant "celui qui fait périr"
Asmodée était le surintendant des enfers chargé des maisons de luxure ; c’est lui le serpent qui détourna Eve de son destin, mais à lui revint aussi la charge d’enseigner aux hommes la géométrie et l’astronomie.
Celui "qui fait périr"est aussi celui "qui initie"….
Il y a là de quoi pousser un cri d’horreur, de stupéfaction
Rencontrer Satan, alors qu’on s’attend à rencontrer Dieu n’est pas un mince événement.
Que la maçonnerie perdure avec toutes ses ambiguïtés.
source :
www.ledifice.net

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