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Hauts Grades

Alchimie et Gnose au 18ème degré du REAA

10 Juin 2012 , Rédigé par (CH\ BERGERAC). Publié dans #hauts grades

"Pour connaître la rose, quelqu'un emploie la géométrie et un autre emploie le papillon".

Chacun le sait, nous ne sommes pas "que" géomètres. A la façon du papillon, présence discrète mais remarquée, la rose entre dans notre vie maçonnique dès le premier jour: une rose est remise au nouvel initié, à l'intention de la personne qu'il respecte et aime le plus.

L'unique objet symbolique que le F\M\emportera jamais hors du Temple a un rapport bien connu à l'amour. Mais c'est aussi la fleur préférée des alchimistes qui travaillent de la Rosa alba à la Rosa rubea, de la Rose blanche à la Rose rouge, et appellent souvent leurs traités Rosiers des Philosophes.

 

La rose est en exergue de cette table burinée. Le développement sera sous le signe de I'Ourobouros. Brodé sur le sautoir du Premier G rand gardien, le serpent, symbole païen de tous les temps, de tous les lieux et de toutes les civilisations, cet archétype parmi les plus importants de l'âme humaine, selon BACHELARD s'affiche en rond, fièrement, au milieu des multiples croix qui ornent sautoirs et tabliers des Chevaliers et face à la croix de l'Est.

Dans la secte gnostique des Ophites, un rite révélateur version christianisée de 1'antique culte du serpent, était pratiqué. "On apportait un coffret contenant un serpent apprivoisé : on l'ouvrait, l'animal "sacré" en sortait et venait, s'enrouler autour des éléments de l'Eucharistie".

Coffret, symbole du dieu chrétien, simulacre, cela évoque déjà bien des choses. Et d'autres encore si l'on se souvient que, d'origine égyptienne l'Ourobouros est un signe de vie associant le principe fécondant d'Osiris et le principe de mort et renaissance généré par Seth, destructeur mais purificateur de la matière. Partant, le symbolisme du serpent peut être rattaché à celui, plus général, du Feu divin, illuminateur et rénovateur.

 

Faut-il voir dans la présence de l'Ourobouros sur le sautoir du Premier Grand Gardien une Réminiscence alchimique et un signe précurseur du "Igne Natura Renovatur Integra ?"

Pour les alchimistes le serpent, dans la configuration Ourobouros, représente l'unité de la matière, l'harmonie universelle notions de première importance au plan philosophique.

Enfin, pour les observateurs extérieurs, n'ayant ni début ni fin, l'Ourobouros est à l'image du Grand Oeuvre: seuls les initiés, les adeptes, ont une idée de l'ordonnancement du Grand Art, de l'Ars Magna. En ce qui nous concerne, nous avons trouvé là un prétexte pour ne suivre aucun plan déterminé dans1'exposé de nos observations ou réflexions. Avec un fil conducteur tout de même: le rituel; et une arrière pensée: à un moment de la saga des rituels du 18ème grade, par le biais de l'histoire juive et chrétienne un message alchimique est passé.

De même que la rose est offerte le tout premier jour à l'impétrant, c'est lors de son élévation au deuxième degré que la Gnose est présentée à l'Apprenti comme étant "la connaissance morale la plus étendue, la plus généreuse aussi, l'impulsion qui porte l'homme à apprendre toujours d'avantage et qui est le principal facteur de progrès"

Sous la forme de la lettre G elle figure au centre de l'Étoile flamboyante ce symbole essentiel du grade de Compagnon signifiant que "l'initié du deuxième degré est destiné à devenir lui-même une sorte de foyer ardent, source de chaleur et de lumière [...]", nous dit le mémento tandis que J.BOUCHER rappelle qu'en alchimie, le G est l'initiale de la matière première…destinée à devenir, donc.

Cette référence  implicite à l'alchimie est plus clairement exprimée dans la suite de l'instruction du 2ème grade: "Pour les Alchimistes et dans l'ancienne Franc-maçonnerie, l'Étoile flamboyante était le pentagramme de I'Absolu".

Le mémento invite ensuite à une réflexion entre gnose et gnoséologie: "Pour nous [l'Étoile flamboyante] c'est la réunion de toutes les vérités conciliées par la lumière, en même temps que la clarté personnelle de la voie intérieure. Chacun crée son Étoile flamboyante par ses pensées, ses sentiments, sa conscience et ses actes".

Dans l'ancienne Franc-maçonnerie le grade de Maître n'existait pas; en quelque sorte, on en restait à l'Étoile flamboyante. Restons-y, en nous plaçant sans transition à la reprise des travaux du 18ème grade.

 

Ce raccourci, peut-être moins audacieux qu'il n'y paraît, -voir le "Maître Libre" décrit par Guérillot - nous conduit au coeur de notre propos. Après l'épisode de la Maçonnerie salomonienne, basée sur la légende d'Hiram et ses prolongements, la Maçonnerie chevaleresque par l'intermédiaire du 17ème , puis du flamboyant 18ème grade, nous convie à la recherche de la Connaissance et à l'emploi des outils que sont les symboles quelles que soient leurs origines.

Les travaux reprennent force et vigueur, au 18ème degré, "à l'heure où le soleil s'obscurcit, où les ténèbres se répandent sur la terre". Il est possible que les concepteurs des rituels aient voulu établir un parallèle avec le travail alchimique de nuit, caché, en fixant allégoriquement la reprise des travaux au crépuscule.

Le Très Sage invite en effet les Ch\.R\+C\à se mettre au travail pour "dissiper les ténèbres et retrouver la Parole perdue"... "L'Étoile flamboyante ayant disparu et les outils de la Maçonnerie ayant été dispersés". Un bouleversement s'est produit. La plaquette sur le symbolisme du 18ème degré nous dit sobrement: "avec le 17ème grade, la parole va être perdue en même temps que le temple sera détruit".

Le rituel est plus précis: il s'agit du second Temple, "élevé sur le fondement de l'Ancienne Loi qu'animait une volonté de puissance. Lui aussi s'effondrera, sa chute et la dispersion d'Israël précéderont l'avènement du troisième Temple, mystique celui-là".

Nous sommes là dans l'anti-biblisme et le dualisme gnostiques chrétiens.

L'un de ses représentants les plus radicaux, Marcion, voyait, dans l'Ancien Testament, non pas une "suite de mythes ni un recueil de mensonges, [mais] une histoire vraie [et] affreuse, celle de la domination tyrannique du Créateur sur le monde et les hommes". D'une manière générale, pour beaucoup de gnostique, "responsable de la création matérielle et de la Loi mosaïque, ce Dieu créateur s'oppose d'une manière absolue au Dieu suprême demeuré inconnu du monde jusqu'à la révélation christique; c'est le Dieu des sacrifices sanglants, des batailles, des massacres".[8]  (Alors que dans la Nouvelle Loi "la Justice et l'Autorité seront tempérées et vivifiées par l'Amour").

Ici, c'est l'évocation, par les gnostiques, du temps de la révélation christique intervenant en opposition à l'Ancienne Loi qui nous incite irrésistiblement à oser un parallèle avec le contenu du coffret de la Parole perdue.

 

Chaque grade a sa légende et annonce le suivant. Celle du 17ème voudrait qu'il ait été créé "en plein Moyen-Âge, à une époque où se heurtaient, en Occident, les principes professés par le catholicisme romain et ceux rapportés du Moyen Orient par les croisés". La mission des chevaliers d'Orient et d'Occident aurait été d'établir la synthèse entre ces deux "courants", entre le dogme et les gnoses. Bien que Paul NAUDON  ait considéré qu'il s'agissait là d'une glose interprétative et restrictive, un auteur profane[  écrit ceci: "Le 17ème grade du R\E\A\A\ met en jeu un cérémonial imposant qui n'est pas sans évoquer les mystères de certaines sectes gnostiques chrétiennes. Au cours de ce rituel on découvre un étrange tableau représentant une croix de chevalerie dans laquelle se trouvent sept sceaux qui, sont censés figurer ceux dont parle l'Apocalypse de St Jean. […] Notre auteur fait le judicieux commentaire suivant: "Cette légendeest le type même des récits invérifiables qui abondent dans les rituels des hauts grades; mais le 17ème degré est intéressant par son souci d'ésotérisme chrétien -même si (ce qui est fort possible) le rituel a été composé par des Maçons français de la fin du XVIIIe siècle, et non par des croisés prestigieux".

Le 17ème méritait bien qu'on s'y attarde un peu: pour ce commentaire qui s'applique dans sa généralité à bien d'autres degrés, et notamment au 18ème à propos duquel on peut parler de, souci d'ésotérisme alchimique. Également à cause de St Jean, apôtre et évangéliste largement cité et commenté par l'incontournable plaquette du 18ème au paragraphe "Parole perdue", avec un acrobatique exercice d'exégèse et une belle citation de Simone WEIL. Pour nous, ce St Jean, fêté le 24 juin par des feux très païens, est intéressant dans le contexte "gnostique" en confirmation de ce qui vient d'être dit: "d'après certains auteurs, St Pierre symboliserait l'église "extérieure" et St Jean l'église "intérieure"; aussi a-t-on voulu voir dans le vocable de St Jean utilisé par la Maçonnerie la preuve évidente de son rattachement à la Gnose [...]"

 

Le rituel de réception au 18ème degré va nous donner l'occasion de relever un bon nombre de références "alchimiques" et également de constater des convergences entre alchimie et gnose dans nos textes.

Encore au grade de Chev\ d'Orient et d'Occident qui vient de leur être conféré, les candidats à l'élévation au 18ème grade promettent, de soutenir la cause du faible et de l'opprimé et de remplir fidèlement les devoirs de Rose-Croix.

Basile VALENTIN, alchimiste allemand de la fin du XVe siècle, écrivait ceci: "Bref, si tu veux chercher notre Pierre, sois sans péché, persévère dans la vertu, que ton esprit soit éclairé de la lumière et de la vérité. Prends la résolution, après avoir acquis le don divin que tu souhaites, de tendre la main aux pauvres embourbés, d'aider et de relever ceux qui sont dans le malheur".

Dans la même tonalité le Très Sage exhorte les récipiendaires à retrouver la Parole perdue "afin de reprendre notre approche de la Vérité, condition indispensable pour être consacré Rose-Croix". Il définit la Parole perdue comme (a) "non écrite, symbole de la Tradition Universelle, (b)manifestation de l'étincelle d'intelligence dans la nature des êtres".

Trouver la pierre philosophale, pour l'adepte alchimiste, "c'est avoir résolu le problème fondamental, avoir trouvé le secret de la nature, grâce à une Connaissance parfaite acquise par illumination"

(a) D'après certains auteurs profanes il existe des "constantes" chez les alchimistes occidentaux: (le secret dont ils s'entourent-le caractère traditionnel de leur science qui se transmet de maître à disciple (leurs écrits ne peuvent être déchiffrés que si l'on en possède la clef).

(b) Jean de Meung, dans la deuxième partie du Roman de la Rose, renouant avec le mythe grec de la fontaine de jouvence, fontaine philosophique ou fontaine des sages pour les alchimistes, décrit une "fontaine, salutaire et belle à merveille" dans laquelle brille une escarboucle (pierre de la famille des grenats, rouge foncé d'un vif éclat).Écoutons-le:

"II n'y a là d'autre soleil qui rayonne que cette escarboucle flamboyante. […] L'escarboucle a si merveilleux pouvoir que ceux qui s'en approchent et mirent leurs faces dans l'eau voient toutes les choses du parc, de quelque côté qu'ils se tournent et les connaissent proprement ainsi qu'eux mêmes; et, après qu'ils se sont vus là, ils ne seront jamais le jouet d'aucune illusion, tant ils y reviennent clairvoyants et savants".

Escarboucle flamboyante, étoile flamboyante, étincelle d'intelligence, clairvoyants et savants, connaissance de soi..., il y a 1à bien des éléments: aspect gnostique de l'alchimie, contenu crypto-alchimiquee et crypto-gnostique de notre rituel, bien des éléments de la matière d'une subtile alchimie: maçonnique au 2ème grade, rose-croix au 18ème.

Le plus rude travail, la peine tout entière

Est à parfaitement préparer la matière.

aurait dit un certain Augurelli dans sa Chrysopée.

 

Tout est prêt, tout peut commencer les candidats, "au noir", c'est-à-dire cordon de R\+C\ à l'envers, sont conduits dans les ténèbres d'une salle obscure où l'on a illuminé une image du Phénix au pied de laquelle se trouve le coffret contenant le support de l'inscription I .N R I.

Ainsi, la première image symbolique qui saute aux yeux des candidats est celle d'un animal. Jusqu'à présent, d'initiation en augmentations de salaire successives ils avaient découvert des outils, des minéraux, des objets, des végétaux. Les animaux de toutes sortes sont omniprésents dans la symbolique alchimique. Le premier animal rencontré est donc un phénix. Il est rouge pourpre, une couleur nouvelle, en rupture avec les degrés précédents et aussi avec les récits de la Bible où le rouge est rarement différencié du brun ou bien représente la couleur du péché (Esaïe1, 18)

Les impétrants apprendront par la suite que le phénix est, pour les Alchimistes, le symbole de l'Oeuvre au rouge caractérisant la régénération du monde; des planches du Grand Oeuvre, avec le Phénix, montrent la figure hermétique de l'amour spirituel, prouvant ainsi que gnose et alchimie font bon ménage souvent. Le phénix est, dans le même sens, l'allégorie de la perfection du feu pur.

Ils découvriront peut-être qu'en s'appropriant une fois de plus, un symbole païen les Pères de l'Église avaient fait du phénix le symbole de la résurrection du Christ, jusqu'au VIe siècle. Le supplice de la croix inspirait l'horreur. On voulait cacher celle-ci aux néophytes et aux païens à évangéliser.

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Les futurs Chev\ R+C sont conduits dans un Temple "rouge". Ils croient avoir retrouvé la Parole perdue. Le très Sage leur demande où.

-"Sous l'aile du Phénix à l'instant où il renaissait de ses cendres.

-Mon F:. Gr\Expert, voulez-vous m'apporter la Parole perdue qu'avec l'aide de nos FF\ animés par la Foi, l'Espérance et la Charité, vous croyez avoir retrouvée.

Le T\S\ouvre le coffret, en tire un document qu'il montre au Chapitre et lit l'inscription.

- I.N.R.I. Voilà la Parole perdue et enfin retrouvée."

Avant de commenter les explications données par le T\S\et le Chev\d'Éloquence sur ce qui vient de se passer, relisons les indications données dans le rituel  pour servir de thème au discours de bienvenue du Chev\ d'Éloquence: "Les 16 premiers grades sont relatifs à une première période de la pensée humaine jadis conservée dans le secret des Temples et symbolisée par l a tradition hébraïque du peuple élu. Tous les symboles de ces 16 premiers grades sont judaïques et architecturaux. Le 17ème degré rappelle l'époque de la ruine du Temple. Le 18ème degré a pour objet l'étude de la pensée moderne, des philosophies, des différentes religions, de la sagesse et de la science qui doivent se prêter un mutuel appui".

 

Si le fond et la forme sont discutables en ce qui concerne les 17 premiers grades, on ne peut que saluer le programme, novateur voire réactionnaire, proposé pour le 18ème où les religions en général sont placées sur un pied d'égalité avec d'autres manifestations de la pensée. Il était bon d'en parler dès maintenant pour bien marquer le contraste avec ce qui suit, extrait du même rituel.

Si l'on veut bien considérer, d'autre part, que l'Alchimie a sa place entre Sagesse et Science, nous nous permettrons de faire valoir son point de vue et, si cela se présente, de souligner quelques incidences gnostiques.

On se souvient que les vertus animaient, soutenaient l'ardeur des Chev\ d'Orient et d'Occident avant leur recherche de la Parole perdue. Dans les préalables du Grand Oeuvre, "l'adepte doit éliminer les désirs corporels et vaincre la chair […]. L'alchimie devient une véritable religion dont la thèse fondamentale sera le pouvoir illimité de l'esprit sur la matière […]

FUCANELLI adepte moderne invite à "se rappeler l'adage "Mens agitat molem", l'esprit agite la masse, car c'est la conviction profonde de cette vérité qui conduira le sage ouvrier au terme heureux de son labeur. C'est en elle, en cette foi robuste, qu'il puisera les vertus indispensables à la réalisation de ce grand mystère". "L'"art" accompagne l'ascèse; à eux deux, ils constituent le double processus du Magistère"

Les Rose-croix néophytes, aidés par les vertus, ont mérité que la Parole leur soit révélée, on les éclaire maintenant sur d'autres mystères.

-La F\M\ a conservé pour son 18ème degré la croix à quatre branches égales, emblème qui se prête à de multiples et fécondes interprétations.

-Cette croix est ornée en son centre d'une Rose rouge, perfection naturelle, .fleur de la Chevalerie, emblème de l'Amour pur.

Les rédacteurs du rituel écrivent "croix" avec un "c" majuscule Il faudrait, si ce n'est déjà fait, rectifier cet abus dans une prochaine édition: la croix à quatre branches est la plus basique, la plus primitive.

C'est crux, crucis, qui à donné croisée, pour le châssis des fenêtres comme pour l'intersection de deux chemins, au sens où l'adepte NEWTON l'employait dans l'expression "experimentum crucis": "expérience servant pour vérifier une hypothèse, comme un poteau indicateur de carrefour pour trouver son chemin".

 

Dans le langage volontairement ésotérique des adeptes, croix signifie "creuset", "mot obscur" avoue une lexicographe qui peut représenter soit une lampe à deux mèches croisées, soit un récipient creux.

La rose, dans ce même langage, c'est la couleur rouge en général et aussi le nom des deux phases qui succèdent au noir initial: de la rose blanche à la rose rouge, cette dernière signifiant l'apparition de la pierre des sages. Celle-ci nous renvoie à l'escarboucle flamboyante de tout à l'heure. Et si la croix à quatre branches avec la rose rouge au centre était une Étoile flamboyante substituée; comme le mot sacré? Le T\S\ termine d'ailleurs ainsi: "C'est pourquoi vous voyez, dans les branches de cette croix, les lettres I.N.R.I. qui, alternativement prononcées, forment le mot sacré du grade de Rose-Croix".

Auparavant, le T\S\ avait dit: "La raison est comme la rose dans la croix du présent, lequel, crucifié entre l'Être et le Non-être, entre le passé, le néant qui n'est plus et l'avenir, le néant qui n'est pas encore, est le lieu de la réconciliation entre la raison et la passion".

Nous proposons, en regard de cette abstraite sentence un extrait de l'Archidoxe de Paracelse, "cette étrange figure faustienne du 16ème siècle, anticlérical, développant un système "qui sent le fagot", mais qui n'a pas lui-même conscience de sortir du christianisme", ce qui est le cas de la plupart des alchimistes:

"Celui qui veut travailler au Grand Oeuvre doit visiter son âme, pénétrer au plus profond de son être et y effectuer un labeur caché, mystérieux. Comme la graine doit être ensevelie dans le sein de la terre, ainsi celui qui entend l'appel de Dieu doit, en se corrigeant, en se rectifiant, obtenir la sublime transmutation du charnier natal, immonde matière noire, et faire du charbon, un éclatant diamant, du plomb vil, un or pur. Il aura trouvé la Pierre cachée qu'il recelait en lui".

Souvenons-nous de V\I\T\R\I\O\L\... La poursuite de l'or, c'est, en réalité la quête de trésors incorruptibles et purement spirituels. Sans lien obligé avec une religion particulière, Dieu "allant de soi", comme pour presque tous les "intellectuels" jusqu'au XVIIIe siècle.

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Le Chev\d'Éloquence poursuit en proposant deux significations possibles de I.N.R.I.: Jesus Nazarenus Rex Judeorum et Igne Natura Renovatur Integra, Jésus de Nazareth Roi des Juifs et, c'est par le feu que la nature entière se renouvelle. "Cette multiplicité d'interprétations, dit-il, indique assez que la Parole n'a été retrouvée que symboliquement, sous une forme substituée, et qu'en conséquence sa recherche, qui se confond avec celle de la Vérité, demeure la tâche des Chev\Rose-Croix" […].

Plus loin, il commente les représentations de deux animaux placées près de l'autel:

-le pélican, "symbole du sacrifice que tout Chev\ R\+C\ doit être prêt à accomplir".

A quel symbolisme du sacrifice est-il fait appel? A celui du Christ ou à celui de la pierre philosophale qui, dans le processus du Grand Oeuvre, s'épuise en communiquant au vil métal la couleur rouge qu'elle recèle?

-le phénix "emblème de la pensée universelle qui se consume elle-même et renaît de ses cendre".

Si les FF\ chargés de séculariser les rituels au XIXe siècle sont passés par là, ils ont manqué de cohérence: on a vu que, jusqu'au VIe siècle, le Phénix était au premier plan de la symbolique chrétienne à la place du sacrifice de la croix. Le phénix, symbole immémorial est, pour les alchimistes, l'allégorie du feu pur: sa renaissance miraculeuse constitue le Grand Oeuvre.

Les récipiendaires sont enfin"faits et constitués" Chevaliers Rose-Croix. Le T\S\ ajoute: "Chevaliers, puissiez-vous, sous ces nouvelles couleurs qui sont celles du Feu et de l'Amour, devenir l'ornement et la gloire de notre Ordre".

 

Cette précision ne peut être ni fortuite, ni gratuite: insister sur la couleur rouge, sur le feu, c'est donner "un signal fort", pour parler contemporain.

PARACELSE parlait de "L'élément "feu", plus sublime encore que les trois autres..." BORRCHIUS tenait, quant à lui, pour certain que le vrai berceau de l'alchimie, pour n'être pas aussi antique qu'on le disait, se trouvait néanmoins dans les ateliers de Tùbal-Caïn le redoutable forgeron de la Bible. Un nom qui nous a tellement intrigués, certain soir, que nous ne l'avons jamais oublié.

Les nouveaux Chev\.R\ +C\ sont reconnus comme tels par le Chapitre et salués par une batterie d'allégresse:

-Signe et contresigne, pas seulement hermétiques... "Tout l'art (l'alchimie) est basé sur l'amour divin, par lequel le ciel s'unit à la terre, dans le chaste inceste du soufre et du mercure"[27]  .

-batterie à sept coups comme les sept métaux et bien d'autres choses pour les adeptes,

-acclamation, qui si elle signifie vraiment "sauveur", serait plus gnostique que chrétienne.

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A la fin de la magnifique étude Deux siècles de REAA en France, l'Aréopage "SOURCES" définit ainsi la Maçonnerie en général: "C'est la bonne fille, un tantinet adultérine –des Lumières et de l'illuminisme -de la gnose et du cogito -du positivisme et de l'ésotérisme –du christianisme et de l'athéisme, stoïcien -du latitudinarisme protestant et de la physique newtonienne".

Le R\E\A\A\ est ensuite qualifié de "fils d'aventuriers franco-américains".

Dans le même esprit, nous prétendons que l'alchimie est la "mazarine" du 18ème grade: une fille adultérine reconnue mais cachée.

Pierre MOLLIER historien rigoureux, a certainement raison de dire, dans le même ouvrage, que le baron de TSCHOUDY et André DORE se sont trompés en donnant au 18ème grade des origines alchimiques: "force est de constater, dit-il, qu'une lecture raisonnable des rituels anciens que nous avons cités ne laisse rien apparaître de tel".

Tout en restant raisonnables nous pouvons envisager un autre mode de lecture, celui qui est appelé anagogique. Étymologiquement cette lecture est censée conduire en arrière et /ou au-dessus de ce que produisent les lectures habituelles. Dans la pratique, "la lecture anagogique prend au sérieux "ce qui manque" pour en discerner les repères dans "ce dont on dispose".

Pour des Maçons familiers des symboles en tous genres et accoutumés à l'esprit critique, c'est un exercice tout à fait concevable.

C'est ce que notre Chapitre a tenté de faire tout au long de l'année dernière sous l'impulsion de son T\S\ B.BRUGGEMANN et sous la direction technique et spirituelle du B\A\F\ L. NARDIN. Non pour trouver des origines, mais pour mettre en évidence des repères alchimiques tout aussi justifiés et acceptables que les lourdes marques chrétiennes apposées -puis effacées, puis déguisées- au gré des avatars des obédiences ou des opportunités politiques, pendant plus de deux siècles sur le symbolisme du grade de Rose-croix.

 

source : http://sog2.free.fr/802/Colloques

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